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"Le changement climatique a rendu la vague de chaleur en Sibérie au moins 600 fois plus probable : les températures extrêmes de janvier à juin 2020 ont entraîné des incendies de forêt, la fonte du pergélisol et une marée noire" par Carolyn Gramling

Traduction & compléments par Jacques Hallard
jeudi 16 juillet 2020 par Gramling Carolyn



ISIAS Climat

Le changement climatique a rendu la vague de chaleur en Sibérie au moins 600 fois plus probable : les températures extrêmes de janvier à juin 2020 ont entraîné des incendies de forêt, la fonte du pergélisol et une marée noire

L’article d’origine de Carolyn Gramling été publié le 16 juillet 2020 par Sciences News sous le titre « Climate change made Siberia’s heat wave at least 600 times more likely » et il est consultable sur ce site : https://www.sciencenews.org/article/climate-change-siberia-heat-wave-more-likely-global-warming-arctic

Oil spill in Norilsk, Russia

La fonte du pergélisol instable a entraîné l’effondrement d’un réservoir de carburant dans la ville minière russe de Norilsk le 29 mai 2020, déversant au moins 21.000 tonnes métriques de pétrole. Une opération de nettoyage a déployé des barrages flottants sur la rivière Ambarnaya (illustré le 6 juin 2020). Kirill Kukhmar / TASS / Alamy Live News

Selon une nouvelle étude, la vague de chaleur intense qui a frappé la Sibérie au cours du premier semestre 2020 aurait été impossible sans le changement climatique d’origine humaine. Des chercheurs du ‘World Weather Attribution Network’ rapportent que le changement climatique a rendu la chaleur prolongée dans la région au moins 600 fois plus probable - et peut-être jusqu’à 99.000 fois plus probable.

« Nous ne nous attendions pas à ce que le monde naturel génère [une telle vague de chaleur] en moins depuis 800.000 ans », a déclaré le 14 juillet 2020,lors d’une conférence de presse, Andrew Clavarella, spécialiste du climat, du ‘Met Office’ du Royaume-Uni à Exeter, en Angleterre. C’est « effectivement impossible sans une influence humaine ».

La nouvelle étude, publiée en ligne le 15 juillet 2020, a examiné deux aspects de la vague de chaleur : la persistance et l’intensité des températures moyennes à travers la Sibérie de janvier à juin 2020, d’une part, et les températures maximales quotidiennes en juin 2020 dans la ville sibérienne isolée de Verkhoyansk, d’autre part.

La ville de Tiny Verkhoyansk a fait la une des journaux internationaux en enregistrant une température record de 38° Celsius (100,4° Fahrenheit) le 20 juin 2020 (SN : 6/23/20).

Ce record n’était qu’un évènement extrême parmi d’autres événements plus grand et plus longs dans la région, ce qui a conduit à une série de catastrophes humaines et naturelles (SN : 7/1/20).

Il s’agit notamment des incendies de forêt en Sibérie, de l’effondrement d’un réservoir de carburant dans la ville minière de Norilsk en raison de l’affaissement du pergélisol et des effets de la chaleur sur la santé (SN : 4/3/18).

En utilisant des données d’observation de la vile de Verkhoyansk et d’autres stations météorologiques sibériennes, les chercheurs ont d’abord évalué la rareté des températures observées et déterminé les tendances des températures. Ils ont ensuite comparé ces observations avec des centaines de simulations climatiques à l’aide de différents scénarios de réchauffement des gaz à effet de serre.

Point chaud

Les données collectées par le satellite Aqua de la NASA montrent que les températures sur la Terre, en Sibérie du 19 mars au 20 juin 2020 étaient beaucoup plus élevées que les températures moyennes relevées de mars à juin de 2003 à 2018. Les valeurs en rouge foncé (sur la carte ci-dessous) indiquent des régions avec des températures de plus de 8 degrés Celsius supérieures à la moyenne ; les valeurs en bleu sur la carte ci-dessous sont plus froides que la moyenne. La ville de Verkhoyansk (localisée par un point sur la carte) a enregistré une température record de 38°C (soit 100,4° Fahrenheit) le 20 juin 2020.

Températures en Sibérie, du 19 mars au juin 2020 par rapport aux moyennes du printemps au cors de la période 2003-2018

Temperatures in Siberia, March 19–June 2020 compared with spring averages 2003–2018

Carte des températures du printemps à la surface de la Terre, en comparaison avec les températures moyennes des printemps des années 2013 à 2018.

Si une telle vague de chaleur s’était produite en 1900 au lieu de 2020, il en serait résulté au moins 2 degrés Centigrades plus frais en moyenne, ont découvert les chercheurs. À Verkhoyansk, le changement climatique a accru les températures de juin d’au moins 1 degré par rapport à 1900. Et ces vagues de chaleur sont susceptibles de devenir plus courantes dans un avenir proche, comme les scientifiques l’ont constaté : d’ici 2050, les températures en Sibérie pourraient augmenter de 2,5 degrés, soit encore plus de 7 degrés centigrades par rapport à l’année 1900, selon les constats rapportés dans le rapport.

Citations

A. Ciavarella et al. Prolonged Siberian heat of 2020. Posted online at the World Weather Attribution Network, July 15, 2020.

About Carolyn Gramling - Carolyn Gramling is the earth & climate writer. She has bachelor’s degrees in geology and European history and a Ph.D. in marine geochemistry from MIT and the Woods Hole Oceanographic Institution.

À propos de Carolyn Gramling - Photo - Carolyn Gramling est l’auteure d’articles sur la Terre et du climat. Elle détient un baccalauréat en géologie et en histoire européenne, ainsi qu’un doctorat en géochimie marine du MIT et de la ‘Woods Hole Oceanographic Institution’.

Science News

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Document de France Inter sur le même sujet

En Sibérie, une vague de chaleur ’600 fois plus probable avec le réchauffement climatique que sans lui’ Par Sandy Dauphin publié le 16 juillet 2020 à 7h05 – Document ‘France Inter’ - Photo - Incendies en Sibérie en juillet 2020 © Getty / TASS / Contributeur

La Sibérie arctique a connu des chaleurs exceptionnelles ces six derniers mois. Une nouvelle étude scientifique internationale fait le lien entre cette vague de chaleur et le réchauffement climatique.

Le 20 juin 2020, la ville russe de Verkhoïansk située au-delà-du cercle polaire, a enregistré un pic de température à 38°C. Ce record fait suite à plusieurs mois de chaleur exceptionnelle au cœur de la Russie Arctique.

Des chercheurs de huit instituts dont Météo France ont analysé cet évènement en prenant en compte les six mois allant de janvier à juin 2020. Selon leurs calculs, la vague de chaleur en Sibérie est 600 fois plus probable avec le réchauffement climatique que sans lui.

► DOCUMENT - Lire l’étude complète (en anglais)

Les Sherlock Holmes du climat 

Cette étude fait partie d’un projet baptisé ‘World Weather Attribution’ (WWA), un réseau international de chercheurs créé en 2015 qui analyse en temps réel les évènements météo extrêmes, ouragans, canicules, sécheresse, feux de forêts dans le contexte du réchauffement climatique. ’Nous essayons de déterminer si, et dans quelle mesure le changement climatique anthropique [d’origine humaine] a joué un rôle dans les récents évènements météorologiques extrêmes’, explique Frederike Otto, directrice de l’Institut du changement climatique de l’université d’Oxford (Grande-Bretagne), co-fondatrice du ‘World Weather Attribution’.

Le WWA a déjà établi un lien entre le réchauffement climatique et l’ouragan Harvey qui a frappé le Texas en 2017 (’trois fois plus de probabilité de se produire avec le changement climatique que sans’), avec les incendies géants en Australie, ou encore avec la canicule de juillet 2019 en France. Les experts du WWA estiment que le risque de subir un tel coup de chaud dans l’Hexagone est désormais cinq fois plus probable que si le climat n’avait pas été modifié par l’Homme.

Photo - À lire - EnvironnementLes incendies en Australie ont été largement aggravés par le réchauffement climatique, selon une étude

Pour ce nouveau cas d’étude sur la chaleur extrême enregistrée en Sibérie, les chercheurs ont utilisé 70 modèles différents de simulation du climat ainsi que les données d’observation. ’Les vagues de chaleur et les pics de température sont des phénomènes naturels. Mais l’influence humaine peut changer la probabilité qu’ils surviennent et leur intensité.’

Résultat ? La canicule prolongée sur l’ensemble de la Sibérie aurait été pratiquement impossible dans un climat non modifié par l’Homme, explique Andrew Ciavarella du Met Office, le service national britannique de météorologie (l’équivalent de Météo France), auteur principal de cette étude : ’Sans le changement climatique provoqué par l’homme, un tel évènement [les six mois très chauds enregistrés en Sibérie entre janvier et juin 2020] se produirait une fois tous les 80.000 ans. Dans le climat actuel, ce sera probablement tous les 130 ans.’

Avec des conséquences à court terme désastreuses dans cette région du cercle polaire. La vague de chaleur a favorisé des feux de forêts monstres, qui libèrent encore plus de CO2 dans l’atmosphère, mais elle a aussi accéléré la fonte du permafrost qui relâche aussi des gaz à effet de serre. Ce dégel des sols pourrait également être à l’origine de la pollution aux hydrocarbures survenue près de la ville de Norilks en mai dernier après un affaissement de terrain. Un scénario très probable d’après Sara Kew, chercheuse à l’Institut royal météorologique des Pays-Bas (KNMI) : ’La fonte du permafrost a eu pour conséquence l’effondrement d’une partie de l’infrastructure, un réservoir d’hydrocarbures, ce qui a provoqué l’une des pires marées noires qu’ait connu la Russie arctique’.

L’étude n’a pas encore été évaluée par les pairs, elle a été réalisée rapidement, en l’espace de deux semaines, le temps de faire tourner des ordinateurs hyper puissants. Mais Frederike Otto, co-fondatrice du World Weather Attribution, explique : ’Nous employons exactement la même méthodologie pour ces études rapides que celles utilisées pour des recherches plus longues, une méthodologie évaluée par les pairs’. Et de rappeler aussi que les chercheurs ont mené cette enquête sur leur temps libre.

La Sibérie, du fait de sa position géographique dans les hautes latitudes nord, est l’une des régions les plus touchées par le réchauffement climatique... Déjà 2°C de plus par rapport à l’ère pré-industrielle.

Thèmes associés : Environnementclimatréchauffement climatiqueRussie

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Source : [https://www.franceinter.fr/environn...Meilleur16072020]

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Traductions, compléments et intégration de liens hypertextes : Jacques HALLARD, Ingénieur CNAM, consultant indépendant 16/07/2020

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