ISIAS

"Sahel : un désert qui reverdit " par Mae-Wan Ho & Lim Li Ching

Traduction et compléments de Jacques Hallard
mardi 5 février 2008 par Ching Lim Li , Ho Dr Mae-Wan

Agriculture Développement durable

Comment les agriculteurs du Sahel ont étonné les scientifiques

Les scientifiques se remettent à niveau auprès des agriculteurs, sur la manière dont les
connaissances locales et la coopération peuvent faire des miracles dans les milieux ruraux du
Sahel, nous rapportent le Dr. Mae­Wan Ho et Lim Li Ching

Communiqué de presse de l’Institut ISIS en date du 02/01/2008

Une version entièrement référencée de cet article est mentionnée sur le site accessible par les membres d’ISIS.
L’article original intitulé Greening the Desert est accessible sur le site suivant : www.i-sis.org.uk/greeningTheDesert.php

Une version électronique de ce rapport, ou tout autre rapport d’ISIS, avec les références complètes, peut vous
être envoyé par e­mail moyennant un don de £ 3,50. S’il vous plaît, demandez par e­mail avec le titre du rapport
au site : report@i­sis.org.uk

 Les scientifiques découvrent une autre réalité sur le terrain

Pendant des années, de nombreux scientifiques ont été amenés à faire de sinistres prédictions sur
une "désertification" généralisée et irréversible dans le Sahel africain. Mais de récentes découvertes
ont prouvé qu’ils avaient eu tort.

Des images prises depuis des satellites montrent une augmentation du reverdissement depuis les
années 1980 et sur de grandes surfaces ; ceci confirme les évidences collectées sur le terrain, qui
indiquent que le Sahel s’est remis de la grande sécheresse des années 1980, et que les facteurs
humains ont joué un rôle important dans la récupération du désert [1].

Le Sahel africain est une zone semi­aride avec une végétation d’herbes et d’arbustes, située entre le
désert du Sahara au nord et les savanes tropicales humides au sud, avec un fort gradient nord­sud
dans la moyenne annuelle des précipitations. Les pluies sont nettement saisonnières et variables.

Une longue saison sèche alterne avec une courte saison humide au cours de l’été de l’hémisphère
nord.

La rareté des précipitations et ses variations imprévisibles qui s’accentuent lorsque l’on passe du sud
vers le nord, sont les principaux facteurs qui façonnent l’écosystème sahélien. Le cycle de végétation
correspond étroitement à la saisonnalité de la pluviométrie et on observe la quasi­totalité de la
croissance des végétaux dans les mois humides pendant l’été. Il existe une pluviométrie saisonnière
très contrastée avec des fluctuations très importantes d’une année à l’autre et d’une décennie à
l’autre.

Bien que les sécheresses et les pluies variables sont considérées comme normales dans les climats
arides et semi­arides, la sécheresse qui a frappé le Sahel de la fin des années 1960 jusqu’aux années
1980, s’est montrée sans précédent dans sa durée et dans sa sévérité.

La dégradation des terres et les famines qui résultèrent de cette période de sécheresse, aggravées
par l’instabilité politique et les troubles qui suivirent, ont incité l’ONU à tenir une conférence sur la
désertification en 1977. C’est le début d’un débat, et qui se poursuit depuis, sur les causes et les
effets de la sécheresse, la dégradation des terres et la désertification.

Il y a deux camps opposés dans le débat. Les adeptes de l’hypothèse de la désertification qui
tiennent les activités humaines comme responsables du déclin « irréversible » de la végétation qui
résulterait de la ’surexploitation’ des ressources et d’une "mauvaise gestion humaine". Les
sceptiques, de leur côté, voient le déclin de la végétation comme le résultat de la sécheresse, donc un
phénomène temporaire, avec un rôle mineur, sinon nul, des êtres humains dans sa manifestation.

Certains scientifiques avaient souligné le fort potentiel d’adaptation des populations du Sahel à la
variabilité des précipitations et ils avaient tout à fait raison.

  Le reverdissement est en corrélation avec les précipitations

Des chercheurs scientifiques de l’Université de l’Arizona à Tucson, de l’Université du Maryland à
Baltimore et de la Direction générale des sciences de la ceinture verte de la biosphère à la NASA, aux
Etats-­Unis, ont enquêté sur la variabilité spatiale et temporelle des modes de reverdissement de la
végétation et sur les précipitations dans le Sahel africain.

Pour les précipitations, ils ont utilisé les données météorologiques disponibles. Pour la verdissement,
ils ont utilisé des données d’imagerie provenant de mesures effectuées par la technologie avancée de
radiomètrie à très haute résolution ( Advanced Very High Resolution Radiometer), un instrument à
bord d’une série de satellites en orbite polaire, sous l’autorité de l’Administration Nationale de
l’Atmosphère et des Océans (National Oceanic and Atmospheric Administration). La mesure du
verdissement fait appel à un indice appelé NVDI, (Normalised Differential Vegetation Index), qui est
un rapport normalisé de la réflectivité spectrale du proche infrarouge
(NIR) et du rouge :

NDVI = (NIR ­ rouge) / (NIR + rouge)

NDVI est sensible à la présence, à la densité et à l’état de la végétation et cet indice est corrélé avec
le rayonnement actif relatif à la photosynthèse, qui est absorbé, d’une part, et avec la croissance de la
végétation, d’autre part.

Pour la période 1982­2003, la tendance générale mensuelle de l’indice NVDI maximum est positif sur
une grande partie de la région du Sahel ; il atteint jusqu’à 50 pour cent d’augmentation de la durée
moyenne du NDVI dans certaines parties du Mali, de la Mauritanie et du Tchad, bien que les
moyennes ne sont pas très significatives dans cet environnement très dynamique, avec beaucoup de
fluctuations saisonnières.

Cette tendance positive de l’indice NDVI est accompagnée d’augmentations généralisées des
précipitations au cours de la même période de temps, avec des tendances maximales positives dans
le nord du Nigéria.

Toutefois, à partir d’une perspective à plus long terme, l’augmentation observée de la pluviosité est
simplement un retour plus ou moins marqué aux conditions moyennes qui prévalaient avant les
années 1960, après une période exceptionnellement sèche, et l’augmentation de la pluviométrie ne
suffit pas à compenser la tendance à la baisse séculaire des précipitations à travers l’ensemble de
cette région. Au cours du XXème siècle, la sécheresse dans le Sahel a connu son apogée au cours
du début et du milieu des années 1980.

L’indice NVDI mensuel maximum dans le Sahel s’est montré corrélé avec les précipitations cumulées
sur une période de 3 mois (le mois en question plus les deux mois précédents), ce qui confirme les
constatations précédentes selon lesquelles le reverdissement de la végétation dans les milieux semi­
arides est plus fortement liée à l’humidité du sol ­ une fonction de la pluviométrie accumulée sur une
certaine période de temps - qu’avec la pluviométrie instantanée. Les coefficients de corrélation
calculés pour des valeurs de l’indice NDVI et les précipitations sont très importantes pour toute la
région du Sahel (P <0,05) avec des corrélations plus fortes dans le sud du Sahel que dans la partie
nord.

  Les points stratégiques de reverdissement observés sont en corrélation avec les activités humaines

Lorsque la corrélation entre l’indice NDVI et la pluviométrie est soustraite, il subsiste un schéma
résiduel de l’indice NDVI dans lequel de vastes régions sont sans tendance significative (au­delà de
celle prévue par les tendances de la pluviométrie), et des zones considérables de tendances
résiduelles positives, c’est-­à-­dire des espaces dans lesquels la végétation est caractérisée par un
reverdissement plus important que ce qui est explicable par les seules précipitations.
Ces points stratégiques de reverdissement positif se trouvent dans certaines régions du Sénégal, de
la Mauritanie, du Mali, du Niger, sur le Plateau central du Burkina Faso et sur de vastes parties du
Tchad.

Alors que le reverdissement dans le delta du Niger, au Mali, pourrait s’expliquer par une extension de
l’irrigation, des explications différentes doivent être trouvées pour le Plateau central du Burkina Faso,
qui avait été identifié comme étant un excellent exemple de la crise de la désertification il y a 20 ans.
On observe là une reprise de la végétation, avec un reverdissement qui se manifeste au­delà de ce
qui était attendu par la seule reprise des pluies : cela pourrait être attribuable à l’augmentation des
investissements et à l’amélioration des techniques de conservation des sols et des eaux, notamment
par le profilage des terrains selon les courbes de niveau, comme une réponse à la crise résultant de la
sécheresse vécue alors par les agriculteurs [2].

Au Niger, le reverdissement des parties stratégiques a été observé dans les régions de Tahoua et
Maradi, centrée autour de la zone du Projet Keita, un vaste programme de développement rural avec
un accent particulier mis sur la gestion des ressources naturelles et la conservation des sols et des
eaux, programme qui avait commencé au début des années 1980, appuyé par la FAO et le
Programme alimentaire mondial des Nations Unies ainsi que par les gouvernements du Niger et de
l’Italie.

Chris Reij, un spécialiste de la conservation des sols qui a travaillé dans la région depuis des
décennies, a corroboré de son côté la régénération naturelle qui résulte d’une gestion plus naturelle
dans cette région du Niger, en particulier le long de la route entre Maradi et Dosso.

Au Tchad, les parties stratégiques du reverdissement ont été constatées, entre autres lieux, dans la
région du Chari­Baguirmi. Le programme pastoral pilote de l’Afrique de l’Ouest a géré là un petit
nombre de sites depuis 1994, pour tester une approche participative en vue d’une gestion globale et
holistique des parcours des troupeaux [3]. Les éleveurs ont évalué le résultat comme étant positif.

Des zones qui présentent des tendances résiduelles négatives de l’indice NDVI couvrent une zone
beaucoup plus petite du Sahel [1] et elles sont cantonnées dans le nord du Nigéria et du Soudan, en
particulier dans le nord du Nigéria. Une explication peut être hypothétique peut suggérer une
dégradation des terres qui serait induite par des facteurs humains et due aux guerres civiles et aux
conflits. Mais globalement, les impacts négatifs de l’activité humaine sont relativement insignifiants.

 Des preuves du reverdissement du désert sont apportées par l’analyse des observations recueillies à partir des satellites

Une autre étude, portant sur des images obtenues par satellite, permet de conclure que plus il y a de
végétation, et plus les précipitations sont importantes [4, 5]. Il a été mis en évidence une rétroaction
positive entre la végétation et les précipitations mensuelles, ainsi qu’entre une réponse de la
végétation sur la base d’une échelle de temps annuelle.

Cela signifie que plus le reverdissement est
important au cours d’un mois donné, plus la pluviométrie est élevée au cours du mois suivant ; par
ailleurs, plus le reverdissement est important au cours d’une année donnée, plus les précipitations ont
tendance à être importantes au cours de l’année suivante, car une plus forte croissance de la
végétation et un système racinaire plus développé en profondeur, tendent à puiser davantage d’eau
dans les nappes phréatiques pour donner des précipitations.

Cette interaction positive entre la végétation et les précipitations augmente la variation interannuelle
des précipitations : cela représente jusqu’à 30 pour cent de la variabilité des précipitations annuelles
dans certaines régions du Sahel.

Comme l’a indiqué un commentateur [4] : « Le résultat s’ajoute à l’impulsion donnée pour préserver les
espaces de végétation dans les régions sèches, afin d’aider à prévenir une extension des déserts qui
empiètent sur des terres agricoles. »

 Des évidences qui émergent de la base sur le terrain

La preuve de la reprise de la végétation a été apportée sur le terrain depuis le début du présent siècle
au moins. Fred Pearce avait signalé dans le New Scientist en 2001, comment au Nigéria, au Niger,
au Sénégal, au Burkina Faso et au Kenya, l’agriculture intégrée, les cultures associées et les
méthodes traditionnelles de conservation des sols et de l’eau, ont augmenté plusieurs fois la
production alimentaire par habitant, permettant de satisfaire les besoins d’une population croissante.
[5].

L’utilisation de fumier de mouton comme fertilisant a permis d’accroître les rendements chez les
agriculteurs à Kano, au Nigéria. La mise en culture d’espèces de légumineuses a augmenté les
niveaux des éléments fertilisants azotés dans le sol, par la fixation de l’azote de l’air. L’intégration des
cultures et du bétail améliore le cycle des éléments nutritifs : les légumineuses et le fumier retournent
à la terre ce que les plantes cultivées consomment dans le sol.

La région de Kano est la partie
agricole la plus productive du pays, avec une augmentation des rendements du sorgho, du mil, du
niébé et de l’arachide.

Une étude conduite pendant quatre ans dans l’est du Burkina Faso a permis d’abandonner
l’hypothèse selon laquelle la dégradation des sols est largement due aux activités humaines [6].

Il été
a constaté que malgré la baisse des précipitations depuis la fin des années 1950 et l’augmentation de
la population, il n’y avait aucune preuve de la dégradation des terres qui soit liée à l’activité humaine,
ni une baisse de la productivité alimentaire. Inversement, les rendements de nombreuses cultures ont
augmenté et il n’y a pas de déclin de la fertilité des sols sur une période de plus de 30 ans.
Ces agriculteurs ne sont pas parvenus à la durabilité de l’environnement grâce à une forte intensité
de capital investi ou à des itinéraires techniques sophistiqués. Au Burkina Faso, la hausse des
rendements du sorgho, du mil et de l’arachide peut difficilement être attribuable à l’augmentation des
apports extérieurs, car ces cultures ont reçu peu d’engrais et sont largement cultivées manuellement
avec une houe.

Les scientifiques ont constaté que les agriculteurs disposent d’un riche répertoire de technologies de
conservation des sols et de l’eau, tels que le séquençage des cultures, la rotation des cultures, la
jachère, le désherbage manuel, l’éclaircissage sélectif, les cultures associées ou intercalaires, la
sélection appropriée des plantes cultivées et des races animales, l’espacement des plantes et leur
éclaircissage, le paillage en surface du sol, le pâturage des chaumes, le désherbage des petits
monticules, le parcage, l’emploi des ordures ménagères, l’épandage de fumier, des résidus de
cultures et l’application de petites quantités de compost.

Les pratiques mécaniques comprennent les bandes enherbées vivaces, les pierres disposées en
alignements, les barrières en bois, en briques ou des obstacles en terre, les clôtures avec des
branchages, les cordons pierreux, les talus en terre et les haies vives.
Peut­être plus important que ces pratiques, c’est la manière sélective dont elles sont utilisées, et qui
varient selon les types de champs, ce qui permet un ajustement optimal de la main­d’œuvre et des
intrants limités aux besoins des différentes cultures et des sols.

Si la terre devient limitée, les agriculteurs n’ont pas besoin d’inventer de nouveaux systèmes de
gestion, ils appliquent simplement ces pratiques de conservation des sols et de l’eau, de façon plus
intensive. Les agriculteurs appliquent aussi ces pratiques de gestion des terres cultivables seulement
quand et où cela s’avère nécessaire.

En utilisant leurs connaissances des cultures et des sols, ils ne
travaillent que les parties de leur terrain qui nécessitent une attention particulière à un moment donné.
Les hautes densités de la population locale, loin d’être un handicap, sont en fait indispensables à la
prestation de la main­d’œuvre nécessaire pour travailler la terre, creuser et construire des terrasses et
recueillir l’eau dans des bassins pour l’irrigation, ainsi que pour contrôler les mauvaises herbes,
s’occuper aux travaux des champs, nourrir les animaux et épandre les fumiers et composts [5] .

Lorsque les densités de population augmentent, les agriculteurs intensifient leurs systèmes de
coopération : ils ont tendance à se regrouper les uns les autres dans les champs aux périodes de
pointe, à s’organiser pour des prêts et des emprunts de terrains, de bétail et de matériel, ou encore
pour l’échange de semences des variétés locales.

De ce fait, les populations investissent massivement dans la création et le maintien des réseaux
sociaux qui partagent les terres, la main­d’oeuvre, les semences, les secteurs de pâturage du bétail
dans les broussailles, les technologies et l’argent liquide [6]. Ces réseaux renforcent la capacité des
agriculteurs à cultiver de façon durable et efficacement, par la coopération et la réciprocité.

Ils
permettent également aux populations concernées de diversifier leurs moyens d’existence,
d’apprendre les uns des autres et de minimiser les risques, ce qui évite les pièges de la pauvreté.

En outre, dans le district de Maradi, dans le sud au Niger, où les sécheresses répétées ont provoqué
des dommages à l’environnement, les agriculteurs ont corrigé les dégâts et ils ont remis en état les
parties désertifiées [5].

C’était également le cas de Machakos (rebaptisée Makueni), l’un des districts du Kenya. Dans les
années 1930, des scientifiques coloniaux britanniques avaient condamné les collines érodées et
dégarnies, victimes de la sécheresse et d’un oubli de l’environnement ; ce fut le cas de la population
locale Akamba qui fut considérée comme condamnée à une existence de pauvreté et de misères.

Le
même récit avait encore été tenu dans les années 1950 à 1970.
Pourtant, les chercheurs ont trouvé sur le terrain des collines vertes, moins érodées et plus
productives que jamais, en dépit d’un accroissement de la population qui avait quintuplé. Les Akamba
ont répondu à la sécheresse en passant de la garde des troupeaux de bovins à une agriculture
sédentaire, ce qui les a incité à travailler la terre de façon efficace.

 Le Niger : un pays où les arbres s’implantent

Aujourd’hui au Niger, des millions d’arbres sont en plein essor, grâce aux pauvres agriculteurs locaux.
Il y a au moins 3 millions d’hectares d’arbres, qui ne résultent pas de la plantation à grande échelle ou
d’autres méthodes coûteuses souvent prônées par les hommes politiques africains et les organismes
d’assistance, mais par les efforts individuels des agriculteurs eux­mêmes. La zone est beaucoup plus
verdoyante qu’elle ne l’était il y a 30 ans et ces gains sont survenus à un moment où la population du
Niger avait explosé.

Comment tout cela s’est­il constitué ? Lydia Polgreen a raconté l’histoire dans le Herald Tribune [7]. Il
y a environ 20 ans, les agriculteurs, comme Ibrahim Danjimo, ont réalisé exactement ce qu’il fallait
faire. "Nous regardions autour, tous les arbres se trouvaient loin du village", dit­il, "Tout à coup, tous
les arbres ont disparu.".

Danjimo, qui est maintenant dans sa quarantaine, a travaillé les sols sableux et rocailleux de son petit
village, depuis qu’il était enfant. Lui et les autres agriculteurs de Guidan Bakoye ont pris une mesure
radicale : ne pas éclaircir et abattre les jeunes arbres avant de mettre leurs champs en culture,
comme ils l’avaient fait depuis des générations. Au lieu de cela, ces nouvelles pratiques permirent de
protéger et d’alimenter les jeunes plants d’arbres, soigneusement contournés lors des labours en vue
de faire des semis de mil, de sorgho, d’arachide et d’autres légumineuses.

Un autre changement a été la façon dont les arbres ont été considérés par la loi. Depuis l’époque
coloniale, tous les arbres au Niger avaient été la propriété de l’Etat, ce qui avait conduit les
agriculteurs à être peu enclins à les protéger et ils étaient généralement coupés pour le bois de
chauffage ou les constructions.

Au fil du temps, les agriculteurs ont commencé à considérer les arbres poussant dans leurs champs
comme leur propriété et, ces dernières années, le gouvernement a reconnu ces avantages : les
personnes sont autorisées à exploiter leurs propres arbres. Les agriculteurs font ainsi de l’argent à
partir des arbres en vendant des fagots, des gousses, des fruits et des écorces.

Larwanou Mahamane, un expert forestier de l’Université de Niamey, la capitale du Niger, a déclaré
que le regain des arbres a transformé la vie rurale. Les agriculteurs peuvent vendre le bois pour se
faire de l’argent, ils peuvent nourrir leurs animaux avec les gousses qui sont utilisées comme fourrage,
ou encore vendre ou manger les feuilles et les fruits. Les racines des arbres fixent le sol en place,
l’empêchant d’être emporté par les vents violents du Sahel. Les racines aident aussi à retenir l’eau
dans le sol plutôt que de le laisser ruisseler dans les ravines lors des inondations qui détruisent les
villages et les cultures.

« La lutte pour la subsistance des 13 millions d’habitants du Niger, un univers écologique fragile,
ressemble un peu à l’agencement des pièces d’un puzzle », déclara Larwanou ; « .Moins de 12 pour
cent de la superficie du pays peut être cultivée et une grande part de cette surface est densément
peuplée. Pourtant, 90 pour cent des habitants du Niger vivent de l’agriculture, cultivant une bande de
terres semi­aride, qui s’étend le long de la bordure sud du pays ».
Les agriculteurs pratiquent surtout une agriculture pluviale. Le retour des arbres augmente le revenu
des agriculteurs, amortissant le boom démographique et modifiant le cycle vicieux antérieur de
l’agriculture et de l’élevage.

Ibrahim Idy, un agriculteur de Dahirou, un village dans la région de Zinder, dispose de 20 baobabs
dans ses champs. La vente des feuilles et des fruits lui confère annuellement environ 300 US$ de
revenus supplémentaires. Il a utilisé cela pour l’achat d’une pompe motorisée, qui puise l’eau de son
puits pour irriguer ses champs de choux et de laitues ; il peut maintenant envoyer ses enfants à
l’école. Son voisin, qui a moins de baobabs, ne peut pas se permettre de scolariser ses enfants : ils
doivent rester pour tirer l’eau du puits. Dans certaines régions, des étendues de terres qui étaient
devenues inutilisables pour l’agriculture, ont été récupérées avec une main­d’oeuvre bon marché et à
l’aide de techniques peu coûteuses.

Dans le village de Koloma Baba, dans la région de Tahoua, située juste à la bordure sud du désert,
un groupe de femmes veuves a récupéré des parcelles que l’on pensait à jamais stériles. Elles ont
creusé des fossés entre les parcelles de terre, devenue aussi dure que de l’asphalte, placé une pelle
de fumier dans chaque trou, en l’attente de la pluie. Les fossés ont retenu l’eau, le fumier a
emmagasiné les éléments fertilisants dans le sol et la fertilité de ce dernier a été retrouvée.

De cette
façon, plus de 240.000 ha de terres ont été récupérés, selon les chercheurs. Mais on y mène toujours
une existence précaire, de subsistance : les femmes produisent de quoi manger mais elles frôlent
toujours la catastrophe, à la merci d’un manque de précipitations.
Bien que l’expérience de reverdissement sur une vaste échelle soit unique au Niger, de petites
parcelles de terre ont été remises en état dans d’autres pays. "Il faut vraiment l’effort de toute la
communauté », a déclaré Larwanou. "Si chaque agriculteur ne se prend pas en charge lui­même et si
la communauté ne le soutient pas, cette régénération par les agriculteurs ne peut pas marcher."

Moussa Bara, le chef du village de Dansago, dans la région d’Aguié où la régénération des terres a
rencontré un immense succès, reconnaît que le village avait énormément bénéficié de la relance des
arbres. Il a déclaré que pas un seul enfant n’était mort de malnutrition durant la crise alimentaire que
connut le Niger en 2005, essentiellement en raison du surcroît de revenu provenant de la vente du
bois. Pourtant, a t­il dit, le village comprend encore un trop grand nombre de bouches à nourrir.

 Le projet Oasis doit rester dans les mains des agriculteurs

Chris Reij, qui est maintenant basé à l’Université libre d’Amsterdam aux Pays­Bas, a présenté les
conclusions relatives à la situation au Niger, lors d’un symposium intitulé "Du Désert à l’Oasis", qui
s’est tenu à Niamey. Il veut étendre la réussite du Niger vers les pays voisins, dont le Mali, le Sénégal
et le Burkina Faso. Le programme fera partie de l’initiative Oasis qui vise à récupérer des parties
désertiques ; il a été lancé par 11 pays africains lors du colloque en octobre 2006, avec l’appui de la
recherche internationale et d’agences gouvernementales [8].

Espérons qu’ils vont continuer à laisser les agriculteurs locaux conduire les projets, avec les
scientifiques qui apporteront leur soutien. Comme l’a souligné Fred Pearce dans le « Miracle
sahélien » [5], "Ce n’est pas une percée de haute technologie, ni le résultat d’un programme d’aide
occidentale."

L’une des principales raisons de la surestimation de la dégradation des terres réside dans la sous­
estimation des capacités des agriculteurs locaux [6]. Les chercheurs scientifiques, les décideurs
politiques et les travailleurs humanitaires doivent reconnaître l’importance capitale des connaissances
locales et de l’ingéniosité de celles­ci pour l’innovation, ainsi que les réseaux collectifs de coopération
pour résoudre nos problèmes de survie en cette période de réchauffement planétaire et de
changement climatique.

Le reverdissement du Sahel est un bel exemple de la façon dont le système de connaissances
dominant occidental avait grossièrement mal conseillé les décideurs politiques : ce sont bien les
connaissances et les initiatives des agriculteurs locaux qui ont sauvé la situation.

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 Définitions et compléments

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 :
Jacques Hallard, Ing. CNAM, consultant indépendant.
Relecture et corrections : Christiane Hallard­Lauffenburger, professeur des écoles honoraire
Adresse : 19 Chemin du Malpas 13940 Mollégès France

Courriel : jacques.hallard921@orange..fr

Fichier : Agriculture Développement durable Greening the Desert ISIS French.5 Réduit


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