ISIAS

"Faut-il produire des anticorps, pour prévenir les caries dentaires, à partir de plants de tabac hybrides génétiquement modifiés ?" par le Professeur Joe Cummins et Dr. Mae-Wan Ho

Traduction et compléments de Jacques Hallard
dimanche 9 septembre 2007 par Cummins Professeur Joe, Ho Dr Mae-Wan

Santé OGM
Faut-il produire des anticorps, pour prévenir les caries dentaires, à partir de plants de tabac hybrides génétiquement modifiés ?

La proposition de dissémination dans l’environnement, présentée ici, n’a pas considéré les risques que présentent des anticorps sur la vie sauvage et sur les êtres humains, ni le transfert horizontal des gènes marqueurs de résistance aux antibiotiques vers des bactéries connues pour leur pouvoir pathogène, nous rappellent le Professeur Joe Cummins et Dr. Mae-Wan Ho

Communiqué de presse de l’Institut ISIS en date du 09/07/2007

La version originale en anglais, intitulée Antibodies from Hybrid GM Tobacco Plants est accessible sur le site suivant : http://www.i-sis.org.uk/antibodiesinhybridtobaccoplants.php

Ce rapport a été soumis, sous l’égide de l’Institut ISIS, à l’USDA, le Département de l’Agriculture aux Etats-Unis.
SVP faites circuler largement cette information.

 Des anticorps contre les caries dentaires

Le service d’inspection sanitaire des plantes et des animaux (APHIS), du Ministère de l’Agriculture des Etats-Unis (l’USDA), a préparé une évaluation environnementale en réponse à une demande d’autorisation soumise par la société Planet Biotechnology afin de disséminer dans l’environnement un hybride interspécifique de tabac Nicotiana génétiquement modifiée [1] ; le dossier a été mis en consultation auprès du public à partir du 13 juillet 2007 sur le site suivant : http://www.regulations.gov/fdmspublic/component/main.

Le matériel végétal hybride spécifique 06PBCarHG1 (Nicotiana tabacum x N. glauca) a été obtenu en croisant un Nicotiana tabacum transgénique (produisant un anticorps monoclonal antimicrobien qui se lie à la bactérie Streptococcus mutans, cette dernière étant responsable de la carie dentaire chez les humains), avec le Nicotiana glauca.

Le dossier, formulé en 2005, porte sur une demande d’autorisation pour disséminer l’hybride transgénique sur 100 acres dans le comté de Daviess, Etat du Kentucky aux Etats-Unis, et sur la période de juin 2007 à l’automne 2007.

Après la récolte des feuilles de cet hybride de tabac, la société extraira et purifiera l’anticorps CaroRx™ dont l’utilisation est prévue pour empêcher les caries dentaires. Aux Etats-Unis, CaroRx™ est un nouveau médicament en cours d’expérimentation (BB-IND # 7526) et c’est un dispositif médical enregistré dans l’Union européenne, [1].

 L’anticorps Caro RX™, utilisé pour l’immunisation passive, ne devrait pas être présumé inoffensif et sûr

Le matériel hybride de Nicotiana 06PBCarHG1 produit les composantes de l’anticorps sécréteur CaroRxTM : chaîne légère, chaîne lourde et chaîne J de la souris, ainsi que le composant sécréteur du lapin ; le tout est sous la conduite du promoteur du virus de la mosaïque de chou-fleur (CaMV).

Ces composantes ont été copiées et exprimées dans le tabac par des événements de transformation indépendants. Les événements ont été ensuite combinés dans une seule et même lignée par les méthodes classiques de l’amélioration des plantes.

L’anticorps monoclonal produit dans le tabac (OGM) génétiquement modifié est un mélange synthétique de séquences génétiques de souris et de lapin. L’application de l’anticorps synthétique conduit à l’immunité passive vis-à-vis de la bactérie Streptococcus mutans chez les humains traités avec cet anticorps.

La production des anticorps monoclonaux chez des plantes a été décrite dans un certain nombre de brevets [2, 3]. Ceux-ci comportent l’ensemble des anticorps monoclonaux dans des plantes transgéniques de tabac [4] et la génération des anticorps sécréteurs dans les plantes [5].

Des anticorps monoclonaux recombinants issus de plantes ont été examinés chez les sujets humains en vue d’une immunothérapie préventive contre la carie dentaire [6]. La petite étude clinique a prouvé le concept, mais elle n’était pas suffisante pour établir que le traitement était inoffensif et sûr si on l’appliquait à une grande population hétérogène.

L’évaluation environnementale réalisée par l’APHIS pour l’anticorps CaroRX dans le tabac hybride transgénique, présume que l’anticorps de recombinaison sera contenu sur la parcelle d’expérimentation au champ de 100 acres ; parce qu’il n’y aura peu ou pas de pollen produit par les plantes de tabac hybrides.

Il y a de fortes probabilités pour que le pollen et les débris des organes végétaux en décomposition soient entraînés vers l’extérieur et vers les eaux souterraines, qui seront alors souillés avec l’anticorps transgénique ; mais aucune disposition n’a été prise pour surveiller une telle contamination. Car les gènes et les protéines produits dans le tabac hybride transgénique ne sont que des approximations synthétiques des anticorps normaux : le produit ne devrait pas être présumé sûr pour les animaux sauvages et protégés, aussi longtemps que des études appropriées de laboratoire n’auront pas été entreprises.

Cela vaut la peine de mentionner que l’anticorps transgénique n’est pas la seule solution existante pour stimuler l’immunisation passive dans le but d’empêcher la carie dentaire. Un rinçage de bouche avec du jaune d’oeuf provenant de poulets immunisés contre Streptococcus mutans a efficacement empêché la bactérie de coloniser des sujets humains [7].

En revanche, l’emploi de bactéries probiotiques transgéniques pour l’immunisation est plus risqué que les anticorps de tabac transgénique. Les lactobacilles modifiés pour contenir les anticorps à simple chaîne contre Streptococcus mutans, peuvent fournir une distribution continue de l’anticorps recombiné dans la cavité buccale et ils sont considérés, en thérapie, comme supérieurs au procédé de lavage de la bouche [8].

Cependant, de telles bactéries probiotiques transgéniques peuvent se transformer en agents pathogènes graves, pré-adaptés pour envahir l’intestin humain et nous avons recommandé que ces probiotiques génétiquement modifiés soient interdits (Genetically Modified Probiotics Should Be Banned [9] (ISIS scientific publication). La version française intitulée ″OGM - Interdisons les probiotiques génétiquement modifiés″, est accessible sur le site suivant : www.i-sis.org.uk/BanGMprobiotics.php )

 Vaccins d’ADN pour l’immunisation active

L’immunité passive n’est pas la seule approche pour contrôler Streptococcus mutans. Des antigènes de la bactérie sont aussi administrés en utilisant des applications orales ou nasales. La prise préférée de l’antigène fait appel à un plasmide à ADN anti-caries qui porte le gène codant pour l’antigène bactérien.

L’application intranasale du plasmide a réduit de manière significative la carie dentaire chez des rats [10]. Les adjuvants génétiques, tels que le gène pour l’interleukine-5 ou le gène de toxine cholérique, ont augmenté la protection contre la carie chez les souris [11]. L’immunisation intranasale des lapins et des singes avec un vaccin anti-caries s’est montrée capable d’empêcher efficacement les caries dentaires [12].

Un ADN anti-caries s’est avéré en mesure de produire une immunité prolongée chez les souris : elle a été autorisée pour des expérimentations chez des humains par la FDA, l’Administration pour l’alimentation et les médicaments aux Etats-Unis [13]. L’immunisation active peut être en soi supérieure à l’immunisation passive et l’utilisation des vaccins d’ADN évitera la pollution environnementale potentielle qui est liée à la production des vaccins passifs chez des plantes cultivées. Cependant, les plus grands doutes demeurent en ce qui concerne l’innocuité et la sûreté de ces vaccins d’ADN [14] (How to Stop Bird Flu Instead, SiS 35) ; la version en français, intitulée "Comment arrêter la grippe aviaire autrement qu’à l’aide du modèle qui fait appel au vaccin" est accessible sur le site suivant : http://yonne.lautre.net/article.php3?id_article=2429

Ces doutes ont déjà été émis par les chercheurs eux-mêmes [15], qui ont indiqué les risques suivants : les maladies auto-immunes, la contamination avec des toxines bactériennes, les réactions croisées immunitaires avec des protéines humaines, la tolérance immunitaire, l’intégration de l’acide nucléique dans le génome des cellules, y compris dans des cellules germinales et la transmission aux générations suivantes, la recombinaison avec des virus et les bactéries de l’hôte et la possibilité de créer de nouveaux agents pathogènes, ainsi que le transfert des gènes marqueurs de résistance aux antibiotiques chez les bactéries.

Les promoteurs forts issus des virus peuvent déclencher des cancers, et, pour finir, engendrer une toxicité hépatique par le jeu des petits ARN interférants.

 Ces risques s’appliquent-ils aux vaccins d’ADN utilisés ?

Il est important que la vigilance et la surveillance, après leur dissémination, soient mises en place et assurées.

 Risques du transfert horizontal des gènes marqueurs de résistance aux antibiotiques

L’hybride de tabac 06PBCarHG1 contient deux produits protéiques supplémentaires qui sont exprimés sous le contrôle du promoteur végétal nos (l’un des très rares promoteurs bactériens qui sont connus pour être fonctionnels chez les plantes).

Ces protéines sont NPTII (d’E.coli), une enzyme qui confère la résistance à la kanamycine, utilisée en tant que gène marqueur de sélection, et NOS (d’Agrobacterium tumefaciens), une enzyme qui forme la nopaline, à partir des acides aminés arginine et acide alpha-cétoglutarique ; mais ces enzymes n’ont pas été employées comme marqueurs de sélection dans la construction du matériel 06PBCarHG1.

Ce matériel 06PBCarHG1 contient également le gène trfA (d’E. coli) qui code pour la synthèse d’une protéine de liaison de l’ADN, importante pour la réplication du plasmide à ADN, d’une part, et le gène add3 (d’E. coli) qui code pour les résistances à la streptomycine et à la spectinomycine, d’autre part.

Ces gènes sont conduits par des promoteurs bactériens non reconnus par les plantes et ils ne sont donc pas exprimés dans le matériel 06PBCarHG1. Les séquences additionnelles non codantes, contenues dans la plante transformée, mais non converties en produits protéiques dans l’hybride transgénique 06PBCarHG1, sont : colEI et rk2, à l’origine de la réplication, toutes deux provenant d’E. coli et enfin le terminateur nos d’A.tumefaciens [1].

Les gènes de résistance aux antibiotiques présentent tous les mêmes dangers pour les êtres humains, pour les plantes et pour les animaux, lorsqu’ils se trouvent transférés horizontalement vers des bactéries pathogènes, qu’ils soient fonctionnels ou non chez les plantes transgéniques.

Les séquences des gènes trfA et rk2 augmentent la probabilité de réplication de l’ADN transgénique et, par conséquent, la probabilité pour qu’un transfert génétique horizontal fortuit se produise.

La possibilité d’un transfert horizontal de l’ADN transgénique ne semble pas avoir été envisagée.

 Conclusion

La dissémination à partir d’une grande expérimentation au champ d’un tabac transgénique génétiquement modifié, produisant un anticorps hybride de souris et de lapin, qui est destiné à l’immunisation passive contre la carie dentaire, présente des risques environnementaux qui sont supérieurs aux avantages.

On n’a pas encore démontré que l’immunisation passive, offerte par le tabac transgénique, est supérieure à l’emploi de jaune d’oeuf provenant de poulets immunisés avec des bactéries.

En outre, l’immunisation active qui fait appel à des vaccins d’ADN peut assurer la protection à long terme contre la maladie sans présenter de risques environnementaux ; cependant, les risques potentiels des vaccins d’ADN doivent également être pris en compte.

Références bibliographiques &
Définitions et compléments en français

par Jacques Hallard

Pour recevoir le dossier complet avec les notes du traducteur scientifique, Jacques Hallard, nous écrire (fichier de 3Mo).

yonne.lautre@laposte.net


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