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"Les méthodes étonnantes d’élevage des insectes nous offrent des leçons à apprendre et des bizarreries à éviter" par Susan Milius

Traduction et compléments de Jacques Hallard

samedi 13 juin 2020, par Milius Susan



ISIAS Insectes Agriculture Economie circulaire

Les méthodes étonnantes d’élevage des insectes nous offrent des leçons à apprendre et des bizarreries à éviter : les agriculteurs à six pattes ont cultivé pour leur propre nourriture des millions d’années avant les êtres humains

L’article d’origine de Susan Milius a été publié le 23 avril 2020 par Science News sous le titre « Insects’ extreme farming methods offer us lessons to learn and oddities to avoid  » et il est accessible sur ce site : https://www.sciencenews.org/article/insects-ants-extreme-farming-methods-offer-good-bad-lessons

Leaf-cutter ants

Les fourmis coupeuses de feuilles transportent des morceaux de végétaux pour alimenter les fermes de culture de champignons qui nourrissent les colonies de fourmis. Ross / Tom Starck Associa / Alam Banque D’Images.

[Selon Wikipédia, « Les fourmis coupe-feuille, également appelées fourmis-manioc en Guyane, fourmis champignonnistes ou encore fourmis parasol, sont des fourmis vivant dans les régions d’Amérique tropicale. Afin de se nourrir, elles ont développé une symbiose avec un champignon (principalement Leucoagaricus gongylophorus, qui, comme d’autres espèces de champignons cultivées par des fourmis, produit des gongylidia, des renflements riches en nutriments dont les fourmis se nourrissent1) qu’elles cultivent dans leur fourmilière. Pour cela, les ouvrières collectent des morceaux de feuilles et de fleurs, qui, après avoir été mâchés, vont servir de substrat pour la culture du champignon, dont elles vont ensuite se nourrir. Les « fourmis coupe-feuille » comprennent deux genres, Atta et Acromyrmex, dans lesquels on dénombre un total de 50 espèces (17 Atta2 et 33 Acromyrmex3). Certaines d’entre elles sont considérées par l’homme comme de véritables nuisibles, provoquant d’importants dégâts dans les cultures… » - Article complet à lire sur ce site : https://fr.wikipedia.org/wiki/Fourmi_coupe-feuille ].

Pour imaginer cette sorte de ferme, regardez des taches sombres qui pendent en hauteur dans un arbre.

Chaque partie en forme de goutte ou bulbiforme (‘blob’ en anglais) peut atteindre « la taille d’un ballon de football », explique le biologiste évolutionniste Guillaume Chomicki de l’Université de Durham en Angleterre. À partir de cette base bulbeuse, une plante nommée Squamellaria va finalement se développer avec des pousses feuillues, puis se stabiliser, s’affaissant latéralement ou à l’envers, à partir des branches de son arbre hôte. Aux Fidji [les îles Fidji, en forme longue la république des Fidji est un pays d’Océanie situé dans l’Ouest de l’océan Pacifique sud], l’un des noms locaux de la plante en question se traduit par « testicule des arbres ».

Certaines espèces dehttps://fr.qwe.wiki/wiki/SquamellariaSquamellaria poussent en grappes et regorgent de fourmis farouchement protectrices. Alors qu’une jeune goutte se reconstitue, des bulles en forme de fève sous forme de gelée se forment à l’intérieur : elles sont accessibles uniquement par des portes de la taille d’une fourmi. Dès qu’une jeune plante se fissure pour ouvrir sa première porte à la lumière du jour, « les fourmis commencent à entrer et à déféquer à l’intérieur du semis pour le fertiliser », explique Guillaume Chomicki.

L’idée que les fourmis s’occupent de ces plantes en tant qu’agriculteurs a donné à Guillaume Chomicki l’un de ces moments surprenants d’un virage dans le domaine scientifique. Dans une série d’articles publiés depuis 2016, lui et ses collègues partagent des preuves concernant l’idée que les fourmis Philidris nagasau pourraient être les premiers animaux connus, autres que les êtres humains, à cultiver des plantes. (Les autres producteurs d’insectes connus cultivent essentiellement des champignons).

[D’après Wikipédia, « Philidris nagasau est une espèce de fourmis appartenant à la famille des formicidés et au genre Philidris. Elle est endémique des îles Fidji. Cette espèce a la particularité de semer les graines des épiphytes sur lesquels elle vit (6 espèce du genre Squamellaria). Il s’agit d’une relation de symbiose, la fourmi a perdu la capacité de construire un nid seule et la plante ne pourrait pas se disperser sans la fourmi1…. – Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Philidris_nagasau ].

Le dernier article de Guillaume Chomicki, paru dans les Actes du 04 février 2020 de l’organisation ‘National Academy of Sciences’, rapporte que les fourmis qui mettent en place des semences pour leur culture ‘blobby, en forme guttes, font des compromis, en allant au plein soleil et en maximisant la récompense, des fleurs douces plutôt que de planter à l’ombre, où les plantes auraient plus d’azote.

Jusqu’aux travaux de Guillaume Chomicki, les biologistes n’acceptaient que trois groupes d’insectes producteurs de champignons comme étant les éléments essentiels d’une agriculture complète et rivalisant ainsi avec les efforts déployés par les êtres humains. Voir par exemple divers types de coléoptères, de termites et de fourmis, chacun apprivoisant différents champignons, tendant par leur culture vivrière qui leur est si nécessaire, à maitriser les étapes du semis à la récolte.

Les êtres humains ont seulement commencé à cultiver des plantes pour assurer leur nourriture, qu’il y a environ 12.000 ans, à notre connaissance. Les insectes ont commencé à pratiquer ainsi beaucoup plus tôt. Même les fourmis coupeuses de feuilles, qui sont des nouveaux venus dans une forme d’agriculture, assurent leurs cultures spécialisées depuis environ 15 millions d’années.

[D’après Wikipédia, « L’histoire de l’agriculture est l’histoire de la domestication des plantes, des animaux et du développement, par les êtres humains, des techniques nécessaires pour les cultiver ou les élever, puis de la modification des écosystèmes cultivés, transformés en agroécosystèmes. L’agriculture est apparue indépendamment dans différentes parties du monde lors de la Révolution néolithique, il y a parfois plus de dix mille ans. On peut supposer que cela a débuté par une agriculture de subsistance. Puis, peu à peu, s’est créée une agriculture de production et de négoce. Aujourd’hui, les informations concernant les marchés et leur organisation, les techniques et le savoir-faire bénéficiant des progrès de l’agronomie, les produits, instruments et méthodes de haute technologie élaborés par les industries de l’agro-fourniture, sont à la disposition de l’agriculteur pour obtenir des niveaux de production jamais atteints dans l’histoire de l’Homme. Les marges réalisées par les entreprises agricoles dans les pays développés restent cependant très variables, dépendant de prix de vente fluctuants et d’aides apportées ou non par les États, tandis que, dans les autres pays, la situation de nombreux paysans reste précaire. En contrepartie, ces développements récents de type industriel conduisent une partie des consommateurs des pays riches à des inquiétudes et des remises en question concernant la qualité des aliments, leur innocuité et les conséquences des méthodes modernes sur l’environnement… - Source :

La révolution néolithique fut la première révolution agricole, caractérisée par la transition de tribus de chasseurs-cueilleurs vers des communautés d’agriculteurs. Les données archéologiques indiquent que plusieurs formes de domestication de plantes et d’animaux surgirent indépendamment dans au moins sept ou huit régions séparées à travers le monde, et à des époques différentes. La première émergence eut lieu au Proche-Orient, où les hommes passèrent graduellement de la cueillette de céréales sauvages, au Natoufien, à la production de plantes et d’animaux domestiqués, en passant par des stades intermédiaires successifs durant près de 4 000 ans. Si l’adoption de l’agriculture dans ces foyers d’origine correspond à un lent changement des comportements des populations locales, dans d’autres régions, comme en Europe, elle est plus rapide et correspond à l’arrivée de populations déjà néolithisées1.

La révolution néolithique implique bien plus que la simple adoption d’un ensemble limité de techniques de production alimentaire. Au fil des millénaires, elle transforme les petits groupes de chasseurs-cueilleurs mobiles en sociétés sédentaires nombreuses qui modifient radicalement leur environnement, au moyen de techniques agricoles adaptées (par exemple l’irrigation) permettant d’obtenir d’importants surplus de production. On assiste à un fort accroissement de la population et au développement de la division du travail dans les villages, notamment entre agriculteurs et artisans2,3.

La notion de révolution néolithique, popularisée en 1925 par l’archéologue australien Vere Gordon Childe, a rencontré un grand succès dans les milieux scientifiques, puis auprès du grand public. Elle est aujourd’hui tempérée par une meilleure connaissance archéologique des processus à l’œuvre durant cette période. Alain Testart propose notamment une nouvelle vision4,5 dans laquelle « la révolution néolithique n’est ni une révolution, ni néolithique, parce qu’existaient déjà des sociétés de chasseurs-cueilleurs sédentaires, parce que ces sociétés pratiquaient un stockage alimentaire important, enfin, parce que ces sociétés non agricoles maitrisaient des techniques (comme celle de la poterie ou du repiquage) qui ne seront mobilisées que bien plus tard »6. Source de l’article complet : https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_l%27agriculture ].

[La révolution néolithique fut la première révolution agricole, caractérisée par la transition de tribus de chasseurs-cueilleurs vers des communautés d’agriculteurs. Les données archéologiques indiquent que plusieurs formes de domestication de plantes et d’animaux surgirent indépendamment dans au moins sept ou huit régions séparées à travers le monde, et à des époques différentes. La première émergence eut lieu au Proche-Orient, où les hommes passèrent graduellement de la cueillette de céréales sauvages, au Natoufien, à la production de plantes et d’animaux domestiqués, en passant par des stades intermédiaires successifs durant près de 4 000 ans. Si l’adoption de l’agriculture dans ces foyers d’origine correspond à un lent changement des comportements des populations locales, dans d’autres régions, comme en Europe, elle est plus rapide et correspond à l’arrivée de populations déjà néolithisées1. La révolution néolithique implique bien plus que la simple adoption d’un ensemble limité de techniques de production alimentaire. Au fil des millénaires, elle transforme les petits groupes de chasseurs-cueilleurs mobiles en sociétés sédentaires nombreuses qui modifient radicalement leur environnement, au moyen de techniques agricoles adaptées (par exemple l’irrigation) permettant d’obtenir d’importants surplus de production. On assiste à un fort accroissement de la population et au développement de la division du travail dans les villages, notamment entre agriculteurs et artisans2,3. La notion de révolution néolithique, popularisée en 1925 par l’archéologue australien Vere Gordon Childe, a rencontré un grand succès dans les milieux scientifiques, puis auprès du grand public. Elle est aujourd’hui tempérée par une meilleure connaissance archéologique des processus à l’œuvre durant cette période. Alain Testart propose notamment une nouvelle vision4,5 dans laquelle « la révolution néolithique n’est ni une révolution, ni néolithique, parce qu’existaient déjà des sociétés de chasseurs-cueilleurs sédentaires, parce que ces sociétés pratiquaient un stockage alimentaire important, enfin, parce que ces sociétés non agricoles maitrisaient des techniques (comme celle de la poterie ou du repiquage) qui ne seront mobilisées que bien plus tard »6. La révolution néolithique est en résumé une mutation décisive du comportement humain, caractérisée par la sédentarisation, l’adoption d’une économie de production, et la mise en place de nouveaux types d’organisation sociale. Ces trois points peuvent être acquis simultanément ou non… » - Source de l’article complet : https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volution_n%C3%A9olithique ].

Suite de l’article traduit

La grosseur sombre montrée dans la photo ci-dessus, est une plante nommée Squamellaria  ; elle ne fait pas partie de l’arbre auquel elle est suspendue, qui est un membre de la famille du caféier ; elle est élaborée sur des branches en situation ensoleillée, dans le cadre de plantations grumeleuses créées par des fourmis Philidris nagasau.

Squamellaria blob

Les fourmis trouvent des cavités intimes à la base d’une goutte de Squamellaria (coupe transversale illustrée). La plante forme naturellement à la fois des zones à parois noueuses (encart gauche) parfaites pour les latrines, ainsi que des espaces de vie à surface lisse (droite). G. Chomicki

Pour comparer l’agriculture chez les insectes et chez les êtres humains, des entomologistes, des archéologues et d’autres spécialistes ont organisé trois rassemblements au cours des six dernières années, consacrées à la recherche de principes communs et peut-être de quelques conseils pratiques. (Une bourse de presse de l’Institut Konrad Lorenz pour l’évolution et la recherche cognitive m’a payé pour assister au symposium 2019 à Klosterneuburg, en Autriche - Konrad Lorenz Institute for Evolution and Cognition Research Adolf Lorenz Gasse 2 - A-3422 Altenberg).

Les fourmis du genre Atta

Les fermes fongiques des fourmis Atta coupeuses de feuilles et leurs proches parents, invitent à des comparaisons avec les fermes humaines. Les deux types d’agriculteurs font des choses qui ne semblent pas durables, comme la culture à grande échelle d’une seule plante avec l’application de pesticides. Pourtant, les fourmis ont réussi à persister durablement pendant des millions d’années.

Les biologistes se demandent depuis longtemps si nous, les êtres humains, pouvons rendre nos fermes plus robustes, en imitant les pratiques des fourmis et d’autres petits agriculteurs. Cette question semble particulièrement pertinente lorsque l’agriculture actuelle va devoir faire face à de grands défis qui attendent l’humanité, tels que la croissance démographique prévue et le changement climatique en cours.

Mais apprendre de ces très anciens insectes agriculteurs n’est cependant pas une question facile. L’évolution affine par la compétition, pas par la conception, il y a donc des tactiques loufoques parmi les merveilles des insectes. C’est maintenant une grande époque pour de telles discussions, car les chercheurs accordent plus d’attention aux fermes d’insectes plus petites et plus étranges. Les scientifiques ont à peine commencé à explorer la façon dont les coléoptères développent des champignons ou les caprices des fourmis qui cultivent leurs propres plantes.

Divers modes d’agricultures

Tout ce qui compte, pour une véritable agriculture, est un bon point de départ pour des conversations passionnées entre scientifiques. (Peut-être que les champignons cultivent les fourmis, soutient un expert de longue date !) Dans cet article, les vrais agriculteurs sont définis comme ceux qui cultivent habituellement une plante à récolter, la soignent, la récoltent et dépendent de son succès.

De nombreuses autres créatures - des amibes sociales [Voir l’article « Du jamais vu : des amibes cultivent leur nourriture  » - Par Claire Peltier, Futura - Publié le 21/01/2011], un escargot des marais, un poisson-demoiselle de récif corallien, par exemple - ont développé des façons d’encourager la nourriture à apparaître où et quand elles le veulent. Aussi impressionnants que soient ces exploits, de nombreux scientifiques ne considèrent pas ces modes de vie comme une agriculture à part entière.

Les coléoptères et les champignons

Ambrosia beetles

Les coléoptères creusent des tunnels dans les arbres pour y établir leurs fermes de champignons du genre Ambrosia. Les champignons absorbent les nutriments de l’arbre et les insectes y accomplissent leur cycle pour se transforment en scarabées. J. Hulcr

[D’après Wikipédia, « Ambrosia (champignon) est le nom d’un groupe de micro-champignons vivant en symbiose avec certaines espèces de coléoptères-jardiniers1 qui grâce à ce partenariat (et sans doute grâce aussi à des bactéries associées2) peuvent coloniser et consommer le bois mort, le bois d’arbres malades et parfois, mais beaucoup plus rarement le bois d’un arbre apparemment sain. Comme les termites et certaines espèces de fourmis le font avec d’autres espèces de champignons, ces coléoptères (dont quelques-uns sont eusociaux, ce qui est très rare chez les coléoptères) le cultivent dans de véritables jardins bactério-fongiques et s’en nourrissent3. Ils les transportent et les inoculent dans les bois qu’ils peuvent ainsi coloniser et préparer au cycle de la décomposition. Ils font partie des champignons qui ont évolué pour être cultivés par des insectes4, ce qui leur demande d’être tolérés par le système immunitaire de leur coléoptère symbiote, qui continuera à attaquer d’autres champignons5… - Article complet sur ce site : https://fr.wikipedia.org/wiki/Ambrosia_(champignon) ].

Suite de l’article traduit

Plusieurs milliers d’espèces du groupe appelé coléoptères à ambrosies constituent le plus grand des trois groupes d’insectes que les êtres humains daignent appeler « de vrais agriculteurs ». Les cultivateurs d’avocats de la Floride s’intéressent de toute urgence au coléoptère rouge envahisseur avec l’aide de l’ambrosie (Xyleborus glabratus) car il élève un champignon qui peut détruire les parties internes des avocatiers.

[Note du traducteur – Ne pas confondre ambrosie avec l’Ambroisie à feuilles d’armoise (Ambrosia artemisiifolia L.) et l’Ambroisie trifide (Ambrosia trifida L.) qui sont des plantes invasives originaires d’Amérique du nord et capables de se développer rapidement dans de nombreux milieux (parcelles agricoles, bords de route, chantiers, friches, etc.). Leur pollen, émis en fin d’été, provoque de fortes réactions allergiques (rhinites, etc.) chez les personnes sensibles. C’est également une menace pour l’agriculture (pertes de rendement dans certaines cultures) et pour la biodiversité (concurrence avec certains végétaux en bords de cours d’eau). Une fois qu’un pied d’ambroisie est observé, il faut rapidement l’éliminer car il est difficile de l’éradiquer une fois qu’il est installé… - Lire complète sur ce site officiel : https://solidarites-sante.gouv.fr/sante-et-environnement/risques-microbiologiques-physiques-et-chimiques/especes-nuisibles-et-parasites/ambroisie-info/article/qu-est-ce-que-l-ambroisie ].

Suite de l’article traduit

La culture des champignons a évolué indépendamment au moins 11 fois parmi ces coléoptères, explique l’entomologiste forestier Jiri Hulcr de l’Université de Floride à Gainesville. Quelques espèces de coléoptères à ambroisie creusent des tunnels dans les arbres et y apportent un champignon qui peut digérer les molécules plus dures qui constituent le bois de l’arbre. Cependant, la plupart des fermes fongiques avec de l’ambrosie ne font que piéger les nutriments dans l’arbre affecté et mourant. Pourtant, le champignon obtient des nutriments, puis les coléoptères se nourrissent du champignon.

Les termites bâtisseurs

Une externalisation similaire de la digestion alimente un deuxième groupe de vrais agriculteurs, environ 330 espèces de termites de la sous-famille Macrotermitinae. Les termites ramassent des morceaux de débris végétaux morts qui alimentent un champignon installé et choyé dans des grottes confortables, creusées par les termites. Ensuite, les « petits agriculteurs » se régalent du champignon.

Les termites les plus répandus sont les macrotermes africains, qui sont à la fois des maîtres d’œuvre et des agriculteurs. Au-dessus du sol, ils créent des monticules de boue dure, rouge-orangé, de plusieurs mètres de haut et aussi dentelés que les sommets des Alpes. Ces mini-montagnes sont poreuses, capables de canaliser le flux d’air et de gérer les températures des grottes de champignons à l’intérieur. La ferme nourrit la progéniture d’un roi et d’une reine de taille démesurée, qui, chez une espèce, produiraient chacune quelque 20.000 œufs par jour.

[Voir l’article Termitières : leur secret enfin dévoilé ! Lire la bioXavier Demeersman Journaliste-* Publié le 25/09/2017 – Futura Planète].

Les termitières fascinent autant les entomologistes (les spécialistes des insectes) que les architectes : comment les termites parviennent-ils à réguler la température et le taux de CO2 à l’intérieur de leurs tours hautes de 2 à 3 mètres et peuplées de millions d’individus ? Une nouvelle étude dévoile un de leurs secrets.

Euwallacea beetles in a tunnel

Dans un tunnel ainsi formé, les coléoptèresEuwallacea élèvent des filles qui s’accouplent avec leur frère solitaire et aveugle (brun clair), puis partent travailler pour créer encore plus de fermes, sous forme de tunnels. Hulcr.

Macrotermes michaelseni termites

Les termites de l’espèce Macrotermes michaelseni vivant en Afrique du Sud ont également adopté l’agriculture, ramenant à la maison des bouts de plantes mortes pour nourrir un jardin de champignons. Avalon / Photoshot License / Alamy Stock Photo.

Macrotermes bellicosus mound

Les colonies de l’espèce Macrotermes bellicosus nourries à partir de leur jardin fongique : elles construisent de grands monticules sur le sol avec un extérieur dur et une ventilation sophistiquée à l’intérieur. GFC Collection / Alamy Stock Photo.

[Complément avec un extrait d’article de Wikipédia sur Atta, l’un des deux genres de fourmis Atta champignonnistes - « Les fourmis champignonnistes ou fourmis coupe-feuille sont représentées principalement par le genre Atta et le genre Acromyrmex. Elles sont très abondantes en Amazonie mais également dans les forêts humides de l’extrême sud des États-Unis, même dans les régions semi-désertiques comme en Arizona, Texas, Nouveau-Mexique, le Mexique, et l’Amérique centrale, jusqu’au nord de l’Argentine et de l’Uruguay, en passant par les Antilles. Elles jouent dans ces régions un rôle écologique et dans certains cas un rôle économique très important en défoliant les arbres fruitiers et les cultures.

Photo - Ouvrière Atta en train de découper une feuille

Ces fourmis, sont le plus souvent appelées « fourmis-manioc » (Guyane), « fourmis champignonnistes » ou encore « fourmis parasol », « fourmis surfeuses », ce sont des « coupeuses de feuilles ». Elles sont caractérisées par de puissantes et tranchantes mandibules capables même de trancher, à la manière de cisailles, les feuilles les plus coriaces et épaisses de certaines plantes. La tribu des Attini, dont font partie les Atta, compte 12 genres et plus de 190 espèces réparties dans le Nouveau Monde.

À la recherche de nourriture - Photo - Les fourmis champignonnistes ne se nourrissent pas des feuilles, brindilles et fleurs qu’elles récoltent et transportent dans leur nid, mais cette matière végétale récoltée sert de support organique nécessaire au champignon dont elles se nourrissent. Les fourmis Atta utilisent pour cultiver celui-ci diverses variétés d’arbres, de fleurs et de plantes. Elles sont très sélectives et n’acceptent pas tous les végétaux. Aussi, elles ont pour habitude de défolier une essence d’arbres ou de plantes pour un certain temps et ensuite refuser radicalement cette même essence pendant des semaines pour une autre essence et ainsi de suite. « Ce qui donne des problèmes en captivité car une bonne variété de plantes est nécessaire ». Ce phénomène de diversification sélective évite ainsi de surexploiter et de mettre en péril les espèces végétales qu’elles utilisent. Elles peuvent découper les feuilles d’arbres sains ou d’arbres tombé au sol. Lorsqu’un grand arbre s’effondre sur lui-même, ce qui arrive occasionnellement en début de saison des pluies alors que les branches couvertes d’épiphytes se chargent du poids de l’eau de pluie, ces fourmis accourent en colonnes denses. Parfois en 12 à 48 heures, elles défolient entièrement l’arbre. Ces feuilles découpées en morceaux sont transportées dans la fourmilière où elles sont découpées en morceaux plus petits, qui, serviront de support aux cultures d’un champignon, Leucoagaricus gongylophorus, dont le mycélium est une des nourritures de la colonie de ces fourmis.

Photo : défoliation par les insectes Atta - Les impacts économiques des fourmis champignonnistes sur les cultures sont grands. Dans plusieurs régions, ces fourmis sont considérées comme nuisibles. En effet les fourmis coupeuses de feuilles sont de loin, les herbivores les plus dominants dans la région néotropicale, elles dépassent de beaucoup l’exploitation de la végétation des mammifères et de l’ensemble d’autres insectes1. Les premiers colonisateurs portugais en Amérique du Sud disaient que le Brésil était le « Royaume des fourmis » (1587).

Les fourmis Atta sont également en compétition avec les Gauchos dans la Pampa d’Argentine. Ainsi régulièrement les Gauchos mettent le feu aux herbes sèches. Comme toutes les fourmis, les Atta étant insensibles au feu et ne voyant pas le danger, elles continuent à travailler jusqu’à brûler vives.

Les castes - Photo - Les castes chez Atta cephalotes

La fourmilière est constituée exclusivement de femelles, soit les ouvrières non fécondes divisées en castes « les minor, media et major ou soldats » et de la reine. Les mâles ou « princes », ne sont conçus qu’une fois par année avec les nouvelles reines, pour l’essaimage, « c’est-à-dire la fondation de nouvelles colonies » et meurent immédiatement après l’accouplement.

Les soldats apparaissent peu après la fondation de la nouvelle colonie, quand celle-ci atteint quelques centaines d’ouvrières. Ils sont 300 fois plus lourds que les fourmis qui cultivent le champignon appelées « minima », elles-mêmes beaucoup plus petites que les ouvrières. Les soldats ou soldates puisque ce sont toutes des femelles, comptent pour environ 2 pour cent de la colonie, chez certaines espèces cela peut aller jusqu’à cinq pour cent. Ces dernières ainsi que les ouvrières sont munies de puissantes mandibules acérées, qui peuvent facilement trancher le feuillage coriace de certains végétaux et même le cuir et la peau humaine.

Sur la photo de droite on peut voir les castes chez Atta cephalotes ; dans la rangée du haut il y a six reines dont une a encore ses ailes. Sur paillettes de gauche à droite, les deux premières sont des « minima », ensuite quatre « intermedia » de diverses grosseurs et un « soldat ». Malheureusement il n’y a pas de « prince » représentés. Les princes sont de même aspect que les reines mais en plus petits.

La vie de la reine - Une reine peut vivre 15, 20, 40 ans, et pondre, estime-t-on, jusqu’à 150 millions d’œufs. La reine est fécondée en vol jusqu’à plus d’une trentaine de mètres, l’après-midi ou de nuit (selon les espèces), par plusieurs mâles. Il est très impressionnant de voir des milliers de princes et princesses se masser et voleter frénétiquement autour des lumières près des bâtiments. Les individus qui sont attirés ainsi meurent en seulement quelques heures d’épuisement et jonchent littéralement le sol comme un immense tapis.

Le taux de mortalité est extrêmement élevé chez les nouvelles reines. Au Brésil, l’on a observé que sur 13.300 fondations de colonies d’ Atta capiguara, seulement une douzaine avaient survécu après trois mois2. À nouveau, sur un départ de 3.558 nouvelles colonies d’ Atta sexdens rubropilosa, seulement 90 ou 2,5 pour cent étaient encore en vie après trois mois3.

Il faut bien comprendre que la survie de la colonie est tributaire de l’énergie, de la fécondité et de l’efficacité de la reine. La réussite est conditionnée à un grand nombre de facteurs, depuis sa naissance, la qualité du champignon mis dans son jabot, l’essaimage et l’accouplement, la température extérieure, les nombreux prédateurs, la découverte rapide d’un bon endroit pour la future colonie, l’amorce du champignon et la viabilité de celui-ci. Les avaries comme la pluie peut défaire le sol et noyer la loge. Voilà tout un tas de facteurs qui expliquent en partie le taux très bas de réussite.

La formation d’une colonie - La fondation - La nouvelle reine fécondée, une fois rendue au sol, se libère de ses ailes par autotomie, ensuite, elle cherche un endroit approprié pour fonder sa colonie. Le plus souvent elle se creusera une petite loge dans la terre et choisira en particulier de s’installer près de petites racines d’arbres desquelles elle pourra tirer la matière organique pour cultiver son champignon. La nouvelle reine, avant de partir du nid, a emporté dans son jabot une minuscule portion du champignon original. C’est à partir de cet échantillon qu’elle va cultiver une première chambre à champignon.

La première chambre - Photo Atta mexicana - reine avec des ouvrières - La loge, d’abord toute petite de la grosseur d’une pièce de monnaie, la reine y entreprend son long labeur, la fondation de sa colonie. Elle régurgite son champignon « amorce » et l’imbibe de gouttelettes de déjections fécales comme substance fertilisante. Elle y incorpore de minuscules morceaux de matières organiques provenant de racines et radicelles. Le champignon, grâce à ses soins, va croître jusqu’à quelques centimètres. Dès que celui-ci est bien implanté, elle pond quelques œufs, jusqu’à une vingtaine pour commencer. Durant tout le temps où elle cultive le champignon et élève ses œufs, la reine ne se nourrira pas. Elle nourrit ses quelques larves avec le champignon jusqu’à leur maturité. Les nouvelles ouvrières nées prendront le relais pour les soins du champignon et des nouveaux œufs et larves. Les nouvelles ouvrières ne sortent pas tout de suite à l’extérieur, en fait elles prendront quelques jours, voire une semaine ou deux pour cela. Elles creusent ensuite une ouverture et partent en exploration du territoire. Travailleuses acharnées, les fourmis rapportent morceaux de feuilles, de fleurs, brindille et tiges pour leur culture. Tranquillement la colonie grossit, de même que le champignon. La taille de la colonie sera toujours en proportion avec la capacité du champignon à fournir la précieuse nourriture. La taille de la chambre est elle aussi proportionnelle à la grosseur du champignon, ne laissant toujours qu’un mince espace entre les parois de la chambre et la surface du champignon. Au fur et à mesure que celui-ci grossit, elles excavent le sol tout autour. Quand le champignon a atteint une taille suffisante, les fourmis creusent alors une deuxième chambre.

Photo - Explosion de la colonie - Fourmis atta transportant leurs morceaux de feuille - La colonie est maintenant prospère, en effet la reine pond à plein régime, tant et si bien que l’évolution de la colonie est exponentielle[réf. nécessaire]. Les ouvrières creusent une deuxième chambre, celle-ci va suivre le même cheminement de croissance que la première chambre. Tout d’abord à l’état de petite loge, de petits morceaux de champignon de la première chambre y sont transférés comme amorce. Ensuite les ouvrières le cultivent comme un champignon indépendant. Quand la deuxième chambre atteint son maximum, une troisième est construite et ainsi de suite... Après un certain nombre de chambres à champignons (dans les dizaines) les fourmis entreprendront plusieurs nouvelles chambres en même temps.

Des colonies géantes - Selon les espèces, elles vivent en petites colonies de quelques centaines de fourmis jusqu’aux immenses colonies d’Atta de plusieurs milliers voir millions d’individus. Les plus grosses colonies sont celles d’ Atta sexdens et Atta sexdens rubropilosa, Atta vollenweideri qui peuvent atteindre de 4 à 8 millions d’individus1. La dimension d’une seule fourmilière pouvant atteindre de 30 à 600 m² incluant l’érosion du sol environnant1 due aux coupes de végétaux et au nettoyage du sol que font les fourmis… - Article complet à lire sur ce site : https://fr.wikipedia.org/wiki/Atta ].

Reprise du texte traduit

Le rôle des filles chez les fourmis Atta

Les plus grands producteurs d’insectes à grande échelle ont inventé leur propre territoire de prédilection bien pourvu. Les fourmis fongicoles ont débuté modestement dans l’agriculture il y a environ 60 millions d’années. Mais il y a à peu près 15 millions d’années, les fourmis coupeuses de feuilles chez les Atta - et certains proches parents -sont devenus plus gros. Aujourd’hui, chaque nid produit une seule souche génétique de champignon à l’échelle industrielle. Une ferme est une vaste monoculture, une merveille d’une seule culture, comme une étendue d’entreprise agricole cultivant du blé à perte de vue à l’horizon.

Un nid d’Atta peut atteindre une taille suffisante pour nourrir 7 millions d’habitants insectes. Imaginez Chicago avec plus de deux fois plus de gens, tous cultivant leur nourriture à l’intérieur des limites de la ville - et la ville des fourmis aurait encore plus d’habitants et plus de nourriture. Bien sûr, chaque citoyen de ce « double Chicago » passe sa vie à manger, avec principalement une seule sorte d’aliment.

Les coupe-feuilles Atta sont les fourmis que l’on retrouve parmi tant de documentaires sur la nature. Rien ne dit une forêt tropicale comme quelques secondes d’un minuscule butineur Atta qui s’éclipse sous son énorme morceau de feuilles. Ces transporteurs de feuilles ont même eu un gros plan dans le film d’animation ‘Lion King’ de 1994, sans oublier qu’aucun coupe-feuille réel ne vit en Afrique !

Certaines fourmis Atta vivent cependant dans le sud des États-Unis. Alors, quand j’ai fait un voyage à Austin en janvier, Ulrich Mueller, un chercheur qui a passé des décennies à étudier les producteurs de champignons à l’Université du Texas, a proposé de diriger une mini-expédition dans le but de rechercher des fourmis coupe-feuilles locales.

Je reçois mon premier aperçu d’Atta texana à environ 10 marches du bâtiment principal de recherche du laboratoire de terrain de Brackenridge [« un borough situé dans le comté d’Allegheny, en Pennsylvanie, aux États-Unis1,2. En 2010, il comptait une population de 3 260 habitants. Il est incorporé le 21 septembre 1901... »]. Sur un mur est suspendu un outil pédagogique transparent qui ressemble à un palais pour hamsters à deux étages avec une petite fourmi en mouvement ici et là. Dans l’une des boîtes en plastique transparent reliées par des tubes de passerelle se trouve ce qui ressemble à une vieille éponge de bain grise qui devrait vraiment être jetée. De près, cela semble plus étrange : irrégulier, en forme de micro-poches, avec des zones marécageuses, de couleur brun foncé, se réticulant vers quelque chose proche d’une couleur chair pâle.

Ce tas de champignons est la raison pour laquelle tous ces transporteurs de feuilles trimbalent leurs extraits de matière verte sur de longues files, même sur les autoroutes. Les fourmis ne mangent pas la verdure en question. Elles font caca dessus, un prétraitement qui encourage les enzymes digestives fongiques. Ensuite, les fourmis déposent leurs petits confettis de feuilles sur le tas de champignons pour attendre que le déjeuner soit préparé.

« C’est leur estomac », explique Mueller. Le tas de champignons digère la verdure, ce que l’appareil digestif des fourmis ne peut pas faire. Alimenter un nid de fourmis rempli de champignons prend tellement de matière verte qu’un nid de fourmis Atta d’Amérique du Sud peut devenir l’un des principaux ravageurs des plantes dans tout un territoire.

Photo - Les fourmis coupeuses de feuilles peuvent être les insectes producteurs les plus célèbres. Les fourmis Atta texana (montrées sur leurs champignons) peuvent fournir la plupart de la nourriture pour une colonie comprenant des millions de fourmis. Alex Wild / Univ. du Texas à Austin.

Protéger les plantes cultivées

Pour un être humain, ce grand estomac fongique broutant semble trop uniforme pour le bien des fourmis à la longue. Chaque nid ne produit qu’un seul clone de champignon, explique Mueller, qui a déterré des morceaux échantillonnés, les a comparés et ré-échantillonnés au fil des ans. Une ferme humaine qui ne cultive qu’une ou même deux variétés de plantes courre au désastre. Si un ravageur ou une maladie peut casser les défenses de ces quelques variétés, la récolte entière aura disparu. Pensez à la famine irlandaise résultant de l’attaque du mildiou sur leurs pommes de terre au cours du 19ème siècle.

[Selon Wikipédia : « La Grande Famine (en irlandais An Gorta Mór ou An Drochshaol, en anglais the Blight, The Irish Potato Famine ou The Great Famine) est une famine majeure en Irlande entre 1845 et 1852. Cette catastrophe fut en grande partie le résultat de cinquante années d’interactions désastreuses entre la politique économique impériale britannique, des méthodes agricoles inappropriées et l’apparition du mildiou sur l’île. À l’époque, le mildiou anéantit presque intégralement les cultures locales de pommes de terre, qui constituaient la nourriture de base de l’immense majorité de la population, les paysans irlandais...- Article complet ici : https://fr.wikipedia.org/wiki/Grande_Famine_en_Irlande ].

Reprise du texte traduit

Cependant, ces espèces de fourmis font de telles monocultures depuis des millions d’années. Certaines utilisent même des pesticides pour lutter contre un ravageur donné, en faisant glisser un champignon envahissant avec une toxine sécrétée par la bactérie du genre Pseudonocardia, qui prospère dans la poche ou un repli spécialisé du corps d’une fourmi. Les humains luttent contre les ravageurs qui développent une résistance. Par exemple, certains coléoptères du Colorado ont développé une certaine résistance à 56 ingrédients antiparasitaires. Alors, comment les fourmis continuent-elles à vivre ainsi en faisant cette forme d’agriculture ?

D’une part, les fourmis gardent un œil attentif sur leurs cultures, attrapant et traitant rapidement les problèmes qui surgissent. Mueller estime qu’une fourmi fermière passe en revue chaque champignon dans un jardin plusieurs fois par jour. Les êtres humains appellent cela une micro-surveillance des cultures, une « agriculture de précision » et voient également l’état des lieux et sa valeur pour les exploitations humaines.

En outre, les fourmis peuvent être en avance sur les humains en favorisant des microbiomes bénéfiques. La façon dont les fourmis transplantent des morceaux de jardin pour commencer un nouvel espace cultivé, pourrait être l’une des grandes différences entre l’agriculture des fourmis et celle des humains, dit Mueller. Les humains sèment des graines ou plantent des boutures. Mais lorsque les fourmis ont besoin de faire entrer des champignons dans un nouvel endroit, elles prennent un morceau de tout le jardin et le déplacent : les champignons et des milliards de microbes qui y sont enchevêtrés.

Les fourmis reproduisent une communauté microbienne entière, dit Mueller. Les éleveurs de fourmis n’ont pas besoin de connaître la microbiologie ou quoi que ce soit, sauf qu’une touffe de champignons a un goût sain et acceptable. De cette façon, un ensemble microbien est transmis : il est compatible avec la culture et il est un bon mélange contre les menaces actuelles. « Les fourmis ont compris il y a 60 millions d’années… à quel point ces microbes interstitiels sont importants », explique Mueller.

Des pratiques douteuses

Alors que les fourmis Atta peuvent admirablement gérer le microbiome de leurs intestins, certaines autres pratiques externes d’élevage de fourmis semblent inutiles.

Le champignon que les fourmis Atta - et certains proches parents - cultivent comme leur seule ressource alimentaire, n’est pas très efficace pour décomposer les composés dans les feuilles. « Il suffit de choses faciles à digérer », explique Mueller. À leur tour, lorsque les fourmis mangent ce champignon, elles le traitent plus comme un pommier que comme une assiette de salade verte. Les fourmis étouffent les friandises de cueillette dodues et appelées gongylidia, qui alimentent aux extrémités des morceaux de ce champignon particulier. Une grande partie du champignon restant est gaspillée.

[D’après Wikipédia, « Les gongylidia (gongylidium au singulier) sont des hyphes hypertrophiés produits par des champignons cultivés par des fourmis champignonnières (tribu des Attini, sous-famille des Myrmicinae). Les gongylidia servent de nourriture aux larves, aux ouvrières, aux soldats et à la reine. Ils sont de forme ellipsoïde, d’un diamètre de 30 à 50 µm. Ils sont riches en lipides et en glucides1,2 dérivés des débris végétaux sur lesquels ils poussent en amas appelés staphylae… » - Article complet ici : https://fr.wikipedia.org/wiki/Gongylidia ].

Reprise du texte traduit

Il existe des options apparemment plus efficaces. Une espèce de fourmis, trouvée au ‘Brackenridge Field Lab’, appartenant au genreCyphomyrmex, tend des morceaux de levure jaune pâle, ambrée, que les fourmis mangent comme des raisins, sans même cracher les graines dans la poubelle. De plus, ces agriculteurs n’ont pas à couper de feuilles fraîches pour nourrir la ferme. Au lieu de cela, les fourmis fertilisent en apportant un déchet disponible : à savoir des excréments de chenilles.

Les efforts des fourmis Atta pour collecter autant de verdure semblent être assez inefficaces en comparaison. Pour expliquer le processus de près, Mueller et l’étudiant diplômé Tristan Kubik m’ont conduit hors du laboratoire dans les bois de Brackenridge. Cet après-midi de janvier, avec un ciel bleu et une douce température, devait être parfait pour observer les fourmis qui transportent des feuilles.

Pour trouver des ramasseuses butineuses, Kubik, un passionné d’insectes de troisième génération, traque avec l’intensité d’observation d’un chat. Il me faut une minute pour réaliser ce qu’il me montre : de petits lambeaux de verdure qui donnent de très faibles secousses irrégulières. C’est comme de regarder vers le bas quelques miettes de petits gâteaux épandus sur le sol, chacune donnant juste le plus petit mouvement par fourmi, et toutes à peine désynchronisées. Ce sont des coupeurs de feuilles qui ramènent à la maison leur verdure.

Les secousses minuscules sont des micro-étapes, et le nid de la maison n’est même pas encore à la vue de l’homme. Un seul voyage de recherche de nourriture à une distance moyenne du nid, disons de 75 mètres, pourrait prendre environ deux heures aller-retour sur un sol lisse. Ces fourmis A. texana, cependant, s’aventurent deux fois plus loin. Tout cela pour un seul ruban, peut-être de la taille d’un ongle, d’une feuille. Le mot qui me vient à l’esprit est « ridicule ».

Photo - Beaucoup d’extraits de feuilles doivent être découpés et transportés à la maison, puis coupés un peu plus finement pour nourrir un jardin fongique géant. Les fourmis Atta cephalotes ouvrent souvent la voie pour apporter des provisions au nid.

Pour la marche d’un être humain, le nid n’est qu’à quelques minutes de marche. Les nids semblent étrangement paisibles vus de dessus. Le plus grand que nous voyons cet après-midi là se trouve sur une rive douce, avec une ou deux taches mineures, de couleur rougeâtre, provenant de l’érosion du sol, parmi les arbres d’hiver noueux. Avec l’aide du guide, je vois plusieurs modestes trous de la taille d’un doigt dans le sol. Je me demande combien de milliers de fourmis pourraient travailler sous nos bottes. Mueller débat avec lui-même : « trois millions ... peut-être cinq ! ».

Couper les feuilles en petits morceaux représente beaucoup de travail. Faire de minuscules confettis sur un mètre carré de surface foliaire, signifie couper d’avant en arrière, et les transporter sur une distance de 2,9 kilomètres, ont estimé les chercheurs en 2016 dans un article de la ‘Royal Society Open Science’, après avoir observé une colonie de laboratoire d’Appa Cephalotes. L’énergie qui sert à nourrir la ferme semble trop conséquente.

Les champignons en tant que culture ne photosynthétisent pas comme les plantes supérieures et ne peuvent donc pas préparer de quoi déjeuner à l’abri du soleil. Il serait peut-être plus juste de comparer une ferme de champignons, non à un champ de blé, mais à des bovins ou des porcs enfermés dans des parcs d’engraissement gérés par l’homme. Chaque calorie de nourriture, qu’il s’agisse d’éclats de feuilles ou de wagons de soja, doit être cultivée ou collectée, puis transportée pour les agriculteurs. Les parcs d’engraissement géants gérés par des fourmis ont les mêmes défis d’approvisionnement incessants que les êtres humains.

Look naturel

Cela ne surprend pas Ford Denison que certaines personnes voient des inconvénients à considérer les fermes de fourmis comme des modèles agricoles. Denison est l’auteur du livre ‘Darwinian Agriculture’ de 2012, et il a participé au symposium de Konrad Lorenz en 2019. À l’Université américaine du Minnesota à St. Paul, Ford Denison étudie la durabilité agricole et réfléchit à la façon de copier la nature de manière stratégique.

Ce n’est pas parce que nous voyons les merveilles de la ferme d’un nid de fourmis ou d’une forêt mixte durable, que d’imiter ces choses dans leur forme complète serait une excellente idée. La chose à faire, dit-il, est de rechercher les détails qui font que cela a été testé au cours de l’évolution pendant des millions d’années, par rapport à d’autres options possibles.

L’évolution n’a certainement pas testé la monoculture des nids de fourmis sous une forme compétitive : les fourmis ne peuvent pas faire se développer leur champignon autrement. S’il y a plus d’une souche de champignon dans une ferme, « il y a une sorte de guerre chimique », dit-il. Une souche tue généralement son rival, même si elles poussent dans des niches ou chambres séparées.

« Leur utilisation sur le long terme de la monoculture peut être la preuve que la monoculture peut également être durable », dit Ford Denison. Les humains à la recherche de modèles naturels devraient toutefois viser une barre plus élevée. La monoculture parmi ces fourmis « ne signifie certainement pas que c’est mieux que la polyculture », dit-il. Cultiver des fermes plus diversifiées aurait pu atténuer les problèmes de ravageurs. Mais qui sait ? Les fourmis vivant avec une récolte n’ont jamais rivalisé avec d’autres fourmis faisant plus d’une récolte !

Ants plant seeds on Squamellaria

Photo - Les petites fourmis sèment des graines et cultivent les espèces de Squamellaria spp. pour s’abriter et bénéficier de douces fêtes florales. Chomicki.

Retour aux arbres

D’autres élevages d’insectes ont certainement des caprices qui semblent avoir évolué sous l’effet d’une concurrence intense. Considérez les taches sombres de Squamellaria dans les arbres, qui sont confrontées à des défis quant au recyclage de l’azote.

L’azote est souvent une denrée précieuse pour des plantes comme pour Squamellaria qui ne vivent pas dans le sol. Pour ces plantes, qui ont forgé un style de vie de station spatiale accroché à des branches d’arbres au-dessus du sol, les fourmis P. nagasau peuvent être de précieux fournisseurs d’azote ou d’autres nutriments. Les fourmis offrent également une défense vitale, se précipitant pour attaquer les intrus qui tentent de grignoter une graine ou une feuille de leurs fermes bulbiformes ainsi constituées.

En guise de récupération, la plante offre un abri absolument nécessaire pour les fourmis et leur nourriture, ce qui est pratique mais remplaçable à la rigueur. Les fleurs des plantes Squamellaria ont un attrait doux pour les fourmis. Lorsque les pétales tombent, la fleur arrête de se développer pendant quelques jours et les fourmis leur rendent visite pour se nourrir à partir d’un bord sucré, avec une dose d’acides aminés à la base de la fleur.

Chez six espèces de Squamellaria, au fur et à mesure que les plantes poussent et ouvrent plus d’entrées dans leurs cavités internes, les fourmis entrent par de minuscules portes et élèvent les jeunes. Une grande plante peut héberger environ 10.000 fourmis et toute une colonie de fourmis peut étendre ses frontières pour englober plusieurs plantes, même un mélange d’espèces granuleuses.

A la base des plantes, certaines chambres forment des parois internes lisses tandis que d’autres cavités présentent de petits boutons largement espacés. Les fourmis pondent leurs œufs et leurs larves grandissent dans les chambres à parois lisses. Les cavités à parois noueuses, pense Chomicki, servent de latrines à fourmis et de dépotoirs. Du point de vue de la plante, ces chambres servent de centres de don pour les excrétions de fourmis qui sont riches en azote.

L’absorption d’azote par les murs noueux est « très, très efficace », dit Chomicki. Il a injecté différentes concentrations et suivi des plantes en suivant les afflux massifs.

Les fourmis cochent toutes les cases pour une véritable agriculture chez les six espèces, soutient Chomicki. Il a filmé des fourmis semant des graines de Squamellaria en les glissant sous l’écorce des arbres. Les fourmis défendent ensuite les graines vis-à-vis des coléoptères et d’autres prédateurs … attaquant même les observateurs scientifiques trop curieux. Ce mode de défense vigoureux dans les communautés d’êtres vivants à la cime des arbres, pourrait compter comme une autre corvée pour assurer l’entretien de la ferme.

« Les fourmis consomment directement des aliments qu’elles fertilisent avec leurs excréments », explique l’un des co-auteurs avec Chomicki, l’écologiste Toby Kiers de la ‘Vrije Universiteit’ à Amsterdam aux Pays-Bas. La pollution par les engrais est un sujet brûlant dans ce pays. Dans la vision de Kiers, pour un avenir plus durable, les grandes cultures tirent leur engrais du fumier des pâturages voisins, de sorte qu’un ancien déchet redevient une ressource, quelque chose d’utile.

« Inspirez-vous des fourmis », insiste-t-elle. Une ferme ‘blob’ (en forme de goutte dans la cime d’un arbre) est « comme une ultime forme d’économie circulaire ».

[Selon Wikipédia, « L’économie circulaire est un nouveau modèle économique à vision systémique. Les notions d’économie verte, d’économie de l’usage ou de l’économie de la fonctionnalité, de l’économie de la performance et de l’écologie industrielle font partie de l’économie circulaire. Une telle économie fonctionne en boucle, se passant ainsi de la notion de ’déchet’1. Son objectif est de produire des biens et services tout en limitant fortement la consommation et le gaspillage des matières premières, et des sources d’énergies non renouvelables. Selon la fondation Ellen MacArthur (créée pour promouvoir l’économie circulaire2), il s’agit d’une économie industrielle qui est, à dessein ou par intention, réparatrice et dans laquelle les flux de matières sont de deux types bien séparés : les nutriments biologiques, destinés à ré-entrer dans la biosphère en toute sécurité, et les entrants techniques (« technical nutrients »), conçus pour être recyclés en restant à un haut niveau de qualité, sans entrer dans la biosphère2… - Article complet à lire ici : https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89conomie_circulaire ].

[Vor également cette note officielle : L’économie circulaire - Le Mercredi 10 juin 2020 - L’économie circulaire désigne un modèle économique dont l’objectif est de produire des biens et des services de manière durable, en limitant la consommation et les gaspillages de ressources (matières premières, eau, énergie) ainsi que la production des déchets. Il s’agit de rompre avec le modèle de l’économie linéaire (extraire, fabriquer, consommer, jeter) pour un modèle économique « circulaire ». C’est en ce sens que le gouvernement s’est engagé avec la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire…. Lire en totalité :

Je Change Ma Voiture

Source : https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/leconomie-circulaire

Citations de l’article traduit

G. Chomicki et al. Tradeoffs in the evolution of plant farming by ants. Proceedings of the National Academy of Sciences. Vol.117, February 4, 2020, p. 2535. doi : 10.1073/pnas.1919611117.

G. Chomicki and S. Renner. Obligate plant farming by a specialized ant. Nature Plants. Vol 2, November 21, 2016, 16181. doi : 10.1038/NPLANTS.2016.181.

R.F. Denison. Darwinian Agriculture. Princeton University Press, 2012.

T. Schultz et al. Reciprocal illumination : A comparison of agriculture of humans and in fungus-growing ants. In F.E. Vega and M. Blackwell, eds. Insect-Fungal Associations : Ecology and Evolution. Oxford University Press, New York. 2005. 

G. Larson and D.Q. Fuller. The evolution of animal domestication. Annual Review of Ecology, Evolution, and Systematics. Vol. 45, 2014, p. 115. doi : 10.1146/annurev-ecolsys-110512-135813.

J. Hulcr and L. L. Stelinsk. The ambrosia symbiosis : from evolutionary ecology to practical management. Annual Review of Entomology. Vol. 62, 2017, p. 283. doi : 10.1146/annurev-ento-031616-035105.

S. Nygaard et al. Reciprocal genomic evolution in the ant–fungus agricultural symbiosis. Nature Communications. Vol. 7, July 20, 2016, p. 12233. doi : 10.1038/ncomms12233|www.nature.com/naturecommunications.

About Susan Milius (photo) - Susan Milius is the life sciences writer, covering organismal biology and evolution, and has a special passion for plants, fungi and invertebrates. She studied biology and English literature.

L’auteure Susan Milius est rédactrice en sciences de la vie, couvrant la biologie des organismes vivants et l’évolution ; elle a une passion particulière pour les plantes, les champignons et les invertébrés. Elle a étudié la biologie et la littérature anglaise.

Une version de cet article est parue dans le numéro du 25 avril 2020 de la revue de vulgarisation scientifique ‘Science News’

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Science News

Science Magazines - St. Joseph-Ogden High School Media Center

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Traduction, ajout de [compléments] et intégration de liens hypertextes : Jacques HALLARD, Ingénieur CNAM, consultant indépendant 12/06/2020

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