ISIAS

"Piégeage et stockage du carbone : une mauvaise solution " par le Dr. Mae-Wan Ho

Traduction et compléments de Jacques Hallard
mercredi 9 juillet 2008 par Ho Dr Mae-Wan

Il est trop tard pour leur mise en service, ils sont beaucoup trop coûteux, inefficaces et dangereux, selon le Dr. Mae-Wan Ho

Communiqué de presse d’ISIS en date du 09/07/08

La version originale en anglais, avec les références bibliographiques et intitulée Carbon Capture and Storage A False Solution est accessible sur ce site
www.i-sis.org.uk/CCSAFalseSolution.php

Une version électronique de ce rapport, ou tout autre rapport ISIS, avec les références complètes, peut vous être envoyée par e-mail pour un don de £ 3,50. S’il vous plaît e-mail le titre du rapport : report@i-sis.org.uk

  De gigantesques projets de piégeage et de stockage du carbone qui tournent mal

Le piégeage et le stockage du carbone sont destinés à réduire l’impact de la combustion des combustibles fossiles, par la capture du CO2 émis par des sources concentrées telles que les centrales électriques et de le stocker sous terre.

Ces technologies bénéficient d’un large soutien qui leur est apporté par certains gouvernements du monde, alors que, dans le même temps, l’approvisionnement en pétrole ne parvient pas à satisfaire la demande et que de nombreux pays ont encore de grandes réserves de charbon.

Les centrales électriques au charbon représentent la moitié de l’électricité produite en Amérique et le charbon produit plus de dioxyde de carbone [CO2] que tout autre combustible couramment utilisé [1].

L’industrie houillère a fait la promotion du piégeage et du stockage de carbone, comme étant un « charbon propre » ; certains groupes environnementaux considèrent même que c’est une manière de combler le déficit énergétique jusqu’à ce que les énergies renouvelables puissent être plus largement déployées et mises en oeuvre.

Aux Etats-Unis, l’administration Bush a été la première à s’engager, sur une grande échelle, pour que les centrales électriques au charbon soient équipées de techniques de piégeage et de stockage du carbone, considérant qu’elles sont conçues comme un projet phare pour le monde entier.

Mais le 30 Janvier 2008, le Ministère de l’énergie des Etats-Unis, l’ US Department of Energy (DOE,) a retiré son appui au projet, en invoquant la montée en flèche des coûts et les avancées en matière de technologie de la production électrique au cours des dernières années [2, 3].

Un partenariat public-privé, de nature non lucrative, a été mis en place en 2005 sous le nom de FutureGen Alliance ; il comprend des géants de l’industrie comme Rio Tinto, American Electric Power Service Corporation, Anglo American, BHP Billington et le groupe Huaneng, qui constitue la plus importante société productrice d’électricité à base de charbon en Chine.

Cela faisait réponse à un appel de Bush en février 2003, pour lancer un programme visant à démontrer "la faisabilité de la première centrale électrique au charbon, dans le monde, capable de ne pratiquement pas dégager d’émissions de CO2.".

Le Ministère de l’énergie des Etats-Unis, (DOE), décrit en 2005 FutureGen [voir également in fine sous Centrale thermique à hydrogène] comme un programme de 950 millions de $ US, représentant une initiative pour une centrale à cycle combiné à gazéification intégrée (CCGI) destinée à produire de l’hydrogène et l’électricité, tout en assurant le piégeage et le stockage du CO2. Il y avait à l’époque quelques projets de centrales de ce type. "Actuellement, il y a plus de 33 projets CCGI qui ont entamé le processus de demande d’autorisation", a déclaré Clay Sell, le vice-secrétaire pour l’énergie aux Etats-Unis.

Le Ministère de l’énergie des Etats-Unis, (DOE), a eu connaissance en Mars 2007, du fait que le budget prévisionnel, estimé par FutureGen pour l’usine de Mattoon dans l’Illinois, avait presque doublé, pour atteindre 1,8 milliard de dollars US, dont 74 pour cent devraient être versés par le Ministère en question, qui est l’entité opérationnelle désignée et le reste devant être financé par les industriels. Le consensus a été qu’à l’avenir les coûts ne feraient que s’accroître.

Le Ministère de l’énergie des Etats-Unis, (DOE) a l’intention de concentrer ses efforts de recherche sur le piégeage et le stockage du carbone, en laissant le soin aux industriels de développer les centrales de type CCGI. Le jour même où il a annoncé le retrait de FutureGen, ce ministère a lancé le 3 Mars 2008 une demande d’information, après des secteurs industriels concernés, sur les coûts et la faisabilité de la construction d’installations "charbon propre" qui permettaient d’atteindre les objectifs visés dans le cadre de FutureGen. À la fin de l’année, cela devrait conduire à un appel d’offres pour le financement au niveau fédéral, afin de doter des centrales au charbon propre d’au moins 300 MW, avec la technologie du piégeage et du stockage du carbone.

FutureGen n’a pas été pas le seul projet à être abandonné. À la fin de 2007, au moins 11 projets de piégeage et de stockage du carbone ont été mis au rebut au Royaume-Uni, au Canada et en Norvège [3].

Les plans pour de nouveaux projets ont stagné et le rythme de développement pour les projets existants ont été considérablement ralentis.

En Mai 2008, Rio Tinto et BP, le producteurs de pétrole et dérivés au Royaume-Uni, ont renoncé (à travers une filiale Hydrogen Energy) [voir in fine sous Centrale thermique à hydrogène] à construire, en Australie, la centrale électrique au charbon Kwinana avec piégeage et stockage du carbone, en admettant l’absence de garantie que les formations rocheuses choisies pour l’emplacement du stockage du carbone, seraient bien hermétiquement fermées, bien étanches [4]. Le projet aurait coûté entre 1,5 et 2 milliards de dollars australiens et il aurait pu piéger environ 4 millions de tonnes de CO2 par an.

Pour mettre ces projets de piégeage et de stockage du carbone en perspective, notons que les émissions mondiales des gaz à effet de serre, sont de 28 gigatonnes d’équivalent CO2 chaque année, une quantité qui est par ailleurs en augmentation [5].

Mais ces échecs semblent ne pas avoir freiné l’enthousiasme des gouvernements ou des promoteurs du piégeage et du stockage du carbone. En Mai 2008, le Sénat des États-Unis a approuvé à l’unanimité une résolution pour forcer l’entité opérationnelle désignée à continuer à financer FutureGen à partir du "paquet supplémentaire pour la guerre" qui comprend des fonds pour l’Iraq et l’Afghanistan, ainsi que des dépenses intérieures pour la récupération après les ouragans, l’éducation et la formation des anciens combattants, les aides alimentaires et les autoroutes fédérales [6].

En Juin 2008, la Royal Society, la Société royale du Royaume-Uni, s’est associée à des académies des sciences d’autres pays industrialisés, situées dans cinq autres pays dont la Chine et l’Inde, pour appeler le gouvernement à fixer un calendrier convenu pour l’équipement des centrales électriques avec le piégeage et le stockage du carbone, au cours de l’année prochaine, afin d’éviter le changement climatique, qualifié de « dangereux et irréversible » [7].

 Le piégeage et le stockage du carbone

Le piégeage et le stockage du carbone impliquent le piégeage, ou la capture du CO2 sous une forme concentrée et comprimée qui peut être transportée et injectée sous pression dans des formations souterraines de stockage permanent, sur des sites choisis [3, 8].

Piégeage, ou capture du carbone

Le piégeage de CO2 est de loin la phase la plus énergivore de la technologie du piégeage et du stockage du carbone. Cette technique peut être réalisée :

- par la séparation des gaz émis, après la combustion

- par la technologie oxyfuel des brûleurs ou chambres de combustion à oxygène

- par séparation des gaz en pré-combustion.

Les techniques de séparation en pré- et post-combustion, suppriment généralement 85-95 pour cent des émissions de CO2, tandis que la technologie oxy-fuel peut éliminer jusqu’à 98 pour cent de ces émissions de CO2.

La séparation des gaz de combustion : c’est la technique standard actuellement en fonctionnement dans environ une douzaine d’installations dans le monde entier. Les gaz de combustion sont filtrés par un solvant chimique qui absorbe le CO2. Le CO2 est récupéré sous une forme concentrée et il est comprimé pour son transport vers le site de stockage, tandis que le solvant est régénéré. L’agent absorbant le CO2 le plus communément utilisé est le monéthanolamine (MEA).

Des méthodes plus récentes sont en cours d’élaboration : elles fixent les amines sur de la silice [9] et elles pourraient accroître l’efficacité du processus, tant en termes de piégeage du CO2 et que de consommation d’énergie.

La technologie oxy-fuel de combustion des éléments fossiles est réalisée soit avec de l’oxygène à l’état pur, soit avec un enrichissement en oxygène (95 pour cent d’oxygène), de sorte que les gaz de combustion contiennent principalement du CO2 et de l’eau H2O ; le CO2 peut être retiré facilement. Toutefois, l’oxygène doit être préalablement séparé de l’azote dans l’air d’admission, ce qui est une opération coûteuse. À ce jour, cette méthode n’a été démontrée qu’en laboratoire d’essais et à l’échelle pilote jusqu’à 3 MW.

La séparation des gaz en pré-combustion est généralement appliquée dans le type de centrale à gazéification de charbon intégrée à cycle combiné (IGCC en anglais), lors de la production d’énergie électrique ; la technique consiste à transformer dans un premier temps le charbon en un mélange de CO (monoxyde de carbone) et d’H2 (hydrogène). Le CO est mis en réaction avec de la vapeur pour générer plus de H2 et CO2 : ce dernier est extrait alors que l’H2 est utilisé, soit afin d’actionner une turbine pour produire de l’électricité, soit pour alimenter une pile à hydrogène pour faire fonctionner des véhicules. Cette méthode n’est pas encore économique à l’heure actuelle et d’importants défis technologiques restent à relever.

Transports du CO2

Les options possibles pour le transport du CO2 comprennent des gazoducs, des navires, le rail et la route, ainsi que les pipelines qui apparaissent comme l’option la plus probable. Le transport par pipelines exige que le gaz soit compressé à l’état liquide. Le transport par des conduites de ce type est actuellement utilisé aux États-Unis, qui a plus de 2.500 km de canalisations à CO2 dans la moitié ouest du pays, où 50 millions de tonnes de CO2 sont évacuées chaque année - soit un montant d’émissions de CO2 équivalent à la production annuelle d’environ seize centrales électriques au charbon de 500 MW - ; ce CO2 est dirigé vers des sites dans l’ouest du Texas et ailleurs, pour la récupération assistée du pétrole dans des projets en cours (voir ci-dessous).

Aucune infrastructure de ce type n’existe actuellement en Europe pour le déplacement du CO2 provenant de centrales électriques, afin de le diriger vers des sites souterrains de stockage.

Stockage ou séquestration du CO2

Des sites de stockage dans des formations géologiques, aussi bien océaniques que terrestres, ont été proposées ; ces sites supposent un suivi de contrôle et de vérification pour s’assurer que les formations se maintiennent intactes et que le CO2 ne puissent pas s’échapper.

Stockage du CO2 dans les océans : il consiste à injecter du CO2 à grande profondeur, de préférence en dessous de 3.000 m, où la pression est suffisante pour comprimer le CO2 sous forme d’un liquide dense, pour former des lacs de CO2 à partir des puits dans la mer.

Cette option est tellement considérée comme un procédé à risque, qu’elle est maintenant généralement discréditée. Il ne s’agit pas d’une réserve permanente car le CO2 finira par se dissoudre et se disperser dans l’eau de mer qui se trouve au-dessus ; le résultat sera une acidification des océans, avec des conséquences dramatiques sur la vie marine.

Les océans sont déjà soumis à une forte pression des pollutions, des destructions liées à la pêche intensive qui accentuent l’exploitation commerciale et le réchauffement de la planète. Mais le plus inquiétant, c’est que les océans ne parviennent pas à absorber la part normale du CO2 anthropique qui est émis dans l’atmosphère [10] (voir Save our oceans, save our planet series, SiS 31), De plus, ces sites de stockage sont impossibles à contrôler ou surveiller et ils sont effectivement interdits par la législation internationale actuelle [3].

Stockage géologique terrestre du CO2 : il consiste à injecter du CO2 dans des formations rocheuses permanentes, scellées par des couches rocheuses denses et imperméables, à plus de 800 m au-dessous du sol. Quatre options ont reçu la plus grande attention : les aquifères salins profonds, les réservoirs de gaz et de pétrole épuisés, la récupération assistée du pétrole et les couches profondes de charbon.

* Les aquifères salins profonds sont des roches poreuses contenant de l’eau très salée et qui peuvent fournir une capacité de stockage estimée à 1 000 Gt de CO2, mais la sécurité et la protection de l’environnement n’ont pas encore été démontrées.

* Les réservoirs de pétrole et de gaz épuisés sont probablement les mieux caractérisés, et ils ont une capacité potentielle de 675-900 Gt CO2.

* La récupération assistée du pétrole (EOR en anglais) consiste à injecter du CO2 dans des réservoirs existants de pétrole et de gaz, pour en améliorer l’extraction. Le projet le plus connu est situé dans le Saskatchewan, au Canada, dans le champ pétrolifère de Weyburn qui utilise le transport par pipelines, des déchets de CO2 à partir d’une usine de gazéification qui se trouve dans le Dakota du Nord, aux Etats-Unis.

Pour chaque tonne de CO2 injecté, une tonne de pétrole est extraite. Sur la durée de vie du projet, escomptée à plus de 25 ans, il est prévu qu’environ 18 millions de tonnes de CO2 seront injectées dans le sol pour produire environ 130 millions de barils de pétrole. Cette option est la plus favorisée par les défenseurs du piégeage et du stockage du carbone, mais il n’a pas encore été possible de démontrer la faisabilité et l’économie du système sur une assez grande échelle.

* Des filons de charbon profonds, qui ne peuvent être exploités, peuvent être utilisés pour l’adsorption de CO2. Dans le processus, du méthane est libéré et il pourrait être récupéré et utilisés pour compenser les coûts du piégeage et du stockage du carbone. Mais une grande incertitude demeure sur les aspects techniques, ainsi que la capacité de stockage.

De faux espoirs

On a de grands doutes sur l’efficacité, sur la viabilité économique et sur la sécurité du piégeage et du stockage du carbone, en particulier sur sa capacité à répondre aux besoins énergétiques mondiaux, tout en atténuant le changement climatique.
Comme le signale Greenpeace International dans son rapport [3], intitulé "False Hope, Why carbon capture and storage won’t save the climat" ; « la technologie n’a pas été largement démontrée et elle ne sera pas prête à temps pour sauver le climat ».

Il est clair que le piégeage et le stockage du carbone, conçus comme un ensemble technologique intégré, ne seront pas prêts à temps pour contrer les dangereux changements climatiques. Le déploiement commercial n’est pas attendu, au mieux, avant 2030 [11].

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) nous dit que pour éviter les pires impacts des changements climatiques mondiaux par les gaz à effet de serre (GES), les émissions devraient atteindre leur maximum d’ici à 2015 et devraient par la suite commencer à tomber à 50 pour cent des niveaux de 1990, d’ici à 2050. Son rapport [8] ne prévoit pas que le piégeage et le stockage du carbone soient commercialement viables avant la deuxième moitié du présent siècle et, même alors, des usines responsables de 40 à 70 pour cent des émissions de CO2 dans le secteur de l’électricité, ne seront pas appropriées pour la piégeage du carbone.

Le piégeage et le stockage du carbone gaspillent de l’énergie car ils utilisent entre 10 et 40 pour cent de l’énergie produite par une centrale électrique [8], effaçant ainsi les gains d’efficacité des 50 dernières années et augmentant d’un tiers la consommation des ressources énergétiques [12]. Non seulement les centrales équipées pour le piégeage et le stockage du carbone ont besoin de plus d’énergie, mais elles auront besoin d’un supplément de 90 pour cent d’eau douce, par rapport à celles qui n’en sont pas équipées.

Le piégeage et le stockage du carbone sont coûteux et ils pourraient doubler les coûts des usines concernées, ce qui se traduirait par une augmentation des prix de l’électricité de 21 à 91 pour cent [3].

En Australie, le piégeage et le stockage du carbone aboutiraient, au mieux, à 9 pour cent de réduction des émissions en 2030 et à une réduction cumulée de seulement 2,4 pour cent de 2005 à 2030, en partie en raison du manque d’installations de stockage de carbone. En revanche, une légère amélioration dans l’efficacité énergétique, d’un coût nul ou négatif, pourrait réduire les émissions de CO2 en 2030, pour atteindre à peu près la même quantité et avec une réduction des émissions cumulées de l’ordre de deux fois plus.

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) décrit une installation « prête au piégeage" comme une usine "qui peut être modifiée avec le piégeage du CO2 lorsque le cadre réglementaire et économique nécessaire sera en place", formule qui est si vague que toute installation est théoriquement prête pour le piégeage.

Au Royaume-Uni, une nouvelle centrale électrique au charbon située à Kingsnorth, dans le Kent, a été vendue comme apte au piégeage, mais jusque-là, elle rejette autour de 8 millions de tonnes de CO2 par an, soit une quantité égale auux émissions totales annuelles d’un pays comme le Ghana.

L’AIE estime que pour que le piégeage et le stockage du CO2 puisse produire une quelconque atténuation des effets du changement climatique d’ici à 2050, 6.000 installations seraient nécessaires, chacune injectant annuellement un million de tonnes de CO2 dans le sous-sol. Il n’est pas certain que cela puisse se faire : il faut examiner s’il y aura assez de sites de stockage à proximité des centrales, car le coût du transport de CO2 sur des distances de plus de 100 kilomètres est susceptible d’être prohibitif.

 Une mauvaise solution

Le piégeage et le stockage du carbone ne sont certainement pas une solution pour atténuer le changement climatique. Ils prolongent notre dépendance à l’égard des combustibles fossiles et il accélère la production de CO2 ; d’énormes quantités de CO2 sont "stockées" à nos risques et périls en raison de la menace constante d’une fuite et de d’évasion du gaz (voir ci-dessous).

Avant tout, le piégeage et le stockage du carbone gaspillent à jamais las ressources [financières et humaines disponibles], actuellement en diminution, qui devraient plutôt être investies dans les énergies renouvelables, comme les énergies solaire et éolienne, ainsi que le biogaz qui peut être produit par la digestion anaérobie des déchets organiques : ce sont des voies et des options à développer, beaucoup plus prometteuses, sûres et rentables [13] (Which Energy ?, ISIS Publication).

Une étude récente, commandée par le gouvernement fédéral allemand, confirme que par rapport aux sources d’énergie renouvelables comme le vent et l’énergie solaire, le piégeage et le stockage du carbone augmentent les émissions de CO2 de 10 à 40 fois et élève le coût de l’électricité autour de 100 pour cent [14] ] (Renewable versus Carbon Capture and Storage, SiS 39)

  Le piégeage et le stockage du carbone sont des options très coûteuses

Le piégeage et le stockage du carbone sont extrêmement coûteux parce que la centrale doit être spécialement construite avec les infrastructures nécessaires pour le transport et le stockage du carbone. Les considérations financières ont été le principal facteur responsable de la chaîne d’abandons des projets dans les pays candidats à travers le monde.

En Juin 2008, le président exécutif de la société RWE Npower, une entreprise qui espérait construire une nouvelle grande centrale électrique au charbon munie du piégeage et du stockage du carbone à Tilbury sur l’estuaire de la Tamise, a exprimé des inquiétudes sur les coûts et les délais. M. Chris Elston a déclaré que ces centrales au charbon "pourraient facilement doubler le coût de l’électricité" et, qu’en outre, il pourrait s’écouler 20 ans avant que le piégeage et le stockage du carbone puissent être déployés dans les centrales au charbon à travers la Grande-Bretagne.

Une proposition visant à faire du piégeage et du stockage du carbone, une option plus attrayante sur le plan économique, réside dans la "récupération assistée du pétrole" (EOR en anglais) (voir encadré) : la technique vise l’injection de CO2 dans un réservoir souterrain afin de contraindre le reste de pétrole ou de gaz, et d’augmenter ainsi la quantité qui peut être extraite et prolonger la vie du champ pétrolier jusqu’à 20 ans.

Le champ britannique de pétrole et de gaz Miller est devenu non rentable en 2005 et le géant pétrolier BP a demandé des subventions publiques pour lancer un projet de ce type (EOR) qui permettait d’accéder à un montant estimatif de 57 barils de pétrole supplémentaires. Mais les profits potentiels provenant du pétrole récupéré n’a pas pu compenser la différence entre les coûts du piégeage et du stockage du carbone, estimé à 38 € par tonne, d’une part, et le prix des crédits d’émission de carbone, valant alors 21 € par tonne, d’autre part.

BP a alors tenté de convaincre le gouvernement britannique de combler l’écart avec un abattement fiscal de plus de 50 pour cent et la garantie d’un taux réduit de retour. Le gouvernement britannique a décidé de soumettre à la concurrence toutes les propositions en vue d’un financement et pour un allégement fiscal, pour tous les projets de piégeage et de stockage du carbone ; BP a alors annulé ses plans [3].

Le gouvernement norvégien a abandonné un projet similaire après que les sociétés Statoil-Hydro et Shell se soient retirées pour des raisons économiques. Néanmoins, le gouvernement norvégien a à sa charge tous les autres coûts additionnels pour la construction et l’exploitation, afin d’assurer le piégeage et le stockage du carbone de deux centrales thermiques au gaz naturel sur la côte ouest norvégienne, celles de Kårsto et de Monstad.

L’usine de Kårsto, qui émet environ 1 million de tonnes de CO2 par an, a commencé ses activités en Novembre 2007. Les coûts élevés des carburants et le faible rendement financier de l’électricité produite, indiquent que le fonctionnement n’a pas été à la hauteur des espérances. Le piégeage et le stockage du carbone à grande échelle avaient été promis pour 2009, mais cela est maintenant reporté à 2012 ou au-delà, en raison d’importantes contraintes technologiques. L’usine de piégeage, le pipeline jusqu’à l’emplacement de stockage et l’installation du procédé de stockage doivent encore être construits.

À la raffinerie de Mongstad, qui devait être le "Centre Européen d’Essais pour le piégeage et le stockage du carbone", deux usines pilotes sont en cours de construction, dans le but de piéger 100.000 tonnes de CO2 par an à partir de 2011. Par ailleurs, et jusqu’en 2014 au plus tôt, le CO2 piégé sera tout simplement relâché dans l’atmosphère, parce que les gazoducs vers le site de stockage ne seront pas en place.

Avant l’effondrement de FutureGen, aux Etats-IUnis, les coûts s’étaient enflés jusqu’à 1,8 milliards de $ et ils menacent encore d’augmenter.

 Risque de fuites de carbone ou d’évasion sur les sites de stockage

Dans la mesure où le CO2 est stocké dans des sites géologiques, il y a un risque de fuite lente ou d’évasion à grande échelle, qui peuvent avoir un impact sur l’environnement et réduire à néant l’effet d’atténuation du changement climatique.

Un exemple du danger de fuite de CO2, se réfère à ce qui eut lieu en 1986 au lac Nyos au Cameroun, suite à une éruption volcanique qui avait libéré de grandes quantités de CO2, accumulé naturellement au fond du lac. L’éruption a tué 1.700 personnes et des milliers de têtes de bétail dans un rayon de 25 km [3].

En 2006, une expérience pilote a été conduite par les autorités américaines, l’ US Geological Survey, pour tester le stockage géologique profond de dioxyde de carbone CO2 dans une formation de roches sédimentaires salines à Frio, au Texas. Les chercheurs ont découvert que le CO2 enfoui avait dissous de grandes quantités de minéraux dans les roches qui étaient responsables du confinement du gaz qu’elles contenaient [15].

Le CO2 dissout dans l’eau salée a eu pour effet de l’acidifier. La saumure acidifiée avait dissout d’autres minéraux, y compris des métaux comme le fer et le manganèse, des matières organiques et de grosses quantités de carbonates qui assurent naturellement la fermeture des pores et des fractures dans les sites géologiques. Le carbonate se trouve également dans les ciments utilisés pour sceller les puits de pétrole et de gaz abandonnés.

La dissolution du carbonate de ces poches pourrait libérer du CO2 dans l’atmosphère. La saumure contaminée pourrait encore être transportée et contaminer les aquifères des eaux potables et celles servant à d’irrigation. Le chef scientifique du champ d’expérience de Yousif Kharaka a adressé une note [3] selon laquelle les résultats constituent "une mise en garde" qui appelle à « des études détaillées et prudentes sur les sites d’injection" et pour "un programme de surveillance bien élaboré pour détecter au plus tôt les fuites de CO2 dans les nappes d’eau potable peu profondes ou dans l’atmosphère."

Les risques écologiques de stockage géologique du CO2 sont notamment [3] :

* Des fuites lentes sur les sites de stockage, par exemple, par le biais de failles géologiques

* L’évasion du CO2 et des substances associées vers les eaux souterraines

* Le déplacement et la mobilisation de substances toxiques, métalliques et organiques vers le haut, pouvant contaminer l’eau potable, au-dessus de sédiments, dans les sols et dans l’eau de mer

* l’évasion d’autres gaz de combustion piégés et dangereux.

L’évasion locale de CO2 constitue une menace d’asphyxie pour les êtres humains et les animaux. Le CO2 est plus dense que l’air et il a tendance à s’accumuler dans les zones de faible élévation, mal ventilées et il devient un danger pour la santé à des niveaux supérieurs à 3 pour cent dans l’air, comme cela a été montré dans l’accident du lac Nyos au Cameroun.

L’augmentation de CO2 dans la partie peu profonde du sous-sol peut avoir des effets létaux sur les plantes et sur les animaux, ainsi que la contamination des eaux souterraines. L’acidification des sols et le blocage de la respiration racinaire [chez les végétaux] ont été signalées dans les zones volcaniques et d’activité sismique.

Sur le site naturel de Mammoth Mountain, en Californie, la libération de CO2, à la suite de plusieurs petits tremblements de terre, a été suffisante pour tuer une centaine d’acres d’arbres. Le migration du CO2 peut acidifier l’eau et mobiliser des métaux lourds toxiques. Son injection souterraine peut produire des surpressions, déplacer des saumures et provoquer des activités sismiques. L’augmentation de l’extraction des formes d’énergies fossiles, associée au piégeage et au stockage du carbone, signifie davantage d’utilisation des combustibles et des carburants fossiles : cela constitue également une plus grande dégradation de l’environnement [13].

Les industriels ne veulent pas prendre de risques sur le piégeage et le stockage du carbone

Le piégeage et le stockage du carbone sont tellement risqués, sur une grande échelle, que les industriels concernés ne sont pas disposés à investir pleinement sans un cadre qui la protège d’un passif sur le long terme [3].

Certains services publics ne sont pas disposés à faire du stockage de CO2 disponible, à moins qu’ils ne soient libérés au moment du transfert du CO2 en dehors de la propriété de la centrale énergétique. Les opérateurs potentiels veillent à ce qu’ils ne conservent la responsabilité du carbone stocké que pendant dix ans.

Non seulement l’organisation FutureGen a bénéficié de fonds publics sans précédent, à hauteur de 1,3 milliards de $ US, mais elle est également protégée contre des responsabilités financières et juridiques en cas de libération imprévues de CO2, et ses polices d’assurance sont payées dans ce sens.

Les financements extravagants se poursuivent pour le piégeage et le stockage du carbone, au détriment des énergies renouvelables

Le piégeage et le stockage du carbone détournent en fait des fonds qui pourraient être investis dans des options d’énergies renouvelables. Pour l’année 2009, pour le piégeage et le stockage du carbone, les dépenses du Département américain de l’énergie sont de 623,5 millions de $ US, soit une augmentation de 26,4 pour cent par rapport à 2008 ; dans le même temps, les dépenses consacrées aux programmes des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique, sont en régression de 27,1 pour cent, à hauteur de 145,2 millions $ US [3].

L’Australie possède trois centres de recherche coopérative pour les combustibles fossiles, et l’une d’elles met l’accent sur le piégeage et le stockage du carbone, mais il n’existe pas un seul centre de recherche pour les technologies concernant les énergies renouvelables.

En Norvège, la recherche consacrée essentiellement au pétrole, reçoit cinq fois plus de fonds que les recherches se rapportant aux énergies renouvelables, De plus, l’écart s’est encore creusé avec un récent engagement de plus de 20 milliards de couronnes norvégiennes (4 milliards de $ US) pour les deux projets de piégeage et de stockage de carbone, visant à piéger 2 Millions de tonnes de carbone chaque année.

Pendant ce temps, le marché des énergies renouvelables est en plein essor. En 2007, les investissements mondiaux dans les énergies renouvelables ont dépassé 100 milliards de dollars [3].

La Nouvelle-Zélande envisage d’atteindre la neutralité en carbone d’ici le milieu de ce siècle. Ce pays obtient déjà 70 pour cent de son électricité à partir de ressources renouvelables et vise à la porter à 90 pour cent d’ici à 2025.

Enfin l’Allemagne a accru son utilisation des énergies renouvelables de 300 pour cent au cours des dix dernières années.

Lire aussi : "Les énergies renouvelables comparées au piégeage et au stockage du carbone " par le Dr. Mae-Wan Ho


Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 55 / 304417

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Pour en savoir plus  Suivre la vie du site Climat   ?    |    titre sites syndiques OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 3.2.1 + AHUNTSIC

Creative Commons License