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"Vers une renaissance de la société (Jean Viard), la fraternité avant tout (Cédric Herrou) et lutte contre la pauvreté (Pascal Brice). Culture ouïgoure et Confucius (Anne Cheng et Anne Kerlan). Des actions de ‘Karuna-Shechen’ impulsées en Inde et au Népal par Matthieu Ricard - Transhumanisme Collapsologie." par Jacques Hallard

dimanche 24 janvier 2021, par Hallard Jacques


ISIAS Sociologie

Vers une renaissance de la société (Jean Viard), la fraternité avant tout (Cédric Herrou) et lutte contre la pauvreté (Pascal Brice). Culture ouïgoure et Confucius (Anne Cheng et Anne Kerlan). Des actions de ‘Karuna-Shechen’ impulsées en Inde et au Népal par Matthieu Ricard - Transhumanisme Collapsologie.

Jacques Hallard , Ing. CNAM, site ISIAS – 20/01/2021

Plan du document : Introduction Sommaire Auteur


Introduction

Pour certains le mot de crise dans ses diverses formes est un euphémisme ; pour d’autres le terme plus récent d’effondrement est exagéré, mais pour beaucoup de terriens qui vivent un quotidien difficile et contraint, assez imprévisible et incertain, la prise de conscience se fait, s’aiguise et s’étend un peu partout : le sanitaire, dans sa forme nouvelle, soudaine, rageuse et encore mal contrôlée, s’est ajouté à l’économique, au social et à l’écologique qui prirent la forme conjointe de la durabilité prônée dans la seconde moitié du siècle dernier.

Voir le ’Dossier - Palu et Corona : même combat ? Face au quadrilemme (écologie, santé, social, économie), tout reste à faire autrement.’ par Jacques Hallard, samedi 16 mai 2020 par Hallard Jacques.

Paraît fort probable ’L’impossible retour de l’économie à l’état antérieur après la pandémie de Covid-19’ par Jacques Hallard, dimanche 24 mai 2020.

Depuis une année, l’actualité a imposé son agenda et ’Philosophes et soignants à la tâche : la pandémie de Covid-19 et le confinement furent une extraordinaire matière à penser pour les philosophes et les soignants’ par Jacques Hallard,mardi 14 juillet 2020

Il faut bien en convenir et surtout ne pas l’oublier :’Cinq ans après l’Accord de Paris sur le climat, plus d’efforts restent à faire sur les émissions de gaz à effet de serre dans le monde et la ‘Convention citoyenne pour le climat’ conduite en France devrait déboucher sur un référendum … et un approfondissement sur la nécessité et l’opportunité de la 5G !’ par Jacques Hallard, lundi 21 décembre 2020

Il est évident que les sociétés et beaucoup d’individus sont perturbés par la crise sanitaire liée à la pandémie de COVID-19 : voir ’Les impacts du confinement et du télétravail sur la santé mentale, et l’importance psychologique du toucher entravé par les mesures barrières’ par Jacques Hallard, mardi 8 décembre 2020

Le présent dossier, a été construit avec une visée didactique à partir de quelques exemples qui peuvent impulser de nouvelles initiatives *, tentant de démontrer qu’un autre monde alternatif s’élabore ici et là et que des actions justes et réfléchies peuvent toujours être sources d’inspiration et suggérer diverses actions possibles, à adopter et à adapter ici ou là. Nous avons sélectionné à la suite les contributions de six personnalités à partir des sources suivantes : le journal ‘La Dépêche du Midi’, les radios ‘France Culture’ et RCF (Radios Chrétiennes Francophones), l’institution ‘Collège de France’ et les sites népalais ‘Karuna-Shechen’ et le Blog de Matthieu Ricard.

* Des solutions pratiques, alternatives et simples, sont préconisées par exemple dans Nos mondes alternatifs- 27 octobre 2020 — Découvrez des kits et produits zéro déchet, artisanaux et écologiques. Des créations pratiques et divertissantes ainsi que des box ludiques….- Source : https://nosmondesalternatifs.com/

Le sociologue, éditeur, homme politique français (sous l’étiquette LREM, ce qui induit des commentaires très marqués) et présent chez beaucoup de médias, Jean Viard, poursuit ses activités et ses prises de position, convaincu que s’amorce « un virage vers une renaissance de la société, ’secouée’ après une année marquée par la crise sanitaire et appelée à se réinventer avec la perspective des vaccinations contre la pandémie de COVID-19.

L’agriculteur français (production de volailles et d’olives), est actif dans l’aide aux étrangers en situation irrégulière lors de leur passage à la frontière franco-italienne dans la Vallée de la Royadansles Alpes-Maritimes, Cédric Herrou allié avec Emmaüs. Il a acquis une grande notoriété médiatique en France et à l’étranger après son arrestation en 2016 pour avoir aidé plus de 150 migrants. Considéré par le média ‘La Tribune’ comme « un héraut contesté de la fraternité  », il préconise néanmoins avec détermination « la fraternité avant tout » !

Le haut fonctionnaire (ancien élève de l’École nationale d’administration, conseiller maître à la Cour des comptes), Pascal Brice  : diplomate puis directeur de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) : il préside depuis septembre 2020 la Fédération des acteurs de la solidarité et il martèle que « pour lutter contre la pauvreté, il nous faut collectivement tirer des leçons de cette crise sanitaire » et agir activement pour une politique plus marquée en faveur des logements sociaux.

La République populaire de Chine 华人民共和国 – un État communiste à parti unique -occupe une place géostratégique de plus en plus marquée au niveau mondial : elle a fait preuve d’un développement économique sans précédent au cours des dernières décennies ; voir Économie de la république populaire de Chine — Wikipédia. Un certain regard est porté sur la Chine avec les contributions de deux éminentes sinologues qui font notamment ressortir la question liée aux droits humains chez les ouighours, mais aussi chez d’autres minorités chinoises, - certaines étant de religion musulmane - : les Kazakhs (1,5 million), les Huis (1 million), les Kirghizs (200.000), les Mongols (180.000), etc…

D’une part, intervient Anne Cheng-Wang (程艾兰 ou 程艾蘭,enseignante française à la chaire « Histoire intellectuelle de la Chine » au Collège de France) et d’autre part Anne Kerlan (chercheur au CNRS, à l’IHTP puis au Centre de recherche sur les civilisations chinoises, japonaises et tibétaines (UMR 8155) : elles ont traité e particulier des traditions culturelles confucéennes au cours de l’Histoire en Chine. Leurs travaux ouvrent aussi les portes aux francophones et montrent toute la richesse et la diversité culturelle de cet ‘Empire du milieu’ 中國, mais également « le présent le plus brûlant, politique, humain, où se joue le sort du monde », ce qui ne peut laisser personne indifférent, vu la puissance démographique de ce pays (1.394.015.977 habitants en 2020) et son système politique !

Puis sont présentées les actions du mouvement Karuna-Shechen’, qui sont impulsées par le généticien, moine bouddhiste, philosophe, photographe et auteur essayiste : Matthieu Ricard.

Finalement, nous introduisons un entretien publié sous le titre « Il faut changer notre logiciel intellectuel  », le 26/12/2020, avec Aurore Lalucq, députée européenne, rapportrice du « Semestre 2020 » au Parlement européen et Vincent Liegey, essayiste, chercheur. Privilégier le qualitatif, donner du sens, remettre l’économie au service de l’intérêt général… Aurore Lalucq et Vincent Liegey donnent des pistes pour mettre en place un nouveau modèle. Nous connaissons actuellement une violente décroissance subie. Que nous enseigne la période actuelle ?

Cette contribution est à lire en totalité à partir de ce site : https://www.alternatives-economiques.fr//faut-changer-logiciel-intellectuel/00094929?utm_source=emailing&utm_medium=email&utm_campaign=NL_Quotidienne&utm_content=26122020

En annexe, ont été rajoutés des documents récents qui traitent du transhumanisme et de la collapsologie.

Les documents sélectionnés pour ce dossier sont présentés et accessibles dans le sommaire ci-dessous

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Sommaire

1. Coronavirus : ’Noël sera le tournant vers une renaissance de la société’, selon le sociologue Jean Viard – Entretien publié le 25/12/2020 à 05:45 , mis à jour à 16:11 - Propos recueillis par Capucine Moulas pour « Le Dépêche du Midi »

2. Addenda - Quelques notes prises au vol par Jacques Hallard au cours d’une émission de France Culture lors d’un entretien de Guillaume Erner avec Jean Viard

3. « Cédric Herrou, la fraternité avant tout » – Une émission de RCF (Radio Chrétienne Francophone) présentée par Thierry Lyonnet (UA-153996) - Lundi 21 décembre à 21h00 – Accès direct pour écouter (59 minutes)

4. Pascal Brice : ’Pour lutter contre la pauvreté, il nous faut collectivement tirer des leçons de cette crise’ - Le 26/12/2020 Enregistrement de France Culture dans le cadre de l’émission L’Invité(e) actu par Chloë Cambreling – Accès direct à l’enregistrement de 27 minutes

5. Chine – Culture ouïghour et traditions confucéennes - La Chine par ses oeuvres - Le 25/12/2020 – Dans le cadre d’une émission de France Culture intitulée À présent par Frédéric Worms

6. Pourquoi Confucius mérite toute notre attention 24/10/2017 (mis à jour le 14/12/2020 à 07:00) - Collège de France Conférences

7. Les actions de ‘Karuna-Shechen’ impulsées par le généticien, moine bouddhiste, philosophe, photographe et auteur essayiste : Matthieu Ricard

Annexe - Addenda - Quelques documents qui traitent du transhumanisme et de la collapsologie.

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1.
Coronavirus : ’Noël sera le tournant vers une renaissance de la société’, selon le sociologue Jean Viard – Entretien publié le 25/12/2020 à 05:45 , mis à jour à 16:11 - Propos recueillis par Capucine Moulas pour « Le Dépêche du Midi »

Illustration - Selon le sociologue Jean Viard, la crise sanitaire redonne aux fêtes de fin d’année des valeurs plus traditionnelles. Photo AFP archives

Le sociologue Jean Viard, qui a signé un livre sur l’impact de la pandémie de coronavirus sur l’avenir de la société, ’La page blanche’ aux éditions de l’Aube, fait le point sur l’impact de la crise sanitaire sur la période symbolique des fêtes de fin d’année. Pour Jean Viard … sur l’impact de la pandémie de coronavirus sur la société, les fêtes de fin d’année marquent un virage vers une renaissance de la société, ’secouée’ après une année marquée par la crise sanitaire et appelée à se réinventer avec la perspective du vaccin, un ’horizon dans la brume’. Interview.

La Dépêche du Midi : En quoi le symbole des fêtes de fin d’année va-t-il changer cette année avec le coronavirus ?

Jean Viard  : On est tous déprimés, on vient de passer une année épouvantable et on avait besoin de faire la fête. Il risque d’y avoir des tensions dans beaucoup de familles et il y aura sans doute environ 20 % des gens qui ne respecteront pas les règles sanitaires. Pour le Nouvel an, ce ne sera pas le triomphe de l’amitié et de l’érotisme des autres années. Ça risque d’être difficile pour les jeunes.

Mais pour Noël, qui est la communion autour de l’espérance, nous sommes en quelque sorte revenus à l’origine de la fête chrétienne. Le vaccin est devenu l’étoile du Berger. Les Rois mages s’appellent aujourd’hui Moderna, Pfizer et BioNTech. On va sans doute moins dépenser, on sera moins nombreux et on ne garde que ceux qu’on aime le plus, sans les personnes qu’on est contraints d’inviter... On revient à des valeurs plus traditionnelles, avec le foyer au cœur du refuge. On pourrait presque dire qu’il y a une purification de la fête de consommation.

Les confinements successifs et les gestes barrière nous ont-ils conduits à nous replier sur nous-mêmes et vont-ils rendre ces moments de retrouvailles plus compliqués ?

Justement, cette année, on s’est repliés sur nous-mêmes et le foyer familial s’est placé au cœur de la sécurité. Ça a revalidé la notion de famille légale, officielle. Je pense que là, à cette période de Noël, il y a une majorité de familles pour lesquelles ça va bien se passer. On a tous peur de la maladie et on veut protéger les autres et ne pas tomber malade soi-même.

On a tellement entendu les consignes, la plupart des gens se lavent les mains, portent le masque... Et on va s’adapter, peut-être passer deux heures sur Zoom avec Papy et Mamie qui n’ont pas pu venir le soir de Noël. L’amour familial est devenu numérique. Quelque part, ça sera un Noël original, ça donne plus de sens à une fête obligatoire et répétitive, qui est parfois devenu une débauche d’argent. Même si on n’est pas nombreux, on a besoin de se voir.

La perspective d’une troisième vague après les fêtes et d’un possible reconfinement ne risque-t-elle pas de balayer cette notion ’d’espérance’ qui symbolise justement Noël ?

Noël, c’est un peu le tournant, qui arrive en concomitance avec le vaccin. Dans la symbolique de nos sociétés occidentales, c’est un moment de naissance, là, ce sera un moment de renaissance. En janvier, février, mars, il y aura un regain de l’épidémie et un probable reconfinement, on le sait tous ! Mais ce n’est pas très grave parce qu’il y a la perspective du vaccin, c’est la porte de sortie. Même s’il y a des personnes réticentes, il y aura quand même un mouvement autour du vaccin et l’horizon va se dégager dans la brume. Il y aura quand même de la brume mais, quand on voit l’horizon, c’est beaucoup plus supportable.

En quoi consistera, selon vous, cette ’renaissance’ ?

Je pense que l’on vit une épopée de temps de guerre. Mais comme à chaque grande crise, il y a ensuite un regain de désir, d’amour et de création. C’est ce qui s’est passé pendant les Trente Glorieuses. Depuis un an, la société a été secouée comme un prunier. On a beaucoup appris pendant cette période et cette année a été marquée, mais pas forcément que de négatif. Les couples se sont retrouvés, les gens ont investi dans leurs maisons, ils se sont posé des questions sur leur travail... Et les Français ont économisé 200 milliards d’euros, qui pourront être dépensés dans la création d’entreprises, dans les commerces... Il y a toujours une énergie énorme qui succède aux crises.

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Coronavirus : face à une troisième vague, faut-il reconfiner après Noël ?

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Société, Coronavirus - Covid 19, Noël et Nouvel an

www.ladepeche.fr © 2020 - Source : https://www.ladepeche.fr/2020/12/23/coronavirus-noel-sera-le-tournant-vers-une-renaissance-de-la-societe-selon-le-sociologue-jean-viard-9274621.php

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2.
Addenda - Quelques notes prises au vol par Jacques Hallard au cours d’une émission de France Culture lors d’un entretien de Guillaume Erner avec Jean Viard  :

« Nous sommes dans une période d’imprévisibité totale et d’absurdité : un objectif absurde afin de sauver des millions de vie… Mais pendant ce temps, en fait, on sauve pourtant des vies humaines… D’une certaine façon, on est en train de penser au niveau mondial… On pourra comparer à la fin les pays entre eux et ce qu’ils ont fait, … ou pas fait : on fera alors les comptes et on jugera les différents systèmes politiques… L’idée de la relation entre l’individu et le groupe est un choix important… Depuis 40 ans, on a soutenu l’idée que les chaînes de valeur des objets étaient le seul critère de jugement qui prévalait sur la Planète… S’il n’y avait pas aujourd’hui la perspective d’un vaccin – encore avec des inconnues et des incertitudes -, la situation serait tragique : mais elle l’est d’ailleurs en partie, car on estime qu’il y a 20% de gens dépressifs, soit le double de la situation antérieure, « en temps normal » (antérieurement à la pandémie de COVID-19) … Mais avec cette pandémie, on a basculé partout dans le monde du numérique [par nécessité et on en reparle dans l’article sélectionné qui suit celui-ci]…… On a basculé aussi dans le monde de l’écologie d’une façon profonde avec ce constat : les êtres humains ne peuvent pas lutter contre la Nature… La pandémie a cassé la plus belle civilisation scientifique et technique que l‘Humanité n’est jamais construite… C’est aussi une rupture culturelle : (les évènements) transforment la souffrance de maints individus en véritable récit collectif de projet… C’est le rôle de la pensée, du politique, de l’Art, de faire cette mutation pour construire le projet commun qui va nous permettre, par exemple, de gagner la bataille du réchauffement climatique… Le fait est que cinq milliards d’êtres humains aient fini par regarder dans la même direction : on a finalement fait un combat commun avec cette lutte contre un virus… Cela donne à l’Humanité l’idée qu’elle peut changer des choses comme le réchauffement climatique… Ceci va vraiment marquer l’Histoire de l’Humanité… »

A lire à partir de ce site : http://isias.lautre.net/spip.php?article1174#ZEHN

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3.
« Cédric Herrou, la fraternité avant tout » – Une émission RCF présentée par Thierry Lyonnet (UA-153996) - Lundi 21 décembre à 21h00Accès direct pour écouter (59 minutes)

Illustration © Facebook de Cédric Herrou - Un visage niçois bien connu : Cédric Herrou. Depuis 2016, où il a été arrêté après avoir hébergé des migrants, l’agriculteur continue de se battre au nom de la fraternité.

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Paisible agriculteur de la vallée de la Roya dans les Alpes Maritimes, Cedric Herrou a eu sa vie bouleversée en 2016, en prenant dans sa voiture une famille érythréenne pour les faire passer d’Italie en France. À partir de ce geste de solidarité, il est devenu l’un des plus emblématiques défenseurs des migrants. Une aventure humaine qu’il raconte dans son livre : Change ton mondeaux éditions Les Liens qui Libèrent.

La découverte d’une vocation

Comme beaucoup de français, Cédric Herrou est issu de l’immigration, notamment allemande et italienne, dont on lui a peu parlé mais ’qui coule dans les veines’. En écrivant son livre, il a découvert cette facette de son passé qui a pris tout son sens dans ses différentes actions auprès des migrants, comme une relecture de ces 4 derniers années. En 2016, alors qu’il passe par le chemin le plus court pour rentrer chez lui, l’Italie, Cédric croise une famille erythréenne avec un enfant. Il continue sa route avant de faire demi-tour pour leur venir en aide. Celui qui n’a, initialement, rien d’un militant dira plus tard ’c’est cette famille la qui m’a ouvert les yeux sur la ’mission’ que je me suis donné’.

Accueillir à l’infini

Cédric Herrou, a accueilli dans ce qu’il appelle le ’CCH’, le ‘Camping Cédric Herrou’, plus de 2.500 personnes. Il y avait parfois jusqu’à 200 personnes en même temps.
Rapidement sa petite maison de 30 m2 est devenue un refuge sur le chemin de l’exil, pour tous les migrants passant la frontière franco-italienne. ’C’est après, quand je me suis engagé et que j’ai voulu comprendre ce qu’était la gestion de l’accueil en France, que j’ai compris la différence de l’accueil qu’on faisait à la maison : à la maison il n’y avait pas de jugements ’ raconte Cédric Herrou. « C’est une lutte pour la vie que j’ai faite. Toutes les religions prônent ça : le lien à l’autre ».

De l’agriculture au militantisme

Initialement cueilleur d’olives et éleveur de poules, la vie de cet habitant de la vallée de la Roya a basculé en 2016. Malgré 11 gardes à vue, 4 procès retentissants et 5 perquisitions, l’éleveur garde la foi en cette lutte infinie. Celui qui se qualifie de ’bac - 4’ a dérangé les plus hauts rangs de l’État en pointant ’de nombreux dysfonctionnements ’, ce qui lui a valu plus de problèmes que d’accueillir les migrants. « Je suis un guerrier de la lutte contre l’injustice ».

Emmaüs Roya - ’Une lutte, elle ne se fait pas que dans l’opposition : elle se fait aussi dans la créativité et la proposition’ rappelle Cédric Herrou. C’est dans cette même dynamique qu’il a choisi de s’allier avec Emmaüs, en juillet 2019, pour créer la première communauté agricoleEmmaüs : Emmaüs Roya. L’objectif n’est pas de faire un ’camp de migrants’ mais de ’montrer qu’avec ces personnes-là (les compagnons) on pouvait faire quelque chose qui était de valeur pour une vallée et pour le bien commun.

Avec ce nouveau projet, Cédric Herrou, entend valoriser la ’culture identitaire’ de la vallée de la Roya avec la culture d’oliviers. Tout en montrant qu’en unissant les forces humaines présentes, françaises ou étrangères, on peut se recentrer sur l’essentiel : le bon goût des légumes du jardin et la joie simple de la fraternité. « Avant de vouloir changer le monde, change ton monde ».

Bibliographie : « Change ton monde » Cédric Herrou éd. Les liens qui libèrent (2020) -Préface de J.M.G. Le Cléziot

L’émission : Le lundi à 21h, le mercredi à 16h, le samedi à 23h et le dimanche à 19h– « Car chaque visage est unique, le podcast Visages accueille des hommes et des femmes d’une grande diversité : philosophes, aventuriers, personnes engagées dans le développement et dans l’action humanitaire, artistes, religieux, entrepreneurs ... Tous partagent au moins un point commun : l’ouverture et le respect de l’autre dans sa différence. Thierry Lyonnet leur donne la parole pour une rencontre en profondeur » ». S’abonnerà l’émission - RSS ITUNES - Commander sur CDhttps://rcf.fr/boutique/order/2505864

RCF, Radio Chrétienne Francophone, un réseau de 64 radios locales - RCF a été créé en 1982, à l’initiative de l’archevêque de Lyon, Monseigneur Decourtray, et du Père Emmanuel Payen. Dès l’origine, RCF porte l’ambition de diffuser un message d’espérance et de proposer au plus grand nombre une lecture chrétienne de la société et de l’actualité. Forte de 600.000 auditeurs chaque jour, RCF compte désormais 64 radios locales et 270 fréquences en France et en Belgique. Ces 64 radios associatives reconnues d’intérêt général vivent essentiellement des dons de leurs auditeurs. Information, culture, spiritualité, vie quotidienne : RCF propose un programme grand public, généraliste, de proximité. Le réseau RCF compte 300 salariés et 3.000 bénévoles.- En savoir plus - Pour soutenir c’est ici : https://don.rcf.fr/?utm_source=news&utm_medium=BAN&utm_campaign=DonAF&utm_source=Newsletter&utm_medium=email&utm_content=Pour+un+No%C3%ABl+plus+fraternel+%2F+Basilique+de+Nice+%3A+revivre+et+c%C3%A9l%C3%A9brer+le+Christ+apr%C3%A8s+le+drame&utm_campaign=Newsletter136_26122020&vgo_ee=ikHY9ChQAUZml8GYsm7f%2F5zsU3KylImNN9fnFbAVOuA%3D

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Source ; https://rcf.fr/culture/cedric-herrou-la-fraternite-avant-tout-0?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=20201226_N136&utm_content=Z3&utm_source=Newsletter&utm_medium=email&utm_content=Pour+un+No%C3%ABl+plus+fraternel+%2F+Basilique+de+Nice+%3A+revivre+et+c%C3%A9l%C3%A9brer+le+Christ+apr%C3%A8s+le+drame&utm_campaign=Newsletter136_26122020&vgo_ee=ikHY9ChQAUZml8GYsm7f%2F5zsU3KylImNN9fnFbAVOuA%3D

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4.
Pascal Brice : ’Pour lutter contre la pauvreté, il nous faut collectivement tirer des leçons de cette crise’ - Le 26/12/2020 Enregistrement de France Culture dans le cadre de l’émission L’Invité(e) actu par Chloë CambrelingAccès direct à l’enregistrement de 27 minutes

Le président de la Fédération des acteurs de la solidarité, Pascal Brice, ancien directeur de l’OFPRA, a été élu en septembre dernier dans un contexte où la crise sanitaire fait basculer un grand nombre de personnes dans la précarité. Photo portrait - Le président de la Fédération des acteurs de la solidarité Pascal Brice. • Crédits : Vincent Isore - Maxppp

’Ils et elles ont basculé dans la pauvreté’. Combien de fois a-t-on lu ou entendu cela, ces dernières semaines, ces derniers mois, malgré un plan de relance, les aides et les dispositifs de soutien inédits ? La crise économique et sociale engendrée par la pandémie a plongé dans la précarité des personnes qui ne la connaissaient pas, et aggravé, souvent, la situation de celles et ceux qui étaient déjà fragiles. 

Fin octobre 2020, plus de deux millions de foyers ont touché le RSA, une hausse de 8,5% sur un an, du jamais-vu depuis la création du Revenu de solidarité active. Et des chiffres, il y en a beaucoup d’autres. Des images, aussi, de ces hommes, femmes, jeunes, vieux, de plus en plus nombreux à recourir à l’aide alimentaire. Et puis, bien sûr, il y a les associations qui témoignent, qui alertent, mais qui disent aussi, comme la secrétaire générale du Secours populaire sur France Info, hier, qu’il y a en France une immense générosité. 

Nous devons faire en sorte collectivement, pouvoirs publics, citoyens, associations, collectivités locales, que, lorsque nous sortirons collectivement de cette crise, nous ne laissions pas sur le côté toutes celles et ceux qui auront été dans la précarité. (...) Nous sommes aujourd’hui dans l’urgence sociale, avec un effet cumulatif, notamment dans certains quartiers où il existe un véritable risque de décrochage social. Il faut donc des aides exceptionnelles, mais au delà, il faut aussi apporter des réponses structurelles. 

Nous constatons de plus en plus de jeunes dans la pauvreté. C’est une situation inacceptable pour l’ensemble de la société. Les aides exceptionnelles qui ont été apportées sont très bien. Simplement, dans la durée de cette crise, il faut accompagner ces jeunes et, au-delà, adopter des dispositifs structurels. (...) Nous appelons à l’extension du RSA aux 18-25 ans parce que cela nous semble la solution la plus simple mais aussi, à défaut, à toute solution qui permettra dans la durée d’accompagner les jeunes pour sortir de ces situations de précarité. 

Actuellement, il y a près de 200.000 personnes qui sont dans des hébergements d’urgence et il manque au moins 20.000 places, écrivaient récemment dans Le Monde des élus d’Ile-de-France.

Nous nous avançons vers une panne du logement social. La mobilisation des pouvoirs publics permet qu’aujourd’hui, en période hivernale, 200.000 personnes sont herbergées en urgence. Mais la clé, c’est ce qu’on appelle dans le jargon du milieu du logement ’le logement d’abord’. C’est-à-dire tout faire pour que les personnes accèdent durablement au logement. A partir du moment où l’on est dans cet affaissement de la production de logement et notamment de logement très social, on a affaire à une difficulté qui mérite une réflexion collective. 

Pour aller plus loin : 

Paroles

On la trouvait plutôt jolie, Lily
Elle arrivait des Somalies, Lily
Dans un bateau plein d’émigrés
Qui venaient tous de leur plein gré
Vider les poubelles à Paris

Elle croyait qu’on était égaux, Lily
Au pays d’Voltaire et d’Hugo, Lily
Mais, pour Debussy, en revanche
Il faut deux noires pour une blanche
Ça fait un sacré distinguo

Elle aimait tant la liberté, Lily
Elle rêvait de fraternité, Lily
Un hôtelier, rue Secrétan
Lui a précisé, en arrivant
Qu’on ne recevait que des Blancs

Elle a déchargé des cageots, Lily
Elle s’est tapée les sales boulots, Lily
Elle crie pour vendre des choux-fleurs
Dans la rue, ses frères de couleur
L’accompagnent au marteau-piqueur

Et quand on l’appelait Blanche-Neige, Lily
Elle se laissait plus prendre au piège, Lily
Elle trouvait ça très amusant
Même s’il fallait serrer les dents
Ils auraient été trop contents

Elle aima un beau blond frisé, Lily
Qui était tout prêt à l’épouser, Lily
Mais, la belle-famille lui dit
’Nous n’sommes pas racistes pour deux sous
Mais on veut pas de ça chez nous’

Elle a essayé l’Amérique, Lily
Ce grand pays démocratique, Lily
Elle aurait pas cru sans le voir
Que la couleur du désespoir
Là-bas, aussi ce fût le noir

Mais, dans un meeting à Memphis, Lily
Elle a vu Angela Davis, Lily
Qui lui dit ’viens, ma petite sœur’
’En s’unissant, on a moins peur’
’Des loups qui guettent le trappeur’

Et c’est pour conjurer sa peur, Lily
Qu’elle lève aussi un poing rageur, Lily
Au milieu de tous ces gugus
Qui foutent le feu aux autobus
Interdits aux gens de couleur

Mais, dans ton combat quotidien, Lily
Tu connaîtras un type bien, Lily
Et l’enfant qui naîtra, un jour
Aura la couleur de l’amour
Contre laquelle on ne peut rien

On la trouvait plutôt jolie, Lily
Elle arrivait des Somalies, Lily
Dans un bateau plein d’émigrés
Qui venaient tous de leur plein gré
Vider les poubelles à Paris

Source : Musixmatch - Paroliers : Pierre Perret - Disponible sur : Spotify, YouTube Music, Deezer - Artiste : Pierre Perret - Album : L’âge de Pierre - Date de sortie : 2013 – Source

La Revue de presse des idées - 2020, entre cauchemar et espoirs

L’Idée culture - Serge Haroche : ’Il représente la profondeur de l’espace en présentant des oscillations dans la lumiere’.

Intervenant : Pascal Brice Président de la Fédération des acteurs de la solidarité, ancien directeur-général de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA)

À découvrir :

Revenu universel : le meilleur instrument contre la pauvreté ?

Crise du Covid : faut-il taxer les riches ?

Dans les coulisses du transport du vaccin contre le Covid-19

Tags : Idées Économie

L’équipe – Production : Chloë Cambreling - Production déléguée : Stéphanie Villeneuve – Réalisation : Alexandre Manzanares - Avec la collaboration de : Roxane Poulain

logo france culture

Source : https://www.franceculture.fr/emissions/linvitee-actu/pascal-brice

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5.
Chine – Culture ouïghoure et traditions confucéennes - La Chine par ses oeuvres - Le 25/12/2020 – Dans le cadre d’une émission de France Culture intitulée À présent par Frédéric Worms

On parle de la Chine mais qu’entend-on exactement par-là ? Coincée entre une pensée classique, comme celle de Confucius et des œuvres vivantes, contemporaines, mais censurées. Nous en parlons avec Anne Cheng du Collège de France et Anne Kerlan du CNRS.

Statue de Confucius au temple de Confucius (Pékin) / Rassemblement pour le peuple ouïghour (Paris, 2019)

Reproductions - Statue de Confucius au temple de Confucius (Pékin) / Rassemblement pour le peuple ouïghour (Paris, 2019) • Crédits : © M. Schmerbeck / picture alliance / Arco Images G - © Vincent Isore / IP3 Press - Maxppp

D’un côté une pensée classique qui a fait l’objet de tous les détournements historiques, jusqu’à l’instrumentalisation politique, aujourd’hui, de Confucius. D’un autre côté, des œuvres vivantes, contemporaines, inoubliables, dans le cinéma, la littérature, partout, mais enfouies, censurées. Et qui témoignent pourtant de l’histoire réelle de la Chine, agie, subie, vécue, jusqu’aux souffrances des Ouigours, aujourd’hui, et la pandémie. On parle de la Chine, mais on ne la connaît pas par ses œuvres, sa vie, son histoire réelles. Anne Cheng, sinologue, titulaire de la chaire intitulée « Histoire intellectuelle de la Chine » au Collège de France, directrice du Centre d’études sur la Chine moderne et contemporaine, chargée de recherche au CNRS et Anne Kerlan, chercheure à l’Institut d’histoire du temps présent (IHTP) étudient et enseignent ces œuvres, et rejoignent ainsi le présent le plus brûlant, politique, humain, où se joue le sort du monde. Dialoguer avec elles, parler de la pensée classique comme des œuvres de Gao Ertai, A la recherche d’une terre à soi, ou du documentaire que lui consacre Wang Bing, Beauty Lives in Freedom, c’est ouvrir une fenêtre dans la muraille, c’est comprendre où en est, à présent, la Chine.

Avec Anne Cheng, sinologue, titulaire de la chaire intitulée « Histoire intellectuelle de la Chine » au Collège de France et Anne Kerlan, directrice du Centre d’études sur la Chine moderne et contemporaine, chargée de recherche au CNRS et chercheure à l’Institut d’histoire du temps présent (IHTP).

« En fait, je viens d’ancêtres chinois. Mes deux parents étaient chinois. [...] Donc, je suis née dans cette réalité chinoise et j’avais tout à fait une réalité politique et historique. [...] Mon père est arrivé en France du fait que son propre père servait la Chine nationaliste de Tchang Kaï-chek. Donc, évidemment, à l’arrivée des communistes, il a bien fallu s’exiler. Déjà là, ça a créé une certaine tension. D’autre part, j’ai tout de suite senti effectivement une sorte de pression de la censure venant même de mon père qui m’a toujours interdit de participer à une quelconque manifestation en France ». Anne Cheng 

« Je voulais apprendre, pour des raisons personnelles, le coréen, mon grand-père maternel étant coréen. Et quand j’ai demandé à l’École normale d’apprendre le coréen, on m’a dit : ’On est désolés, mais là, c’est pas possible, tu es la seule à vouloir apprendre le coréen, mais apprends le chinois, c’est presque la même chose’ ». Anne Kerlan

« Le Collège de France a été quand même la première institution européenne à créer une chaire dédiée aux études chinoises. Et donc, on pourrait dire que la sinologie, c’est un peu une invention française ». Anne Cheng

« Mon premier voyage en Chine date de 1991, pendant l’été, deux ans après les événements de Tiananmen. Cela a été une découverte qui m’a vraiment mis la tête à l’envers. [...] J’avais l’impression à la fois de découvrir un lieu, un pays avec une énergie incroyable comme je n’en avais jamais rencontré, en même temps, j’ai été extrêmement déstabilisée aussi politiquement, culturellement ». Anne Kerlan

« Le vrai visage de la Chine est brutal. Les gens ne sont pas préparés à accepter cette brutalité chinoise. On la voit de manière spectaculaire avec les images des camps d’internements des Ouïghours qui éclatent dans tous les médias et qui nous rappellent les camps nazis. Mais il y a une brutalité qui est beaucoup plus insidieuse : c’est une brutalité du ’non-dit’ ». Anne Cheng 

« Un réalisateur comme Wang Bing, de façon assez miraculeuse, a véritablement rencontré un public en France qui, en effet, avec lui et grâce à lui, découvre une Chine qui n’est pas du tout celle de la propagande officielle, et peut, en effet, découvrir des histoires comme celle des prisonniers du camp de Jiabiangou ». Anne Kerlan

(A propos des camps d’internement des Ouïghours, NDLR) – « Je trouve ’merveilleux’ que les puissances occidentales semblent découvrir le problème alors que ça fait quand même une bonne dizaine d’années que ça dure ». Anne Cheng

(A propos de la pandémie, ndlr). « On s’aperçoit que c’est là, la grande ironie, que même pour les masques, nous sommes dépendants de la Chine. Vous comprenez donc. Tout d’un coup, on mesure à quel point on s’est livrés pieds et poings liés à la puissance de l’économie chinoise. [...] Au fond, c’est un effet déclencheur. Et de fait, je pense qu’on le voit maintenant, et que tout d’un coup, les puissances du monde entier se réveillent en se disant : ’Mon Dieu ! Pendant tout ce temps là, on s’est véritablement livrés, on s’est jetés dans la gueule du loup !’ ». Anne Cheng

Pour en savoir plus :

La page de Anne Cheng (site du Collège de France).

La page de Anne Kerlan (site du CECMC - Centre d’études sur la Chine moderne et contemporaine).

Présentation de la collection bilingue français/chinois aux éditions Les Belles lettres, coordonnée par Anne Cheng.

Bibliographie de Liu Xiaobo (wikipédia), écrivain, philosophe et poète, prix Nobel de la Paix en 2010, premier citoyen chinois à se voir attribuer un prix Nobel alors qu’il réside en Chine, puis empêché d’aller recevoir son prix. Il meurt en 2017. (Evoqué pendant l’émission).

Biographie de Gao Ertai, intellectuel et artiste chinois, auteur, notamment, de ’En quête d’une terre à soi’ (Actes Sud, 2019) - (Evoqué pendant l’émission).

Fiche cinématographique des ’Ames mortes’ (Allociné), film documentaire (2018) réalisé par Wang Bing et présenté hors compétition au Festival de Cannes 2018. (Evoqué pendant l’émission).

Bibliographie et filmographie de Wang Bing, cinéaste et documentariste chinois (Wikipédia).

Fiche cinématographique de ’Xiao Wu, artisan pick-pocket’, (Allociné), film sorti en 1999, réalisé par Jia Zhangke. (Evoqué pendant l’émission).

Fiche de ’Beauty lives in freedom’ de Wang Bing, documentaire sorti en 2018.

Choix musicaux :

Morceau choisi par Anne Kerlan : musique extraite du film ’Beijing Bastards’ (1993) de Zhang Yuan. A propos des films des Zhang Yuan (site Allociné - 2000).

Morceau choisi par Anne Cheng : ’Dear Teacher’ (2016) par Abalajan Awut Ayup. Ce que l’on vient d’entendre, c’est un jeune chanteur pop ouïghour, dont le nom d’artiste est Abalajan. À l’âge de 33 ans, il s’est retrouvé envoyé dans un camp d’internement où il a subi le même sort que beaucoup d’intellectuels, d’artistes et de scientifiques. Anne Cheng

Bibliographie :

Lin Zhao : combattante de la liberté Anne Kerlan Fayard, Paris, 2018

En quête d’une terre à soi Gao Ertai Actes Sud, 2019

Intervenantes : Anne Cheng Sinologue, titulaire de la chaire « Histoire intellectuelle de la Chine » au Collège de France. Anne Kerlan Historienne de la Chine et du cinéma chinois

À découvrir :

Universalité, mondialité, cosmopolitisme - Chine, Japon, Inde (4e cycle) (3/8) : A la recherche des premières traces du bouddhisme en Chine (3/8)

Universalité, mondialité, cosmopolitisme - Chine, Japon, Inde (4e cycle) (4/8) : Des empires du monde indien à celui des Han, la diffusion du bouddhisme

Universalité, mondialité, cosmopolitisme - Chine, Japon, Inde (4e cycle) (2/8) : Quand l’empereur Ming rêve de Bouddha... les sources et les premières représentations de Bouddha en Chine (2/3)

Tags : Chine Philosophie

L’équipe – Production : Frédéric Worms – Réalisation : Anne-Pascale Desvignes - Avec la collaboration deCatherine Donné, Sandrine Chapron, Zohra Vignais

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Source : https://www.franceculture.fr/emissions/a-present/la-chine-par-ses-oeuvres

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6.
Pourquoi Confucius mérite toute notre attention 24/10/2017 (mis à jour le 14/12/2020 à 07:00) - Collège de FranceConférences

Dans la Chine contemporaine, où l’on observe un retour massif vers Confucius, celui-ci apparaît comme une icône identitaire, qui permet de rassembler la nation chinoise et d’accompagner la montée en puissance du pays…

Confucius

Illustration – Confucius • Crédits : Wikimedia Commons

On a statufié Confucius après l’avoir démoli à coup de masse pendant la Révolution Culturelle, mais il est devenu le symbole de ce que l’on appelle les ’études nationales’ dont le socle est le confucianisme, qui peuvent inclure le ’taoïsme philosophique’, ainsi que certains pans du bouddhisme, en somme tout ce qui est récupérable et consensuel dans la tradition chinoise. Confucius a été choisi comme symbole de cette récupération idéologique et nationaliste à l’usage de la consommation interne chinoise, mais aussi vis-à-vis du marché international.

Un entretien enregistré en 2013. Anne Cheng est titulaire de la Chaire Histoire intellectuelle de la Chine.

À RÉÉCOUTER 52 min Les Chemins de la philosophie Confucius, une philosophie de vie (1/4) : Qui était Confucius ?

À RÉÉCOUTER 51 min Les Chemins de la philosophie Confucius (4/4) : Confucianisme vs taoïsme

À découvrir :

Simeng Wang : ’L’épidémie exacerbe le racisme anti-asiatique’

Matières à penser

Jing Xie : ’Comprendre la modernisation de la société chinoise à travers son expérience de l’épidémie’

Tags : Chine Anne Cheng Collège de France Confucianisme Confucius Identité nationale Philosophie politique Histoire Conférences sur la philosophie

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Source : https://www.franceculture.fr/conferences/college-de-france/pourquoi-confucius-merite-notre-attention

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7.
Les actions du mouvement ‘Karuna-Shechen’, impulsées par le généticien, moine bouddhiste, philosophe, photographe et auteur essayiste : Matthieu Ricard

On peut suivre ses activités et ses contributions sur son site https://www.matthieuricard.org/

(Re)faire connaissance de Matthieu Ricard avec Wikipédia

Matthieu Ricard au Népal, en 2017 - Biographie

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Naissance 15 février 1946

(74 ans)
Aix-les-Bains

Nationalité

Français
Formation Lycée Janson-de-Sailly
Activités Moine bouddhiste, photographe, écrivain, traducteur
Père Jean-François Revel
Mère Yahne Le Toumelin
Fratrie Ève Ricard

Nicolas Revel

Autres informations
Domaine Biochimie

Religion

Bouddhisme tibétain
Membre de Mind and Life Institute
Directeur de thèse François Jacob
Site web www.matthieuricard.org
Distinctions Chevalier de l’ordre national du Mérite

Chevalier de la Légion d’honneur

Matthieu Ricard, né le 15 février 1946 à Aix-les-Bains (France)1, est un essayiste et photographe français. Après l’obtention d’un doctorat en génétique, il devient moine bouddhiste tibétain. Il réside principalement au monastère de Shéchèn au Népal. Traducteur depuis le tibétain vers le français et l’anglais, il est depuis 1989 l’interprète en français du dalaï-lama.

En 2000, il fonde l’association humanitaire Karuna-Shechen. Depuis cette même année, il fait partie du Mind and Life Institute, association qui facilite les rencontres entre la science et le bouddhisme.

Sommaire

Traduction du 26/12/20 par Jacques Hallard d’un message de ’Karuna-Shechen’ donation@karuna-shechen.org en date du 23/12/2020

Un message de Matthieu et Karuna

Toute l’équipe ‘Karuna-Shechen’, aux côtés de son co-fondateur Matthieu Ricard, vous souhaite une excellente saison des fêtes : qu’elle soit remplie de joie profonde, de partage de moments, de rassemblements [prudents !] et de gratitude.

Karuna a maintenant 20 ans ! Une occasion de célébrer votre présence et votre engagement aux côtés des 300.000 personnes que nous accompagnons chaque année en Inde et au Népal. Grâce à vous, elles acquièrent des solutions durables qui leur permettent de réaliser leur plein potentiel et d’améliorer leur vie.

Aujourd’hui, nous réaffirmons notre engagement à transformer vos dons en actions efficaces et en plaidoyer pour l’altruisme. Rejoignez l’alliance pour un monde plus altruiste ! Faîtes un don par ici ! - Votre générosité nous permet de poursuivre nos programmes au service des autres et de partager un état d’esprit altruiste !

A donation of 100€ costs you only 34€  !- Resident in France, your donation in EURO is tax-deductible of 66% of its amount. Resident in Switzerland, the USA or Hong Kong, your donation is also eligible for a tax receipt, depending on the currency of payment. Learn more – Français > Un don de 100 € ne vous coûte que 34 € ! - Résidant en France, votre don en EURO est déductible fiscalement de 66% de son montant. Résidant en Suisse, aux USA ou à Hong Kong, votre don donne également droit à un reçu fiscal , selon la devise de paiement.

A ’gift’ for you : LIVE meditation with Matthieu ’Self-transformation allows us to better transform the world.’ Happiness - Matthieu Ricard invites us to cultivate altruism by meditating on self-compassion. Sunday, 27th December 2020 at 10 am on Karuna’s Facebook page.

Karuna-Shechen-Karuna-Shechen est une association humanitaire co-fondée en 2000 par le moine français bouddhiste tibétain, photographe et auteur Matthieu Ricard et Shechen Rabjam Rinpotché. Wikipédia

Ecouter la vidéo 0:40 > https://karuna-shechen.org/news/20-years-of-altruism-in-action/

Karuna Shechen logo francais - Golf Maroc

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Addenda - Quelques documents qui traitent du transhumanisme et de la collapsologie.

« Les partisans de l’effondrement et du transhumanisme confisquent le débat sur l’avenir » - Soisic Belin- 24 décembre 2020 - Document ‘usbeketrica.com’

Rencontre avec Antoine Buéno, écrivain et conseiller au Sénat sur les questions de prospective et de développement durable, à l’occasion de la parution de Futur : notre avenir de A à Z (Flammarion, 2020), son nouveau livre. Un monument de prospective qui prend la forme d’un dictionnaire de 672 pages passant en revue tous les grands enjeux d’avenir.

Photo portrait - Antoine Buéno, auteur du livre « Futur, notre avenir de A à Z » / Astrid di Strollalanza © Flammarion

Il est des livres qui passent et d’autres dont on pressent d’emblée qu’ils resteront. Futur, notre avenir de A à Z, d’Antoine Bueno, fait incontestablement partie de ces derniers. Présenté par son éditeur Flammarion comme « le » livre de prospective incontournable, il suffit de l’ouvrir pour constater qu’il ne s’agit pas là simplement d’une formule marketing.

À mi-chemin entre Bible et dictionnaire du futur, l’ouvrage aborde tous les grands enjeux d’avenir au fil de 40 entrées thématiques, allant de « 1984 » à « Zoonoses » en passant par « Agriculture », « Climat », « Data(s) », « Effondrement », « Énergie », « Espace », « Génétique » ou encore « IA ». Un beau bébé de 700 pages à l’esthétique rétrofuturiste, qui tente d’apporter une réponse claire à toutes les grandes questions du moment : y aura-t-il demain de quoi nourrir l’humanité ? La transition environnementale est-elle possible  ? Le travail va-t-il disparaître  ? Serons-nous immortels  ? À quoi ressembleront l’art et le sexe de demain  ? 

Livre : 1èrede couverture

On sent qu’Antoine Buéno, par ailleurs conseiller au Sénat sur les sujets de prospective et de développement durable, veut préempter le sujet de la futurologie et l’embrasser dans sa globalité, avec un souci quasi-autistique de l’exhaustivité.

Mais Futur est bien plus qu’une synthèse puisque l’auteur ose, pour chaque sujet, développer un point de vue percutant, pour ne pas dire provocateur. Ainsi, il n’hésite pas à affirmer que le cannibalisme est notre horizon culinaire ou que notre avenir politique devrait hésiter entre nazisme et communisme… Ébouriffant autant qu’instructif. On prend ou on laisse, mais au moins on réagit.

Le parti-pris de l’abécédaire ne doit pas faire illusion. Il sert surtout à autoriser la lecture buissonnière, le butinage d’une entrée à l’autre, les entrées de culture pop futurologique tels que « 2001 », « Black Mirror  » ou « Science-fiction  » permettant une immersion ludique dans l’univers prospectif. Mais l’ensemble forme un tout cohérent. Toutes les entrées se répondent et se complètent, elles s’imbriquent pour former un tableau du futur auquel l’Homo Deusd’Harari n’a rien à envier. Il envisage un monde fait de contrastes, « de révolutions agricoles et de famines, de libéralisme et de démocrature, de réchauffement climatique et de transition énergétique, de baisse de l’espérance de vie du plus grand nombre et d’augmentation de la longévité des plus favorisés, d’effondrements locaux et de percées technologiques ».

Non, le techno-totalitarisme chinois ne semble pas promis à un bel avenir. Oui, nous pouvons accéder à la paix perpétuelle sur l’ensemble du globe.

Si ce tableau n’est pas des plus réjouissants, il n’est pas non plus désespéré. L’auteur se veut même plutôt optimiste. Oui, démontre-t-il, la transition environnementale est possible, même si nous n’en prenons pas le chemin et que ce chemin est extrêmement étroit. Non, le techno-totalitarisme chinois ne semble pas promis à un bel avenir. Oui, nous pouvons accéder à la paix perpétuelle sur l’ensemble du globe. Non, il ne faut pas avoir peur de l’eugénisme, des mondes virtuels, ni même du remplacement de l’homme par l’IA… D’un point de vue misanthrope, Buéno nous promet des lendemains qui chantent.

Nous sommes donc allés à la rencontre de ce jeune prospectiviste, et c’est dans son bureau du Sénat qu’il nous reçoit. Sourire en coin et le regard brillant du passionné, il pose un instant sa plume pour nous parler de son ouvrage, résultat de plusieurs années de travail, de recherche et de réflexions.

Usbek & Rica : Pourquoi cet intérêt pour le futur  ?

Antoine Buéno - Parce que je n’ai jamais grandi  ! Quand j’étais petit, comme beaucoup d’enfants, je me passionnais pour l’avenir, pour l’espace, les robots, les extraterrestres, Star wars. Mais contrairement à beaucoup, ces passions ne m’ont jamais quitté. Ce qui a changé, c’est la manière de m’y adonner. J’en ai fait un métier, à la fois au Sénat, puisque je suis les travaux de la délégation à la prospective, et en tant qu’écrivain avec ce livre.

L’autre point commun entre l’enfant que j’étais et l’adulte que je suis devenu, c’est que le passé ne m’a jamais intéressé et le présent encore moins. Je n’ai jamais pu m’empêcher de penser que l’herbe serait plus verte demain, de la même manière qu’elle me semble plus verte aujourd’hui qu’hier. En regardant le monde actuel, je n’y vois que de l’éphémère. En un clin d’œil à l’échelle de l’Histoire, tout ce que nous connaissons et tout ce à quoi nous tenons sera balayé, comme le monde dans lequel nos ancêtres ont vécu l’a été.

Pourquoi avoir choisi la forme d’un dictionnaire pour parler du futur  ?

Antoine Buéno - Parce que ça n’existait pas, parce que c’est très pratique et parce que je voulais aborder tous les grands sujets  ! Commençons par l’aspect pratique et presque ludique de la question : on peut flâner dans un dictionnaire, comme aimait à le faire Marcel Proust dans le Littré, lire les entrées au gré de ses envies et centres d’intérêt. Moins anecdotique était ma volonté de parler du futur dans sa globalité. Il n’existe pas à ma connaissance d’ouvrage de prospective qui fasse la synthèse problématisée de tous les enjeux d’avenir, ce que me permettait de faire un dictionnaire du futur.

« Au scénario Icare des collapsologues et au scénario Prométhée des transhumanistes, je préfère le scénario Janus d’un futur à deux visages »

Antoine Buéno, auteur du livre « Futur : notre avenir de A à Z »

Peut-on dégager une vision d’ensemble de votre livre  ?

Antoine Buéno - Oui, mon livre tente de départager partisans de l’effondrement, les collapsologues, et partisans du transhumanisme, qui confisquent aujourd’hui le débat public sur l’avenir. Pour les collapsologues, la civilisation thermo-industrielle est sur le point de s’effondrer du fait de la raréfaction des ressources et des atteintes portées à l’environnement. Pour les transhumanistes, la technologie est sur le point de nous faire accéder à la divinité.

J’admets que ces discours s’encrent dans une certaine réalité : les deux déterminants fondamentaux de notre avenir sont la crise environnementale et la révolution technologique NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, informatique, sciences cognitives). Notre avenir dépend de laquelle prévaudra. Or, en l’état actuel des choses, on peut renvoyer collapsologues et transhumanistes dos-à-dos. Car oui, l’effondrement est possible, mais peu probable quand on regarde précisément les conditions concrètes qui devraient être réunies pour qu’il advienne. Et oui, la révolution NBIC peut faire de nous des dieux, mais pas tout de suite  !

Au « scénario Icare » des collapsologues (l’humanité se brûle les ailes et chute) et au « scénario Prométhée » des transhumanistes (l’humanité accède à la maîtrise du feu, c’est-à-dire de l’énergie et de la matière), je préfère le “scénario Janus” d’un futur à deux visages, un futur extrêmement contrasté.

À qui s’adresse votre livre  ?

Antoine Buéno : Aux lecteurs d’Usbek & Rica et de Yuval Noah Harari. Mais plus globalement à tout le monde  ! À tous ceux qui s’interrogent sur l’évolution du monde actuel, tous ceux qui se demandent s’il sera possible de nourrir une humanité à 11 milliards d’individus, si le développement peut être durable ou s’il faut craindre l’IA. Bref, à peu près toute personne qui se pose des questions.

Soisic BelinSoisic Belin- 24 décembre 2020

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A lire également : Pour le futur, vous êtes plutôt transhumaniste ou collapsologue ? - Publié le 3 janvier 2021 à 10h00 – Source : https://www.elle.fr/Societe/Les-enquetes/Pour-le-futur-vous-etes-plutot-transhumaniste-ou-collapsologue-3895641

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Collapsologie et transhumanisme : récits jumeaux sur la fin des temps - Temps de lecture : Vidéo 16 minutes - Décembre 2020 - ©Katarzyna Pe (unsplash) – Document ‘SILO’ - Jeremy Hornung Consultant indépendant et observateur passionné des grandes mutations contemporaines.

Les courants de pensée du transhumanisme et de la collapsologie semblent, a priori, porter des discours qui s’opposent. En réalité, ces récits se basent tous deux sur le constat alarmiste d’une technicité qui condamnerait le monde vivant tel que nous le connaissons. Ils affirment une défiance vis-à-vis de la compétence des États pour faire face aux enjeux des crises (sociales, écologiques, économiques) au profit d’un libertarianisme nihiliste et s’appuient sur des ressorts affectifs de peur et de sidération, dans la mise en scène spectaculaire d’un monde qui s’effondre. Jeremy Hornung met en exergue les points communs de ces courants de pensée, leurs portées subversives, et le danger que représente leur éventuelle récupération politique.

Transhumanisme et collapsologie sont deux courants de pensée, au départ totalement marginaux, qui ont singulièrement gagné en importance dans les imaginaires collectifs ces dernières années. Leur popularité grandissante tient en large partie à l’adoption de postures clivantes, mais aussi, indéniablement au fait qu’ils abordent certaines des questions les plus essentielles de notre temps en prise directe avec la crise actuelle du modèle de développement occidental.

Contrairement aux apparences, ces deux mouvances partagent de nombreux points communs. Leurs promoteurs respectifs racontent en fait exactement la même histoire : celle d’un monde qui touche à sa fin, en passe d’être balayé par une force supérieure contre laquelle toute résistance serait vaine, et la naissance attendue d’un autre. Véritables récits-miroirs, ils incarnent Janus, Dieu des portes du temps qui passe et du jour nouveau qui se lève.

Le fait que l’on ait parfois le sentiment de se retrouver face à des récits de science-fiction ne doit cependant pas masquer l’importance des bouleversements concrets que ces derniers apportent avec eux dans la vie quotidienne des personnes qui s’y investissent, mais aussi dans le paysage politique. Ces bouleversements pourraient bien contribuer en effet à la déstructuration de l’ancien modèle dominant gauche-droite en faisant émerger un nouveau paradigme introduisant au cœur de la question du vivre ensemble, celle du rapport à la technique et au vivant.

Le cyborg, le hippie et l’apocalypse

Le transhumanisme se présente comme un courant de pensée technophile s’intéressant en particulier aux NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, sciences de l’information et sciences cognitives), dont les innovations (biopuces, drogues et prothèses en tout genre) sont présentées comme des fonctionnalités qu’il conviendrait d’acquérir afin d’accéder au stade supérieur de l’évolution de l’humanité.

La technique y est érigée en moyen d’émancipation individuelle et civilisationnelle au travers d’un ensemble de stratégies d’amélioration du corps et de l’esprit. Plus encore, l’innovation technologique fait figure d’instrument de salut. L’homme augmenté (le cyborg, le posthumain) représente en effet la seule créature véritablement en mesure de rivaliser avec une Intelligence artificielle (IA) dont la puissance se révélera un jour capable de soumettre l’humanité en esclavage.

Dans un article paru en 2011
[1], nous expliquions pourquoi nous pensons que, loin de n’être qu’une lubie inoffensive pour geeks de la Silicon Valley en manque d’adrénaline, le transhumanisme doit être possiblement considéré comme un projet de souveraineté étatsunien qui s’inscrit dans une stratégie froide et rationnelle de conquête de marchés.

Pour sa part, la collapsologie peut être définie comme la discipline qui étudie l’effondrement de la civilisation thermo-industrielle. Les « collapsologues » au sens strict adressent cette problématique sous un angle académique, là où les « collapsonautes » s’intéressent aux aspects pratiques (survie en environnement hostile, recherche d’autosuffisance alimentaire et énergétique…) et les « collapsosophes » explorent les dimensions philosophiques, psychologiques, voire spirituelles de cette problématique.

Tout en réactivant des schémas anciens de critique du progrès et de fin de l’Histoire, ce courant tout jeune
[2], apparu dans le contexte des crises multiformes de ce début de XXIème siècle, développe et actualise une analyse critique de nos modèles de développement et de prospérité contemporains en soulignant l’immense responsabilité du modèle techniciste et extractiviste qui s’est imposé dans le monde depuis la fin du XVIIIème siècle.

A priori, tout semble opposer ces deux mouvances : la première (transhumaniste) est résolument scientiste, en phase avec la notion d’une croissance sans limites et prompte à défendre une vision anthropocentriste où les valeurs individualistes priment sur toutes les autres. Adeptes du biohacking et du quantified self les transhumanistes sont engagés dans une vertigineuse quête personnelle d’amélioration de soi, dont les considérations renvoient parfois aux thèses eugénistes. Le second (collapsologie) analyse, dans le cadre d’une démarche holistique, les mécanismes à l’œuvre dans les effondrements de la biodiversité, les faillites des États ou les krachs financiers, avec un prisme nettement néo-luddite
[3]. Défenseur de la sobriété énergétique et des low-techs, le « collapso », explore des voies alternatives où le collectif et le partage occupent une place essentielle, non sans contribuer à réactiver certaines utopies communautaristes et New-age des années 1960-70
[4].

En parfaites incarnations des idéologies qu’elles portent, les figures de proue francophones affichent d’ailleurs sans ambages le caractère a priori irréconciliable de leurs positionnements respectifs. Là où, avec la liberté de ton qui le caractérise, Laurent Alexandre se pose en farouche « anti-collapsologue » dans les débats où il intervient
[5], Pablo Servigne affirme se situer, dans ses écrits, « à l’exact opposé du capitalisme-transhumanisme »
[6].

Pourtant, en dépit de ces prises de position publiques, de troublantes similitudes existent entre ces deux courants de pensée, tout particulièrement lorsqu’on les aborde sous l’angle du récit et des imaginaires collectifs. Transhumanisme et collapsologie sont en effet avant tout des récits, qui adressent les mêmes enjeux, mobilisent les mêmes ressorts dramatiques et, au final, racontent la même histoire
[7].

Survivre à la fin du monde : êtes-vous plutôt bio ou techno ?

En première analyse, on observe que transhumanisme et collapsologie traitent d’une même problématique. En effet, ils interrogent, tous deux, la relation de l’homme à la technique et au vivant, et plus spécifiquement la domestication de la biosphère par l’être humain avec la naissance concomitante d’une technosphère prédatrice.

Au fond, transhumanistes et collapsologues s’accordent sur le constat de départ : l’artificialisation de notre environnement à l’échelle planétaire ou encore la numérisation de nos vies sont porteuses d’une menace existentielle pour l’humanité tout entière et il est déjà trop tard pour faire marche arrière. Ils ne divergent que sur la réponse à apporter : là où le transhumaniste va chercher à embrasser le Nouveau Monde et parier sur la capacité de l’être humain à se transformer jusque dans sa chair et jusque dans ses gènes pour améliorer ses chances de survie ; les seconds considèrent l’option technologique comme une impasse et se préparent à survivre dans un monde où la nature vivante et sauvage aura repris ses droits sur les ruines du monde ancien.

On observe ici que le point de désaccord véritable – là où les deux idéologies bifurquent et se révèlent irréconciliables – repose, d’une part, sur la nature des technologies qu’il serait souhaitable de développer (high-tech pour les premiers, low-tech pour les seconds) et, d’autre part, sur le rapport au vivant (source d’opportunités à exploiter pour les uns, puissance à laquelle se soumettre pour les autres). Cela étant posé, on s’aperçoit qu’ils partagent cependant beaucoup en commun.

Stupeurs et Effondrements

Les discours transhumanistes et collapsologues suivent, et ce de façon assez surprenante, une même trame narrative, qui pourrait être résumée de la manière suivante :

« Vers le milieu du XXIème siècle, un événement planétaire majeur, une catastrophe, va se produire (la Singularité
[8] / l’Effondrement
[9]) au cours duquel l’homme se verra asservi à une puissance supérieure (la Machine / la Nature). Comment y survivre ? En s’y préparant du mieux possible, à commencer par se connecter au « réseau » (l’homme augmenté connecté à la machine / l’homme reconnecté à la terre-mère et aux humains). Mais seuls les individus « élus » (le cyborg / le collapso) qui auront été « élevés » (augmenté / éveillé) à un état supérieur, grâce à un parcours quasi initiatique (greffe de biopuces, apprentissage de techniques et de savoirs ancestraux) seront sauvés. »

Dans les deux cas, nous retrouvons sous la forme d’un récit eschatologique, cette idée que l’humanité s’achemine vers un point de non-retour, au-delà duquel le monde ne sera plus jamais comme avant. Il s’agit là d’un récit puissant dont la structure reprend le schéma classique des grands récits de catastrophe et de fin du monde à commencer par le Déluge (Épopée de Gilgamesh, Genèse) et le Jugement dernier (Apocalypse) de la tradition judéo-chrétienne.

Pour le transhumaniste qui se projette dans un monde entièrement métamorphosé par la « Machine », renvoyant aux imaginaires cyberpunks, c’est finalement l’équivalent d’une mise à jour de version de logiciel qu’il s’agit de réussir, avec le moins de bugs possible. Pour le collapsologue, le point de départ consiste à faire le deuil du monde ancien, en empruntant le chemin d’un « retour à la nature », de recentrement sur l’essentiel, et d’ouverture aux autres ; le « monde d’après » du collapsologue (selon la formule désormais consacrée) renvoie très clairement aux imaginaires postapocalyptiques, qu’il ne manque d’ailleurs pas de renouveler en les critiquant
[10].

On observera également avec intérêt que le récit de cette mise à l’épreuve de l’Humanité constitue une transformation forcée, qu’il est difficile de ne pas renvoyer aux difficultés avec lesquelles nous avons tenté d’engager de multiples transitions au cours des cinquante dernières années (transitions sociales, écologiques, économiques…). Au final, tout semble se passer comme si nous fantasmions, au travers de ces récits collectifs, une transformation radicale et imposée de notre modèle civilisationnel, en écho à la peine immense avec laquelle nous parvenons à effectuer les changements de modèle qui pourtant s’imposent à nous.

« Le poids des mots, le choc des photos »

Autre similitude, les argumentaires déployés par les uns et les autres font un usage abondant de graphiques présentant des courbes exponentielles
[11] produisant par ce biais un « effet blouse blanche » bien connu des experts en relation publique. Ces graphiques agissent cependant d’abord sur un tout autre registre, celui des affects. En soulignant le caractère inévitable de la trajectoire sur laquelle nous sommes collectivement engagés, ils rendent flagrante notre perte totale de contrôle sur un monde au sujet duquel nous croyions avoir une certaine maîtrise. En un mot, ces courbes font peur.

https://silogora.org/wp-content/uploads/2020/12/graphe-1-et-2-Hornung.pngCe qu’elles disent véritablement, ce n’est pas tellement l’augmentation exponentielle de la puissance de calcul des machines, de leur inter-connectivité ou du nombre de transistors par processeur, ou encore celle de la disparition des espèces, de la concentration du CO2 dans l’atmosphère ou de l’acidification des océans, mais bel et bien : « le monde nous échappe, nous ne contrôlons plus rien, et ce que vous observez qui se dresse vers le ciel entre abscisse et ordonnée, ce n’est pas une ligne, ce n’est pas une courbe, ce n’est pas une flèche, mais une lame de fond qui va tout emporter sur son passage, un tsunami ; plus rien ne sera jamais comme avant ».

De fait, ces courbes agissent d’abord en tant qu’images, c’est-à-dire comme des icônes qui révèlent une vérité cachée ou encore des affiches de propagande qui frappent leurs observateurs de stupeur, en les prenant « aux tripes » et, seulement de façon secondaire, comme un élément rationnel qui viendrait soutenir l’argumentation de leur auteur. Elles agissent comme des images subversives qui déstabilisent l’observateur en l’interpellant sans ménagement : « tout ce que tu as construit depuis tant d’années, ta carrière, ta famille, tes amis, ta maison, tes rêves… tu vas le perdre. Ce monde est condamné à disparaître de ton vivant. Prépare-toi à la fin »
[12].

Futurs souhaitables par temps de crise

Mais pourquoi voit-on apparaître deux « mythologies contemporaines » qu’a priori tout oppose, mais paraissant raconter une seule et même histoire ? Ce type de récit eschatologique ferait-il office d’un archétype vivant dans notre psyché collective, doté de la capacité de se réactiver selon les époques, au gré des soubresauts de l’histoire humaine, et de mobiliser en nous des ressorts inattendus ? Ou bien, plus prosaïquement, ce phénomène traduit-il avant tout notre désemparement collectif face à la fin de tous les modèles et notre tragique manque d’imagination pour inventer de nouveaux futurs souhaitables ?

Des imaginaires de la peur ?

Comme si la croissance avait engendré ses propres monstres, l’imaginaire mobilisé paraît d’abord être celui d’un imaginaire de la Peur, et ce, à deux égards : les récits déployés puisent leur matière première dans un contexte anxiogène (peur de l’avenir, peur de l’étranger…)
[13], mais ils l’alimentent tout autant en en renouvelant le bestiaire.

Si cela paraît se vérifier aisément pour la collapsologie en raison de la nature même du sujet traité, le constat est également valable pour le transhumanisme ; il faut bien voir que notre rapport au progrès en général, et au progrès scientifique en particulier, a considérablement évolué entre le XIXème siècle et aujourd’hui. Depuis les années 1950 notamment, avec le développement de l’atome et de la génétique et la mise en évidence de leurs bénéfices ambivalents, s’est développée une vision extrêmement critique du technicisme
[14], nourrissant des imaginaires où l’innovation scientifique devient une source de monstruosités et de catastrophes en tout genre.

Or, soulignons-le une nouvelle fois, le transhumanisme ne se déploie pas seulement sur un mode techno-utopique, il est lui-même ambivalent vis-à-vis de la science et de la technique. La fiction développée autour du concept de Singularité l’illustre bien : l’Humanité est condamnée par cette IA à laquelle il a pourtant donné naissance, sa propre créature !
[15] De surcroît, le cyborg est lui-même un nouveau monstre, créature hybride mi-homme mi-machine, qui effraie autant qu’il fascine.

Sans aller aussi loin, observons que les menaces très concrètes que font peser dès aujourd’hui l’IA (sur les emplois, la vie privée…) et l’effondrement (sur nos modes de vie, notre souveraineté…) ont déjà un effet tangible sur les populations, en contribuant à nourrir les angoisses contemporaines de l’opinion publique vis-à-vis de la science (mouvements anti-nucléaires, anti-ondes, antivaccins…) et alimenter la crise de confiance dans le modèle occidental.

Pourtant, le registre des émotions qui se manifestent du côté de l’audience va bien au-delà de la peur : tristesse, colère, ressentiment, joie
[16] ou encore nostalgie
[17] constituent certains des affects dont témoignent le plus spontanément les publics confrontés à ces narrations. Contournant la raison qui nous fait défaut, et piquant nos affects, ces récits agissent finalement comme un aiguillon et présentent, comme mérite indéniable, de nous faire, a minima, réagir.

Janus, Dieu des transitions et des choix

Progressivement, nous voyons tout l’intérêt qu’il y a de penser ces deux récits ensemble. Pour nous y aider encore un peu plus, empruntons un chemin de traverse, sur un mode mi-onirique, mi-ludique : invoquons ici Janus bifrons, Dieu des passages, des portes et des transitions, Dieu des choix, des commencements et des fins ; Janus, divinité tutélaire présidant à ces deux mythologies contemporaines ? Car le sens profond de ce qui se déploie dans ces narrations, n’a-t-il pas à voir avec la nécessaire Transition qu’il nous faut engager, à ce moment précis de l’Histoire où l’occident vacille sur ses fondations, en nous parlant de notre monde en crise, c’est-à-dire de la nécessité de faire des choix radicaux.

Tout semble se passer comme si ces récits étaient faits pour nous bousculer, nous réveiller, nous pousser à agir à un moment précis de l’histoire de l’humanité où l’urgence (climatique, sociale, sanitaire…) était invoquée chaque jour dans les discours, où la nécessité de passer à l’action se faisait chaque jour plus grande, mais où elle se traduisait trop rarement dans les faits par des résultats tangibles.

Or, cette considération en amène une autre : transhumanisme et collapsologie peuvent-ils véritablement être considérés séparément l’un de l’autre ? Janus ne nous invite-t-il pas à penser ces récits-miroirs ensemble, dans leur singularité, comme deux faces d’une même médaille ; deux récits jumeaux, issus d’une même matrice, balisant le champ des possibles, et à chercher leur sens profond dans la puissance pollinisatrice qui naît de la tension dialectique ?

Entre réforme et révolution, des concepts sous influence

Nous l’avons dit et redit, transhumanisme et collapsologie existent avant tout en tant que récits. C’est là leur nature première. Or, en tant que tels, leurs « effets » sont en premier lieu politiques
[18]. La question se pose alors de savoir comment ces récits disruptifs modifient plus particulièrement notre rapport à la gouvernance et au vivre ensemble.

Au cours de ces dernières années, l’effritement du paradigme classique droite-gauche, activant la trinité identité-liberté-progrès, est devenu flagrant. Or, en mettant tous deux la question du rapport de l’humain à la technique et au vivant au cœur de la problématique du vivre ensemble, transhumanisme et collapsologie ne contribuent-ils pas, à leur manière, à faire bouger les lignes, voire à tracer les contours d’un nouveau modèle ? Ou bien, au contraire, agissent-ils en premier lieu comme des forces subversives, voire nihilistes, décourageant tout effort en ce sens ?

Des courants réformistes porteurs d’un projet politique ?

Il faut commencer par rappeler que ces deux courants de pensée ne peuvent pas faire complètement abstraction des schémas anciens. D’une part, parce que leur naissance s’inscrit pleinement dans une époque qui, en l’occurrence, leur permet de témoigner de la fin des modèles du XXème. D’autre part, en raison du fait qu’ils partagent une même sensibilité politique : le libertarianisme. De fait, les « mythologies politiques » qu’elles véhiculent stigmatisent l’incapacité des États et des modèles de gouvernance centralisés à répondre aux enjeux du XXIème siècle naissant.

Par ailleurs, si une lecture rapide peut donner l’impression que les transhumanistes sont « de droite », notamment en raison de l’accent mis sur les performances individuelles, et que les collapsologues sont « de gauche », en raison de leurs aspirations a priori collectivistes, un tour d’horizon des sensibilités politiques représentées, de part et d’autre, fait apparaître un paysage beaucoup plus nuancé.

Dans la plupart des cas, il serait possible de faire apparaître les rattachements aux différentes familles politiques. Mais tous les acteurs, dont certains très influents, ne peuvent pas être positionnés selon cette grille de lecture classique. Pour être réellement fidèle à la nature de leurs propos et de leurs actes, il devient nécessaire d’inventer un nouveau cadre de référence
[19].

Enfin, soulignons qu’au-delà de la charge subversive de leurs rhétoriques respectives, ces deux courants, par le biais de réflexions et de pratiques qui interrogent le rapport à la technique et à l’environnement, nous forcent à questionner explicitement un sujet éminemment politique s’il en est : le rapport au travail et donc la question du pouvoir.

La technique a toujours été un moyen de transférer l’effort du travail de l’humain vers l’outil pour effectuer des travaux manuels (le marteau, la scie, la poulie…), pour se déplacer (la roue, la voile, le moteur thermique…) ou encore communiquer (le télégraphe, le téléphone, internet…). Or, selon que l’on opte plutôt pour la low-tech ou la high-tech, ce sont des rapports complètement différents à l’effort, à la place du travailleur dans la société, à la capacité de produire de la valeur pour d’autres et donc au pouvoir qui se manifestent (au sens de capacité de production, de transformation, d’influence et de domination).

En raison de leur propension à adresser des enjeux aussi structurels dans la création des sociétés, tout semble donc indiquer que transhumanisme et collapsologie seraient en mesure de porter avec eux des projets politiques, même si en l’état ces derniers paraissent encore bien embryonnaires.

Des pamphlets crypto-anarchistes ?

Parallèlement à cela, il faut bien voir que ces discours portent avec eux une charge subversive significative : en annonçant tous deux la fin du monde tel que nous le connaissons, ils évoquent les manquements de l’État dans ses prérogatives les plus régaliennes. Par ailleurs, transhumanistes et collapsologues se rejoignent tous deux pour apporter des solutions qui se déploient systématiquement à d’autres échelles que celle des États : on parle de communautés locales, de collectifs alternatifs, d’écovillages, de bunkers, ou encore d’îles. Mais l’État tel qu’on le connaît, avec son modèle de gouvernance centralisée, est absent des solutions évoquées. On a mentionné plus haut l’héritage libertarien de ces deux courants, c’en est là une autre illustration.

De tels discours, bien loin de se cantonner à des considérations philosophiques, sont donc doublement toxiques : ils le sont parce qu’ils touchent aux affects des individus (obsession de la mesure et de la performance individuelle du côté transhumaniste, éco-anxiété ou solastalgie [20] du côté collapsologue) mais aussi parce qu’ils vulgarisent cette idée que les États sont totalement impuissants face aux défis du XXIème siècle, voire qu’ils sont plus du côté du problème que celui de la solution.

Or, en procédant de la sorte et en gagnant en popularité, ces récits deviennent beaucoup plus que des fictions inoffensives, elles se transforment en armes de déstabilisation massives. Le développement de narrations, qui présentent l’avenir comme sombre et dangereux et qui encouragent les populations à développer des attitudes de défiance voire d’hostilité vis-à-vis de leurs gouvernements, at sur les décisions et les comportements des individus dans le présent.

Gardant cela à l’esprit, il nous semble important de rappeler que des États ont acquis un savoir-faire certain en manière de guerre hybride [21] au cours de ces dernières décennies et qu’ils pourraient trouver particulièrement opportun d’instrumentaliser les idéologies transhumanistes et collapsologues afin d’agir sur les opinions publiques de pays étrangers qu’ils cherchent à déstabiliser. Plus que jamais, il nous paraît indispensable d’apprendre à lire et interpréter les récits qui structurent nos imaginaires et nos sociétés.

En guise de conclusion

Tout récit est une prophétie autoréalisatrice en puissance : nous vivons dans le monde des récits que nous choisissons d’écouter et dans lesquels nous nous reconnaissons. Une fois que nous avons admis qu’il n’était pas possible de vivre sans histoires, sous une forme ou une autre, il devient essentiel de reconnaître sous l’influence de quels récits et de quels imaginaires sous-jacents nous sommes.

Ce début d’investigation relatif aux passerelles et aux résonnances existantes entre transhumanisme et collapsologie illustre l’intérêt qui existe à les penser ensemble. Ces résonnances ne nous invitent-elles pas à aller encore plus loin et à hybrider davantage les concepts, notamment autour des notions de high/low-tech, de sens à donner au travail, ou encore de symbiose ?

Une chose est certaine cependant, transhumanisme et collapsologie sont des mythologies de notre temps. Il n’appartient qu’à nous de ne pas en être les jouets passifs, mais de nous en emparer pour en déployer toute la puissance créatrice.

Auteur : Jeremy Hornung Consultant indépendant et observateur passionné des grandes mutations contemporaines.

À suivre :Green Deal européen : nouvelles ambitions, même recette

Source : https://silogora.org/collapsologie-et-transhumanisme-recits-jumeaux-sur-la-fin-des-temps/

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Depuis sa création en 2004, la Fondation Gabriel Péri s’efforce, conformément à l’article 1 de ses statuts, de « contribuer à faire vivre et développer le patrimoine de réflexion et d’expérience accumulé en France et dans le monde par les luttes sociales et le mouvement des idées ».

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Elles ont décidé de développer ensemble une « Agora des pensées critiques ».

Pour mener à bien ce projet, un comité de pilotage et un comité de rédaction rassemblent, outre des responsables et collaborateurs des Éditions sociales et de la Fondation Gabriel Péri, des chercheurs et universitaires, des militants syndicaux, associatifs et politiques. Ouverts et pluralistes, ces comités ont vocation à accueillir, régulièrement ou ponctuellement, toutes celles et ceux qui ont envie d’y participer.

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Nous voulons contribuer à faire connaître l’immense patrimoine intellectuel et pratique dont l’humanité s’est dotée et continue de se doter pour penser l’ordre existant et sa transformation progressiste. À cette fin, nous avons l’ambition de mettre gratuitement à disposition des internautes les contributions aux pensées critiques présentes dans les débats actuels comme celles qui ont structuré la pensée émancipatrice tout au long de l’histoire.

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