ISIAS

"Les aliments génétiquement modifiés sont-ils un bien ou un mal ?" par le Dr. Mae-Wan Ho

Traduction et compléments de Jacques Hallard
mardi 4 mai 2010 par Ho Dr Mae-Wan

Communiqué de presse de l’ ISIS en date du 04/05/2010
Titre de l’article original en anglais GM Food : Angel or Devil ? Accessible sur le site www.i-sis.org.uk/GM_Food_Angel_or_D...
Publication ISBN:978-7-300-10958-9 ISBN :978-7-300-10958-9
Auteur : Yimin. Editeur : Université de Renmin (mai 2010). Langue : Chinois. 165 pages

http://www.i-sis.org.uk/foodFutures.php

 Les aliments OGM : un bien ou un mal ? Avant-propos du Dr. Mae-Wan Ho

Cela fait déjà 16 ans que la première plante génétiquement modifiée (OGM) – le tomate ‘Flavr Savr’ caractérisée par sa maturation retardée - a été autorisée pour la culture commerciale aux États-Unis. C’est également au cours de cette même année que je suis devenue ‘militante scientifique’, en prenant conscience de la façon dont la science elle-même était la proie pour une manipulation par des entreprises privées. ‘Flavr Savr’ a été rapidement retirée du commerce, comme un constat d’échec, mais ce n’était qu’un leurre : des sociétés d’agrobiotechnologie, telle que Monsanto, sont entrées en jeu d’une manière beaucoup plus importante.

Les modifications génétiques portent effectivement sur trois espèces de plantes de grandes cultures et sur deux caractères principaux : la tolérance aux herbicides (HT) due à l’insensibilité au glyphosate, de l’enzyme ciblée par l’herbicide : l’ EPSPS ou 5-énolpyruvylshikimate-3-phosphate synthase – qui provient de la bactérie du sol Agrobacterium tumefaciens, d’une part, et de la résistance à des insectes en raison d’une ou de plusieurs toxines qui sont fabriquées par une autre bactérie du sol, Bt (Bacillus thuringiensis), d’autre part.

La mise en culture de ces plantes au niveau commercial a commencé vers 1997 aux Etats-Unis, qui sont le berceau des cultures de plantes génétiquement modifiées ; ces cultures s’accrurent rapidement par la suite. C’est bien grâce à une forte résistance des citoyens bien informés, en Europe et dans d’autres parties du monde, que les cultures d’OGM sont restées confinées, jusqu’à ce jour, à moins de 3 pour cent des terres agricoles cultivées au niveau mondial, soit encore 79 pour cent des superficies semées avec des semences d’OGM qui sont concentrées aux États-Unis, en Argentine et au Brésil [1] .

Aux Etats-Unis, les cultures de plantes génétiquement modifiées occupent maintenant 85-91 pour cent des surfaces semées avec les trois principales espèces : le soja, le maïs et le coton. Et ce sont les Etats-Unis qui sont maintenant confrontés à une crise écologique en raison de ces cultures génétiquement modifiées [2] .

Les cultures HT (tolérantes aux herbicies), encouragées par l’utilisation des herbicides vendus comme un paquet groupé avec les semences, ont abouti à l’apparition de ‘mauvaises herbes’ devenues résistantes aux herbicides qui demandent de ce fait encore plus d’herbicides. Mais l’utilisation croissante des herbicides et de mélanges d’herbicides mortels n’a pas réussi à ralentir l’avancée de ‘super mauvaises herbes’ redoutables, comme l’amarante de Palmer qui bloque les moissonneuses-batteuses et brise les outils manuels.

Dans le même temps, des ravageurs secondaires sont apparus, tels que la punaise terne, contre laquelle la toxine Bt est impuissante, et qui est devenue l’insecte le plus dommageable pour le coton aux États-Unis. Le grand bassin de production de maïs des États-Unis, le corn belt, a, quant à lui, été envahi par un autre ravageur secondaire, le ver gris des haricots de l’Ouest (Striacosta albicosta) [3] .

Les agriculteurs sont démunis pour faire face à la crise. Ils sont conseillés par des universitaires peu judicieux qui leur recommabdent d’utiliser tout un arsenal d’herbicides et d’insecticides encore plus meurtriers qui ne font guère autre chose que de faire engranger des bénéfices plus élevés pour ces mêmes sociétés d’agrobiotechnologie qui vendent la néfaste technologie des cultures d’OGM. Les agriculteurs qui se sont opposés aux cultures d’OGM, ou qui auraient voulu arrêter de mettre en culture ces OGM, constatent qu’il devient de plus en plus difficile, voire impossible, d’acheter des semences non génétiquement modifiées, depuis que des sociétés comme Monsanto ont, dans le même temps, consolidé leur monopole sur les semences [4] .

En outre, ces sociétés proposent de nouvelles variétés génétiquement modifiées avec un maximum de huit caractères ou génes ‘empilés’ ; ce qui fait boule de neoge et maintient les agriculteurs sur le ‘tapis roulant‘ des cultures transgéniques [5].

La situation est assez mauvaise pour les agriculteurs des États-Unis, mais elle a été carrément mortifère en Inde, où les agriculteurs ne reçoivent pas de subventions de l’Etat, contrairement à leurs homologues des États-Unis, et beaucoup de ces paysans sont déjà pris dans un cycle d’endettement résultant de la « révolution verte » qui dépend d’une agriculture faisant appel à des quantités élevées d’intrants chimiques.

Le coton Bt [résistant à des insectes] a été autorisé en 2003 en Inde pour les cultures commerciales, et il s’est rapidement propagé dans tout le pays, malgré les protestations énergiques venant des agriculteurs et des consommateurs. Le coton Bt est à l’origine d’une accentuation des suicides de paysans, en raison de l’augmentation de la charge de la dette des agriculteurs. Vu le coût exorbitant des semences génétiquement modifiées, des accidents de cultures ou de mauvaises récoltes pendant deux saisons successives, se sont avérés suffisants pour augmenter la dette des agriculteurs à un niveau tel, que cela les pousse à mettre fin à leur propre vie.

Comme cela s’est produit aux Etats-Unis, le coton Bt a immédiatement laissé la place à des ravageurs secondaires et nouveaux, ainsi qu’à des parasites plus résistants, de nouvelles maladies, et surtout, les sols se sont appauvris en nutriments et en micro-organismes bénéfiques ; ces effets sont tels que ces sols peuvent cesser de supporter et de soutenir la croissance et le développement des plantes cultivées d’ici une dizaine d’années [6] [7] .

La crise du coton Bt en Inde a galvanisé la nation tout entière pour s’opposer à l’introduction de l’aubergine Bt (brinjal Bt) de Monsanto. En réponse à cela, le Ministre de l’Environnement indien Jairam Ramesh a mené une consultation à l’échelle nationale, à l’issue de laquelle, il a annoncé un moratoire sur les cultures commerciales de cet OGM, jusqu’à ce que des tests et des expérimentations complémentaires de sécurité sanitaire et alimentaire, ainsi que d’inocuité pour l’environnement, aient été réalisés [8] .

Le Ministre Ramesh a obtenu un statut de héros national pour avoir tenu tête aux pressions intenses exercées par les États-Unis et par ses agents qui ont déjà manipulé l’ India’s national Genetic Engineering Approval Committee (GEAC), le Comité National de l’Inde pour l’Autorisation du Génie Génétique, afin d’approuver les cultures commerciales de l’aubergine Bt [9].

Lors de l’annonce du moratoire, le Ministre Ramesh a ostensiblement changer l’appellation de l’organisme GEAC, qui est devenu le ‘Comité d’évaluation du génie génétique’.

Avec les catastrophes écologiques qui se déroulent, de plus en plus de preuves se sont accumulées sur les effets néfastes des OGM sur la santé : tout cela avait déjà été prédit par des critiques émises dès le début des cultures d’OGM, comme il est écrit dans mon livre, dont la première publication remonte à 1997, sous le titre ‘Genetic Engineering Dream or Nightmare’, ‘Le génie génétique : rêve ou cauchemar’ [10].

Les risques pour la santé, à la fois inhérents à la technologie des modifications génétiques et spécifiques aux transgènes qui sont concernés, ont été corroborés tant par le nombre (limité) d’expériences que des chercheurs scientifiques indépendants sont en mesure d’effectuer dans leur laboratoire avec un soutien insuffisant, que par les expériences vécues au niveau des travailleurs agricoles et dans d’autres domaines, comme cela est expliqué dans un dossier de l’Institut de la Science dans la Société, ISIS [11] .

Des maladies et des décès se sont produits dans des domaines où des gens et du bétail ont été exposés à des cultures de plantes OGM. Au niveau du laboratoire, quel que soit le lieu et le moment au cours desquels des expériences scientifiques indépendantes ont été effectuées par des essais de toxicologie alimentaire, il a été constaté les résultats suivants : une augmentation des décès, une stérilité, un retard de croissance, et une série de défaillances physiologiques au niveau des organes, et ceci quelle que soit la plante transgénique en cause ou les transgènes utilisés dans l’OGM concerné, et tout cela a été observé sur une gamme d’espèces animales diverses qui furent utilisées dans les expérimentations.

Les mêmes constatations inquiétantes apparaissent lorsque des scientifiques indépendants ont pu analyser à nouveau les données brutes fournies par les entreprises de biotechnologies pour les variétés transgéniques qui avaient été approuvées et autorisées comme « substantiellement équivalentes », et donc considérées aussi sûres que leurs homologues non-OGM et non toxiques. Ceci s’applique aux données présentées pour l’aubergine Bt qui avait obtenu l’approbation pour une dissémination commerciale [12] avant que le moratoire n’ait été imposé.

Dans son rapport détaillé annonçant le moratoire sur l’aubergine Bt [7], le Ministre Ramesh a souligné que le mode de gestion biologique [des cultures] sans pesticides, est supérieur à la technologie des OGM Bt, car ce type d’agriculture biologique élimine complètement l’utilisation des pesticides dangereux. Il est clair que, pour l’Inde comme pour les États-Unis, la seule issue rationnelle à cette crise écologique est de passer complètement à l’agriculture biologique, une agriculture sans OGM. 

Pourquoi la Chine voudrait-elle accepter la bombe à retardement écologique que constituent les OGM, à un moment où les enquêtes nationales dans ce pays ont identifié que son agriculture était la principale source des pollutions de l’environnement, et que celles-ci étaient pire que celles qui émanent de l’industrie [13] , et que les sols se sont acidifiés par l’utilisation excessive d’engrais chimiques de synthèse : tout cela peut compromettre la productivité même des cultures [14] ?

Les cultures d’OGM présentent tous les pires aspects, et même encore plus graves, des caractéristiques des variétés de la révolution verte industrielle, ce qui rend ces cultures d’OGM particulièrement vulnérables vis-à-vis du réchauffement planétaire et des changements climatiques.

Wen Tiejun, le doyen de l’École d’agriculture et du développement rural à l’Université Renmin a raison quand il dit que la Chine devrait profiter de cette occasion pour amorcer un virage. Il a déclaré : « Pour la quasi-totalité des 5.000 ans de l’Histoire de la Chine, l’agriculture a donné à notre pays une économie qui absorbe le carbone, mais au cours des 40 dernières années, l’agriculture est devenue l’une des principales sources de pollution. L’expérience montre que nous n’avons pas à compter sur l’agriculture chimique pour résoudre le problème de la sécurité alimentaire. Le gouvernement doit encourager une agriculture à faible taux de pollutions ».

Le point crucial est que dorénavant le changement climatique est déjà une réalité, et que le tarissement du pétrole et surtout de l’eau disponible, rendent l’agriculture chimique industrielle de plus en plus insoutenable, non durable.
Ce volume publié en chinois vient à point nommé. Il aidera à prendre une orientation : se détourner des cultures de plantes génétiquement modifiées au profit, d’une part, d’une agriculture qui absorbe le carbone et, d’autre part, d’une économie circulaire, véritablement verte, qui peuvent toutes deux garantir au pays une bonne santé publique, la richesse et la prospérité de la nation en cette année faste sous les auspices du tigre.

Mae-Wan Ho, Institut de la Science dans la Société ISIS www.i-sis.org.uk

 Contenu de l’ouvrage en chinois

Chapitre I – Inocuité des OGM ou fardeau à risques
La sécurité des aliments dérivés d’OGM - La nourriture provenant d’OGM est-elle essentiellement la même que la nourriture traditionnelle ? Les aliments génétiquement modifiés sont-ile aussi inoffensifs et sains que l’eau ?

Chapitre II - Le seul choix ou faut-il procéder avec prudence ?
Les aliments issus d’organismes génétiquement modifiés, la sécurité alimentaire et la sécurité écologique. Les aliments issus d’OGM constituent-ils le seul moyen de résoudre le problème alimentaire de la Chine ? Quels seraient les impacts négatifs des mises en culture des plantes alimenatires génétiquement modifiées sur l’environnement ?

Chapitre III - L’histoire de Monsanto
Les sociétés multinationales touchant à la biologie et au vivant. Qui est le plus grand promoteur et le principal bénéficiaire de la commercialisation des aliments génétiquement modifiés ?

Chapitre IV – Prospérité ou déclin
Les conséquences de la mise en cultures des plantes OGM. 
Les cultures de plantes génétiquement modifiées vont-elles vraiment réduire l’utilisation des pesticides ? Les cultures de plantes OGM sont-elles plus en plus utilisées dans les pays développés, ou l’inverse ? D’autres pays se précipitent-ils vers les OGM ou bien tentent-ils d’y échapper ?

Chapitre V - Ces innovation assurent-elles l’indépendance, l’autonomie ou imposent-elles au contraire un contrôle extérieur ?
Les brevets autour des aliments génétiquement modifiés.
Avons-nous vraiment maîtrisé l’ensemble des technologies de base des modifications génétiques ? Devons-nous posséder et maîtriser les biotechnologies pour la commercialisation et l’ouverture des marchés ?

Chapitre VI – Exécution furtive et secrète ou bien participation active
L’autorisation du certificat de sécurité alimentaire pour les OGM.
L’introduction des aliments génétiquement modifiés est-elle importante pour la vie des populations ? Les gens de la société civile doivent-ils être informés de la situation et participer à des décisions politiques sur les OGM ? Quels rôles doivent jouer les citoyens lors de leur participation dans la formulation des politiques publiques ?

© 1999-2010 The Institute of Science in Society
Contact the Institute of Science in Society www.i-sis.org.uk/

 Définitions et compléments en français :

voir PDF à demander à Yonne.lautre@laposte.net (bien spécifier le titre de l’article)

 Traduction, définitions et compléments :


Jacques Hallard, Ing. CNAM, consultant indépendant.
Relecture et corrections : Christiane Hallard-Lauffenburger, professeur des écoles
honoraire.
Adresse : 19 Chemin du Malpas 13940 Mollégès France
Courriel : jacques.hallard921@orange.fr
Fichier : ISIS OGM Alimentation GM Food : Angel or Devil ? French version.2 ---

[1Who benefits from GM crops ? Friends of the Earth International, February 2010, http://www.foeeurope.org/GMOs/Who_B...

[2Ho MW. GM Crops Facing Meltdown in the USA . Science in Society 46 (to appear).

[3Then C. New plant pest caused by genetically engineered corn. Agr4o-Biotechnology, Testbiotech Report March 2010 http://www.testbiotech.org/en/node/356

[4Novotny E. US farmers opposed ‘Big Ag’ in anti-trust hearing. Science in Society 46 (to appear).

[5Cummins J. SmartStax maize a medley of transgenes with problems. Science in Society 46 (to appear)

[6Ho MW. Farmer Suicides and Bt Cotton Nightmare Unfolding in India . Science in Society 45 , 32-39, 2010.

[7Ho MW. Mealy Bug Plagues Bt Cotton in India and Pakistan . Science in Society 45 , 40-43, 2010.

[8“Reasons for the Bt brinjal moratorium”, India Together, 12 February 2010, http://www.indiatogether.org/2010/f...

[9“How Bt brinjal was cleared, Anti-GM groups say expert panel acted under pressure”, Savvy Soumya Misra. Down to Earth, accessed 4 April 2010 http://www.downtoearth.org.in/full6... ,

[10Ho MW. Genetic Engineering Dream of Nightmare ? The Brave New World of Bad Science and Big Business, Research Foundation for Science Technology & Ecology & Third World Network, Third World Network (TWN), Gateway Books, MacMillan, Continuum, New Delhi, Penang, Malaysia, Bath, UK, Dublin, Ireland, New York, USA, 1997, 1998, 1999, 2007 (reprint with extended Introduction TWN)

[11GM Science Exposed : Hazards Ignored, Fraud, Regulatory Sham and Violation of Farmers’ Rights , ISIS CD book, 2007.

[12Burcher S. Bt Brinjal Unfit for Human Consumption . Science in Society 41 , 50-51, 2009

[13Ho MW. China’s Pollution Census Triggers Green Five-Year Plan . Science in Society 46 (to appear).

[14Ho MW. Sustainable Agriculture, Green Energies and the Circular Economy . Science in Society 46 (to appear).


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