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"L’histoire de trois femmes d’exception et courageuses d’expression germanique : Argula von Grumbach von Stauffen 1492-1568, Hannah Arendt 1906-1975 et Lisel Heise 1919…" par Jacques Hallard

mardi 18 février 2020 par Hallard Jacques


ISIAS Philosophie Education

L’histoire de trois femmes d’exception et courageuses d’expression germanique : Argula von Grumbach von Stauffen 1492-1568, Hannah Arendt 1906-1975 et Lisel Heise 1919…

Le devoir d’apprendre pour comprendre, de partager ses connaissances pour convaincre et de s’engager pour résister et défendre les libertés de pensée et d’expression

Jacques Hallard , Ingénieur CNAM, site ISIAS 16/02/2020

Série ‘Femmes savantes, oubliées ou célèbres’

Plan : Résumé Préambule Introduction Sommaire Auteur



Résumé

Lors de la Réforme protestante, un femme allemande, Argula von Grumbach va affronter le duché de Bavière, le prince électeur Frédéric le Sage , les principaux théologiens et le recteur de l’Université d’Ingolstadt en Allemagne, ainsi que le maire et le conseil municipal de cette ville, pour défendre un jeune professeur, Arsacius Seehofer, accusé pour avoir propagé et défendu les idées de Luther. Considérée comme « une Bible allemande ambulante », Argula von Grumbach s’autorise même à instruire les prêtres en se fondant uniquement sur les Saintes Écritures’ . Ses écrits ou pamphlets, diffusés grâce à un nouvel outil d’imprimerie mis au point par Gutenberg [voir une vidéo de 4 minutes], vont devenir un best-seller auprès du public et l’un de ses livrets va être réimprimé pas moins de quinze fois en une année. De nos jours, le « Prix Argula von Grumbach » décerné par l’Église évangélique luthérienne en Bavière récompense les auteurs-res des démarches et des initiatives en faveur de l’égalité des sexes, qui est l’objectif numéro 5 du développement durable : Parvenir à l’égalité des sexes et autonomiser toutes les femmes et les filles selon l’Organisation des Nations Unies (ONU).

Hannah Arendt, est une politologue, philosophe, professeure et journaliste d’origine allemande et naturalisée américaine, née au début du 20ème siècle à Hanovre, en Basse-Saxe dans le nord de l’Allemagne, dans une famille de Juifs laïcs. Elle alla étudier la philosophie à Heidelberg en Bade-Wurtemberg où elle eut une relation cachée avec son professeur, le philosophe Martin Heidegger (1889-1976) mêlé au nazisme, puis à Fribourg-en-Brisgau dans le Pays de Bade. Hannah Arendt dû fuir l’Allemagne dès 1933, en tant que juive, pour échapper au nazisme et séjourna un moment en France où elle exerça une fonction de secrétaire particulière après de la baronne Germaine de Rothschild. Elle quitta la France en 1940, passa par le Portugal d’où elle finit par rejoindre les Etats-Unis en 1941. Elle retourna en Allemagne après la guerre de 39-45 pour aller y travailler avec une association d’aide aux rescapés juifs, mais elle revint aux Etats-Unis où elle fut finalement naturalisée en 1951. Elle se lança alors dans une carrière universitaire en sciences politiques et fut reçue dans de nombreuses universités. Elle aborda des sujets très variés : la révolution, la liberté, le totalitarisme, la culture, la tradition aussi bien que la modernité. Elle s’inspira de sources très variées pour son œuvre philosophique : Heidegger et Jaspers, mais également Aristote, Augustin d’Hippone (Saint Augustin), et bien sûr les auteurs allemands Emmanuel Kant et Friedrich Wilhelm Nietzsche. Le cours de sa vie et ses prises de positions suscitèrent des commentaires très divers, notamment en raison de l’influence de l’idéologie nazie qui lui fut reprochée du fait de sa liaison avec l’un de ses professeurs et ancien amant (Heidegger). Elle porta aussi un jugement sévère sur ses coreligionnaires juifs qui furent amenés, par la pression exercée contre eux, à collaborer avec les autorités nazies. Elle affirma pourtant, avec constance, sa judéité (l’ensemble des critères qui constituent l’identité juive) – de même que son statut de femme - comme constitutifs de sa nature profonde. Elle se refusa souvent à identifier son discours à celui d’un groupe constitué, d’un peuple particulier ou d’une collectivité quelconque. Son livre de philosophie publié en 1963, « Eichmann in Jerusalem : A Report on the Banality of Evil », ou Rapport sur la banalité du mal’, se rapportait à son suivi du procès d’Adolf Eichmann (ouverture le 11 avril 1961 à Jérusalem) pour le compte du journal ‘The New Yorker’ ; elle y développait des réflexions politiques et philosophiques qui continuent de susciter bien des commentaires et des polémiques - Voir aussi : La « banalité du mal » revisitée par Jean-François Dortier (Avril 2008) et Absence de pensée et responsabilité chez Hannah Arendt. À propos d’Eichmann, lundi 6 mai 2013, par Aurore Mréjen. Hanna Arendt entretint aussi une longue amitié intellectuelle de 1949 à 1975 avec la romancière américaine Mary McCarthy. Elle mourut en 1975 à New York ; lors de ses obsèques, son ami Hans Jonas, y prononça le kaddish, (le deuil - hébreu : אבלות avelout - dans une liturgie du judaïsme et termina avec cette formule : « Avec ta mort tu as laissé le monde un peu plus glacé qu’il n’était ».

Une centenaire de Kirchheimbolanden, une petite ville située dans en Rhénanie-Palatinat, dans le sud-ouest de l’Allemagne, Lisel Heise, qui a pris sa retraite de l’enseignement après 40 ans de service, a décidé durant l’été 2019 d’entrer en politique localement. Elle se bat désormais au côté des jeunes pour convaincre ses contemporains qu’il faut s’engager pour la cause du climat, étudier les dérèglements climatiques en cours afin d’en comprendre les mécanismes et d’en saisir les enjeux, pour que chacun, chacune participe à son niveau à une limitation des effets désastreux et répétés qui menacent les populations un peu partout et l’environnement terrestre.

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Préambule

Une judicieuse façon de commencer la lecture de ce dossier est certainement de (re)prendre connaissance d’une contribution de Philippe Meirieu  : « Résistance(s) et pédagogie(s) : vers une éducation à la démocratie », à qui nous empruntons ces termes : « Trois femmes exceptionnelles qui incarnent pour moi la vertu la plus importante en éducation : le courage » - « Pour commencer, il faut seulement commencer… [mais] l’on n’apprend pas à commencer. Pour commencer, il faut seulement du courage... » Vladimir Jankélévitch (1903-1985) . Source sous forme de diapositives : https://www.meirieu.com/ACTUALITE/BARCELONE.ppt.pdf - Voir aussi le site de Philippe Meirieu.

Lecture également conseillée : « Le courage d’éduquer : pluralisme moral et éducation en contexte scolaire » par Vincent Lorius, principal de collège - Université Lyon 2 - 26 septembre 2013 – Source : http://www.implications-philosophiques.org/actualite/une/le-courage-deduquer-1/

« L’éducation est l’arme la plus puissante qu’on puisse utiliser pour changer le monde » selon Nelson Mandela. Il faut certainement du courage pour résister aux pressions de son temps, s’affirmer à contre-courant de pouvoirs en place. Egalement pour se consacrer aux tâches difficiles de l’instruction, de la formation, de l’éducation. Lectures suggérées :

« Chacun peut réagir, chacun peut résister, chacun à sa manière ». PDF - 8 décembre 2013.

Chacun peut réagir, chacun peut résister, chacun à sa manièreisias.lautre.net › spip › article402 -30 août 2015 - ISIAS Résistance - Jacques HALLARD, Ingénieur CNAM

Aix-en-Provence - Camp des Milles : Débat sur le thème ’pour résister, la démocratie face aux extrémismes’ ce jeudi 23 mars 2020. Source : https://destimed.fr/Camp-des-Milles-Debat-sur-le-theme-pour-resister-la-democratie-face-aux

Et puis encore : « Les meilleurs esprits vont vers le profit et abandonnent les livres à ceux qui cherchent à vivre des livres sans y parvenir ». Montaigne [Michel Eyquem de Montaigne, seigneur de Montaigne1, né le 28 février 1533 et mort le 13 septembre 1592 au château de Saint-Michel-de-Montaigne (Dordogne), est selon les traditions universitaires soit un philosophe, humaniste et moraliste de la Renaissance, soit un écrivain érudit, précurseur et fondateur des « sciences humaines et historiques » en langue française…]. Cité dans ce dossier par philosophe marocain Ali Benmakhlouf. On peut se référer à ce propos sur l‘instruction des enfants, à MONTAIGNE - Essais [Livre 1 chap.25] – BRIBES - CHAPITRE XXV. De l’institution des enfans -A Madame Diane de Foix, Contesse de Gurson. Source :bribes.org › trismegiste –« L’Histoire c’est mon gibier en matière de livres, ou la poësie que j’ayme…- [Ecrit sur l’éducation des enfants dans le français de son temps, le XVIème siècle].

Poème de l’instant - L’ivre de mots - « Le courage n’est pas de faire quelque chose que les autres ne font pas : c’est de ne pas faire ce que font tous les autres ». Stéphane De Groodt, ‘L’ivre de mots’, Éditions de l’Observatoire, 2019.

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Introduction

Une recherche documentaire tournée vers des personnages féminins

Le présent dossier, à visée didactique, fait suite à des travaux antrieurs qui visent à mettre en relief des Femmes savantes, oubliées ou célèbres’. Voir notamment :

’Sélection de personnages féminins de langue germanique à travers les siècles, à l’occasion de la Journée internationale des femmes le 8 mars 2018.’ par Jacques Hallard - samedi 3 mars 2018

Conférence de Jacques Hallard, ingénieur CNAM, à l’Association Franco-Allemande, dimanche 10 mars 2019 à 16h30 – Posté vendredi 1er mars 2019 - ISIAS Histoire - Conférence de Jacques Hallard, ingénieur CNAM (site ISIAS) à l’Association Franco-Allemande, dimanche 10 mars 2019 à 16h30 à la ‘Salle Municipale de la rue Mérindol’ 84000 AVIGNON, avec lecture de textes par Lucile Bourcet-Salenson, Professeure d’allemand et Docteur en études germaniques de l’Université Sorbonne Nouvelle Paris-3 (partie en allemand) - Titre : Sept femmes de culture germanique, célèbres ou méconnues, du 12ème au 20ème siècle.

D’autres études concernant plus particulièrement les femmes dans d’autres lieux et dans des milieux différents (culture chinoise, monde juif et judaïsme, civilisation islamique et monde musulman…), peuvent être glanées à partir de ce site : https://isias.lautre.net/spip.php?page=recherche&amp ;recherche=femmes

Un choix inspiré et guidé ici par deux évènements d’actualité

Pour cette année 2020, deux évènements majeurs sont mis à profit pour développer plus en détail l’histoire de trois femmes exceptionnelles et courageuses d’expression germanique : Argula von Grumbach von Stauffen 1492-1568, Hannah Arendt 1906-1975 et Lisel Heise 1919…

D’une part, le thème de la Journée internationale des femmes 2020, qui sera célébrée le 8 mars 2020, aura pour thème : « Je suis de la Génération Égalité : Levez-vous pour les droits des femmes ». Source . En France, dans l’agenda de l’éducation nationale, on relève la « Journée internationale des droits des femmes - Citoyenneté et solidarité » - Le 8 mars est une journée de sensibilisation et de mobilisation des élèves des écoles, collèges et lycées pour les droits des femmes et l’égalité entre les filles et les garçons. Avec ces recommandations qui sont réparties dans 3 rubriques : Droit des femmes et paix internationale - Une journée d’action - Des actions pour promouvoir l’égalité -
Droit des femmes et paix internationale - La Journée internationale des droits des femmes trouve son origine dans les manifestations de femmes au début du XXe siècle, en Europe et aux États-Unis, réclamant des meilleures conditions de travail et le droit de vote. C’est en 1975, lors de l’Année internationale de la femme, que l’Organisation des Nations Unies a commencé à célébrer la Journée internationale des femmes le 8 mars -
Une journée d’action - Le 8 mars est une journée de rassemblements à travers le monde et l’occasion de faire un bilan sur la situation des femmes. Traditionnellement les groupes et associations de femmes militantes préparent des événements partout dans le monde pour : fêter les victoires et les acquis ; faire entendre leurs revendications ; améliorer la situation des femmes. C’est aussi l’occasion de mobiliser en faveur des droits des femmes et de leur participation à la vie politique et économique. Les Nations Unies définissent chaque année une thématique différente. Le thème du 8 mars 2019 était ’Penser équitablement, bâtir intelligemment, innover pour le changement’. Retrouvez sur cette carte les événements et initiatives qui avaient eu lieu en France à cette occasion, pour échanger, débattre et mobiliser autour de l’égalité entre les femmes et les hommes.
Des actions pour promouvoir l’égalité : lire la suite à la Source – Voir aussi « Génération Égalité d’ici à 2030  », initiative promue par l’Organisation des Nations Unies pour la Journée internationale des femmes le 8 marsPhoto : Samira, une réfugiée syrienne, est couturière au Centre Oasis pour la résilience et l’autonomisation des femmes et des filles, un projet géré par ONU-Femmes au camp de réfugiés d’Azraq en Jordanie. Photo ONU-Femmes/Christopher Herwig. Source.

D’autre part, « Le Printemps des poètes » est une manifestation francophone créée en mars 1999, qui se déroule en France et au Québec… - Source - « Le courage » sera le thème du Printemps des poètes 2020 - La 22e édition du Printemps des poètes se déroulera du 7 au 23 mars 2020. Cette manifestation internationale a pour vocation de sensibiliser à la poésie sous toutes ses formes. Sophie Nauleau, directrice artistique du Printemps des poètes, invite à partager « la frappe, la vitalité de l’écriture, le prodige de l’énergie poétique » grâce au thème de cette 22e édition, « Le courage ». Le site dédié, consultable toute l’année, propose aux enseignants de nombreuses ressources pédagogiques et des actions éducatives. Publié le 02.09.2019 – Source

Pour mettre en relief ces évènements, il a été sélectionné 3 personnages féminins de langue allemande dont la vie a été empreinte d’un courage certain : Argula von Grumbach von Stauffen 1492-1568, Hannah Arendt 1906-1975 et Lisel Heise 1919…

Ce dossier réunit 29 documents dont la liste est donnée dans le sommaire ci-dessous et qui sont répartis dans 3 rubriques notées A, B et C. Sur un même sujet, divers documents ont été reproduits pour refléter les différentes appréciations et opinions, au risque d’une certaine redondance dans les informations communiquées.

Aperçu du contenu de ces trois rubriques

Rubrique A - À l’époque de la Réforme protestante, amorcée au XVIe siècle , des femmes de pasteurs allaient se trouver de fait mêlées aux évènements de contestation religieuse qui allaient bouleverser une partie de l’Europe, et quelques autres femmes s’engagèrent également Grèce à leurs connaissances théologiques, bien qu’à cette époque la grande majorité des femmes n’aient pas eu accès à un enseignement officiel, de quelque nature qu’il fut.

Catherne Zell, née Schütz (1498-1562) fut la femme du pasteur strasbourgeois Matthieu Zell : elle publia des textes qui critiquaient fermement les doctrines catholiques, et même dénonçait le manque de tolérance de certains meneurs protestants envers les autres évangélistes qui n’étaient pas de leur avis. « Sa verve, son non-conformisme religieux et son engagement dans les œuvres charitables » ont fait sa réputation. La personne d’exception, que fut en son temps Catherine Zell, née Schütz, est l’une de celles qui furent décrites lors d’une conférence en 2019 dans le cadre de l’Association Franco-Allemande d’Avignon.

Par ailleurs, Olympia Fulvia Morata (1526-1555) alliait une grande culture humaniste, avec des convictions protestantes affirmées et un grand zèle missionnaire, qui l’a conduite à faire parvenir les écrits de Martin Luther à ses compatriotes italiens, afin qu’ils soient bien informés et nourris de la « vraie foi évangélique ». Olympia Fulvia Morata, « née en 1526 à Ferrare en Italie et morte le 26 octobre 1555 à Heidelberg en Allemagne, fut une humaniste italienne et elle contribua à introduire l’humanisme italien bien au-delà des Alpes », sur une grande pâtie de l’Europe.

De son côté, von Grumbach von Stauffen (1492-1554), décrite par la suite dans ce dossier, aurait été la première femme à prendre la plume pour la cause de la Réforme protestante. Elle rédigea plusieurs pamphlets qui ont connu de nombreuses rééditions par la suite. « Argula von Grumbach, née von Stauffen en 1492 à Beratzhausen (Bavière) et décédée le 23 juin 1568 à Zeilitzheim (de), est une réformatrice et une écrivaine bavaroise. Elle s’est notamment illustrée par ses pamphlets en 1523, qui sont les premiers écrits féminins en faveur de la Réforme… ». Argula von Grumbach von Stauffen fut, d’un certain point de vue, « en avance sur son temps », en osant, par ses écrits et pamphets, affronter les autorités pour défendre ses convictions, expliquer ses références (essentiellement religieuses et basées sur les écritures) et demander plus de justice pour une liberté individuelle de pensée et de libre expression des croyances de chacun et de chacune.

La Rubrique A de ce dossier est spécialement consacée à Argula von Grumbach von Stauffen qui n’avait pas hésité à intervenir dans la sphère publique, qui lui était pourtant fermée à cette époque : 8 documents ont été choisis pour décrire la vie de cette femme engagée, que nous pourrions qualifier de nos jours de féministe, ainsi que pour mettre en relief les mœurs en vigueur dans le monde germanique à cette époque du XVIème siècle cours duquel toute l’Europe se trouva impliquée : le mouvement de la Réforme changea le cours de la civilisation occidentale et « l’adoption de la Réforme protestante eut aussi un caractère politique : elle fut un moyen pour les princes d’affirmer leur indépendance face à une papauté revendiquant une théocratie universelle, d’une part, et pour les populations de pouvoir se révolter face à un souverain mal accepté comme en Écosse et aux Pays-Bas espagnols, d’autre part. La Réforme se traduisit ainsi malheureusement au cours du XVIe siècle par de nombreux conflits, entre l’empereur Habsbourg et les princes allemands, mais également par des guerres civiles en France, en Angleterre et en Écosse ».

Rubrique B – Consacrée à Hanna Arendt (1906-1975)

Par sa grande notoriété internationale et la place qu’elle a conquise aussi bien dans la philosophie, la théorie politique que dans la sociologie et l’histoire du 20ème siècle, Hanna Arendt laisse une masse considérable d’écrits qui donnent lieu, encore de nos jours, à des commentaires nombreux er réguliers. Née allemande, ayant connu la fuite en France sous le régime nazi puis l’exil aux Etats-Unis dont elle acquit la nationalité, Hanna Arendt est considérée comme l’une des plus grandes figures intellectuelles de son siècle ; ses principaux ouvrages sont toujours des références : Les Origines du totalitarismeCondition de l’homme moderneLa Crise de la culture.

Les 15 documents (dont plusieurs enregistrements de France Culture), qui ont été sélectionnés dans cette rubrique, permettent de (re)voir les multiples facettes du personnage de Hanna Arendt et les mots-clefs de ses œuvres qui sont toujours d’une grande actualité à nos oreilles : autorité et éducation, liberté et révolution, etc…. Un rappel a aussi été glissé sur les amitiés intellectuelles entre la théoricienne politique Hannah Arendt (1906-1975) et la romancière Mary McCarthy (1912-1989 - « une journaliste, romancière, écrivaine, scénariste, critique littéraire et militante politique américaine ») , qui ont entretenu une riche correspondance de 1949 à 1975.

A propos du totalitarisme [« l’un des principaux types de systèmes politiques avec la démocratie et l’autoritarisme. C’est un régime à parti unique, n’admettant aucune opposition organisée et dans lequel l’État tend à confisquer la totalité des activités de la société…], longuement discuté par Hanna Arendt, le professeur américain de Harvard, né en Inde, Homi K. Bhabha, évoque dans une étude (« Hannah Arendt et les nouveaux barbares nationalistes ») la généralisation de nos jours de ce courant politique qu’il appelle l’ethno-nationalisme populiste et qui prend force et vigueur dans de nombreux pays dans lesquels la démocratie semblait bien implantée, en particulier en Europe. Voir également à ce sujet : Populisme et nationalisme – Jstor -Par Guy Hermet in Vingtième Siècle. Revue d’histoire - No. 56, Numéro spécial : Les populismes (Oct. - Dec., 1997), pp. 34-47. Ainsi que « Réflexions pour l’analyse du discours populiste  » Reflections upon the analysis of populist discourse Reflexiones para un análisis del discurso populista – Par Patrick Charaudeau - p. 101-116 - https://doi.org/10.4000/mots.20534 - Source : https://journals.openedition.org/mots/20534

La rubrique B se termine par la reprise d’une tribune du philosophe marocain Ali Benmakhlouf, spécialiste de la logique et de la pensée arabe : sous le titre « L’arme des changements : éduquer, interagir, expérimenter », il s’appuie sur les constats et les recommandations de Hanna Arendt pour souligner le rôle capital de l’éducation et notamment de l’apprentissage des ‘langues étrangères’,

On peut encore enrichir ce sujet de l’importance de l’éducation pour une culture de la liberté de penser et d’expression, à partir des articles suivants :

Y ont été sélectionnés 6 documents d’actualités concernant la centenaire allemande Lisel Heise (né en 1919) qui s’est lancée en 2019 dans la campagne pour les élections municipales de sa petite ville du sud-ouest de l’Allemagne, emboîtant ainsi le pas à la jeune Greta Thunberg, « une militante écologiste suédoise pour la lutte contre le réchauffement climatique », afin de sensibiliser nos contemporains aux problèmes engendrés par les dérèglements climatiques et pour inciter les citoyens à travailler dans le but d’y remédier à leur niveau.

Cette rubrique C – et donc le présent dossier dans son ensemble – se termine par une approche philosophique avec un article de Marine Le Breton pour le ‘huffpost’, qui entend répondre à la question « Quelle planète allons-nous léguer à nos descendants ? ». Le principe de responsabilité individuelle et collective y est exposé, ainsi que la notion d’écocide, et pourquoi la nature devrait être considérée comme un véritable “sujet de droit”.

Au sujet de la Nature, on peut également se référer à un enregistrement de France Culture (58 minutes) ayant pour titre Les natures en question (5/7) ;De la nature humaine en Chine ancienne et de la nature en droit ; l’auteure Anne Cheng [une sinologue et enseignante française née à Paris le 11 juillet 19551,2. Depuis 2008, elle est titulaire de la chaire intitulée « Histoire intellectuelle de la Chine » au Collège de France], apporte sa contribution dans le cadre de ses travaux. « Comment aborder la notion de nature différemment ? Comment intervient la possibilité de penser le monde comme énergie ? Comment la nature a-t-elle été thématisée dans la Chine ancienne ?, s’interroge la sinologue Anne Cheng. Comment représenter juridiquement la nature ?, se demande de son côté François Ost [« né le 17 février 1952, il est un juriste, philosophe du droit et dramaturge belge … »]. Voir aussi à cette occasion, une reproduction de peinture chinoise : l’oiseau observe des poissons (Gao Qipei, 1713) – « A l’origine de toutes choses, le qì (氣), principe fondamental formant et animant l’univers et la vie, relie les êtres et les choses entre eux. Crédits : Walters Art Museum – On peut (ré)écouter une rediffusion en date du 21/11/2018 par France Culture sur ce site : https://www.franceculture.fr/emissions/les-cours-du-college-de-france/les-natures-en-question-57-peut-parler-de-nature-humaine-dans-la-pensee-chinoise-ancienne

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Sommaire


Rubrique A - Argula von Grumbach von Stauffen 1492-1568

1. Série “Luther et…” (6) : les femmes et la Réforme Par Antoine Nouis - Publié le 27 mai 2017 (Maj 9/09 10:23) – Document ‘reforme.net’

2. Faire la connaissance de Argula von Grumbach avec Wikipédia

3. Biographie de Argula von Grumbach (Jina) Par G. Pfeilschifter – Document ‘sites.duke.edu/project_refeurope/’ – Traduit de l’anglais par Jacques Hallard

4. Argula von Grumbach, une femme en avance sur son temps Auteur : Pierre-Olivier Léchot Journal, Témoin 1 novembre 2017 – Document ‘evangile-et-liberte.net’

5. Argula von Grumbach contre l’Université d’Ingolstadt (1523) Par Catherine Dejeumont 1 19 novembre 2019 - 1 CEREG - CEREG - Centre d’Etudes et de Recherches sur l’Espace Germanophone - EA 4223

6. Des extraits de la lettre d’Argula von Grumbach trouvée dans la version allemande d’internet – Traduction de l’allemand par Michel Salenson (2020).

7. ’Argula von Grumbach : Courageous Debater, Theologian, Female Voice in the Reformation … A Woman on the Family Tree’ (’Argula von Grumbach : ’Débateuse courageuse, théologienne, voix féminine dans la Réforme… Une femme dans l’arbre généalogique’) - Septembre 2007 - Traduction de Jacques Hallard.

8. Strasbourg et les femmes publicistes du XVIe siècle Par Anne-Marie Heitz p. 169-193


Rubrique B - Concernant Hanna Arendt

9. Tout savoir (ou presque) sur Hannah Arendt avec Wikipédia

10. Hannah Arendt : ’C’est dans le vide de la pensée que s’inscrit le mal’ Un débat public avec France Culture et l’ Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse - 23/10/2017

11. Hannah Arendt - Philosophie contemporaine – Document ‘les-philosophes.fr’

12. A propos de l’ouvrage « La crise de la culture » d’Hannah Arendt - 30 mai 2012 – Document ‘ergoteurs.unblog.fr’

13. Hannah Arendt : ’L’homme moderne vit à présent dans un monde où sa conscience et sa tradition de pensée ne sont pas capables de poser des questions adéquates’ 07/08/2019 France Culture

14. ’Les Origines du totalitarisme’ d’Hannah Arendt (4/4) : Qui les droits de l’homme protègent-ils vraiment ? 16 mai 2019 France Culture

15. ’La liberté d’être libre’ : un inédit d’Hannah Arendt 07/05/2019 France Culture

16. Arendt et McCarthy : une amitié entre deux intellectuelles du XXe siècle 29/04/2019 Par Elsa Mourgues France Culture

17. Hanna Arendt, une vie de correspondances 21/03/2019 France Culture

18. Arendts und McCarthys Briefe : Und bitte nicht die Fassung verlieren, deine Hannah (Lettres d’Arendts et McCarthy : Et s’il vous plaît ne vous découragez pas, votre Hannah) - Von Elena Witzeck - Aktualisiert am 05.12.2019

19. Hannah Arendt : la liberté au défi de la révolution Par Pierre-Henri ORTIZ Date de publication • 05 juin 2019 – Document ‘Nonfiction.fr’

20. Bremer Hannah-Arendt-Preis geht an zwei US-Wissenschaftler (Le prix Hannah Arendt de Brême va à deux scientifiques américains) 06. Dezember 2019

21. Eichmann, médiocre criminel de bureau ou monstre ? 07/02/2019 - Université Le Havre Normandie

22. Hannah Arendt and the New Nationalist Barbarians (Hannah Arendt et les nouveaux barbares nationalistes) - Homi K. Bhabha 21 novembre 2019 – Diffusé par ‘thewire.in‘ - Traduction Jacques Hallard.

23. Tribune - L’arme des changements : Eduquer, interagir, expérimenter Par Pr. Ali BENMAKHLOUF


Rubrique C - Concernant Lisel Heise née en 1919

24. Climat : une centenaire allemande se lance en politique Par Epoch Times avec AFP - 25 juillet 2019 - Mis à jour : 25 juillet 2019

25. Climat : une centenaire allemande se lance en politique Par AFP - Publié le 25/07/2019 à 6h15 - Mis à jour le 25/07/2019 – Document : geo.fr/environnement/climat’

26. Climat : une Allemande se lance dans la politique… à 100 ans ! Publié le Jeudi 25 Juillet 2019 à 21h41 - Par AFP – Document ‘sudinfo.be’

27. Hundertjährige will Jugendlichen eine Stimme geben (Le centenaire veut donner une voix aux jeunes) Vidéo 2:17 en allemand - faz

28. Allemagne : une centenaire candidate aux municipales Publié le 23 avril 2019 - VIDÉO 01:46 en allemand, doublé en français ‘blog.francetvinfo.fr’.

29. Quand la philosophie aide à penser le réchauffement climatique et notre responsabilité - Quelle planète allons-nous léguer à nos descendants ? Avons-nous uneresponsabilité morale envers eux ? Par Marine Le Breton 20/10/2019 15:18 CEST – Diffusé par ‘huffingtonpost.fr’

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Rubrique A - Argula von Grumbach von Stauffen 1492-1568

1.
Série “Luther et…” (6) : les femmes et la Réforme Par Antoine Nouis - Publié le 27 mai 2017 (Maj 9/09 10:23) – Document ‘reforme.net’ - Reproductions - À l’alternative entre Ève et Marie, la tentatrice et la vierge, Luther a opposé la figure de Sarah comme partenaire de son mari - © WIKIMEDIA COMMONS

Pour la doctorante Christina L. Griffiths, la Réforme a sortie les femmes des couvents, mais pour les cantonner au rôle de mère de famille. La tradition chrétienne a longtemps considéré la femme à travers les deux images d’Ève et de Marie, la tentatrice et la mère vierge, archétype de la pureté.

Pourtant, une lecture de la Bible révèle d’autres modèles comme Sarah et Rébecca, les femmes des patriarches qui ont changé le destin de leur peuple, Débora la prophétesse et juge en Israël, Judith et Esther qui, par leurs interventions courageuses, ont sauvé le peuple juif. Jésus avait des relations peu conventionnelles avec les femmes, certaines étaient disciples, et il n’a pas eu peur d’entrer en contact avec des femmes méprisées. Dans les premiers temps du christianisme, certaines femmes ont joué un rôle éminent comme Priscille, collaboratrice de Paul. L’apôtre a formalisé cette égalité dans le verset qui déclare : « Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme ; car tous vous êtes un en Jésus-Christ. » (Ga 3,28).

Femme de pasteur

En contradiction avec cette déclaration, les femmes ont aussi été réduites à un rôle casanier puisqu’on trouve dans le Nouveau Testament des versets qui appellent les femmes à se taire dans les assemblées (1 Co 14,34), et à rester soumises à leurs maris (1 Tm 2,11-12).

Au XVIe siècle, Luther a sorti les femmes de leur minorité à travers sa lecture du sacerdoce universel : devant Dieu, les hommes et les femmes sont égaux du fait de leur baptême. Contre la diabolisation de l’acte sexuel, le Réformateur avance que la sexualité constitue une partie intégrale et naturelle des êtres humains. Cela l’a conduit à rejeter farouchement l’idéal de la vie célibataire.

À la polarité entre Ève et Marie, il substitue le personnage de Sarah comme modèle de la femme qui se trouve aux côtés de son mari.

Le modèle féminin est la femme de pasteur à l’image de Katharina von Bora, l’épouse de Luther, qui a été une collaboratrice de son mari. Les tâches d’une femme de pasteur étaient multiples, la tenue d’une maison comprenant le couple, leurs enfants, parfois quelques proches et parents, des domestiques, des étudiants, des réformateurs en visite, des réfugiés pour cause de religion, sans compter l’enseignement des enfants et l’assistance aux personnes en détresse.

Une autre figure marquante a été Wibrandis Rosenblatt qui a été l’épouse de trois réformateurs. Après un premier veuvage, elle s’est mariée avec Jean Œcolampade, le Réformateur de Bâle. Après la mort de son deuxième mari, elle s’est rendue avec sa famille à Strasbourg pour se marier avec Wolfgang Capiton dont la femme était morte de la peste, pour s’occuper de ses enfants. Quelques années plus tard, une nouvelle vague de peste a emporté Capiton ainsi que la femme de Martin Bucer et elle a épousé le Réformateur strasbourgeois. Wibrandis Rosenblatt a été mariée à quatre maris dont trois étaient des Réformateurs importants ; elle a mis au monde onze enfants et elle s’est consacrée pendant toute sa vie à toutes les tâches à remplir pour une femme de pasteur.

Théologiennes

À côté des femmes de pasteurs, nous pouvons citer le nom de quelques théologiennes, même si, à cette époque, la majorité des femmes n’avaient pas accès à l’enseignement. Argula von Grumbach (1492-1554) a été la première femme a prendre la plume pour la cause de la Réforme. Elle a rédigé plusieurs pamphlets qui ont connu de nombreuses rééditions. Katharina Schütz Zell (1498-1562), femme d’un pasteur strasbourgeois, a publié des textes qui critiquaient les doctrines catholiques ainsi que le manque de tolérance des leaders protestants envers les autres évangéliques. Olympia Fulvia Morata (1526-1555) alliait une grande culture humaniste avec des convictions protestantes et un zèle missionnaire qui l’a conduite à faire parvenir les écrits luthériens à ses compatriotes italiens afin qu’ils soient nourris de la vraie foi évangélique.

Ces quelques figures ne doivent pas faire oublier que très rapidement la Réforme a réduit les femmes aux tâches domestiques et maternelles. Elle a même eu un rôle dommageable en fermant des couvents de religieuses qui offraient un modèle de vie alternatif aux femmes qui ne voulaient pas être cantonnées au rôle d’épouses et de mères de famille. Tandis que les moines qui ont quitté leurs monastères pouvaient apprendre n’importe quel métier, ou simplement devenir pasteur, le seul débouché pour des religieuses ayant abandonné la vie cloîtrée était le mariage.

La Réforme au XVIe siècle n’a pas su renouer avec la tradition de l’Église primitive dans laquelle des femmes ont occupé une fonction ecclésiastique. Si elle a, dans un premier temps, contribué à une revalorisation de l’image de la femme, c’est finalement pour la cantonner au rôle de femmes au foyer.

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Au sujet de Antoine Nouis (photo) : il est pasteur et théologien protestant, ancien directeur de la revue ‘Réforme’., écrivain, et fondateur du site ‘Campus protestant’ - Voir tous les articles de Antoine Nouis

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Source : https://www.reforme.net/les-dossiers-reforme/les-femmes-dans-la-bible/2017/05/27/serie-luther-6-femmes-reforme/

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2.
Faire la connaissance de Argula von Grumbach avec Wikipédia

Introduction : Argula von Grumbach, née von Stauffen en 1492 à Beratzhausen (Bavière) et décédée le 23 juin 1568 à Zeilitzheim (de), est une réformatrice et une écrivaine bavaroise. Elle s’est notamment illustrée par ses pamphlets en 1523, qui sont les premiers écrits féminins en faveur de la Réforme.

Lire l’article complet sur ce site : https://fr.wikipedia.org/wiki/Argula_von_Grumbach

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3.
Biographie de Argula von Grumbach (Jina) Par G. Pfeilschifter Document ‘sites.duke.edu/project_refeurope/’ – Traduit de l’anglais par Jacques Hallard

Argula Von Grumbach est connue comme une femme noble bavaroise et fervente partisane des enseignements de Martin Luther. Von Grumbach était marié à un chevalier, Friedrich von Grumbach qui était un fidèle catholique, et a eu quatre enfants. En 1522, les ducs de Bavaria ont décrété qu’il était strictement interdit à leurs sujets d’accepter les enseignements de Luther, de lire ses traités ou de discuter de leur contenu.

À l’âge de dix ans, elle a reçu sa première bible écrite en allemand. Elle a commencé à le lire fréquemment après le décès de son père. Après avoir entendu les enseignements de Martin Luther, elle a commencé à se forger ses propres interprétations des Écritures et a décidé qu’elle était également d’accord avec la « sola scripture », ce qui signifiait que la Sainte Écriture était le seul critère en matière de foi.

À l’âge de 18 ans, Argula a épousé Fredrick Von Grumbach of Lenting et Bruggrumbach. Pendant leur mariage, ils ont donné naissance à quatre enfants. En 1515, le duc Louis nomma Fredrick administrateur de Dietfort et Altmannstein, où ils résidaient à Dietfort. Fredrick est décédé en 1530.

Argula a défié l’Église catholique sur une plate-forme publique qui était inouïe en tant que femme. Von Grumbach a attiré l’attention du public lorsqu’elle a protesté en écrivant le licenciement et l’emprisonnement du professeur d’Ingolstadt, Arsacius Seehofer, accusé d’être luthérien. Sa lettre à l’Université d’Ingolstadt a mis au défi la faculté de la débattre publiquement concernant l’exégèse des Saintes Écritures. Le 20 septembre 1523, elle s’adressa aux théologiens de l’université d’Ingolstadt, qualifiant les croyances évangéliques de Seehofer de correctes.

Elle a proposé de comparaître devant eux et de défendre davantage les enseignements de Luther et de Philipp Melanchthon. Le même jour, elle a fait appel à Guillaume IV, duc de Bavière, pour qu’il intervienne : « La Parole de Dieu devrait et doit régir toutes chose ». Bien que sa portée ait été reçue, elle n’était pas assez digne pour recevoir une réponse. En peu de temps, ses œuvres avaient été imprimées en treize éditions à une époque où seuls les enseignements de Martin Luther étaient diffusés.

Après 1524, Argula von Grumbach n’a plus écrit pour la consommation publique, mais à cause d’elle, son mari a perdu son poste. Elle a maintenu ses convictions évangéliques, est allée à Cobourg en 1530 pour dîner avec Luther et en 1563 a été emprisonnée brièvement pour avoir présidé des services funéraires. Elle est décédée en 1568.

Link to Oxford Encyclopedia of Reformation

Références : http://getitatduke.library.duke.edu/ ?

https://www.bloomsbury.com/uk/argula-von-grumbach-9780567097071/sid=sersol&SS_jc=TC0000354996&title=The%20Oxford%20encyclopedia%20of%20the%20Reformation

Argula Von Grumbach : A Woman’s Voice in the Reformation by Peter Matheson

Argula von Grumbach (1492-1554/7) : A Woman before Her Time by Peter Matheson

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4.
Argula von Grumbach, une femme en avance sur son temps Auteur : Pierre-Olivier LéchotJournal, Témoin 1 novembre 2017 – Document ‘evangile-et-liberte.net’ – Illustration

Les premières années de la Réforme allemande sont une période de profondes transformations sociétales. Parmi celles-ci, il faut mentionner le rôle acquis par certaines femmes dans la diffusion du message réformateur. La vie d’Argula von Grumbach en est un exemple parlant. Née en 1492, elle est issue d’une famille noble de Bavière. On sait qu’enfant, elle lit une Bible allemande que son père lui aurait offerte – elle affirmera plus tard que les moines de son entourage essayaient pourtant de l’en dissuader. En 1516, elle doit épouser Friedrich von Grumbach, un noble de Basse-Franconie au service des ducs de Bavière. Très vite, elle entre en contact avec les représentants de la Réforme dans sa région, comme Andreas Osiander de Nuremberg et semble entretenir des liens épistolaires avec Luther lui-même.

En 1523, l’université d’Ingolstadt contraint un jeune maître, Arsacius Seehofer, à renier publiquement la doctrine de Luther à laquelle il a adhéré lors d’un séjour à Wittemberg. Argula von Grumbach prend alors la plume pour défendre le jeune homme. Son texte est bien vite publié par un anonyme – certains pensent qu’il s’agit de son ami, le Réformateur de Nuremberg, Andreas Osiander. Ce dernier tente en tout cas de justifier la prise de parole d’une femme : « Dans ces derniers jours », proches de la fin du monde, la Bible n’est plus l’apanage des seuls érudits, mais peut être interprétée «  par beaucoup d’autres, jeunes et vieux, hommes et femmes ». Pour son éditeur, ce qui est en train de se passer en Allemagne n’est rien d’autre que l’accomplissement de la prophétie de Joël 2,28 : « Vos fils et vos filles prophétiseront, vos vieillards auront des songes et vos jeunes gens des visions. »

La lettre que la jeune femme adresse à l’université d’Ingolstadt pour défendre Seehofer confirme cette conviction que les temps extraordinaires que traverse la foi chrétienne permettent aux femmes de prêcher. Pareille à une seconde Judith, von Grumbach s’autorise ainsi à instruire les prêtres en se fondant sur la seule Écriture : elle estime que la parole du Christ à propos de la confession sincère ne s’adresse pas qu’aux hommes et permet donc d’invalider l’injonction paulinienne faite aux femmes de se taire dans les assemblées. La situation religieuse de l’Allemagne des années 1520 est en effet pour elle un état d’exception qui impose que toute personne appelée par Dieu prenne la parole en faveur de l’Évangile.

Comme l’ânesse de Balaam parlant à la place du prophète (Nombres 22,21- 35), von Grumbach pense donc qu’elle est appelée à prêcher puisque les prophètes de son temps, les prêtres, ne savent plus annoncer l’Évangile. Son écrit est un véritable succès auprès du public et connaît quinze réimpressions en un an. Mais l’on se doute bien des réactions que pareille prise de parole devait engendrer. Von Grumbach parvient par la suite à faire imprimer quelques libelles mais ne rencontre que peu de soutien, y compris auprès des Réformateurs.

En 1530, elle rend pourtant visite à Luther, qui lui garde toute sa sympathie, mais doit bientôt s’imposer un long silence, sans doute sous la pression de son mari. Veuve une première fois en 1529/30, elle se remarie en 1533 mais son époux disparaît peu après, bientôt suivi dans la tombe par la plupart de ses enfants. Elle continue pourtant d’entretenir de nombreuses correspondances et décède à un âge avancé, vers 1568 probablement. Aujourd’hui, un prix « Argula von Grumbach » de l’Église protestante de Bavière récompense les démarches en faveur de l’égalité des sexes.

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5.
Argula von Grumbach contre l’Université d’Ingolstadt (1523) Par Catherine Dejeumont 1 19 novembre 2019 - 1 CEREG - CEREG - Centre d’Etudes et de Recherches sur l’Espace Germanophone - EA 4223

Résumé : Première femme à s’engager par écrit pour défendre les idées propagées par Luther, l’un des « best-sellers » des premières années de la Réforme, ce texte méconnu des lecteurs francophones est présenté, traduit et annoté.

Type de document : article dans une revue - Archive ouverte en Sciences de l’Homme et de la Société - Domaine : Sciences de l’Homme et Société / Histoire - Sciences de l’Homme et Société / Religions

https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01400909 -
Contributeur : Catherine Dejeumont <[catherine.dejeumont@orange.fr-> mailto:catherine.dejeumont@orange.fr]>
Soumis le : mardi 22 novembre 2016 - 16:11:39
Dernière modification le : mardi 14 janvier 2020 - 12:31:07

1. Catherine Dejeumont. Argula von Grumbach contre l’Université d’Ingolstadt (1523). Le texte et l’idée, Centre de recherches germaniques de l’Université de Nancy II, 2016. halshs-01400909 - Contact : hal.support@ccsd.cnrs.fr - support.ccsd.cnrs.fr

Source : https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01400909

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6.
Des extraits de la lettre d’Argula von Grumbach trouvée dans la version allemande d’internet et traduite de l’allemand par Michel Salenson (2020).

Argula von Grumbach a écrit huit lettres ou pamphlets pour défendre Luther (publiés à Strasbourg en 1523-24) : au recteur de l’Université d’Ingolstadt, au maire d’Ingolstadt pour défendre le professeur Seehofer, au duc de Bavière, au prince électeur Frédéric le Sage. Aucune réponse. Elle dénonce le clergé qui maintient les femmes dans l’ignorance.

Extraits de la lettre (pamphlet) au Recteur (1523) :

Elle cite d’abord Mathieu 10 : « Celui qui se réclame publiquement de moi, je le reconnaîtrai devant le Père dans les cieux ». Et Luc 9 : « Celui qui a honte de moi et de mes paroles fera honte au fils de l’homme lorsqu’il viendra dans sa splendeur ».

« De telles paroles prononcées par Dieu lui-même sont toujours devant mes yeux, car elles n’excluent ni les hommes ni les femmes. C’est pourquoi je me sens obligée en tant que chrétienne de vous écrire ».

« Mon Dieu, comment pourrez-vous rester sur vos positions dans votre Université, vous qui agissez avec tant de folie et de violence contre la parole de Dieu et qui forcez avec violence, tenant l’Evangile dans une main et le reniant de l’autre, comme vous l’avez fait avec Seehofer en l’obligeant, sous peine d’emprisonnement et sous la menace du bûcher, à renier le christianisme et sa parole. Est-ce que le Christ ou ses apôtres, ses prophètes et les évangélistes vous l’ont appris ? Montrez-moi où cela est écrit, vous les grands maîtres, je ne trouve nulle part dans la Bible que le Christ ou ses apôtres ont emprisonné, brûlé ou tué quelqu’un ou l’ont banni du pays ».

« On sait bien que l’on doit obéir à l’autorité. Mais vous ne pouvez commander contre la parole de Dieu, ni pape, ni empereur, ni princes, comme il est écrit dans l’histoire des apôtres. Mais je reconnais devant Dieu et pour le salut de mon âme que, si je renie les écrits de Luther et de Melanchton, je renierai Dieu et sa parole. Dieu est éternel, amen ».

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7.
’Argula von Grumbach : Courageous Debater, Theologian, Female Voice in the Reformation … A Woman on the Family Tree’ (’Argula von Grumbach : ’Débateuse courageuse, théologienne, voix féminine dans la Réforme… Une femme dans l’arbre généalogique’) - Septembre 2007 - Traduction de Jacques Hallard. Document émanant de ‘stonedcampbelldisciple.com’

Une réformatrice oubliée

Une arrivée de changements politiques, sociaux et religieux traversait le monde en 1492. Christophe Colomb a entrepris un voyage historique. En une génération, Guttenberg a développé la presse à imprimer. L’Espagne s’est unie et a finalement expulsé les musulmans d’Europe occidentale. Lorenzo Valla a démontré la puissance du nouvel apprentissage de la Renaissance en critiquant l’église. C’était une époque qui a vu la publication de la vision héliocentrique de Copernic de la cosmologie en 1543. C’était aussi une époque qui a entendu le puissant appel à la réforme de Martin Luther. Au milieu de tout cela, une fille est née en 1492 dans une famille bavaroise. Elle se présenterait comme une Judith devant les théologiens intimidants de l’Université d’Ingolstadt et les mettrait au défi. Son nom était Argula von Grumbach.

La famille de Grumbach était très pieuse. Et même si les conseillers franciscains de la famille ont déconseillé de laisser la jeune Argula (une fille) étudier les Écritures parce que cela ne ferait que ’la confondre’, elle a reçu (à l’âge de 10 ans) une Bible Koberger chère (et graphiquement belle) traduite en allemand à la fin XVe siècle. Les histoires de Deborah, Susannah, Judith, Esther, Mary et une foule d’autres ont ravi son âme. Argula, comme le montre sa vie plus tard, est devenue une Bible allemande ambulante avec la grande majorité de son contenu consacrée à la mémoire.

À l’âge de 17 ans, elle perd ses deux parents à cause de la peste (en 1509). Quelques années plus tard, son tuteur, Hiéronymus, est exécuté pour intrigue politique, puis elle épousera Friederich von Grumbach. Elle finirait par mettre ses enfants à l’université, enterrerait un couple de maris et entretiendrait une longue correspondance avec Luther, Melanchthon, Hubmaier… elle rencontrerait Luther face à face le 2 juin 1530. Elle voyageait, écrivait et débattait de tout ce qui allait bien au-delà la zone de confort de la plupart des hommes européens du jour.

Debout devant la décision

En 1522, les idées luthériennes faisaient leur chemin dans le sud de l’Allemagne et le tribunal déclara que l’importation de ces idées était illégale. Un jeune enseignant de l’Université d’Ingolstadt, Arsacius Seehofer, qui s’était rendu à Wittenberg, est devenu un partisan de la réforme. Les théologiens ont exercé des pressions et il a été jugé, contraint de se rétracter et exilé au monastère.

Alors que personne ne s’avança pour défendre Seehofer, Argula entra elle-même dans le jeu. Le 20 septembre 1523, une lettre a été publiée, qui a été transformée en un livret, le premier jamais écrit par une femme protestante, adressé au conseil municipal et aux principaux théologiens de l’université. Voici un titre abrégé pour son livret, « Le compte de la femme chrétienne de la noblesse bavaroise dont la lettre ouverte… » - Voici quelques sélections de ce livret, une sélection de la Préface que la plupart des chercheurs ont attribuée à Andreas Osiander :

Argula von Grumbach défie les théologiens dans le débat

« Frères : il est temps de nous sortir du sommeil. Car notre salut est plus proche que nous ne le pensons. Par conséquent, mon lecteur chrétien, et vous, vous, aveugles, enragés, pharisiens trompés - vous avez toujours résisté au Saint-Esprit ... Beaucoup sont maintenant tout à fait conscients de ce dicton i.e. Joel 2 et maintenant il est tout à fait évident dans la personne de la femme mentionnée ci-dessus Argula, qui critique sic les savants bibliques de l’Université d’Ingolstadt pour leur persécution du saint Évangile (comme Judith, chapitre huit, le faux prêtres), et les exhorte et les instruit, citant une multitude d’écrits divins « insurmontables ».

Argula se rend compte qu’elle a « franchi la ligne » pour ainsi dire. Le monde a peut-être subi des changements radicaux comme nous l’avons vu, mais il n’était pas préparé à admettre une femme qui pensait par elle-même. Elle explique ses actions,

« J’ai réprimé mes inclinations, le cœur lourd, je n’ai rien fait à propos de la persécution. Parce que Paul dit dans 1 Timothée 2 v.12f Mais maintenant que je ne peux voir aucun homme qui est à la hauteur, qui soit disposé ou capable de parler, je suis contraint par le dicton, ’Celui qui me confesse’ ... »

Matthieu 10 et de nombreux autres exemples féminins dans les Écritures, croyait Argula, la chargèrent, en tant que disciple, de se lever et de parler. Argula exige que les théologiens prouvent de l’Écriture, que ce que Seehofer avait affirmé, était une hérésie. Elle les a même mis au défi d’un débat. Argula avait une formidable connaissance de la Bible, à tel point que Balthasar Hubmaier a déclaré qu’elle, une femme, « en sait plus sur la parole divine que tous ces chapeaux rouges, que les théologiens ont jamais vus ou imaginés ». Inutile de dire que les théologiens n’ont pas accepté son défi.

La colère des théologiens

La colère des théologiens était sans bornes. Plutôt que d’en débattre, les pouvoirs ont été renvoyés son mari et lui ont ordonné de la ‘mettre en ligne’, en utilisant la violence si nécessaire. Elle devait se souvenir de sa « place ». Elle devint la cible des sermons du professeur Hauer. Dans un sermon du 8 décembre, il a utilisé les épitaphes suivantes pour elle. Argula était un « diable féminin », une « femme désespérée », une « fille misérable et pathétique d’Eve », un « diable arrogant », une « idiote » et il termine en l’appelant une « chienne hérétique » et une putain sans vergogne ». Ils ne pouvaint pas croire qu’elle rendrait la Vierge Marie égale à toutes les autres femmes. Certainement pas le sermon le plus édifiant !!

Malgré l’attaque des théologiens, le livret de Grumbach est devenu un best-seller et a connu pas moins de seize éditions et elle est devenue un renom familier. Elle n’a pas non plus fini d’écrire pour la cause de la réforme. Elle a exhorté Frédéric le Sage et la noblesse allemande dans plusieurs autres essais, y compris un long poème qui est en quelque sorte sa « légitime défense » contre la calomnie de ses ennemis.

Ses ennemis comprenaient son mari qui restait un fidèle catholique romain. Dans son poème, elle révèle comment elle veut traiter correctement son mari, mais ellle refuse de le laisser décider de sa foi. Elle écrit contre l’accusation, qu’elle était une femme et une mère pauvres…

« Mais comment puis-je profiter de tels (personnes) que vous

Qui force le peuple à échapper à la vérité ?

Vous donnez même des conseils gratuits

Comment offrir un service obéissant

Et tenir nos maris en estime

Tout le reste me ferait me tortiller !

Mon cœur et mon âme sont tous deux enclins

Être à son service à tout moment

Ravi de toujours obéir, je détesterais ça autrement !

Et j’espère que tout cela est clair

Il n’a émis aucun mot de plainte.

Que Dieu m’apprenne à comprendre

Comment me conduire envers mon homme.

Mais devrait-il jamais vouloir me forcer

De la parole de Dieu, oblige ou contraint moi

Je pense que ça ne compte pour rien

(Ce qui semble être votre pensée anxieuse)

Comme je le trouve dans Matthieu où il est écrit

Vous pouvez le lire dans le chapitre dix ».

Autorisée à témoigner

Argula fait appel à Matthieu 10 « celui qui me confesse » et l’applique au « sacerdoce de tous les croyants » et pas simplement au sacerdoce de tous les hommes. Elle croit que « quiconque » s’applique également à elle-même et à tous ceux qui habitent le royaume.

Argula a déclaré que son écriture n’était pas « un bavardage de femme, mais la parole de Dieu ». Et ce n’était pas le cas : son écriture est une interprétation biblique sérieuse… Elle a refusé d’être réprimée. Du jamais vu à cette époque, elle se rend (seule) à Nuremberg pour encourager les princes allemands à accepter les principes de la Réforme. En 1530, elle voyage pour rencontrer Martin Luther. Elle a tenté de servir de médiateur, et a même organisé une réunion entre Melanchthon et Bucer pour parvenir à un compromis sur la controverse sur le souper du Seigneur, qui commençait à diviser les protestants.

Il est tragique que le nom d’Argula ait été perdu pour la plupart des chrétiens, en particulier chez les protestants. Même si elle n’était pas Luther de réputation ou d’influence, elle était un grand témoin pour Christ. Elle a défié les stéréotypes puissants qui prévalent encore aujourd’hui dans de nombreux endroits. Lorsque d’autres ont couru, elle s’est tenue dans l’écart. Les connaissances bibliques qu’elle a poursuivies comme une quête de toute une vie ont porté leurs fruits dans ses écrits et son enseignement.

Aujourd’hui encore, ses textes sont stimulants, édifiants et propices à la réflexion théologique.

Argula était-elle donc une sorte de « diable » comme les théologiens l’appelaient ? Ou était-elle, comme l’a dit Hubmaier, une autre Deborah, Huldah, Judith ou l’une des filles de Philip. C’était une femme remarquable… et je suis heureuse d’avoir ce théologien sur l’arbre généalogique.

Une très bonne introduction à Argula est la récente collection de ses œuvres, « Argula von Grumbach : Une voix de femme dans la réforme » (T&T Clark, 1995) éditée par Peter Matheson. Toutes les citations ci-dessus proviennent de ce livre. C’est bien fait et mieux encore, mais vous pouvez lire les propres écrits d’Argula.

Shalom, Bobby Valentine.

Stoned-Campbell Disciple - Bobby Valentine, simple desert disciple, with roots in the Stone-Campbell Movement, finding a way through this present age in the hope of the New Heavens & New Earth - Bobby Valentine, simple « disciple du désert », avec des racines dans le mouvement Stone-Campbell, trouvant un moyen de traverser cette époque actuelle dans l’espoir de « Nouveaux Cieux et d’une Nouvelle Terre ».

Compléments - Martin Luther publia ses premiers traités en 1520 et Philipp Melancthon exposa les enseignements de Luther dans un livre. En 1522, Luther avait terminé sa traduction du Nouveau Testament en allemand. Argula von Grumbach avait lu tous ces écrits et, la même année, elle était devenue disciple de Luther et elle avait commencé une correspondance avec lui et avec d’autres protestants aux opinions analogues. Elle rencontrera plus tard Luther en tête-à-tête en 1530.

Les autorités bavaroises avaient interdit la réception des idées luthériennes à l’époque et la ville d’Ingolstadt avait appliqué cet ordre. En 1523, Arsacius Seehofer, jeune enseignant et ancien étudiant de l’université d’Ingolstadt, fut arrêté pour des raisons protestantes et fut contraint de se rétracter. L’incident se serait déroulé dans le calme, mais Argula, scandalisée par cet événement, a alors écrit ce qui devait devenir son texte le plus réussi : une lettre à la faculté de l’université s’opposant à l’arrestation et à l’exil du jeune Seehofer. La lettre exhortait l’université à suivre les Écritures, et non les traditions romaines. Elle avait également déclaré qu’elle avait décidé de parler, même si elle était une femme, parce que personne d’autre ne le ferait à sa place

Voici un extrait de sa lettre à la suite :
« À l’honorable, digne, noble, érudit, noble, fidèle recteur et à toute la faculté de l’université d’Ingolstadt - Quand j’ai entendu ce que vous aviez fait à Arsacius Seehofer sous la terreur, la menace de l’emprisonnement et du bûcher, mon cœur s’est serré et tous mes os ont tremblé. Qu’est-ce que Luther et Melanchthon ont enseigné pour sauver la Parole de Dieu ? Vous ne les avez pas réfutés : mais vous les avez condamnés ! Où lisez-vous dans la Bible que Christ, les apôtres et les prophètes ont emprisonné, banni, brûlé ou tué quelqu’un ? Vous nous dites qu’il faut obéir aux magistrats. C’est correct, d’accord ! Mais ni le pape, ni l’Empereur (Kaiser), ni les princes n’ont d’autorité à exercer sur la Parole de Dieu. Vous n’avez pas besoin de penser que vous pouvez tirer Dieu, les prophètes et les apôtres du ciel avec des décrétales papales extraites d’Aristote, qui n’était pas chrétien du tout. . . . Vous cherchez à détruire toutes les œuvres de Luther. Dans ce cas, vous devrez détruire le Nouveau Testament, qu’il a traduit lui-même (en allemand !). Dans les écrits allemands de Luther et de Melanchthon, je n’ai personnellement rien trouvé d’hérétique. . . Même si Luther devait se rétracter, ce qu’il a dit resterait la Parole de Dieu. Je serais disposée à venir en discuter avec vous, et en allemand. . . . Vous avez la clé de la connaissance et vous fermez le royaume des cieux. Mais vous vous battez. La nouvelle de ce qui a été fait à ce garçon de 18 ans nous est parvenue à nous et à d’autres villes en si peu de temps qu’elle sera bientôt connue du monde entier. Le Seigneur pardonnera à Arsacius, comme il a pardonné à Pierre, qui a renié son maître, sans toutefois être menacé de prison et ni de périr par le feu. La bonne volonté vient encore de ce jeune homme lui-même. Je ne vous envoie pas une femme déclamée, mais la Parole de Dieu. J’écris en tant que membre de l’Église du Christ contre laquelle les portes de l’enfer ne prévaudront jamais… »
Argula von Grumbach, 1523.

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8.
Strasbourg et les femmes publicistes du XVIe siècle Par Anne-Marie Heitz p. 169-193 - https://doi.org/10.4000/alsace.1008 -

Résumés Français English Deutsch

La Réformation a apporté de profondes modifications à la vie des femmes au XVIe siècle. A Strasbourg, des femmes ont su à la fois profiter des avantages que leur procurait la Réformation et utiliser les arguments évangéliques pour se créer de nouveaux rôles. Certaines n’ont ainsi pas hésité à intervenir dans la sphère publique, qui leur était pourtant fermée à cette époque.

Mots-clés : Argula von Grumbach von Stauffen, Catherine Zell, femmes, Marie Dentière, Réformation - Keywords : Argula von Grumbach von Stauffen, Marie Dentière, Reformation, women - Schlagwortindex : Argula von Grumbach von Stauffen, Frauen, Marie Dentière, Reformation

Plan

Trois femmes prennent la parole

Éléments biographiques

Le contexte de leurs écrits

Les réactions face aux écrits d’Argula et de Marie

La réception des écrits de Catherine Zell à Strasbourg

Conclusion

Extraits de Jacques Hallard concernant seulement Argula von Grumbach

« Argula von Grumbach fut, elle aussi, l’auteur de nombreux écrits, en particulier de pamphlets 10. Elle est née en 1492, dans une famille de la haute noblesse bavaroise. Lorsqu’elle eut dix ans, son père, Bernardin von Stauff, choisit de lui donner une éducation digne de son rang : après lui avoir offert une Bible illustrée en langue allemande 11, il la plaça chez une sœur de l’Empereur Maximilien, la duchesse Cunégonde, afin qu’elle y fût formée en tant que dame de cour. C’est sous cette prestigieuse tutelle qu’elle fut instruite, en langue vernaculaire. Peu après son entrée à la cour, elle perdit successivement ses parents dans un intervalle de cinq jours, sans doute en raison d’une épidémie de peste. En 1516, elle épousa Frédéric von Grumbach, qui venait d’être promu au poste de Pfleger à Dietfurt ; elle lui donna une fille et trois fils. »

« Dès 1520, Argula devint une fervente lectrice des écrits de Luther et, en 1523, elle écrivit son premier pamphlet en faveur des idées évangéliques, texte qui la projeta sur l’avant de la scène publique. Les conséquences de cette publication ne se firent pas attendre : son mari fut démis de ses fonctions dès le mois d’octobre 1523, et perdit de ce fait toute source de revenus. Dès lors, il se révolta contre les interventions publiques de son épouse ; ses inquiétudes financières l’aigrirent, et le rendirent même violent. Il mourut en 1529 ».

« Quatre ans plus tard, Argula épousa un comte von Schilck, partisan des idées luthériennes, mais ce mariage ne dura que deux ans, jusqu’à la mort de ce second époux. Veuve, sans héritage, Argula rencontra de nombreuses difficultés, accentuées par la perte de trois de ses enfants, Georges et Apollonia en 1539, et Jean-Georges en 1544. Malgré ces épreuves, elle demeura active et ferme dans ses convictions. Elle mourut après 1563 ».

  • 12 Au sujet de la vie de Marie Dentière, voir Irena BACKUS, « Marie Dentière : un cas de féminisme th (...)
  • 13 Philippe DENIS, Les Églises d’étrangers en pays rhénans (1538-1564), Paris, Les Belles Lettres, 19 (...)
    « Argula von Grumbach entretint, comme Catherine Zell, une correspondance avec des figures de proue du mouvement évangélique, notamment avec Martin Luther et Andreas Osiander, le Réformateur de Nuremberg. Mais c’est essentiellement en tant qu’auteur de pamphlets qu’Argula s’est faite connaître. Elle fut la première femme à défendre les idées évangéliques dans une feuille volante, et ce dès octobre 1523. Elle rédigea ensuite sept autres pamphlets jusqu’à la fin de l’été 1524. Ses huit écrits furent un véritable succès : ils connurent trente éditions, ce qui signifie qu’elle aurait touché plus de trente-mille lecteurs 21. Le premier de ces pamphlets nous intéresse particulièrement dans la mesure où il a été édité à Strasbourg par Martin Flach, sous le titre « comme une femme chrétienne de la noblesse bavaroise a condamné, par sa lettre ouverte bien fondée sur les Écritures divines, l’Université d’Ingolstadt pour avoir contraint un jeune homme évangélique à abjurer la Parole de Dieu. Avec tous les articles qu’il a abjurés » 22.
  • 23 Le jeune homme avait étudié à Wittenberg pendant que Luther se trouvait à Wartburg ; il fut formé (...)
  • 24 Le professeur le plus renommé de l’Université était alors Jean Eck, le farouche adversaire de Luth (...)
    « Argula von Grumbach avait pris la plume pour défendre un adepte des idées évangéliques, Arsacius Seehofer 23, jeune professeur à l’université d’Ingolstadt 24. En effet, un mandat des autorités religieuses bavaroises avait interdit tout enseignement évangélique depuis le 5 mars 1522. Aussi Seehofer fut-il soumis à un interrogatoire, à la suite duquel il fut contraint à abroger publiquement sa foi et à se rendre au couvent d’Ettal. Argula von Grumbach, indignée par l’humiliation qu’on avait fait subir au jeune homme, se rendit chez Andreas Osiander afin de lui demander de réagir à cette sentence. Confrontée au mutisme du Réformateur, elle décida d’agir elle-même et d’adresser un écrit aux membres de l’université d’Ingolstadt ».

Les réactions face aux écrits d’Argula et de Marie

  • 29 Lyndal ROPER, The Holy Household, Women and morals in Reformation Augsburg, Oxford, Clarendon Pres (...)
    « La Réformation et les désordres qu’elle a engendrés ont constitué une plate-forme pour les femmes qui, s’appuyant sur des exemples bibliques, ont justifié leurs interventions publiques 29. Ces publicistes féminines ont été encouragées par certains hommes, convaincus qu’elles étaient des messagers divins, envoyées pour dénoncer les maux de leur société. L’auteur de la préface de l’écrit qu’Argula von Grumbach adressa à l’Université d’Ingolstadt estimait ainsi que cette femme avait été mandatée par Dieu, tout comme l’avaient été les femmes fortes mentionnées dans la Bible ».
  • 30 « Vos fils et vos filles prophétiseront ».
    Se fondant sur Joël 3,130, cet auteur affirmait :
  • 31 « Welcher spruch ytzo mâcherley weyss/ und sünderlich ytz in gemeltem weib offentlich erscheynet/ (...)
    « cette parole, que maintenant certains connaissent, apparaît maintenant particulièrement et publiquement par cette femme, car elle a été tirée d’une copie de sa lettre ouverte, dans laquelle elle accuse, exhorte et instruit les hommes doctes de l’Université d’Ingolstadt (comme Judith [le faisait pour] les prêtres qui se trompaient [Jdt 8-9]) avec beaucoup de paroles divines bien menées et indépassables puisqu’elles suivent le saint Évangile ; [en cela elle est] à nouveau crédible (alors qu’aupavant de la part d’une femme ce fait même était très rare et à notre époque pas écouté) »31.
  • 32 « Darauss zu versteen ist/ das sie solch ir gethanes schribe nit durch andere underweysung/ sunder (...)
    Il revendiquait par ailleurs l’inspiration divine d’Argula : « on peut déduire de cela que cet écrit qu’elle a produit ne vient pas d’un autre enseignement que du seul Esprit de Dieu » 32.
  • 33 « eine geborene lutherische Hure und ein Tor zur Hölle » (Roland Herbert BAINTON, Frauen der Refor (...)
  • 34 « hochmütigen Evakindern » (Roland Herbert BAINTON, Frauen der Reformation, op. cit., p. 111).
  • 35 « ketzerischen Hündinnen [...] wie denn auch Luthers Geist jetzt den Weibern eingeblasen [wird] un (...)
  • 36 Sara Matthews GRIECO, Ange ou diablesse. La représentation de la femme au XVIe siècle, Flammarion, (...)
    « Mais ce point de vue n’était pas partagé par beaucoup d’habitants d’Ingolstadt. Ainsi un contemporain d’Argula ajouta-t-il, à la fin de l’écrit de la jeune femme, les mots suivants : « c’est une putain luthérienne et un portail vers l’enfer » 33. Un prêtre de la ville fit allusion aux activités d’Argula dans l’un de ses sermons : il dénonça particulièrement, parmi les « orgueilleuses enfants d’Ève » 34, les « chiennes hérétiques, […] comme l’esprit de Luther a été soufflé aux femmes et en a fait des folles » 35. Par ailleurs, un certain Jean, étudiant de l’Université d’Ingolstadt, rédigea quelques vers, dans lesquels il se joua du nom d’Argula. Il lui reprocha en outre des défauts que l’on pensait alors typiquement féminins, comme le fait d’avoir des aspirations sociales illégitimes, l’impudicité ou la violence verbale, qui étaient tous trois liés à la négligence des devoirs domestiques » 36 :
  • 37 L’auteur joue ici sur le nom d’Argula, dont la racine « arg » signifie en allemand « scandale ».
  • 38 L’époux d’Argula était en effet demeuré fidèle à la foi traditionnelle.
  • 39 « Frau Argel, arg ist euer Nam/ Viel ärger, dass ihr ohne Scham/ Und alle weiblich Zucht vergessen (...)
    « Madame Argula, scandaleux 37 est votre nom, et plus scandaleux encore que vous ayez sans honte oublié toute pudeur féminine. Vous êtes tellement coupable et oublieuse que vous vouliez apprendre à votre maître et seigneur une nouvelle foi 38, et à côté vous vous permettez de punir et d’insulter toute une Université avec vos folles allégations »39.

Argula voulut répondre à cette attaque en insistant sur ses qualités domestiques :

  • 40 « Im Namen Gottes hab ich an/ zu antworten dem kühnen Mann/ der sich Johannes nennen tut/ zeiget m (...)
    « au nom de Dieu je dois répondre à l’homme courageux qui se fait appeler Jean et qui m’indique qu’il est de Landshut. […] Ce maître de haut sens veut m’apprendre à tenir le ménage et le rouet, ce dont je me sers quotidiennement de sorte que je ne peux pas l’oublier. […] Vous nous donnez un autre ordre, de servir dans l’obéissance et d’honorer notre mari. Je regretterais de mal le faire. Mon cœur et mon esprit tendent à le servir en tout temps avec obéissance et toute joie. Si je ne le faisais, je le regretterai. Je veille aussi chaque jour qu’il ne se plaigne pas de moi » 40.

Argula dévia cependant rapidement de cette argumentation en employant une autre : quiconque veut suivre Dieu doit être prêt à tout abandonner pour lui. Aussi affirma-t-elle ne pas redouter le martyre :

  • 41 « Hoff’, Gott wird mich auch lehren wohl’/ Wie ich mich gegen ihm halten soll/ Wo er mich aber wol (...)
    « J’espère que Dieu m’enseignera bien comment je dois me conduire face à lui [son époux] s’il voulait me forcer et me contraindre à m’éloigner de la Parole de Dieu. Que je n’en fasse rien, ce que vous souhaiteriez bien pourtant. Comme je le trouve écrit en Matthieu 10, [37-39] : oui, nous devons nous séparer des enfants, de la maison, du foyer et de [tout] ce que j’ai ; celui qui aime cela plus que lui [Dieu] est entièrement libre [de ce choix] mais il n’est pas digne [de Dieu]. Si je devais renier la Parole de Dieu, au lieu de quitter tout cela j’offrirai librement mon corps et ma vie, puisque mon âme ne me serait pas plus chère que ne me l’est mon Seigneur et mon Dieu » 41.

« Argula espérait une application concrète de ces versets dans la société. Aussi écrit-elle au sujet de son époux :

  • 42 « Ich habe gehört, wie ihr sollt gesagt haben, so mein Hauswirt nicht woll dazu tun [...] und mich (...)
    « Je ne lui dois pas obéissance en ceci, car Dieu dit en Matthieu 10, [37-39] et Marc 8, [34-35] : nous devons tout quitter, père, mère, frère, sœur, enfant, corps et vie, et ajoute à cela : à quoi servirait-il à un être humain de gagner le monde entier s’il perdait son âme [Mt 16,26] ? » 42.
  • 43 L’une des mesures les plus fréquentes était de faire couper des doigts au coupable. Les sanctions (...)
  • 44 Silke Halbach, art. cit. « Legitimiert durch das Notmandat », p. 372.
    Mais ces arguments ne convainquirent pas les autorités d’Ingolstadt, qui réagirent à la fois rapidement et fortement aux écrits d’Argula. En effet, elles attribuèrent à son époux le droit de recourir pour elle à des mesures disciplinaires 43. Elles démirent par ailleurs Frédéric von Grumbach de ses fonctions. Cette sanction fut d’autant plus pénible pour l’époux d’Argula qu’il ne partageait pas les convictions évangéliques de sa femme et qu’il n’avait à aucun moment encouragé ses interventions publiques 44. Argula n’avait donc pas le soutien de son époux, ni d’ailleurs du reste de sa famille, comme l’atteste le courrier qu’elle adressa à son cousin Adam von Törring :
  • 45 « Mir ist gesagt, wie vor Euch gekommen sei, dass ich der hohen Schul zu Ingolstadt geschrieben ; (...)
    « on m’a dit comment vous avez appris que j’avais écrit à l’Université d’Ingolstadt, à propos de quoi vous étiez très fâché contre moi, et peut-être que vous imaginez ainsi que c’était une action injustifiée de ma part, une sotte femme […]. Cela m’a valu et me vaudra beaucoup de honte, de déshonneur et de railleries » 45.

« Face à ces reproches, Argula espérait un jugement juste de son écrit, fondé sur son contenu et non sur le sexe de son auteur :

  • 46 « Aus dieser Euer erkannten Freundschaft bin ich bewegt, euch zu schreiben und der Wahrheit zu ber (...)
    « c’est votre amitié reconnue qui me pousse à vous écrire et à rapporter la vérité. Je vous envoie donc une copie de ce que et comment j’ai écrit. Je vous prie de la lire fidèlement et de me juger là-dessus selon l’esprit de Dieu. […] C’est pourquoi, mon cher seigneur et père, ne vous étonnez pas que je confesse Dieu. Car celui qui ne confesse pas Dieu n’est pas chrétien, même s’il était baptisé mille fois. Chacun doit aussi se justifier lui-même au dernier jugement. […] C’est pourquoi je vous prie de ne pas vous laisser troubler si vous entendez qu’on me déshonore ou qu’on se raille de moi parce que je confesse le Christ » 46.

« Les avis au sujet d’Argula von Grumbach étaient mitigés. Les laïcs issus de classes sociales peu favorisées lui étaient plutôt favorables, tandis que les responsables des autorités civiles et académiques, ainsi que ses proches, l’accusaient de s’attribuer des rôles qui ne lui convenaient pas en tant que femme. Le propos d’un professeur de l’Université d’Ingolstadt illustre bien cette tension ; bien qu’il reconnaissait lui-même les connaissances bibliques hors du commun de la jeune femme, il affirmait :

  • 47 « Das dürfen wir aber die Bauern nicht wissen lassen, die schon von der Argula von Stauff, die die (...)
    « mais nous ne pouvons pas faire savoir cela aux paysans, qui ont déjà prétendu qu’Argula von Stauff, qui sait la Bible par cœur, serait plus docte que nous, ce qui n’est pas vrai parce qu’elle n’a pas été à l’Université » 47.

« Martin Luther appréciait quant à lui les actions d’Argula von Grumbach. Il écrivit à son sujet à Spalatin, le 18 janvier 1524 :

  • 48 « Mitto ad te, optime Spalatine, Literas Argule, Christi discipule, ut videas et gaudeas cum angel (...)
    « je t’envoie, très bon Spalatin, une lettre d’Argula, disciple du Christ, afin que tu voies et que tu te réjouisses avec les anges au sujet de la conversion d’une fille pécheresse d’Adam devenue fille de Dieu » 48.

« À la fin de février 1524, le Réformateur s’indigna du sort malheureux d’Argula et la recommanda aux prières de ses amis :

  • 49 « Dux Bavariae saevit ultra modum occidendo, profligando, persequendo totis viribus euangelium. No (...)
    « le duc de Bavière est dans une rage excessive, massacrant, ruinant et persécutant l’Évangile avec tous ses hommes. En ce moment, la très noble dame Argula von Stauffen mène une grande lutte dans ce pays avec grand esprit, dans une abondance de mots et de connaissance du Christ. Elle est digne de ce que nous priions tous pour elle, afin que le Christ triomphe en elle. Elle a assailli l’Université d’Ingolstadt par des lettres, car ils avaient contraint Arsarius, un jeune homme, à une révocation honteuse. Son mari, qui se comportait déjà avec elle comme un tyran, a maintenant été chassé de sa préfecture, tu peux t’imaginer ce qu’il va faire. Elle vit seule sous [l’autorité de] ce monstre, certes solide dans la foi mais, comme elle l’écrit elle-même, pas sans quelques fois la crainte au cœur. Elle est un instrument singulier du Christ, je te la recommande, afin que le Christ dans sa sagesse confonde ces puissants et ces fanfarons par ce vase fragile » 49.
  • 50 « Prädikaturen mit gelehrten Männern besetzt würden » (Roland Herbert BAINTON, Frauen der Reformat (...)
    Martin Luther apprécia et encouragea donc les prises de parole spontanées d’Argula von Grumbach dans la mesure où cette femme présentait elle-même ses interventions comme des proclamations occasionnelles, un jugement divin sur les défaillances de l’Église contemporaine. Dans la lettre qu’elle adressa à son cousin, elle affirma espérer – bien qu’il nous semble qu’il ne s’agit ici que d’un élément d’une stratégie, qui avait pour but de prendre la parole publiquement – l’établissement d’un ordre évangélique, dans lequel les autorités « occuperaient des postes de prédicateurs avec des hommes doctes » 50.
  • 51 « Nun seh ich euch irren, darum kann ich’s auf Befehl Gottes nicht unterlassen, euch zu vermahnen, (...)
    Luther cautionna ainsi les interventions d’Argula von Grumbach, bien qu’elles fussent condamnées par les autorités civiles et académiques d’Ingolstadt. Mais le Réformateur était alors lui-même, depuis 1521, excommunié et mis au ban de l’Empire. Aussi son soutien, s’il avait sans doute une grande importance pour Argula, demeura uniquement moral. C’est pourquoi la jeune femme, qui ne bénéficiait du soutien d’aucun représentant de l’autorité ni même de sa famille, fut rapidement réduite au silence. Alors que sa première intervention datait d’octobre 1523, elle se prononça publiquement pour la dernière fois au cours de l’été 1524. Elle adressa une lettre au Conseil de Ratisbonne, dans laquelle elle s’exprima toute sa déception de ne pas être prise au sérieux en raison de son sexe : « maintenant je vois que vous vous trompez, et je ne peux pas m’abstenir, par ordre divin, de vous exhorter, même si je sais bien qu’on rira de moi » 51.

Conclusion

Les premiers Réformateurs avaient ouvert une brèche qui, pensaient-ils, se refermerait lorsqu’un nouvel ordre serait instauré. De fait, les théologiennes laïques représentaient un phénomène nouveau dans les débuts de la Réformation, qui demeura restreint, aussi bien dans l’Empire germanique que dans les villes suisses : les femmes publicistes, y compris les plus célèbres d’entre elles comme Argula von Grumbach et Marie Dentière, furent rapidement réduites au silence et reléguées à la sphère domestique à laquelle elles avaient tenté d’échapper.

Catherine Zell fut la seule à s’exprimer sur une très longue période, de 1524 à 1562. Cette situation est due à plusieurs facteurs : Catherine n’avait pas d’enfants, elle fut particulièrement soutenue par son époux, elle était très populaire parmi les Strasbourgeois et les autorités de la ville se montrèrent relativement tolérants à son égard. Les Réformateurs strasbourgeois et leurs concitoyens, bien que troublés par ces prises de parole féminines qui défiaient toute convenance, surent apprécier la qualité des interventions et des actions de cette femme. Ils lui reconnurent même des talents pastoraux spécifiques, en particulier dans l’aide à la préparation à la mort. Il n’en alla pas de même pour les Réformateurs de la seconde génération, qui condamnèrent avec sévérité les prises de parole de l’épouse Zell. Celle-ci conserva toutefois le soutien de la population, et peut-être des autorités civiles qui refusèrent de prendre des sanctions à son égard.

Cette particularité était liée à la personne et à la vie même de Catherine, mais également à l’atmosphère de tolérance qui régnait à Strasbourg dans la première moitié du XVIe siècle, et à l’esprit particulièrement ouvert de Martin Bucer et de ses collaborateurs. En outre, les Réformateurs strasbourgeois élaborèrent un système de pensée dans lequel coexistaient la liberté du chrétien, capable de faire des choses exceptionnelles s’il y était appelé par l’Esprit Saint, et un profond respect pour l’autorité de la Parole divine – reconnue comme le droit éternel et immuable – qui avait accordé à des femmes une place privilégiée dans l’œuvre de Salut divine.

L’accord profond sur ce message et l’estime réciproque qui unissaient Catherine Zell aux Réformateurs de la première génération permirent à ces derniers de passer outre les préjugés de leur temps. Des femmes surent profiter de ces idées novatrices pour se créer des rôles dans lesquels on n’était pas habitué à les voir au XVIe siècle. Elles eurent ainsi accès à la parole publique dans la cité alsacienne de Sttasbourg plus facilement qu’ailleurs, et ce pour une durée nettement plus étendue.

Pour citer cet article>

Référence papier : Anne-Marie Heitz, « Strasbourg et les femmes publicistes du XVIe siècle », Revue d’Alsace, 134 | 2008, 169-193.

Référence électronique : Anne-Marie Heitz, « Strasbourg et les femmes publicistes du XVIe siècle », Revue d’Alsace [En ligne], 134 | 2008, mis en ligne le 15 juin 2011, consulté le 06 février 2020. URL : http://journals.openedition.org/als...;; DOI : https://doi.org/10.4000/alsace.1008

Auteur : Anne-Marie Heitz Historienne. Docteur en théologie protestante - Droits d’auteur - Tous droits réservés. ISSN électronique 2260-2941 - Voir la notice dans le catalogue OpenEdition - Plan du site – Contact – Crédits – Flux de syndication - Nous adhérons à OpenEdition Journals – Édité avec Lodel – Accès réservé

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Rubrique B - Concernant Hanna Arendt

9.
Tout savoir (ou presque) sur Hannah Arendt avec Wikipédia - Photo : Hannah Arendt en 1975

Naissance

14 octobre 1906

Hanovre

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Décès 4 décembre 1975 (à 69 ans)

Upper West Side

Nationalités Allemande (jusqu’en 1937), Américaine (depuis 1951), (1937-1951)
Formation Université de Heidelberg (doctorat)

Université de Fribourg-en-Brisgau

Université de Marbourg

École/tradition phénoménologie, aristotélisme
Principaux intérêts révolution, société de consommation, sécularisation, totalitarisme, esthétique
Idées remarquables espace public, domaine public/domaine privé, travail/œuvre/action, banalité du mal, totalitarisme.
Œuvres principales Les Origines du totalitarismeCondition de l’homme moderneLa Crise de la culture
Influencée par Aristote, Cicéron, Augustin, Machiavel, Locke, Montesquieu, Rousseau, Kant, Tocqueville, Kierkegaard, Marx, Nietzsche, Husserl, Jaspers, Heidegger.
A influencé Agamben, Aron, Badiou, Barber, Bauman, Benhabib, Castoriadis, Finkielkraut, Foucault, Habermas, Kopic, Koselleck, Kristeva, Lefort, Merleau-Ponty, Pettit, Sennett, Skinner, Taylor, Freitag.
Conjoints Günther Anders (de 1929 à 1937)

Heinrich Blücher (de 1940 à 1970)

Hannah Arendt, née Johanna Arendt1 à Hanovre le 14 octobre 1906 et morte le 4 décembre 1975 à New York, est une politologue, philosophe et journaliste allemande naturalisée américaine, connue pour ses travaux sur l’activité politique, le totalitarisme, la modernité et la philosophie de l’histoire.

Elle soulignait toutefois que sa vocation n’était pas la philosophie mais la théorie politique (« Mein Beruf ist politische Theorie »)2. C’est pourquoi elle se disait « politologue » (« political scientist »)3 plutôt que philosophe. Son refus de la philosophie est notamment évoqué dans Condition de l’homme moderne où elle considère que « la majeure partie de la philosophie politique depuis Platon s’interpréterait aisément comme une série d’essais en vue de découvrir les fondements théoriques et les moyens pratiques d’une évasion définitive de la politique »4.

Ses ouvrages sur le phénomène totalitaire sont étudiés dans le monde entier et sa pensée politique et philosophique occupe une place importante dans la réflexion contemporaine. Ses livres les plus célèbres sont Les Origines du totalitarisme (1951), Condition de l’homme moderne (1958) et La Crise de la culture (1961). Son livre Eichmann à Jérusalem, publié en 1963 à la suite du procès d’Adolf Eichmann en 1961, où elle développe le concept de la banalité du mal, a fait l’objet d’une controverse internationale.

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10.
Hannah Arendt : ’C’est dans le vide de la pensée que s’inscrit le mal’ Un débat public avec France Culture et l’ Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse- 23/10/2017 – Texte de Laure Adler « née Laure Clauzet le 11 mars 1950 à Caen, est une journaliste française, biographe, essayiste, éditrice, productrice de radio et de télévision… »

« La pensée d’Hannah Arendt nous permet de réfléchir à ce que nous vivons aujourd’hui et prend une acuité exceptionnelle sur certains thèmes : les frontières, le futur de l’Europe, la fragilité de la démocratie, l’exil... Éclairer l’actualité de sa pensée intempestive ».

« Mieux connaitre cette pensée qui n’est pas si facile, cette pensée qui peut être finalement un peu trop schématisée, cette pensée qui est convoquée, y compris par les politiques en ce moment. C’est une pensée qui est utilisée en termes de communication politique et idéologique, or c’est une pensée d’une complexité intense, qu’il faut essayer de décrypter à plusieurs niveaux : philosophique, intellectuel… C’est une pensée qu’il faut contextualiser historiquement, car Hannah Arendt s’est alimentée aux grands drames de l’Histoire ; elle a pensé ce qu’elle a vécu. Une vénéneuse coïncidence entre sa vie et la pensée de ce qu’elle a enduré dans sa chaire et dans son esprit. Vivre avec Hannah Arendt. Comment vivre avec Hannah Arendt, avec les pensées fulgurantes qu’elle a eues, les concepts qu’elle a développés, les hésitations, les volte-face ? »

« Hannah Arendt est l’une des intellectuelles les plus importantes du XXe siècle. Son oeuvre irrigue tant la philosophie que la politique et l’éthique. Penseuse des chaos du monde et militante antinazie de la première heure, elle fut à la fois une combattante des droits de l’homme, une théoricienne des périls qui menacent la démocratie, une penseuse de l’antitotalitarisme et une femme engagée dans les principaux combats du siècle. Penseuse de l’événement, philosophe de la fragilité humaine, elle a vécu dans sa chair ce qu’elle a théorisé. C’est sans doute aussi pour cette raison que son oeuvre nous bouleverse plus de quarante ans après sa mort ».

Un débat du cycle ’SUPRAMUROS’ enregistré en juillet 2017 dans le cadre du Festival d’Avignon, images fournies par Théâtre Contemporain.

Laure Adler, journaliste, productrice de ’L’heure bleue’ sur France Inter

Eric Fassin, sociologue, professeur, Université Paris 8

Christiane Cohendy, comédienne et metteuse en scène

Michaël Fœssel, philosophe, professeur, École polytechnique

Valérie Gérard, philosophe, directrice de programme, Collège International de Philosophie

Yves Jeanneret, professeur émérite, Université Paris-Sorbonne

Thierry Ternisien d’Ouville, auteur de Réinventer la politique avec Hannah Arendt.

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11.
Hannah Arendt - Philosophie contemporaine – Document ‘les-philosophes.fr’ - Photo

Hannah Arendt se définissait plutôt comme une spécialiste de la théorie politique, plutôt que comme une philosophe. Néanmoins ses théories, décrivant la nature et le fonctionnement du totalitarisme ou de la culture moderne, renouvellent en profondeur la philosophie politique. Voici une présentation des oeuvres de cette femme brillante.

Bibliographie

Voici les livres incontournables si vous souhaitez mieux comprendre la pensée de cet auteur :

Poizat JC., Hannah Arendt, une introduction, Pocket, Paris, 2013
Collectif, Totalitarisme et banalité du mal, PUF, Paris, 2011
Brudny MI., Hannah Arendt : Essai de biographie intellectuelle, Grasset, Paris, 2006
Vallée C., Socrate et la question du totalitarisme, Ellipses, Paris, 1999
Kristeva J., Le génie féminin, Folio, Paris, 2003
Le Ny M., Hannah Arendt ; Le temps politique des hommes, l’Harmattan, Paris, 2013
... + d’auteurs

Vidéos recommandées

Interviews, conférences, émissions de radio... voici 10 vidéos qui vous aideront à mieux comprendre la pensée d’Hannah Arendt.

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Biographie détaillée

Jeunesse

Hannah Arendt naît à Hanovre en Allemagne en 1906, dans une famille de juifs laïques. Son père, ingénieur, meurt alors qu’elle n’a que 7 ans.

A 18 ans, elle part étudier philosophie et théologie à l’université de Marbourg, où elle suit les cours d’Heidegger, avec qui elle entretient une relation secrète et passionnée. Puis elle se rend à Fribourg, et assiste à des conférences d’Husserl. Enfin, elle achève sa formation auprès de Karl Jaspers, à l’université d’Heidelberg. C’est sous la direction de ce dernier qu’elle rédige sa thèse « Le concept d’amour chez Saint Augustin ».

La montée des périls

A partir de 1933, et l’accès d’Hitler au pouvoir, la situation devient dangereuse pour elle en Allemagne. Elle est arrêtée par la Gestapo, et relâchée.

Prenant la mesure de la montée du péril, elle parvient à se rendre en France, où elle travaille à l’accueil des réfugiés qui, comme elle, fuient le nazisme.

Elle divorce de son premier mari, un jeune philosophe allemand, Günther Anders, épousé en 1929, pour se marier avec Heinrich Blücher, un réfugié allemand.

Arrêtée en France, elle est internée au cap de Gurs, d’où elle s’échappe pour le Portugal. Grâce à ses contacts avec un diplomate américain, elle obtient un passeport pour l’Amérique et s’installe à New York, d’où elle ne peut qu’assister en spectatrice impuissante à la tragédie en cours.

A New York

Photo d’Hannah Arendt

Après la guerre, elle intervient en la faveur d’Heidegger, lors du procès qui a été intenté à celui-ci, en raison de son attitude sous le régime nazi.

En 1951, c’est l’année charnière : elle publie son ouvrage fondamental les Origines du totalitarisme et entame une série de conférences dans de prestigieuses universités américaines (Princeton, Berkeley, Columbia…). Cette brillante carrière universitaire est encore rare, pour une femme, à cette époque.

Quelques années plus tard, deux autres livres paraîtront, la Condition de l’homme moderne (1958) et la Crise de la culture (1961), assurant sa célébrité auprès du public.

Elle se rend à Jérusalem pour couvrir le procès d’Eichmann, et en tire un ouvrage de réflexion sur la banalité du mal, qui à nouveau rencontre un grand succès, tout en déclenchant une polémique.

En 1963, c’est la consécration, puisqu’elle obtient la chaire de science politique de l’université de Chicago, puis est nommée professeur à l’école de recherche sociale de New York, en 1967. C’est dans cette ville qu’elle meurt en 1975, laissant à la postérité des dizaines de livres, essais ou articles dont plusieurs paraîtront de manière posthume.

Principaux ouvrages

Le Concept d’amour chez Augustin, Rivages, Paris, 2000
Les Origines du totalitarisme, Gallimard, Paris, 2002
Condition de l’homme moderne, Pocket, Paris, 2002
La Crise de la culture, Gallimard, Paris, 1989
Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal, Gallimard, Paris, 2002
De la révolution, Folio, Paris, 2013
... + d’ouvrages

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12.
A propos de l’ouvrage « La crise de la culture » d’Hannah Arendt - 30 mai 2012 – Document ‘ergoteurs.unblog.fr’ Philosophie

Pour oser commenter, voire critiquer l’ouvrage d’Hannah Arendt « La crise de la culture  », nous esquisserons d’abord une rapide mais nécessaire biographie de l’auteur afin de mieux appréhender son travail d’intellectuelle et de contextualiser ses travaux ce qui permettra de donner un cadre à ses analyses.

I) La vie d’Hannah Arendt

Née en 1906 à Hanovre au sein d’une famille juive cultivée, Hannah Arendt est brillante et s’intéresse très tôt à la philosophie. En 1924, elle part étudier la philologie classique au sein des Universités de Margbourg, Fribourg et Heidelberg. Elle est alors l’élève des plus grands philosophes allemands de l’époque : Rudolf Bultmann, Edmund Hussert, Martin Heidegger et Karl Jaspers. En 1929, elle soutient une thèse sous la direction de Karl Jaspers dont le sujet est : « Le concept d’amour chez Saint Augustin ». La même année, elle épouse Günther Anders Stern. De 1929 à 1933, grâce à l’obtention d’une bourse d’étude, elle se consacre à l’analyse du personnage de Rahel Varnhagen.

Hannah Arendt est une philosophe engagée qui très tôt s’implique dans les batailles de son époque. C’est une militante. Voyant la menace hitlérienne devenir de plus en plus oppressante en Allemagne, elle se décide à s’engager à partir de 1933 (arrivée au pouvoir d’Hitler) dans l’Organisation sioniste dirigée par Kurt Blumenfeld. Elle remplit plusieurs missions pour le compte de l’organisation (elle recueille notamment les témoignages de la propagande antisémite). Elle est même arrêtée par la Gestapo et relâchée faute de preuves. C’est alors qu’elle décide de prendre le chemin de l’exil.

Elle passe alors huit années à Paris où elle aide des organisations juives sionistes. Elle fréquente les intellectuels français de l’époque (Raymond Aaron, Alexandre Koyré) ainsi que les émigrés allemands (Bertold Brecht, Stefan Zweig et Walter Benjamin). En mai 1940, elle est internée au camp de Gurs mais réussit à s’en échapper. En juin 1940, elle gagne Lisbonne, dans l’attente d’un visa pour les Etats-Unis. Elle arrive à New York en mai 1941, apprend l’anglais et publie son premier grand article : « De l’Affaire Dreyfus à la France d’aujourd’hui ».

Elle devient éditorialiste du journal « Aufbau » destiné aux réfugiés de langue allemande et s’engage dans la politique juive. En 1944, elle est nommée directrice de recherche de la Commission pour la reconstruction de la culture juive européenne. Elle est chargée d’étudier les moyens de récupérer les trésors spirituels juifs. En 1949, elle revient en Europe. En 1951, elle publie « Les Origines du totalitarisme » et obtient la citoyenneté américaine. De 1953 à 1958, elle enseigne la philosophie dans les plus prestigieuses facultés américaines. Elle reste en parallèle très engagée politiquement. Durant ces années, elle publie « La crise de la culture » (1954) et « La Condition de l’homme moderne » (1958). En 1961, elle couvre le procès Eichmann pour le New Yorker. Elle en fait un livre « Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal ». De 1963 à 1968, elle enseigne à l’université de Chicago et devient ensuite professeur de philosophie politique à la New School for Social Research à New York.

Elle meurt le 4 décembre 1975. (Sources : Encyclopedia Universalis)

II)  Présentation de l’ouvrage :

Cette présentation faite, nous tenterons d’analyser puis de critiquer les six premiers chapitres de son livre essai que représente « La crise de la culture ». Dans cet ouvrage, Hannah Arendt propose sous la forme de plusieurs essais son jugement quant à la nécessité pour l’homme de penser. Hannah Arendt part du postulat suivant : puisque l’homme ne peut plus comprendre son passé et ne peut pas envisager son avenir, sa seule possibilité reste d’apprendre à penser afin de combler voire de lutter contre cette « brèche dans l’intervalle entre le passé révolu et l’avenir infigurable ».

Chapitre 1/La tradition et l’âge moderne

Dans ce chapitre introductif, Hannah Arendt s’attache à montrer le conflit entre culture ancienne et moderne. Elle entend montrer ce que représente la crise de la culture dans sa définition première à savoir avant tout une crise des valeurs. Pour dérouler le fil de son argumentation, elle s’appuiera plusieurs fois sur les mêmes auteurs (Platon, Aristote, Kierkegaard, Marx, Nietzsche et Hégel) les confrontant pour démontrer la dichotomie actuelle entre tradition et modernité. Dans ce chapitre, Hannah Arendt entend surtout aborder les difficultés d’approche de la notion de « tradition ». Selon elle, l’homme connaît à présent la fin de la tradition, c’est-à-dire que ses cadres de références, ses repères tendent à se transformer, voire à disparaître. Le grand âge de la « tradition spirituelle » qui correspond selon Hannah Arendt à la période antique a exercé « une influence formatrice permanente sur la civilisation européenne » et a marqué le début de la culture universelle. Or, ainsi que nous le verrons, cette « civilisation européenne » est en crise. Dans cette civilisation européenne, les grands philosophes que sont Kierkegaard, Marx ou Nietzsche nous rappellent l’importance des penseurs antiques et l’apport fondateur de leur pensée dans la culture européenne. Hannah Arendt considère même que « Kierkegaard, Marx et Nietzsche sont pour nous comme les guides d’un passé qui a perdu son autorité » (p42). Pour comprendre cette importance des penseurs antiques, Hannah Arendt rappelle les doctrines de Platon et d’Aristote, véritables déclencheurs de la construction de pensée européenne : « notre tradition de pensée politique a un commencement bien déterminé dans les doctrines de Platon et d’Aristote  »(p28). Ce sont eux les premiers qui ont su élaborer des mécanismes d’analyse et de critique dans les méandres de l’esprit humain. L’homme ayant été identifié comme un « animal politique » par Aristote se doit de penser sa position dans la société, de défendre ses intérêts et de construire des logiques de groupe et pourtant il doit faire face à ses illusions ainsi qu’à celles qui sont construites par cette société dans laquelle il vit. L’homme doit faire l’effort de sortir de ce piège que représente « l’illusion de la réalité » qui l’empêche de penser correctement, ce que Platon décrit dans son allégorie de la caverne dans « Le Banquet » ?. Hannah Arendt rappelle d’ailleurs le danger de ne pas appréhender le monde tel qu’il est vraiment, soulignant l’importance pour l’homme d’apprendre à se forger une pensée propre afin d’être capable de s’affranchir de ses mirages : « le monde vrai et réel n’est pas celui dans lequel nous évoluons et vivons et que nous devons quitter dans la mort, mais les idées vues par les yeux de l’esprit » (p53). La vérité n’est pas là où l’on croit.

Hannah Arendt va cependant encore plus loin que Platon et Aristote, les dépassant. Elle s’appuie alors sur l’exemple de Nietzsche et parle de son « retournement du platonisme » ainsi que de la « transvaluation des valeurs » qu’il opère (p43). La force de Nietzsche selon Hannah Arendt est qu’il oppose l’homme non plus à la tradition des anciens mais à la modernité. En effet il y a « fin de la tradition » parce qu’il y a « crise de la modernité ». La modernité caractérisée par les apports nouveaux de la science a fait de nombreuses remises en cause des paradigmes anciens. La religion par exemple n’a plus la même importance, du moins il faut l’interroger autrement qu’auparavant. La science est devenue en cela « le plus redoutable ennemi de la religion  » (p46). L’une des autres grandes caractéristiques de la modernité sont l’industrialisation et le changement du monde du travail qui ont bouleversé en profondeur les façons de voir le monde. Nietzsche avait eu ce pressentiment : il opposait alors le « fides » à « l’intellectus » et entendait « affirmer la dignité de la vie humaine contre l’impuissance de l’homme moderne » (p 45).

D’un point de vue plus global et si nous devions établir une « généalogie » de la pensée européenne, nous pourrions dire comme le déclare Hannah Arendt que la tradition a été remise en cause au moment où Descartes a introduit la notion de doute : « L’errance spirituelle de l’homme moderne trouve ses premières expressions dans cette difficulté cartésienne (…) » (p 55). Sitôt que l’homme a commencé, grâce aussi aux nouvelles méthodes d’analyses proposées par la science, à douter et à remettre en cause les principes obscurantistes qui jusque-là n’avaient pas été démentis, alors la tradition s’est effritée et a perdu de sa superbe. La défiance vis-à-vis des cadres conceptuels traditionnels était devenue telle qu’une grande partie de la pensée traditionnelle (modelée par les penseurs antiques) qui jusqu’alors était à la fois le cadre et la norme fut remise en question : « les idées platoniciennes perdirent leur pouvoir autonome d’illuminer le monde et l’univers  » (p56) . Ces principes ne disparurent pas pour autant car remettre en cause la tradition ne signifie pas annuler les valeurs antérieures, mais tout simplement les dépasser.

Chapitre 2/Le concept d’histoire

Si la science a profondément perturbé la pensée traditionnelle, entraînant avec elle une crise des valeurs, la façon de narrer les évènements et de témoigner a elle aussi été transformée. Hannah Arendt analyse justement dans ce chapitre les transformations de la méthode historique. Elle décline alors son analyse en trois temps : 1) Histoire et nature 2) Histoire et immortalité terrestre, 3) Histoire et politique.

Au début du chapitre, elle rappelle la naissance de l’histoire et le rôle de son fondateur que représente Hérodote « Hérodote pater historiae selon Cicéron » (p58). La mission première de l’histoire du temps d’Hérodote était de marquer le temps, de témoigner des évènements afin que ceux-ci ne tombent pas dans l’oubli : « sauver les actions humaines de la futilité qui vient de l’oubli  » (p58). Hannah Arendt rappelle alors l’importance de la vision grecque de l’Histoire dans laquelle les hommes vénéraient les dieux. Deux notions sont importantes à retenir : celle du temps et celle de la mortalité, celle-ci étant relative aux hommes et non aux dieux. Pour les Grecs, l’histoire ne concernait donc que les hommes car les hommes sont mortels et leurs actions sont donc périssables. Il était important de « figer » les actions et les évènements dans le temps par le biais de l’écriture et de la narration. C’est ainsi que selon Hannah Arendt : « l’immortalité s’est réfugiée au cœur même de la mortalité » (p 63). La modernité a cependant remis en question cette conception puisque : « L’époque moderne a commencé quand l’homme avec l’aide du télescope, tourna ses yeux corporels vers l’univers, sur lequel il avait spéculé pendant longtemps » (p 75).

Alors que l’homme s’était jusque-là laissé « intimider » par la complexité de la nature et l’immensité du cosmos, dévoyant les pensées et les activités humaines, il changea radicalement de position. Pour la première fois, il inversa cette tendance et promut sans doute à l’extrême la création humaine : « A l’époque moderne, l’histoire a émergé comme quelque chose qu’elle n’avait jamais été auparavant. Elle n’était plus composée par les actions et les souffrances des hommes, et elle ne racontait plus l’histoire des évènements touchant les diverses vies des hommes ; elle devint un processus fait par l’homme, le seul processus comprenant tout ce qui dût son existence exclusivement à la race humaine  » (p 79). Plutôt que de regarder du côté de la nature, l’homme s’intéressa à lui-même. C’est à ce moment que naquirent les sciences sociales : « qui allaient devenir pour l’histoire, ce que la technologie avait été pour la physique » (p 80). La modernité a aussi remis en cause la vision chrétienne de l’histoire qui veut que l’histoire du monde ait un début et une fin, que les humains soient des créatures de Dieu ; elle annonce aussi que l’Univers périra comme n’importe quel élément terrestre. L’histoire selon la conception chrétienne se définit au regard de l’hypothèse de la mortalité humaine et ne peut être comprise autrement. Pour ce qui est de la question de l’histoire et de la politique, il est important de rappeler la notion de « société de masse ». L’homme, au sein de cette société, s’organise selon des buts inconscients qui ne lui sont pas propres, se laissant dominer par cette collectivisation des rapports humains. C’est dans ce contexte que Marx parla de « fabrique de l’histoire » thème qui fut très largement repris.

La crise du concept d’histoire abordée dans le Chapitre 2 est, selon Hannah Arendt, en grande partie due au fait que le monde est de plus en plus aliéné et que les hommes sont en manque de repères puisqu’ils ne connaissent plus le monde duquel ils sont issus et qu’ils se sont pourtant fabriqué. L’homme s’est construit un univers selon son image tant et si bien qu’il s’y perd : « L’époque moderne avec son aliénation du monde croissante, a conduit à une situation où l’homme, où qu’il aille, ne rencontre que lui-même. Tous les processus de la terre et de l’univers se sont révélés faits par l’homme, réellement ou potentiellement » (p 119).

Chapitre 3/Qu’est-ce que l’autorité ?

Dans ce chapitre, Hannah Arendt s’attarde sur un autre domaine en crise, celui de l’autorité. Elle explique dès les premières lignes que : « l’autorité a disparu du monde moderne » (121). Il y a eu une crise de l’autorité constante jusqu’à sa disparition complète. Parce qu’il est difficile de comprendre ce qu’est l’autorité ou plutôt la relation autoritaire, Hannah Arendt nous donne sa définition : « La relation autoritaire entre celui qui commande et celui qui obéit ne repose ni sur une raison commune ni sur le pouvoir de celui qui commande ; ce qu’ils ont en commun, c’est la hiérarchie elle-même, dont chacun reconnaît la justesse et la légitimité, et où tous deux ont d’avance leur place fixée  » (p 123). A partir de cette définition, Hannah Arendt se confronte aux différents modèles politiques qui ont été proposés par l’histoire. De la même façon qu’elle avait opposé dans son chapitre 1, la période antique à la période moderne, elle rappelle ici que la conception romaine de l’autorité politique présentait la source de l’autorité comme appartenant au passé, à la fondation de Rome. L’autorité correspondit longtemps aux valeurs anciennes, conservatrices, attachées à la tradition. La modernité a changé cette proposition et a introduit la notion de liberté (abordée dans le chapitre 4). Les nouvelles formes politiques se construisent dès lors selon ces deux idées que sont la liberté et l’autorité. Hannah Arendt prend alors l’exemple du libéralisme et du conservatisme aux Etats-Unis pour expliquer cette tension constante entre liberté et autorité : « Le libéralisme prend la mesure d’un processus par lequel régresse la liberté, tandis que le conservatisme prend la mesure d’un processus d’une régression croissante de l’autorité » (p 132). Autorité ne veut pas dire absence de libertés mais obéissance dans laquelle les hommes gardent leur liberté. D’un point de vue social et politique, il est important de rappeler que l’autorité se définit par rapport à la tradition et donc aux temps anciens. Celui qui détient l’autorité naturelle est souvent celui qui est le plus ancien. Les Romains avaient mis en avant cette importance de l’autorité des Anciens dans la société : « qu’en toutes circonstances les ancêtres, représentent l’exemple de la grandeur pour chaque génération successive » (p 157). Cependant le monde moderne a bousculé cet ordre des choses puisque désormais les valeurs traditionnelles ne sont plus respectées et que la parole des anciens n’est plus entendue. Pourtant, il est difficile, nous dit Hannah Arendt, de « vivre dans un domaine politique sans l’autorité » (p 185).

Chapitre 4/Qu’est-ce que la liberté ?

C’est un chapitre important que ce Chapitre 4 dans lequel la notion de liberté est abordée par Hannah Arendt. D’emblée elle affirme la difficulté de vouloir aborder la notion de la liberté : « Soulever la question qu’est-ce que la liberté ? semble une entreprise désespérée » (p186).

La difficulté pour l’humain est de rendre compte de sa liberté alors qu’il est en proie aux influences, aux pressions et à la contingence du quotidien. Etre libre c’est aussi être responsable. Cela n’est pas simple tant l’homme est empêtré dans ses propres questionnements, ses doutes et piégé parfois par des causalités externes, ce que nous explique Hannah Arendt : « la liberté tourne au mirage au moment où la psychologie pénètre dans son domaine réputé le plus intime » (p 187). La liberté est donc difficilement perceptible et palpable. Pour Hannah Arendt, la liberté ne signifie pas faire tout ce que l’on veut car en ce sens c’est selon elle, être prisonnier de ses désirs. D’ailleurs elle critique la pensée d’Aristote qui estime que « la liberté pour un homme signifie faire ce qu’il désire » en ajoutant que cette phrase est à placer dans la bouche de ceux qui ne savent pas ce qu’est la liberté. En fait, la liberté est devenue « attribut de la pensée » alors qu’auparavant la liberté consistait à pouvoir tout simplement se déplacer librement, choisir de faire telle ou telle chose plutôt qu’une autre choisie par un tiers. Dorénavant la liberté s’est alliée à la volonté et être libre signifie choisir, vouloir…

Cependant le premier barrage à la liberté c’est soi-même car le « je » peut nous gouverner de façon tyrannique bien plus qu’un dictateur et être une entrave à la capacité de faire, ainsi que nous le dit Hannah Arendt : « le je-veux (… ) quel que soit l’objet du vouloir, demeure soumis au moi, le frappe en retour, l’aiguillonne, l’incite à aller plus loin ou est ruiné par lui » (p 211). Cependant nous dit Hannah Arendt, il y a deux types de liberté : celle qui concerne le libre arbitre « liberium arbitrium » (p196), « La liberté, envisagée dans ses rapports avec la politique, n’est pas un phénomène de la volonté. Nous ne traitons pas ici du liberium arbitrium, liberté de choix qui arbitre et décide entre deux données, l’une bonne et l’autre mauvaise et dont le choix est prédéterminé par un motif qui n’a besoin que d’être invoqué pour commencer d’opérer » (p 196), la capacité pour un individu de faire ce qu’il veut faire et puis une autre liberté, celle en rapport avec la politique et qui est indépendante de la notion de volonté. Même si ces deux notions sont différentes, elles n’en restent pas moins interdépendantes puisque « seuls ceux qui savaient se gouverner eux-mêmes avaient le droit de gouverner les autres et d’être libérés de l’obligation de l’obéissance » » nous dit Platon (p206).

La liberté dans le domaine politique est à opposer à la tyrannie. Hannah Arendt, pour nous aider à comprendre cette tension, nous donne alors sa définition d’un monde politique tyrannique : « Un Etat où il n’y a pas de communication entre les citoyens et où chaque homme ne pense que ses propres pensées est par définition une tyrannie » (p 213). « C’est donc aux hommes de créer du lien, de communiquer, de construire des actions propres à éviter la tyrannie. Etre capable de construire un espace social agréable, voilà sans doute l’enjeu premier de la liberté en politique. »

Chapitre 5 : la crise de l’éducation

Ce chapitre est aussi important que celui sur la liberté puisqu’il touche à la jeunesse dans nos sociétés et plus spécifiquement aux questions d’éducation. La crise générale qui s’est abattue sur tout le monde moderne, nous dit Hannah Arendt, atteint presque toutes les branches de l’activité humaine (p.223), dont l’éducation. Cette crise, si elle est générale, n’en reste pas moins particulière dans sa déclinaison, puisqu’elle n’est pas observable de la même façon selon les pays.

Dans ce chapitre sur l’éducation, Hannah Arendt s’attache surtout à décrire les modes d’éducation et d’intégration existant aux Etats-Unis. Elle prend l’exemple des Etats-Unis car ceux-ci représentent dans l’imaginaire collectif la terre des possibles, la terre d’accueil par excellence. Or, comment ce pays si vaste s’y est-il pris pour faire de chaque immigré qui foulait son sol un américain ? Pour Hannah Arendt, les immigrants aux Etats-Unis représentent un moteur, un moyen de régénération perpétuel, ce qui fait sans doute la force des Etats-Unis depuis toujours. Les Etats-Unis ont d’ailleurs un état d’esprit singulier et reconnaissable puisqu’ils se considèrent souvent comme la première puissance du monde, garant de l’ordre qu’il faut respecter et dont chaque citoyen américain a conscience puisque cet état d’esprit se retrouve dans le moindre dollar : « L’Amérique n’est pas seulement une terre de colonisation en quête d’immigrants nécessaires à son peuplement, mais qui n’entreraient pas en ligne de compte dans sa structure politique. Pour l’Amérique, la devise inscrite sur chaque dollar « Novus Ordo Saeclorum » –un Nouvel Ordre du Monde- a toujours été le facteur déterminant, et les immigrants, les nouveaux venus, constituent pour le pays la garantie qu’il représente bien ce nouvel ordre » (p.227). Aux Etats-Unis, on a conscience que la vie vient de l’extérieur et vient de la nouveauté : « Cet extraordinaire enthousiasme pour tout ce qui est nouveau, que révèlent presque tous les aspects de la vie quotidienne en Amérique  » (p 227). En cela, la notion d’éducation ne peut pas être la même aux Etats-Unis et en Europe. En effet en Europe l’éducation est marquée d’une mauvaise connotation en politique, selon Hannah Arendt, parce qu’elle a souvent été associée aux mouvements révolutionnaires. En effet, les mouvements révolutionnaires qui voulaient instaurer un monde nouveau ont souvent pensé que cette naissance devait passer par l’éducation de la jeunesse : « C’est pour cela qu’en Europe ce sont surtout les mouvements révolutionnaires à tendance tyrannique qui croient que pour mettre en place de nouvelles conditions il faut commencer par les enfants. » (p.227) ou par la « rééducation des adultes ». Or puisque l’éducation des adultes n’est pas possible, la rééducation passe forcément par des moyens coercitifs, empêchant que se forme une conscience politique indispensable à toute démocratie : « Quiconque se propose d’éduquer les adultes se propose en fait de jouer les tuteurs et de les détourner de toute activité politique. » (p.228). Cette notion de rééducation est présente dans tous les pays de régime autoritaire. On pense à la « révolution culturelle » en Chine sous Mao au nom de laquelle un mouvement de rééducation avait été impulsé à l’encontre des fils et filles d’intellectuels dissidents. Cette question de l’éducation n’a jamais été aussi importante qu’à l’heure actuelle où des gens se battent et manifestent pour lutter contre des régimes qui imposent leur politique et veulent jouer les tuteurs de peuples qui n’aspirent pourtant qu’à une chose, leur liberté de penser (exemple de la Syrie avec Bachar Al-Assad).

Enfin la vraie question en matière d’éducation c’est de savoir penser le rapport enfants –adultes. C’est aux adultes qu’il incombe de préparer leurs enfants à changer le monde, à construire un monde nouveau. L’avenir des sociétés, ce sont les enfants, à condition toutefois de savoir les aider dans cette démarche : « C’est avec l’éducation que nous décidons si nous aimons assez nos enfants pour ne pas les rejeter de notre monde, ni les abandonner à eux-mêmes, ni leur enlever leur chance d’entreprendre quelque chose de neuf, quelque chose que nous n’avions pas prévu, mais les préparer d’avance à la tâche de renouveler un monde commun  » (p.252).

Chapitre 5 /La crise de la culture

Ce chapitre éponyme est sans doute le plus attendu du livre d’Hannah Arendt. C’est en effet dans cet essai qu’elle aborde enfin le thème de la culture. Lorsque Hannah Arendt évoque ici une crise de la culture, elle entend parler de l’avènement de la société de masse qui a selon elle dévalorisé l’objet culturel en le faisant devenir « produit culturel » comme un produit de consommation courante. Ici elle compare de nouveau société américaine et société européenne. La société américaine est à l’origine du modèle de la culture de masse, c’est-à-dire de la culture « consommable » par tous. La société européenne, elle, se rend coupable par son snobisme. En effet, la société européenne est l’endroit où « la culture a acquis une valeur de snobisme et où c’est devenu une affaire de position sociale que d’être assez éduqué pour apprécier la culture » (p 254). Il est aussi question pour Hannah Arendt de « philistinisme barbare des nouveaux riches » (p 254), c’est-à-dire d’une appréciation vulgaire de la culture par les nouveaux riches. En fait, il est aussi question de l’individu qui voit sa position changer avec l’émergence de la société de masse. Désormais les classes de la population se sont transformées et les pressions se sont accentuées. L’individu a perdu une partie de son espace de liberté, de sa liberté d’expression notamment : « une bonne part du désespoir des individus dans les conditions de la société de masse est due au fait que ces échappées sont maintenant bloquées parce que la société a incorporé toutes les couches de la population. » (p257). Si la place de l’individu dans les sociétés de masse a changé, la position de la culture elle aussi s’est transformée. La société s’est mise à « utiliser » la culture à des fins intéressées, l’accaparant ? aux individus. Hannah Arendt nous dit : « la société se mit à monopoliser la culture pour ses fins propres » (p259). La culture est devenue un moyen pour les philistins de parvenir à une meilleure position sociale. Elle leur donne des traits de distinction qu’ils ne possédaient pas avant. De cette façon, la culture a changé de mission. Certains artistes se révoltent donc car ils voient cette « récupération » de leur art par ces philistins qui, plutôt que de respecter leur réalité et leur volonté de faire s’élever beauté et esprit, les confinent « dans une sphère de conversation raffinée où ce qu’ils feraient perdraient toute signification » (p259).

Outre la position de l’artiste, pour Hannah Arendt la transformation la plus importante est le rejet de la culture par la société de masse. Elle lui préfère les loisirs (« entertainment », p 263), qui servent tout simplement à passer le temps, à combler le vide… Ce temps n’est pourtant pas celui de l’oisiveté. Cette nouveauté s’oppose totalement au phénomène de l’art où les œuvres d’art seraient les objets culturels par excellence (p 271). A l’origine, nous dit-elle, la culture vient du latin « colere  » qui signifie cultiver, demeurer, prendre soin, entretenir, préserver (p271) et rappelle l’analyse de l’auteur romain Cicéron du « excolere animum » (cultiver l’esprit ) et du « cultura animi » (esprit cultivé). La culture et l’art ne sont donc pas la même chose (p 275).

A l’issue de cet essai, Hannah Arendt conclue en nous rappelant que la cultura animi nous a appris l’humanisme, attitude par laquelle l’homme sait « prendre soin, préserver et admirer les choses du monde  » (p288). Enfin, elle nous livre un message sur sa définition à elle de ce qu’est l’homme cultivé, que tout le monde devrait s’efforcer de comprendre et d’imiter : « En toute occasion, nous devons nous souvenir de ce que, pour les Romains, -le premier peuple à prendre la culture au sérieux comme nous- une personne cultivée devait être : quelqu’un qui sait choisir ses compagnons parmi les hommes, les choses, les pensées, dans le présent comme dans le passé » (p288).

LES ERGOTEURS ’ Il y a terreur parce que le​s valeurs humaines ont été rem​placées par les valeurs de mé​pris et d’efficacité, la volon​té de liberté par la volonté ​de domination. On n’a plus raison parce qu’on​ a la justice et la générosit​é avec soi : on a raison parce​ qu’on a réussi ’ . . . Albert Camus.

Source : http://ergoteurs.unblog.fr/2012/05/30/la-crise-de-la-culture-dhannah-arendt/

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13.
Hannah Arendt : ’L’homme moderne vit à présent dans un monde où sa conscience et sa tradition de pensée ne sont pas capables de poser des questions adéquates’ 07/08/2019 – Enregistremnt de 3 minutes dans le cadre des émissions de France Culture
Savoirs
3 minutes de philosophie pour redevenir humainpar Fabrice Midal du lundi au vendredi à 13h55

Pour Hannah Arendt, une sagesse qui ne prend pas en compte notre réalité historique, loin de nous aider, ne peut que nous détruire. Et c’est exactement ce qui est en train de se passer. Trois minutes pour découvrir la souffrance propre à notre temps, cette souffrance qui nous ronge sans même que nous soyons à même de la repérer…

Tags : Hannah Arendt Philosophie

L’équipe – Production : Fabrice Midal – Réalisation : Lionel Quantin

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Source : https://www.franceculture.fr/emissions/3-minutes-de-philosophie-pour-redevenir-humain/hannah-arendt-homme-moderne

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14.
’Les Origines du totalitarisme’ d’Hannah Arendt (4/4) : Qui les droits de l’homme protègent-ils vraiment ? 16 mai 2019 – Enregistrement de 56 minutes de France Culture dans le cadre des émissions Savoirs
Les Chemins de la philosophiepar Adèle Van Reeth du lundi au vendredi de 10h00 à 10h55

Qui les droits de l’homme protègent-ils vraiment ? 16/05/2019

Dans ’Les Origines du totalitarisme’ d’Arendt se trouve ce chapitre : ’Le déclin de l’Etat nation et la fin des droits de l’homme’. Pourquoi Arendt déclare-t-elle les droits de l’homme comme étant chose du passé ? Comment la Première guerre mondiale a-t-elle bouleversé l’organisation politique ?

L’invité du jour : Vincent Lefebve, maître de conférences à l’Université libre de Bruxelles (ULB), chargé de recherche au Centre de recherche et d’information socio-politiques (CRISP) et chercheur associé à l’Institut des hautes études sur la justice (IHEJ). « Les droits de l’homme, un signe manifeste d’un idéalisme sans espoir ou d’une hypocrisie hasardeuse et débile ». Hannah Arendt

Pourquoi Arendt s’en prend-elle aux droits de l’homme ?

« Cette phrase provient d’une analyse concrète de la situation des centaines de millions de réfugiés, d’apatrides, de l’entre-deux-guerres, une situation humanitaire qui a surgi et implique cette réaction et réflexion d’Arendt. Sortis de leur contexte, certains passages des ’Origines du totalitarisme’ peuvent apparaître comme des provocations. Dans ce livre, il s’agit d’analyser l’ensemble des éléments qui ont cristallisé le totalitarisme, un certain nombre d’éléments dans une configuration donnée, ont créé ce régime politique inédit qu’est le totalitarisme. Parmi ces éléments il y a la situation des apatrides et des réfugiés de l’entre-deux-guerres, qui motive son texte ». Vincent Lefebve

Paradoxes des droits de l’homme

« Hanna Arendt critique de manière concomitante à la fois une conception traditionnelle, celle des droits de l’homme, et aussi elle propose une critique de la forme politique appelée Etat-nation, mais avant cela elle a pu montrer qu’en réalité, ces deux conceptions étaient solidaires, rivées ensemble sur la scène politique à travers la déclaration de 1789. Il y a déjà là une forme de paradoxe, on dit souvent que la critique des droits de l’homme d’Arendt repose sur une série de paradoxes. Le premier est que les droits de l’homme, en principe, devraient être indépendants de toute structure politique et en réalité ça n’est pas le cas… » Vincent Lefebve

Sons diffusés :

  • Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, 1789, lue par Georges Claisse
  • Archive de Marcel Gauchet sur les droits de l’homme, émission Répliques, France Culture, mars 2017
  • Montage de Thomas Beau sur la déchéance de nationalité, on y entend les voix de Nicolas Sarkozy, Manuel Valls et François Hollande
  • Archive d’Etienne Tassin, Les Chemins de la philosophie, France Culture, février 2016
  • Chanson de fin : Refugees Of Rap, Ma Bihmni Shi
    Bibliographie :

Les Origines du totalitarisme : Eichmann à JérusalemHannah ArendtGallimard, collection Quarto, 2002

Politique des limites, limites de la politique : la place du droit dans la pensée de Hannah ArendtVincent LefebveEditions de l’Université de Bruxelles, collection Philosophie politique : généalogies et actualités, 2016

Intervenant : Vincent Lefebve, maître de conférences à l’Université libre de Bruxelles (ULB), chargé de recherche au Centre de recherche et d’information socio-politiques (CRISP) et chercheur associé à l’Institut des hautes études sur la justice (IHEJ)

À découvrir

70ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme

Une histoire des déclarations des droits de l’homme (3/4) : L’internationalisation de la question des droits de l’homme (1898-1939)

Les droits de l’homme (1/4) : Et l’Homme créa ses droits

Tags : Hannah Arendt droits de l’homme Philosophie

L’équipe – Production : Adèle Van Reeth - Production déléguée : Géraldine Mosna-Savoye – Réalisation : Nicolas Berger, Thomas Beau - Avec la collaboration de : Isis Jourda, Anaïs Ysebaert, Colomba Grossi, Elsa Lesaulnier

Dans la même série :
’Les Origines du totalitarisme’ d’Hannah Arendt (1/4) : Le totalitarisme, une tyrannie comme les autres ? LE 13/05/2019 58 minutes

’Les Origines du totalitarisme’ d’Hannah Arendt (2/4) : L’antisémitisme est-il autre chose qu’une haine du Juif ? LE 14/05/2019 58 minutes

’Les Origines du totalitarisme’ d’Hannah Arendt (3/4) : Comment le totalitarisme a-t-il tué l’Etat ? LE 15/05/2019 56 minutes

’Les Origines du totalitarisme’ d’Hannah Arendt (4/4) : Qui les droits de l’homme protègent-ils vraiment ? LE 16/05/2019

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Source : https://www.franceculture.fr/emissions/les-chemins-de-la-philosophie/les-origines-du-totalitarisme-dhannah-arendt-44-qui-les-droits-de-lhomme-protegent-ils-vraiment

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15.
’La liberté d’être libre’ : un inédit d’Hannah Arendt 07/05/2019 – Enregistrement de 5 minutes de France Culture dans le cadre de émissions Savoirs
Le Journal de la philopar Géraldine Mosna-Savoye Du lundi au vendredi à 10h55

Toute révolution est-elle synonyme de liberté ? Si toute révolte est menée au nom de la liberté, l’est-elle dans chacune de ses étapes ? 40 ans après sa disparition, paraît un texte inédit de la philosophe Hannah Arendt et il est follement d’actualité...

Photo : Hannah Arendt en 1972 • Crédits : Tyrone Dukes/New York Times Co. - Getty

C’est un petit événement pour le monde de l’édition, si l’on en s’en tient à l’objet même de cet événement -un petit livre de quelques 70 pages-, mais c’est un grand événement pour la pensée et pour quiconque aime Hannah Arendt : la parution, aux éditions Payot, d’un texte totalement inédit de la philosophe, plus de 40 ans après sa disparition.
Intitulé La liberté d’être libre, retrouvé dans le fonds Arendt de la Bibliothèque du Congrès à Washington, ce texte, écrit probablement en 1966-1967, s’inscrit dans un contexte de généralisation de la révolution : crise de Cuba, décolonisation, mouvements civiques et guerre du Vietnam… 

À écouter aussi : Grande traversée : Hannah Arendt, la passagère

La révolution précède-t-elle la liberté ou la liberté existe-t-elle avant la révolution ?

Qu’est-ce que la révolution ? Cette question, Hannah Arendt se l’est appropriée dès le début des années 60, notamment avec De la révolution, où elle se demandait quel en était le sens. Même chose ici, mais en axant toutefois la révolution sur l’enjeu de la liberté. Toute révolution mène-t-elle à la liberté ? Ou faut-il déjà être libre, au moins un peu, pour pouvoir envisager de renverser un état ? La révolution nous libère-t-elle ou donne-t-elle accès à la liberté ? Et quelle liberté ? Liberté des mœurs, liberté de propriété, liberté politique, ou liberté individuelle ? 

Derrière cette déclinaison de questions cruciales, se joue LA question, la question essentielle, qui se rejoue à chaque soulèvement, révolte, manifestation, et qui n’est pas sans rappeler les mouvements actuels des Gilets Jaunes : toute révolution est-elle synonyme de liberté ? Si toute révolution est menée au nom de la liberté (des conditions, politique, émancipation), est-elle foncièrement un processus de liberté ? Dans ses moyens, dans son dispositif, dans sa réalité finale, et bien sûr, dans ses intentions ? 

Dans ce texte, Arendt dédramatise et démêle, sans dévaloriser, la révolution. Et premières choses étonnantes : non seulement elle nous dit que la révolution est rarement le fait ou la décision des révolutionnaires (ceux-là, dit-elle, je cite : “ne s’emparent pas du pouvoir, mais plutôt le ramassent quand il traîne dans la rue” !), mais en plus, elle ajoute que la révolution peut restaurer, bien souvent, un ancien régime et mener à une absolutisation du pouvoir, plutôt qu’à son contraire… en témoigne la Révolution française… 

La révolution, une naissance 

A la manière d’un Alexis de Tocqueville, qu’elle cite d’ailleurs, Arendt compare la Révolution française à la Révolution américaine. Pourquoi la première, qui a totalement échoué, en conduisant à un régime absolutiste, est-elle pourtant la révolution par excellence ? Et pourquoi la seconde, celle des Américains, qui a fondé avec succès un état pacifique, stable et solide, est-elle restée “locale”, méconnue ? Parce que, nous répond Arendt, elle a rendu visible. Parce qu’avant de conduire à un régime démocratique, à une liberté politique exercée par tous pour tous, elle a d’abord libéré tout un ensemble d’individus jusqu’ici invisibles, « invisibilisés » dirait-on aujourd’hui. 

Le propos d’Arendt est subtil : on y comprend que : 

  • La révolution ne se décide pas mais vient d’une désintégration du pouvoir 
  • Qu’elle présuppose des conditions de vie et une idée préexistante de la liberté pour pouvoir la réclamer
  • Et qu’elle peut conduire moins à un régime politique plein de liberté qu’à une libération, une liberté négative, insuffisante. 
    Généralisée et même banalisée à notre époque, la révolution n’est-elle alors qu’un mot, qu’une mode, qu’une passion française, pour les plus riches ? Non plus, car s’y manifeste, et là est la subtilité d’Arendt, dans l’acte même de la révolution : une naissance, le fait de rendre visible, de donner naissance à des individus jusqu’ici jamais réunis en un tout.

Sons diffusés :

  • Archive INA du 18 avril 1967 : reportage sur la marche massive contre la guerre au Vietnam qui s’est déroulée aux Etats-Unis
  • Extrait de La révolution française, film de Robert Enrico et Richard T. Heffron (1989)
    Bibliographie

1èrede couverture> La liberté d’être libreHannah Arendt Payot, 2019

À découvrir

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89 : un prisme brisé ? (4/5) : La Révolution continuée ?

La Révolution dans son siècle (1/4) : Les Lumières sont-elles à l’origine de la Révolution ?

Tags : Hannah Arendt révolution française ’gilets jaunes’ Philosophie

L’équipe – Production : Géraldine Mosna-Savoye - Avec la collaboration de Anaïs Ysebaert

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Source : https://www.franceculture.fr/emissions/le-journal-de-la-philo/le-journal-de-la-philo-du-mardi-07-mai-2019

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16.
Arendt et McCarthy : une amitié entre deux intellectuelles du XXe siècle 29/04/2019 Par Elsa Mourgues France Culture Savoirs(Enregistrement vidéo 2:39)

De 1949 à 1975, la théoricienne politique Hannah Arendt et la romancière Mary McCarthy ont entretenu une correspondance riche, chacune apportant à l’autre des arguments, des critiques, des pensées. Un échange amical et intellectuel crucial dans leurs travaux respectifs.

La théoricienne politique et philosophe Hannah Arendt, dont les ouvrages sur le totalitarisme sont étudiés dans le monde entier et l’écrivaine Mary McCarthy, une des plus grandes romancières américaines, ont correspondu pendant plus de 25 ans malgré leur rencontre houleuse en 1944.

Les yeux plein de malice, Mary McCarthy raconte dans une archive de 1974 sa première rencontre avec Hannah Arendt, 30 ans plus tôt, à New-York :

« C’était quand les nazis commençaient à perdre la guerre, j’ai dit très légèrement : “je suis désolée pour Hitler”. J’ai entendu une sorte de bruit, une explosion terrible et c’était Hannah Arendt qui hurlait ».

Photo - La philosophe Hannah Arendt • Crédits : Getty

Pierre Bouretz, philosophe et directeur d’études à l’EHESS, explique : « passent 3 ou 4 ans, et puis un jour Hannah Arendt vient voir Mary McCarthy et lui dit : “on va peut-être arrêter maintenant, on pourrait devenir deux très bonnes amies” ».

Les deux intellectuelles commencent alors à échanger des lettres sur leur travaux :

10 mars 1949 
Chère Mary, 
Je viens de lire “L’Oasis” et tenais à vous dire que c’est un pur ravissement. Vous avez écrit un véritable petit chef-d’œuvre (...).

26 avril 1951, 
Chère Hannah, 
J’ai passé ces quinze derniers jours absorbée par la lecture de ton livre [’Les Origines du totalitarisme’], dans ma baignoire, en voiture, en faisant la queue à l’épicerie. C’est à mon sens un extraordinaire travail, qui fait avancer d’au moins dix ans la pensée humaine (...).

Photo  : Mary McCarthy devant sa machine à écrire• Crédits : Getty

Pour Pierre Bouretz, ’ce qu’elles s’apportent, c’est que Hannah Arendt fait des remarques littéraires sur une intrigue ou sur quelque chose de l’ordre romanesque et Mary McCarthy donne des conseils ou répond à des questions philosophiques ou politiques donc il y a un vrai échange intellectuel entre les deux.

11 janvier 1962, 
Très chère Hannah, 
(...) L’essai est merveilleux, après deux lectures attentives, je ne ferai que deux critiques. D’abord, tu devrais ajouter quelque chose - pour clarification - sur les premières rébellions d’esclaves, (...) ne serait-ce pas une bonne idée que de donner une définition de la terreur ? Par contraste avec la violence ? (...)

En 1963, les deux écrivaines, se retrouvent chacune au centre d’une controverse. Hannah Arendt à cause de ses écrits sur le procès Eichmann, où elle évoque le comportement des conseils juifs pendant la guerre, tandis que Mary McCarthy s’attire les foudres d’intellectuels new-yorkais après la publication de son best-seller Le Groupe. Pendant cette période, elles n’ont de cesse de se soutenir face aux critiques extérieures.

À écouter aussi 59 minutes : Les Chemins de la philosophie De l’amitié entre philosophes (4/4) : Arendt, une vie de correspondances

20 sept. 1963 
Très chère Mary, 
(...) Tu dois toi avoir toi aussi les oreilles qui brûlent, étant donné toutes les discussions que suscite ton livre. (...) Je pense que c’est davantage dû au fait que “Le Groupe” est un best-seller qu’à des raisons politiques (...).

24 sept. 1963 
Très chère Hannah, 
(...) Je veux t’aider, et pas seulement en te prêtant mon oreille. Que peut-on faire dans cette histoire Eichmann, qui prend les proportions d’un pogrome ?

“Je suis arrivée à l’âge où mes amis commencent à mourir, c’est comme une privation de quelques vitamines’, dira McCarthy dans une interview des années 1970.

Elsa Mourgues

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Tags : Hannah Arendt Mary McCarthy Amitié correspondance Philosophie politique écrivain Femmes Philosophie

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Source : https://www.franceculture.fr/philosophie/arendt-et-mccarthy-une-amitie-entre-deux-intellectuelles-du-xxe-siecle

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17.
Hanna Arendt, une vie de correspondances 21/03/2019 – Enregistrement de 59 minutes de France Culture dans le cadre des émissions SavoirsLes Chemins de la philosophiepar Adèle Van Reeth du lundi au vendredi de 10h00 à 10h55

La philosophe Hannah Arendt est l’autrice d’ouvrages qui ont marqué la réflexion sur le totalitarisme et sur la modernité, et tout au long de sa vie, elle n’a cessé d’échanger avec les intellectuels de son temps… Quelle place tient l’amitié dans cette vie de travail et d’engagement ?

Photo - Hannah Arendt en 1949• Crédits : Fred Stein Archive/Archive Photos - Getty

Dans ses ouvrages La Crise de la culture et Condition de l’Homme moderne, la philosophe Hannah Arendt (1906-1975) propose des analyses sur la place de l’homme dans le monde qu’il s’est construit et s’interroge sur le devenir de ce monde et la possibilité qu’il en soit autrement... Sa position, sa réflexion, sa pensée, elle les partage au fil de sa vie tout au long d’une correspondance échangée avec les intellectuels de son époque qui deviennent ses amis, comme Karl Jaspers, Gershom Sholem et Mary MacCarthy.

L’invité du jour : Pierre Bouretz, philosophe et directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales

À lire aussi : Hannah Arendt et ’atomisation de la société’

La tribu d’Hannah Arendt

« Il y a quelque chose d’essentiel dans la vie d’Hannah Arendt, c’est la vie de la tribu au 130 Morningside Drive à New York dans les années 60. 
Les correspondances ne capturent pas tout de la vie de quelqu’un, à l’époque d’Hannah Arendt le téléphone existait, mais en revanche pour saisir les fidélités, les profondes continuités des amitiés, c’est fondamental ». Pierre Bouretz

Etre chez soi dans le monde

« La première phrase de sa lettre adressée à Jaspers est magnifique et résume presque la suite de la vie d’Arendt : ’Je me sens de nouveau un peu plus chez moi dans ce monde…’ Etre chez soi dans le monde va devenir avec le temps le grand thème non seulement de la vie d’Arendt mais de la pensée d’Arendt, ’Condition de l’Homme moderne’ est un livre sur comment être chez soi dans le monde… » Pierre Bouretz

Textes lus par Hélène Lausseur et Thibaut de Montalembert

  • Lecture d’Hélène Lausseur d’une lettre de Hannah Arendt à Karl Jaspers, 18 novembre 1945, tirée de la Correspondance (1926-1969) traduite par Eliane Kaufholz-Messmer, édition Payot, 1995
  • Montage de correspondance entre Hannah Arendt et Gershom Sholem
    Sons diffusés :

1ère de couverture D’un ton guerrier en philosophie : Habermas, Derrida & CoPierre Bouretz Gallimard, collection nrf essais, 2010

Intervenant : Pierre Bouretz, philosophe, directeur d’études à l’EHESS

À découvrir :

La philosophie d’Emile Zola

Le monde chez soi

Profession philosophe (34/37) : Avital Ronell, philosophe marginale

Tags : Hannah Arendt Amitié Philosophie

L’équipe – Production : Adèle Van Reeth - Production déléguée : Géraldine Mosna-Savoye - Réalisation : Nicolas Berger, Thomas Beau - Avec la collaboration de : Isis Jourda, Anaïs Ysebaert, Colomba Grossi, Elsa Lesaulnier

Dans la même série : De l’amitié entre philosophes

De l’amitié entre philosophes (1/4) : Montaigne et La Boétie, ’parce que c’était lui, parce que c’était moi’ LE 18/03/2019

De l’amitié entre philosophes (2/4) : Aristote et Platon, faut-il préférer la vérité à l’amitié ? LE 19/03/2019 Reproduction

De l’amitié entre philosophes (3/4) : Rousseau et Diderot, meilleurs ennemis LE 20/03/2019 – Illustration

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Source : https://www.franceculture.fr/emissions/les-chemins-de-la-philosophie/philosophes-et-amis-44-arendt-une-vie-de-correspondances

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18.
Arendts und McCarthys Briefe : Und bitte nicht die Fassung verlieren, deine Hannah (Lettres d’Arendts et McCarthy : Et s’il vous plaît ne vous découragez pas, votre Hannah) - Von Elena Witzeck - Aktualisiert am 05.12.2019-20:35

Hannah Arendt, Mary McCarthy : „Im Vertrauen. Briefwechsel 1949–1975“. In Auszügen gelesen von Katharina Thalbach und Sandra Quadflieg.

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Hannah Arendt, Mary McCarthy : „Im Vertrauen. Briefwechsel 1949–1975“. In Auszügen gelesen von Katharina Thalbach und Sandra Quadflieg. Bild : Random House Audio

Mehr als zwanzig Jahre lang schrieben sich die Philosophin Hannah Arendt und die Autorin Mary McCarthy Briefe : „Im Vertrauen“. Jetzt kann man sie auch hören.

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    Wenn sich zwei Menschen über einen Zeitraum von Jahren immer wieder Briefe schreiben, verbindet sie, das war schon vor dem Siegeszug grün markierter Kurznachrichten so, mehr als die Neugier auf Information. Auch dann, wenn es zwei Frauen auf der Schwelle zum Ruhm sind, die sich schreiben und vergleichen : Stützten sie einander nicht, ließen sie die andere nicht teilhaben an ihren Zweifeln, philosophierten sie nicht auch über Fragen wie solche, warum man seine Großmutter besser nicht umbringen sollte, auch wenn einem danach ist : Ihr Briefwechsel wäre höchstwahrscheinlich nicht von Dauer.

Elena WitzeckRedakteurin im Feuilleton. F.A.Z.

Hannah Arendt und Mary McCarthy lernten sich 1945 in einer Bar in Manhattan kennen. Arendt war Ende dreißig und hatte schon genug durchgestanden für ein ganzes Leben, den Nationalsozialismus und die Gestapo-Inhaftierung, ein Internierungslager in Frankreich und die Erfahrung der Staatenlosigkeit. Mary McCarthy war Anfang dreißig, Tochter aus gutem Hause, schrieb Literaturrezensionen für Zeitschriften und hatte eine Kurzgeschichtensammlung veröffentlicht. Zwei Welten, die sich begegneten. Den naiv-provozierenden Satz, Hitler könne einem doch Leidtun, nahm ihr Arendt, das Opfer, an diesem Abend übel. Drei Jahre lang ignorierten sie sich.

Die Tücke der Gewichtung

„Im Vertrauen“ heißt die Sammlung von Briefen, die aus der am Ende fünfundzwanzig Jahre dauernden Freundschaft hervorging und 1995 in einem knapp sechshundert Seiten fassenden Buch im Piper Verlag auf Deutsch erschien. Ein so erfolgreiches zeitgeschichtliches Dokument in ein Hörbuch zu verwandeln ist naheliegend. Im besten Fall klingt es dann so, als höre man zwei Freunde, die die großen und kleineren Zwänge ihrer Zeit verhandeln, im Gespräch. Was zählt, und da steckt die Tücke, sind die Gewichtung und Auswahl ihrer Themen : In dem Vierteljahrhundert der Korrespondenz geschahen der Prozess gegen den NS-Verbrecher Adolf Eichmann, den Arendt begleitete, der Vietnamkrieg, Watergate, Veröffentlichungen der beiden Frauen wurden gefeiert und verrissen, es gab Scheidungen, Unglücke, Herzinfarkte, Todesfälle. Und über alles verhandelten sie offen.

Auf jeder Seite ihrer „Elemente und Ursprünge totaler Herrschaft“, schreibt McCarthy 1951 an Arendt, finde sie etwas Neues, sie bewundere ihre Energie als Kollegin. Was als Verhältnis mit klarer Rollenverteilung – die gelehrige Jüngere und die lebensweise Philosophin – begann, wird mit den Jahren zu einem Austausch ebenbürtiger Denkerinnen. Arendt kennt keinen lehrerhaften Ton, auch dann nicht, als die insgesamt viermal verheiratete McCarthy sich in ihren Liebesgeschichten zu verlieren droht. Auf einer Lesereise mit ihrem Mann lernt sie einen anderen kennen, verliebt sich, kämpft über Monate um die Scheidung, und Arendt unterstützt aus der Ferne. Interessiert, fast neugierig, hakt sie nach, bangt mit und bestärkt. „Und bitte nicht die Fassung verlieren, deine Hannah.“

Ihre Worte haben den blechernen Klang der Stimme Katharina Thalbachs, die so gut zu dieser rauchenden, mit aufmerksamer Distanz auf die Welt blickenden Arendt passt, und dann kommt die Replik, und man hört die Melancholie in Sandra Quadfliegs Stimme, und sie ergänzen sich so trefflich, wie es sich für langjährige Freundinnen gehört. Quadflieg hat in der Hörbuchreihe bei Random House zuletzt mit Ulrich Tukur die Liebesbriefe des Dichterpaars Claire und Yvan Goll vertont, man nahm ihr die Sehnsucht ab. Vom Hörbuchcover blicken die beiden Schauspielerinnen in den Posen ihrer Wortgeber, aber selbst an so einer simplen Übertragung kann man sich bei dieser Wahl nicht stören.

Arendt stand mit den Intellektuellen ihrer Zeit im Briefwechsel : nicht nur mit Heidegger, auch mit Walter Benjamin, Uwe Johnson, Joachim Fest. McCarthy war die einzige prominente Frau. Stark ist die Auswahl der philosophischen Exkurse der Frauen da, wo die grenzenlose Offenheit der Verbindung deutlich wird, wo Empathie und Ratio aufeinandertreffen, Urteilsfragen wie die nach der Großmutter diskutiert werden (Antwort : Entweder Glaube oder Vernunft verhindern den Großmuttermord). „Im Vertrauen“ beweist, wie gegensätzlich zwei Freundinnen denken können, wie wichtig der Streit für die Entwicklung ihrer jeweiligen Urteilskraft ist und wie einmütig sie in den wichtigen Momenten zueinander stehen. „An deiner späteren Ausführung stört mich nur deine Ablehnung der Unterhaltung“, schreibt McCarthy über einen Aufsatz, den ihr Arendt zum Prüfen schickt, und Arendt antwortet : „Was massenhaft produziert wird, verliert an Wert“ – nur da nicht, wo Wiederholung nötig ist, um Dauer zu erreichen.

In ihrer Phantasie, erinnert McCarthy ein anderes Mal, habe sich die Freundin lautstark über die „geschmacklosen Sexszenen“ in ihrem Roman beschwert. Dann wieder stärkt Arendt ihrer Schriftstellerkollegin den Rücken gegen „niederträchtige“ Rezensenten und kommentiert selbstironisch : „Ich bin noch immer beim Übersetzen von ,The Human Condition‘ und verfluche Gott und die Welt.“

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Streiten ließe sich nun auch darüber, ob Arendts Berichterstattung vom Eichmann-Prozess, der Hass, der ihr nach ihrer Artikelserie im „New Yorker“ entgegenschlug, und McCarthys politisches Engagement gegen den Vietnamkrieg in der Korrespondenz ein größeres Gewicht verdient gehabt hätten als die frühen Sorgen um verletzte Liebe, die den beiden einflussreichen Frauen kaum gerecht werden. Aber das eine ist ohne das andere eben schwer zu haben. „Mir scheint, dass das Bedürfnis nach Sensation in New York über alles geht“, schreibt McCarthy, enttäuscht über die harsche Kritik an ihrem Erfolgsroman „Die Clique“. „Ja“, antwortet Arendt. „Ruhm ist mühsam und ermüdend.“

Hannah Arendt, Mary McCarthy : „Im Vertrauen. Briefwechsel 1949–1975“. In Auszügen gelesen von Katharina Thalbach und Sandra Quadflieg. Verlag Random House Audio, München 2019. 2 CDs, 156 Min., 19,99 . Quelle : F.A.Z. - Hier können Sie die Rechte an diesem Artikel erwerben. Frankfurter Allgemeine Zeitung- Kontakt - Redaktion - Presse - Themen Feuilleton - BlogsAktuelle Nachrichten online - FAZ.NET

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19.
Hannah Arendt : la liberté au défi de la révolution Par Pierre-Henri ORTIZ Date de publication • 05 juin 2019 – Document ‘Nonfiction.fr’ -Reproduction

Ouvrage : La liberté d’être libre Hannah Arendt Payot 96 pages

La liberté est portée par les révolutions, dont les rares succès supposent d’abord d’évacuer le besoin et la peur. La technique sera-t-elle alors la meilleure amie de l’homme libre ?

C’était vers le milieu des années 1960, à une époque dont la marque était « la chaîne des révolutions » qui déferlaient en Algérie, à Cuba ou au Vietnam. Hannah Arendt vivait dans un pays, les Etats-Unis, où l’on pouvait « marcher avec dignité et agir dans la liberté » , et peut-être dans le seul pays où la révolution avait permis d’instaurer durablement la démocratie. Au miracle de la révolution américaine, l’actualité mondiale opposait une succession vertigineuse de révolutions déformées, avortées, manquées de diverses manières, où le renversement du despotisme débouchait la plupart du temps sur la substitution désespérante de nouvelles formes de tyrannie. Si bien que la révolution, seul chemin de liberté, se présentait aussi comme le principal danger qu’elle avait à redouter.

Peu après avoir publié Sur la révolution (1963), mais à une date et dans des circonstances inconnues, elle remettait cette question des rapports ambigus entre révolution et liberté au centre d’une conférence dont on avait depuis perdu la trace. Sa publication, sous le titre de La liberté d’être libre, offre un condensé de la pensée politique d’Hannah Arendt dans une forme brève d’une clarté remarquable. Une pensée qui est en premier lieu un style, une manière et une méthode et qui, bien plus franchement que celle des « philosophes » dont elle ne s’est jamais revendiquée, est une pensée du réel. Hannah Arendt commente les événements, des grandes révolutions du XVIIIe siècle à la série des révolutions manquées de la période postcoloniale. Elle convoque les monuments ou les institutions qu’ils ont produits, tels que la Constitution américaine ou les emblèmes de la République. Surtout, elle donne la parole aux acteurs et aux témoins, aux Adams, Jefferson, Condorcet, Saint-Just ou Tocqueville, lesquels, bien souvent, ont eux-mêmes donné les analyses les plus lucides des histoires collectives qu’ils avaient vécues ou étaient en train de vivre.

Mais ce que donne encore à voir cette méditation sur le présent au prisme de l’histoire, c’est qu’il y a aussi quelque-chose de Walter Benjamin dans cette pensée. Si, à la manière d’un Machiavel, Hannah Arendt s’efforce de dégager les grands mécanismes de l’action publique à l’échelle macro-historique, c’est en insistant sur la contingence des événements et sur leur opacité aux yeux des acteurs qui les font mais n’en découvrent l’ampleur et le sens qu’au jour d’après.

Révolution et liberté : des notions équivoques

La «  liberté d’être libre », dans laquelle se déploient les révolutions réussies, fait écho au « droit d’avoir des droits », dont la revendication précipite souvent le renversement des pouvoirs despotiques lorsque leur autorité s’est affaissée. Dans ce sens, la formule souligne aussi à quel point la liberté, entendue comme une réalité essentiellement politique, ne se résume pas à la jouissance de droits civiques protégés, ce que peut tout-à-fait garantir un despotisme éclairé. La liberté est bien plus, et bien autre chose, que le bénéfice de droits sans cesse multipliés.

La formule signale aussi que la « révolution », souvent destinée à rétablir l’ordre du droit, déborde ordinairement d’elle-même pour se reconnaître un nouvel enjeu : la « liberté », précisément. En quelques pages lumineuses qui retracent la généalogie des deux termes et le renversement de leur sens, Arendt montre combien la révolution s’est découvert un enjeu profond bouleversant ses attentes immédiates, au moment où la « liberté » s’est révélée comme une finalité possible de l’existence humaine.

La notion de « révolution », d’abord, est absente de la description de la vie politique jusqu’au XVIIIe siècle  : au XVIIe siècle, personne ne semble décrire la prise de pouvoir par Cromwell comme une révolution. Et lorsqu’elle entre enfin dans la langue politique de ce siècle, c’est avec une signification qui tranche du tout au tout avec le langage politique des XIXe et XXe siècles : à l’époque de la « glorieuse révolution » par laquelle la monarchie est rétablie au Royaume-Uni, la métaphore astronomique désigne le retour à un ordre ancien, la restauration d’un état du droit et de la justice qui se serait progressivement dégradé. Or loin d’avoir complètement été évacuée de la notion de révolution, cette dimension « réactionnaire », si l’on peut dire, a sans doute subsisté dans les usages postérieurs de la notion : en un sens, la révolution est toujours davantage un projet de refondation, de régénération, de réinvention d’un équilibre perdu sous des formes nouvelles et meilleures, qu’un projet de pure innovation.

Quant à la « liberté », notion ancienne s’il en est sous l’espèce de la libertas latine, sa signification a elle-aussi connu des mutations radicales à la faveur de l’ère des révolutions . Dans le contexte de l’Europe chrétienne, qui n’est déjà plus celui du citoyen romain actif jouissant de son autonomie, la « liberté » consiste principalement dans la jouissance de ces droits civiques et des privilèges liés à chaque ordre, à chaque statut social. De sorte qu’au XVIIIe siècle, en Amérique comme en Europe, demander la restauration de la liberté revient à exiger le rétablissement des droits et des privilèges, à commencer par le droit à la vie et à la propriété : en ce sens, cette « libération » est une entreprise de restauration d’une forme d’Etat de droit, qui constitue à la fois la légitimité et la limite de l’entreprise révolutionnaire à ce premier stade.

Mais en ce crépuscule de l’Ancien Régime, une telle « tentative de restauration et de récupération d’anciens droits et privilèges a abouti à son exact opposé : un processus de développement ouvrant les portes d’un avenir qui allait résister à toutes les tentatives ultérieures d’agir ou de penser dans les termes d’un mouvement circulaire ou de retour » . Dans le fond, la « liberté », dont l’appétit pousse les révolutionnaires, rompt avec le simple niveau juridique : elle est l’aspiration à vivre une vie politique, à participer au débat et à la décision publics. Cette rupture, et la distinction qu’elle instaure entre le juridique et le politique, souligne en creux tout ce qui sépare l’Etat de droit de la démocratie : distinction sans doute utile pour penser notre propre actualité, dans laquelle les droits semblent n’avoir jamais été autant garantis, alors que la même conjoncture débouche d’autre part sur une neutralisation particulièrement avancée de la participation des citoyens à la vie politique.

La vie politique, entre compétition et reconnaissance

Les révolutionnaires de l’Amérique et de l’Europe de la fin du XVIIIe siècle aspiraient donc à une vie politique, à la participation à une autorité et à un pouvoir partagés, ce qui rompait en réalité radicalement avec les usages et les idées politiques fossilisées par des siècles de christianisme et de souveraineté de droit divin. Dans un esprit à la fois « réactionnaire » et parfaitement « révolutionnaire », ils ont donc pratiqué un abondant retour à l’Antiquité, grecque et surtout romaine, pour redécouvrir les conditions de possibilité de cette « vie politique » constitutive de la liberté au sens plein du terme. De fait, l’histoire d’Athènes et celle de Rome sont riches d’exemples qui montrent la menace que la vie politique contient en elle-même : étroitement corrélée au désir de reconnaissance de chacun, elle peut déborder dans l’ambition et dans l’appétit de pouvoir – qui sont manifestement les moteurs des hommes politiques.

Mais paradoxalement, l’exemple des révolutions réussies montre aussi qu’a contrario, la vie politique bien organisée constitue elle-même un puissant rempart contre la tyrannie. Dans le fond, les exemples antiques et modernes de cités et d’Etats véritablement politiques permettent d’observer que la liberté – celle du citoyen actif – s’avère indissociable de l’égalité, dans la mesure où la possibilité de considérer l’autre comme soi-même est la condition préalable à toute forme de reconnaissance, comme à toute forme de distinction. Or l’équilibre de l’une et de l’autre – de la distinction dans la limite de la reconnaissance – est précisément ce qui fait l’épanouissement de la vie libre, qui est une vie agonistique, puisque la compétition véritable exige aussi des adversaires à la mesure l’un de l’autre.

« Ce type de liberté demande de l’égalité, elle n’est possible qu’entre pairs », écrit donc Arendt, juste d’avant d’ajouter : « Sur le plan institutionnel, elle n’est possible que dans une république, qui ne connaît pas de sujets et, à strictement parler, pas de dirigeants » . Cette opposition entre l’égalité des conditions dans la vie politique et la naturalisation des fonctions dirigeantes dans la vie apolitique ouvre sans doute des perspectives pour méditer, toutes proportions gardées, notre propre époque où l’explosion des inégalités vient manifestement briser la communauté politique dans tous ses aspects – discussion, décision, considération… L’actualité la plus récente montre au moins combien le pouvoir exercé par des experts et des professionnels de la politique (à l’autorité par ailleurs défaillante) s’oppose nettement à l’autorité des citoyens sans pouvoir, renvoyés à une nouvelle condition de sujets, à une « masse » dans laquelle on ne perçoit d’ailleurs guère ce qui distingue le citoyen du non-citoyen.

D’un despotisme à l’autre : la liberté impossible ?

Ce statut de l’égalité vis-à-vis de la vie politique, de la vie de liberté, conduit finalement à constater que la révolution, qui ambitionne d’instituer cette liberté, est d’abord une question de société. La révolution libérale prend et se stabilise durablement quand l’ensemble du corps social, débarrassé de la peur et du besoin, peut s’éprendre de liberté. Dans une certaine mesure, ce fut le cas aux Etats-Unis chez la plupart des hommes libres – non pas tant dans le corps social réel que dans le corps civique tel que se le représentaient les acteurs de la révolution, plus sensibles aux espoirs qu’à la misère des plus pauvres. Mais la libération échoue « tragiquement » quand, comme ce fut le cas en France et si souvent par la suite, les aspirations des élites aisées et éduquées à construire un espace public se confrontent pleinement aux réalités de l’inégalité et à la misère, qui obscurcit la conscience de la majorité, qui étouffe les espoirs de la multitude, et qui éteint donc en elle toute passion politique.

La révolution se présente ainsi comme l’instauration d’un régime de liberté qui dépend d’un processus de libération complexe : restauration des droits, mais aussi libération du besoin et de la misère, condition fondamentale de la « liberté d’être libre ». Les conditions dont elle doit hériter ou qu’elle doit réaliser pour aboutir sont ce qui fait de la révolution une réalité socio-économique et culturelle. Lorsque le pays n’a pas encore en partage la soif de la liberté, il s’agit en somme de construire un véritable corps civique en faisant naître chez chacun l’« orgueil » dont dépend la « vertu politique » – pour reprendre les mots de Saint-Just.

De ce point de vue, la révolution française a été un fiasco : elle n’a pas réussi à construire un « espace public » pour la liberté. Ce désastre a conduit à un retour au despotisme éclairé, où le pouvoir échappe au peuple mais s’attache à « garantir le mieux sa vie et ses biens » – pour reprendre les mots de Charles Ier d’Angleterre. Or c’est la révolution manquée de la France qui a servi de modèle aux révolutions postérieures, et non la révolution réussie des Etats-Unis, qui a peu été théorisée. Loin d’être anecdotique, d’après Arendt, ce qui s’est passé là, en France, a plus ou moins transmis son échec à l’histoire des révolutions postérieures. Après cela, disait déjà Kant, rien ne pouvait plus être pareil. « Il n’est donc pas surprenant que le despotisme, ou en réalité le retour à l’ère de l’absolutisme éclairé (…) soit devenu la règle des révolutions suivantes (…) au point de devenir dominant dans la théorie de la révolution » , comme le déplorait déjà Rosa Luxembourg.

A la lumière de l’échec de la révolution française, et du succès de la révolution américaine, l’épineux problème de la liberté qui s’impose au total, c’est ainsi celui de « la maîtrise de la pauvreté » . Dans les années 1960, Arendt suggérait déjà que finalement, c’est surtout le progrès de la technique et de la productivité qui s’avère le meilleur pourvoyeur de liberté – bien plus que n’importe quel concept politique. En 1992, c’est un constat similaire qui a pu conduire un Francis Fukuyama à penser que la généralisation de l’opulence débarrasserait les peuples de la peur et scellerait la fin des révolutions par la généralisation de la liberté. A l’heure de la crise écologique, qui est la nôtre, où pour la première fois l’humanité semble organiser elle-même la pénurie dans un contexte de compétition intensifiant les inégalités comme jamais, cette conclusion réveille l’inquiétude que les espoirs placés dans le progrès techniques auraient pu nous faire oublier.

A peine esquissée, cette conclusion résonne fortement avec les mises en garde contre la technique formulée par plusieurs proches d’Arendt, à commencer par Martin Heidegger et Hans Jonas, dont elle dépasse en somme le pessimisme trop unilatéral. Loin de constituer un éloge de la technique, qui prend ainsi un double tour simultanément aliénant et émancipateur, l’hypothèse résonne plutôt comme le constat du paradoxe de notre présent. Tenant ensemble l’irréductible complexité qui s’impose à nous, tenant à distance la puissance des concepts que le monde intellectuel aime fantasmer, elle exprime la valeur inestimable d’une pensée qui ne vise pas en premier lieu à prouver sa propre importance.

Pierre-Henri ORTIZ est maître de conférences en histoire ancienne à l’université d’Angers. Ses recherches portent sur les rapports entre religion, droit et politique dans la Cité polytheiste et dans l’Empire chrétien. Il coordonne la rédaction de Nonfiction’ depuis 2015. Lire plus d’articles - Nonfiction.fr le portail des livres et des idées -À propos : Notre projet L’équipe Charte rédactionnelle Faire un don Contact

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20.
Bremer Hannah-Arendt-Preis geht an zwei US-Wissenschaftler (Le prix Hannah Arendt de Brême va à deux scientifiques américains) 06. Dezember 2019

  • Kohn und Berkowitz haben laut Jury nachfolgende Generation zu politischem Denken ermutigt
  • Bremer Hannah-Arendt-Preis wurde 1994 ins Leben gerufen
  • Heinrich-Böll-Stiftung und Bremer Senat stiften Preisgeld
    Die US-Wissenschaftler Kohn (li.) und Berkowitz sind mti dem Hanna-Ahrend-Preis geehrt worden. (Archivbild) Bild : privat/Doug Menuez

Die beiden US-Wissenschaftler Jerome Kohn und Roger Berkowitz sind am Freitagabend mit dem Bremer Hannah-Arendt-Preis für politisches Denken 2019 ausgezeichnet worden. Er ist mit 10.000 Euro dotiert. ’Beide haben Arendts Denken lebendig gehalten und ermutigen die nächste Generation, Verantwortung zu übernehmen für das, was in ihrem Namen geschieht’, begründete die Jury ihre Entscheidung.

Kohn war ein langjähriger Freund und Mitarbeiter Arendts an der ’New School’ in New York. In der Laudatio hieß es, er habe in Interviews, Artikeln und Vorträgen immer wieder auf Arendts Überzeugungen hingewiesen : Die Bürgerinnen und Bürger hätten es in ihrer Hand, mit Zuspruch und Widerspruch darüber zu urteilen, was gut und was schlecht für die Gesellschaft sei. Berkowitz ist akademischer Direktor des Hannah-Arendt-Centers am Bard College im US-Bundesstaat New York. Mit der Gründung des Zentrums habe er einen Ort geschaffen, an dem Studierende das Denken Hannah Arendts kennenlernen, urteilte die Jury.

Auch Ex-Bundespräsident Gauck unter den Preisträgern

Der Bremer Hannah-Arendt-Preis für politisches Denken wurde 1994 ins Leben gerufen. Die Auszeichnung erinnert an die in Hannover geborene Politologin Hannah Arendt (1906-1975) und ihre Überzeugung, dass der Sinn von Politik Freiheit ist. Über die Vergabe entscheidet eine internationale Jury. Das Preisgeld wird von der Heinrich-Böll-Stiftung und dem Bremer Senat gestiftet. Zu den bisherigen Preisträgern zählen der frühere Bundespräsident Joachim Gauck sowie die russische Menschenrechtlerin Jelena Bonner.

Source : https://www.butenunbinnen.de/nachrichten/gesellschaft/hannah-arendt-preis-us-wissenschaftler-100.html

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21.
Eichmann, médiocre criminel de bureau ou monstre ? 07/02/2019 - Université Le Havre Normandie

Celui qui fut le responsable logistique de la Solution finale n’était-il qu’un médiocre criminel de bureau, comme on reproche à Hannah Arendt de l’avoir cru, ou fut-il au contraire un personnage cynique et manipulateur, prêt à simuler la médiocrité pour apparaître comme un simple rouage ?

Photo - Adolf Eichmann lors de son procès en 1961 • Crédits : Wikimedia Commons

On a reproché à Hannah Arendt d’avoir dressé un portrait très discutable de Eichmann dans l’essai qu’elle fit paraître en 1963, Eichmann à Jérusalem, rapport sur la banalité du mal, après avoir tenu la chronique de son procès dans le journal ’The New Yorker’. Celui qui fut le responsable logistique de la Solution finale n’était-il qu’un médiocre criminel de bureau qui suivait aveuglément les ordres, comme on reproche à Hannah Arendt de l’avoir cru ? Ou fut-il au contraire un personnage cynique et manipulateur, prêt à simuler la médiocrité pour apparaître comme un simple rouage dans la machine criminelle ?

C’est là pour Hannah Arendt une antinomie stérile, qui ne permet pas de se confronter au mal sans précédent que fut le génocide des juifs. Une lecture attentive de son essai permet à la fois de dissiper les critiques qui lui sont souvent adressées et de comprendre aussi pourquoi elles sont si tenaces.

Écouter 1h37 Eichmann, médiocre criminel de bureau ou monstre ? - Une conférence enregistrée en février 2019.

Didier Carsin est professeur agrégé de philosophie. Il anime depuis 2007 l’association populaire de philosophie du Havre, PHILOPOP, dont les séances se déroulent deux fois par mois au lycée Claude Monet.

À lire aussi : Eichmann à Jérusalem

À écouter aussi 52 minutes : Répliques Le procès Eichmann

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Tags : Université Le Havre Recherche scientifique Histoires Adolf Eichmann Hannah Arendt nazisme génocide Shoah Idées Société Conférences sur la philosophie

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Sourcde : https://www.franceculture.fr/conferences/universite-le-havre-normandie/eichmann-mediocre-criminel-de-bureau-ou-monstre

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22.
Hannah Arendt and the New Nationalist Barbarians (Hannah Arendt et les nouveaux barbares nationalistes) - Homi K. Bhabha 21 novembre 2019 – Diffusé par ‘thewire.in‘ - Traduction Jacques Hallard.

C’est l’époque où des slogans comme « Make America Great Again » [(littéralement « Rendre l’Amérique à nouveau grande », soit : « Rendre sa grandeur à l’Amérique »), parfois abrégé MAGA, est un slogan de campagne utilisé par des politiciens américains, le premier étant Ronald Reagan, lors de l’élection présidentielle de 19801...], ou enore « Rendre l’Amérique encore plus grande », et comme ’Make India Hindu, again’, ou « Rendre à nouveau l’Inde aux hindous », ont gagné du terrain en tant que marque de l’ethno-nationalisme populiste.

[Selon Wikipédia, « Le nationalisme ethnique, ou ethnonationalisme, est la forme de nationalisme dans lequel la « nation » est défini en termes d’appartenance ethnique. Il peut être nommé différemment en fonction des caractéristiques que l’on veut mettre en avant : nationalisme « ethno-culturel », « ethno-linguistique », « organique », « objectif », « romantique » ou « oriental », le plus souvent inspiré par des notions issues du droit du sang. Il se différencie ainsi du nationalisme civique inspiré du droit des personnes, et du nationalisme territorial lié au droit du sol, mais également généralement du nationalisme culturel qui admet l’assimilation culturelle… »] – Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Nationalisme_ethnique ].

Photo de Homi K. Bhabha - Arendt s’engagea avec la « banalité du mal », en suivant les performances du langage d’Eichmann - « discours vide », clichés, « règles de langage » - avec la précision d’un philologue humaniste. Photo : Meekrok / Flickr (CC BY-NC-ND 2.0)

Dans son travail des années 1950, « Les origines du totalitarisme », Hannah Arendt a averti que les gouvernements totalitaires émergeraient de l’intérieur d’une civilisation, et pas de l’extérieur. Le monde reflète aujourd’hui la vérité de cette observation, voir comment l’un des pays démocratiques après un autre, passe entre les mains des partisans d’une sorte de « barbarie » nationaliste.

Dans cette oeuvre, le professeur de Harvard, Homi K. Bhabha [Homi K. Bhabha, né le 6 mai 19491 à Bombay, est un professeur américain…], réfléchit à ce phénomène et à d’autres phénomènes inquiétants de notre époque. L’extrait est tiré d’un discours qu’il a récemment prononcé à Mumbai à l’occasion du 50ème anniversaire de l’établissement Max Mueller Bhavan, qui fait partie du Goethe Institute, en Allemagne, du nom de l’écrivain, artiste et homme d’État du XVIIIe siècle.

Le concept de ‘Weltliteratur’ ou littérature mondiale de Goethe est particulièrement précieux pour notre époque, car il nous rappelle l’importance pratique et éthique des sciences humaines dans le monde paradoxal dans lequel nous vivons. La technologie numérique accélère le temps et le Web réduit les distances ; cependant, dans le même temps, des croyances politiques et religieuses divergentes polarisent la planète entière et éloignent les peuples les uns des autres.

Le concept de ‘Weltliteratur’ de Goethe implique principalement la nécessité d’engager des langues et des cultures « étrangères » dans une république mondiale de lettres, mais il fournit une leçon intrigante sur les possibilités d’établir des « relations étrangères » en période de turbulence géopolitique. Goethe écrit : « … Car les nations jetées ensemble, l’une contre l’autres, par une guerre effroyable et rejetées à nouveau, se sont toutes rendues compte qu’elles avaient absorbé de nombreux éléments étrangers et qu’elles avaient pris conscience de nouveaux besoins intellectuels à considérer. Cela a conduit à des relations « entre voisins », plus rapprochées et au désir d’un système plus libre de concessions intellectuelles ».

L’argument de Goethe est contre-intuitif et controversé ; certains le considéreraient même comme irrémédiablement utopique. Le conflit, l’état de guerre, soutient Goethe, crée une proximité forcée et violente entre ennemis et étrangers ; et l’acte même de destruction, qui afflige toujours les deux parties indépendamment du fait de savoir qui « gagne » finalement, peut ouvrir des possibilités de reconstruction de relations basées sur des « éléments étrangers » qui sont alors intgrés.

Homi K. Bhabha reads Arendt. L’auteur lit Arendt - Photo : Max Mueller Bhavan, Mumbai

Goethe, of course, is talking of wars of occupation, where victors and victims were forced to coexist over time which allowed them some measure of the “absorption of foreign influences” through practices of the administration and regulation of conquest. Goethe was not talking of the shock and awe of technological warfare waged at the speed of lightening ; wars executed by camera-eyed instruments and computerised, prosthetic “strikes”.

Post 9/11, we have witnessed the cold dawn of an Age of Insecurity in the pursuit of an unprecedented expansion of “global security.”

Wars executed in the name of democracy have increased the precariousness of populations already beaten down by despotic governments. In destroying autocratic regimes “abroad,” there has been an ascendancy of authoritarian leadership “at home”. Whether in the North or the South, we are confronted with a dark and desperate irony : “Democracy,” define it as you will, has delivered a strident victory to populist, xenophobic forces at the ballot-box who use the “vote” to stifle the voice of democratic dissent on the street. 

The triumphant will of majoritarianism attempts to obliterate the protection of minorities which is the primary moral duty of a democratic polity. Majoritarian populism violates the simple truth that each person receives his or her rights as an individual, which is to say, as “a minority of one”. It is only by acknowledging the integrity and authority of the person — her singularity or her “minority” — that we can orchestrate the national idea and identity of the our collective selfhood — we the people. 

The democratic ideal of national “neighbourliness” is based on protecting the vulnerability of citizens while enhancing their ethical and political agency ; the vainglory of majoritarian, populist demagoguery exploits the weak, exposes the vulnerable and denigrates the disadvantaged.

In the Goethean spirit of a “desire for neighbourly relations dedicated to freer systems of intellectual give-and-take” I want to share a moment with you when Hannah Arendt suddenly finds herself amongst a group of beleaguered humanists in Trivandrum. A “constellation of danger” emerges.

I must warn you, there is a touch of Bollywood patriarchy and paternalism about it all : a rural damsel in distress, a gallant “subaltern” knight from the city armed with answers, and Hannah Arendt’s unexpected presence that doesn’t exactly save the day, or the damsel, but enables both of them to survive better than they did the day before.

I am not wasting your time, dear friends. This is, I should add, a story very much in tune with the humanistic pedagogies of our times — cultural translation, travelling theory, the displacement of peoples and ideas, and finally an emergent epiphany of “the right to interpretation.”

Professor Sundar Sarukkai, a renowned Indian philosopher and public intellectual, visited the Trivandrum Women’s College in Kerala in 2011, as a member of the board of a national survey on the “stature” of the humanities. Professor Sarukkai was beset by humanists — students and teachers — in a state of insecurity, anguish, and hopelessness.

He writes, “A thoroughly demoralised group stood before us besieged by numerous problems ranging from social and domestic tabooing for joining a course in the humanities or social sciences, to the problems of poverty, unemployment and stark uncertainty about the future.”

A woman student courageously took the floor and voiced her resentment, the professors report, with “a piquant irony.” And, according to a report in EPW, this is what she said,

“Being a Hindu my parents, teachers and friends would have pardoned me even if I had eloped with a Christian or Muslim boyfriend, but they couldn’t forgive me for deserting pure sciences and joining a humanities course.”

Sarukkai’s response to the abandoned woman’s confession of academic apostasy presents an unexpected challenge.

To learn to think like a humanist, he tells his demoralised Trivandrum audience, you should read Hannah Arendt’s Eichmann in Jerusalem. In Trivandrum, the city of the Indian rocket launchpad project and India’s first technopark, Sarukkai argues against the curricular privilege afforded to “technical and scientific rationalism” by the Indian Constitution, and warns that the hegemony of instrumental knowledge could lead to the “banality of evil,” or as Arendt describes it in Eichmann in Jerusalem, “the non-wicked everybody who has no special motives and for this reason is capable of infinite evil.”

I would have loved to have been a fly on the wall in that lecture hall in Trivandrum, or given the heat of the day, a mosquito on the sleepily revolving ceiling fan. In the absence of either of those Kafkaesque choices, I can only ventriloquise Sarukkai’s seminar.

https://cdn.thewire.in/wp-content/u...

An portrait of Hannah Arendt. Photo : Ben Northern/Flickr (CC BY-NC-ND 2.0)

Arendt engages with the “banality of evil”, by tracking the performance of Eichmann’s language—“empty-talk,” clichés, “language-rules”—with the precision of a humanistic philologist carefully following the inane activity of thought-lessness.

 She writes, “The longer one listened to him the more obvious it became that this inability to speak was closely connected with an inability to think, namely, to think from the standpoint of somebody else.”

“To think from the standpoint of someone else requires a convergence between issues of consciousness and matters of conscience..,” Bernard Williams has written in Ethics and the Limits of Philosophy.. Listen to Arendt :

“We call consciousness (literally, “to know with myself”) the curious fact that in a sense that I also am for myself, though I hardly appear to me… [which] is not so unproblematic as it seems ; I am not only for others but for myself, and in this latter case I clearly am not just one. A difference is inserted into my Oneness… For myself, articulating this being-conscious-of-myself, I am inevitably two-in-one… Consciousness is not the same as thinking ; but without [this alterity, two-in-one], thinking would be impossible. What thinking actualises in its process is the difference given in consciousness.” (Thinking and Moral Considerations)

What does it mean to say that to “actualise the difference within oneself” — actively engaging with the “the two-in-one”— might prevent catastrophes ?

What if we turn towards the world-at-large, when the chips are down, and find ourselves impaled at the cross-roads of civility and barbarism, caught between humanism and horror ? Bringing Arendt home to Bombay from Kerala is, undoubtedly, an act of cultural and historical translation, but what she has to say at the very end of The Origins of Totalitarianism in the 1950s, bears repeating forcibly today :

“Deadly danger to any civilisation is no longer likely to come from without… Even the emergence of totalitarian governments is a phenomenon within, not outside, our civilisation. The danger is that a global universally related civilisation may produce barbarians from its own midst by forcing millions of people into conditions which, despite all appearances, are the conditions of savages.”

The populist, majoritarian nationalisms that arise amidst our much vaunted “global” age make it daily clearer how great a burden the idea of mankind — the collective human figure of rights and representations — has become for the barbarians within our gates.

The phalanx of male leaders that straddle the world today are not politicians of charisma ; they are politicians of miasma.

In the United States, and more recently in Brazil, England, India, Italy, Hungary, Poland, and elsewhere, Steve Bannon has become the prime proponent of nationalist “barbarism”.

And this is not my language ; it is Bannon’s avowed self-description. In a 2018 interview with the Economist, Bannon proudly assumes the mantle of barbarism. Speaking of the 2016 US elections, he describes his ideological mission with a passion :

“The country was thirsting for change and [Barack] Obama didn’t give them enough. I said, we are going for a nationalist message, we are going to go barbarian, and we will win.”

On March 25, 2019, after the publication of the redacted Mueller report, Bannon reinforced his earlier message to Trump “to go barbarian” and goaded him on to “go full animal” (with my apologies to animals.)

The populist slogans “Make America great, again”, “Make India Hindu, again” ; “Make Britain Brexit, again” are rhetorical instances of populist ethno-nationalism. The traditional tendency is to associate the adjective great with populist chauvinism and the neo-liberal hauteur of global capitalism.

More lethal by far, in my view, is the rebarbative iteration of the adverb “again”. If great refers to majoritarian sovereignty and the possibility of nationalist-populist alliances ; again references a revanchist temporality of degradation that “goes full animal” by legitimating a mythical, atavistic return to a state of racial purity, a closed-in cultural homogeneity, a walled-in security of territorial sovereignty. The devil is in the details, and the adverb again, is decidedly the devil.

The hegemonic “greatness” of the nation’s-populist-peoples can only be achieved again and again though persecutory and peremptory acts of “rough justice” that are themselves contrary to the spirit of the law.

Every time I hear “never again,” I hear a threatening echo : “Again…again…again…”

Les slogans populistes « Rendez l’Amérique encore plus belle », « Rendez l’Inde aux hindous » ; « Faites à nouveau le Brexit britannique », sont des exemples rhétoriques de l’ethno-nationalisme populiste. La tendance traditionnelle est d’associer l’adjectif grand au chauvinisme populiste et à la hauteur néolibérale du capitalisme mondial.

De loin, selon moi, l’itération rébarbative de l’adverbe qui est de nouveau « létale ». Si ‘grand’ fait référence à la souveraineté majoritaire et à la possibilité d’alliances nationalistes-populistes, ceci fait à nouveau référence à une temporalité revancharde d’une dégradation qui « passe à plein régime » en légitimant un retour mythique et atavique à un état de pureté raciale, à une homogénéité culturelle renfermée sur elle-même, à une sécurité entourée de murs de la souveraineté territoriale. Le diable est dans les détails, et l’adverbe ‘grand’ et ‘encore’, sont décidément une sorte de diable.

La « grandeur » hégémonique des peuples-populistes des états-nations ne peut être atteinte à maintes reprises que par des actes de persécution et de péremptoires mesures de « justice brute et expéditive », qui sont eux-mêmes contraires à l’esprit des Lois. Chaque fois que j’entends « plus jamais ça », j’entends un écho menaçant : « Encore… encore… encore… »

Homi K. Bhabha is the ‘Anne F. Rothenberg’ [Former Chair, Henry e Huntington Library & Art Gallery] Professor of the Humanities in Harvard University. This excerpt is being published with his permission.

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Source : https://thewire.in/society/hannah-arendt-and-the-new-nationalist-barbarians

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23.
Tribune - L’arme des changements : Eduquer, interagir, expérimenter#DREIUNDZWANZIGPar Pr. Ali Benmakhlouf Photo

Le philosophe marocain Ali Benmakhlouf, spécialiste de la logique et la pensée arabe, ici lors d’une causerie religieuse de Ramadan devant SM le Roi Mohammed VI. Ali Benmakhlouf enseigne à l’Université de Paris-Est Créteil à l’académie de pharmacie, etc… Il est membre de l’Institut universitaire de France qui regroupe un ensemble d’enseignants-chercheurs sélectionnés par un jury international pour la qualité exceptionnelle de leurs recherches. Le présent texte est appuyé sur la participation à l’Université d’été de la CGEM [https://www.google.fr/url?sa=t&...[La Confédération Générale des Entreprises du Maroc]. ->https://www.google.fr/url?sa=t&...;;rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=1&cad=rja&uact=8&ved=2ahUKEwjJzfvb8tXnAhWOlhQKHbtaDCgQFjAAegQIAhAB&url=http%3A%2F%2Fwww.cgem.ma%2F&usg=AOvVaw2OCPnESpoU3rjSroUcrOo8]

L’éducation s’inscrit dans les apprentissages que l’espèce humaine ne cesse d’inventer pour survivre : on apprend sa langue maternelle sans autre maître que la vie. Laissons l’élève se développer et découvrir par lui-même le plus possible, le diriger le moins possible. Les pédagogues de l’Antiquité comme Platon ou ceux de l’époque moderne comme Rousseau appelaient cela : aller vers le moins, décaper, ôter les préjugés.

Nelson Mandela, acteur politique du changement s’il en est, disait que « L’éducation est l’arme la plus puissante qu’on puisse utiliser pour changer le monde ». Toute la société se réfléchit dans l’école. Si la société est injuste et inégalitaire, l’école sera injuste et inégalitaire.

Que nous dit l’enquête menée en France par les sociologues Baudelot et Establet sur l’élitisme républicain ? Les systèmes scolaires les plus justes, c’est-à-dire ceux qui se préoccupent des élèves les plus en difficulté, sont en même temps les plus efficaces, même du point de vue des meilleurs.

Là où le tronc commun est renforcé, là où les redoublements sont les plus faibles, là où les écarts sont les moins grands, les résultats des élites sont encore meilleurs : « Les résultats scolaires sont d’autant meilleurs que les inégalités sociales dans le pays sont faibles, et surtout que les écarts entre les moins bien lotis et la moyenne de la population sont resserrés ».

La généralisation de l’éducation et le développement d’un système de santé ont été engagés au Japon à la fin du XIXe siècle, avant que les obstacles liés à la pauvreté structurelle soient résolus : l’éducation ne peut donc attendre. Il est illusoire de croire que les besoins primaires ne sont que boire et manger : l’éducation est tout aussi prioritaire. C’est elle qui permet même de formuler les besoins… en nourriture et en eau. Il est tout aussi illusoire de croire que les écoles privées qui reposent sur la concurrence vont résoudre le problème endémique des carences éducatives : la santé et l’éducation, en tant que biens sociaux, « s’inscrivent mal dans la logique traditionnelle des biens marchands », dit l’économiste Daniel Cohen.

Pour quelles raisons le système éducatif finlandais est-il si performant ? Elles sont nombreuses :

Photo - Nelson Mandela à Oujda accueilli avec les réfugiés politiques algériens, cliché non daté. Une de ses devises était : « L’éducation est l’arme la plus puissante qu’on puisse utiliser pour changer le monde »

1) Le métier de l’enseignant est valorisé et sélectif ;
2) Le soutien scolaire est massif ;
3) La gestion est partagée entre les autorités nationales, les instances municipales et les établissements scolaires ;
4) La lutte contre l’échec scolaire : c’est un système qui ne livre pas des centaines de milliers de jeunes dans les rues tous les ans ;
5) L’égalité d’accès à l’école ;
6) La formation continue des enseignants est intégrée au projet éducatif.

Mais inversement, les Etats qui n’ont pas fait de l’éducation leur priorité ont vu leur population s’appauvrir.
La philosophe Hannah Arendt disait que « Socrate était amoureux du point d’interrogation ». L’école institue la question comme désir de pensée et comme demande d’action. Pas de connaissance sans action.

Livre : 1èrede ouverture - Parmi les très nombreux livres du Pr. Ali Benmakhlouf, retenons celui-ci, joyeusement appuyé sur Lewis Carroll et son « Alice au pays des merveilles ». Il remet, dans le monde contemporain, cet effort de l’humanité de passer du débat de croyance au débat de logique et véracité

L’éducation est au cœur de ce que l’on appelle la société de la connaissance. Mais, articulée à des situations d’hégémonie politique, cette société se décline selon des stratégies de pouvoir : aux pays développés, la conception, les prototypes du savoir (le premier film, la molécule découverte, le médicament, etc.), aux pays pauvres la fabrication, c’est-à-dire le suivi à la lettre des instructions venues d’ailleurs : Qui conçoit les logiciels ? Qui répand les données ?

En amont, cette situation prend sa source dans la valorisation du profit. La perversité de ce système de profit est que ceux qui sont à même d’avoir le plus de facilité dans l’acquisition des connaissances choisissent des métiers où le profit est le maître mot : traders, financiers, commerciaux, laissent le savoir et sa transmission à ceux qui peinent à l’acquérir et qui n’auront jamais la position sociale de le défendre.

Les meilleurs esprits, disait Montaigne, vont vers le profit et abandonnent les livres à ceux qui cherchent à vivre des livres sans y parvenir. « Notre étude en France n’ayant quasi autre but que le profit, il ne reste plus ordinairement pour s’engager tout à fait à l’étude, que des gens de basse fortune qui y quêtent des moyens à vivre ».

L’esprit n’est pas une boîte à remplir

Les règles, qu’elles soient mathématiques (les théorèmes) ou grammaticales sont importantes mais après, après l’interaction, après la perception : on saisit d’abord les objets matériels dans leur position. On apprend bien sa langue maternelle sans personne : l’élève peut donc être son propre instituteur selon le mot d’Herbert Spencer (1860) : « Il faudrait dire le moins possible à l’élève, et lui faire trouver le plus possible ».

L’esprit est une interaction, non une boîte à remplir : il est dans l’interaction maître/élève, ni complètement du côté du maître, ni complètement du côté de l’élève. L’esprit est un verbe (Mind) et non une réalité isolée. « Il renvoie à toutes les transactions au moyen desquelles nous traitons consciemment et expressément les situations dans lesquelles nous sommes placés » selon John Dewey. On confond si aisément l’esprit et le cerveau : celui-ci est un corps dans la tête, mais l’esprit est diffus, présent socialement en tous, certainement pas dans la tête seulement.

On apprend en faisant (learning by doing), en expérimentant, et non seulement en écoutant et en assimilant un savoir venu d’en haut. L’éducation atteint son but quand on parvient à mobiliser ses connaissances pour affronter des situations nouvelles, non quand on restitue le savoir appris.

Photo - La politologue et philosophe, spécialiste des systèmes totalitaires, Hannah Arendt dit que ces systèmes totalitaires dégradent automatiquement l’éducation (Ph. Libraryonline)

Le maître émancipateur

Eduquer ce n’est pas inculquer quoi que ce soit : quand on enseigne les idéaux, ce n’est pas pour s’y conformer (cela appartient à l’instruction religieuse), mais pour les prendre comme éléments de comparaison : il y a Bouddha, il y a Jésus, il y a Mohammed.
Comparons. Evaluons.

Quand Montaigne parle de la « tête bien faite » et non « bien pleine », il parle du maître, du « conducteur ». Mais celui-ci ne conduit pas les consciences, il aide l’élève à s’émanciper, il lui donne les moyens d’être libre, par son autorité, selon la belle étymologie de l’auctoritas : accroître, augmenter, libérer, émanciper. Il est « auteur » de l’élève. Parfois « le conducteur » ouvre le chemin, parfois il laisse l’élève l’ouvrir. Ainsi, il ne nuit pas à celui qui veut apprendre. Le respect dû au maître ? Oui, cela advient quand l’élève est principe, comme le médecin est respecté quand le patient est principe, et le politique l’est tout aussi bien quand le citoyen est principe.

Arabisation, jeu de rhétorique ?

Un mot sur les langues : leur enjeu est dans la conception. Ce qui compte c’est d’aller du mot à la pensée et non de s’enfermer dans les mots d’une langue quelconque, « que le Gascon y arrive, si le français n’y peut arriver » , exemple : le français n’a pas un mot pour dire le temps qu’il fait. L’anglais l’a : c’est le mot « Weather ». Il faut donc apprendre plus d’une langue.

Montaigne parlait gascon, écrivait en français, lisait en grec et en latin. Le problème n’est pas le choix d’une langue, mais de multiplier les formes linguistiques pour lancer un filet le plus précis sur les choses.

L’arabisation, en elle-même, ne pose pas de problème, mais l’arabisation sans un effort constant de traduire le savoir mondial dans cette langue reste un jeu rhétorique vide, idéologiquement aux mains de ceux qui en font un moyen de pouvoir. Plus on apprend les langues plus on perçoit les rapports logiques. L’apprentissage de la rigueur passe donc aussi par l’apprentissage de plusieurs langues.

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Source : https://leconomiste.com/article/1053891-l-arme-des-changements-eduquer-interagir-experimenter

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Rubrique C - Concernant Lisel Heise née en 1919

24.
Climat : une centenaire allemande se lance en politique Par Epoch Times avec AFP - 25 juillet 2019 - Mis à jour : 25 juillet 2019 – Document ‘fr.theepochtimes.com’ International- Lisel Heise, une centaine d’années, membre du conseil municipal, pose devant sa maison le 4 juillet 2019 à Kirchheimbolanden, une ville du sud-ouest de l’Allemagne. Photo de Daniel ROLAND / AFP / Getty Images.

La décision de l’Allemande Lisel Heise d’entrer en politique s’est cristallisée lorsqu’on lui a coupé le micro dans une réunion publique. Cette centenaire, devenue élue locale, se bat désormais au côté des jeunes pour le climat. Celle qui a pris sa retraite de l’enseignement il y a 40 ans défendait alors la réouverture d’une piscine extérieure.

« Quand j’ai commencé (à parler), certains ne voulaient vraiment pas m’écouter et sont allés jusqu’à débrancher la prise » du micro, raconte-t-elle à l’AFP. « Aujourd’hui, des gens du monde entier viennent me parler. Qui rit désormais  ? », plastronne-t-elle.

Ce qui a changé depuis, c’est son élection au printemps, contre toute attente, au conseil municipal de Kirchheimbolanden, en Rhénanie-Palatinat (ouest), quelques semaines à peine après avoir soufflé ses cent bougies. Ce n’est pas un hasard si la piscine a mobilisé Mme Heise. Elle incarne deux thèmes qui lui tiennent à cœur : les jeunes et la santé publique.

Le mouvement « Fridays for future », lancé par la Suédoise Greta Thunberg l’a encouragée

De là a découlé son engagement pour le climat, inspiré par la mobilisation des jeunes du mouvement « Fridays for future », lancé par la Suédoise Greta Thunberg et très suivi par la jeunesse allemande. « Les jeunes me donnent vraiment de l’espoir », s’enthousiasme celle qui tempête contre l’industrie automobile allemande et se promène encore chaque jour dans la vieille ville pittoresque de Kirchheimbolanden, qui compte 8.000 habitants.

La carrière politique de Lisel Heise a démarré en début d’année lorsqu’un membre du conseil municipal, Thomas Bock, 59 ans, a vu en elle une alliée potentielle. M. Bock dirige un groupe politique local militant contre les partis traditionnels et pour plus de transparence. Il avait besoin d’une candidate ayant suffisamment de passion pour s’élever contre les pouvoirs en place.

Lise Heisel « a un caractère fort et beaucoup d’énergie« , salue-t-il. Et, détail non négligeable selon lui, nombre d’électeurs l’ont eue comme enseignante et « tout le monde la respecte ». La ville a été dirigée pendant plus de deux décennies par le parti conservateur d’Angela Merkel (CDU), et, durant le dernier mandat, par une grande coalition avec les sociaux-démocrates, à l’image de celle qui dirige le pays depuis 2013.

L’ancienne enseignante est le témoin d’une grande partie du tumultueux XXe siècle allemand

Mais le succès du groupe dont fait partie Mme Heise a déplacé le centre de gravité de la ville vers la gauche. L’ancienne enseignante n’est pas seulement une étoile montante de la politique, mais aussi le témoin d’une grande partie du tumultueux XXe siècle allemand.

Le père de Mme Heise, née au lendemain de la Première Guerre mondiale, possédait une usine de chaussures et était lui aussi membre du conseil municipal. Après le pogrom de la « Nuit de Cristal » en novembre 1938, il s’éleva devant ses pairs contre l’incendie de la synagogue locale et la persécution des Juifs.

« Les nazis parlaient toujours de liberté, mais c’était une fata morgana », une illusion d’optique, estime Lise Heisel. Son père a passé plusieurs semaines en prison jusqu’à ce qu’un ami intervienne avec des relations bien placées à Berlin, l’empêchant d’être envoyé en camp de concentration. Mme Heise aime à penser qu’elle a hérité d’une partie de son courage civique.

Vit dans l’immense maison qu’elle partageait autrefois avec ses parents

Elle vit dans l’immense maison qu’elle partageait autrefois avec ses parents, à quelques pas de l’emplacement de l’ancienne synagogue où se trouvent désormais un arbre et un monument commémoratif. Veuve depuis quatre ans après plus de sept décennies de mariage, elle habite là avec un de ses quatre enfants et un petit-fils. Elle a huit arrière-petits-enfants.

Mme Heise aime accueillir des visiteurs dans son salon rempli de livres. Un dirigeant politique doit avoir une vision et une pensée logique mais aussi humaniste », affirme-t-elle. Lisel Heise reste en forme physiquement et intellectuellement en jardinant et en se passionnant pour des talk-shows politiques.

Sepandar Lashkari, 44 ans, venu d’Iran en Allemagne lorsqu’il était adolescent, tient un café dont Mme Heise a été une des premières clientes. L’élue de 100 ans est une « excellente publicité pour la ville », s’enthousiasme-t-il. « Beaucoup de gens sont devenus plus actifs politiquement grâce à elle. Elle inspire jeunes et vieux d’une manière très positive », loin du « cynisme » qui pollue selon lui la politique.

The Epoch Times -Actualités, informations indépendantes sur la Chine.

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Source : https://fr.theepochtimes.com/climat-une-centenaire-allemande-se-lance-en-politique-953243.html

Selon Wikipédia, « Epoch Times est une entreprise médiatique internationale multilingue. Le journal Epoch Times (sinogramme simplifié : 大纪元 ; chinois traditionnel : 大紀元 ; pinyin : dà jì yuán) a été publié la première fois en chinois en mai 2000. Le siège est basé à New York et possède des bureaux dans chaque pays pour ses éditions locales et un réseau de journalistes dans le monde entier. Il est vendu ou distribué gratuitement, en quotidien ou en hebdomadaire dans environ trente-cinq pays à travers le monde, avec des éditions en anglais, chinois, en français, et quatorze autres langues pour sa version imprimée, et existe en vingt-et-une langues sur internet. Bien que celui-ci se défende de toute affiliation, le journal est proche du Falun Gong… » - Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Epoch_Times

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25.
Climat : une centenaire allemande se lance en politique Par AFP - Publié le 25/07/2019 à 6h15 - Mis à jour le 25/07/2019 – Document : geo.fr/environnement/climat’ - Kirchheimbolanden (Allemagne) (AFP)

Photo - Lisel Heise, 100 ans, élue locale de la petite ville allemande de Kirchheimbolanden, répond chez elle aux questions d’une journaliste, le 4 juillet 2019. © AFP/Daniel ROLAND

La décision de l’Allemande Lisel Heise d’entrer en politique s’est cristallisée lorsqu’on lui a coupé le micro dans une réunion publique. Cette centenaire, devenue élue locale, se bat désormais au côté des jeunes pour le climat.

Celle qui a pris sa retraite de l’enseignement il y a 40 ans défendait alors la réouverture d’une piscine extérieure.

’Quand j’ai commencé (à parler), certains ne voulaient vraiment pas m’écouter et sont allés jusqu’à débrancher la prise’ du micro, raconte-t-elle à l’AFP.

’Aujourd’hui, des gens du monde entier viennent me parler. Qui rit désormais ?’, plastronne-t-elle.

Ce qui a changé depuis, c’est son élection au printemps, contre toute attente, au conseil municipal de Kirchheimbolanden, en Rhénanie-Palatinat (ouest), quelques semaines à peine après avoir soufflé ses cent bougies.

Ce n’est pas un hasard si la piscine a mobilisé Mme Heise. Elle incarne deux thèmes qui lui tiennent à cœur : les jeunes et la santé publique.

De là a découlé son engagement pour le climat, inspiré par la mobilisation des jeunes du mouvement ’Fridays for future’, lancé par la Suédoise Greta Thunberg et très suivi par la jeunesse allemande.

- ’Tout le monde la respecte’ -

’Les jeunes me donnent vraiment de l’espoir’, s’enthousiasme celle qui tempête contre l’industrie automobile allemande et se promène encore chaque jour dans la vieille ville pittoresque de Kirchheimbolanden, qui compte 8.000 habitants.

Photo - Mme Heise fait partie d’une vague montante de personnes âgées qui refusent de rester à l’écart de la vie publique, à l’image du mouvement ’Oma gegen Rechts’ (’Les grands-mères contre la droite’). Lancé en 2017 en Autriche et importé en Allemagne, il rassemble régulièrement des femmes âgées qui veulent tirer les leçons de l’Histoire et s’opposer au racisme.

La carrière politique de Lisel Heise a démarré en début d’année lorsqu’un membre du conseil municipal, Thomas Bock, 59 ans, a vu en elle une alliée potentielle.

M. Bock dirige un groupe politique local militant contre les partis traditionnels et pour plus de transparence. Il avait besoin d’une candidate ayant suffisamment de passion pour s’élever contre les pouvoirs en place.

Lise Heisel ’a un caractère fort et beaucoup d’énergie’, salue-t-il.

Et, détail non négligeable selon lui, nombre d’électeurs l’ont eue comme enseignante et ’tout le monde la respecte’.

La ville a été dirigée pendant plus de deux décennies par le parti conservateur d’Angela Merkel (CDU), et, durant le dernier mandat, par une grande coalition avec les sociaux-démocrates, à l’image de celle qui dirige le pays depuis 2013.

- Courage civique -

Mais le succès du groupe dont fait partie Mme Heise a déplacé le centre de gravité de la ville vers la gauche.

L’ancienne enseignante n’est pas seulement une étoile montante de la politique, mais aussi le témoin d’une grande partie du tumultueux XXe siècle allemand.

Photo - Le père de Mme Heise, née au lendemain de la Première Guerre mondiale, possédait une usine de chaussures et était lui aussi membre du conseil municipal. Après le pogrom de la ’Nuit de Cristal’ en novembre 1938, il s’éleva devant ses pairs contre l’incendie de la synagogue locale et la persécution des Juifs.

’Les nazis parlaient toujours de liberté, mais c’était une +fata morgana+’, une illusion optique, estime Lise Heisel.

Son père a passé plusieurs semaines en prison jusqu’à ce qu’un ami intervienne avec des relations bien placées à Berlin, l’empêchant d’être envoyé en camp de concentration.

Mme Heise aime à penser qu’elle a hérité d’une partie de son courage civique.

Elle vit dans l’immense maison qu’elle partageait autrefois avec ses parents, à quelques pas de l’emplacement de l’ancienne synagogue où se trouvent désormais un arbre et un monument commémoratif.

- La ’honte’ Trump -

Veuve depuis quatre ans après plus de sept décennies de mariage, elle habite là avec un de ses quatre enfants et un petit-fils. Elle a huit arrière-petits-enfants.

Mme Heise aime accueillir des visiteurs dans son salon rempli de livres, y compris un volume, bien en vue, de photos de Barack Obama. ’Un dirigeant politique doit avoir une vision et une pensée logique mais aussi humaniste, affirme-t-elle.

Elle ne porte pas dans son coeur Donald Trump, dont les ancêtres venaient du village proche de Kallstadt. ’J’ai honte que son grand-père soit d’ici’, assène la centenaire.

Photo - Lisel Heise reste en forme physiquement et intellectuellement en jardinant et en se passionnant pour des talk-shows politiques.

Sepandar Lashkari, 44 ans, venu d’Iran en Allemagne lorsqu’il était adolescent, tient un café dont Mme Heise a été une des premières clientes.

L’élue de 100 ans est une ’excellente publicité pour la ville’, s’enthousiasme-t-il.

’Beaucoup de gens sont devenus plus actifs politiquement grâce à elle. Elle inspire jeunes et vieux d’une manière très positive’, loin du ’cynisme’ qui pollue selon lui la politique.

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26.
Climat : une Allemande se lance dans la politique… à 100 ans ! Publié le Jeudi 25 Juillet 2019 à 21h41 - Par AFP – Document ‘sudinfo.be’ Actualité

La décision de l’Allemande Lisel Heise d’entrer en politique s’est cristallisée lorsqu’on lui a coupé le micro dans une réunion publique. Cette centenaire, devenue élue locale, se bat désormais au côté des jeunes pour le climat.

Photo - Isopix

Lisel Heise, qui a pris sa retraite de l’enseignement il y a 40 ans, défendait alors la réouverture d’une piscine extérieure.

« Quand j’ai commencé (à parler), certains ne voulaient vraiment pas m’écouter et sont allés jusqu’à débrancher la prise » du micro, raconte-t-elle à l’AFP.

« Aujourd’hui, des gens du monde entier viennent me parler. Qui rit désormais ? », plastronne-t-elle.

Ce qui a changé depuis, c’est son élection au printemps, contre toute attente, au conseil municipal de Kirchheimbolanden, en Rhénanie-Palatinat (ouest), quelques semaines à peine après avoir soufflé ses cent bougies.

Ce n’est pas un hasard si la piscine a mobilisé Mme Heise. Elle incarne deux thèmes qui lui tiennent à cœur : les jeunes et la santé publique.

De là a découlé son engagement pour le climat, inspiré par la mobilisation des jeunes du mouvement « Fridays for future », lancé par la Suédoise Greta Thunberg et très suivi par la jeunesse allemande.

« Tout le monde la respecte »

« Les jeunes me donnent vraiment de l’espoir », s’enthousiasme celle qui tempête contre l’industrie automobile allemande et se promène encore chaque jour dans la vieille ville pittoresque de Kirchheimbolanden, qui compte 8.000 habitants.

Mme Heise fait partie d’une vague montante de personnes âgées qui refusent de rester à l’écart de la vie publique, à l’image du mouvement « Oma gegen Rechts » (« Les grands-mères contre la droite »). Lancé en 2017 en Autriche et importé en Allemagne, il rassemble régulièrement des femmes âgées qui veulent tirer les leçons de l’Histoire et s’opposer au racisme.

La carrière politique de Lisel Heise a démarré en début d’année lorsqu’un membre du conseil municipal, Thomas Bock, 59 ans, a vu en elle une alliée potentielle.

M. Bock dirige un groupe politique local militant contre les partis traditionnels et pour plus de transparence. Il avait besoin d’une candidate ayant suffisamment de passion pour s’élever contre les pouvoirs en place.

Lise Heisel « a un caractère fort et beaucoup d’énergie », salue-t-il.

Et, détail non négligeable selon lui, nombre d’électeurs l’ont eue comme enseignante et « tout le monde la respecte ».

La ville a été dirigée pendant plus de deux décennies par le parti conservateur d’Angela Merkel (CDU), et, durant le dernier mandat, par une grande coalition avec les sociaux-démocrates, à l’image de celle qui dirige le pays depuis 2013.

Courage civique

Mais le succès du groupe dont fait partie Mme Heise a déplacé le centre de gravité de la ville vers la gauche.

L’ancienne enseignante n’est pas seulement une étoile montante de la politique, mais aussi le témoin d’une grande partie du tumultueux XXe siècle allemand.

Le père de Mme Heise, née au lendemain de la Première Guerre mondiale, possédait une usine de chaussures et était lui aussi membre du conseil municipal. Après le pogrom de la « Nuit de Cristal » en novembre 1938, il s’éleva devant ses pairs contre l’incendie de la synagogue locale et la persécution des Juifs.

« Les nazis parlaient toujours de liberté, mais c’était une +fata morgana+ », une illusion optique, estime Lise Heisel.

Son père a passé plusieurs semaines en prison jusqu’à ce qu’un ami intervienne avec des relations bien placées à Berlin, l’empêchant d’être envoyé en camp de concentration.

Mme Heise aime à penser qu’elle a hérité d’une partie de son courage civique.

Elle vit dans l’immense maison qu’elle partageait autrefois avec ses parents, à quelques pas de l’emplacement de l’ancienne synagogue où se trouvent désormais un arbre et un monument commémoratif.

La « honte » Trump

Veuve depuis quatre ans après plus de sept décennies de mariage, elle habite là avec un de ses quatre enfants et un petit-fils. Elle a huit arrière-petits-enfants.

Mme Heise aime accueillir des visiteurs dans son salon rempli de livres, y compris un volume, bien en vue, de photos de Barack Obama. « Un dirigeant politique doit avoir une vision et une pensée logique mais aussi humaniste », affirme-t-elle.

Elle ne porte pas dans son cœur Donald Trump, dont les ancêtres venaient du village proche de Kallstadt. « J’ai honte que son grand-père soit d’ici », assène la centenaire.

Lisel Heise reste en forme physiquement et intellectuellement en jardinant et en se passionnant pour des talk-shows politiques.

Sepandar Lashkari, 44 ans, venu d’Iran en Allemagne lorsqu’il était adolescent, tient un café dont Mme Heise a été une des premières clientes.

L’élue de 100 ans est une « excellente publicité pour la ville », s’enthousiasme-t-il.

« Beaucoup de gens sont devenus plus actifs politiquement grâce à elle. Elle inspire jeunes et vieux d’une manière très positive », loin du « cynisme » qui pollue selon lui la politique.

Source : https://www.sudinfo.be/id132486/article/2019-07-25/climat-une-allemande-se-lance-dans-la-politique-100-ans

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27.
Hundertjährige will Jugendlichen eine Stimme geben (La centenaire veut donner une voix aux jeunes) Vidéo 2:17 en allemand - faz

Liese Heisel will endlich mitreden – in ihrem Wohnort Kirchheimbolanden will sie deshalb in den Stadtrat ziehen. Und dabei hat die Hundertjährige ein ganz bestimmtes Ziel : den Jugendlichen eine Stimme zu geben. © REUTERS Link zum Video : https://www.faz.net/-gum-9lwn9 Link zur Homepage : https://www.faz.net - Catégorie : Actualités et politique

Source : https://www.youtube.com/watch?v=8c85zbCBX44

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Allemagne : une centenaire candidate aux municipales Publié le 23 avril 2019 - VIDÉO 01:46 en allemand, doublé en français ‘blog.francetvinfo.fr’. Du haut de ses 100 ans, Lisel Heisel se présente aux municipales. Une candidate tournée vers les jeunes et qui n’a pas sa langue dans sa poche. 

Source : https://blog.francetvinfo.fr/bureau-berlin/2019/04/23/allemagne-une-centenaire-candidate-aux-municipales.html

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Quand la philosophie aide à penser le réchauffement climatique et notre responsabilité - Quelle planète allons-nous léguer à nos descendants ? Avons-nous une responsabilité morale envers eux ? Par Marine Le Breton20/10/2019 15:18 CEST – Diffusé par ‘huffingtonpost.fr’ – Photo buradaki via Getty Images - 39% des personnes interrogées dans un sondage réalisé par Yougov pour Le HuffPost estiment que notre génération a une dette envers les futures. Document ‘Le HuffPost’ Rubrique : C’EST LA VIE

PHILOSOPHIE - La planète se réchauffe, les glaciers fondent, des espèces vivantes disparaissent. Nous, qui existons aujourd’hui, avons encore la chance de vivre sur une Terre habitable, malgré le réchauffement climatique criant. Mais les générations futures pourront-elles en dire autant ? 

Les scenarii imaginant le monde dans les années à venir sont déconcertants. Ils interrogent sur la planète qui accueillera les générations suivantes. Nous, qui grandissons, vieillissons, vivons aujourd’hui, quel monde allons-nous transmettre à nos enfants ? À nos petits-enfants ? À ceux qui vont naître dans 100, 200, 1000 ans ? N’avons-nous pas le devoir de leur léguer une planète habitable ?

Que devons-nous à ces générations futures qui nous regardent faire, ou plutôt ne pas assez en faire ? C’est une interrogation qui en soulève bien d’autres, tant les enjeux sont complexes. S’agit-il d’une question d’ordre moral, juridique ou les deux ? Qui doit à qui ? Parle-t-on des individus, du collectif, des entreprises ou des États ? De nos descendants directs, enfants et petits-enfants, ou des personnes qui verront le jour dans mille, deux mille ans ? Doit-on se projeter jusqu’à la nuit des temps ? 

“Le Principe responsabilité”

En philosophie, c’est l’Allemand Hans Jonas qui a introduit la question des générations futures dans sa pensée, développée en grande partie dans “Le Principe responsabilité”, publié en 1979. Son constat est simple : les dangers qui planent sur la Terre mettent en péril la survie de l’humanité. ll faut tenir compte du pire scénario possible qui est celui de la disparition des êtres humains. Partant de là, il développe une heuristique de la peur ; c’est à partir de cet effroi que l’homme va entreprendre des actions responsables, qui ne mettent en péril ni l’existence des générations futures ni leur qualité de vie sur Terre. 

Si pour ce philosophe, il était évident que nous sommes responsables de la planète léguée aux générations à venir, il est loin d’être le seul. Catherine Larrère, professeure émérite à l’Université de Paris I-Panthéon-Sorbonne, spécialiste des éthiques et politiques liées à la crise environnementale et aux nouvelles technologies, contactée par Le HuffPost, est catégorique : ”à partir du moment où nous réalisons des actions qui ont des conséquences à très long terme, oui, nous avons des obligations vis-à-vis de ceux qui vont vivre après”. Mais elle concède qu’une fois cela dit, la conception d’un devoir envers les générations futures n’a rien de simple. “Parle-t-on des générations qui vivront dans 300, 500, 1000 ans ? Existeront-elles encore ? Ce n’est pas la même vision des choses. On peut certainement prendre des engagements pour la génération suivante, mais après ?”, s’interroge-t-elle.

“Bien sûr, répond également Dominique Bourg, philosophe et professeur à l’université de Lausanne, en Suisse. De quel droit leur laisse-t-on une planète moins habitable ? Nous avons la capacité de voir ce qui arrive, les jeunes devraient donc nous en vouloir.”

Greta Thunberg ne dirait pas le contraire, elle qui, lors du sommet de l’ONU en septembre dernier, a laissé sa colère s’exprimer et affirmé : “les yeux de toutes les générations futures sont braqués sur vous. Si vous décidez de nous laisser tomber, je vous le dis : nous ne vous pardonnerons jamais.”

Responsabilités individuelle et collective

Mais en vouloir à qui ? À nous, qui prenons l’avion pour aller en vacances, montons dans notre voiture pour aller au travail et consommons un peu trop de viande ? Ou aux entreprises et aux États ?

Pour Dominique Bourg, auteur, entre autres, de “Le marché contre l’humanité”, il est évident qu’il existe une “responsabilité minimum”, celle de tout un chacun, qui concerne les comportements du quotidien (transports, alimentation, etc.). Mais selon lui, “l’individuel ne va pas sans le collectif”. Si une prise de conscience de chacun est nécessaire, elle doit s’accompagner de celle des États. Sur ce point, il est rejoint par Catherine Larrère, qui estime également que le réchauffement climatique ne sera pas endigué “sans un profond changement de comportement... Mais culpabiliser les individus, qui ne font ‘pas grand-chose’ à côté des États qui sont d’énormes pollueurs, ne sert à rien”, affirme-t-elle.

Là encore, reste à savoir comment procéder. Si l’on estime que la coercition est la réponse adéquate, “les actes intentionnels doivent-ils être les seuls à pouvoir être condamnés ? Ou chaque action qui a des conséquences sur la planète ? Comme le fait de monter dans sa voiture et de polluer avec du CO2”, se demande la philosophe. 

Écocide, les droits de la nature

Certains spécialistes, comme la juriste Valérie Cabanes, estiment que la nature devrait être considérée comme un “sujet de droit” et l’écocide, c’est-à-dire un crime contre l’environnement, reconnu. Cela permettrait, selon elle, “la poursuite des personnes physiques et morales soupçonnées de porter atteinte à la sûreté de la planète”. Ces crimes pourraient relever des compétences de la Cour pénale internationale (CPI), mais on est encore très loin de ce cas de figure.

Autre question, d’ordre éthique plutôt que juridique : est-il juste de “pénaliser” les générations actuelles, vivantes, au profit des générations futures, pas encore nées ? Nul doute que pour certains, la priorité devrait par exemple être de lutter contre la pauvreté actuelle, plutôt que pour les conditions de vie des futurs Terriens. Si tant est que l’on puisse hiérarchiser les plus grands maux de ce monde. 

Des recours à la justice ont déjà eu lieu. Récemment, Greta Thunberg et quinze autres jeunes ont porté plainte contre cinq États pour “inaction climatique”. Cette action ne devrait pas entraîner de sanctions contre les pays accusés, mais une autre plainte, déposée en 2015 par l’ONG de défense de l’environnement Urgenda, contre les Pays-Bas, a connu plus de succès. Le tribunal de La Haye avait en effet ordonné à l’État néerlandais de réduire ses émissions de gaz à effet de serre d’au moins 25% d’ici à 2020.

Pour Dominique Bourg en revanche, il ne s’agit même pas de parler de coercition. “On est en train de retirer aux générations suivantes le nécessaire. De leur retirer ce qui permet à la Terre d’être habitable. Cette destruction a déjà des conséquences irréversibles et c’est le devoir de chacun d’agir. Ce qui compte avant tout, c’est la coordination entre les États, qui doivent contrôler leurs flux, renoncer à la croissance, et les individus, qui en tant que consommateurs, suivent ce modèle”, estime-t-il.

“Fiction utile”

L’un des exemples allant en ce sens, plutôt que dans la pénalisation des générations vivantes au profit des futures, est celui de la Norvège. Ce pays a en effet mis en place un fonds public à destination des générations futures. Depuis des années, l’argent qu’il tire des activités pétrolières ou gazières est investi dans ce fonds. En 2018 par exemple, 23 milliards d’euros en dividendes, intérêts et loyers ont été ajoutés à ce fonds, souligne Libération. Que va en faire la Norvège ? “Ce sont les économies du peuple norvégien. Nous en prenons soin pour les générations futures”, affirme Marianne Groth, secrétaire d’État aux Finances. Selon Usbek & Rica, un conseil d’éthique a même été créé pour désigner quelles sont les actions dans lesquelles il ne faut surtout pas investir, comme celles qui portent atteinte à la planète.

Définir les contours de la notion de responsabilité vis-à-vis des générations futures est loin d’être évident. N’est-elle qu’une “fiction utile”, pour reprendre les mots de Hans Jonas, destinée à nous faire prendre conscience de l’urgence de la situation ? Ou doit-elle prendre corps à travers la loi ? Quelle que soit la réponse, une certitude : les générations actuelles, bien vivantes, sont de plus en plus conscientes du manque d’action en faveur de l’écologie. Et en même temps qu’elles bousculent nos habitudes et certitudes, elles mettent en avant l’existence d’une responsabilité collective qui est la nôtre.

L’avion, c’est fini. Il va falloir se mettre au vrac et ne plus manger de viande. Mais aussi arrêter d’acheter la ‘fast fashion’ et ne pas trop allumer le chauffage cet hiver.

Malgré tous les efforts que vous faites, l’inquiétude grandit. Et si c’était trop tard ? Comme beaucoup de personnes, vous souffrez d’éco-anxiété, cette angoisse liée à la perspective du réchauffement climatique. Cette inquiétude n’est pas forcément le signe d’une paralysie, elle pourrait aussi avoir des conséquences positives. Plus concernés, engagés, touchés par les évolutions de notre planète, nous avons enfin pris conscience que nous devions changer.

Le HuffPost s’intéresse aux contours de cette éco-anxiété ainsi qu’à tout ce qu’elle pourrait engendrer de bon dans les années à venir. Comment parler aux enfants du réchauffement climatique ? Que devons-nous aux générations futures ? De plus en plus de groupes de soutien voient le jour, à quoi servent-ils ? Comment agir, au quotidien, pour lutter contre les angoisses liées à ce futur incertain ?

Vous trouverez des réponses à ces questions dans notre dossier (mais on ne peut vous garantir que vous ressortirez de cette lecture avec encore plus d’interrogations).

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Auteur : Jacques HALLARD, Ingénieur CNAM, consultant indépendant – 19/02/2020

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