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"L’importance réelle de la forêt amazonienne" par Peter Bunyard

Traduction et compléments de Jacques Hallard
lundi 15 mars 2010 par Bunyard Peter

Les forêts humides mettent en action la circulation atmosphérique qui amène
les pluies vers toutes les terres continentales à partir des océans ; une nouvelle
théorie explique pourquoi la disparition des forêts causera des désertifications
catastrophiques.
Par Peter Bunyard

  ISIS Climat Brésil
L’importance réelle de la forêt amazonienne
The Real Importance of the Amazon Rain Forest

Communiqué de presse de l’ISIS en date du 15/03/2010
L’article original en anglais, avec toutes les références, intitulé The Real Importance of the
Amazon Rain Forest est accessible par les membres de l’ISIS sur le site suivant : www.i-sis.org.uk/importanceOfTheAma...;?.
Le matériel du présent site ne peut être reproduit sous aucune forme sans autorisation explicite.
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  Sans la forêt, les précipitations continueraient-elles à tomber sur le bassin amazonien ?

Depuis 30 ans, les climatologues se sont demandé ce qu’il adviendrait des précipitations
sur le bassin amazonien, sur lequel les forêts viendraient à disparaître, remplacées par
des pâturages pour le bétail, par la culture du soja, l’exploitation du bois ou à la suite de
changements spectaculaires de la circulation des masses d’air, provoqués par les
émissions de gaz à effet de serre et, dans leur sillage, le réchauffement climatique.

Est-ce que les précipitations diminueraient considérablement ? Pourraient-elles
augmenter encore au dessus des Andes, du fait que la masse d’air passe sans encombre,
malgré les milliers de kilomètres de ce bassin ?

La plupart des études sur le bassin de l’Amazone, telles que celles du Centre Hadley du
Royaume-Uni, montrent que la déforestation aurait peu d’effet sur la région orientale
du bassin et, au pire, n’apporterait qu’une réduction de 15 à 20 pour cent de la
pluviométrie – soit un millimètre de moins par rapport aux 5,8 millimètres journalier en
moyenne - dans la partie centrale et occidentale [1, 2].

Ces conclusions sont fondées sur des modèles climatiques paramétrés (tweaked) pour
être en accord étroit avec les données antérieures, de telle sorte que quand ils sont mis
en oeuvre en retour par rapport à la situation actuelle, ils puissent bien s’accorder avec
les conditions climatiques générales du milieu du 19ème siècle.

Et, pour être plus réalistes, les climatologues, comme Richard Betts au Centre Hadley, ont
intégré un cycle terrestre du carbone dans leurs modèles, avec des précipitations et des
températures, comme facteurs essentiels dans le maintien du couvert végétal. Ils ont pris
en compte le recyclage de l’eau par l’évapotranspiration, qui sur une vaste étendue -
les 7 millions de kilomètres carrés du bassin amazonien - est le mécanisme par lequel la
forêt tropicale, dans son centre et à ses extrèmités terrestres, est réputé recevoir une
pluviométrie adéquate.

Le modèle du Hadley Centre (HadSM3), couplé à un modèle dynamique de la végétation
mondiale (Triffid), permet de prédire les impacts de la poursuite des émissions de gaz à
effet de serre ‘comme d’habitude’, principalement celles du CO2 , sur la température de
surface, sur les courants océaniques et finalement sur l’état de la forêt tropicale
amazonienne.
Ainsi, les modèles prédisaient que la température globale à la surface terrestre devrait
augmenter d’un bon 50 pour cent de plus que celle qui avait été indiquée dans les
différents rapports d’évaluation du GIEC, pour atteindre peut-être une valeur aussi élevée
que 9 ̊C, et que, par conséquent, des changements de type El Niño auraient lieu dans
l’océan Pacifique.

Le résultat serait que les alizés devraient se ralentir et que la circulation atmosphérique
de le cellule de Hadley (voir plus loin) transportant les nuages de pluies sur
l’Atlantique tropical, pourraient diminuer de façon suffisamment importante pour
entraîner des dépérissements des forêts de grande ampleur dans l’ensemble du bassin
amazonien.

Ceux qui doutent que nous puissions réduire les émissions de gaz à effet de serre à
temps pour empêcher une augmentation moyenne de la température de surface de la
planète de 4 ̊C ou plus (sans parler de la hausse de 2 ̊C considérée par James Hansen et
ses collègues, comme un risque maximum que l’on peut prendre), pourraient dire
« Pourquoi se préoccuper de protéger les forêts tropicales du bassin amazonien où elles
sont de toutes façons susceptibles de périr dans leur intégralité ».

  La circulation de l’atmosphère terrestre

En général, les climatologues et les météorologues croient que les courants d’air dans
l’atmosphère sont formés par des différences de température qui provoquent des
gradients thermiques, avec des chutes d’air plus froid et plus dense, et des remontées
d’air plus chaud et plus léger. Par conséquent, l’explication de la circulation de Hadley
Cell entre l’Afrique et l’Amérique du Sud est que les puits d’air sec, dense et froid, sur la
région du Sahara en Afrique, forment une zone de haute pression.

Cette même masse d’air est alors rabattue sur l’Atlantique tropical sous la forme d’alizés
des deux hémisphères qui convergent sur le bassin amazonien, dans ce qui est connu
comme la zone convergente intertropicale (ZCIT), en anglais Intertropical Convergent
Zone (ITCZ) (voir fig. 1).

  Comment l’atmosphère terrestre circule-t-elle ?

La circulation de l’atmosphère terrestre module les températures de surface sur terre et
sur mer, ce qui détermine la configuration des pluies (voir fig. 1).

L’atmosphère terrestre est mise en mouvement parce que les tropiques sont chauffés
plus que les pôles. L’excès de chaleur sur les régions tropicales est transporté en
direction des pôles par la circulation de l’atmosphère et par les courants océaniques.

A l’équateur, l’air chaud avec de la vapeur d’eau se dilate et devient moins dense, donc il
s’éleve, créant une basse pression. Mais lorsque l’air chaud monte et se refroidit, la
vapeur se condense et retombe sous forme d’eau de pluie. Cela crée de fortes pluies
dans la zone de convergence intertropicale, située sous les tropiques.

Comme la masse
d’air se refroidit, elle augmente en densité et tombe vers la surface terrestres dans les
régions subtropicales (30oN and S), créant des pressions élevées. La circulation nette est
dénommée Hadley Cell, la cellule de Hadley, s’exerçant doublement de chaque côté de
l’équateur.

Si la terre ne tournait pas, il y aurait une seule cellule de circulation dans chaque
hémisphère. À cause du mouvement fluide sur une sphère en rotation, la cellule unique
est divisée en trois cellules de circulation dans chaque hémisphère, nommées dans
l’ordre à partir de l’équateur : Hadley Cell, Ferrel Cell et Polar Cell.

Cela crée une alternance de bandes de haute et basse pressions d’environ 30 degrés de
latitude. Le vent se lève lorsque l’air se déplace horizontalement entre les régions de
différentes pressions.
Très peu de vent est présent à l’équateur parce que l’air monte
verticalement quand il se réchauffe. Les vents variables et légers à l’équateur sont
connus comme le ‘Pot au Noir’.
De même, il y a peu de vent à 30 degrés N and S, où
l’air descend. L’air se déplace toujours à l’horizontal d’une zone de haute pression vers
une zone de basse pression.

Pendant ce temps, la force de Coriolis, qui est une conséquence du mouvement sur une
sphère en rotation, dévie les masses d’air du milieu de troposphère vers la haute
troposphère, vers la droite de la direction du mouvement dans l’hémisphère Nord et
vers la gauche dans l’hémisphère Sud. La masse d’air inférieure est plus retenue par le
frottement avec la surface de la terre, que la masse d’air supérieure, d’où le sens opposé
du mouvement de la haute troposphère par rapport à la plus faible.

Les alizés ramassent des masses de vapeur d’eau : plus de 12 millions de millions (1012)
de mètres cubes. Lorsque cette même masse d’air, passant au-dessus du bassin
amazonien, atteint les Andes, dans l’extrême ouest de l’Amérique du Sud, elle est forcée
de s’élever en raison de la topographie.
Elle perd sa vapeur d’eau, tout en cédant sa
chaleur latente de condensation, ce qui permet un réchauffement et pousse la masse
d’air à se déplacer encore plus loin. L’étape suivante est le mouvement de la masse d’air
dans la direction de l’Afrique du Nord, complétant la circulation de la cellule de Hadley. La
circulation est donc considérée comme principalement générée par la thermodynamique
du système.

  La nouvelle théorie pose un défi aux conceptions antérieures

Toutefois, ce point de vue selon lequel la thermodynamique conditionnerait la circulation
tropicale de la cellule de Hadley a maintenant été contesté. Anastassia Makarieva et
Victor Gorshkov de la Division de Physique Théorique à l’Instiutut de Physique Nucléaire
de Saint-Pétersbourg, proposent que le fonctionnement thermodynamique de la
circulation des masses d’air est bien secondaire par rapport à un moteur beaucoup plus
puissant qui est lié à l’évaporation et la condensation de la vapeur d’eau [3-6] .

Ils
concluent que la perte des forêts tropicales humides de l’Amazonie, quelle qu’en soit la
cause initiale, serait extrêmement désastreuse.

La déforestation pourrait bien menacer l’Amérique du Sud avec une sécheresse sans
précédent, et conduire à la désertification dans les parties centrales et occidentales du
bassin amazonien, avec des répercussions jusque dans les Andes et bien au-delà.

S’ils
avaient raison, l’existence même du principal système de formation des rivières dans les
landes élevées, les Paramos, serait menacée, avec des conséquences tragiques pour la
génération des ressources en eau douce dans des pays comme la Colombie, le Pérou et
l’Equateur, et a fortiori dans tout le Brésil.

Comment en sont-ils venus à ce point de vue sans concession ? La réponse se trouve dans
leur examen des processus hydrologiques en vérifiant s’ils ont lieu dans les régions
boisées du monde, et dans des régions qui ont perdu leurs forêts.

Makarieva et Gorshkov prétendent que les météorologues et les climatologues ont ignoré
le mécanisme important de pompage de l’atmosphère qui entre en jeu lorsque la vapeur
d’eau est d’abord attirée dans la basse atmosphère par l’évapotranspiration de la forêt
dense, avec son indice relativement élevé de surface foliaire, puis, plus haut dans la
partie inférieure de l’atmosphère, se condense en raison des températures plus basses.

Et ils démontrent clairement qu’un haut indice de surface foliaire est vital pour le
processus et que le remplacement de la forêt par des pâturages ou une culture de soja,
dans laquelle l’évapotranspiration est d’un ordre de grandeur plus bas, ne peut tout
simplement avoir le même effet

En effet, sans la végétation naturelle, l’énergie du Soleil prendra la forme de chaleur
sensible, qui va non seulement réduire le potentiel de formation des pluies à partir de
l’évapotranspiration, mais passera le gradient d’évaporation à partir de la masse terrestre
vers l’océan.

Effectivement, dans les régions équatoriales, comme dans le bassin de l’Amazone, où le
rayonnement solaire annuel est plus du double de celui qui est reçu dans les hautes
latitudes, l’évapotranspiration de la forêt indigène, avec sa canopée fermée et ses sous-
étages de végétation, va consommer jusqu’à 75 pour cent de la quantité d’énergie reçue
- environ 560 calories par gramme d’eau - refroidit ainsi la surface et alimente le
processus de convection par lequel les nuages imposants, composés de cumulo-nimbus,
peuvent se former [7].

Pendant ce temps, le moteur de l’évapotranspiration est à l’œuvre : c’est l’action
duSoleil, lequel, en terme d’énergie reçue au dessus de l’Amazonie, est équivalent à
quelque chose comme 20 bombes de la taille de celle d’Hiroshima de 15 kilotonnes qui se
manisfeste par seconde, jour et nuit ; l’énergie de 15 de telles bombes sont utilisée dans
l’évapotranspiration.

  La pompe biotique conditionne le climat et attire l’eau des océans

Au fond, le concept de ‘pompe biotique’, proposée par Makarieva et Gorshkov, fonctionne
comme une suite de changements dans la pression partielle (partielle car d’autres gaz
y contribuent également) exercée par la vapeur d’eau à différentes altitudes dans la
colonne d’air au-dessus de la forêt tropicale.

Cette pression partielle, plus la température la plus élevée de l’air à proximité du sol,
agissent ensemble pour forcer la colonne d’air à s’élever contre la dépression causée par
la vapeur d’eau qui se refroidit et se condense.

Cette dynamique de l’évaporation et de la condensation force la colonne d’air vers le
haut, contre la réduction de la pression et, comme cela se produit tout simplement dans
la chambre d’expansion du circuit de refroidissement d’un réfrigérateur, le mouvement
ascendant de la colonne d’air provoque une perte de chaleur et une baisse simultanée de
la température, qui entraîne une réduction marquée de la pression de saturation de
l’’eau.

Pratiquement, toute la vapeur d’eau dans le plan vertical de la colonne d’air se
condense donc et forme des gouttelettes de pluie. La chute de la température, en raison
de l’expansion de la masse d’air, est compensée dans une certaine mesure, par le
dégagement de chaleur latente de condensation.

"En présence d’un gradient vertical de température important", comme le rapporteent
Makarieva et Gorshkov [7], " la répartition verticale de la pression partielle de saturation,
pH2O, s’écarte considérablement de l’équilibre statique ; à n’importe quelle hauteur pH2O
est plus de cinq fois plus grande que le poids de la colonne de vapeur d’eau supérieure à
cette hauteur. Pour cette raison, pratiquement toutes les vapeurs d’eau qui montent dans
l’atmosphère se condensent”.

L’air à la base de la colonne d’air est alors remplacé par de l’air qui se déplace
horizontalement, en provenance de l’océan. Ce processus de convection, alimenté par la
pression partielle de vapeur d’eau de l’évapotranspiration, se charge dans les alizés, qui
ont accumulé des quantités importantes de vapeur d’eau quand ils passent sur l’océan
Atlantique tropical entre l’Afrique et le Brésil. C’est une image très différente de la
croyance populaire selon laquelle les alizés sont le moteur du système de circulation des
masses d’air sur le bassin, au lieu d’y être aspirées.

Du fait que l’air au-dessus de l’océan tropical élabore également de la vapeur d’eau,
comment l’évapotranspiration des forêts peut-elle attirer l’air de l’océan ? Ici, les
physiciens s’expliquent : les multiples couches de surface fournies par les feuilles des
forêts naturelles fournissent beaucoup plus de vapeur d’eau par centimètre carré que ne
le fait l’océan et donc une pression différentielle existe entre les deux, agissant sur un
plan horizontal.

Ajoutez dans l’équation l’action de la capillarité qui prend place dans le xylème (tubes
de transport de l’eau chez les plantes) et qui attire l’eau vers les stomates (pores des
feuilles), d’où elle s’évapore : et aussi le fait que les composés chimiques et peut-être
même également les bactéries agissent comme des noyaux de condensation nuageuse
(CCN) lorsqu’elles sont libérées par les stomates, et nous avons une force d’évaporation
qui est finement réglée pour générer la pluie et apporter simultanément des différences
de pression partielle importantes, aussi bien dans le plan vertical qu’horizontal,
provoquant un déséquilibre dynamique et donc le mouvement considérable de l’air [7].

C’est merveilleux de voir comment la forêt naturelle entretiennent le système pendant la
saison sèche et même pendant les années de sécheresse, comme lors d’un fort courant
El Niño, en augmentant la couverture des feuilles et donc l’indice de surface foliaire par
un facteur important de l’ordre de 25 pour cent, comparativement à ce qui se passe
pendant la saison des pluies.

En effet, comme Myneni et ses collègues de l’Université de Boston l’ont montré à partir
d’images satellite, la forêt apparaît comme anticipant la saison sèche avec la croissance
de la surface foliaire qui a lieu des mois avant que les ‘mois d’été’ ne se produisent
réellement [8]. L’augmentation de la surface foliaire signifie que le système racinaire de
la forêt doit fournir plus d’eau, et il est maintenant connu que les racines pivotantes
pompent l’eau de la nappe phréatique et que cette eau circule aussi par les racines
latérales.

Ceci freine la zone autour de chaque arbre et maintient une humidité du sol
élevée.
L’augmentation de l’évapotranspiration et la convection qui en résulte, se font jour dans
l’air humide apporté par les alizés de l’Atlantique tropical dans l’autre hémisphère.

Ce
processus extraordinaire par lequel la forêt tropicale gère son propre climat, semble
renforcer l’idée de la ‘pompe biotique’, telle que celle décrite par Makarieva et Gorshkov,
lesquels soulignent que les taux d’évaporation et les précipitations dans les forêts
tropicales sont deux fois plus élevés que ceux de l’évaporation et des précipitations sur
des surfaces océaniques ouvertes à des latitudes similaires.

La régulation biotique du
cycle de l’eau n’est pas non plus limitée à la zone tropicale. La même approche physique
montre que même pendant les mois de la fin du printemps et en été, les forêts
tempérées et boréales non perturbées vont générer une force d’évaporation, pourtant
bien plus faible que sous les tropiques, qui va créer un gradient de pression partielle de
l’océan vers la terre. Mais cette ‘pompe biotique’ ne fonctionne pas en hiver [6].

"Ce point de vue physique”, ont déclaré Makarieva et Gorshkovn [7] ”est en conflit direct
avec le paradigme traditionnel qui considère que le différentiel de chaleur est le principal
moteur de la circulation atmosphérique. Toutefois, cette considération est, du point de
vue critique, en défaut dans le cas des vents les plus forts observés sur la Terre, les
cyclones et les ouragans, qui, comme cela est bien connu, se développent le long de
surfaces presque isothermes.

"Mais si le différentiel de chaleur n’est pas nécessaire pour produire les vents les plus
forts, peut-être n’est-il pas non plus indispensable pour produire des vents modérés et
faibles ? Le concept de la force par évaporation qui concerne la vitesse du vent à des
différences spatiales dans l’intensité de condensation, plutôt que la chaleur, fournit une
explication unificatrice à la fois pour les ouragans et pour les tornades, ainsi que pour les
modèles de circulation stationnaire".

Dans une autre note, ils poursuivent : « selon le paradigme traditionnel, les régions avec
de l’air ascendenct devraient être associées à une flottabilité, à une légèreté positive. En
revanche, l’observation des courants ascendants de l’atmosphère montre un large
éventail de flottabilités, positives et négatives ».

Le concept de la force par évaporation résout le casse-tête. La pression de l’air dépend
de deux variables indépendantes, la température et le nombre de molécules d’air par
unité de volume. Par conséquent, il existe deux façons de rendre indépendante la
pression de l’air locale plus élevée que dans la région voisine, afin d’initier le mouvement
de l’air : (1) réchauffer l’air au niveau local (c’est ce que le paradigme traditionnel du
différentiel de chaleur horizontal indique et (2) réduire le nombre de molécules de l’air
dans la région voisine (c’est ce que la condensation fait dans la dimension verticale).
Ainsi, si la condensation est intense, cela peut même faire augmenter l’air froid et dense
de la surface, en créant un fort déséquilibre de poids dans la partie supérieure de la
colonne d’air".

  Des conséquences désastreuses si les forêts disparaissent

L’hypothèse de la force d’évaporation de Makarieva et Gorshkov [3-6] prédit que la région
continentale dépourvue de littoral et les forêts de l’intérieur, et situées à côté d’un océan
tropical chaud, permettent de retrouver des mouvements des masses d’air de surface à
l’inverse de celles que l’on trouve sur les continents boisés.

Normalement, la force par évaporation au-dessus de la canopée d’une forêt tropicale est
considérablement plus grande que celle qui existe sur l’océan tropical ; ce n’est plus le cas
lorsque la forêt a disparu. Au contraire, la force par évaporation sur l’océan est
maintenant supérieure à celle de la ‘pompe biotique’ de la végétation appauvrie, et
l’océan va attirer la masse d’air vers lui, desséchant ainsi les sols du continent et la
végétation dans une spirale négative de dégradation.

Simultanément, sans le recyclage des pluies par la forêt tropicale, les précipitations
devraient diminuer de façon exponentielle, quand on passe vers l’intérieur des terres à
partir de la côte. L’extrême ouest de l’Amazonie, ainsi que les contreforts des Andes,
pourraient se retrouver à ne recevoir que moins d’un pour cent de la pluviométrie à
laquelle ils sont habitués actuellement : ces espaces pourraient devenir aussi secs que le
désert du Néguev en Israël.

Peut-être que la sécheresse exceptionnelle de l’année 2005 dans le bassin de l’Amazone,
qui a particulièrement touché la région du sud-ouest de ce bassin, nous a-t-elle donné un
avant-goût de ce qui se passerait si les forêts venaient à disparaître ?

Au cours de cette
année, les eaux tropicales, au large du Brésil et en remontant vers les Caraïbes, ont
présenté une température d’un ou deux degrés de plus que la normale, avec une
augmentation correspondante de la force d’évaporation océanique.

Cette augmentation a pu faire encher la balance, au moins pour cette année là - étant
donné le degré de déboisement dans la région du sud-est et du sud-ouest du bassin
amazonien - de manière à modifier le mouvement des masses d’air sur ce bassin et de
tirer plus vers l’océan, plutôt que de suivre sa trajectoire normale à travers l’Amazonie.

L’explication classique pour les mouvements de l’air s’appuie sur des processus
thermodynamiques tels que l’air chaud monte et que la faible pression qui en résulte
attire l’air froid et plus dense, qu’il s’agisse de l’océan ou d’un continent. Pourtant,
comment cela peut-il être une explication suffisante, quand la preuve est exactement
l’inverse ? Ainsi, le flux d’air va du plus chaud de l’Atlantique tropical vers un air refroidi
en Amazonie, qui est plus frais en raison de la forte évapotranspiration et donc la
formation de nuages réfléchissant la lumière.

Et alors que le Sahara est plus chaud, au
moins pendant la journée, à la même latitude de l’Atlantique, comment cela se fait-il que
les vents dominants ne vont pas de l’océan vers la terre ?

"Malgré la sagesse météorologique générale selon laquelle l’air chaud est plus léger et
s’élève donc, il y a donc une zone de basse pression de surface (ce qui suppose
l’écoulement du vent de l’océan vers le Sahara et de l’Amazone et du Congo vers
l’océan), en réalité, les vents dominants soufflent dans le sens opposé dans les trois
régions.

« Cela est parfaitement expliqué par la ‘pompe biotique’ », ont déclaré Makarieva et
Gorshkov [7], « et non pas par un différentiel de chaleur. En fait, c’est le gradient de
condensation qui explique la direction des vents, qu’il s’agisse de l’océan vers le
continent ou vice-versa ».

D’autres preuves empiriques de la ‘pompe biotique’ proviennent de la simple étude de la
relation entre le modèle des précipitations sur les bassins hydrographiques dans lesquels
ils présentent des différences substantielles, selon qu’elles appartiennent ou non à une
région à travers laquelle passent les rivières, si elle est couverte de forêts [6].

Le bassin du fleuve Mississippi en est un bon exemple. Lorsque le terrain est boisé de la
côte atlantique vers intérieur des terres, qui s’étendent sur 1.750 kilomètres, les
précipitations restent stables, à environ 1.000 millimètres au cours de l’année ; à
l’intérieur des terres, où il n’y a pas de forêt, les pluies diminuent de façon exponentielle
à un peu plus 200 millimètres. Pendant ce temps, les précipitations à travers le bassin de
l’Amazone restent sensiblement les mêmes aux alentours de 2.400 millimètres par an et
elles augmentent même à l’extrémité ouest du bassin, par exemple dans l’Amazonie
colombienne riche en matières organiques, où les précipitations vont jusqu’à 4.000
millimètres.

En substance, Makarieva et Gorshkov pensent que la stabilité climatique, dans une
gamme limitée de température, en tenant compte des périodes glaciaires et inter-
glaciaires, a été provoquée en grande partie par l’évolution des forêts du continent. En
termes de superficie absolue, les forêts boréales de la Russie, du Canada et les forêts
tropicales d’Amérique du Sud et de l’Afrique centrale, demeurent des éléments vitaux
pour le maintien d’un climat qui conserve un semblant de stabilité.

La préservation de ces forêts est tout aussi importante que les préoccupations
concernant les émissions de gaz à effet de serre et le réchauffement climatique qui en
résulte.

« Plus important encore », ont-ils déclaré, [7], « il était nécessaire, pour les forêts
naturelles avec leur haut indice de surface foliaire, d’apparaître dans le courant de
l’évolution biologique avec l’évaporation de la canopée, afin de dépasser l’évaporation de
la surface de l’eau libre. Cette vie a permis d’envahir les terres émergées jusqu’à présent
sèches, en aspirant l’air océanique humide vers l’intérieur, alors que les forêts
progressaient et avançaient à partir de la côte.

Il n’est pas surprenant, que les modèles
modernes de la circulation mondiale, conçus sans y inclure la physique de la ‘pompe
biotique’, échouent radicalement lorsque l’on tente de rendre compte de l’état des
masses d’eau de la plus forte ‘pompe biotique’ sur Terre que représente le bassin du
fleuve Amazone.

La quantité d’humidité océanique apportée au bassin du fleuve Amazone, dans les
modèles (le modèle de la convergence d’humidité atmosphérique), se révèle être la
moitié du montant réel estimé empiriquement à partir de la valeur de l’écoulement de
l’Amazone. Il est évident que les comptes traditionnels de transport de l’humidité dans
les autres grands bassins fluviaux, y compris les rivières de Sibérie et du Nord du
continent américain vont de même devoir être sérieusement revus, afin d’incorporer les
effets majeurs des pompes de l’humidité des forêts, et la destruction anthropique de ce
qui menace actuellement de transformer des masses continentales et de les voir
retourner aux déserts primordiaux".

Les implications de la thèse de Makarieva et Gorshkov sont énormes : pour l’essentiel,
cela signifie que l’Amérique du Sud ne peut pas se passer de ses forêts tropicales, et
qu’au lieu d’ergoter sur le fait de savoir quelle part de ces massifs forestiers devrait être
conservée, les pays ayant d’importants territoires dans le bassin amazonien doivent faire
tout ce qui est en leur pouvoir, pour veiller à ce qu’il n’y ait plus de déforestations. Les
forêts ne sont pas simplement des puits de carbone ou des sources de carbone à
considérer si elles venaient à être détruites : elles ont un rôle hydrologique essentiel et
irremplaçable dans le climat de la planète Terre.

The Institute of Science in Society, 29 Tytherton Road, London N19 4PZ
telephone : [44 20 8452 2729]
Contact the Institute of Science in Society www.i-sis.org.uk/

 Définitions et compléments en français :

voir PDF à demander à Yonne.lautre@laposte.net (bien spécifier le titre de l’article) (article complet, liens biographiques, compléments scientifiques du traducteur)

 Traduction, définitions et compléments :

Jacques Hallard, Ing. CNAM, consultant indépendant.
Relecture et corrections : Christiane Hallard-Lauffenburger, professeur des écoles
honoraire.
Adresse : 19 Chemin du Malpas 13940 Mollégès France
Courriel : jacques.hallard921@orange.fr
Fichier : ISIS Climat Brésil The Real Importance of the Amazon Rain Forest French version.2
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