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"Regards sur les cultures religieuses et les traditions philosophiques qui sont également confrontées à la pandémie de COVID-19" par Jacques Hallard

mercredi 30 septembre 2020, par Hallard Jacques


ISIAS Sciences humaines Coronavirus

Regards sur les cultures religieuses et les traditions philosophiques qui sont également confrontées à la pandémie de COVID-19

Jacques Hallard , Ing. CNAM, site ISIAS – 28/09/2020

Plan du dossier : Introduction Sommaire Auteur


Introduction

Ce dossier à usage didactique propose un tour d’horizon sur les conséquences de la pandémie de COVID-19 sur les pratiques culturelles et cultuelles, sur les diverses religions et traditions philosophiques, ainsi que sur les enseignements que l’on peut déduire de ces dernières pour comprendre le temps présent et mieux, pour réagir, face aux enjeux et aux défis qui se présentent aux êtres humains, en grand péril au niveau planétaire.

Les documents sélectionnés ont été ordonnés et répartis dans 7 rubriques notées de A à G.

Le
Rubrique A traite de façon générale des cultures, des religions et des traditions philosophiques et de leurs relations réciproques par temps de coronavirus

La Rubrique B regroupe les contributions de nombreux philosophes qui se sont montrés prolixes pendant la pandémie de COVID-19 en 2020

La Rubrique C fait référence au Judaïsme et à ses enseignements à prendre en compte en temps de pandémie de COVID-19

La Rubrique D laisse la place aux traditions et aux pratiques orientales (bouddhisme, confucianisme, taoïsme et hindouisme) et à leur adaptation culturelle face au coronavirus

La Rubrique E contient les contributions d’acteurs de l’Islam (imams et musulmans) confrontés aux approches scientifiques et aux questions sanitaires

La Rubrique F rapporte quelques réactions de protestants et de catholiques qui abordent les effets du coronavirus dans leur univers de la chrétienté

Enfin la Rubrique G regroupe les travaux et les perspectives de quelques obédiences maçonniques françaises pour s’organiser et vivre « l’après COVID-19 » en sauvegardant les libertés dont la liberté d’expression, principe clé de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789. Sur ce dernier sujet, on peut aussi consulter ce site : https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9claration_des_droits_de_l%27homme_et_du_citoyen_de_1789

A aussi été rajouté, parmi les Actualités, l’accès aux contributions d’un certain nombre d’auteurs sur le titre « Stress : causes, effets et garder son calme » faisant référence à l’annonce d’une publication éditée par la revue ‘Scientific American’, par Marseille News.net - 31 août 2020 (avec présentation de la 1èrede couverture).

Pour approfondir encore le sujet des religions, des traditions philosophiques et de leurs relations avec l’approche scientifique, on peut également avoir recours aux sites suivants grappillés sur Internet :

La philosophie de la religion – Persée www.persee.fr › doc › phlou_0035-3841_1970_num_68... – « Métaphysique, ontologie, traditions religieuses... la pensée philosophique du sujet de Dieu et de la religion... », de A. Vergote - ‎1970

Sur l’idée de philosophie de la religion - OpenEdition Journalsjournals.openedition.org › theoremes– « Simmel - La discipline vivante qu’est la philosophie de la religion …et ... critique propre à la tradition philosophique et un objet dont la compréhension ... » , de Y. Schmitt - ‎2016

Introduction - Philosophie et religion - OpenEdition Journalsjournals.openedition.org › assr– « Où en est la philosophie de la religion aujourd’hui ? ... témoigne à l’inverse d’une heureuse prise de conscience de la diversité des traditions religieuses… », de V Delecroix - ‎2015

La philosophie de la religion | Cairn.info www.cairn.info › revue-diogene-2008-3-page-58 – « ... les croyances et les conceptions fondamentales de telle ou telle tradition religieuse. Les objets qui attirent l’attention de la philosophie de la religion comprennent ... », de VK Shokhin - ‎2008

Présentation du numéro foi et croyances religieuses ... – Cairn www.cairn.info › revue-philosophie-2020-2-page-3 – « La spécificité éventuelle des croyances religieuses ne les immunise pas plus … » de V Delecroix - ‎2020

Relation entre science et religion — Wikipédiafr.wikipedia.org › wiki › Relation_entre_science_et_religions...-* « La relation entre science et religion est un sujet abordé depuis l’Antiquité ... notamment par l’intermédiaire des traductions et des commentaires des philosophes arabes comme Avicenne… »

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Sommaire

Rubrique A – Cultures, religions et traditions par temps de coronavirus

1. Cultures et religions : les nouveaux enjeux Auteur : Gaston Pietri - Publié dans Études 2010/12 (Tome 413), pages 643 à 654 - Document ‘cairn.info/revue-etudes’

2. Pour un dialogue mondial entre traditions philosophiques Par Enrique Dussel 2008

3. Les cultes face à l’épidémie de Covid-19 – PDF - 02 juillet 2020 – Document Sénat France

4. Coronavirus : regards croisés de trois représentants religieux - Le 03 avril 2020 - Par Rebecca Fitoussi - Publié le : 03/04/2020 à 17:03 - Mis à jour le : 10/04/2020 – Document ‘Public Sénat’

4 bis. Conséquences de la pandémie de Covid-19 sur les religions (Wikipédia)

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Rubrique B - Les philosophes prolixes pendant la pandémie de COVID-19

5. Covid-19. La philosophie face à l’épidémie - Publié le 21/04/2020 - Mis à jour le 24/04/2020 - Entretien avec l’historienne de la philosophie, Claire Crignon, maîtresse de conférences à la faculté des Lettres.

6. Ressources philosophiques sur l’épidémie du Covid-19 Par Juliette Ferry-Danini 08 avril 2020 - Liste mise à jour avec Samuel Lépine, maître de conférences en philosophie à l’université Clermont Auvergne

7. Vidéo en live 1:41:03- Philolive #14. covid-19, politique & philosophie - Vincent Cespedes - 15 mars 2020

8. Covid-19. Les philosophes face à l’épidémie - Accès à 28 articles publiés le 16 mars 2020

9. Covid-19 : ’Nous sommes aujourd’hui face à un cas machiavélien’ - De la philosophie pour prendre de la hauteur sur la crise sanitaire qui secoue la France. Par Marie Lyan @Mary_Lyan

10. Coronavirus  : le regard du philosophe belge Michel Dupuis

11. Ce que la philosophie nous apprend de la pandémie de Coronavirus. Par Lepetitjournal Singapour

12. Série de contributions du philosophe Boris Cyrulnik (la plupart sont des enregistrements vidéos)

12bis. Le philosophe André Comte-Sponville a fustigé la politique sanitaire : ’J’envie la manière avec laquelle la Suisse gère la crise du Covid-19’ - Modifié le 6 septembre 2020 à 21:31- Document ‘rts.ch’

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Rubrique C – Références du Judaïsme en temps de pandémie COVID-19

13. Judaïsme - Quand Moïse et le Talmud exhortaient au confinement en cas d’épidémie - Par Ariel Toledano* - Publié le 06/04/2020 – Document ‘lemondedesreligions.fr’

14. Interview - Épidémie, coronavirus et Talmud : entretien avec Ariel Toledano Par Ghis Korman 31 July 2020, 7:02 pm – Document ‘fr.timesofisrael.com’ - Photo

15. Pour ces amoureux du Talmud, le COVID-19 offre plus de temps pour l’étude Par Jessica Steinberg 12 août 2020, 10:20 – Document ‘fr.timesofisrael.com’

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Rubrique D - Pratiques orientales et adaptation culturelle au coronavirus

16. Coronavirus Covid19 : ’En profiter pour faire une quête spirituelle’ Le confinement vu du temple bouddhiste de La Boulaye – Par Antoine Marquet - Publié le 07/04/2020 à 07h00 • Mis à jour le 12/06/2020 à 12h50 – Document ‘france3-regions.francetvinfo.fr/bourgogne-fr’

17. Ce que les méditants hindous et taoïstes peuvent nous enseigner de l’isolement - Par La Rédaction - Coronavirus - Le 30 avril 2020 – Document ‘telquel.ma/2020/04’

18. Le Taoïsme aux temps du Coronavirus Par Gregory B. Lee 1 1 IETT - Institut d’Etudes Transtextuelles et Transculturelles

19. Le moine bouddhiste Matthieu Ricard prolonge son confinement en Dordogne Par Laurence Méride, France Bleu Périgord, France Bleu - Samedi 30 mai 2020 à 19:59 - Exhaustif-Ouest-France Peyzac-le-Moustier, France

20. Accès aux autres contributions de Matthieu Ricard

21. Ce que l’épidémie de Covid-19 révèle de l’orientalisme de nos catégories d’analyse du politique Auteure : Eugénie Mérieau - Date : 21/07/2020 - Document ‘sciencespo.fr/ceri’ - [Réflexions à partir de la Chine et des pays confucianistes d’Asie orientale].

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Rubrique E - Acteurs de l’Islam : musulmans et imams face à la science et au sanitaire

22. Religion - Ce que le coronavirus va changer pour les musulmans Par Jules Crétois et Marième Soumaré - 12 mars 2020 à 14h16 - Mis à jour le 25 mars 2020 à 10h55

23. Coronavirus : « L’écrasante majorité des musulmans et des imams en France appliquent les directives scientifiques et sanitaires » Publié le 15 avril 2020 à 06h00 – Cet article ‘Le Monde’ complet est réservé aux abonnés - Accès conditionnel

24. Coronavirus, science et islam : entretien avec l’astrophysicien Nidhal Guessoum - Propos recueillis par Louis Fraysse - Publié le 27 avril 2020 (Mise à jour le 27/04) – Document ‘reforme.net/religion/islam’

25. Islam et gestion de la crise du Covid-19 - Auteur : Bayram Balci - Date : 24/04/2020 - Document ‘sciencespo.fr/ceri’

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Rubrique F - Réactions au coronavirus dans la chrétienté

26. Prédication protestante : « Se sentir vivant » - Un contenu proposé par Esprit de liberté - Auteur : James Woody - Publié le 31 juillet 2020

27. Adaptation protestante - La réactivité des religions au temps du Covid - Un contenu proposé par Le Nouveau Messager - Publié le 27 juillet 2020 - Auteur : Philippe Ichter

28. Le regard des religions vers l’avenir après le Covid Présentée par Etienne Pépin UA-126866 - L’actu chrétienne - Jeudi 25 juin 2020 à 7h52 - Durée émission : 3 minutes.

29. Covid 19 ou Lien social et désir de vivre Emission présentée par Roger GIL - La chronique bioéthique, santé et société du Professeur Gil - Vendredi 26 juin à 11h55- Durée de l’émission : 4 minutes

30. « Le Covid-19 est une conséquence de nos propres atteintes à la biodiversité » Barbara Rethoré, biologiste - Présentée par Thomas Cauchebrais - Document ‘rcf.fr/actualite’ - Au cœur de l’Ouest, l’invité - mardi 21 avril à 18h38 - Durée de l’émission : 15 minutes

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Rubrique G - Travaux et perspectives maçonniques pour l’après COVID-19

31. Introduction à la franc-maçonnerie d’après Wikipédia

32. Les Francs-Maçons accusés d’être à l’origine du coronavirus - Emission canadienne de la radio ‘98.5’ - 08 juillet 2020 à 17:43

33. Loges affiliées au Grand Orient de France - Le livre blanc des francs-maçons pour bâtir la France de l’après-Covid-19 - Par Jean-Marie Guénois - Mis à jour le 7 juillet 2020 à 18:25 – Document ‘lefigaro.fr’ – Accès conditionnel à l’article complet

34. Le Droit Humain et la pandémie - Bilan et Perspectives - Le 30/08/2020 – Enregistrement de 18 minutes par France Culture

35. Addenda : “La liberté d’expression gravement menacée… La défendre, c’est défendre la liberté” - Communiqué du ‘Droit Humain’ en date du 28 septembre 2020

Actualités - Stress : causes, effets et garder son calme – Annonce d’une publication de ‘Scientific American – Par Marseille News .net - 31 août 2020 – Présentation 1ère de couverture

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Rubrique A – Cultures, religions et traditions par temps de coronavirus

1.
Cultures et religions : les nouveaux enjeux Auteur : Gaston Pietri - Publié dans Études 2010/12 (Tome 413), pages 643 à 654 - Document ‘cairn.info/revue-etudes’

Article Résumé Plan Auteur Sur un sujet proche file_download

1 Le rapport entre les cultures et les religions est un sujet omniprésent aussi bien chez les théologiens que chez les anthropologues et les sociologues. L’Eglise catholique de son côté, en adoptant le thème de l’inculturation comme l’a fait explicitement Jean Paul II en 1979 (Exhortation apostolique « Catechesi tradendae »), a voulu signifier qu’il n’est de véritable présence de l’Evangile dans une société donnée que par une pénétration de la foi chrétienne à l’intérieur même des cultures. Par-là se trouvait entériné le concept de culture tel que l’a introduit l’anthropologie du xixe siècle. Ce n’est pas avec la culture mais avec des cultures que la religion entretient nécessairement un rapport qui selon les cas sera plus ou moins positif.

2 Un double phénomène se dessine depuis quelques décennies. Tantôt le religieux est à ce point identifié à une culture que, jusque dans le langage, on ne sait plus si des mots comme chrétien ou musulman, par exemple, définissent une croyance religieuse ou une identité culturelle. Tantôt des courants religieux, tels que le fondamentalisme islamique, mais aussi un certain fondamentalisme des « évangéliques », se présentent comme si l’affirmation croyante se suffisait à elle-même, se déployant dans une déconnexion délibérée de toute appartenance culturelle. Ces déplacements ne peuvent laisser indifférents les croyants qui s’interrogent sur l’avenir de leur foi au sein d’une société de plus en plus contrastée. Comment se situer vis-à-vis de ces courants avec le discernement qui s’impose ?

3 L’enjeu, pour les chrétiens, concerne d’abord l’évangélisation elle-même. Franchir le seuil de la foi réclame une démarche théologale qui est bien autre chose que l’intégration à une culture. A l’inverse, se réclamer d’une foi qui transcende toutes les cultures, et finalement les ignore, conduit à sous-estimer voire à nier l’importance de l’entrée effective de la foi dans l’épaisseur de ces modes de pensée et de vie qui définissent chaque culture. Un pays comme la France a connu une réelle imprégnation chrétienne des mœurs et des normes qui le régissent. Des pans entiers de la société française sont pratiquement sortis de ce monde chrétien qui avait fini par être considéré comme « le monde commun ». Par ailleurs d’autres courants religieux, aujourd’hui minoritaires mais activement présents, obligent à repenser de façon plurielle la relation du fait religieux et de la société. Ainsi le double phénomène d’une foi réduite à la culture, ou d’une foi sans préoccupation de la culture, est-il d’un intérêt majeur pour tous ceux qui veulent avant tout évangéliser et en même temps pour ceux qui se soucient essentiellement de l’impact social du christianisme.

Une partie intégrante de la culture

4 Les travaux des anthropologues traitent généralement de la religion comme partie intégrante de la culture sous toutes les latitudes. A tout le moins y voient-ils un système symbolique parmi d’autres. De plus, il apparaît nettement, en bien des cas, que la religion a été le noyau créateur de telle ou telle culture. C’est le cas de l’apport chrétien lorsqu’il est perçu comme recueillant en une synthèse spécifique le triple héritage du judaïsme, de la pensée grecque et de la civilisation romaine. Sans compter que, pour les cultures d’Extrême-Orient, envisager la rencontre entre cultures sans envisager la rencontre des religions serait une entreprise insensée, comme nous le disent des théologiens asiatiques : une « vivisection » en quelque sorte. Certes le concept de religion ne saurait être utilisé de façon univoque. Mais il est courant de l’employer aussi pour des traditions de pensée et de sagesse aussi différentes du monothéisme chrétien, juif ou musulman que le sont les multiples versions de l’hindouisme ou du bouddhisme. Concernant le christianisme, Jean Paul II déclarait à l’UNESCO le 1er juin 1980 : « la foi est créatrice de culture ». Dans ce discours la définition de la culture étant très large, – et en définitive ce par quoi l’homme accède à l’humain –, le lien fondamental du christianisme avec la culture tient au fait que la Révélation biblique comporte par essence « l’affirmation de l’homme pour lui-même, et non pour quelque autre motif que ce soit ». Lors d’une conférence au collège des Bernardins, à Paris, en septembre 2008, Benoît XVI expliquait, dans une leçon magistrale, comment la foi en Christ vécue selon la vocation monastique, à partir de l’écoute de la Parole de Dieu, avait donné naissance, en vertu de sa propre logique, à des productions culturelles sur le registre de la philosophie tout autant que sur celui de la langue et de la littérature, de la musique, et finalement de l’art de vivre.

5 Historiquement, le christianisme ne s’est jamais voulu indemne de tout enracinement culturel. A vrai dire le christianisme n’a jamais existé en dehors d’une culture. Le contraire n’aurait pas été pensable pour une Révélation strictement liée à l’histoire et culminant dans « le Verbe fait chair ». Né dans le cadre du judaïsme, le christianisme a connu dès l’origine, non seulement par la langue mais encore par tout un appareil conceptuel, une entrée dans le monde grec dont l’empreinte a traversé les siècles. Nous sommes là devant un acquis où la racine juive, l’imprégnation hellénique, les conséquences de la rencontre des barbares à christianiser ont imprimé une marque définitive. L’avènement de la société moderne à son heure n’a pas manqué de provoquer des résistances comme des alliances. Le soubassement culturel n’avait pas varié substantiellement tant la conception de la vie sociale restait tributaire d’idées et de pratiques transmises en climat chrétien pendant des siècles. Lorsque Jules Ferry écrivait aux instituteurs en 1883, il leur demandait d’enseigner une morale certes détachée de tout fondement religieux, mais qui n’en était pas moins pour lui « la morale de Kant et du christianisme ». C’était le temps où les impératifs éthiques de la société coïncidaient avec ceux que l’Eglise transmettait par sa catéchèse. Comment occulterait-on la part d’opposition au christianisme que comportait, dans la philosophie des Lumières, la volonté d’émancipation de la raison par rapport à toute hétéronomie religieuse ? Il n’empêche que, par-delà les polémiques, la tradition chrétienne et la tradition laïque se rejoignaient dans des présupposés communs. Beaucoup aujourd’hui précisément déplorent l’érosion de ces fondements.

Faut-il parler de « chrétiens culturels » ?

6 Lorsqu’aujourd’hui bon nombre de contemporains, qu’ils soient personnellement croyants ou non, se réclament de la culture chrétienne, ou plus fréquemment de la tradition judéo-chrétienne, on ne peut s’étonner que de l’extérieur ils soient tous classés comme chrétiens. Ne serait-ce qu’à cause d’une situation où il n’est plus possible de dire comme tel personnage de L’idiot de la famille de Sartre : « Nous sommes tous chrétiens ». L’implicite d’hier, dans un environnement pluraliste, est amené à s’expliciter. En effet il n’y aurait guère besoin de se déclarer chrétien quant à la culture si par ailleurs la société n’était devenue une société plurireligieuse et en même temps pluriculturelle. « Chrétien culturel » est une expression apparue récemment. La plupart du temps elle est employée sous la forme d’une distinction entre « chrétiens cultuels » et « chrétiens culturels ». Par « chrétiens cultuels », on entend ceux qui professent la foi et font acte d’appartenance à l’Eglise : d’où la référence au culte. Parmi les « chrétiens culturels » beaucoup sont d’anciens pratiquants qui ont pris leurs distances par rapport à l’institution. Toutefois un nombre appréciable d’entre eux ont en fait pris congé de la foi elle-même. Il n’en manque pas qui avouent que la foi leur a été utile jusqu’à ce qu’elle devienne insignifiante dans ses croyances elles-mêmes. Ils ont abandonné ces dernières sans que se dissolvent pour eux les valeurs qui, dans une logique courante, ont guidé les comportements éthiques. La foi a pu être une « rampe de lancement ». Les « chrétiens culturels » estiment n’avoir plus besoin de cette foi pour orienter leur existence. Ce sont en fait des hommes et des femmes, qui souvent ont reçu une éducation chrétienne, et qui prétendent en avoir gardé des valeurs fondatrices. Cet héritage culturel est, pour eux, celui du respect et du droit de la personne humaine, d’une création faite pour l’homme et mise à sa disposition, d’une prise en considération du faible et du petit, d’une connivence spontanée avec toute perspective universaliste. Valeurs d’autant plus précieuses lorsqu’elles sont rattachées à leur matrice chrétienne qu’elles sont souvent vidées par d’autres de leur contenu tout en étant encore ici ou là professées nominalement. Ainsi raisonnent assez généralement les « chrétiens culturels ». Ce qu’ils ont éliminé, c’est tout simplement la foi en Christ, quelle que soit l’admiration qu’ils continuent de vouer à la Personne de Jésus. C’est ce qui permet à André Comte-Sponville de se présenter comme un « athée fidèle ». Il existe donc, jusqu’à un certain point, des « chrétiens culturels ». Les Eglises n’en ont pas suffisamment pris acte. Car cette référence à la culture n’induit pas la foi, mais n’en constitue pas moins une surface de contact entre le christianisme et la société.

7 Il est frappant de constater, en milieu juif, combien l’attachement au judaïsme peut se concilier avec diverses formes d’agnosticisme, voire d’incroyance revendiquée. Or cet attachement, nourri de la mémoire de la Shoah, de la référence à l’Etat d’Israël, et aussi d’adhésion à certains préceptes de la Torah, est finalement proche en toute occasion d’une expression religieuse. Quand le « chrétien culturel » affirme son adhésion à la tradition judéo-chrétienne et en même temps rejette tout signe d’appartenance confessionnelle, le juif de son côté affiche des marques d’appartenance au judaïsme, y compris souvent la circoncision et la pratique du Shabbat, et cela sans professer personnellement la foi juive. Il n’est pas possible, semble-t-il, de parler d’un « juif culturel » comme on parle d’un « chrétien culturel ». L’originalité juive à la limite pourrait être considérée sous l’angle d’une appartenance possible en dehors de la croyance. C’est une possibilité que des juifs devant nous mettent en œuvre sans craindre quelque accusation d’hypocrisie.

Un amalgame significatif

8 Si nous passons au stade des civilisations, c’est tout un champ d’humanité, au-delà des cultures particulières, qui dans une aire géographique parfois très vaste, se révèle porteuse d’un faisceau de valeurs originales, et cela dans des limites historiques qui peuvent défier les millénaires. Ainsi existe-t-il une civilisation occidentale, celle-là même qui a été baptisée civilisation chrétienne. La mission chrétienne en direction d’autres continents a longtemps considéré, quels que fussent ses liens effectifs avec les entreprises coloniales, qu’il était capital de diffuser la civilisation occidentale. Pour la raison, à l’époque évidente, que cette civilisation est un produit du christianisme et qu’elle est donc la seule civilisation digne de ce nom. Du coup il n’est pas étonnant que la République, alors qu’en France elle s’efforçait de reléguer la foi chrétienne dans l’espace privé, se soit largement reconnue dans cette tâche civilisatrice de la mission chrétienne sur des territoires de colonisation.

Il faudra que soit intervenue progressivement une sérieuse relativisation des expressions culturelles inhérentes à cette civilisation occidentale pour que le concept « d’inculturation », défini par Jean Paul II comme « une intime transformation des authentiques valeurs culturelles par leur intégration dans le christianisme » [1][1]Encyclique Redemptoris missio, n° 52. trouve une réelle pertinence par rapport à la variété des cultures et à leur apport positif. L’image d’un Occident chrétien demeure suffisamment prégnante pour que l’extrémisme musulman nous renvoie l’identification entre Occident et chrétien, lorsqu’il est question de combattre notre esprit « dominateur » et notre volonté « conquérante ». La guerre d’Irak a donné prise à des amalgames d’autant plus dangereux que la minorité chrétienne, présente dans ce pays depuis l’origine et typiquement orientale dans ses modes d’expression, en a subi de terribles contrecoups.

9 Au même moment, comme par l’effet d’une fâcheuse symétrie, il n’est pas rare dans nos pays occidentaux que le terme « musulman » serve dans le langage courant à désigner les immigrés du Maghreb. Certes l’islam a son propre rapport à la culture. C’est ainsi que des spécialistes de la religion musulmane notent que le Coran et la langue arabe sont si étroitement liés qu’il n’est pas de culture arabe pensable en dehors de la langue, telle qu’elle est apparue en sa perfection avec le texte du Coran. L’intrication reste profonde dans bien des couches de populations de l’émigration. Une appréciation trop globale et par là superficielle conduit toutefois à négliger un phénomène récent et significatif : des personnes réputées musulmanes, lors de la mise en place en Belgique d’une représentation officielle du culte musulman, ont demandé par un apparent paradoxe à être reconnues comme des musulmans non religieux, voire athées. Un cas susceptible d’être rapproché de la catégorie des « chrétiens culturels », encore que le rapprochement réclame bien des nuances en raison spécialement de la force persistante de la foi religieuse en islam et de ses pratiques rituelles collectives. Une preuve parmi d’autres de l’existence d’une culture en dette par rapport à une foi religieuse et cependant capable de s’en détacher. Comme si la culture où la foi s’incarne pouvait absorber cette foi, au point de revendiquer pour elle le christianisme et peut-être l’islam. Autre chose est une dissociation carrément voulue.

Une dissociation inédite

10 La dissociation pour sa part pose une question délicate à la culture et tout autant à la foi, plus particulièrement du reste à la foi chrétienne. A la culture d’abord, parce qu’une culture spécifique qui perd son terreau nourricier perd du même coup quelque chose de sa capacité à revivifier des créations qui ont été son œuvre propre à différentes époques.

Comme l’a montré Paul Ricœur, « une tradition culturelle ne reste vivante que si elle se recrée sans cesse » [2][2]Histoire et vérité, 1950, Le Seuil, p. 296.. Il ne suffit pas de dire que des valeurs se sécularisent en s’affranchissant de leur garantie religieuse et donc en s’auto-positionnant comme ayant par elles-mêmes un caractère absolu. Pour autant qu’elles ont été inspirées par une foi et qu’elles ont émergé dans des conditions géographiques et historiques déterminées, c’est encore de la même inspiration qu’elles ont besoin pour faire surgir de nouvelles réponses culturelles. Faute de quoi ou les valeurs dériveront loin de leur inspiration originelle voire à son encontre, ou alors ce patrimoine culturel relèvera pour ainsi dire du musée, quitte à servir de temps à autre de thème à des invocations incantatoires plus spécialement pour un aspect de l’éthique tel que la justice sociale. Parler de la même inspiration n’enlève rien à la nouveauté que comporte toute création. C’est là toute la question que pose la tradition. Pour être vivante, elle est nécessairement une série de reprises créatrices.

11 A la sécularisation semblerait faire place désormais une « exculturation », selon l’expression lancée par la sociologue Danièle Hervieu-Léger [3][3]Catholicisme ? : la fin d’un monde, Bayard.. Cette exculturation ne peut être que partielle mais significative. La rupture, et donc « la mise hors-jeu », de la religion, se concrétise de façon de plus en plus claire dans le divorce entre d’une part les mœurs et les législations relatives à la sexualité et à la conception de la famille, et d’autre part les exigences éthiques professées au nom de la foi chrétienne, et tout particulièrement par le Magistère de l’Eglise catholique. Au vocabulaire de la sécularisation très largement usité, Mgr Defois, dans un ouvrage récent, L’Eglise espace d’alliance[4][4]Le Cerf, 2010, p. 176-179., préfère la « décroyance » et la « déliaison » mises en avant par les analyses de Marcel Gauchet.

La raison de cette « sourdine » apportée au constat généralisé de la sécularisation réside dans un autre constat que l’auteur résume ainsi : « La sécularisation n’est une question que pour ceux dont la mémoire est habitée des manifestations religieuses d’antan. » En d’autres termes, quoi qu’il en soit du débat autour du mot « sécularisation », nous assisterions à un effacement de la mémoire chrétienne. C’est bien l’évidence qu’année après année des traits s’estompent et que le paysage social se vide de traces chrétiennes considérées jusque-là comme un acquis indiscutable. Il est bien vrai qu’à côté des marques d’attachement que représente encore à sa manière l’existence des « chrétiens culturels », les références spontanées d’une bonne partie de l’opinion et l’organisation même de la société (par exemple en ce qui concerne le travail du dimanche) laissent paraître une occultation quasi systématique. Le pourcentage ne cessant d’augmenter de ceux qui n’ont reçu dans leur enfance aucune éducation religieuse, l’ignorance atteint des proportions inédites. Des enseignants en sont parfois stupéfaits. Comment parler des Provinciales ou des Pensées de Pascal à des jeunes qui n’ont aucune idée du vocabulaire de la grâce ? De là est né le projet d’un enseignement du fait religieux dans l’école publique. Régis Debray le distinguait nettement de la « fonction confessante » de la catéchèse. Voilà donc une situation nouvelle qui affecte la culture autant que la foi. A quoi correspond probablement l’augmentation du nombre des « sans religion », tels qu’ils sont répertoriés dans les enquêtes d’opinion. Que peut-on rejeter de façon précise lorsqu’on n’a reçu aucune initiation religieuse ? Pour être athée, il faut avoir des représentations de Dieu à combattre. Ainsi a-t-on entendu l’athéisme moderne.

12 La déconnexion de la foi et de la culture a un effet qu’on peut dire inattendu. C’est « l’autonomisation du religieux », selon l’expression d’Olivier Roy [5][5]La sainte ignorance, Le Seuil, 2008.. Le « retour du religieux », dont on parle tant, ne serait qu’une façon pour la religion en ses diverses formes de s’affirmer par rapport à une société avec laquelle il n’est plus pour ainsi dire d’alliance possible. La thèse d’Olivier Roy sur ce point supporte quelque contradiction. Ce caractère essentiellement réactif de l’affirmation religieuse n’est certainement pas la seule approche valable de l’affleurement incontestable de préoccupations religieuses ou simplement spirituelles dans un contexte de société où se raréfient singulièrement les réponses plausibles, selon le mot d’André Malraux, à « la question que la mort pose à la vie ». Il reste que ce « religieux pur », s’il venait à s’imposer comme un courant dominant, nous priverait d’une grande part de la fécondité sociale et culturelle de la foi chrétienne. Et cela serait d’autant plus grave que les chrétiens croient en un Dieu incarné dans notre histoire humaine. Une foi sans fruits culturels est-elle pensable ?

Le religieux déconnecté des territoires

13 Ce « religieux pur », Olivier Roy le voit à l’œuvre dans certaines menées islamistes dont le salafisme est l’exemple à ses yeux le plus éclatant. Il est certain que son analyse cède à une assimilation trop facile du courant évangélique à cette poussée islamiste. Ne serait-ce qu’à cause de la connotation agressive et même guerrière qui, au moins sous cette forme extrémiste, épargne généralement le milieu chrétien. Peut-il exister pour qui pense en termes chrétiens un « religieux pur » ? A tout le moins est-il possible de noter une absence systématique d’intérêt pour toute contribution au progrès social et à la production culturelle. Il est bien vrai certes que ce type de « religieux pur » n’hésite pas à faire fi de tout motif d’opportunité ou de discrétion pour afficher sans crainte une identité qui en quelque sorte se substitue à toute forme d’identité culturelle. L’apparition de ce vaste phénomène aux diverses facettes s’explique surtout par la « délocalisation du religieux » qui est elle-même une conséquence de la mondialisation. Toutes les religions ont une relation étroite à un territoire, soit par leur origine soit aussi par leur implantation ici et là, dès lors qu’elle s’accompagne d’une volonté d’insertion dans le tissu culturel local. Or la circulation des messages religieux, dans le cadre de la globalisation, détruit peu à peu ce type d’homogénéité religieuse qui a été voulue de siècle en siècle comme un objectif clairement reconnu. Les débats autour d’une mention revendiquée des « racines chrétiennes de l’Europe » s’inscrivent finalement dans cette ligne. Ceux qui l’ont refusée n’y voyaient pas nécessairement une contrevérité historique, mais probablement une trace persistante de la tendance séculaire à une homogénéité religieuse.

Louis XIV en 1685 cherchait-il autre chose que cette homogénéité en révoquant l’Edit de Nantes ? Dans un tout autre contexte historique, en dépit de l’avènement moderne de la séparation entre appartenance nationale et appartenance religieuse, que cherche encore la Russie dans sa volonté d’identification de la nation et de l’Eglise orthodoxe ? Que cherche l’Algérie lorsque les modifications récentes de la loi sur la liberté religieuse incluent des mesures restrictives destinées visiblement à contrecarrer une influence chrétienne du genre de celle qu’exercent les évangéliques ? Il est vrai que c’est la première fois, sur le territoire algérien, que se produisent en nombre significatif des passages de l’islam à la foi chrétienne. Le lien rompu par là avec un territoire réside dans le fait d’une distance, sinon d’une dissociation d’avec une culture dont les représentations et les normes demeurent en référence directe à l’islam. Si ces conversions venaient à se multiplier, ce serait le signe d’un bouleversement inédit.

Impossible « désincarnation »

14 Cette déterritorialisation des religions, dans le processus actuel de mondialisation, devrait tourner en dernier ressort au bénéfice, non seulement du droit à la liberté religieuse comme liberté civile, mais encore de l’authenticité de l’engagement personnel des croyants. Les chrétiens pour leur part ne peuvent redouter l’évolution de l’Eglise vers une communauté de « volontaires ». Le support social n’est pas de soi une entrave à la liberté. Mais force est bien d’accepter, en les appréciant à leur véritable mesure, tout à la fois les inconvénients et les chances non seulement de la mobilité des personnes, mais encore de l’entrecroisement des messages. L’Eglise en ce qui la concerne a beaucoup à gagner de cet entrecroisement.

Le christianisme, tout en étant largement minoritaire en Inde, reçoit de l’inculturation de l’Evangile dans ce vaste pays à la culture millénaire une ouverture à la dimension de contemplation, d’intériorité, de sagesse, que l’Occident a insuffisamment développée. Quant à l’islam, que ne recevrait-il pas, en fait de sens de la personne et de sa liberté inaliénable, à travers un ancrage réfléchi dans l’aire culturelle qu’est l’Europe ? Le danger du syncrétisme religieux est bien connu. Reste que la question principale, en tout cas celle que les chrétiens ne sauraient éluder, tient à l’impossibilité d’un « religieux pur ». D’abord parce que, même vécu comme « contre-culture », il est inévitable que l’Evangile, s’il est inséparable d’une manière d’être homme, et de vivre les rapports humains, se donne un style de vie collectif et donc un visage social. Ensuite, parce que tous les griefs possibles contre les manières de penser et de vivre d’une société donnée n’empêcheront jamais que par fidélité à la Bonne Nouvelle de l’Incarnation la communauté chrétienne se doive, là où elle est présente, d’assumer une culture en œuvrant à sa transformation. C’est pourquoi toute qualification de contre-culture, au nom de l’Evangile, pour la résistance à des modes de penser et des modes de vie, prête gravement à équivoque. Certains prétendent que, face à l’état de nos sociétés développées, l’évangélisation ne sera possible désormais que si elle passe par la ferme volonté d’une contre-culture.

L’ouvrage de Jean-Pierre Denis, Pourquoi le christianisme fait scandale[6][6]Le Seuil, 2010. prône ouvertement la nécessité pour les chrétiens de se positionner en termes de contre-culture. Certes, il prend soin de répudier la tentation des clôtures intégristes et de ce qu’il appelle le « dogmatisme hautain ». Mais le terme « contre-culture » n’est pas innocent. Il oriente trop facilement vers la vision d’un certain « monde chrétien » qui serait un monde à part, et non pas d’abord cette part d’humanité qui a vocation, au milieu de tous, à signifier la proximité de Dieu.

15 Il y a eu certes des époques où ont vu le jour des tentatives de contre-culture, voire de contre-société. Ce fut le cas d’un certain catholicisme du xixe siècle, que des historiens ont qualifié de « contre-société catholique ». Ce n’était rien d’autre en définitive qu’une fidélité obsessionnelle à des formes culturelles du passé monarchique, et donc la manifestation d’une option politico-religieuse. En dernier ressort, il s’agissait d’une incompatibilité, aux yeux de ces penseurs et hommes politiques, entre la doctrine de l’Eglise et le nouvel état de la culture. Encore faut-il remarquer qu’ils ne remettaient nullement en cause le principe du lien de l’Evangile avec la culture. Sans doute parce qu’ils savaient que l’Evangile ne pourrait accepter cette « désincarnation ». La contre-culture n’est pas, à bien des égards, une voie pertinente. Le « religieux pur » d’un certain fondamentalisme l’est encore moins.

Notes

  • [1]
    Encyclique Redemptoris missio, n° 52.
  • [2]
    Histoire et vérité, 1950, Le Seuil, p. 296.
  • [3]
    Catholicisme ? : la fin d’un monde, Bayard.
  • [4]
    Le Cerf, 2010, p. 176-179.
  • [5]
    La sainte ignorance, Le Seuil, 2008.
  • [6]
    Le Seuil, 2010.

Mis en ligne sur Cairn.info le 28/11/2010

https://doi.org/10.3917/etu.4136.0643

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2.
Pour un dialogue mondial entre traditions philosophiques Par Enrique Dussel

Dossier 2009 : Philosophie de la libération et tournant décolonial - p. 111-127 - https://doi.org/10.4000/cal.1619 - Index | Plan | Notes de la rédaction | Texte | Bibliographie | Notes | Citation | Cité par | Auteur

Sous l’égide des Cahiers des Amériques latines - OpenEdition Journals -Entrées d’index :

Mots-clés : universalisme, eurocentrisme, dialogue inter-philosophique - Keywords : universality, eurocentrism, inter-philosophical dialogue

Palabras claves : universalidad, eurocentrismo, dialogo inter-filosofico

Plan :

Les noyaux problématiques universels

Le développement rationnel des récits mythiques

Le développement rationnel des discours avec des catégories philosophiques

L’hégémonie à prétention universelle de la philosophie moderne européenne

Universalité philosophique et particularité culturelle

Le nouveau dialogue entre traditions philosophiques

Dialogue interphilosophique mondial vers un ‘plurivers-transmoderne’

Notes de la rédaction - Cet article correspond à la communication présentée lors du XXII World Congress of Philosophy (Seoul, Corée) le 2 août 2008, au sein de la III Sesión plenaria sur : « Repenser l’Histoire de la Philosophie et la Philosophie Comparative ».

Texte intégral : PDF 202k

1 Nous allons essayer de réfléchir à un sujet qui, je crois, occupera une bonne partie du xxie siècle : l’acceptation par chacune des traditions régionales philosophiques de la planète (européenne, nord-américaine, chinoise, hindoue, arabe, africaine, latino-américaine, etc.) du sens, de la valeur et de l’histoire de chacune d’entre elles. Pour la première fois dans l’histoire de la philosophie, différentes traditions entameraient un dialogue authentique et symétrique grâce auquel elles découvriraient de nombreux aspects méconnus ou plus développés dans d’autres traditions. Ce processus d’enrichissement philosophique mutuel exige de se situer éthiquement et de reconnaître toutes les communautés philosophiques des autres traditions comme ayant des droits égaux d’argumentation. Ce processus pourrait ainsi dépasser l’eurocentrisme moderne – aujourd’hui dominant – qui non seulement est stérile, mais, de plus, empêche toute découverte importante d’autres traditions.

Les noyaux problématiques universels

2 Nous nommerons « noyaux problématiques universels » l’ensemble des questions fondamentales (c’est-à-dire ontologiques) que l’homo sapiens a dû se poser lors de sa maturité spécifique. Grâce à son développement cérébral avec ses capacités de conscience et d’auto-conscience, grâce à son développement linguistique, éthique (responsabilité de ses actes) et social, l’être humain a affronté la totalité du réel pour pouvoir le manier afin de reproduire et de développer la vie humaine en société. La confusion face aux possibles causes des phénomènes naturels qu’il devait affronter ainsi que l’imprévisibilité de ses propres impulsions et comportements, l’ont conduit à poser des questions autour de quelques « noyaux problématiques » comme : que sont et comment se comportent les choses réelles dans leur totalité, des phénomènes astronomiques à la simple chute d’une pierre ou à la production artificielle du feu ? En quoi consiste le mystère de sa propre subjectivité, du moi, de l’intériorité humaine ? Comment peut-on penser le fait de la spontanéité humaine, la liberté, le monde éthique et social ? Enfin, comment peut-on interpréter le fondement ultime de tout le réel, de l’univers ? Ce qui soulève la question ontologique de : « pourquoi l’être plutôt que rien ? ». Ces « noyaux problématiques » ont dû inévitablement apparaître et questionner tous les groupes humains depuis le plus ancien paléolithique. Il s’agit de « noyaux problématiques » rationnels ou questionnements – parmi beaucoup d’autres – sur les « pourquoi » universels, auxquels ne peut échapper aucune tradition.

3 Le contenu et les modalités des réponses à ces « noyaux problématiques » déclenchent des développements très divers de récits rationnels – comprenant par rationnels le fait simplement de « donner des raisons » ou un fondement. Ces derniers essayent d’interpréter ou d’expliquer les phénomènes, c’est-à-dire ce qui « apparaît » au niveau de chacun de ces « noyaux problématiques ».

Le développement rationnel des récits mythiques

4 L’humanité a toujours et inévitablement exposé de manière linguistique – peu importe son degré de développement dans ses diverses composantes – des réponses rationnelles (c’est-à-dire fondées et non encore réfutées) à ces noyaux problématiques à travers un processus de « création de mythes » (une mito-poiésis). L’élaboration de mythes a été le premier mode rationnel d’interprétation ou d’explication de l’environnement réel (du monde, de la subjectivité, de l’horizon pratique éthique ou de la référence ultime de la réalité qui a été décrite de manière symbolique).

5 Les mythes ou récits symboliques ne sont pas irrationnels et ne se réfèrent pas seulement à des phénomènes singuliers. Ce sont des énoncés symboliques, et de ce fait à « double sens », qui exigent pour leur compréhension tout un processus herméneutique qui découvre les raisons. En ce sens, ils sont rationnels et possèdent des significations universelles (car ils se réfèrent à des situations susceptibles d’être répétées dans toutes les circonstances) et construits sur la base des concepts (des catégorisations de cartes cérébrales qui incluent des millions de groupes neuronaux, au travers desquelles s’unifient, dans leur signification, les multiples phénomènes empiriques et singuliers qu’affronte l’être humain).

6 Les nombreux mythes (ordonnés autour des noyaux problématiques indiqués) sont gardés dans la mémoire collective – au début grâce à la tradition orale, puis à partir du iiie millénaire avant J.C., à travers des textes écrits où les mythes seront collectés, découpés et interprétés par des communautés de savants qui s’étonnent face au réel. « Or apercevoir une difficulté et s’étonner, c’est reconnaître sa propre ignorance. C’est pourquoi l’ami des mythes (philomuthos) est en quelque manière l’ami de la sagesse (philosophe) », d’après l’expression d’Aristote [Métaphysique I, 2 ; 982 b 17-18]. Ainsi sont nées les « traditions » mythiques qui ont donné aux peuples une explication avec des raisons aux questions les plus ardues qui agaçaient l’humanité – ce que nous avons nommé « noyaux problématiques ». Les peuples apparemment les plus pauvres et les plus simples sur le plan matériel – comme le cas des Tupinamba au Brésil, qui ont fait l’objet de nombreuses études de Lévi-Strauss – ont accompli leurs fonctions à tous les moments de leurs vies, grâce au sens facilité par leurs très nombreux mythes.

7 Selon Paul Ricœur, les cultures ont un « noyau éthico-mythique » [Ricœur, 1964, p. 274-288] c’est-à-dire, une « vision du monde » (Weltanschauung) qui interprète les moments significatifs de l’existence humaine et qui les guide éthiquement. En outre, certaines sociétés (comme les sociétés chinoise, hindoustanie, mésopotamienne, égyptienne, aztèque, arabe, hellénique, romaine, russe, inca, etc.) ont atteint grâce à leur pouvoir politique, économique et militaire une extension géopolitique importante. Or ces cultures avec une certaine universalité ont superposé leurs structures mythiques à celles de leurs subalternes. Cette domination culturelle a maintes fois été constatée au cours de l’histoire.

8 Dans ces chocs culturels, certains mythes ont subsisté dans les étapes postérieures (et ils ne s’évanouissent pas davantage à l’âge des discours catégoriels philosophiques et de la science moderne). Les mythes ne disparaîtront jamais dans leur ensemble car certains ont encore du sens, comme le note à juste titre Ernst Bloch dans son ouvrage Le principe espérance [Bloch, 1959].

Le développement rationnel des discours avec des catégories philosophiques

9 En ce qui concerne le passage du mythe au logos (en donnant à la langue grecque, dans cet exemple, une primauté que nous allons immédiatement remettre en question), nous avons été habitués à penser qu’il s’agissait d’un saut de l’irrationnel au rationnel  ; de l’empirique concret à l’universel, du sensible au conceptuel. Cela est faux. Ce passage est celui d’un récit avec un certain degré de rationalité à un autre discours avec un degré différent de rationalité. Il s’agit d’un progrès en ce qui concerne la précision univoque, la clarté sémantique, la simplicité, la force conclusive de l’argumentation, mais aussi d’une perte de tous les sens du symbole qui peuvent être herméneutiquement redécouverts à des moments et dans des lieux divers (caractéristique propre aux récits rationnels mythiques). Les mythes prométhéique et adamique [Ricœur, 1963] pour ne citer que ces deux-là ont encore une signification éthique de nos jours.

10 Par conséquent, le discours rationnel univoque ou avec des catégories philosophiques – ce discours peut, d’une certaine manière, définir son contenu conceptuel sans avoir recours au symbole (comme le mythe) – gagne en précision, mais perd en suggestion de sens. Il s’agit d’un progrès de civilisation important grâce auquel s’ouvre la possibilité d’effectuer des actes d’abstraction, d’analyse, de séparation des contenus sémantiques de la chose ou du phénomène observé, du discours, ainsi que dans la description et l’explication précises de la réalité empirique, qui permettent à l’observateur une gestion plus efficace dans la reproduction et le développement de la vie humaine en communauté.

11 La simple sagesse (si on comprend par sagesse le fait de pouvoir exposer de manière ordonnée les divers composants des réponses aux noyaux problématiques indiqués) a alors constitué un « métier » social différencié. Dans une sociologie de la philosophie, les communautés de philosophes forment un groupe différencié de celui des prêtres, des artistes, des politiciens, etc. Les membres de ces communautés de savants, ritualisés, en constituant des « écoles de vie » strictement disciplinées (du calmecac aztèque à l’académie athénienne ou aux savants de la ville de Memphis dans l’Égypte du IIIe millénaire avant J. C.), ont été nommés « amis de la sagesse » (philo-sóphoi) chez les Grecs. Dans un sens historique, les « amis des mythes » étaient également et strictement, « amis de la sagesse ». Pour cette raison, ceux qui plus tard ont été nommés philosophes devraient plutôt être dénommés philo-logues – si on comprend par lógos le discours rationnel avec des catégories philosophiques qui n’a recours aux récits symboliques et mythiques que de manière exceptionnelle et en guise d’exemple, pour exercer sur eux une herméneutique philosophique.

12 Nous trouvons dans toutes les grandes cultures urbaines du néolithique, ce passage de l’expression rationnelle mythique à la signification univoque du logos épuré du symbole pour sémantiquement donner à certains termes ou mots une signification univoque, définissable, avec un contenu conceptuel fruit d’une élaboration méthodique, analytique, qui peut aller du tout aux parties pour fixer une signification précise. Le récit avec des catégories philosophiques est ainsi apparu en Inde (postérieur aux Upanishads), en Chine (à partir du Livre des Mutations ou I Ching), en Perse, en Mésopotamie, en Égypte (avec des textes comme celui de la « philosophie des Memphis »), en Méditerranée orientale entre Phéniciens et Grecs, en Méso-Amérique (Mayas et Aztèques), dans l’Empire Inca, etc.

13 Ainsi, parmi les Aztèques Quetzal-coatl était l’expression symbolique d’un dieu duel original (« Queztal » est la plume d’un bel oiseau tropical qui signifiait la divinité, et « coatl » indique le frère jumeau ou égal : le « deux ») que les tlamatinime (« ceux qui connaissent les choses », que B. Sahagún appelait « philosophes » [Dussel, 1995]) en renonçant au symbole, dénommaient Ometeotl (de ome : deux ; teotl : le divin). Cette dernière dénomination indique l’« origine duelle » de l’univers (face à l’origine unitaire du to én : l’Un de Platon ou de Plotin, par exemple). Cela marque le passage de la rationalité symbolique à la rationalité de la catégorisation conceptuelle philosophique parmi les Aztèques, en la personne historique de Nezahuálcoyotl (1402-1472).

14 Certains, comme Raúl Fornet-Betancourt en Amérique latine [Fornet-Betancourt, 2004], affirment, sans vraiment spécifier ce qu’est la philosophie, qu’il y a eu une pratique de la philosophie en Amérinde (avant l’invasion européenne de 1492) ou en Afrique. L’attaque contre l’ethnophilosophie, lancée par l’Africain Paulin Hountondji [Hountondji, 1977] en réponse à l’œuvre de Placide Tempel, La philosophie Bantue [Tempel, 1949 ; Leon-Portilla, 1979], signale justement le besoin de mieux définir ce qu’est la philosophie (afin de la distinguer du mythe).

15 Si nous lisons attentivement les premiers énoncés du Tao Te-king (o Dao de jing) du légendaire Lao-tze, nous nous trouvons face à un texte qui utilise des catégories philosophiques, éloignées de tout récit mythique : « Le tao qui peut être énoncé, n’est pas celui qui fut de tout temps […] Avant les temps fut le tao ineffable, innommable » [Wieger, 1950, p. 18]. Plus personne ne peut ignorer la densité argumentative et rationnelle de la philosophie de K’ung Fu-Tsu (Confucius) (551-479 avant J. C.) [Confucius, Slingerland, 2003]. Le développement philosophique toujours argumenté, jusqu’à l’excès, de Mo-Tzu (479-380 avant J. C.) – qui critiqua les implications sociales, politiques et éthiques de la pensée de Confucius en affirmant un universalisme aux fortes implications politiques et qui exprima son scepticisme envers les rituels et une organisation et une « école » excessivement formalisées – ne peut pas ne pas être considéré comme l’un des piliers de la philosophie chinoise qui précéda la grande synthèse confucianiste de Meng Tzu (Mencius) (390-305 avant J. C.) [Bary, Bloom, 2003, p. 66 sq., p. 114 sq.  ; Collins, 2000, p. 137 sq., p. 272 sq.]. Cette philosophie a traversé 2 500 ans, chaque siècle ayant ses figures classiques reconnues. Elle reste même créative pendant la Modernité européenne – avec Wang Yang-ming (1472-1529), qui développe la tradition néoconfucianiste qui non seulement a influencé Mao Tse-tung mais a également eu en Chine une fonction similaire à celle du calvinisme à l’origine du capitalisme actuel, etc., ou avec Huang Tsung-hsi (1610-1695), grand rénovateur de la philosophie politique.

  • 1 Sur le Japón, voir Collins, 2000, p.322 sq.
    16 De la même manière, les philosophies hindoustanies se sont organisées autour des noyaux problématiques philosophiquement exprimés [Embree, 1988 ; Collins, 2000, p. 177]1. Nous lisons dans Chandogya Upanishad :

« Au commencement mon cher, ce monde fut seulement Être (sat), seulement un, sans un second. Certains pensent : au commencement, vraiment, le monde fut seulement « Non-être » (asat), seulement un, sans un second ; du Non-être surgit l’Être. Mais je pense, mon cher, « comment cela a-t-il pu être ? » Comment l’Être a-t-il pu émerger du Non-être ? Au contraire, mon cher, au commencement du monde, seul fut l’Être » [Embree, 2000, 6. 12-14, p. 37].

17 Ne serait-ce donc pas de la philosophie ? Seuls Parménide ou Héraclite seraient-ils dignes d’être appelés philosophes ? Quel serait alors le critère de démarcation entre le texte cité et ceux des Présocratiques ?

18 Dans l’hindouisme, le concept de Brahman fait référence à la totalité de l’univers ; l’atman à la subjectivité ; le karma à l’action humaine ; le moksha à la relation de l’atman avec le Brahman. Depuis le ve siècle avant J. C., un discours catégoriel philosophique est construit à partir de ces « noyaux ». Avec Sankara (788-820 après J. C.), la philosophie indienne atteint un développement classique qui sera prolongé jusqu’à nos jours. En ce qui concerne la philosophie bouddhiste, à partir de Siddhartha Gautama (563-483 avant J. C.) elle refuse les concepts de Brahman et d’atman, car la totalité de l’univers est un éternel devenir interconnecté (patitya samatpada). Cette philosophie nie encore plus clairement les traditions mythiques (comme celle des Vedas) et construit un récit strictement rationnel (ce qui n’implique pas qu’elle soit exempte de moments mythiques comme l’ensomatosis ou l’incorporation successive de l’âme). En ce qui concerne le Jaïnisme, dont le premier représentant fut Vardhamana Mahvira (599-527 avant J. C.), il définit la Tattvartha Sutra (« non-violence », non-possession, non-détermination) à partir d’un vitalisme universel de grande importance face au problème écologique actuel.

19 Ainsi, nous voulons indiquer clairement que la philosophie n’est pas seulement ni premièrement née en Grèce (dans le temps) et qu’elle ne peut être considérée comme le prototype du discours philosophique (pour son contenu). De là l’erreur de certains qui, au lieu de décrire les critères de démarcation entre le mythe et le discours catégoriel philosophique, tendent à considérer la philosophie grecque comme la définition même de la philosophie en tant que telle. C’est confondre la partie avec le tout : un cas particulier n’inclut pas la définition universelle. Nous ne nions pas que la philosophie grecque ait été un exemple parmi l’ensemble de philosophies que l’humanité a produites. Elle s’est trouvée historiquement perpétuée dans les philosophies de l’Empire romain qui, pour leur part, ont ouvert un horizon culturel au Moyen Âge européen latino-germanique, qui finalement s’est accompli dans la tradition de la philosophie européenne. Une philosophie qui fonde le phénomène de la modernité depuis l’invasion de l’Amérique en 1492, l’installation du colonialisme et du capitalisme et qui, grâce à la Révolution industrielle dès la fin du xviiie siècle (il y a seulement deux siècles), est devenue la civilisation centrale et dominatrice du système-monde jusqu’au xxie siècle. Or cette confusion a induit un phénomène d’occultation et de distorsion dans l’interprétation de l’histoire (que nous allons nommer héllénocentrique et eurocentrique) qui empêchera d’avoir une vision mondiale de ce qui a vraiment eu lieu dans l’histoire de la philosophie. Si nous n’élucidons pas ces questions à travers un dialogue actuel entre les traditions philosophiques non-occidentales et la philosophie européo-nord-américaine, le développement de la philosophie empruntera un chemin sans issue. Je dis cela spécialement en tant que Latino-Américain. Ce pourquoi la réflexion de E. Husserl (reprise par M. Heidegger et, en général, en Europe et aux États-Unis) semble ingénue :

  • 2 Correspondant au § 73 of Die Krisis der europäischen Wissenschaften, Haag, Nijhoff, 1962, Husserli (...)
    « Ainsi la philosophie […] n’est rien d’autre que la ratio dans le constant mouvement de son autoclarification, commencé dès la première irruption de la philosophie dans l’humanité […] L’image qui caractérise la philosophie, à son stade originel, est donnée par la philosophie grecque, avec la première explication à travers la conception cognitive de tout ce qui « est » en tant qu’universum (des Seienden als Universum) » [Husserl, 1970, p. 338-339]2.

20 En Amérique latine, David Sobrevilla défend cette même position :

21 « Nous pensons qu’il existe un certain consensus sur l’origine de l’homme et de l’activité philosophique en Grèce et non en Orient. En ce sens Hegel et Heidegger semblent avoir raison face à un penseur comme Jaspers qui postule l’existence de trois grandes traditions philosophiques : celle de la Chine, de l’Inde et de la Grèce » [Sobrevilla, 1999, p. 74].

  • 3 Les 792 termes analysés, en 496 pages de grand format, nous donnent une idée de la « précision ter (...)
    22 Les philosophies de l’Orient seraient ainsi des philosophies au sens large ; celle de la Grèce, au sens strict. Il s’agit de la confusion de l’origine de la philosophie européenne (qui peut avoir son origine en partie en Grèce) avec l’origine de la philosophie mondiale. De plus, on pense que le processus a suivi de manière linéaire la séquence « philosophie grecque, médiévale latine et moderne européenne ». Mais le périple historique réel a été très différent. La philosophie grecque a été cultivée postérieurement principalement par l’Empire byzantin. La philosophie arabe a été l’héritière de la philosophie byzantine, spécialement dans sa tradition aristotélicienne. Cela a exigé la création d’une langue philosophique arabe au sens strict [Goichon, 1938]3. L’aristotélisme latin à Paris, par exemple, a son origine dans les textes grecs et les commentateurs arabes traduits à Tolède (par des spécialistes arabes). Ces textes grecs utilisés et les commentaires créés par la « philosophie occidentale » arabe (du Califat de Cordou en Espagne) continuent la tradition « orientale » venue du Caire, de Bagdad ou de Samarcande. Cette tradition rend aux Européens latino-germaniques l’héritage grec profondément reconstruit à partir d’une tradition sémite (comme l’arabe). Ibn Ruchd (Averroès) est à l’origine de la renaissance philosophique européenne du xiiie siècle.

23 En conséquence, la philosophie existe dans toutes les grandes cultures de l’humanité, avec des différences de style et de développement, mais elles produisent toutes (certaines de manière sommaire et d’autres avec une haute précision) une structure catégorielle conceptuelle qui doit être appelée philosophique.

  • 4 Sur Bartolomé de Las Casas et les sacrifices humains, voir Dussel, 2007, vol. 1, p. 203 et suiv.
    24 Le discours philosophique ne détruit pas le mythe, même s’il nie effectivement ceux qui ont perdu la capacité de résister à l’argument empirique de ce discours. Ainsi par exemple, les mythes de Tlacaelel parmi les Aztèques – qui justifiaient les sacrifices humains – pour lesquels il y avait de bonnes raisons4, ont complètement disparu une fois leur impossibilité et leur inefficacité démontrées.

25 Par ailleurs, des éléments mythiques se mêlent aux discours, même chez les grands philosophes. Par exemple, I. Kant argumente dans la « Dialectique transcendantale » de sa Critique de la raison pratique en faveur de l’« immortalité de l’âme » afin de résoudre la question du « bien suprême » (car le bonheur mérité dans cette vie terrestre sera reçu après la mort). Mais une telle « âme » – et encore plus, son immortalité – nous montre la permanence d’éléments mythiques hindoustaniques de la pensée grecque qui contamina le monde romain, médiéval chrétien et moderne européen. Les prétendues démonstrations philosophiques sont, dans ces cas, tautologiques et non rationnellement démontrées à partir de donnés empiriques. Il y aurait ainsi une présence inaperçue (et indue) d’éléments mythiques, même dans les meilleures philosophies, qu’on pourrait nommer idéologies non intentionnelles.

26 En revanche, le « mythe adamique » de la tradition sémite-hébraïque, qui démontre que la liberté humaine est l’origine du « mal » – et non une divinité comme dans le mythe mésopotamien de Gilgamesh – est un récit mythique qui peut être interprété avec un sens nouveau de nos jours et qui résiste ainsi à la rationalité de l’âge du logos [Ricœur, 1963]. De même en ce qui concerne le récit épique des esclaves libérés de l’Égypte avec un certain Moïse, récit récupéré par E. Bloch dans son œuvre déjà citée [Bloch, 1959].

L’hégémonie à prétention universelle de la philosophie moderne européenne

  • 5 Nous pensons que cette origine se situe en 1514, par la présence critique-philosophique de Bartolo (...)
    27 À partir de 1492, l’Europe conquiert l’Atlantique – centre géopolitique qui remplace la Méditerranée, la « Mer Arabe » (l’océan Indien) et la « Mer de Chine » (le Pacifique) – et organise un monde colonial (du xve au xviiie siècle presque exclusivement américain). Le développement d’une civilisation capitaliste permet à la philosophie latino-médiévale de devenir la philosophie moderne européenne5 qui, bien qu’étant une philosophie régionale, singulière, [a eu] la prétention d’être la philosophie tout court. Cette domination, nous pourrions dire hégémonie car elle a été acceptée par des communautés philosophiques périphériques ou coloniales dominées, donne à la philosophie moderne européenne un développement unique et réellement novateur comme aucune autre philosophie dans le monde à cette époque.

28 L’expansion coloniale moderne – grâce à l’ouverture sur l’Atlantique du Portugal en Afrique puis sur l’océan Indien (qui dépassa alors le « mur » de l’Empire ottoman), et de l’Espagne vers les Caraïbes et l’Amérique – assiège le monde islamique et paralyse son développement civilisationnel (et donc, philosophique), à partir de la fin du xve siècle. La philosophie arabe classique ne peut pas surmonter la crise du califat de Bagdad et déchoit de manière définitive. La présence de l’Empire mongol détruit également la possibilité d’un nouveau développement des philosophies bouddhistes et vedanta au xvie siècle. En outre, la Chine commence à sentir à partir du xviiie siècle, l’absence de révolution industrielle interne – comme l’a fait la Grande-Bretagne [Pommeranz, 2000]. De même, sa production philosophique diminue à partir de la fin du xviiie siècle. En Amérique latine, le processus de la conquête espagnole détruit l’ensemble des ressources théoriques des grandes cultures amérindiennes. Les colonies espagnoles et lusitaniennes ne parvinrent pas non plus à atteindre des réussites semblables à celles de la scolastique de la Renaissance du xvie siècle. Elles n’ont pas non plus atteint une grande créativité à travers la scolastique baroque. En ce sens, la centralité dominatrice du Nord de l’Europe en tant que puissance militaire, politique et culturelle a pu développer sa philosophie après le Moyen Âge (à partir de xve siècle avec Nicolas de Cusa et la Renaissance italienne, grâce aussi à la présence des Byzantins expulsés par les Ottomans de Constantinople en 1453). Face à la disparition ou à la crise des autres grandes philosophies régionales, elle a prétendu élever sa particularité philosophique au rang d’universalité.

29 La philosophie moderne européenne apparaît à ses propres yeux – et aux yeux des communautés d’intellectuels d’un monde colonial en extrême prostration, paralysé du point de vue philosophique – comme la philosophie universelle. Située géopolitiquement, économiquement et culturellement au centre, elle manipule depuis cet espace privilégié l’information de toutes les cultures périphériques. Ces cultures périphériques, liées au centre et déconnectées entre elles l’unique relation existante a été celle entre le Sud colonial et le Nord métropolitain européen, sans connexion Sud-Sud) cultivent alors un mépris croissant pour ce qui leur est propre, à travers l’oubli de leurs propres traditions et en confondant le haut développement de la révolution industrielle en Europe avec la vérité universelle de leur discours, tant de leurs contenus que de leurs méthodes. Cela permet à Hegel d’écrire que : « L’Histoire universelle va de l’Est à l’Ouest car l’Europe est véritablement le terme et l’Asie le commencement de cette histoire » [Hegel, 1830, p. 243 ; version anglaise, p. 197]. Ou encore que : « La Mer Méditerranée est l’axe de l’Histoire universelle » [Hegel, 1830, p. 210 ; version anglaise : p. 171 ; Hegel, 1970, p. 413 ; Hegel, 1900, p. 341].

30 De même, certains récits mythiques européens ont été pris comme le contenu prétendument universel de la pure rationalité de la philosophie européenne. Hegel lui-même écrit que « l’Esprit germanique est l’Esprit du monde nouveau [de la Modernité], dont le but est la réalisation de la vérité absolue » [Hegel, 1970, p. 413 ; Hegel, 1900, p. 341], sans remarquer que cet « Esprit » est régional (européen chrétien, et non taoïste, vedanta, bouddhiste ou arabe, par exemple). Cet Esprit n’est pas mondial, son contenu n’exprime pas la problématique des autres cultures. C’est pourquoi ce discours philosophique n’est pas universel et inclut de nombreux éléments mythiques. Dans la rationalité philosophique stricte universelle, que signifie l’« Esprit du christianisme » ? Pourquoi pas l’« Esprit du taoïsme », du bouddhisme ou du confucianisme ? Cet « esprit » a du sens pour ceux qui habitent l’horizon d’une culture régionale (comme l’Europe) mais il n’est pas un contenu rationnel philosophique, ayant une base empirique et une validité universelle (comme le prétendait la philosophie moderne européenne).

31 L’eurocentrisme philosophique qui prétend être universel est en réalité une philosophie particulière qui, sur plusieurs aspects, peut être subsumée par d’autres traditions. Certes, toute culture est ethnocentrique, mais la culture européenne moderne a été la première dont l’ethnocentrisme a été mondial, ayant comme horizon le World-System – selon les termes d’I. Wallerstein [1980-1989]. Cependant, cette prétention prend fin quand les philosophes du Sud prennent conscience de la valeur située de leurs traditions philosophiques.

Universalité philosophique et particularité culturelle

32 Il existe un niveau dans lequel le discours philosophique prend en compte les « noyaux problématiques » fondamentaux. Le discours peut alors aborder des réponses à validité universelle, c’est-à-dire comme étant un apport qui peut être discuté par les autres cultures puisqu’il s’agit d’un problème humain et en tant que tel, universel. L’essai, par exemple de K.-O. Apel [Apel, 1973] – pour définir les conditions universelles de validité d’un discours argumentatif, découvre que pour qu’une telle validité soit possible, il est nécessaire de donner à l’autre argumentant des possibilités symétriques de participer à la discussion. Le cas échéant, la conclusion de la discussion ne sera pas valide pour celui qui n’a pas pu participer avec des conditions égales. Il s’agit d’un principe éthique-épistémologique formel (sans contenu spécifique à une culture donnée) qui peut être accepté comme une réussite et être problématisé par les autres cultures. De même, il existe des conditions historico‑matérielles (qui font référence à l’affirmation et à la croissance de la vie humaine) qui sont universellement nécessaires pour l’existence humaine (par exemple, économiques). Comme nous sommes des sujets corporels vivants (comme l’a proposé Karl Marx), ces conditions historico-matérielles semblent être universellement valides pour toutes les cultures. L’universalité formelle abstraite de certains énoncés ou principes – qui peuvent être utilisés de manière différente au niveau matériel par chaque culture – ne nie pas qu’ils puissent être des « ponts » qui permettent la discussion entre les différentes traditions philosophiques. Cette métaphilosophie est un produit de toute l’humanité (même si elle naît dans une culture spécifique, dans une tradition, à une époque précise). Elle s’est davantage épanouie que d’autres mais toutes les autres traditions peuvent apprendre à partir de leurs propres présupposés historiques. Par exemple, à Bagdad au xe siècle, il y a eu d’importantes avancées en mathématique, ce qui a immédiatement provoqué le développement de la philosophie aristotélico-arabe comme une réussite utile pour d’autres traditions. Une philosophie absolument postconventionnelle est impossible (sans aucune relation à une culture concrète) et toutes les philosophies situées inévitablement dans une culture quelconque peuvent cependant dialoguer avec les autres à travers des « noyaux problématiques » communs et apporter des réponses sous forme de discours catégoriels philosophiques qui, en tant qu’humains, sont universels.

Le nouveau dialogue entre traditions philosophiques

33 On a trop insisté sur la fonction universelle qu’a eue la philosophie moderne européenne, de sorte que cela a occulté les grandes découvertes d’autres traditions philosophiques. Aussi devons-nous, en ce début de xxie siècle, inaugurer un dialogue interphilosophique.

34 Premièrement, nous devons entamer le dialogue du Nord avec le Sud car cette coordonnée nous rappelle la présence toujours actuelle (après cinq siècles) du phénomène du colonialisme ; colonialisme économique et politique, mais aussi culturel et philosophique. Les communautés philosophiques des pays postcoloniaux (ainsi que leurs problèmes et leurs réponses philosophiques) ne sont pas acceptées par les communautés hégémoniques métropolitaines.

35 Deuxième point tout aussi important, il est nécessaire de commencer de manière sérieuse et permanente un dialogue du Sud avec le Sud afin de définir l’agenda des problèmes philosophiques les plus urgents : en Afrique, Asie, Amérique latine ou Europe orientale. Les règles d’un tel dialogue doivent être formulées patiemment.

36 Il est également nécessaire de commencer à éduquer les futures générations, comme un travail pédagogique propédeutique, à un plus grand respect des autres traditions philosophiques, ce qui implique une plus grande connaissance de ces philosophies. Par exemple, au premier trimestre du cours d’Histoire de la philosophie des études universitaires de philosophie, on devrait commencer l’étude par les « premiers grands philosophes de l’humanité », où l’on exposerait les philosophes qui ont produit les catégories fondamentales philosophiques en Égypte (Africains), Mésopotamie (y compris les prophètes d’Israël), Grèce, Inde, Chine, Méso-Amérique ou parmi les Incas. Au deuxième trimestre, on étudierait les « grandes ontologies », y compris le taoïsme, le confucianisme, l’hindouisme, le bouddhisme, les philosophes grecs (comme Platon, Aristote, Plotin), les Romains, etc. Au troisième trimestre, on devrait exposer le développement philosophique postérieur chinois (depuis l’Empire des Han), les philosophies bouddhistes postérieures ainsi que jaïniste ou vedanta en Inde, la philosophie byzantine chrétienne et arabe, et la philosophie latine européenne médiévale. Et ainsi de suite. Une nouvelle génération penserait philosophiquement depuis un horizon mondial. On devrait faire de même pour les cours d’éthique, de politique, d’ontologie, d’anthropologie et même de logique : ne devrait-on pas avoir également des notions de logique bouddhiste, par exemple ?

37 Par ailleurs, les philosophes devraient se demander si l’on a traité dans d’autres traditions philosophiques (non seulement européennes ou nord-américaines) des questions ignorées par leur propre tradition, bien qu’elles aient été exposées avec des styles différents, des perspectives différentes, et où l’on puisse découvrir de nouveaux développements étant donné les conditions particulières du contexte géopolitique de ces philosophies.

  • 6 En quoi consiste l’Occident ? S’il s’agit seulement de l’Europe occidentale, qu’en est-il de la Ru (...)
    38 Il ne doit pas seulement y avoir un dialogue entre l’Orient (un concept ambigu depuis la disqualification d’Edward Saïd) et l’Occident (également confus) 6 car dans ce cas-là l’Afrique, l’Amérique latine et d’autres régions seraient exclues. Une reformulation complète de l’histoire de la philosophie est nécessaire afin de se préparer à un tel dialogue. L’œuvre pionnière du sociologue Randall Collins World Philosophy [Collins, 2000], signale nombre d’aspects remarquables qui doivent être pris en considération. Du point de vue pédagogique, cette œuvre compare dans la géographie (l’espace) et à travers les siècles (le temps), les grandes philosophies chinoises, hindoustanies, arabes, européennes, nord-américaines, africaines (bien qu’il n’y ait pas une seule ligne consacrée aux 500 ans de philosophie latino‑américaine, et encore moins aux philosophies naissantes des cultu­res urbaines d’avant la conquête), et les classe par génération (distinguant des philosophes de premier, second et troisième ordre, une tâche réellement difficile mais bien utile). L’auteur est sociologue mais l’ouvrage donne à penser aux philosophes.

Dialogue interphilosophique mondial vers un plurivers transmoderne

  • 7 Ville qui, au xiiie siècle, comptait 300 000 habitants et où, entre autres, vint étudier et enseig (...)
    39 Après une longue crise, les philosophies d’autres régions (la Chine, l’Inde, les pays arabes, l’Amérique latine, l’Afrique, etc.) ont commencé à récupérer le sens de leur propre histoire, ensevelie par l’ouragan de la modernité. Prenons comme exemple un philosophe arabe d’une prestigieuse ville universitaire extrêmement célèbre depuis plus de mille ans. Il s’agit de Mohammed Abed Al-Jabri de l’université de Fès (Maroc)7.

40a) Dans un premier temps, dans ses œuvres Critique de la raison arabe [Al-Jabri, 1982] et L’héritage philosophique arabe. Alfarabi, Avicenne, Avempace, Averroès, Ibn Khaldoun [Al‑Jabri, 2001], Al-Jabri affirme la valeur de la philosophie de sa tradition culturelle arabe. Il refuse : 1) la tradition contemporaine interprétative du fondamentalisme (salafís) qui réagit contre la modernité sans effectuer une reconstruction créative du passé philosophique ; 2) la position du « safisme marxiste » qui oublie sa propre tradition ; 3) la tradition eurocentrique libérale qui n’accepte pas l’existence d’une « philosophie arabe » dans le présent. L’arabe étant sa langue maternelle, Al-Jabri fait des recherches originales et nouvelles sur les traditions philosophiques des grands penseurs des écoles « orientales » (de l’Égypte et Bagdad, vers l’Orient, sous l’influence d’Avicenne) ainsi que des écoles « occidentales » (de l’ancien califat de Cordou, en incluant les Berbères et donc Fès, autour d’Ibn Ruchd).

41b) Dans un deuxième temps, il effectue la critique de sa propre tradition philosophique à partir des sources de la philosophie arabe, mais aussi en s’inspirant de quelques réussites de l’herméneutique moderne (qu’il a étudiée à Paris). Cela lui permet de découvrir de nouveaux éléments historiques de sa propre tradition, comme le fait que la tradition « orientale » arabe a dû s’opposer principalement à la pensée gnostique perse. De cette manière, les mu’ltazilies ont créé la première philosophie arabe antiperse et ont intégré également la philosophie gréco-byzantine pour justifier en même temps la légitimité du califat. Ultérieurement Al‑farabi et Ibn Sina (Avicenne), en assumant des catégories néoplatoniciennes, ont produit une tradition philosophico-mystique de l’« illumination ». Pendant que la philosophie andalou-maghrébine « occidentale », inspirée des sciences empiriques et de la pensée strictement aristotélicienne (avec la consigne de l’almohade Ibn Túmert d’« abandonner l’argument d’autorité et de retourner aux sources » – produira la grande philosophie arabe avec Ibn Ruchd, véritable philosophie des Lumières (Aufklärung) qui s’imposera comme l’origine latino-­germanique et fondement de la philosophie moderne européenne. Ibn Ruchd définit parfaitement le dialogue interphilosophique :

« Il est indubitable que nous devons nous aider, pour notre étude rationnelle, des recherches réalisées par tous nos prédécesseurs [Grecs, chrétiens, etc.]. Cela étant, comme les philosophes anciens ont étudié avec le plus grand soin les règles du raisonnement (la logique, la méthode), nous devons commencer par étudier les livres de ces philosophes anciens pour assimiler tout ce que nous y trouverons de raisonnable et s’il y avait de l’irrationnel, cela doit nous servir de mise en garde et d’avertissement » [Al-Jabri, 1982, p. 157-158].

42c) La création nouvelle à partir de la tradition, même nourrie par le dialogue avec d’autres cultures, ne doit pas se laisser éblouir par l’apparente splendeur d’une philosophie moderne européenne qui a posé des problèmes mais pas ceux qui sont propres au monde arabe :

« Comment la philosophie arabe peut-elle assimiler l’expérience du libéralisme avant ou sans que le monde arabe ne passe par l’étape du libéralisme ? » [Al-Jabri, 1982, p. 159].

43 Il reste selon nous, un dernier sujet. Le dialogue qui peut enrichir chaque tradition philosophique devrait être réalisé par les philosophes critiques et créateurs de chaque tradition, et non par ceux qui répètent simplement les thèses philosophiques déjà approuvées traditionnellement. Et, pour être critiques, les philosophes doivent assumer la problématique éthique et politique capable d’expliquer la pauvreté, la domination et l’exclusion d’une grande partie de la population de leurs pays respectifs, spécialement dans le Sud (en Afrique, dans une bonne partie de l’Asie et de l’Amérique latine). Un dialogue critique philosophique suppose des philosophes critiques au sens de la « théorie critique » que nous, en Amérique latine, appelons Philosophie de la libération.

44 La modernité européenne a eu un impact sur les autres cultures (à l’exception de la Chine, du Japon et de très peu d’autres pays) avec le colonialisme. Elle a exploité leurs ressources, extrait de l’information de leurs cultures, et rejeté ce qui ne pouvait pas être assimilé. Quand nous parlons de Trans-modernité, nous voulons faire référence à un projet mondial qui essaie d’aller au-delà de la Modernité européenne et nord-américaine (raison pour laquelle ce projet ne peut pas être « postmoderne », car le postmodernisme est une critique partielle encore européo-nord-américaine de la modernité). Il s’agit au contraire d’une tâche – dans notre cas, philosophique – qui a comme point de départ le fait d’affirmer la valeur de ce qui a été déclaré par la modernité comme étant l’extériorité rejetée, non valorisée et inutile des cultures (« déchets » parmi lesquels se trouvent les philosophies périphériques ou coloniales), pour développer les potentialités, les possibilités de ces cultures et de ces philosophies ignorées. L’affirmation de cette extériorité rejetée doit se réaliser à partir des ressources propres, dans un dialogue constructif avec la modernité européenne et nord-américaine. Ainsi, la philosophie arabe, pour continuer avec notre exemple précédent, peut incorporer l’herméneutique de la philosophie européenne, la développer et l’appliquer afin de réaliser de nouvelles interprétations du Coran qui permettraient de produire de nouvelles philosophies politiques ou féministes arabes, deux exemples possibles et nécessaires. Ces philosophies seraient le fruit de la tradition philosophique arabe elle-même, mise à jour à travers un dialogue interphilosophique (non seulement avec l’Europe, mais aussi avec l’Amérique latine, l’Inde, la Chine ou la philosophie africaine), cela en vue d’une philosophie mondiale future pluriverselle et de ce fait, transmoderne (ce qui impliquerait également d’être dans le domaine économique, transcapitaliste).

45 Pour longtemps encore, peut-être des siècles, les diverses traditions philosophiques continueront chacune leur chemin. Cependant, à l’horizon s’ouvre le projet mondial analogique d’un plurivers transmoderne (qui n’est pas simplement « universel » ni « postmoderne »). Désormais, d’autres philosophies sont possibles car « un autre monde est possible » – comme le proclame le Mouvement Zapatiste de Libération Nationale du Chiapas, au Mexique.

Bibliographie

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Notes

1 Sur le Japón, voir Collins, 2000, p.322 sq.

2 Correspondant au § 73 of Die Krisis der europäischen Wissenschaften, Haag, Nijhoff, 1962, Husserliana VI, p. 273. Dans le même texte nous trouvons The Crisis of European Sciences, § 8, p. 21 sq. (dans l’original allemand, p. 18 sq.). Nous devons penser au contraire que le théorème dit « de Pythagore » fut formulé par les Assyriens 1 000 ans avant J. C. [Semerano, 2005].

3 Les 792 termes analysés, en 496 pages de grand format, nous donnent une idée de la « précision terminologique » de la falasafa (philosophie) arabe.

4 Sur Bartolomé de Las Casas et les sacrifices humains, voir Dussel, 2007, vol. 1, p. 203 et suiv.

5 Nous pensons que cette origine se situe en 1514, par la présence critique-philosophique de Bartolomé de Las Casas dans les Caraïbes, bien avant Le Discours de la méthode de Descartes à Amsterdam, en 1637.

6 En quoi consiste l’Occident ? S’il s’agit seulement de l’Europe occidentale, qu’en est-il de la Russie qui fait certainement partie de la culture de l’ancien empire byzantin oriental ? Son origine est-elle en Grèce ? Mais pour la Grèce, l’Europe était aussi barbare que d’autres régions du nord de la Macédoine.

7 Ville qui, au xiiie siècle, comptait 300 000 habitants et où, entre autres, vint étudier et enseigner M. Maïmonide.

Pour citer cet article - Référence papier : Enrique Dussel, « Pour un dialogue mondial entre traditions philosophiques », Cahiers des Amériques latines, 62 | 2009, 111-127 - Référence électronique : Enrique Dussel, « Pour un dialogue mondial entre traditions philosophiques », Cahiers des Amériques latines [En ligne], 62 | 2009, mis en ligne le 31 janvier 2013, consulté le 30 août 2020. URL : http://journals.openedition.org/cal...;; DOI : https://doi.org/10.4000/cal.1619

Cet article est cité par : (2019) Innovation and Agility in the Digital Age. DOI : 10.1002/9781119597636.refs

Auteur : Enrique Dussel - Enrique Dussel est professeur de philosophie à la Universidad Autónoma Metropolitana (UAM-Iztapalapa, Mexico) ainsi qu’à la Universidad Nacional Autónoma de México (UNAM). Il a notamment publié Para una ética de la liberación latinoamericana (1973-1980, 5 vol. ), Filosofía de la liberación (1976), La producción teórica de Marx (1985), 1492 : El encubrimiento del otro. Hacia el origen del mito de la Modernidad (1992) (Traduit en français : 1492 : L’occultation de l’Autre), Ética de la Liberación en la Edad de la Globalización y de la Exclusión (1998) (Traduction française : L’Éthique de la Libération à l’ère de la mondialisation et de l’exclusion), Política de la liberación. Arquitectónica (2009).

Articles du même auteur De la philosophie de la libération [Texte intégral] - Entretien avec Enrique Dussel - Paru dans Cahiers des Amériques latines, 62 

Droits d’auteur : Les Cahiers des Amériques latines sont mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution – Pas d’utilisation commerciale – Pas de modification 4.0 International.

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3.
Les cultes face à l’épidémie de Covid-19 – PDF - 02 juillet 2020 – Document Sénat France

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE - OFFICE PARLEMENTAIRE D’ÉVALUATION DES CHOIX SCIENTIFIQUES ET TECHNOLOGIQUES (OPECST) - Note à l’attention des membres de l’Office - Les cultes religieux face à l’épidémie de Covid-19 en France.

Cette note a été présentée en réunion de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques le 2 juillet 2020, conjointement avec une note relative aux rites funéraires, par Pierre Ouzoulias, sénateur, et validée pour publication.

Sous la présidence de Gérard Longuet et la vice-présidence de Cédric Villani, l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) a souhaité s’intéresser davantage aux rapports entre les sciences et la société, comme en témoigne l’introduction de notes scientifiques, supports pédagogiques d’information sur les questions d’actualité. Pendant toute la durée de la crise sanitaire, s’acquittant autant qu’il était possible de sa mission d’information du Parlement, il a procédé à de nombreuses auditions et publié plusieurs notes, dans des champs disciplinaires multiples, afin de tenter un bilan le plus complet possible des enjeux politiques et scientifiques de la gestion de la pandémie provoquée par l’irruption du coronavirus. La grande diversité des questions abordées, de l’impact de l’épidémie sur les enfants aux enjeux du port du masque ou à l’utilité des technologies de l’information, témoigne de cette volonté d’appréhender l’épidémie, ses causes, sa gestion et ses conséquences, dans toutes ses dimensions médicales, scientifiques et sociales.

Il est donc apparu évident aux membres de l’OPECST et à ses présidents, de façon un peu inédite, d’élargir les sujets d’intérêt habituels de l’Office à des questions plus sociales. Cela était d’autant plus justifié que la pandémie et son traitement sanitaire hors du commun ont eu de profondes conséquences pour notre quotidien, nos activités professionnelles et sociales. L’état de sidération générale consécutif de l’assignation à résidence d’une très grande partie de la population et de la mise à l’arrêt de l’activité économique et sociale a même donné une actualité presque pathétique à des questions déjà traitées par l’OPECST à propos de la défiance envers le discours scientifique, l’émergence de théories complotistes irrationnelles ou l’acceptation par la population de décisions politiques prises à partir d’analyses scientifiques. Soucieux d’apporter rapidement des éléments d’appréciation aux parlementaires, les membres de l’Office ont souhaité ne pas trop élargir le champ d’investigation de ce travail sur les conséquences sociales de la pandémie et ont préféré choisir quelques thèmes qui pouvaient éclairer ces interactions.

Sur proposition du Sénateur Pierre Ouzoulias et parce qu’il apparaissait aux membres de l’OPECST que les mesures sanitaires pouvaient avoir des conséquences immédiates et peut-être durables sur des pratiques sociales qui ne connaissent historiquement que des évolutions lentes et mesurées, il a semblé utile de s’intéresser aux contraintes imposées aux pratiques funéraires et cultuelles et à leurs conséquences. Ces deux thèmes, intimement liés, se sont imposés à nous parce que, d’une part, nos activités d’élus nous ont amenés à recevoir les doléances de personnes qui n’avaient pu accéder à leurs proches dans les derniers moments de leur vie, ni même réaliser de cérémonie funéraire et que, d’autre part, la suspension des rites religieux collectifs, la fermeture, parfois anticipée, des lieux de culte et la préconisation du comité scientifique de la « création d’une permanence téléphonique nationale d’accompagnement spirituel intercultes » pour assurer le « soin pastoral » révélaient de possibles conflits de compétence entre les pouvoirs publics, les autorités organisatrices des cultes et les scientifiques chargés de conseiller le Gouvernement.

Sommaire

Partie I - Une gestion pragmatique et responsable au plus fort de la crise sanitaire

I. L’avant-confinement : hésitations et tensions

1. La réaction précoce des communautés touchées par le virus

2. Les principaux cultes : entre attentisme et tiraillements internes

II. Le confinement : « la vie d’abord »

1. Une application rigoureuse des mesures imposées par l’urgence sanitaire

2. La fermeture des mosquées et des synagogues, mais pas des églises catholiques

3. De nombreuses initiatives pour maintenir de lien et assurer la solidarité

4. L’impact sur la situation financière des cultes

III. Le déconfinement : reprise des cérémonies et des polémiques

Partie II - Une réaction différenciée tenant à des facteurs multiples

I. Des rapports différents avec la République

1. Au niveau national, une ouverture

2. Sur le terrain, un dialogue permanent salué par tous

II. Le rite, le dogme et la tradition à l’épreuve du coronavirus

1. Orthodoxes et catholiques : les difficultés des cultes fortement ritualisés

2. Juifs et musulmans : la tradition au service de l’adaptation

III. Le numérique, véritable complément ou simple substitut ?

1. Un « basculement » vers le culte à distance ?

2. Des opportunités différentes pour chaque culte

3. Les limites théologiques et anthropologiques du « tout numérique »

IV. Sociologie et démographie des fidèles

Partie III - Une gestion qui révèle une profonde sécularisation

I. Historiquement, un rôle de premier plan face aux épidémies

1. Expliquer : la maladie, un châtiment divin

2. Combattre : prières, processions et conjurations

3. Accompagner : le salut des âmes, ici-bas et dans l’au-delà

II. Un rôle désormais secondaire et sécularisé

4. L’Église, bras séculier de l’État ?

5. Le primat du discours scientifique et technique

III. Déni scientifique et refus d’obéir : une attitude marginale aux ressorts complotistes

Partie IV. Besoin de spiritualité et exigence de laïcité

I. La religion, un secours précieux face à l’adversité

1. Une demande accrue de spiritualité

2. Les limites de la pratique individuelle

3. La douloureuse privation de l’expérience collective

4. Le cas des personnes fragiles et de l’accompagnement des défunts

5. Une ampleur et une pérennité incertaines

II. La religion, une forme parmi d’autres de soutien psychologique

1. La fonction sociale et psychologique de la religion

2. Le culte n’a pas le monopole du réconfort psychique

III. La laïcité, une exigence qui vaut aussi en temps de crise sanitaire

1. La religion un « besoin vital » ? Une revendication propre à l’Église catholique

2. L’État doit s’en tenir à une stricte neutralité religieuse

a) L’interdiction des rassemblements : un critère de santé publique

b) La liberté de culte : une question de proportionnalité

3. Un réflexe concordataire au cœur de la crise ?

a) Une parole politique semble donner une légitimité institutionnelle aux cultes religieux

b) La maladresse du « soin pastoral » : le cas de la permanence téléphonique

c) Une tentation d’immixtion dans les rituels ?

4. Les responsables des cultes doivent assumer leurs responsabilités

Liste des personnes entendues

Le Parlement - La France au Kosovo

Lire le document complet à la source : http://www.senat.fr/fileadmin/Fichiers/Images/opecst/quatre_pages/OPECST_2020_0028_note_cultes_covid19.pdf

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4.
Coronavirus : regards croisés de trois représentants religieux - Le 03 avril 2020 - Par Rebecca Fitoussi - Publié le : 03/04/2020 à 17:03 - Mis à jour le : 10/04/2020 – Document ‘Public Sénat’

‘Public Sénat’ vous propose le regard, l’analyse, la mise en perspective de grandes personnalités sur une crise déjà entrée dans l’Histoire. Aujourd’hui, entretien exceptionnel avec les représentants des trois religions monothéistes… Regards croisés de Haïm Korsia, grand rabbin de France, Mgr Eric de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des Évêques de France, archevêque de Reims, Tareq Oubrou, grand imam de Bordeaux. Si chacun utilise ses mots et ses références, tous sont porteurs du même espoir, celui de voir à l’issue de cette crise une société plus solidaire, plus forte et plus humble. Des propos pleins de sagesse et d’optimisme…

Photo des trois intervenants 

Comment vit-on une période aussi troublée lorsque l’on croit en Dieu ? Avec crainte ? Avec fatalisme ? Avec espoir ?

Haïm Korsia : Si on croit en Dieu, par nature, on est toujours plein d’espoir. Ce n’est pas une question de vivre bien ou mal les choses, ce qui importe, c’est ce qu’il y a après. Ce temps de confinement est finalement une occasion de penser à ce qui est important ou pas dans notre vie, une occasion de rééquilibrer les choses et de ce point de vue, c’est aussi une espérance. Je vois des gens qui sont malheureux d’être chez eux, c’est vrai que c’est difficile de quitter toute sa vie extérieure, mais se retrouver avec sa famille est-ce si malheureux ? Si oui, alors il faut se poser des questions. L’essentiel, c’est de retrouver l’essence de la vie qu’est la joie. La vie c’est toujours une espérance, c’est quelque chose qu’on construit. Que l’on construise dans certaines conditions ou dans d’autres conditions, c’est toujours un futur à construire.

Mgr Eric de Moulins-Beaufort : On essaie de vivre cette période dans la paix. En tant que croyants, on pense que la vie ne se limite pas à la vie terrestre, on sait que la mort appartient à la vie. Il faut à la fois se battre contre la maladie et faire ce qu’il y a à faire pour limiter la contagion. Personnellement j’essaie de tirer profit de ce que le confinement nous offre, c’est-à-dire un rythme plus lent, une attention plus importante aux autres en se téléphonant, davantage de temps pour la prière, pour la méditation et pour la réflexion. Finalement l’épidémie nous rapproche de la mort et elle est aussi un avertissement de plus sur le fait qu’il y ait des choses à changer dans notre mode de vie. Mais on le sait depuis longtemps.

Tareq Oubrou : C’est une épreuve de la vie. En tant que croyants, nous pensons que la vie est une succession d’épreuves. C’est le risque de l’existence, les imprévus, ce qu’on appelle le destin. Il n’y a pas de linéarité, on ne connaît pas le futur et on est toujours surpris par la réalité qui nous révèle à nous-même, à nos fragilités, à notre vulnérabilité. Et toute épreuve porte des enseignements au niveau moral, éthique, politique, économique. L’homme a toujours su convertir les épreuves à son avantage. C’est grâce aux catastrophes que l’humanité s’est construit une force. C’est ce qu’on appelle la force de la fragilité. C’est dans cette vulnérabilité de l’être humain que réside sa force. C’est une perception métaphysique positive et optimiste de l’existence. Le propre de la foi, c’est de donner de l’optimisme qui permet de faire face à l’épreuve. Il n’y a pas de fatalisme passif, il y a un fatalisme actif, c’est-à-dire qu’on accepte la situation pas pour l’approuver mais pour la transformer. 

Diriezvous que la foi vous aide à mieux appréhender cette épreuve ?

Haïm Korsia  : Pas à mieux l’appréhender, non. Je pense qu’il y a une transcendance républicaine. La question est de savoir comment on décide ensemble de vivre quelque chose qui nous relie même si on n’est pas physiquement dans le même espace physique. Nous sommes dans un espace commun qu’est l’espérance de la République. Au-delà des religions des uns et des autres, qui sont différentes ou qui sont absentes, c’est la capacité à faire vivre dans le même espace les gens qui ne croient pas de la même façon ; et ce qui est le plus important, c’est que la foi des uns ne soit pas en opposition avec la foi des autres, donc que l’espérance qui est la mienne ne soit pas en opposition avec celle de mes concitoyens. C’est le principe même de cette réflexion sur ce que nous voulons faire. En fait, on s’est rendu compte de quelque chose d’extraordinaire : c’est qu’on a besoin des autres pour vivre.

Mgr Eric de Moulins-Beaufort : La foi permet de vivre dans une certaine paix, ce qui n’empêche pas la peur, notamment quand on est pris par la maladie ou l’inquiétude quand on a un proche qui est touché. Mais elle nous aide à vivre les conditions différentes de la vie d’une manière positive. La vie aujourd’hui n’est plus remplie d’activités, elle n’est plus remplie de rencontres, elle n’est plus remplie de courses, de consommation, et il me semble que les croyants, de quelque religion qu’ils soient, ont des ressources pour vivre cela, parce que nous savons bien que la vérité de la vie humaine se vit dans la profondeur de chacun, dans le service du prochain et que tout cela peut aussi se vivre dans le confinement. 

Tareq Oubrou : Le propre de la foi, c’est la sérénité. C’est de donner la force pour exister. La foi doit « désangoisser » le croyant. Foi et angoisse sont antinomiques. La foi est une valeur ajoutée, c’est une thérapie de l’âme, elle donne une force intérieure qui permet de garder la lucidité, une forme de rationalité devant les événements, de s’en remettre à la volonté absolue de Dieu tout en prenant sa part de responsabilité dans son propre destin. La foi n’inhibe pas, au contraire, c’est un moteur de l’action. Sans foi, il n’y a pas d’action. Et cette foi peut être religieuse, comme elle peut être laïque. L’être humain procède par conviction, par foi. Donc il y a un aspect universel de la foi quel que soit le contenu de cette foi. Par exemple, le fait d’être confiné, c’est une action solidaire, c’est un acte religieux, c’est un acte spirituel, c’est un moment de solidarité. Une solidarité passive parce qu’on met à l’abri de la contamination les plus vulnérables d’entre nous.

Qu’est-ce que cette épreuve vous apprend sur l’humanité ? Cela nous rappelle à quel point l’homme est petit ? A quel point nous devons rester modestes ? A quel point la vie est précieuse ?

Haïm Korsia  : Toutes les réflexions que vous soulignez sont justes, mais il y en a une qui les transcende toutes, c’est que finalement, on a beau reprocher tout ce qu’on veut à l’humanité, au capitalisme, à nos sociétés mercantiles… Etc… Et bien, quand il a fallu choisir entre le PIB et la santé, on a fait le choix collectif de la santé, un choix mondial. Mondial et collectif ! Je trouve que c’est un signe formidable.

Mgr Eric de Moulins-Beaufort : Cette épreuve nous rappelle que l’humanité est une. Et cela, les chrétiens, mais aussi les juifs et les musulmans le savent, il n’y a qu’une seule humanité parce qu’il n’y a qu’un seul créateur. L’épidémie nous fait justement éprouver que nous ne sommes qu’une seule humanité et que nous ne pouvons pas vivre tous seuls dans notre île et laisser les autres se débrouiller comme ils peuvent. D’autre part, cela nous rappelle que l’humanité est aussi très forte. La médecine permet par exemple de lutter contre la maladie. Et c’est parce que nos sociétés sont très organisées que nous pouvons nous imposer ce confinement et répandre des consignes très rapidement.

Cette épreuve nous montre à la fois la force de notre humanité et sa vulnérabilité.

Mais nous, croyants, nous ne le vivons pas comme un manque seulement, nous le vivons aussi avec l’idée que la vie est un don, qu’elle est précieuse. Être vivant, ce n’est pas seulement posséder, consommer, fabriquer, produire… C’est plutôt aimer, être aimé, servir, s’émerveiller de la délicatesse et du dévouement des autres.

Tareq Oubrou : Le propre de l’homme, c’est la vulnérabilité, parfois il l’oublie et les événements viennent le lui rappeler. La toute-puissance est toujours contredite par les événements. Mais cette vulnérabilité n’est pas péjorative. Il s’agit de la transformer à notre avantage. Par exemple cet événement nous apprend que la délocalisation de l’économie a des aspects négatifs. A nous d’en tirer les leçons ! Peut-être faut-il une solidarité et une économie de proximité. Au lieu d’aller chercher des pommes de terre en Chine, pourquoi ne pas les cultiver chez nous ? [rires] C’est le bon sens en vérité, cette épidémie nous renvoie au bon sens.

Dans certaines communautés religieuses, on perçoit cette épreuve comme un châtiment divin, c’est difficilement audible pour ceux qui ne croient pas en Dieu, peut-être même pour ceux qui y croient… Qu’en pensezvous ?

Haïm Korsia  : Il n’y a pas de châtiment si par nature on nous demande de nous enfermer. Il y a un verset dans la Torah (livre d’Isaïe chapitre 26, verset 20) qui nous dit : « Enfermez-vous mon peuple dans vos maisons, restez un moment, le temps que la colère passe ». Celui qui veut, il trouve tout dans la Bible, mais ce qui est certain, c’est qu’on y trouve l’espérance humaine.

Enfermé ou pas enfermé, ce qui compte, c’est le monde que l’on construira demain.

J’ai le sentiment que se projeter dans le « demain », c’est y penser dès maintenant. Avant cette période de pandémie, j’ai écrit un livre qui s’appelle « Réinventer les aurores », et j’y explique que le modèle pour moi, c’est le CNR, le Conseil National de la Résistance. C’est en pleine guerre, en plein milieu des combats, au 13 rue du Four, Paris 6ème arrondissement, que ce CNR se réunit, pas seulement pour unifier la résistance, mais pour penser le lendemain. C’est ce qu’il faut qu’on fasse. Dans nos confinements, il faut qu’on soit capable de rêver un monde d’après qui soit un monde de fraternité. Parce que ce qui nous manque le plus, c’est cela. Ceux qui voient un châtiment perçoivent peut-être qu’eux-mêmes mériteraient ce châtiment. Je trouve scandaleux de dire « il est frappé, bien fait pour lui ! ». A la limite ce qu’on pourrait se dire c’est « si je suis frappé, qu’est-ce que j’ai fait pour mériter cela », mais pas projeter sa responsabilité sur les autres.

Mgr Eric de Moulins-Beaufort : Toute l’histoire biblique aboutit à la conviction que Dieu ne châtie pas comme ça les gens en masse, cela n’a pas beaucoup de sens. En revanche, Dieu permet qu’il y ait des avertissements. Ce sont plutôt des signaux qui nous sont donnés pour nous indiquer que nous sommes sur de mauvaises pistes, qu’il y a des choses à redresser dans notre manière de vivre, soit individuelles soit collectives. Jésus reprend par exemple la phrase d’un prophète qui nous précède de beaucoup dans l’écriture sainte juive : « Ce n’est pas la mort du pécheur que je désire mais qu’il se convertisse et qu’il vive ». Donc c’est toujours un appel à mieux vivre.

Tareq Oubrou : C’est une erreur théologique catastrophique ! Le châtiment et les récompenses, c’est dans l’au-delà, pas ici-bas. Le Coran parle d’une vie dans l’épreuve, il n’y a pas de châtiment de Dieu dans ce bas-monde. Il n’y a pas de rétribution, pas de bénédiction ni de malédiction dans ce bas-monde. Il y a uniquement des épreuves. Les catastrophes sont des épreuves, pas des châtiments. Personne ne peut pénétrer les volontés ultimes de Dieu. Il faut rester modeste. Il n’y a pas d’automatisme entre le péché et la sanction divine. La preuve, c’est qu’il y a des pays prospères qui ne sont pas touchés, ce sont au contraire les plus vulnérables qui payent la facture des catastrophes généralement. Est-ce que Dieu punit les plus pauvres, les plus démunis, les plus fragiles  ? Il y a un paradoxe dans cette lecture qui relie catastrophe et châtiment divin. Ça, c’est une superstition, ce n’est pas une croyance !

Les faits résumés dans la presse et notamment dans un article de L’Opinion montrent que les rassemblements religieux ont amplifié la propagation du coronavirus… Y a-t-il eu un manque d’anticipation ? Aurait-il fallu interdire les rassemblements plus tôt ?

Haïm Korsia  : Non, on a tout respecté, et on a même anticipé sur toutes les décisions du gouvernement. Quand le gouvernement autorisait les cultes jusqu’à 100 personnes, je les ai limités à 50. Quand le gouvernement est passé à 20, mois je suis passé à 15. Dès mon déplacement à Villeurbanne le week-end du 6 mars, j’ai mis en place l’interdiction de se serrer la main ou de s’embrasser dans les synagogues et j’ai demandé d’utiliser du gel hydroalcoolique en permanence. Cette nécessité de protéger les autres et de se protéger, elle était déjà à l’esprit des responsables communautaires. Est-ce qu’on aurait pu faire mieux ou différemment ? Je ne sais pas. Mais j’ai le sentiment que c’est une grande leçon, et la Bible le dit, sur le fait qu’il n’y ait pas de raison que l’épidémie ne frappe pas de la même façon tout le monde. Il faut juste se protéger, faire attention. C’est le verset dont je vous parlais tout à l’heure : lorsqu’il y a une épidémie, il faut s’enfermer chez soi. Vous voyez que le confinement n’est pas nouveau. C’est la réalité de la vie depuis que l’humanité est humanité.

Mgr Eric de Moulins-Beaufort : Les rassemblements religieux, ce n’est pas plus que d’aller au cinéma, au théâtre, au restaurant. Le dimanche qui a précédé le confinement, ce qui a fait peur au Premier Ministre, ce ne sont pas les rassemblements religieux, ce sont les gens qui se promenaient sur les bords de la Seine ou qui s’allongeaient dans les parcs. Peut-être aurait-il fallu interrompre tout rassemblement un peu plus tôt. On n’a pas pris tout à fait au sérieux ce qui se passait en Italie et on a tardé à mettre en œuvre les mêmes mesures que les Italiens. Il y a le cas bien spécifique de Mulhouse, mais en fait il y a eu des messes comme il y a eu des gens au restaurant, dans les parcs, comme il y a eu des gens dans les salles de sport.

Tareq Oubrou : On découvre au fil du temps la nature de ce virus. Il faut rester modeste. On ne peut pas juger le politique sur une incertitude. Donc on évolue, le politique évolue, sa stratégie sanitaire évolue… Tout cela évolue en fonction des données scientifiques. On ne peut pas refaire l’histoire. 

Tous les rassemblements religieux sont-ils désormais strictement arrêtés ? Y compris pour des fêtes importantes ? Ditesvous à tous vos fidèles de ne plus se réunir ? Certains seront seuls pour les fêtes, que leur ditesvous ?

Haïm Korsia  : On n’est jamais seul quand quelqu’un pense à vous. Et je le martèle, je le dis très fermement, c’est très dangereux de se réunir. Si on se confine pendant deux semaines pour se « déconfiner » à Pâques, on brise complètement le principe de protection des autres. On ne sait pas comment interagit ce virus, donc on respecte les règles absolues données par le gouvernement. Mais croyez-moi, même quand le confinement sera terminé, les rapports entre les personnes ne seront plus jamais les mêmes, plus jamais ! On ne serrera plus les mains de quelqu’un, on n’embrassera plus quelqu’un d’une manière insouciante. Ce sera une grande transformation sociale. 

Mgr Eric de Moulins-Beaufort : Nous essayons de tout organiser pour que les gens puissent suivre le plus possible les célébrations des jours saints et notamment Pâques. Nous avons la chance de vivre une époque où il y a des moyens de diffusion par la radio, la télévision et les réseaux sociaux. Il est clair que tout le monde n’y a pas accès. Dans ma région, la Marne et les Ardennes, il y a quelques zones blanches, qui n’ont pas complètement accès à internet, donc nous tâchons de diffuser les messages par le biais des boites aux lettres en prenant toutes les précautions nécessaires. Malheureusement, on ne peut pas complètement contrôler tout ce qui se fera. Il se fera de belles choses et puis il y aura des gens qu’on ne pourra pas atteindre, mais on fait tout ce qu’on peut pour essayer de les rejoindre. Ce sera à chaque chrétien de faire attention à son entourage.

Tareq Oubrou : Moi je dis toujours : si les lieux de cultes sont fermés, la porte du ciel est toujours ouverte. On n’a pas besoin d’un espace pour vivre la solidarité, la spiritualité, ou le culte. On s’adapte à la situation. Nous gardons cette dimension verticale qui la transcendance, combinée à une dimension horizontale qui est la solidarité. On peut complètement vivre sa spiritualité dans le confinement. Il est inconcevable aujourd’hui d’organiser des rencontres cultuelles collectives ! Ce serait un crime et une faute morale !

Haïm Korsia, la communauté orthodoxe de Jérusalem semble plus touchée que les autres par l’épidémie. Des critiques montent sur le non-respect des consignes… Avez-vous envie de dire quelque chose à ce sujet ?

 Haïm Korsia  : Moi je n’ai pas de conseil à donner aux uns et autres. Je sais simplement qu’il y a des règles. Ce sont des gens qui paradoxalement ne connaissent pas les commentaires de la Bible, ou en tous cas ne les reconnaissent pas. L’impératif de santé s’impose à tous. A tous ! La protection s’impose pour tout le monde. Je déplore cet état de fait, mais je me dis simplement que leur gouvernement, peut-être par la coercition, doit sauver toute sa population. C’est ce qui s’est passé en France. Ce qui a été terrible, chez nous en France, c’est qu’il a fallu que l’on voie toutes ces personnes sur les quais de Seine en train de se promener et de courir ensemble, comme si c’était une journée de vacances, pour qu’on se dise que c’était plus sérieux que prévu. Vous voyez que ce n’est pas qu’à Méha Shéarim (ndlr : quartier religieux de Jérusalem). Toute population ne supporte pas qu’on mette une limite à ses libertés.

Dans ce drame que nous vivons, viennent s’ajouter la douleur des enterrements en petit comité, des adieux expédiés, des cérémonies et des deuils encore plus douloureux. Comment aidezvous les fidèles ?

Haïm Korsia  : Les seules cérémonies que nous assurions encore avec les prêtres, les pasteurs et les imams, sont les cérémonies d’obsèques. J’en ai assuré deux personnellement, et c’est terrible ! Traditionnellement, plus il y a de monde dans un enterrement, plus on trouve que c’est un signe de reconnaissance pour le défunt. Là, quand vous êtes 12 à deux mètres d’écart les uns des autres comme si une main invisible avait prélevé tous les gens qui auraient dû être présents, c’est quelque chose de terrible. Par exemple, pour respecter le nombre de personnes autorisées à un enterrement, j’ai dû interdire à la veuve d’un monsieur de venir. C’est terrible ! Mais je lui ai promis de faire une cérémonie importante après. Comme je l’ai promis à toutes celles et à tous ceux qui sont en deuil.

Mgr Eric de Moulins-Beaufort : D’abord je pense beaucoup à tous ceux qui sont à l’hôpital ou qui sont seuls et auxquels les proches ne peuvent pas rendre visite. Je pense à ces proches qui ne peuvent pas visiter un parent ou un ami qui est malade ou mourant. Heureusement, dans un certain nombre de lieux, les aumôniers qui sont appelés peuvent venir. J’ai entendu quelques belles histoires où le personnel médical a très bien accueilli l’aumônier et c’était précieux pour tout le monde, y compris pour le personnel soignant. Être seul à accompagner les morts ou les mourants, c’est extrêmement difficile, surtout qu’ils sont débordés par ailleurs. Chaque paroisse essaie d’imaginer des moyens pour garder la mémoire des gens dont les obsèques ont été tronquées, soit en faisant un mur de photos virtuelles, soit en mettant des photos dans une église, de façon à ce qu’à la sortie du confinement on puisse essayer de donner des messes en mémoire de tous ces gens et compléter ce qui n’aura pas pu être bien fait. Malheureusement pour ceux qui perdent un parent, ne pas pouvoir se rassembler, ne pas pouvoir se serrer dans les bras, s’embrasser, accompagner dans sa dernière demeure, c’est très douloureux, c’est certain.

Tareq Oubrou : Le deuil, on peut le vivre de différentes manières. Le rapport avec nos morts n’est lié ni à un temps particulier, ni à un espace particulier. Le propre de la spiritualité, c’est de vivre la religion dans toutes les situations possibles et imaginables. Le deuil c’est d’abord un rapport avec le mystère de la vie et de la mort, c’est un moment de méditation. Le culte s’adapte aussi. La cérémonie peut se dérouler dans le confinement par petits groupes à la maison, en famille, etc… Il y a mille manières de célébrer le rite funéraire.

Qu’attendezvous de l’après ? Qu’espérezvous ?

Haïm Korsia  : L’expérience nous force à voir le monde différemment. C’est une règle. Et j’ai le sentiment que là, c’est le moment de trouver des enseignements sur ce qui est important pour notre société, sur la nécessité de penser le monde ensemble. On s’est rendu compte que ce qui se passe au bout du monde nous impacte. On n’est pas sur une île ! Il n’y a plus de barrière à cette humanité. Nous sommes une humanité. On doit donc être capable de prendre les décisions ensemble. On doit être capable de ne pas laisser les uns et les autres avec leurs problèmes, parce que leurs problèmes seront nos problèmes. Je pense par exemple à l’arrivée de migrants en Italie. Est-ce qu’on peut accepter que Lampedusa ne nous concerne pas parce que c’est l’Italie ? Non ! Là, on essaie de régler la question des SDF et des étrangers en situation irrégulière, et quoi ? Après le coronavirus, on retourne à la situation d’avant et on ne pense pas à eux ? Toutes ces grandes questions seront des questions qu’on devra traiter. On doit construire quelque chose de nouveau qui partage l’espérance.

Mgr Eric de Moulins-Beaufort : Depuis dix ou quinze ans, nous savons que nous devons changer notre mode de production et de consommation à cause de la contrainte écologique, il faudrait donc qu’on prenne les décisions personnelles et surtout collectives qui s’imposent. Sortirons-nous plus forts de ce confinement pour prendre les décisions qui s’imposent ? L’épidémie a révélé la faiblesse ou les défauts de l’organisation économique du monde. Serons-nous capables de faire ce qu’il faut pour construire autrement ? Il y a longtemps que nous savons aussi que notre système économique fait que les riches, les très riches décrochent du reste du monde et sont toujours plus riches, alors que les pauvres sont quelquefois plus pauvres. On l’a entendu en France avec les Gilets Jaunes. C’est surtout le décrochage des riches par rapport au reste de la population qui est impressionnant et qui ne peut pas durer éternellement. Par ailleurs, je trouve que nous faisons l’expérience d’un rythme beaucoup moins frénétique et donc d’une certaine capacité donnée à chacun de revenir en lui-même, donc j’espère que nous sortirons du confinement en sachant chacun trouver le moyen d’un certain ralentissement du rythme et en gardant un peu de place à ce que l’on a redécouvert, un peu de silence, un peu de réflexion voire de la prière ou de la méditation, et puis une rencontre des autres moins nombreuse, moins frénétique et plus profonde.

Tareq Oubrou : J’espère plus d’union, plus de solidarité dans un moment d’effritement des identités, dans un moment de repli identitaire. Les catastrophes ne connaissent pas les clôtures religieuses et identitaires. Si le ciel nous divise, la terre nous unit.

Il faut avoir une éthique d’altérité et apprendre à vivre avec l’autre, à vivre dans une solidarité nationale, dans une fraternité républicaine. Il ne faut pas utiliser cet événement pour diviser davantage la nation française.

Après l’épidémie, il y aura toujours des enjeux politiciens à court terme et cela nuit au vivre-ensemble. Il faut dépasser les egos, les intérêts partisans, communautaristes, « identitaristes ». Nous sommes tous dans le même paquebot, le paquebot France qu’il faut préserver des naufrages et des tempêtes futures. Un peu de sagesse ! Un peu d’altruisme ! Aujourd’hui c’est l’épidémie, demain il y aura une catastrophe économique et financière, peut-être ensuite une catastrophe climatique. Il faut que nous apprenions très tôt les gestes de solidarité, dans le regard, dans la parole, dans l’économie, dans le social, dans le monde médiatique également. On a besoin de médias qui jouent sur la solidarité et pas uniquement sur les choses qui divisent. On a besoin de tirer tous ces enseignements, et la religion doit être une valeur ajoutée, pas un catalyseur de cette division.

Ce sont des temps agités qui pourraient rapprocher l’homme sinon de Dieu, du moins d’une forme de spiritualité ou de transcendance selon vous ? Vous l’observez déjà ?

Haïm Korsia  : Même les gens qui ne sont pas forcément pieux attendent quelque chose de nous. Il y a un respect de la parole de ceux qui portent un espoir. Et cette parole n’est pas forcément fondée sur la religion. Elle est fondée sur une transcendance, qu’elle soit républicaine, religieuse, qu’elle soit humaniste. C’est la transcendance de celui qui ne reste pas enfermé dans ce qu’il vit, mais qui se projette dans un futur qu’il est en train de construire.

Mgr Eric de Moulins-Beaufort : Ce qui est sûr c’est que les catastrophes et la lutte contre elles ont l’avantage de simplifier la vie d’une certaine façon. On est devant le grand enjeu de la vie, toutes nos forces se mobilisent, ce qui fait que les tas de choses qui encombrent la vie ordinaire disparaissent… Les petits conflits, les ambitions médiocres, les peurs, les méfiances qu’on a les uns par rapport aux autres… Tout cela peut disparaître ou passer très loin derrière parce qu’on est mobilisé par un but unique. Dans cet élan-là, nous sommes peut-être plus disponibles pour découvrir le sens de la vie, pour découvrir qu’elle nous est donnée, peut-être nous interroger sur celui qui nous la donne, éprouver qu’on est une seule humanité, et comment à partir de là, nous pouvons davantage être des frères et des sœurs. On sait bien qu’il y a des tas de raisons de se frotter les uns aux autres, de se méfier, que la vie ensemble n’est pas toujours facile, mais la situation de crise nous oblige d’une certaine façon à le faire et à nous permettre de franchir des pas que nous ne savons pas franchir dans la vie ordinaire. Cela peut donc aider à nous poser les questions essentielles et peut-être apporter des réponses essentielles à ces questions.

Tareq Oubrou : Cela fait déjà un certain temps qu’on voit une forme de « dé-sécularisation », un retour à la spiritualité en général et même malheureusement un retour fracassant à la religion ! Mais sans médiation savante. La spiritualité qui n’est pas éclairée par la raison peut être un terrorisme, une violence. On a besoin d’une spiritualité au service de l’être humain dans son universalité et pas d’une spiritualité communautariste qui étouffe le fidèle dans sa communauté imaginaire et imaginée. Effectivement les malheurs rapprochent l’homme de la transcendance. On dit toujours : quand l’horizon social se ferme, l’horizon vertical s’ouvre. C’est dans la misère et les conflits que l’homme s’adresse à la transcendance. Mais il ne faut pas que ce retour à Dieu et à la religion soit égoïste, sans partage, sans solidarité.

Pour aller plus loin :

« Réinventer les aurores », Haïm Korsia, éditions Fayard

« Appel à la réconciliation, foi musulmane et valeurs de la République française », Tareq Oubrou, éditions Stock

« Le Coran pour les nuls, en 50 notions clés », Tareq Oubrou, éditions First

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Laurent Berger : « Il faut des états généraux du pouvoir de vivre »

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© 2020 Public Sénat - Source : https://www.publicsenat.fr/article/debat/coronavirus-regards-croises-de-trois-representants-religieux-181731

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4 bis.
Conséquences de la pandémie de Covid-19 sur les religions (Wikipédia)

La pandémie de Covid-19 a affecté les religions de diverses manières, par l’annulation des services de culte de diverses confessions, la fermeture des écoles du dimanche, ainsi que l’annulation des pèlerinages entourant les célébrations et les fêtes1. De nombreuses églises, synagogues, mosquées et temples ont diffusé leur culte par le biais de la diffusion en direct au long de la pandémie2.

Les organisations religieuses ont envoyé des fournitures de désinfection, des respirateurs à épuration d’air, des écrans faciaux, des gants, des réactifs de détection des acides nucléiques contre les coronavirus, des ventilateursdes pompes à seringue, des pompes à perfusion et de la nourriture dans les zones touchées. 3 D’autres églises ont offert à la population des tests COVID-19 gratuits. 4 Les membres de nombreuses religions ont uni leur prière pour la fin de la pandémie de COVID-19, pour ceux qui en sont affectés, ainsi que pour les médecins et scientifiques dans la lutte contre la maladie5,6.

Sommaire

Christianisme

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Une affiche d’une église chrétienne baptiste qui a été temporairement fermée, en raison du coronavirus

Réponse et impact

Selon le rapport Gallup de Frank Newport, ’le résultat le plus spectaculaire (en matière de religion) a été le passage extrêmement rapide des services religieux du culte en personne au culte en ligne’. Alors que pendant près de cent ans, les églises ont utilisé diverses méthodes de communication pour atteindre leur public, comme la radio, la télévision et les médias en ligne, Gallup dit que l’arrêt du culte en présentiel ’est l’une des perturbations soudaines les plus importantes dans la pratique de la religion dans l’histoire des États-Unis. ’ 7 Un rapport de Pew Research de mars 2020 a signalé un changement dans leurs habitudes religieuses en raison de la pandémie. Plus de la moitié des personnes interrogées ont déclaré avoir « prié pour que cesse la propagation du coronavirus », « assisté à des services en personne moins souvent » et « regardé des services religieux en ligne ou à la télévision plutôt qu’en personne ». 8 Le magazine Time a rapporté que les services paroissiaux ont atteint un niveau élevé de fréquentation lors de l’épidémie de COVID-19. 9 Quant à savoir si la crise a eu un effet sur la vie religieuse personnelle à long terme, 19% des Américains ont dit que leur foi s’est renforcée et seulement 3% ont dit qu’elle avait empiré.

Assistance alimentaire et médicale et justice sociale

Le secrétaire général du Conseil œcuménique des Églises, Olav Fykse Tveit, a annoncé que ’cette situation appelle notre solidarité et notre responsabilité, notre attention, notre attention et notre sagesse ... [ainsi que] pour nos signes de foi, d’espérance et d’amour’. 10 Au milieu de la pandémie de COVID-19, certaines églises continuent de diffuser des sacs de premières nécessités, remplis de viande et des rouleaux de papier toilette aux familles nécessiteuses. 11 La cathédrale nationale des États-Unis, qui appartient à l’Église épiscopale, a fait don de plus de cinq mille masques chirurgicaux N95 aux hôpitaux de Washington, en pénurie pendant la pandémie COVID-19. 12 D’autres églises, comme l’église des Highlands, une mégachurch chrétienne évangélique, ont offert des tests COVID-19 gratuits dans leurs parkings. 4 Certains aumôniers, comme le père Benito Rodríguez Regueiro, se sont rendus disponibles pour des appels 24h/24h pour les patients COVID-1913.

Plus de 200 églises et organisations de la société civile, dont Caritas et le Jesuit Refugee Service, ont appelé le gouvernement grec à rétablir l’accès à l’asile pour les réfugiés, en particulier les 42 000 qui sont « piégés » et vivent « dans des conditions horribles » dans les îles grecques.14 .

Distanciation sociale

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’Le nom de Jésus est au-dessus de COVID-19’ : un message sur un panneau au Joy Christian Center à St. Cloud, Minnesota

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Le culte du dimanche est diffusé en direct en ligne en raison des confinements

De nombreux diocèses épiscopaux et catholiques ont recommandé aux chrétiens plus âgés de rester à la maison plutôt que d’assister à la messe le dimanche, ce qui est généralement requis ; de nombreuses églises de toutes confessions chrétiennes ont rendu disponibles leurs services religieux via la radio, la diffusion en direct en ligne ou la télévision tandis que d’autres ont offert des services de drive-in dans leurs parkings d’église15,2,1, certains avec des consignes sur la façon d’utiliser les fonctions de la voiture pour répondre au service. 16 Certains chrétiens utilisent des applications en ligne, qui contiennent des prières et des dévotions quotidiennes, pour rester engagés dans leur foi17.

Beaucoup de chrétiens observent traditionnellement la saison pénitentielle chrétienne du Carême à travers l’abstinence de viande le vendredi, en particulier les catholiques romains, les méthodistes et les anglicans ; l’exigence d’observer cette coutume a été levée par certains évêques catholiques romains au milieu de la pandémie COVID-19, qui a coïncidé en partie avec le Carême en 2020 18 Les célébrations liturgiques qui ont lieu normalement pendant la semaine sainte (en particulier celles du dimanche des Rameaux, du mercredi saint, du jeudi saint, du vendredi saint et du samedi saint), la dernière semaine du carême, ont été annulées par de nombreuses Eglises appartenant aux confessions chrétiennes dominantes, y compris les anglicanes, les catholiques, Églises luthérienne, méthodiste, morave et réformée. 19,20,21,22 Y est inclus le service caritatif Royal Maundy effectué par le monarque du Royaume-Uni le jeudi saint23.

Se référant à la doctrine chrétienne du Corps du Christ, le prêtre anglican Jonathan Warren Pagán a écrit que ’le culte rassemblé en paroles et sacrements n’est donc pas un complément facultatif pour les chrétiens’ bien que la pandémie COVID-19 ait rendu nécessaire le passage aux diffusions en ligne pour le bien commun. 24 Il a encouragé la pratique de la communion spirituelle au milieu de la pandémie (en particulier pendant le service anglican de la prière du matin), qui a été utilisée par les chrétiens pendant les périodes de fléaux, ainsi que pendant les périodes de persécution, qui ont toutes deux empêché les chrétiens de se rassembler sur la Le jour du Seigneur pour célébrer l’Eucharistie. Le clergé méthodiste, ainsi que le pape François, ont également suggéré que les fidèles pratiquent la communion spirituelle pendant la pandémie COVID-1925,26,27.

catholicisme

De nombreuses églises ont sonné les cloches de leur église cinq fois par jour pour la liturgie des heures comme appel à la prière au milieu de l’épidémie de coronavirus. 28 En Espagne, de nombreuses villes ont annulé leurs festivités de la Semana Santa (5-11 avril) - événements normalement importants avec défilés et dépenses touristiques importantes - à la mi-mars à la suite de la pandémie ; à Séville, c’était la première fois que les fêtes étaient annulés depuis 1933 29

A man wearing purple vestments and standing at an altar uses a mobile phone camera to record himself. Empty pews are visible in the background.

Un aumônier militaire américain se prépare pour un service en direct dans une chapelle vide à Offutt Air Force Base en mars 2020

Le Vatican a annoncé que les célébrations de la Semaine Sainte à Rome, qui ont lieu au cours de la dernière semaine de la saison pénitentielle chrétienne du Carême, ont été annulées1. Le diocèse de Rome fermant ses églises et ses chapelles, la place Saint-Pierre est désormais vide de pèlerins chrétiens ; d’autre part, l’archidiocèse de New York, bien qu’annulant les services, a laissé ses églises ouvertes pour que les passants puissent y prier. Donnant l’exemple aux églises incapables de célébrer les messes publiques en raison de l’isolement, le pape François a commencé à diffuser en direct les messes quotidiennes depuis son domicile de Domus Sanctae Marthae le 9 mars. 30 Dans l’archidiocèse de Portland, en Oregon, une approche différente a été brièvement adoptée, car l’archevêque Alexander Sample a demandé aux paroisses de célébrer plus de messes afin que chaque messe soit moins fréquentée ; 31 cependant, le resserrement des restrictions sur les rassemblements publics dans l’Oregon a même conduit l’Archevêque Sample à suspendre les messes publiques à partir du 17 mars. 32

Le 27 mars 2020, le pape François a donné la bénédiction Urbi et Orbi, normalement réservée pour Noël et Pâques, depuis une place Saint-Pierre vide à la suite d’une prière pour la santé du monde entier33,34. Pour le service de prière, François a apporté le crucifix de San Marcello al Corso, qui avait traversé les rues de Rome lors de la guérison miraculeuse de peste de 152235.

Islam

Sanctuaire Shah Abdol-Azim fermé à Rey, Iran

Il a été à craindre que le virus soit difficile à contrôler pendant les voyages et les rassemblements autour du Ramadan et de l’Aïd al-Fitr36. Les congrégations pour les prières de Taraweeh pendant le Ramadan ont été annulées dans plusieurs pays car les mosquées du monde entier ont été fermées. 37,38 Le Conseil des savants seniors d’Arabie saoudite a exhorté le monde musulman en général à se préparer pour le Ramadan tout en respectant les mesures de santé préventives et préventives concernant les actes de culte, ce qui inclut d’éviter les rassemblements tels que les repas communs d’Iftar et de Suhur39.

judaïsme

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Juifs orthodoxes priant sur leurs porches en raison de la fermeture des synagogues. Avril 2020 à Borough Park, Brooklyn

Au Mur occidental, des milliers de Juifs se sont rassemblés pour prier le 15 février pour mettre fin à la pandémie de coronavirus, dirigée par le grand rabbin de Safed Shmuel Eliyahu. 5 Le 12 mars, lorsqu’à la suite d’une demande de la police, les rabbins en chef israéliens David Lau et Yitzhak Yosef ont ordonné aux Juifs pratiquants d’éviter de visiter le lieu saint, peu de gens ont continué à prier. 40 Cependant, même lorsque le gouvernement a interdit les prières collectives avec un minyan (quorum de prière public de 10 personnes ou plus) le 30 mars, une dérogation spéciale a été accordée afin que les prières puissent se poursuivre au Mur occidental trois fois par jour41.

De nombreux rassemblements liés aux célébrations juives de Pourim et de Pâque ont été annulés en raison de la pandémie de COVID-1942.

Le Conseil rabbinique d’Amérique, parlant au nom du judaïsme orthodoxe, a publié une directive stipulant que ’les rassemblements publics dans les synagogues et les écoles devraient être sévèrement limités’1. L’Assemblée rabbinique, parlant au nom du judaïsme conservateur, a déclaré que ’la protection de la vie humaine l’emporte sur presque toutes les autres valeurs juives’ et a recommandé que les mariages soient reportés.

Le grand rabbin Warren Goldstein a suspendu les synagogues d’Afrique du Sud.

Le grand rabbin du Royaume-Uni a conseillé la suspension du culte juif dans les synagogues. 43

hindouisme

Lire le média

Ram Navami, temple Ram Mandir au coeur de Bhubaneswar est déserté.

Le festival de Panguni Uthiram, généralement associé aux processions, a été annulé en raison de la pandémie de COVID-19. 44 Le gouvernement népalais a accordé la permission à seulement 25 pèlerins à la fois dans le saint temple de Pashupatinath à Katmandou, au Népal45.

Sikhisme

La Coalition Sikh a recommandé l’annulation des services aux gurdwaras1. En outre, de nombreux gurdwaras sikhs ont suspendu l’offre de nourriture gratuite aux visiteurs des gurudwara et ont décidé de diffuser la lecture des Écritures en direct. 46 Le Central Sikh Gurdwara Board a recommandé que les Sikhs âgés restent à la maison, bien qu’il ait autorisé les mariages qui devaient avoir lieu. Les Nagar Kirtans associés à la fête de Vaisakhi au printemps ont également été suspendus ou reportés. 47

bouddhisme

Le Corps culturel du bouddhisme coréen, qui permet aux visiteurs de vivre la vie monastique dans cent trente-sept temples, a suspendu ce programme48.

Les Églises bouddhistes d’Amérique ont annulé les services pour les vacances de printemps de Higan et d’autres événements dans plusieurs de leurs temples. 49

Il a été à craindre que le virus soit difficile à contrôler pendant les déplacements et les rassemblements autour de Vesak.

Recherche

Le 8 mars 2020, des universitaires italiens de droit et de religion de l’Association des universitaires sur la réglementation juridique du phénomène religieux ont lancé un projet de recherche, coordonné par le Professo Pierluigi Consorti de l’Université de Pise. Ils ont créé un site Web pour recueillir des documents et de brefs commentaires sur la religion, la loi et l’urgence COVID-19. [réf. nécessaire] [ citation nécessaire ]

Voir également

Source le l’article complet avec les références : https//fr.wikipedia.org/wiki/Cons%C3%A9quences_de_la_pand%C3%A9mie_de_Covid-19_sur_les_religions

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4 ter. La religion au temps du coronavirus par Jean-Louis Schlegel mai 2020 – Référence ‘esprit.presse.fr’ #Religion #Covid-19

Dans un contexte tragique, le besoin de religion se fait sentir. Le confinement pose alors la question du numérique, mais le virtuel risque de renforcer les tendances identitaires et traditionnalistes des religions. 

« La crainte du maître est le commencement de la sagesse 1 », écrit Hegel paraphrasant la Bible (psaume 111,10). Dans la Bible, ce maître est Dieu. Chez Hegel, c’est la mort. De son côté, n’importe quel sociologue de la religion sait que les chiffres de la foi et de la pratique augmentent en temps de guerre, notamment chez les soldats. Qu’en est-il au temps du coronavirus, dans une France et une Europe où le christianisme, catholique et protestant, «  établi  » de longue date est en chute libre  ? En l’absence de statistiques, on peut tenter quelques réflexions à partir de choses vues et entendues. Auparavant, quelques rappels historiques ne seront pas inutiles.

Avant le confinement

« De la peste, de la famine et de la guerre, délivre-nous, Seigneur ! » (A peste, fame et bello, libera nos, Domine !) Dans les litanies des Saints, la peste vient en premier dans l’ordre des catastrophes. Sans surprise  : l’épidémie (de la peste noire) apparue en Europe et en Afrique du Nord au milieu du xive siècle a inscrit un effroi sans pareil dans la mémoire européenne. La foudre et la tempête ainsi que le tremblement de terre sont mentionnés dans les deux invocations qui précèdent, et celle qui suit demande la délivrance de la « mort perpétuelle »  : les litanies laissent-elles entendre dans cet ordre un degré de gravité croissant des catastrophes qui peuvent nous atteindre  ? N’est-ce pas plutôt la mort précoce qui paraît aujourd’hui le malheur suprême 2  ?

Dans la version française de ces litanies, datant du concile Vatican II, les invocations qui implorent une «  libération  » de tout Mal ont tout simplement disparu. Sans doute pour deux raisons principales  : sortir de la pensée magique, qui fait intervenir Dieu immédiatement dans la marche du monde et dans les causes secondes (y compris dans notre libre arbitre), et admettre, du moins pour les catastrophes très naturelles, voire très humaines, que la science est capable de les expliquer et potentiellement de nous en délivrer.

Cet espoir était au mieux une vision très optimiste, au pire une formidable illusion. À peine une dizaine d’années après, vers les années 1980, on ne parlait plus que du «  retour du religieux  » ou de «  l’irrationnel  » (comme s’ils avaient jamais disparu  !). Outre la nouvelle vigueur, largement sur la base de la «  tradition  » réaffirmée, des religions et des Églises historiques, outre la puissante déferlante des Églises évangéliques, fondamentalistes et pentecôtistes, face au protestantisme établi plutôt libéral, outre la déterritorialisation généralisée des grandes religions du monde (expansion du bouddhisme et de l’islam en Occident), le phénomène sectaire faisait l’objet de multiples dénonciations et devenait un problème de société. Les croyances ésotériques et les religiosités ajustées à l’individualisme semblaient pulluler  : les promesses de la modernité rationnelle, soutenues par l’inventivité et les progrès techniques, faisaient long feu, n’en déplaise aux militants, laïques ou non, de la rationalité. Et nous en sommes toujours là, alors que la visibilité religieuse n’a cessé de gagner depuis deux ou trois décennies, irritant les militants de la laïcité et incitant même des sociologues de la religion à parler de «  désécularisation  »  ?

Le confinement : résistances et soumissions

Comment s’étonner, dans ces conditions, que l’effroi et l’impuissance devant le coronavirus réveillent sans grande résistance les peurs et les angoisses de toujours, le besoin de consolation, de protection et de sécurité, d’espérance contre toute espérance  ? Et, au grand dépit ou à la fureur des amis de la raison éclairée (ou de la foi éclairée par la raison), le désir de la délivrance sans médiation qu’imploraient les litanies des Saints  ?

Le confinement a sans doute évité l’exhibition publique d’un certain nombre de manifestations religieuses incongrues (exorcismes, eau bénite pour chasser le mal…) chez des modernes férus de rationalité et de science médicale. Le plus visible – et le plus contesté – a été le refus catégorique, perçu comme fortement irrationnel, de certains groupes radicaux et de certains dirigeants politiques de se conformer aux consignes de confinement, notamment à l’interdiction de rassemblements pour le culte et la prière. Sur ce point, on a constaté une étrange alliance mondialisée entre intégristes catholiques, évangéliques protestants aux États-Unis (soutenus d’abord par Donald Trump), au Brésil (avec l’approbation bruyante de Jair Bolsonaro), en Afrique, à Singapour, en Corée du Sud  ; ultra-orthodoxes juifs en Israël (sans l’aval du gouvernement Netanyahou) et ailleurs  ; chiites iraniens à Qom, la ville sainte (avec le soutien des autorités civiles et religieuses)  ; musulmans sunnites en Inde (contre l’interdiction du gouvernement hindouiste qui les opprime). En France, même s’il a joué un rôle décisif dans l’expansion de la pandémie en région Grand-Est, on ne saurait cependant mettre sur la sellette un rassemblement évangélique de plus de 2 000 participants, trois jours durant, à la Porte ouverte chrétienne de Mulhouse, une sorte de mega-church bien connue dans le monde évangélique français  : ce rassemblement n’avait pas encore été interdit par les mesures nationales de confinement, et les autorités locales ne sont pas intervenues pour le déconseiller (sans compter que le président de la République était en Alsace à ce moment-là). Néanmoins, indirectement, cet épisode malheureux, relié à d’autres déclarations de refus arrogantes venues de chrétiens évangéliques, n’aura pas contribué à améliorer leur image et celles d’autres radicaux religieux.

Le confinement a été en général rigoureusement respecté par les grands groupes religieux et leurs dirigeants. C’est exclusivement du côté des religieux plus ou moins radicaux, ou «  réactionnaires  », qu’a été posée la question politique du droit de l’État d’interdire, au nom du confinement, le culte et les assemblées publiques des groupes religieux. Le confinement est éprouvant pour tout le monde à des degrés divers. La difficulté particulière des religions, il faut le reconnaître, vient de ce qu’il limite ou empêche des pratiques cultuelles à leurs yeux centrales – celles qui se déroulent dans les églises, les temples, les synagogues, les mosquées, les pagodes, etc., mais aussi une facette centrale de leur rôle social ou sociétal  : l’accompagnement des malades et des mourants (et de leur famille) et leur présence lors des funérailles religieuses réduites au rituel minimal (quel que soit, à cet égard, le degré d’appartenance et du sentiment religieux des familles). S’ils sont privés de leurs fonctions cultuelles habituelles, nombre de prêtres, de pasteurs, de rabbins et d’imams ont sans doute été davantage sollicités dans les situations de détresse et d’angoisse créées par la pandémie et le confinement, pour assumer le rôle difficile d’une parole qui met des mots sur la douleur.

Cela ne suffit pas aux croyants radicaux, traditionalistes en tous genres. Chez la plupart, par exemple les catholiques proches de la fraternité Saint-Pie-X (peu nombreux en soi, mais militants), la résistance au confinement était avant tout fondée sur le principe selon lequel la loi de Dieu l’emporte sur la loi des hommes 3.

Ainsi, selon un abbé de cette tendance, « les évêques de France étaient dabord en droit dexaminer si le bien commun de la Cité n’était pas malmené, dans la mesure où une loi civile digne de ce nom ne saurait entraver la diffusion des biens surnaturels 4 »… Dans cette affaire, les évêques de France et d’ailleurs n’auraient étalé que leur «  lâcheté  » face à l’État. Forts de ces principes, et alors que l’Église respecte strictement le confinement (ne serait-ce que pour des raisons de bien commun, au nom de la vie d’autrui à préserver), le clergé et les fidèles de la fraternité Saint-Pie-X se sont autorisés à célébrer une «  veillée pascale  » dans la nuit du samedi au dimanche de Pâques, dans l’église de Saint-Nicolas-du-Chardonnet à Paris 5.

Retours multiples de la tradition

D’autres comportements, plus indolores, ont suscité l’ironie ou l’irritation des croyants attachés à une «  foi moderne  »  : ainsi de la bénédiction de la ville de Paris avec le Saint-Sacrement, depuis le Sacré-Cœur de Montmartre, par l’archevêque de Paris, Mgr Aupetit. Il avait été précédé par des prêtres parcourant les rues de leur ville ou de leur paroisse avec l’ostensoir (parfois, une image édifiante, archi-traditionnelle pour le coup dans l’imagerie pieuse, montrait des fidèles s’agenouillant dans la rue au passage du corps du Christ). Un confrère de Mgr Aupetit, l’archevêque de Panama, a fait mieux en pratiquant cette bénédiction à partir d’un hélicoptère survolant la ville… Un abbé ensoutané bien connu, qui a ses «  fans  » en France, a aussi fait l’éloge de la Médaille miraculeuse, remède infaillible pour se protéger contre l’épidémie (pour celui qui a la foi, suppose-t-on)6. Je ne sais s’il faut ajouter dans la panoplie des défenses «  religieuses  », devant la maladie et dans le confinement, la méditation, le yoga et d’autres pratiques  : elles relèvent plutôt du développement personnel.

En général, on peut dire que la part du monde catholique la plus classique a repris à son compte la demande des litanies  : prier pour être délivré du mal, sans qu’on sache très bien quel est le rôle de Dieu dans la plaie du coronavirus qui frappe le monde et non plus, comme les dix plaies bibliques, le pays d’Égypte (dans Exode 7-12). Mais l’Égypte était punie à cause de Pharaon qui ne voulait pas laisser partir les Hébreux – une explication de la pandémie comme châtiment divin qu’en France personne n’a reprise, que je sache, à son compte. Comme l’a souligné Dominique Collin, un jeune dominicain, si l’on dit que Dieu n’a rien à voir dans tout cela, pourquoi l’invoquer – sinon pour (se) faire du bien et apporter la consolation à notre détresse 7. Mais dans ce cas, on serait tout simplement dans la vogue des prières et des célébrations de guérison qui a touché l’Église catholique ces derniers temps.

Collin se demande plutôt si la « question qui semble préoccuper les gens d’Église » ne serait pas  : « Comment fonctionner à tout prix ? » Il fait allusion ainsi au débat intra-catholique en réalité le plus vif, celui qui a fait rage sur les réseaux sociaux  : le remplacement de la messe réelle, avec une assemblée (une eccclesia) présente, rendue impossible par le confinement, par des vidéos où le prêtre (parfois avec un ou deux autres prêtres) célèbre une messe filmée et suivie par les fidèles chez eux, dans leur salon, sur leur terrasse ou ailleurs. On peut d’ailleurs étendre au-delà de la messe, à toutes sortes de pratiques traditionnelles (l’adoration du Saint-Sacrement par exemple), cette manière de contourner l’impossibilité de se réunir. Il faut assurer la messe  : tel est le mot d’ordre. D’où vient le débat  ?

Le virtuel dans sa splendeur ambiguë

Reproche est fait à cette «  virtualisation  », souvent due à des prêtres plutôt traditionnels, de déplacer purement et simplement l’existant du réel au numérique. Ce faisant, ils accentueraient le cléricalisme ou la cléricalisation catholique, qui faisait l’objet de nombreuses critiques ces derniers temps. Ils créeraient un précédent dangereux pour l’avenir  : les prêtres, de plus en plus rares, utiliseront habituellement et avantageusement la vidéo pour la messe et les actes liturgiques. Ils empêcheraient aussi les laïcs d’inventer des formes nouvelles de liturgies «  domestiques  » (des célébrations en famille, des lectures de la Bible ou d’autres livres 8…). Comme le dit une observatrice québécoise  : « Les croyants sont déjà spectateurs dans les églises ; doivent-ils l’être en plus dans l’espace numérique ? Cette situation donne à voir un cléricalisme-spectacle qui montre encore à quel point les fidèles sont passifs, non participatifs et peu formés dans la foi. C’était pourtant ce que le concile Vatican II voulait transformer… il y a 60 ans9.  » L’Église se montrerait, par la grâce du virtuel, « sans fard comme on pensait ne plus la voir, blanche, mâle et sacerdotale 10  », et, selon certains, plus que jamais soutien de la famille traditionnelle. « Nous avons vu, ces derniers jours, une déferlante d’options virtuelles. Leur multiplication est inversement proportionnelle à leur originalité. Partout, le sacramentel se donne en spectacle. Majoritairement, des prêtres filment leur messe privée en l’offrant à leurs contacts sur Facebook 11. » Plus sévère encore, Dominique Collin considère que « bien que le confinement la contraigne à une sorte de chômage technique insupportable, l’Église trouve, grâce aux artifices de la technique, les moyens d’assurer une maintenance sans faille et sans interruption (c’est-à-dire sans tempus clausum, qui est le temps rond offert au silence, le temps lent de la patience, qui ne peut être ni abrogé ni abrégé) 12 ».

Au-delà de ce débat typiquement catholique, on voit bien que paradoxalement, c’est la question de l’usage du numérique qui est posée aux religions par la pandémie du coronavirus ou, a contrario, celle de l’envahissement de tout le réel religieux, particulièrement «  incarné  », dans des corps charnels et sensibles, réellement présents lors d’assemblées réelles, par le virtuel aseptisé. Du reste, au-delà du religieux, ne ressentons-nous pas tous déjà à quel point nous manquent, dans l’envahissement de nos vies par toutes les techniques numériques qui permettent le lien et le contact, les rencontres réelles, les dialogues face à face, le «  corps-à-corps  » finalement et les rencontres non conditionnées par le confinement  ?

Le pire n’est pas toujours sûr, mais grâce aux possibilités de streaming, le virtuel en temps de confinement risque plutôt de renforcer ou de consolider les tendances déjà à l’œuvre, diversement mais fortement, dans les religions, en l’occurrence les tendances identitaires et traditionalistes, éventuellement sectaires. L’utilisation intense des moyens de communication anciens et nouveaux par des groupes fondamentalistes a été remarquée dès que ces moyens (cassettes, vidéos, puis Internet) sont apparus dans les années 1980 (on a encore vu avec Daech à quel point ce groupe était compétent dans leur manipulation). Dans l’Église catholique en tout cas – mais les autres religions sont aussi, autrement, concernées –, ils pourraient favoriser le confinement paresseux dans l’ancien plutôt qu’une réflexion dans le sens d’une sortie du cléricalisme et de la «  culture de l’abus  » où elle est enfoncée.

Certes, le malheur concret que représente pour beaucoup l’entrée en scène du Covid-19 dans leur vie ou celle de proches et d’amis peut réveiller aussi, à la marge, une intériorité absente, un sens du tragique, des questions de fond comme celles du mal (et de la mort). On a souligné ci-dessus combien était possiblement revalorisé le rôle d’accompagnement et de présence spirituelle – des «  ministres de culte  » et d’autres croyants. Des voix se sont aussi élevées pour dénoncer l’attachement excessif à la vie biologique, à la survie (fût-elle confinée) plutôt qu’à la vie bonne. Théoriquement, c’est vrai. Une discussion aurait pu s’ouvrir sur le sens du «  donner sa vie  » ou «  risquer sa vie  » au temps du coronavirus 13.

Mais c’est peut-être réservé aux âmes d’élite. Pratiquement, on sait bien que pour la masse des croyants moyens ou médiocres, les situations de fragilité et d’incertitude en appellent, comme chez le commun des mortels, d’abord à la consolation et aux certitudes retrouvées  : il s’agit d’abord de sauver sa vie (biologique) et non de risquer de la perdre, ou de discerner ce qui importe vraiment, «  ce qui manque  » comme dirait Jürgen Habermas.

Source de l’article complet avec les références : https://esprit.presse.fr/article/jean-louis-schlegel/la-religion-au-temps-du-coronavirus-42714

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Rubrique B- Les philosophes prolixes pendant la pandémie de COVID-19

5.
Covid-19. La philosophie face à l’épidémie - Publié le 21/04/2020 - Mis à jour le 24/04/2020 - Entretien avec l’historienne de la philosophie, Claire Crignon, maîtresse de conférences à la faculté des Lettres.

Alors que la pandémie de Covid-19 bouleverse notre quotidien et soulève des questions existentielles, l’historienne de la philosophie et cofondatrice de l’Initiative Humanités biomédicales, Claire Crignon, nous éclaire sur le rôle de la philosophie dans cette crise sanitaire.

Aujourd’hui la demande adressée à la philosophie par les médecins semble principalement concerner l’éthique. Quel rôle, plus globalement, peut jouer la philosophie dans la crise actuelle ?

Claire Crignon1 : Les philosophes doivent se garder de toute récupération et éviter de donner l’impression qu’il est possible de donner un sens à tout ce que nous vivons. Il y a beaucoup d’incertitudes et d’ignorance dans la situation actuelle. La première des choses à faire quand on est philosophe et pas médecin, est donc de rester modeste, et de ne pas commencer à vouloir dire aux médecins quelles décisions ils devraient prendre ou comment ils devraient se comporter. Les philosophes ne sont pas là pour donner des leçons de morale. Par contre, ils peuvent analyser les phénomènes de « panique morale » qui surgissent tout particulièrement dans les moments de crises, que ce soient des catastrophes naturelles (pensons au tremblement de terre de Lisbonne de 1755 et à toute la réflexion qu’il a suscité sur le mal) ou lors d’évènements dramatiques, comme les attentats.

Dans cette crise, il y a des questionnements éthiques autour de la question des décisions de réanimation et d’un possible « tri » des patientes et des patients. Il y a aussi des questionnements éthiques importants autour de la pratique des expérimentations thérapeutiques et de la légitimité à introduire des traitements dont on pense qu’ils sont efficaces sans être passés par la procédure des essais cliniques contrôlés. Or ces questions ont une histoire (le tri des malades fait partie de la médecine de guerre et de la médecine d’urgence) et leurs enjeux épistémologiques2 et éthiques ont été analysés.

Le danger, en faisant comme si ces questions étaient apparues avec l’épidémie, est de susciter un emballement médiatique avec des polémiques sans fin, des pétitions, des théories complotistes, de la dramatisation et un traitement spectaculaire de l’information. Il est donc utile et nécessaire d’avoir une réflexion rigoureuse associant l’épistémologie, l’histoire et l’éthique dans une situation où il est très difficile pour les citoyennes et les citoyens de se faire une opinion.

Quelles questions philosophiques soulève cette pandémie ? 

C. C. : Il est important de ne pas cantonner la réflexion à l’éthique et d’avoir une approche plus large de la situation que nous traversons. Cette crise interroge aussi la santé mentale, les conditions de travail dans notre société, les choix politiques qui ont été faits, le modèle social, politique et économique qui est le nôtre. Plus fondamentalement encore notre rapport à la nature, à l’environnement, aux animaux sauvages. Nous avons eu tendance à nous considérer à l’abri de ce type de catastrophe sanitaire, ce qui peut conduire à une situation de déni. La crise actuelle interroge la notion même de progrès médical et le défi que constituent toujours les situations où l’on doit soigner des patientes et des patients, dans l’absence de moyens et dans l’urgence, tout en étant dans l’incertitude concernant la nature de la maladie, les traitements et un éventuel vaccin.

Nous avons peut-être eu tendance à oublier que la médecine n’est pas une science infaillible et toute puissante, mais qu’elle est d’abord un art. Un « art » certes « au carrefour de plusieurs sciences », selon Georges Canguilhem, mais un art qui est aussi caractérisé par la faillibilité, l’incertitude, la relation interpersonnelle entre soignants et patients. Sans effort et soutien réel de l’Etat, sans financement important et récurrent des structures et des projets de recherche, le progrès (dans n’importe quel domaine que ce soit) n’est qu’un vain mot. La question de la nature des maladies et en particulier celle des maladies dites « émergentes » constitue aussi un objet à interroger philosophiquement.

Enfin, je vois quelque chose d’inédit dans le fait de vivre une situation où tout citoyen devient potentiellement un patient à qui il incombe la responsabilité non seulement de surveiller sa santé et de détecter les signes de la maladie, mais aussi de ne pas risquer de contaminer les autres et de mettre en danger le système de soin. La « démocratie sanitaire » devient ici une réalité tangible, avec tous les risques de paternalisme, de moralisation et de culpabilisation des citoyennes et citoyens dont on a déjà eu des signes perceptibles de manifestation.

Plus globalement, cette situation nous invite à nous questionner sur la manière dont nous pouvons habiter le monde et dans quel monde nous voulons vivre. Il y a là un énorme défi à affronter.

D’après Hippocrate, « il faut transporter la philosophie dans la médecine et la médecine dans la philosophie ». Selon vous, faut-il aller vers plus d’interdisciplinarité entre ces deux domaines ?

C. C. : Pour Hippocrate, médecins et philosophes s’intéressent tous deux aux phénomènes naturels, ils cherchent à comprendre les principes de la vie. Mais, cette relation entre médecine et philosophie ne peut pas se penser aujourd’hui comme elle se pensait dans l’Antiquité, au Moyen-âge ou à l’époque moderne. Au XXIe siècle, nous avons à faire à deux disciplines bien distinctes qui ont chacune leur autonomie, le « transport » dont parle Hippocrate ne peut donc avoir la même signification.

Par ailleurs, pendant l’Antiquité on voyait dans la médecine un modèle pour interroger la philosophie (la philosophie comme médecine de l’âme). Aujourd’hui, le rapport s’est inversé. Les médecins s’adressent parfois aux philosophes comme à des modèles de sagesse. Or, selon moi, le rôle des philosophes n’est pas de guider les médecins ni de s’immiscer dans leur pratique.

Favoriser l’interdisciplinarité en recherche et formation est en revanche souhaitable, même si ce dialogue met du temps à se concrétiser. Alors que les médecins travaillent dans un temps court, qui est celui de l’urgence médicale, les chercheuses et chercheurs en sciences humaines et sociales (SHS) travaillent dans un temps long. Pour stimuler la réflexion critique sur les pratiques médicales et la recherche biomédicale, il faut donc rester humble et prendre le temps d’aller dans les services, rencontrer les équipes, comprendre les enjeux scientifiques de leurs programmes de recherche et collaborer avec des spécialistes d’autres disciplines.

L’Initiative Humanités biomédicales

Résultat d’une démarche interdisciplinaire initiée depuis plus de quatre ans par les trois facultés de Sorbonne Université, cette initiativea un double objectif à la fois de formation et de recherche. Elle a d’abord pris forme autour du projet de la faculté des Sciences et Ingénierie de monter des formations interdisciplinaires dans le champ de la santé (la mineure innovation et santé). Une demande qui est désormais accentuée par la possibilité pour des étudiantes et étudiants de la faculté des Lettres d’accéder aux études médicales.

L’initiative s’est aussi structurée autour de la recherche. Au sein du site de recherche intégrée sur le cancer (Siric) Curamus, qui a démarré en 2018, les humanités bio-médicales constituent un axe de recherche transversal aux programmes de recherche médicaux sur les cancers rares.

Dans le cadre de l’Initative des Humanités biomédicales, vous travaillez avec le Siric Curamus. Quelles conséquences pourrait avoir l’épidémie sur les recherches qui y sont menées en humanités biomédicales ?

Les recherches médicales menées au sein de ce Siric portent sur les cancers rares. Aux côtés des médecins, nous avons constitué un groupe interdisciplinaire autour des humanités biomédicales incluant la philosophie, la sociologie, l’information-communication. Un véritable travail d’acculturation a été réalisé notamment à travers la présence des chercheuses et chercheurs SHS dans les services hospitaliers et la réalisation d’entretiens avec le personnel soignant et les patients (par exemple, sur la question de la place des émotions dans la relation thérapeutique).

Certains patients souffrant de ces cancers rares sont plus vulnérables parce qu’immunodéprimés. Ils développent parfois des formes plus graves du Covid-19. Nous savons que si ces patients sont touchés, la difficulté pour accéder aux services de réanimation sera très grande. Cette épidémie permettra donc d’interroger comment certaines situations de crise sanitaire peuvent accentuer la vulnérabilité de patients déjà atteints de maladies rares.

Bien avant cette crise, nous avions aussi commencé à mettre en place un dispositif de « café de réflexion » afin de favoriser les échanges entre les personnels soignants, les patients et les chercheurs en SHS. Je pense que ces moments d’échange seront particulièrement importants une fois la crise surmontée. Tout comme l’est l’Université des Patients (C. Tourette-Turgis) qui propose déjà une réflexion sur les situations de stress post-traumatique.

1 Maîtresse de conférences à l’UFR de philosophie de la faculté des Lettres

2 Relatif à l’étude critique des sciences et de la connaissance scientifique.

Dans la même série :

Inscriptions 3e cycle de médecine - Sorbonne Université - Faculté de Médecine

Source : https://www.sorbonne-universite.fr/dossiers/covid-19-nos-recherches/covid-19-la-philosophie-face-lepidemie

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6.
Ressources philosophiques sur l’épidémie du Covid-19 Par Juliette Ferry-Danini * (photo) Apr 8 2020· - Liste mise à jour avec Samuel Lepine, maître de conférences en philosophie à l’université Clermont Auvergne

Juliette Ferry-Danini Philosopher — Docteure en philosophie, passée par Sorbonne Université et Lyon

Ressources en français - Articles de vulgarisation :

Illustration - Musa reading a volumen (scroll), at the left an open chest. Attic red-figure lekythos, ca. 435–425 BC. From Boeotia (Louvre, domaine public)

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7.
Vidéo en live 1:41:03- Philolive #14. covid-19, politique & philosophie - Vincent Cespedes - 15 mars 2020

Philolive nº14 (en direct jusqu’à 22h) – Philosophie directe avec Vincent Cespedes, en duo avec VOUS, mes copilotes ! Partageons un maximum ! Le Philolive💡, c’est 100 minutes de philosophie directe par Vincent Cespedes, chaque dimanche à 20h20 (heure française). Une expérience d’intelligence connective unique au monde ! Les dix premières minutes sont consacrées à l’accueil des « copilotes » (vous tous, les internautes), et aux partages sur le maximum de réseaux. Puis le vrai dialogue commence à la 10ème minute, avec ou sans invité, lorsqu’on passe en noir et blanc. Chaque message pertinent est alors intégré à la discussion en direct ! #philosophie #covid19 #coronavirus

https://www.youtube.com/watch?v=iP7AT8hXHlM

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8.
Covid-19. Les philosophes face à l’épidémie - Accès à 28 articles publiés le 16 mars 2020

À l’heure actuelle, l’Italie est confinée, la France a fermé écoles et lieux publics, des frontières se ferment… - Les philosophes que nous avons interrogés projettent sur cet événement global leur concept central. Articles de ce dossier

Article 6 min Gunnar Olsson : “En Suède, le virus nous a surtout donné l’occasion d’affirmer notre obéissance et notre nationalisme” - Alexandre Lacroix 12 mai 2020

« En n’imposant pas de confinement et en gardant écoles, bars et restaurants ouverts, la Suède a choisi une stratégie unique dans l’Union européenne. Le grand géographe... »

Article 7 min Byung-Chul Han et le retour de l’ennemi - Octave Larmagnac-Matheron 05 mai 2020

« Le philosophe allemand Byung-Chul Han, qui avait annoncé l’avènement d’une société transparente et sans véritable adversaire extérieur, reconnaît que le... »

Article 6 min André Comte-Sponville/Francis Wolff. Préférons-nous la santé à la liberté ? - Martin Legros 29 avril 2020

« Pour André Comte-Sponville, la pandémie du Covid-19 est moins grave qu’on le croit alors que le confinement, lui, menace l’économie et les libertés. De son côté... »

Article 7 min Manon Garcia : “Les hommes n’ont plus d’excuses” - Naomi Hytte 23 avril 2020

« La crise du Covid-19 bouleverse de façon différenciée la vie des femmes : pour certaines, c’est le confinement et le risque d’une double charge mentale ... »

Article 9 min Alexis Lavis : “En Chine, la discipline ne se relâche pas” - Martin Duru 21 avril 2020

« Professeur de philosophie à Pékin, Alexis Lavis a vécu le développement de l’épidémie entre Chine et France. Il nous raconte son expérience, son quotidien, et... »

Article 10 min Achille Mbembe : “L’‘homme occidental blanc’ ne peut plus faire comme si la mort ne le concernait pas” - Victorine de Oliveira 20 avril 2020

« La pandémie de Covid-19 a fait ressurgir des réflexes racistes, stigmatisant tantôt les Chinois, tantôt cet “autre” indéfini et potentiellement agent de la... »

Article 8 min Tristan Garcia : “Au lieu de nous unir, l’épidémie accentue ce qui nous différencie” - Martin Duru 17 avril 2020

« Alors que le discours politique insiste sur l’unité nationale à l’heure du confinement et de la lutte contre l’épidémie, le philosophe Tristan Garcia estime au... »

Article 11 min Roger Berkowitz : “Aux États-Unis, nous affrontons l’inconnu menés par un président à la gestion hasardeuse” - Victorine de Oliveira 16 avril 2020

« Alors qu’aux États-Unis le nombre de morts du Covid-19 ne cesse d’augmenter, la gestion de la pandémie par le président Donald Trump pose question... »

Article 10 min Pacôme Thiellement : “La catastrophe révèle quelque chose qui merdait depuis bien plus longtemps” - Victorine de Oliveira 11 avril 2020

« L’arrivée du Covid-19 en France nous a stupéfaits, déboussolés, désorientés. Puis un étrange sentiment de déjà-vu est apparu chez les amateurs de séries télévisées... »

Entretien 16 min Nicolas Grimaldi : “Toute joie est partagée” - Catherine Portevin 09 avril 2020

« Dernier d’une génération de grands professeurs, ancien élève de Vladimir Jankélévitch, il a élaboré une réflexion profonde sur le temps de l’attente... »

Dialogue 12 min Pierre Zaoui. Comment ça va, avec la catastrophe ? - Catherine Portevin 07 avril 2020

« Au temps du coronavirus, Catherine Portevin, cheffe de la rubrique “Livres” de “Philosophie magazine” a relu “La Traversée des catastrophes”, manuel de... »

Article 10 min Michaël Fœssel : “Les politiques ont la tentation de faire de la crise un champ d’expérimentation autoritaire” - Alexandre Lacroix 31 March 2020

« Avant de spéculer sur le monde d’après et la sagesse qui sera la nôtre après cette crise majeure… regardons avec quelle aisance et quelle satisfaction les leaders des... »

Article 7 min Ollivier Pourriol/Cynthia Fleury. Les parents peuvent-ils réinventer l’école à la maison ? - Naomi Hytte 02 avril 2020

« En période de confinement, peut-on faire classe à la maison comme si on était à l’école – et maintenir la fameuse “continuité pédagogique” chère au... »

Article 6 min Françoise Dastur : “L’angoisse de la mort n’est nullement incompatible avec la joie d’exister” - Michel Eltchaninoff 28 March 2020

« Pour la philosophe, qui vit isolée à la campagne, le confinement peut être l’occasion d’instaurer un rapport au monde et à soi plus essentiel. En s’appuyant... »

Article 8 min Emanuele Coccia : “Le virus est une force anarchique de métamorphose” - Octave Larmagnac-Matheron 26 March 2020

« Depuis le début de l’épidémie de Covid-19, les virus envahissent les corps mais aussi les esprits. Mais que sont-ils vraiment ? Pour le philosophe Emanuele Coccia, ... »

Article 6 min Frédéric Worms : “La santé ne suffit pas à définir ce qui est vital” - Catherine Portevin 25 March 2020

« Les relations humaines et la justice sont tout aussi essentielles que les besoins organiques auxquels nos existences confinées semblent être réduites. C’est la... »

Article 6 min Agnès Sinaï / Vincent Mignerot. Le Covid-19, un tournant écologique ? - Alexandre Lacroix 24 March 2020

« Loin d’être unanimes, les penseurs de l’écologie se divisent actuellement autour de cette question. Si certains, comme la collapsologue Agnès Sinaï, se réjouissent... »

Article 6 min Miguel Benasayag : “Il faut accepter une discipline extérieure à soi et se forger un petit exosquelette” - Cédric Enjalbert 23 March 2020

« Que nous apprend la crise pandémique de notre fragilité ? Comment s’adapter à la solitude et à l’enfermement ? Le philosophe et psychanalyste Miguel... »

Article 10 min Frédéric Keck : “Nous n’avons pas l’imaginaire pour comprendre ce qui nous arrive” - Catherine Portevin 21 March 2020

« L’anthropologue Frédéric Keck est à sa manière un pisteur de virus. Fort de son expérience en Asie, il observe les “maladies de la mondialisation”. Ces pandémies de... »

Article 5 min La nouvelle lutte des classes - Denis Maillard 21 March 2020

« Et si l’épidémie, en faisant remonter en première ligne tous les travailleurs invisibles de la société de services, était le grand révélateur des fractures sociales ... »

Article 7 min Claire Marin : “L’intensité des relations revient, pour le meilleur et pour le pire” - Michel Eltchaninoff 20 March 2020

« La philosophe Claire Marin sait ce qu’est un confinement. Elle a traversé de longues périodes de maladie, qu’elle a tenté de comprendre à la lumière de la pensée... »

Article 8 min Julian Baggini : “Le point essentiel est d’accepter sa faiblesse, sa vulnérabilité” - Alexandre Lacroix 19 March 2020

« Face au Covid-19, le gouvernement de Boris Johnson ne prend à l’heure actuelle aucune mesure de confinement, misant sur l’“immunité collective” des Britanniques... »

Article 8 min Marcel Gauchet : “C’est un réveil du politique” Martin Legros 17 March 2020

« Lors de son allocution du 16 mars 2020, Emmanuel Macron soutient que la France est entrée “en guerre” contre le Covid-19. Dans un entretien exclusif, Marcel... »

Article 6 min Hartmut Rosa : “Nous sommes prêts à ralentir pour récupérer la maîtrise du cours des événements” - Alexandre Lacroix 18 March 2020

« Et si l’actuelle épidémie de Covid-19 nous rappelait que le monde est constitutivement indisponible, que nous ne saurions asseoir totalement notre... »

Article 6 min Slavoj Žižek : “Dans l’ordre supérieur des choses, nous sommes une espèce qui ne compte pas” - Slavoj Žižek 16 March 2020

« Face à une catastrophe, nous éprouvons déni, colère, dépression, puis acceptation. Qu’est-ce que cela peut vouloir dire pour une épidémie à l’échelle mondiale... »

Article 3 min Giorgio Agamben : “Un réel besoin d’états de panique collective” - Giorgio Agamben 16 March 2020

« Dans cet article paru dans la presse transalpine, Giorgio Agamben interprète la situation italienne, avec des mesures de confinement drastiques, à l’aune de son concept phare d’« état d’exception ». Au risque de flirter avec le conspirationnisme ? »

Article 3 min Cynthia Fleury : “Ne pas sacrifier toutes les libertés au nom du principe de précaution” - Cédric Enjalbert 16 March 2020

« Membre du Conseil consultatif national d’éthique (CCNE) auquel le gouvernement a demandé un avis concernant les « mesures de santé publique contraignantes » pour agir face au Covid-19, Cynthia Fleury éclaire les principes éthiques qui doivent guider... »

Article 5 min Peter Singer et Paola Cavalieri : “Une opportunité de modifier notre attitude envers les espèces non humaines” - Paola Cavalieri 16 March 2020

« Comme pour le Sras en 2016, le Covid-19 trouve son origine dans les « marchés humides » chinois, où des animaux sont parqués vivants et abattus à la demande... »

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Source https://www.philomag.com/dossiers/covid-19-les-philosophes-face-lepidemie

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9.
Covid-19 : ’Nous sommes aujourd’hui face à un cas machiavélien’ - De la philosophie pour prendre de la hauteur sur la crise sanitaire qui secoue la France. Par Marie Lyan @Mary_Lyan| 13/04/2020, Document ‘acteursdeleconomie.latribune.fr – Photo (Crédits : DR) LE MONDE D’APRES.

En cette période de confinement où entreprises et salariés sont contraints de fonctionner différemment, quel pourrait être l’impact de cet épisode sur le modèle de notre société demain ? Quelques éléments de réponse avec Thierry Ménissier, professeur de philosophie et responsable de la chaire Ethique et IA à l’Université Grenoble Alpes (UGA).

La Tribune - Depuis l’annonce d’une mesure de confinement, la société française ainsi que les entreprises semblent avoir pris la mesure, d’un coup, de l’ampleur d’une menace. Comment analyse-t-on les réactions face à une crise aussi inédite ?

Thierry Ménissier - Il faut dire que les grandes sociétés sécularisées, qui fonctionnent sans être dominées par une religion d’État, vivent très difficilement ces périodes de grandes maladies et de pandémies. Il suffit de se tourner vers le fondateur du protestantisme, le professeur de théologie Martin Luther qui voyait, dans l’épidémie de peste survenue en Allemagne, la main de Dieu. Dans ces sociétés, l’activité humaine était en effet relativisée et même si la pandémie le rappelait de manière vive, tout le monde en avait conscience.

C’est très différent dans nos sociétés actuelles, qui n’obéissent pas à un principe religieux et où le désarroi a l’air plus grand, car elles sont tournées autour de trois champs, que sont le politique, l’économique, et le domestique. Dans ce cas, la maladie et l’effet de blocage qu’elle induit, provoque un effet de sidération. Nous sommes en effet atterrés, sidérés, et l’on pourrait dire que cette période aura certainement des effets en matière de conscience et de réflexions sur les valeurs de notre société.

Cette prise de conscience sera-t-elle proportionnelle à la durée du confinement vécu aujourd’hui par les Français ?

Il est certain que les habitudes inscrites dans nos activités vont être transformées et seront obligées d’évoluer. Les gens n’auront peut-être plus du tout le même rapport à la suractivité que jusqu’ici, ainsi qu’aux phénomènes de surproduction, dont on pouvait déjà parler auparavant.

Cependant, il faut rappeler que la situation actuelle de confinement reste très tolérable pour beaucoup de gens, car il n’existe pour l’instant pas de pénurie fondamentale, ni de coupure sein des systèmes de communication. Alors qu’autrefois, la prière était vécue comme une forme d’extériorité, celle-ci est aujourd’hui transformée par la relation que nous entretenons avec Internet ou avec l’absorption de contenus culturels.

Pour quelle raison le confinement parait si difficile à accepter au sein de nos sociétés ?

On peut définir la société moderne comme une manière ingénieuse de juguler la peur de la mort, par l’intermédiaire de la technologie comme Internet et Netflix, qui offrent du divertissement et font penser à autre chose.

C’est la même chose avec le sport, qui est paralysé aujourd’hui, et qui donnait aux humains un moyen corporel de conjurer la violence. C’est un peu la même chose avec le milieu de travail extérieur au domicile, qui offrait à l’humain un cadre et une discipline.

Ainsi, certaines personnes vont ainsi ressentir, pour la première fois, la peur de la mort, qui peut être une expérience douloureuse si celle-ci ne trouve pas d’exutoire. La famille peut ainsi, dans ce contexte, redevenir une valeur fondamentale, mais à laquelle nous n’étions plus habitués car nous avions également beaucoup de bonheur à faire d’autres choses.

Quel pourrait être les impacts sur le plan économique de ces changements ?

Tout le monde avait déjà pris conscience que la globalisation pouvait être un problème, que ce soit sur le plan de la propagation d’un virus, ou des enjeux de production de médicaments ou de matières premières que cela peut causer, afin d’éviter des pénuries. Cela pourrait être un accélérateur d’une forme de prise de conscience, au même titre que pour le télétravail.

Car le fait de devoir travailler à distance va également transformer un certain nombre d’éléments au sein du management et des services RH, puisqu’on ne manage pas les équipes à distance de la même manière qu’en présentiel. C’est la même chose avec la relation de confiance qui doit être pensée différemment.

Il est également probable que le leadership se trouve à un tournant et puisse être incarné autrement que dans un organigramme figé, en faisant confiance aux échelons intermédiaires. Le management pourrait en conséquence en ressortir enrichi de devoir faire autrement que d’habitude.

Le Président de la République, Emmanuel Macron, a repris lors de son allocution des analogies à un vocabulaire ’guerrier’. Peut-on pour autant dire que l’on est en guerre ?

Cette métaphore guerrière est notamment appelée par la position du pouvoir exécutif qui, dans le cadre de la Ve République, a été fondé par un général ayant remporté la Seconde Guerre Mondiale. Il est certain que la métaphore guerrière habite le pouvoir exécutif depuis cette date, et que la tentation est fréquente.

Pour autant, les Français forment un peuple plutôt rétif à toute mesure coercitive, quelle que soit la réalité rencontrée. Et l’on a d’ailleurs bien vu à Paris que les gens n’avaient pas tendance à rentrer chez eux. Quoi qu’il en soit, dans la réalité d’une guerre contre un virus comme celui-ci, il existe une efficacité rhétorique qui semble avoir été réelle.

On parle de plus en plus d’enseignements qui pourraient être liés à la crise sanitaire que traverse notre société. Un tel épisode peut-il vraiment amorcer une forme de réflexion autour de ce qui est important au sein des organisations ?

L’une des prises de conscience qui pourrait être associée sera certainement celle des relations de proximité, qui pourrait contribuer à la réinvention des circuits courts. Et cela, pas uniquement d’un point de vue écologique ni économique, mais également avec une nécessité d’accorder de l’importance à l’égalité. Car même si l’on estime aujourd’hui qu’il n’existe pas de pénurie, le fait même de parler de difficultés d’approvisionnements amène la notion de frugalité.

On peut donc imaginer, dès lors, que des organisations privées puissent s’en inspirer afin de trouver de nouvelles opportunités sur les marchés, qui conjugueraient proximité et frugalité.

Même après cette crise, une frange de la population s’intéressera à ces notions de manière renouvelée, car son autonomie aura été menacée, tandis qu’une autre frange pourrait retourner un consumérisme de bon aloi.

Alors que le combat du Covid19 se déroule sur le terrain sanitaire, peut-il constituer un pas de plus vers une prise de conscience tournée vers l’écologie ?

Le philosophe allemand, Hegel (18e siècle), estimait déjà que ce sont les crises qui font que l’homme se rend compte de ses conditions. Personne n’aurait en effet imaginé qu’un petit virus comme celui-ci puisse paralyser le monde de cette manière. La collapsologie elle-même fait état de scénarios modifiant radicalement notre climat, ou encore résultant de la raréfaction majeure d’une ressource, mais le fait est que la crise est arrivée par un autre moyen. Cela nous renvoie à une forme d’humilité face à la puissance des choses et à son caractère imprévisible. Et en raison de cela, nous verrons probablement des effets sur la relation à notre environnement, comme un accélérateur.

Comment les organisations peuvent aller songer à l’après, au sein d’une telle crise ? Pourra-t-on redémarrer le travail comme avant ?

Il s’agit en effet d’une véritable inconnue. Il est certain que d’avoir une activité au ralenti, comme actuellement, est handicapant du point de vue économique, et va poser des questions quant à la reprise. Car même si le gouvernement a promis d’aider les entreprises afin qu’elles ne soient pas liquidées, il semblerait qu’aider des personnes qui puissent être en difficulté face à d’autres, qui ne l’était pas, influent également sur la compétitivité d’un point de vue purement économique.

D’autre part, on ne sait pas combien de temps durera le confinement ni dans quel état les gens en sortiront. Il est en tous les cas possible que les organisations de travail s’en trouvent modifiées, avec une accélération du recours au télétravail qui était jusqu’ici en cours, et que les entreprises freinaient pour de bonnes ou de mauvaises raisons. C’est la manière même de concevoir le travail par rapport aux postes de travail du XIXe siècle qui pourrait changer, lorsqu’on va comprendre que l’on peut être ensemble, tout en étant à distance.

Doit-on s’attendre à assister à une vague de relocalisations de certaines industries en Europe à l’issue de cette pandémie, dont on ne connait pas encore l’horizon ?

Tout va dépendre du secteur d’activité mais il est certain que les résistances vont s’en trouver amoindries après une telle crise. Il devrait probablement y avoir une prise de conscience, en se demandant notamment si la globalisation est vraiment quelque chose d’inéluctable, et de quelle manière se pense aujourd’hui les souveraineté au sein d’un monde globalisé. Cela pourrait poser beaucoup de questions sur l’industrie d’aujourd’hui. On sait déjà que transporter des produits partout sur la planète est une aberration d’un point de vue environnemental et la réalité nous met en cause aujourd’hui, en nous montrant comment on aurait pu faire différemment.

Quels conseils, tirés des sciences humaines et notamment de la philosophie, pourriez-vous donner aux chefs d’organisation qui sont aujourd’hui dans l’incertitude pour prendre de la hauteur ?

L’une des tâches qui nous attend sera de repenser la notion de responsabilité en entreprise, car le leadership de demain ne va pas fonctionner de la même manière. Il faudra être inventif et imaginatif pour donner la possibilité, au sein de la structure, de développer les choses autrement.

Le philosophe Nicolas Machiavel estimait qu’il était en réalité une chance de connaître une fortune contraire, car c’est notamment lorsqu’il existe cette fortune contraire que la capacité des gouvernements et des citoyens à agir se déclare. On peut donc dire que nous sommes aujourd’hui face à un cas machiavélien.

La notion de responsabilité, qui est entendue comme une délégation de responsabilités, pose la question de savoir à qui l’on peut faire confiance au sein de l’organisation et de quelle manière on peut élargir le cadre de l’autorité.

De nouvelles structures pourrait donc apparaître en matière de délégation de la responsabilité, afin de faire renaître la confiance ou même d’en faire naître de nouvelles formes. On pourrait même estimer que les organisations qui ne survivront pas seront celles qui n’auront pas trouvé cela.

Avant la crise, des questionnements évoquaient déjà la notion du sens en entreprise. Ce dernier pourrait-il s’en retrouver amélioré ?

La réinvention dont on parle concernera effectivement le sens, qui devra apparaître demain au sein des organisations, en vue de déterminer notamment ce qui est important dans l’activité que l’on réalise. Et l’on pourra d’autant plus y réfléchir que la crise nous aura permis d’échapper à une forme de routine. Sans forcer les choses, c’est presque une forme d’opportunité qui s’ouvre à nous car nous n’avons pas l’habitude de nous poser ce genre de questions. Mais aujourd’hui, il est impossible de faire comme si, compte-tenu du fait que l’on ne sait pas combien de temps va durer cet épisode. La réflexion stratégique peut naître du fait même de cette indécision.

@Mary_Lyan- Du même auteur :

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Source : https://acteursdeleconomie.latribune.fr/debats/2020-04-13/covid-19-nous-sommes-aujourd-hui-face-a-un-cas-machiavelien-842801.html

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10.
Coronavirus  : le regard du philosophe belge Michel Dupuis

Michel Dupuis souligne d’emblée la difficulté spécifique qu’il y a à échanger autour d’un sujet comme la maladie, ou l’épidémie. En effet, ce type de discussion oppose immanquablement des faits – a priori scientifiques - à de nombreuses représentations qui introduisent une dimension de subjectivité individuelle et collective importante.

Celles-ci ne sont pas cependant pas «  a-scientifiques  », car elles se fondent sur la mémoire collective de faits historiques (la grippe espagnole et le SRAS dans ce cas-ci), et sur une culture occidentale marquée par la science. On n’est donc pas ici dans une opposition classique entre faits scientifiques et représentations subjectives, mais face à un «  scénario  » plus complexe.

Pour Michel Dupuis, l’épidémie de coronavirus nous rappelle que, bon gré mal gré, nous formons un corps social intime et interdépendant. Le milieu de contagion de la maladie - l’air partagé - remet en question notre représentation de la société comme une juxtaposition de corps autonomes et séparés. « En cela, l’épidémie a en commun avec la question du climat qu’elle nous rappelle que nous sommes tous dans le même bain et que nous ne nous en sortirons qu’ensemble. Le désir de survie éveille ainsi une forme élémentaire de conscience citoyenne. »

Dans la foulée, Michel Dupuis émet une hypothèse plus audacieuse : l’épidémie serait en train de battre en brèche une sorte de « norme digitale » universelle, qui serait en train de s’installer.  Avec le développement du numérique, nous serions en train de perdre de vue que le monde est d’abord concret, factuel. L’épidémie remet la nature au centre du jeu. « Elle nous rappelle que, nous ‘esprits arrogants’, pouvons aussi mourir ‘bêtement’, de la nature. »

Michel Dupuis - Professeur à l’Institut supérieur de philosophie de l’UCLouvain. Spécialiste en éthique biomédicale, il est membre du Comité consultatif de bioéthique de Belgique. Photo

Source : https://uclouvain.be/fr/decouvrir/coronavirus%E2%80%AF-le-regard-du-philosophe.html

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11.
Ce que la philosophie nous apprend de la pandémie de Coronavirus. Par Lepetitjournal Singapour | Publié le 07/04/2020 à 14:15 | Mis à jour le 13/04/2020 à 06:23

Quand le monde fait face à une réalité qui le dépasse, quand la vie des êtres humains est en jeu, les questions d’ordre philosophique refont surface. Ainsi cette période de peur, de panique et d’angoisse oblige à remettre la pensée au centre de notre quotidien. Le questionnement qui apparaît à l’occasion de ce genre de situation est le quotidien des philosophes qui, depuis au moins 2500 ans, interrogent le monde, s’en étonnent, et veillent à trouver des réponses dans la science.

Comprendre le monde qui se déroule sous nos yeux.

Le questionnement pour comprendre le monde est intrinsèque aux philosophes. Aristote le dit en ces termes : « C’est, en effet, l’étonnement qui poussa comme aujourd’hui, les premiers penseurs aux spéculations philosophiques. » Être philosophe c’est donc avoir une certaine capacité à l’étonnement. Cet étonnement n’est pas en vain, et doit trouver des réponses car il questionne, il inquiète. C’est pourquoi d’ailleurs dans l’antiquité les savants, les mathématiciens sont aussi des philosophes, Thalès de Milet par exemple.

Ce qui se passe actuellement dans cette crise sanitaire provoque de l’étonnement, renvoie à la compréhension - ou plutôt l’incompréhension - de ce qui se passe dans le monde et parallèlement fait place à la recherche scientifique. Autrement dit, nous avons de nos jours une manière très contemporaine d’expérimenter ce qui pouvait se passer dans les débats de la philosophie antique, en conservant les enjeux scientifiques, moraux, éthiques. L’exemple des travaux du Professeur Raoult en sont une bonne illustration, avec de premiers résultats encourageants mais en l’absence de protocoles éprouvés doit-on prescrire un médicament ? La question est autant éthique que scientifique.

Cette question de comprendre le monde et chercher des réponses aux interrogations ne constitue ni une démarche commune ni naturelle. Et même au contraire, de nos jours nous n’essayons plus de nous étonner mais au contraire de calibrer ou organiser tout ce qui nous entoure. Notre monde entier, notre organisation, notre quotidien, notre travail sont réglés comme du papier à musique. Nous nous retrouvons alors désarçonnés lorsqu’on nous annonce : « tu ne vas plus aller travailler, les écoles vont fermer », notre organisation classique très traditionnelle, très organisée, très structurée, et normée finalement explose !

D’autant plus qu’à cela s’ajoute une forme de valeur, certaines choses sont dites essentielles et d’autres non essentielles. Ainsi une majorité d’individus sont en train de se dire que ce qui nourrit leur quotidien, ce pourquoi ils se lèvent le matin, l’endroit qu’ils fréquentent une grande partie de leur vie n’est finalement pas essentiel. On se rend compte qu’il y a des pans entiers d’activité, de métiers, de temps passé qui ne sont donc pas essentiels. Ce qui devient important est de se demander si l’on va voir suffisamment à manger et demeurer en bonne santé.

Se rendre compte de la futilité de notre existence n’est pas sans amertume et c’est pourquoi nous observons des comportements de résistance. Dès les premières heures du confinement il y a eu des résistants : « Moi ça ne va pas me toucher », « moi ce n’est pas pareil », et « mon travail est important je veux quand même y aller », etc… Par la suite la résistance a fait place à la panique « Je vais aller acheter, faire des stocks », « aller à la campagne parce que je m’y sens davantage protégé », etc…

Cette situation est d’autant plus dérangeante qu’elle nous touche autant sur le plan individuel et collectif et l’on note en quoi il y a un fort partage social des émotions dans les communautés. Il s’agit d’essayer de se rassurer, les réseaux sociaux vont être là pour ça et ce qui est paradoxal est que l’on va s’amuser aussi à se faire peur d’une certaine manière. Le résultat est différent puisque l’on se retrouve dans une situation d’écrasement d’informations plus ou moins erronées, que l’on s’empresse de partager et on en oublie de penser et de comprendre. Nous ne pensons plus, nous sommes écrasés par les informations, la situation, il n’y a plus de distance entre ce qui est en train de se passer et le moi en tant qu’individu. Ce que je peux en penser n’est plus important, je ne pense pas je regarde les informations en continue, je suis écrasé par les nouvelles. Dès lors comment puis-je comprendre le monde en train de se dérouler ? La panique nous empêche de penser.

Pour les philosophes il ne s’agit pas de paniquer, il s’agit de comprendre ce qui se passe et plus particulièrement comment se comporter en tant qu’individu dans la société. Et dans le cas actuel il y a ce paradoxe entre le repli sur soi et la solidarité. D’un point de vue quotidien et conceptuel c’est extrêmement intéressant. On nous dit d’être solidaires mais cela ne fonctionne que si nous avons des comportements individuels. L’action individuelle c’est se laver les mains, se protéger, être confinés. Nous devons faire bloc ensemble comme le répète les gouvernants, mais cela ne peut passer que par des comportements individuels. À un niveau plus conceptuel cela renvoie au dilemme du Hérisson cher à Schopenhauer. Les interactions de la communauté, si l’on veut qu’elles soient sans risque doivent se faire avec une distance correcte. Il faut donc trouver la bonne distance entre l’individu d’un côté et la communauté de l’autre et ce n’est pas une évidence, nous n’avons pas cette habitude. C’est une question importante que d’essayer de trouver un espace de pensée entre la communauté et moi.

Comment vivre face à des problématiques nouvelles ?

Le but de la philosophie dans l’antiquité est très clair : répondre au comment vivre ? Si les philosophes s’intéressent aux comment vivre, à la philosophie comme manière de vivre, c’est parce que l’existence est constituée de problématiques permanentes : la passion, la quête du pouvoir, la recherche de l’argent, la peur, la crainte, l’angoisse, la vieillesse, la maladie, la trahison, la mort. Toutes ces questions-là nous perturbent, nous empêchent de vivre sereinement. Nous sommes tous torturés en tant qu’humains par la vie et ses obstacles. Comment vivre malgré tout cela ? Trois écoles philosophiques sont particulièrement éclairantes pour comprendre cela : les stoïciens, les épicuriens et les cyniques. Ces écoles ne travaillent pas à enlever les maux – même s’ils disent que la philosophie est thérapeutique - mais à essayer de les combattre et les diminuer. Ces écoles développent ce que l’on appelle des « exercices spirituels ». Toute la philosophie antique est exercice spirituel, c’est-à-dire une pratique destinée à transformer, en soi-même ou chez les autres, la manière de vivre, de voir les choses. C’est à la fois un discours, qu’il soit intérieur ou extérieur, et une mise en œuvre pratique.

Pour notre question les stoïciens sont peut-être les plus pertinents, ils sont les plus à même de travailler sur cette problématique car le stoïcisme est une philosophie de l’acceptation. La plus grande phrase d’Epictete : «  il y a des choses qui dépendent de nous et il y a des choses qui n’en dépendent pas » est très éclairante. Ce qui ne dépend pas de moi par exemple est la situation actuelle, ce virus devenu pandémique. Ce qui dépend de moi est la distanciation sociale, les règles d’hygiène, le respect de soi (prendre soin de soi) si l’on veut prendre soin des autres. Les stoïciens ont quatre vertus cardinales que l’on peut mettre en perspective avec le contexte actuel. La première est la sagesse, c’est savoir accueillir ce qui se passe avec calme et sérénité. Ne pas chercher un coupable et ne pas céder à la panique. La deuxième dimension est la justice. Par exemple savoir interagir avec les autres, éduquer, montrer l’exemple, respecter les consignes. Le troisième axe est la modération. Il s’agit à nouveau de ne pas céder à la panique de l’achat, contrôler ses impulsions, modérer ses plaisirs, par exemple ne pas chercher à partir, à acheter ce qui n’est pas nécessaire. La quatrième dimension est le courage de prendre des décisions qui ne sont pas plaisantes, décider ce qui est bon pour le bien commun avoir le courage de changer ses habitudes. Ce sont quatre vertus importantes pour déterminer notre mode de vie.

Qu’apprendre de cette crise ?

Ces deux dimensions à la fois savoir comprendre le monde et savoir comment vivre sont finalement les racines de la philosophie. La situation actuelle peut nous aider à revenir à des éléments philosophiques forts et utiles au-delà de la crise. Car il semble que nous assistions à une forme de destruction d’un monde en cours : mondialisation, interdépendance, mauvaise priorisation des fonds publics, etc. Toutefois la destruction appelle nécessaire la création (la célèbre destruction créatrice) et l’enjeu est la création du nouveau monde. Comment va-t-on avoir un monde à venir qui serait différent du monde en train d’être détruit ? Un monde innovant mais aussi responsable. Cependant il y a un risque fort que ce monde ne soit pas totalement détruit et qu’il soit le même qu’avant. La répétition des crises, SRAS, H1N1, COVID 19 va peut-être nous entrainer à voir autre chose mais rien n’est moins sûr, nous n’avons pas vraiment appris des dernières épidémies et nous n’avons pas vraiment adapté nos modes de vie en termes d’hygiène, équipement en masques, etc. Nous savions que nous n’étions pas prêts à subir une nouvelle épidémie mais nous n’avons rien fait, malgré les signaux. Cette fois-ci peut être aurons-nous la destruction en vue de la création d’un monde plus responsable.

La deuxième leçon que nous devons retenir au-delà de la crise est le travail sur soi. Il s’agit d’un autre apprentissage qui nous vient de Pascal qui disait que «  le malheur des hommes est de ne pas savoir rester ou demeurer seul en repos dans sa chambre ». Pourquoi ? Parce qu’on a envie d’être en voyage, en déplacement professionnel, de fréquenter des amis, de se réunir pour dîner, de partir en vacances à droite à gauche. Tout cela n’est-il pas finalement que superficialité ? N’est-il pas l’occasion d’apprendre à travailler sur soi et être capable de vivre en compagnie de soi-même ? N’est-ce pas l’occasion de réinstaurer un espace de pensées individuel et collectif qui semble nous manquer depuis quelques semaines ?

Par Xavier Pavie, Philosophe, Professeur à l’ESSEC Business School, Directeur Académique du programme Grande Ecole et du centre iMagination.

Biographie et photo >Xavier Pavie, Philosophie critique de l’innovation et de l’innovateur

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Revue de presse MI – Semaine 27/04/2015 – Le Blog

Source : https://lepetitjournal.com/singapour/ce-que-la-philosophie-nous-apprend-de-la-pandemie-de-coronavirus-277744

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12.
Série de contributions du philosophe Boris Cyrulnik (la plupart sont des enregistrement vidéos)

Boris Cyrulnik : ’Après chaque catastrophe, il y a un changement de culture’ – Vidéo 10:10 - 25 mars 2020 - France Inter

Le neuropsychiatre Boris Cyrulnik est l’invité de Léa Salamé à 7h50. Il évoque la manière dont nous pouvons affronter l’épidémie de coronavirus, le confinement, les obsèques impossibles... Retrouvez les interviews de 7h50 sur https://www.franceinter.fr/emissions/...

Source : https://www.youtube.com/watch?v=9t8THBMluws

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Boris Cyrulnik : ’On est envahi par un virus, c’est un acte de résistance’ – Vidéo 10:05 - 20 mars 2020 Europe 1

Ce vendredi, Nathalie Levy reçoit Boris Cyrulnik, neuropsychiatre. Suite au confinement, Boris Cyrulnik explique comment nous allons devoir réapprendre à vivre ensemble. Quelles sont les conséquences sociales de cette période de confinement ? Quels en sont les effets à terme ? Comment notre société peut-elle résister à cette crise ? ABONNEZ-VOUS pour plus de vidéos : http://bit.ly/radioE1 LE DIRECT : http://www.europe1.fr/direct-video Retrouvez-nous sur : | Notre site : http://www.europe1.fr | Facebook : https://www.facebook.com/Europe1 | Twitter : https://twitter.com/europe1 | Pinterest : http://www.pinterest.com/europe1/

Source : https://www.youtube.com/watch?v=fqRzT9B91sc

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Vivre le confinement : entrevue avec Boris Cyrulnik – Vidéo 13:35 - 05 mai 2020 - Radio-Canada Info

Comment vivre avec le confinement ? Quel impact a-t-il sur les jeunes, les familles et les personnes âgées ? Entrevue avec le neuropsychiatre Boris Cyrulnik. Notre dossier complet sur la COVID-19 : http://radio-canada.ca/coronavirus

Source : https://www.youtube.com/watch?v=wHXec-J60ZE

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Réflexions d’un confiné avec Boris Cyrulnik – Vidéo 15:49 - #ALaMaison - 12 mai 2020 - MAIF

D’où vient le mot ’confiné’ ? Qu’est-ce que le confinement, quelle est l’histoire de ce dispositif ? Pourquoi se confine-t-on volontairement ? Comment y réagit-on, selon notre âge ? Boris Cyrulnik est neuropsychiatre et vous propose, dans cette vidéo, d’approcher l’explication du confinement et de l’angoisse liée à cette situation selon les âges, du bébé à l’adulte. Et donne des pistes sur les choix qui se proposent à nous toutes et tous, à tous les âges, pour imaginer le monde, demain. 💬 Vous avez des questions ou des réactions sur son intervention ? Dites-le en commentaire sous la vidéo ! 👇 Envie d’approfondir ? Des infos & des liens ici 👉 https://entreprise.maif.fr/alamaison En cette période de confinement, et de distanciation sociale, la situation est inédite pour beaucoup d’entre nous : nous ne sommes plus libres de nous déplacer et de mener les activités qui remplissent habituellement notre quotidien et nous aident à garder un équilibre.  Pour vous aider à traverser sereinement et activement cette période de confinement, nous vous proposerons ces prochaines semaines des événements à vivre à la maison ! Retrouvez toutes les vidéos sur notre site internet : https://entreprise.maif.fr/alamaison Suivez MAIF sur les réseaux sociaux ! Facebook : https://www.facebook.com/MAIFassureur Twitter : https://twitter.com/MAIF

Source : https://www.youtube.com/watch?v=brmFIuXGbhc

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Boris Cyrulnik : ’Avec le Covid-19, c’est un ensemble de cultures différentes qui doit se reconstruire’ - Enregistrement diffusé à 14h43, le 21 juillet 2020 - Podcasts - Télécharger

A écouter sur ce site : https://www.europe1.fr/emissions/ma-vie-demain/boris-cyrulnik-avec-le-covid-19-cest-un-ensemble-de-cultures-differentes-qui-doit-se-reconstruire-3982124

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Boris Cyrulnik : ’On est dans la résistance, pas encore dans la résilience’ – Enregistrement de 12 minutes - Le 09/04/2020 diffusé par France Culture

À retrouver dans l’émission Confinement vôtre

JOUR 24 | Neuropsychiatre, conférencier, et auteur, notamment de ’La nuit, j’écrirai des soleils’, il a étudié les processus de création littéraire à travers les épreuves de vie. Boris Cyrulnik s’inquiète d’une exacerbation des inégalités de résistance psychologique aggravées par les inégalités sociales et culturelles. Pour traverser le confinement, il prône l’entretien des liens avec les proches devenant des ’tuteurs de résilience’.

Photo - Boris Cyrulnik, qui définit le confinement actuel comme une ’situation d’agression psychologique’, s’est plus que jamais plongé dans les livres pour alimenter son isolement contraint. • Crédits : DRFP

Il consacre sa vie à réparer les blessures des personnes dévastées par les épreuves. Enfant de parents morts en déportation, Boris Cyrulnik a forgé sa propre résilience avant d’en développer les outils qu’il transmet à travers ses conférences et ses ouvrages. 

Confiné, il réfléchit donc aux états psychiques des personnes dans cette situation, pour trouver les ’facteurs de résilience’ qui seront utiles aux autres pour dépasser cette période inédite. Trouver des outils pendant ces longues semaines d’enfermement contraint et d’angoisses exacerbées par la crainte de la contamination. 

Contempler, ne serait-ce qu’un instant, le bleu du ciel peut changer une vie, aime raconter Boris Cyrulnik. Il décrit comment, au moment où Germaine Tillion pensait mettre fin à ses jours dans le camp de Ravensbrück, elle a soudain était sauvée par la beauté de cette simple contemplation. Face à la beauté du ciel d’hiver, la grande résistante qui repose désormais au Panthéon renonce à ses idées noires et écrit un opéra ridiculisant les SS pour faire rire ses compagnes de baraquement. Elle décide alors de ’fait rire du désespoir’ en choisissant la vie.

Le temps de ’la résistance’

C’est en ce moment, en plein confinement, qu’il définit comme une ’situation d’agression psychologique’ que nous forgeons beaucoup de nos propres facteurs de résilience selon Boris Cyrulnik. D’autres facteurs proviennent de la manière dont nous avons, ou non, dépassé les épreuves de nos vies jusqu’au confinement. 

L’auteur de La nuit, j’écrirai des soleils s’est tout naturellement plongé dans les livres pour alimenter son isolement contraint, loin des réunions de travail, enchaînements incessants de conférences et très nombreuses contributions professionnelles. ’Je lis une dizaine de livres en même temps, mais là je savoure davantage, je prends le temps. […] Je réalise que le sprint d’avant n’était pas forcément nécessaire’ déclare Boris Cyrulnik qui attend de voir si les changements de son rythme de vie s’inscriront ou non dans la durée et pourront, peut-être, inspirer une évolution profonde.

Des inégalités sociales et psychologiques aggravées par le confinement 

Au cœur de sa réflexion, il y a l’accroissement du fossé social et culturel déjà présent avant, mais qui serait amplifiée par cette situation d’enferment imposé. 

Les facteurs de protection’ psychologique par rapport au trauma sont inégalement répartis selon Boris Cyrulnik, ce qui augmenterait l’ampleur des dégâts psychologiques pour les personnes déjà fragilisées. 

’Facteurs de protection’ versus ’facteurs de vulnérabilité’

’Ceux qui avant le confinement avaient acquis des facteurs de protection, (confort matériel, culturel, affectif et familial) vont faire un effort mais ils vont pouvoir profiter du confinement pour écrire, se remettre à la guitare, pour envoyer des messages à des copains qu’ils n’ont pas vu depuis 30 ans. Ils vont surmonter l’épreuve du confinement et ceux-là vont pouvoir déclencher un processus de résilience facile.’

Pour Boris Cyrulnik, en revanche :

Ceux qui, avant le trauma avaient acquis des facteurs de vulnérabilité : maltraitance familiale, précarité sociale, mauvaise école, mauvais métier, petit logement, le tout étant associé… Ceux-là vont souffrir actuellement, ils n’auront pas fait ressource interne des autres, ils vont ruminer. […] Et quand le confinement sera terminé, ils seront plus traumatisés qu’avant. Donc il y a une inégalité sociale qui existait avant le traumatisme et qui sera aggravée.

Les tuteurs de résilience 

En échangeant quelques mots avec quelqu’un, on lui donne le pouvoir de devenir un tuteur de résilience’, selon les mots de Boris Cyrulnik (La nuit, j’écrirai des soleils). 

Les conversations échangées avec des proches au téléphone ou par divers messages sont un support indispensable pour préparer la future sortie de cet état ’de résistance’ pour atteindre la résilience pour laisser le trauma derrière nous. 

Ces échanges, cette manière d’écouter et de se raconter, en partageant des moments privilégiés même de loin, permettent de préparer l’après-confinement. Selon Boris Cyrulnik : ’Donner un sens à une épreuve tragique c’est mettre dans son âme une étoile du berger qui indique la direction.

C’est quand on est enfermé qu’on aspire à la liberté.’ 

Boris Cyrulnik a étudié avec passion les liens entre trauma, liens affectifs et création littéraire. Selon ses écrits, l’enfermement peut constituer un facteur puissant de créativité. Mais il rappelle que si Jean Genet, Rimbaud, ou Baudelaire se faisaient mettre en prison pour créer en évitant ainsi les distractions de la vie, ce n’était pas le cas de Simone de Beauvoir ’qui ne pouvait écrire que dans un café avec la vie autour d’elle […] Au contraire, je pense qu’elle aurait été très malheureuse en prison et que sa créativité se serait éteinte’ souligne Boris Cyrulnik.

’Ce n’est pas tellement le fait qui abîme, c’est la signification qu’on attribue au fait.’

De nouveaux héros : les soignants ’pour se sentir moins désespérés’

L’émergence symbolique de ces figures héroïques obéit, selon lui, à un impératif pour la société en crise car ’en temps de paix on n’a pas besoin de héros [...] On a besoin de héros pour se sentir moins désespérés.’

Le soignant remplit en cette période très difficile, un double rôle essentiel selon lui : tout d’abord ’un rôle de soins dans la réalité’ mais aussi ’de nous donner de nous-mêmes une image un peu plus glorieuse.

Quand le confinement sera terminé et qu’il sera le temps de refaire société, il y aura de grands débats prédit Boris Cyrulnik qui interpelle l’ensemble des gouvernements successifs :

Est-ce qu’on a le droit, est-ce qu’on a bien fait de massacrer l’hôpital pour gagner un peu de sous, pour faire un peu d’économies ? […] Je pense que ces économies de ces trente dernières années vont nous coûter extrêmement cher dans les trente prochaines années.

Un changement profond après l’épidémie ?

Le conférencier s’appuie sur l’exemple de l’épidémie de peste de 1348 à Marseille. Fléau qui entraîna la mort d’un Européen sur deux en seulement deux ans. 

Une des conséquences majeures de la peste, est un changement radical pour ce qui était l’un des fondements de l’économie médiévale. ’Il y a eu tellement de morts parmi les serfs qu’on ne pouvait plus cultiver la terre. Pour cultiver la terre il fallait payer ces hommes et le servage a disparu en deux ans.’

Un autre changement majeur survient, dans l’intimité de la vie de l’époque. Les gens qui vivaient dans la peur ont alors redécouvert ’l’art du foyer’. ’La peinture montrait du gibier, montrait des fruits, des légumes, de l’eau, du vin sur la table.’

Pendant cette période inédite du confinement d’aujourd’hui, chacun va ’métaboliser son trauma’, selon le neuropsychiatre et il émergera, peut-être, une nouvelle manière de vivre ensemble.

Un nouveau regard sur les réseaux sociaux

Je critiquais les réseaux sociaux en disant que c’était une boîte à ordures qui transportait toutes les fausses nouvelles, les rumeurs les plus moches… Et je dis aujourd’hui heureusement qu’il y a les réseaux sociaux. [...] Il y a des gens qui ont un talent d’humour extraordinaire qui permettent de nous détendre, des musiciens extraordinaires. Dans ce contexte-là je dis heureusement qu’il y a des réseaux sociaux.

Il fait référence notamment à la vidéo d’un homme qui trinquait avec lui-même face à plusieurs miroirs de sa salle de bain. Il sourit aussi en regardant la vidéo de gens qui mimaient de se croiser dans un couloir étroit en se frottant aux murs pour rester à distance, ’on aurait dit Charlie Chaplin !’ s’exclame Boris Cyrulnik.

La beauté aussi est largement partagée sur la toile dans ces temps confinés. Il évoque un homme qui lisait une poésie pour les soignants, avec une justesse et une pudeur particulièrement touchantes. Avec ravissement, il raconte enfin comme l’orchestre National de France a joué ensemble, chaque musicien depuis chez lui, le Boléro de Ravel. Un orchestre confiné mais faisant résonner ensemble comme une marche sublime vers un espace de liberté.

Sophie Delpont

Ce contenu fait partie de la sélection - Le Fil Culture - Une sélection de l’actualité culturelle et des idées 

Bibliographie

Livre - La nuit, j’écrirai des soleils Boris Cyrulnik Odile Jacob, 2019

À découvrir : Résilience par temps de pandémie : la politique de la prime aux super-héros ?

Renaître de sa souffrance

Boris Cyrulnik : il faut faire le récit de soi

Tags : Boris Cyrulnik Confinement Coronavirus / Covid-19 Le Fil Culture Psychologie inégalités Psychanalyse

L’équipe – Journalistes : Anne Lamotte, Eric Chaverou

Les derniers épisodes de : Confinement vôtre - Newsletter - S’abonner à nos newsletters - Nous contacter

Source : https://www.franceculture.fr/emissions/confinement-votre/boris-cyrulnik-on-est-dans-la-resistance-pas-encore-dans-la-resilience

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Un livre un jour : « Psychothérapie de Dieu », de Boris Cyrulnik (Odile Jacob) - présenté par : Olivier Barrot - Vidéo de 1 minute 28 secondes diffusée le lundi 13.11.17 à 16h04, disponible jusqu’au 19.01.38 – Série des émissions culturelles 11 minutes tous publics

Entretien avec Boris Cyrulnik pour la publication de son ouvrage « Psychothérapie de Dieu » (Odile Jacob). Livre 1èrede couverture

Source pour écouter : https://www.france.tv/france-3/un-livre-un-jour/317421-psychotherapie-de-dieu-de-boris-cyrulnik-odile-jacob.html

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Boris Cyrulnik : biographie, actualités et émissions France ... www.franceculture.fr › personne › boris-cyrulnik - Retrouvez toute l’actualité, nos dossiers et nos émissions sur France Culture, le site de la chaîne des savoirs et de la création.

Les oeuvres de Boris Cyrulnik neuropsychiatre et écrivain, à découvrir à partir de ce site : https://www.franceculture.fr/personne/boris-cyrulnik

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Introduction à la biographie de Boris Cyrulnik d’après Wikipédia

Boris Cyrulnik, né le 26 juillet 1937 à Bordeaux, est un neuropsychiatre français. Ancien animateur d’un groupe de recherche en éthologie clinique au centre hospitalier intercommunal de Toulon-La Seyne-sur-Mer et directeur d’enseignement du diplôme universitaire (DU) « Clinique de l’attachement et des systèmes familiaux1 » à l’université du Sud-Toulon-Var, Boris Cyrulnik est surtout connu pour avoir vulgarisé le concept de « résilience » (renaître de sa souffrance) qu’il a tiré des écrits de John Bowlby2. À la suite de ce dernier, Boris Cyrulnik voit d’abord l’éthologie comme « un carrefour de disciplines3 ». Il est membre du comité d’honneur de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD)4. Boris Cyrulnik est également engagé pour la protection de la nature et des animaux. Il est un ami fidèle de Jane Goodall et membre de l’Institut Jane Goodall France5.

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12bis.
Le philosophe André Comte-Sponville a fustigé la politique sanitaire : ’J’envie la manière avec laquelle la Suisse gère la crise du Covid-19’ - Modifié le 6 septembre 2020 à 21:31- Document ‘rts.ch’

https://www.rts.ch/video/info/journ...

André Comte-Sponville a fustigé la politique sanitaire face au Covid [RTS]

André Comte-Sponville a fustigé la politique sanitaire face au Covid / 19h30 / 1 min. / le 6 septembre 2020

Le philosophe français André Comte-Sponville fustige l’ère du ’sanitairement correct’ qui s’est imposée avec le Covid-19, et s’inquiète que la santé ne devienne LA valeur suprême. Invité sur le plateau du 19h30, il appelle à relativiser la peur de la mort.

A 68 ans, André Comte-Sponville s’inquiète du coût économique et social des mesures contre le Covid-19 sur les jeunes générations.

Alors que la France avait imposé un confinement strict lors de la première vague, et que le masque est aujourd’hui obligatoire dans tout Paris, André Comte-Sponville regarde d’un oeil envieux la façon plus ’libérale’ qu’a la Suisse de gérer la pandémie.

’Vous avez eu un confinement beaucoup plus souple que le nôtre - chez nous il fallait remplir un papier, la police faisait des contrôles - et j’ai bien sûr envié les Suisses qui pouvaient profiter de la vie. Et cela vaut aussi aujourd’hui. Ce matin j’étais à Morges, et de voir tous ces visages nus, tous ces sourires au bord du lac, quel plaisir !’

’Obéir aux lois n’empêche pas de réfléchir’

Questionné par rapport aux mouvements anti-masque, André Comte-Sponville préfère garder une certaine distance : ’Je les comprends et je les crains, car je crains une montée du populisme. Je ne suis pas un populiste, je ne suis pas un complotiste et je n’irai jamais en Allemagne manifester contre Angela Merkel pour qui j’ai la plus grande estime, de même que je n’irai pas manifester contre Emmanuel Macron, que je respecte énormément. Mais obéir aux lois de la République n’empêche pas de réfléchir. Je dis simplement : la santé c’est important, mais il n’y a pas que la santé.’

Et de poursuivre : ’La mort fait partie de la vie. Il ne s’agit évidemment pas de laisser mourir les gens, il faut soigner tous ceux qu’on peut soigner, mais ne rêvons pas d’éradiquer la mort. Il y a un moment où la sagesse et l’amour de la vie supposent l’acceptation de la mort. Et ce que je crains, c’est qu’on remplace l’amour de la vie par la peur de la mort.’

>> Voir l’interview complète d’André Comte-Sponville dans le 19h30 :

https://www.rts.ch/video/info/journ...

André Comte-Sponville :’Je ne suis pas contre le confinement mais je m’inquiète pour son coût.’ [RTS]

André Comte-Sponville :’Je ne suis pas contre le confinement mais je m’inquiète pour son coût.’ / 19h30 / 6 min. / le 6 septembre 2020

Interview : Jennifer Covo - Version web : Antoine Schaub - Publié le 6 septembre 2020 à 21:27 Modifié le 6 septembre 2020 à 21:31

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La RTS, d’intérêt public, interdite de diffuser un reportage sur une clinique genevoise - L’1dex

Source : https://www.rts.ch/info/culture/11582523-jenvie-la-maniere-avec-laquelle-la-suisse-gere-la-crise-du-covid19.html

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Rubrique 3 – Références du Judaïsme en temps de pandémie COVID-19

13.
Judaïsme - Quand Moïse et le Talmud exhortaient au confinement en cas d’épidémie - Par Ariel Toledano* - Publié le 06/04/2020 – Document ‘lemondedesreligions.fr’

Les mesures de confinement que nous connaissons actuellement étaient déjà prescrites dans l’Ancien Testament et le Talmud. Cette conscience aiguë du bénéfice des mesures individuelles d’hygiène au profit de la collectivité est centrale dans les textes de la sagesse juive.

Illustration - Mort des premiers-nés et départ des Israélites, par Julius Schnorr von Carolsfeld (1794–1874) © AKG

Prendre soin de chaque patient, c’est l’objectif de tous les soignants face à l’épidémie de Covid-19 qui sévit actuellement dans le monde. En première ligne figure le personnel soignant des hôpitaux qui gère les cas les plus graves, en collaboration avec l’ensemble des soignants en ville qui apportent les soins nécessaires pour tenter de décharger les urgences hospitalières. La réponse à cette pandémie ne peut être que collective.

Coopération entre les soignants, mais aussi avec l’ensemble de la population qui doit prendre ses responsabilités en restant confinée chez elle pour limiter les contacts et appliquer les gestes barrières au quotidien. La moindre négligence de l’un d’entre nous peut avoir des conséquences sur l’ensemble de la population. Il n’est plus question d’individualisme aujourd’hui, on l’aura compris, mais d’un élan collectif. Cette crise sanitaire d’une ampleur considérable, en révélant notre vulnérabilité, pourrait nous faire entrer dans l’ère d’un altruisme authentique, d’une générosité spontanée dans l’espoir de réparer un monde qui vacille.

Les ordres de Moïse et d’Isaïe

S’il y a bien une leçon à tirer de cette épidémie, c’est le constat de notre interdépendance les uns envers les autres, mise en relief par le respect commun des règles de santé publique. Cette conscience aiguë du bénéfice des mesures individuelles d’hygiène au profit de la collectivité est centrale dans les textes de la sagesse juive. On peut lire dans le Talmud (Traité Baba Kama 60b) que si une « épidémie sévit dans une ville, il faut faire en sorte de rester chez soi ». Une recommandation qui date de plus de quinze siècles, et qui est argumentée par les rédacteurs du Talmud en apportant non pas une source scripturaire – comme à l’accoutumée –, mais trois sources pour montrer le bien-fondé de cette mesure.

Dans le Livre d’Isaïe est exprimée l’idée d’un confinement nécessaire durant toute la période au cours de laquelle sévit l’épidémie.

La première citée est un extrait du Livre de l’Exode (Exode 12, 22). Moïse s’adresse aux anciens d’Israël avant que l’Égypte soit affligée de la dernière plaie, celle qui frappe de mort l’ensemble des premiers-nés du royaume. Il leur dit : « Que pas un d’entre vous ne franchisse alors le seuil de sa demeure, jusqu’au matin. » Confinement avant l’heure de la délivrance pour ce peuple esclave en Égypte. Toutefois, les rabbins du Talmud, craignant que cette source scripturaire amène à penser que le confinement ne doive se limiter qu’à la nuit, proposent un deuxième extrait. Dans le Livre d’Isaïe est exprimée l’idée d’un confinement nécessaire durant toute la période au cours de laquelle sévit l’épidémie. « Va, mon peuple, retire-toi dans tes demeures, et ferme les portes derrière toi ; cache-toi un court instant, jusqu’à ce que la bourrasque soit passée » (Isaïe 26, 20). Cette exhortation du prophète Isaïe évoque indéniablement les mesures de confinement que nous vivons.

Aucune dérogation possible

On notera que si les rabbins du Talmud ont bien conscience que l’isolement peut avoir des effets psychologiques néfastes et attenter au moral des gens confinés, ils préfèrent néanmoins avertir en expliquant que les angoisses engendrées par de telles mesures restent bien moindres que le risque d’être victime de l’épidémie. Ils apportent ainsi la troisième source scripturaire issue du Deutéronome : « Au dehors, l’épée fera des victimes, au dedans, ce sera la terreur : adolescent et adolescente, nourrisson et vieillard » (Deutéronome 32, 25). Il est alors clair, pour les rédacteurs du Talmud, que rien ne justifie de déroger aux règles sanitaires.

Il n’est pas concevable pour les rabbins de s’en remettre exclusivement à la Providence en cas de maladie, et notamment dans un contexte d’épidémies.

Le médecin est d’ailleurs au centre de la société juive ; ses soins et son expertise sont vivement recommandés par les rabbins. On ne peut habiter une ville où il n’y a pas de médecin, selon le Talmud (Sanhédrin 17b). Simon Ben Sira, scribe du IIe siècle avant notre ère, auteur du Siracide, va jusqu’à formuler le célèbre dicton repris plus tard dans le Talmud : « Honore le médecin avant d’avoir besoin de lui. » Il n’est pas concevable pour les rabbins de s’en remettre exclusivement à la Providence en cas de maladie, et notamment dans un contexte d’épidémies. On peut ainsi lire dans le traité Taanit du Talmud, sous la plume de Rabbi Yanaï : « Quelqu’un ne doit pas se tenir dans un lieu où il y a une situation périlleuse en arguant que du ciel on fera un miracle pour lui, peut être que le miracle attendu ne viendra pas. » Il est donc nécessaire de prendre soin de sa vie comme le prescrit le texte du Deutéronome : « Prenez bien garde à vous-mêmes ! » (Deutéronome 4-15).

Cette injonction à prendre soin de soi ne doit évidemment pas occulter l’importance de la prière et sa place centrale dans la guérison selon la tradition juive. La première occurrence du mot « prière » dans le texte biblique est d’ailleurs associée à la notion de guérison (Genèse 20-17). Il s’agit d’un passage qui relate l’enlèvement de Sarah, épouse d’Abraham, par le roi Abimélec dans la ville philistine de Guérar. Selon les commentateurs de la Bible, Dieu envoie une maladie à Abimélec afin qu’il soit dans l’incapacité d’abuser de Sarah. Si elle est finalement relâchée, le roi n’en est pas guéri pour autant. Il faudra qu’Abraham accepte de prier pour que la guérison d’Abimélec soit rendue possible.

La prière fait partie de l’arsenal thérapeutique dans la tradition talmudique.

La prière apaisante

Bien qu’il ne soit pas question de substituer la prière aux soins médicaux, il est néanmoins intéressant de remarquer que la prière fait partie de l’arsenal thérapeutique dans la tradition talmudique. Elle peut contribuer à apaiser un malade en situation de détresse morale ou de souffrance physique. Au-delà du besoin de se raccrocher à des forces spirituelles, la prière est aussi le refus de toute forme de fatalisme. L’histoire du roi Ézéchias, roi du royaume de Juda (715-687 avant notre ère), atteint d’une maladie mortelle, en est la parfaite illustration. Le prophète Isaïe, venant à la rencontre du roi pour lui annoncer qu’il allait mourir, entend la réponse royale : « Mets fin à ta prophétie et va t’en car j’ai reçu cet enseignement de la maison de mon père, que même si un glaive aiguisé est posé sur le cou d’un homme, il ne doit pas s’abstenir d’implorer la Miséricorde divine. » Malgré la prophétie d’Isaïe, les prières du roi Ézéchias furent exaucées et il fut guéri.

(*) Ariel Toledano est médecin et auteur de plusieurs livres sur la médecine et la sagesse juive. Dernier ouvrage paru : La médecine de Rachi, pour une approche humaniste du soin (In Press Éditions, 2020).

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© Malesherbes Publications - Source : http://www.lemondedesreligions.fr/actualite/quand-moise-et-le-talmud-exhortaient-au-confinement-en-cas-d-epidemie-06-04-2020-8583_118.php

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14.
Interview - Épidémie, coronavirus et Talmud : entretien avec Ariel Toledano Par Ghis Korman 31 July 2020, 7:02 pm – Document ‘fr.timesofisrael.com’ - Photo

Extraits du Code de droit de Maïmonide, agrémenté de somptueuses enluminures. Mishneh Torah, Lisbonne, 1472 (Crédit : autorisation de la British Library)

Et si, dans le flot d’informations et de publications qui nous submergent et souvent nous angoissent, nous pensions la crise sanitaire à la lumière de la sagesse juive ?

Médecin vasculaire, enseignant, auteur prolifique et grand connaisseur des textes de la tradition talmudique et de la Kabbale, Ariel Toledano a mis le confinement à profit pour écrire des articles centrés sur l’herméneutique talmudique dont certains ont été publiés par Le Monde des religions et la revue La Règle du jeu. C’est une belle idée que de les avoir réunis dans un ouvrage érudit, bienveillant et encourageant.

Times of Israel : Puisant abondamment dans la pensée juive, Bernard-Henri Levy a titré son dernier livre : « Ce virus qui rend fou » (Grasset, juin 2020). Les réflexions que vous livrez dans votre ouvrage n’auraient-elles pas pu, quant à elles, s’intituler : « Ce virus qui rend sage » ?

Ariel Toledano : Je ne crois pas qu’il faille attendre quoi que ce soit de positif de la part d’un virus ! Je pense par contre qu’il est utile de s’interroger sur la crise sanitaire que nous vivons. Pourquoi une épidémie touche-t-elle les hommes ? Doit-on s’appesantir sur la ou les causes du mal ? Comment envisager la reconstruction de nos vies après la pandémie ? Autant d’interrogations qui sont au centre de mes réflexions talmudiques.

Les textes de Maïmonide m’ont accompagné et aidé

Dans l’un des chapitres, « Besoin de vérité », vous célébrez la capacité rédemptrice de la lecture à laquelle le président Macron nous avait d’ailleurs invités dans son allocution du 16 mars. Pourriez-vous revenir ici sur le passage très touchant concernant André Chouraqui ?

Durant toute la période du confinement, j’ai partagé mon temps entre mon activité de soignant en journée et le réconfort de l’écriture en soirée, notamment en traduisant le Traité des Huit chapitres de Maïmonide. C’est ce travail de traduction qui m’a amené à penser à André Chouraqui et au récit qu’il fait de la découverte des Devoirs des cœurs du philosophe médiéval Bahya Ibn Paquda en 1939. Il raconte comment ce texte lui a permis de traverser la période sombre de l’Occupation et d’échapper dans une large mesure au désespoir du temps des morts. Sans vouloir entrer dans une quelconque comparaison, mais en ayant la conviction du pouvoir curatif des livres, je dois admettre que les textes de Maïmonide m’ont accompagné et aidé.

« Redécouvrir le temps long, prendre soin de soi, de son entourage, voilà une manière positive d’appréhender ce confinement et de s’extraire de cet emportement démesuré et généralisé largement entretenu par les médias » : n’y-a-t-il pas dans cette sage invitation une bonne dose de méthode Coué face à une injonction gouvernementale incontournable  ?

Vous avez peut-être raison, mais il est indéniable que nous devons réfléchir à notre rapport au temps. Le monde jusqu’alors n’était qu’empreint de vitesse, et quel que fût le sens du mouvement, il fallait aller toujours plus vite. La crise sanitaire liée au Covid-19 a mis en relief la fragilité des principes qui régissent nos sociétés. Que ce soit sur le plan politique, économique, social, le monde vacille et cette situation contribue à accentuer le sentiment de confusion, de doute, d’incompréhension. Redécouvrir le temps long, c’est une façon de s’extraire de cette confusion généralisée pour tenter de donner du sens à sa vie.

Si l’on ne modifie pas profondément nos modes de vie, il est probable que nous soyons confrontés à l’avenir à d’autres crises équivalentes à celles que nous vivons aujourd’hui.

Il nous aura été difficile d’échapper à la question que vous formulez : « Pourquoi une telle épreuve ? ». Vous vous en remettez à Maimonide qui, dans son « Guide des égarés » décèle l’origine de la plupart de nos maux dans l’œuvre de l’homme lui-même. En quoi cette responsabilité s’applique-t-elle à nos sociétés contemporaines ?

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la plupart des nouvelles maladies infectieuses humaines de ces vingt dernières années sont zoonotiques, c’est-à-dire qu’elles se transmettent de l’animal vers l’homme. Ces risques infectieux se sont accentués avec la mondialisation, le changement climatique mais aussi à cause de l’évolution de nos modes de consommation et de nos systèmes de production. La quasi-totalité de la surface terrestre ne se trouve plus dans son état naturel. Cette situation offre de nombreuses opportunités aux agents pathogènes de coloniser des territoires inhabituels et d’évoluer sous de nouvelles formes par le biais de l’espèce humaine qui se trouve présente dans la plupart des territoires. Si l’on ne modifie pas profondément nos modes de vie, il est probable que nous soyons confrontés à l’avenir à d’autres crises équivalentes à celles que nous vivons aujourd’hui.

Photo - Le musée d’histoire naturelle de Tel Aviv. (Autorisation)

Le souvenir de votre visite au musée d’histoire naturelle de l’université de Tel-Aviv en mai 2018 vous incite à rappeler que « la responsabilité de l’homme à l’égard de la nature est un concept fondamental de l’herméneutique talmudique ». Cette attention à la nature avait précédé les avertissements des écologistes…

Oui en effet, l’influence de l’homme sur la nature est telle qu’elle entraîne une incidence globale sur l’écosystème terrestre. La galerie Ernst Schmitz du musée d’histoire naturelle de Tel-Aviv illustre parfaitement cette réduction de la biodiversité́ à travers la représentation des animaux disparus de la terre d’Israël. Il convient de rappeler que la responsabilité de l’homme à l’égard de la nature est un concept fondamental de l’herméneutique talmudique et de la tradition biblique. Il faut espérer que la prise de conscience environnementale que l’on a constatée durant le confinement ne sera pas sacrifiée aux dépens de la crise économique qui s’annonce. La reconstruction ne pourra s’envisager qu’en repensant les liens sociaux et ceux qui unissent les hommes à la nature.

Livre – 1èrede couverture  : La « Médecine de Maïmonide », d’Ariel Toledano, sorti en 2018 (Crédit : Éditions In Press)

En quoi les enseignements de Maïmonide – dont on a pu lire dans l’un de vos ouvrages précédents (La médecine de Maimonide, In Press, 2018), l’apport essentiel, voire vital qu’ils représentent pour vous-vous conduisent-ils à en appeler, à plusieurs reprises, à davantage « d’humilité » de notre part ? En quoi la période que nous avons vécue relève-t-elle d’une forme d’hubris entretenu par la confiance illimitée accordée aux algorithmes ?

L’exercice de la médecine impose un devoir d’humilité face à un corps humain qui reste mystérieux dans bien des domaines. Cet état de fait contraste fortement avec les adeptes du transhumanisme qui n’hésitaient pas, il y a encore quelques temps, à évoquer la fin de la mort. L’épidémie de Covid-19 rappelle à l’homme sa vulnérabilité et la petite place qu’il occupe comparativement à l’ensemble de l’univers. Maïmonide faisait déjà ce constat dans son Guide des égarés : « L’homme ne doit point se tromper et croire que l’univers n’existe que pour sa personne. » Le sentiment d’impuissance que l’on éprouve face à cette épidémie est peut-être une forme de rappel à l’humilité des hommes.

La sagesse sauve celui qui la possède

Ce que nous venons de vivre ne semble-t-il pas mettre en relief, là encore, la modernité et la dimension visionnaire des recommandations de la Torah et de certains textes du Talmud qui évoquent clairement la contagiosité et ce qu’il convient d’appeler aujourd’hui les mesures préventives d’hygiène ?

Quand je faisais mes recherches, il y a quelques années, pour écrire La médecine du Talmud, j’avais été impressionné par l’intuition des rabbins du Talmud sur la contagiosité. On peut en effet remarquer à plusieurs reprises que dans leurs discussions, ils suspectent l’existence de particules invisibles à l’œil nu pouvant être vectrices d’un danger. Ils recommandent de ne pas boire dans un verre dans lequel quelqu’un a déjà bu, ou de ne pas visiter un malade qui a de la fièvre ou encore de ne pas aller dans un bain public si l’on a une lésion dermatologique. Rav Houna qui toucha malencontreusement un chien atteint de la rage, et conscient du risque de contagion à travers le pelage, se déshabilla puis se sauva en disant : « La sagesse sauve celui qui la possède ». Il faut rappeler que toutes ces recommandations sont incroyables plus de quinze siècles avant les travaux de Pasteur. Elles ne sont retrouvées dans aucun traité de médecine de l’époque gréco-romaine.

La prévention naît dans le texte de la Bible

Livre – 1èrede couverture  : « La médecine de Rachi. Pour une approche humaniste du soin », du Dr Ariel Toledano, paru en 2020. (Crédit : Éditions In Press)

Rachi, auquel vous avez consacré votre dernier livre (« La médecine de Rachi. Pour une approche humaniste du soin », éd. In Press, 2020), est également présent dans ce livre. Le plus grand commentateur de la Bible et du Talmud, que vous suspectez d’avoir également été médecin, commente ainsi le verset comprenant l’expression Je suis Dieu ton médecin : « Cette situation est comparable à celle d’un médecin qui recommande à son patient de ne pas manger tel ou tel aliment qui risque de le rendre malade ». Ne promeut-il pas ici une médecine préventive, évidemment primordiale en temps de pandémie ?

Je dis souvent à mes étudiants d’Histoire de la médecine que, si l’on considère

qu’Hippocrate a inscrit la médecine au rang de profession, la prévention naît dans le texte de la Bible. Elle trouve son origine dans le texte de l’Exode 15-26 où l’on peut lire : « Si tu écoutes bien la voix de ton Dieu, tu feras ce qui est droit à ses yeux, tu prêteras l’oreille à ces préceptes et garderas toutes les lois, toutes les maladies que j’ai envoyées sur l’Egypte, je ne les mettrai pas sur toi car je suis Dieu ton médecin. » La question que l’on peut se poser est : si Dieu ne nous envoie pas de maladies, pourquoi a-t-Il besoin de nous rappeler qu’Il est notre médecin ? Et Rachi a la belle réponse que vous citez et qui permet de constater qu’il adhère à l’idée que la fonction initiale du médecin est avant tout préventive.

Vos livres expriment la volonté d’alléguer le bon verset et le désir de trouver, à la croisée de votre expérience de soignant et de votre connaissance des textes, les mots pour aider patients et lecteurs, sans jamais les juger. Cette disposition d’esprit laisse d’autant mieux percevoir votre agacement en constatant que « face à des esprits aussi éclairés que Shmuel (médecin du Talmud, 165- 257) ou Rabbi Houna, il y ait, dans le contexte épidémique actuel, certaines personnes qui se présentent comme leurs héritiers mais agissent sans cette vigilance intuitive qui de plus se trouve corroborée aujourd’hui par la science ». Désignez-vous les tenants d’une forme d’obscurantisme ?

Livre – 1èrede couverture  : « Réflexions talmudiques par temps d’épidémie », du Dr Ariel Toledano, paru en 2020. (Crédits : Éditions In Press)

En effet, l’esprit talmudique est celui du dialogue où même l’opinion la plus minoritaire est citée. J’aime l’idée d’un judaïsme tolérant, ouvert sur la cité. Maïmonide a cette belle expression dans son Traité des Huit chapitres : « Accepte la sagesse d’où qu’elle vienne ». Rappelez-vous ce que dit Rav Houna à propos de la sagesse mais il faut aussi garder à l’esprit l’un des principes essentiels de la Torah, issu du Deutéronome 4 – 15 : « Prenez bien garde à vous même » que je mets en exergue en introduction de mon livre. Cette notion est fondamentale dans la tradition juive qui place la vie au-dessus de tout, et nous enjoint de prendre les devants pour la préserver, comme le souligne le Talmud dans le traité Taanith 100b : « Quelqu’un ne doit pas se tenir dans un lieu où il y a une situation périlleuse en arguant que du ciel on fera un miracle pour lui, peut-être que le miracle attendu ne viendra pas ».

La première occurrence du mot prière dans la Bible apparaît de manière conjointe avec la notion de guérison - Dans ce même esprit, « Réparer un monde qui vacille », pour reprendre le titre d’un chapitre, est-ce pour le Dr Toledano, une façon de dire « qu’il n’est pas question de substituer la prière aux soins médicaux mais (qu’) il est intéressant de remarquer que la prière fait partie de l’arsenal thérapeutique dans la tradition talmudique » ?

La tradition talmudique amène à concevoir la guérison comme la résultante de deux actions, l’une en lien avec les soins du médecin et une autre ayant trait aux prières faites par le malade lui-même ou celles de son entourage. On peut aussi rappeler que la première occurrence du mot prière dans la Bible apparaît de manière conjointe avec la notion de guérison à propos d’Abraham qui prie pour la guérison d’Avimelekh dans le texte de la Genèse. Cette apparition quasi-simultanée confirme le lien étroit entre la prière et la guérison dans la tradition juive.

Vous citez la formule de Martin Buber « Toute vie réelle est rencontre » pour rappeler combien la rencontre est au centre de la tradition juive. Vous qui avez pu mesurer la détresse de certains de vos patients, comment les aider à concevoir les rencontres virtuelles, les restrictions, les précautions imposées pendant un temps indéterminé ? Comment se préserver des conséquences qu’elles auront sur notre état mental ?

Les rencontres virtuelles doivent rester une solution provisoire et il faudra autant que possible privilégier les rencontres réelles car rien ne remplacera la réalité d’une rencontre physique.

La théorie philosophique de Levinas et son approche du regard et du visage d’autrui ne vont-elles pas conduire les praticiens – les plus attentifs d’entre eux en tous cas -, privés de l’expression de la bouche et des traits du bas du visage, à prendre en compte d’autres comportements de leurs patients ?

Le lien qui unit un patient à son médecin est aussi une forme de rencontre dans laquelle s’instaure un climat de confiance réciproque. En effet, vous avez raison de rappeler que la consultation avec le port du masque prive le médecin de l’accès à la partie inférieure du visage. Il faut qu’il soit plus vigilant à tous les canaux sensoriels pour tenter de mieux appréhender l’expression des symptômes et du ressenti général des patients.

Vous avez rappelé que la tradition juive place la vie au-dessus de tout. Vous soulignez que la crise sanitaire a mené de nombreux Etats à privilégier la vie individuelle de ses citoyens au détriment des intérêts économiques. On ne sera pas surpris de lire que vous y voyez l’application à la lettre de l’injonction du Deutéronome (30-19) « Tu choisiras la vie ». Est-ce là la notion de care à laquelle Maïmonide était déjà très sensible en son temps ?

Cette phrase du Deutéronome rappelle l’importance de la préservation de la vie individuelle de chaque citoyen qui s’inscrit dans une démarche collective et solidaire. C’est en effet l’une des composantes de cette vision éthique du soin développée par les philosophes Joan Tronto et Carol Gilligan dans la prise en charge des personnes les plus vulnérables. Cette démarche peut être aussi déduite du Lévitique 25-35 : « Si ton frère vient à déchoir, si tu vois chanceler sa fortune, soutiens-le », il n’est pas question d’une aide exclusivement financière mais aussi du sentiment de renforcer l’autre, pour qu’il retrouve son autonomie, son bien-être et sa place dans la société. C’est cela l’idée du care, qui dépasse largement le simple soin et qu’il faut appréhender comme une démarche qui entend maintenir, perpétuer et réparer le monde de sorte que l’on puisse y vivre le mieux possible.

Représentation de Maïmonide (photo credit : Wikimedia commons)

Dans ce livre, vous « convoquez » également Rabbi Nahman de Braslav dont vous rappelez les exhortations : « Le désespoir n’existe pas. Ne jamais se décourager ! Si tu crois que l’on peut détruire, crois aussi que l’on peut réparer ». Conclure vos réflexions sur l’espérance témoigne-t-il de votre réelle confiance en l’homme et en sa capacité à se reconstruire ?

Oui, je reste confiant, car je crois que même dans les situations les plus désespérées, il y a toujours de l’espoir.

La vie peut être empreinte de moments douloureux mais il faut tenter de transformer ces événements en une source d’énergie vitale.

La plus grande jouissance selon Rabbi Nahman de Braslav, c’est d’être en mesure de transformer une influence négative en une source d’événements positifs – une idée que le poète Edmond Jabès exprimait ainsi dans son Livre des marges : « Il y a des limites au désespoir. Il n’y a pas de limites à l’espérance. »

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The Times of Israël

Reviews - L28

Source : https://fr.timesofisrael.com/epidemie-coronavirus-et-talmud-entretien-avec-ariel-toledano/

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15.
Pour ces amoureux du Talmud, le COVID-19 offre plus de temps pour l’étude Par Jessica Steinberg 12 août 2020, 10:20 – Document ‘fr.timesofisrael.com’ - Photo

Un enseignant de yeshiva et ses neuf élèves au Royaume-Uni, aux USA et en Israël, ont profité du temps passé chez eux pour se plonger dans les complexités de la loi religieuse

Josh Kulp (en haut à droite) et certains de ses étudiants de niveau avancé du Talmud sur Zoom, pendant les affres de la pandémie de coronavirus. (Avec l’aimable autorisation de Josh Kulp)

Photos portraits : Josh Kulp (en haut à droite) et certains de ses étudiants de niveau avancé du Talmud sur Zoom, pendant les affres de la pandémie de coronavirus. (Avec l’aimable autorisation de Josh Kulp).

Dans les annales de l’enseignement en ligne et de la lassitude entraînée par les visioconférences sur Zoom ou Skype, on retrouve beaucoup d’usagers frustrés – nombreux que ce soit chez les étudiants, les parents ou les enseignants.

Mais pour un groupe choisi de spécialistes du Talmud, le COVID-19 a représenté une opportunité inhabituelle d’apprentissage collectif au sein d’un petit groupe soudé, malgré la distance et les différents fuseaux horaires.

Au cours des trois derniers mois, Josh Kulp, qui dirige la Conservative Yeshiva à Jérusalem, a passé cinq heures par semaine sur Internet en réunissant une poignée d’élèves de Londres, New York, Washington, de l’ouest du Massachusetts, de Denver et de Jérusalem pour étudier les complexités des lois de cacheroute – la thématique de son cours.

Ils examinent des aspects mystérieux de la cacheroute, apprenant si l’odeur a la même importance que le goût et s’il est possible de faire cuire de la viande et du lait dans le même four, au même moment.

Ils étudient également la Gémara et se sont intéressés à quelques petits faits intéressants et méconnus – comme le fait qu’il n’y avait pas de mot hébreu pour désigner l’assiette jusqu’à une date assez récente, ou que pashtida, le mot hébreu populaire pour désigner la casserole, est d’origine française.

« Il y a un grand nombre d’informations en arrière-plan quand on parle d’alimentation dans des textes qui ont des milliers d’années », explique Kulp.

Le cours sur Zoom a débuté au mois de mars, quand la pandémie de coronavirus a démarré. À la fin du semestre, au mois de mai, Josh Kulp, le professeur, a proposé de continuer à enseigner à ses étudiants en suivant les règles de Torah lishma — soit l’apprentissage au nom du seul apprentissage.

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Photos portraits : Josh Kulp et ses élèves travaillent sur le Talmud sur Zoom pendant la pandémie de coronavirus. (Autorisation : Josh Kulp)

« J’ai dit aux élèves : ‘On est tous chez nous, j’ai adoré vous enseigner des choses mais aujourd’hui, je peux vous apprendre seulement ce que j’ai envie de vous apprendre’ sans nécessairement m’appuyer sur les programmes », raconte Kulp.

Quatre élèves ont alors été intéressés à l’idée de continuer leur apprentissage et Kulp a mis une annonce sur Facebook, ouvrant son cours à toutes les personnes intéressées, précisant bien que ce cours sur le Talmud serait poussé : les élèves devraient être en mesure de lire des sources difficiles en hébreu original et en araméen, l’engagement serait de surcroît sérieux avec cinq heures de cours par semaine sur internet et quelques heures passées en havruta, l’apprentissage conjoint avec d’autres étudiants.

Kulp a immédiatement reçu quelques candidatures.

Photo de Leah Jordan, rabbin au Royaume-Uni, a dû interrompre son année en Israël à cause du coronavirus, mais elle a pu suivre son cours de perfectionnement sur le Talmud sur internet. (Autorisation : Leah Jordan)

Leah Jordan, 33 ans, née à Kansas City et rabbin réformée qui vit depuis neuf ans à Londres avec son mari britannique, et qui a passé son année sabbatique à Jérusalem dans la yeshiva, a été l’une des premières à s’inscrire.

Son emploi du temps était libre jusqu’au 1er juin – date à laquelle elle devait commencer un nouveau travail – et elle a bénéficié de deux mois de plus chez elle, a priori complètement inattendus.

« Il y avait cette alchimie entre Josh, un grand professeur, et un noyau d’entre nous qui sont vraiment engagés à apprendre pour le plaisir d’apprendre. Nous avions besoin de cette stabilité dans nos vies », a déclaré Jordan. « En tant qu’étudiants de la Torah, il était naturel que ce soit la Torah qui nous réconforte. »

Jordan a décidé d’étudier en havruta avec Liza Bernstein, une étudiante de la côte est des États-Unis, et chaque semaine, elles se retrouvaient pendant huit heures supplémentaires.

« C’est une sorte de réalisation du rêve de mon congé sabbatique », a déclaré Mme Jordan. « Désormais, on apprend pour le plaisir, c’est une situation magique. »

Photo de Jonathan Dine, résident de Washington DC, a saisi l’occasion de participer à un cours avancé du Talmud organisé en raison du coronavirus. (Autorisation de Jonathan Dine)

Jonathan Dine, 32 ans, un spécialiste du traitement des données de Washington, a déclaré qu’il s’agissait là d’une occasion en or de participer à un cours basé sur les compétences, et qu’il pouvait s’y engager parce qu’il travaillait depuis chez lui pendant la pandémie.

« Il y a des gens avec qui je ne pourrais pas apprendre normalement », a déclaré Dine, dont la sœur a également rejoint le cours et est sa partenaire de havruta. « Cela semble un peu plus informel, d’apprendre juste pour le plaisir. »

Ce que M. Kulp apprécie dans son cours en ligne, c’est la facilité avec laquelle il a pu réunir 10 personnes sur Zoom – et que toutes voulaient la même chose.

« Le texte fournit une ancre », a déclaré Stephen Arnoff, PDG du Fuchsberg Center of Conservative Judaism, le foyer de la yeshiva Massorti, qui a mis en ligne toute son activité jusqu’en septembre. « Certains se réveillent à 5h30 du matin pour cela. »

Larry Moss, 64 ans, l’un des neuf élèves, a déclaré qu’il avait besoin d’autant de temps en dehors des cours qu’en classe pour se préparer.

« Il y a des gens vraiment intelligents dans la classe, et il n’est pas facile de suivre le niveau de discussion », a déclaré Moss, un avocat d’entreprise semi-retraité qui apprécie la structure que la classe lui offre en ces temps tumultueux. « Il y a là des esprits vraiment jeunes et souples. »

Photo de Joshua Kulp, Rosh Yeshiva à la Yeshiva Massorti, qui a profité du coronavirus pour enseigner à un petit groupe d’étudiants situés en Israël, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. (Autorisation de Joshua Kulp)

Il y a aussi une intimité innée dans l’apprentissage, ont déclaré les étudiants, étant donné le petit nombre de personnes et la capacité à avoir de véritables conversations et à poser des questions.

Kulp dispose d’un groupe WhatsApp pour que les étudiants envoient leurs questions, et il lui arrive de prendre le téléphone pendant la journée pour certains des problèmes les plus épineux.

« Mon fantasme est que cela continue pour toujours », a déclaré Kulp, qui a également eu le temps d’apprendre chaque matin avec sa propre havruta, parce qu’il ne se rend pas au travail. « D’une certaine manière, c’est le meilleur cours que j’ai jamais donné en 25 ans, parce que les gens veulent vraiment en être. »

En savoir plus sur : Israël Inside Talmud Coronavirus Yeshiva Zoom Diaspora Conservative Judaism Massorti Whatsapp Torah Casheroute Facebook Réseaux sociaux

The Times of Israël

Source : https://fr.timesofisrael.com/pour-ces-amoureux-du-talmud-le-covid-19-offre-plus-de-temps-pour-letude/

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Rubrique D - Pratiques orientales et adaptation culturelle au coronavirus

16.
Coronavirus Covid19 : ’En profiter pour faire une quête spirituelle’ Le confinement vu du temple bouddhiste de La Boulaye – Par Antoine Marquet - Publié le 07/04/2020 à 07h00 • Mis à jour le 12/06/2020 à 12h50 – Document ‘france3-regions.francetvinfo.fr/bourgogne-fr’ - Photo - Dans ce temple sont pratiqués des rituels, pour trouver la sérénité. • © Antoine Marquet - Saône-et-Loire

Voilà déjà de nombreuses semaines que l’épidémie de coronavirurs paralyse le monde entier. En Saône-et-Loire, les bouddhistes du temple de La Boulaye invitent à une réflexion collective sur cette crise sanitaire.

On l’aperçoit le long de la route. Sur sa butte, il brille lorsque le soleil le rencontre. Plébiscité par les touristes, il est incontournable quand on vient en Saône-et-Loire. Tout droit sorti d’une peinture, Paldenshangpa est un temple bouddhiste qui accueille curieux et croyants toute l’année.

Le lieu du culte bouddhiste a fermé ses portes en cette période de crise sanitaire. Le confinement s’impose aussi pour les résidents du temple. Les lamas, dans la religion bouddhiste, sont les enseignants. Ces moines bouddhistes sont habitués aux retraites. Alors qu’est-ce que ce confinement change pour eux ? 

Un temple aujourd’hui à l’arrêt

On aurait tendance à se dire ’pas grand-chose, c’est un peu leur quotidien’. Mais c’est un petit peu plus nuancé que ça. Joint par téléphone, Lama Phunstok rappelle que le centre a été fermé juste avant les annonces officielles de confinement du gouvernement. ’On a des gens qui viennent de partout dans le monde. On s’est dit qu’il pouvait y avoir des gens venant de régions infectées.

Aucun cas de coronavirus n’est cependant à signaler au temple de La Boulaye. Pas de symptômes non plus. Il reste actuellement tous ceux qui vivent sur le centre : quatre lamas et quelques résidents. ’Mais on applique strictement les consignes de sécurité qui ont été données par le gouvernement.’ Alors gestes barrières et distanciation sociale à chaque sortie. 

Retraite, confinement, quelles différences ?

En temps normal, le temple Paldenshangpa propose des retraites dans des espaces adaptés, dans le parc. Une retraite, c’est une période de sa vie où on se retire de toutes les activités mondaines (du monde) pour se consacrer à une pratique spirituelle intensive, pendant une durée variable, selon les besoins de chacun.

La grande différence entre la retraite et le confinement, c’est la volonté personnelle. Alors que le confinement nous a été imposé, la retraite naît d’un désir personnel, d’une volonté singulière de s’extraire du monde pour prendre du temps pour soi. La retraite implique une forme de méditation, une quête de spiritualité. Alors qu’en confinement, nous gardons nos habitudes et continuons à avoir les mêmes activités

Mais est-ce que d’une contrainte, nous pouvons faire ce choix et profiter d’une période imposée pour entamer une quête spirituelle ? ’Encore une fois, tout dépend de chacun. On ne peut forcer personne à entrer en introspection. On ne peut pas imposer le retour à soi. Ca ne fonctionne que si ça vient de la personne. Et on ne peut pas la condamner ou la blâmer s’ils ne le font pas.’ 

Alors si certains d’entre vous le désirent et se sentent prêts, vous pouvez profiter de cette période de confinement pour vous mettre en retrait. Une solution peut-être pour ne pas céder à la panique et succomber à toutes les informations anxiogènes qui saturent l’espace médiatique ces derniers jours ? ’Pourquoi pas’ selon Lama Phunstok. 
La clé pour mieux vivre son confinement, c’est la détente. Beaucoup d’applications de méditation sont aujourd’hui disponibles et le lama nous invite à les utiliser. ’Mais on peut aussi visiter virtuellement plein de lieux culturels.’

Lama Phuntsok profite lui de cette période pour méditer, lire, prendre des nouvelles de ses ’prochains’, pour échanger, par téléphone, par les réseaux sociaux. ’C’est déjà ce que je fais quotidiennement. Cette situation ne m’angoisse pas.’ Lui était en Inde au moment de l’épidémie du SRAS (Syndrome respiratoire aigue sévère), entre 2003 et 2004. A cette époque, le virus n’avait pas vraiment franchi les frontières de l’Asie. ’C’est la première fois depuis un siècle qu’on vit en Europe ce genre de choses. C’est une autre dimension.’ 

« Ca devrait nous faire réfléchir sur notre fragilité et nous rendre plus humble ».
Lama Phunstok

Photo - Souvenir de la retraite de méditation de cet été avec Kyabjé Kalou Rinpoché.
Photo ©Michèle Porta - Photo - © Antoine Marquet

Le coronavirus, une punition ?

Pour ces moines, cette période de confinement peut être propice à nous interroger sur le coronavirus. ’C’est quelque chose d’invisible et quelque part, il a réussi à mettre le monde entier à l’arrêt. Ce que personne n’a su faire jusqu’à maintenant. La responsabilité humaine doit être remise en cause dans l’épidémie que nous traversons. L’activité humaine a eu un effet c’est sûr.’ 

Une des dernières crises qui a traversé les frontières : le krach boursier en 2008. Un événement qui aurait dû changer nos habitudes. ’Mais rien n’a changé. On a continué d’adopter les mêmes comportements.’ 

Selon Lama Phunstok, cette crise du coronavirus doit aussi questionner le système dans lequel nous vivons actuellement. ’On se rend compte qu’on est dépendant d’autres nations, qu’on a trop rogné nos budgets de santé. On se rend tout simplement compte qu’on était pas prêt à affronter tout ça.’ Lama Phunstok est catégorique : ’Ca se reproduira très probablement.’ 

Mais est-ce une forme de punition ? Le bouddhisme n’envisage pas les choses de cette façon. Ce n’est pas une fatalité, ni une colère divine. ’On parle plutôt de relations de cause à effet. Nous avons créé la cause. Aujourd’hui on en assume l’effet. Si nous continuons à créer des choses, il y aura encore d’autres conséquences. Le virus n’a pas de frontières. Il touche tout le monde, peu importe les races, les religions, les classes sociales ou les genres.’

Photo - © Antoine Marquet

Remettre l’humain au coeur des réflexions

« Ces situations-là font émerger des qualités inhérentes aux êtres humains. Une forme d’héroïsme et d’altruisme ».
Lama Phunstok

Selon le bouddhisme, l’être humain est doté de plusieurs qualités qui lui sont propres, comme l’amour et la compassion. La situation que nous vivons actuellement met en avant ces deux sentiments. ’Cette gratitude que les gens manifestent, c’est quand même un point positif.’ Lama Phuntok espère qu’après tout ça, les gens n’auront plus le même regard. ’Aujourd’hui, nous voyons à quel point nous sommes dépendants les uns des autres. Nous avons besoin des éboueurs, des caissières, des infirmières.’ 

Et pourtant, ce week-end, un certain relâchement du confinement a été souligné. Beaucoup de Français sont sortis, ’profiter du soleil’. Un appel à plus de vigilance et de responsabilité a été lancé, pour protéger davantage les soignants et éviter la saturation des lits de réanimation. Lama Phunstok émet une certaine réserve : ’On ne peut pas empêcher les gens de sortir. Ils ont besoin de respirer. Il faut seulement prendre toutes les précautions : porter un masque et respecter la distanciation sociale.’ 

Il y a la spiritualité mais le confinement a aussi un impact sur les finances du temple. Les moines bouddhistes de Paldenshangpa vivent des visites du temple et des achats à la boutique. Depuis le début du confinement, il n’y a plus de rentrée d’argent et donc un manque de ressources.

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Source : https://france3-regions.francetvinfo.fr/bourgogne-franche-comte/saone-et-loire/coronavirus-covid19-profiter-faire-quete-spirituelle-confinement-du-temple-bouddhiste-boulaye-1812236.html

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17.
Ce que les méditants hindous et taoïstes peuvent nous enseigner de l’isolement - Par La Rédaction - Coronavirus - Le 30 avril 2020 – Document ‘telquel.ma/2020/04’

Il est des hommes et des femmes qui dans de nombreux endroits du monde, depuis des temps très anciens, font le choix de vivre reclus ou simplement à l’écart. Pour ces moines, ascètes et autres renonçants, l’isolement est volontaire et pensé comme un moyen (peut-être le seul) de se concentrer véritablement sur l’essentiel et d’espérer percer les mystères de l’existence.

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Photo de paysage - La ’mer de nuages’ sur les monts du Phénix, vue du temple taoïste du Reflet de la Lune (région de Ankang, Chine centrale). Crédit : A. Herrou, Author provided

En Chine comme en Inde, les vieux sages, grands ascètes et autres ermites, vivent le plus souvent dans des endroits reculés : sur les versants escarpés des montagnes, dans des grottes ou sur des îles inaccessibles, quand ils ne s’adonnent pas à une forme d’itinérance qui suppose tout autant de ne pas s’attacher, ni aux lieux ni aux gens. Dans ces contextes, il s’agit avant tout de ne pas se disperser, d’éviter de perdre son temps et surtout de ne pas gaspiller son énergie vitale.

La question cruciale est alors moins celle de savoir comment ils le supportent que de saisir pourquoi ils le font : qu’est-ce qui vaut de se priver à différents degrés de ce que le commun des mortels est enclin à rechercher plus que tout : le plaisir, le confort, la sécurité ? Est-ce du reste véritablement de la privation ? Et surtout quel bénéfice de l’ascèse justifie les renoncements qu’elle suppose ?

Une forme d’oubli de soi chez les taoïstes

Aujourd’hui en Chine, les moines taoïstes incarnent l’idée qu’une vie retirée est un moyen privilégié pour accéder aux sphères les plus élevées de la connaissance et de la pratique du Tao, la Voie, indéfinissable, que les adeptes cherchent à atteindre afin de gagner l’immortalité.

Photo - Un moine taoïste pratiquant dans une grotte près du temple Longmen dong (province du Shaanxi, Chine centrale). A. Herrou, Author provided

Pour cela, ils font le choix difficile de tout quitter pour mener une vie à contre-courant. Ils ne sont pas nécessairement très nombreux au regard de la population chinoise, mais sont très respectés, perpétuant la figure ancienne des sages qui font retraite pour pratiquer les arts de la “longue vie sans mourir”.

Mais ils sont difficiles à approcher et beaucoup les cherchent, du commun des mortels aux praticiens. Ces “maîtres” sont de précieux conseil pour ceux qui parviennent à les trouver et à leur poser les questions qui les taraudent, ou à les interroger sur le sens de l’être. Ils habitent dans les temples qui parsèment la Chine, optant pour une vie entre soi dans des communautés monastiques.

Les méditants peuvent alors compter sur une gestion collective des questions de subsistance et de vie quotidienne, afin de se consacrer à leur pratique. D’autres adoptent une existence encore plus isolée, en ermites. Dans tous les cas, ils ne vivent pas pour autant en reclus. Détenteurs de rituels au cœur de la vie sociale — divinatoires, thérapeutiques, propitiatoires, funéraires —, ils sont très souvent sollicités localement et parfois aussi par des personnes venues de très loin pour les rencontrer.

Retraite et purification

Il n’est pas rare qu’à un moment donné de leur existence, souvent dans les premières années de pratique, ou de façon plus régulière, ces méditants effectuent des retraites au sein de leur vie déjà à l’écart. L’isolement quasi total leur permet alors de s’adonner à plein temps à l’exercice de la méditation, souvent assorti de jeûnes alimentaires et mêlant techniques de visualisation et de respiration.

Ils sont parfois aidés par des compagnons de pratique, pour les ravitailler et surveiller leur santé ; ou ils sont complètement seuls et refusent tout soutien, quitte à signaler aux éventuels visiteurs par un panneau qu’ils font une retraite “sans paroles” ou à les dissuader de les aborder en se faisant passer pour fous.

Photo - Jeune moine taoïste pratiquant le wushu. Faire le vide quelle que soit l’affluence au temple (région de Ankang, Chine centrale). A.Herrou, Author provided

Déjà au début des Six dynasties (220-589), on trouve des descriptions précises de procédés dits “alchimiques” qui comprenaient une période de retraite et de purification (allant d’une semaine à cent jours) dans une montagne ou un lieu calme avec un ou plusieurs assistants.

L’oubli de soi

La métaphore de la transmutation des métaux est toujours utilisée aujourd’hui : comme on raffine le minerai (cinabre) pour obtenir du mercure, on affine son corps et son esprit pour parvenir à la quintessence de son être. Mais dans ce contexte, une telle transformation vise une forme “d’oubli de soi”. Il n’est pas question de rechercher le bien-être, mais d’entrer plus avant dans la difficulté. En transformant les énergies de son corps et en tournant le regard vers l’intérieur de soi, il s’agit d’oublier son “moi humain” et l’ensemble des choses matérielles de ce monde, pour tenter d’accéder à son “véritable moi”.

Photo - Moine taoïste dans sa cellule (région de Hanzhong, Chine centrale). A.Herrou, Author provided

Alors seulement on pourra percevoir ce que les yeux ne parviennent pas à voir, les oreilles à entendre, l’odorat à sentir, les mains à toucher ou encore le palais à goûter. Être réceptif à une intuition décuplée ou à une forme de concentration focalisée par l’intention (yinian), permet de basculer du monde “avec forme” au “sans forme”, du pensé à l’impensé. Les plus avancés dans la quête parviennent au “non-agir” wuwei — une notion clé du taoïsme qui désigne une forme de tranquillité de l’esprit et un mode d’action qui ne force pas, en lien avec “le naturel et le spontané” (ziran), une attitude particulièrement efficace qui permet toutes les réalisations.

Une vie simple et sans pression est ici associée aux idées de quiétude et de modération

Ainsi, en franchissant la passe mystérieuse, on “ouvre en soi sagesse et perspicacité”, pour mieux comprendre les autres et plus généralement l’humain. Cela explique que les maîtres qui s’adonnent à l’ascèse sont dits capables d’entrer en résonance avec les femmes et les hommes qui viennent les consulter, d’entendre ce qu’ils ne leur disent pas et de voir ce qu’ils ne leur montrent pas.

Une vie simple et sans pression est ici associée aux idées de quiétude et de modération. Un moine taoïste faisant l’éloge de la parcimonie (se 啬) lui donne trois sens, quand il est question de culture de soi : ne pas gaspiller (son énergie), la consommer doucement pour la consommer longtemps (selon le proverbe chinois “un filet d’eau coule longtemps”, xishui changliu) et s’évertuer à en réaccumuler pour conserver la même force de vie.

Une telle vie n’est pas pour autant synonyme d’austérité. Une raison peut-être pour laquelle elle continue à attirer de jeunes adeptes dans la Chine d’aujourd’hui. Les maîtres taoïstes suggèrent qu’elle puisse procurer un bonheur sans nom ; de fait, ceux qui les observent, dont l’ethnologue, sont frappés de constater l’importance de l’humour dans les voies du renoncement ;

En Inde, l’enfermement en soi

L’ascétisme hindou prône l’itinérance comme valeur suprême : le détachement, le retrait du monde tendent à s’exprimer par le refus de ses valeurs de sédentarité que sont l’ancrage dans la famille, dans la maison, dans la production. Toutefois, les ascètes peuvent choisir, parfois de façon temporaire, un lieu de retraite, un lieu retiré du tumulte du monde pour s’adonner à leurs pratiques méditatives.

Le détachement, le retrait du monde tendent à s’exprimer par le refus de ses valeurs de sédentarité

Car, qu’ils soient vishnouites, shivaïtes ou d’une autre obédience, nombreux sont les ascètes qui s’adonnent à une pratique spirituelle, le plus souvent de type yogique. Ils s’enferment alors volontiers dans ce qui est qualifié de grotte, guphâ, qui peut être aussi bien une anfractuosité dans le rocher, une cellule empierrée, une cave aménagée sous un temple ou dans un lieu retiré. Si la tutelle d’un maître est nécessaire, le cheminement d’étape en étape vers la phase ultime, le samâdhi (union, concentration, extase et accès à la réalité ultime) requiert le calme et la sérénité que seule permet la mise en retrait. Comme le recommande la Hatha Yoga Pradipika (La “Petite lampe du Hatha Yoga”), un texte de Svatmarama (texte classique du Hathayoga du XVe siècle),“le Haha Yogin doit (…) pratiquer à l’intérieur d’une petite cellule de la dimension d’un arc (c.à.d. quatre fois la dimension du bras). La cellule doit avoir une petite porte  ; être sans fenêtre, sans trou ni fissure, ni trop haute ni trop basse.” (HYP 1.12-13)

Photo - Une yogini à Kathmandu. Fort peu de femmes sont initiées comme renonçantes. V.Boullier, Author provided

Mais bien au-delà des nécessités pratiques, l’enfermement dans un espace clos peut revêtir toute une dimension métaphorique, qui, en premier lieu, renvoie au motif universel de la matrice et au thème de la naissance initiatique : pénétrer dans une grotte, une cave, évoque le processus de regressus ad uterum, retour aux origines, un enfermement dont le méditant sort au terme d’un processus de transformation qui apparaît comme une nouvelle naissance.

Les ascètes Nath Yogis, en particulier, ont tout un monde légendaire dans lequel les Yogis héroïques connaissent toutes sortes de réclusions, le plus souvent au sein de la terre, avant d’être libérés par un maître ou d’émerger transformés et susceptibles d’accéder à la connaissance suprême.

Le corps comme microcosme du macrocosme

Cependant, la renaissance permise par le passage dans cette bhû-garbha, cette “terre-matrice” n’est possible que par l’adoption de pratiques d’ascèse physiologico-mystiques qui reposent sur une conception du corps comme microcosme du macrocosme. Le travail sur son corps de celui qui est reclus, notamment le travail sur la respiration, active la circulation de l’énergie dans le système des canaux corporels qui obéissent à une vision mystique de la physiologie.

Illustration du corps yogique avec ses canaux et cakra, issu de l’ouvrage co-dirigé par Gilles Tarabout et Véronique Bouillier, Images du Corps dans le Monde Hindou. Openedition, CC BY

Ce mouvement de l’énergie trouve son aboutissement dans le sommet du corps, dans la voûte crânienne, où, selon les conceptions yogiques, se trouve ce qui est appelé le “lotus aux mille pétales” au niveau de la fontanelle, le lieu de conjonction entre l’énergie interne que l’ascèse fait s’élever dans le corps et l’absolu, ce qu’on imagine en système shivaïte comme l’union de Shiva et de Shakti, ou l’abolition de toute dualité.

Plusieurs textes de cette tradition tracent une analogie entre l’espace clos du confinement et cette voûte crânienne où se produit l’ultime transformation

Plusieurs textes de cette tradition tracent une analogie entre l’espace clos du confinement et cette voûte crânienne où se produit l’ultime transformation, dans une série de métaphores autour du vide et du plein, l’absolu étant conçu comme Vide suprême. Ainsi que le dit la Hatha Yoga Pradipika (4.56) : “Vide à l’intérieur et vide à l’extérieur, comme une jarre vide dans l’espace. Plénitude à l’intérieur et plénitude à l’extérieur comme une jarre immergée dans l’océan”. C’est alors que l’ascète en méditation, ayant coupé toutes ses attaches, “ayant l’apparence d’un mort”, est libéré.

Photo - Yogi en charge du feu ascétique (dhuni) au monastère d’Asthal Bohar en Haryana. V.Bouillier, Author provided

Autre métaphore qui prend tout son poids lorsqu’on sait que les ascètes à leur mort sont inhumés, et non pas brûlés comme il est d’usage dans l’hindouisme, celle de la mort. L’enfermement dans une tombe se double parfois de la croyance en la présence éternelle d’un ascète qui n’a que les apparences de la mort physique, qui est en fait ravi en extase, en samâdhi. D’où les deux sens de ce mot qui signifie à la fois tombe et état de plénitude, immersion dans l’absolu.

Il arrive que les grands méditants décident de pratiquer cette inhumation de leur vivant et se fassent enterrer dans une cavité pour pratiquer leur ascèse, soit jusqu’à leur mort physique, soit pour certains d’entre eux pour une durée limitée, annonçant alors à leurs disciples le moment où ils sortiront de leur réclusion volontaire.

Ce fut le cas par exemple d’un ascète Nath Yogi rencontré dans son monastère isolé du Rajasthan après qu’il eut, selon ses disciples, passé quelques mois dans une grotte souterraine fermée, nourri exclusivement de lait par le moyen d’une paille. À la date annoncée pour sa sortie, toute la communauté se réunit autour de la tombe provisoire pour célébrer le retour au monde de l’ascète héroïque.

La poursuite de l’absolu

Au-delà de la Chine et de l’Inde, pour les hommes et les femmes investis presque à l’extrême dans la poursuite de l’absolu, ce que procurerait ce genre de retraite est de l’ordre de la vertu, de la pureté, de la piété, de la bhakti (dévotion), de la baraka (grâce spirituelle) ou du karma (actes et conséquences des actes), autant d’accès privilégiés (ou différents) au Tao (la Voie), au Mokṣa (la Délivrance), au Fana (l’absorption en Dieu), au Nirvana, au paradis des anges, à la rencontre avec Dieu et/ou avec la quintessence de soi-même. À ce stade, une telle quête ne peut se faire qu’à l’épreuve du quotidien.

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Face à la pandémie, l’importance des ressources psychologiques individuelles

Confiné, le yoga retrouve du souffle sur Internet

Depuis le lendemain du Nouvel An chinois, le 26 janvier 2020, les temples en Chine sont fermés au public et après trois mois, ils n’ont pas encore rouvert. Ceux en Inde ont également cessé toute activité, alors que les renonçants Sadhus sont sans doute contraints d’interrompre toute itinérance.

Moines et ascètes se retrouvent ainsi isolés, plus que jamais, de façon inédite. Cela n’est pas sans difficultés, au regard en particulier des rituels inaccomplis et de la diminution des offrandes en nourriture que l’on suppose. Mais de façon générale, on peut dire qu’ils savent faire avec le confinement et les contraintes extrêmes, susceptibles même de les optimiser. Comme nous le dit un moine taoïste de Pékin, par Wechat : “Tout dépend de la manière dont on parvient à faire usage de ce temps de vide.

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Voici l’article original, signé Adeline Herrou, éthnologue, CNRS, Université Paris Nanterre – Université Paris Lumières et Veronique Bouillier, éthnologue, Centre national de la recherche scientifique (CNRS)

Sujets : confinement isolement méditation yoga

Telquel.ma - L’actualité du Maroc tel qu’il est

Légalisation du cannabis : Argument démagogique ou réel combat ?’ par Telquel.ma

Source : https://telquel.ma/2020/04/30/ce-que-les-meditants-hindous-et-taoistes-peuvent-nous-enseigner-de-lisolement_1681896

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18.
Le Taoïsme aux temps du Coronavirus Par Gregory B. Lee 1 1 IETT - Institut d’Etudes Transtextuelles et Transculturelles

Résumé : Pour les Confucéens, 儒家, l’environnement autour de l’homme est là pour être maîtrisé et exploité pour construire, ou plutôt pour Confucius, pour reconstruire le monde parfait, cette entité globale gouvernée par un souverain suprême, qui aurait déjà existé dans le passé lointain. Ce monde est construit autour d’une civilisation urbaine, contenue derrière des murs, éloignée de la campagne et des paysans. Pour Confucius ce qui compte est le monde politique, la gouvernance, les règles de surface, les rites, c’est à dire le vernis, l’urbanité.

Pour les Taoïstes tels Zhuangzi 莊子, Laozi 老子 et Liezi 列子, cette conception du monde de Confucius constitue le degré zéro de la vie humaine. Et pour Zhuangzi le monde qu’il faut retrouver n’est pas un monde de rois-sages mythiques, mais un moment d’avant la civilisation humaine, avant la dominance de l’urbain, avant notre séparation du monde.

Domaine : Sciences de l’Homme et Société - Sciences de l’Homme et Société / Etudes de l’environnement - Sciences de l’Homme et Société / Philosophie

Liste complète des métadonnées : https://halshs.archives-ouvertes.fr...
Contributeur : Gregory Lee <gregory.lee@univ-lyon3.fr>
Soumis le : mardi 17 mars 2020 - 22:57:11 - Dernière modification le : lundi 13 juillet 2020 - 09:58:54 - Document(s) archivé(s) le : jeudi 18 juin 2020 - 16:06:01

Fichier : Le Taoïsme aux temps du Coronavirus... - Identifiants - HAL Id : halshs-02510604, version 1 - DOI : 10.3917/mouv.072.0079 - Collections : UNIV-LYON3 | UDL | ASIES_ET_PACIFIQUE

Citation - Gregory B. Lee. Le Taoïsme aux temps du Coronavirus. Licence. Histoire culturelle, à distance (coronavirus), France. 2020, pp.4. halshs-02510604

CEL - Cours en ligne - Accueil

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Source : https://cel.archives-ouvertes.fr/halshs-02510604v1

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19.
Le moine bouddhiste Matthieu Ricard prolonge son confinement en Dordogne Par Laurence Méride, France Bleu Périgord, France Bleu - Samedi 30 mai 2020 à 19:59 - Exhaustif-Ouest-France Peyzac-le-Moustier, France - Photo – Matthieu Ricard dans le jardin de sa mère en Dordogne © Radio France - Laurence Méride

Le confinement n’a guère changé les habitudes du moine bouddhiste : ’En Inde, la première phase du confinement était très active puisqu’on a des projets humanitaires avec l’association Karuna-Schechen. Il y a beaucoup à faire en ce moment avec le coronavirus. Et la deuxième partie c’était face à l’Himalaya dans un petit ermitage de 9m2 : le meilleur confinement au monde. Je passe du confinement dans les montagnes à celui dans la forêt ici en Périgord.’ 

Matthieu Ricard sur l’importance de se retrouver seul

Le moine bouddhiste a également abordé la façon dont la majorité des Français ont vécu ces deux mois de confinement, parfois d’isolement pour certains. Il a été stupéfait que certains se plaignent d’avoir du temps pour se consacrer à eux-mêmes : ’Comme toujours il y a deux aspects : ceux qui ont souffert du confinement par manque de moyens. Mais j’ai été surpris de voir à quel point les gens étaient démunis de se retrouver seuls avec leur esprit. Normalement il faut prendre un peu de temps pour ça parce ce n’est pas en courant dans tous les sens qu’on a le temps de le faire. L’enjeu n’est pas de regarder son nombril mais bien de comprendre comment fonctionne nos émotions, la solidarité, l’altruisme, la compassion.’ 

PODCASTS : à écouter à la source :

Source : https://www.francebleu.fr/infos/culture-loisirs/le-moine-bouddhiste-matthieu-ricard-prolonge-son-confinement-en-dordogne-1590860599

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20.
Accès aux autres contributions de Matthieu Ricard

VIDEO. ’Il n’y a pas un seul copain’ dans l’assiette ... - Franceinfo-12 avr. 2020 - « C’est peut-être une opportunité à saisir pour modifier ses habitudes alimentaires. Pour sa part, Matthieu Ricard ... »

VIDEO. ’Faut pas se prendre la tête’ : deux ou trois choses à ...
Yahoo Actualités-11 avr. 2020

Matthieu Ricard : ’C’est le moment de se réveiller’ - RTL.fr-1 avr. 2020

Selon le moine bouddhiste, cette crise sanitaire liée au Coronavirus doit nous faire réaliser que notre mode de consommation ne nous rend pas ...

Déconfinement : pour Matthieu Ricard, ’relancer la ... - Europe1-12 mai 2020

Matthieu Ricard 2000*1000 1:24 - Matthieu Ricard estime qu’il faut profiter de la baisse de pollution engendrée par la crise du coronavirus pour ...

Matthieu Ricard : « L’émerveillement mène au désir ... - Le Monde-10 mai 2020

Matthieu Ricard : « L’émerveillement mène au désir d’harmonie ». Passionné de nature, le moine bouddhiste et docteur en génétique cellulaire ...

Un message de sagesse deMatthieu Ricard - Magazine GoodPlanet-17 mars 2020

En ce temps de crise sanitaire, Matthieu Ricard, moine bouddhiste tibétain, auteur et photographe nous rappelle que ces circonstances ...

Après-COVID-19 : « La coopération est notre seul espoir » - ICI.Radio-Canada.ca-5 juin 2020 - Matthieu Ricard est moine, écrivain et photographe. Photo : Getty Images / KENZO TRIBOUILLARD.

Et si le confinement avait aussi du bon ? - Marie Claire-23 mars 2020 – « Le célèbre moine et auteur, Matthieu Ricard, a d’ailleurs adressé un ... le dit, on le lit, on l’entend : il y aura un avant et un après coronavirus… »

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Ce que l’épidémie de Covid-19 révèle de l’orientalisme de nos catégories d’analyse du politique Auteure : Eugénie Mérieau - Date : 21/07/2020 - Document ‘sciencespo.fr/ceri’ - [Réflexions à partir de la Chine et des pays confucianistes d’Asie orientale].

Quel régime est le plus efficace face au Covid-19, la démocratie ou la dictature ? Durant les premières semaines de février 2020, l’existence même de l’épidémie était analysée 1 comme découlant presque mécaniquement des caractéristiques autoritaires de la Chine : absence de liberté d’expression d’une part, verticalité bureaucratique du pouvoir d’autre part. La première avait étouffé l’alerte du Dr. Li Wenliang quand la seconde avait freiné la remontée d’informations du pouvoir local vers le pouvoir central, transformant une épidémie locale en pandémie mondiale d’une ampleur inédite. Sur ce fondement, des voix ne cessent de s’élever pour réclamer l’engagement de la responsabilité internationale de la Chine devant la Cour internationale de justice des Nations unies 2. Si la convocation du Dr. Li Wenliang au poste de police pour diffusion de fausses rumeurs a été immédiatement dénoncée par la Cour suprême comme caractérisant un abus policier 3, cette information a été largement passée sous silence dans la presse occidentale 4, en partie parce qu’elle venait nuancer l’argument selon lequel la pandémie serait imputable au système politique autoritaire chinois, en particulier à son régime institutionnalisé de censure.

L’argument est ancien. Il affirme que toute catastrophe dite naturelle est en réalité une catastrophe politique due à un déficit de gouvernance démocratique, à savoir un manque de transparence et de responsabilité des gouvernants, lui-même produit de l’absence de liberté d’expression (dont la liberté de la presse). Cette théorie renvoie notamment aux travaux de l’économiste et philosophe Amartya Sen qui, dans sa thèse publiée en 1981 5, avance que la famine n’est pas un enjeu de pénurie alimentaire mais un problème politique structurellement imputable à la dictature. En démocratie, affirme-t-il, lorsque l’information circule et que les gouvernants doivent répondre de leurs actes, ces derniers sont tenus de réagir au plus vite, au plus efficace et en transparence pour mettre un coup d’arrêt à un désastre en cours. L’exercice de la liberté d’expression serait ainsi le premier levier d’une action gouvernementale transparente et responsable. Aujourd’hui, dans le sillage de Sen, nombreux sont les chercheurs qui affirment que la démocratie constitue l’ultime remède à la famine 6. Dès lors, sur le fondement de telles théories (extrapolées aux catastrophes dites technologiques, dont Tchernobyl est devenu le symbole), il est compréhensible que les démocraties occidentales se soient crues immunisées contre le coronavirus, du fait même de leur « identité » démocratique. 

La notion de démocratie n’est en effet pas qu’une simple catégorie d’analyse (« un idéal-type » à la Weber). Elle fonctionne aujourd’hui largement comme le marqueur identitaire de l’Occident, comme le signifiant de sa quintessence même. En cela, elle fonde le complexe de supériorité de l’Occident vis-à-vis du reste du monde, la démocratie représentant le modèle universel de « fin de l’histoire » 7. Dès lors, il n’est rien d’étonnant à ce que les démocraties occidentales s’agacent du fait que la Chine se refuse obstinément à « transiter » vers la démocratie conformément à la prophétie de la démocratie comme fin de l’histoire et de l’Occident comme destin du monde. Devant l’émergence du Covid-19 à Wuhan, les démocraties occidentales ont prôné la supériorité de leur régime politique – avec en arrière-plan le maintien de la croyance en une forme de rationalité démocratique supérieure. Néanmoins, à partir de mars-avril, alors qu’elles sont à leur tour durement touchées par l’épidémie, cette posture révèle son caractère tout autant illusoire que mortifère. 

La démocratie protège-t-elle des épidémies ?

A l’annonce de l’émergence de l’épidémie, en France comme dans de nombreux pays occidentaux, le discours médiatique s’est immédiatement engagé dans une démarche de dénonciation du système politique chinois : éditoriaux, tribunes et débats télévisés ont condamné le décès du Dr. Li Wenliang, « martyr du coronavirus » 8, analysé comme un révélateur de « la défaillance » du système chinois 9, de son « totalitarisme » 10. Les médias n’ont pas hésité à imputer la mort du jeune docteur à son traitement par les autorités chinoises, dénonçant pour certains son « emprisonnement » 11, d’aucuns allant même jusqu’à suggérer par association d’idées son assassinat par les autorités 12.

En d’autres termes, le coronavirus fut traité moins comme une question de santé publique que comme un enjeu de politique étrangère. Fin janvier 2020, l’annonce du confinement chinois renforce encore davantage cette lecture : le lockdown est présenté comme une mesure totalitaire dictée par la nature profonde du régime chinois, plutôt que par la sévérité du problème en termes épidémiologiques. La décision de mettre en résidence surveillée des dizaines de millions de personnes ne fait que renforcer le sentiment de radicale altérité entre l’Europe et la Chine : plus que jamais, il n’était pas question de comparer les deux entités, quand la supériorité de la démocratie se trouvait quant à elle énergiquement réaffirmée 13.

Dans un deuxième temps, à partir de mars 2020, alors que la perspective d’un confinement n’apparaît plus si « exotique/archaïque » en Europe et que Wuhan se dirige vers un déconfinement, l’appel à la comparaison s’instaure timidement au sein du débat public, et le ton change : d’abord triomphants, les éditoriaux et tribunes deviennent interrogatifs. S’exprime un doute : l’autoritarisme ne serait-il pas in fine mieux à même de répondre aux crises sanitaires 14 ? Si la question désormais est posée, la réponse, invariante, se veut rassurante : non, bien sûr que non 15

Enfin, depuis début avril, alors que la Chine signale avoir éradiqué le virus, les démocraties occidentales ont imposé des mesures de quarantaine – celles-ci produisant néanmoins de moindres résultats qu’en Chine : d’après les chiffres officiels, les taux de mortalité sont plus élevés en Europe qu’en Chine. S’opère alors un retour au discours de l’incomparabilité : les chiffres chinois seraient évidemment faux, révélateurs d’une entreprise de « propagande » 16, la Chine étant « un système structurellement mensonger » 17 et ce, contrairement aux démocraties dont les statistiques seraient par nature sincères et fiables. Ainsi, par manque de données comparables, la comparaison entre démocratie et dictature serait impossible – en plus d’être moralement condamnable. 

Les politiques publiques ne peuvent-elles être comparées qu’entre démocraties ? 

Il n’y a guère de situation qui se prête mieux à la comparaison internationale que celle générée par la pandémie mondiale du Covid-19. John Stuart Mill, l’un des fondateurs de la comparaison qualitative, dresse dans A System of Logic publié en 1843, une typologie des méthodologies comparatives : la méthode dite des « cas semblables » (most similar cases) donnant lieu à un résultat dissemblable et celle des « cas dissemblables » (most different cases) donnant lieu à un résultat semblable. Ces méthodes permettent d’isoler et de tester les variables d’un phénomène donné 18

La comparaison Chine-France semble a priori s’inscrire dans la matrice des cas dissemblables : pour le même objectif, à savoir la suppression du virus, deux méthodes différentes, l’une démocratique, l’autre autoritaire. Pourtant, c’est plutôt la configuration « cas semblables » qui s’impose : les deux pays ont utilisé quasiment les mêmes méthodes, le lockdown (confinement), mais avec des objectifs et résultats différents, la Chine se donnant pour objectif la suppression rapide du virus, la France le ralentissement de son passage (l’« aplanissement » de la courbe). Certes, le lockdown a été plus strict en Chine qu’en France, mais peu à peu, avec l’utilisation de drones et de données par cette dernière, l’écart s’est réduit 19. Surtout, par certains aspects, le confinement français a été plus contraignant que celui imposé par la Chine : cette dernière n’a confiné qu’une seule province et quelques grandes villes, soit une infime partie de sa population, et ce sans recourir à l’état d’urgence, alors que Paris a imposé un confinement national et a déclaré l’état d’urgence. 

Ainsi, en France, la liberté de la presse a pu être mise au service d’une entreprise collective, presque rituelle, de blâme de la Chine, ce qui semble avoir ralenti plutôt qu’accéléré la réaction du gouvernement. Les effets positifs escomptés de la transparence sur la gestion des catastrophes, transparence qui entraînerait une réaction plus appropriée et efficace – c’est-à-dire, en cas d’épidémie, rapide – des gouvernants n’ont pas été probants. A cet égard, l’absence initiale de réaction face au virus contraste avec la « sur-réaction » déployée devant le H1N1 en 2009, au taux de mortalité bien moindre que le Covid-19, mais s’étant déclaré aux Etats-Unis, un pays également considéré comme faisant partie des démocraties libérales occidentales. Alors, pourquoi la théorie d’Amartya Sen, appliquée aux épidémies, ne se vérifie-t-elle pas dans le cas du Covid-19 ? 

Du prisme orientaliste de la dichotomie démocratie-dictature 

En 1978, Edward Saïd avait défini, à la suite de Syed Hussein Alatas 20, l’orientalisme comme un procédé épistémique au cœur de la domination de l’Occident sur l’Orient, reposant sur une série de stéréotypes ‘essentialisants ‘21.

Au prisme orientaliste, l’épidémie de Covid-19 a été interprétée en Occident comme l’émanation dysfonctionnelle, presque méritée, du totalitarisme chinois, davantage que comme un problème de santé publique. Les préjugés sur la Chine, réactivés par le déclenchement de l’épidémie, sont révélateurs des préjugés à l’égard des régimes autoritaires, dont Pékin constitue en quelque sorte le cas d’école empirique 22.

L’orientalisme du discours politico-médiatique puise sa source dans l’orientalisme de nos sciences sociales. Il figure au cœur de la genèse de la discipline de la science politique comme du droit comparé. Sans remonter aux Grecs, il suffit de citer Montesquieu, qui le premier dans son Esprit des lois établit le despotisme comme la condition « naturelle » de l’Orient, à partir de ses lectures sur le Japon, la Chine, le Siam et l’empire ottoman 23

Viennent ensuite John Stuart Mill puis Max Weber, qui, dans le sillage de Montesquieu associent distinctivement liberté, légalité et modernité à l’Occident 24. Après la Seconde Guerre mondiale, la transitologie, qui emprunte beaucoup à la théorie de la modernisation dérivée des thèses de Weber, devient le pilier de la politique comparée 25. Les régimes non-occidentaux sont envisagés comme ayant vocation à « transiter » vers la démocratie. La dichotomie dictature-démocratie devient un nouvel avatar sémiotique de la frontière entre Orient et Occident. La question centrale, formulée depuis l’Occident, se focalise sur la manière d’ « aider » les pays non-démocratiques à devenir démocratiques, réactivant le mythe de la mission civilisatrice de l’Occident. 

A partir des années 1980, les sciences sociales sont diversement affectées par la révolution que constituent les travaux de Saïd. Si l’orientalisme a un impact majeur sur la discipline de l’anthropologie, il fait une entrée plus feutrée au sein des disciplines de la politique et du droit comparés. L’eurocentrisme est certes dénoncé, mais la comparaison entre les dictatures et les démocraties reste limitée à la mise en exergue de leur profonde altérité. L’orientalisme est adopté avec davantage de facilité dans le champ interdisciplinaire des « aires culturelles », par ailleurs peu valorisé. Si la plupart des aires culturelles sont souvent construites en fonction de leur homogénéité religieuse ou politique – réelle ou fantasmée 26 – , ce n’est pas le cas de l’Asie orientale, qui se caractérise par son extrême diversité tant religieuse que politique. 

Peut-on se penser en semblable de la Chine ? Réflexions à partir des pays confucianistes d’Asie orientale

Dans son espace de production des savoirs, au sein de la « communauté épistémique » asiatique, la frontière démocratie-dictature n’est pas utilisée comme une variable première de comparaison des politiques publiques ; de la même manière, le discours politique et médiatique, tel que relayé par les chaînes d’information publiques comme CNA (Singapour) ou CGTN (Chine), n’est pas structuré autour de cette question. En Asie orientale, la comparabilité des démocraties et des non-démocraties est établie prima facie et la comparaison régionale pratiquée à large échelle. 

Cette dynamique de comparaison semble expliquer en partie la grande réactivité des régimes d’Asie orientale, notamment Hong Kong, le Vietnam, Taiwan et Singapour face à la pandémie de Covid-19 27. Chacun d’entre eux a pris des mesures contraignantes dès le mois de janvier : contrôles aux frontières, isolement et suivi des personnes infectées par le coronavirus. Aujourd’hui, leurs bilans respectifs ne dépassent pas les 50 morts. Ces résultats ont été obtenus sans état d’urgence ni véritable lockdown 28. Qu’ils soient démocratiques et disposent d’une grande liberté de la presse (Taiwan) ou autoritaires avec une presse très contrôlée (Vietnam), ces Etats s’inscrivent dans un référentiel commun à la Chine, que cette dernière représente à leurs yeux un modèle, un repoussoir, un rival ou un concurrent – mais surtout sans que la considération démocratie-dictature n’entre en jeu pour les empêcher de se penser en semblables de cette dernière. 

Durant les premiers temps de l’épidémie, Hong Kong, Singapour et Taiwan n’ont eu de cesse de s’observer mutuellement, de se comparer, de se critiquer, de s’imiter, dans une sorte de compétition pour la médaille de la meilleure gestion épidémique. Et ceci alors que le premier est un régime libéral non-démocratique, le second un régime de facto de parti unique illibéral et le troisième une démocratie libérale. Les comparaisons, inspirations, circulations n’ont pas été neutralisées sous le prétexte que ne peut se « comparer que ce qui est comparable » et qu’une démocratie ne devrait jamais se comparer à une dictature. L’incapacité de la matrice occidentale du comparatisme à intégrer ensemble les différents régimes politiques est d’autant plus problématique qu’eu égard à leur cadre commun de déploiement qui est l’Etat, les régimes, démocratiques ou autoritaires, procèdent fondamentalement de la même manière : en articulant processus de légitimation et processus de répression.

La dichotomie à l’épreuve des faits : contrat social autoritaire et processus de légitimation

Les régimes autoritaires ont longtemps été étudiés sous l’angle uniquement répressif et souvent de façon caricaturale. Depuis une vingtaine d’années, les chercheurs en sciences sociales s’attachent à rattraper le temps perdu en s’intéressant aux modes de légitimation, notamment en analysant les modes de négociation du contrat social autoritaire, producteur de consentement 29. Ce dernier repose souvent sur les résultats plus que sur les processus, et notamment sur le développement économique. Cette observation fait écho au large soutien de la population chinoise à son président Xi Jinping (ou de la population singapourienne à l’égard du Premier ministre Lee Hsien Loong), taux de soutien parmi les plus élevés au monde 30

Il en découle que les régimes autoritaires, dont la légitimité, fondée sur le principe méritocratique, repose sur les résultats (output legitimacy), peuvent plus difficilement se permettre de faire preuve d’incompétence face à une gestion de crise que les démocraties dont la légitimité, issue du principe représentatif, repose sur le processus de l’élection (input legitimacy) 31. En ce qui concerne le volet répressif, il faut noter que les régimes autoritaires ont moins eu recours à l’état d’urgence face au coronavirus que les démocraties, qui se sont massivement engagées dans cette voie 32 – or l’état d’urgence, qui vise précisément à déroger à l’état de droit, considéré comme l’un des marqueurs ultimes de la dichotomie démocratie-dictature 33

Ainsi, l’idée longtemps admise qu’il était impossible qu’un scénario apocalyptique de lockdown massif à la chinoise puisse être déclaré en démocratie, où la « transparence » et les flux d’information, combinés à l’existence d’une société civile organisée et mobilisée, seraient autant de leviers pour déclencher l’action d’un gouvernement qui, anticipant qu’il devra « rendre des comptes », ne pourrait être, par nature, que respectueuse des libertés, s’est heurtée à la réalité, révélant l’aveuglement idéologique né du narcissisme de nos catégories politiques. 

La dichotomie comme obstacle épistémologique à l’analyse comparée des politiques publiques

Pourquoi les informations sur ce « virus chinois » n’ont-elles pas alerté à temps les autorités du monde occidental ? A côté des biais cognitifs habituels, les démocraties occidentales n’ont pas pris la mesure du danger du fait de leur représentation d’elles-mêmes comme fondamentalement distinctes de la Chine, appréhendée uniquement au prisme de son régime politique considéré comme totalitaire, dès lors ontologiquement incomparable à la France. L’association de la démocratie à l’Occident et de la dictature à l’Orient dans le cadre de la construction sociale de leur irréductible altérité est un obstacle épistémologique majeur à l’exercice nécessaire de la comparaison internationale. Cette association a eu pour effet de jeter une suspicion d’autoritarisme sur toute « bonne pratique » en provenance d’Orient et de provoquer son rejet, comme l’ont montré l’affirmation initiale de l’inutilité du port du masque et de la dangerosité du contact tracing alors que ces solutions étaient mises en œuvre avec succès dans toute l’Asie, démocratique comme non-démocratique 34

Le 24 janvier 2020, lors de son retour d’Israël, le président Emmanuel Macron déclarait : « La dictature est un régime où une personne ou un clan décide des lois. Une dictature est un régime où l’on ne change pas les dirigeants, jamais ». Une telle méconnaissance du monde au plus haut niveau de l’Etat révèle une faillite, en amont, des catégories construites et analysées par les sciences sociales, enseignées dans les universités et reprises par les médias. Mais les crises sont des moments de fluidité extrême, propices à l’anomie 35. C’est ainsi qu’à la faveur de l’épidémie de Covid-19, l’ensemble du dispositif identitaire-idéologique démocratie-autoritarisme/Orient-Occident connaît un ébranlement profond. Si cette crise vient rappeler aux démocraties occidentales que leurs populations ne sont pas moins mortelles que celles des régimes autoritaires non-occidentaux, elle devrait également leur rappeler que la démocratie non plus n’est pas immortelle. Les illusions des régimes démocratiques quant à leur propre invulnérabilité sont en train d’accélérer leur déclin – quitte à emporter dans leur chute l’ensemble du modèle libéral occidental 36.

Une autre question émerge alors : plus qu’une ignorance, le maintien de l’incomparabilité des deux catégories ne traduit-elle pas en réalité une volonté de déni ? En d’autres termes, les démocraties occidentales ne craignent-elles pas la comparaison avec les systèmes non-démocratiques et/ou non libéraux orientaux, comme la Chine ou Singapour ? Il est nécessaire de décentrer voire « décoloniser » nos catégories d’analyse du politique pour mettre un terme au complexe de supériorité occidental qui les sous-tendent et les renforcent à la faveur de la réactivation régulière de réductionnismes mystificateurs concernant le « despotisme oriental ». Ceci est d’autant plus urgent que cette contemplation autosuffisante est destructrice : le sentiment d’invulnérabilité des démocraties occidentales a déjà coûté la vie à des centaines de milliers de personnes, alors que les exemples d’Asie orientale prouvent qu’il aurait pu en être autrement. 

Références :

Page d’accueil | Sciences Po CERI

Source : https://www.sciencespo.fr/ceri/fr/content/quel-meilleur-regime-politique-face-au-covid-ce-que-l-epidemie-revele-de-l-orientalisme-de-n

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Rubrique E - Acteurs de l’Islam : musulmans et imams face à la science et au sanitaire

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Religion - Ce que le coronavirus va changer pour les musulmans Par Jules Crétoiset Marième Soumaré- 12 mars 2020 à 14h16 - Mis à jour le 25 mars 2020 à 10h55

Photo - Mosquées fermées, pèlerinages annulés, rassemblements suspendus… Face à la propagation du Covid-19 et en dépit de certaines réticences, les responsables religieux musulmans sont forcés de s’adapter.

Les images saisissantes de l’esplanade de la Kaaba vide ont fait le tour du monde. Le lieu le plus saint de l’islam, la Grande mosquée de la Mecque, a été temporairement fermé le 5 mars pour lutter contre la propagation du coronavirus, qui a déjà fait près de 4 000 morts. Une mesure inédite, accompagnée d’autres décisions : fermer les mosquées saintes de La Mecque et Médine entre les services d’al Ichaa et d’al Fajr, et suspendre la Omra, le « petit pèlerinage », jusqu’au 15 avril au moins.

En Iran, où le Covid-19 a déjà fait près de 300 morts, des dizaines de milliers de mosquées sont restées fermées vendredi dernier. Et aux Émirats, le conseil de la fatwa — instance officielle —, a émis un avis : il est haram d’aller à la mosquée si l’on est malade.

Au Maroc, la décision de suspendre la Omra est accueillie avec « compréhension », confie une source au ministère des Habbous (affaires islamiques). Mais si la question de fermer l’accès aux prières collectives se pose dans les couloirs des ministères concernés, « leur annulation n’est pas encore à l’ordre du jour », admet un membre du ministère de la Santé. Il assure toutefois que les mesures sanitaires seront prises avec l’ « aval » des autorités religieuses.

Photo - AP Photo/Amr Nabil/SIPA

Mosquée de Paris fermée

Pourtant, la prière représente bien un moment favorable à la contagion du virus. « Une mosquée, c’est un lieu de grande promiscuité. Au début de son prêche, l’imam demande aux fidèles de se rapprocher, épaule contre épaule. En pleine crise du coronavirus, mieux vaut éviter les afflux de fidèles », assure Hafiz Chems-Eddine, recteur de la Grande Mosquée de Paris, à laquelle sont affiliées 300 autres mosquées de France.

A lire > [Chronique] Coronavirus : quelle protection pour l’Afrique ?

Face à l’épidémie, il a pris ce lundi 9 mars 2020 la décision de fermer les portes du lieu de la Grande Mosquée de Paris, qui accueille jusqu’à 10 000 fidèles pour la prière de vendredi, ainsi que tous les lieux de culte qui peuvent accueillir plus de 1000 personnes, « jusqu’à nouvel ordre ».

« Les plus hautes autorités religieuses s’accordent sur ce point : notre religion nous enjoint avant tout de combattre le virus », explique-t-il, rappelant que le corpus des hadiths prophétiques permet de privilégier les vertus de l’action en faveur de la préservation de la santé à la prière collective.

Même son de cloches du côté de la Fédération des musulmans de France (MF, ex-UOIF) : « Les enseignements de l’islam permettent la suspension temporaire d’une pratique religieuse collective ou individuelle en cas de danger sanitaire avéré. »

Dans les lieux de culte restés ouverts, les responsables constatent que l’afflux a déjà baissé aux horaires de prières. Néanmoins, ils invitent les fidèles à prendre certaines mesures de précaution. Le CFCM préconise ainsi le retrait « des lieux d’ablutions des mosquées les serviettes à usage multiple ». Et en Tunisie,le ministère de la Santé conseille aux fidèles d’amener leur propre tapis pour prier. 

Les autorités religieuses du monde entier s’accordent à dire qu’il n’y a aucun mal à prier chez soi en cas d’épidémie.

Des précautions déjà en place à la mosquée de Cergy, une des plus grandes d’Île-de-France. « On redouble de vigilance en matière de propreté et de mise à disposition de savon. Et l’imam consacre une partie de ses prêches à la prévention. La plupart des fidèles y sont réceptifs », assure une bénévole.

Négociations

Cependant, ces arguments semblent encore peu recevables dans d’autres pays. A l’instar du Sénégal, où le responsable de la communication de la grande mosquée Massalikoul Jinaan de Dakar, Mor Daga Sylla, estime qu’« il n’est pas question d’annuler la prière pour l’instant, au contraire. La prière est très importante et représente une autre manière de lutter contre l’épidémie ». Il se félicite même de la fréquentation des fidèles, vendredi 6 mars dernier.

Pourtant, le pays compte, à ce jour, quatre cas de coronavirus ; et le ministre sénégalais de la Santé Abdoulaye Diouf Sarr a rencontré les responsables religieux et sollicité leur soutien dès l’apparition des premiers malades. Mais si les dignitaires religieux enjoignent les fidèles de respecter les mesures d’hygiène édictées par le gouvernement, ils leur demandent aussi de continuer à fréquenter les mosquées.

Photo - DR – Mor Daga Sylla

D’ailleurs, bien que certains événements publics, comme la journée nationale de salubrité du 7 mars, ont été annulés, le magal mouride de Porokhane s’est bien tenu le 5 mars dernier.

« Le coronavirus n’est pas perçu comme une menace directe », déclarait quelques jours plus tôt Cheikh Ahmet Tidiane Sy Al Amine, à la tête du Cadre unitaire de l’islam, une association qui représente les différentes confréries. « Le religieux et le politique ne sont pas liés par une relation hiérarchique », lance-t-il, sceptique quant à une éventuelle interdiction des pèlerinages.

Mais le diagnostic d’un nouveau cas ce mercredi 11 mars à Touba, ville sainte de la communauté mouride, risque de changer la donne. « Il faut que le Sénégal arrête l’ensemble des événements religieux, nous allons poser le problème et prendre une décision en ce sens », a affirmé mardi le ministre de la Santé lors d’un point presse.

à lire > Coronavirus en Afrique : quels sont les pays les plus exposés ? Deux cartes pour comprendre

Moussems annulés au Maroc

De son côté, le gouvernement marocain a décidé mercredi d’annuler les moussems, fêtes traditionnelles à caractère spirituel, souvent liées aux confréries. Alors que sept jours plus tôt, une circulaire gouvernementale diffusée en prévision du ramadan annonçait l’annulation des rassemblements, « à l’exception des moussems ». Entre temps, le pays est passé de deux à six cas connus de personnes touchées par le coronavirus.

Des événements très populaires se retrouvent donc compromis, comme le rendez-vous annuel de la Boutchichiya, qui voit affluer pour Laylat Qadr — la nuit du 26e au 27e jour du ramadan — jusqu’à 150.000 fidèles du pays, mais aussi d’Algérie, de France ou du Sénégal. L’annonce a été faite par le ministère des Habous et des Affaires islamiques, qui explique sa décision par « les orientations de la charia sur la protection des âmes et des corps ».

Des informations circulant sur les réseaux sociaux, relayées au Maghreb et en Afrique de l’Ouest, alertaient également sur l’annulation en juillet du Hajj par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Une décision qui ne revient nullement à l’organisation internationale, mais aux autorités saoudiennes.

Plus de 60.000 fidèles auraient déjà annoncé leur venue, dont une moitié de Marocains. El Qods Voyages, un voyagiste du royaume spécialisé dans le tourisme religieux, a enregistré ses premières annulations. Les agences de voyage sont également en ordre de bataille pour proposer aux clients des remboursements pour la Omra.

A lire > Coronavirus : l’Afrique met la Chine en quarantaine

À près d’un mois du ramadan, les fidèles s’interrogent : comment sera célébré ce mois particulier ? Quid des prières du Tarawih, pratiquées le soir dans les mosquées tout au long du ramadan ? « Le désarroi de la communauté est palpable », concède Hafiz Chems-Eddine. « C’est une période très importante pour les musulmans, car c’est le mois où ils peuvent se rapprocher du spirituel. Il est nécessaire de trouver des réponses à leurs interrogations. »

À lire aussi :

Coronavirus : pourquoi les économies dépendantes du pétrole doivent se préparer au pire

L’Afrique face au coronavirus : trois infographies pour mieux comprendre l’épidémie

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© Jeune Afrique 2020, tous droits réservés - Source : https://www.jeuneafrique.com/908725/societe/ce-que-le-coronavirus-va-changer-pour-les-musulmans/

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23.
Coronavirus : « L’écrasante majorité des musulmans et des imams en France appliquent les directives scientifiques et sanitaires » Publié le 15 avril 2020 à 06h00 – Cet article ‘Le Monde’ complet est réservé aux abonnés - Accès conditionnel

Tribune - Collectif -Quatre acteurs importants de l’Islam en France, dont Mohammed Moussaoui, président du Conseil français du culte musulman, rappellent dans une tribune au « Monde » la contribution des musulmans au combat contre la pandémie.

Tribune. Rappeler l’importance de la vie, cultiver notre sens des responsabilités et conserver notre optimisme sont devenus des vertus fondamentales pour affronter ces temps difficiles. Nous avons tous été révoltés par les infractions au confinement de la part de certains de nos concitoyens. Il est néanmoins nécessaire de garder confiance en l’humanité en montrant l’importance de la solidarité qui se déploie pour lutter contre le Covid-19. De nombreux Français ont montré leur sens du civisme, notamment ceux de confession musulmane qui s’impliquent au même titre que leurs compatriotes de toutes convictions pour aider la collectivité nationale et internationale à dépasser cette grave crise sanitaire.

Nous savons que, ici ou là, il y a eu des débordements ou des manquements. Mais, contrairement à ce qui a pu être déclaré et véhiculé par certains, il est nécessaire de souligner que les institutions musulmanes françaises ainsi que l’écrasante majorité des musulmans et des imams de notre pays ont accepté d’appliquer les directives scientifiques et sanitaires officielles. Sur le plan individuel, même pour les plus défavorisés d’entre nous qui ne bénéficient pas des meilleures conditions de logement, la compréhension des mesures de responsabilité à entreprendre est exemplaire.

Une prise de conscience rapide

Les mosquées et les établissements d’enseignement privé ont été très vite fermés, les cérémonies religieuses, y compris funéraires, ont été annulées ou adaptées. La formule de l’adhân (appel à la prière) diffusée par Internet et sur les réseaux sociaux et dans laquelle la séquence incitant les musulmans à venir prier à la mosquée a été remplacée par l’exhortation « priez chez vous » est un symbole fort de cette prise de conscience rapide de la gravité de la situation. S’en sont suivis de nombreux avis juridiques justifiant et insistant sur la nécessité de respecter un principe fondamental en islam : la préservation de la vie humaine doit primer sur le respect des normes religieuses. Se protéger et protéger les autres est un devoir religieux, humain, médical et citoyen en parfait accord avec les fondements de l’islam : « Celui qui sauve une vie humaine c’est comme s’il avait sauvé toute l’humanité » (Coran 5 : 32).

Le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) et les juristes musulmans œuvrent actuellement ensemble pour le bien commun. Ces derniers s’emploient à montrer que toutes les mesures de prévention qui visent à éviter la mise en danger de la vie humaine sont conformes à la lettre et à l’esprit de la religion musulmane. En effet, de nombreux textes de la tradition et de la juridiction musulmane montrent qu’en islam réside une grande sagesse qui permet à la foi d’entrer en adéquation avec la raison et la médecine, comme ce hadith (propos attribué au prophète Mahomet) : « Une personne souffrant de maladie infectieuse ne devrait pas s’approcher d’une personne en bonne santé... »

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Source : https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/04/15/coronavirus-l-ecrasante-majorite-des-musulmans-et-des-imams-en-france-appliquent-les-directives-scientifiques-et-sanitaires_6036615_3 232.html

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24.
Coronavirus, science et islam : entretien avec l’astrophysicien Nidhal Guessoum - Propos recueillis par Louis Fraysse - Publié le 27 avril 2020 (Mise à jour le 27/04) – Document ‘reforme.net/religion/islam’ - Photo - Habituellement noire de monde, la Kaaba, à la Mecque, est déserte en réponse à la pandémie de Covid-19 - © STRINGER / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP

Comment s’articule la relation entre science et islam dans le monde musulman ? L’astrophysicien Nidhal Guessoum nous livre ses réflexions sur le sujet.

L’astrophysicien algérien Nidhal Guessoum est professeur à l’université américaine de Charjah, aux Émirats arabes unis. Il a également publié plusieurs ouvrages sur la question du rapport de l’islam à la science. Nous l’avons interrogé à ce sujet, alors que le ramadan vient de commencer pour les quelque 1,8 milliard de musulmans de la planète.

Les diverses autorités religieuses musulmanes soutiennent-elles les mesures de confinement ?

Oui, en très large mesure : les mosquées ont été fermées presque partout et sans trop de débat. Les voyages religieux, comme les visites de la Mecque, ont été annulés. On attend une importante décision concernant le grand pèlerinage annuel, le haj, qui cette année devait se dérouler fin juillet, début août.

Je dis “en très large mesure”, car les ultratraditionnalistes n’ont pas accepté de voir suspendues ou annulées les prières collectives du ramadan qui a débuté le 24 ou 25 avril selon les pays. Là où ils ont une certaine force politique, au Pakistan par exemple, ils ont obtenu du gouvernement la permission de tenir des prières collectives. Ils ont toutefois concédé que les fidèles – parfois des centaines – ne se tiennent pas l’un adjacent à l’autre, comme cela se fait normalement, mais en laissant un à deux mètres d’espace entre eux.

De plus, beaucoup ont rappelé les recommandations du Prophète sur l’hygiène, en général, et sur le comportement du fidèle pendant les épidémies, de manière plus particulière. Des hadiths – les déclarations du Prophète – ont été cités où : la propreté est déclarée comme faisant partie intégrale de la religion ; la quête d’un traitement médical pour toute maladie est fortement encouragée ; les musulmans sont ordonnés d’éviter les villes ou régions où une épidémie est déclarée, ou d’y rester et de ne pas les quitter s’ils y sont déjà, de séparer les malades des personnes saines, etc. Beaucoup ont déclaré le Prophète comme étant “en avance” par ses recommandations de confinement et autre…

D’un autre côté, beaucoup ont insisté sur l’importance de la prière et du retour à Dieu, voire de s’en remettre à Lui. C’est Lui, répètent les prédicateurs, qui nous sortira de cette crise par sa miséricorde et son amour, lorsqu’Il verra que nous avons repenti.

Ainsi, cette pandémie a ravivé les débats entre la raison et la foi : comment penser de tels événements et comment agir en conséquence lorsqu’on est croyant…

Certains chrétiens fondamentalistes voient en le coronavirus un châtiment divin. Est-ce un discours que l’on retrouve aussi dans le monde musulman ?

D’un côté, on retrouve en effet cette idée de colère et de châtiment divins. Ce discours est véhiculé avec insistance par la plus grande majorité des prédicateurs musulmans, presque toujours traditionalistes, qui occupent les médias. D’un autre côté, cependant, au moins une partie du public musulman n’est pas complètement acquise à cette position.

L’institut de recherche sur l’islam Yaqeen, situé aux États-Unis, a interrogé plus de 1800 musulmans pratiquants de profils divers. À la question “Le coronavirus est-il un châtiment d’Allah ?”, les réponses se sont réparties très également entre “Non” (“Pas du tout” ou “Un peu”) et “Oui” (“Assez” ou “Beaucoup”). Et à la question “Le coronavirus est-il un test d’Allah ?”, 84 % ont répondu qu’il s’agit d’un test majeur d’Allah.

Commentant ces résultats, un article de l’institut Yaqeen a cité des hadiths du prophète Mohamed qui déclarent les épidémies et d’autres afflictions comme des châtiments d’Allah. Leur but, nous dit-on, est de nous rappeler la puissance de Dieu et de nous ramener vers Lui pour éviter de plus grands châtiments dans l’au-delà. Cependant, le papier a insisté qu’il est au-delà de la perception humaine de déterminer les causes exactes derrière de tels “châtiments terrestres”, envers qui ils sont dirigés, etc. Enfin, l’article a affirmé que cet acte divin peut même être une bénédiction, “pour le croyant qui fait preuve de patience, se met en quarantaine de manière adéquate, espère une récompense d’Allah et accepte que tout ce qui se passe est un décret divin”.

Comme d’autres aspects de la vie humaine et sociale, la religion, l’islam comme les autres, s’est vue fortement interpellée par cette crise virale…

À travers l’Histoire, quelles relations a entretenues l’islam avec la science ?

L’islam a toujours encouragé et incité les fidèles à acquérir le savoir, le `ilm. Les “savants” sont déclarés, par le Coran et les hadiths comme ayant un rang élevé et comme étant, par leur savoir, plus pieux et plus proches de Dieu. Mais tout savoir qualifie-t-il son porteur de “savant plus pieux et plus proche de Dieu”, et tout savoir est-il à encourager ?

Dans l’Histoire, les musulmans se sont rapidement frottés aux autres nations et civilisations, qu’elles soient indienne, byzantine, perse ou autres. Après qu’ils ont digéré leur héritage, par un effort de traduction qui a duré des siècles, s’est posée la question de la nature et de la valeur d’un savoir donné.

D’un côté, on a cité des hadiths insistant sur l’importance de l’utilité de tout savoir donné : “O Dieu protège-moi de tout savoir qui n’est pas bénéfique…” ? De l’autre, on a cité des versets et des hadiths qui incitaient à la découverte et à la réflexion, sous-entendant que l’utilité et la valeur d’un savoir donné peut être intellectuelle et pas nécessairement matérielle.

Enfin, les questions cosmologiques, l’âge du “monde” (comprendre l’univers), fini ou infini, ont commencé à opposer les philosophes aux traditionalistes. On entend par ces derniers ceux qui s’en tenaient à la parole coranique, sans trop d’interprétation : Dieu a créé le monde, Dieu existait avant le monde, le monde ne peut pas avoir un âge infini.

C’était là le début d’une tension entre l’islam, du moins l’islam traditionnel, et la science et la raison. Cette tension se continuera et s’amplifiera plus tard avec le développement de la science moderne, avec ses nouvelles théories et résultats qui allaient s’appuyer sur des données solides, voire irréfutables.

Qu’en est-il aujourd’hui ?

Les temps modernes ont apporté une science large, complexe et basée sur des données expérimentales ou observationnelles qui permettaient aux scientifiques d’insister sur leurs véracités. Les théories et les résultats de cette science moderne sont venus parfois surprendre, voire choquer le savant musulman traditionaliste. Ce dernier s’est retrouvé sur la défensive, puisque les scientifiques pouvaient brandir des “preuves”. C’est alors le début d’un grand conflit entre l’islam traditionnel et science moderne, voire toute la modernité.

D’un autre coté et assez paradoxalement, il faut peut-être mentionner ce phénomène plus ou moins bizarre mais qui est venu dominer le discours islamique contemporain, d’abord populaire mais aujourd’hui “savant” aussi, l’Ijaz. L’Ijaz proclame que des centaines de découvertes et connaissances scientifiques des temps modernes sont énoncées d’une manière plus ou moins “claire” dans le Coran.

C’est assez paradoxal, car ces mêmes traditionalistes, qui rejettent certaines parties de la science moderne, adoptent un grand nombre de ses résultats, dès lors qu’ils peuvent leur trouver un verset ou un hadith qui s’y rapporte selon eux. Ce phénomène, qui affirme que le Coran a précédé la science moderne par l’affirmation d’un grand nombre de connaissances sur la nature, les organismes et l’univers est un autre sujet de bataille entre les traditionalistes et les musulmans modernistes et scientifiques.

Comment accorder la parole incréée du Coran avec les découvertes scientifiques ?

Il faut d’abord comprendre aussi clairement que possible la nature et la vocation du Coran. C’est un guide vers Dieu, un rappel constant que le monde ne doit se comprendre et être vécu que dans une optique théiste. L’existence de Dieu est une donnée fondamentale et essentielle pour l’humain dans sa quête de compréhension de son existence et celle du monde, de son rapport et ses relations avec tout ce qui existe et de son rôle ici-bas.

Le Coran nous invite souvent à contempler les phénomènes de la nature, sur terre et dans les cieux. Mais ce n’est jamais avec une approche ou un but scientifique, certainement pas de manière quantitative et exacte. Le but de ces références est de chercher le sens derrière ces phénomènes, non pas leurs explications causales et scientifiques. En bref, le Coran n’est pas un livre de science, malgré les centaines de références aux phénomènes naturels.

D’autre part, le Coran nous incite à la recherche et à la découverte. Cela nous apporte des bénéfices multiples, sur l’amélioration de notre vie quotidienne : comprendre les virus et les bactéries nous permet par exemple de nous vacciner et de traiter tout malade. Cette incitation nous invite aussi à nous développer intellectuellement, en étant alors moins ignorant et plus profonds et subtils dans notre compréhension des choses.

À lire :

Réconcilier l’islam et la science moderne : l’esprit d’Averroès - Nidhal Guessoum
Presses de la Renaissance, 2009, 538 p.

Islam, big bang et Darwin, les questions qui fâchent - Nidhal Guessoum
Dervy, 315 p., 2015.

https://www.reforme.net/religion/is...

https://www.reforme.net/wp-content/...Télécharger le PDF

Religion Archives - Reforme.net - Réforme, l’hebdomadaire protestant d’actualité - Reforme.net

Réforme (hebdomadaire) — Wikipédia

Source : https://www.reforme.net/religion/islam/2020/04/27/coronavirus-science-et-islam-entretien-avec-lastrophysicien-nidhal-guessoum/

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25.
Islam et gestion de la crise du Covid-19 - Auteur : Bayram Balci - Date : 24/04/2020 - Document ‘sciencespo.fr/ceri’ – Photo

Comme dans tous les pays du monde, le Covid-19 est au cœur de l’actualité en Turquie. Ce fléau mortel, cette menace qui opère sans distinction ethnique, confessionnelle ou politique auraient dû avoir pour conséquence la mise en place d’une union sacrée au sein de la population et d’une mobilisation de chacun pour le salut de tous. Or la classe politique demeure divisée et le pouvoir en place ne fait rien pour mettre fin à la polarisation dont souffre la Turquie depuis plusieurs années. Nous avons déjà évoqué le traitement politique de la catastrophe sanitaire en Turquie mais quid du traitement religieux ? Mesurer l’impact de cette crise sur l’islam au quotidien et analyser la manière dont les autorités religieuses turques interprètent cette épidémie et répondent à ses conséquences constitue notre objectif à moyen terme à travers une recherche approfondie, dont le présent article constitue le point de départ. 

Le bouleversement total du quotidien mis en place en Turquie pour tenter de protéger la population de la propagation du virus, c’est-à-dire un confinement obligatoire des moins de 20 ans et des plus de 65 ans, puis l’interdiction totale des rassemblements dans les cafés, restaurants, stades, salles de concert, mosquées et la fermeture des écoles et des universités, affecte toutes les activités sociales, y compris la vie religieuse. Dans un pays comme la Turquie, où le sécularisme des institutions cohabite avec des pratiques traditionnelles vivaces, l’imposition de mesures restrictives aux pratiques collectives comme la prière en groupe dans les mosquées n’est pas une tâche évidente.

Le recours à des autorités religieuses s’avère tout à fait primordial pour les fidèles. D’autant plus que l’islam turc sunnite, dépourvu de clergé, est en réalité très encadré par une multitude d’autorités dont les avis s’imposent de fait aux croyants. En effet, dans la pratique, l’islam turc est plus ou moins cléricalisé. Toutes ses tendances sont traversées par des doctrines, celle de l’islam officiel ou celles des multiples mouvances confrériques. En tout état de cause, ce contexte exceptionnel, où tous nos repères sociaux, économiques, culturels sont devenus flous, accroît le besoin et la recherche de paroles de sagesse et d’apaisement auprès, entre autres, de « professionnels » de la religion. Dans l’islam turc, ces guides du peuple musulman sont nombreux ; on s’intéressera ici aux personnalités et aux entités les plus représentatives du paysage religieux. 

Diversité de l’islam turc 

L’organisation islamique la plus puissante et la plus étendue du pays est la Diyanet, c’est-à-dire la Direction des affaires religieuses, qui dépend directement de la présidence de la République, un statut qui est fortement mis en avant sur son site. Fonctionnant de fait comme un vaste ministère avec ses 130 000 employés, la Diyanet gère 84 000 mosquées et exerce à ce titre une véritable influence sur les croyants. Acteur religieux incontournable en Turquie, elle gère le culte et organise les pèlerinages à la Mecque et Médine1. Par la voix de ses milliers d’imams et muezzins présents dans tout le pays, cette institution donne le la et dicte l’attitude individuelle et collective à adopter face à des phénomènes exceptionnels comme les épidémies, les séismes mais aussi certaines crises politiques, comme on a pu le voir durant la tentative de coup d’État en 2016 en Turquie. L’islam turc ne se limite cependant pas à la Diyanet. Il est aussi représenté par un grand nombre de confréries soufies. Parmi ces principales, citons la Naqshbandiyya, fondée par Bahâ’uddin Naqshband et qui dispose d’un réseau de filiales dans le monde entier.

En Turquie, elle se structure en trois branches 2, dont la plus importante par le nombre de fidèles est la communauté de Menzil, du nom du village où est établi son siège, dans la province d’Adiyaman. Elle est actuellement dirigée par Abdulbaki Erol. Une autre branche de la Naqshbandiyya est animée par Osman Nuri Topbas, qui gravite autour de la fondation Mahmut Hudayi Vakfi, dont le siège se trouve à Üsküdar. Enfin, la communauté de İsmailağa, dont le siège est situé dans le quartier de Fatih à Istanbul, constitue Le troisième groupe ; il se réclame de l’héritage spirituel de Bahâ’uddin Naqshband. Cette dernière branche a la particularité d’entretenir de très bonnes relations avec le président Erdoğan, qui lui a rendu visite il y a quelques mois 3

Enfin, l’islam en Turquie, ce sont aussi des journaux, des chaînes de télévision, des radios relayant l’analyse d’intellectuels musulmans qui ont une certaine influence sur l’opinion publique. Parmi eux, on peut citer Abdurrahman Dilipak qui écrit dans les très islamiste quotidien Yeni Akit ?, Hayrettin Karaman qui est éditorialiste dans le journal Yeni Şafak  ? qui est tout aussi fondamentaliste dans sa pensée et enfin Ihsan Eliaçik, qui incarne un nouveau courant de l’islam turc, les islamiste anticapitalistes, ou islamistes de gauche. 

Obscurantistes, complotistes et modérés éclairés 

Chacun des courants de l’islam turc accorde une place essentielle à la pandémie mais leurs interprétations divergent. Comme cela a pu être le cas chez les fondamentalistes, radicaux et orthodoxes dans d’autres religions, une certaine frange de l’islam turc a réagi avec fatalisme et résignation, considérant la pandémie de Covid-19 comme une punition divine 4. D’autres, par ignorance et aveuglement, ont nié la réalité de la menace choisissant de se réfugier dans un islam protecteur, la récitation du Coran et la fréquentation de la mosquée pour se protéger du virus. D’autres, plus extrémistes encore mais heureusement plus marginaux, dans le droit fil des théories du complot si influentes en Turquie, ont vu dans le Covid-19 l’œuvre des juifs, des sionistes et autres ennemis de l’islam et de la Turquie5.

Fort heureusement en Turquie, ces courants racistes et obscurantistes sont ultra-minoritaires. Pour la Diyanet mais aussi pour la plupart des autorités de l’islam confrérique et des éditorialistes des journaux et des revues islamistes, la menace du virus a été prise au sérieux et l’attitude face à ce fléau a été responsable, dictée par la sagesse collective et la précaution scientifique et justifiée dans la doctrine par deux références, l’une dogmatique, l’autre historique. En effet, les préconisations de la Diyanet, notamment la nécessité de rester chez soi, de ne pas chercher à se rassembler, y compris pour les prières collectives, s’accompagnent de références à la pratique du prophète Mohamed devant les épidémies et à la façon dont l’Empire ottoman a eu à affronter des catastrophes sanitaires similaires. 

Ainsi plus que jamais, la Diyanet, bras religieux du pouvoir politique, a rapidement imposé la restriction des lieux de rassemblement et l’introduction de nouvelles pratiques comme les gestes barrières et la distanciation sociale. Jusqu’ici, l’interdiction jusqu’à nouvel ordre des prières collectives dans les mosquées a été la plus importante décision prise par cette institution. De la même manière, tous les rassemblements religieux collectifs ont été interdits, notamment les pèlerinages à la Mecque. Les autorités saoudiennes ont fermé les lieux saints, probablement pour une durée assez longue, ce qui compromet la tenue du grand hadj, prévu pour la fin du mois de juillet 2020.

Toujours par souci de limiter les contaminations, les pratiques funéraires ont été simplifiées : prière plus rapide en présence d’un public restreint et enterrement très expéditif. Pour une meilleure diffusion de ces nouvelles règlementations, la Diyanet s’est appuyée sur ses médias mais surtout sur ses milliers d’imams disséminés à travers tout le pays. Beaucoup ont suivi ses recommandations, certains les avaient anticipées et ont reproché à l’institution officielle son manque de réactivité. D’autres courants de l’islam turc ont invité les fidèles à la même prudence. Ainsi, les principaux mouvements confrériques ont relayé l’importance du respect des gestes barrières et des règles de distanciation sociale. 

Pour justifier les principes de l’isolement sanitaire ou de la mise en quarantaine, une page bien connue de l’histoire de l’islam a été évoquée. L’histoire rapporte ainsi qu’en 638, alors que le calife Omar s’apprêtait à envahir la Syrie et la Palestine, une terrible épidémie de peste ravagea cette dernière. Elle est désignée par les auteurs arabes sous le nom de peste d’Emmaüs, du nom du village dans lequel elle est apparue, coutant la vie à plus de 25 000 soldats. Omar rassembla à Sargh tous les chefs militaires et après une longue conférence, la décision fut prise de suspendre la conquête. Se référant à l’interdiction faite par Mahomet de pénétrer dans un territoire où sévit une épidémie, Omar retira l’armée de toutes les régions infectées malgré la forte opposition de Abou Oubayda, commandant en chef des troupes. Aussi, un des hadiths du prophète affirme : « Si vous apprenez qu’une épidémie ravage une région, ne vous y rendez pas et si vous vous trouvez dans une région frappée par une épidémie, ne la quittez pas »6. Cette décision d’Omar, dite de l’évitement, est cruciale car encore aujourd’hui, elle est la conduite recommandée par les autorités religieuses pour lutter contre la propagation du virus7

Pour convaincre les Turcs de rester chez eux, les autorités du pays n’ont pas hésité à s’appuyer sur une histoire plus récente et à utiliser le facteur identitaire turco-ottoman. Elles ont en effet rappelé que le confinement était déjà pratiqué à l’époque ottomane. Ainsi, on a pu lire dans les médias nombre d’articles sur le sultan Mahmut II8, qui fut non seulement le grand réformateur précurseur de l’ère des grandes réformes désignées sous le terme de Tanzimat mais aussi le souverain qui a permis le développement de l’empire ottoman grâce à sa politique de santé publique et de lutte contre les épidémies.

C’est en effet sous son règne en 1838 que le Şeyhülislam Asım Efendi, la plus haute autorité islamique de l’empire, a émis une fatwa pour la mise en place d’un Meclis-i Tahaffuz-i Âli (Conseil supérieur de la quarantaine) 9. Entre autres fonctions, celui-ci supervisait les règles d’hygiène à respecter dans le cadre du pèlerinage à la Mecque mais aussi et surtout affirmait le droit de l’État à restreindre les libertés de mouvement et de commerce des individus dans le contexte d’une épidémie de peste, choléra ou tout autre virus. 

Le recours aux références historiques et aux traditions, religieuses comme nationales, permet au pouvoir turc de légitimer le confinement et la mise en quarantaine, deux mesures globalement bien acceptées par la population. Celles-ci devraient durer, voire se durcir, le soutien des autorités religieuses est donc crucial au moment où va débuter le ramadan. Ce mois de célébrations et festivités, qui commence le 24 avril, sera cette année inédit, puisque les prières collectives qui ont lieu juste après le iftar (rupture du jeûne) ne seront pas autorisées. Le grand pèlerinage à la Mecque et Médine risque d’être perturbé aussi, voire suspendu. La façon dont les croyants vont vivre ces deux moments essentiels du calendrier musulman constituera un test du civisme, de la cohésion et de la solidarité de la communauté musulmane turque.

En Turquie, comme ailleurs, l’émergence de la pandémie a pris de court les autorités et la population. Malgré cela, les bonnes décisions (recours à la pratique de la quarantaine et au confinement) ont été assez rapidement prises. De nombreuses voix se sont élevées pour rappeler à la population que la destinée humaine est semée de catastrophes sanitaires de grande ampleur. Néanmoins, le décalage entre notre siècle ultra-technologique et scientifique et ces méthodes d’un autre âge révèlent notre absence de mobilisation en faveur du bien commun, ce qui devrait interroger les religieux dont le rôle est en partie de s’adapter aux lois de la nature et de préparer leurs fidèles à mieux y faire face. 

Références

Page d’accueil | Sciences Po CERI

Source : https://www.sciencespo.fr/ceri/fr/content/islam-et-gestion-de-la-crise-du-covid-19-0

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Rubrique F - Réactions au coronavirus dans la chrétienté

26.
Prédication protestante : « Se sentir vivant » - Un contenu proposé par Esprit de liberté - Auteur : James Woody - Publié le 31 juillet 2020

’Nous sommes à un moment de notre vie sociale où ce dont nous avons le plus besoin est de nous sentir vivants’. Une prédication du pasteur James Woody.

Chers frères et sœurs, nous sommes à un moment de notre vie sociale où ce dont nous avons le plus besoin est de nous sentir vivants. Nous avons besoin de nous sentir vivants alors que la mort a non seulement rôdé, mais aussi frappé. Nous avons besoin de nous sentir vivants alors que la société s’est arrêtée de manière nette dans son élan, ce qui a provoqué quelques nécroses sociales. Nous avons besoin de nous sentir vivants alors que nous avons été comme anesthésiés par le confinement, par la menace et cette période de déconfinement faite de tant d’hésitations.

C’est donc à la vie que j’aimerais vous appeler ce matin, la vie telle qu’en parle le Cantique des cantiques qui fait retentir un appel à la vie frémissant, jaillissant, tonitruant. Le Cantique des cantiques, c’est le chant biblique de l’amour. C’est le poème du transport amoureux qui donne à la vie ses véritables lettres de noblesse. À travers ces cinq versets, j’aimerais que nous entendions cet appel à la vie qui nous arrache à l’enfouissement, à l’endormissement, […]

Ecouter la vidéo complète 20:21

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Voir également : Esprit de liberté – Blog du pasteur James Woody - (Photo)

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27.
Adaptation protestante - La réactivité des religions au temps du Covid - Un contenu proposé par Le Nouveau Messager - Publié le 27 juillet 2020 - Auteur : Philippe Ichter - Photo

En Alsace, des initiatives interreligieuses ont témoigné de la solidarité entre communautés. En cette période de crise, toutes les communautés religieuses ont inventé de nouvelles pratiques, dans leur quotidien comme pour les grandes fêtes (Pessah, Pâques, le Ramadan…).

Indéniablement, les religions se sont adaptées à la situation de confinement qui a touché de façon quasi mondialisée tous les croyants et les institutions religieuses. Quoi de plus normal d’ailleurs, que ces femmes et ces hommes d’aujourd’hui qui vivent leur foi dans une situation particulière, se soient montrés particulièrement inventifs ? Certes, les lieux de culte (surtout chrétiens) sont pour la plupart restés ouverts pour permettre le recueillement individuel. Mais lorsque les rassemblements sont impossibles, c’est en quelque sorte la « substantifique moëlle » des religions qui est mise à terre. Les médias ont souvent relayé les actions mises en place par des responsables de cultes qui, loin de rester figés, ont fait des propositions nouvelles.

En France, il y a eu quelques messes catholiques du style « drive » : en pleine air, depuis des voitures. Mais ce qui a surtout vu le jour, c’est l’expansion des visioconférences grâce aux apports technologiques de notre époque. Qui a dit que les religions n’évoluaient pas ? Du côté de la communauté juive, on a ainsi pu voir très rapidement des propositions de prière en ligne, d’offices de shabbat ou, plus décalées, de recettes de cuisine cachère par écran interposé qui ont trouvé leurs nouveaux fidèles. Cette crise, ce confinement « nous ont éveillés à d’autres canaux de communication », résume Laurent Schilly, secrétaire général du Consistoire Israélite du Haut-Rhin.

Des prières contre le Covid

Le jour de l’Ascension, à Mulhouse, les représentants des principaux cultes – juif, catholique, protestant et musulman – se sont retrouvés pour un « temps de prière contre le Covid ». Chacun commençait par donner des nouvelles de sa communauté et concluait par une prière. Il a ainsi été demandé à Dieu qu’il « se lève de la chaise de la rigueur » pour retourner vers le trône de sa grâce. Plus d’une centaine de personnes ont suivi ce temps fort en direct sur la toile. Dans le Bas-Rhin, une vidéo postée sur YouTube et vue plus de 1500 fois a, là aussi, permis de suivre un temps de prière : le Père Étienne Uberall, pour les catholiques, Salomon Lévy, pour les juifs et Mustafa Avci, pour les musulmans, ont chacun pris un temps pour partager leurs interrogations et leur foi au Dieu unique.

Si ces temps forts ont pu voir le jour avec très peu de moyens, les questions économiques restent pour certains cultes au cœur des préoccupations. En Alsace-Moselle, les communautés musulmanes et bouddhistes, qui ne sont pas financées par l’État comme le sont les cultes statutaires, se trouvent face à des difficultés inédites. L’absence de rencontres, où généralement les fidèles donnent généreusement, a fortement impacté leurs ressources. Les collectivités territoriales ont mis sur pied des aides aux associations, afin de combler en partie les trous dans leurs budgets.

La crise sanitaire – et particulièrement le confinement – ont permis la mise en route de belles solidarités interne et externe envers les plus pauvres et les plus isolés. Ce mouvement, loin de se terminer, commence même à se structurer pour des religions qui, de façon spontanée, continuent de vivre leur vocation : donner du sens et relier les êtres humains dans leurs communautés propres et dans la solidarité interreligieuse bien ancrée dans nos territoires.

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Voit également : Philippe Ichter, diplomate de l’interreligieux en Alsace (Photo)

En Alsace, dans une région à forte identité culturelle et où les communautés religieuses sont visibles, les échanges réguliers et apaisés entre les autorités politiques et religieuses (catholique, protestante, orthodoxe, juive, musulmane, bouddhiste, hindoue et baha’ie) sont la norme. À la Région ‘Grand Est’, le poste de collaborateur de cabinet chargé des cultes a été occupé, depuis sa création, par trois pasteurs en congé de l’ UÉPAL (Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine). Parmi eux, Philippe Ichter, 49 ans, qui fut en charge de paroisses luthériennes pendant vingt ans. Pourquoi ce prisme protestant ? « Même si le dialogue interreligieux n’est pas l’apanage des protestants, je crois que le protestantisme prône l’ouverture radicale à l’autre. Le Christ, mort les bras ouverts, ne nous oblige-t-il pas à cette ouverture ? », s’interroge Philippe Ichter.

Défis politiques et religieux

Dans ce poste se mêlent défis politiques et religieux. La fusion de l’Alsace dans la région Grand Est en 2016 a quelque peu bouleversé le travail de Philippe Ichter, notamment avec le départ anticipé, en septembre 2017, du président de Région, le protestant et centriste Philippe Richert. Celui avec qui Philippe Ichter était proche humainement et intellectuellement avait fait du dialogue interreligieux une de ses priorités dès le début de son mandat.

Son successeur, Jean Rottner, n’a sans doute pas la même sensibilité. « J’ai attendu un geste de sa part pour que nous puissions travailler ensemble. Il faut dire aussi que l’interreligieux n’a pas la même dimension en Lorraine ou en Champagne-Ardenne », estime le chargé des cultes. Philippe Ichter a donc démissionné de la Région il y a quelques semaines pour travailler auprès des présidents des deux départements alsaciens, le Bas-Rhin et le Haut-Rhin.

« Je trouve plus intéressant de soigner les relations avec les quelque quarante groupes interreligieux présents en Alsace sur les cinquante qui existent dans le Grand Est. Ici, nous avons une vraie histoire, le dialogue interreligieux fait partie de l’ADN de l’Alsace. Dans ce territoire, couloir de passage, la Réforme s’est davantage développée, de nombreuses familles juives s’étaient installées et la loi de 1905 de séparation de l’Église et de l’État n’est pas totalement appliquée avec le concordat. » Et de citer l’écrivain Sylvain Tesson qui lui a fait comprendre que « la géographie a autant de sens sur un territoire que l’histoire ».

L’alsacien, sa langue maternelle

On l’aura senti, Philippe Ichter, dont la langue maternelle est l’alsacien, est très attaché à sa région et milite pour que l’Alsace retrouve son statut administratif. Pour autant, à l’instar des religions, l’ancien pasteur estime que la diversité est une « bénédiction » en s’appuyant sur l’évangile de Jean : « Il y a plusieurs demeures dans la maison du Père. »

Cette ouverture aux autres religions a été le fruit d’un cheminement. Cela est devenu « évident » pour lui lorsqu’il a commencé son ministère de pasteur à Barr et a été invité avec le curé et l’imam à partager un couscous chez une habitante. « En France, nous sommes dans cette dynamique : il y a bien quelque chose qui se met en place mais qui n’est pas encore véritablement advenu. Brigitte Klinkert et Frédéric Bierry, les présidents des deux départements alsaciens, sont ouverts pour ce travail. Mon souci est qu’ils en soient valorisés. Comme pour les pasteurs, les hommes et femmes politiques ont une vocation et leur fonction n’est pas toujours reconnue. »

Aujourd’hui, le chargé des cultes estime avoir « de nouveau les moyens de travailler. J’ai une fonction atypique et passionnante de diplomate de l’interreligieux. C’est une suite logique de mon ministère de pasteur : être au monde avec une parole qui ne laisse pas tranquille. Le but n’est pas de faire une religion unique mais qu’il y ait débat, également avec les athées et les agnostiques, voire de vives oppositions, mais toujours sans rupture. »

Auparavant, il organisait avec le comité interreligieux du Grand Est plusieurs événements (marches communes, assises de l’interreligieux…) et des actions auprès des lycéens et du grand public. Désormais, Philippe Ichter va devoir inventer ou reprendre à l’échelle des grandes villes et des départements ce travail, notamment auprès des collégiens, ce qui pourrait créer une concurrence avec la Région. « C’est une mission extrêmement diversifiée : nous avons un projet de signalisation concernant du tourisme spirituel et répondons aux nombreuses sollicitations de paroisses intéressées par l’interreligieux. » Avec ce travail, il avoue être devenu « plus rigoureux et organisé ». Et met un point d’honneur à le rester, se souvenant avec un petit pincement au cœur de ses bulletins d’écolier où était inscrite la mention « élève brouillon ».

Incarner ce poste peut susciter de grandes attentes mais aussi de la jalousie. « Après mon départ de la Région, certains m’ont considéré comme un traître, constate-t-il. Je ne souhaite pas m’approprier cette fonction, je n’ai pas de plan de carrière. Lorsque je ne serai plus chargé des cultes, je pense retourner en paroisse même si, aujourd’hui, je m’épanouis dans cette fonction. Je rencontre des personnalités intéressantes comme l’ancien ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve ou l’écrivain Éric-Emmanuel Schmitt. »

Pour ne pas que les bulles de champagne lui montent à la tête, Philippe Ichter a ses recettes. « Je prie et demande aux proches de prier pour moi, je soigne mon potager aussi régulièrement que possible et j’aime beaucoup cuisiner. À la maison, je suis partie prenante du ménage. J’estime qu’il y a un temps pour tout dans la semaine. »

Le chargé des cultes a également d’autres fonctions : il est président du conseil d’administration du Nouveau Messager qui édite le magazine protestant régional lié à l’UÉPAL ; conseiller spirituel d’un groupe des EDC (Entrepreneurs et dirigeants chrétiens) ; vice-président de l’association Les Sacrées journées qui organise un festival de musiques sacrées du monde. Il peut surtout compter sur son épouse Sandra et leurs trois enfants. Et sur son humour potache qui ne l’a jamais quitté : « Quand on fréquente le gratin, il ne faut pas oublier qu’on a d’abord été une simple pomme de terre… »

Réforme, l’hebdomadaire protestant d’actualité - Reforme.net

Fichier:Logo-Réforme-Journal.jpg — Wikipédia

Source : https://www.reforme.net/tag/philippe-ichter/?print=print-search

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28.
Le regard des religions vers l’avenir après le Covid Présentée par Etienne Pépin UA-126866 - L’actu chrétienne - Jeudi 25 juin 2020 à 7h52 - Durée émission : 3 minutes.

L’actu chrétienne© Corinne SIMON CIRIC

’Les religions pendant et après l’épreuve. Quel constat ? Quel regard sur l’avenir ?’ - C’est le thème du débat qui a eu lieu aux Collège des Bernardins avec les représentants français des religions.

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    Cette soirée, organisée par l’Institut des hautes études du monde religieux, réunissait les représentants des catholiques, protestants, juifs, musulmans et bouddhistes pour échanger une lecture spirituelle chacun dans sa tradition de la crise sanitaire, humaine et peut-être même métaphysique que nous traversons. Un avertissement sur nos modes de vie’ pour certains, ’une pause nécessaire’ pour d’autres, ou encore ’un révélateur de la crise des systèmes de solidarité et de santé’.

Dialogue entre les religions et l’état pendant la crise

Les religions ont lancé une alerte commune sur la forte restriction des rites funéraires et de la présence des aumôniers auprès des malades, au plus fort de l’épidémie. Pour le grand rabbin de France, Haïm Korsia, ’en empêchant les rites funéraires de se tenir, on préparait un choc post-traumatique à la société dans son ensemble. Il en allait de la santé morale de la société et je crois qu’on a été entendu sur cette question.’ Sur la relation aux autorités civiles, les religions ont eu des expériences diverses. On connait les tensions qui ont existé entre l’Eglise catholique et l’Etat sur la reprise des cultes. Mais pour les autres religions c’est un peu différent. Mohammed Moussoui, le président du CFCM explique que ’chez les musulmans, les prières individuelles, il vaut mieux les faire chez soi qu’à la mosquée, donc le problème ne se posait pas de la même manière pour nous.

Que retenir de cette expérience ?

Pour le pasteur François Clavairoly, président de la Fédération protestante de France ’là où la religion peut être décisive, c’est dans l’expérience que nous avons faite de la vacuité et de la fragilité de nos existences. C’est là qu’interviennent l’espérance, la volonté de choisir positivement la vie contre la mort, dans l’épreuve.’ Pour Mgr Éric de Moulins-Beaufort, ’tout le monde a l’air bien pressé de faire redémarrer le monde d’hier’. A ce titre l’édito de Guillaume Goubert dans le journal la Croix ce matin suggère pour l’Eglise catholique à l’issue de cette crise qui affaiblie encore d’avantage une institution déjà épuisée, de lancer un synode national.

L’émission du lundi au vendredi à 7h24- Toute l’année, la rédaction nationale de RCF vous tient informés de l’actualité de l’Église et des mouvements chrétiens.

RCF, radio chrétienne, actualité,spiritualité,culture,direct,podcast

Radio chrétienne francophone — Wikipédia

Source : https://rcf.fr/la-matinale/le-regard-des-religions-vers-l-avenir-apres-le-covid

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29.
Covid 19 ou Lien social et désir de vivre Emission présentée par Roger GIL - La chronique bioéthique, santé et société du Professeur Gil - Vendredi 26 juin à 11h55- Durée de l’émission : 4 minutes

La chronique bioéthique, santé et société du Professeur Gil

RCF, radio chrétienne, actualité,spiritualité,culture,direct,podcast

Source : https://rcf.fr/actualite/covid-19-ou-lien-social-et-desir-de-vivre

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30.
« Le Covid-19 est une conséquence de nos propres atteintes à la biodiversité » Barbara Rethoré, biologiste - Présentée par Thomas Cauchebrais - Document ‘rcf.fr/actualite’ - Au cœur de l’Ouest, l’invité - mardi 21 avril à 18h38 - Durée de l’émission : 15 minutes

« Le Covid-19 est une conséquence de nos propres atteintes à la biodiversité » Barbara Rethoré, biologiste

Photo © Barbara Rethoré

L’émission - Chaque jour la rédaction de RCF Anjou reçoit les hommes et les femmes qui font l’actualité du Maine-et-Loire. Politique, économie, culture, foi : tous les acteurs majeurs de l’Anjou chaque jour en 15 minutes sur notre antenne.

Et si la crise sanitaire actuelle que nous vivons n’était qu’une conséquence d’une crise bien plus profonde : la crise écologique ?

En d’autres termes, l’attaque de ce Coronavirus sur l’Homme ne serait-il pas la conséquence de nos propres atteintes à la biodiversité ? Les scientifiques s’accordent à dire que l’origine de ces maladies est liée aux mutations profondes que l’activité humaine inflige aux milieux naturels : déforestation, chasse et commerce d’animaux sauvages exotiques, échanges mondialisés… Nous en parlons avec Barbara Rethoré, biologiste, éthologue, médiatrice scientifique, chargée d’enseignement universitaire à l’UCO d’Angers et à l’ICES en Vendée.

Invitée : Barbara Rethoré, biologiste-exploratrice, éthologue, médiatrice scientifique au sein de Nat Explorer, chargée d’enseignement universitaire à l’UCO d’Angers et à l’ICES en Vendée.

Au cœur de l’Ouest, l’invitéDiffusion

RCF, Radio Chrétienne Francophone, un réseau de 64 radios locales

RCF est créé en 1982, à l’initiative de l’archevêque de Lyon, Monseigneur Decourtray, et du Père Emmanuel Payen. Dès l’origine, RCF porte l’ambition de diffuser un message d’espérance et de proposer au plus grand nombre une lecture chrétienne de la société et de l’actualité. Forte de 600.000 auditeurs chaque jour, RCF compte désormais 64 radios locales et 270 fréquences en France et en Belgique. Ces 64 radios associatives reconnues d’intérêt général vivent essentiellement des dons de leurs auditeurs. Information, culture, spiritualité, vie quotidienne : RCF propose un programme grand public, généraliste, de proximité. Le réseau RCF compte 300 salariés et 3.000 bénévoles.

En savoir plus - Voir la grille des programmes - Trouver ma fréquence - Tous les sujets Actualité

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Source : https://rcf.fr/actualite/actualite-locale/le-covid-19-est-une-consequence-de-nos-propres-atteintes-la-biodiversite-

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Rubrique G - Travaux et perspectives maçonniques pour l’après COVID-19

31.
Introduction à la franc-maçonnerie d’après Wikipédia

Franc-maçonnerie - Le terme franc-maçonnerieN 1 désigne un ensemble d’espaces de sociabilité sélectifs, dont le recrutement des membres est fait par cooptationN 2 et pratique des rites initiatiques se référant à un secret maçonnique et à l’art de bâtir. Formée de phénomènes historiques et sociaux très divers, elle semble apparaître en 1598 en Écosse (Statuts Schaw), puis en Angleterre au XVIIe siècle. Elle se décrit, suivant les époques, les pays et les formes, comme une « association essentiellement philosophique et philanthropique », comme un « système de morale illustré par des symboles » ou comme un « ordre initiatique ». Organisée en obédiences depuis 1717 à Londres, la franc-maçonnerie dite « spéculative » — c’est-à-dire philosophique — fait référence aux Anciens devoirs de la « maçonnerie » dite « opérative » anglaise formée par les corporations de bâtisseurs. Elle puise ses sources dans un ensemble de textes fondateurs rédigés entre les XIVe et XVIIIe siècles. Elle prodigue un enseignement ésotérique progressif à l’aide de symboles et de rituels. Elle encourage ses membres à œuvrer pour le progrès de l’humanité, tout en laissant à chacun le soin d’interpréter ses textes. Sa vocation se veut universelleN 3, bien que ses pratiques et ses modes d’organisation soient extrêmement variables selon les pays et les époquesN 4. Elle s’est structurée au fil des siècles autour d’un grand nombre de rites et de traditions, ce qui a entraîné la création d’une multitude d’obédiences, qui ne se reconnaissent pas toutes entre elles. Elle a toujours fait l’objet de nombreuses critiques et dénonciations, aux motifs très variables selon les époques et les pays. Une discipline d’étude et de réflexion porte sur la franc-maçonnerie : la maçonnologie.

Illustration - Jardins du George Washington Masonic National Memorial.

Illustration - Symboles maçonniques sur l’épée de La Fayette.

Illustration - Marianne maçonnique, Jacques France (1879).

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32.
Les Francs-Maçons accusés d’être à l’origine du coronavirus - Emission canadienne de la radio ‘98.5’ - 08 juillet 2020 à 17:43 | Modifié le 9 juillet 2020 14:43 - Illustration - Getty Images / E+/ red_moon_rise

Depuis le Moyen-Âge, la Franc-Maçonnerie suscite la curiosité et est entourée de mystère. En cette ère de pandémie, bon nombre de citoyens évoquent l’une des nombreuses théories du complot pour expliquer l’origine du coronavirus. Parmi celles-ci, on retrouve celle qui accuse les Francs-Maçons d’être à l’origine du coronavirus. Mais qu’est-ce que la Franc-Maçonnerie au juste ? Une société secrète ? Une secte ?

Jean-Luc Mongrain [un journaliste et animateur de télévision québécois né à Chambly le 16 juillet 1951.. »] a fait le tour de la question avec son invité, Hervé Gagnon [né le 26 août 1963 à Chicoutimi au Québec, un historien et romancier québécois1…], qui est un historien spécialisé dans la Franc-Maçonnerie. Photo - Enregistrement de 11:11 : Les Francs-maçons ont un plan de match pour l’après Covid-19. Les détails avec un historien à écouter à partir de la source ci-dessous.

96.9 CKOI : La puissance musicale de Montréal

CKOI-FM - WikiVisually

Source : https://www.ckoi.com/nouvelles/insolite/318724/les-francs-macons-accuses-detre-a-lorigine-du-coronavirus

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33.
Loges affiliées au Grand Orient de France - Le livre blanc des francs-maçons pour bâtir la France de l’après-Covid-19 - Par Jean-Marie Guénois - Mis à jour le 7 juillet 2020 à 18:25 – Document ‘lefigaro.fr’ – Accès conditionnel à l’article complet

upright=Article à illustrer OrganisationSource pour ‘Grand Orient de France’

EXCLUSIF - Les 1.340 loges maçonniques affiliées au Grand Orient de France travaillent sur ce document, dont Le Figaro a pu se procurer le projet, qui sera remis au président de la République.

Photo de Jean-Philippe Hubsch, grand maître du Grand Orient. JOEL SAGET/AFP

En lettres rouges sur la couverture, un seul mot : « Après ». Pour dire la société française « après » la crise du Covid-19. Ce fascicule de quinze pages vient d’être envoyé aux 1.340 loges maçonniques de la première obédience franc-maçonnique du pays, le Grand Orient de France, qui compte près de 53.000 membres. Ce document est en réalité un questionnaire sur la société que les initiés imaginent après la pandémie, avec des interrogations couvrant tous les secteurs.

Dans le domaine de la santé, par exemple, la question d’un « système de santé publique unique dans l’ensemble de l’union européenne » est posée. Une dimension européenne d’ailleurs partout présente dans le texte. Dans le domaine économique, il faudrait viser un « nouveau commerce mondial » et affronter le problème de « la souveraineté numérique ». Mais il y a aussi cette question : « Si les services publics sont partie prenante du marché, le citoyen ne devient-il pas un client de la République ? »…

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« Big Business » N°6 : « Méfions-nous du monde d’après »

Quand le président Macron reçoit les francs-maçons à dîner

Sujets : Jean-Philippe Hubsch France Francs-maçons Covid-19

À lire aussi : Les idées de l’Église pour l’après-Covid

Le Figaro - Actualité en direct et informations en continu

Fichier:LeFigaro.fr Logo.svg — Wikipédia

Source : https://www.lefigaro.fr/actualite-france/le-livre-blanc-des-francs-macons-pour-batir-la-france-de-l-apres-covid-19-20200707

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34.
Le Droit Humain et la pandémie - Bilan et Perspectives - Le 30/08/2020 – Enregistrement de 18 minutes par France Culture Pour écouter

Pour plus de détails > Francs-Maçons de la Fédération française du DROIT HUMAIN

Compte rendu de l’audio-conférence avec le Président de la République - le 21 avril 2020 | L’expérience maçonnique en mixitéSource du logo ‘Droit Humain’

Lors de cette première émission de la rentrée 2020, nous ne pouvions passer outre la pandémie qui nous a contraints à fermer tous nos temples depuis mars 2020. Nous avons continué - grâce aux outils numériques - à travailler mais nous avons hâte de nous retrouver en respectant les mesures sanitaires...

À retrouver dans l’émission : Divers aspects de la pensée contemporaine par Hélène Caure Emission confiée en alternance aux différentes obédiences maçonniques et de libre pensée. Cette émission est confiée en alternance aux différentes obédiences maçonniques et de libre pensée.

Illustration - La poignée de main - Symbole maçonnique. Fin XIXème. Coll. privée. • Crédits : Fine Art Images/Heritage Images - Getty

Avec les intervenants invités à France Culture : Georges Voileau, Grand Maître National de la Fédération française du Droit Humain, et Vivianne Vilatte, 1ère Vice-Présidente. Photo des intervenants

Evènements à venir :

  • Le 10 octobre 2020 à 14h, Conférence-débat public à Paris : L’individu transparent : servitude ou progrès ? avec pour intervenant, Roland Gori, professeur émérite de psychopathologie clinique à l’Université d’Aix-Marseille, psychanalyste et écrivain. Maison Maria Deraismes, 9, rue Pinel -75013 Paris.
  • Les 17 et 18 octobre 2020 : Du temple à la cité, la Franc-Maçonnerie fabrique du futur, le 12ème Salon lyonnais du livre maçonnique devrait ouvrir ses portes à Lyon. Tables rondes, débats, rencontres d’auteurs... Tous les grands éditeurs seront au rendez-vous. Palais Bondy, dans la salle Molière. 18, Quai de Bondy – 69005 Lyon.
  • Le 7 novembre 2020, 14 h conférence publique : Vers les États-Unis d’Europe : Utopie d’hier, réalité de demain ? AvecFabien Chevalier, président de l’association ’Sauvons l’Europe’ ; Domenec Ruiz Devesa, député européen ; Michel Devoluy, économiste spécialiste en macroéconomie européenne et auteur de l’ouvrage : Osons enfin les États-Unis d’Europe. Maison Maria Deraismes, 9 rue Pinel – 75013 Paris.
    A lire :
  • D’Annick Drogou et Dominique Segalen, Soyez parfaites, mes Sœurs. Les pionnières du Droit Humain (Éditions des Bords de Seine). Un très beau livre paru sous l’égide de la Fédération française du Droit humain, hommage aux femmes de la fin du XIXème siècle qui ont su braver les interdits de la Franc-Maçonnerie, alors réservée aux hommes, et ont défendu les droits des femmes et des enfants maltraités à cette époque. 
    Revue Perspectives. Les cahiers du Droit Humain, dont le n°5 vient de sortir.

Les Dernières Diffusions à découvrir :

N’aie pas peur !

Pardon et réconciliation : assainir le cœur de ses rancœurs.

Le découragement ne vient pas de Dieu

Tags : Religion et spiritualité

L’équipe – Production : Hélène Caure – Réalisation : Peire Legras - Avec la collaboration de Claire Poinsignon

France Culture : Actualité & Info Culturelle, Sciences, Arts ...

logo france culture

Source : https://www.franceculture.fr/emissions/divers-aspects-de-la-pensee-contemporaine/le-droit-humain-bilan-et-perspectives

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35.
“La liberté d’expression gravement menacée… La défendre, c’est défendre la liberté” - Communiqué du ‘Droit Humain’ en date du 28 septembre 2020 – Illustration :

La multiplication des menaces proférées sur les réseaux sociaux ou à l’occasion de « tags » sur les murs de nos cités , les violences physiques contre ceux qui veulent simplement s’exprimer, les assassinats récents de journalistes et d’opposants dans certains pays illustrent une montée de l’intolérance et la mise en cause d’un bien conquis de haute lutte au cours de notre histoire : la liberté d’expression, principe clé de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, ayant valeur constitutionnelle depuis 1958 et également garantie par l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme.

Les intolérants ou fanatiques de tout poil, éventuellement inspirés par de soi-disant considérations religieuses, par des idéologies totalitaires ou par les circonstances économiques ou sociales créent un climat de crainte voire de peur, étouffant peu à peu la simple expression des divergences, des pensées originales et … finalement la simple contradiction. La liberté d’expression est remise en cause même dans des pays démocratiques.

C’est un processus qui tend à s’imposer et contre lequel chacun doit résister. Sous les violences et les menaces, les citoyens, les journalistes peuvent se résigner au silence, à l’autocensure. Dans le même temps, les propos racistes, homophobes, antisémites se font plus nombreux et plus véhéments, leurs auteurs se sentant « autorisés » voire légitimés à exprimer leur haine sans retenue.

Les Francs-maçons de l’Ordre Maçonnique Mixte International LE DROIT HUMAIN, partagent l’inquiétude des défenseurs de la liberté d’expression. L’histoire récente nous a montré où un tel climat pouvait mener. Les horreurs qui en ont découlé doivent rester gravées dans notre mémoire collective.

Nous sommes d’indéfectibles défenseurs de l’absolue liberté de conscience et d’expression, piliers de la Laïcité. A ce titre, nous sommes solidaires du cri d’alarme, inédit dans notre histoire, de près d’une centaine de médias français, toutes opinions confondues (1).

Cet appel, auquel nous nous associons, s’adresse aux pouvoirs publics pour un respect strict des lois qui régissent notre pays mais aussi à tous nos concitoyens, conscients que liberté d’expression et LIBERTÉ sont indissociables. La tentative d’assassinat sur des journalistes à Paris ce 25 septembre 2020 nous convainc encore un peu plus de l’urgence de notre engagement. Voir : https://charliehebdo.fr/2020/09/societe/lettre-ouverte-a-nos-concitoyens-ensemble-defendons-la-liberte/

Fédération française de l’ordre maçonnique mixte international_‘le droit humain’

https://facebook.com/FederationFrancaise.LEDROITHUMAIN

https://twitter.com/LeDROITHUMAIN_F

Source : https://www.droithumain-france.org/la-liberte-d-expression-gravement-menacee-communique-du-28-septembre-2020/?utm_source=mailpoet&amp ;utm_medium=email&utm_campaign=-la-liberte-d-expression-gravement-menacee-communique-du-28-septembre-2020_181

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Actualités - Stress : causes, effets et garder son calme – Annonce d’une publication de ‘Scientific American – Par Marseille News .net - 31 août 2020 – Présentation 1èrede couvertureContenu

Dont un chapitre intitulé ‘Esprit du méditant’ par Matthieu Ricard, Antoine Lutz & Richard J. Davidson – Contenu en français

Section 1 : Identifier le stress et le traumatisme

1.1 Résoudre le stress
par Hermann Englert

1.2 Traiter une toxine pour apprendre
par Clancy Blair

1.3 Le traumatisme après la tempête
par Anna Harwood

Section 2 : Effets sur le corps et le système immunitaire

2.1 Le danger du stress
par Melinda Wenner

2.2 Réalité ou fiction ? Le stress provoque des cheveux gris
par Coco Ballantyne

2.3 Stress féminin : une réponse plus rapide et plus forte
par Debra A. Bangasser

2.4 Le combat ou la fuite peuvent être dans nos os
par Diana Kwon

Section 3 : Effets sur l’esprit et le cerveau

3.1 Voici votre cerveau en fusion
par Amy Arnsten, Carolyn M. Mazure et Rajita Sinha

3.2 Tension sur le cerveau
par Brian Mossop

3.3 Pourquoi Christine Blasey Ford ne se souvient-elle pas comment elle est rentrée à la maison ?
par Jim Hopper

3.4 Les modèles de langage révèlent la réponse cachée du corps au stress
par Jo Marchant

Section 4 : Burnout

4.1 Pourquoi ne parlons-nous pas de burnout ?
par Krystal D’Costa

4.2 Conquérir le burnout
par Michael P. Leiter & Christina Maslach

4.3 Traumatisme de première ligne
par Jillian Mock

Section 5 : Gestion du stress

5.1 Combattre l’esprit ébranlé
par Robert Epstein

5.2 Comment j’ai rompu le cycle du stress
par Ashten Duncan

5.3 L’essence de l’optimisme
par Elaine Fox

5.4 Changer notre ADN grâce au contrôle mental ?
par Bret Stetka

5.5 Esprit du méditant
par Matthieu Ricard, Antoine Lutz & Richard J. Davidson

Section 6 : Résilience : conséquences

6.1 Prêt à tout
par Steven M. Southwick et Dennis S. Charney

6.2 La neuroscience de True Grit
par Gary Stix

6.3 Le coronavirus et la croissance post-traumatique
par Steve Taylor

6.4 COVID-19 : La plus grande expérience psychologique
par Lydia Denworth

Source : https://www.marseillenews.net/news/international-news/causes-effets-et-garder-son-calme-43791.html

Contenu en anglais >>> Stressed Out : Causes, Effects and Keeping Calm - By the Editors

Chronic stress makes people sick. The fight-or-flight response activates our bodies to face immediate threats, but that stress system must turn off to allow organs to recover. Constant anxiety keeps the system active, and in this eBook, we examine the effects of ongoing stress and trauma on both body and mind as well as ways to arm ourselves against adversity by managing stress and building resilience.

On Sale Date : 8/31/20 - $6.99

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Overview

Section 1 : Identifying Stress & Trauma

1.1  Sussing Out Stress
_  by Hermann Englert

1.2  Treating a Toxin to Learning
_    by Clancy Blair

1.3  The Trauma after the Storm
_    by Anna Harwood

Section 2 : Effects on the Body & Immune System

2.1  The Danger of Stress
_    by Melinda Wenner

2.2  Fact or Fiction ? Stress Causes Gray Hair
_    by Coco Ballantyne

2.3  Female Stress : A Faster, Stronger Response
_    by Debra A. Bangasser

2.4  Fight or Flight May Be in Our Bones
_    by Diana Kwon

Section 3 : Effects on the Mind & Brain

3.1  This Is Your Brain in Meltdown
_    by Amy Arnsten, Carolyn M. Mazure & Rajita Sinha

3.2  Strain on the Brain
_    by Brian Mossop

3.3  Why Can’t Christine Blasey Ford Remember How She Got Home ?
_    by Jim Hopper

3.4  Language Patterns Reveal Body’s Hidden Response to Stress
_    by Jo Marchant

Section 4 : Burnout

4.1  Why Aren’t We Talking About Burnout ?
_    by Krystal D’Costa

4.2  Conquering Burnout
_    by Michael P. Leiter & Christina Maslach

4.3  Frontline Trauma
_    by Jillian Mock

Section 5 : Stress Management

5.1 Fight the Frazzled Mind
_    by Robert Epstein

5.2  How I Broke the Cycle of Stress
_    by Ashten Duncan

5.3  The Essence of Optimism
by Elaine Fox 

5.4  Changing Our DNA through Mind Control ?
_    by Bret Stetka

5.5  Mind of the Meditator
_    by Matthieu Ricard, Antoine Lutz & Richard J. Davidson

Section 6 : Resilience : Aftermath

6.1  Ready for Anything
_    by Steven M. Southwick & Dennis S. Charney

6.2  The Neuroscience of True Grit
_    by Gary Stix

6.3  The Coronavirus and Post-Traumatic Growth
_    by Steve Taylor

6.4  COVID-19 : The Biggest Psychological Experiment
_    by Lydia Denworth

‘Scientific American’ is part of ‘Springer Nature’, which owns or has commercial relations with thousands of scientific publications (many of them can be found at www.springernature.com/us). Scientific American maintains a strict policy of editorial independence in reporting developments in science to our readers.

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© 2020 Scientific American, a Division of Springer Nature America, Inc. All Rights Reserved. Source : https://www.scientificamerican.com/store/ebooks/stressed-out-causes-effects-and-keeping-calm/

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Auteur : Jacques HALLARD, Ingénieur CNAM, consultant indépendant – 28/09/2020

Site ISIAS = Introduire les Sciences et les Intégrer dans des Alternatives Sociétales

http://www.isias.lautre.net/

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Regards sur les cultures religieuses et les traditions philosophiques également confrontées à la pandémie de COVID-19.7

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