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"Série ‘Raison et Foi en Méditerranée’ Partie 2 : Des grandes figures de l’Islam en quête de vérité en philosophie, en médecine et dans les sciences de leur temps, aux 9ème-10ème siècles de notre ère" par Jacques Hallard

lundi 13 septembre 2021, par Hallard Jacques



ISIAS Monde arabe et Islam

Série ‘Raison et Foi en Méditerranée’

Partie 2 : Des grandes figures de l’Islam en quête de vérité en philosophie, en médecine et dans les sciences de leur temps, aux 9ème-10ème siècles de notre ère

Jacques Hallard , Ingénieur CNAM, site ISIAS – 13/09/2021

Source du symbole

Partie 1  : Série ‘Raison et Foi en Méditerranée’ Partie 1 : ’Au 12ème siècle, le musulman Averroès et le juif Maïmonide traitaient de la foi et de la raison’ par Jacques Hallard, jeudi 27 mai 2021 - ISIAS

Partie 2 : Des grandes figures de l’Islam, en quête de vérité en philosophie, en médecine et dans les sciences de leur temps, au 9ème-10ème siècle

Plan du document  : Préambule {{}}Introduction Sommaire {{}}Auteur {{}}

Remarque graphique : islam avec un /i/ minuscule lorsqu’il s’agit de la religion islamique, mais Islam avec un /I/ majuscule quand il s’agit des sociétés.https://orientxxi.info/mots-d-islam...Source

Repérage géographique de l’espace méditrranéen et du Proche-Orient à la fin de l’Antiquité : voir la carte avec enregistrement Et Libri Aperti, 7 octobre 2019

Pour un tour d’horizon complet sur l’Histoire et la géographie > voir 40 cartes pour expliquer le Moyen-Orient et la Méditerranée, 09 octobre 2018, ‘Les Crises’ – (Vox, Max Fisher, 26-03-2015). Source : https://www.les-crises.fr/40-cartes-pour-expliquer-le-moyen-orient/

Image dans Infobox.

Source – Illustration - A propos de l’Ikhwan al-Safa  : une somme savante des 9ème-10ème siècles autour de l’Irak durant l’époque abbasside , composé par les ‘Frères de la Pureté’, arabe : إخوان‌ الصفا).


Préambule

A propos de la vérité

Exergue : les vers audacieux du musulman Abu-l-Ala al-Maari (973-1058) : pratiquement aveugle, néanmoins philosophe sceptique et pessimiste, écrivain, poète ‘engagé’ d’origine syrienne :

La vérité est soleil recouvert de ténèbres -
Elle n’a pas d’aube dans les yeux des humains.

La raison, pour le genre humain
Est un spectre qui passe son chemin.

Foi, incroyance, rumeurs colportées,
Coran, Torah, Évangile ; prescrivant leurs lois ...
À toute génération ses mensonges que l’on s’empresse de croire et consigner.
Une génération se distinguera-t-elle, un jour en suivant la vérité ?

Deux sortes de gens sur la terre :
Ceux qui ont la raison sans religion, et ceux qui ont la religion et manquent de raison..

Tous les hommes se hâtent vers la décomposition,
Toutes les religions se valent dans l’égarement.

Si on me demande quelle est ma doctrine, elle est claire :
Ne suis-je pas, comme les autres… un imbécile ?

En savoir plus sur cette personnalité >>> Abu-l-Ala al-Maari

Le théologien persan Abu Hatim al-Razi dit que « la vérité est unique, éternelle, immuable », contrairement à Rhazès qui pense que « nous ne pouvons approcher la vérité que par corrections et compléments » - Source : Brion, Fabienne, « Le temps, l’espace et la genèse du monde selon Abû Bakr al-Râzî. Présentation et traduction des chapitres I, 3 du « Kitâb a’lâm al-nubuwwa » d’Abû Hâtim al-Râzî » [archive], Revue philosophique de Louvain, tome 87, n°74, 1989, p. 139-164.

Citations d’Ibn al-Haytham (Extraits de « L’âge d’or des sciences arabes ») - L’Institut du monde arabe.
* « Peu de savoir, vaut mieux que beaucoup de culte » - Hadith (Dit du prophète)
* « Il est du devoir de celui qui étudie les ouvrages scientifiques, s’il aspire à connaître la vérité, de se faire l’adversaire de tout ce qu’il étudie, examinant minutieusement le texte
et tous ses commentaires, le mettant en question sous tous les aspects imaginables.
Il est aussi de son devoir de se mettre lui-même en question. C’est en suivant cette voie
que se révéleront à lui les vérités et que se manifesteront les insuffisances et les incertitudes que peuvent receler les ouvrages de ses prédécesseurs ».
Ibn al-Haytham (mort en 1041) : ash-Shukûk ‘alâ Batlamyûs (Les doutes sur Ptolémée).
A.Sabra & N. Sihabi (édit.), Le Caire, Dâr al-Kutub al-misriya, 1996. Source 

Selon Rhazès : ’La vérité, en médecine, est une moyenne qu’on ne peut atteindre ; tout ce que l’on peut lire dans les livres a beaucoup moins de valeur que l’expérience d’un médecin qui pense et raisonne [...]. La lecture ne fait pas le médecin, mais bien l’esprit critique et le talent d’appliquer à des cas particuliers les vérités dont il a connaissance’.... ’En médecine, l’expérience est au-dessus de la science’… - « Toutes les fois que tu peux soigner à l’aide d’aliments, ne soigne pas avec les médicaments. Celui qui connaît habilement la nature des aliments est plus avisé  »… - Source

D’après Al Khawarizimi : « Une équation de l’Homme très personnelle : “Si l’homme est éthique et plein de morale, c’est égal à 1. S’il est, en plus, charmant, on lui ajoute un zéro, c’est égal à 10. S’il est riche, on lui ajoute un autre zéro, c’est égal à 100. S’il est d’origine noble, on lui ajoute un autre zéro et c’est égal à 1 000. Mais si la valeur morale (nombre 1) de cette personne disparaît, il ne lui restera que les zéros, qui n’ont aucune valeur”. Source

A propos de Raison et de Foi : notes préliminaires sur la dualité :

Ceux qui ne savent rien sur presque tout et ceux qui savent tout sur presque rien… - Rédigé le 25 septembre 2015 par Gabriel Paillereau

« Il y a ceux qui ne savent rien sur presque tout et ceux qui savent tout sur presque rien. La quasi-totalité des hommes politiques appartiennent à la première catégorie. Les « experts » composent la seconde. Comme les premiers décident des grandes orientations, il faut espérer qu’ils s’appuient sur la connaissance que les seconds ont des dossiers dont ils sont des spécialistes reconnus. Espérer certes, mais est-ce bien ce qui se passe ? Ce n’est pas sûr du tout, bien au contraire… » - Source : https://ephygie.com/ceux-qui-ne-savent-rien-sur-presque-tout-et-ceux-qui-savent-tout-sur-presque-rien/

Symbole du pavé mosaïque en franc-maçonnerie : c’est le symbole de la dualité (la raison et la foi dont il est question ici)

Le pavé mosaïque alterne carrés blancs et noirs : c’est l’image de la dualité du monde manifesté. La dualité désigne le caractère différencié de la création. Les carreaux noirs peuvent être associés à ce qui est négatif (matière, chaos, nuit, femelle, hiver, ombre, mort…) et les carreaux blancs à ce qui est positif (esprit, ordre, jour, mâle, été, lumière, vie…).

Remarque : le noir est absence de couleur, alors que le blanc est la fusion de toutes les couleurs existantes.

Mais il ne faut pas se tromper sur la nature de cette dualité. On aurait tort de juger comme irréconciliables les éléments de chaque couple, par exemple l’ombre et la lumière. Il ne s’agit pas d’opposer ces éléments entre eux, mais plutôt de comprendre qu’ils ne peuvent se définir, ni exister, l’un sans l’autre :

  • la lumière n’existerait pas sans l’ombre, car si tout était lumière, plus rien ne serait visible,
  • la vie ne pourrait pas exister sans la mort,
  • le plein ne pourrait pas exister sans le vide,
  • le succès ne pourrait pas exister sans l’échec,
  • etc…
    Plutôt de que tout juger en bien et en mal, la dualité du pavé mosaïque nous rappelle que tout ce qui existe est nécessaire. Ceci peut être mis en parallèle avec l’interprétation du symbole du yin et du yang. > Représentation du symbole du yin et du yang.

De la dualité à la conciliation des oppositions.

Ainsi, le pavé mosaïque nous invite à nous libérer de nos préjugés. Les oppositions existent, mais il serait inapproprié de les ranger dans les catégories “bien” ou “mal”. Le sage est celui qui dépasse les notions de bien et de mal.

Le pavé rappelle que la dualité, loin d’être un dualisme, porte en elle l’harmonie et l’équilibre par l’union des contraires. C’est, dans le rituel, “la conciliation entre les oppositions nécessaires et fécondes”.

Paradoxalement, accepter la dualité c’est aimer le monde tel qu’il est, et donc voir son unité. C’est reconnaître qu’un ordre unitaire règne dans le cosmos, malgré les apparences et les illusions. Ainsi les inquiétudes et les peurs s’effacent. L’ambition disparaît.

La dualité révèle l’unité de la création et donne ainsi accès au ternaire (2+1 = 3). Le ternaire est peut-être la définition de l’espace sacré de la loge, lieu de sagesse et de sérénité placé sous l’œil bienveillant du Grand Architecte de l’Univers inclus dans le delta lumineux.

Référence : JePense.org « A la recherche de la vérité... » - « Le pavé mosaïque : planche d’apprenti en franc-maçonnerie » - 26 février 2020 - Source de cet extrait : https://www.jepense.org/pave-mosaique-planche-apprenti/

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Introduction

L’inspiration d’origine

Ce dossier, constitué à des fins didactiques, a été en partie inspiré par l’ouvrage intitulé « Les grande figures de l’Islam » du philosophe et anthropologue Malek Chebel [(arabe : مالك شبل), anthropologue et penseur1 algérien des religions2, né le 23 avril 1953 à Skikda (alors appelée Philippeville) et mort le 12 novembre 2016 à Paris3]. « Anthropologue, docteur habilité à la direction de recherche à la Sorbonne et grand spécialiste de l’Islam, Malek Chebel, d’origine algérienne, est connu pour ses prises de position tranchées à l’égard de cette religion. On lui doit notamment L’Islam et la raison (Perrin, 2005), Manifeste pour un Islam des Lumières (Hachette littératures, 2004), Anthologie du vin et de l’ivresse en Islam (Seuil, 2004) et Islam et Libre arbitre, la tentation de l’insolence (Dervy, 2003), un Kama-sutra arabe (Fayard, 2006) ainsi qu’une passionnante étude intitulée L’Esclavage en Terre d’Islam (Fayard, 2007). Il vient de publier une nouvelle traduction du Coran et un Dictionnaire encyclopédique du Coran. (Fayard, 2009) » - Source : https://www.gallimardmontreal.com/catalogue/livre/grandes-figures-de-l-islam-les-chebel-malek-9782262051273

Les grandes figures de l’islam de Malek Chebel, paru en 2011 chez Perrin, Paris – « Une sélection d’hommes et de femmes qui ont marqué l’histoire de l’islam : le Prophète et son entourage, mais aussi Jean-Léon l’Africain, Averroès, Oum Khalsoum, etc… - Une critique sur ce livre par ‘dido600’, Babelio.com, le 05/01/2017 : « L’Islam  ! Une aspiration à l’universel née sous l’impulsion d’un homme singulier, « révolutionnaire », le prophète Mohamed. Il luttera pour l’avènement d’un nouveau monde qui lui a été dicté, un monde plus juste, ainsi qu’il fut perçu par les tout nouveaux musulmans. Durant un siècle, les défenseurs de la prédication armée imposeront leur seule façon de voir. Une fois l’expansion réalisée, l’épée rangée dans les fourreaux, l’Islam, stabilisé dans sa doctrine et clair dans son dogme, allait se lancer d’autres défis : ceux de la civilisation en particulier, en rassemblant une armée de concepteurs, d’ingénieurs et autant de rêveurs utopistes. Ce sera au tour de figures de proue qui firent, en fait, rayonner l’Islam par-delà les conquêtes. Les Compagnons du Prophète d’abord, des femmes aussi :Abu Bakr as-Saddiq, Umar ibn al-Khattab,Uthman ibn Affan, Ali ibn Abi Taleb, Zayd ibn Thabit..., Khadidja, Fatima Azzahra, Aïcha... - Des généraux et des califes meneurs d’hommes ainsi que des hommes politiques avisés : ‘Amr ibn al-‘As,Haroun er-Rachid, Al-Mansûr, Salah ad-Din al-Ayyubi, Timur Lang, Soliman le Magnifique, Méhémet Ali, Mustafa Kemal Attatürk... - Des théologiens, des mystiques et des grands maîtres soufis : Al-Ghazali, Ibn al-aridh, Naqchabandi, Hassan al-Basri, Al-Muhassibi, Rabi’a al-‘Adawiyya, Farid al-Din Attar, Hussayn ibn Mansûr al-Hallaj, Muhyi-ad-Din ibn Arabi, Jalal ad-Din Rûmi... -
Des philosophes et des médecins :Abul Qassim az-Zahwari, Ibn Miskawayh, Al –Mutanabi, Abu al-‘Ala al-Maari, Mohamed ibn Mûsa al-Khuwarizmi, Al-Kindi, Al-Razi, Al-Farabi, Ibn Sina (Avicenne), Ibn Tûfayl, Umar al-Khayyam, Ibn Rochd (Averroès), Ibn al-Haytham,... - Des géographes, des sociologues et d’autres découvreurs : Ibn Muhammad al-Qazwini, Al-Jahiz, Al-Muqadassi, Ibn Fadlan, Al-Biruni, Ibn Joubayr, Ibn Battouta, Ibn Khaldoun, Al-Wazzan al-Fassi (Léon l’Africain)... - Des bâtisseurs et des créateurs :Nizam l-Mûlk, Sinan, Zahir al-Din Mohamed Babur, Akbar...et Mohamed Abdouh, Jamal ad-Din al-Afghani... Mohamed Iqbal, Nasser, Oum Kalsoum, Malek Bennabi, Allal al-Fassi... -
Des noms qui firent de l’« Orient » une destination extrêmement captivante, voire euphorisante, avec un Islam qui ne faisait pas encore « peur »... C’était avant l’ère actuelle, à la fois idéologique et manichéenne, présidant désormais aux rapports entre Orient et Occident... - Avis : Clair, précis, complet, quoi de mieux pour comprendre l’Islam, sa force, ses faiblesses et les problèmes à résoudre…. »

Une autre ouverture au monde musulman et à l’Islam avec Ali Benmakhlouf

Ali Benmakhlouf (en arabe : علي بنمخلوف) né le 10 novembre 19591 à Fès au Maroc est un philosophe, professeur de philosophie arabe et de philosophie de la logique2… » - Alors professeur de philosophie à l’université de Paris-Est, il questionnait ainsi les auditeurs de ‘France Culture’ : « Pourquoi lire les philosophes arabes ? » Ali Benmakhlouf, professeur de philosophie à l’université de Paris-Est, retraçait à cette occasion le sens de l’engagement des philosophes arabes à travers l’Histoire, dans la recherche de la vérité.

Selon Wikipédia, « Ali Benmakhlouf enseigne à l’université Paris-Est Créteil Val-de-Marne, à Sciences Po Paris et à l’université libre de Bruxelles. Il est philosophe de tradition analytique, spécialiste de logique et des œuvres de Frege, Russell et Whitehead. Il s’intéresse également à la philosophie arabe médiévale. Il organise par ailleurs des colloques au Maroc dans le cadre de la convention entre le Collège international de philosophie et la Fondation du roi Abdul Aziz pour les sciences humaines et les études islamiques3. Il est également président du comité consultatif de déontologie et d’éthique de l’Institut de recherche pour le développement, vice-président du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) et membre du conseil d’orientation de l’Institut Diderot, le fonds de dotation pour le développement de l’économie sociale de Covéa, depuis mars 2009. Il est nommé membre senior de l’Institut universitaire de France en 2016, pour une durée de cinq ans4… » - Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Ali_Benmakhlouf

Les premiers documents choisis pour introduire ce dossier se rapportent justement aux contributions d’Ali Benmakhlouf de 2015 à 2018, et en particulier à une série d’enregistrements réalisés sous le vocable ’’Les philosophes arabes contre le dogmatisme religieux’’, diffusés par France Culture : Actualité & Info Culturelle, Sciences, Arts ...

Quelques grandes figures de l’Islam aux 9ème -10ème siècles

Puis cette partie 2 de la Série ‘Raison et Foi en Méditerranée’ postée sur le site ISIAS, porte essentiellement sur une recherche approfondie des figures de l’Islam en quête de la vérité en philosophie, mais aussi en médecine et dans les sciences de cette époque, ce qui nous ramène environ 1.000 ans en arrière et nous montre des résonnances étonnantes, déconcertantes, extraordinaires et inattendues avec les situations, les idées et les agissements de notre temps.

Huit personnages principaux sont tout d’abord abordés successivement dans un premier temps, et classés dans les rubriques 2 à 9, selon leur année de naissance (connue ou supposée par les historiens spécialisés).

*Algoritmi ou Algorizmi ou Al-Khwârizmî (780-859) : penseur audacieux, mathématicien ’père de l’algèbre’, géographe, astrologue et astronome ‘persan’ (irakien d’origine ouzbèke). Il a donné son nom auxalgorithmes, communs aux intelligences artificielles) ;

*Al-Kindi (801-973) : philosophe arabe « hellénisant » surnommé « le philosophe des arabes ». Il est considéré comme un esprit encyclopédique qui a cherché à synthétiser, à organiser et à évaluer l’ensemble des savoirs de son temps en s’intéressant à des domaines les plus variés » 

*Rhazès ou Ibn Zakariya al-Razi (865- vers 925 à 935) : savant pluridisciplinaire iranien (médecine, alchimie), philosophie libre-penseur vis-à-vis de la religion musulmane : « il fut l’objet de nombreuses critiques pour son opposition à l’aristotélisme et à sa libre-pensée vis-à-vis de la religion musulmane » ;

*Al Farabi (871-950) : philosophe musulman médiéval persan, théoricien de la musique et joueur de luth (« fondateur de la philosophie politique dans la tradition islamique médiévale, Il approfondit toutes les sciences et tous les arts de son temps, et est appelé le « Second instituteur de l’intelligence »). Il fut « le premier néoplatonicien musulman à tenter de concilier Platon et Aristote, qu’il ne voit pas en contradiction, mais en étapes sur le chemin d’une seule et même sagesse, voulant harmoniser la philosophie grecque et la religion musulmane » ;

*Al-Mutanabbi (915-965) : philosophe, poète et écrivain satirique d’origine bédouine irakienne et chiite. « Connu pour sa grande intelligence, il a le mieux su maîtriser la langue arabe et ses rouages », mais « ses textes furent jugés à l’époque comme arrogants car il se comparait aux prophètes ! » ;

*Aboulcassis ou Abu Al-Qasim (940-1013) : chirurgien, anatomiste, pharmacien, philosophe andalous. « Né lui-même né d’un père chirurgien, il fut l’un des personnages les plus connus de son temps… ». Considéré comme l’un des plus grands médecins de l’Espagne musulmane, il était à la fois un savant, un enseignant de la science médicale à son époque et un médecin pratiquant » ;

*Alhazen ou Alhazen ou Ibn al-Haytham (965-1040) : mathématicien, philosophe, physiologiste et physicien (optique, astronomie), irako-égyptien. « Considéré comme un pionnier de la méthode scientifique et le fondateur de l’optique moderne, il s’illustra tout particulièrement par ses travaux novateurs dans toutes les branches de l’optique (principalement en optique géométrique et physiologique) et il apporta également « des contributions notables dans le domaine des mathématiques en astronomie... ainsi qu’à l’introduction du langage mathématique dans les sciences physiques » ;

*Abu-l-Ala al-Maari (973-1058) : pratiquement aveugle dès son jeune âge, néanmoins philosophe sceptique et pessimiste, écrivain, poète ‘engagé’ d’origine syrienne. « Grand poète de langue arabe, il est connu pour sa virtuosité, pour son originalité et son pessimisme de sa vision du monde. Ses poèmes philosophiques sont construits sur la base d’une tristesse existentielle profonde, faisant du pessimisme sa véritable ligne de conduite au cours de sa vie et le départ de toute sa réflexion philosophique ».

Les documents sélectionnés sur ces 8 personnages – écrits et/ou sonores – sont donnés avec leurs accès dans le sommaire ci-après

Ce dossier - partie 2 de la Série ‘Raison et Foi en Méditerranée’ – se termine avec un Addenda où l’on trouve encore les 6 autres items suivants (personnages ou somme d’auteurs anonymes ou inconnus) :

*l’érudit islamique (Ouléma), médecin et précurseur de la sociologie et de la psychologie : Ali Ibn Sahl Rabban al-Tabari ; issu de la communauté Juive persane et de la communauté zoroastrienne ;

*le philosophe iranien Abu al-Abbas Iranshahri : théologien, philosophe et missionnaire en chef (Da’i al-Mutlaq), persan ismaili ; selon certains avis, il est considéré comme le plus ancien philosophe du monde musulman.

* Le théologien persan Ahmad ibn Hamdan Abu Hatim al-Razi, pour qui «  la vérité est unique, éternelle, immuable » (contrairement à Rhazès qui pensait que nous ne pouvons approcher la vérité que par corrections et compléments)

*des auteurs anonymes qualifiés en leur temps en astronomie, astrologie, littérature, encyclopédie, mathématiques et philosophie, ont élaboré une somme désignée par Ikhwan al-Safa ; les 4 tomes développés comprennent successivement : les sciences mathématiques, les sciences de la nature ; les sciences psychologiques et rationnelles et les sciences théologiques.

* Le philosophe iranien d’expression arabe Abû Sulaymân al-Sijistânî connu pour avoir constitué autour de lui un cercle de lettrés (philosophes, savants, écrivains) de diverses origines et affiliations religieuses, qui tenait régulièrement des sessions au cours desquelles « on discutait de questions très diverses relatives à la philosophie, à la religion, à la science, au langage, etc… »

*Le philosophe et mystique andalou de Cordoue (Espagne) Ibn Masarra : néoplatonicien considéré comme l’auteur de la première réflexion philosophique structurée d’Al-Andalus, sa doctrine montrant la complémentarité des deux chemins du savoir : la raison et la révélation (ou la foi), ces deux dernières constituant le sujet même de cette somme consacrée au Monde arabe et à l’Islam : Série ‘Raison et Foi en Méditerranée’ !

Pour en savoir plus, on peut aussi consulter les articles étiquetés AL-Andalus et postés antérieurement sur ISIAS :

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Sommaire

Rubrique 1 - Ali Benmakhlouf, professeur de philosophie à l’université de Paris-Est, retraça dès 2015 le sens de l’engagement des philosophes arabes dans la recherche de la vérité

Rubrique 3 concernant Al-Kindi (801-973) : philosophe arabe « hellénisant » surnommé « le philosophe des arabes »

Rubrique 4 concernant Rhazès ou Ibn Zakariya al-Razi (865- vers 925 à 935) : savant pluridisciplinaire iranien (médecine, alchimie), philosophie libre-penseur vis-à-vis de la religion musulmane

Rubrique 5 concernant Al Farabi (871-950) : philosophe musulman médiéval persan, théoricien de la musique et joueur de luth


Rubrique 6 concernant Al-Mutanabbi (915-965) : philosophe, poète et écrivain satirique d’origine bédouine irakienne et chiite

Rubrique 7 concernant Aboulcassis ou Abu Al-Qasim (940-1013) : chirurgien, anatomiste, pharmacien, philosophe andalous

Rubrique 8 concernant Alhazen ou Alhazen ou Ibn al-Haytham (965-1040) : mathématicien, philosophe, physiologiste et physicien (optique, astronomie) irako-égyptien


Rubrique 9 concernant Abu-l-Ala al-Maari (973-1058) : pratiquement aveugle, néanmoins philosophe sceptique et pessimiste, écrivain, poète ‘engagé’ d’origine syrienne

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Rubrique 1 - Ali Benmakhlouf, professeur de philosophie à l’université de Paris-Est, retraça dès 2015 le sens de l’engagement des philosophes arabes dans la recherche de la vérité


    • Pourquoi lire les philosophes arabes ? - Ali Benmakhlouf, professeur de philosophie à l’université de Paris-Est, retrace ici le sens de l’engagement des philosophes arabes dans la recherche de la vérité - 31 août 2015 - Andrea Cirla – Référence : émission de France Culture, 2015 – Série « Un autre jour est possible », par Tewfik Hakem.
      Lire les philosophes arabes médiévaux avec l’oeil de la philosophie contemporaine pour y trouver des affinités de méthode et de doctrine : tel est le parti pris de ce livre. Lire ces philosophes arabes, c’est aussi les inscrire dans la tradition et le patrimoine de l’humanité, car ils ont su ménager des accès multiples à la vérité où religion et philosophie sont pensées de manière conjointe. Leurs travaux dans de nombreux domaines, comme la médecine, la logique ou l’histoire continuent de nous interpeller comme ils ont contribué à la formation de la pensée européenne. Le médiéval rejoint alors le contemporain dans cette riche histoire qui est celle de l’humain et de l’intellect.

Musique utilisée dans cette vidéo En savoir plus Écoutez de la musique sans publicité avec YouTube Premium - Titre : Balade - Artiste : Kudsi Erguner & Süleyman Erguner - Album : Sufi Music of Turkey - Auteurs-compositeurs : Kudsi Erguner - Concédé sous licence à YouTube par The Orchard Music, Entertainment One U.S., LP (au nom de Cmp) ; Sony ATV Publishing et 2 sociétés de gestion des droits musicaux

Source : https://www.youtube.com/watch?v=s1X8E1vGEgw

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’’Les philosophes arabes contre le dogmatisme religieux’’ avec Ali Benmakhlouf (3/5) / F. Nicolas &... - 28:36

’’Les philosophes arabes contre le dogmatisme religieux’’ avec Ali Benmakhlouf (4/5) / Pascale Le... - 28:34

’’Les philosophes arabes contre le dogmatisme religieux’’ avec Ali Benmakhlouf (5/5) / Désirée et... - 28:44

’’Les philosophes arabes contre le dogmatisme religieux’’ avec Ali Benmakhlouf 08.08.2015 - 59:58

Source : https://archive.org/details/LesPhilosophesArabesContreLeDogmatismeReligieux/Les+philosophes+arabes+contre+le+dogmatisme+religieux_+avec+Ali+Benmakhlouf+(2_5)+_+J%C3%A9r%C3%B4me+Garcin+pour+_Le+voyant_.mp3

Les Philosophes Arabes Contre Le Dogmatisme Religieux - France Culture – Topics : Benmakhlouf Dogme Religion Islam – Language : French

Les Têtes chercheuses Avec Ali Benmakhlouf, professeur de philosophie à l’université de Paris-Est. Il a écrit ’Pourquoi lire les philosophes arabes’ paru chez Albin Michel.
Quatrième épisode de notre série ’Les philosophes arabes contre le dogmatisme religieux’ : ’Averroès’.

Pourquoi lire les philosophes arabes ?

Ali Benmakhlouf, professeur de philosophie à l’université de Paris-Est, retrace ici le sens de l’engagement des philosophes arabes dans la recherche de la vérité.

Lire les philosophes arabes médiévaux avec l’oeil de la philosophie contemporaine pour y trouver des affinités de méthode et de doctrine : tel est le parti pris de ce livre.

Lire ces philosophes arabes, c’est aussi les inscrire dans la tradition et le patrimoine de l’humanité, car ils ont su ménager des accès multiples à la vérité où religion et philosophie sont pensées de manière conjointe. Leurs travaux dans de nombreux domaines, comme la médecine, la logique ou l’histoire continuent de nous interpeller comme ils ont contribué à la formation de la pensée européenne.

Le médiéval rejoint alors le contemporain dans cette riche histoire qui est celle de l’humain et de l’intellect.

Addeddate 2017-03-21 13:52:29 - External_metadata_update - 2019-03-23T19:50:58Z – LesPhilosophes Arabes Contre Le Dogmatisme Religieux > https://archive.org/details/LesPhilosophesArabesContreLeDogmatismeReligieux/Les+philosophes+arabes+contre+le+dogmatisme+religieux_+avec+Ali+Benmakhlouf+(2_5)+_+J%C3%A9r%C3%B4me+Garcin+pour+_Le+voyant_.mp3

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    • Pourquoi lire les philosophes arabes aujourd’hui ?, une conférence de Ali Benmakhlouf. Vidéo 1:34:23 - 11 février 2018 - Institut français d’Egypte
      Professeur de philosophie à l’Université de Paris-Est Créteil et à l’Université libre de Bruxelles, Ali Benmakhlouf est l’auteur de Pourquoi lire les philosophes arabes ? (Albin Michel, 2016), dans lequel il incite à rapatrier la philosophie arabe dans le patrimoine universel de la philosophie. L’Institut français d’Égypte a le plaisir d’accueillir Ali Benmakhlouf au Caire à l’occasion de la parution de la traduction arabe de l’ouvrage, aux éditions Dar Afaq, dans la traduction de Dr. Anwar Moghith. Dans cette conférence qui inaugure le cycle Midan Mounira 2018, Ali Benmakhlouf retracera le sens de l’engagement des philosophes arabes dans la recherche de la vérité.

Source : https://www.youtube.com/watch?v=s3mvy1x7Ib8

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Rubrique 2 concernant Algoritmi ou Algorizmi ou Al-Khwârizmî (780-859) : penseur audacieux, mathématicien ’père de l’algèbre’, géographe, astrologue et astronome ‘persan’ (irakien d’origine ouzbèke)

Al-Khwârizmî - Illustration - Timbre soviétique de 4 kopecks portrait fictif d’Al-Khwarîzmî, émis le 6 septembre 1989 à l’occasion de son 1200e anniversaire (789-1989)

Données clés :
Nom de naissance Abû `Abd Allah Muhammad ben Mūsā al-Khawārizmī (arabe أبو عبد الله محمد بن موسى الخوارزمي )
Naissance vers 780

Khiva ? dans le Khwarezm2,n 1

Black flag.svgCalifat abbasside

(actuel

Drapeau de l’OuzbékistanOuzbékistan)

Décès vers 850

Bagdad

Black flag.svgCalifat abbasside

(actuel

Drapeau de l’IrakIrak)

Renommé pour Abrégé du calcul par la restauration et la comparaison

Muhammad Ibn Mūsā al-Khuwārizmī (arabe : محمد بن موسى الخوارزمي), généralement appelé Al-Khwârismîn 2 (latinisé en Algoritmi3 ou Algorizmi4), né dans les années 780, probablement à Khiva dans la région du Khwarezm (d’où il prend son nom), dans l’actuel Ouzbékistann 1, mort vers 850 à Bagdad, est un mathématicien, géographe, astrologue et astronome persan5,6, membre de la Maison de la sagesse de Bagdad. Ses écrits, rédigés en langue arabe, puis traduits en latin à partir du XIIe siècle, ont permis l’introduction de l’algèbre en Europe3. Sa vie s’est déroulée en totalité à l’époque de la dynastie abbasside.

Son nom latinisé est à l’origine du mot algorithme7 et le titre de l’un de ses ouvrages (Abrégé du calcul par la restauration et la comparaison) est à l’origine du mot algèbre, discipline mathématique connue depuis l’antiquité. L’utilisation des chiffres arabes et leur diffusion dans le Moyen-Orient et en Europe serait dues à un autre de ses livres nommé Traité du système de numération des Indiens qui fut diffusé via la langue arabe dans tout l’empire abbasside. Al-Khawarizmi a classifié les algorithmes existants, en particulier selon leurs critères de terminaison, mais ne les a pas inventés. L’algorithme le plus connu du monde est celui d’Euclide, au programme d’enseignement de tous les pays. Les premiers algorithmes répertoriés ont été retrouvés dans des régions qui les utilisaient pour des applications pratiques (mesures, transactions commerciales, architecture...), à Babylone8.

Sommaire

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    • Biographie d’Al Khwârizmî selon ‘Futura Sciences’
      Al-Khwarizmi, considéré comme le père de l’algèbre, était un mathématicien et un astronome qui a vécu au 9e siècle. Il a apporté à l’Occident les chiffres et le système décimal. 

Émigré de Perse orientale, il a mené une vie entourée de livres et s’est fait connaître pour sa façon audacieuse de penser. Il a également apporté ses connaissances mathématiques à la cour du calife al-Mam’un à Bagdad.

Origines d’Al-Khwarizmi

Mohamed ibn Musa al-Khwarizmi est né vers l’an 780 d’après les écrits retrouvés. Les historiens pensent que lui ou ses ancêtres venaient de Khwarezm, une région d’Asie centrale qui fait aujourd’hui partie du Turkménistan et de l’Ouzbékistan.

Dans sa vie adulte, Al-Khwarizmi a vécu à Bagdad, située dans l’actuel Irak, où il a travaillé à la Maison de la Sagesse, un centre de recherche scientifique. Il y a longuement étudié les œuvres de sages arabes, grecs et indiens.

C’est ainsi qu’Al-Khwarizmi a créé de nouvelles façons de résoudre les problèmes mathématiques. L’un des livres qu’il a écrits explique le système de solutions de problème mathématique, que l’on appelle aujourd’hui l’algèbre. Ce mot est issu de l’expression arabe « al-jabr », qui figure d’ailleurs dans le titre du livre. Du 12e au 16e siècle, ce livre a été très utilisé pour enseigner les mathématiques dans les universités d’Orient et d’Occident.

Les chiffres de 0 à 9

Le travail d’Al-Khwarizmi aborde un aspect crucial de la vie de tout être humain à l’époque : faire des comptes basés sur des chiffres romains est extrêmement laborieux. Imaginez devoir calculer CXXIII par XI. 

En se basant sur le calcul hindou, le mathématicien a relancé l’idée révolutionnaire de représenter n’importe quel nombre avec seulement 10 symboles simples. L’idée serait de les utiliser de 1 à 9, en plus du symbole 0 pour représenter tous les chiffres de 1 à l’infini, selon ce qui avait déjà été développé par les mathématiciens hindous, vers le 6e siècle. Ces 10 chiffres, 0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8 et 9, sont encore utilisés par la plupart des peuples du monde d’aujourd’hui.

Ses ouvrages

Considéré comme le père de l’algèbre, ses travaux se sont propagés rapidement, grâce à Leonardo Fibonacci, mathématicien italien qui a orienté et encouragé les Européens dans l’adoption des chiffres indo-arabes. Le nom d’Al-Khwarizmi apparaît d’ailleurs dans le livre « Liber Abaci » (« Livre du calcul »), de Fibonacci, publié en 1202. Dans cet ouvrage, il est fait mention du texte « Modum algebre et almuchabale », qui cite Al-Khwarizmi. 

Dans cette publication, l’auteur indique qu’il a découvert que les gens ont besoin de trois types de chiffres : les unités, les racines et les carrés.

De plus, il montre comment résoudre des équations en utilisant des méthodes algébriques. Pour lui, la solution n’était pas dans les chiffres à découvrir, mais dans un processus à appliquer. 

Bien que son principal intérêt soit les mathématiques, Al-Khwarizmi a également écrit des ouvrages importants sur l’astronomie et la géographie. Al-Khwarizmi est mort aux alentours de l’année 850.

Source : https://www.futura-sciences.com/sciences/personnalites/algebre-al-khwarizmi-1811/

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    • Al Khawarizimi, le fondateur de l’algèbre - Fatema Chahid 24 janvier 2018Document ‘lecourrierdelatlas.com’ - Devoir de mémoireNotre histoire- Photo - Statue de Mohammad Al-Khawarizmi à Khiva - Magazine janvier 2018
      Ce grand savant est à l’origine des mathématiques arabes. Père de l’algèbre, il est à l’origine du calcul décimal, de l’utilisation des chiffres dits “arabes”, du système des fractions, des racines carrées, des équations, ainsi que la création du “x” pour désigner l’inconnue. Son nom a aussi donné naissance au mot algorithme.

Mathématicien perse le plus célèbre et le plus influent, brillant astronome et géographe, Mohammad Al-Khawazizmi serait né vers 780 dans la région de Khawarezm (d’où son nom), située entre les actuels Ouzbékistan, Turkménistan et Iran. Il vit à Bagdad du temps de la splendeur abbaside, sous le règne du calife Al-Mamoûn qui encourage les sciences et les arts.

Passeur de connaissances

Al-Khawarizmi intègre le cercle des “Beyt el Hikma” (Maisons de la Sagesse) qui apparaissent alors au ­début du IXe siècle dans le monde arabe et vont jouer un rôle majeur dans la transmission de l’héritage des civilisations. Ces hauts lieux de recherche et de réflexion abritent des bibliothèques et des centres de ­traduction. Fondateur des mathématiques arabes, ­Al-Khawarizmi est un formidable passeur de connaissances. S’inspirant des pratiques indiennes, il introduit le système décimal de numération dans un ouvrage traduit en latin au XIIe siècle sous les titres de ‘Dixit ­Algorizmi’ et ‘Liber Alchorizmi’.

Ainsi sont nés les termes “algorisme” ou “algorithme”, en hommage au mathématicien. Dans son traité du système décimal, il expose les méthodes nouvelles de calcul (addition, soustraction…), ainsi que les fractions et les racines carrées. Il adopte l’utilisation du “zéro”, de l’arabe “siffre” qui signifie “le vide, le néant”. Il publie aussi les premières tables de trigonométrie. Son ouvrage majeur, ‘Al Kitab al-moukhtasar fi Al-jabr wal-mouqabala’ (Abrégé de la restauration et de la comparaison), traduit en latin en 1145 sous le titre Algebra est consi­déré comme le premier manuel d’algèbre.

Egalement géographe et astronome

Al-Khawarizmi y expose l’étude de la résolution des équations du premier et du second degré, non pas au moyen de calculs, mais par l’intermédiaire de constructions géométriques, dans le style euclidien. S’il a révolutionné le monde des mathématiques, le ­savant a également marqué son époque en tant que géographe et astronome. Il est l’auteur du remarquable Traité de géographie, inspiré de Ptolémée et du Zij Al-Sindhind, recueil contenant les plus anciennes tables en astronomie du monde arabe.

Il décède vers 850, à Bagdad, léguant à la postérité une équation de l’homme très personnelle : “Si l’homme est éthique et plein de morale, c’est égal à 1. S’il est, en plus, charmant, on lui ajoute un zéro, c’est égal à 10. S’il est riche, on lui ajoute un autre zéro, c’est égal à 100. S’il est d’origine noble, on lui ajoute un autre zéro et c’est égal à 1 000. Mais si la valeur morale (nombre 1) de cette personne disparaît, il ne lui restera que les zéros, qui n’ont aucune valeur.” 

Source : https://www.lecourrierdelatlas.com/devoir-de-memoire-al-khawarizimi-le-fondateur-de-l-algebre-10365/

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Rubrique 3 concernant Al-Kindi (801-973) : philosophe arabe « hellénisant » surnommé « le philosophe des arabes »


    • Al-Kindi - ’Les philosophes arabes contre le dogmatisme religieux’ avec Ali Benmakhlouf (1/5) - Le 16/02/2015 - À retrouver dans l’émission - Un autre jour est possible par Tewfik Hakem - Extrait
      Les Têtes chercheuses - Avec Ali Benmakhlouf, professeur de philosophie à l’université de Paris-Est. Il a écrit ’Pourquoi lire les philosophes arabes’ paru chez Albin Michel. Premier épisode de notre série ’Les philosophes arabes contre le dogmatisme religieux’ : ’Al-Kindi’. Photo d’ Ali Benmakhlouf

Pourquoi lire les philosophes arabes

Ali Benmakhlouf, professeur de philosophie à l’université de Paris-Est, retrace ici le sens de l’engagement des philosophes arabes dans la recherche de la vérité.

Lire les philosophes arabes médiévaux avec l’oeil de la philosophie contemporaine pour y trouver des affinités de méthode et de doctrine : tel est le parti pris de ce livre.

Lire ces philosophes arabes, c’est aussi les inscrire dans la tradition et le patrimoine de l’humanité, car ils ont su ménager des accès multiples à la vérité où religion et philosophie sont pensées de manière conjointe. Leurs travaux dans de nombreux domaines, comme la médecine, la logique ou l’histoire continuent de nous interpeller comme ils ont contribué à la formation de la pensée européenne.

Le médiéval rejoint alors le contemporain dans cette riche histoire qui est celle de l’humain et de l’intellect…

Ali Benmakhlouf, professeur de philosophie à l’université Paris Est Créteil et membre senior de l’Institut universitaire de France, membre titulaire de l’Académie Nationale de Pharmacie

Tags : Littérature Philosophie BD-Bande dessinée

L’équipe – Production : Tewfik Hakem – Réalisation : Thomas Dutter - Avec la collaboration de Henri Le Blanc - Radio France

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Retrouvez nous sur : https://www.franceculture.fr/emissions/un-autre-jour-est-possible/les-philosophes-arabes-contre-le-dogmatisme-religieux-avec-3

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Al-Kindi - Ibn Isāq al-Kindī

Reproduction - Portrait d’Al-Kindi.

Données clés :
Nom de naissance Abu Yūsuf Yaʻqūb ibn ʼIsḥāq aṣ-Ṣabbāḥ al-Kindī

(ar) أبو يوسف يعقوب بن إسحاق الصبّاح الكندي

Naissance 801

Koufa (

Black flag.svg Califat abbasside,

actuel

Flag of Iraq.svgIrak)

Décès 873 (71-72 ans)

Bagdad (

Black flag.svg Califat abbasside,

actuel

Flag of Iraq.svgIrak)

Domicile Koufa, Bassorah puis Bagdad.
Domaines Philosophie, psychologie, logique, théologie, mathématiques, physique, chimie, astronomie, medecine, pharmacologie, théorie de la musique, cryptanalyse (analyse fréquentielle), calligraphie (arabe).
Institutions Maison de la Sagesse de Bagdad (Bayt al-Hikma)
Influencé par Aristote, Platon, Euclide, Pythagore, Ptolémée, Anthémius de Tralles.
A influencé Abou Ma’shar al-Balkhî, Ahmad ibn al-Tayyib al-Sarakhsi (en), Abu Zayd al-Balkhi (en), Isaac Israeli ben Salomon, Miskawayh, Alhazen, Gérard de Crémone, Robert Grossetête, Roger Bacon, Arnaud de Villeneuve, Bernard de Gordon.
Renommé pour promoteur de la philosophie de l’Antiquité grecque, fondateur de la philosophie islamique, nombreux traités scientifiques et philosophiques.

Abū Yūsuf Yaʿqūb ibn Isāq al-Kindī (Koufa, 801Bagdad, 873)1, plus connu sous son nom latinisé d’Alkindus ou Al-Kindi, est considéré comme l’un des plus grands philosophes arabes « hellénisants » (faylasuf)2, en étant surnommé « le philosophe des arabes ».

Esprit encyclopédique, il a cherché à synthétiser, organiser et évaluer l’ensemble des savoirs de son temps, en s’intéressant à des domaines très variés : philosophie, mathématiques, astronomie, physique, chimie, technologie, musique...

Sommaire

Il est issu de la tribu sud arabique de Kindah et nait à Koufa, première capitale abbasside. Il fait ses études à Bassorah, dont son père était gouverneur, puis à Bagdad, nouvelle capitale abbasside depuis 762. Ces trois villes (Koufa, Bassorah et Bagdad) étaient les plus prestigieuses du monde musulman de l’époque pour leur rayonnement intellectuel3.

Il bénéficie du mécénat des trois califes mutazilites abbassides, dont Al-Ma’mūn qui fonde la Maison de la sagesse (Baït al-hikma) en 830, où un grand nombre de traducteurs traduisent en arabe tous les livres disponibles persans, indiens, syriaques et surtout grecs3. Avec ses collègues Al-Khwârizmî et les frères Banou Moussa, il était chargé de la traduction de manuscrits de savants grecs. Il semblerait qu’en raison de ses faibles connaissances en grec, il ait seulement amélioré les traductions faites par d’autres, et ajouté ses propres commentaires aux œuvres grecques.

Dans ce contexte, Al-Kindi devient le précurseur de l’aristotélisme arabe4.

En 847, le nouveau calife Jafar al-Mutawakkil renonce au mutazilisme. Al-Kindi tombe alors en disgrâce en 848. Sa bibliothèque est confisquée, mais elle lui sera rendue quelque temps avant sa mort3.

Philosophie

Al-Kindi reprend la philosophie aristotélicienne, tout en refusant de trop la couper du platonisme. Il reprend chez Aristote la distinction de deux niveaux de réalité : la réalité mouvante et instable sera source d’une connaissance pratique, inférieure. La raison se tournera utilement vers l’intemporel, l’immobile, l’immuable, source de la connaissance la plus pure ; ainsi celle des mathématiques.

Pour étudier la philosophie, il faut commencer par les mathématiques, dans l’ordre suivant : arithmétique, géométrie, astronomie, musique. Puis continuer par la logique, la physique et la métaphysique, puis la morale, et enfin toutes les autres sciences qui découlent des premières5.

Reproduction - Aristote enseignant, miniature d’un manuscrit arabe, Haute-Mésopotamie, XIIIe siècle.

Dans son ouvrage Philosophie première, il définit la métaphysique comme « la connaissance de la Réalité Première, Cause de toute réalité »6. La métaphysique viserait la connaissance des raisons des choses, la connaissance physique étant simplement la connaissance des choses et correspondant à l’aristotélisme pur et simple. Cette « philosophie première » est une théologie (le Réel premier) dans le cadre d’une « islamisation » de l’héritage philosophique grec7.

Al-Kindi reprend dans ce cadre une preuve par Aristote de l’existence de Dieu reposant sur la nécessaire finitude du temps : selon lui, il est impossible d’arriver au temps présent en franchissant une distance de temps infinie : il y aurait donc nécessairement un début. Cette prémisse oblige à postuler l’existence de quelque cause première, qui sera parfaitement et nécessairement une, à la différence de toute chose4.

Dans cette perspective, Dieu se définissait alors comme le Principe Premier de toute chose, l’Un vrai, considéré comme unique, nécessaire et non lui-même causé (immanence), voire infini. Selon Al-Kindi, le créateur est un absolument, ce faisant Dieu n’a pas d’attributs distincts de son essence : il n’a ni matière, ni forme, ni qualité, ni relation, ni genre, ni intellect... C’est l’unité pure créatrice, et en énumérant ce qu’il faut nier de Dieu, Al-Kindi utilise les concepts de la philosophie grecque3.

Al-Kindi s’insère de plain-pied dans la tradition monothéiste, en se maintenant dans les limites de l’Islam : il défend la science prophétique comme révélation, excellente par rapport à la science humaine progressive qui, elle, nécessite du temps et des efforts3,4.

Cependant, il fait du Coran un agent intermédiaire, contingent et créé, puisque Dieu est selon lui sans attributs. Ce qui vaudra à Al-Kindi, quelques dizaines d’années plus tard, la colère de théologiens comme al-Achari 3 n’admettant pas l’idée d’une causalité seconde et indirecte. En effet selon l’acharisme et la tradition sunnite, le Coran, au sens de l’attribut de la parole propre à Dieu, est incréé.

Sciences….

Lire l’article complet sur ce site : https://fr.wikipedia.org/wiki/Al-Kindi

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Rubrique 4 concernant Rhazès ou Ibn Zakariya al-Razi (865- vers 925 à 935) : savant pluridisciplinaire iranien (médecine, alchimie), philosophie libre-penseur vis-à-vis de la religion musulmane

Abu Bakr Mohammad Ibn Zakariya al-Razi (Rhazes)

Reproduction en buste  : Abu Bakr Mohammad Ibn Zakariya al-Razi

Biographie :
Naissance 865

Rayy (actuel Iran)

Décès 925-935

Rayy

Nationalité iranienne
Activités Mathématicien, chimiste, philosophe, inventeur, médecin
Autres informations
Domaine Médecine
ReligionMusulman

Reproduction - Rhazès statue à Vienne,Pavillon des érudits.

Abu Bakr Mohammad Ibn Zakariya al-Razi, connu aussi comme Razi (persan : رازی ) ou Al-Razi, ou Ar-Razi, ou Ibn Zakaria (Zakariya) ou (en latin) comme Rhazes et Rasis, ou Rhasès (865-925) est un savant pluridisciplinaire iranien qui a fait d’importantes contributions à la médecine, à l’alchimie et à la philosophie1. Alchimiste devenu médecin, il aurait isolé l’acide sulfurique et l’éthanol2 dont il fut parmi les premiers à prôner l’utilisation médicale. S’agissant de la pratique médicale, il a vigoureusement défendu la démarche scientifique dans le diagnostic et la thérapeutique et a largement influencé la conception de l’organisation hospitalière en lien avec la formation des futurs médecins. Empiriste et rationaliste, il fut l’objet de nombreuses critiques pour son opposition à l’aristotélisme et sa libre-pensée vis-à-vis de la religion musulmane. De nos jours son nom est commémoré avec l’institut Razi (en) près de Téhéran et son anniversaire est célébré tous les 27 août en Iran lors de la « Journée de la pharmacie. »

Sommaire

Son principal biographe est Ibn Ali Usaybia, médecin historien du XIIIe siècle3.

L’homme

Reproduction - Al-Razi, dans le « Recueil des traités de médecine » de Gérard de Crémone, 1250-1260.

Mohammad Ibn Zakarīyā al-Rāzī, est né en 865 dans la ville de Rayn 1, ville d’Iran située 15 km à l’ouest de Téhéran. Une grande partie de ses recherches y fut effectuée. C’est aussi là qu’il mourut entre 925 et 935. Avicenne vécut aussi un moment dans cette cité de l’Iran. Cette ville était peuplée de Daylamitesn 2 (d’origine scythe) imprégnés parfois du zaïdisme, mais surtout inspirés de courants philosophiques et scientifiques chinois et de libre-pensée4. La ville a été totalement détruite au XIIIe siècle suite aux invasions mongoles.

Il aurait d’abord été musicien, probablement joueur de oud d’une grande virtuosité, avant de se tourner vers l’alchimie, la philosophie, les mathématiques et l’astronomie. Il n’aurait découvert la médecine que plus tard. Contrairement à une idée répandue, il n’est pas le premier à dire que le monde est rond car Ératosthène, au IIIe siècle av. J.-C., avait calculé avec une assez bonne précision la circonférence terrestre et plus tard, le mathématicien indien Aryabhata l’Ancien fera de même au VIe siècle. Il semblerait qu’il se soit aussi intéressé à l’orfèvrerie.

Selon certains de ses biographes, Razi aurait souffert d’une maladie des yeux provoquée par les émanations résultant de ses expériences d’alchimie qui lui aurait fait abandonner ce domaine pour s’intéresser à la médecine mais Razi aurait dit lui-même que sa vue avait été affectée par des lectures prolongées. Vers l’âge de trente ans, il entame donc une formation de médecin à Ray. Lettré, il est persan mais lit et écrit en arabe ; il étudie les textes des anciens Grecs (Hippocrate, Galien), et aussi hindous, éventuellement traduits en syriaque, puis en arabe. Les écrits d’Ali ibn Rabban al-Tabari (mort vers 870) auront notamment une grande influence sur lui. Il poursuit sa formation en voyageant en Syrie, en Égypte, en Andalousie, complétant ses connaissances livresques par une pratique clinique et expérimentale.

De retour en Orient, il est d’abord nommé médecin à la cour du prince samanide Abu Salih al-Mansur, régnant sur le royaume du Khorassan au nord-est de l’Iran. Sa notoriété grandissant, il est chargé de la direction de l’hôpital de Ray puis du bimaristan (hôpital central) Muqtadari de Bagdad sous le règne du calife abbasside Al-Muktafi. La légende raconte que, pour choisir l’emplacement des bâtiments à construire, il aurait fait suspendre des morceaux de viande en différents lieux de la ville et aurait choisi le site comme étant celui où la viande se décomposait le moins vite.

À la mort du souverain Al-Muktafi, en 907, Razi retourne à Ray. De nombreux étudiants le suivent et il poursuit son enseignement médical. Devenu aveugle à la fin de sa vie, il refuse de se faire opérer de la cataracte. Son attitude est expliquée de deux façons, il aurait dit « J’ai tant vu le monde que je ne tiens plus à le voir », ou il aurait constaté que l’opérateur prévu ignorait l’anatomie3. il meurt le 27 octobre 925 (ou 932 suivant les sources), en l’an 313 du calendrier musulman.

Le médecin, l’enseignant et l’homme de science

En tant que médecin-chef de l’hôpital, progressiste et humaniste, Razi introduisit des pratiques radicalement nouvelles dans le soin des patients et la formation des médecins. Il distinguait en effet trois aspects de la médecine : la santé publique, la médecine préventive et le traitement des maladies spécifiques. Dans cette optique, il organisa des consultations externes, promut les soins à domicile et ouvrit l’hôpital et l’accès aux soins et aux nécessiteux et non pas seulement aux riches. Insistant sur le rôle de la médecine préventive, il se fit l’auteur du tout premier traité médical à l’usage des non-médecins fondé sur sept principes destinés à assurer la préservation de la santé :

  • modération et équilibre lorsque le corps est en mouvement et lorsqu’il est au repos ;
  • modération en mangeant et en buvant ;
  • élimination des surabondances ;
  • amélioration et réglementation des habitats ;
  • évitement des excès néfastes avant qu’ils ne deviennent incontrôlables ;
  • recherche d’une harmonie entre les ambitions et les résolutions ;
  • discipline d’acquisition de bonnes habitudes notamment concernant la pratique de l’exercice physique.
    Enseignant admiré et fin pédagogue, il prit l’initiative de pratiquer des visites au chevet des malades avec les médecins et les étudiants. Chaque malade était d’abord examiné par l’étudiant le plus jeune, son examen et conclusions étant critiqués par les plus anciens, et ainsi de suite de grade en grade, les malades les plus difficiles étant examinés devant tous par le maître3. Il insistait sur la nécessité d’une formation continue au cours de la vie du médecin et les encourageait à prendre des notes sur leurs observations et à en discuter entre eux.

Razi est reconnu pour ses talents d’observation alliés à une grande rigueur scientifique. Il joua un rôle fondamental dans le développement de la méthode clinique, attachant une grande importance aux signes cliniques mais aussi à la symptomatologie qui devaient constituer la base d’un raisonnement menant au diagnostic puis à la thérapeutique. Il insistait sur l’importance d’allier le savoir théorique à la pratique clinique.

Ce faisant, il se fit un critique sévère mais admiratif de l’œuvre de Galien qu’il jugeait manquer d’observations empiriques. Cela lui valut d’être lui-même attaqué. Pratique peu courante à l’époque, Razi citait scrupuleusement ses sources scientifiques, qu’elles fussent grecques ou arabes.

Contrairement à l’usage d’alors, il associait à la démarche de soin le malade lui-même (dont il estimait que l’état psychologique conditionnait la réussite du traitement), mais aussi l’entourage du malade : « Il faut que les malades et ses proches soient avec le médecin et non contre lui, qu’ils ne lui cachent rien des états du malade et de son comportement. » Dans cette même approche, il insistait sur le rôle de la diététique dans le soin et la prévention des maladies.

Utilisant ses connaissances en chimie pour son activité médicale, il peut être considéré comme un fondateur de la thérapeutique iatrochimique (l’usage de substances chimiques pour soigner des maladies). Il œuvra pour la constitution de la pharmacologie comme discipline médicale à part entière et le chapitre qui lui est consacré dans son traité Kitab al-Hawi restera une référence jusqu’au XVIIe siècle en Europe. Il alerta très tôt ses contemporains sur l’usage inconsidéré de médicaments et les difficultés résultant de la polypharmacie (l’usage de plusieurs médicaments à la fois).

Ibn al-Nadim identifie cinq domaines dans lesquels Razi s’est distingué :

  • Razi a été reconnu comme le meilleur médecin de son temps pour avoir pleinement compris et appliqué les connaissances médicales grecques ;
  • il a voyagé dans de nombreux territoires. Ses visites répétées à Bagdad et ses services à plusieurs princes et souverains sont connus de nombreuses sources ;
  • il a été un enseignant en médecine qui a attiré de nombreux étudiants, que ceux-ci soient débutants ou non ;
  • il était reconnu comme compatissant, gentil, droit, et dévoué au service de ses malades qu’ils soient riches ou pauvres ;
  • lecteur assidu, il a été un écrivain prolifique.
    Rétrospectivement, on peut ajouter à cette liste son rôle majeur dans le développement d’une médecine scientifique basée sur les faits et une vision très moderne de la médecine hospitalière associant clinique scientifique, formation universitaire et souci de santé publique.

Œuvre scientifique et médicale …

Source de l’article complet : https://fr.wikipedia.org/wiki/Rhaz%C3%A8s

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      Rhazès - Par Vikidia, l’encyclopédie pour les jeunes, qui explique aux enfants et à ceux qui veulent une présentation simple d’un sujet. Dernière modification de cette page le 27 juillet 2020 à 16:56.
      Rhazès est un grand savant de l’Islam du IXe siècle connu sous le nom d’Abu Bakr Mohammed Ibn Zakariya Al-Razi ou Razi. Il est aussi connu comme Al-Razi, ou Ar-Razi, Zakaria ou Rhazes et Rasi en latin. Rhazès est un savant iranien qui a étudié l’alchimie, la philosophie et les mathématiques.

Sommaire

Jeunesse

Rhazès venait d’une petite ville, Ray, située à environ 15 km à l’Ouest de Téhéran (Iran). Il est né en 865. Il aimait jouer de l’oud, un instrument qui était populaire en son temps, mais il se tourna ensuite vers l’alchimie et la philosophie au lieu de faire une carrière de musicien.

Médecin

Il devint plus tard médecin. Il fut médecin en chef de l’hôpital de Ray. Puis il fut nommé médecin à la cour du prince Samanide Abu Salih al-Mansur dans le Khorassan.

Rhazès est un savant dont les découvertes sont d’une grande innovation. Il est le premier à avoir compris que la fièvre était une défense naturelle du corps. Il découvrit aussi la variole et la rougeole, découvrant la différence entre ces deux infections.

Alchimiste

Comme beaucoup d’alchimistes de cette époque, il croyait qu’il était possible de transformer certains métaux en métaux précieux comme l’or et l’argent. Mais après plusieurs expériences, il en est venu à la conclusion que cela était impossible. Un accident durant une expérience d’alchimie l’a rendu aveugle.

Œuvres

Il continue à observer les maladies de ses patients et à les décrire dans des livres. Il a rédigé plus de 200 manuscrits dont plusieurs livres de médecine, comme le Kitab al-Hawi fi al-Tibb, somme médicale de 22 volumes. Il a aussi écrit plusieurs livres sur l’alchimie, comme le At-Tadbîr et le Sirr Al-Asraar.

Il a aussi écrit des livres sur ses recherches en philosophie. Ces livres, comme le Dar Roshan et le Sakhtane Eshtebaah sont influencés par le philosophe grec Platon.

Ses œuvres traduites en latin sont devenues très populaires dans l’Europe médiévale chrétienne, et ses livres ont eu une grande influence sur l’organisation des études de médecine.

Ses conférences attiraient de nombreux étudiants. Sa méthode consistait à demander aux étudiants de trouver eux-mêmes les réponses aux questions. Si un étudiant avait une question, il demandait aux élèves du “premier cercle s’ils connaissaient la réponse ou s’ils avaient une solution.” S’ils ne pouvaient pas répondre, la question était posée aux élèves du “deuxième cercle” puis du “troisième cercle” et ainsi de suite. Il était reconnu comme un shaikh, un titre donné à un professeur renommé et qui a de nombreux élèves.

Le contenu est disponible sous licence Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 sauf mention contraire. Source : https://fr.vikidia.org/wiki/Rhaz%C3%A8s

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      Article sur Rhazès (Mohammed Ibn Zakaria al-Razi, Abu-Bakr) 865-932 - Médecin, chimiste, philosophe de l’ancienne Perse – Document ‘medarus.org’
      RHAZES fut peut-être le plus éminent, le plus original et le plus influent représentant des médecins arabo-musulmans de la période médiévale, considéré par certains comme étant le père de la médecine expérimentale. Mohammed Ibn Zakaria al-Razi, Abu-Bakr, connu chez les Latins sous le nom de Rhazes, est né vers 865, à Rayy au sud de l’actuel Téhéran en Perse.

On ne sait rien de précis sur le déroulement de ses études. Il a pratiqué la musique, qui fut son principal centre d’intérêt au cours des premières années de sa vie (il était joueur de luth). Il a étudié la philosophie et l’alchimie, les mathématiques, l’astrologie, il s’est également intéressé à l’orfèvrerie, la monnaie, les sciences occultes.

Les nouveaux maîtres de Perse, d’Egypte, du Maghreb et d’Espagne rivalisaient dans le domaine du faste et de l’esprit. C’est en 929 que fut fondée Cordoue - le joyau du monde - dans laquelle fut constituée une bibliothèque comparable à celle qui jadis avait fait la réputation d’Alexandrie (plusieurs centaines de milliers de volumes).

La médecine arabe est représentée à cette époque par les grandes écoles de Médecine Arabe ou de langue Arabe :
- L’école de Bagdad avec les Bakhtishu et Yuhanna Ibn-Masawayh
- L’école d’Ispahan avec Ibn Sina,
- L’école de Shiraz avec Ibn Abbas Al Majusi,
- l’école de Damas avec Al Baghdadi et Ibn Al Mutran
- L’école au Caire illustrée par Ibn an Nafis et Ibn Abi Usaybia
- L’école de Kairouan : avec le célèbre Ishaq Ibn Imran et Ibn Al Jazza
- Les écoles de Cordoue, de Tolède, Séville, et de Saragosse connurent de grands
médecins tels, les fameux Abulcassis, Avenzoar, Averroès.

Selon Abou Rayhan Birouni, il souffrait d’une maladie des yeux provoqué par les vapeurs provenant de ses expériences d’alchimie, mais plus tard Rhazès aurait dit lui-même que sa vue avait été affectée par les lectures prolongées.

Il avait la trentaine lorsqu’il commença l’étude de la médecine à Rayy, auprès de Is’haq Ibn Hunaïn, passé maître dans la médecine grecque, perse et indienne. Il aurait été indirectement (par leurs écrits) l’élève d’Ali ibn Rabban Tabari (mort vers 870), ainsi que d’Abdus ibn Zayd (mort en 900), complétant son éducation dans les lectures et l’expérimentation. Puis il a surtout continué à s’instruire en médecine à Bagdad, sous le Calife Al Moktafi (901-907), et voyagea en Syrie, en Egypte, en Espagne.

Rhazès est d’abord devenu le Médecin de la cour du Prince Abu Saleh Al-Mansur, souverain de Khorosan. De retour à Rayy, il prit quelques temps la direction de l’hôpital local avant de revenir à Bagdad prendre en charge l’hôpital central Bimaristan. Mais il fit en sorte de ne jamais être au service d’une personne tant il souhaitait profondément se consacrer à la science.

En tant que Médecin chef de l’hôpital de Bagdad, il organisa la première structure hospitalière arabe à Bagdad : il y dispensait un enseignement réputé et assurait son service entouré de ses élèves et de ses assistants. Les étudiants posaient des questions, les réponses étaient d’abord faites par les plus jeunes, puis les plus expérimentés, enfin Rhazès se chargeait de la synthèse. Des consultations externes étaient organisées ainsi que des soins à domicile, les nécessiteux bénéficiaient d’une aide médicale.

Il introduisit la méthode clinique dans l’Art Médical dans le soin qu’il prenait dans l’interrogatoire minutieux des malades, l’importance qu’il attachait à la symptomatologie, les déductions diagnostiques et thérapeutiques qui en découlaient.

Reproduction - Rhazes pratiquait de nombreuses spécialités médicales : la chirurgie, la gynécologie, l’obstétrique la chirurgie ophtalmologie et même la stomatologie. S’il est Persan par sa naissance et sa langue maternelle, il est arabe par la langue qu’il utilise et la culture. Razès était aussi philosophe, il connaissait Platon et rejetait en partie les vues d’Aristote. Razès est mort en 925 à Rayy où il était né.

Contributions scientifiques de Rhazes

Les contributions d’al-Razi à la médecine sont nombreuses et variées. Ainsi il a désigné les trois aspects de la médecine :

 la santé publique,
- la médecine préventive, et
- le traitement des maladies spécifiques.

Il a énuméré sept principes pour assurer la préservation de la santé :

1- Modération et équilibre lorsque le corps est en mouvement et lorsqu’il est au repos.
2- Modération en mangeant et en buvant.
3- élimination des surabondances.
4- Amélioration et réglementation des habitats.
5- éviter les excès néfastes avant qu’ils ne deviennent incontrôlables.
6- Entretenir une harmonie entre les ambitions et les résolutions.
7- Se forcer à acquérir de bonnes habitudes notamment concernant la pratique de l’exercice physique.

Quelques travaux et pensées de Rhazès :

 il accordait de l’intérêt à l’observation clinique relative à l’évolution de la maladie en fonction du médicament dispensé, ainsi que l’évolution du malade et le résultat du traitement.

 il fut le premier à s’intéresser à l’aspect psychosomatique dans le diagnostic des maladies, constatant, par exemple, que certaines maladies abdominales étaient suscitées, en premier lieu, par des causes psychosomatiques.

 Les diagnostics de la variole et de la rougeole sont parmi les réalisations médicales les plus importantes d’al-Razi. Sa description minutieuse et détaillée des différentes phases éruptives au cours de la variole et leur méthode de traitement est un modèle qui permet de le classer parmi les cliniciens de génie. Il décrit la différence clinique entre les deux maladies de façon si frappante que rien depuis n’y a été ajouté. C’est un chef d’œuvre de la médecine clinique (Browne 1962).

 Il insistait sur l’importance que revêtent la pratique, l’expérience et l’expérimentation dans le traitement des malades. En outre il expérimentait les nouveaux remèdes sur les animaux avant de les prescrire aux malades.

 Les occidentaux reconnaissent les innovations de Rhazes en gynécologie et obstétrique, ainsi que dans les maladies vénériennes et en chirurgie des yeux.

 Il avait abordé, par ailleurs, le problème de la paralysie faciale et cherché à en identifier les causes. Il a pu distinguer, ainsi, entre la paralysie provoquée par une cause propre au cerveau et celle d’origine locale.

 Rhazes a décrit également les ramifications des nerfs dans la cage thoracique.

 Il a décrit les différents types de fièvres, qui comprennent l’état continu, la rechute, et la fièvre agitée. Il a déclaré que la fièvre peut être le symptôme d’une maladie ou une maladie en soi.

 Il semble être le premier à décrire le ver de Médine.

 Au plan thérapeutique : il a présenté le mercure comme substance thérapeutique notamment pour la préparation de pommade pour la première fois dans l’histoire, thérapie qui fut plus tard adoptée en Europe.

 Excellent anatomiste et chirurgien réputé, il distingua, le premier, le nerf laryngé du récurrent et pratiqua plusieurs fois l’opération de la cataracte.

 Il fut le premier à utiliser le boyau de chat dont il appréciait la souplesse, la résistance et le pouvoir de résorption pour différents types de sutures. Il pratique les sutures avec un fil et 2 aiguilles, enfin les sutures sous dermiques qui ne laissent après elles aucune cicatrice.

 Rhazès serait parmi les premiers à utiliser les compresses humides et tièdes pour couvrir les intestins au cours des interventions chirurgicales sur l’abdomen.

 Il s’est rendu compte que, d’une manière générale, les hommes ne souhaitent pas tomber malade, et souhaitent récupérer aussitôt que possible lorsqu’ils le sont. Cependant, si un patient n’a pas la volonté ou le désir d’aller mieux, les mains du médecin sont liées et il ne peut lui être d’aucune aide.

 En chimie : Il pratiquait l’extraction de l’alcool par distillation des substances amylacées et glucidiques fermentées, qu’il utilisait en pharmacie pour la production des médicaments et des remèdes. Il est, en outre, le premier à avoir mentionné l’acide sulfurique, qu’il appelait « l’huile de vitriol » ou « vitriol vert ». Il est aussi parmi les premiers à appliquer les connaissances chimiques à la médecine et à rattacher la guérison du malade à une réaction chimique dans son corps.

 Formation continue - Il a insisté sur l’importance d’une éducation scientifique continue du médecin. Il a conseillé aux médecins de consigner leurs propres observations. Il les encourage à se rencontrer avec d’autres médecins pour discuter des problèmes médicaux. Il a recommandé aux médecins d’essayer de résoudre leurs problèmes plutôt que déléguer aux autres la découverte des solutions.

Ses observations personnelles sont d’une grande pertinence et d’une profonde sagesse :

’Quand Galien et Aristote sont d’accord sur un point, les médecins peuvent aisément prendre une décision ; mais quand leurs opinions divergent, il est bien difficile de les mettre d’accord. Qui consulte plusieurs médecins commettra plusieurs erreurs !’

La thérapeutique se sépare de l’astrologie avec Rhazès pour s’appuyer sur l’expérimentation. ’Si le patient peut être traité par le régime, éviter les médicaments, les associations de médicaments ; et s’il peut être traité par des médicaments simples, éviter les associations de plusieurs médicaments.’

On doit également à Rhazès des écrits pertinents sur les ictères par rétention, les pyuries fébriles et la lithiase rénale. Rhazès fut l’un des premiers cliniciens qui a préconisé les bains froids dans le cas de brûlures, méthode moderne qui a l’avantage de soulager les douleurs et de réduire les fuites plasmatiques chez les brûlés,

La découverte de l’asthme allergique (Shammyeh). Il fut aussi le premier à découvrir et à décrire dans le détail la séméiologie du rhume allergique et la relation avec l’odeur des roses dans sa ’dissertation sur les causes du coryza au printemps, quand les roses sentent bon.’ Il donne des conseils sur les médicaments à éviter et les prescriptions conseillées en cas d’aggravation de la toux et des signes respiratoires.

Œuvres écrites de Rhazes Reproduction d’un texte en arabe

Son œuvre écrite rassemble 184 volumes et articles sur tous les domaines, dont 61 relevant de la médecine, tous écrits en arabe, le persan ne permettant pas, à l’époque, d’exprimer les sujets scientifiques :

• Razès est connu pour avoir écrit ’Kitab Al-Hawi’ (Continens) une encyclopédie médicale en 22 volumes de médecine pratique et de thérapeutique qui fait le bilan des connaissances médicales du Xème siècle. Elle contient de nombreux extraits des auteurs grecs et hindous. Cette oeuvre a été possible grâce à de nombreux soutiens et à la collaboration de ses étudiants qui publièrent une œuvre posthume enrichie d’après ses notes et ses observations personnelles.

Razès, Haüy seu Continens , 1280,Paris, BNF
- Volume 1, les maladies de la tête ;
- Volume 2, les maladies des yeux ;
- Volume 3, les maladies des oreilles, du nez et des dents ;
- Volume 4, les maladies du poumon ;
- Volume 5, les maladies de l’oesophage et de l’estomac ;
- Volume 6, vomissement, obésité et cachexie ;
- Volume 7, les maladies de la poitrine, du coeur, du foie et de la rate ;
- Volume 8, les ulcères de l’estomac et de l’intestin, la dysenterie
- Volume 9, la gynécologie ;
- Volume 10, les maladies des reins, de l’urètre etc ;
- Volume 11,les maladies d’estomac causées par des parasites abdominaux, les hémorroïdes, les désordres vertébraux, la goutte, les varices, éléphantiasis ;
- Volume 12, les différentes sortes de cancer, inflammations, abcès, et tout ce qui a rapport avec les faiblesses du corps ;
- Volume 13, les maladies des os, fractures, maladies internes et ulcères, plaies des organes génitaux, etc ;
- Volume 14, défécation et vomissement, etc ;
- Volume 15, motbegheh les fièvres (typhoïde et entérique), et les maladies causées par les obstructions des canaux naturels etc ;
- Volume 16, les fièvres trépidantes (degh) et épuisement, fièvres et refroidissements, fièvres ardentes ou fièvres infectieuses, etc ;
- Volume 17, la variole, la rougeole, et plaies de la gorge ;
- Volume 18, conditions critiques, crises,
- Volume 19, l’urine et rapprochements avec les piqûres de serpents et de scorpions, et poisons ;
- Volumes 20 , 21 à propos des médicaments.
- Volume 22, la pharmacologie (saydaleh) et sujets rapprochant médecine et pharmacie.

L’ouvrage a été traduit en latin, en 1279, par le médecin juif « Faraj Ibn Salem », sur ordre du roi Charles I, roi de Sicile, sous le titre de Continens, équivalent grec du terme « al-Hawi », parut à Brescia et Venise (Italie) en 1486. En Europe, les plus grands savants ont eu recours à l’ouvrage, traduit maintes fois, jusqu’en 1542, et demeuré leur source de référence dans leurs écoles et universités jusqu’au seizième siècle. Cette version latine très rare, existe notamment à Cambridge, à la bibliothèque de ’King College’. Il existe une copie en arabe à la libraire El-Escurial en Espagne (écrite entre 1397 et 1414) ainsi qu’à La Librairie Nationale de Malek à Téhéran.

Si le Continens est considéré comme étant l’ouvrage le plus considérable de Razès, excellent clinicien, son traité des maladies éruptives resta le plus connu et le plus célèbre en Europe jusqu’au XIXème siècle.

• Rhazès a en effet écrit ’Al-Judari wal Hassaba’ (Traité sur la variole et la rougeole) ou -’De variolis et morbilis’ ou encore ’Liber de pestilentia’ - , qui est le dernier traduit en 1170 par Gérard de Crémone ( publié en latin à Venise en 1565, à Londres en 1766 et enfin une version française en 1866 par Leclerc et Lenoir.
Rhazès y différencie les diverses affections vésiculo-pustuleuses, en particulier la variole de la varicelle et de la rougeole, il émet la possibilité de l’existence d’une sorte de virus se transmettant de la mère à l’enfant mais aussi entre individus. C’est la plus ancienne relation fidèle entre ces maladies pour lesquelles il n’existait pas précédemment de descriptions grecques.

Régimes alimentaires - ’Tibb al-Fuqaraa’ (La médecine des pauvres) : il s’agit d’un dictionnaire populaire où il décrit toutes les maladies, leurs symptômes, et les méthodes de traitement par un régime alimentaire peu coûteux, plutôt que par l’acquisition de médicaments onéreux et de composés rares.

• ’Kitab ’Al-Mansouri’’ (Livre d’al-Mansouri) : Dans cet ouvrage, dont le nom est associé à celui son protecteur le Prince Abu salih al-Mansur dirigeant de Rayy, Razès aborde une multitude de sujets tels que la chirurgie, et les maladies des yeux et de l’abdomen. Il fut publié pour la première fois à Milan, en 1481, et traduit en latin. Il a été adopté par les médecins des universités européennes jusqu’au dix-septième siècle.

• Rhazès a également édité un autre livre appelé ’Al-Murshid’ (Aphorismes) Guide du médecin nomade. Dans celui-ci, il a souligné les lignes importantes de la thérapie.

• ’Shammyeh’ (l’asthme allergique),

• ’Al Tibb al Molloki’ (Médecine Royale)

• ’Al-Asrar fil Kimiyae’ (Les secrets de la chimie), où il décrit la méthode adoptée par lui dans la réalisation des expériences chimiques, ainsi que la manière de préparer les matières chimiques et leur mode d’utilisation. Il y décrit également les appareils et outils employés dans ses expériences

A propos de la médecine il avait l’habitude de dire : ’La vérité, en médecine, est une moyenne qu’on ne peut atteindre ; tout ce que l’on peut lire dans les livres a beaucoup moins de valeur que l’expérience d’un médecin qui pense et raisonne [...]. La lecture ne fait pas le médecin, mais bien l’esprit critique et le talent d’appliquer à des cas particuliers les vérités dont il a connaissance’. (Cité dans M. Bergé, Les Arabes, p. 363)... ou encore : ’en médecine, l’expérience est au-dessus de la science’ …

Références : Les promoteurs de l’esprit scientifique dans la civilisation islamique par Halima El Ghrari - Autres Biographies ❘ Mis à jour le Mercredi 18 Octobre, 2017.

Medarus -Portraits de médecins

30 novembre 1921 : Mort de Madeleine Brès - Institut de France

Source : https://www.medarus.org/Medecins/MedecinsTextes/razes.html

Citation de Râzî - Né le : 27/08/0854 - Décédé le : 15/10/0925 – Gravure de portrait

 : « Toutes les fois que tu peux soigner à l’aide d’aliments, ne soigne pas avec les médicaments. Celui qui connaît habilement la nature des aliments est plus avisé ». Source : https://www.dicocitations.com/biographie/5879/Razi.php#

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Rubrique 5 concernant Al Farabi (871-950) : philosophe musulman médiéval persan, théoricien de la musique et joueur de luth

Les Têtes chercheuses - Avec Ali Benmakhlouf, professeur de philosophie à l’université de Paris-Est. Il a écrit ’Pourquoi lire les philosophes arabes’ paru chez Albin Michel. Quatrième épisode de notre série ’Les philosophes arabes contre le dogmatisme religieux’ : ’Averroès’.

Pourquoi lire les philosophes arabes

Ali Benmakhlouf, professeur de philosophie à l’université de Paris-Est, retrace ici le sens de l’engagement des philosophes arabes dans la recherche de la vérité.

Lire les philosophes arabes médiévaux avec l’oeil de la philosophie contemporaine pour y trouver des affinités de méthode et de doctrine : tel est le parti pris de ce livre.

Lire ces philosophes arabes, c’est aussi les inscrire dans la tradition et le patrimoine de l’humanité, car ils ont su ménager des accès multiples à la vérité où religion et philosophie sont pensées de manière conjointe. Leurs travaux dans de nombreux domaines, comme la médecine, la logique ou l’histoire continuent de nous interpeller comme ils ont contribué à la formation de la pensée européenne.

Le médiéval rejoint alors le contemporain dans cette riche histoire qui est celle de l’humain et de l’intellect.

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Source : https://archive.org/details/LesPhilosophesArabesContreLeDogmatismeReligieux/Les+philosophes+arabes+contre+le+dogmatisme+religieux_+avec+Ali+Benmakhlouf+(2_5)+_+J%C3%A9r%C3%B4me+Garcin+pour+_Le+voyant_.mp3

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NaissanceVers 872
Fārāb, dans le Turkestan
Décès 950

Damas, en Syrie

École/tradition platonismepéripatétisme
Principaux intérêts philosophie politiquelogiquemétaphysiquemusique
Idées remarquables angélologie
Œuvres principales Traité de musique • Traité des opinions des habitants de la cité vertueuse • Commentaire sur l’herméneutique d’Aristote
Influencé par PlatonAristotePlotinPorphyre de TyrSimplicius
A influencé AvicenneIbn TufaylAverroèsMoïse MaïmonideMuhsin MahdiPierre LévyAli Benmakhlouf

Fârâbî, de son nom complet Abû Nasr Muhammad ibn Muhammad ibn Tarkhân ibn Uzalagh al-Fârâbî, également connu en Occident sous les noms de Alpharabius, Al-Farabi, Al-Fārābī, Farabi, Abunaser et Alfarabi, est un philosophe musulman médiéval persan1. Né en 872 à Wâsij près de Farab en Transoxiane, ou à Faryab au Grand Khorassan2,3, il meurt à Damas, en Syrie en 950. Il approfondit toutes les sciences et tous les arts de son temps, et est appelé le Second instituteur de l’intelligence.

Il étudie à Bagdad (actuel Irak). On lui doit un commentaire de La République de Platon, ainsi qu’un Sommaire des Lois de Platon. Il fut aussi un théoricien de la musique et un excellent joueur de luth4.

Sommaire

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Al-Fârâbî nait en 872 et meurt à Damas, en 950. Il est l’une des grandes figures de la philosophie médiévale, et a été surnommé le « Second maître » par Ibn Rushd (Averroès), le premier n’étant autre qu’Aristote. Ceci suffit à témoigner de l’importance qu’il revêt pour la tradition. L’originalité de sa philosophie tient en très grande partie à l’effort qu’il a manifesté pour introduire le politique et la vie collective dans la pensée philosophique.

Al-Fârâbî et l’héritage éthique

Les deux grands prédécesseurs d’Al-Fârâbî sont Al-Kindî et Al-Râzî, dont les réflexions éthiques demeurent assez éloignées des considérations politiques.

Al-Kindî, ainsi, s’attache à commenter l’œuvre d’Aristote, qu’il présente comme dépendant en très grande partie du savoir métaphysique, dont on ignore s’il est accessible aux êtres humains. La seule science qui peut donner une connaissance de ce savoir est en fait une science divine, inaccessible aux être humains, et dépourvue de contenu pratique. En effet, la réflexion d’Al-Kindî vise à nous apporter des moyens de minimiser notre tristesse et notre chagrin, mais elle ne constitue pas du tout une réflexion politique qui dépasserait le niveau individuel.

Al-Râzî aura une position légèrement différente en ce que la philosophie consiste selon lui en deux choses essentielles : la savoir et la pratique. Quiconque échoue dans l’un de ces deux domaines ne pourra pas être appelé « philosophe ». Toutefois, il établit une hiérarchie entre le savoir et la pratique, dans la mesure où la pratique reste subordonnée au savoir, spécialement lorsqu’elle est pratique politique. Al-Fârâbî procédera donc à un mouvement original qui prend le contrepied de ces deux grandes figures puisqu’il fait du politique l’un des points cardinaux de sa pensée.

Al-Fârâbî, commentateur de Platon et d’Aristote

Si Fârâbî a lu et commenté Aristote, comme de nombreux penseurs arabes de l’âge médiéval, c’est surtout à Platon qu’il a consacré la plus grande partie de son œuvre de commentateur. Ainsi, la philosophie politique platonicienne aura une importance fondamentale dans la constitution de sa pensée propre. De la République, et de l’œuvre platonicienne en générale, Fârâbî retiendra avant tout la figure de Socrate, qui sera un modèle permanent de son œuvre. Pour comprendre l’attitude de Fârâbî à l’égard de Platon et d’Aristote, il faut se pencher sur un ouvrage qui a été publié sous le titre Fusûl Muntaza‘a, que l’on peut traduire par Aphorismes choisis. Ce dernier se présente comme un ouvrage sur les cités et le meilleur moyen pour les gouverner, ainsi que sur l’influence des Grecs anciens sur la pensée de ces moyens.

Le fondateur de la philosophie politique dans la tradition islamique médiévale

Bien après sa mort, au XIVe siècle, on trouve de nombreuses références à l’œuvre de Fârâbî dans un autre grand écrit politique, la Muqaddima d’Ibn Khaldûn. Ce dernier entend explicitement s’introduire dans la continuité de l’œuvre de Fârâbî, en employant le terme siyâsa, signifiant « régime ». Le grand livre de Fârâbî s’intitule ainsi Kitâb al-siyâsa al-madaniyya, ou Le livre du régime politique.

Dans ses Aphorismes choisis, nous pouvons trouver une comparaison entre la santé de l’âme et la santé du corps. Il y définit l’une et l’autre avant de poser la primauté de la santé de l’âme. Il établit un lien indissoluble entre l’âme et la vertu. Surtout, il s’engage dans une étude détaillée de l’âme, et est conduit, à partir de celle-ci, à s’intéresser au politique. En effet, l’un de ses objets d’étude fondamentaux est la structure des régimes politiques, dans l’exacte mesure où il convient de trouver un régime politique organisé de telle sorte qu’il permette à l’âme de chacun d’atteindre la perfection.

Fârâbî demeure largement silencieux sur la prophétie, et n’évoque que très peu le « prophète » ou le « législateur ». De même, le mot « philosophie », bien que présent, ne revient pas très fréquemment dans ses aphorismes. À l’inverse, il parle constamment de l’homme d’Etat (madanî) ou du roi. Fârâbî entend donc faire appel aux anciens afin de déterminer l’ordre politique qui permettra l’accomplissement du bonheur humain. L’individu qui parviendra à comprendre comment une communauté politique doit être organisée pour favoriser ce bonheur fera pour les citoyens ce qu’un médecin fait pour des malades. Toutefois, ce dernier, qui sera homme d’Etat ou roi, doit connaître l’âme humaine aussi bien que la vie politique.

Âme et politique

Ainsi, selon Fârâbî, le meilleur régime politique est celui dans lequel les âmes de ses habitants sont aussi saines que possible. L’homme d’Etat est ainsi compris comme un guérisseur, qui apportera aux âmes malades leur guérison. C’est la raison pour laquelle les traités politiques de Fârâbî accordent en général une très grande part à la question de l’âme humaine. Chaque passage qui concerne l’âme humaine est suivi de passages plus directement politiques, qui visent à tirer les conséquences des résultats établis par l’étude de l’âme, sur le régime et son gouvernement.

Bien souvent, les développements de Fârâbî sur l’âme sont précédés de longues comparaisons entre l’âme et le corps, ainsi qu’entre l’âme et le corps politique. Au début de ses Aphorismes choisis, Fârâbî ne se contente pas de comparer le corps et l’âme, mais il va plus loin en définissant ce qui constitue selon lui la santé et la maladie de l’un et de l’autre. Ainsi, la santé de l’âme consiste en ce qu’elle est telle qu’elle peut toujours choisir de faire ce qui est bien et de mener des actions nobles.

À l’inverse, la maladie de l’âme consiste en ce que celle-ci n’est capable que d’actions mauvaises. Ainsi, nous voyons se dessiner les fondements moraux de la pensée de Fârâbî, puisque celui-ci définit la santé et la maladie de l’âme d’un point de vue avant tout moral. Il est frappant de voir que la santé et la maladie du corps sont définies dans les mêmes termes, à une exception près, de taille : le corps ne peut rien faire s’il n’a pas été activé par l’âme. Ainsi, nous retrouvons la primauté de l’âme sur le corps, héritée d’al-Râzî.

Le passage du niveau individuel au niveau collectif

La comparaison qu’établit Fârâbî entre le médecin et l’homme d’Etat va lui permettre de dépasser le niveau individuel. Il définit la santé du corps comme « l’équilibre de son tempérament », distincte de la santé de la cité, définie comme « l’équilibre des mœurs de son peuple ». Alors que le médecin s’occupe des individus, l’homme d’Etat est concerné par un peuple, non pas en tant qu’il est une somme d’individus, mais précisément en tant qu’il est une totalité.

Lorsqu’il s’intéresse à la santé de la cité, Fârâbî se détourne volontairement de l’étude de l’âme individuelle. Il souligne à plusieurs reprises la plus grande importance que revêt à ses yeux l’art de l’homme d’Etat, par rapport à l’art du médecin. C’est bien l’homme d’Etat qui détermine en dernier ressort les fonctions du corps sain qui aura été soigné par le médecin. C’est lui qui prescrit aux citoyens en bonne santé physique et morale leurs actions.

En plus de ces différences de fonctions, qui permettent à Fârâbî d’accorder à l’homme d’Etat (et donc au niveau collectif) la primauté, c’est une considération morale qui différencie ce dernier du médecin. La tâche du médecin est de soigner, sans demander dans quelle direction la santé retrouvée sera employée. À l’inverse, la tâche principale de l’homme d’Etat sera de réfléchir aux bénéfices civiques et collectifs de cette santé.
Cette façon qu’a Fârâbî d’accorder la primauté à l’aspect politique de l’existence est également un moyen pour lui de subordonner la part morale de l’âme à sa part intellectuelle. En effet, l’homme d’Etat qui légifère le fera au moyen de ses facultés intellectuelles.

Héritier d’une tradition philosophique qui réfléchit aux conditions morales d’une âme saine, Fârâbî sera le premier à opérer une transition de cette pensée morale à une pensée politique. Prédécesseur d’Ibn Rushd (Averroès) et d’Ibn Sina (Avicenne), il aura une influence considérable sur leurs pensées respectives. De même, ses écrits nourriront les réflexions bien plus tardives d’Ibn Khaldûn, qui est perçu comme l’un des ancêtres lointains de la sociologie. La pensée de la politique présente chez Fârâbî est en effet une pensée de la vie collective et de la communauté. Ses écrits moraux sont indissociables de ses écrits politiques dans la mesure où il envisage l’homme comme un être à la fois moral et politique.

Lire la partie 2 : Al-Fârâbî (2) : Faire renaître la philosophie

Bibliographie :

- Charles E. Butterworth, « Ethical and political philosophy », in. The Cambridge Companion to arabic philosophy, Cambridge University Press, 2005.

- Christian Jambet, Qu’est-ce que la philosophie islamique ? Paris, Gallimard, 2011.

Les clés du Moyen-Orient

L&#39 ;enjeu du gaz au Moyen-Orient – Géopolitique de l&#39 ;énergie au Proche-Orient

Source : https://www.lesclesdumoyenorient.com/Al-Farabi-1-Les-fondements-d-une.html

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    • Note sur Al-Farabi – Document ‘cosmovisions.com’
      Abou Naçr Mohammed Ibn Tarkhân, dit Alfarabi ou al-Farabi est un philosophe arabe du Xe siècle, né à Farab, ville de la Transoxiane (Turkestan), ou Otrâr dans la province de Mawaralnahar, d’où il prit son nom, mort vers 950, avait approfondi toutes les sciences et tous les arts de son temps, et fut appelé le Second instituteur de l’intelligence

Reproduction présentant Al-Farabi.

© Serge Jodra, 2006 - 2015. - Reproduction interdite. A consulter sur ce site : http://www.cosmovisions.com/Alfarabi.htm

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    • {{}}
      Al Farabi, premier philosophe musulman - Par Tahar Ben Jelloun. Publié le 02 février 1976 à 00h00 - Mis à jour le 26 mars 2021 à 16h07 –‘Le Monde’ Article réservé aux abonnés
      [Selon Wikipédia : « Tahar Ben Jelloun (en arabe : طاهر بن جلون) est un écrivain, poète et peintre franco-marocain né le 1er décembre 19471,2,3 à Fès (Maroc). Il est lauréat du prix Goncourt pour son roman La Nuit sacrée… » - Source ].

A Bagdad, un congrès sur Ibn Nasr Al Farabi, placé sous le signe de « L’humanisme et la civilisation », célébrait le mille centième anniversaire du grand philosophe.

LA culture arabe est-elle en train de changer de capitale ? Durant plus d’un demi-siècle, Le Caire en a été le centre. Aujourd’hui, Bagdad semble le devenir. Sa volonté d’ouverture sur le monde et les différences est réelle. Il ne se passe pas de mois sans qu’une rencontre culturelle au niveau international se déroule en Irak.

Le congrès sur Ibn Nasr Al Farabi, placé sous le signe de « L’humanisme et la civilisation », célébrait le mille-centième anniversaire du grand philosophe.

Né en 870 à Farab, petite ville du Turkestan, à la frontière de la Turquie et de l’Iran, Al Farabi est considéré comme le premier philosophe musulman. Il vécut plus de trente ans à Bagdad avant de partir pour la Syrie, où il jouit de la protection de la dynastie chiite des Hamdanides. Il mourut à Alep en 950.

Al Farabi a intégré la logique d’Aristote dans la philosophie arabe, ce qui eut une grande influence sur les théologiens de l’époque, les docteurs en droit et la langue arabe elle-même. Cette langue, tenue longtemps à l’écart des termes et concepts scientifiques et philosophiques, découvrit avec Al Farabi la rigueur et la logique. La pensée et le raisonnement allaient subir le même bouleversement. Le système pluriel d’Al Farabi a renouvelé aussi bien la pensée grecque (il cherchait un « accord » entre Platon et Aristote) que la pensée musulmane. Son œuvre majeure, la Cité vertueuse, fut comparée lors de cette rencontre par M. Hasan Souschitch (Yougoslavie) à la République de Platon. Pour M. Abed Jabri (Maroc), elle équivaut du point de vue historique et politique à ce qu’a représenté le Contrat social de Rousseau pour l’Occident. La société arabo-musulmane de l’époque (IVe siècle de l’hégire) était une société qui se déstructurait. Le pouvoir central n’avait qu’une autorité religieuse et symbolique. La pluralité des tendances vaguement politiques menaçait le monde arabe dans sa force et son unité.

Les forces marchandes voulaient exercer leur activité sur un territoire plus vaste et mieux structuré. Al Farabi, qui resta à l’écart de la politique, exprime au niveau de la philosophie l’aspiration à l’unité et à la rationalisation de la société et, par extension de l’islam. La Cité vertueuse restructure la société musulmane en posant Dieu comme cause première de toute création et en demandant comme chef de la Cité un prophète ou un philosophe. Al Farabi devint ainsi le porte-parole de ceux qui revendiquaient un changement radical des structures irrationnelles que minaient la décadence et le chaos du Moyen Age.

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      La pensée et la conception d’AL-FARABI (259-339 H/872 – 339 Hh/950) concernant l’éduction – Document PDF ‘UNESCO.fr’
      De tout temps, les penseurs se sont posé la question de savoir ce qu’il faut que l’être humain apprenne pour être de son époque, vivre intelligemment dans sa société et être un citoyen utile, tout à la fois à lui-même et à sa communauté, d’où l’importance de l’éducation.

Dans celle-ci, ce sont les objectifs qui priment ; les moyens de les atteindre ne viennent qu’ensuite. Or c’est à la philosophie qu’il incombe de déterminer ces objectifs, et là, elle peut se trouver en position conflictuelle avec la religion ; à cet égard, la civilisation islamique a connu bien des controverses entre docteurs de la Loi (fuqaha’) et philosophes qui avaient, les uns et les autres, leur opinion en matière de gnoséologie.

La présente étude a pour objet de mettre en évidence la dimension éducative dans le
système philosophique d’Abu Nasr al-Farabi, aspect fort peu connu, les chercheurs s’étant surtout intéressés à la logique, à la métaphysique et à la politique en négligeant sa conception de l’éducation. Ils savent pourtant qu’al-Farabi a étudié la République de Platon et que cette œuvre, qui l’a sans nul doute influencé, porte essentiellement sur l’éducation, comme en conviennent d’ailleurs les historiens de la philosophie2. Al-Farabi pouvait d’autant moins ignorer cette dimension de la philosophie platonicienne qu’il a rédigé un résumé des Lois de Platon, ouvrage qui présente, on le sait, ses ultimes pensées sur l’éducation.

Qui est donc al-Farabi et quelle est sa conception de l’éducation ? >>>

Ce texte est à lire en entier à partir de la source ci-dessous – Il est tiré de ‘Perspectives : revue trimestrielle d’éducation comparée’, (Paris, UNESCO : Bureau international d’éducation), vol. XXIII, n° 1-2, 1993, Pages 387-377. ©UNESCO : Bureau international d’éducation, 2000 - Ce document peut être reproduit librement, à condition d’en mentionner la source : http://www.ibe.unesco.org/sites/default/files/farabif.pdf .
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      Lectures - al-Fârâbî Abû Nasr, « Le livre du régime politique  », introduction, traduction et commentaires de Philippe Vallat, Collection ‘Sagesses Médiévales’, Paris, Les Belles Lettres, 2012, 268 p. - Gabriel Martinez-Gros – Document ‘journals.openedition.org’
      Texte | Citation | Auteur - Texte intégralPDF - Signaler ce document

1 Philippe Vallat traduit, annote et commente l’un des derniers textes du philosophe arabe du xe siècle al-Fārābī, et sans doute le livre le plus important pour la compréhension de sa vision politique et religieuse. Une vision radicale : selon Philippe Vallat, Fārābī place l’islam, comme toutes les religions de la prophétie, parmi les impostures de ce monde. Pour cette raison même, le commentateur refuse l’épithète « islamique » ou l’association de termes ‘philosophie islamique’ pour désigner ou pour classer cette pensée. Fārābī à ses yeux fait clairement le choix de la philosophie, c’est-à-dire d’Aristote commenté par les néo-platoniciens de la fin de l’Antiquité, contre les ‘absurdités’ des religions monothéistes – peut-être moins accentuées dans le cas du christianisme, dont l’Esprit se rapproche de l’Intellect Agent aristotélicien, que de l’Islam. Dans tous les cas, selon Fārābī tel que le lit Philippe Vallat, la philosophie est historiquement et logiquement antérieure aux religions et leur a donné son appareil conceptuel. Elle est, comme l’esprit humain et comme le monde selon les philosophes, éternelle (note 66, p. 25). Pour Fārābī, la jāhiliyya, c’est l’ignorance de la philosophie, qui prend la place du Coran comme « critère et repère de l’avènement de la vérité » (note 571, p 181). En écho aux conceptions qu’on retrouve chez Ibn Rushd/Averroès – en fait dans le courant philosophique arabe en général –, la religion est le fait de la ‘āmma, de la plèbe, attachée aux valeurs de la domination et de la possession que le Prophète de l’islam a largement illustrées, par son souci du butin et de l’hégémonie matérielle (p. 194-220).

2 Pour l’essentiel de la remise en cause des dogmes des monothéismes, on est frappé par la continuité de la démonstration, depuis Fārābī jusqu’aux maîtres des Arts de la crise averroïste de l’Université de Paris au xiiie siècle : le monde est éternel – parce qu’il est impossible de concevoir que la création d’une Cause Première éternelle ne le soit pas ; la cause Première ne peut penser les particuliers – et donc les contingences de l’histoire – parce que, parfaite, elle ne peut penser que le parfait ; donc la prophétie, inscription du divin dans une histoire particulière, est impossible. L’âme est naturellement mortelle – et la plupart des hommes meurent corps et âme ; mais elle est potentiellement immortelle pour le philosophe qui a construit la « Cité vertueuse ». La « politique » – la construction de la cité – est donc affaire de vie ou de mort de l’âme. Que chacun participe dans la mesure de son possible à la connaissance philosophique, voilà le salut (note 170, p. 56), potentialité de salut qu’offre à l’homme sa perfection naturelle (p. 99-100). Fārābī est ainsi hostile à toute forme de déterminisme (note 442, p. 134) : le salut est un travail philosophique, une découverte ascétique du monde. En résumé, le philosophe appelle de ses vœux une sorte de confrérie des bâtisseurs potentiels de la Cité Vertueuse, qu’il convoque à mots couverts, à la fois parce que le propos est socialement dangereux, mais aussi parce qu’il permet de dégager le petit nombre de ceux qui comprennent. Philippe Vallat réfute ainsi avec une grande fermeté le commentaire de Miskawayh – ou repris par Miskawayh – qui s’efforce de « faire rentrer Fārābī dans le rang des penseurs médiocres et serviles » (note 640, p. 200).

3 Fārābī enfin est confronté aux éventuelles contradictions entre la doctrine aristotélicienne, qu’il suit largement, et les données de la science de son temps, grecque ou arabe. Ainsi Fārābī se garde de dénombrer les Intellects, supposés de même nombre que les corps ou les sphères célestes – soit neuf selon l’Almageste de Ptolémée – le Premier Ciel, la sphère des étoiles fixes, et les sept planètes – tandis qu’Aristote reconnaît plusieurs dizaines d’intellects. Le monde céleste s’oppose bien au monde sublunaire en ce qu’il ne relève pas de la matière, ni donc de la contradiction, et de la corruption (note 290, p. 91). Comme chez Platon, la vision est immanente à l’œil, qui projette sa lumière sur les objets (note 379, p. 114). Enfin, Fārābī s’oppose au « scepticisme général » des mutazilites (p. 228 et note 725).

4 Au total, Philippe Vallat fait une lecture très originale de l’œuvre de Fārābī, et probablement de toute la philosophie arabe, dont il souligne la fidélité à l’héritage grec et l’opposition radicale aux dogmes musulmans. Les destinées de cette philosophie, sa persécution dans le monde islamique, le violent conflit qu’elle soulève dans l’Université parisienne du xiiie siècle viennent à l’appui d’une thèse en franche rupture avec le consensus mou qui prévaut le plus souvent sur ces points.

Pour citer cet article - Référence électronique - Gabriel Martinez-Gros, « al-Fârâbî Abû Nasr, Le livre du régime politique, introduction, traduction et commentaires de Philippe Vallat, Collection ‘Sagesses Médiévales’, Paris, Les Belles Lettres, 2012, 268 p. », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée [En ligne], 136 | novembre 2014, mis en ligne le 24 janvier 2014, consulté le 06 septembre 2021. URL : http://journals.openedition.org/remmm/8443

Auteur - Gabriel Martinez-Gros - Articles du même auteur

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    • Al-Fârâbî, l’islam et la métaphysique - Jean Devos - Mis en ligne sur Cairn.info le 15/04/2021 - https://doi.org/10.3917/eph.652.0050 - Dans L’enseignement philosophique 2015/2 (65e Année), pages 50 à 59
      1 Nous proposons d’approcher la question de la relation entre l’islam et la métaphysique, par référence au philosophe al-Fârâbî – le « Second Maître » après Aristote, et maître respecté d’Avicenne. Nous étudierons la manière par laquelle Fârâbî rapporte les formes et les valeurs humaines aux exigences philosophiques, via une ontologie et une cosmologie dont le principe premier est l’intelligence. Il s’agira de saisir les enjeux et l’intention selon lesquels il détermine son projet : fonder rationnellement la pensée et l’action humaines sur la connaissance des principes premiers et des fins dernières, moyennant l’élaboration du système des sciences philosophiques. Dans la perspective d’un questionnement sur la place de la philosophie dans la Cité, la théologie dialectique sera logiquement circonscrite à l’intérieur des limites du politique.

2 Né en Asie Centrale dans la seconde moitié du ixe siècle, d’origine peut-être persane, al-Fârâbî vient à Bagdad où il apprend l’arabe, étudie et enseigne la logique, les sciences et la philosophie [1][1] Pour une présentation générale, voir Ali Benmakhlouf,…. La période est marquée par des troubles politiques ; il quittera Bagdad en 942 dans des circonstances confuses, en butte à l’agitation fomentée par les Hanbalites fanatiques, qui « se comportaient comme s’ils avaient représenté une sorte de tribunal de l’Inquisition » [2][2] Sur les Hanbalites, voir l’article sur le calife abbasside…. (Il meurt à Damas en 950.) C’est bien dans un contexte informé en partie par l’islam que Fârâbî affirme la falsafa[3][3] Sur la falsafa, voir l’article de Souâd Ayada in Francis…, en déployant l’ensemble des sciences philosophiques héritées de l’Antiquité. Son œuvre s’articule, dans une recherche d’harmonie, au corpus aristotélicien et néoplatonicien, et aussi, explicitement ou implicitement, à celui de la théologie musulmane et de la révélation coranique [4][4] Ian Richard Netton, Al-Farabi and his School, London & New…. Fondatrice de l’une des principales écoles de philosophie au Moyen Âge, elle témoigne de la pensée vivante en terre d’Islam, et illustre, non sans paradoxe, ce qu’Henry Corbin a nommé « la philosophie islamique » [5][5] Henry Corbin, Histoire de la philosophie islamique, Paris,….

3 L’étude de Fârâbî invite à penser le rapport de l’homme au monde qu’implique l’islam en ses multiples aspects : le Coran, les traditions orales (les hadiths), la Loi et la jurisprudence (la Shari’a), la théologie (le Kalam) [6][6] Sur l’islam, voir l’article de Souâd Ayada in Francis Foreaux…. Les images et les métaphores de la révélation coranique et du prophétisme, les usages rhétoriques ou les arguments dialectiques des théologiens, les traditions en somme, sont philosophiquement appréciées. Cette perspective ouverte sur l’islam permet à Fârâbî de mettre en question certains abus rhétoriques en matière de religion, et de critiquer la dialectique des théologiens du Kalam au moyen des instruments d’analyse hérités de l’organon aristotélicien. Ainsi, comme l’écrit Christian Jambet, « les philosophes ne se sont pas identifiés à l’islam du commun, mais ils n’ont pas échappé au moment qui était le leur, moment fixé par l’horizon religieux. Ils n’ont pas été philosophes malgré l’islam, mais à partir de lui, avec lui et en lui, parfois contre une certaine représentation de l’islam, ou de la religion prophétique, mais non sans un rapport quelconque avec elle » [7][7] Christian Jambet, Qu’est-ce que la philosophie islamique,….

4 Fârâbî lui-même est loin d’exclure du champ de la réflexion le phénomène religieux, même si ses traités « rendent un son plus profane, plus laïc » [8] [8]Jean Jolivet, « La pensée philosophique dans ses rapports avec… que ceux d’un philosophe de l’islam tel qu’al-Kindi (796-873). Nous verrons, en premier lieu, que l’islam est inclus dans l’horizon spéculatif vers lequel tend la pensée métaphysique de Fârâbî. Sa démarche consiste à élaborer les structures de la connaissance du monde, de l’homme et du divin, dans une visée d’unité qui n’est pas étrangère à l’islam. En deuxième lieu, nous verrons que l’islam est inclus dans le foyer d’expérience depuis lequel l’onto-noétique de Fârâbî advient à elle-même par un mouvement de retour aux sources grecques de la philosophie. C’est à partir du donné musulman que l’ontologie farabienne se développe en une théorie de l’intellect. En troisième lieu, nous verrons que la pensée politique de Fârâbî se développe à travers la formation de la Cité vertueuse, dont le caractère de perfection n’est pas dissociable de la notion islamique de « l’homme parfait ». Dans sa cohérence d’ensemble, la pensée farabienne, proprement et rigoureusement philosophique, n’est ni réductible à une simple transposition d’un quelconque contenu théologique, ni intelligible au point de vue d’une simple opposition entre la philosophie et l’islam [9][9] Sur l’islam et la philosophie, voir Souâd Ayada, L’Islam des….

I – La question de Dieu

5 Selon Fârâbî, la falsafa se déploie en un système complexe de sciences philosophiques ordonné à l’intelligence des principes premiers : la logique ou connaissance des principes premiers de l’être en tant que vrai ; l’ontologie ou connaissance de l’Étant comme tel, principe premier des êtres en tant qu’ils sont ; la théologie ou connaissance des principes premiers de la substance sensible ; l’éthique ou connaissance des principes premiers de l’agir humain. Dans l’Énumération des sciences, Fârâbî explique que la métaphysique, « la science divine », comporte trois parties : 1° la première est l’étude des êtres en tant qu’ils sont ; 2° la seconde est l’étude des principes des sciences théorétiques, telles que la logique et les mathématiques ; 3° la troisième est l’étude des êtres qui ne sont ni des corps ni dans des corps. Ces êtres incorporels sont ordonnés en une hiérarchie d’intelligences qui culmine à l’Étant suprême, « un Étant parfait dont rien de plus grand ne peut être conçu » [10][10] Al-Fârâbî, L’Énumération des sciences, cité par Majid Fakhry, A…. etc…

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Rubrique 6 concernant Al-Mutanabbi (915-965) : philosophe, poète et écrivain satirique d’origine bédouine irakienne et chiite

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      Al-Moutanabbi, le célèbre poète qui vécut et mourut de sa prose Biopic #18 - Vidéo 3:16 - 24 mai 2019 - Yabiladi Tv
      Considéré comme l’un des plus grands poètes du monde arabe, Al-Moutanabi était connu pour son talent de l’éloge en poésie, louant les gloires des hommes de pouvoir les plus offrants, qui l’accueillaient dans leur cour. Cependant, ce sont poésies qui lui coûtèrent la vie. https://www.yabiladi.com/articles/det... Abonnez-vous pour plus de videos https://goo.gl/qDVcP8

3 temps forts dans cette vidéo - Dès 01:25 : Il est décrit comme une perle rare de la poésie arabe de tous les temps -Dès 02:10 : Neuf ans et demi plus tard, le poète part pour l’Egypte -Dès 02:18 : Al-Moutanabbi consacre ainsi sa vie aux cours royales

Source : https://www.youtube.com/watch?v=dO5vli9vDY4

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    • Le personnage d’Al-Mutanabbi (Ahmad Abu al-Tayyib al- Mutanabbi - أبو طيب المتنبي) décrit par Wikipédia
      Photo - Statue d’Al-Mutanabbi à Bagdad.
Données clés :
Nom de naissance Ahmad Ibn al-Husayn al-Ju’fi
Alias Abou Tayyeb Al-Mutanabbi
Naissance 915

Kufa

Décès septembre 965

Dayr al-Akul

Activité principale Poète
Auteur
Langue d’écriture Arabe
Genres Fakhr (Prétention), Hija (Satire), Madih (Éloge)

Abou T̩ayeb Ah̩mad ibn al-H̩usayn al-Mutanabbī (arabe : أبو الطيب أحمد بن الحسين المتنبّي) est un poète arabe appartenant à la tribu Kinda, né en 915 à Kufa et mort assassiné en 965, près de Dayr al-Akul (au sud-est de Bagdad)1. Ses poèmes tournent autour des louanges des rois, des descriptions de batailles, de la satire, de la sagesse et de sa philosophie de la vie que beaucoup d’hommes partagent avec lui.

Il est considéré [Par qui ?] comme le plus grand poète arabe de tous les temps et celui qui a le mieux su maîtriser la langue arabe et ses rouages. Il lègue un patrimoine de 326 poèmes, qui raconte sa vie tumultueuse auprès des rois et donne une vision sur la vie arabe du Xe siècle.

Il est connu pour sa grande intelligence ; il disait ses poèmes sur le vif, sans préparation. Il a déclamé ses premiers poèmes alors qu’il était très jeune, avant ses dix ans. D’un caractère altier et aventureux, l’un de ses poèmes causera sa perte en précipitant son assassinat.

Le nom « Al-Mutanabbi », voulant dire « celui qui se dit prophète », lui fut adjoint durant sa jeunesse, quand il écrivit des textes jugés à l’époque comme arrogants et en se comparant aux prophètes (أَيَّ مَحَلٍّ أَرتَقي أَيَّ عَظيمٍ أَتَّقي وَكُلُّ ما قَد خَلَقَ الـ لاهُ وَما لَم يَخلُقِ مُحتَقَرٌ في هِمَّتي كَشَعرَةٍ في مَفرِقي).Il avait à peine 17 ans.

Sommaire

La période où Abou Tayyeb Al-Mutanabbi a grandi a été le théâtre d’une désintégration de l’État abbasside et de la création diffuse de mini-états islamiques construits sur les ruines et les lambeaux de ce grand territoire morcelé. Ce fut une période politique marquant l’avènement d’une ère de craquèlement, de tension et de conflit, vécue par les Arabes et les musulmans. Le califat à Bagdad avait perdu de son poids politique et le pouvoir était passé entre les mains des ministres et des chefs de l’armée. Sont apparus alors de nombreux émirats au sein du Bilad el-Cham, chose qui a contribué à la fragilisation des frontières qui furent prises d’assaut à la fois de l’intérieur (comme les mouvements sanglants des Qarmates (al quaramita) et les attaques sur Koufa) et de l’extérieur par les non-arabes désignés communément sous le générique ’Al roum’ .

Ces dissensions et ces morcellements politico-sociaux ont eu un rôle direct à jouer sur le domaine culturel et littéraire. En effet, chaque ministre et chaque prince avait une ’cour’ et un ’salon’ réunissant les poètes et les scientifiques les plus prestigieux, rivalisant les uns avec les autres pour la grandeur et la diversité de ce susdit salon. Les poètes avaient souvent le rôle de courtisans payés pour distiller la beauté de leur art dans la louange de leurs employeurs, et pour démontrer un respect profond pour ces derniers. Mais ce qui était aussi à l’image de cette époque agitée, c’était la migration de ces poètes lors des désaccords, de salon en salon, de maître en maître, et d’un prince à l’autre. Dans ce monde troublé était l’émergence d’Abou Tayeb ; conscient de son intelligence et de sa capacité innée à prendre avantage de ce qui l’entourait, il a fait de la poésie sa profession, en profitant de sa passion pour la lecture et la mémorisation.

Biographie…

Lecture de la totalité de l’article sur cesite : https://fr.wikipedia.org/wiki/Al-Mutanabbi

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      La vie et l’œuvre d’Abû -ayyib al-Mutanabbi * - Presses de l’Ifpo - Publications de l’Institut français du Proche-Orient – Pages 401-430 - Extrait
      Texte intégral
    • Dans Mémoires de l’Institut français de Damas, Beyrouth, 1936, 45-79.
  • 1 Sur les Qarmates, voir l’art, de L. Massignon, dans l’Encyclopédie de l’Islam.
  • 2 La bibliographie complète relative à ce poète se trouve dans : Un poète arabe du ive siècle de l’H (...)
    1 Une cité où sont mêlées toutes sortes d’éléments ethniques mais où dominent les Arabes du désert avoisinant, un centre intellectuel à son déclin mais pénétré du rôle qu’il avait tenu au siècle précédent, une ville pleine de souvenirs chi’ites, située dans une région agitée en profondeur par les doctrines qarmates1, telle est Coufa, dans le Bas-Iraq, au début du ive siècle de PH. (xe de J.-C), au moment où naît Abû ṭ-Ṭayyib Aḥmad ibn al-Ḥusayn, devenu célèbre sous le sobriquet d’al-Mutanabbi2.

2 La famille de celui qui sera un des plus grands poètes de langue arabe est de basse extraction (le père d’Abû ṭ-Ṭayyib est porteur d’eau), mais elle se prétend d’origine sud-arabe. L’enfant est élevé par sa grand-mère. Il grandit et poursuit ses études dans un milieu schismatique. Il ne tarde pas à faire l’admiration de son entourage par sa mémoire, son intelligence et le sérieux de son caractère. De bonne heure, il manifeste des dispositions pour la poésie. Vers la fin de 312/925, un événement imprévu va lui permettre d’approfondir ses connaissances en langue arabe : le Grand-Maître des Qarmates s’empare de Coufa qu’il saccage entièrement ; Abû ṭ-Ṭayyib s’enfuit avec les siens, dans la Samâwa orientale et là, durant deux ans, au contact de Bédouins dont la langue — à tort ou à raison—passe pour très pure, il se parfait dans le maniement de l’instrument qui fera sa gloire. En même temps, il est définitivement touché par les doctrines qarmates et, de retour à Coufa, il entre en relations avec un notable de cette ville, sans aucun doute lui aussi acquis à cette secte.

3 Il est probable qu’Abû ṭ-Ṭayyib n’a pas attendu cet instant pour suivre sa vocation poétique. C’est toutefois à ce retour dans sa ville natale, que se peuvent placer les premières compositions dont la date se laisse préciser. A partir de ce moment, sa carrière apparaît nettement orientée : comme presque tous ceux qui comme lui, à cette époque, sentent en eux un talent poétique, il mettra sa muse aux services des grands et, par ce moyen, tentera de réaliser ses ambitions.

4 Comme Coufa ne lui semble décidément pas un lieu propice à ses desseins, il en part avec son père, pour se rendre à Bagdad (fin 316/ 928). Éternelle illusion du provincial attiré par le renom de la capitale ! Bagdad a bien besoin, en vérité, de ce rimeur de treize ans. Abû ṭ-Ṭayyib le sent. Il se rend en Syrie. Alors commence pour lui une existence assez semblable à celle de nos troubadours occidentaux. Sans qu’il nous soit possible de déterminer l’ordre de ses déplacements, on le trouve à Man-bidj, à Damas, à Alep, à Tibériade, à Tripoli, tantôt dans l’entourage d’émirs bédouins, tantôt dans celui de notables citadins. À ces personnages qui seraient demeurés inconnus, même de nom, sans Abû ṭ-Ṭayyib, celui-ci dédie soit des panégyriques, soit des thrènes. L’accueil réservé à ces productions ne semble pas satisfaire le jeune poète. Peu à peu, on le sent s’irriter contre son sort, contre les hommes, contre la vie. Souvent, au milieu d’une laus, sa déception ou sa colère éclatent.

  • 3 Pièce 25, vers 1, 2. Pour la classification des poèmes par ordre chronologique, voir ci-dessous : (...)
    De tout ce qui meurt, seules les grandes âmes sont dignes de tes larmes. Pleure donc car il n’est plus de grandes âmes ! Les peuples ne valent que par leurs rois : jamais ne seront grands des Arabes dont les maîtres sont des Barbares 3.

5 Plus souvent aussi, il découvre ses desseins nouveaux. Puisque ses ambitions ne sauraient être réalisées par le seul emploi de son talent, il aura donc recours à la violence.

  • 4 Pièce 27, vers 35, 36, 39.
    Mon sort m’a fait goûter une infortune qui m’a brisé...,
    S’il m’est donné de vivre, de la guerre je ferai ma mère, — du javelot, mon frère, — du sabre, mon père.
    Mourir sera plus excusable et souffrir plus glorieux, que me contenter de mon sort. Le Monde est très vaste.
    L’Univers est aux plus forts4.

6 Bientôt, l’idée de révolte ne quitte plus sa pensée.

  • 5 Pièce 29, vers 23, 26, 27.
    Sans trêve, je parcours le monde. Mon ambition grandit et cependant, mon étoile ne s’est pas encore levée.
    Vis puissant ou meurs plein de gloire, dans le fracas des lances, au bruit des tambours.
    Mais ne vis plus comme jusqu’à ce jour, sans noblesse, tel que si ta fin venait, elle passerait inaperçue5.

7 En même temps que gronde sa colère, son orgueil s’exaspère.

  • 6 Pièce 32, vers 2, 3.
    Cessez de me chercher un objet de comparaison ! Nul n’est au-dessus de moi. Nul n’est semblable à moi.
    Laissez-moi, avec mon cheval et ma lance, affronter seul l’humanité, puis jugez-moi6.

8 Dans cet état d’esprit, il arrive à Latakieh, à la fin de 321/933, noue des relations avec quelques personnes qui, elles aussi, paraissent acquises au Qarmatisme, commence sa propagande révolutionnaire, puis se rend parmi les Bédouins de la Samâwa occidentale.

9 On s’est longtemps mépris sur la nature de l’insurrection provoquée par Abû ṭ-Ṭayyib. Sur la foi des récits contenus dans les biographies orientales, on a cru que le poète avait voulu se donner comme prophète et, à l’appui de cette thèse, on parlait d’un Coran qu’il aurait composé pour ses adeptes. Replacé dans l’ambiance historique, la révolte d’Abû ṭ-Ṭayyib, si elle perd en romanesque, gagne beaucoup en clarté et doit être assimilée aux nombreuses tentatives insurrectionnelles fomentées par le Qarmatisme depuis un demi-siècle. Il ne nous est sans doute pas possible, à l’heure actuelle, de préciser dans le détail l’allure de la propagande du poète, ni de dire si celle-ci se faisait pour son compte personnel ou pour celui d’un grand maître qarmaṭe. Ce qui en tout cas est sûr, c’est le caractère qarmate de cette agitation suscitée par un jeune homme acquis à cette doctrine, dans un milieu bédouin maintes fois mêlé à toutes les expéditions militaires des imâm de la secte. Que les contemporains et, après eux, les biographes, se soient mépris sur la nature de la doctrine prêchée par Abû ṭ-Ṭayyib, le fait est normal : cette doctrine était secrète et, par le peu qu’on en connaissait, prêtait aux inventions les plus saugrenues. L’imagination put donc se donner libre cours.

10 Le résultat de l’insurrection d’Abû ṭ-Ṭayyib fut négatif. Les autorités syro-égyptiennes interviennent en effet, dispersent les Bédouins ralliés au jeune agitateur et capturent ce dernier. Deux années d’emprisonnement à Homs font comprendre à Abû ṭ-Ṭayyib qu’il n’est pas exact toujours que « l’Univers appartienne aux forts ». De son aventure, il ne garde qu’une immense amertume, des rancunes tenaces... et son sobriquet d’al-Mutanabbi (l’Homme qui se dit Prophète).

11 À sa sortie de prison, Abû ṭ-Ṭayyib revient, non à la poésie car il n’a cessé de la cultiver pendant son insurrection, mais à son métier de troubadour. Durant plusieurs années, il parcourt à nouveau la Syrie du nord au sud, célébrant de petits émirs locaux et quelques bourgeois se piquant de littérature. Il faut signaler à la louange du poète tout ce que cette période aride de son existence suppose de courage moral et de ténacité. En butte au dédain, aux tracasseries, à la misère, il ne désespère pas, garde sa confiance en lui-même.

12 Au début de 328/939, on peut croire que ces efforts vont recevoir leur récompense. À cette date, en effet, al-Mutanabbi s’attache à la personne du sous-gouverneur de la Syrie méridionale, Badr al-Ḫaršani qui vient de Bagdad prendre possession de son poste. Durant une année, le poète connaît les premières douceurs d’une existence luxueuse, dans l’entourage d’un émir ami des lettres et des plaisirs. Mais les envieux, par leurs intrigues, amènent une brouille entre le mécène et son protégé. Abû ṭ-Ṭayyib doit s’enfuir en Transjordanie. Une nouvelle période d’épreuves commence et, un moment, il semble que le poète songe à nouveau que la seule violence parviendra à réaliser ses rêves ambitieux.

  • 7 Pièce 62, vers 1.
  • 8 Pièce 64, vers 16, 17, 19, 20.
    La gloire n’existe que pour qui vit libre et réalise son dessein, soit par le respect [qu’il inspire], soit par une lutte sans répit7.
    Grand bien soit fait à un destin en qui j’espère et qui me leurre, à un bonheur que je réclame de la vie et qu’elle me refuse !
    J’ai chanté les hommes. En vain ! Désormais, si je vis, je leur enverrai des cavaliers, en guise de panégyriques.
    Je ne combattrai point derrière une enceinte, je ne traiterai pas abusé par des promesses.
    Je placerai les miens dans la plaine avec, pour compagne, l’ardeur des midis, dans de furieux combats8.
  • 9 Voir la pièce 65.
    13 Mais bientôt, les difficultés où se débat al-Mutanabbi se dissipent. Badr retourne à Bagdad, le poète quitte sa retraite et reprend sa vie de panégyriste. Il semble que pour un temps, il ait perdu le courage qui l’animait avant sa brouille avec Badr. Par surcroît d’infortune, il apprend la mort de sa grand-mère, la seule femme pour qui il eût de la tendresse. Du coup, sa haine contre la vie éclate à nouveau9. Il est vraisemblable que, durant quelques mois, il se soit replié sur lui-même et ait cessé de composer. Puis, vers la fin de 329/940, nous le retrouvons à Antioche, attaché à des notables de cette ville : il a repris, pour ne plus jamais le quitter, son métier de panégyriste.

14 Pour al-Mutanabbi, comme pour tous les poètes du même genre, il convient de faire une place aux fluctuations de la politique si l’on veut comprendre les raisons qui l’ont fait s’attacher à un mécène plutôt qu’à un autre. Arrivé en effet à l’époque où nous sommes, il n’est plus le poète famélique ni l’artiste inconnu des années précédentes. Il lui est loisible déjà de choisir ses protecteurs. Logiquement ses regards se tourneront vers ceux que le destin paraît favoriser. Or, en 330/941, le vice-roi d’Égypte et de Palestine Muḥammad l’Iḫšîd, devenu indépendant du Calife de Bagdad, se rend maître aussi de la Syrie jusqu’à l’Euphrate. Al-Mutanabbi s’attache à des dignitaires de la dynastie naissante, à l’Iḫšîd lui-même, puis à son fils, enfin à son neveu al-Ḥasan, gouverneur de Ramleh, en Palestine (début de 335/seconde moitié de 346). À cette date, la renommée d’Abû ṭ-Ṭayyib apparaît comme complètement assise.

15 L’ambitieux panégyriste ne se montre toutefois point satisfait du rang qui lui est assigné à Ramleh. Il rêve mieux. Précisément une nouvelle principauté vient de se créer, en Syrie septentrionale, au détriment de la dynastie ihšidide. Elle a pour chef un émir arabe, Sayf ad-Dawla, dont la renommée comme capitaine et comme mécène s’étend fort loin d’Alep, sa capitale. Par l’entremise d’un cousin de Sayf ad-Dawla, Abû l-‘Ašâ’ir, gouverneur d’Antioche, al-Mutanabbi se fait présenter et est admis avec empressement à la cour d’Alep (ğumâdâ I 337/ novembre 938).

16 La période de neuf années qui va suivre est capitale dans la carrière littéraire d’Abû ṭ-Ṭayyib. Placé dans un milieu culturel et artistique d’une activité intense, sous la protection d’un émir qui est d’une extrême exigence envers ses panégyristes, obligé de prendre part à presque toutes les expéditions que Sayf ad-Dawla conduit soit contre les Byzantins, en Cilicie ou en Cappadoce, soit contre les Bédouins, dans le désert de Syrie, mêlé aussi à la mesquine vie de cour où il s’épuise en luttes perpétuelles contre ses détracteurs, al-Mutanabbi réussit à faire figure de chef d’école et à conserver l’appui constant de Sayf ad-Dawla, malgré des froissements inévitables. Surtout il parvient à se dégager des contraintes qu’impose à sa production poétique son état de courtisan, pour hausser son art jusqu’à l’expression convenant à la grandeur des faits militaires dont il est témoin.

  • 10 Thrène sur la mère de Sayf ad-Dawla (pièce 92), sur un de ses fils (pièce 96), sur un de ses oncles (...)
  • 11 Pièce 102.
  • 12 Pièce 104.
    17 L’œuvre d’Abû ṭ-Ṭayyib, durant cette période, est un écho de tous les événements, grands ou infimes, qui préoccupent la cour d’Alep. Gomme courtisan, le poète est amené à rimer des impromptus sur la valeur littéraire desquels il serait vain d’insister. Comme chantre officiel de la dynastie, il lui faut célébrer les mérites de Sayf ad-Dawla ou des membres de la famille qui viennent à mourir10, et aussi, — tâche essentielle, — chanter les victoires de son protecteur, dissiper l’effet psychologique d’un présage malheureux au début d’une campagne11, atténuer les conséquences politiques d’un désastre dans les défilés du Taurus12.

18 Dès son arrivée à la cour d’Alep, al-Mutanabbi avait été en butte à l’hostilité d’une cabale montée par un cousin de Sayf ad-Dawla, l’émir-poète Abû Firâs. À diverses reprises, ces détracteurs tentent de circonvenir le prince d’Alep. Souvent, dans une pièce, nous discernons les appréhensions du poète.

  • 13 Pièce 111, vers 1, 2, 5.
    Qu’a donc [Sayf aḍ-Dawla], aujourd’hui, à me brusquer ?
    Pourquoi, lorsque je le recherche, s’interposent, entre lui et moi, des déserts et des solitudes indésirées ?
    Est-ce là une récompense convenable si je vous ai chanté avec sincérité ? Est-ce là une récompense flatteuse si je vous ai célébré pompeusement13 ?

19 Jamais cependant, Abû Firâs et sa coterie ne parviennent à leurs fins. Pourtant, peu à peu la patience de Sayf ad-Dawla est lassée par le caractère difficile de son protégé et par l’intermittence de son inspiration. Dans les premiers mois de 346/957, un prétexte futile, une simple querelle entre courtisans où l’émir reste neutre, amène une rupture et al-Mutanabbi quitte secrètement Alep, sans oublier d’emporter les richesses qui lui viennent de son protecteur.

20 Abû ṭ-Ṭayyib avait déjà éprouvé les multiples inconvénients que comporte l’état d’un panégyriste sans mécène. Il ne pouvait donc demeurer longtemps sans s’attacher à quelque puissant personnage. Un instant, il paraît songer à rester auprès de son ancien maître al-Ḥasan qu’il retrouve à Ramleh, en Palestine. Mais l’eunuque Abû l-Misk Kâfûr, régent iḫšîdide d’Égypte, lui fait des avances qu’il serait périlleux de repousser. Sans enthousiasme, al-Mutanabbi se rend donc à Fusṭâṭ, alors capitale de la principauté iḫšîdide d’Égypte.

21 Malgré un accueil très flatteur, Abû ṭ-Ṭayyib hésite quelque temps encore à se faire le panégyriste de Kâfûr, exclusivement. Il faut que le Régent fasse miroiter à ses yeux la perspective d’un gouvernement militaire à Sidon, pour qu’il se décide à lui adresser des poèmes. Kâfûr est-il sincère au moment où il fait naître cette espérance au cœur de son protégé ? C’est plus que douteux. Deux ans passent cependant avant qu’al-Mutanabbi s’aperçoive qu’on s’est joué de lui. Quand il ouvre les yeux, il tente de chercher un autre protecteur, croit le trouver dans un jeune général, Abû Šuğâ’ Fâtik, mais celui-ci meurt soudainement. Il ne reste plus au poète qu’à distiller sa haine contre Kâfûr en des satires qui circulent en secret à Fusṭâṭ et à attendre le moment favorable de s’enfuir. L’occasion s’offre en ḏû l-ḥiğğa 350 janvier 962 et, avec sa famille, ses bagages, il quitte l’Égypte, franchit la Péninsule du Sinaï, fait halte chez les Bédouins de la Ḥismâ, traverse l’Arabie d’ouest en est par Dûmat al-Ğandal (al-Djôf), pour arriver à Coufa, sa ville natale, en rabî’ I 351/avril 962.

22 Bien que ses compatriotes l’accueillent comme une manière de prodige, Abû ṭ-Ṭayyib ne demeure que peu de temps à Coufa et se rend à Bagdad. Ses desseins, à ce moment, assez peu arrêtés, paraissent se tourner à nouveau vers Sayf ad-Dawla. Il renonce toutefois bientôt à ce projet, sans doute à cause des revers militaires du prince d’Alep, contre les Byzantins qui rendent sa situation fort critique. D’autre part, il ne saurait s’agir de rester à Bagdad où les milieux gouvernementaux et littéraires lui sont absolument hostiles. Abû ṭ-Ṭayyib prend donc le parti de se réfugier dans « un splendide isolement » et de rompre pour un temps avec son métier de panégyriste.

23 Ce séjour à Bagdad est d’ailleurs d’une extrême importance pour l’extension des études « mutanabbiennes » en Orient. À cette date, en effet, se groupent autour du poète un certain nombre d’érudits, de philologues et de grammairiens comme ‘Ali al-Baṣri, ‘Ali al-Qummi, ar-Raba’i, et Ibn Ğinni, qui entendent commenter le Dîwân par son auteur même, en établissent sous sa direction des copies ne varietur ou recueillent des matériaux pour la rédaction de futurs commentaires.

24 Abû ṭ-Ṭayyib reste à Bagdad près d’un an. Enfin au début de ša‘bân 352/fin août 963, il abandonne définitivement ses projets de retour en Syrie et regagne Coufa. À peine vient-il de s’y réinstaller que la ville est attaquée par un parti de Qarmaṭes. Alors nous assistons à ce spectacle surprenant : al-Mutanabbi oubliant ce qu’il avait été, participe à la défense de la ville et aide à repousser les assaillants, en attendant l’arrivée de renforts réguliers.

25 Depuis longtemps, la renommée d’Abû ṭ-Ṭayyib s’était répandue hors de l’Iraq et de la Syrie. Le poète dut en conséquence trouver très naturel qu’un dignitaire persan, le Vizir Ibn al-‘Amîd, attaché au Sultan bûyide Rukn ad-Dawla, lui proposât de venir le rejoindre à Arrağân, sur la limite du Ḫûzistân et du Fârs. En ṣafar 354/février 965, al-Mutanabbi se rend à cette invitation, séjourne auprès d’Ibn al-‘Amîd, environ trois mois, le temps de lui adresser quelques panégyriques, puis il repart pour Chîrâz où l’attend le sultan bûyide ‘Aḍud ad-Dawla.

26 À Chîrâz, c’est à peu près la vie d’Alep qui recommence, Abû ṭ-Ṭayyib est de toutes les fêtes et de tous les déplacements de la cour et il lui faut chanter ce qui occupe l’existence de son protecteur : expéditions militaires, parties de chasse, célébrations de fêtes musulmanes ou iraniennes. Malgré les largesses de ‘Aḍud ad-Dawla à son endroit et la déférence de tous, al-Mutanabbi ne tarde pas à avoir la nostalgie des pays arabes. Au début de ša‘bân 354/août 965, il demande donc son congé qui lui est accordé sans difficulté moyennant promesse d’un prompt retour. Promesse sincère ? Nous ne le saurons sans doute jamais.

27 Dans le courant du même mois, il quitte Chîrâz, retourne à Arrağân, s’arrête dans l’Iraq à Wâsiṭ où il séjourne quelques jours. Son dessein est de regagner Bagdad. En vain on le met en garde contre les brigands qui infestent la route entre Wâsit et cette ville. Avec sa famille et ses esclaves lui servant d’escorte, il remonte la rive droite du Tigre. Arrivé à mi-chemin de la capitale des Califes, il est attaqué par les bédouins et tombe avec tous ses compagnons, sous les coups de ceux qu’il nommait avec dédain « des mangeurs de lézards » (ramaḍân 354/ septembre 965). Malgré les supplications de ses amis et de ses admirateurs, nul ne tenta de tirer vengeance de cet assassinat.

***

  • 14 C’est ce que j’ai tenté de faire dans l’Appendice qui suit cet article et qui est aussi une concor (...)
    28 Nous avons vu que, de son vivant, Abû ṭ-Ṭayyib al-Mutanabbi avait pris la précaution de réunir ses poèmes en un Dîwân qu’il expliquait à ses admirateurs, à Bagdad. A ceux-ci incomba le soin d’ajouter au recueil, les poèmes que la mort n’avait pas permis à leur auteur d’y insérer. Par respect, ils y joignirent quelques fragments d’une très faible valeur. Ces éditions princeps — car il semble qu’il y en ait eu plusieurs — groupaient les poèmes par personnages célébrés et suivaient, en conséquence, un ordre chronologique assez lâche…

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      Al-Mutanabbi, La solitude d’un homme (qui n’a jamais douté de lui) - Projet Orphée « Lire et dire la poésie » - En lisant...
      « Je suis le meilleur et je vous méprise » : on ne pourra jamais accuser Abou Tayeb Ahmad ibn al-Husayn, dit Al-Mutanabbi (915-965, Irak), d’être modeste.

Un mot sur Halima, la lectrice qui prête sa voix au poème d’Al Mutanabbi. Halima est franco-marocaine et vit en Alsace. C’est aussi la maman de mon petit frère. Merci à elle, qui a accepté de bonne grâce, alors que comme à mon habitude, je ne lui ai laissé que quelques minutes de préparation.

 » A ma poésie l’imbécile est allergique, comme le cafard l’est aux roses. » (p.29)

« Des vers sublimes comme les miens nul poète avant l’Islam n’a pu en dire, et la magie de Babylone jamais n’a approché ma mienne ! » (p.55)

« Si un homme me dénigre c’est le meilleur témoignage de ma perfection. Ainsi j’étais même parmi les miens et même dans ma patrie. L’homme supérieur, où qu’il soit, est, partout, solitaire. Ils s’épuisent, ces petits poètes, à vouloir se hisser jusqu’à moi. Comme des singes qui veulent imiter l’homme mais à qui manque la parole. » (p. 107)

L’art de se faire des ennemis

De son vivant déjà, sa notoriété éclipsait celle des autres poètes de la cour, et les puissants se disputaient ses services. Avec un don sans pareil pour froisser ses homologues moins talentueux que lui, il n’est guère étonnant que sa carrière de poète officiel ait été contrariée par des cabales et autres manœuvres destinées à l’écarter des faveurs des mécènes.

Mais la postérité a donné raison à ses admirateurs, puisque il est à ce jour considéré comme l’un des plus grands poètes arabes de tous les temps (voire le plus grand d’après le préfacier et traducteur Jean-Jacques Schmidt).

Voici ce qu’en dit le Dictionnaire mondial des littératures (P. Mougin et K. Haddad-Wotling, Larousse, 2002) : « Sa poésie est cependant l’une des plus puissantes et des plus originales de toute la poésie arabe, qu’elle incarne aujourd’hui encore, pour le plus grand nombre. La hardiesse des images, les formules passées en sentences, les recherches phonétiques et rythmiques s’allient ici à un sens inné du langage. » 

Ambitieux Reproduction

Certes, l’ego surdimensionné d’al-Mutanabbi peut agacer. Il n’a rien mais il veut tout : richesse, rang, gloire. Mais surtout, il est en quête de grandeur : « Il faut tout faire pour atteindre la grandeur quand on en a trouvé le chemin« (p.29). Il n’est pas né noble, et encore moins riche (c’est le fils d’un porteur d’eau), mais il s’acharne à s’instruire. Son ascension se fera via les seigneurs et princes, et par le plus grand d’entre eux (aux yeux d’al-Mutanabbi) : l’Émir d’Alep (Syrie), Ali Sayf al-Dawla.

Paradoxalement, le poète, qui a passé sa vie à chanter leurs louanges dans les cours des nobles, n’a aucune tolérance pour l’hypocrisie (« l’amitié des hommes n’étant que tromperie… p. 61) et les intrigues. Il ne supporte ni la médiocrité, ni les imbéciles. Ses plus beaux vers (ses ‘sentences’, mais ça m’évoque plutôt des proverbes), sont ceux qui décrivent les travers humains avec acuité et (plus qu’)un soupçon d’amertume.

Vanitas vanitatum, omnia vanitas = Vanité des vanités, tout est vanité

Lui qui court après d’insaisissables rêves (« Jusqu’à quand attendrai-je, impuissant, la grandeur ? Quand l’atteindrai-je enfin ? Jusqu’à quand devrai-je y renoncer, réduit à vendre des poèmes à des êtres incapables d’en estimer le prix ? » p.109) est pourtant très conscient de la vanité de toute chose et du peu de contrôle que l’homme exerce sur sa vie : « Que de fois, quand l’homme ne croit plus avoir à connaitre d’épreuves, voila qu’un malheur imprévu le frappe. » (p. 65) ; le temps (ou le destin) venant à bout de toute ambition : « Où est celui qui a construit les pyramides ? Et son peuple, où est-il ? Quand est-il mort ? Et comment ? Les œuvres survivent, un temps, à leur créateur, puis le néant les engloutit à leur tour. » (p. 91)

Plus de 1.000 ans ont passé depuis ces vers. Les pyramides n’ont été pas oubliées. al-Mutanabbi non plus.

Ouvrage 1èrede couverture : La solitude d’un homme / al-Mutanabbi. Choix, traduction de l’arabe et présentation par Jean-Jacques Schmidt. La Différence (Orphée), 1994.

12 janvier 2014 Irak, moyen-orient, Poésie arabe, Xe siècle

Publié par Daisy - Je parle de poésie et je la fais entendre, mais seulement celle publiée dans la mythique collection de poche Orphée aux éditions de la Différence. J’ai une formation de bibliothécaire et de journaliste. J’écris aussi comme rédactrice culturelle pigiste. Mes articles publiés sont dans la rubrique Mon portefolio.

Voir tous les articles par Daisy– Source : https://projetorphee.ca/2014/01/12/la-solitude-dun-homme-al-mutanabbi/

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      Ouvrage – 1ère de couverture - Dîwân Al-Mutanabbî - ديوان المتنبي - littérature en arabe - Al-Mutanabbi - المتنبي - DAR SADER LIBAN - Date de parution : 01/01/2008 - Dimensions : 245x170 - Nbr de pages : 375 - 25,00 €
      Description : Abou Taayeb Ahmad ibn al-Husayn al-Mutanabbi est un poète arabe appartenant à la tribu Kinda, né en 915 à Kufa, et mort assassiné en 965 près de Dayr al-Akul (au sud-est de Bagdad). Ses poèmes tournent autour des louanges des rois, des descriptions de batailles, de la satire, de la sagesse et de sa philosophie de la vie que beaucoup d’hommes partagent avec lui. Il est considéré comme le plus grand poète arabe de tous les temps, et celui qui a pu au mieux maîtriser la langue arabe et ses rouages. Il lègue un grand patrimoine de poésie avec 326 poèmes, qui raconte sa vie tumultueuse auprès des rois, et qui donne une vision sur la vie arabe du Xe siècle. Il est connu pour sa grande intelligence, il disait ses poèmes sur le vif, sans préparation. Il a déclamé ses premiers poèmes alors qu’il était très jeune, avant ses 10 ans. D’un caractère altier et aventureux, l’un de ses poèmes causera sa perte en précipitant son assassinat. Le nom ’Al-mutanabbi’ voulant dire : ’celui qui se dit prophète’, lui fut adjoint durant sa jeunesse quand il écrivit des textes qu’il disait d’inspiration divine. Il avait réussi à convaincre quelques-uns, avec l’aide desquels il déclencha une rébellion vite avortée. Il avait à peine 17 ans.

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      Vidéo 1:17:48 d’une conférence concernant Al Mutanabbî (915-965) - 06 juillet 2018 - France Fraternités
      Conférence à l’Institut de la Culture de l’Islam le 07/06/2018 par Patrick Mégarbané (version intégrale). Dans le cadre du cycle de conférence sur “les grandes figures de l’Islam”, l’Institut des Cultures de Islam a demandé à Patrick Mégarbané, polytechnicien d’origine syrienne d’évoquer le grand poète arabe Al Mutanabbî. Découvrez toutes nos vidéos sur notre site https://france-fraternites.org

Source : https://www.youtube.com/watch?v=PVI4pu1tMBQ

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Rubrique 7 concernant Aboulcassis ou Abu Al-Qasim (940-1013) : chirurgien, anatomiste, pharmacien, philosophe andalous

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      La personnalité d’Abu Al-Qasim (en France Aboulcassis) d’après Wikipédia
      Illustration - Abu Al-Qasim (Aboulcassis)
Biographie : {{}}
Naissance Vers 940

Madinat al-Zahra (al-Andalus)

Califato de Córdoba-1000.pngCalifat de Cordoue

(actuelle

Drapeau de l’EspagneEspagne)

Décès Vers 1013

Cordoue

Califato de Córdoba-1000.pngCalifat de Cordoue

(actuelle

Drapeau de l’EspagneEspagne)

Nom dans la langue maternelle أبو القاسم خلف بن عبَّاس الزهراوي
Nom de naissance أبو القاسم خلف بن عبَّاس الزهراوي
Surnom Aboulcassis, Abū al-Qāsim Khalaf ibn Abbās al-Zahrāwī, أبو القاسم بن خلف بن العباس الزهراوي) (arabe)
Activités Chirurgien, anatomiste, pharmacien, philosophe
Autres informations
Domaine Médecine

Abu Al-Qasim, ou Abū al-Qāsim Khalaf ibn Abbās al-Zahrāwī1 de son nom complet (en arabe : أبو القاسم بن خلف بن العباس الزهراوي), connu en Occident sous le nom Abulcasis ou Albucasis, en France Aboulcassis, (né à Madinat al-Zahra (Al-Andalus) v. 940 - mort à Cordoue (Al-Andalus) en 10132) est considéré comme le plus grands chirurgien du Moyen-Âge3,4,5 et un des pères de la chirurgie moderne6,7.

Sommaire

Il naît vers 940 ou 950, à El Zahra, petit village situé à quelques kilomètres au nord-ouest de Cordoue, en Andalousie, où il passa toute sa vie, sous le règne des califes omeyyades Abderrahmane III et Al Hakam II. La nisba (titre attributif), Al-Ansari, suggère une origine de la tribu arabe médinoise d’Al-Ansar8.

On ne sait que peu de choses de sa vie en dehors de ce qu’on apprend par ses ouvrages. Ses observations médicales concernent de hautes personnalités comme des esclaves, des musulmans comme des chrétiens ou des juifs. Cela indique son importance et l’étendue de ses relations 9. Abu Al-Qasim fut médecin à la cour du calife Al-Hakam II, puis celui d’Almanzor (Al Mansour)10, vizir et chef militaire.

Il passa presque toute sa vie à El Zahra, une ville aujourd’hui disparue, à l’ouest et non loin de Cordoue. C’est là qu’il étudia, enseigna et pratiqua la médecine et la chirurgie jusqu’en 1011, date à laquelle El Zahra fut pillée, et le palais de Madinat al-Zahra détruit lors de la guerre civile au sein du califat. Il dévoua toute sa vie à l’avancement de la médecine et de la chirurgie.

Son nom apparaît pour la première fois dans les écrits d’Abu Muhammad ibn Hazm (9931064), qui le plaçaient parmi les plus grands médecins de l’Espagne mauresque. Sa première biographie détaillée fut écrite soixante ans après sa mort par Al-Humaydi, dans son ouvrage Jadhwat al-Muqtabis (Des savants andalous). Léon l’Africain, au XVe siècle, le mentionne dans une courte notice10.

Œuvre

Son grand ouvrage, le texte Al-Tasrif (La pratique), est une encyclopédie médicale qui fait le bilan des connaissances médico-chirurgicales de son époque, confrontées à l’expérience personnelle de son auteur.

C’est surtout la partie chirurgicale de son œuvre (soit un cinquième de son encyclopédie) qui intéresse très tôt l’Occident. Elle est traduite en latin au XIIe siècle par Gérard de Crémone pour devenir une référence chirurgicale. Au XIVe siècle, le traité de chirurgie du français Guy de Chauliac en contient 173 citations littérales9. Pietro Argallata dépeint Al-Qasim comme étant « sans l’ombre d’un doute le roi des chirurgiens ». On connait aussi une version en hébreu, et une autre en provençal10.

Son livre chirurgical est imprimé à Venise à la fin du XVe siècle (1497 ou 1500 selon les sources)10, il est donc édité en Occident avant les premières éditions de Galien (1525) et Hippocrate (1526)11. Au cours du XVIe siècle, il est toujours cité, notamment par le chirurgien français Jacques Daléchamps, ou l’italien Fabrice d’Aquapendente, et il a beaucoup inspiré Ambroise Paré9.

Al-Tasrif Voir une planche technique en arabe.

Le Kitab al-Tasrif (كتاب التصريف لمن عجز عن التأليف ; Le Livre de la méthode [médicale] pour celui qui paresse d’écrire), traite en trente volumes tous les domaines de la médecine et de la chirurgie. Selon Jean-Charles Sournia, « c’est le document chirurgical le plus complet écrit pendant le premier millénaire de notre ère »9.

Aboulcassis rend souvent hommage aux grands anciens comme Hippocrate, Galien et Celse. Il s’inspire aussi de Paul d’Égine, dont une partie de l’œuvre ne nous est pas parvenue12.

L’Al-Tasrif est divisé en trois parties : 1) sur la théorie et les généralités de la médecine ; 2) sur les maladies : le régie chez l’enfant et les vieillards, la goutte, les rhumatismes, les abcès, les plaies, les poisons et les venins, les affections externes de la peau et la fièvre ; 3) sur la chirurgie.

Le traité sur la chirurgie est divisé en trois livres, tous organisés dans l’ordre « de la tête aux pieds », avec représentation illustrée (ce qui est rare dans les manuscrits musulmans) de tous les instruments nécessaires pour opérer. Ces représentations perdent de leur qualité au fur et à mesure de leurs copies. En 1998, on connaît 42 copies manuscrites en arabe, 27 en latin, 1 en hébreu et 1 en provençal, dispersées dans les plus grandes bibliothèques occidentales et du monde musulman ; celle en provençal est à la bibliothèque de Montpellier10.

  • Le livre premier est consacré aux cautérisations.
  • Le livre deux traite des incisions et perforations, saignées et ventouses, blessures et extractions de flèches.
  • Le livre trois traite de traumatologie osseuse (fractures, luxations, entorses...) et de questions diverses.
    Les fondamentaux d’Abu Al-Quasim

C’est le premier auteur à mettre au clair quelques principes fondamentaux13, évidents aujourd’hui, mais qui n’existaient pas avant lui.

La chirurgie doit se baser sur un savoir anatomique le plus approfondi possible, et non pas se baser sur une pratique aveugle par ignorance.

La chirurgie opératoire évolue entre deux pôles : l’un qui est sûr et compatible avec la santé du malade, et l’autre qui est dangereux et risqué pour le malade. Pour chaque opération, l’auteur signale les dangers possibles et les moyens de les éviter. Avant chaque acte chirurgical, le praticien se doit donc d’analyser l’intérêt du patient en soupesant les bénéfices thérapeutiques espérés et les risques inhérents à l’acte chirurgical en fonction de l’état de santé pré-opératoire du patient.

La chirurgie est une branche de la médecine. Le chirurgien doit être cultivé et instruit de tous les grands anciens, mais il doit aussi confronter ce savoir avec les réalités de sa pratique quotidienne (observer et juger par lui-même).

Le chirurgien doit être prudent et circonspect pour lui-même, doux et persévérant pour ses malades, et être un père pour ses élèves (son traité sur la chirurgie commence par « mes enfants »).

Avancées chirurgicales

Abu Al-Qasim a réalisé, décrit et complété de nombreux gestes et outils chirurgicaux9,10. Il n’a pas toujours obtenu le mérite de ses avancées médicales : il avait déjà décrit dans son Al-Tasrif la méthode que l’on appelle aujourd’hui « Kocher » pour le traitement d’une épaule disloquée, ainsi que la position « Walcher14 » en obstétrique. Il avait déjà décrit comment ligaturer des vaisseaux sanguins des siècles avant qu’Ambroise Paré ne popularise la méthode. Il fut également le premier à écrire des livres sur les appareils dentaires et à avoir décrit la nature héréditaire de l’hémophilie. Il est également le premier, en 963, à avoir décrit la grossesse extra-utérine et ses conséquences mortelles.

Article détaillé : Al-Tasrif.

Jugements sur Albucassis

Au siècle des Lumières :

« Ricius prétend que ce Médecin Arabe a écrit avec beaucoup de clarté, de précision et de netteté. Tout le monde en convient. Il parait exceller dans la partie diagnostique et dans la description des symptômes des maladies ; on doit même avouer que sa façon d’écrire est fort méthodique, et que, pour cette raison, il mérite qu’on fasse cas de ses ouvrages (...) Il a fait preuve de la plus grande probité dans l’exercice de sa profession (...) Il conseille de ne jamais entreprendre, par avidité de gain, la cure d’un mal que l’on est incapable de traiter et dont la cause nous est inconnue15. »

En 1986 :

« Ce serait une grande erreur de croire ces techniques rudimentaires et anachroniques : elles ont été en usage jusqu’à l’ère de l’asepsie, de l’antisepsie et de la radiographie ; des hommes comme Dupuytren, Malgaigne et les grands chirurgiens de l’Empire ne faisaient pas mieux qu’Aboulcassis. Et aujourd’hui à la surface de la terre (...) la chirurgie moderne est inconnue de trois milliards d’hommes. Ce serait un bienfait pour l’humanité que de transmettre à tous les guérisseurs, les sorciers et les chamans de la brousse, de la savane, de la forêt ou du désert, les connaissances d’Aboulcassis9. »

Article complet avec notes et références à retrouvr sur ce site : https://fr.wikipedia.org/wiki/Abu_Al-Qasim

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      Abu Al-Qasim selon Vikidia, l’encyclopédie des 8-13 ans
      Portrait d’Abu Al-Qasim - Abu al-Qasim al-Zahrawi (Arabe : أبو القاسم خلف بن العباس الزهراوي‎) est un chirurgien né près de Cordoue, en Espagne musulmane en 936. Il a vécu durant l’Âge d’Or de l’Espagne musulmane. Le nom latin d’Abu al-Qasim est Abulcasis ou Albucasis. On connait peu de choses sur la jeunesse du savant, et on a peu d’informations sur son éducation parce que sa ville a été détruite. Son nom est apparu la première fois dans les écrits d’Ibn Hazm. Il le présente comme l’un des plus grands médecins de l’Espagne musulmane. Il est lui-même né d’un père chirurgien, l’un des plus connus de son temps. Il était à la fois un savant, un enseignant la science médicale et un médecin. Sa plus grande contribution à la science est une encyclopédie appelée al-Tasrif. Il est mort en 1013 mais ses recherches ont continuées. Il a considérablement aidé les progrès de la médecine tout autour du monde.

Médecin et chirurgien - Pendant sa vie, Abu al-Qasim al-Zahrawi a servi le calife Omeyyade qui s’appelait Al-Hakam II. Il a été conseiller, médecin et chirurgien pendant environ 50 ans.

Outils chirurgicaux - Il a inventé beaucoup d’outils de chirurgie, dont les versions modernes sont encore utilisées aujourd’hui dans les blocs opératoires.

Par exemple, la cuillère abaisse-langue que les médecins utilisent pour examiner l’intérieur de la gorge. Il était aussi le premier à utiliser les boyaux d’un chat pour réaliser des points de sutures sur un être humain. Il a aussi inventé un outil pour examiner l’intérieur de l’oreille. Il était chef de l’hôpital de Amasiya et le premier médecin a décrire la grossesse extra-utérine de la femme et l’hémophilie. L’hémophile est un désordre sanguin causé par le manque de substance nécessaire pour la coagulation. Cette pathologie peut être mortelle. Ainsi, connaître les symtômes a été très utile. Al-Zahrawi soignait les patients qu’ils soient riches ou pauvres. Il a aussi enseigné les étudiants en médecine.

Contributions - Une des principales contributions d’Abu Al-Qasim Al-Zahrawi fut d’écrire une encyclopédie nommée kitab al-Tasrif li man ’ajaza ’ani at-T’aleef ou al-Tasrif, composée de 30 sections qui décrivait très précisément les différents actes chirurgicaux, les maladies (plus de 300), les moyens de les éviter ou de les soigner. L’encyclopédie médicale, appelée Kitab Al-Tasrif a été complétée aux alentours de l’an 1000. Les étudiants ont utilisé cette encyclopédie pour apprendre la médecine et, devenus médecins ont continueé à l’utiliser pendant des siècles. La panoplie d’instruments de chirurgie créés par Abu Al-Qasim Al-Zahrawi regroupe plus de deux cents outils et leurs modes d’emploi. Au XIIe siècle, le kitab al-Tasrif a été traduit en Latin par le savant chrétien Gérard de Crémone puis, dans d’autres langues européennes. Elle indiquait également des descriptions détaillées d’interventions chirurgicales.

Abu Al-Qasim a aussi utilisé le catgut (fil fabriqué avec du boyau d’animaux) pour les points de suture internes lors des opérations. Il est le seul matériau qui peut être utilisé pour les points de suture puis à pouvoir être absorbé par le corps, ce qui empêche la nécessité d’une seconde intervention chirurgicale pour enlever des points internes.

Les chirurgiens de l’Islam ont utilisé l’anesthésie locale et orale afin de réduire la peine pendant l’opération. Ils pratiquaient la technique de la cautérisation, avec de la cire et de l’alcool pour contrôler les saignements du crâne lors des interventions.

Sources d’origine utilisées :

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      Vidéo 3:17 (en anglais) : Abu al-Qasim Al Zahrawi (Albucasis) - the Father of Surgery - 21 février 2017 - ILM FILM
      Abū al-Qāsim Khalaf ibn al-’Abbās Al-Zahrawi was born and raised in Al-Zahra’, a suburb of the town of Qurttoba (Cordova) in Andalucia (now in Spain). He is known in the Western literature as Albucasis, Abulcasis, Bucasis. He was an innovative surgeon who added many original contributions to surgery and medicine. During his lifetime, doctors used to travel from faraway places in order to learn from him. During the Middle Ages and Renaissance in Europe, he remained a renowned teacher of surgery through his well-known single, practical and encyclopaedic work Al-Tasrif Li-man ‘Ajaza ‘An al-Ta’alif MUSLIM MASTERMINDS is a weekly documentary series that profiles and documents the lives and legacies of contemporary Muslim scholars, thinkers, inventors and personalities during the ’Golden Era’ of enlightenment.

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Source : https://www.youtube.com/watch?v=I8P0fhceQgA

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Rubrique 8 concernant Alhazen ou Alhazen ou Ibn al-Haytham (965-1040) : mathématicien, philosophe, physiologiste et physicien (optique, astronomie) irako-égyptien

Considéré comme un pionnier de la méthode scientifique et le fondateur de l’optique moderne7, il s’illustre par ses travaux novateurs dans toutes les branches de l’optique8, principalement en optique géométrique et physiologique9.

Il a également apporté des contributions notables dans le domaine des mathématiques qui représentent près de la moitié de ses travaux et en astronomie10. Il a contribué à l’introduction du langage mathématique dans les sciences physiques11.

Sommaire

Alhazen est né vers 965 à Bassora dans l’actuel Irak où il reçut une éducation qu’il compléta cependant dans la ville de Bagdad. À l’époque, Bassora était sous le contrôle de la dynastie des Buwayhides qui régnèrent sur la Perse. C’est pourquoi il est parfois mentionné sous le nom d’al-Bassri, bien que cette version ne soit pas acceptée par tous.

Alhazen commença sa carrière de scientifique dans sa ville natale de Bassorah. Il fut cependant convoqué par le calife Hakim qui voulait maîtriser les inondations du Nil qui frappaient l’Égypte année après année. Après avoir mené une expédition en plein désert pour remonter jusqu’à la source du fameux fleuve, Alhazen se rendit compte que ce projet était pratiquement impossible. De retour au Caire, il craignait que le calife qui était furieux de son échec ne se vengeât et décida donc de feindre la folie. Il est alors assigné à résidence12.

Il profita de ce loisir forcé pour écrire plusieurs livres sur des sujets variés comme l’astronomie, la médecine, les mathématiques, la méthode scientifique et l’optique. Près de 200 ouvrages ont été attribués par les biographes mais une soixantaine nous est parvenue13. Peu de ces ouvrages, en effet, ont survécu jusqu’à nos jours. Quelques-uns d’entre eux, ceux sur la cosmologie et ses traités sur l’optique notamment, n’ont survécu que grâce à leur traduction latine.

Après la mort du calife Hakim, en 1021, Alhazen cessa de feindre sa folie et put sortir de sa résidence. Il en profita donc pour entreprendre quelques voyages, notamment en Al-Andalus (nom donné, à l’époque, à l’Espagne musulmane)14.

Il meurt au Caire en Égypte au sein du califat fatimide vers 1040.

Dans l’introduction de ses ouvrages (Traité d’optique et Doutes sur Ptolémée) il expose ce qui représente pour lui la démarche scientifique faite d’expérimentations et de doutes.

Truth is sought for its own sake...It is not the person who studies the books of his predecessors and gives a free rein to his natural disposition to regard them favourably, who is the seeker after truth. But rather the person who is thinking about them [and] is filled with doubts (...) who follows proof and demonstration rather than the assertion of a man whose natural disposition is characterised by all kind of defects and shortcomings. A person who studies scientific books with a view to knowing the truth, ought to turn himself into a hostile critic of everything that he studies ...He should criticize it from every point of view and in all its aspects. And while thus engaged in criticisme he should also be suspicious of himself and not allow himself to be easygoing and indulgent with regard to the object of his criticism. If he takes this course, the truth will be revealed to him and the flaws ... in the writings of his predecessors will stand out clearly

—  Doutes sur Ptolémée - Introduction 15

« La vérité est recherchée pour elle-même...Ce n’est pas celui qui étudie les livres de ses prédécesseurs et laisse libre cours à sa disposition naturelle à les considérer favorablement, qui est le chercheur de vérité. Mais plutôt celui qui pense à eux et est rempli de doutes, celui qui suit la preuve et la démonstration plutôt que l’affirmation d’un homme dont la disposition naturelle est caractérisée par toutes sortes de défauts et de lacunes. Une personne qui étudie les livres scientifiques en vue de connaître la vérité, devrait se transformer en un critique hostile de tout ce qu’il étudie... Il devrait le critiquer à tous les points de vue et sous tous ses aspects. Et engagé ainsi dans l’esprit critique, il devrait ausi se méfier de lui-même et ne pas se permettre d’être laxiste et indulgent envers l’objet de sa critique. S’il s’engage dans cette voie, la vérité lui sera révélée et les failles... dans les écrits de ses prédécesseurs ressortiront clairement. »

Travaux - Les travaux d’Alhazen sont multiples, ils touchent l’optique, mais également les mathématiques et l’astronomie. Savant ayant assis sa réputation dans le monde arabe médiéval, il est également connu en Europe à travers les traductions en latin, hébreu et italien de ses travaux en optique et astronomie10.

Optique, etc…

Article complet à lire sur ce texte : https://fr.wikipedia.org/wiki/Alhazen

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      Ibn Al Haytham, mathématicien et physicien arabe du XIe siècle - Vendredi 16 Janvier 2015 – Document ‘humanite.fr’ –Schéma d’optique
      Ce savant, né dans l’actuel Irak à la fin du Xème siècle, a révolutionné, entre autres, la science de la lumière. Il invente la chambre noire et il est le premier à établir que la lumière de la Lune vient du Soleil et à contredire Ptolémée qui affirmait que l’œil émettait de la lumière.

Ibn Al Haytham (Alhazen en latin) est né en 965, dans la ville irakienne de Bassora. Après avoir acquis une formation solide en arabe, il s’est mis à étudier la philosophie et les sciences puis il s’est spécialisé en physique, en mathématiques et en astronomie. Dans ces trois domaines, il a eu à sa disposition les principaux ouvrages grecs, en particulier ceux d’Euclide (IIIe siècle avant J.-C.), de Héron d’Alexandrie (Ier siècle), d’Archimède (mort en 212 avant J.-C.) et de Ptolémée (mort vers 168). Il a également étudié les écrits les plus importants publiés en pays d’islam avant le XIe siècle.

Durant son séjour à Bassora, il aurait occupé un poste officiel important. Mais il semble qu’il se soit vite lassé de cette charge parce qu’elle le détournait de ses activités scientifiques. Quelque temps après cet épisode, il quitte sa ville natale pour aller s’installer au Caire sur invitation du calife fatimide de l’époque, Al Hâkim (996-1021). Ce dernier le charge d’étudier la faisabilité d’un projet ambitieux, celui de la régulation des crues du Nil. Ibn Al Haytham accepte de diriger une mission scientifique qui devait remonter la vallée du fleuve jusqu’aux cataractes. Au retour de cette mission, il informe le calife que les savoirs de l’époque n’étaient pas suffisants pour réaliser le projet. Et, pour échapper à d’éventuelles sanctions, il simule la folie.

Assigné à résidence et privé de ses biens, il occupe son temps à recopier des ouvrages mathématiques grecs qui lui étaient achetés à prix d’or. Cette situation aurait duré jusqu’à la mort d’Al Hâkim, date à laquelle notre savant aurait retrouvé tous ses esprits. Quelque temps plus tard, il s’installe près de la grande mosquée Al-Azhar et il poursuit ses différentes activités scientifiques jusqu’à sa mort que l’on situe aux environs de 1040. L’essentiel des travaux scientifiques d’Ibn Al Haytham concerne la physique, les mathématiques et l’astronomie. Mais un nombre non négligeable concerne d’autres disciplines, comme la philosophie, la théologie spéculative et la médecine.

En physique, sur les vingt et un ouvrages qu’il a publiés, seize traitent des différents aspects de l’optique : théories de la lumière et de la vision, phénomènes astronomiques et miroirs ardents (appareil illustrant la propagation de la chaleur sous forme de rayonnement lumineux, utilisé comme arme par Archimède à Syracuse – NDLR) dans l’infrarouge essentiellement. Son plus important ouvrage dans ce domaine est le Livre d’optique qui est considéré par les spécialistes de l’histoire de la physique comme la plus importante contribution réalisée sur le sujet avant le XVIIe siècle.

En astronomie, Ibn Al Haytham a publié 28 traités ou articles. Certains sont théoriques, comme ceux qui exposent ses critiques contre les modèles planétaires de Ptolémée. D’autres ont un caractère pratique, comme ceux qui concernent l’observation astronomique, l’étude des gnomons (instrument astronomique pour prendre la hauteur du soleil déterminée par la longueur de son ombre projetée sur une table généralement plane), et la détermination des distances des corps célestes et de leurs diamètres.

En mathématiques, il est l’auteur de 64 écrits plus ou moins volumineux. Seuls 23 d’entre eux nous sont parvenus. Plus des deux tiers traitent de géométrie et le reste est consacré à la science du calcul, à l’algèbre et à la théorie des nombres. En géométrie plane et solide, ses travaux prolongent les apports d’Euclide avec de nouvelles contributions.

En géométrie de la mesure, ses contributions s’inscrivent dans la tradition d’Archimède, en l’enrichissant par de nouvelles méthodes pour le calcul des volumes de la sphère et des paraboloïdes de révolution. Il a également publié des résultats originaux en théorie des nombres et sur les systèmes d’équations. En plus de la résolution de nombreux problèmes mathématiques et physiques, Ibn Al Haytham a réfléchi sur les méthodes et les outils théoriques qui lui ont permis de résoudre ces problèmes. En physique, il a mis en avant le rôle de l’observation et de l’expérimentation dans l’élaboration de résultats théoriques.

En mathématiques, il a analysé les différentes formes de preuves qui interviennent dans l’établissement d’un résultat. Certains des écrits scientifiques d’Ibn Al Haytham ont été étudiés en Andalus (Espagne) avant de circuler en Europe, grâce aux traductions qui en ont été faites, à partir du XIIe siècle, à Tolède et ailleurs.

En astronomie, son Épître sur la structure de l’univers a d’abord été traduite en espagnol, au XIIIe siècle, avant de bénéficier de deux traductions en latin et de deux autres en hébreu. Mais ce sont surtout ses travaux en optique qui l’ont rendu célèbre en Europe. Deux de ses ouvrages ont été traduits en latin : le Livre des miroirs ardents coniques et le Livre de l’optique. Ce dernier sera étudié et commenté jusqu’au XVIIe siècle. De nombreux savants, parmi lesquels Bacon (mort en 1294), Vitello (mort après 1280), Kepler (mort en 1630) et Fermat (mort en 1665) se sont inspirés de son contenu ou s’y sont référés.

Les Contributions D’Ibn Al Haytham en optique Il a remplacé les explications qualitatives anciennes par des démarches quantitatives mêlant observation, expérimentation et théorisation. Il est le premier à avoir étudié l’œil comme un système optique. Il a analysé la vision comme un phénomène distinct de la lumière. Il est le premier à avoir expérimenté les premiers modèles de chambre noire, à simple et double ouverture, pour confirmer le déplacement rectiligne des rayons lumineux. Il a expliqué le phénomène de la réfraction par la relation entre la vitesse de la lumière et la densité du milieu traversé. Il a établi des résultats nouveaux sur les miroirs ardents. Son étude originale du phénomène de l’arc-en-ciel a permis à Al Farisi (XIIIe siècle) d’en donner une explication scientifique.

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Source : https://www.humanite.fr/ibn-al-haytham-mathematicien-et-physicien-arabe-du-xie-siecle-562895

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      Alhazen, la science au Moyen Âge - À retrouver dans l’émission ‘Questions d’islam par Ghaleb Bencheikh’ – France Culture - Le 26/08/2018
      Un homme si important qu’il fût décrit par certains comme le premier véritable scientifique, héritier des scientifiques grecs et indiens.

Dessin supposé représenter Alhazen (Ibn Al-Haytham) illustrant un manuel scolaire iranien (avant 1970) • Crédits : Wikimedia Commons

Alhazen (Bassora, 965 – Le Caire, 1039) est un physiologiste et physicien musulman de l’époque médiévale. Il fut l’un des premiers promoteurs de la méthode expérimentale en sciences, tout en utilisant les mathématiques pour asseoir la physique théorique. Il s’illustre par ses travaux fondateurs dans les domaines de l’optique géométrique et physiologique. Très estimé de la communauté scientifique, Alhazen a devancé de quelques siècles plusieurs découvertes faites par des scientifiques européens pendant la Renaissance. Il influença grandement Roger Bacon et Johannes Kepler.

Statue de Roger Bacon (Oxford University Museum of Natural History) • Crédits : Photograph taken by Michael Reeve (30.05.2004). Wikimedia Commons

Le professeur Azzedine Boudrioua, physicien responsable de l’équipe Lumen à l’Institut Galilée (université Paris 13), viendra présenter cette figure emblématique de la science arabe en contexte islamique. Photo d’Azzedine Boudrioua

Il a été question de : AlhazenVitellionAl-Hakim bi-Amr AllahEuclideClaude PtoléméeAristoteRasoir d’OckhamChambre noire...

Reproduction artistique - Al-Hakim bi-Amr Allah, le sixième calife fatimide • Crédits : Wikimedia Commons

... Gérard de CrémoneRobert de ChesterRoger BaconRené DescartesJohannes KeplerNicolas CopernicErnest MachPierre de FermatPrincipe de FermatGuillaume François Antoine, marquis de L’HôpitalAverroès.

Copie d’un portrait perdu de Johannes Kepler, peint en 1610, qui était conservé chez les Bénédictins de Krems. • Crédits : Wikimedia Commons

Musique (extraits) : Jamil Ghanim, album ’Luth au Yemen’ (classique - ud) - ’Rainbow’ par le Kronos Quartet with Alim*, Fargana Qasimov* and Homayun Sakhi‎ - Mawaran, album ’La yarana’.

L’équipe de production : Pascal Besnard (technicien) - Franck Lilin (réalisateur) - Sylvia Favre (attachée de production et site internet).

Rediffusion de l’émission du 21 janvier 2018 - Intervenant : Azzedine Boudrioua Physicien

Tags : Islam – Religion musulmane Physique Proche et Moyen-Orient Religion et spiritualité

L’équipe – Production : Ghaleb Bencheikh – Réalisation : Franck Lilin - Avec la collaboration de Sylvia Favre

Radio France

logo france culture

Source : https://www.franceculture.fr/emissions/questions-dislam/alhazen-la-science-au-moyen-age-0

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      Le Traité de l’Optique de Ibn al-Haytham, une révolution dans les sciences de la vision au XIème siècle - 09 juillet 2020- Mis à jour 24 septembre 2020 – LSP – Document ‘cognition.ens.fr’
      Neuropsychologue, enseignant-chercheur en neurosciences cognitives, Michel Imbert est aussi professeur honoraire au sein du Laboratoire des Systèmes Perceptifs (LSP) dirigé par Pascal Mamassian, chercheur au CNRS, spécialiste de la vision. Son dernier ouvrage, ’La fin du regard éclairant’, vient de paraître aux Éditions Vrin. Il remet en lumière les travaux remarquables d’Alhazen, mathématicien, philosophe, physiologiste et physicien du monde médiéval arabo-musulman, père des sciences de la vision et l’un des premiers promoteurs de la méthode scientifique expérimentale. Son oeuvre marque une rupture radicale avec ses prédécesseurs. Lumière et vision, indissociables dans l’Antiquité, sont désormais séparées : l’œil n’illumine plus les objets, il en reçoit la lumière qu’ils réfléchissent.

Cette découverte rendit possible les théories modernes initiées par Képler au début du XVIIe siècle. Pascal Mamassian et Michel Imbert se sont rencontrés à l’occasion de la parution de son ouvrage. Un moment d’échange autour du génie arabe, et une occasion pour Michel Imbert de revenir sur son remarquable parcours, de la philosophie aux neurosciences de la vision, en passant par la création du DEA de sciences cognitives, aujourd’hui appelé Cogmaster.

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Nous nous connaissons depuis l’année où j’étais étudiant dans la première promotion du DEA de sciences cognitives. Tu étais l’une des personnes à l’origine de cette formation. Peux-tu nous dire comment l’idée de créer ce DEA est née ?

En 1972, j’ai été nommé sous-directeur au Collège de France dans la Chaire de Neurophysiologie dirigée par Yves Laporte, qui me chargea d’assurer la présence au sein de sa Chaire d’une équipe SNC (Système Nerveux Central). C’est à cette époque que j’ai eu la chance de rencontrer Jacques Mehler (pionnier des sciences cognitives de l’enfant) et le bonheur de devenir son ami ; j’ai bénéficié de son immense culture dans le domaine des sciences cognitives. Il me fit découvrir des auteurs dont je n’avais aucune idée de par ma culture philosophique à la française, nourri de Canguilhem, Jankélévitch, Gurvitch ... . Il me fit lire Quine, Putnam, Chomsky et me fit découvrir le laboratoire de psychologie expérimentale du MIT, que j’ai visité à de nombreuses reprises, où j’ai entretenu des relations étroites, notamment avec Richard Held (professeur en sciences cognitives spécialisé en physiologie de la vision) et surtout Hans Lukas Teuber (l’un des fondateurs de la neuropsychologie), son directeur. A la même époque, Jean-Pierre Changeux, récemment nommé Professeur au Collège de France, et que je connaissais depuis longtemps me demande un jour du début des années 1980s de l’accompagner à un déjeuner organisé par un industriel, Héraklios Fyssen, qui souhaitait fonder une fondation destinée à étudier les mécanismes logiques du comportement chez les êtres vivants ainsi que leur développement ontogénétique et phylogénétique. C’est ainsi que naîtra la Fondation Fyssen. Pendant plusieurs années, j’ai été membre de son conseil scientifique, présidé par Jean-Pierre, et membre du comité de lectures des Annales de la Fondation.

Attiré par les études pluridisciplinaires du cerveau, j’ai rapidement souhaité proposer une formation universitaire pour développer les sciences cognitives, discipline encore balbutiante dans notre pays, mais déjà solidement implantée dans de nombreux pays. Avec le soutien de la Commission européenne, j’ai organisé au Ministère de la Recherche à Paris une réunion internationale pour dresser un bilan des formations existantes en Europe (colloque publié : Cognitive Science in Europe, Imbert et al., 1987 Springer, Heidelberg), pour m’inspirer des expériences des collègues européens afin de proposer aux instances universitaires de notre pays une maquette de DEA la plus complète possible. J’ai été aidé dans l’élaboration de ce projet par de nombreux collègues parmi lesquels Daniel Andler, Jacques Mehler et Jean Petitot.

La rédaction de ce projet suscita de nombreux débats, parfois très houleux et explosifs selon le caractère des participants. Mais c’est lors de la présentation du projet devant les instances universitaires que de sérieuses difficultés apparurent. Je me suis d’abord adressé à l’Université Pierre et Marie Curie (Paris 6), établissement où j’enseignais alors les neurosciences de la vision. Proposer une formation dans laquelle cohabiteraient, neurosciences, informatique, mathématiques, physiques, disciplines solidement installées à Jussieu, avec la philosophie, la linguistique, la psychologie, disciplines que la Présidence de Paris 6 considérait avec méfiance depuis 1968, avait peu de chances de réussir. Mon projet, brutalement écarté, n’est pas sorti du bureau de la Présidence. Heureusement, j’avais été auparavant, en 1987, nommé Directeur d’études (cumulant) de la Chaire de Neurosciences cognitives à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS). J’ai donc présenté le projet devant le Conseil scientifique de cet établissement, où il reçut un accueil chaleureux. L’Ehess en assurerait la tutelle principale, les Universités Paris 6, Paris 5, l’Ecole Polytechnique, l’Ecole Centrale Paris, co-habileraient la formation.

Ce DEA est à l’origine du master que nous connaissons aujourd’hui. Anne Christophe (chercheuse en sciences cognitives et directrice adjointe sciences de l’ENS) et toi, Pascal, faites partie de la première promotion, en 1990, que rejoindront par la suite plusieurs étudiants, qui se trouvent aujourd’hui dans différents laboratoires du DEC.

Peux-tu nous rappeler brièvement ton parcours académique ? Je crois me souvenir que tu as commencé par des études en philosophie avant de devenir neuroscientifique.

Après une prépa lettres au Lycée Fermat de Toulouse, j’ai fait une licence de Philosophie en 1956 et une licence de Psychologie en 1957 à la Sorbonne. Intéressé par la biologie, surtout le fonctionnement du cerveau humain, j’ai suivi les enseignements d’Alfred Fessard (l’un des fondateurs des neurosciences en France) au Collège de France, qui me conseilla de prendre contact avec les Professeurs Denise Albe-Fessard (neurophysiologiste spécialisée sur l’étude du système somesthésique) et Pierre Buser (neurobiologiste et ancien élève de l’ENS) à l’Institut Marey. Après un long entretien, Pierre Buser me propose un stage d’été dans son labo (de fin juin à fin septembre 1957). A l’issue de ce stage, au cours duquel je participais à des enregistrements par microélectrodes d’activités de neurones isolés dans le cortex associatif du chat anesthésié (bien loin de ma formation initiale), Buser me proposa de me prendre sur un poste d’assistant au PCB (Certificat d’études physiques, chimiques et biologiques), poste qu’il venait d’obtenir après sa nomination comme professeur à la Faculté des Sciences de Paris. La difficulté était qu’avec mes deux licences de Lettre et deux certificats de licence de Sciences (Ethnologie, obtenu dans la cadre de ma licence de philo en vue de préparer l’agreg et le PCB que j’avais passé pendant ma prépa lettres, à une époque où mes parents rêvaient de me voir médecin !), je ne pouvais m’inscrire à un Doctorat Sciences. Je me suis donc engagé auprès de Buser à faire une licence de Sciences, moyennant quoi j’ai pu être nommé assistant stagiaire au PCB. Belle époque pour les étudiants de ma génération, où il était si facile d’obtenir un poste, époque hélas irrévocablement révolue ! Après l’obtention de ma licence de sciences, j’ai pu être titularisé assistant dans la chaire de Physiologie comparée où enseignait Pierre Buser. Sous sa direction, j’ai préparé ma thèse de sciences jusqu’à mon doctorat soutenu en 1966. Nommé Maître de Conférences (aujourd’hui appelé Professeur de 2ème classe) de Psychophysiologie à la Faculté des Sciences de Toulouse (actuellement Université Paul Sabatier) en 1967, je reviens à Paris en 1972 comme sous-directeur du Laboratoire de Neurophysiologie au Collège de France, puis Professeur à Orsay où je ne reste que très peu (3 ans), avant de succéder à Mme Fessard à l’Université Pierre et Marie Curie en octobre 1981. Dans le cadre des délocalisations voulues par la Première Ministre Edith Cresson en 1992, je déplace mon laboratoire de Paris à Toulouse à nouveau pour y créer le Centre de Recherches Cerveau et Cognition (CerCo) en 1994. Je prends ma retraite en 2000. Professeur émérite à l’UPMC détaché à l’ENS, je suis actuellement Professeur honoraire au LSP.

Dans ton dernier livre, [1ère[ de couverture]->https://cognition.ens.fr/sites/cognition.ens.fr/files/inline-images/LaFinDuRegardEclairant.jpg] tu décris certaines des connaissances fondamentales en sciences de la vision que l’on doit à Alhazen (aussi appelé Ibn al-Haytham), le grand scientifique arabe du début du 11ème siècle. En particulier, on lui doit la démonstration définitive et révolutionnaire que l’œil n’émet pas des rayons vers l’extérieur, mais est plutôt un organe récepteur. Alhazen n’était pas le premier à formuler une théorie de l’intromission. Pourquoi, avant lui, était-il plus crédible de penser que des rayons sortaient de l’œil ?

Chez les Anciens, toute perception se conçoit sur le mode du toucher. Pourtant, quand un objet entre en contact avec l’œil, celui-ci disparaît de la vue, il doit y avoir une certaine distance entre l’objet et l’œil, la vision ne peut dès lors se faire que grâce à une médiation entre l’œil et l’objet. N’ayant aucune idée de la nature de la lumière, plusieurs solutions, toutes purement spéculatives, seront proposées. Toutes ces solutions se distribuent selon un axe reliant l’objet à l’œil. Chez les anciens, il est unanimement admis que les corps matériels ne peuvent agir les uns sur les autres que par contact physique. Dans le domaine de la vision, il en découlera que soit, partant de l’objet, un quelque chose de matériel émane qui pénètre dans l’œil (théories de l’émanation), soit, partant de l’œil un quelque chose de matériel se projette vers l’objet pour le palper (théories de l’extramission). Dans la première solution, défendue essentiellement par les atomistes grecs, Empédocle, Démocrite, Epicure et Lucrèce (avec des variantes), une fine pellicule d’atomes se détache des objets, tout en gardant leur arrangement spatial (formant des simulacres), qui pénètrent dans l’œil et y produisent des phantasiae, que l’on peut traduire par représentations mentales. Ces représentations, introduites à l’intérieur de l’organe visuel, sont la cause de la vision. Cette théorie soulève de nombreuses objections : pourquoi les idoles ne s’entrechoquent-elles pas les unes les autres, comment sont-elles réduites pour entrer dans l’œil ? D’où l’autre solution : l’œil émet des rayons visuels, à la manière d’une lampe-torche émettant de la lumière que nous promenons sur les choses, de là le slogan ’voir c’est éclairer’. De nombreuses variantes ont été proposées que nous détaillions dans les premiers chapitres de notre essai. Remarquons que ce qui fit le grand et durable succès de ces théories de l’extramission est qu’elles permettent une mathématisation rigoureuse de la vision spatiale, chez Euclide comme chez Ptolémée.

Illustration

Alhazen était fabuleusement moderne dans son approche scientifique, n’hésitant pas à tester ses idées théoriques avec des expériences. Tu décris en particulier une de ses expériences pour montrer que les lumières émises par plusieurs sources se propagent en ligne droite et ne se mélangent pas dans l’air. Ce qui est incroyable, c’est que cette expérience utilise une chambre obscure, 500 ans avant les célèbres études de Léonard de Vinci ! Peut-on dire que Alhazen est le premier homme à utiliser cet instrument à des fins scientifiques ?

Ibn al-Haytham n’est probablement pas l’inventeur de la chambre obscure, on la connaissait déjà, depuis longtemps, notamment en Chine. Quelques préhistoriens prétendent même qu’elle aurait pu apparaître au néolithique. Certains dessins pariétaux auraient été dressés à partir d’images projetées à travers une petite ouverture sur les parois d’une grotte obscure. Pure spéculation, rien n’est moins sûr ! Il est néanmoins le premier à en avoir fait la théorie et à l’avoir appliqué à l’étude de la vision. Il en a construit le premier modèle - dont on peut voir la reconstitution à l’Université de Francfort sur le Main - pour pouvoir vérifier des hypothèses sur la lumière ce qui est exemplaire de sa démarche scientifique très moderne.

Grace à Descartes, et avant lui, Kepler, nous savons qu’une image est formée au fond de l’œil, et que cette image est inversée. Pourtant, Alhazen semble faire d’énormes efforts pour que les rayons ne se croisent pas lorsqu’ils traversent l’oeil. Pourquoi est-il si important pour les scientifiques de cette époque que l’information visuelle reste à l’endroit ?

Pour al-Haytham, le cristallin, même s’il n’est pas l’organe ultime du processus visuel, comme chez Galien, en est le point de départ. Les deux images qu’il forme dans chacun des deux yeux seront véhiculées par les nerfs optiques (considérés comme des tuyaux), elles seront réunies au niveau du chiasma optique (qu’on connaissait depuis longtemps déjà), avant d’être, une fois ainsi unifiées, transmises à différentes structures du cerveau, capables d’analyser cette image. Pour que cette dernière soit pertinente, véridique, et utile, notamment pour guider nos actions, il faut qu’elle soit une représentation conforme à la disposition des choses dans le monde, sinon comment pourrions-nous bouger de façon coordonnée, attraper un objet, monter des marches, dans un monde où les objets sont disposés à l’envers de ce que nous appréhendons ? Le scandale pour la raison que fut la découverte de l’inversion de l’image rétinienne au dix-septième siècle (voir Schneider, Kepler et Descartes, dans l’épilogue de mon essai) ne sera résolu que bien plus tard au dix-neuvième et vingtième siècle.

Tu décris aussi comment Alhazen explique pourquoi notre acuité visuelle décroit du centre vers la périphérie. Cette explication découle de sa théorie de l’intromission qui donne un rôle privilégié aux rayons qui frappent la cornée perpendiculairement à sa surface. Avec cette explication d’une vision précise uniquement dans l’axe de l’oeil, est-on en droit de dire que Alhazen est aussi à l’origine d’une explication moderne des mouvements oculaires (saccades, poursuite, etc.) pour placer les objets d’intérêts dans l’axe ?

Probablement, mais n’ayant pas connaissance, et pour cause, de l’existence d’une voie rétino-colliculaire, et encore moins du rôle des tubercules quadrijumeaux antérieurs comme vigile alertant des dangers possibles situés en dehors de la partie centrale (binoculaire) du champ de vision ; il sait, en revanche, que les mouvements des deux yeux sont coordonnés quand on explore attentivement un objet, il parle explicitement de balayage par le regard. Je suis convaincu qu’Ibn al-Haytham est un immense savant, mais je me garderais bien de lui faire dire plus qu’il ne le peut, compte tenu de ce qu’il sait, qu’il découvre ou démontre, j’évite soigneusement toute interprétation anachronique, même si je puis comprendre qu’on puisse avoir envie d’y céder, tant son analyse de la vision est puissante.

Les théories sur la perception visuelle vont de pair avec les théories sur la lumière et les couleurs. Notre conception contemporaine de la lumière découle des travaux de Newton au 17ème siècle, en particulier sur la décomposition de la lumière en couleurs avec la célèbre expérience du prisme. Il nous est donc difficile aujourd’hui d’appréhender comment la couleur était comprise à l’époque de Alhazen. Tu décris la proposition d’Aristote pour la perception des couleurs comme une adéquation entre des rayons émanants des objets et des prédispositions de l’oeil à recevoir ces rayons. Est-ce que Alhazen s’inspire d’Aristote pour la perception des couleurs ?

Ibn al-Haytham connait très bien Aristote, très tôt traduit par les Abbassides de Bagdad des huitième et neuvième siècles. Mais pas seulement, il dispose aussi de nombreuses traductions de Platon et des Néoplatoniciens, notamment de Plotin, qui s’efforce de rendre compatible la théorie de la vision exposée dans le De anima avec celle qu’on trouve dans le Timée et La République. La théorie de la vision d’Aristote est probablement la plus complète de toute l’Antiquité, le De anima est un vrai bijou ; il y expose sa conception de la vision par une formule lapidaire : ’l’objet de la vue c’est (donc) le visible’. L’obscurité (sans jeu de mot) de cette formule ne lui a pas échappé puisqu’il ajoute aussitôt : ’ce que nous voulons dire deviendra plus clair (surtout) plus loin’. Il nous invite donc à nous plonger dans son livre, ce que j’ai essayé de faire dans le chapitre 2 de mon essai, mais que je ne puis faire ici. La notion centrale de sa théorie de la vision en est le diaphane (ou transparent), notion difficile qu’on ne peut saisir sans la replacer dans la fameuse distinction capitale entre en puissance et en acte. La médiation physique entre un objet visible et l’observateur qui voit, idée qu’il partage avec tous ses contemporains, n’est chez lui ni une émanation des objets ni une émission de l’œil : ce sera le diaphane qui réside dans tous les corps, les transparents comme les opaques. L’air et l’eau notamment qui ne sont diaphanes que potentiellement. En puissance, le diaphane est obscurité, en acte il est lumière. Pour jouer son rôle d’intermédiaire, il doit être éclairé d’une lumière qui n’est pas par elle-même visible mais dont la fonction sera de le faire passer de la puissance à l’acte. La lumière est le diaphane mis en acte par le feu (du soleil ou des flammes). Elle est renvoyée, visible et chargée de la couleur inhérente de la surface des objets. La théorie visuelle, déjà fort complexe, s’enrichit encore dans d’autres ouvrages d’Aristote, De la sensation et des sensibles, les Météorologique et le De coloribus qui n’est pas de la main d’Aristote mais d’un très proche, peut-être Théophraste ou Straton, ses successeurs à la tête du Lycée.
Aristote nous offre la théorie la plus élaborée de toute l’Antiquité classique, avec sa physique, sa physiologie et la description de son contenu phénoménal et intentionnel. Ibn al-Haytham a beaucoup médité sur cette théorie.

Les sciences de la vision et de l’audition font aujourd’hui beaucoup référence à un autre grand scientifique, Hermann von Helmholtz, et ses travaux au 19ème siècle. En particulier, on attribue à Helmholtz le concept d’inférence inconsciente qui décrit comment notre cerveau prend la meilleure décision perceptive face à l’incertitude de l’information sensorielle. Or tu soutiens dans ton livre qu’un concept similaire d’inférence inconsciente est aussi présent chez Alhazen. Helmholtz avait-il connaissance des travaux de Alhazen ?

Il est hautement probable qu’Helmholtz connaissait l’édition de Risner de l’Opticae Thesaurus Alhazeni, notamment les 2e et 3e livres du Traité de l’Optique où se trouvent les considérations psychologiques sur la vision spatiale des plus pertinentes, en particulier les notions de constance perceptive de la taille et celle de l’inférence inconsciente. Helmholtz en donne des descriptions qui semblent littéralement traduites d’Alhazen, mais sans en donner les références précises, comme c’était souvent le cas au dix-neuvième siècle. Ce qui ne manque pas de choquer certains de nos collègues.

Une gravure

Comment les propositions de Alhazen sont-elles parvenues aux scientifiques dans les siècles qui ont suivi ses travaux ? En particulier, sa théorie de l’intromission a-t-elle été immédiatement acceptée ?

Le grand traité en sept livres que Ibn al-Haytham a rédigé dans la deuxième décennie du onzième siècle, lors de sa résidence forcée de près de trente ans sur le parvis de la mosquée al-Azhar du Caire, le Kītāb al Manāir, n’a été pleinement reconnu qu’à partir du treizième siècle en Azerbaïdjan par un mathématicien résidant du grand observatoire de Maragha. Curieusement, ce Traité avait déjà été traduit en Latin sous le nom de De Aspectibus ou sous celui de Perspectiva et circulait déjà largement en Europe, on en trouve une dizaine d’exemplaires disséminés en Belgique, Angleterre, Italie, Autriche et France, dans une version issue du célèbre atelier de traduction tolédan dirigé par Gérard de Crémone. C’est surtout à Oxford, chez les franciscains, avec Roger Bacon et John Pecham, auxquels il faut ajouter le moine Polonais, Witello (ou Vitello), que l’ouvrage d’Alhazen fut étudié et qu’il donna naissance à un mouvement, connu sous le nom de Perspectivisme qui resta dominant du treizième au dix-septième siècle. Il fut imprimé et publié en 1572 par Friedrich Risner, élève de Pierre de la Ramée, sous le nom de Opticae thesaurus Alhazeni, ouvrage qui contenait également le Perspectiva de Vitelon (essentiellement paraphrase verbeuse du Perpectiva d’Alhazen). La diffusion européenne de ce livre imprimé augmenta considérablement son influence qui ne commencera à faiblir qu’après la publication en 1604 du ‘Ad Vitelionem Paralipomena’ de Képler. Il ne fut cependant pas complètement oublié, comme en témoigne sa présence incognito chez Helmholtz. Mais le génie d’Ibn al-Haytham réside surtout dans la séparation qu’il opère entre la lumière et la vision, l’image que réalise le cristallin est une représentation pointilliste fidèle sur laquelle porteront les activités mentales de reconnaissance, comparaison, d’inférence, autant d’activités constitutives de l’acte perceptif. Voir n’est plus l’affaire de l’œil, c’est un processus mental localisé dans le cerveau.

Aujourd’hui, les travaux de Roshdi Rashed, en France ou de Ibrahim Sabra, aux Etats-Unis mettent pleinement en lumière le caractère exceptionnel d’Ibn al-Hayham qui, à son époque, était déjà comparé à Ptolémée (il était considéré comme Le Second Ptolémée) et qu’aujourd’hui on pourrait rapprocher de Newton, pour son génie de mathématicien et de physicien ou encore d’Helmholtz pour la profondeur de ses réflexions psychologiques.

Plus d’infos
- Photo : Pascal Mamassian et Michel Imbert
- Illustration 1 : Portrait d’Alhazen (extrait du frontispice de la Selenographia de l’astronome Hevelius publiée en 1647)
- Illustration 2 : Opticae Thesaurus, Alhazeni Arabis, traduction en latin du Kitab al-Manazir d’Alhazen
- En savoir plus sur La fin du regard éclairant, Editions Vren
- En savoir plus sur le Laboratoire des Systèmes Perceptifs

Adresse : 24, rue Lhomond, 75230 Paris cedex 5 - Tel : 01 44 32 26 80

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Source : https://cognition.ens.fr/fr/news/le-traite-de-loptique-de-ibn-al-haytham-une-revolution-dans-les-sciences-de-la-vision-au-xie

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Rubrique 9 concernant Abu-l-Ala al-Maari (973-1058) : pratiquement aveugle, néanmoins philosophe sceptique et pessimiste, écrivain, poète ‘engagé’ d’origine syrienne

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      Vidéo 3:57 - Découvrir Abu-l-Ala al-Maari, le poète végétarien « otage des deux prisons » - 30 mai 2019 - Yabiladi Tv
      Abu-al-Ala al-Maari marqua la poésie arabe à jamais, brisant toutes les contraintes que pouvait constituer sa cécité qu’il eut à l’âge de quatre ans. Son anti-procréationnisme lui fit refuser la vie conjugale, lui qui préféra mourir en retrait des gens. https://www.yabiladi.com/articles/det... Abonnez-vous pour plus de vidéos https://goo.gl/qDVcP8

Source : https://youtu.be/ak9WOAEaais

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      Abu-l-Ala al-Maari, le poète végétarien « otage des deux prisons » - Biopic #24 - Publié Le 29/05/2019 à 22h00 – Document ‘yabiladi.com/’ - Youssef Dahmani - Ghita Zine (Traduction) Journaliste Yabiladi.com - Voir tous ses articles -
      Abu-al-Ala al-Maari marqua la poésie arabe à jamais, brisant toutes les contraintes que pouvait constituer sa cécité qu’il eut à l’âge de quatre ans. Son anti-procréationnisme lui fit refuser la vie conjugale, lui qui préféra mourir en retrait des gens.

Illustration - Abu-l-Ala al-Maari vécut dans la sobriété et même l’austérité / Photomontage : Mohamed El Majdouby (Yabiladi)

Ses dernières volontés furent que son épitaphe porte un extrait de ses poèmes où il regretta d’avoir été mis au monde par ses géniteurs. Le philosophe et poète arabe Ahmed bin ‘Abū al-‘Alāʾ Aḥmad ibn ‘Abd Allāh ibn Sulaimān al-Tanūẖī al-Ma’arī’, connu comme Abu-l-Ala al-Maari, naquit en 973 à Ma’arat al-Nu’man dans le nord de la Syrie.

Il vécut dans un profond pessimisme, considérant que rien ne fut facile dans son parcours dès sa tendre enfance. En effet, il avait quatre ans lorsque la variole ravagea ses yeux, le laissant dépourvu de ce précieux sens.

« Arrivé à l’âge de quatre ans, Abu-l-Ala fut atteint d’une variole des plus féroces, expliqua Issa Ibrahim Al-Saadi dans un livre qui porta le nom de ce poète. Il en souffrit profondément, jusqu’à ce qu’il en perdit un œil. La vue du deuxième baissa petit à petit, jusqu’à ce qu’il en perde entièrement le sens ».

Malgré cette souffrance qui fut presque un fil rouge de sa vie, Al-Maari eut la chance de grandir au sein d’une famille grandement concernée par la littérature et le droit, ce qui lui permit d’approfondir ses études et des connaissances qui devinrent encyclopédiques au fil des ans.

Un otage qui brisa les chaînes de sa cécité

Entre Alep (Syrie) et Antakya ou Antioche (Turquie), ce grand auteur étudia les sciences du langage, la littérature, la théologie, la jurisprudence islamique et la poésie. Issa Ibrahim Al-Saadi le décrivit comme un homme « doté d’une grande intelligence et d’une capacité extraordinaire à tout mémoriser, ce qui lui permit d’acquérir les sciences et les connaissances au sens le plus large, se distinguant particulièrement dans la poésie et la prose ».

En 1007, Abu-l-Ala al-Maari voyagea à Bagdad, où il fit le tour des bibliothèques en rencontrant les grands savants. Yacout Hamawi dans son « Guide de la littérature » dit de lui qu’il était « un érudit de bonne réputation, riche de ses connaissances en sciences, en linguistique, en grammaire et en orthographe. C’était aussi un homme de poésie et un grand orateur ».

Al-Maari retourna à Ma’arat al-Nu’man en 1009 et se consacra entièrement à l’écriture. « Il faisait partie des éminences grises de la littérature arabe, maîtrisant finement et consciencieusement les sciences avec beaucoup de profondeur », nota Taha Hussein dans l’introduction de l’ouvrage consacré aux œuvres écrites sur Abu-l-Ala. Mais à l’issue de ce voyage à Bagdad, il revint dans sa ville natale avec l’idée de rester en retrait jusqu’à sa mort.

Contrairement à la plupart des poètes de son temps, il ne courait jamais derrière la gloire et encore moins l’argent. Il se décrivait même comme l’« otage des deux prisons », la première étant la cécité et la seconde sa maison, dont il ne sortait presque plus. « Il avait un désamour sans fin pour la vie qu’il menait dans le plus grand désespoir », écrivit Aḥmad Ibn-Yaḥyā Ibn-Faḍlallāh al-ʻUmarī.

Dans son ouvrage « Chemins de la perception », cet auteur indiqua qu’Al-Maari « était victime d’injustices, il n’attendait rien, ni des gens ni de la vie. Il se lava les mains du commun des mortels et se coupa du monde en habitant une maison, qu’il ne quittait que pour aller à la mosquée ». Ses œuvres littéraires reflétèrent cette perception de la vie, appréhendée avec un grand pessimisme. C’était cet état d’esprit qui lui fit refuser le mariage et envisager de faire des enfants relevait du crime pour lui.

Un refus de vivre dans le luxe de ses contemporains

En se refusant par ailleurs à la consomma tion des viandes, Al-Maari fut l’un des premiers végétariens parmi les hommes célèbres. « Pendant quarante-cinq ans, il vécut sans se nourrir de viande, ni d’œufs, ni de lait. Il respectait extrêmement les animaux. Il se contentait de ne manger que ce que la terre faisait pousser et s’habillait de manière austère », rappela Basset Ibn Al Jawzi dans « Le miroir du temps ».

« Il avait beaucoup d’humilité, ne gagnait que trente dinars qu’il partageait en deux avec son travailleur. Il se nourrissait de lentilles et les figues étaient sa seule douceur. Il s’habillait de vêtements en coton, dormait dans un lit modeste et ne couvrait personne d’éloges. Si sa poésie n’était consacrée qu’aux louanges, il aurait fait fortune parmi les hommes. »

Lisan al-Mizan – Ibn Hajar

Par ailleurs, Abu-l-Alaa-Al-Maari fut un musulman convaincu. Il prit le parti de s’attacher à l’esprit plutôt qu’à la lettre du message religieux, ce qui alimenta les animosités entre lui et les érudits de son temps. De plus, il exprima ses doutes concernant des questions sur lesquelles les textes religieux disaient avoir tranché. Al-Maari défendit même qu’il n’existait pas une religion meilleure qu’une autre et que chacune avait ses spécificités.

Son livre « L’Epître du pardon » resta parmi les plus importants du patrimoine arabe, mais même après sa mort en 1057 dans sa ville natale, plusieurs mirent en doute son islam. Dans ce sens, Ibn al-Jawzi le décrivit comme un poète dont « les textes laissaient voir son athéisme et son hostilité aux prophètes », même qu’il considéra que « les dépravés de l’islam » étaient précisément trois auteurs : « Ibn al-Rawandi, Abû Hayyân al-Tawhîdî et Abu-l-Alaa al-Maari ».

D’autres écrivains comme Narjiss Tawhidi considérèrent cependant qu’Al-Maari « était bien croyant » à travers « son mode de vie et ses convictions qui ne différaient pas singulièrement de ses semblables ». Cet avis rejoignit celui de Chaouqi Fadl qui nota que ce poète « n’attaquait pas les religions monothéistes, mais plutôt les religieux, ce qui était particulièrement différent ».

biopic Abu-l-Ala_al-Maari poésie litterature Syrie irak histoire - Emission spécial MRE
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    • Vidéo 5:55 - Poèmes d’Abū al-ʿAlāʾ al-Maʿarrī, Luzūmīyāt - 09 mai 2020 – VivreLivre
      Abû al-’Alâ’ al-Ma’arrî (973-1057) naît à Ma’arrat, actuelle Ma’arrat al-Nu’man, ville de Syrie. Il contracte la petite vérole à l’âge de 3 ans, qui le laisse aveugle. C’est à Alep d’abord, puis à Bagdad ensuite, qu’il vient à se fixer : « C’était alors, nous dit Georges Salmon, l’époque florissante des Académies, sortes de salons littéraires, où poètes et grammairiens discutaient à l’envi, sous la protection de quelque Mécène ». C’est à l’annonce de la maladie de sa mère qu’il quitte Bagdad. « La renommée de notre poète, répandue dans toute la Syrie, lui attira de nombreux disciples ».(…)

Beaucoup des élèves, des correspondants et des compatriotes d’Al-Ma’arri auraient pu cependant être choqués de certaines pratiques qu’avait adoptées le poète. La plus étrange, certainement, était le voeu qu’il avait formulé dès l’âge de trente ans (…) de ne jamais manger de viande et de ne jamais boire de vin.

La Luzūmīyāt, ou Luzūm mā lam yalzam (la nécessité de ce qui n’est pas nécessaire) contient les poésies d’après son retour de Bagdad. C’est le recueil de la seconde période de sa vie, qui contient « des réflexions pessimistes et ascétiques, des pensées sur la mort, les caprices du sort, l’instabilité de la fortune (…). » 0:00 - al’Ma’arrî l’aveugle 0:18 - V 0:34 - VI 0:52 - VII 1:16 - IX 2:01 - XVII 2:22 - XXVI 2:58 - XXXIV 3:30 - XLVII 4:18 - XLVIII 4:57 - LXVI 5:12 - LXIX 🎵 Bande sonore originale : Turku, Nomads of the Silk Road - -Shab Ayum ▪ -Shab Ayum by Turku, Nomads of the Silk Road is licensed under a Attribution License. 🌐 Site : ▪ https://freemusicarchive.org/music/Tu... #AbûAlAlâAlMaArrî #LePoèteAveugle #PoésieSyrienne

Source : https://www.youtube.com/watch?v=o4SDOLUKDco

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Biographie :
Naissance 973

Ma’arrat al-Numan

Décès1057

Ma’arrat al-Numan

Nom dans la langue maternelleأبو العلاء المعرِّي
Nom de naissance أحمد بن عبد الله بن سُليمان القضاعي التنُّوخي المعرِّي
Surnoms أبو العلاء, رهين المحبسين
Activités Poète, écrivain
Autres informations
Domaine Littérature
ReligionDéisme

Abul ʿAla Al-Maʿarri1 ou Aboulala el-Maʿarri2 (en arabe أبو العلاء المعري ’Abū al-ʿAlāʾ al-Maʿarrī’, nom complet أبو العلاء أحمد بن عبد الله بن سليمان التنوخي المعري ’Abū al-ʿAlāʾ Amad ibn ʿAbd Allāh ibn Sulaimān al-Tanūī al-Maʿarrī’ ; 973-1057) est un grand poète arabe, connu pour sa virtuosité, pour l’originalité et le pessimisme de sa vision du monde. Ses poèmes philosophiques sont construits sur la base d’une tristesse existentielle profonde, faisant du pessimisme une ligne de conduite et le départ de toute réflexion philosophique.

Sommaire

Descendant de la tribu de Tanukh (en), il naquit dans la ville syrienne de Ma`arrat an-N`uman au sud d’Alep. Une maladie d’enfance le laissa pratiquement aveugle. Il étudia à Alep, Antioche, et à Tripoli sur la côte de l’actuel Liban et commença sa carrière littéraire, soutenu par un petit revenu privé. Ses premières poésies furent rassemblées dans le recueil intitulé Saqt az-zand (’L’étincelle d’amadou’), qui jouit d’une grande popularité.

Après environ deux ans passés à Bagdad, Al-Maari revint en Syrie en 1010, en partie du fait de la mauvaise santé de sa mère. À Bagdad, il avait été d’abord bien reçu dans des salons littéraires prestigieux ; mais quand il refusa de vendre ses panégyriques, il ne put trouver de mécène. Il renonça à la richesse matérielle et se retira dans une habitation reculée, pour y vivre dans des conditions modestes. Localement, Al-Maari jouit de respect et d’autorité, et de nombreux étudiants vinrent s’instruire auprès de lui. Il entretint également une correspondance active.

Al-Maari écrivit un second recueil de poésies plus original, Luzum ma lam yalzam (’La nécessité inutile’), ou Luzumiyat (’Les nécessités’), se rapportant à la complexité superflue de l’arrangement des rimes. L’humanisme sceptique de sa poésie est également apparent dans la Risalat al-ghufran, dans laquelle le poète visite le paradis et rencontre ses prédécesseurs, poètes païens qui ont trouvé le pardon. Cette dernière œuvre a suscité quelques suspicions chez les musulmans qui ont pensé qu’il était marqué par le scepticisme. Il était d’ailleurs très original pour son milieu, végétarien et ayant défendu le végétarisme et les animaux avec sincérité, se basant sur ses interprétations du Coran3 et sur ses propres raisonnements4.

L’ouvrage Al-Fusul wa al-ghayat (’Chapitres et Finalités’), une collection d’homélies en prose rimée, fut même traitée de pastiche du Coran. Bien qu’il ait été l’avocat de la justice sociale et de l’action, Al-Maari pensait que les enfants ne devraient pas être conçus, afin d’épargner aux générations futures les douleurs de la vie. En novembre 2007, son œuvre était interdite d’exposition au Salon international du livre d’Alger (SILA) sur ordonnance du ministère des Affaires religieuses et des Wakfs algérien.

Voici quelques-uns de ses vers audacieux :

La vérité est soleil recouvert de ténèbres -
Elle n’a pas d’aube dans les yeux des humains.

La raison, pour le genre humain
Est un spectre qui passe son chemin.

Foi, incroyance, rumeurs colportées,
Coran, Torah, Évangile
Prescrivant leurs lois ...
À toute génération ses mensonges
Que l’on s’empresse de croire et consigner.
Une génération se distinguera-t-elle, un jour,
En suivant la vérité ?

Deux sortes de gens sur la terre :
Ceux qui ont la raison sans religion,
Et ceux qui ont la religion et manquent de raison5.

Tous les hommes se hâtent vers la décomposition,
Toutes les religions se valent dans l’égarement.

Si on me demande quelle est ma doctrine,
Elle est claire :
Ne suis-je pas, comme les autres,
Un imbécile ?

Grand poète lyrique solitaire, il a été traduit en français par Adonis.

Article complet avec notes et références à lire sur ce site : https://fr.wikipedia.org/wiki/Abu-l-Ala_al-Maari

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      Penseur libre ou libre penseur : Abû l- ’Alâ’ Al-Ma’arrî, ici revisité – Document PDF - 20 pages – D’Abdelaziz Kacem Professeur Université La Manouba - Tunisie.
      Résumé : Cet article est dédié à un grand poète arabe, aveugle et pessimiste, sceptique et croyant, qui apparaît aujourd’hui, à travers ses deux recueils de poésie, les Luzûmiyyât et Saqt al-Zand, comme un penseur qui a posé avec pertinence les problèmes de notre monde. Nourri de culture grecque, il a foi en la raison suprême, unique guide pour les humains dans leur éternelle recherche du bonheur

Lire l’article en entier à la source : https://gerflint.fr/Base/Mondearabe5/kacem.pdf

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      Vidéo 8:30 en arabe : Abou Al-Ala Al-Maarry | Le philosophe rebelle - Malheur à un homme dont l’esprit a précédé son temps !
      Texte original en arabe phonétique : abu aleala’ almueraa | alfaylasuf althaayir - wylaan lirajul sabaq eaqluh zamanah ! 842 321 vues 15 nov. 2018 … mutie eaqluk | shakhsiaat …qanat mutae eaqlik | shakhsiaat - maktabat alsayr aldhaatia .... ’ashtarik maeana al’ana - bialdaght ealaa zir ’ashtirak liasilak kulu ma hu jadid ’ashtarik al’ana bialqanat aljadida ’matae eaqlak - ’alghaz ’ .... majmueat qanawat ’mmtae eaqliki’ ’akbar majmueat qanawat thaqafiat watarfihiat faa alsharq al’awsat walmintaqat alearabia qanat mutae eaqlik alrayysyt ◄ http://bit.ly/2biocr1 qanat mutae eaqlik | haqayq ◄ http://bit.ly/2bwiDJt qanat mutae eaqlik | shakhusiaat ◄ https://goo.gl/QqcMkz qanat mutae eaqlik | ’alghaz ◄ https://goo.gl/Mrxggy qanat mutae eaqlik | riadat ◄ https://goo.gl/b7BWWJ qanat mutae eaqlik | layt ◄ goo.gl/zgezQ0 mawqie mute eaqlik al’aliktirunaa ◄ http://mat3aqlik.com tabieuni ealia twitr ◄ https://twitter.com/mata3_3a2lak ... eabqariun mutamayiz tajawaz zamanuh wamujtamaeuh ’iilaa ’ufuq ’arhab wasie la yaeraf alhudud fi alfikr walfalsafat wal’adabi, fawajah altaeasub waltakfir , anah shaeir wafaylasuf almaearat , luqb birhin almahbasayn mihbas aleamaa wamahbas albayt , wadhalik li’anah qad aetazal alnaas baed eawdatih min baghdad hataa wafaatih ’iina al’almam bisirat al’adib walfaylasuf ’’abi aleala’ almerry’ lays amran shlan, likawnha qad aktanafaha aleadid min al’akhbar almaghlutati, wa’ukhraa

Résultat de traduction avec ‘DeepL’

Abou Al-Ala Al-Maarry | Un génie distingué qui a transcendé son temps et la société à un horizon plus large qui ne connaît pas de frontières dans la pensée, la philosophie et la littérature. Il a affronté le fanatisme et le blasphème. C’est un poète et philosophe d’Al-Maarra. Se familiariser avec la biographie de l’écrivain et philosophe ’Abu Ala’a Al-Maarri’ n’est pas facile, car elle a été entourée de nombreuses fausses nouvelles, et d’autres…

Le philosophe rebelle - Malheur à un homme dont l’esprit a précédé son temps ! 15 novembre 2018 - Profitez de votre esprit | Les figures 2,75 M d’abonnés - Profitez de votre chaîne d’esprit | Personnalités - Bibliothèque biographique... Abonnez-vous maintenant - en cliquant sur le bouton s’abonner pour recevoir toutes les nouveautés Abonnez-vous maintenant à la nouvelle chaîne ’Enjoy your mind - puzzles’ …Profitez de votre groupe de canaux d’esprit. Le plus grand groupe de chaînes culturelles et de divertissement au Moyen-Orient et dans la région arabe Chaîne principale de Pleasure Your Mind ► http://bit.ly/2biocr1 Profitez de votre chaîne d’esprit | Faits ► http://bit.ly/2bwiDJt Profitez de votre chaîne d’esprit | Personnages ► https://goo.gl/QqcMkz Profitez de votre chaîne d’esprit | ► Casse-tête https://goo.gl/Mrxggy Profitez de votre chaîne d’esprit | Sports ► https://goo.gl/b7BWWJ Profitez de votre chaîne d’esprit | Lite ► goo.gl/zgezQ0 Profitez du site Web de votre esprit ► http://mat3aqlik.com Suivez-moi sur Twitter ► https://twitter.com/mata3_3a2lak -

Texte original en arabe écrit

ابو العلاء المعرى | الفيلسوف الثائر – ويلاً لرجل سبق عقله زمانه ! Novembre 2018 - متع عقلك | شخصيات

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...

عبقري متميز تجاوز زمنه ومجتمعه إلى أفق أرحب واسع لا يعرف الحدود في الفكر والفلسفة والأدب، فواجه التعصب والتكفير , انه شاعر وفيلسوف المعرة ، لُقب بـرهين المحبسين محبس العمى ومحبس البيت , وذلك لأنه قد اعتزل الناس بعد عودته من بغداد حتى وفاته

إن الألمام بسيرة الأديب والفيلسوفأبي العلاء المعرّيليس أمرًا سهلًا، لِكَونها

قد اكتنفها العديد من الأخبار المغلوطة، وأخرى

Source : https://www.youtube.com/watch?v=J0md_UNK4Yo

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      Extraits des Poèmes et des Lettres d’Aboû ’l-’Alâ’Al-Ma’arrî - - Traduction française : Georges Salmon - Oeuvre numérisée par Marc Szwajcer – Extraits I - Diffusion par Philippe Remacle
      I

Ton entendement et ta foi sont-ils chancelants ? Viens à moi, afin d’apprendre les avis des intelligences pures !

II

Les articulations de l’homme sont vantées après sa mort, mais lorsque le temps se sera prolongé, elles seront des atomes de poussière !

III

Nos âmes sont comme le vin, si on les emmagasine trop longtemps, il faut bien un jour qu’on les achète en gros.

IV

Ne cherche pas à obtenir quelque supériorité par tes propres efforts. La fortune seule favorise l’élégant écrivain, dont la plume est aussi inefficace qu’un fuseau.

Deux étoiles portent le même nom de Simâk dans le ciel : c’est vrai que l’une porte une lance, mais l’autre est désarmée.

V

Les malheurs de ce monde sont nombreux et le moins pénible d’entre eux, pour l’homme intelligent, c’est le trépas. C’est un malheur auquel aucune âme n’échappe et dont aucune caution ne garantit.

VI

Nous avons ri ! Quelle imprudence de notre part ! Les habitants de la Terre ne doivent-ils pas pleurer  ? Les revirements du temps nous briseront comme du verre, Mais du verre que l’on ne pourra pas refondre !

VII

Quoi ! Ils m’ont fait des reproches alors que j’étais vivant, puis une fois enterré, l’un d’entre eux s’est levé pour prononcer mon éloge funèbre. Quelle chose étonnante ! Nous sommes bien tous les mêmes, pauvres créatures humaines, qui nous trouvons mourantes un beau soir : chacun de nous aime ce monde d’un amour exagéré !

VIII

Vos faces sont fauves et vos bouches hostiles, vos foies noirs et vos yeux bleus,

Mais je n’ai de force ni pour la marche ni pour le voyage nocturne,

Car je suis aveugle ; aucun chemin ne brille pour moi.

As-tu vu tes corbeaux noirs s’élever très haut au matin, en présentant le flanc droit, ou bien as-tu vu passer tes colombes grises ?

Je me suis mis en route, mais je n’ai obtenu ni monde ni religion,

Et quel a été mon retour, si ce n’est l’imprudence et la maladresse ?

Celui qui a prié et dont la Kibla est à l’Orient, lorsqu’il offrira sincèrement sa piété à son maître, ne diminuera pas ses dons. Je vois l’animal terrestre craindre le trépas. Un coup de tonnerre l’effraye, un éclair le rend fou... Cependant, ô oiseau ! Fie-toi donc à moi ; ô gazelle ! ne crains donc pas que je te nuise en rien, car entre vous et moi, je ne vois pas de différence !

IX

Ne cache pas pour demain ni pour après-demain ta subsistance journalière,

Car chaque jour apporte avec lui son pain quotidien.

Au lieu de chercher à obtenir la moindre subsistance, amasse plutôt de bonnes actions.

Ce sera ta seule consolation ait jour du jugement dernier.

Partage tes biens héréditaires comme tu l’entendras et sans te chagriner,

Aucune larme ne coulera pour toi lorsque lu seras dans la tombe.

Fais avec un autre que toi ce que tu aimerais qu’il te fit,

Et fais entendre aux hommes ce que tu veux qu’on te dise à toi-même.

Les hommes, pour la plupart, sont comme le loup : tu en fais ton compagnon, puis lorsqu’il a compris ta faiblesse, cela le rend avide.

X

Le cortège funéraire a gravi vers le champ du repos. N’est-ce pas un moyen, pour le pied de l’aveugle, de ne pas trébucher ? Ne t’étonnes-tu pas de voir ce vieillard impotent qui se tient debout, voûté et trébuchant de peur et de faiblesse ? Il reste à la maison, loin de la prière, et il traverse déserts et montagnes pour récolter une aumône.

XI

Avez-vous vu une bande de dissidents Karmates crier aux hommes : « Abandonnez les mosquées !

La puissance du destin berce l’un dans l’assoupissement, tandis qu’au même instant, l’autre s’éveille d’un profond sommeil.

L’influence exercée par la conjonction de deux planètes, disent-ils, défend ce que les conducteurs des peuples enseignèrent jadis comme une prescription. »

Lorsque sera révélé l’ordre céleste, la lance du héros armé de pied en cap vibrera vainement.

S’il est vrai que l’Islam a souvent souffert sous les coups du destin, aucun n’est comparable à celui qui l’atteint à présent.

S’ils ont rendu un culte à Saturne, j’honore, moi, quelqu’un devant qui Saturne s’incline humblement.

XII

Je suis sincère avec toi, camarade, il n’y a pas d’argent chez moi, mais les convives et les pique-assiettes ont augmenté,

Des familiers qui ont dans leurs mains des bâtons, Des gens qui ont dans leurs mains des sabres,

Des dirhems purs, mais dont les âmes, si on les dévoilait, révéleraient de fausses monnaies.

Il n’y a pas sur terre de source généreuse dont l’homme altéré de soif, fût-il même dégoûté, ne se réjouisse d’y descendre.

XIII

J’ai laissé le soin de mon sort au roi de la création,

Mais je n’ai pas demandé quand surviendra pour moi l’éclipse.

Combien d’ignares ont échappé au trépas ;

Et combien de philosophes seront pressés par la mort ?

XIV

Ils ont conversé en se mettant en route le matin, et ils ont dit : Quel malheur a fait tomber la pluie sur la terre ?

Peut-être que des hommes de mauvais augure ont regardé furtivement un jour qui allait se coucher sans qu’aucune part ne leur soit réservée.

Parfois l’on échappe à une terre de stérilité, tandis qu’un séjour fertile laisse périr ses habitants.

XV

Le désert est peuplé de brigands qui enlèvent les chameaux lâchés au pâturage ;

Les mosquées et les souks sont aussi peuplés de brigands.

Mais tandis que ceux-ci sont appelés notaires et commerçants, les premiers sont flétris sous le nom méprisant de bédouins.

XVI

Si vous avez bien mangé et beaucoup dépensé, vous pouvez être certain qu’un lieutenant de police ne viendra pas vous déranger.

Lorsque vous serez seul à diriger vos affaires, ne les confiez pas aux mains des hommes !

XVII

L’âme n’a pas cessé de jouir de la plus parfaite quiétude jusqu’au moment où, en vertu d’un ordre divin, elle est venue s’établir dans le corps.

Maintenant tous deux sont de poussière fine et plus misérable encore, mais, ne craignez rien, la haine et l’envie ne vous laisseront pas solitaire !

XVIII

Combien la vie serait douce auprès des siens si elle ne cessait jamais,

Et si le temps était un éternel recommencement sans anéantissement,

Ou une jeunesse sans déclin !

Quel refuge sûr offre cette terre vers laquelle notre descente s’achemine !

XIX

Quand je périrai, ô mes amis, il me faudra absolument disparaître de ce monde,

Tout ce qui vit sur la terre est misérable : l’esclave, en effet, ne possède rien !

XX

Nos corps retourneront à la terre ; nous reviendrons au principe d’où nous sommes issus.

Tin pieux ascète viendra lire la loi sur nous et nous croisera les bras à l’extérieur du linceul.

XXI

Tâche de comprendre le langage des jours, car ils s’expriment clairement.

Leur revirement n’a jamais cessé d’être proverbial.

Tu n’as jamais rien trouvé d’étonnant, dans ta vie, qui ne soit une image du passé.

XXII

Celui-ci a poursuivi la satisfaction de ses appétits, puis il est monté en haut d’une chaire pour décrire le jugement dernier devant une foule, dans le seul but de l’effrayer ;

Il n’ajoute pas foi au jour du jugement ni à ses tourments, mais le soir il les dépeint, jetant le trouble dans les âmes.

Je trouve, moi, que la nuit de l’égarement enveloppe les jeunes gens, les vieillards, les jouvenceaux et les hommes mûrs.

Si les morts de cette province d’Al-’Awâcîm s’étaient dressés subitement, tu les aurais vus s’entasser et couvrir tout le pays, les monts et les plaines.

Contente-toi donc de ce qu’a dit l’homme sensé et tâche d’en vivre, et laisse ceux qui croupissent dans l’erreur, le menteur et l’ignare.

XXIII

Vos bouches ont crié la profession de foi musulmane, alors que vos cœurs et vos âmes n’ont pour le droit qu’un mouvement hostile.

Vos bouches ont crié la profession de foi musulmane, alors que vos cœurs et vos âmes n’ont pour le droit qu’un mouvement hostile.

Je jure que votre Thora (à vous autres Juifs) n’enseigne pas la sagesse si le vin n’y a pas été déclaré licite.

N’ajoutez pas foi à la foudre qui sillonne les nuages, car ce ne sont que les sabres tirés du fourreau du destin.

Le sage, après mûre réflexion, s’écrie : Celui qui apprendra la vérité maîtrisera l’étalon récalcitrant, quelque résistance qu’il oppose.

Les Hanéfites et les Chrétiens ne sont pas parvenus à la vérité ; les Juifs ont trébuché et les Mages ont persévéré dans l’erreur.

Les habitants de la terre se divisent en deux catégories : les uns, doués d’intelligence, mais sans religion ; les autres religieux, mais dénués d’intelligence.

XXIV

Vous nous avez dit : Un créateur sage.

Nous avons répondu : Vous avez dit vrai. Ainsi disons-nous.

Vous l’avez pensé : Sans limite dans l’espace ni dans le temps. N’est-ce pas ainsi ? Alors, dites-nous ! Ceci, en réalité, est une affirmation pleine de sous-entendus. Les voici : Nous sommes dépourvus de raison !

XXV

Si tu as associé à ton épouse une seconde femme,

Tu as tout simplement péché contre le bon sens.

Si, en effet, on pouvait attendre quelque bien des compagnons,

L’Éternel n’aurait pas été sans associé.

XXVI

Sois homme de bien, en intention et en action, quand bien même les créatures ne te rendraient pas la pareille.

Du jour où tu as imploré leur générosité, tu es devenu leur adversaire.

Voudrais-tu même être honoré par eux, qu’ils te mépriseraient !

Combien de gens t’ont prêté secours, à qui tu n’avais rien demandé ?

Et combien t’ont refusé l’assistance que tu leur demandais ?

Vis donc pour toi-même, car les amis, pour la plupart, s’ils ne te noircissent pas un jour ou l’autre, ils ne t’embelliront certainement pas !

XXVII

Si ce qu’a dit Aristote dans l’antiquité, était vrai :

Que la mort soit un réveil, la sphère céleste serait trop étroite pour réunir tous ces êtres.

Mon opinion sur les créatures, c’est qu’elles sont des races comme la neige et le goudron : du blanc et du noir de jais.

Cham est noir, non pas à cause d’un péché qu’il a commis jadis,

Mais parce que le roi de la création a décidé d’avance la couleur naturelle des races.

S’il n’y avait pas d’humanité dans un ciel, au-dessus de nous,

Il n’y aurait pas d’ange sur la terre, ni dans ses profondeurs.

Combien de peuples ont résidé où maintenant notre race demeure,

Puis qui sont morts, suivant tous le même chemin ?

Interroge la raison : elle ne te donnera pas de nouvelles de nos ancêtres des commencements du monde, si ce n’est qu’ils ont péri !

XXVIII

L’homme est comme la pleine lune : après avoir brillé d’un vif éclat, ses lumières ont baissé, puis il a péri.

Les hommes sont encore comme la semence qui reste en épis jusqu’à ce qu’elle se flétrisse, car tant qu’elle n’a pas mûri, on ne l’écrase pas.

L’usure a été consommée, c’est vrai, mais elle procurera du profit…

Lire la suite à la source

Site http://remacle.org/

Source : http://remacle.org/bloodwolf/arabe/almaari/extraits1.htm

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      Al-Qâri et la genèse de l’Épître du Pardon d’al-Ma‘arri – Document ‘books.openedition.org’ – Pages 451-442
      Texte intégral
    • Dans Revue des Etudes Islamiques, Années 1941-46, 1-15.
  • 1 Zur Entstehung und Komposition von Abû l- Ala’s Risâlat al-Cufrân, dans Islamica I (1925), 345.
  • 2 La Escatologia musulmana en la Divina Comedia (Madrid, 1919), 71-87, surtout 72, note 2, où l’aute (...)
    1 Kračkowsky l’a déjà noté1. Il est périlleux, comme le fit Miguel Asin Palacios dans sa magistrale et féconde étude sur les origines « arabes » de la Divine Comédie, de n’accorder qu’une attention distraite à la genèse d’une des sources possibles de Dante, l’Épître du Pardon, du poète syrien al-Ma‘arri2. On ne reviendra par sur les résultats auxquels Kračkowsky a abouti, pour la seconde partie de cette Épître, qui cesse d’être énigmatique dès qu’on la rapproche de la missive dont elle est la réponse. On cherchera seulement ici à pousser les investigations dans une autre direction et à projeter quelque clarté sur certaines attitudes d’al-Ma‘arri, en démêlant les intentions probables de son correspondant, Ibn al-Qâriḥ.

2 Au vrai, nos sources d’information sur ce dernier se réduisent à peu de chose. Ce sont :

  • quelques phrases d’al-Ma’arri, dans son Épître du Pardon, relevées par Nicholson, J.R.A.S. (1900), 641 ;
  • une série de renseignements précis mais fragmentaires fournis par un contemporain, Abû Sa‘id Muhammad Ibn Al-Ḥusayn Ibn ’Abd Ar-Rahim, dans son Kitâb aš-šu‘arâ’ wa abâri-him (Des poètes et de leur vie)3, ouvrage qui semble définitivement perdu. Ces données sont reproduites : a) par Ibn An-Nağğar, ayl ‘alâ ta’rîh Baġdâd (Continuation à l’Histoire de Bagdad), manuscrit de la Bibl. Nationale de Paris, no 2131, f° 46 b sq. ; – b) par Yâqut, Irsâd al-arîb, éd. Margoliouth, V, 424 (sans doute d’après Ibn an-Nağğâr, mais selon une version plus longue que celle présentée par le ms. de Paris) ; – c) par Suyuti, Buġyat al-wu‘ât, 355 (qui résume Yâqût) ; – d) par Amîn Hindiyé, en tête de son éd. de l’Épître du Pardon, 3 ; – e) par Kâmil Kîlâni en tête de ses mauvais extraits de l’Épître du Pardon, 81, 29. Référence Biographie ;
  • quelques pages d’autobiographie fort précieuses mais incontrôlables insérées par Ibn Al-Qârih dans son Épître à al-Ma‘arri (dans les Rasâ il al-Bulaġâ’, éd. K. ‘Ali), 208 sqq. Ces pages sont reprises par Kâmil Kilani, op. cit., I, 25. Références : I. Q. et la page ;
  • une brève notice de Sarkîs, Dict, bio-bibliographique, 206, et de Brockelmann, G.A.L. Supp., I, 484, mentionnée seulement pour mémoire.
    3 En combinant ces données, la vie du correspondant d’al-Ma‘arri s’éclaire néanmoins quelque peu.
  • 4 Ibn an-Nağğâr et Yâqût, suivis par tous, portent également qu’il avait reçu le sobriquet de Dawal (...)
  • 5 Si le passage d’Ibn Ḫallikân, trad, de Slane, I, 191 (= éd. du Caire, 1310, I, 313, lig. 22), rele (...)
  • 6 Cette date est reproduite d’après lui-même, dans Biographie.
  • 7 Ce détail et les suiv. proviennent de I.Q., 208. Sur le vizir al-Maġribi et son fils Abû l-Qâsim, (...)
  • 8 Biographie, à la fin.
  • 9 I.Q., 211, LIg. 7 sqq.
  • 10 Voir l’anecdote rapportée chez Badi‘i, as-ub al-munbi ’an ayiyat al-Mutanabbi, en marge, de Ps (...)
  • 11 Un fragment en est conservé dans Biographie, à la fin. C’est peut-être de cette époque que sont le (...)
  • 12 Pour les détails suivants, voir I.Q,., 208 en bas.
  • 13 Cette date se tire du fait qu’Abû 1-Qâsim al-Maġribi ne put se fixer à Maiyâfâriqîn, auprès du pri (...)
  • 14 Cette donnée ne figure que chez Ibn an-Nağğar. Le personnage en question, mort à Bagdad en 488/109 (...)
  • 15 Biographie et ci-dessus p. 431, note 3.
    4 Abû l-Ḥasan ’Ali ibn Manṣûr, connu sous le nom énigmatique d’Ibn al-Qâriḥ4, est né à Alep, d’une famille obscure5, en 351 (= 962 de J.-C.)6, l’année même où le Domestique Nicéphore Phocas enlève d’assaut la ville et porte à ce centre intellectuel le premier coup annonciateur de son destin. Un vizir de la cour des princes d’Alep, Abû 1-Ḥasan al-Maġribi, paraît s’être chargé de lui7. Il grandit par conséquent dans un milieu schismatique. Le fait qu’il ait été domestique puis élève du grammairien Ibn Ḫâlawayh vient confirmer ce fait. À la mort de ce savant, en 360 (= 970 de J.-C), le jeune homme quitte Alep pour Bagdad, il est valet d’un autre grammairien, le célèbre Abû ‘Ali l-Fârisi (m. 377 = 987 J.-C). Il devient son disciple et reçoit aussi l’enseignement d’autres maîtres bagdadiens, comme as-Sîrâfi (m. 368 = 978 J.-C), ar-Rummâni (m. 384 = 994 J.-C). Peut-être demeure-t-il à végéter quelques années encore dans la capitale ‘abbâside. À une date inconnue, il se rend en Égypte. Là il retrouve son ancien protecteur d’Alep, Abû 1-Ḥasan al-Maġribi, alors vizir du calife fâtimide al-Ḥâkim. Il devient précepteur des fils de ce dignitaire et de ceux du général Ğawhar8. Ibn al-Qâriḥ, plus tard, déplorera la vie mondaine qu’il mène à ce moment9 ; il fréquente les milieux lettrés du Caire10 ; il célèbre le Calife en des panégyriques11. Tout cela n’a qu’un temps12 et quand la folie d’al-Ḥâkim, menaçant tout le monde, paraît devoir frapper le Vizir Abû l-Ḥasan al-Maġribi, le prudent Ibn al-Qâriḥ demande et obtient l’autorisation d’accomplir le Pèlerinage à la Mekke. Il demeure absent du Caire cinq années, de 397 (= fin 1007) à 1002 (= dernier trimestre 1012). À son retour, Abû 1-Ḥasan al-Maġribi a été mis à mort sur l’ordre du Calife ; ses fils se cachent et profitent d’une occasion pour fuir, en Syrie. Ibn al-Qâriḥ les accompagne. Successivement il réside à Tripoli, à Antioche, à Malaṭia. Là une missive de son ancien élève, Abû l-Qâsim al-Maġribi, fixé à Maiyâfâriqîn, lui parvient et l’incite à venir le rejoindre (post 414 (= 1023 de J.-C.)13. Ibn al-Qâriḥ se rend à cette invitation. Il ne tarde pas à s’en repentir et, si ce qu’il prétend est véridique, il doit subir mille avanies de la part de son protecteur. Une brouille s’ensuit ; Ibn al-Qâriḥ quitte Maiyâfâriqîn et reprend sa vie errante. Il semble avoir vécu un certain temps à Bagdad où il enseigne la grammaire et a pour disciple un certain Rizk-Allâh ibn ‘Abd al-Wahhâb al-Tamîmi14. En 421 (= 1030 de J.-C), il est à Takrit où Muḥammad ibn al-Ḥusayn ibn ’Abd ar-Rahîm le rencontre15. À partir de ce moment, on est réduit à ne le suivre, dans sa vie, que par les quelques allusions contenues dans son Épître.
  • 16 Tous les détails suivants sont tirés d’I.Q., 196 vers le bas, 211 sq. Là-même, 212 lig. 11, on lit (...)
    5 Vers la fin de 423 (= fin 1031 – début 1032 J.-C), il est à Amid16, en Haute-Mésopotamie. Il a maintenant plus de soixante-dix ans et sa situation, selon ses dires, est digne de pitié. À ce moment il est en relation avec un fonctionnaire de la ville, Abû l-Farağ az-Zahraği, qui semble être parmi les correspondants d’al-Ma‘arri. Sous une influence que nous ignorons (les relations d’Ibn al-Qâriḥ avec az-Zahraği n’ont peut-être pas d’autre objet, à moins qu’az-Zahraği ne soit l’instigateur même du projet), Ibn al-Qâriḥ a dû tourner ses regards vers al-Ma‘arri dont l’intégrité est connue bien loin hors de Syrie.
  • 17 I.Q., 208, lig. 6 sqq. « Il m’est parvenu que le maître (=al-Ma‘arri) a dit, alors qu’on lui parla (...)
  • 18 I.Q., 196, lig. 18 sqq.
    6 Celui-ci, de sa résidence provinciale, joue un peu le rôle de Voltaire, à Ferney. Il est en relations épistolaires avec des lettrés de Bagdad, du Caire. De loin, on vient lui rendre visite, le consulter sur des questions fort diverses. Al-Ma‘arri a entendu parler, très vaguement il est vrai, d’Ibn al-Qâriḥ. Son opinion ne lui est d’ailleurs pas très favorable : Ibn al-Qâriḥ le sait17. Il s’agit de faire cesser cette suspicion. Ibn al-Qâriḥ obtient de son ami az-Zahraği des lettres d’introduction qui devaient sans doute contenir une mise au point et une justification18.
  • 19 I.Q., 213 vers le bas, insiste bien sur le fait qu’il ne s’est mis en route que pour remettre ces (...)
  • 20 I.Q., 196, lig. 22 sqq.
  • 21 Cette Épître a été publiée une première fois dans la revue de Damas, al-Muqtabas, en 1910, pp. 545 (...)
    7 Ibn al-Qâriḥ quitte donc Amid pour Alep19. Le vieillard joue toutefois de malheur. En cours de route, ses lettres lui sont dérobées et, arrivé au bout de son voyage, il tombe gravement malade. Dans son désarroi, en une ville qui lui est devenue étrangère et où il ne possède plus ni ami, ni parent, que faire, sinon s’adresser, sans intermédiaire, à celui dont il sollicite l’attention, afin de lui dire toutes ses amertumes20. D’Alep il envoie donc à al-Ma‘arri une assez longue missive en prose rimée connue sous le titre d’Épître d’Ibn al-Qâri21. En voici le contenu :
  • 22 Traduit par intuition. Il semble qu’on ait ici un éloge de la modestie bien connue d’al-Ma‘arri, t (...)
    P. 194, lig. 15. – Doxologie.
    P. 194, lig. 19. – Affirmation du dévouement sincère d’Ibn al-Qâriḥ envers al-Ma‘arri.
    P. 195, lig. 1. – Allâh sait que le désir qu’Ibn al-Q. a de le joindre est à l’abri des menaces du temps …

Lire la suite en totalité en se reportant à la source suivante : https://books.openedition.org/ifpo/6270?lang=fr

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Le but est de simplifier au maximum les idées pour être accessible à tous loin de la complexité et des termes difficiles…

Source : https://www.youtube.com/watch?v=9eIWeucaAD4

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    • {{}}
      Vidéo 1:13:04 en arabe - Poète des philosophes et philosophe des poètes : Abu Al-Ala Al-Maari (deuxième partie). Dieu / Raison / Religion - 24 janvier 2021 - قناتكمYour channel
      Poète, philosophe et écrivain qui est considéré comme l’un des plus grands médias de l’histoire arabe et islamique... un avertissement important... la vidéo est une modeste tentative de simplifier les idées dans un langage facile, loin des termes complexes et difficiles….

شاعر و فيلسوف و اديب يعتبر من اعظم الاعلام في التاريخ العربي الاسلامي ... تنبيه مهم ... الفيديو محاولة متواضعة لتبسيط الافكار بلغة سهلة بعيداً عن المصطلحات المعقدة و الصعبة والهدف منه ايصال الفكرة لكل الناس وليس اطروحة اكاديمية او

Source : https://www.youtube.com/watch?v=ROFImKucifI

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    • Vidéo 37:48 en arabe - Poète des philosophes et philosophe des poètes Abu Al-Ala Al-Maarri (troisième partie) - Le message du pardon - Introduction et analyse - 24 janvier 2021 – قناتكمYour channel
      ابن سوريا ابن ادلب شاعر و فيلسوف و اديب يعتبر من اعظم الاعلام في التاريخ العربي الاسلامي ... تنبيه مهم ... الفيديو محاولة متواضعة لتبسيط الافكار بلغة سهلة بعيداً عن المصطلحات المعقدة و الصعبة والهدف منه ايصال الفكرة لكل الناس وليس اطروحة اكاديمية او بحث فلسفي او علمي موجه للمختصين فا اقتضى التنويه ..

Traduction - Un poète, philosophe et écrivain qui est considéré comme l’un des plus grands médias de l’histoire arabe et islamique... un avertissement important... la vidéo est une modeste tentative de simplifier les idées dans un langage facile loin des termes complexes et difficiles. À noter.

Un commentaire : شكرا لتسليط الضوء على هذا الكنز الثمين من المعرفة المدفونة تحت غبار الجه – Traduction : Merci d’avoir mis en lumière ce précieux trésor de connaissances enfoui sous la poussière du visage.

Source : https://www.youtube.com/watch?v=EbxaEn2Cgps

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ADDENDA – Quelques autres grandes figures de l’Islam des 9me – 10ème siècle

Contenu :


    • L’érudit islamique (Ouléma), médecin et précurseur de la sociologie et de la psychologie : Ali Ibn Sahl Rabban al-Tabari
      Pour les articles homonymes, voir Rabban (homonymie) et Tabari (homonymie).
Biographie :
Naissance 838

Amol

Décès870

Bagdad

ActivitésPhilosophe, médecin, psychologue
Père Sahl Rabban (d)
Autres informations
Religion Islam
Œuvre principale
Firdous al-Hikmah (d)

Abou al-Hassan Ali Ibn Sahl Rabban al-Tabari (en Persan : علی ابن سهل ربان طبری) né à Amol (c. 838 -c. 870 apr. J.-C.) était un Hakim Musulman, un érudit islamique (Ouléma), un médecin et un précurseur de la sociologie et de la psychologie issu de la communauté Juive persanne et de la communauté zoroastrienne1 qui a rédigé la première Encyclopédie de médecine. Il a été un pionnier de la Pédiatrie et de l’étude du développement de l’enfant2. Sa stature, a cependant, été éclipsée par son élève le plus célèbre, Abu Bakr Mohammad Ibn Zakariya al-Razi (’Rhazes’).

Ali est un descendant d’une famille juive3 bien connue de Merv au Tabaristan (d’où al-Tabari- ’originaire du Tabaristan’) mais il s’est converti à l’Islam sous le règne du calife abbasside Al-Mu’tasim (833-842) qui l’a pris au service de la cour, fonctions qu’il a conservés sous Al-Mutawakkil (847-861 ). Son père Sahl ibn Bishr était un astrologue célèbre.

Ali ibn Sahl parlait le Syriaque et le Grec, les deux sources de la tradition médicale de l’Antiquité qui avait été perdues par l’Europe médiévale, et transcrites en calligraphie minutieuse.

Sommaire

  • Son Firdous al-Hikmah (Paradise de la sagesse) qu’il a écrit en Arabe, connu aussi sous le nom d’Al-Kunnash est un traité de médecine en sept parties. Il l’a également traduit en syriaque, pour lui assurer une plus large diffusion. Les informations contenues dans le Firdous al-Hikmah n’ont jamais circulé en occident parce qu’il n’a pas été publié avant le XXe siècle, lorsque Mohammed Zubair Siddiqui a rassemblé une édition en utilisant les cinq manuscrits contenant les fragments encore disponibles. Il n’existe pas encore de traduction en anglais.
  • Tuhfat al-Muluk (’Le roi actuel’)
  • Un travail sur le bon usage des aliments, des boissons et des médicaments.
  • Hafzh al-Sihhah (’les meilleurs soins de santé’), suivant les auteurs grecs et indiens.
  • Kitab al-Ruqa (’Livre de la magie et des Amulettes’)
  • Kitab fi al-hijamah ( ’Traité de l’usage des ventouses’)
  • Kitab fi Tartib al-’Ardhiyah (’Traité sur la préparation des aliments’)
    Le Firdous al-Hikmah

Le Firdous al-Hikmah a été la première Encyclopédie de médecine dans la civilisation islamique. Il était divisé en 7 sections et 30 parties, avec 360 chapitres au total. Il traite de la Pédiatrie et du développement de l’enfant d’une manière approfondie, ainsi que de la Psychologie et de la Psychothérapie. Dans les domaines de la médecine et de la psychothérapie, son travail a été influencé principalement par la pensée islamique et les anciens médecins Indiens Ayurvédiques tels que Sushruta et Charaka.

Contrairement aux médecins précédents, toutefois, Al-Tabari a souligné les liens étroits existant entre la psychologie et la médecine et la nécessité de la psychothérapie et du soutien psychologique dans la prise en charge thérapeutique des patients. Il a écrit que les patients se sentent souvent malades en raison d’un Délire ou de maux imaginaires et qu’ils peuvent être traités par le biais de ’sages conseils’ délivrés par des médecins spirituels et intelligents capables d’établir un rapport de confiance avec leurs patients, qui aboutit à un résultat thérapeutique positif2.

Source de l’article complet avec les références : https://fr.wikipedia.org/wiki/Ali_Ibn_Sahl_Rabban_al-Tabari

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B.
Le philosophe iranien Abu al-Abbas Iranshahri

Biographie : {{}}
Naissance Nishapur
Activités Mathématicien, astronome, philosophe, astrologue
Période d’activité IXe siècle
Autres informations
Religion Islam

Abu al-Abbas Iranshahri est un philosophe iranien ayant vécu au IXe siècle. Selon certains avis, il est considéré comme le plus ancien philosophe du monde musulman1.

Biographie - Il est né dans la ville de Neyshabur. Il est un des maîtres de Muhammad ibn Zakariyae Razi.

Œuvres : Les questions de Métaphysique – Jalil - Athir2

Source des informations avec notes et références : https://fr.wikipedia.org/wiki/Abu_al-Abbas_Iranshahri

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    • Le théologien, philosophe et missionnaire en chef (Da’i al-Mutlaq) persan ismaili : Ahmad ibn Hamdan Abu Hatim al-Razi
      Pour les articles homonymes, voir Razi. Ne doit pas être confondu avec Rhazès.
Aḥmad ibn Ḥamdān Abū Ḥātim al- Rāzī – Biographie : {{}}
Naissance Téhéran
Décès 934
Activités Philosophe, missionnaire, théologien
Autres informations
Religion Islam

Ahmad ibn Hamdan Abu Hatim al-Razi (persan : ابوحاتم احمد این حمدان رازی) est un théologien, philosophe et missionnaire en chef (Da’i al-Mutlaq) persan ismaili ayant vécu aux IXe et Xe siècles. Il est mort en 934.

Sommaire

Ahmad ibn Hamdan Abu Hatim al-Razi a été actif à Ray, près de Téhéran, aux IXe et Xe siècles. C’est un théologien, philosophe et il occupe la charge de missionnaire en chef ou « absolu » (Da’i al-Mutlaq), c’est-à-dire le représentant de l’imam caché selon une tradition chiite1,2. Il est considéré comme la référence de l’ismaélisme en Iran3.

Il est le contemporain de son homonyme Rhazès (ou Razi). Dans le Kitab a’lam al-nubuwwa, Hatim al-Razi relate son débat avec Rhazès. Il qualifie ce dernier d’apostat (al-mulhid) à cause de ses options rationalistes, antiautoritaires et son travail de physicien4.

Selon Hermann Landolt dans l’Encyclopedia of Arabic Literature, il est l’auteur du Kitab al-Zina, un livre sur la « supériorité de la langue arabe et de la terminologie religieuse islamique »4. Il cite fréquemment des poètes et des mystiques comme Al-Hakim al-Tirmidhi et Al-Suyūtī4.

Hatim al-Razi a également développé une vision néoplatonicienne du monde dans le Kitab al-Islah. Il s’oppose au gnosticisme plus radical de son disciple Muhammad ibn Ahmad al-Nasafi4.

Il est mort en 934.

La controverse avec Rhazès

Abû Hâtim al-Râzî s’est opposé à son homonyme Rhazès. Il critique l’égalitarisme rationaliste de ce dernier, pour affirmer au contraire dans ses Signes de la prophétie l’inégalité des intelligences, des habiletés et des centres d’intérêt, selon Dominique Urvoy, islamologue. Abû Hâtim al-Râzî tire cette thèse du langage ordinaire qui utilise nombre de comparatifs pour hiérarchiser le monde5.

Le théologien persan Abu Hatim al-Razi ajoute que la vérité est « unique, éternelle, immuable », contrairement à Rhazès qui pense que nous ne pouvons approcher la vérité que par corrections et compléments5. Dominique Urvoy écrit que « pour l’Ismaélien », il n’y a pas de « mouvement de l’homme vers la vérité, mais seulement un mouvement descendant de la vérité vers les hommes par des intermédiaires choisis »5.

Contre Rhazès toujours, qui s’appuie sur les philosophes grecs, Abû Hâtim al-Râzî « revendique hautement son ignorance des philosophes grecs », selon Urvoy5.

Œuvres : Kitab a’lam al-nubuwwa.

Réfutation de Rhazès : Kitab al-Islah.

Réfutation néoplatonicienne d’al-Nasafi : Kitab al-Zina.

Ouvrage apologétique : (en) Abu Hatim al-Razi, The Proof of Prophecy, University of Chicago Press, 2012, « Islamic Translation Series », 400 p., (ISBN 9780842527873).

Source de l’article complet avec notes et références : https://fr.wikipedia.org/wiki/Ahmad_ibn_Hamdan_Abu_Hatim_al-Razi

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    • Des auteurs anonymes en astronomie, astrologie, littérature, encyclopédie, mathématiques et philosophie, ont élaboré une somme désignée par Ikhwan al-Safa selon Wikipédia
      Pour les articles homonymes, voir Safa.
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Activités : Astronome, astrologue, écrivain, encyclopédiste, mathématicien, philosophe
Religions Islam, ismaélisme, soufisme
Œuvres principales
Les Épîtres des Frères en pureté (d)

Les Rasâ’il Ikhwân al-Safâ’ (Les Épîtres des Frères en pureté, arabe : رسائل إخوان الصفا) sont une somme savante composée de 52 épîtres portant chacune sur une science philosophique depuis l’arithmétique jusqu’à la magie. Leur nom est lié à une épître compréhensive (Al-Risâla al-jâmi`a) qui fait une synthèse de l’ouvrage. La paternité de l’ouvrage, ainsi que sa datation et son appartenance religieuse sont contestées. Le consensus tourne autour de l’Irak durant l’époque abbasside (entre le IXe siècle et le Xe siècle). L’ouvrage a été composé par les Ikhwân al-Safâ´ (Les Frères de la Pureté, arabe : إخوان‌ الصفا).

Sommaire

Le paradigme historique du groupe de Basra :

Quand vers 980 on a demandé à Abû Hayyân al-Tawhîdî d’identifier les Frères en Pureté, il a énuméré certains de ses contemporains :

  • Abû Sulaymân al-Bustî (connu aussi sous le nom d’al-Muqaddasî)
  • `Alî b. Hârûn al-Zanjânî
  • Muhammad al-Nahrajûrî (ou al-Mihrjânî)
  • al-`Awfî.
    Ce paradigme a depuis été réfuté, les Épîtres étant déjà connues en Andalousie avant 9321.

Au niveau doctrinal, certains chercheurs conviennent que les Ikhwân et leur Rasâ’il appartient au mouvement ismaélien2, d’autres au mu’tazilisme3, d’autres au soufisme4, d’autres au sabéisme5, d’autres encore à l’école d’al-Kindi6.

Le lien important à l’ismaélisme vient de son appropriation historique par le mouvement ismaélien qui en a épousé les cadres, tel le dâ’î Abû Hâtim al-Râzî7.

L’hypothèse al-Sarakhsī

Les Épîtres des Frères en Pureté sont peut-être l’œuvre du disciple d’al-Kindî, Amad b. al-ayyib al-Sarakhsī8 qui fut un philosophe pythagoricien de haut niveau9, fondant la philosophie sur les mathématiques10. Précepteur, puis commensal du calife al-Mu’tadid, il fut jeté en prison et exécuté avec ’un groupe de révolutionnaires (khawârij)’11.

Description courte de l’œuvre

L’encyclopédie est composée de 52 épîtres (rasâ’il) ayant des longueurs variables, divisée en quatre tomes. Chaque tome développe différentes matières :

  • Tome 1 : les sciences mathématiques (14 épîtres) incluent la théorie du nombre, la géométrie, l’astronomie, la géographie, la musique, les arts théoriques et pratiques, l’éthique et la logique.
  • Tome 2 : les sciences de la nature (17 épîtres) comprennent la matière, la forme, le mouvement, le temps, l’espace, le ciel et l’univers, la génération et la corruption, la météorologie, les minéraux, les plantes, les animaux, le corps humain, la perception, l’embryologie, l’homme en tant que microcosme, le développement des âmes dans le corps, la limite de la connaissance, la mort, le plaisir et la langue.
  • Tome 3 : les sciences psychologiques et rationnelles (10 épîtres) comprennent les principes intellectuels (ceux de Pythagore et ceux développés par les Ikhwân), l’univers en tant que macrocosme, l’intelligence et l’intelligible, les périodes et les époques, la passion, la résurrection, les différentes sortes de mouvement, la cause et l’effet, les définitions et les descriptions.
  • Tome 4 : les sciences théologiques (11 épîtres) incluent les doctrines et les religions, le chemin menant à Dieu, la doctrine des Ikhwân, l’essence de la foi, la loi religieuse et la révélation, l’appel à Dieu, la hiérarchie, les êtres spirituels, la politique, la magie et le talisman.
    Les sciences philosophiques - Article détaillé : philosophie islamique.

Leurs présentations de la philosophie et de la théologie formulées dans une syntaxe particulière ont un objectif téléologique. Elles ont été également influencées par les théories arithmétiques néo-pythagoriciennes, les auteurs ont élaboré leur théosophie selon ce principe pythagoricien : « les êtres sont selon la nature du nombre »12. Ils se sont inspirés de Pythagore : « Dans la connaissance des propriétés des nombres et dans la manière dont ils sont classifiés et rangés en hiérarchie réside la connaissance des êtres de Dieu »12. Chaque nombre dépend de celui qui le précède. Nous pouvons décomposer les nombres unité par l’unité jusqu’à ce que nous atteignions le premier. Mais à ce dernier « nous ne pouvons rien retirer […] parce qu’il est l’origine et la source du nombre »12. Selon eux, les êtres humains sont comme les nombres : ils viennent de Dieu et retournent finalement à Lui. C’est ainsi qu’ils ont adapté les théories pythagoriciennes à leur croyance fondamentale pour d’écrire le monde spirituel et physique selon une hiérarchie.

La métaphysique des Ikhwân al-Safâ’ est fondée sur la philosophie hellénique. Ils partagent la terminologie aristotélicienne, mais les concepts [matière et forme, substance (du grec ousia), les accidents en potentiel ou en acte, et les quatre causes] varient légèrement. Pour eux, l’étude est la réminiscence socratique de la connaissance déjà acquise par l’âme ; l’âme possède une connaissance potentielle et peut arriver à une connaissance complète.

Les Ikhwân ont soutenu que la substance est auto-suffisante et elle est le réceptacle des attributs. Par contre la forme est divisée en : substances et accidents. Ils conçoivent quatre causes : matérielles, formelles, efficientes et finales. La cause matérielle des plantes provient des quatre éléments (le feu, l’air, l’eau et la terre) et leur finalité est de fournir la nourriture pour les animaux13. Ici les Ikhwân expliquent la cause matérielle par la matière première (ex. : bronze ou argent) ; pour la cause formelle, ils donnent l’exemple d’un pépin qui produira éventuellement une pomme ; la cause efficiente indique l’origine, par exemple un père est la cause efficiente d’un enfant alors que la cause finale montre le but de quelque chose.

Deux types de créations : spirituelle et physique

La création se déploie en deux phases : d’abord, Dieu crée ex nihilo l’Intellect ; après l’émanation (fayd) de ce dernier, il procède graduellement, donnant la forme à l’univers actuel. L’ordre et le caractère de l’émanation sont décrits ci-dessous14.

  • Al-Bârî’ (Créateur) est le Premier et le seul Être éternel, aucun attribut anthropomorphique ne doit Lui être attribué. Seulement la Volonté qui est à l’origine du monde Le concerne. Pour les Ikhwân, Dieu est inconnaissable (cf. Deus absconditus) au-dessus de la hiérarchie, paradoxalement Il se révèle en un Dieu (Deus revelatus) guidant les croyants sur le droit chemin.
  • Al-`Aql (Intellect ou gr. Noûs) est le premier être qui provient de Dieu. Il est un en nombre tout comme Dieu Lui-même est unique. Dieu a créé dans l’Intellect toutes les formes des êtres subséquents, de lui a émané l’Âme Universelle et la Matière Première. Il est clair, selon l’opinion des Ikhwân, que l’Intellect est le meilleur représentant de Dieu.
  • Al-Nafs al-Kulliyya (l’Âme Universelle) est l’Âme de l’univers entier, une essence simple qui émane de l’Intellect. Elle reçoit son énergie de l’Intellect. Elle se manifeste dans le Soleil à travers lequel le monde matériel est animé. Ce que nous appelons création, dans notre monde physique, concerne l’Âme Universelle.
  • Al-Hayûlâ al-Ûlâ (la Matière Première, forme arabisée du grec hylè), est une substance spirituelle qui ne peut émaner par elle-même. Elle est causée par l’Intellect afin que l’Âme Universelle émane la Matière Première qui reçoit les différentes formes.
  • Al-Tabî’at (nature) est l’énergie diffuse dans tous les corps organiques et inorganiques. C’est la cause du mouvement, de la vie et du changement. L’influence de l’Intellect cesse au niveau de la nature car par la suite toutes les autres émanations tendent à être de plus en plus matérielles et imparfaites.
  • Al-Jism al-Mutlaq (le corps absolu). La Matière Première acquiert les propriétés physiques et devient le corps absolu ou la substance physique dont notre monde est fait.
  • Le monde des sphères (des étoiles fixes, Saturne, Jupiter, Mars, le Soleil, Vénus, Mercure, et la Lune) apparaît dans la septième étape de l’émanation. Tous les corps célestes se composent d’un cinquième élément, l’éther et ils ne sont pas sujets à la génération et à la corruption.
  • Les Quatre éléments (le feu, l’air, l’eau, et la terre) se retrouvent sous la sphère de la Lune où ils sont soumis à la génération et à la corruption. Les Ikhwân adoptent la théorie de Thalès (545 av. J.-C.) et des Ioniens en affirmant que ces quatre « éléments » sont en perpétuel changement, l’eau devient air et feu ; le feu devient air, eau, terre, ainsi de suite…
  • Les trois royaumes sont la dernière étape de l’émanation. Les trois royaumes (minéral, végétal et animal) sont faits d’un mélange proportionnel des quatre éléments.
    Les Ikhwân al-Safâ’ ont repris la théorie de Démocrite d’Abdère (circa 370 av. J.-C.) considérant l’univers comme le macrocosme et l’être humain comme un monde en miniature (microcosme)15. Les différentes âmes (al-nafs al-juz’iyya), représentant les puissances infinies de l’Âme Universelle, ont commencé à se former. Pendant très longtemps, ces âmes ont rempli le monde des sphères et ont constitué les anges qui ont animé les corps célestes. Au début, les anges ont contemplé l’Intellect et ont rendu le culte à Dieu. Après un certain temps, certaines de ces âmes ont commencé à oublier leur origine et leur position. Leur inattention a causé la chute des âmes sur terre. Ceci explique l’origine métaphysique de la vie sur terre.

Source de toutes les informations : https://fr.wikipedia.org/wiki/Ikhwan_al-Safa

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    • Le philosophe iranien d’expression arabe Abû Sulaymân al-Sijistânî selon Wikipédia
      Muammad ibn âhir ibn Bahrâm, dit Abû Sulaymân al Sijistânî ou al-Sijzî, surnommé également al-Maniqî (« le Logicien ») est un philosophe iranien d’expression arabe ayant vécu au Xe siècle1. Né dans la région appelée Sistân en persan moderne, il anima un cercle philosophique fameux à Bagdad.

Sommaire

Les données de sa biographie (notamment les dates) sont très mal fixées. Né dans le Sistan dans les années 910, il aurait commencé sa carrière à la cour des Saffarides à Zarandj, sous l’émir Abû Ja’far b. Muhammad (regn. 923-963), puis, vers 939, aurait gagné Bagdad où il étudia la philosophie avec le chrétien jacobite Yahya ibn Adi. Après la mort de ce dernier (974), il devint la figure centrale de l’école aristotélicienne2 dans la grande métropole de la culture de l’époque. Il constitua autour de lui un cercle de lettrés (philosophes, savants, écrivains) de diverses origines et affiliations religieuses, qui tenait régulièrement des sessions (majâlis) où l’on discutait de questions très diverses relatives à la philosophie, à la religion, à la science, au langage, etc…

Les réunions de ce cercle sont dépeintes par son admirateur et disciple Abû Hayyân al-Tawhîdî dans deux ouvrages : al-Muqâbasât (les Conversations), avec cent six séances de discussion ou d’étude autour d’al-Sijistânî3, et Kitâb al-imtâ’ wa-l-mu’ânasa (le Livre du plaisir et de la convivialité), qui rapporte trente-sept discussions tenues chez le vizir Ibn Sa’dan (exécuté en 985)4. Il semble être mort peu après 985.

On assigne traditionnellement à Abû Sulaymân al-Sijistânî lui-même un ouvrage intitulé iwân al-ikma (le Réceptacle de la sagesse), qui se présente formellement comme un dictionnaire biographique et doxographique des grands philosophes et médecins5 depuis l’Antiquité (170 sections, dont les sections 1 à 136 consacrées aux Grecs et les sections 137 à 170 consacrées aux Arabes). Selon Joel Kraemer, il s’agit d’une compilation de textes correspondant aux études et discussions menées dans le cercle d’al-Sijistânî. Celui-ci y est occasionnellement cité à la troisième personne (« Qâla Abû Sulaymân al-Sijzî... », « Abû Sulaymân al-Sijzî dit... »)6.

La version originale du iwân al-ikma est perdue, mais on en conserve (au moins) deux abrégés différents couvrant l’ensemble de l’ouvrage et datant des XIIe – XIIIe siècle : d’une part le Mukhtaar iwân al-ikma (Abrégé du Réceptacle de la sagesse) de l’érudit ’Umar ibn Sahlân al-Sâwî (première moitié du XIIe siècle) ; d’autre part le Muntakhab iwân al-ikma (Sélection du Réceptacle de la sagesse), anonyme, postérieur au précédent7, considéré comme un meilleur reflet de l’original. En outre, on possède un Extrait (Ta’liq) rédigé en 1292 par l’érudit Muhammad al-Ghaḍanfar al-Tibrîzî, et le iwân al-ikma est largement exploité dans des ouvrages plus tardifs du même genre, comme le Kitâb al-milal wa-l-nihal (Livre des religions et des sectes) de Muhammad al-Shahrastani ou le Nuzhat al-arwâ wa rawat al-afrâ (Promenade des esprits et jardin des plaisirs) de Shams al-Dîn al-Shahrazûrî (XIIIe siècle, disciple de Sohrawardi).

D’autre part, le iwân al-ikma a connu deux « continuations » : le Tatimmat iwân al-ikma (Continuation du Réceptacle de la sagesse) de l’Iranien Zahîr al-Dîn al-Bayhaqî (v. 1097-v. 1169) ; et l’Itman Tatimmat iwân al-ikma (Supplément à la Continuation du Réceptacle de la sagesse), anonyme, contenant des poèmes de philosophes.

On conserve aussi d’al-Sijistânî quelques courts traités sur divers sujets philosophiques, et des poèmes reproduits dans les recueils mentionnés ci-dessus.

Éditions

  • M. Kügel-Turker (éd.), « Fi al-kamal al-khass bi-naw’ al-insan / Sur la perfection particulière à l’espèce humaine » (texte arabe et traduction française), Pensamiento 25, 1969, p. 207-224.
  • Gérard Troupeau (éd.), « Fi mabadi’ al-mawjudat /Sur les principes des êtres » (texte arabe et traduction française), Pensamiento 25, 1969, p. 259-270.
  • ’Abdurraḥman Badawi (éd.), Abû Sulaymân al-Sijistânî. Muntakhab iwân al-ikma et trois traités8, Téhéran, 1974.
  • Douglas M. Dunlop (éd.), The Muntakhab Ṣiwân al-ḥikma of Abû Sulaymân al-Sijistânî. Arabic Text, Introduction and Indices, La Haye-Paris-New York, Mouton, 1979.
  • R. Mulyadhi Kartanegara (éd.), The Mukhtaṣar Ṣiwân al-ḥikma of ’Umar b. Sahlân al-Sâwî. Arabic Text and Introduction, thèse, University of Chicago, Dept. of Near Eastern Languages and Civilisations, mars 1996.
  • ’Abd al-Amîr A’sam (éd.), Abû ayyân al-Tawhîdî fî Kitâb al-Muqâbasât, Beyrouth, Dâr al-Andalus, 1980.
  • Ahmad Amine et Ahmad al-Zayn (éd.) Abû ayyân al-Tawhîdî. Kitâb al-imta’ wa-l-mu’anasa, 3 vol. Le Caire, 1939-44.
    Source ce l’article complet : https://fr.wikipedia.org/wiki/Ab%C3%BB_Sulaym%C3%A2n_al-Sijist%C3%A2n%C3%AE

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    • Le philosophe et mystique andalou Ibn Masarra selon Wikipédia
Biographie :
Naissance 883 ou 23 avril 883

Cordoue

Décès931

Cordoue

ActivitéPhilosophe
Autres informations
Religion Islam

Ibn Masarra (arabe : محمد ابن مسرة بن نجيح الجبلي) né en 883 à Cordoue - mort en 931 dans la Sierra de Cordoue est un philosophe et mystique andalou. Considéré comme l’auteur de la première réflexion philosophique structurée d’Al-Andalus, néoplatonicien, sa doctrine montrait la complémentarité des deux chemins du savoir, la raison et la révélation.

Sommaire

Il forma très tôt un petit cercle de disciples qu’il a initiés au Zuhd (l’ascétisme, le renoncement aux biens terrestres), qui devint plus tard l’école d’Alméria. La situation politique à Cordoue le poussa à s’exiler à Médine et La Mecque. Il attendit le règne d’Abd al-Rahman III pour revenir à Cordoue.

Il est mort dans un ermitage dans la sierra des alentours de Cordoue, ses disciples ont souffert après sa mort de la persécution des juristes cordouans. Sa doctrine a grandement influencé le Maître soufi (Chaykh al-Akbar) Ibn Arabi, grâce auquel nous sont parvenus ses écrits même fragmentés.

L’école d’Alméria

Après la mort du maître, l’école d’Alméria a joué un grand rôle au sein du soufisme espagnol. D’Alméria, les principes spirituels de la Tariqa se répandirent à Séville, Grenade et jusque dans l’Algarve (au sud du Portugal) sous la forme d’une milice religieuse dénommée Muridîn, dont l’organisation et les principes sont proches de l’ismaélisme (selon Henry Corbin).

Œuvre

De son œuvre, le titre de deux traités seulement nous est parvenu : le Livre de l’explication pénétrante (Kitab al-i’tibar) et le Livre des lettres (Kitab khawass al-huruf). Asín Palacios, spécialiste de la pensée andalouse médiévale, a le premier reconstitué le système gnostique d’Ibn Massara au début du XXe siècle à l’aide de citations trouvées chez Ibn Arabi principalement.

Pensée

Asin Palacios fait graviter la pensée d’Ibn Masara autour de l’enseignement d’Empédocle et de la gnose de Priscillien.

La principale idée qui distingue sa métaphysique du néoplatonisme dont elle découle est l’élément primordial ou ‘Materia prima’ qui se substitue à l’Un de Plotin. L’idée d’une matière première intelligible s’est ensuite répandue chez Ibn Gabirol avant qu’Ibn Arabi la reprenne et l’explore à son tour. On la retrouve enfin dans la matière spirituelle de Molla Sadra Shirazi et de l’école d’Ispahan.

L’article complet avec toutes les références est à lire sur ce site : https://fr.wikipedia.org/wiki/Ibn_Masarra

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A suivre …


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