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"Il existe des résistances à l’extension de la sphère marchande" par Jacques Hallard

dimanche 18 décembre 2016 par Hallard Jacques



ISIAS Philosophie Sociologie Psychologie Economie
Il existe des résistances à l’extension de la sphère marchande
Série Résistance – Résister : Pourquoi ? A qui ou à quoi ? Comment ? Partie 1
Jacques HALLARD, Ing. CNAM – Site ISIAS – 18 décembre 2016


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Sommaire

1. Introduction (économie de marché, économie sociale et solidaire, monnaies locales)

2. Quelques définitions de la notion de résistance selon Wikipédia

3. ‘La Vie des Idées’ - Qui sommes-nous ?

4. Qui est l’auteur André Orléan ?

5. Article « De quoi la valeur économique est-elle faite ? » Par André Orléan

6. Qui est la sociologue et économiste Viviana A. Zelizer ?

7. Viviana Zelizer, ouvrage ‘La signification sociale de l’argent’ – ParJulien Dufour

Annexe 1 - Qu’est-ce que l’économie sociale et solidaire ?

Annexe 2 - Monnaies locales complémentaires


1. Introduction

Il peut être utile de revenir tout d’abord à quelques fondamentaux concernant l’économie de marché et la sphère marchande qui sont abordées ici.

Le terme d’économie de marché désigne, selon Wikipédia « un système économique où les décisions de produire, d’échanger et d’allouer des biens et services rares sont déterminées majoritairement à l’aide d’informations résultant de la confrontation de l’offre et de la demande telle qu’établie par le libre jeu du marché. Confrontation qui détermine les informations de prix, mais aussi de qualité, de disponibilité. Pour d’autres auteurs, tel l’économiste Jacques Sapir, ce terme « n’appartient pas à la tradition économique, mais bel et bien au vocabulaire politique [...] le terme d’’économie de marché’ ne renvoie donc à rien de précis sur le plan scientifique… »1 Voir sur https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89conomie_de_march%C3%A9

Par ailleurs, selon un thésard anonyme, il convient de distinguer la sphère marchande de la sphère non marchande, afin d’éviter les confusions entre le langage courant et le langage scientifique.

« Qu’est-ce qu’un échange marchand ? Cette question est plus subtile qu’elle ne le semble au premier abord, et cette subtilité vient de la confusion fréquente entre le langage courant et le langage « scientifique », entre ce qui relève des pratiques, réelles, concrètes, et ce qui relève de la définition proposée par les économistes. Or cette dernière est davantage une reconstruction normative de la réalité qu’une description des faits. Dans le langage courant, l’adjectif « marchand » renvoie à tout ce qui est propre au commerce ; marchand est finalement synonyme de commercial. Dans le langage économique, l’adjectif « marchand » dépasse cette première définition et nous enseigne à la fois sur le type de relation entre vendeur et acheteur et sur le mode de fixation des prix : un échange marchand est un échange contractuel, dont le prix a été fixé par la confrontation d’une offre et d’une demande ».

« La pluralité des acceptions du terme « marché » montre également les confusions possibles. Le terme « marché » renvoie tout d’abord à une réalité concrète et localisée : un lieu, généralement ouvert au public, où se rencontrent acheteurs et vendeurs et où s’effectuent les transactions. On parle ainsi de « marché forain », de « marché hebdomadaire » ou encore de « place de marché ». Le terme « marché » renvoie ensuite à une réalité abstraite  : l’ensemble des transactions pour une catégorie de biens, par exemple le « marché de l’emploi salarié », le « marché de l’automobile », etc. Le terme « marché » renvoie enfin à un mécanisme de fixation des prix et d’affectation des ressources (le marché « auto-régulateur »), par opposition à un système centralisé et planifié, dans lequel les prix seraient déterminés soit par la coutume, soit par une autorité75 ».

« Du fait de cette confusion permanente entre ce qui relève des faits et ce qui relève de l’analyse, quelle définition peut-on donner d’un échange marchand ? Dans la suite de la réflexion, un échange marchand sera défini par trois conditions. En premier lieu, les quantités offertes ne sont pas administrées par l’État ou quelque autre puissance publique ; autrement dit, il existe une certaine concurrence de l’offre, mais sans pour autant qu’il y ait concurrence pure et parfaite et que l’État n’intervienne pas76, sans pour autant également qu’il y ait liberté absolue des partenaires de l’échange, hypothèse généralement implicite dans la définition proposée du « marchand ».

En second lieu, les échanges se font sur la base de prix, mais sans pour autant que ce prix résulte de la confrontation entre une offre et une demande. Planification, marchandage, coutume, rapport personnel ou hiérarchique entre les partenaires sont autant de mécanismes alternatifs possibles.

En troisième lieu, l’emploi de la monnaie facilite la mesure des biens échangés ainsi que la transaction, sans pour autant que le paiement ait pour effet de clore la relation entre les deux partenaires. Dans la même optique, le terme « marché » sera employé uniquement dans les deux premières acceptions évoquées plus haut : non pas au sens d’un mécanisme de fixation des prix et d’affectation des ressources, mais d’une réalité, que celle-ci soit localisée (place de marché) ou abstraite (l’ensemble des transactions concernant un bien donné). On parlera ainsi de sphère marchande et de sphère non marchande, afin de désigner l’ensemble des activités et des biens et services susceptibles (ou non) d’être échangés sur la base de prix et donnant lieu à une certaine concurrence77 ».

Si nous proposons cette définition, c’est pour traduire le caractère arbitraire de la séparation entre les sphères marchande et non marchande, monétaire et non monétaire.

Notes

75. K. Polanyi est l’un des premiers à avoir insisté sur la nécessité de distinguer le marché comme lieu spécifique où s’effectuent des transactions, et le marché comme mécanisme de fixation des prix et d’affectation des ressources. Il prenait l’exemple des ports de commerce : ce sont effectivement des espaces de marché mais en ces lieux, le fonctionnement de l’échange n’a rien à voir avec le mécanisme de marché tel que l’entend la théorie économique puisque les prix sociaux sont fixés par la coutume et préexistent à l’échange [Servet et alii (eds) 1998].

76. Poursuivant et prolongeant l’approche polanyienne, de multiples travaux ont montré que l’organisation de modes de circulation de biens ou de services fonctionnant sur la seule base des prix (comme vecteurs d’informations dans la confrontation des offres et des demandes et la réalisation de gains) n’est qu’exceptionnelle. Voir par exemple J.-M. Servet et alii [ (eds) 1998], V. Zelizer [1992].

77. Cette définition est finalement très proche de celle retenue par la comptabilité nationale : sont considérés comme marchands les biens et les services qui s’échangent ou qui sont susceptibles de s’échanger à un prix qui vise au moins à couvrir les coûts de production, ce qui exclut les biens et les services fournis gratuitement ou quasi-gratuitement par les pouvoirs publics, ainsi que le travail domestique fourni au sein des ménages [Archambault, 1988].

Auteur non cité - Source : http://theses.univ-lyon2.fr/documents/getpart.php?id=lyon2.2000.guerin_i&amp ;part=24442

On peut aussi se référer à l’article suivant : « Rapports marchands et société  » ; samedi 11 janvier 2014 – Sommaire :

Ces définitions étant posées, nous pouvons nous centrer sur la notion de résistance et nous référer à un courant de pensée économique dont l’histoire est riche et variée dans ses applications. Une présentation simplifiée de la pensée économique est également présentée ici : http://www.e-economie.com/courants.php, ainsi que sur ce site officiel en France : « Courants de pensée économique » à lire sur ce site : http://www.economie.gouv.fr/facileco/courants-pensees

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Le champ d’analyse décrit à la suite ouvre la voie à l’économie sociale et solidaire (voir annexe 1) et aux monnaies locales complémentaires (voir annexe 2).

Nous rapportons à la suite les publications suivantes : « De quoi la valeur économique est-elle faite ? » et « La signification sociale de l’argent  », en présentant les contributeurs de ces documents qui sont en accès libre sur Internet.

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2. Quelques définitions de la notion de résistance utilisée dans ce document

Les extraits sélectionnés à la suite sont accessibles dans un article que Wikipédia consacre à la résistance dans différents secteurs et des applications usuelles courantes.

Résistance en sciences humaines

  • La résistance, en psychanalyse, s’oppose au retour dans le conscient de pensées inconscientes qui pourraient participer à la guérison du patient ; voir aussi résilience.
  • La résistance caractérise, en psychologie sociale, l’aptitude qu’ont les êtres humains à faire face à toute forme d’abus. Elle désigne la possibilité que chacun a de ne pas se soumettre.
  • La résistance, en tant que concept propre à la psychologie analytique ( jungienne), désigne le fait de ne pas être ouvert à soi, à sa réalité et à la réalité extérieure.
    Résistance en finance et en droit

En analyse technique, la résistance est une zone de prix ou les vendeurs deviennent plus nombreux que les acheteurs, entraînant un retour du cours d’une valeur à la baisse. Elle s’oppose au support qui est une borne minimale à la baisse d’un cours.

En droit, Dans les théories du droit naturel, la résistance à l’oppression est l’un des trois types de droit naturel, avec la liberté et l’égalité.

Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9sistance#Sciences_humaines

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3. La Vie des Idées - Qui sommes-nous ? English

Coopérative intellectuelle, lieu de débat et atelier du savoir, La Vie des Idées veut être un réseau de compétences qui dépasse les frontières géographiques et croise les champs disciplinaires, tout en cherchant à rester accessible au plus grand nombre. La consultation du site et l’abonnement aux lettres d’information sont entièrement gratuits.

Sa vocation est de proposer une information de qualité sur la vie intellectuelle et l’actualité éditoriale, tant française qu’internationale, ainsi que des contributions sur les grands enjeux de notre temps, sous la forme d’essais approfondis, d’interviews et de discussions publiques.

La Vie des Idées entend offrir à tous les champs du savoir (aux sciences humaines, mais aussi aux sciences exactes, à l’esthétique, à la critique littéraire, à l’architecture etc.) une large diffusion qui utilise toutes les ressources d’Internet. Elle veut ainsi contribuer à la circulation des connaissances et des études au-delà de leur sphère de production afin de décloisonner les disciplines.

Pour parvenir à un tel objectif, le site s’est fixé trois principes :

- associer, au sein d’un même espace et à part égale, essais et critiques de livres, écrits par les meilleurs spécialistes.

- le faire dans un souci de pluri et de transdisciplinarité : à la fois rendre compte de toutes les composantes du savoir, mais aussi inciter au dialogue entre les disciplines.

- s’ouvrir à l’international en s’intéressant aux questions, aux débats, aux ouvrages qui, sur tous les continents, constituent la vie intellectuelle. À cette fin, la revue s’appuie sur un réseau de correspondants dans le monde entier. En outre, elle traduit en anglais une grande partie des articles et des comptes rendus afin de faire connaître à l’étranger la réflexion et la recherche françaises, à travers le site ’booksandideas.net’, version anglaise de La Vie des Idées.

La Vie des Idées entend tirer le meilleur parti des possibilités offertes par le web : textes originaux en liens les uns avec les autres et renvoyant à d’autres ressources en ligne, entretiens filmés et podcastables avec des personnalités du monde scientifique, dialogues et débats permettant, sur une question controversée, de multiplier les perspectives, dossiers thématiques rassemblant des contributions d’intellectuels et de chercheurs et permettant un regard éclairé sur des questions structurantes de l’actualité.

La Vie des Idées est rattachée à l’Institut du Monde Contemporain (Collège de France) et dirigée par Pierre Rosanvallon. Contributeurs Traducteurs

Source : http://www.laviedesidees.fr/Qui-sommes-nous.html

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4. Qui est l’auteur André Orléan ? - Photo

André Orléan est économiste. Il est actuellement directeur de recherche au CNRS et directeur d’études de l’EHESS. Il a notamment publié L’empire de la valeur. Refonder l’économie aux Éditions du Seuil en 2011 qui a reçu le Prix Paul Ricœur. Il a également publié Le pouvoir de la finance aux éditions Odile Jacob en 1999 et, en collaboration avec Michel Aglietta, il a dirigé La monnaie souveraine (Odile Jacob, 1998), résultat d’un travail collectif pluridisciplinaire réunissant anthropologues, économistes et historiens.

André Orléan est aussi Président de l’Association Française d’Économie Politique (AFEP), association qui milite pour le pluralisme des approches en économie. Il a coordonné À quoi servent les économistes s’ils disent tous la même chose ? Manifeste pour une économie pluraliste publié aux éditions « Les Liens qui Libèrent » en mai 2015. Avec Philippe Askenazy, Thomas Coutrot et Henri Sterdyniak, il a écrit Le manifeste des économistes atterrés aux éditions « Les Liens qui Libèrent » en 2011.

Source : http://www.laviedesidees.fr/_Orlean-Andre_.html

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5. De quoi la valeur économique est-elle faite ? - par André Orléan , le 27 janvier 2016 – Document ‘Idées.fr’ - Mots-clésTélécharger l’article- Dossier : L’argent et la valeur

Le travail de Viviana Zelizer a démontré, avec d’autres, l’existence de résistances à l’extension de la sphère marchande. Des conflits de valeur apparaissent, qui constituent un impensé de la science économique depuis plus d’un siècle. André Orléan tire les leçons de ces conflits pour la théorie économique et sociologique en prônant l’unité des valeurs.

Le travail mené par Viviana Zelizer dans La signification sociale de l’argent a permis d’en finir avec une idée auparavant reçue comme évidente par un grand nombre de chercheurs en sciences sociales, à savoir que le pouvoir de l’argent serait sans limites dans son aptitude à transformer les liens sociaux en des rapports d’intérêt dominés par le calcul. Pour Viviana Zelizer, cette analyse est erronée par le fait qu’elle néglige totalement la capacité de résistance propre aux rapports sociaux, capables de limiter « le processus de monétisation en instaurant des contrôles et des restrictions qui influent profondément sur le flux et la liquidité des monnaies ». Il s’ensuit une analyse qui met en scène des structures sociales et culturelles, réactives et créatives, sachant faire face aux empiétements de la logique monétaire aux fins de préserver leur authenticité.

Ce travail de sociologie économique ne peut manquer d’interroger l’économiste en tant qu’il montre que l’extension du régime de la valeur économique ne va nullement de soi. D’autant plus que Viviana Zelizer insiste avec force sur le caractère général et omniprésent de ces résistances sociales, nullement restreintes à des exceptions isolées : « des genres différents de relations et de valeurs sociales réorganisent les monnaies non seulement dans les recoins les plus sombres ou les secteurs les plus exotiques de l’économie, mais partout où le regard se porte. » Comment la théorie économique appréhende-t-elle ces limites à la marchandisation du monde qui sont, nous dit Viviana Zelizer, présentes « partout où le regard se porte » ?

Or, il nous faut reconnaître que la théorie économique n’a pas grand-chose à en dire. Si on trouve chez les classiques, Ricardo comme Marx, quelques réflexions bien connues sur ce qu’est une marchandise, autour du critère de reproductibilité, il nous faut constater que ces analyses disparaissent quasi totalement avec l’avènement de la pensée marginaliste dès lors que tout objet utile est considéré comme porteur d’une valeur économique. En effet, la révolution marginaliste est l’occasion d’une réorganisation en profondeur des concepts comme l’indique la substitution du terme « good » à la place du terme « commodity », qui était jusqu’alors préféré par les classiques, comme l’a montré Murray Milgate dans un article éclairant du New Palgrave [1].

Par exemple Kenneth Arrow, dans son article « Gifts and Exchanges » de 1972, article qui discute le livre que Richard Titmuss a consacré aux échanges dont le sang humain fait l’objet, considère sans aucun état d’âme, sans même s’y arrêter une seconde, que le sang entre naturellement dans le champ de la marchandise.

Concernant cette question, un seul aspect retient véritablement l’attention des penseurs marginalistes, à savoir le fait que le principe de l’utilité subjective fonde un espace d’évaluation totalement libéré de toute considération morale. Cette mise entre parenthèses de la question des valeurs pour ce qui est de l’économie a été fortement soulignée par Léon Walras : « Je dis que les choses sont utiles dès qu’elles peuvent servir à un usage quelconque, dès qu’elles répondent à un besoin quelconque et en permettent la satisfaction… il n’y a pas à… tenir compte de la moralité ou de l’immoralité du besoin auquel répond la chose utile et qu’elle permet de satisfaire. Qu’une substance soit recherchée par un médecin pour guérir un malade, ou par un assassin pour empoisonner sa famille, c’est une question très importante à d’autres points de vue, mais tout à fait indifférente au nôtre. La substance est utile, dans les deux cas, et peut même l’être plus dans le second que dans le premier ».

Autrement dit, l’économie parce qu’elle a pour objet l’utilité serait libre de tout jugement de valeur. Or, ce que nous dit l’analyse sociologique de Viviana Zelizer, comme celle de Richard Titmuss [2], de même que le sens commun, c’est que les questions morales ou éthiques sont au contraire tout à fait présentes et que, pour cette raison, l’extension de la sphère de la marchandise ne va nullement de soi. Cette dernière trouve face à elle des résistances sociales multiformes. Si les économistes ne s’en préoccupent pas, c’est uniquement parce que le monde social qu’ils modélisent est restreint, par choix délibéré, aux seuls échanges marchands. Dans ces conditions, la question des valeurs disparaît puisque, par postulat, seule la valeur économique est prise en compte.

Mais, dans la réalité de nos sociétés capitalistes, il en va tout autrement. Plusieurs valeurs sont en compétition. Un exemple frappant se trouve dans le travail que l’anthropologue Pascale Absi a consacré aux mineurs du Potosi en Bolivie, mineurs qui sont conduits à traiter d’une manière spécifique l’argent issu de la mine en raison de son origine souterraine associée, dans leur esprit, au diable. D’où, comme de nombreux exemples chez Viviana Zelizer, les mineurs distinguent soigneusement l’argent de la mine de celui issu d’autres activités économiques : « Pour les travailleurs, les revenus de la mine restent l’argent du diable et ils ne leur appartiennent jamais tout à fait. Incomplètement débarrassé de l’emprise de son géniteur infernal, [l’argent de la mine] brûle les doigts des mineurs. »

En fait, tous ces travaux sociologiques conduisent à un même constat : nous sommes face à ce qu’il faut bien désigner comme étant des « conflits de valeurs », conflits qui limitent fortement l’extension de la sphère marchande. Il se trouve corroboré également par le philosophe Michael Sandel dans son livre Ce que l’argent ne saurait acheter. En effet, sa thèse centrale est que la logique marchande rencontre face à elle deux objections centrales : l’objection d’équité et l’objection de corruption :

« Ces deux genres d’arguments imprègnent tous les débats afférents à ce que l’argent devrait et ne devrait pas acheter. L’objection d’équité revient à s’interroger sur l’inégalité que les choix marchands peuvent refléter ; quant à l’objection de la corruption, elle est centrée sur les attitudes et les normes que les relations marchandes sont susceptibles d’endommager ou de dissoudre ». (p. 181)

Or, nous dit Sandel, les questions morales et éthiques sont au cœur de ces objections : « Chacun de ces objections repose sur un idéal moral différent. L’argument de l’équité se réclame […] de l’idéal du consentement donné dans un contexte équitable ; et l’un des principaux arguments des économistes qui préconisent que les biens soient alloués par les marchés, c’est justement que ceux-ci respecteraient la liberté de choix. Mais l’objection de l’équité souligne que de tels choix ne sont pas vraiment volontaires . » (p. 183)

Et il poursuit : « L’argument de corruption met l’accent sur un autre ensemble d’idéaux moraux […] Même dans une société où [l’équité serait parfaitement respectée], il y aurait encore des choses que l’argent ne devrait pas acheter, car les marchés ne sont pas de simples mécanismes – ils véhiculent certaines valeurs, les valeurs marchandes évinçant parfois des normes non marchandes qui mériteraient d’être sauvegardées . »(p. 184)

En conséquence, l’hypothèse des « conflits de valeur » n’a rien d’original. Elle est même tout à fait triviale pour une sociologue ou un philosophe. Cependant, on ne saurait en sous-estimer les conséquences pour ce qui est de l’économiste en ce qu’elle l’oblige à reconnaître que, si la valeur économique est en conflit avec les autres valeurs, c’est parce qu’elle est elle-même une valeur comme les autres, et non pas l’expression de l’utilité des choses, comme le croient depuis 140 ans les économistes.

Ce faisant, c’est toute la théorie marginaliste de la valeur qui se trouve remise en question. En effet, les exemples précédents qu’étudie la littérature sociologique et philosophique montrent clairement l’insuffisance du concept d’utilité subjective pour qui cherche à comprendre ce qu’est la valeur économique, car il nous faut bien constater que l’utilité est bien plus répandue que ne l’est la valeur économique. En conséquence, il ne suffit nullement qu’il y ait utilité pour qu’il y ait marchandises. L’appartenance à l’espace des marchandises n’est en rien le corollaire direct de l’utilité.

Pensons aux organes humains, à la nature ou encore aux nombreux services que nous rendent nos amis, nos collègues ou les membres de notre famille : tout cela nous est fort utile sans pour autant nécessairement posséder une valeur économique. Il faut bien admettre que le concept d’utilité subjective si prisée des économistes est d’une extrême pauvreté. Vouloir en faire le point de départ de l’analyse économique, en tant qu’elle serait la force primordiale qui donnerait vie aux échanges marchands, doit être rejeté.

Considérons l’exemple de la terre qui a été beaucoup étudié. Son utilité va de soi ; elle est reconnue depuis la nuit des temps sans pour autant que s’en déduise nécessairement une quelconque valeur économique. Pour que la terre ait pu acquérir une telle valeur et entrer dans le circuit monétaire des achats et des ventes, il a fallu une série de transformations sociales de très grande ampleur et de très grande violence, ce qu’on nomme, dans le cas anglais, les enclosures, à savoir la destruction des relations de type communautaire qui, auparavant, régissaient son usage, et ceci au profit de la seule propriété privée.

Il est clair que le point de vue de l’utilité subjective ne permet en aucune mesure d’appréhender cette réalité historique car son enjeu n’est en rien l’utilité, qui ne fait pas de doute, mais bien l’intégration de la terre à l’espace marchand par le biais des prix. C’est ainsi qu’il convient de poser le problème de la marchandisation ! Il en va de la terre jadis, comme aujourd’hui des biens naturels et de la propriété intellectuelle, ce que d’aucuns ont nommé les secondes enclosures. Ce qu’il s’agit de construire, dans un cas comme dans l’autre, est la formation d’un prix par quoi l’objet considéré se trouve intégré à la circulation des marchandises.

Telle est la question posée. Par le biais du prix, l’objet fait allégeance à la souveraineté monétaire : il déclare qu’il renonce à toute discrimination préférentielle entre les acheteurs pour ne reconnaître que le pouvoir indifférencié et universel de la monnaie. Cette primauté de la monnaie va bien plus loin que le seul aspect fonctionnel ou informationnel des prix en ce sens que, dans l’approche que nous défendons, le désir de monnaie est la force agissante qui se trouve à l’origine des actions marchandes. L’ordre marchand est de part en part organisé dans le but de satisfaire ce désir qui en constitue le principe fondateur.

Dans cette conception qui pose le désir de monnaie comme étant au fondement de l’ordre marchand, la valeur s’analyse comme une déclinaison de la puissance monétaire : avoir de la valeur, c’est capter à son profit une partie de la puissance propre à la monnaie. Elle a pour expression pratique le prix, c’est-à-dire la quantité de monnaie que la marchandise permet de mobiliser.

Autrement dit, au lieu de chercher à découvrir le secret de la valeur économique dans une substance spécifique, comme l’ont fait de très longue date les économistes, soit le travail pour les classiques, soit l’utilité pour les marginalistes, nous considérons que valeur et monnaie ne sont que les deux faces d’une même pièce. Cette conception est aux antipodes de la conception néoclassique qui identifie la valeur économique à l’utilité marginale, sans aucune référence à la monnaie.

Rappelons que l’expression la plus achevée de la théorie néoclassique de la valeur, à savoir la théorie de l’équilibre général, traite d’une économie sans monnaie, d’une économie de troc. À l’opposé, je fais de la monnaie le cœur de la valeur économique ; son principe même, sous la forme d’un pouvoir d’achat universel organisant la circulation des marchandises. Or, les réflexions que développe Viviana Zelizer dans La signification sociale de l’argent viennent également conforter cette analyse. Examinons ce point.

Rappelons, dans un premier temps, que ce livre vise à montrer que les États-Unis, entre les années 1870 et 1930, ont su résister à la diffusion des valeurs marchandes, d’une manière bien plus déterminée et efficace que ce qu’auraient laissé prévoir les analyses sociologiques classiques, à la Simmel ou à la Weber. Or, comment Viviana Zelizer conçoit-elle cette résistance aux valeurs marchandes ? Quel en est le vecteur ? Il s’agit de pratiques, nous dit Viviana Zelizer, qui ont pour finalité de faire obstacle à l’émergence d’un espace homogène d’équivalences en s’attaquant à ce qui en constitue le fer de lance, à savoir l’uniformité de la monnaie.

C’est ce que Viviana Zelizer nomme le marquage des monnaies qui, au travers de la création de devises diversifiées, créent des coutumes et des conventions, des manières d’agir et de sentir qui sont autant de barrières à l’indifférenciation de la valeur. Ce point nous semble tout à fait intéressant car il met en évidence avec force ce que nous avons nommé le primat de la monnaie dans l’élaboration des valeurs marchandes.

En effet, ce à quoi le marquage des monnaies fait obstacle est la création d’un espace anonyme et indifférencié au sein duquel les échanges se trouvent régis par les seuls prix, indépendamment des personnes. A contrario, le marquage des monnaies est le vecteur par lequel se font connaître des liens personnels qui refusent d’abdiquer leur légitimité et de se soumettre à la seule autorité des prix.

Notons cependant qu’à côté des séditions monétaires qui cherchent à résister aux valeurs marchandes, il en est d’autres qui cherchent, non pas à sortir de l’ordre marchand, mais à lui donner une autre monnaie, plus en phase avec les intérêts séditieux. C’est le cas aux États-Unis, à la fin du XIXe siècle, du vaste mouvement en faveur de la monétisation de l’argent contre le monopole de l’or. L’enjeu est de promouvoir une monnaie « moins forte » et, par ce fait, plus favorable aux classes débitrices, tout particulièrement, les fermiers.

Pour clore, je voudrai montrer que cette conception alternative de la valeur économique que je propose, comme dérivant de la monnaie et de son pouvoir propre, trouve dans la pensée durkheimienne certains points d’appui notables qui permettent d’en éclairer la logique et les conséquences. Pour cette raison, cette théorie de la valeur peut être dite aussi bien d’inspiration sociologique qu’économique ; ce qui me convient parfaitement car, comme Durkheim, je crois à l’unité de la science sociale. Le fait économique est un fait social comme un autre.

Rappelons que Durkheim a toujours insisté sur l’unité des valeurs et, tout particulièrement, sur le fait qu’il n’y a pas de différence de nature entre la valeur économique et les autres valeurs – morales, religieuses, esthétiques ou autres. Sur ce point, il s’oppose explicitement à Kant quand il déclare : « Certes, il y a des types différents de valeurs, mais ce sont des espèces d’un même genre. » Cette thèse est également en totale contradiction avec ce que pensent les économistes à la suite de Walras, à savoir que l’économie serait indifférente aux jugements de valeurs.

Proposer cette démonstration suppose de commencer par rappeler que, pour Durkheim, l’origine de la puissance sociale est dans les sentiments éprouvés en commun. En effet, pour Durkheim, les sentiments éprouvés en commun sont dotés d’une intensité particulière qui est à l’origine de l’autorité qu’exercent les valeurs, par quoi elles s’imposent aux acteurs. Durkheim prend souvent comme illustration de ce phénomène d’auto-émergence les assemblées révolutionnaires qui peuvent, nous dit-il, « transformer une réunion de bourgeois inoffensifs en un monstre redoutable ». Il écrit par ailleurs :

« Quand les consciences individuelles, au lieu de rester séparées les unes des autres, entrent étroitement en rapports, agissent activement les unes sur les autres, il se dégage de leur synthèse une vie psychique d’un genre nouveau. Elle se distingue d’abord de celle que mène l’individu solitaire, par sa particulière intensité. Les sentiments qui naissent et se développent au sein des groupes ont une énergie à laquelle n’atteignent pas les sentiments purement individuels […] C’est, dans les moments d’effervescence […] que se sont, de tout temps, constitués les grands idéaux sur lesquels reposent les civilisations. »

Cette approche qui prend pour point de départ l’investissement affectif du groupe à l’unisson ou « affect commun » dans “certaines manières d’agir, de penser et de sentir” et, ce faisant, les dote d’une force et d’un rayonnement sui generis, me semble particulièrement bien adapter pour qui cherche à élucider l’origine de la puissance monétaire. C’est ce que j’ai tenté de faire dans L’empire de la valeur où je propose un modèle de genèse conceptuelle de la monnaie.

Pour le dire très schématiquement, mon point de départ est la situation périlleuse dans laquelle se trouve l’individu marchand séparé de tous et recherchant avec anxiété par quoi il pourrait inciter autrui à volontairement lui céder les biens dont lui-même a un besoin impératif pour exister. Il s’ensuit la quête par chacun d’un objet susceptible d’être désiré par le plus grand nombre. C’est la polarisation de ces désirs spécifiques sur un objet particulier qui, en produisant, du fait même de la polarisation, un objet convoité par tous, ce qu’on nomme monnaie, permet la formation de l’ordre marchand.

Il suit de cette démonstration que la valeur économique est, comme toutes les autres valeurs, un fait social qui « se reconnaît au pouvoir de coercition externe qu’il exerce ou est susceptible d’exercer sur les individus ».

Ce pouvoir se présente aux consciences individuelles sous la forme d’un idéal, à savoir l’idéal monétaire, qui, comme tous les autres idéaux, pousse les individus à agir, penser et sentir d’une certaine manière. « Ces idéaux, nous dit Durkheim, ne sont pas des abstraites, de froides représentations intellectuelles, dénuées de toute efficace. Ils sont essentiellement moteurs ; car derrière eux, il y a des forces réelle et agissantes : ce sont les forces collectives. » C’est comme désir de monnaie que cet idéal s’impose aux consciences individuelles. Il trouve face à lui d’autres valeurs qui viennent contester ses prétentions au travers de la promotion d’autres manières d’agir, de penser et de sentir.

Les analyses de Viviana Zelizer mettent en avant cette compétition entre valeurs. Par ailleurs, elles soulignent à quel point la question de l’indifférenciation monétaire est centrale. En effet, celle-ci s’impose comme un élément clef dans la formation de la valeur économique en tant qu’elle favorise l’équivalence la plus large et la plus mécanique. A contrario, tout ce qui introduit des fractionnements dans l’espace de circulation monétaire s’analyse comme autant de transgressions, c’est-à-dire comme autant d’atteintes directes à la puissance de la monnaie et, ce faisant, à la valeur marchande.

Dossier(s) : L’argent et la valeur

Pour citer cet article :

André Orléan, « De quoi la valeur économique est-elle faite ? », La Vie des idées , 27 janvier 2016. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/De-quoi...

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Source : http://www.laviedesidees.fr/De-quoi-la-valeur-economique-est-elle-faite.html

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6. Qui est la sociologue et économiste Viviana A. Zelizer ?

D’après l’introduction d’un article que lui consacre Wikipédia, « Viviana A. Zelizer, née le 19 janvier 1946, professeure de sociologie à l’université de Princeton, est l’une des principales figures de la sociologie économique. Elle s’est particulièrement intéressée aux aspects sociaux et moraux des activités économiques… » Article complet sur le site : https://fr.wikipedia.org/wiki/Viviana_Zelizer

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7. Viviana Zelizer, ouvrage ‘La signification sociale de l’argent’ – Par Julien Dufour

Publication commentée | Rechercher | Texte | Citation | Rédacteur

Viviana Zelizer, La signification sociale de l’argent, Seuil, coll. « Liber », 2005, 348 p., EAN : 9782020654326. Informations Vous pouvez commander cet ouvrage sur le site de notre partenaire Decitre

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1. Premier ouvrage de Viviana Zelizer traduit en français, publié dans la collection Liber fondée par Pierre Bourdieu, La signification sociale de l’argent propose d’interroger la dimension sociale de la monnaie. A l’opposé à la fois des économistes orthodoxes qui l’envisagent comme étant socialement neutre, homogène, fongible et permettant l’action rationnelle des agents, et des sociologues comme Georg Simmel pour qui la monnaie dépersonnalise les relations sociales, Viviana Zelizer démontre que l’argent est un outil multiforme et « marqué » socialement dans ses significations et usages, publics et privés. Le livre part du mouvement de standardisation de la monnaie fédérale aux Etats-Unis vers 1870 et observe sur une période de soixante ans, la production sociale de monnaies diversifiées ainsi que le processus de marquage social, au travers de trois formes d’usages : la devise domestique, la monnaie du don et l’argent de la charité. Viviana Zelizer puise ses matériaux d’enquête dans des sources aussi diverses que les magazines féminins, les manuels de savoir-vivre, les guides pour les nouveaux immigrants, les comptes-rendus de jugement, les budgets familiaux, les romans, les publicités ou les confessions anonymes dans les journaux.

2. Durant la période étudiée, la production et l’organisation de la monnaie domestique dans les familles américaines s’opèrent selon deux divisions principales : sexuelle et sociale. Alors que les gains sont principalement dus au travail des maris, les dépenses liées au foyer reviennent plutôt aux femmes. Cette transformation du salaire masculin en devise domestique féminine est alors une source de conflits qui s’étalent jusque dans les journaux : pour obtenir l’argent dont elles ont besoin pour leur dépenses personnelles, les femmes sont alors obligées de quémander « comme les mendiants » auprès de maris abusant parfois de cette situation de dépendance. D’un côté, les hommes ont et veulent conserver la propriété exclusive de cet argent, de l’autre, les femmes vont lutter des décennies durant pour qu’une part déterminée du revenu familial leur revienne.

3. L’appartenance à la classe sociale joue aussi un rôle déterminant dans l’organisation des transferts de monnaie domestique. Certes, là où les épouses des familles pauvres « volent » quelques pièces dans les poches de leur mari, les bourgeoises utilisent des subterfuges comparables, comme le mensonge ou les fausses factures, pour détourner une part de revenu plus librement transférable. Mais progressivement publique, la question de l’argent des femmes se pose différemment que l’on soit dans une famille pauvre ou dans une famille riche. A mesure que la pratique de l’allocation versée par les maris gagne du terrain dans les foyers aisés, les prises de position publiques en faveur de cette option se multiplient jusqu’à ce que, comparée au paiement des domestiques et à l’argent de poche infantile, tous deux symboles de soumission financière, cette pratique perde son avantage dans les débats au profit du compte joint vers 1920. De leur côté, les ouvrières ayant elles-mêmes un salaire, ne bénéficient pas d’une situation plus favorable pour autant : gérant un budget précaire et des moyens limités, elles connaissent elles aussi le manque d’argent personnel et sont même tenues pour responsables des « fins de mois difficiles ».

4. Malgré l’utilisation d’une monnaie standardisée, les transferts domestiques prennent différentes significations selon l’usage et l’usager. Ainsi, les revenus directs des femmes, qu’ils proviennent de ménages ou de travail salarié, sont systématiquement perçus comme étant moins « sérieux » que les revenus masculins. Un des exemples de l’attribution jugée frivole dans les milieux aisés est celui de l’argent donné.

5. L’apparition de cadeaux pécuniaires est le signe d’une transformation plus fondamentale de l’économie du don. Dans la sphère d’intimité, la valeur monétaire d’un cadeau est jusqu’alors de préférence cachée au destinataire. A mesure que les dons d’argent se multiplient, les formes et les significations des échanges se développent : ils s’accompagnent de marquages sentimentaux et personnalisés (emballage, caché dans des biscuits, inscription intime...). Utilisés à l’occasion des fêtes familiales ou religieuses, les dons d’argent s’adressent surtout aux classes moyennes et supérieures, ainsi qu’aux immigrants à destination de leur famille d’origine, notamment les immigrants juifs. De devise familiale, l’argent des cadeaux devient progressivement une monnaie féminine. A l’opposé, hors de la sphère d’intimité, ce sont plutôt les hommes qui font des dons pécuniaires. Dans les entreprises, après de nombreux litiges, la prime de Noël passe progressivement d’un don laissé à la seule appréciation du patronat, à un don constituant une composante prévisible et négociable du salaire de tout travailleur. De la même façon, les pourboires, officialisés par le gouvernement fédéral en 1907 pour l’armée, provoque aussi des tensions : son caractère discrétionnaire accentue l’infériorité du bénéficiaire.

6. Viviana Zelizer remarque que recevoir de l’argent implique des restrictions dans la façon de le dépenser et que contester un don d’argent liquide dans la sphère de relations revient à rompre des liens en rejetant les sentiments du donateur. L’apparition de l’argent dans les offres de cadeaux personnels n’a ni corrompu, ni occulté, ni affaibli les échanges sociaux des Américains dans la mesure où les familles, les milieux d’affaires et les institutions publiques ont produit les marquages nécessaires à la différentiation des devises. Pour illustrer la rencontre de ces divers lieux de production symbolique, Viviana Zelizer s’intéresse plus longuement aux organisations charitables et à l’argent des pauvres.

7. Sur trois chapitres, Viviana Zelizer détaille les idéologies et les stratégies de marquage de la monnaie employées par les responsables de la protection sociale américaine. Un premier constat s’impose : à partir de 1870, avec le développement du charity organization movement (organismes de charité privés), l’argent des pauvres est considéré comme un danger. Les choix économiques des nécessiteux - jugés immoraux - éveillent alors une grande défiance si bien qu’à la fin du XIXe siècle, les secours en argent liquide sont plus rares qu’au début. Durant cette période, les travailleurs philanthropiques s’emploient à réguler l’économie des pauvres en supprimant la monnaie légale, en privilégiant les aides en nature et en organisant l’épargne. Le début du XXe siècle marque un revirement dans la façon de considérer l’argent des pauvres. Les arguments en faveur de devises charitables insistent sur le rôle éducatif et valorisant du « pouvoir de choisir » des biens et des services pour une population reconnue comme incompétente en matière de dépenses. La mise en place de ces devises par les travailleurs sociaux s’accompagne d’un tri sévère pour cibler exclusivement les pauvres « raisonnables » et d’un marquage moral officiel fondé sur les conseils, les restrictions et les contrôles sur les budgets familiaux par ces « visiteurs amicaux ».

Ces incursions dans le monde privé des ménages assistés provoquent en retour des résistances chez les pauvres qui produisent leurs propres systèmes de marquage, plus diversifiés mais non écrits. Outre les travailleurs sociaux, les agents d’assurance - attirés par les aides en argent - démarchent eux aussi les familles pauvres, abusées par l’obsession d’une mort « convenable ».

8. Avec la Grande Dépression des années 1930 et la perte de nombreux emplois, le nombre de pauvres croît considérablement. En 1935, le Social Security Act met un terme aux restrictions et au marquage officiel des prestations sociales qui deviennent du même coup essentiellement monétaires. Paradoxalement, la suspicion d’incompétence des pauvres en matière de consommation persiste et les organismes privés s’en servent pour obtenir la création de nouvelles monnaies charitables et imposer leurs propres marquages à des pauvres qui continuent de les convertir dans leurs systèmes.

9. A la question de savoir « ce que l’argent veut dire », Viviana Zelizer répond par des monnaies multiformes et différenciées socialement, caractéristiques centrales des économies capitalistes avancées. Elle constate que l’homogénéisation monétaire impulsée par le gouvernement fédéral américain n’a pas eu d’effets standardisants ou dépersonnalisants comme le postulait Georg Simmel.

Au contraire, ses observations montrent une multitude de marquages - et de contre-marquages - produit par les familles, les entreprises et les institutions publiques, afin de donner sens à leurs transactions et à leurs liens sociaux. Même si l’argent fonctionne comme un puissant instrument d’inégalité, les individus trouvent toujours le moyen de contester les systèmes de marquage dominants et d’y substituer leurs propres usages, symboles et significations. Elle rejoint les analyses des sociologues sur la consommation, de Thorstein Veblen à Pierre Bourdieu, pour qui la marchandisation des économies capitalistes ne se réduit pas à ce que toute chose soit une marchandise, mais aussi que toute marchandise soit une chose sociale. Pour l’avenir, le développement de la monétique sera-t-il accompagné d’innovations dans le domaine des marquages informatiques ?

Pour citer cet article - Référence électronique : Julien Dufour, « Viviana Zelizer, La signification sociale de l’argent », Lectures [En ligne], Les comptes rendus, 2006, mis en ligne le 13 mars 2006, consulté le 17 décembre 2016. URL : http://lectures.revues.org/270

Autres lectures

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Annexe 1

Qu’est-ce que l’économie sociale et solidaire ? – Document economie.gouv.fr - Le portail de l’Économie et des Finances

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Illustration - Le concept d’économie sociale et solidaire (ESS) désigne un ensemble d’entreprises organisées sous forme de coopératives, mutuelles, associations, ou fondations, dont le fonctionnement interne et les activités sont fondés sur un principe de solidarité et d’utilité sociale.

Ces entreprises adoptent des modes de gestion démocratiques et participatifs. Elles encadrent strictement l’utilisation des bénéfices qu’elles réalisent : le profit individuel est proscrit et les résultats sont réinvestis. Leurs ressources financières sont généralement en partie publiques.

Elles bénéficient d’un cadre juridique renforcé par la loi n° 2014-856 du 31 juillet 2014 relative à l’économie sociale et solidaire.

Actualité de l’ESS

L’instruction du 20 septembre 2016 précise les conditions de mise en œuvre du dispositif de l’agrément Entreprise solidaire d’utilité sociale (ESUS), qui facilite le financement des entreprises de l’ESS.

L’espace de veille de l’Institut supérieur des métiers propose un nouveau dossier sur l’économie sociale et solidaire.

L’ESS emploie 2,39 millions de salariés en France, soit 12,7% de l’emploi privé, selon le bilan de l’emploi en 2015 (pdf - 501 ko) publié par Recherche et solidarité en juin 2016.

Les effectifs les plus importants interviennent dans les domaines de l’action sociale, des activités financières et d’assurance, de l’enseignement et de la santé.

Les acteurs de l’ESS en France ont rédigé en 1980 une charte de l’économie sociale, dans laquelle ils tracent les contours et les ambitions de leur action. Dès l’année suivante, l’économie sociale était officiellement reconnue par le décret du 15 décembre 1981 créant une délégation dédiée auprès du Premier ministre.

Depuis le mois de mai 2012, l’économie sociale et solidaire est représentée au sein du gouvernement français : à cette date, un ministère délégué a été rattaché au ministre de l’économie, devenu secrétariat d’État en avril 2014.

La loi du 31 juillet 2014

La loi n° 2014-856 du 31 juillet 2014 relative à l’économie sociale et solidaire, entrée en vigueur le 2 août 2014, a pour objectif de soutenir et développer le secteur : sécurisation du cadre juridique, définition des outils d’aide et de financement, renforcement des capacités d’action des salariés afin de faciliter la reprise de leur entreprise.

Cette disposition est entrée en vigueur le 1er janvier 2016, conformément au décret n° 2015-858 du 13 juillet 2015, qui définit les statuts des sociétés commerciales ayant la qualité d’entreprises de l’ESS. Elle est commentée par une note du Conseil national des CRES à destination des entreprises :

Le droit d’information des salariés en cas de cession d’une entreprise

Parmi les mesures en faveur du développement de l’économie sociale, la loi a prévu un nouveau droit d’information des salariés en cas de cession d’une entreprise, présenté sur Service public. Le DIP a été modifié au 1er janvier 2016 par le décret n° 2015-1811 du 28 décembre 2015 qui abroge le décret du 28 octobre 2014.

En effet, le droit d’information préalable des salariés est modifié par la loi relative à la croissance, à l’activité et à l’égalité des chances économiques, article 204. Désormais, la cession ne pourra plus être annulée ; l’entrepreneur risque une amende civile pouvant aller jusqu’à 2% du prix de vente de l’entreprise. Cet article est mis en application par le décret n° 2016-2 du 4 janvier 2016.

La Direction générale des entreprises (DGE) détaille le dispositif d’information triennale des salariés, avec une fiche pratique (pdf - 37 ko) d’avril 2016 et le guide sur l’information préalable des salariés (pdf - 1,02 Mo).

La mission parlementaire conduite par Fanny Dombre Coste a rendu son rapport d’évaluation sur le droit d’information préalable des salariés le 18 mars 2015.

Le décret n° 2015-1653 du 11 décembre 2015 a institué un délégué à l’économie sociale et solidaire auprès du directeur général du Trésor. Odile Kirchner a été nommée a ce poste par décret du 24 décembre 2015.

La loi ESS s’est appuyée sur un rapport commandité à Philippe Frémeaux et rendu public le 15 novembre 2013. Il évalue l’apport de l’ESS de manière globale, en prenant en compte non seulement son impact sur le PIB, mais aussi sa contribution au bien-être individuel et collectif.

Enfin, la concertation liée à l’élaboration du projet de loi s’est appuyée sur les travaux des commissions du Conseil supérieur de l’économie sociale et solidaire, créé par le décret n° 2006-826 du 10 juillet 2006 ; ce texte est abrogé et remplacé par le décret n°2015-732 du 24 juin 2015.

Le financement de l’économie sociale et solidaire

Le décret n° 2015-90 du 28 janvier 2015, pris en application de la loi sur l’économie sociale et solidaire, renforce les obligations des collectivités locales en matière d’achats socialement responsables et de développement local durable.

ESUS : entreprise solidaire d’utilité sociale

L’agrément ESUS, défini par l’article 11 de la loi du 31 juillet 2014, permet de labelliser les entreprises les plus exigeantes socialement pour attirer des investisseurs privés au travers de l’éparge solidaire.

> le décret n° 2015-719 du 23 juin 2015 relatif à l’agrément entreprise solidaire d’utilité sociale (ESUS)
> l’arrêté du 5 août 2015 fixe la composition du dossier de demande d’agrément
> l’instruction du 20 septembre 2016 précise les conditions de mise en œuvre du dispositif d’agrément

Le dispositif d’Agrément ESUS est commenté par la direction générale du Trésor et présenté sur le portail economie.gouv.fr, avec un article sur l’agrément ESUS et une brochure sur l’agrément ESUS (pdf - 996 ko).

Dans le cadre de la mise en œuvre du Programme d’investissements d’avenir, la Caisse des dépôts s’est vu confier par l’État la gestion d’une dotation de 100 M€ en faveur de l’économie sociale et solidaire, afin de renforcer les fonds propres d’entreprises du secteur et de consolider les emplois.

Le financement participatif figure également parmi les outils évoqués par Bpifrance.

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Annexe 2 - Monnaies locales complémentaires

Monnaie locale – Introduction d’un article Wikip&dia

Une monnaie locale est, en sciences économiques, une monnaie non soutenue par un gouvernement national (qui n’a pas nécessairement cours légal), et destinée à n’être échangée que dans une zone restreinte. Les monnaies de ce type sont également appelées monnaies complémentaires. Elles prennent de nombreuses formes, aussi bien matérielles que virtuelles. Parler de monnaie locale, c’est s’inscrire dans un discours économique particulier. Il en existe plusieurs milliers dans le monde et plusieurs dizaines en France (Sol-violette à Toulouse, Stück à Strasbourg, etc.).

Article complet sur le site : https://fr.wikipedia.org/wiki/Monnaie_locale

Une monnaie locale et complémentaire, c’est quoi ? Document ‘latribune.fr’. Par Adeline Raynal | 24/02/2013, 9:33 | 949 mots

Photo - Des billets de la monnaie locale de Villeneuve-sur-Lot, l’abeille.Copyright Christophe Ducamp/ Flickr CC (Crédits : Christophe Ducamp/ Flickr CC) On en entend régulièrement parler, mais que se cache-t-il derrière cette formule générique ? Sont-elles des concurrentes de l’euro ? Dans quel but circulent-elles ? Quel intérêt revêtent-elles ? La Tribune vous propose un point pratique sur ces monnaies complémentaires qui incarnent les valeurs de tout un pan de l’économie sociale et solidaire.

 ? Quel est le principe ?

Créer une monnaie pour une zone géographique limitée, qui fonctionne en complément de la monnaie nationale, pour défendre des principes liés à l’économie sociale et solidaire. Elle n’a pas cours légal et ne peut faire l’objet de spéculation. Son but principal ? Dynamiser l’économie locale. Certaines d’entre elles, comme le chiemgauer en Allemagne ou le sol Violette à Toulouse, sont des monnaies fondantes. Elles perdent peu à peu de leur valeur au fil des mois.

Le concept de monnaie fondante vient d’un économiste du début du XXème siècle, Silvio Gesell, et a été appliqué pour la première fois à la monnaie locale de Wörgl (en Autriche) pendant la Grande Dépression des années 1930. Garder de la monnaie coûte de l’argent. Ainsi, les échanges sont accélérés, et c’est là l’un des intérêts de la monnaie locale. ’On estime qu’un euro est échangé 2,4 fois en moyenne entre deux passage par la banque. Pour une monnaie solidaire comme le Sol Violette, c’est plutôt 6 fois !’ explique Philippe Charbois, responsable administratif du Crédit Coopératif de Toulouse, l’institution bancaire qui soutient le projet. Ce qu’il décrit, c’est ce qu’on appelle l’indice de circulation de la monnaie. Une devise complémentaire, locale, circule beaucoup plus vite ! Et c’est ainsi que les échanges locaux sont ravivés, donnant alors un coup de fouet à l’économie locale. Soutenir l’emploi local et éviter les délocalisations est un bénéfice indirect attendu en lien avec la mise en place d’une monnaie complémentaire.

 ? Quel est l’intérêt d’un tel projet ?

Outre dynamiser l’économie locale, les différents projets comportent souvent des spécificités, et ont ainsi des intérêts complémentaires divers. Certaines sont très territorialisées, et favorisent particulièrement le lien social. C’est par exemple le cas de la mesure à Roman. D’autres visent à promouvoir un autre type de consommation (pour protéger les ressources naturelles notamment). Cela semble l’orientation privilégiéepar la région PACA.

D’autres encore, entendent favoriser le fonds de roulement des entreprises, consolider leurs finances : celle en projet au sein de l’APEAS, en PACA. L’idée est de créer ue monnaie qui puisse s’utiliser à la fois en B to B et en B to C. Enfin, il existe des monnaies complémentaires à vocation sociale. Dans cette idée, la mairie de Toulouse distribue une petite partie des prestations sociales en sol Violette. Une monnaie sociale donne accès à plus de biens et oriente vers un autre type de consommation.

’Le but d’une monnaie complémentaire c’est avant tout de sensibiliser à des valeurs par le biais d’un outil d’échange que tout le monde utilise : la monnaie. Il s’agit de déclencher une prise de conscience de l’importance des échanges locaux, promouvoir une certaine éthique. Je crois surtout qu’il peut y avoir un impact en termes de transformation des valeurs et des habitudes’ explique Jérôme Blanc, enseignant-chercheur à l’université Lyon 2, et spécialiste des monnaies locales.

 ? Quel impact sur l’économie à l’échelle d’un pays ?

L’impact global des monnaies complémentaires est à nuancer. Bien que bon pour l’économie locale, le système semble ne pouvoir avoir qu’un impact limité sur l’activité économique globale. ’A l’exception notable de l’Argentine, nulle part les monnaies sociales n’ont acquis de taille significative par rapport à l’activité économique et sociale nationale’jugeait en 2006 Jérôme Blanc. ’D’un point de vue macroéconomique, l’impact d’une monnaie locale est limité, vu l’ampleur du territoire concerné’ explique aujourd’hui ce chercheur. Il n’en reste pas moins que l’ ’impact économique positif demeure car il y a un accroissement des échanges, un dynamisme favorable à l’emploi’ nuance-t-il aujourd’hui.

’Le sol est d’abord un projet démocratique, un outil d’éducation populaire qui vise à inciter les gens à se réapproprier leur argent, en leur faisant comprendre que la monnaie est un objet politique’ confiait en mars 2012 à Télérama Frédéric Bosqué, à l’origine de la monnaie locale toulousaine.

 ? Quel cadre légal doivent-elles respecter ?

Le cadre légal qui s’applique à une monnaie locale est le Code monétaire et financier. La légalité du dispositif tient du fait qu’ ’on ne créé pas de monnaie, on ne fait que substituer des euros au système de façon momentané’ indique Dante Edne-Sanjurjo, responsable de la monnaie basque. Il ne peut donc y avoir d’effet sur le cours de la monnaie nationale de référence.

 ? Depuis quand existent-elles ?

A travers l’historique, on s’aperçoit que les monnaies locales rencontrent particulièrement le succès en période de crise économique. Mais les contextes restent différents entre les initiatives des années 1930 et celles apparues en France depuis les années 1990. Pour faire face à un contexte macroéconomique particulièrement dégradé, la création d’une devise locale complémentaire permet à l’économie réelle locale de continuer à fonctionner, et donc aux habitants de répondre à leurs besoins les plus primaires : manger, se vêtir, se loger, se déplacer, se chauffer...

Le concept de monnaie locale daterait du XIXème siècle, il a aussi été appliqué à Wörgl pendant la Grande Dépression (où la monnaie solidaire circulait alors 13 fois plus vite que le shilling et servit de catalyseur à l’économie locale). L’Argentine a massivement appliqué un concept similaire suite à la grave crise économique qu’à connu le pays au tout début des années 2000. Aujourd’hui, des monnaies alternatives commencent à se développer en Grèce. En revanche, celles qui se développent en France répondent davantage à des considérations idéologiques, d’après Jérôme Blanc.

Source : http://www.latribune.fr/actualites/economie/france/20130220trib000749978/une-monnaie-locale-et-complementaire-c-est-quoi-.html

Sur le même sujet

Liste de monnaies locales complémentaires en France – Introduction d’un article Wikipédia - Cet article propose une liste des monnaies locales et complémentaires lancées en France au XXIe siècle.

Ces monnaies sont convertibles en euros et d’un usage légal pour tout adhérent à l’association organisant leur émission et leur circulation. Alors que plusieurs milliers existent dans le monde, il y en a une trentaine en circulation en France (Sol-violette à Toulouse, Stück à Strasbourg, etc...) et d’autres en projet, notamment celle de Paris.

Lire tous les détails sur cette riche documentation sur le site : https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_de_monnaies_locales_compl%C3%A9mentaires_en_France

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Auteur : Jacques HALLARD, Ingénieur CNAM, consultant indépendant – 18/12/2016

Site ISIAS = Introduire les Sciences et les Intégrer dans des Alternatives Sociétales

http://www.isias.lautre.net/

Adresse : 585 Chemin du Malpas 13940 Mollégès France

Courriel : jacques.hallard921@orange.fr

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Mis en ligne par Pascal Paquin de Yonne Lautre, un site d’information, associatif et solidaire(Vie du site & Liens), un site inter-associatif, coopératif, gratuit, sans publicité, indépendant de tout parti,

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