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"Agroécologie ou effondrement : l’expérience brésilienne rapportée par Paulo Petersen et Denis Monteiro pour le programme ‘Agroecology Now !’ du ‘Centre for Agroecology, Water and Resilience’ auprès de l’université britannique de Coventry au Royaume-Uni" par Jacques Hallard

dimanche 28 février 2021, par Hallard Jacques



ISIAS Sociologie Politique Brésil

Agroécologie ou effondrement : l’expérience brésilienne rapportée par Paulo Petersen et Denis Monteiro pour le programme ‘Agroecology Now !’ du ‘Centre for Agroecology, Water and Resilience’ auprès de l’université britannique de Coventry au Royaume-Uni - Ajout d’informations complémentaires

Jacques Hallard , Ingénieur CNAM, site ISIAS – 28/02/2021

Plan du document : Informations préliminaires Introduction Sommaire Auteur


Informations préliminaires

Cette rubrique est une suggestion pour lire des articles concernant les deux auteurs de ces rapports, Paulo Petersen et Denis Monteiro, ainsi que pour découvrir le Brésil et l’un de ses états : Sao Paulo, le plus peuplé de ce grand pays, de même que l’université britannique de Coventry au Royaume-Uni, qui est associée aux travaux rapportés sur l’agroécologie au Brésil. Accès à des documents complémentaires sur l’agroécologie et l’effondrement, notions qui donnent le titre à ce dossier.

On peut aussi, au choix, passer directement à l’introduction et/ou au sommaire de présent dossier qui a été construit avec une orientation didactique.


Contenu de la partie ‘Informations préliminaires’

A. L’un des deux auteurs : Paulo PETERSEN ‘Agricultura Familiar e Agroecologia’

B. Enquête - Selon Paulo Petersen : ’La crise du coronavirus démontgre les limites du capitalisme’ - Le chercheur souligne la relation entre l’agrobusiness et la pandémie de coronavirus et défend la viabilité de l’agroécologie

C. En Amérique Latine l’agroécologie est une lutte profondément politique – 11 juin 2018 Par Florence Poznanski / Photos par Lucas Bois – Journalistes libres

D. Opinion : Family farming first – any future needs family farming 27 November, 2009 - Introduction traduite par Jacques Hallard

E. L’un des deux auteurs : Denis Monteiro

F. Saúde e agroecologia

G. Découverte du Brésil avec Wikipédia, ‘Le Monde’ et ‘France 24’

H. Introduction d’un article de Wikipadia sur l’État de São Paulo

I. L’Université de Coventry au Royaume-Uni

J. Accès à des définitions de l’agroécologie

K. Accès à ds documents qui traitent de l’effondrement au sens des sociétés humaines

Retour au début du contenu des ‘Informations préliminaires’


  • Paulo PETERSEN | Executive Coordinator | Coordination https://www.researchgate.net › profil - Coordinateur de l’association ‘Agricultura Familiar e Agroecologia’ - AS-PTA et président de l’Association brésilienne d’agroécologie (ABA-Agroecologia).

  • Enquête - Selon Paulo Petersen : ’La crise du coronavirus démontgre les limites du capitalisme’ - Le chercheur souligne la relation entre l’agrobusiness et la pandémie de coronavirus et défend la viabilité de l’agroécologie
    Traduction du 26 février 2021 par Jacques Hallard d’un article de Paulo Petersen intitulé : ’A crise do coronavírus escancara os limites do capitalismo’ - Pesquisador aponta as relações entre o agronegócio e a pandemia do coronavírus e defende a viablidade da Agroecologia - Priscila Viana - Brasil de Fato | Recife (PE) | 10 de Agosto de 2020 às 13:53 - Edition : Vanessa Gonzaga -

Photo – Paulo Petersen est coordinateur exécutif de l’AS-PTA et membre du noyau exécutif de l’articulation nationale d’agroécologie (ANA) - Roberto Ornelas

Les grands abattoirs et les usines de transformation du bétail, du porc et de la volaille sont désignés comme des foyers de propagation du virus Sars-CoV-2 dans des pays comme la France, les États-Unis et le Brésil - ce qui n’est pas un hasard si certains des plus grands épicentres de la pandémie se trouvent dans le monde.

’Après tout, la crise du coronavirus met en évidence les limites du capitalisme néolibéral en tant que modèle de gestion politique et économique des sociétés contemporaines’, déclare Paulo Petersen, chercheur et coordinateur exécutif de l’AS-PTA - Agriculture familiale et agroécologie, qui coordonne actuellement le projet ’Ação Coletiva Comida de Verdade : aprendizagem em tempos de pandemia’, une initiative visant à cartographier et systématiser les expériences d’approvisionnement alimentaire dans tout le Brésil.

En abordant la centralité du lien nature-alimentation-santé du point de vue de l’agroécologie, Paulo souligne le renforcement de l’agriculture familiale paysanne et la démocratisation des systèmes agroalimentaires comme des mesures nécessaires pour assurer la santé et la souveraineté alimentaire et nutritionnelle et la sécurité de la population brésilienne. Regardez l’interview.

Priscila Viana : Un certain nombre de chercheurs et de spécialistes ont mis en évidence une relation directe entre l’émergence de virus à l’origine d’épidémies et de pandémies et l’agrobusiness. Comment analyser cette relation ?

Paulo Petersen : En temps de pandémie, il convient de discuter spécifiquement du contrôle exercé par les méga-corporations sur les systèmes alimentaires et de leurs impacts sur la santé publique, en comprenant la santé comme un droit à promouvoir par l’État et l’économie comme l’administration de la richesse sociale pour la promotion du bien commun.

Selon une commission scientifique organisée par la revue médicale The Lancet, la mondialisation standardisée des modes de production et de consommation alimentaires est responsable de la création et de l’interaction synergique de trois phénomènes qui aggravent les problèmes de santé dans le monde : l’obésité, la malnutrition et le changement climatique. Comme les trois ont des causes et des effets communs et se nourrissent les uns des autres, le comité a identifié le processus comme un phénomène singulier, qu’il a qualifié de syndémie mondiale.

La responsabilité du syndrome, selon la commission, est sans équivoque : d’une part, la production agricole et animale à grande échelle basée sur l’utilisation intensive de facteurs artificiels tels que les produits agrochimiques, les hormones et les antibiotiques ; d’autre part, la consommation d’aliments ultra-traités ; et pour soutenir cette chaîne d’irrationalité écologique et sanitaire, l’utilisation intensive de combustibles fossiles.

Outre ces effets déstabilisateurs sur la dynamique écologique planétaire, de nombreux spécialistes ont mis en évidence la relation directe entre l’émergence des pandémies et les méga-confinements dans les installations de sélection industrielle de l’agroalimentaire. Au final, la crise du coronavirus met en évidence les limites du capitalisme néolibéral comme modèle de gestion politique et économique des sociétés contemporaines.

PV : Dans quelle mesure la pandémie de coronavirus révèle-t-elle les contradictions relevées par le mouvement agroécologique au capitalisme néolibéral ?

Petersen : Ce que la conjoncture indique, c’est l’urgence de mesures d’urgence à caractère structurant qui indiquent simultanément des transformations structurelles dans un système au bord de l’effondrement. Toutefois, il convient de noter que, contrairement aux mesures prises en pleine pandémie par les dirigeants politiques d’autres pays, les forces réactionnaires qui contrôlent le pouvoir de l’État au Brésil profitent de la situation pour tenter de faire passer leur programme régressif et renforcer les intérêts économiques des empires alimentaires.

C’est-à-dire dépenser des milliards de reais qui devraient être investis dans la matérialisation de la souveraineté et de la sécurité alimentaires pour que la population consomme une nourriture de qualité terrible qui compromet la santé individuelle au moment même où le système immunitaire des gens a besoin d’être renforcé.

PV : Si l’économie doit être comprise comme ’l’administration de la richesse sociale pour la promotion du bien commun’, et la santé comme ’un droit à promouvoir par l’État’, comment la gestion publique doit-elle assurer la souveraineté et la sécurité alimentaires et nutritionnelles en agissant dans une perspective de santé et d’économie ?

Petersen : Avec la propagation croissante du coronavirus, les foires ouvertes ont été annulées, ce qui a conduit à l’affaiblissement de l’approvisionnement alimentaire de la population, qui est devenue l’otage des aliments transformés des grandes chaînes de supermarchés. Les écoles ont également suspendu leurs cours, laissant les élèves du réseau public sans goûter. Ce sont des situations qui révèlent de graves conséquences, non seulement pour les exploitations agricoles familiales qui produisent des aliments sains, mais aussi pour les familles qui les consomment, que ce soit à la campagne ou en ville.

Les politiques publiques comme le Programme d’acquisition de denrées alimentaires par les exploitations agricoles familiales (PAA) et le Programme national de repas scolaires (PNAE) jouent un rôle stratégique en ce sens, puisqu’il s’agit d’initiatives qui proposent l’acquisition de denrées alimentaires provenant des exploitations agricoles familiales, respectivement pour approvisionner les populations en situation d’insécurité alimentaire et pour nourrir les élèves des écoles publiques.

Il est très important que l’approbation de la PL 735/2020, qui garantit le paiement d’une aide d’urgence pour les agriculteurs qui n’avaient pas été envisagés avec la ressource - 3 mille R$ divisés en cinq parcelles de 600,00 R$ pour les agriculteurs et 6 mille R$ divisés en cinq parcelles de 1,2 mille R$ pour les chefs de famille d’agriculteurs.

C’est dans ce sens que nous défendons l’action de l’État, car elle favorise le développement économique, la protection sociale, la conservation de l’environnement et la revalorisation culturelle.

Q : Quels avantages les incitations gouvernementales en faveur de l’agriculture familiale peuvent-elles apporter à la société ?

Petersen : Cela signifie créer des emplois dignes, dédiés à la production d’aliments en quantité et en diversité pour fournir à toute la population des aliments sains ; cela signifie réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre ; et enfin, cela signifie démanteler le pouvoir des grandes entreprises de l’agroalimentaire de contrôler les circuits qui, à l’échelle mondiale, chaînent la production, la transformation, la distribution et la consommation des aliments.

C’est dans ce contexte que l’agriculture familiale paysanne, dans toute sa diversité culturelle et identitaire, émerge comme une force socioculturelle et politique porteuse d’avenir dans la reconstruction de systèmes alimentaires sains, économiquement dynamiques, techniquement efficaces et écologiquement durables. C’est pourquoi l’agroécologie doit être socialement acceptée et défendue comme une approche permettant de transformer les modèles dominants de production, de transformation, de distribution et de consommation des aliments.

Q : Quelles sont les voies que l’agro-écologie indique comme horizon pour surmonter ces modèles dominants de production, de transformation, de distribution et de consommation alimentaires ?

Petersen : C’est par l’agroécologie que les exploitations familiales paysannes et indigènes et les peuples et communautés traditionnels organisent leur travail pour la production diversifiée de denrées alimentaires et d’autres produits agricoles, par le biais de processus coopératifs développés en étroite interaction avec les dynamiques écologiques et socioculturelles des territoires dans lesquels ils sont enracinés.

Si elle contribue à la démocratisation des systèmes agroalimentaires, elle dépend d’un environnement institutionnel démocratique pour que ses pratiques s’épanouissent et se développent, c’est-à-dire de l’approfondissement d’une démocratie économique garantie par un État garant des droits et fondée sur des valeurs de solidarité et de coopération pour la défense des biens communs et la durabilité écologique.

C’est de l’urgence de la reconnaissance sociale de ces pratiques et du soutien décisif aux politiques publiques et au contrôle social qu’est née l’Action collective Real Food : learning in times of pandemic, un projet d’envergure nationale tissé à travers l’articulation de treize organisations engagées dans la promotion de la souveraineté et de la sécurité alimentaire et nutritionnelle et qui a pour but un processus sans précédent de cartographie et de systématisation des expériences d’approvisionnement alimentaire mené par les mouvements sociaux de la campagne et de la ville, les organisations populaires et divers groupes (formels et informels) qui ont fait en sorte que la vraie nourriture parvienne à la population. L’action collective sera une étape fondamentale pour comprendre comment ces expériences peuvent indiquer la voie à suivre pour la construction et le renforcement de systèmes agroalimentaires équitables et durables.

Edition : Vanessa Gonzaga - Quem SomosContatoPolítica de Privacidade – Organisme : Brasil de Fato – Pernambuco > https://www.brasildefatope.com.br/

Source : https://www.brasildefatope.com.br/2020/08/10/petersen-a-crise-do-coronavirus-escancara-os-limites-do-capitalismo

Contenu de la partie ‘Informations préliminaires’


  • En Amérique Latine l’agroécologie est une lutte profondément politique – 11 juin 2018 Par Florence Poznanski / Photos par Lucas Bois – Journalistes libres

    https://agroecologia.org.br/wp-cont...

Photo - Par Florence Poznanski / Photos par Lucas Bois – Journalistes libres

Texte de la déclaration politique (Français)

L’agroécologie promeut un nouveau modèle de développement à partir des pratiques d’agricultures et d’utilisation du sol dans une perspective écologique et de bien commun centrée autour des savoirs et cultures traditionnelles et populaires.

Au Brésil, l’articulation nationale d’agroecologie (l’ANA) réuni plusieurs centaines d’organisations d’agriculteurs, de femmes, d’artistes et de militants depuis plus de quinze ans. Tous les quatre ans elle organise la rencontre nationale d’agroecologie (la RNA) dans le but de renforcer ce réseau et partager les savoirs-faire. Sa quatrième édition s’est tenue entre les 31 mai et 3 juin dans la ville de Belo Horizonte (sud-est du pays) avec comme thème le lien entre la ville et la campagne pour la production d’une alimentation plus saine. Parmi les 2000 participants provenant des différentes régions du pays se trouvaient également une cinquantaine de personnes de 14 pays.

Les réseaux internationaux de l’agroécologie

https://agroecologia.org.br/wp-cont...

Martin Willaume

Le Comité catholique contre la faim et le développement (CCFD) faisait partie des participants qui ont fait le voyage. L’organisation française défend le droit à la terre sur tous les continents depuis plus de 50 ans. Sa présence se doit au partenariat de soutien institutionnel qui a été signé avec l’ANA en 2016 dans le cadre d’un programme mondial sur la transition écologique et la valorisation des savoirs des communautés traditionnelles. En Amérique latine, outre le Brésil, le CCFD accompagne des organisations dans 10 pays comme le Mexique, le Pérou, l’Equateur, Haïti.

“L’expérience latino-américaine nous intéresse beaucoup parce qu’elle développe une approche politique de l’agroécologie qui va bien au-delà de la seule question de l’agriculture. En plus du débat sur la production d’aliments biologique et la protection du sol, le mouvement parvient à relier d’autres axes centraux tels que le travail décent, l’égalité de genre ou la lutte pour la démocratie », explique Martin Willaume en charge des projets dans la région andine du CCFD. “Cette approche n’existe pas dans d’autres régions du monde, par exemple en Afrique où le mouvement travaille selon une ligne principalement technique. Nous sommes intéressés à comprendre comment se construit cette articulation pour amener ensuite l’expérience là-bas », ajoute-t-il.

Il fait état de plusieurs expériences agroécologiques sur le continent qui s’entrecroisent avec d’autres agendas politiques. En Bolivie, par exemple, l’agroécologie est devenu un axe central dans le processus de construction de l’autonomie locale des peuples autochtones, conformément à la législation de l’État plurinational. Au Pérou, les mouvements construisent l’agroécologie comme un moyen de lute contre l’exploitation minière, et en Colombie, le mouvement agroécologique associe dans la lutte les enjeux du processus de paix.

Pour affronter les empires de l’agro-business, il faut une union internationale

https://agroecologia.org.br/wp-cont...

Paulo Petersen, membre du comité exécutif de l’ANA, explique en quoi ces alliances internationales sont importantes, surtout dans le contexte que connaît le Brésil actuellement.

“La nature même de l’agroécologie est transversale. Si l’on prend les 17 objectifs de développement durable [adoptés par les Nations Unies], on se rend compte que l’agroécologie en couvre la majorité : le climat, l’eau, la lutte pour l’égalité des genres, contre la pauvreté, contre la faim, le travail décent, etc.”, commente Peterson. En complétant la réflexion de Willaume sur la dimension politique de l’agroécologie, il souligne qu ‘« il n’est pas possible de penser l’agroécologie sans penser la défense de la démocratie. Nous parlons de processus qui ne correspondent pas à une logique de marché. L’agroécologie est liée au bien commun. C’est un défi global car les entreprises que nous combattons sont des empires mondiaux et la réponse consiste en plus d’autonomie, plus de souveraineté pour se rapprocher de la nature et créer de nouvelles relations sociales. “

Il explique que plusieurs organisations latino-américaines ont contacté l’ANA pour participer à la RNA et souligne également que ces échanges de connaissances sont importants pour permettre au mouvement de continuer à innover et s’enrichir de nouvelles idées.

Le Brésil a une force d’articulation pionnière sur le continent

Patrícia Candela Orozco - (@Patrici00426448) | Twitter

Parmi les représentants latino-américains, se trouvait la Colombienne Patrícia Candela Orozco qui s’est rendue au Brésil pour connaître l’expérience de la RNA. Elle représente l’Instituto Mayor Campesino (IMCA), situé dans la région du Valle del Cauca, près de Cali. Une organisation qui travaille depuis 57 ans avec les communautés paysannes et s’implique pour la promotion de la citoyenneté et de l’économie solidaire.

Pour elle, le Brésil est pionnier au niveau de l’agenda de l’agroécologie en Amérique latine. Elle remarque que les organisations du pays ont su construire une convergence des forces importante qui donne corps au mouvement et leur permet d’organiser un événement aussi important. Elle dit avoir aussi été très impressionnée par la méthodologie appelée « mystique », qui utilise les chants populaires, le théâtre et la poésie pour introduire ou contextualiser les échanges lors des réunions et permets aussi davantage d’interaction avec les participants. “Quand on arrive à atteindre le côté émotionnel des gens on donne un pouvoir beaucoup plus fort à nos messages, on ne reste pas que dans le rationnel. Si chacun ressent la nécessité de cette lutte depuis son fort l’intérieur, il peut transmettre ce message plus facilement au reste de la population », explique Candela Orozco.

La taille du réseau impliqué dans l’organisation de la RNA est un autre point qui a attiré son attention. En Colombie, l’IMCA a participé à la construction de la première rencontre nationale d’agriculteurs qui a eu lieu en 2017 à l’initiative de diverses organisations de la société civile. Patrícia décrit le défi qu’une telle initiative représente et affirme être très enthousiaste en découvrant de nouvelles perspectives d’action présentées par l’expérience brésilienne.

Après quatre jours d’ateliers, de séminaires et d’échanges, l’ANA a adopté une déclaration politique indiquant les principaux axes de lute du mouvement pour les prochaines années. La déclaration dénonce les violences du latifundium et du modèle de développement prédateur qui asservi les peuples à l’extraction des matières première la terre apauvrissant la terre et ceux qui en vivent. Elle réaffirme aussi sa conviction que l’agroécologie représente une alternative tangible et réelle à ce modèle capitaliste centré sur la vie, la nature et la dignité humaine.

Lire l’article et la déclaration en Portugais

Lire l’article et la déclaration en Espagnol

agroécologie Amérique Latine IVENA - Las Redes Internacionales de la Agroecologia

Violações de direitos humanos são denunciadas durante Encontro Nacional de Agroecologia

Source : https://agroecologia.org.br/2018/06/11/en-amerique-latine-lagroecologie-est-une-lutte-profondement-politique/

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  • Opinion : Family farming first – any future needs family farming - 27 November, 2009 - Introduction traduite par Jacques Hallard > Opinion : L’agriculture familiale d’abord - tout avenir passe par l’agriculture familiale
    Avec le Sommet mondial de l’alimentation à Rome en novembre 2009 et la Conférence sur le changement climatique à Copenhague début décembre 2009, le changement climatique et la faim sont une fois de plus des sujets brûlants. L’agriculture est au cœur de ces deux sujets. Les délégations officielles, la société civile, les entreprises et les agriculteurs se demandent : de quel type d’agriculture avons-nous besoin ? Tout type d’agriculture peut-il nourrir tout le monde ou devons-nous décider de la meilleure ?

Source pour le document complet d’origine : https://www.thebrokeronline.eu/opinion-family-farming-first/

Contenu de la partie ‘Informations préliminaires’


  • L’un des deux auteurs : Denis Monteiro
    Denis Monteiro é agrônomo, estudante de doutorado na Universidade Federal Rural do Rio de Janeiro, secretário executivo da Articulação Nacional de Agroecologia - Brasil.

Denis Monteiro est agronome, doctorant à l’Université fédérale rurale de Rio de Janeiro, secrétaire exécutif de l’ ‘Articulação Nacional de Agroecologia’ (Articulation nationale d’agroécologie) au Brésil – Source : https://outraspalavras.net/author/denismonteiro/

Contenu de la partie ‘Informations préliminaires’


  • Saúde e agroecologia | Denis Monteiro – Vidéo en portugais - 24 janvier 2019 - Articulação Nacional de Agroecologia – La santé et l’agroécologie - Traduction par Jacques Hallard du texte d’accompagnement –
    Suivez l’intervention de Denis Monteiro, secrétaire exécutif de l’Articulation nationale de l’agroécologie (ANA), lors de la table d’ouverture de la ‘Rencontre Dialogues et convergences en santé et agroécologie’. ’Nous vivons un moment de défi. Il est temps d’examiner notre trajectoire au cours des 30 dernières années, de la Constitution de 1988 à aujourd’hui, ce que nous avons réussi à construire, et de regarder vers les 30 prochaines années.

Nous avons le défi de reprendre le travail de base, les articulations dans les territoires et de projeter l’avenir. Nous devons renforcer de plus en plus les expériences qui se trouvent dans les territoires et les réseaux qui se construisent dans les territoires. Comment allons-nous renforcer la résistance ? Quel est notre projet pour l’avenir ? Et la santé et l’agroécologie ont un rôle central à cet égard’.

La réunion a eu lieu du 21 au 24 de ce mois, au Quilombo do Campinho da independência, à Paraty, Rio de Janeiro, et a rassemblé des représentants d’organisations et de mouvements qui font partie de l’Articulation nationale d’agroécologie (ANA) et des chercheurs de la Fondation Oswaldo Cruz (Fiocruz) et de l’Association brésilienne d’agroécologie (ABA). La table d’ouverture était également composée de Marcos Menezes, vice-président de la promotion des soins, de l’environnement et de la santé de Fiocruz ; Luciana Jacob, de l’Association brésilienne d’agroécologie (ABA) et Vagno Martins (Vaguinho), représentant le Forum des communautés traditionnelles de Serra da Bocaina, qui réunit les communautés de Paraty et Angra dos Reis (RJ) et Ubatuba (SP).

Texte original - Acompanhe o depoimento de Denis Monteiro, secretário executivo da Articulação Nacional de Agroecologia (ANA), durante a mesa de abertura do Encontro Diálogos e Convergências em Saúde e Agroecologia. “Estamos vivendo um momento de desafio. O momento é de olharmos para nossa trajetória nos últimos 30 anos, da Constituição de 1988 pra cá, o que conseguimos construir, e olharmos para os próximos 30 anos. Temos o desafio de retomar os trabalhos de base, articulações nos territórios e projetar o futuro. Precisamos cada vez mais fortalecer as experiências que estão nos territórios e as redes que se constroem nos territórios. Como vamos fortalecer as resistências ? Qual nosso projeto de futuro ? E a saúde e a agroecologia têm um papel central aí”. O Encontro aconteceu de 21 a 24 deste mês, no Quilombo do Campinho da independência, em Paraty/RJ, e reuniu representantes de organizações e movimentos que integram a Articulação Nacional de Agroecologia (ANA) e pesquisadores/as da Fundação Oswaldo Cruz (Fiocruz) e da Associação Brasileira de Agroecologia (ABA). A mesa de abertura foi composta também por Marcos Menezes, vice-presidente de Atenção, Ambiente e Promoção da Saúde da Fiocruz ; Luciana Jacob, da Associação Brasileira de Agroecologia (ABA) e Vagno Martins (Vaguinho), representando o Fórum de Comunidades Tradicionais da Serra da Bocaina, que reúne comunidades de Paraty e Angra dos Reis (RJ) e de Ubatuba (SP). #SaúdeAgroecologia#DiálogoseConvergências

Source : https://www.youtube.com/watch?v=vL0dG7UzbCo

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  • Découverte du Brésil avec Wikipédia, ‘Le Monde’ et ‘France 24’
    Introduction de l’article Wikipédia sur le Brésil

    Description de l’image Brazil (orthographic projection).svg.

    Description de l’image Brésil.jpg.

Le Brésil (en portugais : Brasil /bɾaˈziw/Écouter), en forme longue la république fédérative du Brésil (República Federativa do Brasil Écouter), est le plus grand État d’Amérique latine. Le Brésil est le cinquième plus grand pays de la planète, derrière la Russie, le Canada, les États-Unis et la Chine. Avec une superficie de 8 514 876 km2, le pays couvre près de la moitié du territoire de l’Amérique du Sud (47,3 %)4, partageant des frontières avec l’Uruguay et l’Argentine au sud, le Paraguay au sud-sud-ouest, la Bolivie à l’ouest-sud-ouest, le Pérou à l’ouest, la Colombie à l’ouest-nord-ouest, le Venezuela au nord-ouest, le Guyana au nord-nord-ouest, le Suriname et la France au nord (par la Guyane), soit la plupart des pays du continent sauf le Chili et l’Équateur. Le pays compte une population de 209 millions d’habitants. Ancienne colonie portugaise, le Brésil a pour langue officielle le portugais alors que la plupart des pays d’Amérique latine ont pour langue officielle l’espagnol.

En 2017, selon le FMI, le PIB du Brésil s’élève à 2 054 milliards de dollars américains, ce qui en fait la huitième puissance économique mondiale5. Considéré comme une grande puissance émergente, le pays est notamment membre de l’Organisation des Nations unies, du Mercosul, du G20 et des BRICS. Sur le plan militaire, les forces armées brésiliennes sont classées parmi les vingt premières puissances militaires et demeurent les plus importantes du continent américain, derrière celle des États-Unis6. En dépit de la taille de son économie, le Brésil reste l’un des pays où les inégalités sociales et économiques sont parmi les plus élevées du monde. En 2017, le Brésil est le troisième pays d’Amérique latine pour l’inégalité sociale après le Honduras et la Colombie7. Avec la Chine, l’Inde ou la Russie, le Brésil est considéré comme un des rares pays à présenter le potentiel pour devenir un jour une superpuissance mondiale8,9.

La population brésilienne se caractérise par une importante diversité ethnique et culturelle : selon l’Institut brésilien de géographie et de statistiques (IBGE), il y a au Brésil 47,7 % de Blancs, 43,1 % de Métis, 7,6 % de Noirs et environ 2 % d’Asiatiques et d’Amérindiens. Un grand nombre de Brésiliens ont des ancêtres issus de pays européens, principalement du Portugal, puis d’Italie10, d’Allemagne11 ou d’Espagne. La majorité des Brésiliens noirs, quant à eux, sont originaires d’Afrique subsaharienne, principalement d’Angola12. À l’instar de ses voisins, le Brésil est un pays à majorité chrétienne (89 %). Avec 123 millions de fidèles, il s’agit de la deuxième nation chrétienne du monde (derrière les États-Unis, dont la majorité de la population est protestante) et de la première nation catholique.

Riche en ressources naturelles, le Brésil a été identifié comme étant une nouvelle puissance pétrolière13. D’immenses gisements pétroliers pré-salifères ont été découverts dans les bassins de Santos et de Campos, au large de Rio de Janeiro. Les réserves récupérables n’ont cessé d’être réestimées à la hausse : en 2013, elles sont évaluées à 106 milliards de barils selon l’AIE14, « soit plus de réserves découvertes au Brésil que dans n’importe quel autre pays » souligne l’AIE.

Sommaire

Brésil - Actualités, vidéos et infos en direct https://www.lemonde.fr › International › Amériques – « Toute l’actualité sur le sujet Brésil. Consultez l’ensemble des articles, reportages, directs, photos et vidéos de la rubrique Brésil … »

Brésil : info, vidéos, reportages et analyses - France 24 -https://www.france24.com › tag › brésil « Retrouvez toute l’actualité internationale et les décryptages Brésil à lire et à revoir en replay sur France 24 »

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État de São Paulo

Carte du Brésil avec l’Etat de São Paulo en rouge

L’État de São Paulo (SP) est un des vingt-six États fédérés du Brésil, situé au sud-est du pays, dans la région du Sudeste. Sa superficie atteint 248 808 km2 et il compte 45 919 049 habitants en 20191. Sa capitale est la ville de São Paulo. État le plus riche et le plus peuplé du Brésil, il fournit en 2006 le tiers du produit intérieur brut sur 3 % du territoire et regroupe 22 % de la population2.

Sommaire

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Coventry University - Dream big because you can

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Agroécologie — Wikipédiahttps://fr.wikipedia.org › wiki › Agroécologie- « L’agroécologie, ou agro-écologie, est un ensemble de théories et de pratiques agricoles nourries ou inspirées par les connaissances de l’écologie, ...

Qu’est-ce que l’agroécologie ?https://www.fne.asso.fr › dossiers › quest-ce-que-lagroé...- « L’agroécologie, terme désignant les pratiques agricoles qui lient l’agronomie (science de l’agriculture) et l’écologie (science de l’environnement)…

Les articles étiquetés ‘AGROECOLOGIE’ et postés sue le site ISIAS sont à retrouver à partir d’ici : : http://isias.lautre.net/spip.php?page=recherche&amp ;recherche=agro%C3%A9cologie+agro-%C3%A9cologie

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Aperçu Vidéo 1:05:44 - Après le COVID-19 : L’Effondrement ? Avec Pablo Servigne - YouTube ·

Effondrement (essai) — Wikipédia - https://fr.wikipedia.org › wiki › Effondrement_(essai)- « Effondrement : Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie (Collapse : How Societies Choose to Fail or Survive) est un essai de l’écrivain Jared Diamond

La théorie de l’effondrement gagne les Français https://www.courrierinternational.com › article › vu-du-... - 16 juin 2020 — La collapsologie, ou le possible écroulement de la civilisation actuelle, a conquis des adeptes en France ces derniers mois…

Articles étiquetés ‘Effondrement’ et postés sur le site ISIAS à consulter à partir de ce site : http://isias.lautre.net/spip.php?page=recherche&amp ;recherche=effondrement

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Introduction

Les informations préliminaires ci-dessus ont pour but de donner le cadre et de préparer la lecture du présent dossier.

L’objectif premier de ce dossier est de mettre à la disposition des lecteurs et des lectrices de la francophonie (voir [Organisation internationale de la francophonie : Accueil ]->https://www.francophonie.org/], la contribution sociologique et politique concernant l’agroécologie, des auteurs brésiliens Paulo Petersen et Denis Monteiro, qui est présentée en trois parties, indiquées avec les accès dans le sommaire ci-dessous

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Sommaire

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Manifestations annuelles pour la défense de la vie des femmes et de l’agroécologie sur le territoire de Borborema. Foto : Nilton Pereira/AS-PTA - [Borborema est une municipalité brésilienne de l’État de São Paulo et la Microrégion d’Araraquara. Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Borborema_(S%C3%A3o_Paulo)].

Introduction

Dans cette première d’une contribution en trois parties à ‘Agroecologynow’, Paulo Petersen et Denis Monteiro présentent le moment actuel comme une crise du capitalisme qui exige des réponses systémiques et structurelles basées sur la solidarité et l’économie féministe. Cela pose les bases de l’agroécologie comme un nouveau paradigme d’organisation pour les systèmes alimentaires qui détient la clé pour prévenir l’effondrement de nos systèmes vivants tels que nous les connaissons. Les versions antérieures de ces pièces ont déjà été publiées en portugais.

Alors que nous essayons de réinventer notre monde, nous devons regarder la campagne. On y trouve un système de production coopératif et durable basé sur l’agriculture paysanne. Sous-estimé, même par le marxisme orthodoxe, il est redécouvert. Reconnue et renforcée par la perspective agroécologique, la paysannerie sera l’un des fondements du postcapitalisme. Sur la base de l’expérience brésilienne, le sens politique de cette proposition est présenté dans ce moment historique d’une extrême gravité marqué par l’aggravation soudaine des crises préexistantes déclenchées par la propagation du coronavirus

La nécessité d’une perspective systémique

Le nombre croissant de situations de crises écologiques, sanitaires, économiques et sociales s’aggrave et il repose sur une réalité politique exceptionnellement complexe qui exige une perspective systémique et holistique. Pourtant, les gouvernements et les politiques publiques du monde entier sont en proie à des approches sectorielles. Ceux-ci doivent être surmontés si nous pouvons répondre à cette crise d’une manière qui démantèle les cercles régressifs vicieux qui font paraître les causes comme les effets, et vice versa.

En ce sens, il est urgent de défaire la fausse dichotomie entre la santé et l’économie qui polarise le débat public et les initiatives gouvernementales au Brésil et ailleurs, tandis que le nombre de morts de Covid se multiplie, et que l’économie s’effondre. Dans les deux cas, ce sont les couches les plus pauvres et les plus vulnérables de la population qui sont les plus durement touchées.

Deux points sont essentiels pour donner lieu à des stratégies d’intervention publique capables de promouvoir des cercles vertueux entre les économies justes et démocratiques et la santé collective. Comprendre d’abord la santé comme un droit d’être activement promu par l’État. Deuxièmement, aborder « l’économie » comme l’administration de la richesse sociale pour la promotion du bien commun.

Photo - Assemblage de paniers d’aliments biologiques livrés aux familles soumises à l’insécurité alimentaire pendant la pandémie (Source : AS-PTA)

Plus que jamais, le soutien du public à une production et une distribution alimentaires saines se présente comme une stratégie gagnant-gagnant indispensable pour combiner les défis sociaux et économiques de longue date, aujourd’hui aggravés par l’épidémie de COVID-19.

En outre, il s’agit d’une stratégie gagnant-gagnant(triple gagnant), en ce qu’elle apporte également le potentiel de produire des avantages environnementaux extrêmement pertinents si l’on tient compte du fait que les systèmes alimentaires organisés selon la logique technico-économique de l’agro-industrie sont responsables des émissions de près de 40% des gaz à effet de serre, et sont également responsables de l’accélération des taux de déforestation et de perte de biodiversité, de dégradation des terres et des plans d’eau. En plus de ces effets déstabilisateurs de la dynamique écologique planétaire, de nombreux experts ont souligné la relation directe entre l’émergence de pandémies et les méga-confinements dans les fermes industrielles agroalimentaires.

En fin de compte, la crise du coronavirus met en lumière les limites du capitalisme néolibéral en tant que modèle de gestion politique et économique dans les sociétés contemporaines. De même, l’alimentation d’entreprise a atteint ses limites et l’agroécologie est apparue comme un modèle alternatif pour la transformation des modèles dominants de production, de transformation, de distribution et de consommation d’aliments.

Les politiques d’approvisionnement institutionnel, telles que le Programme d’acquisition d’aliments de l’agriculture familiale (PAA – par son acronyme en portugais) et le Programme national de repas scolaires (PNAE), qui sont basées dans une perspective systémique et permettent l’agroécologie sont vitales au Brésil et ailleurs à la fois comme une mesure d’urgence et pour aborder des questions structurelles plus larges. La reprise immédiate de l’AAP selon la proposition défendue par la société civile au début de la pandémie est insérée dans ce contexte comme une mesure d’urgence de nature structurelle. Il s’agit d’une mesure politiquement réalisable tant qu’elle est fortement soutenue par une citoyenneté active et ses organisations à un moment où la prescription néolibérale est en échec.

Fin de la ligne pour l’ordre néolibéral ?

Beaucoup ont dit que nous ne retournerions pas dans le monde que nous avions avant le 11 mars 2020, lorsque l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a déclaré l’état de la pandémie. Un feu rouge s’est allumé et soudain il y a eu une réduction brutale des flux frénétiques de personnes et de marchandises partout dans le monde en raison de l’isolement social adopté comme mesure visant à limiter la propagation du COVID-19. Du jour au lendemain, les dogmes néolibéraux se sont effondrés, conduisant les représentants de la pensée conservatrice à crier à l’interventionnisme de l’État. L’unanimité s’est formée à travers le spectre idéologique : sans l’action décisive des gouvernements, il serait impossible de faire face à la pandémie et à ses conséquences économiques et sociales.

Le surprenant 3 avrilRd Éditorial dans le Financial Times, un véhicule de premier plan pour la pensée libérale, a déclaré que « la pandémie de coronavirus a mis en évidence la fragilité de l’économie dans de nombreux pays », que « des réformes radicales sont nécessaires pour forger une société qui fonctionne pour tous » et que « les gouvernements doivent accepter un rôle plus actif dans l’économie, en considérant les services publics comme un investissement ». Une carte est devenue virale sur les réseaux sociaux, résumant le phénomène avec une ironie accablante : « Nous pensions que la peur de mourir transformait les athées en croyants. En réalité, il convertit les néolibéraux en keynésiens ».

Malgré le soudain « virage étatiste », rien n’indique que les politiques keynésiennes de relance soient là pour rester. Au contraire, dans le contexte actuel, l’intervention d’urgence des gouvernements leur semble davantage être un médicament amer indispensable en temps de crise aiguë qu’un changement de mode de vie nécessaire pour prévenir de nouvelles crises. Quoi qu’il en soit, la tragédie révèle les erreurs imposées comme des vérités incontestables au cours des 40 années d’hégémonie néolibérale. Margaret Thatcher, Premier ministre britannique dans les années 1980, a décrété qu’« il n’y avait pas d’alternative » au nouvel ordre qui a ensuite été imposé. Dans le même ordre d’ordre, Francis Fukuyama, philosophe conservateur et idéologue du gouvernement Reagan, annonce la « fin de l’histoire » avec l’arrivée d’un modèle de société supposé idéal.

Photo - Mine de charbon à ciel ouvert. Le capitalisme néolibéral extractif a-t-il atteint ses limites ?

La crise actuelle, déjà considérée comme la plus grave du siècle dernier, rappelle que l’histoire n’avance pas dans les lignes droites préé établies, mais dans les bifurcations, en faisant clairement savoir que l’autoritarisme politique et l’arrogance intellectuelle sont une combinaison dangereuse lorsque nous sommes confrontés à l’une de ces ruptures historiques. Peut-être sommes-nous confrontés à l’une des crises les plus décisives que nous avons déjà connues dans notre aventure planétaire en tant qu’espèce. Une crise qui n’est pas apparue avec la pandémie actuelle, mais de l’épuisement progressif d’un système de puissance incapable de reproduire son propre principe de base de fonctionnement, c’est-à-dire l’accumulation rampante de capital. Les arguments critiques en faveur du capitalisme, y compris immanuel Wallerstein et David Harvey récemment décédés,ont longtemps souligné le fait que les contradictions de ce système ont atteint leurs limites terminales dans leur phase néolibérale.

La pandémie a mis en lumière ces contradictions, les rendant plus visibles.

C’est comme si le coronavirus lancait un cri aux oreilles sourdes des opportunistes et des deniers qui, depuis des décennies, empêchaient la construction politique d’un nouveau contrat social capable de rendre la coexistence entre et à l’intérieur des nations plus harmonieuse. Surmonter le système de pouvoir qui perpétue et approfondit les disparités sociales abyssales est une condition pour qu’une telle harmonie soit construite et maintenue. Mais le message de la crise actuelle va plus loin.

Avec la réalisation d’une nouvelle ère géologique marquée par l’empreinte dominante de l’homme sur les écosystèmes, le climat et la planète dans son ensemble, l’Anthropocène, la pandémie a encore révélé nos liens profonds avec la nature. Il est clair qu’un nouveau contrat social viable ne sera possible que s’il est également considéré comme un « contrat naturel » entre la communauté humaine planétaire et les autres êtres de la Biosphère. Nous sommes donc confrontés à un nouvel appel de la Nature, peut-être le dernier, comme l’a mis en garde l’agroécologue Victor Toledo, jusqu’à récemment secrétaire mexicain à l’Environnement et aux Ressources naturelles.

La nécessité de structurer les urgences

Compte tenu de la gravité exceptionnelle du moment historique, même d’éminents idéologues de droite appellent l’attention sur la nécessité de mettre en œuvre des mesures d’urgence qui indiquent simultanément des changements structurels dans un système au bord de l’effondrement. C’est le cas d’Henry Kissinger,ancien secrétaire d’Etat américain, selon lequel nous vivons une « période épique » où « le défi historique pour les dirigeants est de gérer la crise tout en construisant l’avenir ». Dans un équilibre fragile entre l’urgence et la structure, les mesures prises immédiatement influenceront les conditions objectives de l’avenir post-pandémique, un avenir en litige », comme le préviennent de nombreux analystes.

Du point de vue de l’extrême droite, un champ idéologique qui est récemment monté au pouvoir institutionnel au Brésil, en Hongrie, en Inde, parmi plusieurs autres pays dans le vide de légitimité créé par la crise de l’hégémonie néolibérale, nous serions introduits sur la voie qui nous conduirait à l’approfondissement de l’autoritarisme démagogique, du capitalisme vorace avec une approche nationaliste et de chacun pour lui-même dans l’arène du marché concurrentiel. Une deuxième voie, également à droite, met en avant la continuité de la démocratie libérale et du capitalisme néolibéral, précisément le style de gestion politique qui a épuisé son répertoire de réponses à l’accentuation de la crise du capitalisme. Avec l’aide des médias d’entreprise, ce sont les voies qui ont hégémonisé les discours au niveau institutionnel et dans l’opinion publique.

En contre-hégémonie, il y a des forces progressistes.

En gros traits, ils pourraient également être identifiés en deux grands blocs. D’une part, il y a un pari sur la possibilité de concilier gestion néolibérale et politiques redistributives, sans rendre les réformes structurelles nécessaires à un changement substantiel des relations entre le capital et le travail. Une conciliation tendue, par certains dits néo-développementalistes, qui s’est maintenue politiquement dans plusieurs pays d’Amérique latine pendant la période de performance exceptionnelle de l’économie tirée par l’exportation de produits agricoles et minéraux. D’autre part, il y a des forces qui remettent en question la démocratie libérale, luttant pour l’approfondissement d’une démocratie économique garantie par un État qui garantit les droits et qui repose sur des valeurs de solidarité et de coopération dans la défense des biens communs et la durabilité écologique.

Photo - Assemblage de paniers d’aliments biologiques livrés aux familles soumises à l’insécurité alimentaire pendant la pandémie (Source : AS-PTA)

Pousser les valeurs et les pratiques d’une gauche démocratique attachée aux soins environnementaux dépendra fondamentalement de la capacité d’articuler les luttes populaires en ce moment où nous traversons le tunnel sombre de la pandémie sans savoir ce que nous trouverons à la sortie. Ce sont précisément les luttes immédiates menée dans les territoires pour soulager les souffrances humaines causées par la crise du coronavirus qui peuvent éclairer les voies pour surmonter la raison néolibérale,ouvrant la voie au développement d’institutions radicalement démocratiques fondées sur des pratiques de solidarité sociale et de prise en charge des biens communs de la nature.

La solidarité comme principe économique

Parler de l’approfondissement de la démocratie et de la généralisation des pratiques de l’économie solidaire à l’époque dystopique d’aujourd’hui peut sembler échapper à une utopie irréalisable. Cependant, alors qu’une pandémie frappe une nation gouvernée par une extrême droite obscurantiste comme le peuple brésilien, une partie importante de la population s’auto-organise dans des réseaux locaux décentralisés, libérant sa créativité et son esprit de coopération pour proliférer des pratiques extraordinaires de solidarité dans tout le pays. Alors que le gouvernement fédéral alimente la polarisation paralysante entre la gestion de l’économie et celle de la santé publique, retardant de semaines la mise en œuvre des mesures de protection sociale approuvées par le Congrès national, les réseaux de solidarité de la société civile font clairement comprendre que prendre soin de la vie et du bien-être individuel et collectif doit être l’objectif central de l’économie.

Dans une lettre envoyée aux mouvements sociaux le dimanche de Pâques (12 avrilE, 2020), le pape François a salué précisément le rôle de ces réseaux invisibles qui se multiplient au Brésil et dans le monde. « Si la lutte contre covid-19 est une guerre, dit Francisco, vous êtes une véritable armée invisible qui combat dans les tranchées les plus dangereuses. Une armée dont les armes sont la solidarité, l’espoir et un sentiment de communauté qui résonne en ces jours où personne n’est sauvé seul. Vous êtes pour moi de vrais poètes sociaux, qui, des périphéries oubliées, créent des solutions dignes aux problèmes les plus urgents des exclus ».

Cependant, quiconque comprend la solidarité comme une valeur déclenchée seulement en temps de crise se trompe. Sans les pratiques coopératives typiques de l’économie solidaire diffusées dans la vie quotidienne de nos sociétés, le « moulin satanique » des marchés capitalistes (à l’image exacte créée par Karl Polanyi) aurait déjà conduit l’humanité à la barbarie totale. Nous ne parlons pas ici des expressions éphémères de la solidarité des entreprises. Aussi importantes soient-elles, ces actions caritatives ponctuelles ont tendance à se transmettre à la crise, non sans avoir d’abord reçu leur contrepartie en termes de marketing d’entreprise. Pendant ce temps, les formes permanentes et diffuses de solidarité sociale resteront actives, bien qu’invisibles par les médias d’entreprise, reproduisant la rhétorique propre à l’orthodoxie néolibérale.

Photo - Assemblage de paniers d’aliments biologiques livrés aux familles soumises à l’insécurité alimentaire pendant la pandémie (Source : ANA)

Briser cette hégémonie est le principal défi pour que les pratiques d’économie solidaire dans la défense des biens communs soient socialement reconnues et, si nécessaire, développées avec le soutien décisif des politiques publiques. Les femmes organisées en mouvements féministes dénoncent l’une des expressions les plus éloquentes de cette combinaison paradoxale entre l’omniprésence et l’invisibilité des pratiques de solidarité responsables du maintien des sociétés modernes. En faisant la lumière sur le rôle déterminant des soins et des travaux ménagers dans les circuits qui reproduisent le capital, la critique du capitalisme par l’économie féministe révèle le rôle indispensable de ces activités non rémunérées exercées principalement par les femmes.

l’approche des mouvements féministes antisystèmes, la plus grande catégorie professionnelle du monde contemporain, lespaysans associent également ses luttes pour l’émancipation sociopolitique à la lutte contre l’invisibilité des pratiques de travail solidaires intrinsèques à son modus operandi économique. Les prédictions liées à l’inévitable disparition de la paysannerie face à l’avancée du capitalisme dans les campagnes ont été réitérées depuis le XIXe siècle par les théoriciens libéraux et marxistes. Dans une large mesure, cette quasi-unanimité explique pourquoi, encore aujourd’hui, les méthodes de production et de reproduction de l’agriculture familiale paysanne sont si mal comprises et dévaluées, même si, comme nous le défendons ici, elles sont des piliers indispensables pour soutenir les économies dynamiques, démocratiques et durables dont nous aurons besoin à l’avenir.

Heureusement, après plus d’un siècle d’hostilité politique et économique ouverte de la part de gouvernements situés dans toutes les positions du spectre idéologique, l’agriculture paysanne reste parmi nous, contrairement aux théories économiques dominantes, obsédée par le biais productif des économies d’échelle et l’idée de croissance. Et il ne fait aucun doute que le monde serait bien pire s’il avait effectivement disparu. Comme teodor Shanin, un penseur paysan notoire qui est récemment mort, a identifié, « jour après jour, les paysans font soupirer les économistes, les politiciens transpirent et les stratèges jurent, défaisant leurs plans et prophéties partout dans le monde. »

Dans le monde, nous parlons de 2 milliards d’êtres humains impliqués quotidiennement dans la production alimentaire, selon les données de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture – FAO. Au Brésil, selon le dernier recensement agricole (données de 2017 publiées uniquement en 2019), environ 10 millions d’agriculteurs et d’agriculteurs familiaux représentent 67% de l’occupation dans le secteur agricole et représentent la majorité de l’alimentation qui atteint nos tables,alors qu’ils ne représentent que 23% des terres agricoles.

Des qualités économiques qui devraient être promues politiquement

L’immense capacité de l’agriculture familiale paysanne à persévérer dans un monde de plus en plus hostile à son existence révèle l’une des qualités centrales à renforcer dans les systèmes économiques de l’avenir : la résilience. Une résilience qui est une fois de plus mise à l’épreuve pendant la pandémie, lorsque les agriculteurs familiaux continuent de travailler en silence, fournissant un service vital à la société, alors que l’économie est pratiquement paralysée par la nécessité d’un détachement social. D’où vient cette vertu de l’économie paysanne ? Comment le reproduire dans le système économique dans son ensemble ?

Des questions comme celle-ci ont motivé ces dernières années une production intellectuelle prolifique en sciences sociales, en particulier chez les économistes. L’élément commun qui unit ce vaste et croissant champ d’économistes rebelles est la nécessité de surmonter l’« esprit à voie », imposé par le « consensus de Washington », comme ils s’appellent eux-mêmes, en utilisant des concepts scientifiques pour légitimer superficiellement le récit de l’hégémonie néolibérale.

Il est évident que les idées contre-hégémoniques ne gagnent pas du terrain dans la société uniquement pour leurs vertus, même lorsqu’elles portent des réponses prometteuses à des crises profondes comme celle que nous traversons. Considérant que le fonctionnement de l’économie est régi par des pactes établis dans la société et non par des mécanismes théoriques liés à des équilibres supposés sur les marchés, comme le dit le livre néolibéral des règles, le défi de construire des alternatives économiques efficaces passe au niveau politique.

Photo - Assemblage de paniers d’aliments biologiques livrés aux familles soumises à l’insécurité alimentaire pendant la pandémie (Source : ANA)

D’où la pertinence de l’initiative du Pape Jorge Bergoglio de proposer, en mai 2019, un vaste mouvement mondial de réflexion sur les alternatives à la pensée et aux politiques néolibérales. Lorsqu’on articule de jeunes militants du monde entier avec des économistes critiques, dont certains sont lauréats du prix Nobel, la réflexion proposée va au-delà de la dimension strictement technique de la science économique afin que les fondements éthiques qui soutiennent le système dominant soient également remis en question. Sans la pandémie, ce processus décentralisé de réflexion critique aurait convergé vers l’événement intitulé « Économie de François », initialement prévu les 26 et 29 mars dans la ville italienne d’Assise, où vivaient les frères qui se sont dépouillés de ses richesses pour être solidaires des plus pauvres et des autres êtres de la nature.

Le rétablissement de la solidarité en tant que valeur dorsale des systèmes économiques de l’avenir est le message que le pape François veut aujourd’hui sauver du frère François du XIIIe siècle. Pour coordonner ces réflexions au Brésil, l’Articulation brésilienne pour l’économie de François (ABEF) a été formée, dont les débats ont abouti à la contribution brésilienne à apporter à Assise, la Charte brésilienne pour l’économie de François et Clara. Au milieu des débats qui ont conduit à la lettre, l’ABEF a compris que « pour les nouvelles économies du XXIe siècle, les hommes et les femmes doivent marcher côte à côte, côte à côte, ni avant ni arrière, mais main dans la main, comme « Frère Soleil » et « Sœur Lune ». L’économie de François et Clara est ce que nous avons l’intention de pratiquer et d’honorer ».

L’agriculture familiale paysanne est présentée dans la lettre comme l’une des principales expressions de l’économie sociale et solidaire en vigueur pour être reconnue et développée par les politiques publiques. Contrairement à la rationalité économique capitaliste, orientée vers l’extraction et l’appropriation privée des richesses générées par le travail des autres, dans l’agriculture familiale, c’est la famille elle-même, alors qu’une micro-communauté économique, active le capital mobilisé par son processus de travail. Parce que la famille est à la fois ouvrière et propriétaire des moyens de production, elle dépend de la préservation de son patrimoine productif. Cela implique une rationalité particulière de la gestion technic-économique visant à optimiser à long terme les revenus générés par le travail de la famille, différents diamétralement opposés aux critères de l’entreprise capitaliste, structurées essentiellement pour obtenir des bénéfices à court terme.

Parier sur les qualités de l’agriculture familiale, en résumé, c’est renforcer les systèmes alimentaires fondés sur des économies redistributives et régénératrices, comme le suggère Kate Raworth dans son livre Doughnut Economics : Seven Ways to Think Like a 21St-Century Economy. Il s’agit de cultiver des agents économiques socialement enclins à la solidarité intragénérationnelle et intergénérationnels. Cela signifie créer des emplois dignes dédiés à la production de nourriture en quantité et en diversité pour approvisionner la population dans son ensemble en nourriture saine. Cela signifie réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre et promouvoir les systèmes alimentaires avec une plus grande capacité d’adaptation au changement climatique déjà inévitable. Enfin, cela signifie démanteler l’énergie des grandes entreprises agroalimentaires sur les circuits qui relient globalement la production alimentaire, la transformation, la distribution et la consommation.

Source de la 1ère partie rapportée : https://www.agroecologynow.com/agroecology-or-collapse-part-1/ - Convened by the Centre for Agroecology, Water and Resilience > Agroecology Now ! About Contact Video Publications Briefs Projects Policy Work Resources What’s Up ?

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Connaissances agroécologiques : apprendre en faisant et en partageant. Photo tirée de la collection de Rede Agroecológica Raízes da Mata

Penser que le mouvement agroécologique se limite à produire des produits biologiques dans une ’niche différenciée’ est une erreur. Son objectif est de réorienter l’agriculture selon des logiques qui s’opposent au marché capitaliste et le subvertissent.

Dans la deuxième partie de cette série en trois parties, Paulo Petersen et Denis Monteiro approfondissent l’articulation des empires alimentaires néolibéraux capitalistes comme étant la racine structurelle des crises actuelles des systèmes alimentaires. Ils présentent ensuite les arguments en faveur de l’agroécologie comme modèle alternatif pour prévenir l’effondrement imminent. La première partie est disponible ci-dessous à la suite. Les versions précédentes de ces articles ont été publiées en portugais.

La pandémie de Covid-19 a donné un nouveau souffle aux questions sur l’impact du contrôle des géants sur les systèmes alimentaires et son impact sur la santé publique.

Selon un comité scientifique organisé par la prestigieuse revue médicale The Lancet, la mondialisation des modèles uniformes de production et de consommation alimentaire a aggravé trois problèmes de santé dans le monde : l’obésité, la malnutrition et le changement climatique. Comme ces trois problèmes ont des causes et des effets communs et qu’ils s’influencent mutuellement, la commission a identifié le processus comme un phénomène unique, qu’elle a appelé ’syndémie mondiale’.

Le syndrôme mondial peut être lu à partir des deux pôles des systèmes alimentaires : d’une part, la production agricole est réalisée à grande échelle, basée sur l’utilisation intensive d’intrants artificiels, tels que les produits agrochimiques, les hormones et les antibiotiques ; d’autre part, la consommation d’aliments ultra-traités et la culture de régimes alimentaires profondément malsains et non durables ; et pour soutenir énergétiquement cette chaîne d’irrationalité écologique et sanitaire, l’utilisation intensive de combustibles fossiles.

L’agriculture industrielle et la consommation de malbouffe ont été pratiquées pendant plusieurs décennies, principalement après la Seconde Guerre mondiale. Pourtant, il ne fait aucun doute que l’expansion accélérée et l’interdépendance croissante entre la consommation et la production industrialisées se sont produites sous les auspices du néolibéralisme, en particulier après la signature de l’accord agricole de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), en 1995.

Selon la définition proposée par le sociologue néerlandais Jan Douwe van der Ploeg, de véritables ’empires alimentaires’ se sont formés depuis, modifiant profondément l’économie politique des systèmes alimentaires en soumettant le monde social et le monde naturel à de nouvelles formes de contrôle centralisé et d’appropriation massive. Pour van der Ploeg, nous assistons à ’une conquête impériale en ce qui concerne l’intégrité de l’alimentation, l’expertise des pratiques agricoles, la dynamique de la nature et les ressources et aspirations de nombreux agriculteurs’. Contrairement aux prétendus bénéfices que les empires alimentaires corporatifs s’attribuent, ils ne produisent aucune richesse. Comme les anciens empires coloniaux, ils ne font que s’approprier des ressources préalablement contrôlées par les nations et les communautés locales, laissant en contrepartie de lourdes responsabilités sociales et environnementales.

C’est dans ce contexte historique que l’agriculture paysanne familiale, dans toute sa diversité culturelle et identitaire, émerge comme une force socioculturelle et politique prometteuse pour l’avenir, alors que nous reconstruisons des systèmes alimentaires sains, économiquement dynamiques, techniquement efficaces et écologiquement durables. Il existe de nombreuses preuves historiques que la logique d’organisation sociale et économique de l’agriculture familiale permet le développement combiné de ces dimensions. C’est précisément parce qu’elle imprime dans ses dispositifs techniques et économiques un ensemble de principes communs à la dynamique du fonctionnement de la nature : diversité, flexibilité adaptative, caractère cyclique des processus, interdépendance, liens associatifs et coopératifs.

Néanmoins, ce potentiel gravé dans les mémoires bioculturelles de l’agriculture familiale et répandu sur toute la planète a été largement gaspillé par les politiques publiques et les cadres réglementaires conçus pour favoriser la dynamique expansive de l’agriculture capitaliste et, plus largement, des empires alimentaires. À la place de la diversité, ce système fait progresser la spécialisation productive, caractéristique des économies d’échelle adoptées dans la production industrielle ; les processus économiques cycliques à l’échelle locale cèdent la place aux chaînes mondiales de produits de base ; l’interdépendance entre les agents économiques est progressivement remplacée par de grands conglomérats monopolistiques ; le principe du partenariat coopératif dans l’économie est supplanté par l’individualisme compétitif sur les marchés.

Paradoxalement, de nombreuses politiques publiques spécifiques visant à soutenir l’agriculture familiale, souvent issues des victoires arrachées de haute lutte par les mouvements sociaux, finissent par être productivistes et contre-productives pour leurs intérêts. Des politiques mal conçues ont tendance à inciter les familles d’agriculteurs à adopter des trajectoires d’innovation technique et productive qui compromettent leur autonomie économique et déchirent leurs liens d’appartenance à des réseaux de solidarité communautaire.

Photo - Le mouvement agroécologique ne se limite pas à la production de bio, dans « une niche spécialisée ». Par ‘Articulação Nacional de Agroecologia’.

Cette situation a été vérifiée au Brésil, l’un des pays pionniers dans la mise en place de politiques publiques spécifiques à l’agriculture familiale. Depuis le milieu des années 1990, une part importante des financements publics canalisés vers ce segment l’a amenée à intégrer les paquets technologiques de la Révolution verte et à spécialiser ses unités de production. Cette orientation politique a abouti à la substitution progressive des polycultures traditionnelles associées aux fermes de plein air par des monocultures et des élevages confinés - tous deux structurellement dépendants d’intrants commerciaux. D’un point de vue économique, ces changements techniques ont impliqué une marchandisation croissante des opérations de gestion précédemment menées par les familles elles-mêmes et souvent impliquées des processus de coopération dans leurs communautés. Avec l’avancement de la soi-disant « modernisation agricole », les pratiques traditionnelles des économies rurales ont été progressivement abandonnées.

Ces pratiques comprennent : la fabrication locale des fournitures de production, la réciprocité dans la communauté pour l’exécution des travaux lourds, la transformation artisanale de la production, le marketing associatif et même la production d’aliments pour l’autoconsommation. Cela a donné lieu à une marchandisation croissante de ces produits et services nécessaires à la reproduction technique et sociale de l’agriculture familiale. En conséquence, une part importante d’un segment économique essentiel, qui s’est historiquement reproduit en conservant des niveaux élevés d’autonomie par rapport au capital, est amenée à entrer dans des trajectoires de subordination politique et économique aux secteurs industriels et financiers de l’agro-industrie.

Non sans raison, la renégociation des dettes avec le système financier par le biais de politiques de crédit rural est devenue de plus en plus présente dans les agendas présentés annuellement au gouvernement fédéral par les mouvements sociaux ruraux. Même dans ses revendications de politiques publiques, l’agriculture familiale commence à reproduire le comportement de l’agriculture capitaliste. « Moderniser », en ce sens, signifie insuffler « l’esprit d’entreprise » à l’agriculture familiale, c’est-à-dire guider la gestion économique des unités de production exclusivement par la « logique des marchés ». Dans les conditions historiques actuelles, cela implique de subordonner l’agriculture familiale aux chaînes agro-industrielles mondialisées. En d’autres termes, cela implique une « dépaysanisation » de l’agriculture familiale.

Surmonter la ‘moralité’ de l’économie de l’agro-industrie pour démocratiser les systèmes alimentaires

Les politiques publiques tendent à se concentrer étroitement sur l’augmentation de la production agricole, en créant des externalités socio-environnementales et culturelles négatives au détriment des qualités multifonctionnelles typiques de l’agriculture paysanne. Ces politiques visant à « renforcer l’agriculture familiale » réduisent souvent les superficies consacrées à la production d’aliments de base et augmentent la production de produits agricoles pour les industries de l’alimentation humaine ou animale ultra-transformées, telles que le soja et le maïs. Cela entrave considérablement l’agriculture familiale multifonctionnelle. Il s’agit d’une situation critique dans un pays où le droit à une alimentation saine et adéquate pour la population n’est pas garanti et est encore compromis avec l’aggravation des effets de la pandémie.

Même au niveau microéconomique, les contradictions sont évidentes. Guidé par l’objectif de maximiser la rentabilité financière à court terme, le progrès économique d’une entreprise familiale ne génère pas nécessairement des bénéfices pour la communauté environnante. Au contraire, ce style de croissance, bénéfique à quelques-uns et pour une durée limitée, entrave les voies alternatives vers des économies rurales plus équitables et durables. En ce sens, la modernisation est une voie pour le développement d’une agriculture socialement sélective et économiquement concentrée, dans laquelle seuls les entrepreneurs considérés comme des entrepreneurs ayant un sens des affaires seraient moralement capables de recevoir un soutien public. Ce n’est pas sans raison que la notion de « compétitivité » a été consolidée comme une valeur centrale de l’économie morale de ceux qui conçoivent l’agriculture comme une simple agro-industrie. Le développement des potentiels latents de l’agriculture familiale en tant que base socioculturelle et économique de systèmes alimentaires équitables, sains et résilients nécessite donc de surmonter l’économie morale de l’agro-industrie.

Pour cela, il est nécessaire que l’État intervienne pour repositionner le rôle et la place des marchés dans la régulation des systèmes alimentaires : une arène sélective dans laquelle la survie économique des familles d’agriculteurs est déterminée par leur degré d’alignement avec les normes, les valeurs et les normes technologiques imposées par les réseaux oligopolistiques qui opèrent à l’échelle mondiale. Au lieu de cela, les marchés agricoles et alimentaires doivent être activement transformés pour devenir des mécanismes institutionnels développés et maintenus avec la participation effective des producteurs, des consommateurs et des agents des chaînes d’intermédiation locales.

Cela signifie déconstruire l’aura mystique attribuée au marché par la pensée néolibérale.

Comme une entité autonome avec sa propre volonté, dont les mains invisibles exercent le pouvoir de contrôler le fonctionnement des sociétés, les marchés sont, comme toute institution humaine, des constructions sociales qui reflètent les relations de pouvoir entre les acteurs impliqués. Les marchés alimentaires justes et démocratiques sont ceux capables de stabiliser un équilibre adéquat entre les intérêts des différents agents économiques impliqués. Rémunération équitable pour ceux qui produisent, transforment et distribuent la nourriture et prix adéquats pour ceux qui consomment.

Rendre ces objectifs possibles nécessite le développement d’une gouvernance démocratique pour l’alimentation et l’agriculture.

Dans la pratique, cela implique une redéfinition des rôles adoptés par l’État, la société civile et le secteur privé dans la régulation des transactions économiques de production et d’approvisionnement alimentaires. C’est quelque chose de pratiquement impossible à réaliser avec l’application de l’approche néolibérale à la gestion publique, c’est-à-dire avec la dérégulation supposée des marchés agricoles au nom de la prétendue libre entreprise. C’est une contradiction quand on considère le rôle déterminant de l’Etat dans le conditionnement des supposés marchés libres en faveur de l’initiative privée d’une minorité au détriment des intérêts publics de la majorité.

L’agroécologie et une nouvelle géographie de l’alimentation

La gouvernance alimentaire démocratique implique le développement d’une ’nouvelle géographie de l’alimentation’, avec le raccourcissement des distances physiques et sociales entre la production et la consommation. La ’délocalisation’ ou la ’reterritorialisation’ des systèmes alimentaires est exactement ce que les mouvements agro-écologiques préconisent et construisent activement depuis des décennies.

Plutôt que de dépendre des technologies chimiques et fossiles de la révolution verte, l’agroécologie développe des systèmes techniques maintenus par les fonctions écologiques fournies par la biodiversité. Qu’elle soit indigène ou exotique, cultivée ou non, la biodiversité maintenue et gérée dans les paysages agricoles selon les principes de l’agroécologie est responsable de la capture et de la conversion de l’énergie solaire en biomasse. Très peu ou pas du tout dépendante des approvisionnements commerciaux et de l’énergie extérieure, cette biomasse est récoltée pour répondre aux besoins économiques et alimentaires des familles d’agriculteurs et est également recyclée dans l’(agro)écosystème lui-même, alimentant les fonctions écologiques responsables du maintien de la fertilité des sols et de la santé des cultures et du bétail.

Dans cette perspective, la notion d’’agriculture à faible émission de carbone (ABC pour son acronyme brésilien)’ a récemment été insérée dans le récit diversionniste de l’agrobusiness brésilien. Cette approche, tout comme l’agriculture intelligente sur le plan climatique, laisse le modèle d’entreprise en dehors du coup et dissimule le rôle de l’agrobusiness dans le changement climatique. Ces modèles sont donc totalement inappropriés et discutables. L’agroécologie contribue à réduire les émissions de gaz à effet de serre et à construire une agriculture plus résistante au changement climatique, précisément parce qu’elle remplace les économies commandées par des transactions financières, entropiques par nature, par des bioéconomies, c’est-à-dire des économies dans lesquelles la valeur est produite en étroite intégration entre le travail humain et les flux écologiques locaux grâce à la gestion de la biomasse.

Photo - Des aliments sains provenant des colonies de la réforme agraire donnés à la périphérie des villes dans l’État du Paraná par le Mouvement des travailleurs ruraux sans terre. Photo par MST

En lieu et place des marchés agricoles contrôlés par les empires alimentaires, l’approche agroécologique guide le développement de systèmes alimentaires territorialisés basés sur l’initiative autonome de réseaux locaux formés par les producteurs, les transformateurs, les distributeurs et les consommateurs. Construits sur la base de diverses formes associatives adaptées aux particularités culturelles et organisationnelles de chaque territoire, ces réseaux développent et coordonnent des circuits courts d’approvisionnement alimentaire constitués par des marchés locaux et d’autres mécanismes non marchands de transaction économique, tels que les échanges et les dons. En stimulant de nouvelles relations entre le monde rural et les villes au sein des territoires, les réseaux d’agroécologie territoriale contribuent à promouvoir les cultures alimentaires régionales, condition indispensable à la construction de la ’souveraineté alimentaire’, bannière politique centrale des mouvements et organisations identifiés en agroécologie.

Comment assurer l’alimentation d’une population mondiale croissante et de plus en plus concentrée dans les grandes villes avec cette proposition de délocalisation des systèmes alimentaires ? Cette remise en cause récurrente de la proposition agroécologique met en évidence un des grands défis posés pour un avenir pas si lointain, où la population humaine devrait atteindre son maximum, soit environ 9 à 10 milliards d’âmes. Pour répondre à cette question cruciale, il faut répondre à deux autres questions tout aussi cruciales.

La première est de nature biophysique : comment augmenter le volume de nourriture pour répondre à la demande croissante sans dépendre d’une eau abondante, d’un pétrole bon marché et d’un climat stable ? Ce sont là trois conditions indispensables au maintien des normes industrielles actuelles de production, de transformation et de distribution des aliments, qui seront irrévocablement engagées dans la continuité de ces mêmes modèles.

La deuxième question est directement liée à la dimension démographique.

La création d’agglomérations géantes avec la suppression des zones rurales et des petites et moyennes villes et, d’autre part, le maintien du monde rural inhabité avec la diffusion d’une approche de l’agriculture sans agriculteurs sont-ils des voies souhaitables et durables pour l’avenir de l’humanité ? La pandémie actuelle révèle l’un des nombreux aspects irrationnels de ce schéma de répartition démographique résultant d’un système économique organisé pour produire des ’armées de réserve’ de main-d’œuvre pour les activités urbaines-industrielles.

Selon l’image proposée par Manuel Castells, actuellement ministre des universités en Espagne, la pandémie représente la remise à zéro d’un système dysfonctionnel qui tend à s’effondrer. En d’autres termes, il s’agit d’une alarme automatique émise par le système lui-même afin que ses dysfonctionnements soient traités. Les formules adoptées dans le passé pour surmonter les crises sociales et économiques sont vouées à l’échec car elles ont négligé le fait que les sociétés humaines fonctionnent sur la base de l’intégration métabolique de l’ensemble de la biosphère. Surmonter les dysfonctionnements systémiques implique la construction d’un autre modèle métabolique. Selon les termes de Castells, cela implique ’un nouveau mode de vie, une autre culture, une autre économie’.

L’agroécologie se présente dans ce contexte de redéfinition des chemins de civilisation comme une proposition réalisable et nécessaire pour la construction d’économies ancrées dans de nouvelles valeurs culturelles qui fonderont de nouvelles formes de vie. Délocaliser, déconcentrer et décentraliser sont des verbes à conjuguer de manière intégrée dans la grammaire des économies qui doivent émerger pour permettre ces mondes pluriels.

L’agroécologie au service de la construction d’une économie sociale et solidaire

La reconnaissance institutionnelle de l’agroécologie se développe dans le monde entier. Dans certains médias, cette reconnaissance reste limitée à la dimension technique de l’approche agroécologique, qui est très souvent confondue avec l’agriculture biologique. L’agriculture biologique est un modèle de production agricole légalement normalisé, dont la principale caractéristique est d’exclure l’utilisation d’organismes génétiquement modifiés et d’intrants synthétiques nuisibles à la santé humaine et à la nature, tels que les pesticides, les engrais, les hormones de croissance et les antibiotiques.

Malgré sa similarité avec l’agriculture biologique au niveau technique, également orientée vers la distribution de produits agrochimiques et transgéniques, l’agroécologie intègre explicitement les dimensions sociales et politiques dans sa perspective critique lorsqu’elle s’affirme comme un pôle de transformation structurelle des systèmes alimentaires selon des pactes d’économie politique ancrés dans des valeurs et des pratiques contre-hégémoniques visant à promouvoir l’équité sociale et la durabilité environnementale.

Cette distinction conceptuelle est nécessaire lorsque nous constatons qu’une part importante de la production biologique mondiale est actuellement contrôlée par les chaînes d’entreprises de l’agroalimentaire. Bien qu’elle représente une avancée en termes de bénéfices environnementaux et de santé humaine, la croissance exponentielle de l’agriculture biologique au cours des vingt dernières années a été fondamentalement liée à la même grammaire du pouvoir imposée par les empires de l’alimentation.

C’est ce qui explique le fait que l’agriculture biologique se développe dans le monde entier comme un marché de niche qui relie un nombre limité de producteurs certifiés à une petite partie des consommateurs ayant la capacité de payer le supplément demandé pour les aliments biologiques. C’est précisément cette logique d’organisation économique en tant que segment spécifique d’un marché qui offre des aliments de qualité de plus en plus médiocre, qui explique la croissance simultanée paradoxale de l’agriculture biologique et de la consommation de pesticides au Brésil.

Heureusement, le mouvement agroécologique et une partie importante du mouvement de l’agriculture biologique au Brésil ont émergé et se sont développés ensemble, en tant que critiques non seulement des normes technologiques de l’agriculture industrielle, mais aussi de la logique économique prédatrice sur le plan environnemental et socialement injuste de l’agrobusiness. Un exemple éloquent de cette construction commune nous vient des années 1990, lorsque le mouvement biologique basé sur l’agroécologie au Brésil s’est rebellé contre l’initiative du ministère de l’agriculture visant à normaliser les processus de certification de la production biologique pour répondre aux exigences du marché européen.

La commercialisation locale des aliments biologiques était historiquement basée sur des relations de confiance établies entre les producteurs et les consommateurs. Dans ce contexte, le mouvement s’est interrogé sur la nécessité de payer pour des services de certification professionnalisés, une procédure qui commençait à être adoptée au niveau mondial sous la pression de l’Europe. Le résultat de la lutte contre la marchandisation de la confiance a été la reconnaissance officielle des systèmes de garantie participative (SGP) dans la loi organique de 2003.

Par la suite, d’autres dispositifs de solidarité autogérés visant à générer la confiance ont été réglementés dans la législation brésilienne, garantissant qu’une part importante de la production du pays, en particulier l’agriculture familiale, reste commercialisée par le biais de circuits courts, tels que les marchés d’agriculteurs. Cette expérience brésilienne a influencé les débats internationaux sur la normalisation de l’agriculture biologique, les SSP étant actuellement reconnus par la Fédération internationale des mouvements d’agriculture biologique (IFOAM-Organics-International) et dans la législation réglementant cette activité dans plusieurs pays.

Cette réalisation est l’expression emblématique du défi d’institutionnaliser des idées cohérentes avec les pratiques et les valeurs de l’économie sociale et solidaire dans les politiques publiques et les cadres normatifs des États qui s’inscrivent franchement dans les fondements néolibéraux. D’autre part, il convient de noter que dans les économies fortement planifiées et contrôlées par l’État, il existe de puissants obstacles à l’application de ces pratiques et valeurs dans l’organisation des systèmes alimentaires.

Il existe de nombreux exemples historiques liés à l’échec de la logique interventionniste de l’État en matière d’agriculture et d’alimentation. L’exemple de Cuba est probablement l’un des cas les plus paradigmatiques à cet égard. Après des décennies de lourdes subventions de l’Union soviétique pour le maintien de l’agriculture industrielle dans le pays, le système alimentaire cubain s’est pratiquement effondré lorsque les subventions ont cessé en raison de la faillite du régime soviétique.

Pour surmonter cette période spéciale difficile, marquée par des niveaux élevés de malnutrition dans la population, le gouvernement a compris que la solution structurelle au défi alimentaire n’impliquerait pas un contrôle centralisé de la distribution. Elle ne passerait pas non plus par la continuité du modèle de production dépendant des produits agrochimiques et des sources d’énergie fossiles dont il ne disposait plus.

Ce n’est qu’en abandonnant les approches productivistes et anti-paysannes, également cristallisées dans la pensée de la gauche orthodoxe, que le pays pourra construire des réponses cohérentes et durables au drame social vécu. En pratique, cela impliquait une action spécifique du gouvernement en alliance avec le peuple cubain héroïque afin de décentraliser le système alimentaire basé sur la relance de l’approche paysanne de la production, la stimulation de la production agroécologique et la construction de circuits d’approvisionnement courts régulés par les réseaux locaux d’économie sociale et solidaire.

La création d’un environnement institutionnel favorable au développement de ces pratiques a été décisive pour faire face à la profonde crise alimentaire dans un délai relativement court, avec la contribution essentielle des initiatives d’agriculture urbaine. Cuba est aujourd’hui reconnu comme l’un des pays qui ont le plus progressé dans l’emploi de la perspective agroécologique pour la construction de sa souveraineté alimentaire.

L’exemple cubain soutient l’argument central de cet article : la transformation des systèmes alimentaires dans une perspective agroécologique est une condition urgente et indispensable pour que nous puissions surmonter structurellement la crise civilisationnelle dans laquelle nous nous trouvons actuellement. L’exemple souligne également le rôle qu’une crise soudaine et inattendue peut jouer dans le sens de la mobilisation des forces sociales pour défendre des alternatives d’urgence afin d’apporter des changements à moyen et long terme. L’aggravation aiguë de la crise des soins de santé et de l’approvisionnement alimentaire déclenchée par la pandémie de coronavirus fonctionne en ce moment même comme un test surprise pour mettre au défi notre capacité collective à construire des réponses efficaces à la crise structurelle du système alimentaire néolibéral.

Comme Boaventura Sousa Santos l’a bien identifié, la pédagogie cruelle du virus nous montre que la normalité engourdissante du statu quo nous conduira inexorablement au désordre social. Le principal défi pour le moment est de générer un apprentissage collectif de cette douloureuse expérience afin que les forces sociales soient capables de nous détourner de ce chemin vers l’abîme.

Bien que contemporaines de la mise en œuvre du projet politico-idéologique de la Révolution verte, les critiques et propositions des mouvements sociaux qui se rassemblent aujourd’hui autour de l’agroécologie n’ont reçu que récemment un certain crédit dans la communauté internationale. Cette reconnaissance soudaine s’est produite précisément avec le déclenchement de la crise alimentaire mondiale en 2008, la première de cette ampleur depuis la Seconde Guerre mondiale. Estimant à 150 millions le nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde, qui a atteint le chiffre d’un milliard, différentes agences des Nations unies ont multiplié les appels à l’action d’urgence, tandis que la FAO a convoqué une conférence extraordinaire sur la sécurité alimentaire, qui s’est tenue en juin de cette année-là.

Les débats exténuants qui ont eu lieu lors de cet événement ont exprimé les différences profondes et irréconciliables liées à la manière dont les gens interprètent la crise et à la façon dont ils se proposent d’y faire face. Les voix dominantes ont expliqué le phénomène comme étant le résultat d’une situation particulièrement malheureuse formée par la combinaison de circonstances négatives telles que l’augmentation des coûts énergétiques, l’utilisation des terres agricoles pour la production d’agrocarburants, la frustration des cultures dans d’importantes zones agricoles due aux sécheresses et l’augmentation de la demande de céréales entraînant des changements dans les habitudes de consommation, avec l’augmentation des régimes alimentaires à base de viande.

Le résultat d’une telle évaluation fragmentaire, incapable de relier ces phénomènes comme symptômes d’une seule crise structurelle, ne pouvait être autre que la réaffirmation, dans la déclaration finale de la Conférence, de la validité des politiques libérales en matière de (dé)régulation des marchés agricoles et de modernisation technologique basée sur l’agrochimie et les biotechnologies.

Malgré la résilience dont a fait preuve le système de pouvoir hégémonique, la situation particulièrement négative de 2008 a créé un espace politique pour que des perspectives contre-hégémoniques soient prises en compte dans les débats officiels depuis lors. De nouvelles évaluations et de nouvelles propositions d’action pour faire face aux profondes contradictions du régime néolibéral ont été présentées dans des documents officiels de grande répercussion internationale.

En 2009, le rapport ’Agriculture at a crossroads’ de l’important panel international pour l’évaluation du rôle des connaissances, des sciences et des technologies agricoles pour le développement (IAASTD), composé de plus de 400 scientifiques de tous les continents, a indiqué la nécessité de remplacer d’urgence les méthodes agricoles industrielles par des méthodes qui favorisent la biodiversité et bénéficient aux communautés locales. Elle affirme en outre qu’il est possible de produire des aliments plus nombreux et de meilleure qualité sans détruire les moyens de subsistance et les ressources naturelles des zones rurales.

Photo - Manifestation publique pour la défense de la biodiversité et contre les cultures transgéniques. Photo par Gabriel Fernandes, Collection de l’AS-PTA.

Olivier de Schutter, rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation, a corroboré les lignes directrices de l’IAASTD dans le rapport présenté au Comité des droits de l’homme de l’Assemblée des Nations unies, en 2010, en plus d’expliquer le potentiel de l’agroécologie en tant qu’axe scientifique le mieux adapté pour réorienter les systèmes de production de connaissances et les alternatives technologiques pour l’agriculture. Le document fait référence à l’agroécologie comme ’un mode de développement agricole qui non seulement présente des liens conceptuels étroits avec le droit humain à l’alimentation, mais qui, en outre, a montré des résultats en fournissant ce droit aux groupes sociaux vulnérables dans plusieurs pays’.

Dans le même ordre d’idées, une série de documents a été publiée par des organes des Nations unies et par des groupes de recherche d’institutions universitaires prestigieuses du monde entier. Dans le cadre de ce processus de révision critique des directives institutionnelles, les Nations unies ont déclaré 2014 ’Année internationale de l’agriculture familiale (AIAF)’. Au milieu de l’AIAF, la FAO a organisé un symposium international sur l’agroécologie axé sur la promotion de la sécurité alimentaire et nutritionnelle, suivi de quatre séminaires régionaux.

Plus tard, déjà dans le contexte du débat sur l’agenda des ’Objectifs de développement durable’ (ODD), en 2018, le deuxième Symposium international sur l’agroécologie a eu lieu, plaçant cette fois les défis pour l’institutionnalisation de l’approche agroécologique dans les politiques publiques au centre du débat. Un livre récent met en lumière de nombreux rapports de la dernière décennie qui ont jeté les bases des preuves et des arguments en faveur de l’agroécologie.

Cette voie de la reconnaissance institutionnelle de l’agroécologie a obligé les entreprises agroalimentaires à ajuster leurs récits.

Leur discours d’autolégitimation s’était jusqu’alors concentré sur les prétendues vertus de leurs paquets technologiques, toujours présentés comme des produits à la frontière de la connaissance scientifique. En plus de l’arsenal agrochimique utilisé à grande échelle depuis les années 1960, ces paquets ont commencé à intégrer des technologies de manipulation génétique, avec l’avènement des transgéniques agricoles à partir des années 1990. L’argument clé du récit légitime du projet de modernisation agricole imposé dans le monde entier depuis le milieu du XXe siècle est lié à la nécessité d’accroître et de maintenir une productivité physique élevée des cultures et du bétail grâce auxdites technologies modernes, condition pour vaincre la faim et la malnutrition.

Bien que la fausseté de cet argument ait été dénoncée pendant des décennies, elle a été exposée sous des couleurs vives lors de la crise alimentaire de 2008, après plus de 50 ans d’imposition de paquets agricoles par le biais de politiques publiques. La crise a montré clairement que les drames de la faim et de la malnutrition ne sont pas le résultat d’un problème d’approvisionnement, mais d’une mauvaise distribution des aliments produits.

En plus de ne pas tenir leur promesse centrale, il est devenu de plus en plus difficile pour les entreprises agroalimentaires de cacher leur responsabilité directe dans la génération et l’aggravation continue des effets négatifs sur l’environnement, le climat et la santé publique. La nécessité d’ajuster le discours vient précisément de cette reconnaissance publique croissante des contradictions d’une matrice technologique qui érode les conditions biophysiques et sociales de l’existence même de l’agriculture.

Des notions telles que ’intensification durable’, ’agriculture intelligente pour le climat’ ou l’’agriculture à faible émission de carbone’ susmentionnée font désormais partie de la rhétorique des entreprises afin de véhiculer l’idée fausse d’une responsabilité environnementale dans l’agrobusiness. Derrière ces nouvelles étiquettes, de petits changements apportés aux anciennes bouteilles. Des propositions techniques basées sur la gestion de la biodiversité et de la biomasse, typiques de l’approche agroécologique, sont désormais acceptées de manière inédite dans les dispositifs technologiques de l’agrobusiness.

Ce stratagème joue un double rôle dans la guerre des récits dans laquelle se livre la lutte politique :

  • d’une part, il produit une couche superficielle de rationalité technique et environnementale, cherchant à transmettre la fausse image d’équilibre entre les objectifs économiques et écologiques ;
  • d’autre part, il confond les termes du débat public sur l’agroécologie, y compris l’intention claire de coopter les parties du mouvement agroécologique directement impliquées dans l’innovation scientifico-technologique.
    Parce que le mouvement résiste et ne se laisse pas coopter, il est identifié par ses détracteurs comme étant idéologique et radical.

Ce qui, d’une certaine manière, est vrai, il faut l’admettre, mais pas de manière désobligeante, et en aucun cas différent du projet idéologique et radical des empires alimentaires capitalistes néolibéraux. L’agroécologie est en effet idéologique parce qu’elle défend des valeurs associées à l’équité et à la justice sociale, intégrant également une orientation claire en faveur d’économies en harmonie avec la dynamique de la nature.

L’agroécologie est en effet radicale car elle désigne les rapports de force qui organisent les systèmes alimentaires mondialisés comme la racine de la crise structurelle à surmonter. Il s’agit de relations qui sont imposées par des technologies développées pour générer une dépendance structurelle de l’agriculture par rapport au capital financier. Briser les liens de dépendance vis-à-vis du capital est l’objectif de l’agriculture organisée selon une approche explicitement orientée vers la rémunération du travail et la reproduction écologique des moyens de production. L’agroécologie est cette approche.

Source de la partie traduite : https://www.agroecologynow.com/agroecology-or-collapse-part-ii-democratizing-food-systems-and-breaking-the-bonds-of-food-empires/

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  • L’agroécologie ou l’effondrement Partie III - Revendiquer l’’archaïque’, l’’anarchique’ et l’’utopique’ comme langage de la transformation du système alimentaire - Traduction du 26 février 2021 par Jacques Hallard d’un article de Paulo Petersen (in Long Read) et Denis Monteiro, en date du 09/12/2020 sous le titre « Agroecology or Collapse Part III - Reclaiming the ‘archaic’, ‘anarchic’, and ‘utopian’ as the language of food system transformation » : accessible sur ce site : https://www.agroecologynow.com/agroecology-or-collapse-part-iii/

    https://www.agroecologynow.com/wp-c...

Distribution de nourriture à Rio de Janeiro pendant la pandémie. Source : AS-PTA.

L’agroécologie est une lutte pour vaincre l’agriculture industrielle et est à la fois une pratique, une science et un mouvement. Les détracteurs critiquent souvent l’agroécologie en disant qu’elle est archaïque, anarchique et utopique. Peut-être, paradoxalement, c’est là que se trouve son potentiel.

L’agroécologie est archaïque, anarchique et utopique - bien sûr qu’elle l’est et Dieu merci ! Dans le dernier billet de cette série en trois parties, Paulo Petersen et Denis Monteiro repoussent les arguments souvent avancés contre l’agroécologie. Ils s’attaquent au langage utilisé pour critiquer l’agroécologie, et le renversent pour l’articuler comme ressources essentielles à la transformation sociale. Ils présentent ensuite les arguments en faveur de l’agroécologie en tant que modèle alternatif pour prévenir l’effondrement imminent en se concentrant sur la situation brésilienne comme exemple. Cliquez pour lire les parties I et II. Les versions précédentes de ces articles ont été publiées en portugais.

L’agroécologie a été définie sur la base de trois dimensions interdépendantes : en tant que pratique, en tant qu’approche scientifique et en tant que mouvement social. En tant que pratique sociale, elle s’exprime dans les différentes façons dont les exploitations familiales paysannes et les peuples et communautés indigènes et traditionnels organisent leur travail pour la production diversifiée de denrées alimentaires et d’autres produits agricoles. Cela se fait par le biais de processus coopératifs développés en étroite interaction avec les dynamiques écologiques et socioculturelles des territoires dans lesquels ils s’enracinent. En utilisant des approches systémiques et participatives, l’agroécologie articule des connaissances de pointe basées sur différentes disciplines scientifiques combinées à des connaissances bioculturelles populaires.

En même temps, l’agroécologie se présente comme une théorie critique qui pose un questionnement radical sur l’agriculture industrielle et le régime alimentaire des entreprises. Dans sa dimension politique, elle est organisée comme un mouvement social émergent qui articule des sujets explicitement impliqués dans sa construction pratique et théorique. Elle s’étend également à des segments croissants de la société engagés dans des luttes pour la justice sociale et environnementale, pour l’intégrité écologique des biomes, pour la santé collective, pour l’économie sociale et solidaire, pour l’égalité entre hommes et femmes, contre le racisme et la LGBT+phobie et pour des relations plus équilibrées entre le monde rural et les villes. Synthétiquement, l’agroécologie s’affirme par la synergie vertueuse entre la pratique sociale, la théorie scientifique et le mouvement politique, condensant son orientation analytique, sa capacité opérationnelle et sa force sociale transformatrice en un tout indivisible.

Photo - Alimentation saine disponible pour les personnes pauvres par le biais de l’AAP. Source : ANA.

L’agroécologie est multiforme et exploite la diversité des pratiques sociales locales pour synthétiser des principes agroécologiques pour l’analyse de la réalité et pour l’action collective. Elle s’oppose aux protocoles formalisés et aux conceptions bureaucratiques du commandement et du contrôle qui caractérisent la logique de la production industrielle qui domine les institutions scientifiques et politiques. Dans une large mesure, c’est cette particularité d’un processus social émergent, qui combine de nouvelles bases épistémologiques pour la production scientifique avec de nouvelles pédagogies et de nouveaux langages pour la mobilisation sociale et politique, qui rend encore l’agroécologie difficile à comprendre et à assimiler en tant que stratégie d’activisme et d’émancipation sociale, même dans des parties importantes des mouvements et partis de gauche.

À cet égard, il convient de rappeler que le domaine de la pensée positiviste et du productivisme économique typique des sociétés industrielles n’est pas exclusif à la droite. L’utilisation de ces mêmes lentilles d’interprétation de la réalité sociale, partagées dans les deux domaines idéologiques, explique dans une large mesure la raison pour laquelle l’agroécologie reste largement assimilée à une proposition archaïque, anarchique et utopique. On prétend donc souvent que l’agroécologie est incapable d’offrir des réponses efficaces à l’échelle nécessaire pour résoudre la grave crise systémique que traverse l’humanité. Ironiquement, les trois caractéristiques attribuées à l’agroécologie sont, au moins en partie, vraies. Mais pas avec la charge négative attribuée par les optiques positiviste et productiviste.

Un archaïsme progressiste

L’agroécologie est archaïque parce qu’elle dialogue avec les cultures populaires traditionnelles, les projetant dans l’avenir grâce à un dialogue avec les connaissances académiques systématisées. Surmonter la dichotomie entre l’archaïque et le moderne est une condition pour que les mémoires bioculturelles soient réévaluées dans le cadre de l’hétérogénéité de l’agriculture mondiale. Selon les mots éloquents de Fernando Pessoa, cela signifie que ’la vraie nouveauté qui perdure est celle qui reprend tous les fils de la tradition et les tisse ensemble pour une raison que la tradition ne peut pas tisser’.

Il est de plus en plus évident que l’agroécologie est équivalente, voire supérieure, en termes de rendement de production par rapport aux méthodes agroécologiques conventionnelles. Pourtant, la rhétorique négationniste reste en vigueur en tant que stratégie visant à délégitimer l’agroécologie dans l’opinion publique et le système politique institutionnel.

Un exemple récent a été exprimé dans la déclaration de l’ambassadeur américain de la FAO, Kip Tom, lors d’un événement promu par le ministère américain de l’agriculture (USDA). Pour l’ambassadeur, qui est également le directeur général de Tom Farms, l’un des plus grands producteurs de semences pour Bayer/Monsanto, les initiatives démocratiques et scientifiquement soutenues de la FAO pour soutenir le programme d’institutionnalisation de l’agroécologie dans les politiques publiques au niveau national représentent ’un rejet explicite de l’idée de progrès’.

Cet épisode reflète les fréquents conflits d’intérêts qui se manifestent dans ces espaces institutionnels où des questions publiques cruciales sont débattues et traitées politiquement. La rhétorique du moderne contre l’archaïque se poursuit comme un puissant dispositif discursif pour justifier le rejet institutionnel de l’agroécologie. Comme Eric Holt-Gimenez l’a bien identifié, sous cet écran de fumée narratif se cachent les trois ’péchés de l’agroécologie selon le capital’ : elle rejette les produits agrochimiques, s’appuie sur la biodiversité locale et renforce l’agriculture paysanne.

Un ordre anarchiste

L’agroécologie est anarchiste, car elle attache une grande importance aux processus locaux d’auto-organisation. Ces processus s’expriment au niveau territorial par des réseaux multipartites chargés de construire des économies de partage et de défendre les biens communs, assumant ainsi un rôle important dans la gouvernance des systèmes alimentaires décentralisés.

Mais ce caractère anarchique est relatif, car ces réseaux ne sont pas organisés dans la perspective de défendre le localisme et d’être hostiles aux surdéterminations dérivées des processus d’intégration économique et culturelle à des échelles géographiques plus agrégées. Il n’est souligné ici que pour expliquer le nécessaire contrepoint à la logique impériale autoritaire qui domine actuellement dans la gouvernance mondiale de l’agriculture et de l’alimentation.

En ce sens, l’agroécologie établit une relation réciproque avec la démocratie participative. Tout en contribuant à démocratiser les systèmes alimentaires, elle dépend d’un environnement institutionnel démocratique pour que ses pratiques s’épanouissent et se développent. Pour cette raison, la validité des États démocratiques et constitutionnels est une condition indispensable à la création d’espaces auto-organisés dans lesquels les économies de proximité, fondements de l’économie sociale et solidaire, peuvent être vécues et développées.

Une utopie réalisable

L’agroécologie est utopique, car elle est positionnée pour empêcher la confirmation des futurs les plus probables en préconisant un virage historique vers des futurs souhaitables. Il ne s’agit pas d’une utopie irréalisable ancrée dans des propositions idéalistes et irréalisables. Il s’agit plutôt de reconnaître la force de la force sociale latente et invisible de l’agriculture paysanne en alliance avec d’autres segments sociaux intéressés à assurer une alimentation saine, des conditions environnementales équilibrées et des sociétés plus justes et harmonieuses.

Une force réelle qui projette des futurs souhaitables déjà en cours de développement dans diverses parties du monde. Cette force peut être activée et développée si elle est articulée localement avec des mouvements de consommation alimentaire consciente. Il n’est jamais trop de se rappeler la devise selon laquelle ’manger est un acte politique’.

Se diriger vers cet horizon utopique implique la nécessité de reconnaître que le chemin ne sera pas éclairé par des forces d’avant-garde avec une théorie révolutionnaire universelle. Les forces de transformation sont présentes dans la myriade de pratiques sociales anti-hégémoniques visant à la reterritorialisation des systèmes alimentaires. Grâce aux réseaux locaux de production et d’approvisionnement alimentaire, des degrés croissants d’autonomie sont construits par rapport aux modes de production et de distribution commandés par le capital.

C’est en ce sens que l’agroécologie se présente comme une stratégie puissante pour ’craquer le capitalisme’, comme le propose John Holloway, pour qui ’la seule façon de penser à changer radicalement le monde est comme une multiplicité de mouvements interstitiels qui fuient le particulier’.

Pour devenir une réalité, il faut imaginer des futurs souhaitables. De plus, les chemins qui nous y conduiront ne sont pas donnés au départ. Il faut les inventer collectivement. Cela exige de la créativité dans la lutte politique afin que les obstacles institutionnels et culturels qui entravent le progrès dans la direction imaginée soient levés. Le Brésil a une riche expérience dans ce domaine. La grave crise actuelle est le moment de tirer les leçons de cette expérience brésilienne afin d’inspirer cette invention collective.

Photo - Foire de l’agrobiodiversité lors du XIe Congrès brésilien d’agroécologie. Photo - ANA

Les enseignements tirés des expériences du Brésil

Le Brésil est le premier pays au monde à reconnaître l’agroécologie dans une politique nationale, la Politique nationale pour l’agroécologie et la production biologique (PNAPO), instituée en 2012. Nous ne détaillerons pas ici le vaste cheminement de l’accumulation des forces dans la société pour que cette réalisation devienne possible.

Nous soulignons cependant que l’émergence, la diffusion et l’affirmation publique de l’agroécologie dans le pays ont coïncidé avec la période de victoires démocratiques qui a débuté dans les années 80, après deux décennies de dictature militaire, lorsque le projet de la Révolution verte a été imposé à la société brésilienne. Un chemin synchronisé avec celui observé dans d’autres pays d’Amérique latine, dont les processus historiques ont également été influencés négativement par la Révolution verte, un projet politico-idéologique autoritaire imposé dans toute la région en réponse claire aux prétendus ’risques’ de diffusion de la ’révolution rouge’, à l’époque déjà vécus à Cuba.

Bien que l’émergence de l’agroécologie au Brésil en tant que mouvement social contre-hégémonique ait eu des origines sociales et géographiques diverses, deux aspects déterminants ont canalisé les processus de mobilisation et ont convergé vers la formation, respectivement, de l’Articulation nationale de l’agroécologie (ANA) et de l’Association brésilienne d’agroécologie (ABA-Agroecologia) : la première, étroitement associée aux luttes rurales historiques pour la réforme agraire et la défense des droits territoriaux des populations et communautés indigènes et traditionnelles, mobilise les mouvements sociaux dans les campagnes, les eaux, les forêts et les villes, ainsi que les organisations consultatives, notamment les ONG ; la seconde, liée à la pensée sociale et environnementale critique dans l’univers scientifique-universitaire, implique l’engagement des éducateurs, des chercheurs, des vulgarisateurs et des étudiants.

Les deux volets ont développé et accru la capacité d’expression publique sur la base de processus progressifs de rapprochement et de reconnaissance mutuelle entre différents sujets collectifs qui critiquent radicalement l’agrobusiness et d’autres mégaprojets économiques qui déstructurent les moyens et les modes de vie de la paysannerie plurielle, des communautés traditionnelles et des peuples indigènes.

L’identité collective autour de l’agroécologie a également été fusionnée par l’affirmation de modèles alternatifs pour l’organisation sociale, technique et économique du monde rural et des systèmes alimentaires. Au milieu de ce processus de lutte sociale - tout en résistant et en affirmant des alternatives au capitalisme agraire - l’agroécologie a été incorporée comme référence théorique pour la description, l’analyse et l’identification mutuelle d’expériences sociales contre-hégémoniques.

L’action convergente de l’ANA et de l’ABA-Agroécologie a été décisive pour l’accumulation des forces et pour l’expression publique cohérente des luttes quotidiennes des mouvements et des organisations sociales dans les réalités hétérogènes des territoires, où l’agroécologie s’exprime effectivement comme une force matérielle et comme une approche pour la relocalisation des systèmes alimentaires.

Dans cette voie, nous soulignons la situation particulièrement favorable à partir de 2003, lorsque le gouvernement Lula a adopté la lutte contre la faim comme priorité politique. La mise en place de la politique nationale de sécurité alimentaire et nutritionnelle, qui a instauré un processus de gouvernance intersectorielle avec la participation active de la société civile, a permis de créer une nouvelle génération de politiques publiques axées sur l’agriculture et l’alimentation.

Ce processus s’est inspiré et a tiré les leçons des expériences précédentes dans le domaine agroécologique, dont beaucoup ont été rendues possibles par la signature de partenariats entre des organisations et des mouvements sociaux avec les gouvernements municipaux et étatiques et les organes du gouvernement fédéral.

Cependant, la réaffirmation de l’hégémonie politique et idéologique de l’agrobusiness sous l’administration du Parti des travailleurs (PT) a réduit les avancées dans ce domaine alternatif à une petite niche d’innovation institutionnelle. Pourtant, certaines leçons de cette période doivent être tirées en ce moment où la faim et la misère occupent à nouveau une place importante dans l’agenda politique national.

Il est important de rappeler ici que les pandémies de Covid-19 ne sont pas responsables de cette régression historique qui replace le Brésil sur la carte de la faim des Nations unies. Il s’agit d’un problème structurel enraciné dans le système économique qui génère des inégalités sociales abyssales. Depuis le coup d’État de 2016 et, surtout, depuis janvier 2019, cette réalité s’est aggravée avec l’augmentation des taux de pauvreté résultant de l’imposition de l’orthodoxie néolibérale sur la gestion du gouvernement, y compris le démantèlement des politiques de sécurité alimentaire et nutritionnelle.

Contrairement aux mesures adoptées par les dirigeants politiques d’autres pays en pleine pandémie, les forces réactionnaires qui contrôlent le pouvoir de l’État au Brésil profitent de la situation pour tenter de mener à bien leur programme régressif. Alors que le ministre de l’économie a affirmé la nécessité de réformes pour réduire la taille de l’État, la Chambre des députés a approuvé le registre de l’emploi vert et jaune [TN : couleurs du drapeau brésilien], ce qui a encore affaibli le travail en faveur du capital, et les gouverneurs infranationaux ont renouvelé l’exonération fiscale pour les pesticides.

Des cycles régressifs de l’économie agroalimentaire ....

En plus de dénoncer l’approche lâche et criminelle adoptée par les agents du changement, il appartient maintenant aux forces démocratiques de lutter pour la mise en place de mesures publiques capables de répondre au drame humanitaire de la faim avec l’urgence que la situation exige. Si ces mesures ne sont pas adoptées, l’aide d’urgence, durement gagnée, lentement débloquée et insuffisante, de 600 réals brésiliens (environ 100 euros) destinée aux personnes en situation de plus grande vulnérabilité économique sera dépensée pour l’achat de nourriture de très mauvaise qualité.

En plus de compromettre la santé individuelle au moment précis où le système immunitaire des personnes doit être renforcé, les milliards de dollars dépensés dans ce sens favoriseront (une fois de plus) les intérêts économiques des empires alimentaires, alors qu’ils pourraient jouer le rôle de générer des effets multiplicateurs sur des économies alimentées par des millions de petits producteurs et distributeurs d’aliments sains articulés en réseaux locaux dans tout le pays.

En favorisant l’augmentation de la consommation d’aliments ultra-traités, les initiatives gouvernementales déjà mises en œuvre compromettent la production et la distribution d’aliments sains, contribuant à en gonfler les prix. En ce sens, nous concluons que l’économie des aliments ultra-transformés, désormais renforcée par les mesures de lutte contre les effets de la pandémie, fonctionne comme un maillon articulé dans un cercle vicieux formé par la concentration des revenus, par la destruction des emplois, par l’appauvrissement, la faim et les problèmes de santé.

L’essence de cette logique perverse d’accumulation, qui relie des aliments de mauvaise qualité, relativement bon marché pour les consommateurs et très rentables pour les grands complexes monopolistiques, se trouve dans le contrôle exercé par ces derniers dans les dernières étapes des chaînes de production, là où se réalisent exactement les plus grands profits.

  • .... vers les cycles vertueux de l’économie de l’agroécologie
    Les mesures d’urgence structurelles doivent être conçues pour interrompre ces cycles régressifs afin de favoriser des cycles vertueux en associant la distribution des revenus à la promotion de la santé, à la dynamisation des économies sociales et solidaires et à la création d’emplois. Au lieu de l’appropriation massive de la valeur ajoutée par les détenteurs du capital, la richesse sociale serait équitablement répartie entre des millions de petits agents économiques qui, par leur travail, structurent des chaînes alimentaires territorialement décentralisées.

Ce changement de perspective ne laisse aucun doute quant à la voie à suivre : d’une part, éliminer le soutien public à la production et à la consommation d’aliments ultra-traités ; d’autre part, stimuler la production et la consommation d’aliments sains. Afin d’avoir une efficacité immédiate et de créer les conditions pour faire face à la crise d’appauvrissement liée à l’insécurité alimentaire et nutritionnelle qui aura tendance à se prolonger longtemps après la pandémie, une stratégie dans ce sens implique nécessairement la création d’une demande de production de la part de l’agriculture familiale.

En plus de pouvoir réagir rapidement aux stimuli économiques dans ce sens, l’agriculture familiale paysanne, comme nous l’avons déjà dit, a une logique économique qui induit la génération de multiples effets sociaux, culturels et écologiques nécessaires pour faire face et surmonter la crise structurelle qui concerne et implique la société tout entière.

La création d’un espace physique, idéologique, politique et économique permettant à l’agriculture paysanne familiale de développer son potentiel multifonctionnel nécessite la mise en œuvre d’un ensemble intégré de mesures structurelles à caractère public, à commencer par l’accomplissement du mécanisme constitutionnel actuellement menacé sur la fonction sociale et environnementale de la terre.

De nombreuses formulations critiques et propositions conformes à la perspective agroécologique ont été produites à cet égard au cours des dernières années, donnant lieu à de vastes débats et consultations impliquant la société civile organisée. Nous en soulignons deux ici : la lettre de la 5e Conférence nationale sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle, 2015, dont la devise était ’Une vraie alimentation à la campagne et à la ville’ ; et la lettre de la IVe Rencontre nationale sur l’agroécologie, 2018, dont la devise était ’Agroécologie et démocratie’ : Unir la campagne et la ville’.

Photo - Réunion plénière de l’ANA au Brésil.

Et maintenant ?

Malgré le fait que les réalités agraires, agricoles et alimentaires se soient intensément dégradées au Brésil depuis la publication de ces lettres, l’essentiel des propositions qui y sont présentées reste en vigueur comme horizon de lutte sociale. Faire avancer des changements structurels tels que ceux préconisés par la société civile nécessite un long processus d’accumulation de forces.

En ce moment de crise, la corrélation des forces dans la société et dans la sphère politico-institutionnelle est défavorable à l’avancement de ce programme. Cela implique la nécessité de mettre en œuvre des actions concrètes, politiquement et économiquement réalisables, qui répondent aux besoins urgents des couches les plus vulnérables de la population et contribuent à favoriser les réseaux territorialisés de l’économie solidaire. C’est le défi qui doit être immédiatement adopté par le champ de la gauche démocratique.

Dans l’urgence, les actions publiques doivent se concentrer sur l’accès à une alimentation saine des populations les plus vulnérables, parmi lesquelles les sans-abri, les habitants des bidonvilles, les quilombos et les communautés indigènes, ainsi que les habitants des périphéries urbaines. Exactement la même orientation que celle déjà prise par la société civile sur la base des initiatives de solidarité qui se multiplient dans tout le pays. Aujourd’hui, plus que jamais, le rôle de l’État doit être de reconnaître et de renforcer les capacités des organisations civiles à se mobiliser en solidarité avec les plus vulnérables.

Une proposition aux multiples facettes

La reprise immédiate du Programme d’Acquisition d’Aliments auprès de l’Agriculture Familiale (PAA) proposé par l’ANA au tout début de la quarantaine, visant à renforcer les réseaux de solidarité rapidement activés par la société civile à travers le pays afin d’assurer l’accès à une alimentation saine pour les personnes les plus touchées par la pandémie. Le PAA est l’un des instruments conçus depuis 2003 dans le cadre de la stratégie du gouvernement précédent pour vaincre la faim et l’insécurité alimentaire au Brésil.

Basé sur la participation large et active des organisations de la société civile au Conseil national pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle (Consea), le PAA a inspiré la création d’accords intersectoriels capables de surmonter la fragmentation institutionnelle de l’État, l’un des plus grands obstacles à l’internalisation de la perspective agroécologique dans les politiques publiques. En achetant des aliments produits par l’agriculture familiale et en les distribuant aux secteurs de la population socialement vulnérables, le programme a favorisé les effets de synergie entre les segments de la structure fonctionnelle de l’État au fonctionnement traditionnellement autarcique : promotion économique (garantie d’achat et prix minimum pour l’agriculture familiale), protection sociale (aide alimentaire aux populations vulnérables), conservation de l’environnement (sauvetage de la biodiversité, incitation à la diversification productive) et revalorisation culturelle (réaffirmation des identités, des produits et des habitudes alimentaires régionales et de l’estime de soi).

En outre, l’un des aspects qui distingue le PAA par rapport aux politiques de production et d’approvisionnement alimentaire antérieures est le pari sur le potentiel productif du secteur le plus pauvre de l’agriculture familiale, celui que l’on appelle à tort ’agriculture de subsistance’, généralement assumé par l’État exclusivement comme le bénéficiaire public des politiques d’assistance.

Avec des ressources budgétaires provenant d’une seule source, le programme a pu produire une symbiose entre les différents secteurs administratifs de l’État.

Il a ainsi démontré une grande efficacité fiscale dans l’utilisation des ressources publiques et a contribué à l’impulsion de processus vertueux de développement rural en favorisant la création de liens directs entre production et consommation alimentaire, en contribuant à l’augmentation et à une plus grande appropriation de la valeur ajoutée par les producteurs et également à la revalorisation des pratiques et expressions culturelles liées à l’utilisation sociale de la biodiversité.

En soutenant les chaînes de distribution courtes, le PAA encourage également la diversification productive des exploitations agricoles familiales, élément central de toute stratégie fondée sur l’agroécologie. Grâce à ce double effet positif, le PAA a permis d’augmenter les revenus des familles d’agriculteurs sans avoir à les soumettre à des relations de dépendance technique et économique vis-à-vis des secteurs agro-industriel et financier.

Le PAA est l’une des politiques publiques qui a subi de sévères coupes budgétaires au cours des 8 dernières années. Au plus fort de son exécution, en 2012, le programme a alloué environ 150 millions d’euros pour l’achat de près de 300 000 tonnes de 380 types d’aliments différents produits par 185 000 agriculteurs/familles membres, au profit de 24 000 entités d’assistance alimentaire.

Même ce volume relativement faible de ressources, mais dont les résultats ont une grande valeur démonstrative, a été fortement érodé par les politiques socialement régressives du gouvernement actuel. Le budget 2020 a été limité à 30 millions d’euros, dont 11 millions ont été bloqués au début de la quarantaine.

L’ANA a demandé l’allocation immédiate de 170 millions d’euros (1 milliard de reais brésiliens), une somme suffisante pour acheter 300.000 tonnes de nourriture. Cette somme pourrait fournir des fruits et légumes à 11 millions de personnes pendant plus de 60 jours, assurant une consommation quotidienne par habitant de 400 grammes de ces aliments, comme le recommande l’Organisation mondiale de la santé.

Nous savons que dans des situations de crise grave comme celle que nous vivons actuellement, les plus pauvres doivent donner la priorité aux maigres ressources financières qui leur viennent en main pour acheter le ’gros’ de la nourriture, c’est-à-dire le riz, les haricots, le sucre, les pâtes et quelques autres articles. Le PAA peut donc jouer un rôle décisif pour assurer une alimentation plus équilibrée. Ceci est particulièrement pertinent dans un pays où il n’existe pratiquement pas de campagnes publiques pour promouvoir une alimentation saine et adéquate et où la publicité pour les aliments ultra-traités est diffusée quotidiennement pendant des heures par les médias.

En plus de garantir un accès prioritaire à une alimentation saine pour les personnes les plus démunies, la reprise du PAA contribuerait directement à renforcer l’économie de milliers d’agriculteurs familiaux. Les ressources allouées à l’agriculture familiale par le biais du PAA seront réinvesties dans la production, générant ainsi des effets multiplicateurs sur les économies locales. L’instrument doit également être compris comme une politique de développement territorial qui stimule l’économie basée sur la création d’emplois et de revenus dans des activités essentielles pour la promotion de la sécurité alimentaire et nutritionnelle et la santé des populations.

La proposition de l’ANA doit être comprise dans le cadre d’une stratégie publique visant à générer une demande pour les aliments produits par l’agriculture familiale.

Cette stratégie doit combiner un ensemble intégré de politiques et de programmes, impliquant des achats publics, des incitations fiscales, des crédits, des soupes populaires, des campagnes d’éducation, entre autres instruments d’intervention du gouvernement sur les marchés. La reprise des espaces de gouvernance participative aux différents niveaux de la Fédération est une condition importante pour assurer la perspective intersectorielle de la stratégie, ainsi que sa cogestion avec la société civile.

Les luttes contre l’hégémonie ont permis d’obtenir des résultats importants. Ce sont les luttes pour la démocratie qui ont permis à des millions de familles paysannes d’atteindre aujourd’hui les conditions pour continuer à produire une alimentation saine qui atteint ceux qui en ont le plus besoin grâce aux initiatives de solidarité les plus variées. C’est dans les moments historiques les plus dramatiques que l’importance de la place occupée et du rôle joué par l’agriculture familiale paysanne dans le développement social devient plus visible et que sa reconnaissance simultanée en tant qu’agent historique et en tant que valeur sociétale est nécessaire.

Conclusion - Le temps de l’agroécologie, c’est maintenant, comme toujours…

Le coronavirus a accéléré le rythme de l’histoire et l’avenir est impondérable *.

  • Impondérable > 1. Didactique : qui n’a pas de poids appréciable, mesurable.
    Des particules impondérables. 2. Au figuré : dont l’action, quoique effective, ne peut être appréciée ni prévue.

Mais il ne fait jamais de mal de se rappeler que l’histoire s’écrit à travers les luttes sociales. Prévenir l’effondrement qui s’annonce exige que l’humanité soit réunie avec elle-même et ses sources vitales. L’agroécologie indique des moyens d’ancrer l’économie dans les valeurs de solidarité humaine et de réciprocité avec la nature. En fournissant des lignes directrices pour le développement d’institutions de régulation pour des systèmes alimentaires sains, équitables et durables, elle fonctionnerait comme un antidote déclenché localement contre la nécropolitique imposée à l’échelle mondiale par les empires alimentaires.

Créer les conditions pour que les promesses de l’agroécologie deviennent réalité est, avant tout, un défi politique.

Compte tenu de la forte résilience du régime alimentaire des entreprises, ce défi ne pourra être relevé que s’il est assumé par de larges majorités sociales au détriment des intérêts d’une minorité prédatrice et parasitaire. Il appartient aux forces démocratiques organisées de la société d’actualiser les récits et les méthodes de mobilisation afin que les demandes des différents segments sociaux et identitaires actifs dans la défense de la démocratie et de la durabilité soient articulées. Plus que jamais, la crise du coronavirus montre qu’une alimentation saine, une nécessité quotidienne vitale pour la population, se présente comme un lien puissant entre ces revendications.

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Participatory approaches to science and technology

Three Knowledge Mobilization Strategies for Social Change

Agroecology – Vision, Practice, Movement : Voices From Social Movements 07:07

Inquire about our new MSc in Agroecology, Water and Food Sovereignty (video below) 05:02

Centre for Agroecology, Water and Resilience

À propos de nous > Agroecology Now ! est un projet de recherche, d’action et de communication organisé par le Centre pour l’agroécologie, l’eau et la résilience qui se concentre sur la compréhension et le soutien des transformations sociétales nécessaires pour faire de l’agroécologie un modèle de systèmes alimentaires durables et justes.

Il est basé sur l’engagement de coproduire et de mobiliser les connaissances avec les organisations de la société civile, les organismes intergouvernementaux, les décideurs politiques, les chercheurs et les producteurs alimentaires pour faire avancer les transformations sociétales en faveur de l’agroécologie.

Notre travail souligne tout particulièrement l’importance des connaissances des populations dans la transformation de la société et l’utilisation d’approches participatives, transdisciplinaires et orientées vers l’action dans la recherche.

Ce projet global comprend une série de projets connexes et les résultats et publications de ce projet ; peuvent être consultés sur le site en anglais. Contactez Colin Anderson colin.anderson@coventry.ac.uk pour toute question, commentaire ou simplement pour nous contacter. https://www.agroecologynow.com/about/

Coventry University - Dream big because you can

Compléments

Autre document en relation avec ces rapports :

En Amérique latine, l’agroécologie est une lutte politique

Publié le 18.06.2018 - Mis à jour le 08.07.2019 - © CCFD-Terre Solidaire - Texte de Florence Poznanski et photos de Lucas Bois publiés sur le site de l’Articulation nationale d’agroécologie (ANA) au Brésil : En Amérique latine, l’agroécologie est une lutte profondément politique

En Amérique latine, l’agroécologie est une lutte politique

En Amérique latine, se développe une approche politique de l’agroécologie. Au-delà de la seule question de l’agriculture, elle prend en compte des enjeux cruciaux tels que le travail décent, l’égalité femmes hommes ou encore la lutte pour la démocratie...

L’agroécologie promeut un nouveau modèle de développement. Elle s’appuie sur des pratiques agricoles et d’utilisation du sol dans une perspective écologique et de bien commun. Elle est centrée sur des savoirs et cultures traditionnels et populaires.

Au Brésil, le Collectif national d’agroecologie (l’ANA [1]) réunit plusieurs centaines d’organisations d’agriculteurs, de femmes, d’artistes et de militants depuis plus de quinze ans. Tous les quatre ans, elle organise la Rencontre nationale d’agroécologie (la RNA) dans le but de renforcer ce réseau et de partager les savoir-faire. Sa quatrième édition s’est tenue entre les 31 mai et 3 juin 2018 dans la ville de Belo Horizonte (sud-est du pays) avec pour thème : le lien entre la ville et la campagne pour la production d’une alimentation plus saine. Parmi les 2000 participants provenant des différentes régions du pays, se trouvaient une cinquantaine de personnes de 14 pays.

Les réseaux internationaux de l’agroécologie

Le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD-Terre Solidaire) faisait partie des participants qui ont fait le voyage. L’organisation française défend le droit à la terre sur tous les continents depuis plus de 50 ans. Sa présence se doit au partenariat de soutien institutionnel qui a été signé avec l’ANA en 2016, dans le cadre d’un programme mondial sur la transition écologique et la valorisation des savoirs des communautés traditionnelles. En Amérique latine, outre le Brésil, le CCFD-Terre accompagne des organisations dans 10 pays comme le Mexique, le Pérou, l’Equateur, Haïti.

© Lucas Bois

Martin Willaume en charge des projets du CCFD-Terre Solidaire dans la région andine explique :

« L’expérience latino-américaine nous intéresse beaucoup parce qu’elle développe une approche politique de l’agroécologie qui va bien au-delà de la seule question de l’agriculture. En plus du débat sur la production d’aliments biologiques et la protection du sol, le mouvement parvient à relier d’autres axes centraux tels que le travail décent, l’égalité de genre ou la lutte pour la démocratie. »

Puis, il ajoute :

« Cette approche n’existe pas dans d’autres régions du monde, par exemple en Afrique où le mouvement travaille selon une ligne principalement technique. Nous cherchons à comprendre comment se construit cette articulation pour partager ensuite l’expérience là-bas ».

Il fait état de plusieurs expériences agroécologiques sur le continent qui s’entrecroisent avec d’autres agendas politiques :

  • En Bolivie, par exemple, l’agroécologie est devenue un axe central dans le processus de construction de l’autonomie locale des peuples autochtones, conformément à la législation de l’État plurinational.
  • Au Pérou, les mouvements construisent l’agroécologie comme un moyen de lutte contre l’exploitation minière, et
  • En Colombie, le mouvement agroécologique associe les enjeux du processus de paix dans sa lutte.
    Pour affronter les empires de l’agro-business, il faut une union internationale

https://ccfd-terresolidaire.org/loc...

Paulo Peterson, membre du comité exécutif de l’ANA, explique en quoi ces alliances internationales sont importantes, surtout dans le contexte que connaît le Brésil actuellement :

« La nature même de l’agroécologie est transversale. Si l’on prend les 17 objectifs de développement durable, adoptés par les Nations unies, on se rend compte que l’agroécologie en couvre la majorité : le climat, l’eau, la lutte pour l’égalité des genres, contre la pauvreté, contre la faim, pour le travail décent, etc. »

En complétant la réflexion de Martin Willaume sur la dimension politique de l’agroécologie, il souligne que :

« Il n’est pas possible de penser l’agroécologie sans penser la défense de la démocratie. Nous parlons de processus qui ne correspondent pas à une logique de marché. L’agroécologie est liée au bien commun. C’est un défi global car les entreprises que nous combattons sont des empires mondiaux. La réponse consiste en plus d’autonomie, plus de souveraineté pour se rapprocher de la nature et créer de nouvelles relations sociales. »

Il explique que plusieurs organisations latino-américaines ont contacté le Collectif national d’agroécologie (ANA) pour participer à la Rencontre nationale d’agroécologie. Il souligne également que ces échanges de connaissances sont importants pour permettre au mouvement de continuer à innover et s’enrichir de nouvelles idées.

Lire notre article : Au Brésil, des agriculteurs familiaux résistent depuis 50 ans à un agro-business destructeur

Le Brésil a une force d’articulation pionnière sur le continent

https://ccfd-terresolidaire.org/loc...

Parmi les représentants latino-américains, se trouvait la Colombienne Patrícia Candela Orozco. Elle s’est rendue au Brésil pour connaître l’expérience de la RNA. Elle y représente l’Instituto Mayor Campesino (Imca), situé dans la région du Valle del Cauca, près de Cali. Une organisation qui travaille depuis 57 ans avec les communautés paysannes et s’implique pour la promotion de la citoyenneté et de l’économie solidaire.

Pour elle, le Brésil est pionnier au niveau de l’agenda de l’agroécologie en Amérique latine. Elle remarque que les organisations du pays ont su construire une convergence des forces. Cela donne corps au mouvement et leur permet d’organiser un événement aussi important. Elle dit avoir aussi été très impressionnée par la méthodologie appelée « mystique » qui utilise les chants populaires, le théâtre et la poésie pour introduire ou contextualiser les échanges lors des réunions. Ainsi, cela permet davantage d’interactions avec les participants.

Patrícia Candela Orozco explique :

« Quand on arrive à atteindre le côté émotionnel des gens on donne un pouvoir beaucoup plus fort à nos messages, on ne reste pas que dans le rationnel. Si chacun ressent la nécessité de cette lutte depuis son fort l’intérieur, il peut transmettre ce message plus facilement au reste de la population. »

La taille du réseau impliqué dans l’organisation de la RNA est un autre point qui a attiré son attention. En Colombie, l’Imca a participé à la construction de la première rencontre nationale d’agriculteurs qui a eu lieu en 2017 à l’initiative de diverses organisations de la société civile. Patrícia décrit le défi qu’une telle initiative représente et affirme être très enthousiaste en découvrant de nouvelles perspectives d’action présentées par l’expérience brésilienne.

Après quatre jours d’ateliers, de séminaires et d’échanges, l’ANA a adopté une déclaration politique indiquant les principaux axes de lute du mouvement pour les prochaines années. La déclaration dénonce les violences du latifundium et du modèle de développement prédateur. Ce modèle asservit les peuples à l’extraction des matières premières appauvrissant la terre et ceux qui en vivent. Elle réaffirme aussi sa conviction que l’agroécologie représente une alternative tangible et réelle à ce modèle capitaliste, centrée sur la vie, la nature et la dignité humaine.

Pour en savoir plus :
Notre diaporama Au Pérou : Manger sain et à sa faim grâce à l’agriculture urbaine
Notre article : A Haïti : 6 stratégies pour s’adapter au changement climatique

[1] Collectif rassemblant des mouvements, réseaux et organisations de la société civile engagés dans la promotion de l’agroécologie

Source : https://ccfd-terresolidaire.org/nos-combats/souverainete/agroecologie-amerique-latine-lutte-politique-6138

CCFD-Terre Solidaire - Soyons les forces du changement

CCFD-Terre solidaire — Wikipédia

L’Argentine se cherche un modèle agricole Par Aude Villiers-Moriamé (Buenos Aires, correspondante) - Publié le 21 février 2021 à 15h00 – Document ‘Le Monde’ lecture complte conditionnelle –

Entre production intensive exportatrice et culture à petite échelle plus respectueuse de l’environnement, le gouvernement péroniste peine, face aux pressions, à fixer un cap.

Lors d’une manifestation contre l’agriculture intensive, une Argentine brandit une pancarte sur laquelle on peut lire : « On produit de la nourriture, les politiciens produisent des pauvres. » A San Nicolas, dans le nord-est du pays, le 11 mars 2020. Natacha Pisarenko / AP

« Si le campo [l’agriculture] va bien, le pays va bien. » L’adage, bien connu en Argentine, révèle l’importance des secteurs agricole et agroalimentaire, qui représentent, en 2018, plus de 60 % des exportations argentines et quasiment 10 % du produit intérieur brut. L’agriculture constitue l’un des principaux moteurs de l’économie de cet immense Etat dont les surfaces cultivables s’étendent bien au-delà de la Pampa humeda, cette grande zone fertile qui traverse six provinces du centre du pays.

Bonne nouvelle pour le secteur : 2021 a démarré sur une forte hausse des cours des matières premières, et en particulier du soja, dont l’Argentine est le troisième producteur mondial. Mais cette année s’est également ouverte sur de fortes tensions entre le gouvernement et les grands producteurs agricoles, échaudés par la rumeur d’une possible hausse des taxes sur les exportations.

Le gouvernement – qui n’a pas donné suite aux multiples sollicitations du Monde – fait face à un dilemme : d’une part, il a cruellement besoin de devises étrangères obtenues grâce aux exportations, afin de faire face à la crise que traverse l’Argentine et alors qu’il se trouve en pleine renégociation de sa dette auprès des créanciers internationaux, FMI en première ligne. D’autre part, les autorités veulent éviter une flambée des prix sur le marché interne, dans un pays qui n’arrive pas à se défaire de son taux d’inflation annuel à deux chiffres.

Rétropédalage

Les taxes sur les exportations sont à l’origine d’un épreuve de force quasi permanente entre les producteurs et l’Etat. Elles s’élèvent actuellement à 33 % pour le soja et à 12 % pour le maïs et le blé. « Le secteur agricole est uniquement vu par le gouvernement comme une source de recettes fiscales, et non comme un secteur qui peut générer davantage de ressources pour l’Argentine, surtout grâce aux exportations », dénonce Jorge Chemes, président des Confédérations rurales argentines (CRA), l’une des principales fédérations agricoles, et l’une des plus combatives.

« Les producteurs ne peuvent pas vendre [des aliments] aux Argentins au même prix qu’à l’international », a déclaré le président de centre gauche, Alberto Fernandez, dans une interview au journalPagina/12publiée le 7 février, menaçant d’augmenter les taxes aux exportations pour encourager le secteur agricole à orienter une plus grande partie de sa production au marché domestique et pour, in fine, faire baisser les prix…

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Article réservé à nos abonnés Lire aussi En Argentine, l’ire des grands producteurs de soja

Source : https://www.lemonde.fr/economie/article/2021/02/21/l-argentine-se-cherche-un-modele-agricole_6070721_3234.html - Le Monde - Toute l’actualité en continu

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Remerciements : à nos correspondants qui nous ont tenus informés : ’Organic Consumers Association’ en date du 20/02/21 14:50 - As Paulo Petersen writes :

“The growing number of ecological, health, economic and social crises situations are compounding and are based in an exceptionally complex political reality that demand a systemic and holistic perspective. Yet, governments and public policy around the world are plagued by sectoral approaches. These need to be overcome if we can respond to this crisis in a way that dismantles the vicious regressive circles that make the causes seem like the effects, and vice versa.”

Fortunately, we at OCA and Regeneration International have a solution, as our close ally, Vandana Shiva, points out : “Regenerative agriculture provides answers to the soil crisis, the food crisis, the climate crisis and the crisis of democracy.”

Read more : Agroecology or Collapse : Part 1—From Emergency Responses to Systemic Transformations

Le nombre croissant de situations de crises écologiques, sanitaires, économiques et sociales se conjuguent et s’inscrivent dans une réalité politique exceptionnellement complexe qui exige une perspective systémique et holistique. Pourtant, les gouvernements et les politiques publiques du monde entier sont en proie à des approches sectorielles. Il faut les surmonter si nous voulons répondre à cette crise d’une manière qui démantèle les cercles régressifs vicieux qui font passer les causes pour des effets, et vice versa’.

Heureusement, l’OCA et Regeneration International ont une solution, comme le souligne notre proche alliée, Vandana Shiva : ’L’agriculture régénératrice apporte des réponses à la crise des sols, à la crise alimentaire, à la crise climatique et à la crise de la démocratie’.

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Traduction des parties 2 et 3, mise en forme, compléments et intégration de liens hypertextes par Jacques HALLARD, Ingénieur CNAM, consultant indépendant – 28/02/2020

Site ISIAS = Introduire les Sciences et les Intégrer dans des Alternatives Sociétales

http://www.isias.lautre.net/

Adresse : 585 Chemin du Malpas 13940 Mollégès France

Courriel : jacques.hallard921@orange.fr

Fichier : ISIAS Sociologie Politique Brésil Agroécologie ou effondrement.2.docx

Mis en ligne par le co-rédacteur Pascal Paquin du site inter-associatif, coopératif, gratuit, sans publicité, indépendant de tout parti, géré par Yonne Lautre : https://yonnelautre.fr - Pour s’inscrire à nos lettres d’info > https://yonnelautre.fr/spip.php?breve103

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