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"Les experts sont d’accord sur le fait que les ‘nouveaux OGM’ puissent être détectés et donc réglementés" par GMWatch

samedi 19 janvier 2019 par GM Watch

ISIAS OGM

Les experts sont d’accord sur le fait que les ‘nouveaux OGM’ puissent être détectés et donc réglementés

Article d’origine publié le 02 janvier 2019 par GMWatch Home sous le titre « Experts agree : New GMOs can be detected  » ; accessible sur ce site : https://www.gmwatch.org/en/news/archive/2019/18678-experts-agree-new-gmos-can-be-detected

Tools for PCR amplification of DNA

Outils utilisés pour l’amplification par PCR (réaction en chaîne de la polymérase) de l’ADN

Le Dr Yves Bertheau et d’autres experts réfutent le principe selon lequel les nouveaux produits génétiquement modifiés (OGM) ne peuvent être distingués des produits naturels et ne peuvent donc être ni détectés ni réglementés.

Les partisans des OGM faisant pression pour une réglementation laxiste des plantes et des animaux génétiquement modifiés, produits avec de ’nouvelles techniques de modification génétique’ [voir plus loin], y compris l’édition du génome, soutiennent que les organismes vivants contiennent naturellement de nombreuses mutations (des dommages à l’ADN), ce qui en fait des ’OGM naturels’.

Ils ajoutent qu’il est souvent impossible de distinguer les mutations induites par les ’nouvelles techniques de modification génétique’[voir plus loin], des mutations induites naturellement et que, par conséquent, les OGM produits avec ces techniques ne devraient pas être réglementés plus strictement que les variétés reproduites de manière conventionnelle. En outre, ils font valoir que les OGM produits avec ces techniques sont souvent impossibles à distinguer des organismes d’une souche naturelle. Ils concluent que ces OGM ne peuvent être ni identifiés ni faire l’objet de traçabilité - et comme la traçabilité n’est pas possible, il n’est tout simplement pas faisable pratiquement de les réglementer ou de les étiqueter.

[’Nouvelles techniques de modification génétique’, souvent désignées par NBT : selon Wikipédia, « Les New Breeding Techniques (NBT), aussi appelées « New Plant Breeding Techniques » (NPBT), « Nouvelles techniques de sélection végétale » ou « Nouvelles techniques d’amélioration des plantes », font référence à un ensemble de techniques d’édition génomique employées dans le domaine de la sélection végétale pour développer de nouvelles variétés de plantes…. Sommaire : 1 Historique 2 Techniques 2.1 Liste des techniques concernées 2.2 Objectifs 2.3 Intérêts 3 Applications 3.1 Résistance aux maladies 3.2 Meilleure adaptation aux conditions environnementales 3.3 Qualité nutritionnelle et conservation des aliments 3.4 Développement de l’agriculture biologique 4 Cadre juridique 5 Annexes 5.1 Articles connexes 5.2 Références - Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/New_Breeding_Techniques ].

Cependant, ces affirmations sont contestées dans un nouveau document méthodologique [1] rédigé par Yves Bertheau, directeur de la recherche à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), Versailles, actuellement au Muséum national d’histoire naturelle (MNHN), à Paris. L’article, qui fait partie d’une encyclopédie scientifique publiée par Elsevier, est de nature très technique, mais nous en avons extrait quelques-uns des points principaux et des interprétons pour le lecteur non spécialiste.

Dans son article, le Dr Bertheau utilise l’expression en anglais ’New Breeding Techniques’ (NBT), que nous pouvons traduire par ’Nouvelles techniques de reproduction’ ou ’Nouvelles techniques d’amélioration’ pour décrire ces nouvelles techniques, mais comme il s’agit de techniques de modification génétique et que GMWatch l’a toujours exprimé, nous utilisons le terme ’nouvel OGM’.

L’analyse de M. Bertheau s’appuie sur les points de vue d’autres experts en traçabilité des OGM, qui sont résumés à la fin de cet article.


Revendication incorrecte N°1 : De nombreuses mutations sont naturellement présentes dans les plantes, nous ne devrions donc pas nous préoccuper de celles causées par les nouvelles techniques de modification génétique.

Vérité : les génomes ont évolué pour devenir très stables. Les cellules végétales et animales disposent de divers mécanismes pour protéger leur ADN contre l’invasion par de l’ADN introduit et par des mutations. Par exemple, les cellules ont tendance à éliminer les mutations au cours des cycles cellulaires de croissance et de reproduction.

Ces mécanismes de protection expliquent le très faible taux de mutations qui sont transmises à leur progéniture, même par des plantes anciennes, telles que des arbres centenaires. [Pour (re)découvrir la notion de Les mutations génétiques – 1ère S ].

Les cellules ont également des mécanismes en place pour réparer tout dommage causé par des ruptures de l’ADN, telles que celles causées par certaines techniques d’édition du génome. Certains de ces mécanismes de réparation, tels que le couplage d’extrémité non homologue (de l’anglais ’non-homologous end-joining’ or NHEJ, sujet aux erreurs, sont exploités dans l’édition du génome.

[Rappel : Édition génomique – Introduction de l’article Wikipédia : « La correction de séquence génomique (Genome Editing pour les anglophones) ou « correction du génome avec des nucléases modifiées », (aussi désigné par l’acronyme GEEN, pour « genome editing with engineered nucleases »), ou souvent improprement appelée édition génomique ou édition du génome (expressions à éviter car le mot anglais ’editing’ ne correspond pas à édition), ou encore parfois dite édition génétique (mais cette expression est aussi à éviter car ayant d’autres sens1) regroupe un ensemble de techniques de manipulations du génome via la « réécriture du matériel génétique » 2... Ces techniques peuvent être appliquées aux plantes, aux animaux3, aux champignons et aux microbes. Certains laboratoires proposent d’aussi de les appliquer au génome humain.

La mise en forme de cet article est à améliorer (octobre 2017). La mise en forme du texte ne suit pas les recommandations de Wikipédia : il faut le « wikifier ». Source de l’article complet : https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89dition_g%C3%A9nomique ].

David Liu : ’L’édition du génome est une des grandes révolutions des sciences de la vie’ - Propos recueillis par Olivier Dessibourg dans ‘La Recherche’ mensuel 539
daté septembre 2018.

« L’Américain David Liu est considéré comme l’un des scientifiques les plus brillants du moment. Sa technologie permet de changer une à une les lettres qui écrivent l’ADN. De quoi partir en quête de thérapies pour des milliers d’affections dépendant d’une mutation génétique ponctuelle ou améliorer les techniques d’agronomie… » Article à lire sur ce site : https://www.larecherche.fr/biologie-g%C3%A9n%C3%A9tique/david-liu-l%C3%A9dition-du-g%C3%A9nome-est-une-des-grandes-r%C3%A9volutions-des-sciences-de-la ].

Ces facteurs (mécanismes de réparation) peuvent expliquer pourquoi on trouve très peu de mutations spontanées chez les organismes unicellulaires (procaryotes) tels que les bactéries et chez les organismes à cellules complexes (eucaryotes) tels que les animaux, les plantes, les algues et les champignons.

Compte tenu du très faible nombre de mutations spontanées retenues, il est faux de prétendre que de nombreuses mutations « naturelles » persistent chez les plantes. Les exceptions sont les situations stressantes telles que l’exposition aux radiations, les températures élevées, la sécheresse extrême, la culture de tissus utilisée dans les processus de génie génétique et les produits chimiques mutagènes.

Dr Yves Bertheau Dr Yves Bertheau

Déclaration incorrecte N°2 : Le transfert horizontal de gènes (acquisition par un organisme d’informations génétiques par transfert, par exemple via un virus, d’un organisme qui n’est pas son parent et qui est typiquement un membre d’une espèce différente) se produit fréquemment dans la nature et nous ne devrions donc pas s’inquiéter de ce processus en génie génétique.

Vérité : « Les OGM par transfert horizontal de gènes » sont rares et ne sont pas la norme, en particulier entre différents organismes. Dans les rares cas où cela se produit, ses effets sont inconnus.

Revendication incorrecte N°3 : Les organismes produits avec de nouvelles techniques de modifications génétiques ne peuvent souvent pas être identifiés et / ou distingués des organismes naturels. Ainsi, ils ne sont pas traçables en tant qu’OGM et il n’est donc pas possible de les soumettre à une législation spécifique aux OGM.

Vérité : contrairement à cette affirmation, de nombreuses techniques déjà disponibles permettent une détection et une identification sans ambiguïté d’un large éventail de séquences génétiquement modifiées, à partir de la plus petite - par exemple. une mutation ponctuelle d’un seul nucléotide (unité de base d’ADN) - au plus grand, par exemple l’insertion de grandes séquences génétiques. Les réarrangements chromosomiques et les copies multiples de séquences génétiques produites par les nouvelles techniques de modification génétique peuvent également être détectés et identifiés. Les modifications localisées dans plusieurs parties du génome et de l’épigénome peuvent être détectées simultanément (techniques multiplexes).

Bon nombre de ces techniques sont déjà utilisées par les sélectionneurs et les sociétés de semences. Ils comprennent :
• l’observation de base des caractéristiques du nouvel OGM (par exemple, comment un OGM tolérant aux herbicides réagit-il à un herbicide)
• l’amplification de cibles génétiques
• le séquençage du génome entier.

La plupart utilisent des techniques telles que la PCR (réaction en chaîne de la polymérase) ou la NASBA (amplification à base de séquence d’acide nucléique).

Les méthodes vont du qualitatif (soit identifier si un trait génétiquement modifié est présent) au quantitatif (soit mesurer la quantité de matériel génétiquement modifié présente).

Ces méthodes sont bien connues des laboratoires d’essais d’OGM. Ils pourraient être rapidement adoptés et validés par le Laboratoire de référence de l’Union européenne sur les denrées alimentaires et les aliments pour animaux génétiquement modifiés (EURL-GMFF), avec le soutien du réseau européen de laboratoires OGM (ENGL), et être appliqués directement et à moindre coût par les opérateurs à toutes les étapes de la transformation dans la chaîne d’approvisionnement.

Pour donner une idée des coûts, les sociétés de séquençage ont récemment annoncé qu’elles seraient bientôt en mesure de fournir un séquençage complet du génome à un coût équivalent aux tests de détection par PCR largement utilisés, c’est-à-dire 100 à 250 euros, en fonction du type de test demandé.

Les cadres juridique et technique sont tous en place pour garantir que le matériel de test est fourni et que la traçabilité analytique des nouveaux produits OGM est rapidement mise en œuvre, à la demande des consommateurs.

Revendication incorrecte N°4 : Les mutations ciblées dues aux nouvelles techniques sont ’naturelles’ et ne peuvent donc pas être distinguées de celles qui se produisent spontanément. Ainsi, l’identification des produits de ces techniques serait impossible et la traçabilité discutable.

Vérité : Il s’agit plus d’une affirmation politique que d’une vérité scientifique. Affirmer qu’une mutation est ’naturelle’ revient à affirmer que le changement climatique actuel est naturel et n’est pas dû à des changements créés par l’homme.

La probabilité que des mutations se produisent et se maintiennent en l’absence de pressions de sélection environnementales est si faible qu’une intervention humaine est nécessaire pour accélérer la diversité génétique - comme le reconnaissent tous les obtenteurs. L’augmentation considérable de la fréquence des mutations résultant de l’application de nouvelles techniques de modification génétique fait partie du caractère artificiel de ces techniques et doit donc être prise en compte dans toute discussion sur le caractère ’naturel’ de ces mutations.

De plus, les mutations ne peuvent être isolées de leur contexte génétique plus large. Comme d’habitude en logique, nous devons considérer toutes les informations contextuelles disponibles, telles que :
• les modifications intentionnelles et non intentionnelles des génomes et des épigénomes - cette dernière désigne le niveau de régulation des gènes via la modification chimique de l’ADN ou des protéines (histones) auxquelles l’ADN est associé
• les modifications de l’ARN.

Les fréquences et les types de ces modifications doivent être pris en compte.

Par analogie, lorsqu’il s’agit d’identifier des êtres humains, les systèmes biométriques utilisent divers facteurs, tels que les empreintes digitales, la reconnaissance de l’iris et la reconnaissance faciale. Ainsi, plusieurs facteurs convergent vers l’identification d’un individu.

Dans le cas des OGM, les techniques de détection et d’identification reposent sur des signatures non ambiguës et / ou des groupes de preuves convergents. Les évaluateurs des risques utilisaient déjà cette approche à cibles multiples dans divers domaines sous le nom de « poids de la preuve ». Dans le domaine de la détection des OGM, cette approche est appelée « approche matricielle ». Une approche similaire est utilisée par les sélectionneurs dans la sélection assistée par marqueurs, une technique de sélection qui repose sur l’identification de gènes d’intérêt ou d’autres séquences apparentées et sur la sélection de la descendance dans laquelle ces traits sont exprimés.

Les données recueillies dans l’approche matricielle pour l’identification d’OGM non approuvés et / ou inconnus, qu’elles aient été développées à l’aide de techniques anciennes ou nouvelles, pourraient être collectées par les services de contrôle et les laboratoires privés, qui pourraient jouer le rôle de « police » technique et scientifique. Les données pourraient ensuite être facilement et précisément évaluées à l’aide d’outils statistiques et autres outils d’analyse, et / ou introduites dans des systèmes informatisés d’aide à la décision et d’intelligence artificielle afin de déterminer si le produit est un OGM. 

Identifier les ’cicatrices’

Les nouvelles techniques de modification génétique impliquent l’utilisation des mêmes techniques que celles qui sont utilisées pour produire des OGM transgéniques, par exemple :
• la préparation de protoplastes de plantes (cellules dont les parois ont été enlevées) ou de tissus
• La culture tissulaire
• la vectorisation des molécules pour qu’elles atteignent le noyau de la cellule cible
• la sélection des cellules génétiquement transformées (manipulées) suivie de l’élimination des facteurs de sélection
• la régénération des plantes pour les espèces non récalcitrantes (c’est-à-dire les quelques espèces de plantes capables de répondre aux manipulations de la culture tissulaire en se développant dans de nouvelles plantules).

La « récalcitrance » (non-réactivité à de telles manipulations) de certaines espèces végétales explique pourquoi les nouveaux OGM sont encore limités à l’ancienne gamme d’espèces génétiquement modifiées et pourquoi la majorité des cultures « orphelines » ne peuvent pas être modifiées.

Ce sont toutes des techniques stressantes pour la plante et laissent des cicatrices détectables dans les génomes et les épigénomes, sous la forme de mutations et d’épimutations. Les épimutations sont des modifications anormales de la modification chimique de l’ADN ou des protéines avec lesquelles il est associé, ou des ARN entraînant des modifications du profil global de l’expression des gènes. Chez les animaux, des cicatrices équivalentes sont causées par des stress tels que la

Identifier de nouvelles signatures des modifications génétiques

Les nouvelles techniques génétiques induisent non seulement des cicatrices, telles que des réarrangements chromosomiques et certains schémas d’indels (insertion ou suppression de bases, ou unités de base d’ADN dans le génome d’un organisme), mais fournissent également des signatures spécifiques pour la nouvelle technique de modification génétique utilisée.

Par exemple, dans le cas du système CRISPR, la séquence de l’ARN qui guide le complexe nucléase CRISPR dirigée vers le site du génome de l’hôte à modifier (l’ARN guide), possède un composant de séquence invariant spécifique, qui est techniquement connu sous le nom de PAM - le motif adjacent protospacer. ’Invariant’ signifie que les ARN guides d’un système CRISPR donné, conçus pour cibler différents sites du génome, possèdent le même PAM dans le cadre de leur séquence.

L’ARN guide, y compris le PAM, constitue une séquence de reconnaissance propre au système CRISPR utilisé. Un test de détection peut être appliqué pour rechercher la séquence de reconnaissance d’un complexe CRISPR donné sur le site de l’altération du génome. Si la séquence de reconnaissance est trouvée, elle identifie la mutation, sur des sites cibles ou non cibles, comme provenant de l’outil d’édition. Les mutations uniques ou multiples induites par CRISPR avec différentes séquences de PAM peuvent être identifiées de cette manière.

Les signatures génomiques d’autres outils d’édition de gènes peuvent être identifiées de manière similaire. Dans le cas des outils d’édition de gènes ZFN et TALEN, ceux-ci fonctionnent comme une paire séparée de complexes protéiques. Chacune des paires ZFN ou TALEN est capable de reconnaître et de se lier à une séquence d’unités de base d’ADN spécifique dans l’ADN de l’organisme ciblé. Cela signifie que chacune des paires ZFN ou TALEN possède sa propre séquence de reconnaissance unique. Une fois que les deux composants de la paire ZFN ou TALEN se lient à leurs sites de séquence de reconnaissance respectifs, qui sont généralement espacés les uns des autres, ils créent une rupture à double brin de l’hélice d’ADN. La recherche d’une ou des deux séquences de reconnaissance de paires ZFN ou TALEN autour d’un site de mutation cible ou non cible identifiera de manière unique la mutation telle qu’elle est induite par ces outils d’édition et non par un événement de mutation naturelle aléatoire.

Du point de vue du consommateur et du régulateur, toutes ces cicatrices et « signatures » permettent l’identification des produits et des techniques à leur origine. Ils sont également susceptibles d’être utilisés par les sociétés de recherche et de développement pour protéger leurs matériels par des brevets.

Dans les plantes à multiplication végétative (par exemple, les pommes de terre ou les arbres fruitiers) ou celles résultant de la micropropagation (propagation de plantes en cultivant des plantules en culture tissulaire puis en les plantant), aucune des mutations et modifications introduites par les processus de génie génétique utilisés pour produire le les plantes, sont éliminées par rétrocroisement.

Il n’y a pas d’organisme pour lequel les stress, en particulier ceux produits par des processus in vitro, n’induisent pas de cicatrices héréditaires pouvant être identifiées et repérées. Les données collectées peuvent être analysées et interprétées, par exemple, à l’aide de supports informatiques et de pratiques de détection de routine en laboratoire. Ceci s’applique également aux nouveaux OGM.

Pour les raisons exposées ci-dessus, il n’est pas fondé de dire que les nouveaux OGM et / ou leur progéniture ne seront pas identifiables en tant qu’OGM. La traçabilité et l’étiquetage de nouveaux OGM sont donc techniquement possibles

Dans son article, le Dr Bertheau conclut que la preuve de concept de la capacité d’identifier la nouvelle technique de modification génétique générant un produit donné, devrait être facilement disponible dès que la Commission européenne aurait décidé de fournir les moyens - comme elle l’avait fait à la fin des années 1990. avec des programmes de recherche sur les OGM produits par les anciennes méthodes de transgénèse.

Et comme pour les OGM transgéniques d’il y a trente ans, la traçabilité analytique et l’étiquetage de nouveaux produits de modification génétique sont techniquement possibles. Que les moyens soient ou non mis en place relève donc d’une volonté politique et sera influencé par l’équilibre des pouvoirs entre les parties prenantes.

Le service scientifique de la Commission, le JRC, confirme que la détection est possible

Les conclusions du Dr Bertheau sont corroborées par un rapport du service scientifique de la Commission européenne, le Centre commun de recherche (CCR) [2]. Le rapport du CCR a été élaboré à partir d’un rapport du groupe de travail ENGL de 2011 sur la détection des OGM inconnus. Le Dr Bertheau était le coprésident du groupe de travail. [3]

Le CCR a examiné les OGM dans leur ensemble, sans différencier les techniques utilisées pour les générer. Il a conclu que la détection de tout OGM donné est réalisable à condition que la société de développement fournisse suffisamment d’informations sur cet organisme.

Ainsi, depuis 2011, les laboratoires européens de lutte contre la fraude disposent des outils et des concepts permettant d’identifier et de détecter tout type d’OGM, quelles que soient les méthodes utilisées pour les produire.

Cependant, le JRC a averti qu’il a toujours été difficile de détecter certains OGM non autorisés [UGM], pour lesquels les données d’identification n’ont pas été communiquées aux autorités : « Moins on en sait sur un UGM (par exemple, il n’est pas officiellement enregistré d’obtenir une autorisation d’utilisation pour les denrées alimentaires et les aliments pour animaux), plus il sera difficile d’évaluer son innocuité, plus le risque perçu sera élevé,

La « note fantôme » du CCR / de l’industrie confirme que de nouveaux OGM peuvent être détectés

À la suite de la décision de la Cour de justice européenne de juillet 2018 selon laquelle les produits de certaines nouvelles techniques de modification génétique sont des OGM et doivent être évalués et étiquetés comme tels, la discussion sur la détectabilité a été animée par la publication sur Internet d’une ’note explicative’ intitulée , « Défis pour la détection des denrées alimentaires ou des aliments pour animaux génétiquement modifiés provenant de l’édition du génome ». [3] La « note » a été co-écrite par des membres du JRC et Wim Broothaerts, un ancien membre du JRC employé par la société de développement d’OGM Dupont Pioneer.

[Voir Explanatory Note Challenges for the detection of genetically modified food or feed originating from genome editing EU Reference Laboratory for Genetically Modified Food & Feed ... ]

La note a ensuite disparu d’Internet, mais pas avant que l’ONG française Inf’OGM l’ait capturée et affichée sur son site Web. [Voir New GMOs : does the Commission want them traceable ? version PDF par Eric MEUNIER Date de publication : 30 novembre 2018 ARTICLE TRADUIT : français.

Les auteurs de ce que l’organisme Inf’OGM a appelé la « note fantôme » ont déclaré : « Un grand nombre des mutations induites par les nouvelles techniques de mutagenèse ne peuvent être clairement distinguées des mutations naturelles [ou] de celles introduites par les techniques classiques de mutagenèse » utilisées dans les programmes de sélection classiques.

Cependant, comme l’a souligné Inf’OGM, les auteurs n’ont considéré qu’une des nombreuses méthodes de détection existantes. Ils ont également choisi de se concentrer uniquement sur la mutation envisagée, en ignorant les autres mutations, y compris les cibles hors cible, qui résultent de l’application des nouvelles techniques de modification génétique, y compris les techniques de « mutagenèse » (telles que précisées par l’analyse du Dr Bertheau).

De plus, les auteurs de la note se sont immédiatement contredits, reconnaissant que la détection et la traçabilité sont effectivement possibles : « Les produits de modification du génome ne peuvent être détectés et identifiés que lorsque [...] la connaissance préalable de la séquence modifiée du génome, une méthode de détection… et des matériaux de référence certifiés sont disponibles ».

Ces informations sont précisément celles requises par la législation européenne en vigueur avant d’autoriser un OGM à entrer sur le marché. Comme l’a noté Inf’OGM, « la détection d’OGM inconnus semble soudainement possible pour les auteurs, même s’ils soulignent que« l’analyse émergente basée sur le séquençage pour la détection [d’OGM] inconnus nécessiterait beaucoup plus de temps et de ressources [qui affecteraient] dédouanement rapide des marchandises entrant sur le marché de l’UE] ’’.

Analyses convergentes

La motivation des auteurs de la « note fantôme » est remise en question par cet aveu. Cela semble aller dans le sens des intérêts économiques de l’industrie plutôt que des intérêts en matière de biosécurité de presque tous les autres.

Cependant, lorsque ce biais est pris en compte, il est clair que les auteurs de la note sont en accord avec le rapport officiel du CCR et avec l’analyse du Dr Bertheau selon laquelle les produits des nouvelles techniques de modification génétique peuvent être identifiés, à condition que la société de développement fournisse les données et les références nécessaires du matériel concerné (c’est-à-dire le matériel végétal original édité par gène généré par le développeur).

Ces analyses convergentes sont rassurantes pour les membres du public qui souhaitent savoir comment leur nourriture a été produite. Il incombe maintenant aux institutions de l’UE de charger les sociétés d’OGM de fournir des données et du matériel de référence sur leurs OGM, ainsi que des laboratoires des OGM européens (laboratoires nationaux ENGL soutenant le laboratoire de référence EURL-GMFF) de la validation des tests requis.

Références

1. Bertheau, Yves. (2019). New Breeding Techniques : Detection and identification of the techniques and derived products. In : Melton L et al (eds.) (2019). Encyclopedia of Food Chemistry. Reference Module in Food Science. Elsevier. 320-336. 10.1016/B978-0-08-100596-5.21834-9. https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/B9780081005965218349?via%3Dihub
2. JRC (2017). Detection, interpretation and reporting on the presence of authorised and unauthorised genetically modified materials. JRC Technical Report : European Network of GMO Laboratories Working Group Report. gmo-crl.jrc.ec.europa.eu/ENGL/docs/WG-DIR-Final-Report.pdf
3. JRC (2012). Overview on the detection, interpretation and reporting on the presence of unauthorised genetically modified materials. http://gmo-crl.jrc.ec.europa.eu/guidancedocs.htm.
4. JRC (2018). Explanatory note : Challenges for the detection of genetically modified food or feed originating from genome editing. https://www.infogm.org/IMG/pdf/comeur_note-detection-nveaux-ogm_nov2018.pdf

Glossaire

Gènes : régions de séquences d’ADN codant pour des protéines via des molécules d’ARN ou d’ARN intermédiaires participant directement aux processus cellulaires, notamment dans la régulation des fonctions des gènes qui affectent l’expression des traits.
Epigénome : Une collection de composés chimiques qui régulent la fonction et l’expression des gènes. Ils comprennent :
(i) produits chimiques modifiant les unités de base de l’ADN (ii) protéines (histones) auxquelles l’ADN est associé
(iii) petits ARN : petites molécules d’ARN non codantes, y compris l’ARN messager (ARNm) et le microARN (miARN). L’ARNm transmet des informations génétiques de l’ADN aux structures productrices de protéines. miARN régule l’expression des gènes.

Yves Bertheau est un expert en traçabilité des OGM. Une liste de ses publications pertinentes est ici. Il a coordonné Co-Extra, le plus grand projet financé par l’UE sur la coexistence et la traçabilité dans la chaîne d’approvisionnement, orgnismes génétiquement modifiés et non génétiquement modifiés. Les résultats ont été rassemblés dans le rapport « Chaînes d’approvisionnement alimentaires génétiquement modifiées et non génétiquement modifiées : Coexistence et traçabilité ».
Voir aussi notre article de GMWatch : Old lobby, new language - Ancien lobby, nouveau langage : la question de savoir si les techniques d’édition du génome doivent être réglementées en tant que modification génétique a donné lieu à une nouvelle terminologie des ’SDN’. Nous expliquons ce que cela signifie et pourquoi nous avons besoin de savoir.

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Référence : Yves Bertheau, INRA au MNHN : ’Nous ne connaissons pas les impacts des nouveaux OGM sur l’environnement et sur l’homme’ - François Delotte 1 Yves Bertheau 2, 3 1 La maison des possibles2 DPT SPE - Département Santé des Plantes et Environnement3 CESCO - Centre d’Ecologie et des Sciences de la COnservation- Abstract : Yves Bertheau, INRA au MNHN : ’Nous ne connaissons pas les impacts des nouveaux OGM sur l’environnement et sur l’homme’ - Type de document : Article dans une revue Sans Transition, 2017, 24 février 2017 - Domaine : [Sciences du Vivant [q-bio]->https://hal.archives-ouvertes.fr/se...] / Sciences agricoles Sciences de l’environnement / Environnement et Société - Liste complète des métadonnées https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01607333 - Contributeur : Archive Ouverte Prodinra <prodinra@inra.fr> Soumis le : lundi 2 octobre 2017 - 23:47:03 - Dernière modification le : jeudi 22 novembre 2018 - 14:32:41 - Source : https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01607333

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Traduction avec compléments entre […] et intégration de liens hypertextes : Jacques HALLARD, Ingénieur CNAM, consultant indépendant – 18/01/2019

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