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"Du lait humain à partir de bovins transgéniques clonés" par le Professeur Joe Cummins

Traduction et compléments de Jacques Hallard
mardi 26 avril 2011 par Cummins Professeur Joe

ISIS Santé Clonage OGM
Du lait humain à partir de bovins transgéniques clonés
Human Milk from Cloned Transgenic Cattle
Malgré des incertitudes et de graves inquiétudes concernant les risques sanitaires et des souffrances animales inacceptables, des scientifiques tentent de créer du lait humain à partir de vaches transgéniques, en vue d’une consommation à grande échelle par les êtres humains.
Prof Joe Cummins

Rapport de l’ISIS en date du 26/04/2011
e texte original en anglais est intitulé Human Milk from Cloned Transgenic Cattle ; il est accessible sur le site www.i-sis.org.uk/human_milk_from_cl...
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Le lait humain est apprécié par les bébés et il est essentiel pour la survie des petits enfants prématurés. Il est souhaitable pour tous les nouveaux-nés et il s’est montré efficace dans des situations cliniques telles que la gestion nutritionnelle post-opératoire après résection intestinale, en cas d’allergies alimentaires graves, de maladies métaboliques, de déficiences immunitaires, d’insuffisance rénale chronique, de maladies cardiaques et dans les cas d’un retard de croissance en raison d’une intolérance à l’alimentation.

Il a été rapporté que le traitement par le lait maternel humain améliore la qualité de vie dans les domaines psychologique et spirituel pour un groupe de patients atteints de cancer. En plus, des preuves cliniques ont placé l’alimentation lactée des êtres humains et la fourniture de lait maternel par des donneurs, comme un droit fondamental pour les nouveaux-nés prématurés [1].

Depuis plusieurs années, les biotechnologies ont promu l’idée que le lait humain pourrait être produit en quantités importantes chez des bovins laitiers qui auraient été génétiquement modifiés à cette fin. Dans le meilleur des mondes, le lait maternel - produit à partir de vaches génétiquement modifiées (OGM) - serait mis sur les rayonnages des supermarchés à côté du lait de vache ordinaire. Les bébés ne devraient plus être sevrés du tout, mais passer leur vie avec le lait maternel de substitution dans leurs céréales et leur café. Est-ce que les gens non sevrés se comportent différemment ?

  Lysozyme humain

À l’heure actuelle, la production de lait maternel chez les bovins OGM n’a pas encore été réalisée. Néanmoins, le professeur Li Ning, qui est le directeur des laboratoires publics pour les biotechnologies agricoles à l’Université agricole de Chine, a produit un certain nombre de bovins clonés transgéniques qui produisent des composantes importantes de protéines humaines dans leur lait.

Le lysozyme humain (HLZ)- contenant le plasmide utilisé pour transformer des cellules de bovins, appelé vecteur du transgène pBC2-AVBS-NeoR, contient la région codant pour le lysozyme humain HLZ, une séquence d’ADN de bovin pour la biosynthèse d’un peptide de signal pour la b-caséine, ainsi qu’un marqueur de sélection, à savoir un gène de résistance à la néomycine.

Après un clonage par transfert nucléaire de cellules somatiques, (voir [2] Cloned Meat and Milk Coming , SiS 50) *, 312 embryons de blastocystes ont été transférés dans une vache ‘mère porteuse’.
* La version en français est intitulée "De la viande et du lait provenant d’animaux clonés : il y a de quoi s’inquiéter" par le Dr. Mae-Wan Ho, traduction et compléments de Jacques Hallard. Elle est accessible sur le site http://yonne.lautre.net/spip.php?ar...

Trente-sept veaux sont nés à terme (2 à partir de noyaux donnés par les cellules de la crête génitale du fœtus, FG, 11 à partir de noyaux donnés par les cellules épithéliales de l’oviducte du fœtus, FOV, 23 à partir de noyaux donnés par les cellules épithéliales de l’oviducte du fœtus, FOV-19 et 1 à partir de noyaux donnés par des fibroblastes fœtaux de bovins, BWFF-b1).

Sept veaux sont morts quelques heures après la naissance, et six veaux sont morts dans les 6 mois après la naissance. Vingt-quatre veaux ont survécu et étaient en bonne santé après le sevrage ; ces veaux étaient issus de deux types de cellules : cellules de la crête génitale (2 veaux) et cellules épithéliales de l’oviducte (22 veaux).

Parmi eux, 17 animaux transgéniques clonés sains ont exprimé la biosynthèse de lysozyme humain recombinant (rHLZ), mais seulement 4 ont présenté une lactation normale. Ainsi, le taux de « réussite » a été d’un peu plus de 1 pour cent des embryons implantés sélectionnés, justifiant à peine l’allégation des auteurs selon lesquels [3] : « Cette approche pourrait constituer un moyen peu coûteux et à l’échelle industrielle pour la purification de lysozyme humain recombinant rHLZ En outre, nous avons montré que les propriétés enzymatiques et les caractéristiques physico-chimiques du lysozyme humain recombinant rHLZ étaient identiques à celles du lysozyme humain HLZ. Ainsi le lait de vache transgénique sera probablement bénéfique pour la santé des animaux ».
Outre le fait que le taux de mortalité est inacceptable (de même que la souffrance) chez les veaux, on ne dit rien de la souffrance chez les mères de substitution.

  La lactoferine humaine

Le laboratoire de Li Ning avait produit antérieurement des bovins capables de synthétiser la lactoferrine humaine. Le gène de la lactoferrine humaine recombinante (rhLF) est contenu dans un grand chromosome bactérien artificiel (BAC).

Des fibroblastes de fœtus de bovins ont été co-microinjectés avec un grand chromosome bactérien artificiel BAC de 150 kb, contenant le gène hLF en entier (y compris 39 séquences d’accompagnement de 90-kb et 30 kb) et un plasmide codant pour un gène marqueur.

Les noyaux des fibroblastes transformés ont été injectés dans des ovules de vaches dont le noyau avait été enlevé. Les oeufs ont ensuite été stimulés pour produire des embryons de blastocystes, qui ont été implantés dans des mères porteuses de vaches pour achever leur développement. Le taux de réussite n’a pas été bien meilleur.
Les chercheurs ont affirmé ceci [4] : « ​Avec le clonage transgénique subséquent, nous avons obtenu des bovins transgéniques qui ont exprimé un haut niveau de lactoferrine humaine recombinante rhLF qui est fonctionnelle. Des 623 embryons reconstruits, 280 se sont développés en blastocystes. Parmi ceux-ci, 98 blastocystes choisis au hasard ont été transférés dans 50 vaches receveuses. Dix vaches sont tombées gravides après ce transfert d’embryons, et cinq veaux sont nés à terme (les autres ont avorté spontanément). Enfin, deux veaux, nommés 211 et Xiang, ont survécu après le sevrage et les deux étaient apparemment en bonne santé. Trois des cinq veaux sont morts de maladie gastro-intestinale après la naissance. Il est bien établi que certains des mécanismes inconnus affectent le développement, la croissance et/ou la survie des animaux clonés. Bien que les pertes néonatales soient fréquentes en matière de clonage et diminuent le taux de réussite global, les veaux survivants sont presque toujours transgéniques ».

Ces facteurs inconnus rendent très risquée la consommation de lait de vaches clonées OGM. 

  L’α-lactalbumine humaine

L’α-lactalbumine compose la sous-unité régulatrice de la synthase du lactose (LS) et la b-1 ,4-galactosyltransférase en est la composante enzymatique. Ensemble, ces protéines permettent à la synthase du lactose LS de produire du lactose par la transformation du galactose en glucose. Comme un monomère, l’α-lactalbumine se lie fortement avec des ions de calcium et de zinc et elle peut posséder une activité bactéricide ou anti-tumorale.

Une variante morphologique par pliage moléculaire de l’a-lactalbumine, appelé HAMLET, peut induire l’apoptose (mort cellulaire programmée) des cellules tumorales et immatures.

Le vecteur d’expression, utilisé pour transformer les bovins, contenait le gène humain de l’α-lactalbumine a-LA, avec le gène de résistance à la néomycine. Le vecteur d’expression phLa4-EGFP-NEO a été transfecté dans des cellules épithéliales d’un oviducte fœtal provenant de vaches chinoises de type Holstein.

Les cellules épithéliales α-LA transgéniques ont été transférées dans des ovocytes énuclés, obtenus à partir d’ovaires de gros bovins de couleur jaune et récupérés auprès d’un abattoir. L’activation artificielle des embryons reconstruits eut lieu 30 minutes après la fusion.

Les embryons ont été cultivés pendant 7 jours jusqu’au stade blastocyste, puis ils ont été transférés dans des mères porteuses de la race chinoise jaune de Luxi. Six veaux transgéniques sont nés à terme.

Trois vaches transgéniques, appelées Xingwa, Longwa, et Huiwa (d’environ 30 mois d’âge au moment de cette étude), apparemment en bonne santé, ont été traites pour la caractérisation de la protéine recombinante et l’analyse de la composition du lait. Les trois animaux survivants parmi ce bétail (provenant de 121 animaux arrivés à terme) semblaient normaux à l’âge de 30 mois.

Les chercheurs ont conclu ainsi [5] : « En résumé, l’α-lactalbumine humaine recombinante α-LA, exprimée dans le lait des vaches transgéniques, avait les caractéristiques physico-chimiques semblables à la contrepartie naturelle et elle n’a montré aucun effet secondaire sur le lait transgénique. Puisque l’α-lactalbumine humaine recombinante est équivalente à la lactalbumine humaine naturellle, l’utilisation de cette protéine recombinante comme additif aux préparations pour les nourrissons et pour les aliments promoteurs de santé, est susceptible d’être sûre et inoffensive en terme de sécurité alimentaire ».

Mais leur affirmation et leur revendication ne sont pas correctes.

  Les motifs de glycosylation des protéines humaines génétiquement modifiées (OGM) sont comme ceux des bovins

La glycosylation est l’addition de courtes chaînes glucidiques à certaines parties fixes de la protéine, et qui sont liées à l’activité du signal et à la réponse immunitaire. La protéine humaine produite chez les bovins a adopté le motif, le modèle de la structure morphologique de la glycosylation qui se présente chez la vache.

L’équipe de Li Ning estime que le modèle de type humain pourrait être introduit dans le bétail OGM par un seul gène humain qui contrôle la glycosylation chez les êtres humains. Toutefois, cette modification n’a pas encore été faite sur les bovins devant produire des protéines humaines [6].

Sans cette modification, les protéines humaines avec le type de glycosylation de la vache, sont susceptibles d’être allergènes ou toxiques pour certaines personnes.

Cela a été démontré dans antérieurement dans le cas d’une protéine de haricot qui est inoffensive dans cette espèce végétale et qui, lors de son transfert dans un pois transgénique, a causé de graves réactions immunitaires chez la souris, et provoqué une sensibilité généralisée à l’alimentation (voir [7] Transgenic Pea that Made Mice Ill , SiS 29) *. Cela mit d’ailleurs une fin brutale à un programme de recherches conduites pendant dix ans.
* Version en français à lire à partir de l’article suivant : "OGM : de sérieux risques d’allergie" un dossier de Jacques Hallard, vendredi 9 décembre 2005 avec l’article de l’ISIS : « De sérieuses réactions immunitaires à une protéine transgénique ont été observées au niveau des poumons chez des souris expérimentales nourries avec de la farine d’un pois transgénique créé pour présenter une résistance à une bruche qui ravage les gousses et les graines chez cette espèce… ». Document 2 de la note : OGM - De sérieuses réactions immunitaires à une protéine transgénique. Accessible sur le site suivant : http://yonne.lautre.net/spip.php?ar...

La quête du Saint-Graal pour obtenir du lait maternel à partir de bovins transgéniques clonés continuera sans aucun doute.
Nous avons publié de nombreux rapports critiques concernant les animaux d’élevage transgéniques clonés. Un trait saillant est, qu’en fait, les clones ne sont pas identiques entre eux [2].
Tout d’abord, les cellules accumulent des mutations dans le cadre du développement, de sorte que chaque cellule, dans un organisme, a le potentiel d’avoir un génome qui est différent sensiblement par rapport au génome de la lignée germinale d’origine, que l’organisme a hérité de ses parents ; chaque cellule peut ainsi être différente des autres cellules dans le même organisme.

Deuxièmement, une partie importante de l’héritage génétique de chaque animal se trouve dans l’ADN des mitochondries, qui ne sont pas normalement transférées avec le noyau ; mais ce sont les mitochondries – qui sont issues de l’ovocyte du receveur qui est prélevé sur des animaux qu’on égorge à l’abattoir – et qui apportent leur contribution à la descendance.

Chez les animaux clonés, les mitochondries sont transférées aux oeufs avec le noyau de la cellule somatique, ce qui conduit à un mélange de gènes mitochondriaux de l’ovocyte et de la cellule somatique d’où provient le noyau.

Ce mélange des mitochondries (appelé hétéroplasmie) introduit une incompatibilité entre le matériel génétique mitochondrial d’une part, et nucléaire d’autre part, ce qui contribue à des taux élevés d’anomalies et de morts chez les clones et qui conduit à la désintégration des cellules et des tissus lorsque l’animal cloné se développe.

L’impact du dysfonctionnement mitochondrial est conséquent parce que les mitochondries fournissent l’énergie pour assurer les fonctions essentielles des cellules. On peut lire également sur ce sujet les articles suivants en anglais et/ou en français :

 [8] ’Cloned’ food animals not true clones SiS 48 , En français "Les aliments provenant d’animaux ‘clonés’ ne sont pas en fait issus de vrais clones" par le Prof. Joe Cummins & le Dr. Mae-Wan Ho, traduction et compléments de Jacques Hallard. Site http://yonne.lautre.net/spip.php?ar...

 [9] Cloned BSE-Free cows, not safe nor proper science SiS 33,

 [10] Is FDA promoting or regulating cloned meat and milk ? SiS 33,

 [11] Death sentence on cloning SiS 19, and / et

 [12] Unacceptable Death Rates End Cloning Trials in New Zealand , SiS 50). La verdsion en français s’intitule : "Des taux de mortalité inacceptables mettent fin aux expérimentations sur le clonage animal en Nouvelle-Zélande" par le Dr. Mae-Wan Ho, traduction et compléments de Jacques Hallard ; elle est accessible sur le site http://yonne.lautre.net/spip.php?ar...

En conclusion, le lait maternel produit par des bovins transgéniques clonés n’est certainement pas prêt pour une consommation humaine.

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 Définitions et compléments

Du lait humain à partir de bovins transgéniques clonés

 Traduction, définitions et compléments :

Jacques Hallard, Ing. CNAM, consultant indépendant.
Relecture et corrections : Christiane Hallard-Lauffenburger, professeur des écoles
honoraire.
Adresse : 19 Chemin du Malpas 13940 Mollégès France
Courriel : jacques.hallard921@orange.fr
Fichier : ISIS Santé Clonage OGM Human Milk from Cloned Transgenic Cattle French version.2

[1Italian Association of Human Milk Banks Associazione Italiana Banche del Latte Umano Donato (AIBLUD : www.aiblud.org)., et al. Guidelines for the establishment and operation of a donor human milk bank. J Matern Fetal Neonatal Med. 2010, 2, 1-20.

[2Ho MW. Cloned meat and milk coming, be very afraid. Science in Society 50 (to appear).

[3Yang B., et al. Characterization of bioactive recombinant human lysozyme expressed in milk of cloned transgenic cattle. PLoS One. 2011, 6, e17593.

[4Yang P., et al. Cattle mammary bioreactor generated by a novel procedure of transgenic cloning for large-scale production of functional human lactoferrin. PLoS One. 2008, 3, e3453

[5Wang J., Expression and characterization of bioactive recombinant human alpha-lactalbumin in the milk of transgenic cloned cows. J Dairy Sci. 2008, 91, 4466-76.

[6Yu T., Comprehensive characterization of the site-specific N-glycosylation of wild-type and recombinant human lactoferrin expressed in the milk of transgenic cloned cattle. Glycobiology. 2011, 21, 206-24.

[7Ho MW. Transgenic pea that made mice ill. Science in Society 29, 28-29, 2006.

[8Cummins J and Ho MW. ‘Cloned’ food animals not true clones. Science in Society 48, 48-50, 2010

[9Ho MW and Cummins J. Cloned BSE-Free cows, not safe nor proper science. Science in Society 33, 28-31, 2007.

[10Ho MW and Cummins J. Is FDA promoting or regulating cloned meat and milk ? Science in Society 33,24-27,2007.

[11Ho MW and Cummins J. Death sentence on cloning. Science in Society 19, 46-47, 2003.

[12Ho MW. Unacceptable death rates end cloning trials in New Zealand. Science in Society 50 (to appear).


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