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"Ce que le monde peut retenir de l’expérience acquise avec les OGM par les agriculteurs nord-américains" par le Professeur E. Ann Clark

Traduction et compléments de Jacques Hallard
vendredi 11 avril 2008 par Clark Professeur E. Ann

E. Ann Clark est professeur agrégé au Département des productions agricoles végétales, à l’Université de Guelph, dans l’Ontario, au Canada

Pr E. Ann Clark rapporte les véritables enquêtes scientifiques qui contredisent toutes les allégations faites par certains universitaires britanniques, concernant les avantages procurés par la culture de plantes génétiquement modifiées, dans leur soit disant "étude", financée par le gouvernement au Royaume-Uni.

Conférence de presse de l’institut ISIS en date du 11/04/2008
L’article original en anglais, intitulé Let the World Learn from North American Farmers’ Experience with GMOs est accessible sur le site suivant : www.i-sis.org.uk/americanFarmersGMOs.php

Je ne peux pas m’imaginer comment des universitaires britanniques peuvent encore avancer que les OGM permettent aux agriculteurs de cultiver et produire "des aliments de qualité de façon rentable", selon un "itinéraire soucieux d’environnement" et de parvenir à "de hauts rendements tout en utilisant moins d’herbicides" [1] (voir l’article "UK Farmers Upbeat about GM Crops" Debunked, SiS 38).

Environ 99 pour cent des plantes cultivées GM (génétiquement modifiées) qui sont mises en culture sur la planète terre, correspondent à seulement deux caractères génétiques : la tolérance aux herbicides (HT) et la résistance à des insectes par le système Bt qui permet aux plantes de synthétiser leur propre insecticide.

La preuve objective de la rentabilité des cultures d’OGM est tout aussi difficile à apporter, en particulier du fait que l’un des facteurs réside dans un effet d’entraînement ("lemon effect") des marchés perdus à cause d’un rejet des plantes génétiquement modifiées (OGM) au niveau mondial.

Les agriculteurs britanniques feraient bien de jeter un œil sur un article de Ian Mauro et Stef McLachlan de l’Université du Manitoba, au Canada, qui est à paraître dans la revue Analyse des risques [2, 3] (Canadian Farmers’ Experience Exposes the Risks of GM Crops, SiS 38).

Il s’agit de la toute première étude qui est mise à la disposition du public dans une revue avec une relecture critique par des pairs ; elle porte sur la façon dont les agriculteurs canadiens ont été affectés par la technologie des OGM. 

Cette étude comprend une note d’un agriculteur canadien qui a déclaré : "La perte des marchés [en Europe], en raison des cultures de plantes GM [génétiquement modifiées], ont eu un énorme impact financier.

Cette perte a probablement été plus importante que le coût engendré par le contrôle des plantes adventices ["mauvaises herbes"] qui sont apparues résistantes aux herbicides utilisés sur les OGM cultivés, ou encore le bénéfice escompté par la facilité de contrôle des mauvaises herbes."

Cette même enquête réalisée en 2003 auprès de 370 agriculteurs a permis de constater que le plus important des avantages cités parmi les utilisateurs de la technologie des OGM (n = 298) était de nature opérationnelle, y compris l’organisation des emplois du temps et l’efficacité de la lutte contre les mauvaises herbes, en favorisant les exploitations qui travaillent sur de grandes surfaces agricoles.

Dans un classement des 10 avantages conférés par les plantes OGM,
l’augmentation du rendement se situe à la sixième place et l’augmentation du revenu financier est bonne dernière.

Parmi les 10 risques cités, les plus préoccupants sont constitués par la perte des marchés, par la disparition des droits des agriculteurs en vertu de la Convention relative à l’utilisation des technologies des OGM, par l’augmentation du coût des semences utilisées, enfin par les poursuites judiciaires dont sont victimes certains agriculteurs. Il faut garder en mémoire l’affaire Percy Schmeiser (voir encadré ci-après).

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  Schmeiser contre Monsanto

Percy et Louise Schmeiser sont les producteurs de colza canola et des conservateurs de semences dans le Saskatchewan canadien.

Monsanto les a accusé de violation des droits conférés par brevet lorsque le gène RR a été retrouvé dans certaines des plantes de colza canola cultivées sur leurs terres.

Dès le départ du procès, toutes les allégations de vol ou de "brownbagging" [multiplication sur la ferme de ses propres semences à partir d’un lot commercial] ont été retirées en raison du manque de preuves [4, 5] (Schmeiser’s Battle for the Seed, SiS 19).

L’affaire est allée devant la Cour suprême du Canada, qui s’est soldée par une décision partagée [6], et les Schmeiser n’ont pas eu à payer quoi que ce soit à Monsanto.

En 2007, les Schmeiser ont reçu une récompense, la Right Livelihood Award, généralement considéré comme le prix Nobel alternatif, pour leur « courage dans la défense de la biodiversité et des droits des agriculteurs » [7].

Les Schmeiser ne sont pas les seuls dans ce cas.

En 2005, Monsanto avait déposé 90 poursuites judiciaires contre les agriculteurs américains ; 147 agriculteurs et 39 petites entreprises agricoles ont dû lutter pour leur survie, pour éviter de payer d’autres frais de justice, des honoraires d’avocats et, dans certains cas, les coûts supportés par Monsanto pour enquêter sur leur cas [8] (Monsanto versus Farmers, SiS 26).

Le Centre pour la sécurité alimentaire (Center for Food Safety) estime que Monsanto a obtenu plus de 15 millions de dollars US, qui ont été accordés à la suite de jugements prononcés en leur faveur.

Alors, qu’en est-il de ces fameux rendements agricoles ?

Faites attention, producteurs agricoles du Royaume-Uni, dans une récente rétrospective émanant de l’USDA, le Ministère de l’Agriculture des Etats-Unis, et qui portait sur les plantes OGM dans ce pays, il est précisé ceci [9] : "Actuellement, la culture des plantes mises au point par les technologies du génie génétique (OGM), n’augmentent pas le potentiel de rendement d’une variété hybride.

En fait, les rendements pourraient même diminuer si les variétés utilisées pour porter les gènes de résistance aux herbicides ou aux insectes ne sont pas des cultivars qui présentent les rendements les plus élevés."

De même, des chercheurs de l’organisation canadienne pour l’agriculture et l’agro-alimentaire (Agriculture and Agri-Food Canada ou AAFC), a résumé l’expérience canadienne en matière de cultures de plantes génétiquement modifiées [10].

Ils ont cité un dispositif expérimental conduit par l’AAFC sur 5 sites de l’Ouest du Canada : le colza OGM résistant à un herbicide a surpassé le colza conventionnel dans seulement 6 des 30 comparaisons effectuées, et dans des lieux et au cours d’années particulièrement problématiques pour le contrôle des mauvaises herbes.

Ils ont également cité la preuve, apportée par les essais agronomiques publics de l’Ontario, dans lesquels la plus grande partie du blé et du soja sont cultivés au Canada : ces essais ne montrent pas une augmentation, mais une diminution de 4 pour cent du rendement en graines de soja OGM et aucun avantage de rendement pour le maïs OGM. 

Ainsi, il convient de cesser de répéter ce mantra du "haut rendement" des OGM et il vaut mieux s’en tenir à une preuve scientifiquement défendable.

Certains agriculteurs tentés par la culture des OGM pourraient ainsi tirer les leçons de notre expérience en la matière.

Alors moins d’herbicides utilisés avec les cultures d’OGM ?

Et un environnement mieux protégé ?

À ce jour, en 2008, un total de 63 biotypes de mauvaises herbes, réparties dans 13 espèces, sont désormais tolérantes au glyphosate, la matière active de l’ herbicide Roundup de Monsanto [11].

Parmi ces biotypes, 41 ont été détectés dans les champs de coton ou de soja OGM cultivés à partir de 2000.

Sur ces 41 biotypes, 32 ont été signalés aux États-Unis, le reste principalement au Brésil et en Argentine, parallèlement depuis l’utilisation et la dissémination dans le monde de la technologie des OGM tolérants à des herbicides.


Et les pesticides ?
Du fait de l’évolution de la résistance des mauvaises herbes dans les champs de cultures de plantes génétiquement modifiées, le taux et la fréquence des applications des herbicides ont augmenté, et non pas diminué ; par ailleurs, il a fallu faire face aux mauvaises herbes devenues résistantes avec l’obligation d’utiliser, dans les cuves de traitement, des mélanges avec d’autres herbicides.

Selon Charles Benbrook [12], nous utilisons maintenant davantage d’herbicides, et non pas moins.

Donc, si les OGM ne sont pas réellement en mesure de tenir leurs promesses, qui étaient avant tout de simplifier le processus de contrôle des mauvaises herbes, alors pourquoi tant d’agriculteurs d’Amérique du Nord les cultivent-ils de plus en plus ?

Les chercheurs canadiens de l’AFFC ont signalé [8] que les choix possibles concernant les variétés à semer, pour les producteurs de colza canola dans l’Ouest canadien, se sont réduits et se répartissent entre une variété non résistante à un herbicide et 48 cultivars tolérants à des herbicides qui proviennent du secteur privé ; ces derniers cultivars ont été générés à la fois par les méthodes classiques de la mutagénèse et par les technologies plus récentes de la transgénèse [permettant de fabriquer des OGM]..

Les cultivars tolérants aux herbicides provenant de la mutagénèse sont tolérants à l’imidazolinone (IMI), tandis que les cultivars transgéniques tolérants aux herbicides comprennent ceux qui sont tolérants au glyphosate (RR), au glufosinate d’ammonium (par exemple, LL) et au bromoxynil (BX)).

Etait-ce parce que les agriculteurs nord-américains étaient tous tellement satisfaits avec ce que les plantes OGM tolérantes aux herbicides leur ont apporté, ou était-ce pour eux le plus sûr moyen de devenir les prochains Percy Schmeiser ?

La prochaine fois, lorsque les agriculteurs britanniques ou les décideurs politiques auront entendu dire que 95 pour cent des plantations de l’Ouest canadien sont faites avec des colzas canola tolérants à des herbicides, ils pourront peut-être se demander s’il s’agit là d’un destin qu’ils ambitionnent pour eux-mêmes.

E. Ann Clark est professeur agrégé au Département des productions agricoles végétales, à l’Université de Guelph, dans l’Ontario, au Canada

 References Références bibliographiques

1.Ho MW. “UK farmers upbeat about GM crops” debunked. Science in Society 38 (to appear).

2.Mauro, I. and McLachlan, S. (2008) Farmer knowledge and risk analysis : post release evaluation of herbicide tolerant canola in Western Canada. Risk Analysis 28 (in press).

3.Ho MW. Canadian farmers’ experience exposes the risks of GM Crops. Science in Society 38 (to appear).

4.Clark EA. The federal crime of Percy Schmeiser. Genetics Society of Canada Bulletin, June 2001, http://www.plant.uoguelph.ca/resear...

5.Ho MW. Schmeiser’s battle for the seed. Science in Society 19, 13-14, 2003.

6.Clark EA. So, who really won the Schmeiser Decision ?, 10 June 2004, http://www.plant.uoguelph.ca/resear...

7.2007 Right Livelihood Awards highlight solutions to global challenges. Monsanto vs Schmeiser. http://www.percyschmeiser.com/Right...

8.Burcher S. Monsanto versus farmers. Science in Society 26, 33+48, 2005.

9.Fernandez-Cornejo, J. and M. Caswell. 2006, The First Decade of Genetically Engineered Crops in the United States. USDA-ERS http://www.ers.usda.gov/publication...

10.Beckie, H. J. ; Harker, K. N. ; Hall L. M. ; Warwick, S. I. ; Legere, A. ; Sikkema, P. H. ; Clayton, G. W. ; Thomas, A. G. ; Leeson, J. Y. ; Seguin-Swartz, G. ; Simard, M.-J. (2006) A decade of herbicide-resistant crops in Canada. Can. J. Plant Sci. 86:1243-1264

11.International Survey of Herbicide Tolerant Weeds, www.Weedscience.com

12. Benbrook, C. (2004) Genetically Engineered Crops and Pesticide Use in the United States : the first nine years. http://www.biotech-info.net/Full_ve...

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 Traduction en français :

Jacques Hallard, Ing. CNAM, consultant indépendant.
Relecture et corrections : Christiane Hallard-Lauffenburger, professeur des écoles honoraire
Adresse : 19 Chemin du Malpas 13940 Mollégès France
Courriel : jacques.hallard921@orange..fr
Fichier ; Agriculture OGM Let the World Learn from North American Farmers’ Experience with GMOs ISIS French.3


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