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"Un nouveau paradigme pour l’alimentation et l’agriculture" par Professeur Roger Leakey

Traduction et compléments de Jacques Hallard
dimanche 9 août 2015 par Leakey Roger

ISIS Agriculture Alimentation
Un nouveau paradigme pour l’alimentation et l’agriculture
Des Africains montrent la voie pour le développement à partir de 2015
Post-2015 Development : Africans Show the Way
Il est grand temps de passer à la redéfinition des problèmes [concernant l’agriculture et l’alimentation] et de se concentrer sur des solutions qui ont déjà été mises en place et éprouvées sur le terrain par ailleurs. Par le Professeur Roger Leakey.

Rapport de l’ISIS en date du 30/10/2013

Avec une sélection d’articles en français sur la fertilité des sols tropicaux

L’article original en anglais s’intitule Post-2015 Development : Africans Show the Way ; il est accessible sur le site http://www.i-sis.org.uk/Post_2015_Development_Africans_Show_the_Way.php

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Note de l’éditeur

Cet article décrit l’une des nombreuses études de cas et des solutions à apporter à la pauvreté, qui ont été présentées récemment dans la Revue sur le commerce et​​l’environnement de la CNUCED [1] (voir [2] Paradigm Shift Urgently Needed In Agriculture, SiS 60) * :

* Version en français : ’Les Agences des Nations Unies appellent à un changement de paradigme urgent pour mettre fin à l’agriculture industrielle et à notre système d’alimentation’ par le Dr Mae-Wan Ho. Traduction et compléments de Jacques Hallard ; accessible sur le site http://www.isias.lautre.net/spip.php?article338

 Redéfinition des problèmes qui sont restés sans solutions

Dans le document intitulé ‘Global Development Goals – Leaving No-one Behind’, ‘les objectifs mondiaux de développement – Ne laisser personne à la traîne’ [3], l’Association des Nations Unies au Royaume-Uni (UNA-UK) présente une série d’articles provenant de personnalités éminentes occupant des postes importants dans le monde entier. Bien que ce rapport mette en évidence les progrès réalisés pour tendre vers les Objectifs duMillénaire pour le développement (OMD), cet organisme reconnaît que les succès ont été inégaux.

Le principe de la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) a été « de façonner le discours international et de conduire l’allocation des ressources pour atteindre des objectifs clés du développement mondial ... avec un engagement politique sans précédent et un fort consensus pour lutter contre la pauvreté et d’autres problèmes de développement ».

Cependant, le rapport lui-même rend la lecture plutôt déprimante car il semble que nous ne fassions pas vraiment d’énormes progrès dans nos efforts pour relever les grands enjeux auxquels le monde est confronté, en particulier en ce qui concerne l’écart entre les riches et les pauvres.

Au lieu de trouver des solutions, ce livret redéfinit les problèmes et passe en revue les huit Objectifs du Millénaire pour le développement qui avaient été définis au départ, afin de passer à la période suivante avec ‘Douze Objectifs de Développement à partir de 2015’

* [On peut se reporter aux travaux effectués en France sous le titre ‘Quelle vision du développement après 2015 ?’ « Deux ans avant l’échéance de réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement, mis en place dans le cadre de l’Organisation des Nations Unies, le sommet de ‘Rio+20’ en juin 2012, a lancé une réflexion sur la mise en place des Objectifs de Développement Durable. Pour préparer l’après 2015, comment dessiner une approche globale consensuelle du développement ? » Toutes les contributions officielles en français sont accessibles sur le site suivant : http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/politique-etrangere-de-la-france/aide-au-developpement-et/assises-du-developpement-et-de-la/les-cinq-grands-chantiers/quelle-vision-du-developpement/ ].

Il semble que nous n’ayons pas encore appris ni compris que la faim, la malnutrition, la pauvreté et beaucoup d’autres choses qui figurent sur notre ’liste de souhaits à réaliser’, font partie d’un ensemble plus grand de questions complexes et reliées entre elles. Pourquoi ?

Peut-être que le problème est la taille et la complexité de tous les facteurs en interaction qui influencent la vie des populations éparpillées dans de nombreux secteurs et couches de la société. Un programme de « développement » est très pluridisciplinaire et il est partagé entre les milieux ruraux et urbains. En outre, il exige une certaine compréhension détaillée des questions biophysiques et socio-économiques qui sont mieux abordées dans les programmes de développement rural et qui sont intégrées de façon globale et holistique.

Malheureusement, nous vivons dans un monde où les problèmes et les solutions restent confinés dans des domaines qui sont déconnectés les uns des autres. La façon de procéder est également influencée par les perspectives très différentes des populations concernées, selon qu’elles émanent des pays développés, des nouveaux pays industrialisés ou des pays les moins avancés.

 Le piège de la pauvreté

Bon nombre des problèmes liés à la pauvreté dans les zones urbaines des pays les moins avancés, découlent des migrations internes venant des campagnes ; donc pour faire des progrès dans tous les objectifs de développement, il est capital de s’attaquer aux causes profondes de la dégradation des terres et à la pauvreté dans les milieux ruraux.

Le plus gros problème rencontré dans les régions tropicales rurales, c’est que les rendements réels des plantes cultivées sont bien en deçà du potentiel de rendement des variétés modernes (cette différence est appelée l’écart de rendement). Les raisons sont complexes.

Tout d’abord, il y a le déclin désastreux de la fertilité des sols [voir in fine une sélection d’articles en français sur la fertilité des sols tropicaux] et une perte des fonctions agroécologiques. Cela se traduit par la dégradation des terres et la perte de la biodiversité au-dessus et au-dessous du sol. Cette situation est exacerbée par les taux élevés et persistants de la pauvreté, qui nient aux agriculteurs l’accession aux technologies modernes, tels que les engrais et les autres intrants agricoles (voir page 192 du rapport en question [1] UNCTAD Trade and Environment Review 2013 - Wake up Before it’s too Late), ‘Étude du commerce et de l’environnement CNUCED 2013 - Réveillez-vous avant qu’il ne soit trop tard).

En conséquence, nous avons des milliards de personnes qui vivent marginalisées, dont beaucoup de ménages agricoles, piégés dans la pauvreté et souffrant de malnutrition, de la faim et d’une mauvaise santé. Ces personnes manquent également de l’accès à l’eau potable, aux services médicaux et sociaux et aux possibilités d’éducation et d’emploi - en fait toutes les choses qui ont été mises en lumière par l’Agenda pour le développement après 2015. .

 Il faut inverser la spirale vicieuse et réduire l’écart des rendements

Pour essayer d’obtenir une meilleure compréhension des enjeux de l’Afrique rurale, le personnel du Centre mondial de l’agroforesterie a demandé aux agriculteurs duCameroun ce qu’ils aimeraient voir se réaliser à partir de l’agriculture. C’était il y a vingt ans. Leur requête inattendue et lumineuse a été une chance pour réintroduire et cultiver les arbres indigènes qui servent à fournir des fruits, des noix, des feuilles, des produits médicaux, etc… comme cela se pratiquait quand ils étaient chasseurs-cueilleurs et avant la destruction des forêts et des terres boisées.

En réponse, cette demande a abouti à une innovation multi-disciplinaire pour traiter l’ensemble complexe des problèmes conduisant à la spirale descendante ou cercle vicieux de la misère sociale dans laquelle la dégradation des sols conduit à la pauvreté et la pauvreté pousse à la dégradation des terres. Ceci est la cause de l’écart de rendement. Pour combler cet écart de rendement, il est nécessaire d’inverser la spirale descendante en réhabilitant les terres et par la création d’une source de revenus. En termes simples, il s’agit d’une approche en 3 étapes qui peuvent être facilement adaptées aux besoins des différents groupes de situations biophysiques et socio-économiques qui se trouvent dans les différents endroits.

La réhabilitation implique tout d’abord la restauration de la santé écologique du système de production agricole pour répondre à la baisse des rendements et pour promouvoir la sécurité alimentaire en assurant le bon fonctionnement de l’agro-écosystème (étape 1) ; puis l’enrichissement de ces systèmes d’exploitation avec les « arbres de vie », qui produisent des produits hautement nutritifs et commercialisables, qui sont aussi traditionnellement et culturellement importants (étape 2), et enfin la promotion des activités artisanales locales afin de créer des opportunités d’affaires commerciales et d’emplois, avec une valeur ajoutée qui peut aider les communautés rurales à sortir de la pauvreté (étape 3) [4].

La seconde étape mentionnée ci-dessus est une réponse à la demande des agriculteurs. Le Centre mondial de l’agroforesterie, de concert avec d’autres équipes de recherche du monde entier, a développé une approche participative engageant les communautés locales et visant à domestiquer ces « arbres de vie » à l’aide de technologies appropriées, basées dans les villages et qui peuvent être mises en œuvre par les agriculteurs pauvres dans les endroits reculés des régions tropicales. Ce processus, et la façon dont cet organisme aborde les grandes questions mondiales, est le sujet de mon livre ‘Living with the Trees of Life – Towards the Transformation of Tropical Agriculture’, ‘Vivre avec les ‘Arbres de vie’ - Vers la transformation de l’agriculture tropicale [5]. Les arbres sont aussi bien sûr des plantes vivaces et pérennes sur le long terme, qui séquestrent le carbone, aussi bien dans leur biomasse, que dans les sols et dans les autres types de végétation.

Bien que portant sur une petite échelle (environ 10.000 agriculteurs répartis dans 500 villages), les résultats de cette initiative entreprise au Cameroun ont été spectaculaires et l’intégration de ces arbres dans les systèmes agricoles locaux a agi comme un catalyseur pour la stimulation des avantages sociaux, économiques et environnementaux La liste esr trop longue pour être présentée ici ; on peut seulement rapporter que la vie s’améliore et que le revenu moyen des pépinières communautaires a augmenté de pratiquement zéro au départ, à 145 $US, puis 16.000 $US et enfin 28.350 $US, après 2, 5 et 10 ans, respectivement.

La conséquence est que certains jeunes ont décidé de rester dans leur communauté plutôt que de chercher un emploi en milieu urbain, car ils peuvent envisager un avenir [plus serein] dans leurs villages. Les avantages obtenus abordent [et surmontent] bon nombre des contraintes qui découlent de l’échec de l’agriculture moderne : la malnutrition, la pauvreté et la dégradation de l’environnement, et en particulier le changement climatique. Ce sont les mêmes contraintes qui sont responsables de la perte de productivité des cultures, de la crise alimentaire mondiale et de la faim dans près de la moitié de la population mondiale.

La chose la plus innovante de cette approche est qu’elle est de nature multi-disciplinaire et basée sur les idées et les innovations mises en œuvre par des agriculteurs africains pauvres. Maintenant, soit vingt ans après le début de l’étude du Centre mondial de l’agroforesterie, il devient évident que ces agriculteurs africains avaient réellement identifié la clé qui déverrouille le ‘Syndrome de Développement Rural’ (soulagement de la faim, de la malnutrition, de la pauvreté, de l’injustice sociale, de la dégradation environnementale et de la perte des services écologiques).

J’ai présenté [6] un document intitulé “12 Principles for Better Food and More Food from Mature Perennial Agroecosystems”, « 12 principes pour une meilleure alimentation et davantage de nourriture à partir des agro-écosystemes pérennes et adultes », fondés sur les leçons tirées de l’étude.

Cela implique la mise en œuvre d’une agriculture multifonctionnelle pour réhabiliter simultanément les terres agricoles dégradées et diversifier les systèmes des petites exploitations agricoles avec des espèces indigènes, comme les paysans pauvres du Cameroun l’avaient exprimé.

Ces principes ouvrent la voie d’un développement rural intégré à travers une intensification durable de l’agriculture tropicale, le développement des entreprises rurales pour stimuler la croissance économique et l’amélioration du bien-être des milliards de personnes qui sont marginalisées.

Heureusement, ’un nouvel Eden se profile au coin de la rue’ si nous ouvrons nos esprits pour cela et si nous mettons notre argent là où sont les bouches à nourrir. Cela pourrait être le ’kick-off’ ou coup d’envoi d’un match dans lequel nous pouvons commencer à marquer les nombreux ‘Objectifs de développement à partir de 2015’.

Le Professeur Roger Leakey est vice-président de la ‘Fondation Tree International’ et auteur de Living with the Trees of Life - Towards the Transformation of Tropical Agriculture (Vivre avec les ‘Arbres de vie’ – Vers la transformation de l’agriculture tropicale).

Références

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Sélection d’articles en français sur la fertilité des sols tropicaux

* Le problème : l’épuisement des sols dans le monde - Auteur du document : Benjamin LISAN. Email : benjamin.lisan@free.fr

« L’épuisement et la dégradation des sols contribuent à la faim et à la pauvreté dans un

bon nombre de région dans le monde (Afrique subsaharienne, Madagascar, Haïti...)

Depuis les années 1970, dans de nombreux pays la production alimentaire n’a pas suivi

l’augmentation de leur population. Et la productivité des systèmes agricoles traditionnels tels que la culture sur brûlis a chuté, tout comme l’accès aux subventions (par ces états ou par l‟ONU) pour l’achat de produits chimiques agricoles

L‟appauvrissement de ces populations les pousse à émigrer vers les pays riches en allant jusqu‟à risquer leur vie, pour tenter d‟obtenir de meilleures conditions de vie… »

Document à découvrir sur le site : http://www.habiter-autrement.org/31_sud-nord/contributions-31/AmeliorationFertiliteDesSols.pdf

* La fertilité des sols tropicaux – Auteurs : Bertrand R., Gigou J.. 2000. Paris : Maisonneuve et Larose, 397 p. (Le Technicien d’agriculture tropicale, 40).

« La fertilité des sols tropicaux est abordée dans son contexte écologique. Sont successivement étudiés la diversité des agricultures tropicales, les caractéristiques et les dynamiques des sols tropicaux, l’eau, les sols et la fertilité, les éléments minéraux et les plantes, les éléments minéraux dans le milieu cultivé, les engrais minéraux et l’amélioration de la fertilité ».

Mots-clés : fertilite du sol ; sol tropical ; eau du sol ; substance nutritive minerale ; engrais mineral ; nutrition des plantes ; matiere organique du sol ; propriete physicochimique du sol ; azote ; phosphore ; potassium ; sodium ; calcium ; magnesium ; amelioration des sols ; fertilisation ; gestion du sol ; zone tropicale. Thématique : Fertilité du sol. Source : http://publications.cirad.fr/une_notice.php?dk=263329

* Traité de gestion de l’environnement tropical – Pr. Michel Maldague

Fertilité des sols forestiers tropicaux et problèmes de l’agriculture africaine

TOME I : DÉVELOPPEMENT INTÉGRÉ DES RÉGIONS TROPICALES

Approche systémique - Notions - Concepts - Méthodes

Fascicule I – 3 : Mécanismes de la fertilité des sols tropicaux et rapports avec les pratiques agricoles.

Soource : http://classiques.uqac.ca/collection_sciences_developpement/maldague_michel/traite_gestion_foret_trop_t1/Chap_1_03.pdf

* Les transferts de fertilités, une solution à la baisse de fertilité des sols agricoles en régions tropicales ?

Étude de faisabilité d’un projet de compostage en République du Congo

I. Introduction

II. Le milieu tropical : base biophysique

III. Agriculture traditionnelle

IV. Contrer la réduction du taux de matière organique : « les transferts de fertilités »

V. Exemple de projet de transfert de fertilité : « Estimation de la biomasse mobilisable dans le cadre d’un projet de compostage en République du Congo »

 

 

 

VI. Bibliographie

Source : http://www.ingenieursbelges.be/transferts-de-fertilites-biblio.php#biblio

{{}}Traduction, compléments entre […], sélection d’articles sur la fertilité des sols tropicaux et inclusion des liens donnant accès à des informations complémentaires

Jacques Hallard, Ing. CNAM, consultant indépendant.

Relecture et corrections : Christiane Hallard-Lauffenburger, professeur des écoles.

Adresse : 585 Chemin du Malpas 13940 Mollégès France

Courriel : jacques.hallard921@orange.fr

Fichier : ISIS Agriculture Alimentation Post 2015 Development Africans Show the Way French version.6