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"Comment augmenter les capacités cérébrales et la santé dans un pays" par le Dr Mae-Wan Ho

Traduction et compléments de Jacques Hallard
vendredi 17 août 2012 par Ho Dr Mae-Wan

ISIS Biologie Sociologie Education
Comment augmenter les capacités cérébrales et la santé dans un pays
How to Increase the Brain Power & Health of a Nation
De nombreuses preuves soulignent l’énorme potentiel qui existe pour l’amélioration des capacités intellectuelles des individus (et donc de la santé publique) à travers des interventions simples au niveau de l’environnement et des structures sociales. Dr Mae-Wan Ho

Rapport de l’ISIS en date du 01/02/2012
Une version entièrement référencée et illustrée de ce rapport intitulé How to Increase the Brain Power & Health of a Nation est accessible par les membres de l’ISIS sur le site http://www.i-sis.org.uk/How_to_Impr...
S’il vous plaît diffusez largement et rediffusez, mais veuillez SVP donner l’URL de l’original et conserver tous les liens vers des articles sur notre site ISIS

Un nouveau rapport sur l’intelligence provenant de l’American Psychological Association (APA), la Société américaine de psychologie affirme ceci [1] : « Il a été démontré qu’un grand nombre d’interventions possibles peuvent avoir des effets substantiels sur le quotient intellectuel QI et sur la réussite scolaire »
L’effondrement du paradigme de la génétique (voir [2] No Genes for Intelligence, dans la revue Science in Society 53)* devrait nous convaincre de redoubler d’efforts pour mettre en oeuvre toutes les interventions et actions appropriées afin d’améliorer les prouesses intellectuelles des populations d’un pays et d’apporter des avantages substantiels pour la santé humaine.
* Version en français intitulée "Il n’existe aucun gène pour l’intelligence dans le génome humain" par le Dr Mae-Wan Ho. Traduction et compléments de Jacques Hallard ; accessible sur le site http://isias.transition89.lautre.ne...
Regardons quelques-unes des options possibles.

  Les programmes d’éducation et de perfectionnement

Il est clair que la scolarisation intervient sur l’intelligence, comme cela a été explicité dans le rapport de l’APA [1]. Les enfants privés d’école pendant une période prolongée montrent des quotients QI qui peuvent atteindre jusqu’à 2 écarts-types SD (déviation standard).
Un enfant entrant en cinquième année de scolarité environ un an plus tôt qu’un enfant d’à peu près le même âge (qui entre donc en quatrième année de scolarité), aura un QI verbal supérieur de 5 points à la fin de l’année scolaire, et jusqu’à 9% plus élevé à la huitième année.
Les enfants perdent des capacités de quotient intellectuel QI et des aptitudes scolaires au cours des vacances d’été et la perte est beaucoup plus grande chez les enfants d’une famille de faible statut socio-économique (SSE).
Cependant, les connaissances et les compétences des enfants issus d’une famille classée dans la cinquième catégorie supérieure de statut socio-économique, augmentent en fait pendant l’été. Cet effet est si marqué que vers la fin de l’école élémentaire, une grande partie de la différence de compétences scolaires entre les enfants des catégories sociales inférieures et supérieures, peut être dûe à la perte des compétences au cours de l’été pour les enfants de faible statut socio-économique, par opposition aux gains plus élevés chez les enfants des familles ayant un statut social élevé. Une intervention pédagogique [complémentaire] au cours des mois d’été, destinée aux enfants de milieux défavorisés, devrait combler cet écart. Les effets bénéfiques de la scolarisation continuent apparemment au moins jusqu’au lycée.
Les meilleures interventions au niveau prématernel, auprès des enfants de familles classées dans la cétégorie à faible statut socio-économique, ont des effets substantiels sur le quotient QI, mais cela s’estompe généralement à la fin de l’enseignement primaire, peut-être parce que l’environnement des enfants n’est pas favorable pour l’éducation. Deux exemples sont donnés, dans lesquels les premiers gains de l’intervention dès la prématernelle sont restés chez des enfants qui sont placés dans deux ensembles, l’un moyen, l’autre supérieur à la moyenne, dans des écoles élémentaires.
Les enfants impliqués dans le projet ‘Milwaukee’ avaient un QI moyen de 10 points au-dessus des témoins à l’adolescence et les enfants concernés par le programme intensif ‘Abecedarian’ avaient un QI de 4,5 points plus élevé que les enfants témoins du même âge. Indépendamment du fait de savoir si les interventions de haute qualité ont eu des effets sur le quotient QI, les effets sur la réussite scolaire et sur les résultats au cours de la vie peuvent être très importants.
Les gains sont particulièrement marqués avec des interventions pédagogiques intensives, telles que le Projet d’école Perry et le Programme ‘Abecedarian’. À l’âge adulte, les individus qui y avaient participé étaient environ deux fois moins susceptibles d’avoir eu à redoubler une année à l’école, ou d’avoir été assignés à des classes d’éducation spécialisée, et ils étaient beaucoup plus enclins à avoir fréquenté le collège et à avoiravoir terminé leurs études secondaires au lycée, et enfin à pouvoir posséder leur propre maison d’habitation. Cela suggère que certains des effets sont produits par des gains dans l’attention, par une maîtrise de soi et par la persévérance plutôt que par le quotient intellectuel QI.
La maîtrise de soi et la discipline, avec la créativité et la flexibilité, sont des qualités considérées comme la clé du succès dans la vie, et ces qualités peuvent être stimulées et encouragées par des interventions spécifiques, comme cela est décrit dans une revue récente [3].
Par exemple, les arts martiaux qui privilégient la maîtrise de soi, la discipline et le développement du caractère, comme le tae-kwon-do, ont donné aux enfants des gains substantiels dans les fonctions cognitives (dénommées « fonctions exécutives »), beaucoup plus que l’éducation physique standard. Les enfants participant au tae-kwon-do ont également amélioré leurs performances lors des épreuves de calcul mental.
Les autres interventions efficaces comprennent, d’une part, les « pratiques de concentration » qui mettent l’accent sur une très grande attention et sur le vécu, l’expérience au moment présent [‘ici et maintenant’] et, d’autre part les ‘Tools of the Mind’, les pratiques de jeux d’esprit qui développent les aptitudes sociales et la socialisation.
La qualité de l’enseignement à la maternelle a un effet positif mesurable sur la réussite scolaire et sur les résultats au cours de la vie. [1]. Les données de projet STAR conduit dans l’Etat du Tennessee aux Etats-Unis, ont montré que les étudiants affectés de façon aléatoire dans de petites classes de maternelle étaient plus susceptibles de fréquenter le collège par la suite, d’être admis dans un collège de haut rang, et qu’ils ont des résultats de vie bien meilleurs à bien des d’égards. Les étudiants qui avaient bénéficié d’enseignants parmi les plus expérimentés, avaient accès à des fonctions qui leur offraient des revenus plus élevés lorsqu’ils étaient adultes, tout comme les élèves étudiants pour qui la qualité de l’enseignement - telle que mesurée par les résultats de tests - était plus élevée.

  L’entraînement de la mémoire favorise l’intelligence fluide

Il n’est pas surprenant que les gens qui s’entraînent avec des activités qui stimulent le mémoire peuvent améliorer leur intelligence fluide, tout en n’ayant aucun effet sur l’intelligence cristallisée [1]. Cela s’applique aussi bien aux adultes et qu’aux enfants qui présentent des troubles de déficit d’attention avec hyperactivité (TDAH).
Le travail de formation de la mémoire chez des enfants de milieux défavorisés, en utilisant une variété de jeux sur ordinateur et d’actions ludiques non informatisées, a entraîné des gains de quotient intellectuel QI de l’ordre de 10 points sur une tâche de raisonnement matriciel.
Un entraînement similaire de la mémoire sur une période de 8 mois a été efficace pour les participants âgés [1]. L’entraînement des personnes âgées sur la mémoire, sur la vitesse d’exécution, et notamment les capacités de raisonnement précis, produit des améliorations substantielles qui restent valables sur une période de plusieurs années. Une étude réalisée au Royaume-Uni a montré qu’une année de travail supplémentaire était associé à un retard de six semaines en moyenne dans l’apparition de la maladie d’Alzheimer.

  L’importance primordiale d’une nutrition de qualité chez les jeunes

L’importance primordiale d’une nutrition, d’un régime alimentaire de qualité pendant les premières années pour l’apprentissage de la lecture, est mise en évidence de façon magistrale dans une liste complète de ressources qui est destinée aux professionnels et qui est fournie par le Food and Nutrition Information Center, le Centre d’information alimentaire et nutritionnelle auprès de la bibliothèque du Ministère américain de l’agriculture [4]. Il donne des preuves claires qui indiquent qu’une intervention nutritionnelle dès l’école primaire peut améliorer à la fois la santé des enfants et leurs résultats scolaires.
Des analyses rétrospectives ont été menées à partir d’indicateurs de performance scolaire associés à la mise en œuvre du programme ‘Healthy Kids, Smart Kids, ‘Enfants en bonne santé, enfants intelligents’, une initiative fondamentale pour améliorer l’environnement avec l’alimentation scolaire et de l’activité physique, qui a été mise en place à la Browns Mill Elementary School, l’école élémentaire de Browns Mill dans l’Etat de Géorgie aux Etats-Unis. Les données de 1995 à 2006 ont montré que le nombre d’infirmières, de conseillers et de référants disciplinaires présents pour 100 élèves étudiants, avait suivi une tendance régulière à la baisse, tandis que les résultats des tests standardisés avaient suivi une tendance à la hausse, à partir de l’année d’exécution du programme éducatif spécialisé.
Une seconde étude a démontré l’effet d’un programme de prévention de l’obésité de deux ans sur l’indice de masse corporelle (IMC) et sur le rendement scolaire chez des écoliers du primaire issus de familles à faible revenu. L’étude comportait quatre écoles avec des interventions pédagogiques spécialisées et une école servant de témoin et de comparaison, avec un total de 4.588 enfants scolarisés, dont 48% d’origine hispanique.
Les données ont été présentées pour le sous-ensemble (1.197 individus) des enfants (68% d’origine hispanique) qui se sont distingués pour avoir pris les repas scolaires gratuits ou à prix réduit. Les résultats ont montré significativement que les interventions auprès des enfants en milieu scolaire ont permis de maintenir les enfants dans les limites pour leur indice de masse corporelle, en comparaison avec les enfants de l’école témoin, et ceci pendant les deux ans qu’a duré l’expérience .
Globalement, les enfants qui avaient bénéficié des interventions pédagogiques spécialisées avaient des scores nettement plus élevés en mathématiques au cours des deux années, d’une part, et les enfants ‘hispaniques’ et ‘blancs’ qui avaient bénéficié des interventions,d’autre part, présentaient aussi des scores plus élevés en mathématiques. Bien que d’une manière non significative en termes statistiques, les enfants qui avaient bénéficié des interventions avaient des scores en lecture plus élevés au cours des deux années.
L’association entre l’intelligence et le régime alimentaire chez des enfants âgés de 3,5 à 7 ans, a été examinée chez plus de 500 enfants d’origine européenne à Auckland en Nouvelle-Zélande ; environ la moitié d’entre eux avaient présenté un poids insuffisant à la naissance (inférieur ou égal à dix pour cent) [5]. La relation entre le quotient QI et l’alimentation, mesurée par la fréquence de prise de certains aliments, a été étudiée en utilisant l’analyse de régression multiple. Il n’y avait pas de différence significative pour le quotient QI entre les enfants de faible poids à la naissance et les enfants de poids ‘normal’ à la naissance, chez les enfants âgés de 3,5 à 7 ans, et aucune différence non plus dans les fréquences de prises alimentaires.
Le fait de manger de la margarine au moins quotidiennement a été associé à des scores de QI significativement inférieur chez les enfants de 3,5 ans dans l’échantillon total, et à un quotient QI significativement inférieurs ches les enfants de 7 ans qui avaient un faible poids de naissance. Après contrôle des facteurs confondants potentiels, les enfants qui mangeaient de la margarine chaque jour présentaient 2,81 points de QI de moins que les enfants qui n’en avaient pas mangé.
Chez tous les enfants, le fait de suivre la consigne de manger quotidiennent du pain et des céréales - 4 fois ou plus - a été associé à des scores de quotient QI significativement plus élevés chez les enfants de 3,5 ans ; le gain était de 3,96 points après contrôle des facteurs de confusion potentiels. Les enfants qui mangeaient du poisson au moins une fois par semaine avaient un QI nettement plus élevé à 7 ans que ceux qui n’en mangeaient pas, et un gain de 3,64 points après le contrôle statistique pour les facteurs confondants.
Il semble que le fait de manger du poisson rende intelligent, précisément comme nous l’avons entendu dire dans le folklore traditionnel de nombreuses cultures. Une vaste étude a été réalisée en Suède pour évaluer l’association entre la consommation de poisson et les niveaux scolaires de 9.488 adolescents, en utilisant des modèles de régression linéaire multiple et un ajustement pour les facteurs confondants potentiels, tels que l’éducation des parents [6].
Les résultats ont montré que les notes étaient supérieures de 14,5 points chez les adolescents qui mangeaient du poisson une fois par semaine, comparativement à ceux qui mangent du poisson moins d’une fois par semaine. Les adolescents qui mangeaient du poisson plus d’une fois par semaine avaient un score encore plus élevé, de l’ordre de 19,9 points. Dans le modèle stratifié pour tenir compte de l’éducation des parents, il y a eu des scores encore plus élevés chez les enfants consommant du poisson, et ceci dans toutes les strates d’enseignement.
Une revue publiée en 2008 [7] résume les preuves qui indiquent que l’insécurité alimentaire constitue un risque prévalent pour la croissance, la santé, la capacité cognitive et le comportement des enfants pauvres aux États-Unis. Les nourrissons et les tout-petits sont particulièrement à risque, même au niveau le plus bas de l’insécurité alimentaire. Les données indiquent une « épidémie invisible » d’un état grave.
L’effet de l’état nutritionnel sur le développement du cerveau et de la réussite scolaire a été examiné chez 96 diplômés du secondaire, choisis à partir d’écoles publiques et d’écoles privées dans les comtés les plus riches, ainsi que dans les plus pauvres, dans la région métropolitaine du Chili [8].
Ces diplômés n’avaient pas d’antécédents d’alcoolisme, ni des symptômes de lésions au cerveau, d’épilepsie ou de maladie cardiaque, et les mères n’avaient pas d’histoire de tabagisme, d’alcoolisme ou de drogue avant et pendant la grossesse (qui sont tous des facteurs connus pour affecter le développement du fœtus). L’objet était d’avoir un échantillon sain et équilibré en termes de quotients intellectuels QI faibles et élevés, ainsi que de sexe et de statut socio-économique (SSE).
Les résultats ont montré qu’indépendamment du statut social, les diplômés du secondaire avec un QI similaire ont eu aussi un régime alimentaire comparable, un développement du cerveau et une réussite scolaire également comparables. Les analyses de régression multiple ont révélé que le quotient QI de la mère (p <0,0001), le volume du cerveau (p <0,0387) et une sous-nutrition sévère pendant la première année de vie (p <0. 0486), étaient les variables indépendantes qui présentaient le plus grand pouvoir explicatif de la variance du quotient intellectuel QI, sans interaction avec l’âge, le sexe ou le statut social. Le quotient QI (p <0,0001) était la seule variable indépendante qui expliquait à la fois la variance de la réussite scolaire et la variance pour des tests d’aptitudes scolaires, sans interaction avec l’âge, le sexe ou le statut social.
Des études menées par l’Institut de Nutrition de l’Amérique centrale et du Panama (INCAP) ont montré que l’alimentation complémentaire des nourrissons et des jeunes enfants - avec des boissons qui fournissent seulement des subbstances énergétiques ou bien avec addition de protéines ajoutées, - les deux contenant des micronutriments - a entraîné une augmentation significative dans le développement cognitif et dans le rendement scolaire tout au long de l’adolescence [9]. Les résultats de la recherche suggèrent également que le lien entre la malnutrition et le développement ultérieur ne repose pas seulement sur le système neurologique, mais aussi par des changements de comportement qui affectent les types de soins que reçoit chaque enfant.
Une étude de longue durée (sur deux ans) a été réalisée sur des écoliers dans les régions rurales du Kenya : elle a permis de constater des relations significatives à partir des analyses de régression, entre le Fe, le Zn, la vitamine B12 et la riboflavine disponibles dans l’alimentation, avec l’amélioration des scores aux tests cognitifs, après contrôle des facteurs confondants tels que l’apport énergétique, la scolarité, le statut socio-économique et des pathologies [10].
Les interventions qui visent à éliminer l’insécurité alimentaire et les carences en micronutriments, sont facilement à la portée de toutes les nations développées, et elles devraient être prioritaires dans les pays développés et en développement.

  L’exercice physique augmente las capacités du cerveau en faisant se développer davantage de neurones

La sédentarité est associée à un risque accru de maladies cardiovasculaires et métaboliques ainsi que de cas de cancers, et il est bien connu que l’exercice peut réduire l’incidence du diabète, les cancers et les maladies cardiaques. Moins connus, sont les effets bénéfiques de l’exercice physique pour le cerveau, comme cela a été bien décrit dans une étude très complète [11]. Chez les humains et les rongeurs, l’activité physique améliore les fonctions cognitives et contrecarre le déclin de la mémoire lié à l’âge, retarde l’apparition de maladies neurodégénératives, et améliore la récupération après une lésion cérébrale et une dépression.
Une méta-analyse d’un grand nombre d’études sur les adultes âgés a montré que l’exercice aérobie, du moins pour les personnes âgées, est très important pour le maintien du quotient intellectuel QI, surtout pour les fonctions exécutives telles que la planification, l’inhibition, et l’ordonnancement des procédures mentales [12]. L’effet de l’exercice aérobie est supérieur à 5 écarts-types SD pour les personnes âgées, et plus pour les personnes qui ont dépassé 65 ans, que chez les plus jeunes d’entre elles. Il est possible de commencer l’exercice cardiovasculaire aussi tardivement que dans la septième décennie au cours de la vie, pour réduire sensiblement la probabilité de manifestation de la maladie d’Alzheimer.
Mais comment cela se passe-t-il exactement pour augmenter les capacités du cerveau et pour aider à prévenir la dégénérescence ? La réponse la plus probable semble résider dans la neurogenèse, la capacité du cerveau à se réparer et à se renouveler en faisant de nouveaux neurones [11].
Il n’y a pas longtemps, les neurobiologistes et le grand public imaginaient que nous étions nés avec les neurones, et que nous allions les garder pendant toute la vie, et que jamais plus de nouveaux neurones ne seraient produits dans le cerveau. Ce dogme a été renversé dans les années 1990 : de nouveaux neurones sont continuellement générés à l’âge adulte, principalement dans deux régions du cerveau que sont, d’une part, le gyrus denté et l’hippocampe, une structure du cerveau appariée qui est impliquée dans la mémoire, l’apprentissage et l’émotion et, d’autre part, la zone sous-ventriculaire, une couche de cellules qui se trouve le long des ventricules latéraux du cerveau . Les neurones nouvellement générés forment des synapses et s’intégrent dans les circuits neuronaux existants.
Des expériences conduites en laboratoire ont révélé que non seulement l’exercice augmente considérablement le nombre de nouveaux neurones chez des rats et des souris, mais qu’il influe également sur la morphologie des cellules individuelles nouvellement créées et améliore leur maturation, et cela est associé à une plasticité accrue dans l’hippocampe en formant des synapses, influençant ainsi l’apprentissage et la mémoire. Chez les rongeurs, l’entraînement volontaire sur des roues tournantes et l’entraînement forcé sur un tapis roulant, se sont montrés efficaces pour améliorer l’apprentissage spatial avec différents types de labyrinthes et de formations dans l’espace.
Chez les rongeurs, ainsi que chez les primates non humains, le vieillissement est associé à un déclin dans la neurogenèse et dans les fonctions cognitives. La réduction de la neurogénèse en fonction de l’âge peut être partiellement évitée lorsque les animaux sont logés avec une roue qui tourne sur une période de 6 mois. Par ailleurs, la baisse de la neurogenèse et des fonctions cognitives, associée au vieillissement normal, peut être inversée en partie par des exercices sur des roues tournantes.
Des souris qui avaient été sédentaires pendant 18 mois, avaient été placées pour commencer sur les roues tournantes pendant un mois ; après quoi elles avaient présenté des améliorations significatives dans la mémoire spatiale, dans l’apprentissage lors des tests avec le laboratoire d’eau de Morris, et la survie des neurones nouvellement générés avaient été également augmentée pour atteindre le niveau des jeunes sédentaires servant de témoins de contrôle.
La corrélation entre la neurogenèse et l’exercice physique a d’abord été établie chez la souris par des études d’angiogénèse (volume de sang) au moyen de mesures d’IRM, (imagerie par résonance magnétique) [13]. Parmi toutes les sous-régions de l’hippocampe, il a été trouvé que l’exercice physique a un effet principal sur le volume sanguin cérébral du gyrus denté (CBV) ; ce dernier n’était connu que comme une sous-région pour le soutien de la neurogenèse adulte. Par ailleurs, l’augmentation du volume sanguin cérébral au niveau du gyrus denté, induite par l’exercice physique, est corrélée avec les mesures post-mortem de la neurogenèse. En utilisant des technologies similaires d’IRM, des cartes de cette imagerie CBV ont été générées au cours du temps dans l’hippocampe d’un individu pratiquant un exercice. Comme chez la souris, il se trouve que l’exercice physique a un effet principal sur le volume sanguin cérébral du gyrus denté , et les changements observés sont en corrélation significative avec la foncton cardio-pulmonaire et avec la fonction cognitive.
Un autre effet significatif de l’exercice physique réside dans l’accroissement du facteur neurotrophique dérivé du cerveau (BDNF) dans l’hippocampe, qui supporte la survie des neurones existants et qui encourage le développement et la différenciation de nouveaux neurones et de synapses ([14, 15]). Les niveaux de ce facteur BDNF hippocampique sont significativement plus élevés après 5 jours chez les rongeurs qui pratiquent la roue tournante, comparativement aux rongeurs sédentaires, et ils sont aussi en corrélation avec le niveau d’activité. Il y a également 3,1 fois plus de nouveaux neurones au niveau du gyrus denté chez les rongeurs qui pratiquent, que chez les souris sédentaires.
Très curieusement, l’activité pratiquée par les souris augmente également l’activité des rétrotransposons, comme cela est reflété dans le nombre de nouvelles insertions des éléments nucléotidiques longs et entrecoupés (LINES-1 de L1) dans l’hippocampe, et cette pratique des souris active également les insertions de séquences L1 réduites au silence dans d’autres régions du cerveau qui ne sont pas neurogènes [16].
De tels processus d’« ingénierie génétique naturelle » régulés se trouvent désormais comme étant particulièrement actifs dans le cerveau, et ils sont fortement associés à la fonction cérébrale normale [15] (voir aussi [17] Rewriting the Genetic Text in Human Brain Development, SiS 41) *.
* Version en français : "Réécriture du texte génétique lors du développement du cerveau humain" par le Dr. Mae-Wan Ho, traduction et compléments de Jacques Hallard ; accessible sur http://yonne.lautre.net/spip.php?ar... ]
Les corrélations entre le facteur neurotrophique dérivé du cerveau (BDNF), la neurogenèse et les insertions d’éléments nucléotidiques longs et entrecoupés (L1) sont représentés dans la figure 1 [15].
Figure 1 - Les corrélations entre l’exercice physique et l’augmentation du facteur de croissance neuronale (BDNF) (A, B), le nombre de nouveaux neurones générés (C), et les insertions de rétrotransposons (D) (Redessiné d’après Charney, 2011 [15])

  Pour conclure

Il y a maintenant des preuves évidentes selon lesquelles la nutrition périnatale et les programmes d’éducation et de perfectionnement, ainsi que l’exercice physique, sont tous très efficaces pour améliorer le fonctionnement du cerveau, ainsi que l’état de santé et le bien-être des individus, et que cela est vérifié pour tous les groupes d’âge.
Depuis trop longtemps, nos responsables politiques se sont trompés et ont été mal informés : on leur a fait croire que les capacités intellectuelles et une bonne santé sont largement déterminées par les gènes, et donc que des interventions dans le domaine social et dans le secteur environnemtal auraient peu ou pas d’effets.
Cette idéologie pernicieuse du déterminisme génétique a maintenant été définitivement et complètement réfutée par la convergence des résultats obtenus au cours des recherches en génomique moléculaire et en génétique biométrique [ou quantitative] (voir [2, 18] Mystery of Missing Heritability Solved ? SiS 53) *.
* Version en français intitulée "Le mystère de l’héritabilité manquante est-il résolu en génétique des pathologies humaines ?" par le Dr Mae-Wan Ho. Traduction et compléments de Jacques Hallard ; accessible sur le site http://isias.transition89.lautre.net/spip.php?article237
Il est de notre responsabilité de prendre des mesures immédiates et d’agir avec tous les correctifs appropriés et par des interventions proactives, afin de protéger la santé physique et mentale des individus et le bien-être de la nation pour les générations présentes et futures.

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 Définitions et compléments en français :

Comment augmenter les capacités cérébrales et la santé dans un pays

 Traduction, définitions et compléments :

Jacques Hallard, Ing. CNAM, consultant indépendant.
Relecture et corrections : Christiane Hallard-Lauffenburger, professeur des écoles
honoraire.
Adresse : 19 Chemin du Malpas 13940 Mollégès France
Courriel : jacques.hallard921@orange.fr
Fichier : ISIS Biologie Sociologie Education How to Increase the Brain Power & Health of a Nation French version.4 allégée


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