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"Il faut passer rapidement à une agriculture durable, selon des agences de l’ONU" par le Dr. Mae-Wan Ho

Traduction et compléments de Jacques Hallard
lundi 4 avril 2011 par Ho Dr Mae-Wan

ISIS Agriculture Agroécologie
Il faut passer rapidement à une agriculture durable, selon des agences de l’ONU
Sustainable Agriculture Urgently Needed, UN Agencies Say
Il est maintenant largement reconnu que le passage rapide des monocultures industrielles à l’agriculture durable est indispensable pour sauvegarder le climat et afin de garantir la sécurité alimentaire pour toutes les populations.
Dr. Mae-Wan Ho


Rapport ISIS 04/04/2011
La version originale en anglais s’intitule Sustainable Agriculture Urgently Needed, UN Agencies Say ; elle est accessibla sur le site www.i-sis.org.uk/Sustainable_Agricu...
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http://www.i-sis.org.uk/foodFutures.php
Publication ‘Food Futures Now -*Organic *Sustainable *Fossil Fuel Free’ - Mae-Wan Ho
Sam Burcher, Lim Li Ching & others - ISIS-TWN Report - Sustainable World 2nd report

Un changement rapide et significatif de l’agriculture conventionnelle, industrialisée et conduite en monocultures, vers des systèmes de production agricole durable est indispensable, selon un nouveau document de travail émanant de la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED) [1].

Cette évolution s’inscrit dans la suite d’un rapport d’Olivier de Schutter, qui est le rapporteur spécial sur le droit à l’alimentation, auprès des Nations Unies, démontrant que l’agroécologie, ou agriculture écologique, peut arriver à doubler la production alimentaire dans des régions entières au cours des dix prochaines années, tout en atténuant le réchauffement planétaire et les changements climatiques qui en résultent, d’une part, et en diminuant la pauvreté des populations vivant dans les zones rurales, d’autre part [2]..

Ces deux nouveaux documents confirment ce que nous avions déjà mentionné dans notre rapport détaillé publié en 2008 [3] ( Food Futures Now : * Organic * Sustainable * Fossil Fuel Free , ISIS / TWN publication), ainsi que dans notre appel qui préconisait, dès 2003, un changement global pour une agriculture durable et sans OGM [4] ( The Case for A-Free Sustainable World GM , Independent Science Panel Report, publication ISIS)*.
* Nous proposons de consulter l’étude suivante : ‘Développement durable – OGM - Pour un monde soutenable, durable et sans modifications génétiques’ – D’après ‘Making the World GM-Free & Sustainable’, du Dr. Mae-Wan HO ; traduction, définitions et compléments de Jacques Hallard. Accessible sur le site http://www.i-sis.org.uk/pdf/MWGMSfr.pdf

  Les scientifiques constatent régulièrement que l’agroécologie peut doubler la production alimentaire

Le rapport écrit par De Schutter, intitulé ‘Agro-ecology and the right to food’, L’Agroécologie et le droit à l’alimentation, a été présenté au Conseil des Droits Humains des Nations Unies le 8 Mars 2011. Il s’inspire largement de la littérature scientifique récente pour étayer ses conclusions [2] : « Des preuves scientifiques actualisées montrent que les méthodes agroécologiques dépassent les méthodes qui font appel à l’utilisation des engrais chimiques de synthèse pour stimuler les productions agricoles et alimentaires, dans les zones où vivent des populations les plus affamées - en particulier dans des environnements défavorables ».

« L’agroécologie imite la nature, et non pas les procédés industriels. Elle remplace les intrants externes comme les engrais, par une connaissance sur la façon dont une combinaison juducieuse des plantes, des arbres et des animaux, peut améliorer la productivité de la terre », a déclaré De Schutter à Stephen Leahy de l’IPS (Inter Press Service) [5] : « Les rendements ont augmenté de 214 pour cent dans 44 programmes répartis dans 20 pays d’Afrique sub-saharienne, à l’aide des techniques agricoles de type agro-écologique, sur une période de 3 à 10 ans ... soit beaucoup plus que n’importe quel OGM [Organisme Génétiquement Modifié] mis en culture n’a jamais donné ».

« D’autres évaluations scientifiques récentes ont montré que les petits agriculteurs répartis dans 57 pays, qui utilisaient les techniques agro-écologiques, ont obtenu des augmentations de rendement moyen de 80 pour cent. En Afrique, les augmentations moyennes des rendements étaient de 116 pour cent ».

  Les engrais chimiques produisent une augmentation rapide des rendements, mais les résultats ne sont pas durables

De Schutter a critiqué les efforts déployés par les gouvernements et les principaux bailleurs de fonds, tels que ‘ $ 400 million Alliance for a Green Revolution in Africa’ (AGRA), l’Alliance ‘400 millions de dollars pour une révolution verte en Afrique’, pour subventionner l’utilisation des engrais et des semences hybrides : le résultat est une augmentation rapide des rendements, mais ces derniers ne sont pas viables à long terme [5].

Le Malawi est présenté comme une réussite par les bailleurs de fonds d’AGRA, comme la Fondation Gates et la Fondation Rockefeller, qui ont massivement subventionné les engrais chimiques pour une amélioration correspondante de la production alimentaire. Mais le pays ne peut plus se permettre de continuer à bénéficier de ces subventions et il s’oriente vers l’agroécologie. « Le gouvernement [du Malawi] subventionne désormais les agriculteurs pour planter des arbres fixateurs d’azote dans leurs champs, afin d’assurer une croissance soutenue de la production de maïs », a déclaré De Schutter.

Le point de vue dominant de l’agriculture actuelle est l’approche industrielle dans le but de maximiser l’efficacité et les rendements. Cette approche est totalement dépendante des combustibles fossiles bon marché et ces derniers n’ont jamais été tenus pour responsables de la dégradation de l’environnement et des autres impacts négatifs. « Il est juste de dire qu’entre 45 et 50 pour cent de toutes les émissions humaines de gaz à effet de serre, responsabless du réchauffement de la planète, proviennent de cette forme actuelle de la production alimentaire », a ajouté De Shutter.
Les émissions des gaz à effet de serre de l’agriculture industrielle ne sont pas simplement que le dioxyde de carbone, résultant de la combustion des combustibles et des carburants fossiles. Elles comprennent d’énormes quantités d’autres gaz à effet de serre, comme le méthane provenant de l’engraissement intensif d’animaux, ainsi que l’oxyde nitreux ou protoxyde d’azote provenant des engrais chimiques azotés qui sont appliqués sur les cultures.

Si l’on ajoute la déforestation, principalement pratiquée pour accroître les superficies des terres agricoles ou des plantations, c’est environ un tiers de toutes les émissions de gaz à effet de serre. Maintenant, si l’on prend en compte les émissions provenant de la transformation agroalimentaire des aliments et le transport à longue distance des aliments partout à travers le monde, cela représente près de la moitié de toutes les émissions des gaz à effet de serre qui sont d’origine humaine.

« Le système alimentaire, en tant que tel, n’est pas la source importante des émissions de gaz à effet de serre : le problème est la façon dont nous avons conçu ce système autour de l’énergie fossile combustible à bon marché », a encore déclaré De Schutter. L’agriculture écologique, ou agroècologie, peut produire plus de nourriture pour les populations les plus pauvres du monde, tout en réduisant les émissions des gaz à effet de serre ; elle peut même permettre de stocker le carbone dans les sols.

  L’agriculture à petite échelle est la clé du succès

« Nous ne résoudrons pas le problème des famines et nous ne stopperons pas les changements climatiques avec l’agriculture industrielle et des plantations conduites sur de grandes surfaces cultivées. La solution réside dans le soutien des connaissances des agriculteurs travaillant à petite échelle et dans l’expérimentation de terrain, ainsi qu’en augmentant les revenus des petits exploitants afin de contribuer au développement rural local ». a affirmé De Schutter [5].

Il a appelé la communauté des chercheurs, y compris les centres du Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale et le Forum mondial sur la recherche agricole, à augmenter le budget de la recherche agro-écologique à tous les niveaux : de la conception du développement durable et résilient des systèmes agro-écologiques dans ce domaine, aux impacts des différentes pratiques sur les revenus et les moyens de subsistance dans les fermes et chez les communautés rurales, ainsi que l’impact sur le développement socio-économique, aux niveaux national et territorial au sein des états, enfin des stratégies participatives de renforcement et des politiques publiques [2].

Les scientifiques devraient être formés aux approches et aux conceptions agroécologiques, y compris aux méthodes de la recherche participative qui impliquent de travailler avec les agriculteurs, et de veiller à ce que leur culture, en matière d’organisation, soit favorable à des innovations agro-écologiques et à une recherche véritablement participative.
En outre, les projets devront être évalués sur la base d’un ensemble complet de critères de performance : les impacts sur les revenus, l’efficacité des ressources utilisées, les effets sur la faim et la malnutrition, la responsabilisation des bénéficiaires, etc… et pas seulement en termes des mesures agronomiques classiques.

  Un changement global vers l’agriculture durable est requis de façon urgente

Le document de travail de la CNUCED [1] renforce le rapport de De Schutter. Il souligne que le changement climatique pourrait réduire la production agricole totale, dans de nombreux pays en développement, de près de 50 pour cent dans les prochaines décennies, en particulier en Asie du Sud et en Afrique sub-saharienne, alors que la projection sur l’évolution de la population, indique que cette dernière aura doublé dans le même temps. Le recours aux importations est impraticable et ne peut pas être envisagé en raison du trop faible pouvoir d’achat et de l’augmentation prévue des prix des denrées alimentaires.

Actuellement, la part de l’agriculture dans le PIB mondial est d’environ 4 pour cent, mais l’agriculture contribue à environ 13-32 pour cent des émissions mondiales des gaz à effet de serre (GES), selon que l’on compte uniquement les coûts directs, ou que l’on incorpore les contributions indirectes comme les changements d’utilisation des terres, la dégradation des sols fertiles et la déforestation.

Ainsi, les émissions des gaz à effet de serre GES de l’agriculture et de la sylviculture sont plus élevées que dans des secteurs vitaux à forte intensité énergétique, comme les secteurs industriels du fer et de l’acier, les cimenteries, les produits chimiques ou les métaux non-ferreux, et les émissions du secteur agricole sont même supérieures à celles à celles du secteur mondial de l’énergie.

Dans un scénario ‘business-as-usual’, si les choses continuent à de passer comme actyellement, les émissions de gaz à effet de serre GES d’origine agricole devraient augmenter de près de 40 pour cent d’ici 2030. La poursuite de l’industrialisation de la production agricole ne peut que renforcer cette tendance, et cela constitue donc des étapes de plus dans la mauvaise direction.

  Des sources aux puits des gaz à effet de serre

Si l’agriculture est transformée et envisagée de façon correcte par rapport aux nécessités, elle peut passer de son état actuel que contribue négativement au changement climatique, en une partie essentielle de la solution de ce dernier. En fait, de nombreuses pratiques de production durable peuvznt être neutres pour le climat ou même devenir un puits de carbone (comme nous l’avons déjà montré dans le rapport de l’ISIS [3]).
Une approche beaucoup plus globale et holistique est nécessaire afin que l’on considère les agriculteurs, non seulement en tant que producteurs de produits agricoles et alimentaires, mais aussi en tant que gérants du développement durable des systèmes agro-écologiques [1].

La transformation nécessaire est beaucoup plus profonde et ne consiste pas simplement à peaufiner les systèmes actuels de l’agriculture dominante.

Le document de travail de la CNUCED [1] a appelé à une transformation d’un système de monocultures avec des niveaux élevés d’intrants, en une mosaïque de systèmes de ‘régénération », que certains d’entre nous ont déjà décrits comme des systèmes basés sur une ‘économie circulaire de la nature’ [3, 6, 7] (Sustainable Agriculture, Green Energies and the Circular Economy, SiS 46 * ; Sustainable Agriculture Essential for Green Circular Economy, ISIS Lecture) **.
* La version en français s’intitule "L’écologisation de la Chine : L’agriculture durable, les énergies vertes et l’économie circulaire" par le Dr. Mae-Wan Ho, traduction, définitions et compléments de Jacques Hallard ; elle est accessible sur le site : http://yonne.lautre.net/spip.php?ar...

** La version en français s’intitule "Une agriculture durable est essentielle pour une économie circulaire et écologique" par le Dr. Mae-Wan Ho, traduction, définitions et compléments de Jacques Hallard ; elle est accessible sur le site : http://yonne.lautre.net/spip.php?ar...

Pour transformer profondément l’agriculture vers une mosaïque de pratiques de développement durable et régénératif, il faut prendre « des mesures politiques audacieuses et visionnaires », lit-on dans le document de la CNUCED [1] : « Les gouvernements des pays en développement peuvent aller de l’avant avec des mesures efficaces au niveau national, alors que les progrès au niveau international sont lents », et que « l’atténuation du changement climatique et l’adaptation agricole ont des coûts faibles, voire inférieurs », en s’appuyant sur les ressources locales, sur les connaissances disponibles et sur les compétences.

Toutefois, il est indispensable de procéder à une augmentation considérable des dépenses publiques pour l’agriculture, pour l’éducation et les services de vulgarisation, ainsi que pour l’amélioration des infra-structures locales visant à responsabiliser en particulier les petits agriculteurs, afin d’accroître considérablement la productivité totale des nouveaux systèmes agricoles de régénération.

  Des preuves irréfutables en faveur de l’agriculture écologique ou agroécologie

« La preuve [en faveur de l’agroécologie ou ’éco-agriculture durable’] est irréfutable. Si nous pouvons changer notre manière de cultiver la terre et la façon dont nous produisons et dont nous distribuons les denrées alimentaires, nous pouvons disposer d’une solution puissante pour la lutte contre la crise climatique », a déclaré Henk Hobbelink, coordinateur du GRAIN à l’IPS [5]. GRAIN, une organisation internationale non-gouvernementale, a produit un rapport en 2009 qui montre que l’agriculture industrielle a été et reste de loin la plus importante source de gaz à effet de serre.

« Il n’y a pas d’obstacles techniques à l’obtention de ces résultats réalistes [de doubler la production alimentaire avec l’éco-agriculture durable ou agroécologie], ce n’est qu’une question de volonté politique », a ajouté Hobbelink. Les politiques agricoles, commerciales et économiques sont actuellement biaisées, orientées en faveur du système de production alimentaire industrielle. Et beaucoup de ces politiques poussent hors des terres cultivables fertiles les petits agriculteurs, précisément ceux qui sont de loin les plus efficaces en termes de limitation des émissions de carbone et qui sont les plus économes en consommation d’énergie.

De Schutter a déclaré que les techniques et les avantages de l’agroécologie sont maintenant bien établis [5] : son rôle est alors maintenant de pousser les gouvernements à modifier les politiques et à soutenir la transformation des productions agricoles et alimentaires.
« Les entreprises privées ne veulent pas investir de temps ni d’argent dans des pratiques qui ne peuvent pas être récompensées à travers des brevets et qui ne sont pas en mesure de leur ouvrir des marchés pour leurs produits chimiques et pour leurs semences améliorées » a encore déclaré De Shutter.

« Si nous n’arrivons pas à transformer radicalement le sens du système alimentaire mondial, nous ne serons jamais en capacité de nourrir le milliard de personnes qui ont faim présentement ... et serons-nous nous-mêmes en situation de nous nourrir à l’avenir ? »
Nous sommes tout à fait d’accord là-dessus, pour des raisons qui ont été exposées et détaillées dans nos publications antérieures [3, 6, 7].

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 Définitions et compléments en français

 Traduction, définitions et compléments :

Jacques Hallard, Ing. CNAM, consultant indépendant.
Relecture et corrections : Christiane Hallard-Lauffenburger, professeur des écoles
honoraire.
Adresse : 19 Chemin du Malpas 13940 Mollégès France
Courriel : jacques.hallard921@orange.fr
Fichier : ISIS Agriculture Agroécologie Sustainable Agriculture Urgently Needed, UN Agencies Say French version.2

[1Hoffman U. Assuring Food Security in Developing Countries under the Challenges of Climate Change : Key Trade and Development Issues of a Fundamental Transformation of Agriculture, UNCTAD Discussion Paper No. 201, 15 March 2011

[2De Schutter O. Agro-ecology and the right to food, UN Special Rapporteur on the right to food annual report to the UN Human Rights Council, 8 March 2011

[3Ho MW, Burcher S, Lim LC, et al. Food Futures Now, Organic*Sustainable*Fossil Fuel Free, ISIS/TWN, London/Penang, 2008, http://www.i-sis.org.uk/foodFutures.php

[4Ho MW, Lim LC, et al. The Case for a GM-Free Sustainable World, Independent Science Panel Report, ISIS/TWN, London/Penang, 2003. http://www.i-sis.org.uk/TheCaseforA...

[5“Save climate and double food production with eco-farming”, Stephen Leahy, IPS, 8 March 2011, http://ipsnews.net/news.asp?idnews=54768


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