ISIAS

"Un haplotype mitochondrial européen a été identifié à partir des restes d’un phénicien antique de Carthage"

Traduction et compléments de Jacques Hallard
dimanche 4 septembre 2016 par isias


ISIAS Génomique
Un haplotype mitochondrial européen a été identifié à partir des restes d’un phénicien antique de Carthage
L’article de référence s’intitule « European Mitochondrial Haplotype Identified in Ancient Phoenician Remains from Carthage, North Africa » et il est accessible sur le site : http://dx.doi.org/10.1371/journal.pone.0155046 - Auteurs : Matisoo-Smith EA, Gosling AL, Boocock J, Kardailsky O, Kurumilian Y, Roudesli-Chebbi S, et al. (2016) – Source : PLoS ONE 11(5) : e0155046. doi:10.1371/journal.pone.0155046 - Published : May 25, 2016

Résumé

Bien que la culture et le commerce des réseaux des peuples phéniciens aient eu un impact significatif sur les civilisations occidentales, nous savons peu de choses sur les Phéniciens eux-mêmes. En 1994, une tombe punique a été découverte dans une crypte sur la colline de Byrsa, près de l’entrée du Musée national de Carthage en Tunisie. Dans cette crypte étaient les restes d’un jeune homme, ainsi que toute une gamme de matériels et mobiliers funéraires, tous datant de la fin du 6ème siècle avant notre ère.

Nous décrivons ici le génome mitochondrial * complet récupéré à partir du jeune homme de Byrsa et nous avons identifié qu’il portait un haplogroupe ** européen rare, reliant probablement son ascendance maternelle à des endroits où les phéniciens avaient exercé leur influence quelque part sur les côtes nord de la Mer Méditerranée, sur les îles de la Méditerranée ou sur la péninsule ibérique.

[* Génome mitochondrial - D’après Wikipédia, « Les mitochondries sont des organites présents dans la grande majorité des cellules eucaryotes qui seraient issues de l’endosymbiose d’une alpha-protéobactérie, il y a environ deux milliards d’années (Théorie endosymbiotique). Au cours de l’évolution, les mitochondries ont conservé leur propre génome, qui, bien que très réduit par rapport à celui d’une bactérie, est essentiel au bon fonctionnement de ces organites. Confiné à l’intérieur des mitochondries, organites qui produisent l’énergie cellulaire, le génome mitochondrial (ADNmt) est distinct de l’ADN contenu dans le noyau. La transmission de cet ADN est généralement dite non mendélienne car, dans la plupart des cas, il est transmis par la mère. Mais il existe de nombreuses exceptions chez les plantes, les champignons et même chez les animaux. Le génome mitochondrial est particulièrement utilisé en génétique des populations humaines, ou en agronomie, comme marqueur génétique pour la biologie évolutive (« marqueur direct et non ambigu de la généalogie maternelle et de la structuration géographique au sein d’une espèce, ainsi que des échanges génétiques entre populations, entre sous-espèces »1). Il se distingue du reste du génome des cellules eucaryotes par son asexualité, qui est à l’origine du phénomène de « stérilité mâle cytoplasmique ». Ce résultat ne fournit pas seulement la première preuve directe et ancienne de l’ADN d’un individu d’une population phénicienne, mais aussi la première preuve d’un haplogroupe mitochondrial européen U5b2c1, détecté en Afrique du Nord… » Article complet sur le site : https://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9nome_mitochondrial].

[** Haplogroupe - D’après Wikipédia : « Dans l’étude de l’évolution moléculaire, un haplogroupe est un grand groupe d’haplotypes, qui sont des séries d’allèles situés à des sites spécifiques dans un chromosome. Pour la génétique humaine, les haplogroupes qu’on étudie généralement sont des haplogroupes du chromosome Y (ADN-Y) et des haplogroupes de l’ADN mitochondrial (ADN mt). On peut employer les deux pour définir les populations génétiques. L’ADN-Y suit seulement la lignée patrilinéaire, alors que l’ADN mt suit seulement la lignée matrilinéaire. Les hommes disposent des deux types de marqueurs génétiques (ADN mitochondrial de la mère et chromosome Y du père) ; les femmes possèdent un seul type : l’ADN mitochondrial de la mère. La classification des haplogroupes humains basée sur les marqueurs génétiques a rapidement évolué alors qu’on trouve des nouveaux marqueurs régulièrement…] Article complet sur https://fr.wikipedia.org/wiki/Haplogroupe ].

Introduction de l’article original

Les Phéniciens sont reconnus comme l’une des premières grandes civilisations de la Méditerranée. Ils ont tout d’abord été enregistrés comme les descendants des Cananéens, qui habitaient les rives de la Méditerranée orientale, et qui dominaient les routes commerciales maritimes tant vers l’Est que, plus tard, la Méditerranée occidentale au cours du deuxième et du premier millénaire avant notre ère.

Créateurs du premier alphabet, les Phéniciens ont constitué leurs propres dossiers d’informations sur du papyrus et du parchemin qui, malheureusement, se désintègrent au fil du temps, ne laissant derrière eux que des informations historiques limitées. Les principales villes côtières phéniciennes, Tyr, Sidon, Byblos et Arwad, situées dans ce qui est maintenant le Liban et le sud de la Syrie, ont été constamment occupées, si rarement soumises à des grandes fouilles archéologiques. Par conséquent, nous savons effectivement peu de choses sur les Phéniciens, en dehors de ce qui a été écrit à leur sujet par les Grecs et les Égyptiens [1].

A l’avènement de la migration de masse et de la destruction causée par les peuples de la mer à travers la Méditerranée orientale, dans la partie postérieure du 2e millénaire, les cités phéniciennes étaient les seules à échapper à la destruction, à l’exception notable de Arwad, qui était alors sous occupationhittite [2, 3].

Ce fut une période hors des pouvoirs voisins dominés par les peuples de la mer, qui ont permis aux Phéniciens de réaffirmer leur indépendance et, en fait, d’explorer et de se déplacer plus à l’ouest pour y établir une vaste gamme de colonies dans toute la région méditerranéenne.

Connus pour leur sens des voyages et leurs compétences en matière de négociation, d’artisanat, et leur accès à une teinture pourpre très prisée, à partir de laquelle les Grecs avaient dérivé le nom de ces commerçants maritimes, les Phéniciens avaient une influence importante à travers la Méditerranée et bien au-delà. Bien qu’il y ait eu des déclarations relatant qu’ils avaient fait le tour du continent africain, il est évident qu’ils aient atteint aussi loin vers l’ouest, les côtes atlantiques de l’Espagne et le Maroc [4].

Il a également été suggéré que le contact de la population phénicienne, par la voie de la culture de l’étain, a atteint jusqu’aux confins du sud de la Grande-Bretagne [4], mais aucune preuve archéologique n’a été trouvée à ce jour pour étayer cette allégation.

La principale stratégie d’expansion phénicienne et son influence a été la création de bases commerciales dans les villes situées à travers la Méditerranée, et où les commerçants phéniciens mobiles venaient interagir avec la population locale. Cependant, ils avaient également établi quelques colonies phéniciennes permanentes. La colonie phénicienne la plus connue était la ville de Carthage en Tunisie, fondée par la reine Elissa (également connue sous le nom Didon) * et ses disciples, qui sont arrivés de la ville phénicienne de Tyr autour de 813 avant notre ère.

[* Selon Wikipédia, « Didon (latin : Dido), ElyssaElissaElishaElysha ou Hélissa, est la fondatrice légendaire et première reine de Carthage. Arrivée sur les côtes d’Afrique du Nord, dans l’actuelle Tunisie, elle fonde la cité de Carthage. Selon la légende, elle se serait immolée par le feu pour ne pas avoir à épouser le souverain des lieux, Hiarbas. Dans la mythologie grecque et romaine, Didon est la fille de Bélos et la sœur du roi de TyrPygmalion. Le mythe de Didon a été repris par Virgile dans son œuvre, l’Énéide. Il a également fait l’objet de nombreuses utilisations dans les autres arts : en musique, en peinture, en sculpture, etc.. » Article complet sur le site suivant : https://fr.wikipedia.org/wiki/Didon ].

Carthage est passée d’un petit port de commerce phénicien à l’une des villes les plus puissantes de la Méditerranée. La domination phénicienne devait être finalement érodée et finalement remplacée par les grecs et, plus tard, par la puissance romaine établie dans toute la Méditerranée. Carthage fut détruite par les Romains lors de la troisième guerre punique (149-146 avant notre ère), et à la fin du premier millénaire, le monde ne connaissait les Phéniciens que par le biais des livres de l’histoire romaine et grecque [1].

‘Byrsa Hill’, la colline de Byrsa était le point culminant de la ville de Carthage et elle a été le site d’une acropole phénicienne. Aujourd’hui, c’est l’emplacement du Musée national de Carthage. En 1994, les jardiniers, voulant planter un arbre à l’avant du Musée, ont découvert un puits profond de 4 mètres qui mène à une tombe comprenant de deux sarcophages en grès sculpté. L’un des sarcophages était vide, mais l’autre contenait les restes squelettiques intacts d’un jeune homme. Le mobilier et les objets funéraires placés dans le sarcophage et au-dessus du couvercle de la tombe, comprennent deux amphores puniques commerciales, une lampe, une boîte en ivoire pour des onguents, des offrandes de nourritures et plusieurs amulettes qui datent de la fin du VIe siècle avant notre ère [5].

Une analyse ostéologique du jeune homme de Byrsa, ou Ariche, comme il est à présent dénommé, a permis de déterminer qu’il mesurait d’environ 1,7 m de hauteur et qu’il était âgé entre 19 et 24 ans ; une analyse craniométrique a indiqué une ascendance probable méditerranéenne / européenne, par opposition à l’Afrique ou à l’Asie [5, 6]. Une reconstruction complète du jeune homme a été entreprise et cela faisait partie d’une exposition internationale organisée par l’Institut national du patrimoine de Tunis et le musée de Carthage.

En 2014, les restes du squelette du jeune homme de Byrsa et l’exposition qui les accompagnent ont été emmenés au Musée Archéologique de l’Université américaine de Beyrouth, où nous avons été autorisés à prendre petits échantillons d’os pour les analyses d’ADN ancien, afin d’identifier les origines du jeune homme et de faire la lumière sur l’ascendance génétique des anciens Phéniciens de Carthage.

Nos recherches antérieures sur l’ascendance génétique des Phéniciens ont porté sur l’analyse des variations du chromosome Y, à partir des sites non-phéniciens, mais aussi historiquement phéniciens et d’autres voisins à travers la Méditerranée [7].

Étant donné que les commerçants phéniciens étaient principalement des hommes, il a été admis qu’il devrait y avoir des restes de l’« empreinte génétique » du chromosome Y pour les phénicienne répartis dans toute la région.

Des signatures faibles mais systématiques ont été reconnues : elles relient les haplotypes STR du chromosome Y présent à travers les sites phéniciens, avec six marqueurs Y-STR probablement d’introduction phénicienne qui ont identifiés. Nous présentons ici la première étude de l’ADN ancien des vestiges phéniciens et le premier génome mitochondrial complet d’origine phénicienne.

Informations complémentaires sur l’article d’origine :

Editor : Luísa Maria Sousa Mesquita Pereira, IPATIMUP (Institute of Molecular Pathology and Immunology of the University of Porto), PORTUGAL

Received : January 19, 2016 ; Accepted : April 22, 2016 ; Published : May 25, 2016

Copyright : © 2016 Matisoo-Smith et al. This is an open access article distributed under the terms of the Creative Commons Attribution License, which permits unrestricted use, distribution, and reproduction in any medium, provided the original author and source are credited.

Data Availability : Genbank accession numbers are provided in the text : A consensus sequence containing indels (insertions and/or deletions) was created, and has been deposited in GenBank (KT760574). All Illumina reads generated for the ancient Phoenician have been submitted to the NCBI short read archive as sample MS10148, accession number PRJNA295854. All 47 complete modern Lebanese mitochondrial genome sequences have been submitted to GenBank (accession numbers KT779157-KT779203).

Funding : Funding was provided by the Department of Anatomy, University of Otago. The funders had no role in the study design, data collection and analysis, decision to publish, or preparation of the manuscript.

Competing interests : The authors have declared that no competing interests exist. Source : http://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0155046

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Ajout d’un article en français sur ce sujet

Premier séquençage du génome d’un Phénicien vieux de 2.500 ans - Par Culturebox (avec AFP) @Culturebox - Mis à jour le 26/05/2016 à 22H09, publié le 26/05/2016 à 13H51

Photo à voir à la source - ’Ariche’, le phénicien , lors d’une exposition en 2010 à Beyrout - © JOSEPH EID / AFP

Des chercheurs ont séquencé pour la première fois le génome complet d’un Phénicien vieux de 2.500 ans, levant un peu plus le voile sur les mystères de cette ancienne civilisation proche-orientale. Le séquençage a été fait sur le plus ancien ADN phénicien connu, obtenu des restes d’un jeune homme appelé ’Ariche’ ou encore ’le jeune homme de Byrsa’, ont précisé ces chercheurs dont les travaux sont publiés mercredi dans la revue américaine PLOS One.

Il s’agit de l’ADN dit ’mitochondrial’, qui est transmis par la mère. Le séquençage a révélé que cet homme appartenait à un groupe génétique rare appelé ’U5b2c1’, dont l’ancêtre maternel commun était originaire d’une région côtière du nord de la Méditerranée, très probablement de la Péninsule ibérique, explique le professeur Lisa Matisoo-Smith de l’Université de Otago en Nouvelle-Zélande, principal co-auteur de cette étude. Selon elle, cette découverte signale la présence la plus ancienne en Afrique du Nord du groupe génétique (haplogroupe mitochondrial) européen ’U5b2c1’. Ces chercheurs l’ont datée d’au moins la fin du sixième siècle avant l’ère chrétienne.

’L’haplogroupe U5b2c1 est considéré comme l’un des plus anciens en Europe et est lié aux populations de chasseurs-cueilleurs’, explique la professeur Lisa Matisoo-Smith. ’Ce groupe génétique est très rare dans les populations modernes européennes avec une fréquence de moins d’un pour cent’, précise-t-elle. Les traits de l’ADN mitochondrial du jeune homme de Byrsa se rapprochent le plus de ceux des Portugais d’aujourd’hui, relève cette scientifique. Les chercheurs ont analysé l’ADN mitochondrial de 47 Libanais contemporains et n’ont en revanche trouvé aucune trace de la lignée génétique U5b2c1.

Inventeurs du premier alphabet

On situe les origines des Phéniciens dans la région où se trouve aujourd’hui le Liban. Leur influence s’est propagée dans tout le bassin méditerranéen, où ils ont établi des colonies et des comptoirs comme à Carthage, en Tunisie, devenu le principal port du commerce punique. Des recherches précédentes avaient découvert cet haplogroupe dans l’ADN de deux anciens chasseurs-cueilleurs retrouvés sur un site archéologique dans le nord-ouest de l’Espagne, indiquent les scientifiques. ’Alors qu’une vague de peuplades agricoles venues du Proche-Orient a remplacé les groupes de chasseurs-cueilleurs qui étaient en Europe, certaines lignées génétiques de ces derniers ont persisté plus longtemps dans l’extrême sud de la péninsule ibérique et sur des îles à proximité avant de se retrouver dans le « melting pot » de Carthage via le commerce punique’, suppute la professeur Matisoo-Smith. Elle souligne que la culture et le commerce phénicien ont eu une influence importante sur la civilisation occidentale, rappelant que les Phéniciens ont notamment introduit le premier alphabet. ’Mais nous savons peu des Phéniciens eux-mêmes à l’exception des récits probablement biaisés de leurs rivaux romains et grecs’, poursuit la chercheuse qui espère que cette dernière découverte génétique et d’autres travaux en cours permettront d’apporter de nouveaux éclairages sur les origines des Phéniciens, leur culture et leur influence.

Source : http://culturebox.francetvinfo.fr/expositions/patrimoine/premier-sequencage-du-genome-d-un-phenicien-vieux-de-2500-ans-240267

Autre source d’information sur ce sujet à partir du site suivant : http://www.20minutes.fr/sciences/1853351-20160526-chercheurs-neo-zelandais-sequencent-genome-phenicien-vieux-2500-ans-premiere

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Traduction, compléments entre […], ajout d’un article sur le sujet et intégration des liens hypertextes par Jacques HALLARD, Ingénieur CNAM, consultant indépendant – 02/
09/2016

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Fichier : ISIAS Génomique European Mitochondrial Haplotype Identified in Ancient Phoenician Remains from Carthage French version.2

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