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"L’utilisation de combustibles fossiles peut émettre 40% de méthane de plus que ce que nous pensions : cette découverte pourrait aider à cibler comment et où réduire ce gaz responsable du réchauffement climatique" par Carolyn Gramling

Traduction et compléments de Jacques Hallard

jeudi 7 mai 2020, par Gramling Carolyn


ISIAS Climat

L’utilisation de combustibles fossiles peut émettre 40% de méthane de plus que ce que nous pensions : cette découverte pourrait aider à cibler comment et où réduire ce gaz responsable du réchauffement climatique

L’article d’origine de Carolyn Gramling a été publié le 19 février 2020 par sous le titre « Fossil fuel use may emit 40 percent more methane than we thought » et il est consultable sur ce site : https://www.sciencenews.org/article/fossil-fuel-use-may-emit-more-methane-than-thought?utm_source=email&utm_medium=email&utm_campaign=latest-newsletter-v2&utm_source=Latest_Headlines&utm_medium=email&utm_campaign=Latest_Headlines

gas burning

Les usines de pétrole et de gaz naturel brûlent du méthane avec la technique du « torchage », mais une partie du gaz s’échappe dans l’atmosphère par des tuyaux qui fuient et la ventilation. De nouvelles recherches suggèrent que les contributions des combustibles fossiles aux émissions de méthane ont été considérablement sous-estimées. Lanolan / iStock / Getty Images Plus

[Selon Wikipédia, « Le torchage ou « brûlage des gaz » est l’action de brûler, par des torchères, des rejets de gaz fossile à différentes étapes de l’exploitation du pétrole et du gaz naturel. Les professionnels emploient fréquemment l’anglicisme flaring. Par extension on parle aussi de torchère pour nommer une installation de destruction de gaz combustibles pollués ou de ratés de fabrication dans certaines usines utilisant cette forme de décomposition thermique pour détruire par exemple certains gaz odorants... » - Article complet sur ce site : https://fr.wikipedia.org/wiki/Torchage_du_gaz_naturel ].

[Voir aussi Réduire le gaz de torchage, une opportunité commerciale ? Publié le 17 mai 2017 ÉnergieClimat Nigéria - Photo – « Au Nigéria, plus de 350 milliards de pieds cube de gaz de torchage sont brûlés chaque année. Ce gâchis énergétique est également responsable de plus de 15 % des émissions de gaz à effet de serre du pays. L’AFD explore comment récupérer ce gaz et les possibilités de le vendre sur le marché domestique… »]

L’utilisation de combustibles fossiles libère beaucoup plus de méthane – un puissant gaz à effet de serre - qu’on ne le pensait - peut-être 25 à 40 pour cent de plus, selon de nouvelles recherches. La découverte pourrait aider les scientifiques et les décideurs à cibler comment et où réduire ces émissions qui intensifient le réchauffement climatique, ont rapporté des chercheurs le 19 février 2020 dans la revue scientifique ‘Nature’.

La quantité de méthane rejetée par des sources géologiques (plutôt que biologiques) est de 172 à 195 téragrammes (milliards de grammes) par an. Ces sources géologiques de méthane comprennent non seulement l’industrie du pétrole et du gaz, mais aussi des évènements naturels tels que les suintements de gaz à partir de la terre et en mer. Les chercheurs avaient précédemment estimé que la partie naturelle de ces émissions géologiques libérait entre 40 et 60 téragrammes de méthane chaque année, le reste provenant des combustibles fossiles.

[Téragramme - Unité de mesure de masse du Système international (SI), valant 1012 grammes ou 109 kilogrammes, et dont le symbole est Tg].

[Téragramme (n.m.) – Une unité de masse valant 1.000 tonnes (symbole kt).

Mais de nouvelles analyses de plus de deux siècles de méthane conservé dans les carottes de glace suggèrent que les suintements naturels - à la fois dans le passé et à l’époque moderne - envoient beaucoup moins de méthane dans l’atmosphère qu’on ne le pensait. Cela signifie que les activités humaines modernes sont responsables de presque toutes les émissions géologiques actuelles de méthane, concluent le chimiste atmosphérique Benjamin Hmiel de l’Université de Rochester à New York et ses collègues.

Le méthane a environ 80 fois le potentiel de réchauffement de l’atmosphère par rapport au dioxyde de carbone - mais uniquement sur de courtes périodes, car le méthane ne persiste dans l’atmosphère que pendant 10 à 20 ans, tandis que le CO2 peut persister pendant des centaines d’années. « Ainsi, les changements que nous apportons à nos émissions [de méthane] vont avoir un impact beaucoup plus rapide sur l’atmosphère », explique Benjamin Hmiel.

L’extraction de charbon, du gaz naturel et d’autres sources de combustibles fossiles ont fait monter les niveaux de méthane dans l’atmosphère au cours du 20ème siècle. Ces émissions ont diminué au cours des premières années du 21e siècle. Cependant, à partir de 2007, les teneurs en méthane atmosphérique ont recommencé à augmenter et il est maintenant à un niveau jamais observé depuis les années 1980.

La cause de l’accumulation de ce gaz après 2007 n’est pas claire. Des recherches antérieures indiquent une certaine combinaison d’activité microbienne amplifiée dans les zones humides - probablement liée à des changements de température et de précipitations - et davantage de rots des bovins et de pipelines qui fuient (SN : 11/18/15). Et moins de méthane se dégrade également dans l’atmosphère (SN : 20/04/17).

[Voir Bilan carbone : le poids des rots ‘Espace des Sciences’ - N° 287 mai 2011 – « Une association bretonne a mis au point une méthode pour mesurer les émissions de méthane des vaches laitières… »].

[Voir également Climat : les pets de vaches ne sont pas un problème. Leurs rots, si - Par Sciences et Avenir avec AFP le 18.02.2015 à 12h00, mis à jour le 18.02.2015 à 12h00 – « La fermentation produit par la digestion des vaches crée du méthane qu’elles expulsent en rotant. Du gaz à effet de serre, qui pourrait être réduit par une alimentation à base de luzerne et de lin promue par l’association Bleu-Blanc-Cœur…]

Si les émissions de méthane continuent d’augmenter, il sera difficile d’atteindre les objectifs de réduction des gaz à effet de serre selon de l’accord de Paris de 2015 (SN : 26/11/19), explique Euan Nisbet, géochimiste à Royal Holloway, Université de Londres, qui n’était pas impliqué dans la nouvelle étude. Ainsi, l’identification de la partie renflée de la courbe du méthane liée à l’industrie pétrolière et gazière offre des opportunités de réductions ciblées.

Pour calculer les émissions actuelles de méthane à partir de toutes les sources géologiques, les scientifiques doivent d’abord établir une base de référence pour les émissions préindustrielles de méthane provenant des sources naturelles comme les suintements et les laves des volcans. Une façon de distinguer les sources biologiques des sources géologiques de méthane est d’utiliser l’isotope radioactif carbone 14, une version chimique de l’élément C. Les sources biologiques produisent du méthane avec des niveaux de carbone 14 relativement élevés, tandis que le méthane provenant de sources géologiques a tendance à être très ancien, de sorte que le carbone 14 s’est depuis longtemps décomposé.

Pour séparer les causes d’origine humaine des sources géologiques naturelles, les chercheurs doivent se pencher sur le passé. Ainsi, dans la nouvelle étude publiée, l’équipe s’est tournée vers le méthane conservé dans les carottes de glace provenant du Groenland et datant de 1750 à 2013.

Avant la révolution industrielle, l’équipe a découvert que les émissions de méthane provenant de sources géologiques étaient d’environ 1,6 téragramme par an en moyenne - et pas plus de 5,4 téragrammes par an au maximum. C’est un ordre de grandeur inférieur aux estimations précédentes.

En soustrayant cette quantité des émissions totales de méthane aujourd’hui, les chercheurs calculent que presque tout le méthane non biologique mesuré aujourd’hui, de 172 à 195 téragrammes par an, provient bien de diverses sources anthropiques. Cela représente environ 38 à 58 téragrammes de plus par an que prévu, soit une augmentation de 25 à 40%.

« Paradoxalement, c’est en fait une conclusion encourageante », dit Euan Nisbet. Arrêter les fuites de gaz et réduire les émissions des mines de charbon sont des moyens relativement faciles pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, dit-il. La réduction des émissions de méthane offre donc « une opportunité encore plus grande » en vue de la réduction globale des gaz à effet de serre.

[Voir Un projet de réduction d’émissions de gaz à effet de serre : c’est un projet industriel ou forestier visant à lutter contre l’effet de serre. Il est lancé dans le cadre du protocole de Kyōto, afin d’être financé par une application conjointe ou un mécanisme de développement propre. Le développement de la finance du carbone permet l’apparition de mécanisme de marché visant à promulguer les échanges de droits d’émissions (crédits-carbone) entre les pays participant au Protocole de Kyoto. Les projets de réduction d’émissions dans les nouveaux pays industrialisés peuvent permettre à des entreprises de pays développés de respecter leurs normes nationales grâce à des investissements à l’étranger. Cette forme d’investissement est connue sous le terme de mécanisme de développement propre. … » - Article complet ici ].

Suite de l’article traduit

Mais ce travail basé sur les carottes de glace ne s’est pas encore avéré être la technique la plus précise pour estimer les émissions géologiques naturelles, explique Stefan Schwietzke, un spécialiste de l’environnement du Fonds de défense environnementale basé à Berlin. Les informations sur la carotte de glace sont utiles car elles donnent un instantané mondial immédiat des émissions de méthane, mais « elles ont un défi d’interprétation et beaucoup d’analyses très complexes explique Schwietzke.

Des mesures directes du méthane émis par différents suintements ou au-dessus des volcans de laves suggèrent des émissions naturelles beaucoup plus importantes, ajoute-t-il. Le problème avec cette méthode, cependant, est qu’il est difficile de passer des mesures locales à un chiffre. « Pour comprendre vraiment les ordres de grandeurs, ces deux méthodes doivent être conciliées. Cela ne s’est pas encore produit ».

Stefan Schwietzke et d’autres chercheurs ont proposé d’utiliser la télédétection aéroportée pour tenter de concilier les deux techniques.

[Sources d’informations sur la télédétection aéroportée  :

Télédétection spatiale et aéroportée - Horizon IRD

http://Total et l'Onera misent...

http://Total et l'Onera misent...

Total et l’Onera misent sur la télédétection aéroportée

Terriscope : Plateforme de Recherche en Télédétection ...

Systèmes radars aéroportés et spatioportés

[Télédétection aéroportée et satellitaire - GIPSA-lab ... ]->https://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=6&ved=2ahUKEwi7_faDraHpAhVV3IUKHdiUARkQFjAFegQIBxAB&url=http%3A%2F%2Fwww.gipsa-lab.grenoble-inp.fr%2Fsigmaphy%2Faxes-de-recherche%2Fteledetection-aeroportee-et-satellitaire.php&usg=AOvVaw1hFT-6WZMm6Pr_WirzJPTY]

Les mesures aéroportées peuvent donner une estimation plus importante, tout en identifiant les points chauds locaux. Les scientifiques ont déjà utilisé ce travail pour identifier des sources telles que des pipelines qui fuient, des amas de décharges de déchets ou des fermes laitières (SN : 11/14/19). Des projets similaires surveillent les points chauds d’émission de méthane dans le pergélisol arctique.*

[Voir La fonte du pergélisol en Arctique relâche du carbone, mais aussi du mercure ].

Pourtant, ajoute Schwietzke, ce débat sur la technique ne change pas le fait que les émissions d’origine humaine, y compris les combustibles fossiles, sont responsables de l’augmentation spectaculaire du méthane atmosphérique au cours du siècle dernier. « C’est très grand. Et la réduction de ces émissions réduira le réchauffement ».

[Accès à des compléments d’informations sur la
réduction des émissions de gaz à effet de serre :

Réduction des émissions - European Commission - europa.eu

VIDEO. Quand la France abaisse ses objectifs de réduction ...06 février 2020

Quelle contribution de l’agriculture française à la réduction des émissions de gaz à effet de serre ? Potentiel d’atténuation et coût de dix actions techniques - Juillet 2013 - 92 pages - INRA, ADEME - PELLERIN S, BARNIERE L, ANGERS D, et al.]

Citations

B. Hmiel et al. Preindustrial14CH4indicates greater anthropogenic fossil CH4emissions. Nature. Vol. 578, February 19, 2020, p. 409. doi : 10.1038/s41586-020-1991-8.

G. Etiope and S. Schwietzke. Global geological methane emissions : An update oftop-down and bottom-up estimates. Elementa Science of the Anthropocene. Vol. 7, November 19, 2019, p. 47. doi : 10.1525/elementa.383.

E.G. Nisbet et al. Very strong atmospheric methane growth in the 4 years 2014–2017 : Implications for the Paris Agreement. Global Biogeochemical Cycles. Published online March 18, 2019. doi : 10.1029/2018GB006009.

E.G. Nisbet et al. Rising atmospheric methane : 2007–2014 growth and isotopic shift. Global Biogeochemical Cycles. Vol. 30, September 27, 2016, p. 1356. doi : 10.1002/2016GB005406.

About Carolyn Gramling - Carolyn Gramling is the earth & climate writer. She has bachelor’s degrees in geology and European history and a Ph.D. in marine geochemistry from MIT and the Woods Hole Oceanographic Institution.

Carolyn Gramling est l’auteure d’articles sur la terre et le climat. Elle détient un baccalauréat en géologie et enhistoire européenne, ainsi qu’un doctorat en géochimie marine du MIT et de la ‘Woods Hole Oceanographic Institution’.

Science News

Science News Internship | PhD Graduate Education at Northeastern ...

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Traduction, ajout de [compléments] et intégration de liens hypertextes : Jacques HALLARD, Ingénieur CNAM, consultant indépendant 07/05/2020

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Fichier : ISIAS Climat Fossil fuel use may emit 40 percent more methane than we thought.2

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