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"La guerre de Monsanto dans les médias pour défendre la matière active à effet herbicide glyphosate" par GMWatch

Traduction et compléments de Jacques Hallard
dimanche 3 mars 2019 par GM Watch


ISIAS Pesticides

La guerre de Monsanto dans les médias pour défendre la matière active à effet herbicide glyphosate

L’article d’origine a été publié le 05 février 2009 par GMWatch sous le titre « Monsanto’s media war to defend glyphosate  » et il est accessible sur ce site : https://www.gmwatch.org/en/news/latest-news/18752-monsanto-s-media-war-to-defend-glyphosate

De nouveaux documents internes sur les pratiques agressives du géant de l’agrochimie concernant un contenu favorable à son produit sont très ’actifs’ dans la presse et sur Internet.

Les ’Monsanto Papers’, publiés au tribunal aux États-Unis, ont à plusieurs reprises été renvoyés à une campagne médiatique énigmatique appelée ’Let Nothing Go’, ’Ne laissez rien passer’.

[Selon Wikipédia, « Monsanto Papers - En juin 2017, le journal français ‘Le Monde’ révèle les résultats de son enquête sur Monsanto. La firme tenterait de nuire au Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) pour défendre son produit le plus vendu, le Roundup. Le Roundup contient du glyphosate, substance que le CIRC a classée « cancérigène probable » pour l’homme. Pour arriver à ses fins, Monsanto a pratiqué le ’Ghostwriting’, une technique de fraude scientifique qui consiste à écrire un article et à le faire endosser, moyennant finance, par un scientifique renommé qui prétend en être l’auteur. La déclassification en mars 2017 de documents confidentiels du groupe Monsanto a permis aux journalistes de constater comment ce groupe a réussi à convaincre Jess Rowland, un dirigeant de l’Environmental Protection Agency, d’empêcher toute agence de régulation des produits chimiques de s’intéresser au glyphosate. Elle a aussi dévoilé les manœuvres de Monsanto contre le CIRC : les chercheurs sont menacés par les avocats de Monsanto, leur travail dénigré, leur honnêteté mise en cause, les bailleurs de fonds de l’institution approchés pour qu’ils cessent de la financer... »]

Il semble que ce soit un objectif contre-attaquant pour la défense des produits de Monsanto dans les médias, sur les réseaux sociaux et sur les forums en ligne. Le document publié par les tribunaux fédéraux américains est maintenant disponible.

Journalisme d’investigations : c’est grâce à certains des articles récemment publiés par Stéphane Foucart et Stéphane Horel, dans le quotidien français ‘Le Monde’.

[Voir : Glyphosate : comment Monsanto mène sa guerre médiatique - Par Stéphane Foucart et Stéphane Horel Publié le 31 janvier 2019 à 13h30 - Mis à jour le 31 janvier 2019 à 15h10 – « De nouveaux documents internes dévoilent les pratiques agressives du géant de l’agrochimie pour « placer activement » des contenus favorables dans la presse et sur Internet. « Ne rien laisser passer » (« Let nothing go », en anglais) : à plusieurs reprises, dans les « Monsanto Papers », apparaît le nom de cet énigmatique programme de contre-offensive médiatique, destiné à défendre bec et ongles les produits de la société dans les médias ou les réseaux sociaux et les forums en ligne. Les documents mis dans le domaine public par la justice fédérale américaine révèlent certains éléments du fonctionnement de ce dispositif, mais son opérateur demeurait jusqu’à présent inconnu. Selon nos informations, c’est la firme Fleishman-Hillard — l’une des plus grandes sociétés de relations publiques américaines — qui a été mandatée en France et en Europe pour mettre en œuvre ce programme. Celui-ci est destiné à faire promouvoir dans le débat public, par des tiers sans liens apparents avec Monsanto, les éléments de langage de l’agrochimiste, propriété de l’européen Bayer. Une brève mention du « Let nothing go » apparaît dans un mémo transmis le 24 avril 2017 au juge fédéral américain Vince Chhabria, par les avocats de plaignants, dans l’une des affaires lancées outre-Atlantique contre Monsanto. Les avocats s’inquiètent de ce que la société « s’active furieusement hors du prétoire à produire tout une “littérature” qui tombe à pic » pour influencer les décisions du juge… » Lire l’article complet sur ce site : https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/01/31/glyphosate-comment-monsanto-mene-sa-guerre-mediatique_5417218_3244.html ].

Selon le journal ‘Le Monde’, Fleishman-Hillard est l’une des plus grandes entreprises de relations publiques américaines chargée de mettre en œuvre ce programme en France et en Europe. La stratégie utilise des tiers sans liens apparents avec Monsanto pour promouvoir les messages du géant de l’agrochimie dans le débat public.

Une lettre mentionnant ’Let Nothing Go’ a été adressée le 24 avril 2017 au juge fédéral américain Vince Chhabria, par les avocats de la demanderesse dans une affaire dans laquelle le demandeur, Dewayne Johnson, a allégué que l’exposition à l’herbicide Roundup de Monsanto avait causé son cancer. Les avocats craignaient que l’entreprise ne soit occupée.

[Voir par exemple ceci : Procès Monsanto : Le jardinier américain Dewayne Johnson accepte ...https://www.20minutes.fr/.../2364379-20181101-proces-monsanto-jardinier-americai...1er novembre 2018. Ou encore cela : 10 choses à savoir sur Dewayne Johnson, l’homme qui a fait condamner Monsanto... 11 août 2018 ].

Dans le cadre de cet effort, les avocats ont annoncé le programme ’Let Nothing Go’, ’Ne rien laisser passer’, qui vise à ne laisser aucune question à la société sans réponse, pas même des commentaires sur Facebook. Monsanto emploie des personnes qui ne semblent pas liées à l’industrie et qui publient du contenu positif sur Facebook ou sur Monsanto, ses produits et ses OGM. 

Les avocats ne spéculaient simplement pas que cela se passait. Ils s’appuyaient, ont-ils déclaré, sur le témoignage sous serment d’un dirigeant de Monsanto, dont le compte rendu n’a pas été rendu public par le juge Chhabria, qui a décidé que son contenu risquerait de nuire à la société.

La description de ’Ne rien laisser passer’, des services que Fleshman-Hillard offre à ses clients. ’Le savoir-faire en matière de création de contenu est ce qui réunit l’expertise de Fleishman-Hillard’, explique la société dans sa brochure. Derrière une campagne de relations avec la presse, un compte Twitter, un partenariat avec un blogueur ou une activation en ligne, ’il y a une histoire à raconter et à adapter à chaque chaîne et à chaque public’.

Les capacités de narration et l’accès à un réseau de producteurs de contenu fidèles [pour] raconter [leur] histoire dans n’importe quel format et sur n’importe quel canal : messages Twitter, Facebook ou Instagram, blogs, etc ...

Bayer, le nouveau propriétaire de Monsanto, a été confirmé comme opérateur de ’Let Nothing Go’, et Fleishman-Hillard est renvoyé au journal pour plus de détails. Fleishman-Hillard a nié avoir utilisé des trolls ou des comptes anonymes pour défendre les intérêts de son client. Fleishman-Hillard a déclaré que le programme visait à surveiller l’image de Monsanto et de ses produits dans la presse, ajoutant qu’il ne comprenait pas pourquoi le représentant de Monsanto, chargé de tester sous serment, avait décrit le programme différemment.

Fleishman-Hillard n’a cependant pas confirmé au Monde que ’Let Nothing Go’, ’Ne rien laisser paser’ vise en partie à ’rectifier des informations incomplètes ou inexactes’ sur Monsanto ou ses produits.

Qu’est-ce qu’un ’réseau de producteurs de contenu fidèle’ impliqué ? Fleishman-Hillard se défend en disant qu’il ’ne travaille qu’avec des journalistes grand public’.

La campagne n’avait rien d’exceptionnel, selon lequel le Monde n’aurait qu’une vingtaine d’engagements. Dans le jargon des relations publiques, il s’agit de contacts destinés à véhiculer un message. Ces contacts n’ont abouti que dans un tiers des cas, selon Le Monde, qui ne payait pas les journalistes pour avoir rapporté les ’corrections’ apportées. Fleishman-Hillard ne souhaitait pas communiquer l’identité des personnes concernées.

Selon le journal Le Monde, ’Let Nothing Go’ est né en mai 2015, deux mois après la classification du glyphosate en tant que ’cancérogène probable’ par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de l’Organisation mondiale de la Santé. C’est du moins ce que suggèrent les ’Monsanto Papers’. Le 7 juillet 2015, les dirigeants de Monsanto interagissent avec les dirigeants de Fleishman-Hillard. Le cabinet de relations publiques présente aux clients les détails de son activité de surveillance des réseaux sociaux en France, aux Pays-Bas, en Belgique et en Italie.

Mais les dix-sept pages de captures d’écran qui suivent sont censurées, le juge peut avoir considéré leur publication pourrait nuire à Monsanto ou à des tiers figurant dans ces documents.

Dans l’un des courriels échangés ce jour-là, il a expliqué à un responsable d’une entreprise de produits agrochimiques que Fleishman-Hillard avait ’séparé les éléments qui sont sous notre contrôle et ceux qui ne le sont pas’. Deux mois après la mise en œuvre du programme, ’Let Nothing Go’, ’Ne rien laisser passer’ avait déjà commencé à apparaître sur Internet.

’Je dirais qu’avant, il n’y avait presque pas de contenu positif sur le glyphosate, dans la presse et sur les réseaux sociaux, et que récemment, nous avons eu un bon contenu, dont une grande partie a été activement placée par Fleishman-Hillard’, a déclaré un dirigeant de Monsanto. à ses collègues dans un courriel de juillet 2015. ’Il existe au moins certaines preuves empiriques d’une amélioration de la situation.’

La campagne est-elle toujours active ? Le bureau parisien de la société de lobbying affirme ne pas avoir travaillé pour Monsanto pendant plusieurs mois. Elsa Margout, directrice des actualités de France Télévisions, est convaincue qu’il s’agit de l’édition de la série ’Envoyé spécial’, consacrée au glyphosate et diffusée le 17 janvier sur France 2, qui fait l’objet d’une campagne de dénigrement ou de diffamation.

Elsa Margout, émue par le tollé apparent provoqué par le programme sur les réseaux sociaux, aurait déclaré dans Le Monde : ’Ce qui est arrivé a pris des proportions très inhabituelles. Personne chez France 2 n’avait jamais vu un documentaire être attaqué de cette façon sur des réseaux sociaux’. Bien sûr, nous acceptons les critiques ou les jugements de valeur, mais nous n’avons jamais vu une telle véhémence, avec des accusations de ’fausses informations’ et de complot, fondées sur des mensonges factuels’.

Margout a déclaré : ’Des centaines de comptes Twitter anonymes récemment établis avec très peu de suiveurs ont systématiquement diffusé les points de discussion de certains lobbies, créant ainsi une impression de grand nombre et une vague impressionnante’.

En quelques jours, certaines répétitions ont créé une formidable chambre d’écho sur les réseaux sociaux et ont suffi à faire passer les informations contenues dans le documentaire à l’arrière-plan. Par exemple, ce qui a été impliqué :

* Toujours citer la même étude épidémiologique ne montrant aucune association entre le glyphosate et le lymphome non hodgkinien [cancer du système lymphatique], plutôt que les deux méta-analyses publiées de la littérature, qui indiquaient un lien.

* Déclarer faussement que le jardinier Dewayne Johnson, victime du cancer, qui avait gagné son procès contre Monsanto, s’était aspergé de Roundup ou que le verdict ne concernait que l’absence d’étiquetage du produit.

* Affirmation de l’existence d’un ’consensus scientifique’ sur l’absence de cancérogénicité du glyphosate.

* Insister sur le fait que le produit de dégradation du glyphosate, l’AMPA, présent dans la plupart des rivières, provient en fait des agents tensioactifs utilisés dans les formulations du produit commercial.

Elsa Margout a déclaré au Monde que ’Ne rien laisser passer’ a également été utilisé à d’autres fins que la défense de l’image ou des produits de Monsanto, souligne l’article du Monde. Souvent, la forme de défense privilégiée est l’attaque. Selon les informations parues dans ‘Le Monde’, les consultants de Fleishman-Hillard ont été approchés pour leur permettre d’accéder aux informations d’un chercheur consulté par le CIRC. Le CIRC avait précédemment classé le glyphosate en tant que ’cancérogène probable’.

En fait, après la publication de l’avis du CIRC en 2015, le chercheur a accepté une cession rémunérée d’un témoin expert aux plaignants dans le cadre d’une des poursuites judiciaires américaines contre Monsanto. En défiant le toxicologue, l’objectif est d’attaquer l’intégrité du CIRC. Toutefois, le scientifique a été consulté sur le ’spécialiste invité’ - un poste spécifiquement réservé aux experts présentant un conflit d’intérêts spécifique - et n’a pas participé à la rédaction de l’avis du CIRC. Fleishman-Hillard a confirmé cette information au Monde, affirmant qu’il ne s’agissait que d’un ’engagement classique’.

Le ’scoop’ proposé par la firme de relations publiques a été publié par un blogueur. À partir de là, il se répandit dans la blogosphère et sur les réseaux sociaux, avant d’être repris par certains médias grand public.

Monsanto a intégré les réseaux sociaux dans sa stratégie de communication externe. Dans une note de service du 23 février 2015, un mois avant que le CIRC classe le glyphosate comme cancérogène probable, les dirigeants de la société prédisaient qu’il serait classé comme ’cancérogène possible’ ou ’cancérogène probable’, et a élaboré son plan de réponse aux nouvelles dommageables. ’Préparer les tweets et les billets de blog pour rappeler que le glyphosate n’est pas cancérogène’, ’partager des messages sur Twitter et Facebook’, ’amplifier le contenu positif sur le glyphosate’ ... tout cela étant destiné à ’orchestrer le tollé’, selon la terminologie de la stratégie de l’entreprise.

La défense de Monsanto est donc basée sur un contenu de type scientifique publié sur Internet par des ’organisations’ elles-mêmes, en tant qu’indépendantes du secteur et vouées à la promotion de la rationalité et du développement durable.

’I would love to have more friends’ - ’J’aimerais avoir plus d’amis’

Dans une note de service envoyée au juge le 24 avril 2017, les avocats des plaignants ont écrit sur la base des documents internes du cabinet : ’Monsanto pense tranquillement à l’argent des ’ groupes de réflexion ’ sous le nom de ’ Genetic Literacy Project ’et de l’’American Council on Science and Health’ (le Conseil américain pour la science et la santé) ; les organisations avaient l’intention de faire honte aux scientifiques et de mettre en avant des informations utiles à Monsanto et à d’autres producteurs de produits chimiques. Cependant, ont ajouté les avocats, « aucune des organisations en question ne répertorie Monsanto parmi leurs donateurs ».

De manière assez amusante, l’un des toxicologues de Monsanto, Daniel Goldstein, a écrit à deux de ses collègues le 26 février 2015, l’un d’entre eux semblant sceptique quant à l’intérêt de la société à financer l’organisation ‘American Council on Science and Health’ (ACSH), (le Conseil américain pour la science et la santé) : pour avoir plus d’amis et plus de choix, nous n’avons pas beaucoup de supporters et nous ne pouvons pas nous permettre de perdre le peu que nous avons. Je suis bien conscient des défis avec l’ACSH (...) mais : vous n’obtiendrez pas une meilleure valeur pour votre dollar que l’ACSH’.

D’autres groupes de réflexion, tels que ‘Sense About Science’ et ‘BioFortified’, ont également été cités par les dirigeants de Monsanto comme des ’partenaires’, d’alliés probables dans la lutte contre le CIRC.

C’est l’une des stratégies bien établies de la société : associer délibérément la défense de ses produits et la défense de la science, afin de recruter des partisans du secteurn scientifique sous sa bannière. Cependant, les mots non gardés des dirigeants de la société offrent une image complète de la relation qu’elle entretient avec la science. William Heydens, l’un de ses toxicologues en chef, écrivait en 2001 : ’Les données générées par les universitaires ont toujours été une préoccupation majeure pour nous dans la défense de nos produits’.

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Traduction avec compléments entre […] et intégration de liens hypertextes : Jacques HALLARD, Ingénieur CNAM, consultant indépendant – 03/03/2019

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