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"Découverte de l’identité juive, de l’état d’Israël et d’une possibilité de paix au Proche-Orient en évoquant les fils d’Abraham : Ismaël et Isaac, d’après Gérard Haddad" par Jacques Hallard

mercredi 31 juillet 2019 par Hallard Jacques



ISIAS Monde juif et judaïsme

Découverte de l’identité juive, de l’état d’Israël et d’une possibilité de paix au Proche-Orient en évoquant les fils d’Abraham : Ismaël et Isaac, d’après Gérard Haddad (agronome, médecin psychiatre et psychanalyste)

Série « Divers aspects du monde juif et du judaïsme »

Jacques Hallard , Ingénieur CNAM, site ISIAS 30/07/2019

PLAN :
- Avant-propos étymologique
- Introduction
- Sommaire
- Auteur


Avant-propos étymologique

Origine du mot avec 2 graphies : juif (j minuscule) et Juif J (majuscule) 

Selon Wikipédia : « L’hébreu biblique nomme יהודי (yehoudi, « judéen ») tout Israélite habitant la Judée6. L’araméen reprit ce mot sous la forme yehoudaïé7, qui devint Ἰουδαῖος [Ioudaîos] en grec ancien8 puis IVDÆVS [jûdæus] en latin9. Au Xe siècle, l’ancien français fait évoluer ce mot latin en la forme judeu, qui se transforme ensuite en juiu puis en juieu au XIIe siècle EC10. De la forme féminine juive de ce dernier mot dérive, dès le XIIIe siècle, le mot français masculin « juif  » qui parvient jusqu’à nos jours sous les deux graphies «  juif » (appartenant à la religion juive) et « Juif » (appartenant au peuple juif).

D’autres ethnonymes désignant les Juifs dans diverses langues contemporaines s’appuient sur cette même étymologie « judéenne », par exemple يهودي [yahûdi] en arabe, Jude en allemand, juutalainen en finnois, Jew en anglais, židov en croate, jøde en danois, zsidó en hongrois, ou Żyd en polonais. Dans les pays où le nom originel de « juif » est devenu péjoratif (giudeo, Ιουδαίος, jid, jidov), des noms qui dérivent du mot « hébreu » lui sont préférés comme Ebreo en italien, Εβραίος [evraios] en grec moderne, еврей [yevrey] en russe, ou evreu en roumain. D’autres noms, tel Musevî en turc, dérivent de celui de Moïse. Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Juifs#%C3%89tymologie


Introduction

Ce dossier, constitué à usage didactique, est la première partie d’une série intitulée « Divers aspects du monde juif et du judaïsme »  ; cette série fait écho à une autre série consacrée au monde musulman et à l’islam : voir les différentes parties en cours à partir de cette parution sur le site ISIAS :

’Féminisme, laïcité « à la française » et valeurs républicaines reprises par des militantes musulmanes qui s’engagent en politique en France et en Belgique notamment pour la liberté de pensée et de conscience, l’égalité sexuelle et d’accès à l’éducation, leurs choix et droits vestimentaires’ par Jacques Hallard , dimanche 14 juillet 2019

La zone géographique du Proche-Orient , qui concerne spécialement l’État d’Israël et les Territoires palestiniens, a déjà fait l’objet des mises en ligne suivantes sur ISIAS :

’Agriculture en milieu aride, problème de l’eau, reboisements et forêts en Israël et en Palestine 1/2 par Jacques Hallard , vendredi 2 juin 2017 par Hallard Jacques - français

’Agriculture en milieu aride, problème de l’eau, reboisement et forêts en Israël et en Palestine 2/2 par Jacques Hallard , dimanche 18 juin 2017 par Hallard Jacques - français

Voir une carte de cette zone géographique du Proche-Orient dans l’article d’origine canadienne intitulé Genèse du conflit israélo-palestinien (Publié le jeudi 29 novembre 2012 à 20 h 07 - Mis à jour le vendredi 30 novembre 2012 à 17 h 02).

Le présent dossier commence par la reprise d’un article qui pose la question suivante : « L’identité juive : une religion, un peuple, une histoire, une langue, un pays, voire un État ? »

La réponse est complexe et polymorphe, selon les auteurs et les époques ; quelques documents sélectionnés tentent d’apporter des éléments de réponses sur ce que l’on appelle, selon les cas et les situations : la judéité (le fait d’être juif), la judaïté (l’ensemble des Juifs, la culture juive, etc…), lejudaïsme (terme désignant la tradition, la culture religieuse et le mode de vie des Juifs constitués des descendants des Israélites provenant de l’antique terre d’Israël, des individus et des quelques minorités les ayant rejoints par la conversion et s’étant mélangés à eux au fil de leur diaspora de deux millénaires… »).

Une façon simple et ludique d’entrer dans le vif du sujet consiste aussi à écouter la vidéo suivante : C’est pas sorcier - Religion 2 : le Judaïsme - Vidéo 26:16 ajoutée le 24 mai 2013 – Producteur : C’est pas sorcier , la chaine officielle de l’émission de France 3. ‘C’est pas sorcier’, le magazine de la découverte et de la science. Fred et Jamy partent à la découverte du judaïsme, la première religion monothéiste à avoir vu le jour. Une religion qui a donné naissance à un peuple, où certains sont très religieux tandis que d’autres ne sont pas croyants. En arpentant Israël, l’Etat hébreu, Fred et Jamy découvrent ce que signifie la terre promise et comprennent pourquoi les juifs religieux se considèrent comme le peuple élu. Pour cela, il faut remonter à Abraham et à Moïse, dont l’histoire est racontée dans la Torah, la première partie de la bible hébraïque... Mais comment démêler dans ce récit la part historique de la part légendaire ? - Catégorie : Éducation – Source : https://www.youtube.com/watch?v=iVM57fZIHs0

Sont ensuite décrits : l’Histoire des Juifs en terre d’Israël et la répartition des juifs dans les différents pays du monde, soit une estimation de 14,5 millions de Juifs recensés : ces derniers n’appartiennent d’ailleurs pas à une catégorie bien stéréotypée comme le démontre une sélection d’une dizaine de photos.

Les Juifs et le judaïsme sont décrits en ce qui concerne plus particulièrement leur présence en Europe : quatre jeunes personnes sur cinq estiment actuellement que l’antisémitisme y augmente et une étude de l’Union européenne montre de son côté que les jeunes juifs s’y sentent en danger.

L’état d’Israël est passé en revue et le 70ème anniversaire de sa création, par son indépendance proclamée en 1948 après avec un plan de partage de la Palestine de 1947 voté par l’Organisation des Nations unies (ONU), avait été l’occasion, en 2018, de présenter ce que les israéliens ont décrit comme « un miracle économique et technologique » au cours de cette période, et dont certains autres états du monde pourraient s’inspirer pour garantir un niveau de vie acceptable pour leurs populations.

D’autres contributions ont été sélectionnées pour souligner le nouvel antisémitisme qui se manifeste encore de nos jours et un espace est dédié à la personnalité du chef d’orchestre et pianiste argentin et israélien (né à Buenos Aires en 1942), Daniel Barenboim, qui s’efforce de favoriser la coexistence des différentes populations et religions du Proche-Orient, à travers des pratiques et des présentations musicales qui rencontrent de grands succès et semblent jouer, dans la zone géostratégique du Proche-Orient, un rôle pacificateur bien nécessaire.

Quelques articles décrivent les aspects essentiels du projet sioniste et de son idéal que l’on doit à Theodor Herzl (1860-1904) ; ce dernier a grandement inspiré le monde juif et la construction de l’état d’Israël. Puis le délicat sujet du conflit récurrent entre Israël et les Palestiniens, qui sévit depuis plusieurs décennies, est passé en revue d’un point de vue historique.

Finalement, ce dossier de 35 entrées documentaires choisies, qui sont accessibles dans le sommaire ci-dessous, est complété par quelques articles consacrés à la personnalité de Gérard Haddad, un ingénieur agronome, médecin psychiatre et psychanalyste français, né en 1940 à Tunis (photo de 2015) ; cet auteur fait référence essentiellement aux descendants (Ismaël et Isaac) d’Abraham, « le principal patriarche des religions juive, chrétienne et musulmane, qui est la figure centrale du Livre de la Genèse, et qui est nommé Ibrahim dans le Coran des musulmans.

D’après Wikipédia, « Ismaël (en hébreu : ישׁמעאל, Išma`e’l : « Dieu a entendu [ma demande] » ; en arabe : إسماعيل, Ismāʿīl) est un personnage de la Genèse et du Coran. Il est le premier fils d’Abraham, dont la femme (et demi-sœur) Sarah était stérile. Sa mère Agar, esclave de Pharaon, était la servante égyptienne de Sarah, qui a elle-même suggéré cette union à Abraham… » - « Isaac (en hébreu : יצחק (SBL) Yiṣḥāq ; (API) /jisˤħa:q/ : « il rira » ; hébreu moderne : (API) /jitsˈχak/ ; en arabe : إسحاق (isHāq) (DMG) Isḥāq ; (API) /ʔisˈħaːq/) est un prénom masculin d’origine hébraïque. C’est aussi un personnage de la Bible (chapitre de la Genèse) et du Coran. Il est le fils d’Abraham et de Sarah. Il est le mari de Rébecca, le père de Jacob et d’Ésaü, et le demi-frère d’Ismaël… »

Pour se familiariser de prime abord avec la thèse de Gérard Haddad , on peut écouter les vidéos suivantes : Le psychanalyste Gérard Haddad prône ’la fraternité heureuse’ (0:57 - 30 octobre 2018) et Tous fils d’Abraham ! (27 octobre 2018 - 12:22)

Puisqu’il est généralement admis que « Isaac et Ismaël ont pu vivre en paix en leur temps, pourquoi leurs descendants ne le pourraient-ils pas de nos jours ? », martèle Gérard Haddad qui suggère une possibilité de faire régner la paix dans cet espace perturbé du Proche-Orient, en invitant les peuples qui s’affrontent depuis trop longtemps, à travailler à une ’fraternité heureuse’ d’arrache-pied (en hébreu : ללא שם ; en arabe :شاق

Pour une juste et rapide compréhension des conflits qui habitent la région autour de l’état d’Israël [voir la carte], on peut consulter avec profit les deux vidéos suivantes :

Proche & Moyen Orient : foyer de conflit depuis 1945 - Histoire-Géo - Terminale - Les Bons Profs - Les Bons Profs - Vidéo 9:01 ajoutée le 26 novembre 2014

Le Proche et le Moyen-Orient - Histoire – Terminale L’Antiseche – Vidéo 11:04 ajoutée le 4 juin 2018.

On peut enfin préciser la notion de conflit, qui déborde largement ce qui a été examiné ci-dessus, en considérant, avec Wikipédia, l’aspect sémantique dans divers secteurs :

« un rapport de forces

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Sommaire

1. L’identité juive, hier et aujourd’hui - Idéographie - Par Florian BESSON, Jérôme SEGAL – Samedi 20 mai 2017

2. Quelques extraits de Wikipédia pour comprendre l’identité du monde juif

3. L’identité juive : une identité hors normes ParLiliane Apotheker (AJCF)

4. Précis de l’identité juive Par Daniel Horowitz 22 septembre 2014 - Blog : Le Blog de Daniel Horowitz

4.bis Une approche du judaïsme - 05 avril 2010, par Daniel Horowitz

4.ter Une approche du judaïsme - Auteur : Daniel Horowitz - Source : Le Blog de Daniel Horowitz07/03/2019 by Joseph

4.4. Analyse d’un livre par Marina Davies : « Albert Cohen, entre judaïsme & judéité » de Maxime Decout, 2011, éditeur ‘Acta Fabula’ – 02 septembre 2013 (volume 14, numéro 6)

4.5 Judéité, errance et nomadisme : sur le devenir juif de FreudBetty Bernardo Fuks Dans Essaim 2002/1 (no9), pages 15 à 25 - Article - Auteur - Sur un sujet proche - file_download

5. Pour Wikipédia, la judaïté estl’ensemble des critères qui constituent l’identité juive

6. Nombre de Juifs par pays dans le monde selon Wkipédia (autre source)

7. ISRAEL Le monde juif parmi les nations

8. L’Histoire des Juifs en terre d’Israël d’après Wikipédia

9.Haut du formulaire

14,5 millions de Juifs recensés dans le mondePar Nathalie Sosna-Ofir Le 22/04/2018 Rubrique Israël – Document ‘Actualité Juive Hebdo’

9bis. Dix photos pour vous montrer que les Juifs n’appartiennent pas à une catégorie stéréotypée !Publié le 23 août 2013 par danilette

10. Juifs et judaïsme en Europe d’après Wikipédia

11. Quatre jeunes Européens juifs sur cinq estiment que l’antisémitisme augmenteBelga - Publié le jeudi 04 juillet 2019

12. Les jeunes Juifs se sentent en danger en Europe selon une étude de l’UE - Par Times of Israel Staff 4 juillet 2019

13. L’état d’ Israël décrit par Wikipédia

14. Israël 70 : un miracle économique et technologique Par Haï 24 avril 2018 10:38- Illustration Shraga Blum – Document ‘jforum.fr/’

15. De rêve en tragédie, l’histoire du pays racontée par ses plumes Par Alexandra Schwartzbrod - 18 avril 2018 – Document ‘liberation.fr’

16. Torrent antisémite sur Twitter Vidéo 1 minute dans le cadre des émissions Les 80’’, de France Inter, lundi 8 juillet 2019 par Frédéric Métézeau

17. Alain Finkielkraut : « On a vécu longtemps dans le déni afin de ne pas stigmatiser une population déjà précarisée » - Interview Par Alexandra Schwartzbrod — 24 avril 2018 à 20:36 – Document ‘liberation.fr’

18. « Nouvel antisémitisme » : un manifeste « partiel et partial », par Michel Wieviorka Tribune - Par Michel Wieviorka — 24 avril 2018 à 20:36 – Document ‘liberation.fr’

19. Le chef d’orchestre Daniel Barenboim rend des prix pour dénoncer des textes « antisémites » Par LIBERATION (avec AFP) — 23 avril 2018 à 16:58 (mis à jour le 24 avril 2018 à 10:20) – Document ‘liberation.fr’

20. Extraits d’un article de Wikipédia sur la personnalité de Daniel Barenboim

21. Accès à d’autres documents concernant Daniel Barenboim

22. 70 ans d’Israël : que reste-t-il de l’idéal d’Herzl, le père du sionisme ? Par Céline Lussato- Publié le 19 avril 2018 à 17h39

23. ISRAËL Aspects essentiels du projet sioniste - 10 mars 2012 - Par Fxavier - Blog : Réflexions diverses sur nos ’valeurs de civilisation’

24. Sionisme : l’analyse des courants idéologiques sionistes par Wikipédia

25. Israël-Palestine : comment le conflit a commencé ? Le 18 octobre 2011 – Document ‘çaminteresse’

26. Et si on racontait une autre histoire ? Ismaël & Isaac – Enregistrement 32 minutes - 28/10/2018 – Dans le cadre des émissions de France Culture

27. La personnalité de Gérard Haddad d’après Wikipédia

28. Le psychanalyste Gérard Haddad prône ’la fraternité heureuse’ Vidéo 0:57 ajoutée le 30 octobre 2018 - InternationalesTV

29. La descendance d’Abraham : la rivalité Isaac-Ismaël Par Rav Léon Askénazi-Manitou – Non daté

30. Ismaël et Isaac : La possibilité de la paix - « Si Ismaël et Isaac ont pu vivre en paix, pourquoi leurs descendants ne le pourraient-ils pas ? » Par Gérard Haddad – Livre

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1.
L’identité juive, hier et aujourd’hui - Idéographie - Par Florian BESSON, Jérôme SEGAL – Samedi 20 mai 2017 – Photo : L’identité juive : une religion, un peuple, une histoire, une langue, un pays, voire un État ? – Document diffusé par ‘nonfiction’ et ‘Slate.fr’

Les réflexions sur l’identité juive sont traversées par deux grandes questions : qui est juif ? et que signifie « être juif » ? Toutes deux s’articulent pour interroger le sens de l’appartenance à une identité qui peut se rapporter, souvent de manière sélective, à une religion, un peuple, une histoire, une langue, un pays, voire un État. Retour sur une série de publications, d’entretiens, de revues qui pensent la judéité, définie comme l’ensemble des formes de « l’être juif », hier et aujourd’hui.

Signalons d’abord la parution de plusieurs ouvrages généraux qui donnent de précieuses clés de lectures : Jean-Christophe Attias propose de penser le judaïsme comme un fait culturel avant tout, tandis qu’un Dictionnaire du judaïsme français depuis 1944, sous la direction de Jean Leselbaum et Antoine Spire, offre plusieurs centaines d’entrées sans épuiser la question.

Une religion

Le judaïsme se présente d’abord comme une religion, vieille de plus de deux millénaires. Des biographies récentes s’attachent à la figure de Moïse, père fondateur du judaïsme pourtant moins lisse qu’il n’y paraît, ou de Judas, le traître à travers lequel l’Europe médiévale chrétienne pense le statut des Juifs. La religion juive elle-même s’est construite peu à peu, et Paolo Sacchi montre à quel point le judaïsme de l’époque du Second Temple était en réalité pluriel. Quant à la distinction entre judaïsme et christianisme, elle s’est faite fort progressivement, les deux religions jouant pendant longtemps comme des reflets qui se définissent l’un par rapport à l’autre, ce que montre Daniel Boyarin. Le même auteur pointe d’ailleurs du doigt la judéité du personnage de Jésus, voire du concept même du Christ. Les ébionites, une communauté juive qui reprend une partie du discours de Jésus, ont peut-être même pu influencer l’islam naissant.

Une identité

Les rapports entre l’identité juive et le judaïsme ne vont pas non plus de soi, comme le souligne notamment l’ouvrage de Jérôme Segal sur l’athéisme juif. Peut-on décider de ne pas être juif ? L’historien Shlomo Sand n’hésite pas à l’affirmer pour mieux contester la politique d’Israël, dans un ouvrage si discuté que Nonfiction lui consacre deux compte-rendu, et qu’il suscite également une belle analyse de Claude Klein. C’est que l’identité juive se construit au fil du temps, en particulier dans un long XIXe siècle qui va des Lumières à l’entre-deux-guerres. Il faudrait plutôt parler d’identités juives, au pluriel, souvent contradictoires, comme chez les intellectuels viennois de la Belle époque, ou chez les Juifs de l’Algérie coloniale. Des pluriels qui existent encore aujourd’hui, chez Zeev Sterhnell et Pierre Birnbaum : le premier se dit nostalgique de la culture des kibboutz, lieu de développement d’un sionisme de gauche trop vite fané, tandis que le second pose la question de l’épanouissement d’une identité juive dans l’Europe unie.

Un État

Impossible de parler des judaïsmes sans parler de l’État d’Israël. Le sionisme, loin d’être une évidence, a lui aussi son histoire propre qui peut se lire en parallèle de celle du bundisme né en même temps que lui à partir du « Bund », l’Union générale des travailleurs juifs de Lituanie, de Pologne et de Russie. Le bundisme, fortement affaibli par la Seconde Guerre mondiale a été amené à se redéfinir à partir de la création de l’Etat d’Israël, comme l’explique bien David Slucki. La Terre promise, à laquelle s’identifie encore aujourd’hui Israël, est d’ailleurs le fruit d’une invention entamée durant le XIXe siècle, comme le démontre Shlomo Sand dans un ouvrage capital. Elle n’a pas toujours été le cadre idéal envisagé pour la fondation d’un État juif : David Muhlman montre ainsi les nombreuses tentatives de territorialisation des Juifs avant 1947. Saviez-vous par exemple qu’Albert Einstein aurait pu en être le premier président s’il n’avait pas refusé la proposition ? En 1948, la fondation d’Israël s’accompagne de déplacements massifs de populations palestiniennes, ce qu’on appelle la Nakbah, à l’origine du conflit israélo-palestinien qui ne cesse de rebondir, de guerres en paix avortées. Ce conflit se manifeste notamment par les violentes intifadas qui peuvent parfois s’exporter à travers le monde, notamment en France, ce qui pour Esther Benbassa pose par exemple la question de l’Etre Juif après Gaza. Ces oppositions traversent encore aujourd’hui Israël et semblent rendre le vivre-ensemble des différentes communautés extrêmement compliqué : plusieurs bandes dessinées reviennent sur cette dimension. Les chercheurs savent s’emparer de cette histoire, comme le souligne une belle Histoire du Mossad, les services secrets israéliens.

Une minorité

Etudier les judaïsmes, c’est bien sûr travailler sur une minorité malmenée par l’histoire. A l’heure où des voix s’élèvent à nouveau pour entonner le refrain du négationnisme, il faut relire l’ouvrage magistral de Saul Friedländer, fruit d’années de travail : en utilisant une variété étourdissante de sources, l’historien propose une histoire globale de la destruction systématique des Juifs d’Europe, en insistant notamment sur le rôle de bouc émissaire joué par les Juifs et sur les « accommodements » de la France de Vichy. Du même auteur, plusieurs écrits davantage personnels révèlent la complexité d’un parcours à la fois scientifique et humain. Enfin, la nouvelle édition du livre de Michael Martus et Robert Paxton sur la responsabilité de la France de Vichy dans la déportation des Juifs de France s’impose comme une lecture incontournable.

Cependant, il est important de garder en mémoire que l’antisémitisme ne peut se réduire à la Shoah, comme le montre Michaël de Saint-Cheron, qui se penche sur l’antisémitisme, plus ou moins avoué et plus ou moins cohérent, de plusieurs célèbres écrivains français. On pourrait également convoquer la figure de Dreyfus, à nouveau étudiée à partir d’un témoignage inédit par Georges Jourmas. Remontons encore plus loin dans le temps : au Moyen Âge, Juliette Sibon suggère que l’expulsion des Juifs, proclamée à intervalles réguliers par les rois de France, est principalement l’instrument de la construction de la puissance royale aux dépens de pouvoirs concurrents. Et encore plus loin : l’hypothèse que les pouvoirs occidentaux se soient tenus, durant tout le Moyen Age, à une doctrine de politique religieuse fixée par les empereurs romains convertis au christianisme, ne résiste pas à la mise au jour du caractère plus pragmatique que dogmatique des arbitrages reflétés par la législation impériale étudiée par Capucine Nemo-Pekelman.

Une culture

Mais il serait à la fois fallacieux et réducteur de faire des Juifs d’éternelles victimes, contraints à jouer un rôle passif. Esther Benbassa récuse d’ailleurs fortement la vision « lacrymale » de l’histoire juive. L’archéologie révèle que, dès le Moyen Âge, des communautés juives sont à la fois plus nombreuses et plus durables qu’on ne l’a longtemps cru. Après leur expulsion d’Espagne en 1492, plusieurs juifs savent s’établir dans le Nouveau Monde découvert la même année.

Impossible également de ne pas convoquer les grands philosophes juifs, de Maïmonde, étudié par Pierre Bouretz à Bergson, Jankélévitch et Lévinas – trois auteurs juifs qui savent prendre leurs distances critiques vis-à-vis du judaïsme, pour élaborer une philosophie qui s’écarte de la métaphysique classique afin de réinventer une nouvelle éthique – en passant par le mouvement des Lumières juives, ce qu’on appelle la Haskalah, une période d’épanouissement scientifique et intellectuel marqué là encore par de profonds questionnements sur la place et le sens des identités juives.

Après le développement de la culture juive, à la fin du XIXe siècle et tout au long du siècle suivant, l’historien Yuri Slezkine en est venu à se demander si le XXe siècle n’a pas été Le Siècle juif.

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Selon Wikipédia, « nonfiction.fr est un site Web d’actualité des idées et de critiques des livres. Association loi de 1901, nonfiction est animé par un collectif de chercheurs, de journalistes, de militants politiques, syndicaux et associatifs, de chefs d’entreprises et de créateurs de sites Web1. Son lancement est contemporain de ceux du site La Vie des idées, nouvelle version en ligne de la revue papier de La République des idées, et de La Revue internationale des livres et des idées, dont les styles et les orientations diffèrent, mais qui marquent ensemble un renouveau de l’intérêt pour la critique de livres (d’essais) en France. Selon ses fondateurs, il vise à renouer avec un « journalisme intellectuel de qualité, à donner la parole à une nouvelle génération de chercheurs, à faire valoir les points de vue progressistes, à défendre et valoriser les livres de sciences sociales et à ouvrir le monde des idées français sur l’international »2. ‘nonfiction’ se veut une référence en ligne, en France, dans l’espace francophone, et à travers le monde, de la littérature d’idées…. »

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2.
Quelques extraits de Wikipédia pour comprendre l’identité du monde juif

Les Juifs (en hébreu : יְהוּדִים / yehoudim, en grec ancien : Ἰουδαῖοι / Ioudaĩoi, en latin : Iudaei, etc.) sont les membres d’un peuple lié à sa propre religion, le judaïsme, et au sens large du terme à une appartenance ethnique et religieuse3.

La tradition juive relie leur ascendance aux patriarches Abraham, Isaac et Jacob également appelé Israël. Ils peuplent la Judée et le royaume d’Israël, structurant leur quotidien autour de la Bible hébraïque, laquelle comprend les cinq Livres de la Torah attribués à Moïse, les Livres des prophètes ultérieurs et d’autres écrits. La Bible définit leurs croyances, leur histoire, leur identité nationale et légifère dans tous les domaines de leur vie.

À la suite des aléas de leur histoire, les Juifs migrent ou sont déportés de la Judée et essaiment à travers le monde. La diaspora juive résulte principalement de la conjonction de deux facteurs, une volonté d’essaimage et la nécessité de fuir des persécutions4. Tentant de conserver leur mode de vie ancestral au sein des populations avoisinantes dans lesquelles ils s’acculturent, ils développent des traditions religieuses, culinaires et des langues propres ainsi que d’autres traits spécifiques. Réciproquement, ils exercent un certain attrait sur leurs populations d’accueil et l’on enregistre dans l’Empire romain un nombre important de conversions au judaïsme. L’impact et la proportion de ces conversions font débat au sein des historiens. Leur histoire sur plus de deux millénaires en Europe est marquée par des persécutions qui culminent au XXe siècle avec la Shoah.

Les grandes révolutions de l’ère moderne entraînent chez nombre d’entre eux une perte ou un abandon de tout ou partie des repères traditionnels. Plusieurs tentatives sont menées pour les redéfinir en tant qu’entité confessionnelle, nationale ou culturelle de sorte qu’en français, l’Académie française distingue entre les Juifs (avec une majuscule — les « personnes descendant de l’ancien peuple d’Israël ») et les juifs (sans majuscule — « personnes qui professent le judaïsme »)5.

Le nombre total des Juifs contemporains est difficile à estimer avec précision, et fait l’objet de controverses, mais, selon une estimation effectuée en 2016, il serait d’environ 14,4 millions2. La majorité d’entre eux vit en Israël et aux États-Unis, et les autres principalement en Europe, au Canada et en Amérique latine.

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Étymologie

L’hébreu biblique nomme יהודי (yehoudi, « judéen ») tout Israélite habitant la Judée6. L’araméen reprit ce mot sous la forme yehoudaïé7, qui devint Ἰουδαῖος [Ioudaîos] en grec ancien8 puis IVDÆVS [jûdæus] en latin9. Au Xe siècle, l’ancien français fait évoluer ce mot latin en la forme judeu, qui se transforme ensuite en juiu puis en juieu au XIIe siècle EC10. De la forme féminine juive de ce dernier mot dérive, dès le XIIIe siècle, le mot français masculin « juif » qui parvient jusqu’à nos jours sous les deux graphies « juif » (appartenant à la religion juive) et « Juif » (appartenant au peuple juif).

D’autres ethnonymes désignant les Juifs dans diverses langues contemporaines s’appuient sur cette même étymologie « judéenne », par exemple يهودي [yahûdi] en arabe, Jude en allemand, juutalainen en finnois, Jew en anglais, židov en croate, jøde en danois, zsidó en hongrois, ou Żyd en polonais. Dans les pays où le nom originel de « juif » est devenu péjoratif (giudeo, Ιουδαίος, jid, jidov), des noms qui dérivent du mot « hébreu » lui sont préférés comme Ebreo en italien, Εβραίος [evraios] en grec moderne, еврей [yevrey] en russe, ou evreu en roumain. D’autres noms, tel Musevî en turc, dérivent de celui de Moïse.

Orthographe

Conformément aux conventions typographiques de la langue française, qui imposent une majuscule aux noms de peuples et une minuscule aux noms de croyances11, « Juif » s’écrit avec une initiale majuscule quand il désigne les Juifs en tant que membres du peuple juif (et signale ainsi leur judéité), mais il s’orthographie avec une initiale minuscule lorsqu’il désigne les juifs en tant que croyants qui pratiquent le judaïsme (et insiste en ce cas sur leur judaïté).

Judaïtes, Judéens, Juifs

Le premier livre de la Bible présente la lignée des patriarches hébreux : Abraham, Isaac, et Jacob qui reçoit aussi pour nom Israël et dont la descendance forme l’ensemble des Israélites. Jacob-Israël génère douze fils, ancêtres éponymes des douze tribus d’Israël. Le nom de son quatrième fils, Juda (יְהוּדָה, Yehouda « il remerciera, il reconnaîtra »), désigne dans la Bible l’homme, sa tribu et la terre habitée par sa lignée (la terre de Juda). Ses habitants sont nommés Judaïtes (יְהוּדִים yehoudim).

Représentation du roi Salomon, fils de David ; peinture du XIXe siècle par Isaak Asknaziy.

Selon la Bible hébraïque, nait sept siècles plus tard, de la tribu de Juda, le roi David12. Le royaume unifié de David et de son fils Salomon, qui regroupe les douze tribus d’Israël, se scinde vers 930 avant l’ère commune en deux royaumes israélites rivaux13. Juda désigne dès lors le royaume de Juda, dont la capitale est Jérusalem, les habitants les Judéens, le roi un membre de la dynastie davidique et la langue officielle le yehoudit14, en opposition avec le royaume d’Israël, dont la capitale est Samarie.
Les Judéens ne sont pas tous judaïtes, et la première occurrence du mot yehoudi dans la Bible désigne un membre de la tribu de Benjamin15.

Au Ier siècle av. J.-C., sous la dynastie des Hasmonéens, l’État juif restauré sous le nom de royaume de Juda englobe, sur tout le territoire de la Terre d’Israël, la Judée et la Samarie dont l’ensemble forme, pour les Romains, une provincia romana qu’ils nomment Judaea, la Judée, dont les habitants sont les yehoudim que le français traduit aussi par Judéens.

Après la destruction du premier Temple, en 587 av. J.-C., les yehoudim se disséminent de par le monde (ce qu’ils nomment la גָּלוּת galouth (ou gola) ou, en grec, la diaspora). Les francophones nomment Juifs ces yehoudim émigrés, ainsi que leurs descendants des deux premiers millénaires de l’ère courante.

L’évolution sémantique du mot yehoudim couvre les sens généalogique (fils de Yehouda), social (membres de la tribu de Yehouda) et géographique (habitants de la terre de Yehouda), rendus en français par Judaïtes, qui se complètent par les sens national (au royaume de Juda fondé par David) puis politique (au royaume de Judée sous les Hasmonéens), rendus en français par Judéens. Enfin, de la destruction du second temple à nos jours s’ajoutent les sens ethnique et culturel au mot yehoudim que le français traduit désormais par Juifs. Ces trois termes insistent sur la judéité des yehoudim.

Une autre évolution sémantique donne au mot yehoudim un sens religieux judaïque que la langue française rend par le mot « juifs » (adeptes du judaïsme), sens ignoré par le récit biblique pour les époques antérieures à leur Exil à Babylone. La Bible rapporte que des non-Judaïtes pratiquent le culte de YHWH16, ou que des Israélites du nord, Judéens ou Samaritains, sont polythéistes ou pratiquent d’autres cultes17. Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman suggèrent, dans leur ouvrage controversé18 La Bible dévoilée, des divergences religieuses marquées entre les habitants du royaume de Samarie au nord et les Judéens du sud, que les rédacteurs de la Bible hébraïque auraient atténuées afin d’affirmer l’unité religieuse du « peuple d’Israël »19.

Le judaïsme naquit au retour de l’Exil, sous l’impulsion du scribe Ezra et des promoteurs du second Temple de Jérusalem (516 av. J.-C.). À partir de cette date et jusqu’à nos jours, yehoudim est remplacé en français par « juifs », pour signifier la judaïté (identité religieuse) et la judaïcité des concepts et rites religieux juifs.

Formation et évolution de l’identité juive

Articles détaillés : Histoire du peuple juif et Identité juive.

Carte de Jérusalem, peu avant l’an 70. L’emplacement du Temple est représenté en jaune.

La notion de Juif s’est structurée à travers l’histoire. Au cours des trois millénaires écoulés depuis l’époque de David et les premiers documents égyptiens évoquant le peuple d’Israël, elle a connu des évolutions ou des infléchissements.

À l’époque la plus ancienne, les Israélites apparaissent comme une population aux pratiques religieuses très diversifiées20, surtout définis par leur origine supposée commune21, leur langue, leur territoire et leurs deux États.

Après la disparition du polythéisme et l’exil à Babylone, à la fin du VIIe siècle av. J.-C., les Juifs remplacent les Israélites. La définition religieuse devient plus claire dès la période du Second Temple. Les idées de peuple et de royaume juif sont alors réaffirmées.

À partir du IIe siècle av. J.-C., la richesse de la religion juive est attestée. Elle s’exprime à travers la diversité foisonnante de courants et sectes22.

À la suite de l’apparition des prémisses d’un culte chrétien, la destruction du Second Temple par les Romains (en 70 ap. J.-C.), et la destruction définitive du royaume de Juda (Ier siècle), et enfin avec la rédaction des Talmuds, la religion juive s’unifie (IIe siècle - Ve siècle). Le rétablissement de l’État juif est alors abandonné, et renvoyé à des lointains temps messianiques.

C’est à partir du XIXe siècle, sous l’influence des idées laïques et nationalistes en occident, qu’une redéfinition politique et nationale de l’identité juive est mise en avant….

Populations juives significatives de par le monde

Drapeau d’IsraëlIsraël 6 484 000 (2017)1
Drapeau des États-UnisÉtats-Unis 6 469 500 (2016)2
Drapeau de la FranceFrance 460 000 (2016)2
Drapeau du CanadaCanada 388 000 (2016)2
Drapeau : Royaume-UniRoyaume-Uni 290 000 (2016)2
Drapeau de la RussieRussie 179 500 (2016)2
Drapeau de l’ArgentineArgentine 180 700 (2016)2
Drapeau de l’AllemagneAllemagne 117 000 (2016)2
Drapeau de l’AustralieAustralie 113 000 (2016)2
Drapeau du BrésilBrésil 94 200 (2016)2
Drapeau de l’UkraineUkraine 56 000 (2016)2
Drapeau d’Afrique du SudAfrique du Sud 69 500 (2016)2
Drapeau de la HongrieHongrie 47 600 (2016)2
Drapeau du MexiqueMexique 40 000 (2016)2

Etc…

Voir une sélection de portraits de personnalités Juives יְהוּדִים (Yehoudim) à travers l’Histoire : 1re rangée : Judas MaccabéeFlavius JosèpheRabbi AkivaMoïse Maïmonide - 2e rangée : Baruch SpinozaSigmund FreudCholem AleikhemAlbert Einstein - 3e rangée : Emmy NoetherDavid Ben GourionMarc ChagallNatalie Portman

Source de l’article entier : https://fr.wikipedia.org/wiki/Juifs

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3.
L’identité juive : une identité hors normes - Par Liliane Apotheker (AJCF)

Un texte d’une adhérente de l’AJCF, Liliane Apotheker paru dans la revue « Foi et Culture » de Mars 2010. La revue « Foi et Culture » est publiée sous la responsabilité de l’Observatoire Foi et Culture, organisme créé par l’assemblée des évêques de France en 2006 et qui dépend directement de la CEF.

Dire ce qui constitue mon identité juive est un exercice difficile. Il s’agit pour moi de surmonter ma pudeur et de livrer une réflexion intime tout en sachant qu’une partie du contenu résiste forcément à l’explication, se soustrait à l’analyse.
S’interroger sur son identité, c’est l’avoir déjà perdue, disait Emmanuel Levinas. Je ne suis pas sûre que cela soit vrai aujourd’hui. Dans un monde devenu village planétaire, une Europe dont les frontières glissent, il est bon d’essayer de discerner de quoi on est fait.

Pour ma part je pense pouvoir dire dans le désordre que je suis Juive, Européenne, Belge, Française, Ashkénaze et enfant d’immigrés. Mes parents étaient rescapés de la Shoah tous les deux et leur silence délibéré sur l’horreur qu’ils ont vécue a peuplé mon enfance. Je suis née après la guerre, mais avec le sentiment que ce qui était arrivé pouvait se reproduire, que nous étions tous des rescapés de cette volonté brutale et illimitée d’effacer jusqu’à la trace de notre existence sur cette terre. La Shoah est à mes yeux un événement singulier dans l’histoire de l’humanité, un mal d’une nature telle que ses conséquences pour l’idée même de la culture et du progrès sont pour l’instant impossible à qualifier. La question essentielle perdure : pourquoi le peuple juif a-t-il fait l’objet de tant de haine ?

Cette question m’habitait dans mon enfance sans que j’en mesure la charge théologique. Elle demeure une interrogation fondamentale et à mes yeux trop peu répandue.
La Shoah fait partie de notre histoire humaine commune. Nous, les Juifs, nous pleurons encore les membres de nos familles assassinés, mais la mémoire si douloureuse de ce que Georges Perec appelait « l’Histoire avec une grande hache » doit être partagée.

Mes parents m’ont élevée dans l’amour de la tradition juive et de la portée humaniste, universelle de nos valeurs. Il ne s’agit donc pas seulement du respect des fêtes ou des mitsvot, les préceptes énoncés par la Torah. Cette éducation ne concernait pas uniquement le fait religieux, mais l’appartenance à un peuple ancien qui occupe depuis son origine une place particulière dans la grande aventure humaine, elle induit une manière juive d’être au monde.

Dès mon enfance, j’ai appris à parler deux langues juives, le Yiddish et l’Hébreu. Toutes les deux participent de cette manière d’être au monde, car elle véhiculent une culture riche, un humour particulier une attention à la pluralité du sens dans un énoncé.
Les personnages de la Bible qui ont peuplé l’univers de mon enfance étaient comme des membres de ma famille, et Israël un pays proche, tellement important, vers lequel se porte la liturgie, les sentiments, une certaine fierté et une grande inquiétude pour sa survie, toujours menacée. L’enracinement biblique de ce lien avec la terre de la promesse est fondamental même pour la Juive laïque que je suis. Après tout même l’Hébreu moderne diffère si peu de l’Hébreu biblique que ce lien est fait d’ancien et de nouveau. L’Israël qui est dans nos cœurs et dans notre liturgie est aussi un jeune état qui connaît à la fois des difficultés énormes et des réalisations exemplaires. Il constitue un lieu de refuge pour le peuple juif, comme en attestent les immigrations récentes d’Éthiopie et de l’ancienne U.R.S.S.. C’est un état souverain qui met un point final à notre errance et aussi à la peur de voir se lever à nouveau la volonté de nous exterminer sans que nous puissions réagir.

Ce lien si fort avec Israël n’empêche en rien mon attachement à la France, où je suis engagée à l’Amitié judéo-chrétienne de France depuis bientôt 20 ans, à l’Europe, à la culture et à l’Histoire que nous partageons tous. Ce qui me fait dire en paraphrasant Raymond Aron que si le peuple juif est bien un peuple il n’y a pas d’autre peuple comme lui. Je tiens à toutes ces fidélités, elles m’enrichissent et ne posent jamais problème. Si ma relation à l’Europe est apaisée, j’ai néanmoins le sentiment que nous sommes (trop) souvent le sismographe de l’état du monde.

L’antisémitisme est une pathologie grave, toujours prête à resurgir. Ma pensée cherche à rester libre, elle est cependant une pensée de minoritaire, nourrie d’une certitude : le Judaïsme a des choses essentielles à dire au monde, par son étude constante des textes en quête d’un sens toujours inépuisable tant il est riche. Il sait si bien renouveler le débat avec Dieu , à l’instar du Psalmiste qui Le somme quelquefois de Se réveiller ! Il est la mémoire toujours vivante et active de l’origine du monothéisme. Il ne cesse de rappeler que la tension entre les promesses bibliques et l’accomplissement perdure et que tout reste à faire. Il est ainsi un appel constant à l’éthique et à la responsabilité. Notre émotion religieuse est faite de joie mais aussi de vigilance inquiète pour l’avenir du monde.

Enfin et pour conclure, si je me suis engagée dans le dialogue inter-religieux, c’est pour œuvrer à une relation enfin apaisée avec ceux qui ne sont pas de la même tradition que moi. Cette démarche est à la fois vocation et conviction. Elle dit mon aspiration à un monde plus fraternel où chacun jouirait d’une égale dignité humaine.

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4.
Précis de l’identité juive Par Daniel Horowitz 22 septembre 2014 - Blog : Le Blog de Daniel Horowitz

Israël se définit comme Etat Juif, mais cette définition relève d’une identité, et non pas d’une religion. La religion juive est certes liée à la judéité, mais n’en est pas synonyme. Les Juifs étant un peuple, la judéité constitue l’ensemble de ce qu’on produit les Juifs, dont la religion. Il est vrai qu’en Israël celle-ci bénéficie de privilèges eu égard à l’Histoire, mais c’est également le cas de pays de tradition chrétienne comme le Royaume-Uni, la Norvège, le Danemark, l’Argentine ou la Grèce, qui n’en sont pas pour autant des théocraties. La France quant à elle est dotée d’une loi séparant l’Eglise de l’Etat, mais cela n’empêche pas les jours fériés d’y être catholiques, ni la religion d’y jouir dans certains cas d’un statut officiel [1], ce qui fait que le clergé peut être payé par l’Etat et les évêques nommés par le Président la République.

De nos jours de nombreux Juifs à travers le monde sont athées tout en se revendiquant juifs à part entière. Les ultra-religieux les appellent Apikorsim, référence à Epicure [2]. Mais alors que l’épicurisme a souvent une connotation péjorative, cette pensée est en réalité a l’opposé de l’acception courante, qui en est une caricature.

Epicure estimait que l’homme était autonome, maître de soi, de son corps, de ses actes et de ses pensées. Quant au monde, il était soumis d’après lui aux seules lois de la Nature, qu’il se représentait comme un télescopage d’atomes se combinant de manière aléatoire. Cette doctrine de l’absurde impliquait que l’aspiration au bonheur était la seule chose qui vaille. Le bonheur ne consistait cependant pas pour Epicure à courir les plaisirs, mais plutôt à éviter la souffrance, à surmonter l’angoisse de la mort, à cultiver l’amitié, à se contenter des désirs naturels et nécessaires, et à ne pas hypothéquer la vie en escomptant l’immortalité. Epicure recevait indifféremment femmes, hommes et esclaves dans son Jardin [3], parce qu’il estimait que chacun était en mesure d’améliorer son sort en se cultivant. Il écartait par ailleurs toute idée d’intervention divine, et ne prétendait pas enseigner autre chose que ce que lui-même ne fût à même de comprendre. A noter que Maimonide [4] fait d’une certaine manière écho à cela en professant qu’on ne peut rien dire de Dieu [5], sauf qu’on ne peut rien en dire.

Les Apikorsim considèrent que la Thora [6] constitue un corpus dont chaque élément est imprégné par l’époque où il fut rédigé, ce qui en explique la diversité stylistique et l’hétérogénéité conceptuelle. Quoi que l’on en pense, il est établi que la tradition juive se nourrit de controverses, or le Talmud [7] n’est rien d’autre qu’un gigantesque verbatim d’arguties et de palabres avec pour fil conducteur la raison.

Pour les Apikorsim ce n’est pas faire injure à la Thora que de la ranger parmi la littérature, pur produit de l’homme. Ils y sont attachés autrement que les Juifs orthodoxes, fils spirituels des pharisiens. C’est ainsi qu’alors que les Apikorsim considèrent que la Thora fait partie du patrimoine de l’humanité, les orthodoxes estiment pour leur part qu’elle n’a de pertinence que pour les pratiquants. Les Apikorsim adhèrent quant à eux à tout ce qui, dans la Thora, rejoint la pensée humaniste. Par exemple, ce qu’ils retiennent de la fête commémorant la Sortie d’Egypte [8], c’est le rejet de l’esclavage. Cette mise en évidence du droit à la liberté constitue d’ailleurs l’une des contributions les plus importantes du judaïsme à la civilisation occidentale.

La plupart des Juifs font circoncire leurs fils, célèbrent la bar-mitsva et se marient de manière rituelle tout en étant agnostiques. Beaucoup jeûnent à Yom Kippour et allument des bougies la veille de Shabbat en estimant contribuer ainsi à la continuité du judaïsme en tant que culture. L’adhésion au culte et la revendication de l’identité sont cependant deux démarches distinctes. Il est vrai que le peuple juif a une histoire particulière eu égard à la Diaspora, durant laquelle la religion a assuré la pérennité malgré l’éparpillement parmi les nations, mais à notre époque beaucoup délaissent la pratique, en particulier en Israël. C’était d’ailleurs déjà le cas pour la plupart des pères fondateurs du sionisme, qui revendiquaient d’autant plus leur identité qu’ils prenaient leurs distances par rapport à la religion.

Spinoza [9] avait estimé dès le dix-septième siècle que les Juifs avaient eu tort de se résigner à l’exil en attendant la venue du Messie, au lieu d’agir en vue d’une souveraineté nationale [10]. Mais tout en émettant cette idée il jugeait que seul un Etat laïque serait à même d’assurer la liberté intellectuelle et religieuse pour tous. C’est ce qui explique que Ben-Gourion, Einstein et d’autres artisans de l’Etat juif étaient d’ardents spinozistes. Ils considéraient d’ailleurs que leur maître à penser ayant été sioniste avant l’heure, il méritait qu’on lui fît une place dans le panthéon de la judéité après avoir été excommunié par la communauté juive d’Amsterdam.

En tant que penseur de la modernité, Spinoza considérait que la Thora était avant tout un texte politique, posant en quelque sorte les fondements de la Constitution de la nation juive. Deux siècles plus tard, Moses Hess [11] affinait cette idée dans un ouvrage [12] où il développait les raisons en vertu desquelles il estimait que la finalité du judaïsme était la souveraineté nationale et non la pratique de la religion.

On ne peut parler d’identité juive sans évoquer en même temps l’antisémitisme, parce que cette parole circule à nouveau librement, en particulier en Europe, cette fois-ci en imputant aux Juifs la responsabilité des troubles au Moyen-Orient. Selon uneétude commanditée par l’Anti-Defamation League, un quart de la population mondiale nourrirait actuellement des sentiments antisémites. Il apparaît entre autres que l’idée que ce phénomène serait lié au conflit israélo- palestinien est un mythe. La Hongrie figure parmi les nations les plus antisémites du monde, mais il n’y dans ce pays ni arabes ni musulmans, ou presque [13].

Ni la Renaissance, ni les Lumières, ni la Révolution Française, ni le Socialisme ne sont venus à bout de l’identité juive, qui renaît de plus belle depuis la création de l’Etat d’Israël. Après être sortis des ghettos au dix-neuvième siècle, la rapidité avec laquelle les Juifs ont rallié l’élite intellectuelle, artistique, scientifique et politique a suscité une perplexité durable dans le monde entier.

L’antisémitisme se présente à première vue comme un rejet du Juif, mais si les Juifs n’existaient pas, il est clair que les antisémites les inventeraient. En réalité l’antisémitisme est une doctrine du rejet de l’Autre quel qu’il soit. Les Juifs d’abord, les autres ensuite. Les islamistes ont intégré cela depuis longtemps, qui ont fait du rejet une religion. A bon entendeur salut !

[1] Concordat D’Alsace-Moselle

[2] Philosophe grec de l’antiquité que l’on oppose souvent à Platon.

[3] Référence à l’école de philosophie d’Epicure.

[4] Penseur juif du douzième siècle et référence majeure du judaïsme.

[5] « Le Guide des Egarés », traité philosophique de Maïmonide.

[6] La Torah prise au sens large est une vaste collection de textes rédigés, recopiés, amendés, commentés et revus par de nombreux auteurs au fil de trois millénaires.

[7] Corpus de la Loi Orale

[8] Pâque juive

[9] Philosophe juif d’Amsterdam d’origine marrane.

[10] Traité Théologico-Politique chapitre III

[11] Philosophe allemand proche de Marx et théoricien du sionisme

[12] Rome et Jérusalem

[13] L’on dénombre 0.2 % de musulmans en Hongrie, à comparer à près de 10 % en France, soit cinquante fois plus.

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Source : https://blogs.mediapart.fr/daniel-horowitz/blog/220914/precis-de-l-identite-juive Selon les Editions L’Harmattan, « Daniel Horowitz est né en Suisse, où ses parents s’étaient réfugiés lors de la Deuxième Guerre Mondiale pour fuir l’occupation de la Belgique. Revenu à Anvers il grandit au sein de la communauté juive. A l’âge de quinze il entre dans l’industrie diamantaire et y fait carrière. Passé la soixantaine, cet intellectuel autodidacte émigre en Israël où il se consacre désormais à des activités diverses, dont l’écriture. Daniel Horowitz est un mélomane, amateur de ski et de littérature, pratique six langues et cultive une identité juive athée. http://frblogs.timesofisrael.com/author/daniel-... adresse emailenvoyer un mail à l’auteur – Source : https://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=auteurs&amp ;obj=artiste&no=36895Retour au sommaire

4.bis
Une approche du judaïsme - 05 avril 2010, par Daniel Horowitz

Le judaïsme est une construction intellectuelle d’une complexité telle qu’aucune vie humaine ne suffirait pour en faire le tour. S’y frotter est une démarche élitiste, un exercice réservé à une minorité. La majorité des juifs savent confusément que l’appréciation en profondeur du judaïsme n’est pas à leur portée. Ils s’en remettent alors à “Khazal” (littéralement : “nos sages, bénie soit leur mémoire”, car dans le judaïsme on ne s’en remet jamais directement à Dieu) pour dégager des règles de vie, qu’ils suivent avec plus ou moins de cohérence. Il faut se garder d’évaluer cela à partir d’une grille de lecture courante, parce que dans le judaïsme il n’y a pas de dogme au sens chrétien du terme. Il y des présomptions, des intuitions, des raisonnements, voire des visions, mais une chose est sûre et certaine : tout relève de la parole de l’homme, et est donc faillible, perfectible et amendable. Aucun érudit juif ne dira jamais autre chose. Un jour, un de ces érudits, Marc-Alain Ouaknine, a, lors d’un débat télévisé, ouvert la discussion avec à peu près ces mots : “je suis juif, philosophe, rabbin et athée, Dieu merci”. Les juifs préfèrent en général passer sous silence ce genre de dialectique parce qu’elle prête à confusion, mais pour les non-juifs il est édifiant d’aborder la question juive sous cet angle, sans quoi ils empruntent un mode de pensée qui plombe d’emblée toute potentialité de compréhension.

Le judaïsme s’est distingué dès l’Antiquité par une démarche originale consistant à écarter l’idée que Dieu pouvait être matériel, temporel, palpable ou visible sous quelque forme que ce soit. Le terme “religion” n’existe pour ainsi dire pas en hébreu (“Dieu” non plus, d’ailleurs, qui n’est qu’une francisation de Zeus), et on ne lui a trouvé d’équivalent approximatif que récemment. Le monothéisme tel que le propose le judaïsme ne postule pas à proprement parler l’existence de Dieu. Il dit surtout ce que Dieu n’est pas. Le tétragramme YHWH peut, parmi les multiples interprétations, être compris comme verbe, mais pas comme substantif. Ce vocable n’est donc pas l’invocation d’une substance, mais plutôt de quelque chose d’indescriptible, d’imprononçable et d’indicible, une manière d’exprimer l’unicité du monde et la stupéfaction qu’il y ait quelque chose plutôt que rien.

Les nombreuses interprétations de l’incipit de la Thora relatant la création du monde sont fascinantes. Dans la Kabbale, les concepts “Dieu” et “Nature” sont parfois interchangeables, idée reprise et développée par Spinoza pour étayer sa vision du monde. Maimonide dit sans ambiguïté dans son “Guide des Egarés” que toute représentation imagée de Dieu (la présence de Dieu, la main de Dieu, la colère de Dieu, etc..) doit être prise au sens métaphorique. Les anges seraient des rêves, les visions des hallucinations, les miracles des expressions de la nature, etc… Il ne s’agit donc pas de manifestation divine au sens littéral, mais bien d’une intuition selon laquelle tout fait partie de tout, qu’il n’y pas de vide, et que tout étant lié, tout relève de Dieu. Cet exercice de haute voltige intellectuelle n’est pas à la portée de tous, alors des simplifications et de rites ont été conçues à l’usage du commun des mortels.

Le judaïsme mais ne saurait servir de caution aux théologies monothéistes élaborés par d’autres que les juifs. Certains rabbins ont émis des doutes quant à la nature monothéiste du christianisme. Il y eut moins de doute au sujet de l’Islam, plus proche du judaïsme. Un juif pratiquant peut donc prier dans une mosquée, mais pas dans une église.

Le Talmud dans son acception de jurisprudence est proche du système juridique moderne. Combien de gens se retrouvent-ils dans la complexité de la loi ? Des milliers de décisions sont prises par les parlements, documentées ensuite sous forme de tonnes de pages à destination des divers domaines d’application. Comment, par exemple, en arrive-t-on, à partir de l’interdit de l’homicide à envoyer des gens en prison, à en acquitter d’autres, et à en légitimer d’autres encore ? Quel consommateur sait-il avec précision comment il convient que tel produit au supermarché soit emballé pour être conforme à la loi ? Sur quoi se base-t-on pour accepter l’obligation de boucler sa ceinture de sécurité en voiture ? Réponse : il y a des experts formés pour en juger, qui débattent et tranchent au nom de la collectivité. La démarche du Talmud est de même nature, à cette exception près : la beauté et la force du texte fondateur sur lequel il repose : la Thora.

Bernard Henri Lévy dit qu’il n’y a pas beaucoup de livres vraiment universels. Il pense qu’il y en a quatre ou cinq, et cite en premier lieu la Thora (en deuxième “De la Nature”, de Lucrèce, fondement de l’athéisme moderne).

Dernièrement je voyais une interview d’Elie Wiesel réalisée dans les rues de Brooklyn, où, avec son accent inclassable mais avec sa maîtrise absolue du verbe il répondait à la question “croyez-vous en Dieu ?”. Il disait quelque chose de magnifique. Je ne me souviens pas au juste des mots, mais c’était quelque chose comme ” je ne sais pas… oui… non… je ne sais pas… mais quand je pense à mes parents, mes grands-parents, à toute cette souffrance, à tout ce passé, à toute cette civilisation, alors, non, décidément non, je ne peux pas leur faire ça”.

Les juifs n’ont jamais reproché aux païens d’être païens. L’impénétrabilité des juifs au paganisme, en revanche, posait aux empires de l’Antiquité plus qu’une préoccupation doctrinale : c’était une question politique. Les assyriens, grecs, romains et arabes qui ont buté sur ce problème voulaient non seulement assujettir les juifs mais briser leur assise spirituelle. L’inverse n’est pas vrai : les juifs n’étaient ni conquérants ni prosélytes et ne cherchaient à convaincre personne. Il y a quelque chose d’analogue dans la situation d’Israël d’aujourd’hui. Ce qui dérange les barbares modernes n’est pas une question territoriale : c’est une question de civilisation.

Il y eut au fil du temps des juifs qui voulurent faire la synthèse entre Athènes et Jérusalem, mais ils échouèrent tous. Moïse Mendelssohn, talmudiste, juif pratiquant et philosophe majeur du dix-huitième siècle, ami de Frédéric le Grand et de Kant, novateur de la langue allemande, fut à l’origine de la ” Haskalah “, l’équivalent juif des Lumières. Lui-même juif orthodoxe, il recommandait cependant à ses coreligionnaires d’être à l’avenir ” juif à la maison, citoyen dans la rue “, en d’autres mots : laïcs. Deux générations plus tard, ses descendants étaient chrétiens, y compris son petit-fils Félix Mendelssohn, à qui on doit une œuvre imposante de musique d’église. La tradition juive ignore Moïse Mendelssohn, pourtant immense penseur ayant marqué son époque, mais pas le judaïsme. Comme Spinoza, Marx, comme Freud, comme Einstein.. Produits par le judaïsme, mais épanouis à leur manière en dehors.

Tout au long de l’histoire les rabbins furent circonspects quant aux conversions, en insistant qu’il était impératif que les adeptes fissent cette démarche en passant par l’étude de la Thora, et non par des professions de foi. La foi est un mot creux dans le judaïsme. Un non-juif qui veut se convertir sous prétexte d’une révélation est perçu comme un illuminé, un original ou un idolâtre. Le judaïsme est un mode de pensée pour certains, un mode de vie pour d’autres, mais dans tous les cas de figure le judaïsme se confond avec un peuple, qui comme tout les peuples se transmettent les traditions d’une génération à l’autre. Ce peuple ne cherche pas à faire des adeptes, or c’est bien pour cela que l’Etat d’Israël, pourtant indissociable du judaïsme, a été construit par un mouvement nationaliste : le sionisme. Celui-ci se réclamait non pas d’une religion mais bien du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Les juifs pratiquants n’ont rallié le mouvement sioniste que dans un deuxième temps.

Le prosélytisme est essentiel pour chrétiens et musulmans, qui pensent qu’il est de leur devoir de répandre leur foi. Ni l’Islam ni le christianisme ne se conçoivent sans cette démarche, et même quand les fidèles renoncent à la violence ils ne renoncent pas au désir de convaincre. Le passage au christianisme comme à l’Islam est avant tout un acte de foi. On peut être ignorant ou illettré, le principal étant de croire. Le judaïsme ne connaît pas de démarche comparable à l’évangélisation ou à l’islamisation. Il peut faire œuvre de civilisation, mais uniquement en essaimant de manière passive. Il n’y eut jamais de prêcheurs juifs exhortant non-juifs à les suivre. Il s’agit d’une culture introvertie qui privilégie l’écriture, l’abstraction et l’étude. Jésus, lui-même juif pratiquant, n’a remis en cause ni le judaïsme ni ses préceptes, ni la Thorah ni son appartenance à la nation juive. Il reprochait seulement à ses concitoyens juifs de ne pas être suffisamment rigoureux par rapport à la Thora.

Section “Christianisme” dans Wikipedia : “D’après les évangiles, Jésus ” n’est pas venu abolir, mais accomplir » les Écritures. La perspective jésuanienne est donc celle d’un accomplissement de la foi juive, dans une interprétation particulière à Jésus lui-même, et non la création d’une nouvelle religion : Jésus, les apôtres, Marie la mère de Jésus, tout le groupe primitif était juif. Cette perspective se retrouve dans de nombreuses phrases de Jésus rapportées par les évangiles ; ainsi, les consignes données aux disciples de s’adresser “aux brebis perdues d’Israël” (Matth. 10:6), et non aux païens.” Du point de vue du judaïsme, donc, Jésus fut un vrai juif mais un faux messie. C’est Paul de Tarse qui, bien après la mort du Christ et sans jamais l’avoir rencontré, a conçu une nouvelle religion en s’adressant au monde, rendant caducs le caractère national du judaïsme et beaucoup de préceptes de la Torah.On peut n’être ni croyant ni pratiquant tout en étant attaché à la tradition juive. On peut se référer à la Thora et au Talmud sans y attacher de notion de sacré, à moins que l’on considère que la culture soit chose sacrée. On peut être athée sans connotation militante parce que raison et religion ne sont pas en concurrence, mais à des niveaux de conscience différents.La Thora est une source inépuisable de réflexion et a inspiré tous les grands courants de la pensée occidentale jusqu’à nos jours. L’athéisme juif est une approche dénuée de rituel tout en considérant l’Ancien Testament comme Texte Fondateur, ciment et raison d’être du peuple juif. C’est une réalité vécue par beaucoup de juifs, mais plus particulièrement en Israël, où cela se traduit par la l’omniprésence de la Thora dans la culture, quelles que soient les obédiences philosophiques, spirituelles ou politiques. Pour intégrer cela il convient de faire la distinction entre la Torah comme texte de référence et la Torah comme objet religieux, tout comme on peut se référer à l’Iliade ou l’Odyssée sans croire aux dieux de l’Olympe.

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4.ter
Une approche du judaïsme - Auteur : Daniel Horowitz - Source : Le Blog de Daniel Horowitz 07/03/2019 by Joseph

Le judaïsme est une construction intellectuelle d’une complexité telle qu’aucune vie humaine ne suffirait pour en faire le tour. S’y frotter est une démarche élitiste, un exercice réservé à une minorité. La majorité des juifs savent confusément que l’appréciation en profondeur du judaïsme n’est pas à leur portée. Ils s’en remettent alors à “Khazal” (littéralement : “nos sages, bénie soit leur mémoire”, car dans le judaïsme on ne s’en remet jamais directement à Dieu) pour dégager des règles de vie, qu’ils suivent avec plus ou moins de cohérence. Il faut se garder d’évaluer cela à partir d’une grille de lecture courante, parce que dans le judaïsme il n’y a pas de dogme au sens chrétien du terme. Il y des présomptions, des intuitions, des raisonnements, voire des visions, mais une chose est sûre et certaine : tout relève de la parole de l’homme, et est donc faillible, perfectible et amendable. Aucun érudit juif ne dira jamais autre chose. Un jour, un de ces érudits, Marc-Alain Ouaknine, a, lors d’un débat télévisé, ouvert la discussion avec à peu près ces mots : “je suis juif, philosophe, rabbin et athée, Dieu merci”. Les juifs préfèrent en général passer sous silence ce genre de dialectique parce qu’elle prête à confusion, mais pour les non-juifs il est édifiant d’aborder la question juive sous cet angle, sans quoi ils empruntent un mode de pensée qui plombe d’emblée toute potentialité de compréhension.

Le judaïsme s’est distingué dès l’Antiquité par une démarche originale consistant à écarter l’idée que Dieu pouvait être matériel, temporel, palpable ou visible sous quelque forme que ce soit. Le terme “religion” n’existe pour ainsi dire pas en hébreu (“Dieu” non plus, d’ailleurs, qui n’est qu’une francisation de Zeus), et on ne lui a trouvé d’équivalent approximatif que récemment. Le monothéisme tel que le propose le judaïsme ne postule pas à proprement parler l’existence de Dieu. Il dit surtout ce que Dieu n’est pas. Le tétragramme YHWH peut, parmi les multiples interprétations, être compris comme verbe, mais pas comme substantif. Ce vocable n’est donc pas l’invocation d’une substance, mais plutôt de quelque chose d’indescriptible, d’imprononçable et d’indicible, une manière d’exprimer l’unicité du monde et la stupéfaction qu’il y ait quelque chose plutôt que rien.

Les nombreuses interprétations de l’incipit de la Thora relatant la création du monde sont fascinantes. Dans la Kabbale, les concepts “Dieu” et “Nature” sont parfois interchangeables, idée reprise et développée par Spinoza pour étayer sa vision du monde. Maimonide dit sans ambiguïté dans son “Guide des Egarés” que toute représentation imagée de Dieu (la présence de Dieu, la main de Dieu, la colère de Dieu, etc..) doit être prise au sens métaphorique. Les anges seraient des rêves, les visions des hallucinations, les miracles des expressions de la nature, etc… Il ne s’agit donc pas de manifestation divine au sens littéral, mais bien d’une intuition selon laquelle tout fait partie de tout, qu’il n’y pas de vide, et que tout étant lié, tout relève de Dieu. Cet exercice de haute voltige intellectuelle n’est pas à la portée de tous, alors des simplifications et de rites ont été conçues à l’usage du commun des mortels.

Le judaïsme mais ne saurait servir de caution aux théologies monothéistes élaborés par d’autres que les juifs. Certains rabbins ont émis des doutes quant à la nature monothéiste du christianisme . Il y eut moins de doute au sujet de l’Islam, plus proche du judaïsme. Un juif pratiquant peut donc prier dans une mosquée, mais pas dans une église.

Le Talmud, dans son acception de jurisprudence, est proche du système juridique moderne. Combien de gens se retrouvent-ils dans la complexité de la loi ? Des milliers de décisions sont prises par les parlements, documentées ensuite sous forme de tonnes de pages à destination des divers domaines d’application. Comment, par exemple, en arrive-t-on, à partir de l’interdit de l’homicide à envoyer des gens en prison, à en acquitter d’autres, et à en légitimer d’autres encore ? Quel consommateur sait-il avec précision comment il convient que tel produit au supermarché soit emballé pour être conforme à la loi ? Sur quoi se base-t-on pour accepter l’obligation de boucler sa ceinture de sécurité en voiture ? Réponse : il y a des experts formés pour en juger, qui débattent et tranchent au nom de la collectivité. La démarche du Talmud est de même nature, à cette exception près : la beauté et la force du texte fondateur sur lequel il repose : la Thora.

Bernard Henri Lévy dit qu’il n’y a pas beaucoup de livres vraiment universels. Il pense qu’il y en a quatre ou cinq, et cite en premier lieu la Thora (en deuxième “De la Nature”, de Lucrèce, fondement de l’athéisme moderne).

Dernièrement je voyais une interview d’Elie Wiesel réalisée dans les rues de Brooklyn, où, avec son accent inclassable mais avec sa maîtrise absolue du verbe il répondait à la question “croyez-vous en Dieu ?”. Il disait quelque chose de magnifique. Je ne me souviens pas au juste des mots, mais c’était quelque chose comme ” je ne sais pas… oui… non… je ne sais pas… mais quand je pense à mes parents, mes grands-parents, à toute cette souffrance, à tout ce passé, à toute cette civilisation, alors, non, décidément non, je ne peux pas leur faire ça”.

Les juifs n’ont jamais reproché aux païens d’être païens. L’impénétrabilité des juifs au paganisme, en revanche, posait aux empires de l’Antiquité plus qu’une préoccupation doctrinale : c’était une question politique. Les assyriens, grecs, romains et arabes qui ont buté sur ce problème voulaient non seulement assujettir les juifs mais briser leur assise spirituelle. L’inverse n’est pas vrai : les juifs n’étaient ni conquérants ni prosélytes et ne cherchaient à convaincre personne. Il y a quelque chose d’analogue dans la situation d’Israël d’aujourd’hui. Ce qui dérange les barbares modernes n’est pas une question territoriale : c’est une question de civilisation.

Il y eut au fil du temps des juifs qui voulurent faire la synthèse entre Athènes et Jérusalem, mais ils échouèrent tous. Moïse Mendelssohn, talmudiste, juif pratiquant et philosophe majeur du dix-huitième siècle, ami de Frédéric le Grand et de Kant, novateur de la langue allemande, fut à l’origine de la ” Haskalah “, l’équivalent juif des Lumières. Lui-même juif orthodoxe, il recommandait cependant à ses coreligionnaires d’être à l’avenir ” juif à la maison, citoyen dans la rue “, en d’autres mots : laïcs. Deux générations plus tard, ses descendants étaient chrétiens, y compris son petit-fils Félix Mendelssohn, à qui on doit une œuvre imposante de musique d’église. La tradition juive ignore Moïse Mendelssohn, pourtant immense penseur ayant marqué son époque, mais pas le judaïsme. Comme Spinoza, Marx, comme Freud, comme Einstein.. Produits par le judaïsme, mais épanouis à leur manière en dehors.

Tout au long de l’histoire les rabbins furent circonspects quant aux conversions, en insistant qu’il était impératif que les adeptes fissent cette démarche en passant par l’étude de la Thora, et non par des professions de foi. La foi est un mot creux dans le judaïsme. Un non-juif qui veut se convertir sous prétexte d’une révélation est perçu comme un illuminé, un original ou un idolâtre. Le judaïsme est un mode de pensée pour certains, un mode de vie pour d’autres, mais dans tous les cas de figure le judaïsme se confond avec un peuple, qui comme tout les peuples se transmettent les traditions d’une génération à l’autre. Ce peuple ne cherche pas à faire des adeptes, or c’est bien pour cela que l’Etat d’Israël, pourtant indissociable du judaïsme, a été construit par un mouvement nationaliste : le sionisme. Celui-ci se réclamait non pas d’une religion mais bien du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Les juifs pratiquants n’ont rallié le mouvement sioniste que dans un deuxième temps.

Le prosélytisme est essentiel pour chrétiens et musulmans, qui pensent qu’il est de leur devoir de répandre leur foi. Ni l’Islam ni le christianisme ne se conçoivent sans cette démarche, et même quand les fidèles renoncent à la violence ils ne renoncent pas au désir de convaincre. Le passage au christianisme comme à l’Islam est avant tout un acte de foi. On peut être ignorant ou illettré, le principal étant de croire. Le judaïsme ne connaît pas de démarche comparable à l’évangélisation ou à l’islamisation. Il peut faire œuvre de civilisation, mais uniquement en essaimant de manière passive. Il n’y eut jamais de prêcheurs juifs exhortant non-juifs à les suivre. Il s’agit d’une culture introvertie qui privilégie l’écriture, l’abstraction et l’étude. Jésus, lui-même juif pratiquant, n’a remis en cause ni le judaïsme ni ses préceptes, ni la Thorah ni son appartenance à la nation juive. Il reprochait seulement à ses concitoyens juifs de ne pas être suffisamment rigoureux par rapport à la Thora.

D’après les évangiles, Jésus « n’est pas venu abolir, mais accomplir » les Écritures. La perspective jésuanienne est donc celle d’un accomplissement de la foi juive, dans une interprétation particulière à Jésus lui-même, et non la création d’une nouvelle religion : Jésus, les apôtres, Marie la mère de Jésus, tout le groupe primitif était juif. Cette perspective se retrouve dans de nombreuses phrases de Jésus rapportées par les évangiles ; ainsi, les consignes données aux disciples de s’adresser « aux brebis perdues d’Israël » (Matth. 10:6), et non aux païens.

Extrait de la section « Christianisme » dans Wikipédia

[D’après les Évangiles, Jésus « n’est pas venu abolir la Loi, mais accomplir ». Sa perspective est donc celle d’un accomplissement de la foi juive, dans une interprétation particulière à Jésus lui-même, et non la création d’une nouvelle religion. Si le salut est apporté à tous, c’est d’abord aux siens, « aux brebis perdues d’Israël », qu’il réserve le privilège de son enseignement. Jésus et tout le groupe primitif des apôtres et des femmes, qui le suivaient, étaient juifs ainsi que la plupart de ses interlocuteurs, à quelques exceptions près et désignées comme telles, comme le centurion romain de Capharnaüm ou la femme samaritaine. Il apporte aussi une nouveauté radicale au judaïsme : lui-même, se substituant à la Torah.

[Version plus récente de l’extrait précédent]

Du point de vue du judaïsme, donc, Jésus fut un vrai juif mais un faux messie. C’est Paul de Tarse qui, bien après la mort du Christ et sans jamais l’avoir rencontré, a conçu une nouvelle religion en s’adressant au monde, rendant caducs le caractère national du judaïsme et beaucoup de préceptes de la Torah.On peut n’être ni croyant ni pratiquant tout en étant attaché à la tradition juive. On peut se référer à la Thora et au Talmud sans y attacher de notion de sacré, à moins que l’on considère que la culture soit chose sacrée. On peut être athée sans connotation militante parce que raison et religion ne sont pas en concurrence, mais à des niveaux de conscience différents.La Thora est une source inépuisable de réflexion et a inspiré tous les grands courants de la pensée occidentale jusqu’à nos jours. L’athéisme juif est une approche dénuée de rituel tout en considérant l’Ancien Testament comme Texte Fondateur, ciment et raison d’être du peuple juif. C’est une réalité vécue par beaucoup de juifs, mais plus particulièrement en Israël, où cela se traduit par la l’omniprésence de la Thora dans la culture, quelles que soient les obédiences philosophiques, spirituelles ou politiques. Pour intégrer cela il convient de faire la distinction entre la Torah comme texte de référence et la Torah comme objet religieux, tout comme on peut se référer à l’Iliade ou l’Odyssée sans croire aux dieux de l’Olympe.

Tags : Externe Foi, Judéïté, Traditions

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4.4.
Analyse d’un livre par Marina Davies : « Albert Cohen, entre judaïsme & judéité » de Maxime Decout, 2011, éditeur ‘Acta Fabula’ – 02 septembre 2013 (volume 14, numéro 6)

Référence : Maxime Decout, Albert Cohen : les fictions de la judéité, Paris : Classiques Garnier, coll. « Études de littérature des xxe et xxie siècles », 2011, 371 p., EAN 782812402760.

La critique des œuvres d’Albert Cohen tourne autour du thème de la judéité depuis longtemps, car Cohen ne cesse d’explorer ce sujet, dans ses romans comme dans ses autres écrits, et dans ses entretiens, où il insiste sur sa propre judéité comme clé essentielle pour comprendre sa vie et son œuvre. Et pourtant, l’on évoque parfois le sujet comme point de départ, ou comme s’il allait de soi, et que les enjeux étaient évidents. Maxime Decout affirme que ces enjeux sont complexes et cette judéité multiple. Il commence son étude sur les judéités ‘cohéniennes’ par une question ambitieuse mais essentielle : « qu’est‑ce qu’être juif ? » (p. 12), à laquelle il répond par une définition qui tient compte de la variabilité historique, culturelle, et sociale, mais se fonde surtout dans la subjectivité et dans l’imaginaire personnel, une définition qui s’accorde donc avec la judéité telle qu’elle est évoquée, travaillée, et retravaillée chez Cohen sous maintes formes. Cette conception d’une judéité subjective internalisée dans l’œuvre contribue sans doute à un obstacle herméneutique important, à savoir « une assimilation trop facile entre l’œuvre et la vie » (p. 20). M. Decout consacre justement son premier chapitre, « Mystères et fantasme autour d’une vie, autour d’une œuvre », à l’image publique de Cohen et notamment aux efforts que fait Cohen pour créer et encourager une image de lui-même qui s’accorderait à l’imagerie orientaliste de ses romans, et aux allures mystérieuses de leur héros Solal ; le lecteur de Cohen s’affronte donc à un problème axiologique important et à un auteur qui cherche à fusionner son œuvre et sa vie pour les expliquer l’une par l’autre.

2 M. Decout discute de la vie de Cohen dans cette optique, dans son deuxième chapitre, « La judéographie chez Albert Cohen » et analyse le fameux épisode du camelot, lorsqu’Albert, âgé de 10 ans, se fait insulter violemment dans des termes antisémites par un camelot dans la rue :

C’est là seulement que la judéité lui est révélée, dans toute sa violence identitaire coercitive, qui était à la fois une violence extérieure exercée par l’Occident et une violence intérieure exercée par la judéité. Voilà l’enfant irrémédiablement clivé entre deux pôles d’appartenance antithétiques. Alors comment dans ce cas faire bonne figure ? Comment appartenir d’un côté sans trahir l’autre ? (p. 50)

3 L’Occident et la judéité, l’Occidental et le Juif, ces binarismes forment la base esthétique et éthique de l’œuvre de Cohen et sont sans cesse complexifiés tout au long de cette œuvre. Cette présentation des conséquences biographiques de l’épisode du camelot est celle prônée par Cohen lui‑même, et amène M. Decout à une conclusion qui est également compatible avec la vision de Cohen auteur :

Pour résoudre l’antinomie de ces deux termes, l’Occident et la judéité, nul besoin de grever l’un des deux plateaux de la balance, de renier l’une de ses appartenances, Cohen ne peut s’y résoudre, ce serait s’amputer pour échapper au dilemme. Il a donc opté pour l’outrance. (p. 52)

4 Puisque M. Decout affirme par ailleurs que le contexte culturel et collectif construit lui aussi la judéité, il aurait été intéressant d’en tenir compte dans la description de la « judéographie » de Cohen, qui n’est pas uniquement fonction de sa vision littéraire et de son désir de la fusionner avec sa biographie (fusion qui s’opère d’ailleurs autour d’un événement biographique qui a peut-être été rétroactivement construit ou reconstruit), mais aussi d’une France Belle Époque dans laquelle il ne fallait pas forcément trancher entre l’assimilation universaliste et le judaïsme, où les Français d’origine juive avaient parfois un rapport complexe vis-à-vis de leur francité et de leur judéité, qu’ils ne vivaient pas toujours comme antinomie ou binarisme entre judaïsme et assimilation. À la bibliographie très riche et intelligemment développée de M. Decout pourraient s’ajouter des études sur la judéité de cette période, dans des ouvrages historiques classiques sur la question (comme Les fous de la République de Pierre Birnbaum) ou dans des ouvrages plus récents qui cherchent à lier histoire culturelle et littérature, dans l’optique pluridisciplinaire des « études juives », non pas pour réduire les prises de position individuelles à de simples fonctions de leur époque, mais afin de contextualiser les enjeux identitaires et créatifs des fictions de la judéité (voir les études de Maurice Samuels ou de Nadia Malinovich).

5 Dans le troisième chapitre, « La judéité ou comment retisser l’origine trouée », M. Decout considère les conséquences ontologiques pour la judéité de la séparation d’avec le judaïsme, ou au moins d’avec la croyance religieuse. La façon dont Cohen récupère la Loi est assez particulière, et M. Decout rappelle au lecteur que lorsque Cohen évoque les commandements dans ses romans, il parle en fait des Dix Commandements :

La Loi, ou Torah, englobe les cinq premiers livres de la Bible, le Pentateuque, c’est-à-dire plus que les Dix Commandements. La Torah comporte en fait 613 commandements et le Décalogue n’en est qu’une partie. Cohen semblerait dès lors employer le mot « Loi » dans le sens restreint, mais souvent non précisé, de Décalogue. Et encore, pas exactement. (p. 61)

6 Cette réduction de toutes les mitsvot aux Dix Commandements signale‑t‑elle une lecture chrétienne de la Bible hébraïque de la part de Cohen ? Autrement dit, quelle sorte de lecteur des textes sacrés Cohen est‑il, pour la Bible hébraïque (car il se réfère à d’autres textes hébraïques que la Torah) aussi bien que pour le Nouveau Testament ? On peut évoquer plusieurs possibilités, potentiellement compatibles les unes avec les autres : un exégète athée, un lecteur conscient de sa propre judéité, un « Occidental » malgré lui qui connaît surtout les topoï chrétiens, un écrivain qui anticipe la perspective chrétienne ou christocentrique de son lectorat, ou un écrivain qui choisit les passages qui répondent à certains critères romanesques et esthétiques.

M. Decout commence à aborder cette question de la position du lecteur Cohen plus tard, lorsqu’il écrit que Cohen reprend « le christocentrisme chrétien mais l’ampute de sa divinité et de la sorte le judaïse » (p. 194) et que sa lecture des textes sacrés doit « bricoler les bribes puisées dans les deux traditions grâce à une lecture indocile et indisciplinée » (p. 195) ; quelles traces de ce processus de bricolage Cohen a‑t‑il laissées ?

7 Dans son analyse de la Loi, M. Decout identifie Solal à Moïse, non seulement par rapport au prophétisme et au messianisme, mais aussi dans le contexte du déracinement, qui peut s’exprimer par l’exil, le nomadisme, ou d’autres formes d’isolement socialement construites. En même temps, il insiste sur la complexité de la judéité, qui ne se réduit pas à une situation sociale particulière :

L’écrivain refuse de s’assujettir à un point de vue strictement sociologique et ne peut accepter de restreindre la judéité à un simple marqueur social. (p. 104)

8 Dans le quatrième chapitre, donc, « Portrait d’une société à réformer », Solal est présenté comme un personnage socialement unique, capable de naviguer parmi toutes les couches sociales de l’univers romanesque cohénien sans pour autant être contraint par elles. La femme doit être au-delà de ces préoccupations aussi : « cette dernière doit donc être promesse d’exception et d’amour authentique, ce qui est entièrement antinomique d’intérêts relatifs au social » (p. 107). Comme on le sait, le social reviendra toujours s’imposer entre Solal et la femme, car le temps passe, et cette promesse d’exception sera impossible de tenir, comme on le voit dans la déception d’Ariane après l’annulation de la partie de tennis avec Mrs. Forbes : « Ô force du social. » Seuls les Valeureux ne se laissent pas piéger par le social, grâce à leur sens de l’humour, par lequel ils récupèrent tout événement extérieur à leur univers dans une sorte de détachement à la fois égoïste et généreux. Pour M. Decout, il s’agit d’un humour juif qui « suspend tout, plonge dans l’incertitude, prodigue la bonhomie, rend les événements légers, réversibles, et ôte les mobiles bas aux actions en les renvoyant à l’unique plaisir du jeu qui est plaisir de vivre » (p. 128). On ne voit pas clairement en quoi la particularité de l’humour juif est déterminante ici, puisqu’il est présenté comme phénomène réactif et ironiquement auto-dérisoire, tel qu’il pourrait se manifester dans l’humour d’autres groupes marginalisés.

9 M. Decout revient à la lecture que fait Cohen des textes sacrés au cours du chapitre cinq, « La vocation juive, réaliser les messianismes », dans une analyse basée sur des exégèses plus que sur une analyse directe de la Bible. Il prend la scène de séduction qui ouvre Belle du seigneur comme point de départ pour comparer Solal à la figure du Messie. L’incipit se sert des clichés romanesques sur la rencontre des amants, et ceci jusque dans le roman médiéval, comme Érec et Énide : le chevalier, sa monture, le confusion de défi et de séduction, la belle femme, démunie de pouvoir mais noble et muette (même si on a tout de même accès à ses pensées dans les deux textes, par la voix narrative omnisciente chez Chrétien de Troyes et le journal intime chez Cohen). Tout comme Énide, le vieux Juif « est une sorte de leurre » (p. 174), car ils piègent l’autre en même temps qu’ils sont sa récompense. L’accumulation de détails prépare l’entrée du vieux Juif, dont l’apparition tente de remplacer les clichés de la rencontre romantique ; pour continuer la comparaison évoquée ci-dessus, si le premier sosie de l’amie médiévale dans le texte est Ariane, son deuxième et définitif sosie est Solal, doublement travesti. Cette première démarche sera répétée et amplifiée par la suite, car « la judéité ne fait pas le poids devant la longue tradition de l’amour […] le Juif a échoué » (p. 175). Ce n’est pas l’échec lui‑même qui importe, mais plutôt le va‑et‑vient entre deux traditions textuelles qu’il déclenche, et qui finit par illuminer « un syncrétisme judéo-chrétien fondé sur la notion d’amour mutuel » (p. 180). M. Decout fournit ainsi un argument particulièrement concis contre l’interprétation grand public de Belle du Seigneur, d’après laquelle ce roman raconte une belle histoire d’amour.

10 M. Decout se concentre sur le personnage féminin dans le chapitre six, « Du Messie des femmes aux femmes messies », en évoquant les personnages féminins bibliques ayant joué « un rôle actif et décisif aux côtés des hommes, que ce soit Myriam, Déborah, Noémi, Sarah ou Bethsabée » (p. 229). Selon la tradition exégétique choisie, on pourrait même catégoriser certaines femmes bibliques comme des prophétesses, dans la mesure où elles parlent à Dieu (ou, plus généralement, sont inspirées par Dieu) et agissent en fonction de cette position privilégiée, comme par exemple Déborah ou Rébecca. Qui dit prophétesse ne dit pas « femme messie », mais le rapport potentiel est à évoquer, surtout pour Belle du Seigneur, roman qui termine par les propos de la naine Rachel, qui transmet la parole divine. M. Decout évite l’aporie qui consiste à considérer Solal comme actif et ses femmes comme passives en complexifiant les rapports entre les deux, et même la différence entre leurs êtres ou leurs identités, sans pour autant affirmer une fusion de ces identités : « En Ariane, Solal cherche le même et croit trouver l’autre alors qu’il trouve aussi bien le même et l’autre » (p. 262). Mais opère également une récupération de l’identité d’Ariane comme fonction de sa propre identité :

L’enjeu n’est ni plus ni moins qu’une transposition désinvolte de l’autre dans son domaine de pensée et dans son registre de paroles. Ariane se réduit ainsi à une découpe dans la psyché de Solal. (p. 277)

11 Si l’Autre sert d’abord (ou même principalement) à penser soi‑même, l’Autre féminin chez Cohen semble servir exclusivement à penser soi-même ; est-ce la différence entre narcissisme simple (la condition humaine par défaut) et misogynie ?

12 Dans son dernier chapitre, « Les Échecs des messianismes », M. Decout se demande comment appréhender les messianismes après la Shoah. Déjà à l’intérieur du texte, l’exclusion est transformée par les exclus, car les exclus se transforment en élus. M. Decout constate cette même transformation chez Isaïe : « Le renversement serait alors une autre facette du messianisme, inscrivant sa dynamique jusqu’au cœur de l’expression stylistique de l’identité juive » (p. 301). Pour développer cette idée, M. Decout étudie les deux Jérémie, le prophète et le juif errant chez Cohen, dont le deuxième « emblématise pour Cohen l’heureux malheur d’être juif » (p. 302). Il serait intéressant de développer cet intertexte, car le Jérémie cohénien est glorieux dans son abjection. Par exemple, il existe sinon une lueur d’espoir, au moins une riposte humoristique dans la description de sa vie intime : Jérémie a un chien qui s’appelle Titus. Jérémie, qui assiste à la destruction du Premier Temple, apprivoise Titus, celui qui a détruit le Second Temple ; le Juif est finalement le maître du païen. Mais malgré de tels renversements, M. Decout souligne avec justesse un enjeu important de l’échec messianique, qui que soit le perdant :

Cohen n’hésite pas à prendre le risque de l’universalisme de l’expérience juive […] Cohen fait ainsi de ses Juifs des Juifs ‘allégoriques’ de l’ensemble de l’humanité. (p. 337)

13 Maxime Decout maintient le cap tout au long du livre, en maintenant ensemble la multiplicité de fictions de la judéité, « qu’elle se contredisent ou qu’elles se complètent » (p. 343) ; il évoque, en effet, non seulement les itérations textuelles de judéité, mais des enjeux philosophiques importants en ce qui concerne certaines questions identitaires. Avec un tel sujet, il n’est pas facile de trouver le juste milieu entre taxonomie et synthèse, et M. Decout a le mérite de l’avoir cherché. Albert Cohen : les fictions de la judéité représente ainsi un effort remarquable de conceptualisation de l’élément le plus récurrent et fuyant de l’œuvre de Cohen.

Mots clés : Cohen (Albert), Judaïsme, Judéité

Auteure : Marina Davies Voir ses autres contributions Courriel : md137@nyu.edu

Référence : Marina Davies, « Albert Cohen, entre judaïsme & judéité », Acta fabula, vol. 14, n° 6, Notes de lecture, Septembre 2013, URL : http://www.fabula.org/revue/documen..., page consultée le 11 juillet 2019.

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4.5
Judéité, errance et nomadisme : sur le devenir juif de Freud Betty Bernardo Fuks Dans Essaim 2002/1 (no9), pages 15 à 25 - Article - Auteur - Sur un sujet proche - file_download

1 Si nous voulons approcher cette question épineuse de la relation entre psychanalyse et judaïsme, maintes fois exploitée de façon discutable par ceux qui prétendaient psychanalyser le judaïsme, judéiser la psychanalyse ou construire d’ennuyeuses psychobiographies sur le maître de Vienne, il nous faut introduire dans la discussion le terme judéité [1][1]Le terme judéité a été proposé par Albert Memmi dans son…. À la différence du terme judaïsme englobant l’ensemble des traditions culturelles et religieuses d’un peuple et ne désignant comme juifs que les personnes nées d’une mère juive ou converties à la religion judaïque, la judéité signifie le mode particulier selon lequel une personne s’affirme en tant que juif. Renvoyant à quelque chose de strictement subjectif, ce mot exprime la manière dont tout un chacun définit, par l’originalité de certains traits, le judaïsme.

2 Il nous faut également tenir compte de la définition proposée par J. Derrida : se fondant, du point de vue conceptuel, sur la lecture qu’il donne lui-même de la lettre de Freud à Fliess, connue comme Lettre 52, où il met en évidence l’idée freudienne que le psychique est l’effet d’inscriptions qui insistent et se répètent, causant effort de liaison, de recréation constante d’un trait, Derrida considère la judéité comme une expression qui fonde un acte, une manière de devenir autre. Il s’agit d’un devenir  [2][2]« Devenir », selon Gilles Deleuze, tout au long de son œuvre,…, c’est-à-dire d’un mouvement à travers lequel le sujet s’implique dans une désidentification, dans la rupture de modèles fixes et immuables et dans l’exil ininterrompu de soi-même. En d’autres termes, la judéité renvoie à la recherche permanente du non-identique par le sujet, à une construction qui échappe aux contingences de la naissance : il s’agit d’une expérience d’étrangeté.

3 Ainsi, une archéologie du judaïsme dans la psychanalyse ne peut apparaître que si l’on tient compte du fait que cette culture a été transformée par Freud lui-même, dans le meilleur style de Goethe, dont la maxime est citée dans Totem et tabou : « Ce que tu as hérité de tes parents, conquiersle, pour le faire tien [3][3]Goethe, Faust, 1re partie, scène 1, apud Sigmund Freud, Totem…. » C’est dans ce sens que je voudrais démontrer comment le devenir-juif de Freud – quelque chose qui se différencie radicalement de sa condition de juif, car il s’agit moins du hasard de son passé que du futur de ce qu’il s’est efforcé de modeler dans d’innombrables déterritorialisations réelles ou subjectives – soutient la construction de la psychanalyse en tant que pratique de désidentification, pratique du désir de différence, ainsi que théorie sur le non-identique.

4 Deux observations de Freud au sujet des traces de la culture judaïque dans sa pensée et dans son style nous renvoient, de façon significative, à la construction de sa judéité. La première se trouve dans le texte « Les résistances à la psychanalyse », plus précisément dans ses dernières lignes où il déclare que le fait d’appartenir à la minorité judaïque et d’avoir appris par conséquent à résister à l’isolement s’est révélé extrêmement positif en ce qui concerne la lutte qu’il a dû mener contre les résistances à la psychanalyse. La reconnaissance de ce que l’imprégnation précoce de l’histoire biblique a eu une influence directe dans sa formation culturelle – registrée dans son « Autobiographie » – peut y être directement liée dans la mesure où la relation positive de l’homme biblique avec l’étrangeté, comme nous le verrons plus loin, traverse tout l’Ancien Testament.

5 Le peuple juif, en tant que minorité à part dans une société de semblables, remonte à l’exil millénaire qui a lancé le juif dans l’expérience de la Diaspora. À la différence de l’exilé politique, expulsé de sa propre patrie, le sujet de la Diaspora vient d’un pays par rapport auquel il se situe simultanément dedans et dehors, dans un entre-deux dont les « frontières » lui permettent de partager l’identité du peuple de la nation où il vit et de maintenir un « morceau de soi » dans l’espace marginal du non-lieu.

6 Freud utilise de façon avantageuse cette position paradoxale du dedans/dehors en faveur de sa découverte : il a cherché le sujet de la psychanalyse en dehors du visible pour l’y inclure, rompant les liens apparents pour qu’alors surgissent les liens réels. Et lorsque les patients venaient vers lui, poussés par la souffrance, il a pu voir que tous, indépendamment de la culture, de l’ethnie et du sexe, étaient d’une certaine façon des sujets de la diaspora ; cela veut dire que si quelque frontière fixait leur identité à l’ordre du même, étant donné qu’ils étaient divisés, les patients de Freud fréquentaient aussi le « Pays de l’Autre [4][4]Cf. l’ouvrage que Serge Leclaire a consacré à l’expérience… » : l’inconscient.

7 Dès son avènement, la position de la psychanalyse freudienne dans la culture se trouve très proche de celle du peuple juif dans la Diaspora : être toujours en mouvement, en dehors de l’espace de la majorité, dans divers espaces autres. Il s’ensuit également que l’invention freudienne vit dans l’« entre-deux » : elle fréquente le « pays » de la science, celui de l’art, de l’esthétique, de la philosophie, de la littérature, de la religion et du mythe, en même temps qu’elle exige que soient repensés tous ces topos. C’est cela qui justifie sa fonction de coupure et oblige l’analyste à chercher sa nourriture toujours au-delà, ailleurs.

8 Si la psychanalyse quittait ce lieu insituable de l’étranger, elle serait condamnée à mourir : toute tentative qui viendrait nier son atopie rendrait impossible sa pratique. Par parallélisme, on pourrait même supposer que le peuple juif trouverait la fin de sa singularité, si on lui volait le droit de se déplacer dans la diaspora : ce qui est certain, c’est que l’existence de l’État d’Israël ne sera jamais garant de cette singularité, si tant est qu’il n’en soit une véritable menace [5][5]Même après la création de l’État d’Israël, le concept de…. L’homologie concernant cette atopie de la psychanalyse et du peuple juif, c’est ce qui les fait communier, en un seul temps, avec une identité et une différence. D’un côté, il y a une identification entre eux, établie par les traits de l’étrangeté et de l’exil. Mais paradoxalement, ce sont ces traits mêmes qui établissent, d’ores et déjà, une désidentification, dans la mesure où ce sont des traits qui provoquent des effets de coupure et de rupture. C’est dans ce paradoxe que résident la garantie de spécificité ainsi que l’étrangeté viscérale qui constituent aussi bien la judéité que la psychanalyse.

9 Lorsqu’il reconnaît que la lecture précoce de la Bible le marque définitivement, Freud laisse ouverte une possibilité de réflexion quant à l’intervention d’une logique autre, que celle gréco-latine, dans sa pensée. La lecture des textes bibliques dans la culture judaïque présente un caractère absolument singulier et c’est dans cet esprit-là que Freud a connu les premiers signifiants du Livre des livres. À ce sujet, le texte le plus émouvant est la dédicace de Jacob Freud registrée dans la Bible qu’il a offert à son fils. Son écriture suggère que la lecture du Livre fut décisive dans la forme selon laquelle Freud a appréhendé, sur le plan affectif et intellectuel, les urgences de son temps. Dans Freud’s Moses : judaism terminable and interminable, Yossef Yerushalmi, à la lumière de l’impératif juif qui commande de se souvenir (Zakhor), donne une belle lecture de cette dédicace. Établissant une différence quant au mode selon lequel le peuple juif, dans le sens inverse de celui de l’historiographie occidentale, fait face à l’histoire, cet historien apporte une contribution importante sur la relation de la psychanalyse avec le judaïsme permettant de répondre à de nombreuses questions au sujet de la fonction de la mémoire et du processus d’historicisation dans le traitement analytique [6][6]Voir mon ouvrage Freud e a judeidade : a vocação de exílio, J.….

10 Le point le plus frappant dans la Bible hébraïque concernant le peuple juif n’est pas seulement celui de l’antériorité d’une expérience nomade sur la sédentarisation mais, avant tout, le prolongement de son errance à travers le désert et la reprise d’un exode toujours refait. On observe également que l’élection de l’étrangeté des anciens Hébreux est mise en évidence par la recherche de la différence dans ce qui lui est extérieur et par la foi inébranlable dans l’inconnaissable. C’est dans ce contexte que l’on situe habituellement, entre autres épisodes, l’histoire d’Abraham, le patriarche des Hébreux, aussi bien que l’histoire de la matriarche de la royauté judaïque, Ruth, la Moabite, l’étrangère qui s’inscrit dans la lignée judaïque comme ancêtre du Messie du Roi David. En ce qui concerne l’exil, l’histoire d’Abraham diffère de celle d’Adam et Ève, ou de la malédiction de l’exil de Cham, à l’image de celui d’Œdipe qui, après avoir reconnu ses crimes – inceste et parricide –, est chassé de la ville de Thèbes. Toutes ces figures connaissent l’exil par punition à la suite de leurs actes qui marquent une infraction. Abraham inaugure une nouvelle conception de l’exil en tant que rupture « de l’être face à lui-même  [7][7]Bernard D. Hercenberg, O exílio e o Poder de Israel e do Mundo.… », en tant qu’apprentissage de l’altérité, c’est-à-dire en tant qu’expérience de la différence. C’est à cause de cet exil que ses descendants ont été appelés les Hébreux. Le signifiant hébraïque ivrit pour exprimer l’hébreu – l’homme et la langue – signifie le migrant. Et dans la langue hébraïque, l’absence de conjugaison du verbe « être » au présent renforce l’idée du transitoire contenu dans la racine même du mot qui nomme l’hébreu. Seuls le passé et le futur sont conjugués, raison pour laquelle l’homme biblique n’« est » pas, car il s’énonce toujours comme celui qui a été ou qui sera.

11 De même que pour l’homme biblique exister, c’est devenir, dans la modernité, l’exercice de la judéité accuse un être-ouvert-au-futur : dans le temps qui succède à la mort de Dieu, le sujet continue à se sentir juif, si contradictoire que cela puisse paraître. Dans ce sens, la relation de Freud avec le judaïsme devient exemplaire. Dans son devenir-juif, il a toujours choisi de répondre par la rhétorique du non-contenu de la signification : lorsqu’on lui demandait ou on l’interrogeait à propos de son identité judaïque, quoiqu’il se reconnût en tant que juif du fait d’être constamment disposé à mener une lutte perpétuelle face à la « majorité massive » et « homogénéisée », fût-elle extérieure ou intérieure au judaïsme lui-même, paradoxalement, il soutenait qu’il lui était impossible de définir une telle identité. Sinon il se contredirait s’agissant du leurre que contient l’idée même d’identité.

12 Dans la préface de l’édition hébraïque de Totem et tabou, Freud se déclare étranger à la religion de ses parents, aussi bien qu’à tout idéal nationaliste judaïque, ce qui ne l’empêche pas d’affirmer son appartenance au peuple juif. Puis il adresse à son interlocuteur imaginaire une interrogation traduisant l’idée d’une impossibilité de définir une identité ou une « nature essentielle » judaïque. « Au cas où on lui adressât la question : “Depuis que vous avez abandonné toutes ces caractéristiques communes à votre peuple, que vous reste-t-il de juif ?”, il répondrait : “Une part très grande et probablement l’essence même, qui, un jour, deviendra sans doute accessible à l’esprit scientifique [8][8]S. Freud, Totem et tabou, Paris, Payot, 1965.”. » C’est justement cette « essence » qui chez lui est demeurée, selon l’aveu qu’il en fit à quelques collègues ultérieurement, « suffisante pour rendre irrésistible l’attirance envers le judaïsme et les juifs, pour fortifier maintes forces émotionnelles obscures, encore que celles-ci fussent peu exprimables en mots [9][9]S. Freud, « Allocution aux membres de la société B’nai B’rith »… ». Il est intéressant de remarquer que si Freud sait désigner avec précision la coupure qu’il fait avec le judaïsme, il lui manque des mots pour parler d’une marque qui l’interroge. L’une des déclarations les plus percutantes sur ce processus se trouve dans une lettre qu’il écrivit à Barbara Low, à l’occasion de la mort de son ami et collègue David Edler :

13 Je peux facilement imaginer combien il a souffert de l’amertume de notre époque. Nous étions tous deux juifs et nous savions mutuellement que nous avions en commun à porter cette chose miraculeuse – jusqu’à présent inaccessible à toute analyse– qui fait le juif [10][10]S. Freud, Correspondance 1873-1939, Paris, Gallimard, 1966,….

Curieux argument qui obéit à la logique d’une présence invisible et indicible, au-delà de toute représentation et qui se présente au sujet sous des formes multiples et plurielles. Tout se passe comme s’il était possible de surprendre chez Freud un au-delà de l’identité judaïque, c’est-à-dire une judéité indéfinissable et innommable, ou interminable, qui se traduit par la recherche permanente d’un autre en soi-même. En d’autres mots, l’expression de la judéité chez Freud fut son exode permanent d’une identité fixe et immuable qui se réfléchirait en un mimétisme religieux et politique.

14 On sait que l’invention freudienne opère une séparation radicale du sujet par rapport à l’identique, le conduisant au bout du compte à ce que Juan Nasio a appelé « l’exil ». Cet exil consiste à faire en sorte que le sujet cherche dans les incommodités de la répétition et dans la déconstruction progressive de sa propre idolâtrie (narcissisme du moi et mandats du sur-moi) la rencontre avec ce qu’il y a de plus étrange par rapport à lui-même, le face-à-face avec l’inconnu. Le travail de l’analyse implique que le sujet migre et quitte ce qui est familier, affrontant l’isolement d’avec la majorité compacte et, dans cette traversée, qu’il rencontre, dans la rigueur des mots, sa singularité, son style, sa différence. Cet instrument clinique qui est l’association libre signifie un apprentissage de l’altérité, dans la mesure où lorsqu’il institue la parole comme mouvement de rupture avec le même, il conduit le sujet à s’exiler de soi et à révéler l’inconscient. Par conséquent, il ne serait pas déplacé de faire de l’histoire du patriarche Abraham –lequel, déterritorialisé, entame une aventure qui le fait devenir autre – une métaphore conclusive de l’aventure analytique. Du côté de l’analyste, de la validation de son désir, une fois convoqué par le transfert à une écoute flottante, il ne lui reste plus qu’à mener le combat quotidien et implacable de son labeur, duquel pour le moins, parodiant Freud, on n’en sort que clopinant, boitant. Il s’agit d’une allusion à l’épisode biblique de la lutte dans le désert entre Jacob et l’Autre, épisode mentionné par Freud dans Au-delà du principe du plaisir, lorsqu’il annonce son concept de la pulsion de mort.

15 Dans la formation de l’altérité, chez les juifs, l’extension de la condition d’étranger de l’homme est en corrélation avec la force et l’intensité du deuxième commandement qui interdit l’idolâtrie. L’idée étrange et effrayante d’un Dieu qui soit pure absence, sans visage, sans essence, dont le Nom s’écrit en un tétragramme ne se prononçant pas, a plongé la doctrine mosaïque dans une exigence iconoclaste irréversible. Quoique le judaïsme connaisse l’hétérogénéité en raison des multiples lectures qui en sont faites, ce qui frappe le plus dans sa fondation, c’est l’abîme radical qui s’ouvre entre l’homme et la divinité. Kadosh, terme hébraïque qui désigne indistinctement saint et séparé, accuse la présence inaccessible de Dieu se définissant par l’absence. Selon Emmanuel Lévinas – le philosophe qui a introduit au cœur de l’économie du texte philosophique l’appel à l’altérité, à travers la loi judaïque d’ouverture à l’Autre –, Kadosh désigne quelque chose d’infiniment séparé, de telle façon que l’inscription du nom de Dieu peut être considérée comme inscription originaire de la différence.

16 Il ne serait pas difficile, exactement à partir de cette tendance iconoclaste du judaïsme, de reconnaître des racines judaïques à la psychanalyse, en particulier si l’on considère que Freud dénonce les effets fétichistes et pervers d’un monde géré par l’idolâtrie à l’égard du moi. En tant qu’iconoclaste, il détruit, à la façon des Prophètes [11][11]Voir l’étude de Jean-Joseph Goux, Les Iconoclastes, Paris, Le…, l’illusion de l’homme et l’hégémonie du Moi, il situe la pensée psychanalytique dans un au-delà mû par le désir de la différence et conscient de ce que toute conquête ayant trait au savoir incorpore et engendre l’inconnaissable. Freud étend à la culture sa lutte contre l’idolâtrie lorsque, prenant pour paradigme le renforcement du nationalisme allemand et la persécution des juifs, il dénonce la logique ségrégationniste sous-jacente à ce qu’il a nommé le narcissisme des petites différences. Garantir l’unité-identité de l’État, engendrant la ségrégation et constituant le juif comme l’un des non-identiques au sein de la masse, telle fut la stratégie de consolidation du nazisme.

17 Mais le Dieu sans nom et sans visage ne se marque pas seulement par l’absence : sa révélation, comme l’écrit Maurice Blanchot, a lieu par la parole. Les lettres de l’Écriture viennent tisser le tissu infini qui recouvre le vide indépassable que le judaïsme a institué entre les hommes et Dieu [12][12]Maurice Blanchot, L’Entretien infini, Paris, Gallimard, 1986,…. Nomades, ainsi que les lettres hébraïques qui s’agglomèrent dans la blancheur du parchemin ancestral, les studieux du Texte, les talmudistes, osèrent dire toujours plus que ce qui, dans le Livre, apparaissait comme manifeste, faisant de celui-ci un territoire devenu propice au large accueil de subjectivités naissantes. Ceux qui fondèrent la religion mosaïque sont passés, dans la tradition, à la lecture-écriture de la Parole comprise non pas comme dévoilement mais comme production de sens. Il s’agit d’un travail semblable à celui que Freud voit à l’œuvre dans le travail du rêve : processus d’élaboration où il ne s’agit plus de penser, ni de calculer, ni d’une façon générale de juger, mais de transformer.

18 Un jour, à Auschwitz – la grande fabrique de mort de la Seconde Guerre mondiale –, les SS ont fait pendre un enfant devant des milliers de prisonniers qui étaient obligés d’assister à cette scène indescriptible. Pour Élie Wiesel, qui plus tard allait recevoir le prix Nobel, raconter cet épisode était presque impossible : pour lui, voir la mort de cet « ange aux yeux tristes » a été l’expérience de la mise à mort de l’humanité. Avec beaucoup d’effort, il raconte qu’à ce moment-là, il a entendu à l’intérieur de lui-même une voix répondre à la question que tous se posaient alors : « Dieu où est-Il, maintenant ? » et la réponse fut : « Le voilà, là, accroché à cet échafaud  [13][13]Élie Wiesel, Night, New York, Avon Nooks, 1969, p. 77.. » C’est dans ce même camp d’extermination que certains juifs décidèrent de faire le procès de Dieu, L’accusant d’avoir abandonné son peuple aux atrocités des nazis : le conseil formé alors pour Le juger, pris d’un sentiment de perplexité et d’incompréhension face à cette horreur, Le considéra comme coupable condamnant l’Éternel à mort. Le rabbin prononça la sentence, à la suite de quoi tous furent convoqués à la lecture de la Torah des vêpres [14][14]Cf. Karen Amstrong, Uma História de Deus, Rio de Janeiro, José….

19 Il s’agit à ce moment de souligner l’idée que la pratique millénaire de lecture-écriture du Texte est le centre structurant du judaïsme ainsi que la garantie de sa transmission. Mais au-delà de l’exégèse qui se répand au sein d’une culture donnée sur laquelle l’exégète tisse des commentaires qui sont immédiatement absorbés par la tradition, le mode de lecture talmudique parcourt des itinéraires différents : il se situe, pour des raisons linguistiques et de par une exigence éthique, plus proche du champ de l’interprétation, où la parole venue du dehors introduit une différence au sein même de la tradition. Faire la lecture des lettres, multiplier les combinaisons entre elles, les réécrivant dans un mouvement continu de constructions signifiantes singulières concernant l’origine, la valeur et le sens de la vie et de la mort, cela constitue le mode à travers lequel chaque sujet, dans le groupe, se différencie du Tout.

20 L’art de l’interprétation judaïque est ancrée dans ce que Lévinas a appelé le principe éthique de la différence (ou l’éthique de l’Autre) : il n’y a pas dans l’interprétation du Texte la conversion de l’Autre au Même. Et s’il est vrai que la religion commence où justement cesse la lecture, le paradoxe du judaïsme est qu’il exige de l’interprète de la Bible la position de l’athée, c’est-à-dire quelqu’un qui n’empêche pas l’avènement de la parole, qui ne transforme pas l’Écriture en idole, en totem. Les paradoxes dans l’univers de l’interprétation talmudique sont de tel ordre qu’un discours concernant Dieu qui ne soit pas idolâtre, selon le deuxième commandement, renvoie inévitablement à l’athéisme.

21 On sait que Freud a toujours refusé de soumettre sa découverte à la rationalité herméneutique et qu’il n’a justement pu découvrir la clef des rêves que parce qu’il a rompu avec la tradition qui restreignait le sujet à un simple objet, interprétable à partir d’un code préétabli, pour convoquer la parole qui, « même en venant de l’extérieur, vient de l’intérieur [15][15]Maurice Blanchot, op. cit., p. 187. », vient de celui qui parle. C’est cette inversion radicale des rapports entre le savoir et la parole de l’autre qui a permis à la méthode psychanalytique de privilégier l’écoute au détriment de la mêmeté d’un sens préétabli. L’écriture du rêve est pour la psychanalyse une des métaphores de l’inconscient. Elle requiert, depuis des temps immémoriaux, interprétation et lecture. Lire, c’est vouloir savoir, c’est vouloir connaître ce qui n’a pas de nom et qui n’admet pas non plus de déchiffrement, ce qui n’a pas de patrie ni de temps. Lire, c’est connaître la force d’une vérité singulière, d’une vérité historique : c’est chercher, dans l’exil le plus éloigné, la découverte des lettres pour, encore, les faire naviguer et s’exiler, pour en faire le récit singulier d’un sujet ou d’un peuple en déplacement. Lire, par principe, est une exigence éthique que l’analyste doit s’imposer pour assurer, comme athée, la doctrine freudienne.

22 Freud, qui prétendait suivre les traces des poètes en faisant de la science avec un style littéraire – « je continue à être un homme de lettres, même sous l’apparence d’un médecin [16][16]S. Freud, Interview à Giovani Papini à Vienne, Jornal O Globo,… » –, a inventé une écriture : l’écriture de l’inconscient. Cela revient à dire que c’est à partir de la pluralité des sens de la pulsion qu’il se soumet à la primauté de la lettre. Dans le sens de caractère, la lettre, dans la théorie lacanienne, est désignée comme support essentiellement matériel du signifiant en même temps que ce qui se distingue de lui grâce à sa capacité de marquer l’intrusion de quelque chose de radicalement autre. La lettre est ce qui ne peut pas être fixé, ne peut être contenu dans une signification ou une image.

23 La lecture à la lettre est le dénominateur commun aux dispositifs de l’interprétation psychanalytique et talmudique. Il convient de rappeler que l’effet de cette modalité de lecture est celui de produire un dire qui dépasse le dit. Le talmudiste, de par le fait de supposer un vécu constitutif et irréductible à toute interprétation et à tout savoir, impose à chaque sujet de se rappeler le trait ineffaçable de l’Alliance entre Dieu et son peuple, pour l’annoncer à partir de ce qui vient du futur. Le processus analytique advient toujours sous le signe de l’errance de la lettre obéissant à la marque d’un temps qui va du virtuel à l’actuel, en accord avec la célèbre affirmation de Freud : « Wo Es war, soll Ich werden » [« Là où c’était, je dois advenir »]. Le temps psychanalytique est devenir.

24 À Vienne dans les années trente, après une longue période d’assimilation, face à ce qui se présentait comme un exode de plus, le juif est allé puiser dans la pratique millénaire de l’expérience scripturale de ses ancêtres une stratégie pour faire un deuil qui était nouveau et ancien à la fois. Selon la tradition millénaire, avec la destruction du Temple et l’expulsion de Jérusalem, plusieurs intellectuels se sont engagés dans la pratique qui consistait à supporter et à dépasser le vécu de la déterritorialisation des lettres du Livre des livres, support permanent d’écriture qui réunit le peuple dans la diaspora.

25 L’ouvrage Moïse et le monothéisme s’inscrit dans cette lignée : son origine est la relation entre ce nouvel exode du peuple et la judéité de son auteur. Freud a commencé à l’écrire justement dans une année où plusieurs de ses livres étaient brûlés dans les bûchers de Berlin. Si on lui brûlait ses livres, il fallait qu’il se portât en tant que père – ramassant dans le caniveau la calotte jetée dans la boue par un antisémite [17][17]S. Freud, L’Interprétation des rêves ( 1900), Paris, PUF, 1967,… –, qu’il ramasse les lettres de ses livres des bûchers et en écrive d’autres. À la manière d’un talmudiste qui dans un processus singulier d’historicisation navigue dans les espaces blancs d’un parchemin, cherchant des nouveaux sens possibles, Freud écrit un texte dont l’écriture ne se prête pas à la capture : de multiples sens – mais non arbitraires – pétillent en ses pages. Ce qui importe là, c’est le mode selon lequel Freud est confronté à la relation irréductible du juif avec l’expérience de l’étrangeté, lors de l’ascension du nazisme. Dans le Moïse, l’étranger désigne un statut pour le juif : étranger à soi-même et étranger pour l’autre. Ainsi, malgré l’incompréhension d’un bon nombre de personnes, malgré la résistance de la part d’historiens et d’anthropologues, Freud a tenu à « destituer un peuple de l’homme qu’il célèbre comme le plus important parmi ses fils » et à faire de Moïse un Égyptien, pour démontrer que le judaïsme résulte d’une construction qui se fait à travers l’expérience de l’étrangeté étant marquée par l’incomplétude. Il s’agit là d’une thèse qui est entièrement calquée sur l’impératif de l’Alliance entre Dieu et le peuple du Livre : être celui, venant du dehors et cherchant le dehors, qui témoigne contre l’idée d’une signification fixe et immuable pour le juif. Moïse, l’Égyptien, invente le juif, alors, tout juif est un Égyptien, ce qui veut dire qu’il se situe dans un au-delà de la race, de la langue, du nominalisme et de l’identité. Or, seule la présence de l’étranger, celui qui dénonce la présence d’une différence irréductible au sein de la Totalité, est capable d’assurer une telle éthique.

26 Et partant de l’idée que le texte révèle aussi une préoccupation de Freud au sujet du destin de la psychanalyse et de l’exigence de la préserver en tant que pratique multiple, susceptible de faire apparaître le pluriel, on comprend qu’à travers la métaphore biblique, il élise l’étrangeté comme façon d’assurer la transmission de la psychanalyse et de garantir son avenir. Ainsi dans cet entre-deux, entre le devenir juif et le devenir analyste, pendant qu’il rédigeait le Moïse, il dut fuir l’Autriche annexée par le Reich allemand. C’est à ce moment qu’il proposa au comité directeur de la Société psychanalytique de Vienne de répéter la stratégie du rabbin Jochanaan ben Zakkai lors de la destruction de Jérusalem pour garantir la transmission de la psychanalyse : « Le rabbin a demandé la permission d’ouvrir à Jabneh une école d’études de la Torah avec l’objectif de transmettre le judaïsme aux générations futures [18][18]S. Freud. Apud Ernest Jones, La Vie et l’œuvre de Sigmund…. » À cette occasion, signalant l’analogie entre la condition d’exil et la transmission du judaïsme et de la psychanalyse, Freud met en action les forces nécessaires pour ceux qui sont en « transit ». Dans cette analogie, il laisse paraître un espoir : pour que la psychanalyse se fasse plus forte que la destruction, sa transmission ne doit être assurée que par les mots et la lettre, celle-ci éternelle migrante du désir. Si les mots et les lettres inscrits dans le Livre sont les seuls liens capables de réunir le peuple juif dispersé, alors, ils seront aussi capables de maintenir la cause analytique en vie et de garantir son caractère de réinvention permanente.

Notes

  • [1]
    Le terme judéité a été proposé par Albert Memmi dans son ouvrage Portrait d’un Juif, Paris, Gallimard.
  • [2]
    « Devenir », selon Gilles Deleuze, tout au long de son œuvre, désigne une réalité processuelle et non pas simplement un processus de transformation d’une chose en une autre qui atteint une réalité statique, un être final, régi par le principe d’identité et synonyme d’objectivité et de présence.
  • [3]
    Goethe, Faust, 1re partie, scène 1, apud Sigmund Freud, Totem et tabou, Paris, Payot, 1965, chap. « Le retour infantile du totémisme ».
  • [4]
    Cf. l’ouvrage que Serge Leclaire a consacré à l’expérience analytique : Le Pays de l’Autre, Paris, Éditions du Seuil, 1991.
  • [5]
    Même après la création de l’État d’Israël, le concept de Diaspora continue vivant parmi les juifs. Le sentiment de non-appartenance chez les juifs qui vivent aux quatre coins du monde ne s’est pas éteint.
  • [6]
    Voir mon ouvrage Freud e a judeidade : a vocação de exílio, J. Zahar, Rio de Janeiro, cap. V, 2000.
  • [7]
    Bernard D. Hercenberg, O exílio e o Poder de Israel e do Mundo. São Paulo, Paz e Terra, 1966, p. 162.
  • [8]
    S. Freud, Totem et tabou, Paris, Payot, 1965.
  • [9]
    S. Freud, « Allocution aux membres de la société B’nai B’rith » ( 1926), OCP, vol. XVIII, p. 113-117, Paris, PUF, 1994.
  • [10]
    S. Freud, Correspondance 1873-1939, Paris, Gallimard, 1966, p. 466.
  • [11]
    Voir l’étude de Jean-Joseph Goux, Les Iconoclastes, Paris, Le Seuil, 1978.
  • [12]
    Maurice Blanchot, L’Entretien infini, Paris, Gallimard, 1986, p. 187.
  • [13]
    Élie Wiesel, Night, New York, Avon Nooks, 1969, p. 77.
  • [14]
    Cf. Karen Amstrong, Uma História de Deus, Rio de Janeiro, José Olympio, 1994, p. 128.
  • [15]
    Maurice Blanchot, op. cit., p. 187.
  • [16]
    S. Freud, Interview à Giovani Papini à Vienne, Jornal O Globo, 18/09/99, Rio de Janeiro.
  • [17]
    S. Freud, L’Interprétation des rêves ( 1900), Paris, PUF, 1967, chap. V, partie II : « Le matériel d’origine infantile source du rêve », p. 168. Il s’agit d’un souvenir d’enfance que Freud récupère à partir de l’analyse de ses « rêves romains ».
  • [18]
    S. Freud. Apud Ernest Jones, La Vie et l’œuvre de Sigmund Freud, Paris, PUF, vol. III, 1969, chap. VI, « Londres, la fin ».

https://doi.org/10.3917/ess.009.0015

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5.
Pour Wikipédia, la judaïté est l’ensemble des critères qui constituent l’identité juive

https://upload.wikimedia.org/wikipe... article traite des critères actuellement utilisés par les Juifs pour définir leur propre identité juive, leur judéité. Pour les critères religieux et légaux par lesquels se définit socialement des juifs pratiquant le judaïsme, voir l’article Qui est Juif ?

https://upload.wikimedia.org/wikipe...

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La judéité est « l’ensemble des critères qui constituent l’identité juive1 », elle-même considérée comme le résultat d’un processus plurimillénaire. Elle commence comme un fait ethnique, avec un peuple établi sur un territoire, caractérisé par ses coutumes et croyances, qui lui permettent de survivre à l’assimilation dans les nations des vainqueurs. Les migrations de ce peuple lorsqu’il a perdu sa souveraineté politique contribuent cependant à un foisonnement de coutumes et cultures influencées par l’environnement ; ces communautés dispersées continuent cependant à présenter une cohérence idéologique et identitaire, axée sur l’observance des rites et croyances ancestraux ainsi que sur l’attente plus ou moins ardente de la restauration de la souveraineté nationale. Les Lumières et la modernité qu’elles annoncent font cependant éclater une nouvelle fois cette unité en une pluralité d’attitudes différentes par rapport à l’observance du judaïsme, la place des Juifs au sein des nations et vis-à-vis d’eux-mêmes. À ces différentes catégories d’identité qui relèvent en même temps qu’elles transcendent le fait religieux, national, culturel, ethnique ou politique, s’ajoute le regard des non-Juifs sur les Juifs, contribuant lui aussi à leur indentité juive.

Sommaire

Le peuple juif se fonde dans l’Antiquité sur la Torah, une charte à la fois doctrinale et rituelle qui regoupe aussi ce que d’aucuns considèrent comme leur histoire et d’autres leurs mythes. La Torah avance que les Juifs ont pour divinité tutélaire l’entité qui a créé le monde, peut à volonté le détruire et s’est choisi une lignée fondée par Abraham pour faire entendre au monde sa voix. Afin de se faire connaître du monde, l’entité a fait sortir le peuple d’Israël d’Égypte au terme de nombreux prodiges surnaturels. Afin de faire connaître sa voie au peuple d’Israël, l’entité qui les a fait sortir d’Égypte se révèle directement à eux pour leur donner la Torah qui comprend aussi des régulations pour ceux des Israélites qui, par leurs agissements, sont appelés à être retranchés du peuple d’Israël. Elle pourvoit aussi les conditions pour intégrer ce peuple lorsqu’on n’en provient pas par naissance.

La judéité se confond alors avec la judaïté, laquelle consiste en un ensemble d’observances quotidiennes des lois, coutumes et croyances du peuple juif ou l’adhésion à ce peuple et à sa judaïcité par le biais d’une conversion religieuse. Ce sont pour longtemps les seuls critères employés par les Juifs pratiquants pour se caractériser.

La Haskala, équivalent juif du mouvement des Lumières, étendit toutefois l’horizon intellectuel des Juifs au-delà de l’aspect fondamentalement religieux de leur judaïté, et bientôt le judaïsme ne fut plus que l’une des manières de définir leur judéité en concurrence avec la culture au sens large, le sentiment d’appartenance à un groupe social, ou encore l’idéologie politique. Selon Daniel Boyarin, la « judéité perturbe toutes les catégories d’identité, car elle n’est ni nationale, ni généalogique, ni religieuse, mais toutes celles-là à la fois, en tension dialectique2 ». Ces critères de judéité devinrent également ceux de personnes non reconnues comme juives par les critères religieux et légaux d’appartenance à la judaïcité, mais qui se considèrent néanmoins comme membres authentiques du peuple des Juifs3.

Selon le philosophe amstellodamois Ido Abram (né en 1940), l’identité juive se mesurerait actuellement à l’aune de cinq critères, à savoir :

  • la religion, la culture, et la tradition,
  • le lien avec le sionisme et Israël,
  • la gestion de l’antisémitisme, incluant les questions de persécution et de survie,
  • le vécu personnel,
  • les relations aux gens et à la culture non-juive4,5.
    L’importance relative de ces facteurs peut varier énormément selon l’endroit. Un Juif néerlandais pourrait définir sa judéité comme « Juif/Juive de naissance », tandis qu’un Juif de Roumanie, où l’antisémitisme est davantage présent, pourrait dire, « Je considère toute forme de déni comme une preuve de couardise6 ».

« Demi-Juif »

Le terme « demi-Juif » est d’usage récent et controversé pour décrire les personnes dont seul le père, est un Juif. Il a ses antécédents dans les status de la pureté du sang, qui entendent réguler la position sociale d’individus d’ascendance juive ou eux-mêmes nouveaux chrétiens. Cependant, si le mariage mixte a toujours été un moyen d’insertion sociale, il dénote à cette époque d’une volonté de rompre avec la communauté juive alors que n’est plus le cas à dater de 18707. Le statut était inexistant au regard de la Halakha, qui dispose que la mère transmet le judaisme, parce qu’on n’est sûr que de la mère et qu’on veut éviter aux femmes violées, nombreuses dans les temps de guerre et de persécutions, l’horreur de donner naissance à un non-juif8. Il était cependant impérieux aux yeux de la société, visant à l’exclusion complète des Juifs de son sein, de lui conférer une définition légale. Les lois de Nuremberg définirent donc comme Halbjuden les personnes nées d’un seul parent juif et se rattachant à la communauté juive tandis que ceux qui s’en distanciaient étaient catalogués comme « métis de Juifs ». Ils furent soumis jusqu’en 1942 à la même panoplie de discriminations que les Juifs quoiqu’à un degré légèrement moindre. Après la conférence de Wannsee, ils leur sont assimilés et sont donc déportés et assassinés. En réponse aux décrets nazis, l’état d’Israël proclama que la loi du retour s’appliquait à tous ceux qui avaient ou auraient subi des discriminations du fait de leur ascendance juive, qu’elle soit ou non intégrale.

Beaucoup de Juifs rejettent de ce fait la dénomination « demi-Juif », tandis que d’autres l’utilisent pour suggérer que la judéité est une identité plus ethno-culturelle que religieuse. Au terme « demi-juif », certains comme Catherine Grandsart et Thierry Levy-Tadjine préfèrent celui de « juif d’un côté » pour affirmer de fait, qu’ils ont des origines ethniques juives sans nécessairement partager la foi du peuple juif.

Les personnes issues d’un mariage mixte peuvent ne pas s’identifier comme pleinement juives, qu’elles adoptent ou non le judaïsme comme religion. Aux États-Unis, leur nombre serait comparable à celui des personnes issues de deux parents juifs. Le « demi-Juif » commence à se constituer en identité indépendante, avec ses propres caractéristiques de tolérance et d’adaptation, mais peut-être aussi un sens de détachement, d’indifférence spirituelle, ou d’identité mal définie9,10,11….

L’article complet, avec articles connexes, bibliographie, liens externes, notes et références, est à lire sur ce site : https://fr.wikipedia.org/wiki/Identit%C3%A9_juive

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6.
Nombre de Juifs par pays dans le monde selon Wkipédia (autre source)

Cette liste indique le nombre de Juifs par pays. Les chiffres exacts sont difficiles voire impossible à calculer, notamment à cause de la question « Qui est juif ? », qui reste controversée : les pourcentages donnés ne rendent pas compte de la pratique régulière (la « ritualité ») ni de la foi individuelle (la « religiosité ») des personnes se déclarant juives, mais de leur attachement au judaïsme en tant que composante culturelle et historique de leur identité.

Sommaire

Chaque année, la North America Jewish Data Bank publie, actuellement sous la direction de Sergio DellaPergola, un rapport fournissant les dernières données quant au nombre de Juifs par pays1. Selon ces estimations pour 2013, la population mondiale de Juifs est de 13,9 millions, la fourchette variant de 13,9 à 18,2 millions, selon la façon dont on définit la qualité de Juif2. Le dernier rapport publié est celui de 20153 dont les chiffres sont en partie repris dans l’article Juifs.

Selon le bureau central des statistiques (CBS) israélien, la population juive mondiale serait de 13,855 millions et 43 % des Juifs vivraient en Israël alors que 39 % résideraient aux États-Unis en 2013 4.

Population juive par pays – Extraits par régions mondiales

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Drapeau des États-UnisÉtats-Unis 5 700 000 1,8 10 000 000 34 à 39
Drapeau du CanadaCanada 386 000 1,1 450 000  2
Drapeau de l’ArgentineArgentine 181 000 0,42 330 000  1
Drapeau du BrésilBrésil 94 500 0,047 150 000
Drapeau de la FranceFrance 467 500 0,73 600 000 3,4
Drapeau : Royaume-UniRoyaume-Uni 290 000 0,45 370 000 2
Drapeau de l’AllemagneAllemagne 117 500 0,14 250 000
Drapeau de la HongrieHongrie 47 700 0,48 95 000
Drapeau de la RussieRussie 183 000 0,13 380 000
Drapeau de l’UkraineUkraine 60 000 0,14 130 000
Drapeau d’IsraëlIsraël 5 852 700 73,85 6 204 400
Drapeau de la PalestineCisjordanie 364 700 13,18 372 300
Drapeau d’Afrique du SudAfrique du Sud 69 800 0,13 80 000
Drapeau de l’AustralieAustralie 112 800 0,48 135 000
TOTAL MONDE 14 310 500 0,20 20 235 700

Tous les détails sont à consulter sur ce site : https://fr.wikipedia.org/wiki/Nombre_de_Juifs_par_pays

Articles connexes

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7.
ISRAEL Le monde juif parmi les nations :

Depuis le premier exil (586 av. l’ère chrétienne) et les dispersions du peuple juif dans le monde qui s’ensuivirent, des liens uniques et dynamiques se sont noués entre les juifs vivant en Terre d’Israël et leurs coreligionnaires de la diaspora. Bien que séparés au cours des siècles par de longues distances, les juifs sont restés une nation, liés les uns aux autres par une histoire, une religion et une patrie communes, ainsi que par la volonté d’assurer la survie physique et spirituelle du peuple juif. La création de l’Etat d’Israël (1948) est la réalisation du rêve bimillénaire de retour du peuple juif dans sa patrie ancestrale pour y rétablir sa vie nationale et sa souveraineté.

Selon de récentes estimations, la population juive du monde atteindrait environ 13 millions, dont 41 % vivent en Israël. Les juifs, conscients où qu’ils vivent de la centralité d’Israël dans la vie juive, participent à son édification par des contributions financières, un soutien social et politique et parfois en venant vivre dans le pays, apportant ainsi à la mosaïque israélienne leurs talents et leur bagage culturel propre. Une longue tradition d’entraide se manifeste aujourd’hui à travers le vaste réseau d’organisations se consacrant à des centaines d’aspects de la vie juive et israélienne. Pour sa part, Israël s’efforce de renforcer les communautés juives de la diaspora et les relations qu’il entretient avec elles, en organisant des activités centrées sur la connaissance du pays, l’étude de l’hébreu, les projets économiques communs, des visites de groupes ou individuelles en Israël.

L’Etat d’Israël attache la plus grande importance à la sécurité des communautés juives de par le monde. Après la récente recrudescence de l’antisémitisme, Israël - avec la coopération des organisations juives et des gouvernements des pays européens, américains et autres - lutte contre le racisme en général et l’antisémitisme en particulier.

L’Organisation sioniste mondiale (OSM) a été fondée lors du Premier Congrès sioniste (1897) afin de promouvoir le retour du peuple juif dans sa patrie ancestrale, la Terre d’Israël, et d’y rétablir une existence nationale juive. Son objectif premier, la création au Pays d’Israël d’un Etat juif juridiquement garanti et internationalement reconnu, a été atteint en 1948.

Depuis, l’OSM œuvre dans la diaspora essentiellement à promouvoir des activités soulignant l’unité du peuple juif et la centralité d’Israël dans la vie juive, à encourager l’immigration, à développer l’éducation juive dans les communautés juives du monde entier et à défendre les droits des juifs où qu’ils se trouvent. Le Congrès sioniste, élu démocratiquement, est l’organe suprême de l’Organisation. Il se réunit tous les 4 à 5 ans à Jérusalem pour fixer la politique du mouvement, adopter son budget et élire ses divers comités exécutifs.

L’Agence juive pour Israël (AJI) est aujourd’hui la principale organisation chargée des relations entre l’Etat d’Israël et le monde juif. Elle avait été créée en 1929 par l’Organisation sioniste mondiale pour représenter la communauté juive du pays auprès des autorités mandataires britanniques, des gouvernements étrangers et des organisations internationales.

Après l’indépendance d’Israël, certaines responsabilités de portée nationale ont été dévolues par la loi à l’Agence juive et à l’OSM, dont l’immigration, l’intégration et le logement des immigrants, les localités rurales, l’organisation d’activités éducatives et d’activités pour les jeunes ainsi que la rénovation de quartiers urbains. Ces dernières années, plusieurs de ces fonctions sont assumées par l’Etat.

Photo 

Contactez-nous https://embassies.gov.il/mfa_Graphi...Plan du site

Source : https://embassies.gov.il/Bruxelles/AboutIsrael/State/Pages/ISRAEL%20PARMI%20LES%20NATIONS-%20Monde%20juif.aspx

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8.
L’Histoire des Juifs en terre d’Israël d’après Wikipédia

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L’histoire des Juifs en terre d’Israël (hébreu : ארץ ישראל - Eretz Israel) se développe sur près de 3000 ans et témoigne, malgré la dispersion des Juifs, de l’importance particulière, pour eux, de la terre d’Israël.

La terre d’Israël1, appelée terre sainte par les chrétiens, correspond au pays de Canaan ou encore à la région connue sous son nom romain, plus tardif, de Palestine. Elle a, de tout temps, joué un rôle central dans l’histoire des Juifs, si bien qu’ils l’appellent souvent familièrement ארץ - Eretz (terre). Ils l’évoquent affectueusement dans toutes leurs prières (matin, après-midi, soir), dans les actions de grâce après le repas et particulièrement lors de la cérémonie familiale du Séder de Pâque. À toute époque, malgré exils et massacres, il y a eu une vie juive en terre d’Israël : après la conquête romaine, après la conquête arabe, après la conquête croisée, etc. Un très lent mouvement de retour vers la terre d’Israël s’est produit ensuite, devenant significatif à partir de l’expulsion des Juifs d’Espagne en 1492 pour s’accélérer légèrement à la fin du XVIIIe siècle sur les recommandations du Gaon de Vilna, puis nettement avec la naissance du sionisme à la fin du XIXe siècle. Les Juifs ont retrouvé leur souveraineté sur leur terre ancestrale avec la renaissance de l’État d’Israël en 1948 mais certains territoires de cette terre leur sont aujourd’hui disputés.

Sommaire

Article détaillé : Histoire de l’Israël antique.

Carte - Représentation des territoires des tribus d’Israël (carte de 1759)

L’histoire ancienne du peuple juif n’est, à défaut de données archéologiques, connue jusqu’au IXe siècle av. J.-C. qu’à travers le récit de la Bible, dont la fiabilité historique est souvent remise en cause dans les milieux universitaires2.

Ce peuple est, selon le Livre de Josué, issu des tribus d’Israël, composées en majeure partie sinon en totalité des Israélites (hébreu : בְנֵי-יִשְׂרָאֵל - b’nei Israël, les Enfants d’Israël (de Jacob)) ; lorsqu’ils reviennent d’Égypte sur leur terre ancestrale, et s’apprêtent à reprendre possession du pays de Canaan, ils se réunissent à Sichem pour jurer fidélité à YHWH, et répudier tout autre culte3. Rapidement contraints de se choisir un roi de par la menace philistine (XIe siècle)4, les Israélites sont unifiés par les rois Saül, David et Salomon, dont le règne est particulièrement brillant, mais, à la fin du Xe siècle le royaume se scinde, avec le royaume d’Israël au nord, dont la capitale est Samarie, et celui de Juda, dont la capitale est Jérusalem, au sud.

Toujours selon la Bible, du IXe au VIe siècle, dans les deux royaumes, se développe le prophétisme qui inspire ou essaye d’inspirer avec plus ou moins de succès les rois des deux royaumes. Ils subordonnent la richesse matérielle aux exigence morales et prédisent la chute de Samarie et de Jérusalem si leurs habitants et leurs gouvernants ne s’amendent pas. Les plus célèbres prophètes sont Élie, Amos, Isaïe et Jérémie5.

En 722 av. J.-C., Salmanazar V, roi d’Assyrie et de Babylone, prend Samarie et détruit le royaume d’Israël, dont une partie des habitants se réfugie dans le royaume de Juda, en particulier à Jérusalem6.

Jérusalem est assiégée en 586 av. EC, et, selon le second Livre des Rois, un grand nombre de ses habitants est déporté en Babylonie. Une partie en revient cependant 70 ans plus tard, et reconstitue la Judée (יהודה Yéhouda). C’est de cette époque que datent les premières mentions des Juifs proprement dits (יְהוּדִים Yéhoudim « Judéens »), dans Zacharie 8:237.

Pour les critiques de cette vision, en revanche, le peuple d’Israël, dont la première source archéologique attestée est la stèle de Mérenptah (1208 av. J.-C.) est issu de fermiers et éleveurs cananéens8 installés depuis le début du XIIe siècle9 sur les hautes terres de Judée et Samarie, entre la vallée de Jezreel et Hébron10. Ils se distinguent des populations similaires voisines d’Ammon, Moab et Édom par l’interdiction absolue de manger de la viande de porc11,12. Toujours selon la Bible dévoilée, les Israélites n’ont pas été unifiés sous les règnes des rois David et Salomon et deux royaumes, Israël et Juda se sont petit à petit formés partageant une même culture caractérisée par des dialectes proches, le même alphabet et le culte de YHWH entre autres déités13. Toutefois, sur le plan matériel, le royaume du nord à l’agriculture plus riche, développe une économie plus diversifiée. Leur population aurait atteint, au VIIIe siècle, 160 000 personnes9.

Le premier roi d’Israël dont l’archéologie fait mention est Omri, dont le nom est mentionné dans la stèle de Mesha du VIIIe siècle. Omri a dominé une région plus étendue que le territoire traditionnel des tribus d’Israël. Il a conquis, au moins en partie, Moab14 et le sud de la Syrie15. Finkelstein et Silberman lui attribuent la prospérité du pays et les importantes constructions de Megiddo, Gezer et autres villes que les précédentes théories archéologiques situent à l’époque de Salomon qui n’aurait régné, comme David son père, que sur Juda. L’historicité de David est attestée par la stèle de Tel Dan qui mentionne la maison de David, d’où sont issus les rois de Juda. Après de nombreux conflits avec ses voisins dont principalement la Syrie et un développement politique, économique et démographique notable (sa population aurait atteint jusqu’à 350 000 habitants16), le royaume d’Israël disparaît vers 724 av. J.-C. avec la conquête assyrienne17.

La chute du royaume d’Israël amène de nombreux réfugiés israélites en Juda, à Jérusalem dont la population serait passée en quelques décennies de 1 000 à 15 000 habitants18. Juda est à son tour ravagé par les Assyriens sous Ézéchias à la fin du VIIIe siècle19 puis connaît une période plus paisible sous les longs règnes de Manassé (vers 698-642) et de Josias (vers 639-609). C’est dans le royaume de Juda, sous le règne de Josias, que la religion des Israélites commence à devenir, à proprement parler, le judaïsme. Le Deutéronome, dernier livre de la Torah qui aurait été découvert ou redécouvert sous son règne dans le Temple20, serait en réalité le premier livre de la Torah dont la composition aurait été achevée. Ce serait aussi à cette époque que le choix de YHWH comme divinité unique, invoqué par la Bible comme le motif d’union de ce peuple, serait apparu, afin d’unir les royaumes du Nord et du Sud.

Illustration - Expulsion des Juifs de Jérusalem, Nuremberg chronicles, 1493

Après la mort de Josias, le royaume est pris dans le jeu des grandes puissances de l’époque, l’Égypte et la Babylonie et succombe à son tour en 586 av. J.-C., quand Jérusalem est prise par Nabuchodonosor II, roi de Babylone. En plusieurs fois (597, 587 et peut-être 582), des milliers de Juifs sont déportés vers la Babylonie21, alors que d’autres se réfugient en Égypte22. Ils sont à l’origine de la Diaspora et de ses deux plus anciennes communautés juives, celles des Juifs en Irak et des Juifs en Égypte23.

Illustration - La fuite des prisonniers, J. Tissot, 1896-1902

Pendant le premier exil (587-538 av. J.-C.)

Article détaillé : Exil à Babylone.

La vie que les Juifs auraient menée dans la Judée occupée par les Babyloniens nous est relatée par le prophète Jérémie, contemporain de ces événements dans le livre des Lamentations24 et le livre de Jérémie. Les Babyloniens avaient déporté l’élite juive et il n’était resté au pays que les plus démunis25. Le gouverneur, juif, Guedaliah nommé par Nabuchodonosor est assassiné par des Ammonites, ce qui provoque la colère de Nabuchodonosor et l’exil de 58222.

Le retour des exilés et la domination perse (538 - 332 av. J.-C.)

Article détaillé : Yehoud Medinata.

En 539 av. J.-C., le roi de Perse, Cyrus le Grand conquiert Babylone. Selon le livre d’Ezra26, il prend un décret permettant aux Juifs de retourner en Judée, sous la conduite de descendants des rois de Juda, en leur restituant le butin pris dans le Temple par Nabuchodonosor27. Or, la communauté juive de Babylonie y avait prospéré et ce sont probablement les plus pauvres des exilés, peu nombreux, qui choisissent de s’en retourner en Judée28.

Carte de la Palestine depuis la captivité de Babylone, J. R. Joly, 1784

La Judée devient alors une province (pahva29) de l’empire perse, subdivision d’une satrapie, dirigée par un gouverneur juif nommé par le roi de Perse. La reconstruction du Temple est entreprise et après de nombreuses difficultés d’ordre politique et financier, le Second Temple est inauguré en 515 av. J.-C. par Zorobabel, gouverneur de Judée, issu de la maison de David. Toutefois, la Judée reste une province pauvre où la pression fiscale interdit le développement.

Il faut la nomination d’un nouveau gouverneur Néhémie, échanson juif du roi de Perse Artaxerxès Ier (464-424 av. J.-C.) pour débloquer la situation. Homme d’autorité, il organise les travaux pour reconstruire les murailles et rétablit le plein respect de la loi tirée du Deutéronome, entre autres le respect du Chabbat et le paiement de la dîme30. Néhémie est suivi dans son œuvre de rétablissement de la loi juive par Ezra, un autre notable revenu à Jérusalem à la tête d’un groupe d’environ 600028 immigrés de Babylonie : avec Néhémie, il interdit le mariage des Juifs avec des étrangères, et il aurait établi l’usage des caractères carrés venant de l’araméen pour écrire l’hébreu31 ; il établit la Grande Assemblée qui va continuer à fixer les règles du judaïsme pendant les siècles à venir ; il organise une séance publique de la lecture de la Torah, par laquelle on lui attribue d’en avoir finalisé le texte puis fixe les règles de lecture de la Torah les lundis, jeudis et chabbats32. Néhémie solennise ces décisions en organisant une grande cérémonie où le peuple assemblé jure d’observer la Torah33. La Jewish Encyclopedia, se fondant sur la Bible, estime la population juive de Judée de cette époque à 130 000 personnes, au plus28.

S’ouvre alors, une assez longue période de paix et de prospérité pour les Juifs d’abord sous la domination perse puis sous la domination d’Alexandre le Grand et de ses héritiers lagides.

On estime qu’à la fin de la domination perse, la population juive de la terre d’Israël est concentrée dans la région montagneuse autour de Jérusalem, des confins de la plaine côtière au Jourdain34.

La domination grecque (332-142 av. J.-C.)

Alexandre le Grand conquiert l’empire perse et pendant près de 200 ans, les Grecs vont gouverner la terre d’Israël.

Seuls les grands-prêtres représentent une autorité juive : ils exercent une sorte d’autorité civile et leur autorité religieuse, reconnue jusqu’à Alexandrie35, demeure incontestée sous le règne des Lagides. En 201 av. J.-C., les Lagides sont vaincus par les Séleucides qui commencent par améliorer le sort de la Judée en y abaissant les impôts mais en 189 av. J.-C., devant les revers contre les Romains essuyés à Magnésie, et l’imposition de la paix d’Apamée, la très lourde indemnité dont ils doivent s’acquitter est répercutée sur la Judée. Les rois séleucides convoitent le trésor du Temple de Jérusalem et vendent la charge de grand-prêtre au plus offrant. Le conflit entre Juifs hellénisants et Juifs plus fidèles à la tradition divise même la famille du grand-prêtre quand Jason promet une importante somme d’argent au roi Antiochus Épiphane pour obtenir le titre de grand-prêtre que possède alors son propre frère Onias III36. Jérusalem est alors hellénisée - on y construit un gymnase - et rebaptisée Antioche. Une puissante garnison est installée dans une nouvelle forteresse, l’Acra ; et le Temple est profané par le sacrifice de porcs et des fêtes dionysiaques, tandis que les livres sacrés sont brûlés37.

La révolte des Maccabées et les Hasmonéens (167-63 av. J.-C.)

Articles détaillés : Maccabées, Révolte des Maccabées et Hasmonéens.

La révolte éclate en 167 av. J.-C. à l’instigation du prêtre Mattathias l’Hasmonéen, relayé après sa mort par ses fils, Simon et Judas dit Maccabée, le chef militaire. En 164, ils pénètrent dans Jérusalem, purifient le Temple et le ré-inaugurent. Ils instituent alors la fête de la Dédicace, appelée en hébreu Hanoucca38.

Judas recherche et obtient l’alliance romaine qui fait l’objet d’un traité qui sera renouvelé pendant près d’un siècle par les souverains hasmonéens39.

Après la mort au combat de Judas, son frère Jonathan lui succède et profite des luttes internes au royaume de Syrie pour agrandir son territoire. Il est nommé grand-prêtre lors de la fête des Tabernacles en 152 av. J.-C.38.

Après une vingtaine d’années de luttes, il faut la mort violente de quatre des cinq fils de Mattathias pour que Simon soit reconnu de facto comme « grand prêtre, stratège et ethnarque » en mai 142 av. J.-C.40. Il bat monnaie38 et le peuple est enchanté de son règne, selon le premier livre des Maccabées.

Photo - Monument d’Absalon (Ier siècle av. J.-C.) à Jérusalem

Les Hasmonéens, tels Jean Hyrcan (134-104 av. J.-C.) qui conquiert le pays des Iduméens et les convertit au judaïsme et Alexandre Jannée (103-76 av. J.-C.), agrandissent considérablement leur royaume qui s’étend du Sinaï aux monts du Golan et de la mer Méditerranée à l’est du Jourdain. Le judaïsme est loin d’y constituer la religion majoritaire41. Bien qu’arrivés au pouvoir par une révolte contre l’hellénisation, les Hasmonéens, à partir d’Aristobule Ier (104-103 av. J.-C.), qui se fait appeler « Philhellène »42, prennent le titre de basileus (roi) et organisent leur royaume à la mode grecque41. Le style des monuments est hellénisant comme en témoigne le monument dit d’Absalon à Jérusalem. Mais surtout les Hasmonéens se querellent en permanence, tant et si bien, qu’ils sollicitent l’intervention de Rome. Finalement, Pompée conquiert Jérusalem en 63 av. J.-C. et profane le Temple, sans toutefois le piller43. Douze mille Juifs périssent dans les combats et de nombreux prisonniers sont envoyés à Rome44. Ils sont à l’origine de la communauté juive italienne, la plus ancienne d’Occident. Pompée établit alors la domination romaine pour près de 7 siècles, jusqu’à la conquête arabe.

Un vivier intellectuel (IIIe siècle av. J.-C. - Ier siècle EC)

Du IIIe siècle av. J.-C. au Ier siècle EC, malgré une vie politique violente marquée par les rivalités entre membres des familles royales et sacerdotales et entre les divers courants religieux, malgré les guerres contre les Grecs puis les Romains, la terre d’Israël voit éclore une production intellectuelle d’une très grande richesse, tant aux points de vue littéraire que religieux, qui reflète souvent la confrontation des mondes juif et grec.

Une littérature en hébreu, en araméen et en grec

Certains de ces textes seront retenus dans le canon biblique juif comme l’Ecclésiaste, d’autres font partie du canon catholique ou orthodoxe comme les deux premiers livres des Maccabées (les protestants considérant ces livres comme apocryphes), de nombreux autres sont considérés comme apocryphes. Un des sujets les plus souvent abordés est l’Apocalypse, comme dans le livre de Daniel ou celui de Hénoch. Certains manuscrits de cette époque ont été retrouvés à Qumrân, au-dessus de la Mer Morte, dont le document de Damas qui relate les persécutions subies par les Esséniens45.

Le monde juif a son historien, Flavius Josèphe (37 - vers 100), une des sources principales pour l’histoire de cette période, qui vécut la guerre des Juifs contre les Romains de Vespasien et de Titus d’abord en tant que général juif puis en tant que prisonnier passé aux Romains. Dans ses textes, (comme Antiquités judaïques et la Guerre des Juifs) écrits en araméen et en grec, outre la volonté de se justifier, il s’efforce de faire comprendre le point de vue juif aux Romains parmi lesquels il passe la fin de sa vie.

De multiples courants religieux

Le judaïsme de l’époque du Second Temple est parcouru de multiples courants religieux qui peuvent se combattre violemment et dont la division est souvent considérée comme une des causes de la chute du Second Temple. Les Juifs partagent alors la terre d’Israël avec les Grecs et une frange du monde juif, souvent liée au pouvoir tend à helléniser le culte. Le judaïsme hellénistique, très influent à Alexandrie, était aussi celui des derniers Hasmonéens.

On parle aussi des Hassidéens, des hommes pieux qui ont été parmi les premiers à se rallier à Judas Maccabée pour libérer le Temple. Mais surtout, le monde juif est partagé entre Sadducéens et Pharisiens. Les Sadducéens affirment la primauté du Pentateuque et de ses lois, aux dépens des enseignements ultérieurs et de toute mystique. Les Pharisiens prennent en compte la Torah mais aussi les autres livres de la Bible et les enseignements des sages. Ils croient à l’immortalité de l’âme. Ils vont donner naissance au judaïsme rabbinique. Hillel l’Ancien, un docteur de la Loi venu de Babylone, descendant de la maison de David, qui préside le Sanhédrin et Shammaï fondent des écoles rabbiniques d’interprétation de la Torah, qui vont être à l’origine de la Mishnah.

De nombreuses autres sectes existent, qui attendent l’arrivée imminente du Messie, comme les Esséniens46.

C’est du Ier siècle av. J.-C. que datent les plus vieilles synagogues qu’on connaisse aujourd’hui. La synagogue la plus ancienne dont on ait des traces serait l’une de celles de Jéricho, située près des ruines d’un palais hasmonéen47,48. Il faut aussi citer celle de Gamla sur le Golan.

Au Ier siècle apparaissent de nouvelles sectes juives, les zélotes, partisans de la lutte à outrance contre les Romains, les baptistes, autour de Jean le Baptiste49 puis les disciples de Jésus50,51.

Enfin, en marge du judaïsme, il faut rappeler l’existence (jusqu’à ce jour)52 des Samaritains, qui ne reconnaissent que le Pentateuque et adorent l’Éternel, non à Jérusalem mais sur le mont Garizim (aujourd’hui près de Naplouse).

De la conquête de Pompée à la destruction du Second Temple par Titus

Les derniers Hasmonéens (63-37 av. J.-C.)

Pompée se garde d’annexer entièrement la terre d’Israël à la province romaine de Syrie de même qu’il évite d’en faire une province à part entière. Il laisse à Hyrcan II, le roi hasmonéen et à Antipater, son ministre, la Judée et la Galilée tandis que la Syrie reçoit la côte, la Samarie et la Décapole53.

En -54, Crassus s’empare du trésor du Temple de Jérusalem, que Pompée n’avait pas touché, et selon Flavius Josèphe, récupère un total de 10 000 Talents ainsi qu’une poutre d’or que le sacrificateur Eléazar lui avait remise à condition de promettre par serment - non respecté - de laisser les anciennes tapisseries qui ornaient le sanctuaire54.

César, lui, favorise Antipater qui l’a soutenu dans sa campagne d’Égypte55, avec ses fils Phasaël nommé gouverneur de Jérusalem et Hérode, gouverneur de Galilée. Il confirme par décret puis par senatus-consulte, peu avant son assassinat, l’ethnarchie à Hyrcan et à ses descendants et il exempte les Juifs d’impôts55.

Les exactions d’Hérode en Galilée puis son procès à Jérusalem par le Sanhédrin — dont il fera plus tard exécuter les membres56 — suscitent la guerre civile en Judée entre les partisans d’Antigone, fils d’Aristobule II, soutenus par les Parthes et ceux de Hérode et Phasaël, soutenus par les Romains. En -40, Antigone prend le contrôle de Jérusalem et remet Hyrcan II aux Parthes. Mais Hérode se déplace à Rome, obtient le support du Sénat contrôlé par Octave et Marc Antoine qui le proclament roi des Juifs57. La guerre reprend entre les deux rois de Judée, Antigone et Hérode et en -37, Hérode qui bénéficie de l’assistance des légions romaines met le siège devant Jérusalem qui est prise au bout d’un siège de quelques mois. Antoine fait décapiter Antigone en -37 à Antioche et Hérode peut régner sans partage, d’autant qu’il fait rapidement assassiner ceux qui pourraient paraître plus légitimes : en -35, Aristobule III, grand-prêtre, petit-fils d’Hyrcan II et frère de son épouse Mariamne puis Hyrcan II lui-même âgé de plus de 80 ans58 , etc…

Pour lire la suite, on peut soit remonter au sommaire de l’article Wikipédia, soit aller à la source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_des_Juifs_en_terre_d%27Isra%C3%ABl

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9.
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14,5 millions de Juifs recensés dans le monde Par Nathalie Sosna-Ofir Le 22/04/2018 à 15h00 Rubrique Israël – Document ‘Actualité Juive Hebdo’ – Photo Bien que la halakha interdise de compter les êtres humains, il manque encore deux millions de Juifs pour que la population juive actuelle équivaille à celle d’avant la Shoah.

Un nombre en constante augmentation depuis 1945, alors qu’il ne restait que 11 millions de juifs après que les nazis en eurent exterminé plus de 6 millions. 100 000 de plus par an ces dernières années. C’est en Israël que la population juive est la plus importante. 6 646 000 dont 210 000 survivants de la ...

Bien que la halakha interdise de compter les êtres humains, il manque encore deux millions de Juifs pour que la population juive actuelle équivaille à celle d’avant la Shoah.

73 ans après la fin de la Seconde guerre mondiale, la population juive mondiale n’est pas encore revenue à son nombre d’avant la Shoah. Il y a aujourd’hui, d’après une étude réalisée conjointement par le Bureau Central Israélien des Statistiques et le Centre d’études du judaïsme contemporain de l’Université hébraïque de Jérusalem, 14 511 000 juifs dans le monde alors qu’ils étaient 16 600 00, en 1939. Soit 2 millions de moins. Y compris ceux qui se reconnaissent comme partiellement juifs et les immigrants installés en Israël qui, selon la halakha ne sont pas juifs mais cependant admissibles à la Loi du Retour. 

Un nombre en constante augmentation depuis 1945, alors qu’il ne restait que 11 millions de juifs après que les nazis en eurent exterminé plus de 6 millions. 100 000 de plus par an ces dernières années. C’est en Israël que la population juive est la plus importante. 6 646 000 dont 210 000 survivants de la Shoah. 75% de l’ensemble de la population du pays, alors qu’ils en représentaient 82% en 1948, dans le tout jeune Etat d’Israël. Les trois pays qui comptent ensuite le plus de juifs sont les Etats-Unis, 5 700 000, la France, 456 000 et le Canada, 385 300. Suivent la Grande-Bretagne, 290 000, l’Argentine, la Russie 186 000, près de 120 000 juifs vivent en Allemagne, 20 000 en Iran, et 2 400 au Maroc. Et si l’on se fie aux savants calculs de Sergio DellaPergola, démographe israélien, professeur à l’Université Hébraïque de Jérusalem et expert en démographie juive, il faudra patienter jusqu’en 2050 pour que la population revienne à son niveau de 1939. Mais elle ne représentera toutefois qu’un plus faible pourcentage de la population mondiale qu’en 1939. Si avant la Shoah environ 8 personnes sur 1 000 étaient juives dans le monde, après la 2nde Guerre mondiale, elles n’étaient plus que 4 sur 1 000 et aujourd’hui à peine 2 pour 1 000. « Il faut serrer la main à 500 personnes avant d’être sûr de tomber sur celle d’un juif », aime à répéter Della Pergola. 

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Source : http://www.actuj.com/2018-04/israel/6617-14-5-millions-de-juifs-recenses-dans-le-monde

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9bis.
Dix photos pour vous montrer que les Juifs n’appartiennent pas à une catégorie stéréotypée ! Publié le 23 août 2013 par danilette - http://popchassid.com/10-photos-to-remind-you-that-jews-dont-fit-into-a-stereotype-and-never-have/

Les gens du monde entier, plus spécialement en Amérique, [sans doute moins en France] quand ils imaginent à quoi ressemble un Juif ont ce genre d’image-cliché en tête 

Photo - Grâce à Woody Allen, Hollywood, et beaucoup d’autres raisons qui n’ont aucun lien avec la réalité, ils aiment penser que les Juifs sont blancs, petits et ringards et ont toujours été ainsi.

Et bien sûr voici l’image du Juif religieux qu’ils ont en tête :

Photo - Un chapeau noir, une barbe et le plus important : blanc comme un cachet d’aspirine. L’image du Juif est stéréotypée

Ce qui est encore plus frappant, c’est la façon dont les femmes juives sont stéréotypées comme ici : photo ; ou comme ici, photo : les jeunes filles juives (blanches) ’princesses juives’, comme cette charmante émission de télé-réalité [américaine] nous l’a douloureusement montré. [C’est aussi l’image véhiculée par les films : Le grand pardon, la vérité si je mens etc...]

Alors que pouvons-nous faire ? En tant que Juif séfarade qui se trouve aussi être religieux, j’ai pensé que je devrais faire un exposé sur le magnifique arc-en-ciel qu’est le Peuple juif. Un peuple qui ne peut être défini par une race ou être mis dans une catégorie par facilité. Un peuple qui défie tous les stéréotypes ! 

Commençons :

1. Des derwishes juifs iraniens en 1922

Photo - Traditionnellement, les dervishes appartiennent à un groupe d’ascètes musulmans vivant dans une pauvreté extrême. Pourtant, ces deux frères ont été capables de s’intégrer à ce mode de vie sans renier leur identité juive. Lisez pour plus de détail cette histoire fascinante ici.

 2. Des enfants juifs avec leur maître à Samarkand en 1911

Voici un cliché du photographe Sergei Mikhailovich Prokudin-Gorskii, dans une photo très rare pour l’époque, en couleur, on voit un maitre juif et ses jeunes élèves. Ces couleurs détruisent la conception que les Juifs religieux sont habillés seulement en noir et blanc. Pendant la majorité de leur histoire, et dans de nombreux endroits où ils ont vécu, les Juifs étaient un peuple vêtu d’habits colorés [et haut en couleurs !].

3. Les derniers Juifs d’Irak, 1908-1910

Photo - Nous oublions souvent que jusqu’à une époque très récente [jusqu’à l’exode des pays musulmans] il existait une population juive florissante au Moyen-Orient. Les Juifs, très patriotiques s’identifiaient aux pays dans lesquels ils vivaient. Voici la photo d’un groupe de scouts juifs en Iraq au début du 20ème siècle. On voit derrière eux, la bannière de leur groupe et le drapeau iraquien. Cela leur va si bien...

4. Des membres juifs d’une brigade de défense en Inde en 1939 Photo

5. Une femme juive yéménite en 1983 

Cliché du merveilleux photographe, Frederic Brenner, parmi la série “Diaspora” de Juifs dans des endroits aussi reculés que le Yémen. Tristement, elle était une des dernières, après des années de persécutions et de retours vers Israël. [Un petit groupe de 17 Juifs vient d’être rappatrié vers Israël voir la photo ci-dessous].

6. Une photo impressionnante de soldats juifs israéliens d’origine éthiopienne 

Photo

7. Rastaboy Raslion

Photo - Voici Rastaboy Raslion, un DJ incroyable de Tel-Aviv !

7. Une Juive noire orthodoxe [The Unicorne en anglais, la fabuleuse licorne de la légende]

Voici une photo de Gulienne Rollins-Rison, parue dans un récent article sur les Juifs orthodoxes noirs aux Etats-Unis du New York Magazine. Elle est mariée à Manishtana Rison, un écrivain et militant social qui apparaît aussi dans l’article. “En tant que Juif de couleur, vous êtes considéré comme la licorne, cette créature mythique qui n’existe pas. Manishtana’s écrit un livre sur sa vie dont le titre est Thoughts from a Unicorn, Pensées d’une licorne 

8. Le couple

Cette photo est du même article et ce sont mes amis Baruch Arky et sa femme Zehava, dont les parents sont musulmans et chrétiens. Comme le déclare Zehava, ’avant que je ne sois mariée, quand les gens essayaient de me ’caser’, ils essayaient de le faire avec un Juif de couleur sans savoir si nous pouvions avoir quelque chose en commun’. 

9. Juifs chinois

Série de photos : 1 2 3 4 5

Je n’ai pas pu choisir parmi toutes ces photos d’Israéliens chinois. Ces hommes et femmes viennent d’une communauté de Chinois qui s’identifiait comme Juifs depuis des générations. Cependant, comme leur identité se transmettaient par le père, quand ils ont décidé d’immigrer en Israël, ils ont été obligés de se convertir. Après un processus long de plusieurs années, une demi-douzaine d’entre eux ont fait leur Alya et ont été acceptés pleinement en tant que Juifs et qu’Israéliens et il y en a 6 autres qui étudient à Jérusalem en vue de se convertir. Lire ici

10. Vous n’êtes pas obligés d’être blanc pour être juif

Photographie - © Adapté par Danilette © Avant toute reprise, lire ici 

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Source : http://www.danilette.com/article-dix-photos-pour-vous-montrer-que-les-juifs-n-appartiennent-pas-a-une-categorie-stereotypee-119670394.html

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10.
Juifs et judaïsme en Europe d’après Wikipédia

L’histoire des Juifs d’Europe remonte à plus de 2.000 ans. Ils ont connu des périodes fastes, par exemple sous les Omeyyades de Cordoue au Xe siècle ou en Champagne au XIe siècle quand Rachi commentant le Talmud mérite d’être qualifié de « tout premier intellectuel français »1 ou sous les Jagellons de Pologne au XVIe siècle. Conservateurs du texte hébraïque de la Bible, ils ont joué un grand rôle culturel et économique tout au long de l’histoire mais ont connu des persécutions et des accusations calomnieuses en Europe occidentale au Moyen Âge puis ont été expulsés d’Angleterre, de France et enfin d’Espagne. L’émancipation des Juifs lors de la Révolution française leur permet d’accéder à la pleine citoyenneté dans de nombreux pays européens au XIXe siècle et le judaïsme se fractionne alors en multiples courants des plus orthodoxes aux plus assimilés.

Toutefois, l’antisémitisme, qui perdure, est à la source de l’émigration des Juifs d’Europe centrale et orientale vers les États-Unis puis de l’émergence du sionisme. Il culmine avec l’extermination des Juifs, ce que les Nazis appellent la Solution finale de la question juive.

Les Juifs sont quasiment éradiqués d’Europe centrale et orientale et la politique des pays du bloc communiste amène nombre de rescapés à émigrer vers le nouvel État d’Israël.

En 2013, la population juive européenne, environ 1 400 000 personnes, ne représente qu’à peine plus d’un dixième de la population juive mondiale d’avant la Seconde Guerremondiale. Les plus grandes communautés juives européennes se trouvent en France, au Royaume-Uni et en Russie. Elles offrent pourtant toutes les palettes du monde juif, des Loubavitch aux Juifs assimilés. Mais les descendants des Juifs d’Europe d’avant la Shoah vivent pour la plupart en Israël et aux États-Unis.

De nombreux Juifs ont accédé à une audience et à une influence sortant largement du domaine de la religion juive ou même de la communauté juive, tels Sigmund Freud, Albert Einstein ou Emmanuel Lévinas. Les notions de civilisation ou d’Europe judéo-chrétiennes sont devenues communes mais sont controversées2.

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11.
Quatre jeunes Européens juifs sur cinq estiment que l’antisémitisme augmente Belga - Publié le jeudi 04 juillet 2019 à 16h22 - Mis à jour le jeudi 04 juillet 2019 à 16h23 - Photo - International

Quatre jeunes Européens juifs sur cinq affirment que l’antisémitisme est un problème dans leur pays et estiment qu’il a augmenté au cours des cinq dernières années, ressort-il d’un rapport publié jeudi par l’agence des droits fondamentaux de l’Union européenne (FRA).

D’après cette étude menée auprès de 2.700 personnes dans douze Etats membres de l’UE, 44% des jeunes Européens juifs ont déjà été confrontés au harcèlement antisémite, c’est-à-dire 12% de plus que leurs aînés.

Le rapport indique en outre que 45% des répondants choisissent de ne pas revêtir, porter ou afficher en public des signes et objets distinctifs de leur identité juive par souci de sécurité, et même que 41% ont déjà envisagé d’émigrer parce qu’ils ne se sentaient pas en sécurité.

’Les jeunes Européens juifs sont très attachés à leur identité juive. Cela m’attriste qu’ils craignent pour leur sécurité en Europe, qu’ils n’osent pas porter une kippa et que certains envisagent même d’émigrer’, a réagi la commissaire européenne à la Justice, Vera Jourova. ’Nous devons agir rapidement pour lutter contre l’antisémitisme en Europe et unir nos efforts pour garantir la sécurité de nos jeunes’, a-t-elle ajouté.

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12.
Les jeunes Juifs se sentent en danger en Europe selon une étude de l’UE - Par Times of Israel Staff 4 juillet 2019, 17:39 – Document ‘The Times of Israel’ -Photo : Personnes portent des kippas lors d’une manifestation contre l’antisémitisme à Berlin, le 25 avril 2018. (AP/Markus Schreiber) – Document ‘fr.timesofisrael.com’

Quarante-quatre pourcents des jeunes Juifs sondés ont été victimes de harcèlement antisémite ; 41 % ont envisagé d’émigrer

La majorité des jeunes Juifs européens expriment une forte identité juive malgré un sentiment d’insécurité en raison de la croissance de l’antisémitisme, conclut une nouvelle étude menée par l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne (FRA).

L’enquête, reposant sur des entretiens réalisés auprès de plus de 2 700 Juifs âgés entre 16 et 34 ans en 2018, révèle que 81 % des jeunes Juifs européens « ont déclaré que leur identité juive était très forte », tandis qu’un pourcentage identique ont estimé que « le racisme est un problème dans leur pays ».

Quarante pourcents des personnes interrogées ont indiqué avoir été victime de harcèlement antisémite, et 85 % d’entre eux ont rapporté « que les citoyens de leur pays les accusent ou leur reprochent au moins « occasionnellement » ce que le gouvernement israélien fait.

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Pour près de la moitié des sondés, leur gouvernement ne les protège pas assez, et 45 % ont déclaré qu’ils « choisissent de ne pas porter ou afficher de symboles juifs distinctifs en public par souci de sécurité ».

Plus tôt cette année, le principal responsable allemand de la lutte contre l’antisémitisme avait déclaré qu’il ne recommanderait « pas aux Juifs de porter la kippa en permanence où que ce soit en Allemagne », ce qui avait provoqué des réactions enflammées des organisations juives dans le monde.

D’après la FRA, 41 % des jeunes Juifs ont envisagé d’émigrer « car ils ne se sentent pas en sécurité en tant que juif ».

La majorité des jeunes Juifs européens expriment une forte identité juive malgré un sentiment d’insécurité en raison de la croissance de l’antisémitisme, conclut une nouvelle étude menée par l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne (FRA).

L’enquête, reposant sur des entretiens réalisés auprès de plus de 2 700 Juifs âgés entre 16 et 34 ans en 2018, révèle que 81 % des jeunes Juifs européens « ont déclaré que leur identité juive était très forte », tandis qu’un pourcentage identique ont estimé que « le racisme est un problème dans leur pays ».

Quarante pourcents des personnes interrogées ont indiqué avoir été victime de harcèlement antisémite, et 85 % d’entre eux ont rapporté « que les citoyens de leur pays les accusent ou leur reprochent au moins « occasionnellement » ce que le gouvernement israélien fait.

Pour près de la moitié des sondés, leur gouvernement ne les protège pas assez, et 45 % ont déclaré qu’ils « choisissent de ne pas porter ou afficher de symboles juifs distinctifs en public par souci de sécurité ».

Plus tôt cette année, le principal responsable allemand de la lutte contre l’antisémitisme avait déclaré qu’il ne recommanderait « pas aux Juifs de porter la kippa en permanence où que ce soit en Allemagne », ce qui avait provoqué des réactions enflammées des organisations juives dans le monde.

D’après la FRA, 41 % des jeunes Juifs ont envisagé d’émigrer « car ils ne se sentent pas en sécurité en tant que juif ».

« Nous devons agir rapidement pour combattre l’antisémitisme en Europe et joindre nos efforts pour garantir la sécurité de notre jeunesse », a déclaré la commissaire européenne à la Justice, aux Consommateurs et à l’Égalité des genres Justice, Věra Jourová.

« Nous voulons que les jeunes Juifs grandissent en Europe en se sentant à leur place. L’antisémitisme menace nos valeurs européennes. C’est pourquoi nous avons fait de la lutte contre l’antisémitisme une priorité et que nous travaillons étroitement avec les États membres pour garantir qu’ils se sentent pleinement appartenir à notre Union ».

(AP/Markus Schreiber)

La majorité des jeunes Juifs européens expriment une forte identité juive malgré un sentiment d’insécurité en raison de la croissance de l’antisémitisme, conclut une nouvelle étude menée par l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne (FRA).

L’enquête, reposant sur des entretiens réalisés auprès de plus de 2 700 Juifs âgés entre 16 et 34 ans en 2018, révèle que 81 % des jeunes Juifs européens « ont déclaré que leur identité juive était très forte », tandis qu’un pourcentage identique ont estimé que « le racisme est un problème dans leur pays ».

Quarante pourcents des personnes interrogées ont indiqué avoir été victime de harcèlement antisémite, et 85 % d’entre eux ont rapporté « que les citoyens de leur pays les accusent ou leur reprochent au moins « occasionnellement » ce que le gouvernement israélien fait.

Pour près de la moitié des sondés, leur gouvernement ne les protège pas assez, et 45 % ont déclaré qu’ils « choisissent de ne pas porter ou afficher de symboles juifs distinctifs en public par souci de sécurité ».

Plus tôt cette année, le principal responsable allemand de la lutte contre l’antisémitisme avait déclaré qu’il ne recommanderait « pas aux Juifs de porter la kippa en permanence où que ce soit en Allemagne », ce qui avait provoqué des réactions enflammées des organisations juives dans le monde.

D’après la FRA, 41 % des jeunes Juifs ont envisagé d’émigrer « car ils ne se sentent pas en sécurité en tant que juif ».

« Nous devons agir rapidement pour combattre l’antisémitisme en Europe et joindre nos efforts pour garantir la sécurité de notre jeunesse », a déclaré la commissaire européenne à la Justice, aux Consommateurs et à l’Égalité des genres Justice, Věra Jourová.

« Nous voulons que les jeunes Juifs grandissent en Europe en se sentant à leur place. L’antisémitisme menace nos valeurs européennes. C’est pourquoi nous avons fait de la lutte contre l’antisémitisme une priorité et que nous travaillons étroitement avec les États membres pour garantir qu’ils se sentent pleinement appartenir à notre Union ».

Le directeur de la FRA, Michael O’Flaherty, a fait écho à ces propos, qualifiant l’antisémitisme de « tâche obstinée qui refuse de partir ».

« Nous devons à tous les Juifs, et tout particulièrement aux générations futures, d’effacer cette souillure une bonne fois pour toutes au moyen d’une action coordonnée de l’UE et de chaque pays visant à travailler main dans la main avec les communautés juives », a-t-il assuré.

Le précédent rapport de l’agence sur ce fléau de 2018 avait révélé que 90 % des Juifs européens avaient l’impression que l’antisémitisme avait augmenté dans leur pays au cours des cinq dernières années.

Des plus de 16 000 Juifs ayant participé à l’enquête en ligne, 85 % avaient considéré l’antisémitisme comme le plus grand problème social et politique qui frappe leur pays.

Le rapport avait été publié après la parution d’une grande enquête de CNN, selon laquelle un cinquième des Européens pensent que les Juifs ont trop d’influence dans la finance et la politique, et un tiers a indiqué qu’ils ne savaient rien ou très peu sur la Shoah.

Le Congrès juif mondial a réagi au nouveau sondage sur Twitter, notant qu’il s’agissait « d’un autre appel à combattre #l’antisémitisme à la racine, pour l’avenir de la vie juive en Europe ».

En savoir plus sur : Israël et Ses Voisins Antisémitisme Union européenne Juifs d’Europe

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Selon Wikipédia, « The Times of Israel est un magazine en ligne israélien lancé en 2012 et disponible en langues anglaise, française, arabe et chinoise, puis hébreu depuis 2019. Il publie des articles et des analyses sur l’actualité en Israël, au Moyen-Orient et dans le monde juif ».

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Source : https://fr.timesofisrael.com/les-jeunes-juifs-se-sentent-en-danger-en-europe-etude-de-lue/

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13.
L’état d’ Israël décrit par Wikipédia

Israël Note 1 ([is.ʁa.ɛl]), en forme longue l’État d’Israël (respectivement en hébreu יִשְׂרָאֵל (Yisrā’el) et מְדִינַת יִשְׂרָאֵל (Medīnat Yisra’el) [mediˈnat jisʁaˈʔel], en arabe إِسْرَائِيلُ (Isrā’īl) et دولة إسرائيل (Dawlat Isrā’īl)), est un État situé sur la côte orientale de la mer Méditerranée au Proche-Orient en Asie occidentale. Son indépendance est proclamée le 14 mai 1948, après le vote du plan de partage de la Palestine le 29 novembre 1947 par l’Organisation des Nations unies (ONU) qui met fin au mandat britannique et qui prévoit la création d’un État juif et d’un État arabe. Les premières bases politiques en ce sens ont été posées lors du premier congrès mondial sioniste à Bâle en 1897 sous la direction de Theodor Herzl.

Israël est une démocratie parlementaire. Le Premier ministre, élu par le Parlement et nommé par le président, est le chef de l’exécutif. La Knesset (assemblée), où siègent cent vingt députés élus au scrutin proportionnel intégral à un tour, représente le pouvoir législatif. La Cour suprême, composée de neuf juges, sert à la fois de pouvoir judiciaire et de Cour d’appel. Le pays a établi sa capitale à Jérusalem, choix qui n’est pas reconnu par une grande partie de la communauté internationale. Tel Aviv est le centre diplomatique, économique et financier du pays.

Israël est également le seul État au monde où la population est majoritairement juive avec une proportion de 75 %. Le 19 juillet 2018, la Knesset adopte une nouvelle loi fondamentale de l’État d’Israël qui fait d’Israël l’État-nation du peuple juif. La population non juive comprend principalement des Arabes pour la plupart des descendants des Arabes de l’époque de la Palestine mandataire aussi appelés Arabes israéliens ; ils représentent 20,6 % de la population : 91 % d’entre eux sont musulmans6.

Depuis sa création en 1948, l’État d’Israël a subi de nombreuses attaques et déclarations de guerres venant des pays arabes voisins. L’Égypte et la Jordanie ont signé un traité de paix avec Israël, mais ce dernier reste en conflit avec la Syrie, le Liban et le Hamas dans la bande de Gaza.

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14.
Israël 70 : un miracle économique et technologique Par Haï 24 avril 2018 10:38 - Illustration Shraga Blum – Document ‘jforum.fr/’

Il faut être aveugle ou de très mauvaise… foi pour ne pas voir que la renaissance d’un Etat juif et tout ce qu’il a réalisé en a peine sept décennies tient du véritable miracle. Miracle d’autant plus retentissant que quelques années à peine auparavant, le peuple juif se trouvait dans la pire situation de son histoire. En comparant la situation du jeune Etat en 1948 et celle d’aujourd’hui, on ne peut constater qu’il s’agit d’un cas unique dans les annales de l’Humanité.

Israël fête ses 70 ans mais son histoire plonge en fait dans un passé beaucoup plus lointain : les archéologues ont mis à jour les vestiges d’anciennes synagogues et de mosaïques juives qui remontent à l’Antiquité, ce qui atteste l’ancienneté de l’implantation juive sur cette terre.

- Cette Terre d’Israël, au fil du temps, a reçu de nombreuses appellations. A l’époque biblique, c’est le pays de Canaan, Eretz-Israël, Samarie et Juda (après l’éclatement du royaume de Salomon en deux entités distinctes). Sous les Romains, Judée. Plus tard on désigne le territoire du nom de Palestine (par référence aux Philistins), de Terre Promise ou encore de Terre Sainte. Avant le XXème siècle, le monde arabe et les Musulman n’usaient pas d’un nom spécifique pour désigner ce territoire qui ne formait pas une unité administrative.

– Si Israël ne manque pas d’épaisseur historique, qu’en est-il de l’espace ? Une boutade circule : «  échangerait beaucoup de géographie pour un peu d’histoire ». En effet, le pays a une largeur maximale de 115 km et la largeur minimale est de 14 km, donnant au pays une allure de « taille de guêpe »

Guère plus vaste que la place de la Concorde à Paris, renfermant d’importants lieux saints juifs, chrétiens et musulmans, la Vieille Ville de Jérusalem constitue l’épicentre du conflit israélo-palestinien.

– Un climat de guerre permanent avant et après l’Indépendance de l’Etat d’Israël : les guerres de survie en 1948, 1967 et 1973 ; les guerres de défense ou de « puissance » en 1956, 1982 et 2006.

Malgré la restitution de certains territoires, dans le cadre d’accords de paix, les tirs de mortiers et de roquettes, les attentats contre les villes israéliennes, continuent.

Population juive en Israël : 1948 : 600.000 2018 : 6.600.000

Pourcentage de la population globale juive vivant en Israël :  1948 : 6% 2018 : 46% (bientôt, la majorité des Juifs vivra en Israël)

Espérance de vie :  948 : H 64,9 / F 67,6  2018 : H 80,7 / F 84,2

Nombre d’établissement d’enseignement supérieur :  1948 : 2   2018 : 62

Nombre de yeshivot-hesder : 1948 : 0  2018 : 70

Produit Intérieur Brut : 1948 : 25,6 milliards de shekels  2018 : Mille milliards et 220 millions de shekels

Exportations : 1948 : 29 millions de dollars  2018 : 53 milliards de dollars

Israël et le retour des exilés

En 1897 on comptait 650.000 juifs, de nos jours le nombre de juifs en Israël est de près de six millions d’habitants soit 80 % de la population.

Les trois millions d’immigrants, depuis 1948, font d’Israël le seul pays dont la population a été multipliée par neuf en cinquante ans. Avec 40% des 13 millions de la planète, Israël est désormais la deuxième grande communauté juive derrière celle des Etats-Unis.

Le « rassemblement des exilés » est devenu réalité, au-delà de la diversité des options religieuses et politiques, et malgré les conflits récurrents avec les Etats arabes.

Le succès économique le plus frappant d’Israël

Un article de Libération. « Présenter Israël comme un triomphe économique et technologique a un avantage : c’est une vérité indéniable. Au bord de la faillite dans les années 80, l’Etat hébreu affiche désormais une croissance insolente de 4 % par an, un niveau de vie comparable à la France – malgré d’importantes inégalités sociales – et un taux de chômage historiquement bas, tombé à 3,7 % en janvier. Lire la suite sur israelvalley.com

Il réside dans son rythme de développement, en dépit du fait que le pays est confronté à un certain nombre de défis extrêmement lourds :

1. Le maintien de la sécurité nationale : Israël consacre actuellement à la défense nationale environ 8 % de son PIB (contre plus de 25 % dans les années 1970 et 23 % en 1980). Même dans les périodes de paix, Israël est contraint de maintenir une forte capacité de dissuasion.

2. L’intégration d’un grand nombre d’immigrants : le « rassemblement des exilés » est la raison d’être de l’Etat juif. Depuis sa création, Israël a intégré près de 3 millions d’immigrants, soit près de cinq fois le nombre de juifs vivant dans le pays au moment de la proclamation de son indépendance en 1948. Au cours des quatre premières années, la population d’Israël a plus que doublé par suite de l’arrivée de 700 000 immigrants, pour la plupart réfugiés de l’Europe d’après-guerre ou des pays arabes.

Depuis 1990, une autre vague de 1,2 million d’immigrants (dont 940 000 originaires de l’ex-Union soviétique) a nécessité d’énormes dépenses pour leur intégration matérielle et sociale. Cependant, et plus rapidement que lors des précédentes périodes d’immigration, ces nouveaux arrivés ont contribué à l’accélération de la croissance du PIB, mais également à une hausse temporaire du taux de chômage qui a atteint 11,2 % en 1992. Cela a été progressivement réduit à moins de 6 pour cent avant la crise financière mondiale.

3. La mise en place d’infrastructures modernes : il existait certes en 1948 des réseaux routiers, des moyens de transports, des installations portuaires, des réseaux d’alimentation en eau et électricité et des moyens de communication, mais ils ne répondaient plus aux besoins de l’heure et il fallut investir des sommes considérables pour leur modernisation et leur expansion. Sans cet investissement colossal dans les communications et les transports, la croissance économique d’Israël n’aurait jamais atteint son rythme.

4. La fourniture de services publics de haut niveau (santé, éducation, services sociaux, etc.) : Israël assume la responsabilité du bien-être de sa population, en s’occupant plus particulièrement des couches sociales défavorisées, et en y consacrant continuellement un pourcentage important de ses ressources. Les budgets récents ont mis un accent particulier sur l’éducation et autres programmes visant à investir dans la main-d’œuvre l’avenir du pays tout en contribuant à combler le fossé des revenus.​​

Tout cela et tant d’autres réalisations n’auraient été possibles sans une “aide extérieure”….

Adaptation par JG - Sources : Shraga Blum - www.israelvalley.com Photo Illustration

La population d’Israël atteint les 8,8 millions d’individus

Les Juifs représentent environ les 3/4 de la population totale, avec 6,589 millions d’habitants, tandis que la minorité arabe compte environ 1,849 million de personnes, soit 20,9 % Lire la suite sur timesofisrael.com

5 Iyar : le gouvernement se réunit à Beit Haatsmaout

A l’occasion du 5 Iyar [10 mai], le gouvernement s’est réuni au grand complet à Beit Hatsmaout, à Tel-Aviv, ce lieu historique où David Ben-Gourion proclama l’Indépendance de l’Etat d’Israël.

Lors de cette séance très solennelle et émouvante, en présence notamment de combattants des organisations clandestines, le Premier ministre Binyamin Netanyahou a d’abord évoqué la joie et la fierté ressentie pour tout ce qui a été accompli depuis ces soixante dix ans. Il a rappelé la décision gouvernementale d’il y a quelques années de restaurer entièrement Beit Haatsmaout et d’en faire un lieu de patrimoine central dans l’Etat d’Israël.

Le Premier ministre a souligné l’importance de la décision de David Ben-Gourion, ainsi que les mots qu’il avait prononcés : “L’Etat d’Israël et né, l’exil d’Israël est terminé”. Binyamin Netanyahou a rajouté : “Et le peuple d’Israël a ressuscité”, car “il n’est pas certain que le peuple juif aurait eu une nouvelle occasion de retrouver son indépendance et serait ainsi resté dispersé, à la merci des nations”.

Evoquant ensuite la confiance de Ben-Gourion dans la force et la résistance d’Israël face à ses ennemis en 1948, Binyamin Netanyahou a assuré qu’il en sera de même aujourd’hui face aux ennemis qui veulent faire disparaître l’Etat juif. Plus précis, il a dit : “Nous entendons aujourd’hui les menaces en provenance d’Iran. Les combattants de Tsahal et les toutes les forces de sécurité sont prêts à parer à toute éventualité. Nous vaincrons ceux qui voudront nous atteindre. Nous ne craignons pas le prix qui sera à payer, mais nous ferons payer très cher à ceux qui nous veulent du mal. Tsahal est prêt et le peuple restera debout”.

Le Premier ministre a ensuite remercié les nombreux chefs d’Etats qui ont adressé leurs voeux à l’Etat d’Israël à l’occasion de son 70e anniversaire, citant notamment Donald Trump et Vladimir Poutine. Il a conclu son intervention en assurant que l’Etat d’Israël continuera à se développer et à atteindre de nouveaux sommets.

Deux vidéos, l’une en français, l’autre en hébreu, sont à voir à la source

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Source : http://www.jforum.fr/israel-70-un-miracle-economique-et-technologique-videos.html

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15.
De rêve en tragédie, l’histoire du pays racontée par ses plumes Par Alexandra Schwartzbrod - 18 avril 2018 à 21:16 (mis à jour le 19 avril 2018 à 11:00) – Document ‘liberation.fr’ – Photo : David Ben Gourion dans le film de William Karel, « Israël, une Terre deux fois promise. » Photo Arte France. Roche Productions

Dix grands écrivains livrent dans un documentaire (à découvrir en avant-première sur Liberation.fr) leur témoignage sur la perte des valeurs pionnières d’Israël.

Documentaire : regardez l’histoire d’Israël racontée par dix grands écrivains

Soixante-dix ans après sa naissance, Israël apparaît bien comme une incroyable réussite, au vu de ce qui a été accompli en quelques décennies, mais aussi un terrible échec si l’on prend en compte les valeurs qui ont présidé à sa création. Le documentaire que William Karel a co-réalisé pour Arte avec Blanche Finger (diffusion le 24 avril), et dont Libération propose la première partie sur son site à partir de ce jeudi, montre bien ce paradoxe et les sentiments mêlés que suscite ce pays né d’une tragédie, la Shoah, et grandi au prix d’une autre tragédie, l’écrasement des Palestiniens. Ce n’est pas un hasard si le documentaire de Karel s’arrête en 1967, date de la guerre des Six Jours qui constitue un tournant dans l’histoire d’Israël puisqu’elle marque le début de l’occupation de Jérusalem-Est et de la Cisjordanie.

Né de rien. Comme souvent, ce sont les écrivains qui en parlent le mieux, ou du moins le plus librement. Dans un second documentaire diffusé le 25 avril mais visible sur Liberation.fr en exclusivité dès ce jeudi, William Karel a interviewé dix grands auteurs israéliens, qu’il a choisi avec Blanche Finger. Leurs témoignages sont poignants. Tous soulignent leur attachement éternel à ce pays né de rien, qui est parvenu à rassembler des Juifs venus de tous horizons. Tous soulignent aussi leur désespoir de voir cet Etat sombrer dans la peur et le rejet de l’autre pour finir par en perdre ses valeurs premières. « On ne peut pas garder une attitude démocratique quand on contrôle un autre peuple depuis cinquante ans », affirme ainsi David Grossman, qui a perdu un fils dans la guerre contre le Liban en 2006. « Ce qui se passe en ce moment est le résultat de 1967. Les colons ont triomphé, ils ont réussi à imposer leur politique, ce sera très difficile de revenir en arrière », regrette Benny Barbash. « Je ne peux pas penser à mon identité sans penser aux Arabes qui vivent ici. Ils font partie de mon identité, notamment depuis 1967 », note Avraham Yehoshua. « La réalité est toujours moins belle que le rêve. Si on réalise son rêve, on est toujours un peu déçu. Israël, c’est un rêve qui s’est réalisé », remarque, fataliste, Amos Oz.

Ce rêve, un homme l’a porté dès la fin du XIXe siècle : Theodor Herzl, « messie laïc à la barbe noire », comme le décrit Karel. Persuadé que l’antisémitisme disparaîtrait si les juifs avaient enfin un pays, cet intellectuel austro-hongrois n’a eu de cesse de se battre pour la création d’un Etat juif. Quand il présente son projet sioniste en 1897, tous les rabbins s’y opposent. Pour eux, Dieu seul peut décider du retour du peuple juif sur la Terre sainte. Dès le début, Herzl se montre convaincu de la nécessité de séparer la religion de l’Etat. « On ne laissera pas les rabbins nous diriger », déclare-t-il. L’historien et ex-ambassadeur d’Israël en France Elie Barnavi résume bien l’état d’esprit du mouvement sioniste des débuts : « Le sionisme a représenté la volonté de se libérer des entraves de la religion et de créer un homme nouveau, une nouvelle société au pays d’Israël. » Au vu de ce qu’est devenu l’Etat hébreu, où le rôle des religieux est désormais central, l’échec est flagrant.

Sédimentation. La relecture de l’histoire permet cependant de comprendre la part de responsabilité des puissances occidentales et arabes, et de certains leaders palestiniens dans la sédimentation du conflit israélo-palestinien. Quand les Britanniques prennent possession de la Palestine dans la foulée des accords Sykes-Picot en 1916, ils se livrent à un recensement et dénombrent 70 000 Juifs et 700 000 Arabes. « Les Britanniques créent alors une catégorie ’juifs’ et une catégorie ’arabes’. Dans leur esprit, il s’agissait de les pousser à se battre les uns contre les autres afin de rester éternellement les maîtres du jeu », résume Elias Sanbar, ambassadeur de la Palestine auprès de l’Unesco. Quant à l’alliance du grand mufti de Jérusalem avec l’Allemagne nazie, elle a été dévastatrice. « Nous avons payé longtemps le prix de cette alliance », confesse Sanbar.

Après la Seconde Guerre mondiale, les Juifs rescapés voient dans la création d’Israël le seul moyen de se protéger de la barbarie, dont ils sentent qu’elle peut frapper à nouveau. L’ONU décide alors de partager la Palestine entre Juifs et Arabes, mais ces derniers refusent. « Le refus arabe a été une erreur », notent la journaliste de Haaretz Amira Hass et l’intellectuel palestinien Sari Nusseibeh. « Les Palestiniens ne comprenaient pas pourquoi ils céderaient une partie de leurs terres natales », tempère Sanbar. David Ben Gourion, premier dirigeant d’Israël, voit bien le danger de l’entreprise. « Aujourd’hui le peuple danse, demain le sang va couler », confie-t-il en 1948 à Shimon Peres.

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Source : https://www.liberation.fr/planete/2018/04/18/de-reve-en-tragedie-l-histoire-du-pays-racontee-par-ses-plumes_1644378

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Torrent antisémite sur Twitter Vidéo 1 minute dans le cadre des émissions Les 80’’, de France Inter, lundi 8 juillet 2019 par Frédéric Métézeau - Photo : Une déferlement de haine sur twitter © Getty / Image Source

Ce week-end Le Parisien nous révélait que les fuites de sujets du bac le mois dernier s’étaient produites au sein du lycée Ozar-Hatorah de Créteil... Et depuis, les commentaires les plus écœurants s’enchaînent : il y a les vieux clichés anti-juifs du style : ’ils sont protégés, la Justice va classer l’affaire... Pas étonnant qu’il y ait de bons résultats dans ce lycée... BHL et Finkielkraut ne sont pas loin...’ 

Il y a aussi cette haine antisémite plus contemporaine du genre : ’si c’était arrivé dans un lycée musulman cela ferait la une de BFM’. Étonnamment les auteurs (souvent anonymes) ne prennent même plus la peine de se dissimuler derrière l’anti-sionisme... 

Mais surtout, il est intéressant de voir que nos collègues du Parisien, n’ont pas mentionné qu’Ozar-Hatorah était un lycée de confession juive. Ils pensaient sans doute bien faire et limiter les commentaires extrémistes car oui, aujourd’hui, nous journalistes hésitons à donner toutes les informations (ce qui est pourtant la base de notre métier) quand nous savons que cela peut exciter les haines. Dans le même esprit, fallait-il en parler, ce matin, à sur France Inter à une grande écoute ? En parler c’est faire écho au phénomène... Se taire c’est faire l’autruche et risquer que ce soit encore pire la prochaine fois...

L’équipe : Frédéric Métézeau Journaliste - Contact : Twitter- Source : Haut du formulaire

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17.
Alain Finkielkraut : « On a vécu longtemps dans le déni afin de ne pas stigmatiser une population déjà précarisée » - Interview Par Alexandra Schwartzbrod — 24 avril 2018 à 20:36 – Document ‘liberation.fr’

Le philosophe Alain Finkielkraut assume un manifeste qui « a le mérite de mettre les points sur les ’i’ ».

  • Alain Finkielkraut : « On a vécu longtemps dans le déni afin de ne pas stigmatiser une population déjà précarisée »
    Le philosophe Alain Finkielkraut est l’un des signataires du « Manifeste contre le nouvel antisémitisme ». Malgré la polémique, il assume pleinement la tribune.

A lire aussi Le grand pardon

Maintenez-vous tous les termes de ce texte ?

Je n’ai pas participé à la rédaction de cet appel mais j’assume tout. Je pense que l’antisémitisme qui sévit en France, en Belgique, en Suède et dans toute l’Europe est un produit d’importation. L’antisémitisme français existe, mais il est résiduel, exsangue, il a même été répudié de façon spectaculaire par le FN. Si les juifs quittent massivement l’Ile-de-France [lire page 5], ce n’est pas parce que les identitaires les persécutent ! La haine dont ils font l’objet vient d’ailleurs, elle n’est pas issue de ce que Bernard-Henri Lévy a appelé ’l’idéologie française’. Aveuglé par ses bonnes intentions, l’antiracisme a commis deux fautes impardonnables : croire que l’antisémitisme procédait nécessairement du nationalisme français et croire qu’il y avait une solidarité entre toutes les victimes de Dupont Lajoie (les Arabes, les Noirs, les Juifs).

A lire aussi Un manifeste pour « clamer une douleur » ou un « procès injuste contre les musulmans » ?

Vous assumez même l’expression d’« épuration ethnique à bas bruit » ?

S’il est vrai que la Seine-Saint-Denis a perdu une grande partie de sa population juive en quelques décennies, alors oui, le mot n’est pas trop fort, il y règne un climat d’insécurité pour les juifs qui devient insupportable. Discutons la formule si vous voulez, mais sachons aussi ouvrir les yeux sur la réalité qui l’a fait naître. Il y a quand même un grand déménagement des juifs. Sans compter ceux qui quittent la France pour Israël ou ailleurs. Moi, je pensais vraiment que c’était fini, qu’on était protégés par Auschwitz d’une recrudescence de l’antisémitisme.

A lire aussi Antisémitisme : un appel aux effets pervers

Cet appel peut-il être utile ?

Il a le mérite de mettre les points sur les ’i’. Des imams ont signé, un appel solennel est lancé aux autorités religieuses de l’islam pour qu’elles prennent les dispositions qui s’imposent. Il ne s’agit pas de stigmatiser les musulmans dans leur ensemble, mais de prendre acte d’un antisémitisme nouveau en France, je m’exprime là-dessus depuis longtemps.

Vous sentez-vous vraiment en danger ?

Moi, je ne crains rien dans mon quartier, rive gauche. Mais si je devais m’installer là où vivaient mes parents, entre République et la gare du Nord, je ne serais pas rassuré. Il m’est arrivé de me prendre des « quenelles » du côté de la gare du Nord. Pour des juifs de ma génération, c’est stupéfiant ! Il faut oser dire que le roi est nu. On a vécu longtemps dans le déni afin de ne pas stigmatiser une population déjà précarisée. Eh bien non, il faut déchirer le voile. Tout le monde doit prendre conscience de la situation qui s’installe et pour longtemps. Je veux bien qu’on dise que l’hospitalité est la gloire de la France, et je sais que tous les arrivants ne sont pas hostiles aux juifs, loin s’en faut ; mais plus l’immigration va augmenter, plus l’antisémitisme augmentera aussi. Encore une fois, il ne s’agit pas de créer un combat entre les communautés. On nous dit que l’imam Chalghoumi, de Drancy [qui a signé l’appel, ndlr] ne représente rien. Mais pourquoi ? Parce qu’il veut mener des actions communes avec les juifs ? Cela prouve qu’il y a un problème, et qu’il est très grave. »

Auteure : Alexandra Schwartzbrod

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Source : https://www.liberation.fr/france/2018/04/24/alain-finkielkraut-on-a-vecu-longtemps-dans-le-deni-afin-de-ne-pas-stigmatiser-une-population-deja-p_1645658

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18.
« Nouvel antisémitisme » : un manifeste « partiel et partial », par Michel Wieviorka Tribune - Par Michel Wieviorka — 24 avril 2018 à 20:36 – Document ‘liberation.fr’ – Photo : Devant la synagogue de Sarcelles (Val-d’Oise), le 31 janvier. Photo Cyril Zannettacci

Le sociologue, qui juge le « Manifeste contre le nouvel antisémitisme » partiel et partial, invite les intellectuels à transcender les clivages en ouvrant un débat plus large sur le refus du racisme et de l’antisémitisme.

  • « Nouvel antisémitisme » : un manifeste « partiel et partial », par Michel Wieviorka
    Il n’y aura d’action efficace face au racisme et à l’antisémitisme que si ceux qui sont susceptibles de participer à un tel combat se mobilisent de concert. Que si les clivages sont transcendés, plutôt que d’être exacerbés. Je n’ai pas été sollicité pour le « Manifeste contre le nouvel antisémitisme » (signé par plus de 250 personnalités et publié dimanche dans le Parisien), et je ne l’aurais pas signé tant il est partial et partiel.

Partial, car il réduit l’antisémitisme contemporain en France, pour l’essentiel, à l’islam, ou à un certain islam, et à l’appui que lui apporteraient diverses franges du gauchisme. Ce « nouvel antisémitisme », connu depuis un bon quart de siècle, a déjà été dénoncé d’abondance, et ce qu’il présente de neuf est qu’il est meurtrier depuis Mohammed Merah. Ce qui mérite d’être souligné, à condition de préciser que les meurtres antisémites ne sont pas tous islamistes et ne sont pas le fait de gauchistes. Le déséquilibre est grand, dans ce texte, entre sa charge anti-islamiste, vite antimusulmane, et ce qui y est dit au passage, sans s’y arrêter, des autres expressions de la haine des juifs.

A lire aussi Antisémitisme : un appel aux effets pervers

Partial, ce texte est donc aussi partiel. Il ignore ce qui se passe ailleurs qu’en France, à l’Est - en Pologne, en Hongrie, en Autriche par exemple -, où le renouveau du phénomène doit peu, ou rien, à une quelconque présence musulmane, et où prospèrent les bonnes vieilles catégories du nationalisme : la France serait-elle immune, protégée de ces tendances ? Evidemment pas : les préjugés les plus éculés relatifs aux juifs circulent bien au-delà de petits cercles et de réseaux d’extrême droite.

D’une part, la vie intellectuelle s’ouvre à des pensées et des auteurs antisémites sortis de ce qui n’aura été qu’un purgatoire. A quoi tient le besoin de faire connaître des écrits et des penseurs « polémiques », selon le mot des éditions Gallimard, à propos des écrits antisémites de Céline - Céline, mais aussi Maurras, Hitler, Rebatet, sans parler de Speer, édité par Fayard sans le moindre appareil critique ? Pourquoi replonger ainsi dans l’air vicié de l’entre-deux-guerres et du nazisme ? Le fiel, la haine implicite des juifs, ou tout au moins une ambivalence perverse, suintent dans bien des soutiens à ce type de projets ou initiatives sous prétexte de science, d’histoire ou de pédagogie.

D’autre part, et ce point présente quelque lien avec le précédent, le manifeste passe à côté de la culture contemporaine d’Internet et de l’interactivité, ouverte à la circulation immédiate et sans limite des idées et des opinions, et qui débouche sur les « fake news » et la post-vérité. La liberté d’expression, ici, se heurterait à un obstacle : les juifs, qui en seraient les ennemis. Ceux qui veulent partager la verve haineuse de Céline, rire avec Dieudonné, douter et soupçonner avec Soral, récuser Auschwitz avec Faurisson ne sont pas tous musulmans, loin s’en faut. De plus, l’ombre de la Shoah semble moins qu’avant interdire tout dérapage antisémite dans des milieux éduqués. A défaut d’une enquête systématique, on peut au moins signaler que les témoignages sont ici nombreux.

À lire aussi Un manifeste pour « clamer une douleur » ou un « procès injuste contre les musulmans » ? 

Le manifeste a été contesté par des musulmans, qu’il vise injustement, et aussi par ceux qui y ont vu une arme de guerre, une construction où « républicanistes » purs et durs éventuellement de gauche et nationalistes aux yeux parfois rivés sur le FN voisinent avec des signataires d’ordinaire modérés qui, peut-être, n’ont pas lu ce texte attentivement. Il pourrait n’être dès lors qu’un brûlot mettant, une fois de plus, le feu au débat public, ce que favorise l’état de notre système politique, où le pouvoir occupe un immense espace au centre et à droite, ne laissant de place qu’à la radicalité en dehors de lui.

Et si cette publication offrait l’occasion de mettre en place des débats constructifs, sous la bannière partagée du refus du racisme et de l’antisémitisme, entre ceux qui se sont retrouvés dans cette prise de position, où tout n’est pas à rejeter, et d’autres, qui pensent autrement l’islam, la laïcité ou le rapport à Israël (non évoqué mais jamais très lointain) ? De véritablement réfléchir ensemble au lieu de s’invectiver ? De transcender certaines oppositions au profit du même engagement ? Je serais heureux, par exemple, d’ouvrir la voie, y compris avec des intellectuels que j’ai souvent critiqués, Alain Finkielkraut ou Elisabeth Badinter, par exemple. D’envisager un « grand pardon » en quelque sorte.

Michel Wieviorka

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Source : https://www.liberation.fr/debats/2018/04/24/nouvel-antisemitisme-un-manifeste-partiel-et-partial-par-michel-wieviorka_1645653

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19.
Le chef d’orchestre Daniel Barenboim rend des prix pour dénoncer des textes « antisémites » Par LIBERATION (avec AFP) — 23 avril 2018 à 16:58 (mis à jour le 24 avril 2018 à 10:20) – Document ‘liberation.fr’

En Allemagne, plusieurs lauréats ou responsables des prix ECHO se sont indignés de la récompense remise aux rappeurs Kollegah et Farid Bang pour un album aux textes « méprisants pour la dignité humaine ». Suivis, en France, par Renaud Capuçon. [renaud Capuçon@RCapucon 22:54 - 23 avr. 2018https://twitter.com/RCapucon[].->https://twitter.com/RCapucon]

Photo - Daniel Barenboim, le 29 septembre à Berlin. Photo Odd Andersen. AFP

Pays hanté

La remise des prix ECHO est la cérémonie de prix musicaux la plus renommée en Allemagne, dans des domaines allant du classique à la musique pop en passant par le jazz. Les prix se fondent sur les succès commerciaux des artistes. Depuis le 12 avril et le début de la polémique, plusieurs lauréats de la manifestation cette année ont rendu leurs récompenses pour dénoncer la remise du prix de meilleurs artistes hip-hop de l’année aux rappeurs Kollegah et Farid Bang, qui ont vendu en Allemagne plus de 200 000 exemplaires de leur album « Jeune, brutal et beau gosse 3 ».

L’une de leurs chansons, 0815, dans laquelle les deux rappeurs se comparent aux prisonniers du camp d’extermination d’Auschwitz, a déclenché une controverse dans un pays hanté par les crimes nazis. De leur côté, Kollegah et Farid Bang ont nié tout antisémitisme.

Démissions en série

Plusieurs responsables des prix ECHO ont aussi démissionné pour protester contre la récompense remise aux rappeurs, également dénoncée par des ministres allemands et des responsables d’organisations juives. Cette polémique qui ne cesse de faire des vagues depuis mi-avril intervient dans un contexte de craintes d’une résurgence de l’antisémitisme en Allemagne.

La chancelière Angela Merkel s’est elle-même émue de cette situation à plusieurs reprises ces derniers mois, la dernière fois dimanche dans une interview accordée à une télévision israélienne.

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Source : https://next.liberation.fr/musique/2018/04/23/le-chef-d-orchestre-daniel-barenboim-rend-des-prix-pour-denoncer-des-textes-antisemites_1645351

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Extraits d’un article de Wikipédia sur la personnalité de Daniel Barenboim

Daniel Barenboim (né le 15 novembre 1942 à Buenos Aires) est un pianiste et chef d’orchestre argentin et israélien. En 2002, il acquiert la nationalité espagnole et, depuis janvier 2008, il est également porteur d’un passeport palestinien1,2. Il fut l’époux et partenaire musical de la violoncelliste britannique Jacqueline du Pré.

Photo : Daniel Barenboim en 2005.

Biographie

Photo : Barenboim dirige le West-Eastern Divan Orchestra au Théâtre Colón de Buenos Aires en 2016.

Origines

Sa famille paternelle est originaire d’Ukraine. Son arrière-grand-père naquit dans la localité juive de Savran au sud-ouest d’Odessa, dans la province de Podolie.

Ses grands-parents maternels, Rose Rein et Abraham Schuster, se rencontrèrent en 1904 sur un bateau d’émigrants qui fuyaient la Zone de résidence où ils demeuraient suite à l’assassinat du tsar Alexandre II et qui voguaient vers l’Amérique du Sud. Sa mère, Aida Schuster, est née en 1912 en Argentine. Rose Rein séjourna en 1929 pendant six mois en Palestine avec ses deux filles, Rachel et Aida ; Rachel s’y installa et intégra le yichouv, la communauté juive fondatrice de l’État d’Israël en 19483. Son père, Enrique Barenboïm, est né le 17 mars 1912 à Buenos Aires. Il est le second fils de Dora Fischman et Miguel Barenboïm. Celui-ci, horloger-joaillier, mourut quand Daniel avait cinq ans3.

Barenboïm est la forme yiddish de l’allemand Birnbaum ’poirier’4.

Jeunesse

Daniel Moise Barenboïm, enfant unique de Enrique Barenboïm et Aida Schuster, naquit le 15 novembre 1942 à Buenos Aires.

Enfant prodige, il donne son premier concert comme pianiste à Buenos Aires à l’âge de sept ans. Son père est alors et restera longtemps son professeur de piano. Ses deux parents sont alors professeurs de piano, sa mère initiant les jeunes enfants à la technique du clavier. C’est elle qui lui donna ses premières leçons avant que son père prenne le relais3.

Au début des années cinquante, il donne ses premiers concerts au cours desquels le chef d’orchestre Igor Markevitch le remarque et l’invite au cours de direction d’orchestre qu’il donne au Mozarteum de Salzbourg pendant l’été 1952. Il y assiste aussi comme auditeur libre au cours du pianiste Edwin Fisher pour qui il nourrit une profonde admiration3.

En 1952, il s’installe en Israël avec ses parents4. Il y prend des leçons d’harmonie avec le compositeur israélien Paul Ben-Haim et y donne quelques récitals.

Premiers succès

Très tôt, en Argentine d’abord, puis au cours de nombreux voyages, il a l’occasion de rencontrer Arthur Rubinstein et Adolf Busch, Wilhelm Furtwängler, Edwin Fischer et beaucoup d’autres grands musiciens. Il se perfectionne au piano avec Edwin Fischer et à la direction d’orchestre avec Igor Markevitch puis, en 1955, avec Nadia Boulanger, dans la classe de qui, à Paris, il étudie la composition et l’harmonie.

En 1954, Wilhem Furtwängler demande à l’entendre alors qu’il est le plus jeune élève du cours de direction d’orchestre de Markevitch à Salzbourg. Il lui propose des concerts avec l’Orchestre philharmonique de Berlin que son père refusa courtoisement, jugeant le moment prématuré sur le plan moral et diplomatique, Israël et l’Allemagne fédérale n’ayant notamment pas encore noué de relations diplomatiques3.

De 1955 à 1957, pour son premier concert à Paris avec l’Orchestre de la Société des concerts du Conservatoire, Daniel Barenboïm joue le Concerto K. 271 de Mozart sous la direction d’André Cluytens. Pendant cette période, Arthur Rubinstein l’invite à jouer devant lui-même et ses invités dans sa résidence parisienne3.

Le 20 janvier 1957, pour son premier concert à Carnegie Hall, il joue le Concerto no 1 de Prokofiev, œuvre quasi inconnue, sous la direction de Leopold Stokowski, accompagné par des membres du United Nations Symphony Orchestra. Grâce à l’entremise de l’imprésario américain Sol Hurok à qui il fut recommandé par Arthur Rubinstein, il commence à donner des concerts régulièrement aux États-Unis. Dès la première année, il joue le Concerto en sol mineur de Felix Mendelssohn sous la direction de Dimitri Mitropoulos avec des membres du Orchestre philharmonique de New York3.

Après une tournée de quatre mois en Australie en 1958, il termine ses études secondaires et passe son bagrout. Pendant l’été 1959, il joue l’intégrale des sonates de Beethoven, en huit récitals successifs, à Tel Aviv. À cette occasion, il se lie avec le pianiste Sir Clifford Curzon qui était venu l’écouter. Au printemps 1960, il retourne pour la première fois avec son père en Amérique du Sud. En 1962, il est invité à jouer sous la direction de sir John Barbirolli, qui était aussi violoncelliste, avec l’Orchestre Hallé3.

Les années londoniennes

Il part s’installer à Londres, centre européen de la musique à l’époque.

Invité par le RIAS, l’Orchestre de la radio du secteur américain de Berlin, il est remarqué par Wolfgang Stresemann, l’intendant incontesté de l’Orchestre philharmonique de Berlin qui lui propose deux engagements pour 1964.Il y travaille pour la première fois avec Pierre Boulez qui l’accompagne dans le Concerto no 1 de Béla Bartók. Leur collaboration et leur amitié ne cessera dès lors jamais jusqu’à la mort du compositeur en 2016. La même année, il dirige l’English Chamber Orchestra avec lequel il fait ses premières armes de chef d’orchestre et l’accompagne en tournée en Europe. Il en est nommé chef en 1965 et enregistre, en dirigeant du piano, l’intégrale des concertos de Mozart, une intégrale que certains critiques considèrent aujourd’hui encore comme la plus belle jamais gravée. À cette période, Barenboïm est un merveilleux mozartien, tant au piano qu’à la baguette, et il mêle à un élan juvénile une profondeur extraordinaire des mouvements lents sans doute en partie acquise auprès d’Otto Klemperer. Sa collaboration entre l’English Chamber Orchestra durera jusqu’en 1973. Ils se produisent ensemble dans le monde entier durant cette période3.

C’est la période heureuse, celle de son amour pour la violoncelliste britannique Jacqueline du Pré, qu’il rencontre le soir du nouvel an 1966 chez la fille de Yehudi Menuhin et avec qui il se marie en 1967 à Jérusalem pendant la guerre des Six Jours. La période aussi où il pratique assidûment la musique de chambre avec elle et ses amis les violonistes Pinchas Zukerman et Itzhak Perlman et d’autres comme Isaac Stern ou Gervase de Peyer. De nombreux disques sont gravés, en particulier de Beethoven. Un DVD garde pour la postérité une interprétation exceptionnelle du quintette « La Truite » de Schubert avec le chef d’origine indienne Zubin Mehta à la contrebasse. Daniel et Jacqueline donnent des concerts sans discontinuer, ensemble ou séparément pendant deux saisons, elle jouant souvent sous sa direction. Ce sont de véritables stars adulés dans le monde entier3.

Leur bonheur est de courte durée : Jacqueline est atteinte de sclérose en plaques, les premiers symptômes apparaissent dès 1969 et elle doit arrêter sa carrière en 1972, alors que la maladie vient s’être formellement diagnostiquée. Elle meurt le 19 octobre1987, elle est inhumée au cimetière juif de Londres. De 1972 à 1987, Daniel Barenboïm ne cesse pas de s’occuper de son épouse, veillant à ce qu’elle vive le plus confortablement possible. Il sera présent lors de ses derniers moments3.

Au début des années 1960, il joue avec le vieux maître Otto Klemperer et enregistre avec lui ses premiers disques pour EMI : le 25e concerto de Mozart en 1967 et l’intégrale des concertos de Beethoven avec le New Philarmonia Orchestra, qu’il enregistrera à nouveau comme chef avec Arthur Rubinstein et le Orchestre philharmonique de Londres, puis avec l’Orchestre philharmonique de Berlin3. À cette même époque, il se lie avec le chef indien Zubin Mehta avec qui il a travaillé tout au long de sa carrière et dont il demeure très proche3.

En 1969, Barenboïm accompagne Dietrich Fischer-Dieskau pour le Winterreise de Schubert. C’est le début d’une longue collaboration et d’une amitié profonde. L’année suivante, il dirige pour la première fois le Chicago Symphony Orchestra avec lequel il avait joué auparavant comme soliste ; les solistes sont Jacqueline du Pré et Pichas Zukerman. À partir de 1970, il dirige à Chicago six semaines par an cette formation exceptionnelle3.

Paris

De 1975 à 1989, Daniel Barenboïm est directeur musical de l’Orchestre de Paris, jeune formation constituée six ans auparavant, où il crée un Chœur symphonique qu’il confie à Arthur Oldham. Il n’a que trente-trois ans quand il prend cette direction d’orchestre. Il commence à y diriger des œuvres de Boulez qu’il invite chaque saison pendant sa direction3.

En 1979, il dirige pour la première fois le Deutsche Oper am Rhein à Berlin, puis, en 1980, il joue ses premiers concerts en tant que soliste avec le Orchestre philharmoniquede Munich sous la direction de Sergiu Celibidache avec lequel il collabore plusieurs années3. 1981 marque ses débuts au Festival de Bayreuth. Il y retournera chaque été jusqu’en 1999 et y dirigera 161 représentations d’opéras de Richard Wagner, dont Parsifal en 1987, le L’Anneau du Nibelung dans une production de Harry Kupfer de 1988 à 1992, pour la première fois Les maîtres Chanteurs de Nuremberg mis en scène par Wolfgang Wagner en 1996. Il redirige le Ring en 19943.

Il enregistre alors de 1979 à 1982 pour la firme Deutsche Grammophon un cycle Hector Berlioz. Après un passage éclair comme directeur artistique et musical au tout nouvel Opéra Bastille, où Pierre Bergé le limoge six mois avant le démarrage du nouvel opéra en raison d’un conflit de pouvoir5,

Au cours des dernières années de la vie de Jacqueline du Pré, Daniel Barenboïm est installé à Paris avec la pianiste russe Elena Bashkirova, la fille du pédagogue et pianiste Dimitri Bashkirov, qu’il épouse en 1988 à Paris. Ils ont ensemble deux enfants, David Arthur, né en 1983, et Michael, né en 1986. Ce dernier dirige le Pierre-Boulez Ensemble, un orchestre de musique de chambre, et est premier violon du West-Eastern Divan Orchestra. Arthur est rappeur et producteur du groupe de hip-hop Solarrio3.

Une carrière internationale et humaniste

La carrière de Barenboim semble marquée par une sorte de boulimie inextinguible de concerts, d’enregistrements et de projets. En 1989, il part aux États-Unis diriger l’Orchestre symphonique de Chicago où il succède à Georg Solti qui l’adoube, poste qu’il occupe jusqu’en 20066, tout en menant une carrière de chef à Berlin, à la tête du Staatsoper Unter den Linden. Il enregistre de nombreuses œuvres avec l’orchestre de Chicago qui est considéré comme le meilleur des États-Unis, notamment des symphonies d’Anton Bruckner et de Robert Schumann3.

En avril 1990, il dirige l’Orchestre Philharmonique de Berlin à l’auditorium Mann à Tel Aviv, une première pour un orchestre allemand en Israël..

A Chicago, il introduit une importante programmation de compositeurs du XXe siècle tels Chostakovitch, Stravinski, Barber, Schoenberg, Hindemith, Berg, Bartok et Boulez. Pour la première tournée européenne de l’orchestre, il programme la Première Symphonie de John Corigliano, compositeur en résidence à l’Orchestre depuis 1987. De 1991 à 2001, il joue entre autres, les opéras de Mozart au Staatsoper Unter den Linden de Berlin et les concertos pour piano du même compositeur avec la Philarmonie de Berlin3.

En 1992, il est nommé pour dix ans directeur musical du Staatsoper Unter den Linden et signe un contrat d’exclusivité avec Warner Classics. Il s’installe à Berlin avec sa famille.

En 1996, il est directeur général de la musique à Berlin. Il revient fréquemment jouer à Paris, notamment jusqu’en1998 au théâtre du Châtelet dont Stéphane Lissner est administrateur. En 1998, il dirige et joue les symphonies et concertos pour piano de Beethoven à Londres avec l’orchestre de la Staatskapelle3.

De 2000 à 2003, il collabore avec le Théâtre royal de Madrid où il reprend les opéras montés à Berlin et où il joue un programme symphonique. En 2001, il enregistre ses symphonies de Beethoven et l’opéra de Ferruccio Busoni, Die Brautwahl. Il fait une tournée européenne avec le Chicago Symphonie Orchestra et prolonge son contrat avec l’orchestre de la Staatskapelle de cinq ans. Avec son orchestre, il dirige un festival de trois semaines à Chicago sur ’Wagner et le modernisme’3.

En juillet 2001, pour la première fois, Barenboim parvient à diriger en Israël de la musique de Richard Wagner7. En Israël, l’opposition avait été grande mais Barenboim gagne la partie : il considère que Wagner n’appartient pas aux nazis et que la musique doit l’emporter sur la politique. Pour cette dernière raison, il a, par ailleurs, créé un orchestre mêlant jeunes israéliens et jeunes palestiniens.

L’année 2002 est particulièrement riche avec une tournée du Staatsoper au Japon et la direction des opéras de Wagner à Berlin. Il joue les sonates de Beethoven au Théâtre Colón de Buenos Aires avant de faire un récital de piano à Ramallah. Il célèbre son soixantième anniversaire par un concert au bénéfice du Staatsoper à Berlin lors duquel il joue les Concertos no 1 et no 2 de Beethoven sous la direction de Zubin Mehta3.

En 2004, il fait un don de 50 000 dollars pour l’enseignement de la musique à Ramallah où la même année il avait dirigé l’Orchestre des Jeunes de Palestine3.

Toujours en 2004, il joue Le Clavier bien tempéré de Bach en Allemagne, en Argentine, en Espagne et aux États-Unis. L’année suivante, il fait une conférence sur Edward Saïd à la Columbia University à New-York, avant un master class de piano à Chicago sur les sonates de Beethoven avec sept jeunes pianistes.

En mai 2006, il est nommé principal chef invité de la Scala de Milan, poste qu’avaient occupé avant lui, notamment, Arturo Toscanini et Herbert von Karajan, et chef honoraire à vie de l’Orchestre symphonique de Chicago. Il fait une tournée de quatre concerts aux États-Unis avec le West-Eastern Divan Orchestra, dont le concert d’adieu pour le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan. À cette occasion, un passeport ’honorifique’ palestinien lui a été remis devant l’ambassadeur d’Israël et en présence de l’ambassadeur palestinien à l’ONU, en reconnaissance pour ses positions favorables au peuple palestinien et sa détermination à se produire dans les territoires palestiniens3.

Photo - Avec le West-Eastern Divan Orchestra à Séville, en 2005.

Il crée en collaboration avec le professeur d’origine palestinienne Edward Saïd qu’il rencontre fortuitement en 1992, une fondation visant à promouvoir la paix au Proche-Orient par la musique classique, initiative lui ayant attiré de violentes critiques en Israël. Ceci s’est concrétisé en un atelier musical et un orchestre israélo-arabe : l’Orchestre Divan occidental-oriental. Dès 1998, il organise avec Edward Saïd un premier stage d’orchestre avec des jeunes musiciens israéliens et issus du monde arabe à Weimar. Il se produira en concert avec le Chicago Symphony Orchestra et des musiciens du West-Eastern Divan à la mémoire d’Edward Saïd, suite à son décès d’une leucémie le 25 septembre 20033.

Doté d’un grand charisme, d’un contact ouvert et chaleureux, il s’est également consacré à l’enseignement, faisant bénéficier de ses conseils de jeunes talents devenus depuis des têtes d’affiche, tels Hélène Grimaud, Lang Lang… dans des classes de maître dont certaines, filmées et régulièrement diffusées par les chaînes musicales, sont des modèles du genre.

Son répertoire immense s’étend de Bach, dont il a gravé une des plus puissantes versions des Variations Goldberg, à Berlioz auquel il consacre une série importante d’enregistrements ; à la musique contemporaine dont il est un ardent défenseur. Ainsi a-t-il créé de nombreuses œuvres de Pierre Boulez ou d’Henri Dutilleux, par exemple. Il est aussi un grand chef d’opéra, notamment à Bayreuth, où il a dirigé pendant les vingt dernières années du XXe siècle, mais aussi à Édimbourg et dans de nombreux autres festivals8.

Excellent accompagnateur de lieder, il a donné des concerts et enregistré de nombreux disques avec Janet Baker notamment, mais surtout avec Dietrich Fischer-Dieskau, avec qui il a gravé en particulier des lieder de Mozart (chez EMI) et des intégrales de Brahms, de Liszt et d’Hugo Wolf (chez Deutsche Grammophon)..

Il a été choisi pour diriger le célèbre Concert du nouvel an à Vienne en 2009, puis à nouveau en 2014, concert organisé chaque année par l’Orchestre philharmonique de Vienne dans sa fameuse salle du Musikverein.

Dans les années 2000, il interprète de nouveau en concert l’intégrale des trente-deux sonates pour piano de Beethoven, choisissant chaque année une grande capitale (Buenos Aires, New York, Vienne, Berlin, Milan, Londres, Paris en 2018-2019). Entre 2009 et 2011, et alors qu’il est célébré depuis plus de cinquante ans comme interprète des concertos de Mozart et de Beethoven, il joue comme pianiste, lors de grandes tournées, les deux concertos pour piano et orchestre de Chopin et de Liszt.

Le 7 décembre 2007, il crée enfin avec Patrice Chéreau comme metteur en scène Tristan et Isolde à la Scala de Milan, projet qui lui tenait à cœur depuis plusieurs années3.

À l’automne 2011, il devient, et jusqu’en 2016, directeur musical de La Scala de Milan, dont il était déjà premier chef invité.

Le 1er juillet 2018, une cérémonie eut lieu pour célébrer les vingt ans de l’Orchestre des jeunes de la Staatskapelle, formation composée de jeunes musiciens créée par Daniel Barenboïm et dont un certain nombre ont intégré les plus grands orchrestres d’Allemagne3.

Peral Music

Cette société d’enregistrement digital de musique classique a été créée par Daniel Barenboïm pour permettre à tous d’accéder à la musique classique dans une société où celle-ci tient de moins en moins de place. Les enregistrements de Peral Music sont uniquement disponibles sur iTunes.Les enregistrements sont spécifiquement et techniquement conçus pour être écoutés sur ce support3.

Sur son site, Peral Music se dit vouloir offrir ’aux publics du monde entier un moyen d’écoute alternatif, résistant à une culture de l’indifférence en célébrant les oreilles pensantes’9.

Les trois premiers enregistrements sont les trois premières symphonies de Bruckner interprétées par l’Orchestre de la Staatskapelle. Y sont notamment disponibles, outre l’intégrale des symphonies de Bruckner, des œuvres de Boulez et de Schoenberg, ainsi que des duos de pianos interprétés par Daniel Barenboïm et Martha Argerich9,

Une série devrait être disponible, destinée aux enfants, consacrée au piano et à visée pédagogique3. Des écrits de Daniel Barenboïm sont aussi disponibles sur le site de Peral Music.

Peral signifie ’poirier’ en espagnol et rappelle le nom du créateur de la firme, barne signifiant ’poire’ en Yiddish et boïm, ’arbre’ en allemand. Le logo du label a été créé par le célèbre architecte Frank Gehry10.

Les Fondations Barenboïm et Barenboïm-Saïd

Daniel Barenboïm a créé plusieurs fondations qui œuvrent en collaboration.

La Fondation Barenboïm est une fondation publique établie à Berlin. En 2008, elle a créé le Centre de musique Barenboïm-Saïd à Ramallah, conservatoire qui accueille 250 élèves et dont les professeurs sont des membres de l’Orchestre du Divan3.

La Fondation Barenboïm-Saïd a été créée en juillet 2004 lorsque Daniel Barenboïm et Edward Saïd ont accepté la proposition du gouvernement régional d’Andalousie de créer la Fondation et l’orchestre du Divan à Séville. Elle développe plusieurs projets éducatifs et culturels visant à promouvoir les valeurs humanistes à travers le langage universel de la musique. L’Orchestre du Divan, l’Académie des études orchestrales ou des programmes d’éducation musicale en Palestine et en Andalousie sont quelques-unes des initiatives menées par la Fondation11. Conjointement avec la région autonome d’Andalousie, elle attribue tous les deux ans des bourses aux meilleurs musiciens de l’Orchestre du Divan pour leur permettre de poursuivre leurs études3.

Une Fondation Barenboïm-Saïd est établie aux États-Unis et le West-Eastern Divan Trust au Royaume-Uni3.

L’Académie Barenboïm-Saïd - Article détaillé : Académie Barenboïm-Saïd.

L’Académie Barenboim-Said (Barenboim-Said Akademie) a été fondée à Berlin en 2012. Basée sur les mêmes idées que celles qui ont prévalues à la création de l’Orchestre Divan occidental-oriental, l’Académie se rassemble sur l’idée d’une communication interculturelle. Son objectif est de former de jeunes musiciens11.

Le projet en a été conçu par Daniel Barenboïm et Edward Saïd qui n’a pu le voir achevé, mais sa femme Myriam a continué à collaborer avec Barenboïm à ce sujet après son décès 20033.

Avec la rénovation de l’ancien dépôt de l’Opéra d’État de Berlin, un lieu destiné à l’Académie lui est attribué deux ans plus tard. Suite aux travaux entrepris, l’espace, désormais nommé Pierre Boulez Saal, est réaménagé, en faisant désormais un lieu de vie idéal pour toutes les musiques et tous les artistes. L’Académie s’y installe en octobre 2016, et l’inauguration a lieu le 4 mars 2017. La Pierre Boulez Saal est un élément essentiel de l’Académie. Elle sert aux étudiants, en tant qu’espace, pour développer leur pratique sous la direction d’artistes professionnels et de mentors. Tout en offrant un espace pour les étudiants et les professeurs, la salle accueille également des conférences et des événements12.

L’Académie a recruté trente-huit professeurs. Les musiciens l’intègrent sur dossier et audition. Tous les ans, sur trois cents candidats, seuls une trentaine sont reçus. Ils suivent alors un enseignement supérieur diplômant sur quatre ans. Des maîtres de réputation internationale leur dispensent des leçons de perfectionnement sur leur instrument. Ils suivent aussi des cours de fugue, d’harmonie, de contrepoint, de composition et d’histoire de la musique. Mais ils ont aussi des séminaires obligatoires de philosophie et de sciences politiques3. Les étudiants sont principalement originaires du Moyen-Orient. L’Académie met aussi des logements à leur disposition3.

Article complet à retrouver sur ce site : https://fr.wikipedia.org/wiki/Daniel_Barenboim

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Accès à d’autres documents concernant Daniel Barenboim

Daniel Barenboim, Chef d’orchestre et pianiste argentin et israélien (né à Buenos Aires en 1942) – Document France Musique

Daniel Barenboim est un chef d’orchestre et un pianiste argentin et israélien. Il est reconnu pour son talent d’instrumentiste aussi bien que pour ses qualités de direction. Très présent sur la scène musicale internationale, multipliant concerts et enregistrements, Daniel Barenboim est également admiré pour son engagement en faveur de la paix au Proche-Orient, avec la création du West-Eastern Divan Orchestra.

Daniel Barenboim débute le piano très jeune, avec ses parents pour professeurs ; il donne son premier concert à l’âge de 8 ans. Après un séjour de quelques années en Israël avec sa famille, il se met à beaucoup voyager (Salzbourg, Paris, New York, Tel Aviv, Berlin, Londres…), ce qui lui permet de faire connaissance et de travailler avec de prestigieux chefs d’orchestre, comme Wilhelm Furtwängler ou Leopold Stokowski. Daniel Barenboim commence à se produire en concert, en tant que pianiste puis en tant que chef. Il est nommé successivement directeur musical de l’Orchestre de Paris (1975), de l’Orchestre Symphonique de Chicago (1991), et de la Scala de Milan (2011).

Avec l’intellectuel palestinien Edward Saïd, Daniel Barenboim fonde le West-Eastern Divan Orchestra en 1999 : cet orchestre symphonique a la particularité de rassembler des musiciens issus de différents pays du Proche-Orient, et symbolise notamment la volonté de dialogue entre Juifs et Arabes.

Daniel Barenboim en six dates

1975-1989 : directeur musical de l’Orchestre de Paris

1988 : nouvelle production du Ring de Wagner à Bayreuth

1991-2006 : directeur musical de l’Orchestre symphonique de Chicago

1999 : Daniel Barenboim fonde le West-Eastern Divan Orchestra

2006 : prix Ernst von Siemens

2011  : directeur musical de la Scala de Milan

Daniel Barenboim en six enregistrements

1990 : Sonates pour violoncelle de Brahms, avec Jacqueline du Pré

1993 : Concertos pour piano de Mozart, avec l’English Chamber Orchestra

1997 : Sonates pour piano de Beethoven

2010 : Lieder d’Hugo Wolf, avec Dietrich Fischer-Dieskau

2011 : Les dix symphonies de Bruckner, avec l’Orchestre symphonique de Chicago

2013 : Les neuf symphonies de Beethoven, avec le West-Eastern Divan Orchestra (BBC Proms 2012) [DVD]

Source : https://www.francemusique.fr/personne/daniel-barenboim

Barenboim, le virtuose engagé../../../../C:%5CUsers%5CJacques%5C...https://www.lesechos.fr › 2019 › 028 févr. 2019 - À 76 ans, la passion qu’éprouve Daniel Barenboim pour la musique Vidéos

Five Minutes On... Mozart - Piano Concerto No. 23 | Daniel Barenboim [subtitulado] Vidéo 8:45 ajoutée le 9 mars 2018 - Daniel Barenboim – Présentation en anglais avec sous-titrage en français ;

5 Minutes On... Mozart - Piano Concerto No. 23 | Daniel Barenboim [subtitulado] On his new recording, Daniel Barenboim performs several selections by Claude Debussy : Book One of the Préludes, Estampes, Clair de Lune, La plus que lente, and the ever popular Clair de Lune to celebrate the Debussy 100th anniversary year. ►The new album ’Claude Debussy’ : https://dg.lnk.to/debussy_barenboim ►Subscribe to the channel : http://bit.ly/subscribebarenboim ►More infos : http://danielbarenboim.com/ http://www.deutschegrammophon.com/art... ►Daniel Barenboim on Facebook : https://www.facebook.com/danielbarenboim Instagram : https://www.instagram.com/dbarenboim/ Twitter : https://twitter.com/dbarenboim - Catégorie : Divertissement – Source : https://www.youtube.com/watch?v=P6alPgSF6_U

Annonce de Daniel Barenboim : l’intégrale Beethoven Vidéo 1:53 ajoutée le 20 juillet 2018 - Philharmonie de Paris

Daniel Barenboim n’en a pas fini avec ce monument pianistique que constituent les trente-deux sonates de Beethoven. Il propose à la Philharmonie de Paris une intégrale étalée sur deux saisons (6-8 janvier, 29 avril, 2 mai 2018). Catégorie : Science et technologie –Source : https://www.youtube.com/watch?v=3dlaksI-7bw

DANIEL BARENBOIM Beethoven Piano Concerto # 5 - Jansons / Bavarian Radio S.O Vidéo 43:25 ajoutée le 3 février 2018 - ClassicPerformances2

Daniel Barenboim plays Beethoven’s Emperor Concerto with The Bavarian Symphony Orchestra under the direction of Mariss Jansons. A performance from early 2017. Visit my blog site for articles and commentary on great Music and Audiophile Sound : The Sound Advocate https://www.thesoundadvocate.com

Catégorie : Musique - Musique utilisée dans cette vidéo - En savoir plus - Écoutez de la musique sans publicité avec YouTube Premium - Titre : Allegro - Artiste : Christian Zacharias/Staatskapelle Dresden/Hans Vonk - Album : Beethoven : Piano Concertos No.4 & 5 - Concédé sous licence à YouTube par WMG et 2 sociétés de gestion des droits musicaux - Titre : PD/IT MASS LOAD - Artiste : BRENDEL/BRUGGEN - Concédé sous licence à YouTube par UMG ; Public Domain Compositions et 1 sociétés de gestion des droits musicaux

Source : https://www.youtube.com/watch?v=Qr6jFqMx0fA

Daniel Barenboim : « Aujourd’hui, j’ai honte d’être Israélien » Publié le lundi 23 juillet 2018 à 11h00 – Par Florian Royer - Documents ‘francemusique.fr’

Le chef d’orchestre s’est insurgé contre le vote d’une loi définissant Israël comme un État-nation juif. Dans le journal Haaretz, il estime que « c’est clairement une forme d’apartheid ».

Photo : Daniel Barenboim dirigeant le West-Eastern Divan Orchestra, © Getty / Jakubaszek / Contributeur

Daniel Barenboim adresse une critique violente contre Israël. Dans un édito pour le journal Haaretz, il affirme qu’il a « honte d’être Israélien ». Le chef d’orchestre s’insurge contre la loi définissant « Israël comme l’État-nation du peuple juif dans lequel il réalise son droit naturel, culturel, historique et religieux à l’autodétermination ». Le texte a été voté à la Knesset, le parlement israélien, le 19 juillet. Il retire également le statut de langue officielle à l’arabe, pour ne laisser que l’hébreu, faisant des Arabes des citoyens « de seconde zone »

Pour Daniel Barenboim, « c’est clairement une forme d’apartheid ». Le chef d’orchestre s’est engagé plusieurs fois pour l’apaisement des tensions au Proche-Orient par le biais de la musique, notamment en créant, avec Edward Saïd, un orchestre réunissant de jeunes musiciens arabes et juifs, le West-Eastern Divan Orchestra.

Photo - A lire : article06/09/2013Entretien avec Daniel Barenboim et le West-Eastern Divan Orchestra

Daniel Barenboim, musicien cosmopolite

Détenteur de passeports argentin, espagnol, israélien et palestinien, le chef d’orchestre, né à Buenos Aires, se désole que « le principe d’égalité et de valeurs universelles soit remplacé par le nationalisme et le racisme ». Il rappelle qu’en 2004, il avait prononcé un discours à la Knesset, décrivant la déclaration d’indépendance comme « une source d’inspiration permettant de croire en des idéaux ». Quatorze ans plus tard, Daniel Barenboim pose cette question dans son édito : « l’indépendance de l’un a-t-elle un sens si elle se fait au détriment des droits fondamentaux de l’autre ? »

En savoir plus Photo  : émission05/12/2016Classic ClubDaniel Barenboim, un musicien engagé

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Daniel Barenboim – Biographie - Deutsche Grammophon – Photo

Daniel Barenboim, l’une des grandes figures musicales de notre temps, est né à Buenos Aires de parents d’origine juive et russe. Il commence à prendre des leçons de piano avec sa mère à l’âge de cinq ans, poursuit ses études musicales avec son père et donne son premier concert officiel à Buenos Aires à sept ans. En 1952, la famille émigre en Israël, et deux ans plus tard ses parents emmènent Daniel à Salzbourg suivre les cours de direction de Markevitch. En 1955 et 1956, il étudie l’harmonie et la composition avec Nadia Boulanger à Paris.

Après ses débuts à Vienne et à Rome en 1952, il se fait bientôt connaître comme l’un des pianistes les plus talentueux de sa génération. Ce sont ensuite des débuts importants à Paris (1955), Londres .. Lire tout l’article

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70 ans d’Israël : que reste-t-il de l’idéal d’Herzl, le père du sionisme ? Par Céline Lussato– Journaliste - Publié le 19 avril 2018 à 17h39 – Document ‘bibliobs.nouvelobs.com’

Note du rédacteur : afin de réduire le ‘poids’ numérique de ce document, nous renvoyons à chaque page de la présentation originale en bande dessinée, qui accompagne ce texte. A chaque fois, il conviendra de retourner en arrière pour reprendre la lecture du présent texte.

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Le politologue israélien Denis Charbit et l’écrivain Camille de Toledo dialoguent autour du roman graphique ’Herzl, une histoire européenne’. Des shtetls de Russie à Paris en passant par Pest et Vienne, des douleurs intimes au grand moteur de l’histoire, les deux intellectuels partagent leur vision du creuset dans lequel s’est fondé le projet sioniste.

L’écrivain Camille de Toledo est l’auteur, avec le dessinateur russe Alexander Pavlenko de « Herzl, une histoire européenne », (Denoël Graphic – 2018). Denis Charbit, politologue, maître de conférences à l’Université Ouverte d’Israël, est l’auteur de « Retour à Altneuland – La traversée des utopies sionistes » (éd. L’éclat, 2018). Ensemble, ils ont répondu à quelques questions sur les origines du sionisme, le personnage de Theodor Herzl et la façon dont écrivain et historien s’emparent à leur manière des faits pour jeter un regard différencié sur l’histoire et le présent.

BibliObs. Pourquoi être passé par le regard d’Ilia Brodsky pour réaliser ce portrait d’Herzl ? Est-ce une manière de suggérer que le sionisme est né des pogroms de la zone de résidence que cet homme fuit ?

Camille de Toledo : Ilia Brodsky, dès le commencement du livre, a perdu tous ses foyers primordiaux. Sa famille, sa langue, sa mère, son père. Il tient au monde par un fil, grâce à sa sœur aînée qui l’aide à traverser l’Europe, à s’obstiner à vivre. C’est en orphelin qu’il subit cette traversée. Par sa voix – silencieuse au début du livre – « Herzl, une histoire européenne » est plus un Bildungsroman, un roman de formation, qu’une biographie du leader sioniste.

J’ai projeté dans la voix d’Ilia l’effroi de la perte, lorsque tout un monde lui est arraché. Ilia est une voix de l’exil, cette voix que l’on entend si peu ou alors seulement comme un cri d’effroi. J’ai voulu la suivre lui donner tout ce que je sais des deuils, des morts, des ombres. J’ai cherché à en suivre le développement, de l’enfance à l’âge mûr, des shtetls de Russie jusqu’à Londres, pour voir comment d’un cri étouffé, elle parvient à faire face à l’Histoire. En l’occurrence, cette voix que personne n’a entendu en son temps et qui désormais, en mourant, fait face au « grand homme », à la promesse que Herzl a lancé - en moderne - et relancé - dans un sens archaïque : la promesse d’une terre, d’un pays. Ilia, l’orphelin des shtetls, est, à ce titre, une voix subalterne, celle que l’on a l’habitude d’invisibiliser, mais qui devient sur le tard, capable d’écrire. En 1932, il meurt en nous laissant son testament. Et nous, nous sommes cet avenir.

C’est la raison pour laquelle son testament nous concerne. Nous nous devons, à distance, d’en écouter le murmure. C’est le fil rouge de ce livre. Ilia, qui a tout perdu comme des milliers d’exilés, va-t-il s’en remettre aux chants consolateurs du foyer, à ce que Herzl imagine et projette. C’est, à mes yeux, le cœur de la question politique qui hante notre présent : pourquoi l’appel du foyer, de la nation, est-il si puissant ? Qu’est-ce qui relie nos douleurs intimes et le grand moteur de l’Histoire ? Et pourquoi sommes-nous, malgré toutes les raisons qui nous poussent à devenir des citoyens soucieux du monde, partageant un même destin, des êtres si tragiquement attachés à la terre – et à défaut de terre, au pays de nos rêves, aux communautés à venir ou aux nations archaïques ?

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Denoël

Denis Charbit : J’ai interprété ce diptyque constitué par Ilia et Herzl comme une référence à l’histoire du sionisme qui a relié les juifs de l’Ouest et les juifs de l’Est, les fameux Ostjuden, en dépit de leur différence de statut social et juridique et de leur évolution culturelle respective.

On pourrait y voir également une révérence discrète à la conceptualisation d’Hannah Arendt identifiant parmi les juifs d’Europe les parias et les parvenus. Inaugurée par la France en 1791, propagée tout au long du XIXe siècle en Europe occidentale et centrale, il ne manquait plus guère que la Russie tsariste pour adopter à son tour l’émancipation, ce paradigme heureux de l’histoire juive en Europe. Les pogroms de 1881-1882 sonnèrent le glas de cet espoir formé par des millions de juifs assignés dans la zone de résidence qui s’étendait de la Baltique à la mer Noire et furent comme un tremblement de terre. Il fallait choisir la révolution ou l’émigration, l’entrée dans la clandestinité pour chasser le tsar ou le départ vers un Etat de droit - les Etats-Unis surtout, la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne dans une moindre mesure. Mais parmi ceux qui s’étaient résolus à partir, une poignée mit le cap vers la Palestine.

Cette idée fut reprise une décennie après par le parangon de l’émancipation : un dramaturge, qui était aussi un journaliste doublé d’un juriste. Il pressent la faillite de l’Europe et conçoit un projet qui substitue à l’ici et maintenant un ailleurs et un futur qu’il souhaite proche pour offrir un refuge garanti à tous ceux qui prennent conscience que le temps est compté et déclarent : sauve-qui-peut.

Hannah Arendt ou le non-conformisme, par Barbara Cassin

Nombreux furent ceux qui accompagnèrent l’idée d’Herzl. Max Nordau apparaît dans ce roman graphique comme une sorte de révélateur de son ami…

DC : Ce fut dans l’Histoire un duo très original car Herzl avait une réputation tout juste locale tandis que Nordau jouissait d’un très grand prestige en Europe. Et c’est pourtant le premier qui fut le leader charismatique par excellence, tandis que le second fut le bras droit, sinon l’éminence grise. L’auteur de « Dégénérescence », loin de sombrer dans le pessimisme fin-de-siècle, avait trouvé dans le sionisme le ferment de régénération qu’il appelait de ses vœux pour les juifs. Là où Herzl s’interrogeait sur les moyens de les rassembler pour y fonder un Etat, Nordau s’engageait dans la représentation d’un homme nouveau conçu comme l’antithèse de la diaspora. Le sionisme avait été mis en branle par la quête d’un refuge, et voilà que dans l’esprit de Nordau, il s’agissait non seulement de changer de lieu, mais de mentalité. Celle-ci présentait une vigueur toute masculine en rupture avec l’image du juif malingre et tout-puissant, parasite et dominateur, colportée par la presse antisémite.

Nordau donnera à sa vision idéale le nom de « judaïsme des muscles ». Au-delà de l’exaltation du corps et de la force, l’ambition était de réparer la dignité bafouée de ces juifs qui croyaient à l’Europe et aux Lumières, de substituer à l’humiliation qui fut leur lot l’idéal de la maîtrise de soi, physique et politique, individuelle et collective. Mais Nordau reste avant toute chose l’ami intime, le fidèle compagnon, celui qui monta au créneau chaque fois qu’une crise interne surgit au sein du mouvement sioniste : la polémique autour du roman utopique d’Herzl, « Altneuland » ou la proposition britannique de créer une autonomie juive… en Ouganda ! Une fois Herzl disparu, Nordau émit des réserves sur le changement d’orientation opéré par ses successeurs en faveur du travail pratique en Palestine au détriment de la stratégie diplomatique associée au fondateur du sionisme politique.

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Denoël

CDT : Ce que permet Nordau – en terme de dramaturgie, dans le livre – c’est d’établir un lien entre le futur rêvé par Herzl, les « rêves inaccomplis des hommes du passé » comme l’écrit très fortement Paul Ricoeur, et ce rêve en train de s’accomplir. Et cela, ce chiasme entre la « fiction qui rêve l’Histoire à venir », et l’histoire de ce qui est advenu est ce que ce livre explore. Herzl meurt jeune, en 1904, avec - c’est une chose que l’on aura du mal à se représenter aujourd’hui - un sentiment tenace d’avoir échoué. Il n’a pas obtenu la « terre » malgré toutes ses démarches. Le mouvement sioniste réuni au sein du Congrès est divisé. Nordau, son compagnon de toujours, lui survit. Il est encore là comme témoin privilégié, après la déclaration Balfour qui reconnait un « foyer national » pour les juifs, en Palestine. Nordau, c’est celui qu’Ilia va trouver après la Grande Guerre, le témoin de la première génération, presque vingt ans après la mort du journaliste viennois. Nordau, c’est aussi celui dont on voit le cercueil arriver, au début de la troisième partie, dans ce qui est déjà la Palestine sous mandat britannique.

En ce sens, Nordau est un pivot du livre, à l’image de ce qu’il a été dans l’histoire, un lien tel que le souligne Denis Charbit, entre l’héritage de Herzl et les aspirations de la nouvelle génération. Mais aussi, celui par lequel on passe de la disqualification de la vie diasporique (vue comme faible et dégénérée) à l’espoir d’une régénérescence dans le pays à venir. De la fragilité, de la faiblesse, à la force, à la puissance. Or c’est ici que la voix d’Ilia s’affirme : comme une puissance recherchée du fragile, de l’instable, qui pourrait répondre au rouleau compresseur de l’Histoire. Et c’est sur son échec, l’échec d’Ilia, en 1932, et son suicide, que je crois, nous avons à nous pencher. Comment donner une force, une puissance effective au fragile du monde ?

Quel rôle eut l’affaire Dreyfus dans la détermination de Théodor Herzl ? Cet élément décrit traditionnellement comme le déclic fondamental de la vision d’Herzl semble presque mineur dans votre récit…

CDT : Je suis vraiment surpris par votre question. Toute la deuxième partie du livre – sur quatre – est tout de même consacrée à ces quelques semaines de la vie de Herzl, au printemps 1895, qui ont suivi la dégradation de Dreyfus en janvier. Quelques semaines où la vie de Herzl bascule, où il est en train d’écrire son adresse à Rothschild qui deviendra, un an plus tard son livre : « Judenstaat - l’Etat des Juifs » ou « l’Etat juif » selon les traductions. C’est un moment où tout cristallise dans le contexte de l’affaire Dreyfus. Mais la lecture attentive des journaux de Herzl nous oblige à présenter un Herzl européen, qui fait le lien, à l’échelle du continent, entre notamment l’élection de l’antisémite Karl Lueger à Vienne et les affaires en France. Le théâtre de cette histoire, c’est l’Europe, ce n’est pas seulement la France et l’affaire Dreyfus.

Maintenant, j’en viens à ce que dit Ilia Brodsky de la dimension plus intime du journaliste viennois : l’histoire de ses empêchements, de ses deuils. Si on lit les biographies littéraires de Stefan Zweig – notamment sur Montaigne ou sur Erasme – on voit bien que ce que cherche à comprendre un écrivain est différent de ce que cherche l’historien. On s’appuie souvent sur les mêmes documents, et en ce qui me concerne, très intensément, les journaux de Herzl.

Mais ce qu’un écrivain cherche, c’est le « hors champ », ce qui est resté dans les silences, dans les angles morts de la vie biographique et que la fiction va pouvoir révéler avec plus d’incandescence. Ilia Brodsky cherche à comprendre ce qui fait « l’énergie du futur » chez Herzl, ce qui conduit cet homme qui a plutôt réussi dans le milieu des lettres viennoises à trahir ce milieu et à se donner entièrement à une fiction à venir, en délaissant tous les autres aspects de son existence.

Dans un temps tel que le nôtre qui manque tant d’horizon à venir, c’est, il me semble, une question urgente. Comment en vient-on à investir l’avenir quand les temps sont noirs ou empêchés ? C’est en tentant de répondre à cette question qu’Ilia, qui a lui aussi perdu sa sœur, voit comment le passé, chez Herzl – l’enfance à Pest, avec sa sœur aînée Pauline – et le présent – avec sa femme et ses enfants - lui sont de plus en plus interdits. Il arrive un instant, dans la vie de Herzl, où son passé et son présent sont devenus des lieux impossibles. Il ne reste que l’horizon d’une sublimation pour et dans l’avenir. 

Vienne à la Belle Epoque : quand les Juifs inventent la modernité

DC : L’idée de reconstituer une nation juive qui se regrouperait en un seul lieu pour y créer un Etat est tellement extraordinaire lorsqu’elle germe dans la tête d’Herzl qu’on ne saurait l’imputer à une seule cause. Ce n’est pas ou l’affaire Dreyfus ou l’élection de Lueger à la mairie de Vienne, mais les deux qui l’entraînent à imaginer cette solution. Les deux événements confirment son intuition que l’antisémitisme politique n’est pas seulement à craindre dans un régime tyrannique comme celui qui règne en Russie.

Que la foule parisienne crie « Mort aux juifs » plutôt que « Mort à Dreyfus » et que les électeurs viennois utilisent pour la première fois leur droit de vote pour élire un antisémite notoire inquiète Herzl autant sinon plus que les pogroms. Il discerne avec acuité que l’antisémitisme comme code social et culturel est susceptible de se transformer en ressource politique et de s’inviter en régime démocratique avec la bénédiction du suffrage universel. Les démocraties sont assurément mieux armées pour garantir les libertés que n’importe quel autre régime, mais la règle de la majorité peut tout aussi bien porter au pouvoir des démagogues et des prêcheurs de haine. La démocratie n’encourage pas l’antisémitisme, mais elle peut faillir dans sa vocation à être un solide obstacle à son expansion.

Quant à la part des contingences personnelles dans une grande décision politique, même si les historiens n’ont pas retenu cette hypothèse, il me paraît original et bienvenu d’explorer cette piste. Je ne suis pas friand de psycho-histoire, mais Camille de Toledo ne prétend pas faire œuvre d’historien. Il suggère une hypothèse et sort des sentiers battus sans tomber dans un réductionnisme psychologique. La détresse juive collective qui a frappé Herzl a pu être galvanisée par des aspects qui relèvent de sa propre biographie. 

Ce besoin impérieux d’avoir enfin une terre est-il né aussi de celui d’avoir enfin un sol dans lequel ensevelir ses morts ? Une question présente dans le roman dans l’évocation des sépultures de Pauline, la sœur d’Herzl mais aussi de Max Nordau…

DC : Non, je ne crois pas. Les cimetières juifs en Europe montrent bien que le problème n’est nullement celui d’ensevelir ses morts, mais bien d’assurer une dignité politique aux vivants. A la fin du XIXe siècle et dans la première moitié du XXe siècle, la plupart des juifs vivent dans des pays où leur condition est pour le moins précaire.

Ce n’est pas par hasard qu’aujourd’hui, 120 ans après le premier congrès sioniste, 70 ans après la Shoah, les juifs ne vivent plus sous un autre régime que celui de l’Etat de droit. Le besoin d’avoir une terre a d’abord une signification politique : il ne s’agit plus de se greffer sur d’autres nations, mais de constituer le creuset d’une nation afin d’avoir la maîtrise définitive et irréversible de sa condition politique.

A cette dimension de liberté, sinon libertaire, s’ajoute incontestablement l’aspect romantique du retour à la terre et sur la terre, non des morts, mais des ancêtres. Dans « L’Etat des Juifs », Herzl n’est pas certain que la Palestine soit plus disponible que l’Argentine. L’identification du lieu vient chez lui en second, après la formulation de sa revendication politique et étatique. Ce romantisme du retour n’est pas dépourvu de rationalité : la perspective de s’établir en terre d’Israël a mobilisé la conscience juive beaucoup plus qu’un rassemblement en Ouganda, au Birobidjan ou tout autre territoire. Si le lien à la terre d’Israël n’a pas suffi à garantir une légitimité unanime et universelle au projet sioniste, on imagine, à plus forte raison, la contestation dont un Etat juif aurait été l’objet s’il avait été créé ailleurs qu’en Israël.

Pour revenir à votre question, que des parents puissent aujourd’hui enterrer en Israël leurs enfants disparus dans un attentat ou au combat là où des millions sont morts sans sépulture durant la Shoah peut être une source, aussi ténue soit-elle, d’apaisement. 

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Denoël

CDT : Je voudrais ici prolonger ce que dit Denis par une dimension plus intime, plus personnelle. Je crois qu’un écrivain et un historien peuvent écrire l’un et l’autre avec leurs émotions, avec la conscience qu’ils ont de leurs émotions, de ce que le sujet dont ils traitent engage et déplace en eux. L’empathie, par exemple, peut être une grande force de compréhension du passé pour l’historien, et c’est aussi un des savoirs les plus profonds de la littérature : savoir se mettre à la place des autres, se déplacer dans le corps de l’autre. Mais, vis-à-vis des émotions, l’écrivain et l’historien ne sont pas tenus à la même distance.

Ce que je fais ici, en écrivain, c’est que je m’autorise à entrer dans la vie de Herzl, au cœur de ses douleurs, de ses deuils, de ses empêchements. Ce que je fais en historien, avec le regard d’Ilia, c’est que je maintiens la distance, en disant : « voilà comme je comprends ce qui lui est arrivé dans sa vie intime ». Et les outils que j’utilise pour comprendre, ce sont des choses que j’ai apprises au moment des deuils à répétition que j’ai traversés, et notamment le suicide d’un frère.

Que faisons-nous des morts, quelle histoire écrivons-nous au nom des morts ? Comment déplaçons-nous l’obscur de l’intime sur le théâtre de la politique ? Ce sont là des questions qui relient la vie intime et la vie collective. L’Europe, par exemple, a écrit son histoire dans la deuxième moitié du XXe siècle « pour ne pas que ça recommence » en se rappelant à la tragédie de tous ceux qui sont morts. Israël, après 1961 et le procès Eichmann, quand l’Etat comprend la force de mobilisation émotionnelle de la mémoire de la déportation et de l’extermination, ne cesse de convoquer « ce qui est arrivé là », comme l’écrivait Paul Celan – « ce qui a eu lieu » - pour écrire l’histoire à venir. De même, du côté palestinien, l’histoire des morts devient petit à petit cet engrenage de la douleur au nom duquel se déploient les luttes, dans le futur. C’est ce nœud-là, ce grand vortex des ombres, autour duquel tourne ce « Herzl ».

David Grossman : ’Je n’oublie jamais le miracle que représente l’Etat d’Israël’

Nordau dit dans « Herzl » : « Tel-Aviv est une promesse, mais Jérusalem est un piège dans lequel nous plongeons ». Pensez-vous que cette constatation soit toujours valide ? Le rêve sioniste est-il finalement une réussite ?

CDT : Vous savez, ce livre est pour moi une manière de donner corps à une littérature archipélique, en Europe – au sens où Edouard Glissant emploie ce mot. L’archipel, dans ce livre, c’est celui des mondes juifs européens qui portaient cette dimension transnationale, et notamment par les liens que tissaient, d’un bout à l’autre du continent, cette langue disparue qu’est le yiddish et l’esprit de traduction qui animait ces mondes, entre les nations. C’est cette présence-là, cette forme-là, l’archipel, qui nous appelle, au début du XXIe siècle, alors que reviennent, en Europe, les démons du nationalisme.

Comment donner voix aux mondes de l’entre, qui ne correspondent à aucune des frontières que l’organisation ethno-nationaliste impose partout, sur le modèle de la vieille Europe ? Comment sortir de ce paradigme-là de la découpe politique ? Depuis plus de 70 ans, de Primo Levi à Imre Kertesz, les forces restantes de la littérature ont été mobilisées pour sonder le soleil noir de l’extermination. A la troisième et quatrième génération, je crois qu’il revient cette tâche de passer du temps de la survivance au temps de la revivance. Remettre la condition juive, exilique, au commun des autres douleurs de l’exil. Et tenter d’entendre, à un siècle de distance, ce que voulaient, désiraient ces mondes détruits du judaïsme européen dans leur vie, en convoquant les courants nombreux de la pensée juive en diaspora.

La voix d’Ilia Brodsky, par les milieux qu’il traverse, en rencontrant Poïpy sur la route de l’exil, ou à Londres, dans le quartier de l’East End, fait signe vers cette immense force d’espoir et de transformation que les mondes juifs, en Europe, constituaient avant la destruction. C’est bien cette force d’espoir et de transformation, cette capacité à imaginer l’avenir, un autre avenir que celui de la nation, qui nous manquent. C’est en ce sens qu’il faut entendre la voix d’Ilia Brodsky laquelle, courageusement, se hisse avant de s’éteindre pour faire face à l’espoir national. C’est cela, être fidèle au passé. Vouloir, partout, le débordement et la fin des nations, non par idéalisme, mais parce que cette définition ethno-nationale, ne correspond absolument pas à la réalité de nos mondes entrelacés.

Et ce que je dis là vaut autant pour l’Europe – qui hélas, régresse vers cette définition archaïque, nationale – que pour Israël ou les nations dites « arabes ». Je n’ai pas écrit « Herzl, une histoire européenne » pour parler seulement du sionisme et d’Israël. J’ai écrit, dans la voix d’Ilia Brodsky, pour faire face à la démence des nations.

Jérusalem : comment une ’petite bourgade’ est devenue le centre du monde

DC : On a l’habitude d’opposer Tel-Aviv et Jérusalem, mais les deux constituent une expérience singulière de la pluralité des langues, des religions et des nations. La première pratique le brassage, la seconde la coexistence. L’une est un puzzle dont les différentes pièces finissent toujours par coïncider et s’harmoniser ; l’autre est une collection d’enclaves. C’est pourquoi vous trouverez des mordus de Tel-Aviv et des fous de Jérusalem, et rares sont ceux qui aiment l’une et l’autre.

Nordau est le premier à pressentir qu’une cité fondée sur du sable manque sans doute d’épaisseur historique, mais au moins décourage-t-elle la tentation de la compétition qui tourne à la rivalité sans fin. A Jérusalem, on est habité par la splendeur des lieux et la densité du conflit. Heureux ceux qui parviennent à la contempler au-delà des barrières visibles et invisibles. Jérusalem est la cité qui a la transcendance en bandoulière, Tel-Aviv transpire l’immanence. L’une règle ses comptes avec l’éternité, Tel-Aviv dépense sans compter. Mais quand le conflit bas et lourd pèse comme un couvercle, il fait bon se réfugier dans la ville insouciante, même s’il est vain et funeste de vouloir en faire abstraction.

Le rêve sioniste ? Herzl aurait récusé l’expression puisqu’il déclarait aux adhérents à la cause : si vous le voulez, ce ne sera pas un rêve, ni une fable ni un conte ou une légende. Une réussite ? Ce n’est pas plus une partie de cartes qu’un coup de dés. Ce qui s’y passe n’est pas réductible à une catégorie, qu’elle relève de l’admiration ou de l’anathème. Israël, c’est du sang et des larmes versés, mais aussi des plaies et des maux que l’on soigne et dont on guérit parfois. Il faut garder un œil toujours ouvert sur la richesse humaine, surmonter le soupçon et la méfiance qu’inspire celui qui ne s’habille pas et ne s’exprime pas comme vous. 

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L’on voit l’énergie déployée par Herzl pour faire aboutir la création d’un État juif, les nombreuses confrontations auxquelles il doit faire face y compris dans les milieux juifs et même sionistes. Y a-t-il vraiment une idéologie sioniste ? Des « sionismes » au pluriel ?

DC : Mon premier ouvrage était une anthologie de textes intitulée « Sionismes » et j’ai appelé le second : « Qu’est-ce que le sionisme ? ». C’est dire comme je suis sensible tant à ce qui unit qu’à ce qui divise ceux qui se déclarent tels. Tout ce qui fait consensus en apparence est le point de départ d’un dissensus.

Prenez la terre d’Israël : que l’Etat se maintienne sur la terre d’Israël, plutôt que sur toute autre terre dans la planète, fut-elle plus paisible et plus vaste, tout sioniste en convient. Mais doit-il s’étendre sur toute la terre d’Israël ou sur une partie seulement, et la polémique repart et rebondit. Rabin a été assassiné, par un adversaire politique qui croyait que ce meurtre trancherait la discorde qui reste toujours aussi vive. Je suis sioniste et contre l’occupation jusqu’au bout des ongles. Il n’y a là aucune contradiction, contrairement à ce que tentent de me faire croire les antisionistes et les ultra-sionistes qui pensent que l’un et l’autre vont de pair, et d’en blâmer Israël ou d’en faire l’éloge. Je suis sioniste, non parce que j’entends que tous les juifs s’y rendent, mais pour que toutes les manières de l’être parmi ceux qui y vivent s’y épanouissent. Je suis sioniste enfin parce qu’une fois assumé le souci de ceux avec lesquels je partage cet héritage commun, c’est avec les Palestiniens d’Israël également que je partage une citoyenneté commune. Cette coexistence est encore tendue, mais je la préfère à la perspective d’une société homogène.

CDT : Je suis heureux que l’on ressente ce divers des aspirations dans le livre, ainsi que cette énergie extrême et souvent désespérée que Herzl déploie. Je vis ce qui se passe en Israël et en Palestine – dans les territoires – comme un déchirement intime.

Je vis en Europe, entre la France et l’Allemagne, où je vois grandir, notamment à partir de ce conflit séculaire, des guerres de mémoire. Mes enfants sont à la fois juifs et arabes et français et allemands et américains par la culture globalisée qu’ils absorbent quotidiennement. Ils parlent des langues qui ont été dressées les unes contre les autres dans l’Histoire.

Et nous, nous avons la charge de « panser » cette histoire, d’essayer de la « panser » pour l’avenir. Je comprends que la charge qui nous incombe est d’être des « traducteurs de douleurs », pour qu’elles se remettent en partage, pour qu’elles cessent de relancer l’histoire de la violence. La vie exilique de Ilia ressemble à la vie exilique de tant d’autres personnes dans le monde, et notamment, la vie des Palestiniens expulsés. Ce que chacun perçoit, dans ce nœud des mémoires, autour de la terre, c’est que la sortie de l’oppression pour des millions d’êtres humains – le tournant national du judaïsme – a conduit à l’oppression de millions d’êtres humains – le tournant exilique palestinien. Et c’est à partir de cet impossible partage des histoires de la souffrance que nous avons à inventer la vie à venir.

Amos Oz : ’Pourquoi Judas aurait-il trahi Jésus pour 30 deniers, soit 600 euros ?’

Enfin, on reconnaît à Herzl le rôle de visionnaire de l’Etat avec « L’Etat des Juifs » mais comment fut accueilli « Altneuland » ? Que reste-t-il de cet idéal imaginé par Herzl ?

DC : Dans mon livre « Retour sur Altneuland : la traversée des utopies sionistes », je retrace quelques-unes de ces utopies littéraires qui ont esquissé sur le papier le futur Etat, puis ensuite les expériences d’utopie qui s’y sont réalisées dans le but d’inventer de nouveaux rapports sociaux.

Que reste-t-il de l’idéal d’Herzl ? Beaucoup plus qu’on pense. La société qu’il décrit ressemble, à s’y méprendre, à Tel-Aviv, cosmopolite, libre, dynamique. Le plus troublant, c’est que le traducteur hébraïque d’« Altneuland » lui a donné comme titre : « Tel-Aviv ». La ville n’était pas encore née, et son nom encore moins, et elle l’a emprunté au titre de l’utopie d’Herzl en hébreu. Certains pensent que l’utopie s’est transformée en dystopie, d’autres tentent de remplacer l’utopie généreuse d’Herzl par une utopie d’un autre type où je n’ai pas de place. Il ne s’agit pas de tomber dans une nostalgie stérile, mais de recoller les morceaux de ces rêves brisés.

Lorsqu’un accord prévoyant la régularisation de la moitié des réfugiés érythréens arrivés en Israël a été annoncé, nous avons touché du doigt l’utopie. 24 heures après, l’accord a été dénoncé par celui-là même qui l’avait proclamé la veille, et l’on retombe brutalement dans les eaux glacées du calcul politique égoïste. Ce soir, dans quelques heures à peine, je vais participer à une cérémonie funèbre où Palestiniens et Israéliens s’inclineront ensemble devant leurs morts au lieu de le faire séparément, en attendant qu’un jour, demain peut-être, un Helmut Kohl palestinien et un François Mitterrand israélien se tiennent debout main dans la main le dos au morts, face à l’avenir. « Altneuland » n’a pas fini de nous éclairer.

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Denoël

CDT : Je crois qu’il est extrêmement utile de relire « Altneuland » de Herzl, car c’est faire retour vers un futur qui a eu lieu et n’a pas eu lieu « en même temps » : un futur accompli et un futur potentiel, qui aurait pu être, mais qui n’est pas advenu. L’emprise technique sur le territoire, ici l’admiration que portait Herzl à Ferdinand de Lesseps. Une certaine modernité rêvée du XIXe, le progrès, l’industrie, l’irrigation, l’agriculture… Tout cela est dans « Altneuland » sur un mode quasi enchanté. La transformation du rugueux, de l’hostile, par le génie humain. Et on peut dire, c’est vrai, qu’il y a eu, depuis Herzl, des transformations extraordinaires, fruits de la volonté et du rêve humain. Mais il y a aussi tout ce que nous savons désormais : le devoir d’inventer un rapport moins hégémonique à la terre, au vivant. Etre moins conquérant et plus respectueux des formes de vie qui sont là…

Et il y a aussi tout ce qui était, dans « Altneuland », et qui, comme dans toutes les utopies, s’est transformé en enfer. Ce sont les futurs inaccomplis du passé. C’est ce que je montre, avec Alexander Pavlenko, le dessinateur, quand nous confrontons les rêves d’« Altneuland » à la réalité de ce qui est déjà là, dans les années 1920 : les massacres intercommunautaires, les représailles, le cycle des vengeances… Herzl, lui, imaginait une entente sublime avec les Arabes, entente à laquelle il donne corps dans le personnage de Reschid Bey. « Altneuland », aujourd’hui, c’est aussi une lecture amère qui mériterait d’être reprise dans une perspective palestinienne.

Dans « Altneuland », l’Etat à venir est un paradis cosmopolite, où l’on parle des langues multiples, où le Temple a été reconstruit, où le centre-ville de Jérusalem est ouvert aux pèlerins du monde entier et de différentes confessions, où la propriété privée a laissé la place à une propriété collective des terres, où l’économie est florissante… Or quand le présent nous plonge dans un profond désarroi, un tel désenchantement que nous désespérons, il est souvent bien utile de revenir au rêve fondateur. Pour voir comment on peut s’arracher à la malédiction du présent, pour rêver à nouveau l’avenir. C’est ce que tente de faire Ilia, mon narrateur. Mais c’est là également qu’il échoue. « Echouer, échouer encore, échouer mieux… »

Propos recueillis par Céline Lussato

Herzl, une histoire européenne, par Camille de Toledo et Alexander Pavlenko,
Denoël Graphic, 352 p., 25,90 euros.

Retour à Altneuland, La traversée des utopies sionistes, par Denis Charbit,
L’Eclat, 256 p., 9 euros.

BibliObs - L’Obs -Je m’abonne

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Source : https://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20180418.OBS5408/70-ans-d-israel-que-reste-t-il-de-l-ideal-d-herzl-le-pere-du-sionisme.html

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23.
ISRAËL Aspects essentiels du projet sioniste - 10 mars 2012 - Par Fxavier - Blog : Réflexions diverses sur nos ’valeurs de civilisation’

Quelques aspects essentiels du projet sioniste

Aujourd’hui, quand certains « belles âmes » , tel que Beilin et Burg nous font l’éloge du sionisme « primitif » , plus particulièrement de Ben Gourion et tombent à bras raccourcis sur Ariel Sharon, que ces « Messieurs » accusent d’avoir trahi l’idéal sioniste, ils se trompent ou nous trompent sur la finalité du projet sioniste qui est l’établissement d’un Etat juif sur l’ensemble de la Palestine , à la façon dont Sharon, l’un des derniers monuments du sionisme « primitif », tente de le mettre en place, même avec quelque concession au « rêve primitif »

A tout seigneur tout honneur, Ben Gourion, le fondateur de l’Etat d’Israël écrivait, dans une lettre à son fils en 1936 : ’Un Etat juif partiel n’est pas une fin, mais seulement un commencement. Je suis convaincu que l’on ne peut nous empêcher de nous établir dans les autres parties du pays et de la région.’ Et de préciser sa pensée au Conseil de Paalei Zion, futur Parti Travailliste, à Tel-Aviv en 1938 : ’Les frontières des aspirations sionistes, incluent le Liban-Sud, le sud de la Syrie, la Jordanie d’aujourd’hui, toute la Cisjordanie, et le Sinaï.’

Remarque

On peut noter que après le vote du Plan de Partage par l’ONU, Ben Gourion a engagé Israël dans la guerre avec les pays arabes dans le but agrandir substantiellement l’Etat hébreu et d’en chasser les palestiniens conformément au projet sioniste tel qu’il est, on ne peut plus clairement exprimé Y. Weitz, et il a, logiquement refusé en 1949 de céder une quelconque parcelle des territoires conquis par Israël en échange de la paix avec les pays arabes.

La guerre des « Six Jours » en 1967 devait être l’ultime étape du « Grand Israël » à laquelle Sharon s’est attelée avec obstination

Joseph Weitz, chef du Service de colonisation de l’Agence juive, qui déclarait en 1940 :
« Entre nous, il doit être bien clair qu’il n’y a pas de place pour deux peuples dans ce petit pays . Si les Arabes s’en vont, il sera libre et ouvert pour nous. Si les Arabes restent, le pays restera étriqué et misérable. Quand la guerre sera finie et que les Anglais l’auront, quand les juges siégeront sur le trône de la Loi, notre peuple doit présenter ses besoins et ses droits, et la seule solution est la Terre d’Israël, ou au moins la partie occidentale de la Terre d’Israël (c’est à dire la Palestine) sans les Arabes. Il n’y a pas de compromis possible sur ce point. Jusqu’ici l’entreprise sioniste a fait du bon travail en préparant la création de l’Etat hébreu. Jusqu’ici on pouvait se contenter « d’acquérir » des terres, mais ce n’est pas cela qui fondera l’Etat d’Israël. Cela doit se faire d’un seul coup comme la Rédemption.(c’est le secret de l’idée messianique) Et il n’y a pas d’autre moyen que de transférer les Arabes d’ici vers les pays voisins… Nous n’atteindrons pas notre but s’il y a des Arabes dans ce petit pays. Il n’y a pas d’autre issue que de transférer les Palestiniens d’ici dans les pays avoisinants, de les transférer tous. Il ne doit pas rester un seul village, une seule tribu. ’

Quant au statut des Arabes restés dans la Terre d’Israël Uri Lubrani, conseiller spécial aux Affaires arabes du Premier ministre israélien David Ben Gourion, déclarait en 1960, reprenant ce qui est écrit dans le Deutéronome : ’Nous réduirons la population arabe à une communauté de bûcherons et de serviteurs ». 

Pour clore ce tour d’horizon non exhaustif mais bien significatif, Raphaël Eitan, chef d’état-major des Forces armées israéliennes en 1983, pouvait renchérir sans que cela choque beaucoup de monde : ’Nous déclarons ouvertement que les Arabes n’ont aucun droit à s’établir ne serait- ce que sur un centimètre d’Eretz Israël. Nous utiliserons la force extrême jusqu’à ce que les Palestiniens viennent à nos pieds en rampant. ’
(Gad Becker, ’ Yediot Aharanot ’, 13 Avril 1983, New York Times, 14 Avril 1983)

Le même Eitan clarifia plus tard sa pensée en indiquant : ’Lorsque nous aurons pacifié le pays, tout ce que les Arabes pourront faire ce sera de tourner en rond comme des cafards drogués dans une bouteille. ’

Moralité…..

Les fanatiques et les ’sionistes politiques’ possèdent une particularité qu’il y a lieu de bien intégrer dans nos esprits occidentaux : une continuité sans faille dans les discours qui se traduit dans les faits au quotidien ; en conséquence seule la résistance armée du peuple de Palestine, son insistance à faire respecter le droit international peut mettre un terme à Israël dans son rêve insensé d’Etat du peuple juif…. et c’est bien là l’enjeu que « l’initiative de Genève’ et autres ’Accords de Paix’ escamotent

Sionisme : UN PROJET POLITIQUE COHERENT : Droit au Retour !

Face au soutien de plus en plus massif à la lutte du peuple de Palestine la gent sioniste tente de justifier les représailles de l’Etat hébreu et de reprendre en chœur les versets bien connus sur : le droit à l’existence d’Israël et la reconnaissance d’un Etat palestinien selon les conditions et les modalités fixées par l’Etat hébreu. Et pour faire bonne mesure on utilise la vieille recette sur le thème : « antisionisme = antisémitisme », une équation qui devrait faire réfléchir tout « homme sensé », et l’amener à reconnaître à Israël non seulement sa situation de « légitime défense » mais à se féliciter de sa participation judicieuse à la « lutte contre le terrorisme » au nom de la liberté, si on se réfère à la propagande israélienne répercutée par nos média.

Certains petits « futés » prétendent même que les « opérations de TSAHAL » ne visent qu’à la libération des Palestiniens de l’emprise pernicieuse des « terroristes » qui ne cherchent qu’à tuer des Juifs israéliens pour semer la terreur dans le peuple d’Israël dans le but de faire partir les Juifs et reconquérir toute la Palestine et que les résistants palestiniens « rêveraient » de se faire tuer pour gagner un coin de paradis aux côtés des quelques dizaines de vierges prêtes à les accueillir en héros….

Ce qui contraire à la réalité de la situation politique des Palestiniens, exprimée avec force et pertinence par Mahmoud Darwich

Le martyr m’éclaire : je n’ai pas cherché au-delà de l’étendue

Les vierges de l’immortalité car j’aime la vie

Sur terre, parmi les pins et les figuiers,

Mais je ne peux y accéder, aussi y ai-je visé

Avec l’ultime chose qui m’appartienne : le sang dans le corps de l’azur.

Le martyr m’avertit : Ne crois pas leurs youyous

Crois mon père quand il observe ma photo en pleurant

Comment as-tu échangé nos rôles, et m’as–tu précédé.

Moi d’abord, moi le premier !

Le martyr m’encercle : je n’ai changé que ma place et mes meuble frustes.

J’ai posé une gazelle sur mon lit,

Et un croissant lunaire sur mon doigt,

Pour apaiser ma peine.

Le siège durera afin de nous convaincre de choisir un asservissement qui ne nuit Pas, en toute liberté !

La vulgate sioniste nous cause de « respect » des populations arabes de Palestine , de nécessaires « campagnes d’explications » et de « message de paix » en direction des populations arabes et de l’opinion mondiale, alors qu’en réalité, si on se réfère au projet sioniste et à la politique pratiquée par Israël depuis cinquante ans, le sionisme n’a qu’un but avéré : la mise en place du « Grand Israël » par étapes successives, en éliminant tous ceux qui ne reconnaissent pas les « bienfaits » que peut leur apporter le peuple juif et qui considèrent qu’ils ont été spoliés de leurs terres , tous ceux qui n’ont de cesse d’en récupérer le maximum et qui n’ont aucune envie de se sacrifier pour que les Juifs puissent vivre leurs fantasmes d’un Etat Juif sur la terre de Palestine

Etant, depuis plus de trente ans, atteint par le « syndrome de l’antisionisme », très exactement après le « Blitzkrieg » de 1967 où tout le monde avait tremblé pour la survie d’Israël face aux Etats arabes, je ne résiste pas à me lancer dans une mise au point ,à une réplique signifiante des mes choix politiques qui n’ont rien à voir avec une quelconque humeur morbide, ou un esprit compassé, et surtout pas avec une quelconque pulsion de mort et je récuse toute confusion entre antisionisme et antisémitisme, et à moins que les « sots » aient raison : j’appelle au soutien de toute révolte du peuple de Palestine, au refus de toute négociation avec Israël, Etat fasciste et colonialiste, tant que l’Etat hébreu n’aura pas reconnu le droit au retour des Palestiniens dans leurs terres dont ils ont été chassés ou au moins une indemnisation conséquente !

Les sots proclament qu’il n’y a plus, a priori , aucune raison de se révolter puisque après la « Chute du Mur de Berlin » suivie de celle de l’URSS , la démocratie triomphante déploie ses ailes pour annoncer au monde la « Bonne Nouvelle », celle que selon les contes et légendes de « l’Histoire Sainte » les Anges chantaient autour de l’humble étable du « Messie », et qu’on nous ressert pour écraser toute révolte : « Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté , soyons tous frères, aimons nous les uns les autres »

Un message qui a fait déjà couler bien du sang, parce que l’amour et la fraternité ne vont pas toujours bien ensemble et que la paix ne se décrète pas mais se discute et ne peut se réaliser que dans l’égalité des droits et le respect de l’Autre ; c’est dans ce sens que ce « message » n’est le plus souvent qu’un message de bonnes intentions, et qui, comme l’Enfer, est pavé de bonnes intentions….

Pour les sots, certains « esprits malins » ne peuvent se passer de ferrailler contre un ennemi qu’ils inventent dans leur imaginaire morbide, et le SIONISTE serait donc leur cible idéale ! ! La lutte du peuple de Palestine n’a, aux yeux des sots, aucune raison d’être puisque le Peuple Juif est le seul à pouvoir revendiquer en toute légitimité divine la Terre Sainte, promise par Yahvé à Israël et de surcroît il est celui qui peut apporter au monde arabe la « Lumière de l’Occident »… Les Juifs aiment, voudraient tant aimer les Arabes alors que ceux-ci n’ont, souvent que de la haine et incompréhension pour eux

En dégageant les brouillards de la propagande qui ont embrumé les esprits, le vrai visage du sionisme apparaît aux yeux du monde éberlué dans sa tragique et même dérisoire réalité.

Le sionisme se révèle être un mouvement de colonisation de la Palestine et contrairement aux discours de sa propagande les sionistes ont chassé (et chassent encore aujourd’hui) de leurs terres, dans le but de réaliser leurs fantasmes messianiques des hommes et des femmes qui n’étaient pas des zombies, mais bien des êtres humains attachés à leurs terres qu’ils avaient, contrairement à la propagande sioniste, cultivées, aimées (et aiment encore aujourd’hui au point de vouloir y retourner)

Messieurs les sots, je n’ai jamais dit et écrit que les Juifs étaient responsables de tous les maux de la terre, mais qu’ils sont bien, et tout simplement, responsables de l’expulsion de quelques centaines de milliers de Palestiniens et de quelques dizaines de milliers d’Arabes écrasés sous leurs bombes et leurs chars dans des guerres d’agressions considérés, grâce aux torrents de la propagande sioniste qui commencent à se tarir, comme des « actes de légitimes défense »

Ce n’est pas une pulsion de mort qui anime ceux qui se livrent à des attentats terroristes mais bien le fol espoir qu’ils auront permis à ceux qui survivront de vivre dans un Etat indépendant débarrassé du joug pesant des Israéliens ….

Les Palestiniens ne sont, bien sûr et fort heureusement, pas des « anges », mais avec le temps, ils ont compris que Israël ne cédera rien que s’il est contraint par la force d’une résistance armée qui se met en place avec des erreurs, des hésitations, comme toutes les résistances armées….

Si par les temps qui courent, l’existence d’Israël peut être remis en cause, alors qu’elle a été très explicitement reconnue depuis quelques dizaines d’années, et confirmée solennellement en 1993 par les calamiteux « Accords d’Oslo » qui n’ont été qu’un ACTE de CAPITULATION, signé par Arafat, avide d’un pouvoir dérisoire sur une entité palestinienne dont il serait le « Président », un président ridicule et justement méprisé par Rabin et la quasi-totalité des dirigeants israéliens qui , en toute logique politique, l’ont roulé dans la farine.

Je me permets de rappeler aux « bonnes âmes » qu’en politique la morale est aux « abonnés absents », que Rabin en installant des checks points dans les territoires occupés, avant de signer les « Accords » en 93, n’a rien caché de ses politiques et de son souci de contrôler les palestiniens. Il est d’ailleurs utile de rappeler ses déclarations sans ambiguïté : « Il ne peut être question qu’Israël tolère l’existence d’Etat palestinien indépendant, c’est à dire disposant d’une armée et d’une politique étrangère indépendante d’Israël, et les difficultés d’une autonomie accordée aux Palestiniens résident dans le partage d’un territoire qui n’est pas homogène » 

« Nous voulons gagner la bataille de la paix, mais à chaque attaque Israël répondra sept fois plus forts. La main que nous tendons vers ceux qui veulent la paix est la même qui appuiera sur la gâchette contre les meurtriers » (Rabin à la Knesset1993)

Mais, par les temps qui courent, nous pensons qu’il ne suffit pas de dire « Israël est et sera et que les portes de l’Enfer ne prévaudront pas contre l’Etat hébreu », il est encore moins astucieux d’envoyer les chars pour écraser le peuple de Palestine…

Israël pourra vaincre à court terme, mais face aux rapports de forces existants au Proche Orient, face aux peuples arabes de plus en plus conscients, il est urgent que Israël se préoccupe de la seule chose qui importe : « Comment exister en bonne entente avec ses voisins arabes ? »

Pour cela, il importe que Israël écoute la voix de la raison, la voix de ceux qui en son sein sont de vrais prophètes, (dans le sens biblique du terme), et tous ceux qui, à travers le monde, dénoncent la politique insensée et suicidaire de l’Etat hébreu et posent comme préalable minimum l’évacuation totale de tous les territoires occupés. en 1967 et une négociation sérieuse sur le droit au retour des palestiniens qui implique la remise en cause du « Droit au Retour » inscrit les « lois fondamentales » d’Israël, droit mythique des Juifs sur une « Terre Promise » par Yahvé à « son peuple »

Francis Grislin (20.12.2000)

Remarque 10.03. 2012

Pendant qu’on nous bassine avec les crimes du ’tyran Bachar el Assad’, Israël en réplique à quelques tir de roquettes se lance sans vergogne dans un raid sur Gaza qui, d’après nos zélés journaleux tué qu’une vingtaine des ’terroristes’. Il faut croire que les bombes israéliennes téléguidées par Dieu qui veille sur sa destinée, sont tellement intelligentes qu’elles savent reconnaître les coupables et préservent les innocents…

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Mots-clés : ISRAËL : Projet sioniste

Source : https://blogs.mediapart.fr/fxavier/blog/100312/israel-aspects-essentiels-du-projet-sioniste

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24.
Sionisme : l’analyse des courants idéologiques sionistes par Wikipédia

Photo - Theodor Herzl, auteur du manifeste sioniste L’État des Juifs.

Le sionisme est une idéologie politique fondée sur un sentiment national juif, décrite comme nationaliste par les uns et comme émancipatrice par les autres, prônant l’existence d’un centre territorial ou étatique peuplé par les Juifs en Terre d’Israël (Eretz Israël). Son principal théoricien est Theodor Herzl qui publie Der Judenstaat (L’État des Juifs) en 1896.

Sur un plan idéologique et institutionnel, le sionisme entend œuvrer à donner ou redonner aux Juifs un statut perdu depuis l’Antiquité et les royaumes hasmonéen et hérodien, à savoir celui d’un peuple disposant d’un territoire. Le sionisme aboutit en 1948 à la création de l’État d’Israël. Il faut le différencier du postsionisme, qui veut donner une orientation laïque à l’État d’Israël, normaliser les relations avec les Palestiniens, et du néosionisme, qui milite pour la migration des Palestiniens et des Arabes israéliens vers les autres pays arabes.

Le sionisme se partage entre différents courants qui vont du sionisme travailliste au sionisme religieux juif ou même chrétien. Le terme sionisme fait référence au « retour à Sion » qui est une colline de Jérusalem. L’opposition au sionisme est désignée sous le vocable d’antisionisme.

Sommaire

Histoire du sionisme - Article détaillé : Histoire du sionisme

Cet article se consacre surtout à l’analyse des courants idéologiques sionistes ainsi qu’aux réactions qu’ils ont suscitées. Pour le détail de son histoire, voir aussi : Histoire du sionisme. L’article complet est accessible ici : https://fr.wikipedia.org/wiki/Sionisme

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25.
Israël-Palestine : comment le conflit a commencé ? Par Béatrice Roman-Amat - Le 18 octobre 2011 – Document ‘çaminteresse’ - Photo - De jeunes Palestiniens devant la vieille ville de Jérusalem, en octobre 2009. © REUTERS.

Les diplomates du monde entier s’arrachent les cheveux depuis 60 ans sur ce petit bout de territoire de la superficie de la Belgique. On vous explique, en raccourci, les racines du conflit.

1. Il y a 2 000 ans…

Au cours du Ier siècle avant JC, les Romains conquièrent sous la direction du général Pompée la Judée et la Samarie, des territoires où les juifs sont installés depuis au moins 1 500 avant JC et où ils cohabitent avec d’autres populations. Certains juifs s’accommodent de l’occupation romaine, mais la secte des Zélotes pousse les milieux populaires à prendre les armes. Les Romains contre-attaquent en menant le siège de Jérusalem. L’affrontement aboutit à la victoire des Romains et la destruction du Temple, qui constituait depuis 1 000 ans le centre du pouvoir politique et religieux pour les juifs.

De nombreux juifs quittent Jérusalem et s’installent sur la côte, où ils reconstruisent leur communauté, non plus autour du Temple mais de synagogues. En 135, ils se soulèvent à nouveau et sont à nouveau vaincus. Jérusalem est alors interdite aux juifs. Progressivement, au cours des siècles, des juifs partent s’installer sur le continent européen et en Afrique du nord.

Au fil des siècles, la Palestine passe de main en main. Elle fait successivement partie de l’empire romain, puis de l’empire byzantin et de l’empire ottoman. Au VIIe siècle, les armées arabes musulmanes lancées à la conquête du Moyen-Orient depuis le Nord de l’Arabie envahissent ce petit territoire, qui reste sous domination musulmane jusqu’au début du XXe siècle.

2. La naissance du sionisme

Parallèlement, au XIXe siècle apparaît dans les communautés juives d’Europe orientale l’idée de réinstaller les juifs en Palestine. Les pogroms dont sont victimes les juifs de Russie et l’affaire Dreyfus en France sont deux catalyseurs de ce mouvement, appelé sionisme. Le Hongrois Theodor Herzl explique dans son livre l’Etat juif que tous les juifs doivent pouvoir trouver refuge dans un État, loin des persécutions. Des juifs avaient commencé à émigrer vers la Palestine au cours de la première moitié du XIXe siècle. Le mouvement s’accentue.

En 1917, le ministre britannique des Affaires étrangères, Lord Balfour, publie une lettre dans laquelle il se dit favorable à la création d’un « foyer national juif » en Palestine. Après la Première Guerre mondiale, l’empire ottoman est démantelé et la Palestine devient un protectorat britannique.

3. Un État proclamé unilatéralement

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, 5 à 6 millions de Juifs sont exterminés. Le mouvement sioniste tire une nouvelle légitimité de cette tragédie. Au milieu des années 1940, environles deux tiers des habitants de Palestine sont des arabes, un tiers est juif.

En 1947, les Nations Unies votent la création de deux États, l’un juif, l’autre arabe, dans le but de mettre fin aux tensions de plus en plus fortes entre les deux communautés. Jérusalem serait placée sous un régime international. Les pays arabes refusent ce plan de partage.

En 1948, le jour où le mandat britannique sur la Palestine expire, le président du Conseil national juif David Ben Gourion proclame l’indépendance de l’Etat d’Israël, sans en référer à ses voisins. Immédiatement éclate une guerre entre Israël et ses voisins arabes. La première d’une longue série.

Pour comprendre la suite du conflit en quelques minutes, vous pouvez regarder cette vidéo de l’émission d’ArteLe dessous des cartes :

Vous souhaitez en savoir plus ? Photo 1èrede couverture - Ce livre invite à suivre le périple de ceux qui ont fait l’ Histoire et ont, bien souvent, changé son cours. Il retrace à l’aide de documents d’époque et de cartes d’origine l’âge... DECOUVRIR CE PRODUIT

On s’est posé la question :

https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%8...Ça m’intéresse est un magazine mensuel français de vulgarisation scientifique créé et édité par Prisma Media. Le premier numéro fut publié en mars 1981. En France métropolitaine, son prix de vente en kiosque est de 4,20 € .

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Source : https://www.caminteresse.fr/economie-societe/israel-palestine-comment-le-conflit-a-commence-113501/

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26.

Et si on racontait une autre histoire ? Ismaël & Isaac – Enregistrement 32 minutes - 28/10/2018 – Dans le cadre des émissions de France Culture Talmudiquespar Marc-Alain Ouaknin les dimanches de 9h10 à 9h42 – Photo : Gérard Haddad • Crédits  : Photo Bruno Levi-large - Radio France

Et si on racontait une autre histoire ? Et si on avait le courage de relire les textes, non pas en dehors des chemins battus et des exégèses traditionnelles, mais justement en leur compagnie, pour entendre de nouvelles sonorités, au plus proche de la lettre pour en renouveler l’esprit. 

Oui ! Si on prenait le temps de relire les textes lento, selon le mot d’ordre de Nietzsche. Lentement, très lentement, pour scruter les mots, comme dit Jankélévitch, les tourner et les retourner sous toutes leurs faces, dans l’espoir qu’une lueur en jaillira, les palper et ausculter leurs sonorités pour percevoir le secret de leur sens.

Dans chaque mot lettre, dans chaque verset, dans chaque histoire, n’y a-t-il pas, selon une formule inspirée de Lévinas, des oiseaux aux ailes repliées qui attendent le souffle des lecteurs ?

Oui ! Si on prenait le temps de relire les textes, défaits de toutes les habitudes et de tous les préjugés, sans que les affaires soient déjà classées et les dossiers déjà rangés !

Relire, habité par la responsabilité. Parce que nous savons que les mots peuvent changer le monde, que les livres comme le disait Kafka peuvent « mordre et nous piquer, qu’ils peuvent nous réveiller comme un bon coup de poing sur le crâne, comme une hache qui brise la mer gelée qui est en nous ».

Relire pour transmettre une nouvelle façon de regarder le monde, de l’entendre et de le partager !

Relire pour offrir de nouvelles conclusions, bien sûr non définitives, mais qui ouvrent l’histoire à d’autres possibilité à un autre avenir !

Relire à l’aune du dernier mot de la Michna, Bachalom, « avec la paix ». Etudier signifiant dès lors toujours désirer la paix et toujours tenter de la construire !

« Devant les perspectives terrifiantes qui s’ouvrent à l’humanité, écrivait Camus, nous apercevons nous encore mieux que la paix est le seul combat qui vaille d’être mené. Ce n’est plus une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l’ordre de choisir définitivement entre l’enfer et la raison. » 

Mais pour cela il faut peut-être non seulement de la sagesse mais aussi de la générosité, et peut-être que l’un ne va se pas sans l’autre !

L’invité

Gérard Haddad est ingénieur agronome, Psychiatre et psychanalyste. Plusieurs rencontres intellectuelles décisives. Lacan d’abord puis. Y. Leibowitz, dont il a traduit huit de ses ouvrages. Auteur d’une bibliographie impressionnante, il a publié, entre autres : L’enfant illégitime, les sources talmudiques de la psychanalyseManger le livre, Les Biblioclastes, Le jour où Lacan m’a adopté, Le péché originel de la psychanalyse, et tout récemment une trilogie aux éditions Premiers Parallèles

Le choix musical - Vidéo 8:05 à partir de : https://www.franceculture.fr/emissions/talmudiques/et-si-racontait-une-autre-histoire

’La tradition des maftirim est une autre tradition paraliturgique de type bakachot était pratiquée par les ensembles appelés des Maftirim. Ils étaient organisés sous formes de confréries et de choeurs pour chanter leurs compositions à l’auditoire des synagogues à l’occasion des Shabbats, lors de certaines solennités et avant les prières. Il est intéressant de noter que cette tradition musicale était inspirée de la musique ottomane et de souligner la proximité des Maftirim d’Edirne, d’Istanbul et de Salonique avec les confréries mystiques des Mevlevi installées dans ces villes (Sadak 2005).’

On lira avec intérêt l’article de Sami Sadak : ’Transculturalité et identité musicale dans les répertoires judéo-espagnols’ 

Le livre de l’invité 1èrepage de couverture : Ismaël & Isaac • Crédits : Gérard Haddad / Premier Parallèle - Radio France

Quatrième de couverture - ’La Bible regorge de fratricides. À telle enseigne que Gérard Haddad qualifiait, dans Le Complexe de Caïn, son précédent livre, la rivalité́ fraternelle de « pêché originel de la société humaine », au même titre que le complexe d’Œdipe.

Mais le mal porte en lui son propre antidote. Cet antidote, c’est l’histoire d’Ismaël et Isaac, dont le père, Abraham, est à la fois considéré comme le père du peuple juif, un aïeul essentiel du christianisme et l’un des prophètes de l’islam. 

Tout est fait pour opposer les frères l’un à l’autre : Sarah, la mère d’Isaac, n’a-t-elle pas exclu de sa maison Agar, la jeune servante égyptienne avec laquelle son mari a eu Ismaël ? Pourtant, les deux frères vont réussir à coexister pacifiquement, sur le modèle du « bon voisinage ».

C’est ainsi qu’ironiquement, le plus grand exemple de fraternité heureuse nous est donné par ceux-là mêmes dont les descendants, pris dans le conflit israélo-palestinien, se déchirent aujourd’hui. 

Restituer le lien fondamental qui unit les enfants d’Abraham, s’opposer à toute exclusion qui rejouerait l’exclusion inaugurale – celle de la prophétesse Agar – voici la condition symbolique au retour d’un dialogue.

Pour ce faire, il est nécessaire à ses yeux d’abandonner l’expression « civilisation judéo-chrétienne », laquelle exclut les musulmans d’une histoire occidentale qui leur doit beaucoup, pour qualifier notre civilisation de « gréco-abrahamique ».

Bibliographie complète de l’invité :

  • L’Enfant illégitime : Sources talmudiques de la psychanalyse, Hachette Littératures, 1981
  • Manger le livre, Grasset, 1984
  • Les Biblioclastes, Grasset, 1990 ; rééd. sous le titre Les Folies millénaristes, Librairie générale française, 2002
  • Freud en Italie : Psychanalyse du voyage, Albin Michel, 1994. (Avec Antonietta Haddad)
  • Lacan et le judaïsme, Desclée de Brouwer, 1996
  • Maïmonide, Belles Lettres, 1998
  • Hippocrate et le Scanner, Desclée de Brouwer, 1999. (Avec Didier Sicard)
  • Le jour où Lacan m’a adopté, Grasset & Fasquelle, 2002
  • Musulmans contre l’Islam ?, Cerf, 2006. (Avec Hechmi Dhaoui)
  • Le péché originel de la psychanalyse, Seuil, 2007
  • Les femmes et l’alcool, Grasset, 2009
  • Lumière des astres éteints, Grasset, 2011
  • Tripalium. Pourquoi le travail est devenu une souffrance, François Bourin, 2013
  • Dans la main droite de Dieu : Psychanalyse du fanatisme, Premier Parallèle, 2015
  • Le complexe de Caïn : terrorisme, haine de l’autre et rivalité fraternelle, Premier Parallèle, 2017
    Autres émissions Talmudiques avec Gérard Haddad : Continuer de goûter le monde 06/09/2015

Du trouble dans la fraternité 1/2 Les frères : un point aveugle de la psychanalyse ? 15/01/2017. 2/2 Quand le féminin s’en mêle. 22/01/2017

À découvrir

Sexe et savoir font-ils bon ménage ?

Martine Lerude : ’Avoir été confrontée à la question de la mort et de l’impossible en tant que médecin, je crois que c’est une formation essentielle à la psychanalyse’

Histoire de la psychanalyse d’enfant : Hermine Von Hug-Hellmuth

Marie Bonaparte : ’Freud était un des êtres les plus doux et les plus dénués d’agression et de méchanceté que l’on puisse voir’

Tags : judaïsme Psychanalyse

L’équipe – Production : Marc-Alain Ouaknin – Réalisation : Dany Journo

Consulter aussi : Gérard Haddad : biographie, actualités et émissions France Culturettps ://www.franceculture.fr/personne/gerard-haddad

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Source : https://www.franceculture.fr/emissions/talmudiques/et-si-racontait-une-autre-histoire

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27.
La personnalité de Gérard Haddad d’après Wikipédia

Gérard Haddad, né 21 juin 1940 à Tunis 1, est un ingénieur agronome, médecin psychiatre et psychanalyste français.

Psychanalyse

Il rencontre Jacques Lacan en 1969 et entame avec lui une psychanalyse de onze ans. Au cours de sa cure, il entreprend des études de médecine, dans le but de devenir lui-même psychanalyste2.

Sa rencontre avec Yeshayahou Leibowitz influence également son parcours1.

Littérature

Gérard Haddad a une œuvre d’écrivain, de traducteur de l’hébreu et d’éditeur.

Œuvres

Essais

  • L’Enfant illégitime : Sources talmudiques de la psychanalyse, Hachette Littératures, 1981
  • Manger le livre, Grasset, 1984
  • Les Biblioclastes, Grasset, 1990 ; rééd. sous le titre Les Folies millénaristes, Librairie générale française, 2002
  • (avec Antonietta Haddad) Freud en Italie : Psychanalyse du voyage, Albin Michel, 1994
  • Lacan et le judaïsme, Desclée de Brouwer, 1996
  • Maïmonide, Belles Lettres, 1998
  • (avec Didier Sicard) Hippocrate et le Scanner, Desclée de Brouwer, 1999
  • Le jour où Lacan m’a adopté, Grasset & Fasquelle, 2002
  • (avec Hechmi Dhaoui) Musulmans contre l’Islam ?, Cerf, 2006
  • Le péché originel de la psychanalyse, Seuil, 2007
  • Les femmes et l’alcool, Grasset, 2009
  • Lumière des astres éteints, Grasset, 2011
  • Tripalium. Pourquoi le travail est devenu une souffrance, François Bourin, 2013
  • Dans la main droite de Dieu : Psychanalyse du fanatisme, Premier Parallèle, 2015
  • Le complexe de Caïn : terrorisme, haine de l’autre et rivalité fraternelle, Premier Parallèle, 2017
    Récits
  • Moshé Gaash, Comment faire son alyah en 20 leçons : voyage en Terre promise (récit), Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points Virgule » (no 53), 1987, 165 p. (ISBN 2-02-009621-8) — Réédité en 2008 sous le titre Hello Goodbye, du nom du film Hello Goodbye, réalisé en 2008 par Graham Guit et inspiré de cet ouvrage. Moshé Gaash est le nom de plume de Gérard Haddad.
  • Monsieur Jean, Hémisphères, 2017
    Traductions de l’hébreu
  • Œuvres de Yeshayahou Leibowitz :
    • Israël et le judaïsme, ma part de vérité, Desclée de Brouwer, 1993
    • Brèves leçons bibliques, Desclée de Brouwer, 1995
    • Peuple, Terre, État, Plon, 1995
    • Science et valeurs, Desclée de Brouwer, 1997
    • (avec Yann Boissière) Les Fondements du Judaïsme, Cerf, 2007
  • Eliezer Ben Yehouda et Itamar Ben Avi, La Renaissance de l’hébreu, Desclée de Brouwer, 1998
  • Contes talmudiques, Hachette Littératures, 1999
    Notes et références

Liens externes

Notices d’autorité :

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28.
Le psychanalyste Gérard Haddad prône ’la fraternité heureuse’ Vidéo 0:57 ajoutée le 30 octobre 2018 - InternationalesTV

’Ce que Isaac et Ismaël ont réussi à faire, il faut que les juifs et les musulmans le fassent aujourd’hui.’ Gérard Haddad, psychanalyste et auteur du li Source : https://www.youtube.com/watch?v=OvxsoqkHXfg

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29.
La descendance d’Abraham : la rivalité Isaac-Ismaël Par Rav Léon Askénazi-Manitou – Non daté

La plus grande erreur de toutes les théologies - quand on parle de la révélation de la parole de Dieu - c’est de croire que Dieu a révélé une ``confession religieuse’’ dans le sens d’un code religieux ne concernant qu’une conduite de la vie : la conduite proprement religieuse, c’est-à-dire l’expression du sentiment religieux et du culte. En fait, à travers la prophétie biblique, on s’aperçoit que ce que Dieu a révélé, c’est essentiellement Sa volonté pour le développement de l’histoire du monde et particulièrement celle des hommes. Avant de dire le code, la Torah nous donne comme une préface - depuis l’histoire du premier homme - pour expliquer pourquoi l’accent va être mis assez rapidement sur la racine : Israël, matrice de l’engendrement de l’histoire du salut et lieu de la Révélation prophétique.

Dépasser la théologie

Or, il y a un écueil à éviter : depuis la fin de la prophétie, on a perdu l’habitude de comprendre le sens de la parole prophétique comme telle. On l’a un peu réduite à une sorte de philosophie religieuse - la théologie, qui est une pensée humaine - très tardive par rapport à la prophétie biblique. Cela vient de l’arrêt de l’expérience prophétique, à l’échelle objective, bien qu’elle ait continué jusqu’à nous. L’inspiration
1 à l’échelle individuelle est encore un peu, je ne dirais pas de même nature, mais du même degré de communication de Dieu à l’homme, alors que la philosophie religieuse, elle, est une tentative de communication de l’homme à Dieu, ce qui est extrêmement différent.

La tradition juive connaît aussi l’expérience religieuse qui va de l’homme à Dieu, mais l’essentiel de la religion juive, c’est la Parole qui vient de Dieu à l’homme, et c’est d’une toute autre nature.

Par conséquent, puisque notre époque connaît les grands bouleversements de l’histoire mondiale, il est évident que ces grands bouleversements concernent Israël et que la Parole de Dieu le concerne au premier chef. On a oublié que l’essence de la préface historique que nous voyons en particulier dans le Livre de la Genèse et la première partie du Livre de l’Exode est une révélation de la conception que Dieu Se fait de l’histoire humaine - avec, en gros plan, Israël - avant de révéler Sa volonté pour la conduite religieuse. C’est donc là que l’homme doit étudier et comprendre comment la Torah comprend et entend les règles de conduite du peuple juif dans les grands événements qui le concernent.

Le pays des Hébreux

Or un des graves problèmes que nous avons à résoudre en notre temps, c’est la revendication de la terre d’Israël par Ismaël. Et c’est intentionnellement que je dis cela en termes bibliques, directement, car il ne s’agit pas seulement d’un conflit politique, comme se complaisent à le présenter diplomates, historiens et journalistes. Il s’agit d’une histoire qui a commencé avec la famille d’Abraham et qui est la revendication de la terre d’Israël par Ismaël.

Il serait donc inconcevable - en tout cas pour la conscience d’un croyant, qu’il soit chrétien, juif ou musulman - que la Bible ait parlé de tout, sauf ... de l’essentiel. Il faut repenser ce problème pour qu’il y ait une solution positive en fin de compte. A quelles conditions ? Cela nous devons le demander à la Bible elle-même.

Il y a une ``légende’’ concernant la dénomination de ce que nous appelens Erets Israël. La Bible l’appelle ``pays de Canaan’’ parce qu’au temps des Patriarches, il était occupé par les Cananéens (Gen. XIII, 7). En fait, dans le récit de la Genèse (XL, 15), il est appelé ``pays des Hébreux’’. Ce terme est employé par Joseph, en prison en Egypte, lorsqu’il raconte son histoire aux ministres du Pharaon tombés aussi en disgrâce : ``J’ai été volé du ``pays des Hébreux’’. Les ministres du Pharaon comprennent de quoi il s’agit, et pourtant qu’y avait-il en ce temps là comme Hébreux au pays de Canaan ? Jacob et ses fils. Cela signifie qu’à l’époque, il y avait une donnée culturelle et que ce pays était connu comme celui des Hébreux. De la même manière, pendant deux mille ans, alors que les Juifs étaient en exil, on savait que leur pays était la ``Palestine’’, nom donné par les Romains à la Judée. Or, les Juifs étaient partout - sauf ici (en dépit d’une petite minorité), mais tout le monde savait que la Palestine était le pays juif.

Les Hébreux étaient en exil dans la civilisation de Babel d’où est sorti Abraham. Que faisaient-ils en Babylonie ? Il faut d’abord restituer ceci : les Hébreux étaient en dispora dans la civilisation de Babel - dont le roi était Nemrod. Lorsque cette civilisation est devenue totalitaire - un peu à la manière de l’Allemagne nazie - une famille des Hébreux, rescapée d’Our Kasdim
2 (la fournaise de Kasdim), la famille d’Avram (il ne se nomme pas encore Abraham) quitte Babel et revient au pays de ses ancêtres (ancêtre d’Abraham : Ever, lui-même descendant de Sem). Or, pour les historiens, Abraham serait un Mésopotamien qui, magiquement, se découvre Hébreu. Cela n’a aucun sens. C’est très frappant de voir qu’Our Kasdim (Ur) est très exactement à la frontière entre le Koweit et l’Irak.

Rivalités familiales

En Babylonie, Abraham s’appelait Avram, nom araméen. Lorsqu’il revient au pays des Hébreux, il se nomme Abraham. De cette identité des Hébreux dans l’exil de Babylone, une partie seulement est revenue au pays des Hébreux. Les autres branches se sont installées en rivalité d’Israël. Térah, le père d’Abraham eut trois fils : Nahor, Haran (son fils, Loth fondera les peuplades d’Amon et Moab) et Abraham. Haran est mort en Babylonie. Nahor a quitté la Babylonie, mais n’est pas revenu au pays des Hébreux. Il s’est installé dans la région du Liban et de la Syrie où il a fait souche et est devenu un des pires ennemis d’Israël (cf. dans la Bible les guerres du roi Aram contre David !).

Une de ces rivalités est venue d’Ismaël. La Torah a raconté comment Sarah - qui n’avait pas d’enfant - a demandé à Abraham de prendre Agar pour avoir un enfant en attendant la réalisation éventuelle de la Promesse. C’était de la part de Sarah une générosité et une impatience que l’histoire juive a très souvent connues. Nous avons énormément d’épisodes de ce genre. Comme le temps de la Promesse n’est pas là, on passe le relais à une autre société. Un exemple : les Juifs au temps de la Révolution française étaient persuadés que le relais messianique passait par la France. C’est dire le choc pour un Juif de trouver un pays où les principes politiques étaient censés être : ``liberté-égalité-fraternité’’...

Il y a rire et rire

Or voici ce qui se passa (Gen. XXI, 8-12) : Sarah a vu Ismaël rire
3 et elle dit à Abraham : ``Renvoie la servante et son fils parce qu’il n’héritera pas avec mon fils Isaac.’’ Le nom d’Isaac veut dire ``il rira’’ au futur. Les deux fils d’Abraham sont ici définis par le rire. Le rire est possible parce que Abraham a enseigné qu’il y a un Créateur. S’il y a un Créateur, la joie est possible et aussi le salut. Donc, tout fils d’Abraham sait rire, seulement la seule différence est qu’Ismaël rit au présent. Il est satisfait du monde tel qu’il est. Tandis qu’Isaac n’aura le droit de rire qu’au futur, quand le monde aura trouvé sa Rédemption. Sarah, quand elle voit Ismaël rire, dit : il faut les séparer.

Effectivement l’Islam comme religion et le Judaïsme comme religion se ressemblent avec cette grande différence que si la théologie est compatible - il y a un Créateur - la morale n’est pas la même. Le Musulman se satisfait du monde au présent. Le Juif ne se satisfait pas du monde comme il est et son rire est réprimé. Il rira au futur. C’est une légende de dire que nous avons le même père car Avram n’est pas encore Abraham ; le Dieu de l’Islam, c’est le Dieu Créateur au présent, alors que le nôtre, c’est le Créateur avec un projet d’avenir.

Avec l’Islam nous n’avons pas de problème théologique. Leur monothéisme est compatible avec le nôtre, mais nous avons un problème moral. Pour la conscience islamique, il y a une difficulté à penser la responsabilité morale. Pourquoi ? C’est Dieu qui décide de tout. Penser que l’homme est libre, c’est un blasphème. Lorsqu’un Musulman est cultivé, formé à l’occidentale, il perçoit le problème moral. Il a alors des difficultés avec sa religion. Je suis né dans un pays d’Islam et je connais bien ce problème. Supposer que l’homme est libre, cela porte atteinte à la souveraineté de Dieu. Le Musulman a une foi absolue qu’il existe un Créateur qui décide de tout. Tout est écrit, dit-on. Ecrit, mais pas dans le sens de la fatalité, c’est la Volonté de Dieu. Il veut soumettre le monde à la Volonté de Dieu...

Le texte suivant (Gen. XXV, 9) prédit qu’Ismaël fera repentir. Ismaël revient d’Egypte où il vivait avec sa mère. Il revient dans la ``maison de son père’’ à Hébron où vit Isaac. Abraham mort, il est dit : ``Isaac et Ismaël, ses fils, l’enterrèrent...’’ C’est la fin du cycle d’Abraham qui meurt en bonne vieillesse puisque les deux frères se sont réconciliés et que le rire d’Ismaël a trouvé sa Rédemption.

Bar Yochaï explique...

Un texte du Talmud dit ceci : Trois maîtres veulent expliquer pourquoi Sarah, voyant rire Ismaël, a pu demander une chose aussi terrible à Abraham : expulser Agar et Ismaël ! Alors qu’elle avait donné Agar à Abraham dans sa générosité. Il y a là contradiction. Sarah n’est pas une mégère, finalement !

Or, le premier dit : ce rire, c’est l’idolâtrie ; le second dit : c’est le meurtre ; le troisième dit : c’est la débauche
4. Car celui qui se satisfait du monde tel qu’il est tombe dans ces trois fautes. Et Rabbi Shimon bar Yochaï, qui cite ces trois maîtres, déclare qu’il est étonnant que dans la maison de ce Juste (Abraham), quelqu’un puisse agir ainsi. Il explique le rire d’Ismaël comme une moquerie. Il se rit de son frère. Se croyant l’aîné, il prétend à deux parts d’héritage (l’Arabie et la Palestine, remarque ironiquement le Rabbin !). C’est moi l’aîné. Le monde entier et la terre d’Israël me reviennent ! Mais à la mort de son père, il revient à la maison. Il fait repentir, reconnaissant qu’Israël est chez lui à Hébron, car il a reconnu la religion de son père (avant Mahomet, les Ismaélites étaient des païens).

Le rire d’Ismaël, ce rire de rivalité, trouvera donc un jour sa Rédemption. Pour nous, il suffit - mais il faut - que l’Islam reconnaisse que cette terre a été donnée par Dieu à Israël ; alors on établira le statut de ceux qui voudront y demeurer.

Les Arabes n’ont jamais connu la situation d’exil. Ils ont été des conquérants - partout et toujours. Et voici qu’ici, et pour la première fois, ils connaissent cette situation d’exil. Cela leur est insupportable : être en exil chez les Juifs... à Jérusalem !

Le Maharal explique...

Le Maharal a établi pourquoi notre exil n’a commencé qu’avec Jacob alors qu’il avait été annoncé à Abraham. Si l’exil avait commencé avec Abraham, Ismaël aurait été concerné. S’il avait commencé avec Isaac, Esaü aurait été concerné. Mais il commence avec Jacob parce que la promesse de la terre ne concerne que la descendance d’Abraham qui accepte l’éventualité de l’exil. Seule la descendance de Jacob a connu l’exil et la promesse de la terre ne concerne qu’elle.

Or, pour la première fois aussi, il y a des communautés chrétiennes et musulmanes qui vivent en Israël, chez Israël, et commence un temps où le lien avec la terre peut les concerner
5.

Depuis Vatican II, on sent que la chrétienté cherche à être plus universaliste qu’universelle. Il y a un tournant. Mais, et c’est évident, l’impérialisme musulman reste universel dans l’Islam.

Abraham mort, ``Isaac et Ismaël, ses fils, l’enterrèrent dans la grotte de Makhpelah’’. Alors seulement, Ismaël a le privilège d’être ici désigné comme fils d’Abraham. La préséance du fils de la Promesse, Isaac, est établie ici, et reconnue, puisque Isaac est nommé le premier. C’est un peu ce que nous attendons.

La Bible a raconté notre histoire et il y a une cohérence dans cette histoire. On ne peut la juger d’après les notes des journalistes ou les critères - uniquement politiques - des assemblées internationales.

Notes :

1L’esprit de sainteté : ne pas confondre avec la fonction du ``Saint-Esprit’’ dans le Rouah Haqodesh.

2Our Kasdim : Ur. Comme l’explique le Midrash, les hébreux étaient jetés dans les ``fours’’ d’Our kasdim.

3Concernant Gen. XXI, 9, il est des traductions qui disent que les deux enfants ``jouaient’’. L’hébreu dit ``riant’’, un participe présent.

4Il y a trois axes des commandements dans la Torah :
- dans les rapports avec Dieu, la faute, c’est l’idolâtrie ;
- dans les rapports avec autrui, c’est le meurtre ;
- dans les rapports avec soi-même, c’est la débauche.

5Les Juifs ont connus quatre grands exils dont ils sont sortis, la sortie étant accompagnée de grands ébranlements de civilisation :
- de l’empire de Babel (géographiquement l’Irak) avec Abraham ;
- de l’empire de Perse (géographiquement l’Iran) avec Esther ;
- de la colonisation grecque avec les Hasmonéens ;
- de l’Empire romain (symboliquement l’Occident) par leur retour contemporain dans l’Etat d’Israël.

File translated from TEX by TTH, version 2.64. - On 30 Jan 2002, 09:02.

Source : http://ghansel.free.fr/ismael.html

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30.
Ismaël et Isaac : La possibilité de la paix - « Si Ismaël et Isaac ont pu vivre en paix, pourquoi leurs descendants ne le pourraient-ils pas ? » Par Gérard Haddad – Livre 150 pages / 2h10 - Publié le 11 octobre 2018, mis à jour le 11 octobre 2018 - Ce livre est disponible en librairie au prix de 14 € - ISBN papier : 979-10-94841-85-3 - Acheter le livre en numérique au prix de 7.99 € - .epub / .mobilecture en ligneISBN numérique : 979-10-94841-86-0

La Bible regorge de fratricides. À telle enseigne que Gérard Haddad qualifiait, dans ‘Le Complexe de Caïn’, son précédent livre, la rivalité fraternelle de « péché originel de la société humaine », au même titre que le complexe d’Œdipe.

Mais le mal porte en lui son propre antidote. Cet antidote, c’est l’histoire d’Ismaël et Isaac, dont le père, Abraham, est à la fois considéré comme le père du peuple juif, un aïeul essentiel du christianisme et l’un des prophètes de l’islam. Tout est fait pour opposer les frères l’un à l’autre : Sarah, la mère d’Isaac, n’a-t-elle pas exclu de sa maison Agar, la jeune servante égyptienne avec laquelle son mari a eu Ismaël ? Pourtant, les deux frères vont réussir à coexister pacifiquement, sur le modèle du « bon voisinage ».

C’est ainsi qu’ironiquement, le plus grand exemple de fraternité heureuse nous est donné par ceux-là mêmes dont les descendants, pris dans le conflit israélo-palestinien, se déchirent aujourd’hui. Restituer le lien fondamental qui unit les enfants d’Abraham, s’opposer à toute exclusion qui rejouerait l’exclusion inaugurale – celle de la prophétesse Agar – voici la condition symbolique au retour d’un dialogue. Pour ce faire, il est, à ses yeux, nécessaire d’abandonner l’expression « civilisation judéo-chrétienne », laquelle exclut les musulmans d’une histoire occidentale qui leur doit beaucoup, pour qualifier notre civilisation de « gréco-abrahamique ».

« Un livre de santé publique, théologique et politique, qui donne à penser et à espérer. Des réflexions claire, sages et généreuses.  » Marc-Alain Ouaknin, émission Talmudiques, France Culture

« Des pages salutaires.  » Frédérick Casadesus, Fréquence Protestante

Un livre « contre les lectures binaires de la géopolitique » et pour « arrêter de réduire l’histoire des relations judéo-musulmanes aux 70 dernières années.  » Akadem

« Un plaidoyer puissant, même culotté. » Antoine Spire, Judaïques FM

« Ce livre, il faudrait le traduire en arabe et en hébreu moderne, et forcer les Arabes et les Israéliens à le lire. En moins de 150 pages, tout est dit. » La Revue

« Votre histoire explique ce livre.  » surTV5 Monde, Gérard Haddad, né en Tunisie, explique la fracture qui le fait souffrir, celle entre juifs et musulmans

« Un livre précieux, à méditer, prêter, et prolonger en actes. » Blog L’intervalle

L’auteur (photo) Gérard Haddad - Psychanalyste et essayiste, Gérard Haddad est l’auteur de nombreux livres, dont ‘Le jour où Lacan m’a adopté’ (Grasset, 2002) et Les Folies millénaristes (Livre de Poche, 2002). Lire plus...

Source : https://www.franceculture.fr/emissions/talmudiques/et-si-racontait-une-autre-histoire

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Auteur : Jacques HALLARD, Ingénieur CNAM, consultant indépendant – 30/07/2019

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Adresse : 585 Chemin du Malpas 13940 Mollégès France

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