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"L’humour, la thérapie par le rire et le recadrage, l’analyse par psychanalyse en phase avec notre temps et invitée à s’émanciper, voire à « s’aimanciper » selon Laurie Laufer et la thérapie comportementale et cognitive" par Jacques Hallard

samedi 3 septembre 2022, par Hallard Jacques

ISIAS Psychothérapies Thérapie par le rire Psychanalyse Thérapie comportementale et cognitive

L’humour, la thérapie par le rire et le recadrage, l’analyse par psychanalyse en phase avec notre temps et invitée à s’émanciper, voire à «  s’aimanciper » selon Laurie Laufer et la thérapie comportementale et cognitive

Jacques Hallard , Ingénieur CNAM, site ISIAS – 01/09/2022

Plan du document : Avant-propos Humour-Thérapie Préambule/Psychanalyse Introduction/Psychanalyse Sommaire/Psychanalyse Thérapies cognitivo-comportementales Auteur


Avant-propos

Les difficultés de notre époque sont diverses et cumulatives lorsqu’une crise s’ajoute à une autre : climat et dérèglements climatiques (sécheresses, incendies, inondations), érosion de la biodiversité, raréfaction des ressources en eau et en énergies, pandémies à zoonoses - Covid-19 (Coronavirus) et variole du singe (virus Monkeypox)-, guerres au Proche-Orient, au Moyen-Orient et en Europe orientale, crises sociales et démocratiques avec des mouvements sociaux, inégalités et grande pauvreté, migrations internationales, etc…

Lorsque s’exercent des tensions répétées et des pressions subies de tous côtés, se sont autant d’évènements qui ont des conséquences douloureuses pour beaucoup, des souffrances psychologiques difficiles à supporter, ou pour le moins inconfortables chez certaines personnes et qui vont donc affecter leur bien-être et leur état mental.

Pour améliorer leur vécu, et tendre ainsi à des rapports aussi harmonieux que possibles avec leur entourage, le recours à des psychothérapies peut-être utile et efficace dans la mesure où la culture locale le permet et lorsque des possibilités existent, telles que les psychothérapies appliquées au niveau individuel, familial ou à des groupes sociaux.

Pour entrer dans le sujet, voir par exemple :

« Psychothérapie : connaître les différences pour bien choisir  » sur https://e-psychiatrie.fr/sante-mentale-paris-psy-psychiatre/psychotherapie-psychanalyse-tcc-therapie-familiale-gestalt-paris/ ou encore :

« Les grandes familles de psychothérapies » Sarah Chiche -Dans Les Grands Dossiers des Sciences Humaines 2013/, sur https://www.cairn.info/magazine-les-grands-dossiers-des-sciences-humaines-2013-6-page-13.html

Rappels sur les psychothérapies - Mise à jour : 02/08/2021 - Ce type de traitements utilise des moyens psychologiques pour aider la personne à aller mieux. Il se déroule sous forme d’entretiens, le thérapeute utilisant des techniques différentes selon son approche. Voir https://www.psycom.org/comprendre/le-retablissement/les-psychotherapies/

Définition de la Psychothérapie selon Wikipédia

« La psychothérapie (/psi.ko.te.ʁa.pi/) comprend les soins ou l’accompagnement, prodigués par une personne formée à cela, à une ou plusieurs autres personnes souffrant de problèmes psychologiques, parfois en complément d’autres types d’interventions à visée thérapeutique (médicaments notamment). Suivant les patients (enfant ou adulte), le type et la sévérité du trouble, et le contexte de l’intervention, de nombreuses formes de psychothérapies coexistent, qui s’appuient sur autant de pratiques différentes reposant elles-mêmes sur des approches théoriques diverses et parfois contradictoires. La plupart reposent néanmoins sur l’établissement d’une relation interpersonnelle entre le patient et le thérapeute dans le cadre d’un contrat explicite de soins. Elles se distinguent en cela des pratiques d’accompagnement de l’individu sain (coaching, développement personnel) parfois menées dans un cadre spirituel, religieux voire sectaire. En France, plus particulièrement depuis les années 1990, la règlementation de l’exercice des psychothérapeutes a fait l’objet d’intenses débats mettant aux prises les praticiens se réclamant des principales approches que sont les psychothérapies d’inspiration psychanalytique, Psychodynamique, humaniste, systémique et cognitivo-comportementale. Le titre de psychothérapeute est désormais réglementé… »

Source de l‘article complet : https://fr.wikipedia.org/wiki/Psychoth%C3%A9rapie

Dans d’autres situations, - comme au Liban par exemple, pays en état de crise structurelle permanente, « d’une gravité sans nom  » - le recours à des formes d’interventions correctives collectives peut aussi faire appel à la Thérapie par le rire ou Humour-Thérapie, adressée à des publics variés : milieux éducatifs et groupes sociaux de personnes déplacées, séances de divertissement avec des sketches comiques sur scène (stand-up), etc…

« Pour de nombreux libanais, la succession des crises aggrave leur dépression latente. Les médecins et les ONG n’ont de cesse d’alerter sur la « crise de santé mentale » que traverse le pays : « ça aide de rire de tout cela. Je ne dis pas que le ‘stand-up’ va apporter une solution, mais ça aide d’en parler », estime l’humoriste Nour Hajjar. Voir plus loin.

L’objectif premier de ce dossier est de revenir sur le sujet de la Psychanalyse en général, faisant ainsi suite à des articles mis en ligne antérieurement sur ISIAS, dont celui-ci :

’Face à la dureté des temps et aux stress post traumatiques, « Ne taisons plus les souffrances mentales » : soins psychologiques et pratiques de santé, EMDR, plasticité neuronale, psychanalyse’ par Jacques Hallard

Il est aussi apparu pertinent de porter au préalable le regard sur « L’humour, le mécanisme de défense le plus élaboré selon Freud », d’après Patrick Fraselle, spécialisé en psychanalyse et psychothérapie humaniste, écrits scientifiques et anthropologiques, recherche permanente concernant la Psychanalyse, l’Anthropologie, la Sociologie et les Sciences Humaines – Site : http://pat
rickfrasellepsychanalyse.over-blog.com/

Une rubrique A concernant la Thérapie par le rire ou Humour-Thérapie a donc été greffée en tête de ce dossier.

Une rubrique B regroupe ensuite toutes les informations sélectionnées, concernant spécialement la Psychanalyse, et elles s’articulent autour de ces 3 parties successives :

Préambule sur la Psychanalyse#ANFANG

JH2022-08-31T08:25:00JAnnexe sur

Introduction en forme de résumé /Psychanalyse

Sommaire/documents choisis

Afin de proposer une vue encore plus complète sur les psychothérapies [voir à ce sujet Faculté des Arts, Lettres, Langues, Sciences humaines - Master Psychothérapies Psychanalytiques, Humanistes, Individuelles et Groupales (PPHIG)], il a été ajouté une annexe sur les Thérapies cognitivo-comportementale

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Rubrique A - Thérapie par le rire ou Humour-Thérapie


Contenu :

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L’humour et l’inconscient, source de vérités...

« Peut-être le voit-on mieux en se tournant vers une autre excitation, l’humour : plaisanteries, comiques, esprit, ironie, caricature, sarcasme, pour suggérer un continuum d’hostilité de manière croissante. Je ne crois pas que vous puissiez raconter une histoire qui soit spirituelle, comique ou humoristique, elles sont semblables mais non identiques dans leur manière de faire rire sans qu’il n’y ait la caractéristique, comme dans la caricature, d’une victime implicite ou visible qui soit humiliée. » (« L’imagination érotique telle qu’on l’observe, Robert J. STOLLER, pp. 36 »)

Consultez l’ouvrage de Freud ’Le mot d’esprit et ses rapports avec l’inconscient’ (1905). Ici plus bas, la psychanalyse expliquée en images... L’humour ? Tendresse, gentillesse, assassinat ou méchanceté ?

Copyright - Patrick Fraselle - Le 31 août 2014 for texts, links and pictures - checked and locked.- A consulter à la source : http://patrickfrasellepsychanalyse.over-blog.com/2014/02/l-humour-le-m%C3%A9canisme-de-d%C3%A9fense-le-plus-%C3%A9l%C3%A9bor%C3%A9-selon-freud.html

Quelques mots sur la psychanalyse d’après Patrick Fraselle

L’inconscient n’a pas de temps. Toute la vie - passée ou présente - tous les traumatismes archaïques ou plus récents, tous les désirs refoulés, tous les actes manqués et/ou lapsus sont cristallisés, verrouillés ou en potentialités. C’est dans cette zone psychique - (topos ’lieu’ cf. Les topiques de Freud) - que se loge l’inconscient, que notre vie prend ses racines à notre insu. C’est lui le chef d’orchestre de nos peines et de nos joies. C’est donc en allant à sa recherche que nous pourrons enfin se réapproprier notre destinée. Le cabinet du psychothérapeute étant un des lieux privilégiés pour cette rencontre. P.F.

Pour en savoir plus : http://patrickfrasellepsychanalyse.over-blog.com/2014/02/l-humour-le-m%C3%A9canisme-de-d%C3%A9fense-le-plus-%C3%A9l%C3%A9bor%C3%A9-selon-freud.html

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  • La thérapie par le rire - Rédaction : Murielle MaîtrePraticienne en hypnose - Janvier 2018 – Document ‘passeportsante.net’
    Qu’est-ce que la thérapie par le rire ?

Dès notre plus jeune âge, on rirait jusqu’à 300 fois par jour, sans raison, par pur plaisir. À l’âge adulte, ce serait moins de 20 fois par jour 1,2. Même si tous les chercheurs ne s’entendent pas sur ces données, il semble bien que l’école, le travail et les conventions sociales nous incitent peu à peu à devenir plus sérieux et à perdre notre capacité de rire spontanément. Dommage, car il est désormais démontré que l’humour et le rire sont excellents pour la santé, et constituent, entre autres, un bon antidote contre le stress 3.

Les grands principes

Le rire permet d’oxygéner l’organisme, de réduire les tensions musculaires, de masser les côtes en plus de faire travailler le diaphragme. Cela favorise entre autres l’élimination des résidus présents dans les poumons et augmente la capacité respiratoire. Il semble que le fait de rire - que ce soit drôle ou non - pourrait contribuer à soigner toutes sortes de problèmes.

Il ne faut pas croire que nous rions uniquement lorsque c’est drôle. Au contraire, cela ne serait le cas que 1 fois sur 10, selon le neurobiologiste Robert Provine 8. Cet auteur de plusieurs livres étudie les mécanismes du rire depuis de nombreuses années. Ses observations l’ont amené à conclure que le rire exerce avant tout une fonction sociale, ce qui pourrait expliquer en partie son importance dans l’équilibre psychologique des personnes.

Les bienfaits du rire sur la santé

Les gens qui ont un plus grand sens de l’humour sont moins ébranlés par les expériences stressantes. Ils ont plus tendance à les considérer comme des défis stimulants que comme des épreuves pénibles. En outre, ils ont en général une plus grande estime de soi et sont plus réalistes dans leur appréciation d’eux-mêmes. De nature optimiste, ils ont une vie sociale plus remplie. Mais, l’auteur fait remarquer qu’il est difficile de déterminer avec précision si ces états favorables résultent du sens de l’humour ou si ce ne sont pas plutôt ces états qui permettent d’aborder la vie avec humour.

Rod Martin souligne aussi que l’humour peut également être utilisé de façon malsaine. Il peut servir d’échappatoire ou de mécanisme de défense inconscient pour fuir ses problèmes ou éviter de les affronter de façon constructive, ou encore pour dénigrer les autres.

Dans une autre synthèse d’études, publiée en 2001, le professeur Martin rend compte des théories les plus documentées qui pourraient expliquer les effets bénéfiques du rire et de l’humour 7.

  • En générant des émotions positives puissantes, le rire et l’humour entraîneraient des effets analgésiques et un renforcement de l’immunité.
  • Voir la vie avec une attitude humoristique permettrait de réduire le stress et donc d’améliorer indirectement la santé.
  • Les individus ayant un plus grand sens de l’humour seraient mieux adaptés socialement et plus « séduisants », ce qui augmenterait leurs chances d’être en santé — ce n’est pas une blague.
    La thérapie par le rire en pratique

Comment rire ? - Bref, rire et développer son sens de l’humour, c’est bon pour la santé physique, mentale et émotive. Mais comment y parvenir si on n’est pas, au départ, d’un naturel « guilleret » ? On peut, bien sûr, suivre une psychothérapie ou s’initier aux approches de développement personnel pour avoir davantage d’humour afin de mieux affronter la vie et les événements « malheureux ». Une façon plus directe est de participer à un Club de rire, ou de faire du Yoga du rire ! Il est bien plus amusant de se rendre à une séance de rire, aussi appelée Yoga du Rire ou Rigolotherapie. L’effet de groupe amplifie le rire et la chaleur qui en émane fait chaud aux cœurs.

Déroulé d’une séance - La séance se déroule sur une heure environ avec des exercices d’échauffement, puis l’animateur donne les règles : prendre soin de soi, se regarder dans les yeux, participer, personne ne peut rester assis à regarder. En faisant semblant de rire, finalement on arrive à rire, voir même attraper un fou-rire. Le rire c’est bon pour le moral et pour le corps, alors on se déplace aussi dans la salle. Chaque séance se termine par une relaxation guidée pour accueillir les derniers rires.

Le rire à l’hôpital - Norman Cousins 9 a été le premier, en 1964, à expérimenter « scientifiquement » une thérapie par le rire. En utilisant la pensée positive et le rire, il s’est guéri d’une maladie arthritique très douloureuse, considérée comme irréversible. Il a fait connaître à la communauté médicale et au grand public les résultats de son expérience dans un article publié dans le New England Journal of Medicine en 1976 10. Trois ans plus tard paraissait son succès de librairie ‘Anatomy of an Illness’. Sa méthode consistait essentiellement à visionner des films comiques aussi souvent qu’il le pouvait et à consommer de la vitamine C en très grande quantité. Il a constaté que chaque visionnement de 30 minutes lui procurait 2 heures de repos sans douleur. Après 6 mois de ce traitement, il était complètement rétabli.

Vers la même époque, au début des années 1980, vêtu d’un habit de clown, le Dr Patch Adams - personnifié au cinéma par Robin Williams - commençait à soigner ses patients en utilisant le rire et l’humour comme des instruments thérapeutiques. Aujourd’hui, dans des hôpitaux un peu partout à travers le monde, les patients peuvent bénéficier de la présence de clowns thérapeutiques ou de clowns professionnels 11,12.

Au Canada, l’organisme ‘Dr Clown’ 13 visite ainsi chaque semaine des hôpitaux et des centres hospitaliers de soins de longue durée (CHSLD) de Montréal, Québec et Toronto. Les clowns-docteurs cherchent entre autres à diminuer la crainte de l’hospitalisation ressentie par les jeunes patients et la solitude vécue par les personnes âgées. En 2008, ‘Dr Clown’ a ainsi réalisé plus de 30.000 interventions, qu’il nomme joliment « prescriptions de tendresse ».

Aussi, dans certains hôpitaux, des médecins se déguisent et s’amusent avec de faux instruments de travail - par exemple, un stéthoscope qui laisse échapper des bulles de savon - afin de créer une plus grande complicité avec les patients, en particulier les enfants.

Des hôpitaux disposent aussi d’une salle de rire pour les adultes, où ils peuvent visionner des films drôles, lire des livres et des bandes dessinées ou écouter des enregistrements humoristiques. Des programmes qui se servent de l’humour et du rire s’adressent également aux professionnels de la santé afin de les aider à affronter les exigences de leurs fonctions.

Contre-indications de la thérapie par le rire - L’humour et le rire peuvent, a priori, paraître dépourvus d’effets secondaires. Pourtant, certaines précautions s’imposent. Par exemple, chez des personnes paranoïdes, gravement malades ou en soins palliatifs, l’humour doit être utilisé avec précaution, car il pourrait être mal interprété.

De plus, avant de participer à une séance de rire comme celles qui se déroulent dans les clubs du rire, on conseille d’obtenir l’avis d’un médecin dans les cas suivants : descente d’organes (de vessie par exemple), glaucome, hernie abdominale, hypertension artérielle, hémorroïdes actives, troubles cardiaques, après une chirurgie abdominale, et durant une grossesse à risque.

Histoire de la thérapie par le rire - Déjà au début du XXéme siècle, Freud affirmait que l’humour permet à l’humain de démontrer son refus de se laisser abattre par la souffrance, d’affirmer l’invincibilité de son moi et de faire triompher le principe du plaisir - tout cela en demeurant sain d’esprit 6 !

À partir d’une synthèse d’études réalisée en 1996, le professeur Rod Martin, un spécialiste du rire de l’Université Western Ontario au Canada, a conclu que d’envisager la vie avec humour ou la prendre « avec un grain de sel » aurait des conséquences bénéfiques mesurables sur la santé psychologique et émotive1.

Les Clubs de rire ont été créés en Inde par le Dr Madan Kataria en 1995 14. On en compte aujourd’hui au-delà de 6.000, répartis dans plus de 60 pays. Dans un Club de rire, chacun expérimente le rire en groupe, sur une base régulière, pour son plus grand bien. Toutes sortes d’exercices visent à stimuler sa propre capacité à rire, à relaxer et à se libérer de ses inhibitions. Le tout permettrait de cultiver sa santé et d’adopter une attitude plus positive et plus joyeuse envers la vie. Des instructeurs enseignent la technique aux personnes qui veulent mettre un club sur pied. Les séances de rire se déroulent en groupe, le plus souvent le matin, pour commencer la journée du bon pied. On retrouve une liste des clubs à travers le monde sur le site ‘Laughter Yoga’ du Dr Kataria et un répertoire pour l’Europe francophone sur le site Club de Rire.

L’avis du spécialiste – Souvent, les personnes qui vivent isolées, pour des raisons de divorce, de deuil ou de tristesse, cherchent des moyens de se reconnecter à un groupe. Le rire étant un excellent moyen de respirer, se sentir radieux et de remettre son corps et sa vie en mouvement, je l’indique souvent comme un moyen d’aller mieux rapidement. Beaucoup de thérapeutes, médecins et personnel soignants exposés à des récits de vie triste, sont privés des bénéfices du rire.

De nombreuses vidéos gratuites de séances de rire étant disponibles, je les propose à mes clients. Certains rejoignent aussi le festival du yoga du rire qui se tient à Dourdan chaque année. J’interviens en entreprise ou dans des centres de yoga le week-end à la demande.

Les bénéfices sont immédiats : meilleure humeur, souplesse, sensation de se sentir re-connecté à la vie est au monde.

PasseportSanté : Actualité Santé, Alimentation, Exercice ...

PasseportSanté : Actualité Santé, Alimentation, Exercice, Gestion Du Stress

Source : https://www.passeportsante.net/fr/Therapies/Guide/Fiche.aspx?doc=rire_th

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  • L’humour, une vraie thérapie - Mis à jour le 24 septembre 2021 à 11:41 - Par Isabelle Taubes – Document ‘psychologies.com’
    Relativiser, dédramatiser, énoncer des vérités inavouables et exprimer des pulsions inacceptables, mais aussi nous rendre capables de résister à l’injustice et allonger notre espérance de vie… Les pouvoirs thérapeutiques de nos plaisanteries et autres mots d’esprit sont irremplaçables.


L’humour dope l’amour de soi - Une plaisanterie qui fait mouche est une véritable création. Mieux : c’est un moment de gloire. Grâce à ces chefs-d’œuvre miniatures que sont le mot d’esprit ou la bonne blague, nos ego se gonflent de fierté. D’autant plus qu’ils ont vaincu la censure, transgressé les lois de la logique. Ce sentiment est encore plus intense quand nous réussissons à plaisanter d’une situation angoissante ou déprimante. Non seulement un sentiment de bien-être nous envahit, mais nous nous sentons soudain plus intelligents. Avantage supplémentaire : celui qui détient le précieux pouvoir d’amuser met la foule des rieurs de son côté. Ce n’est pas pour rien qu’aux États-Unis, les leaders politiques et les chefs d’entreprise commencent régulièrement leurs interventions par une bonne histoire.


L’humour est un anti-dépresseur - Toutes les catastrophes ou presque entraînent rapidement un déferlement de bonnes histoires. Pendant qu’un nuage de cendres paralysait le ciel européen, blagues et jeux de mots plus ou moins heureux ont immédiatement fait leur apparition. « Alors, ils volcans, les avions ? » « Décidément, les nuages volcaniques sont plus futés que les nuages atomiques : ils ne s’arrêtent pas aux frontières de la France »… Ce phénomène très humain rappelle le rôle cathartique de l’humour. Un bon mot et nos tensions disparaissent. Les histoires juives constituent le modèle de l’humour antidéprime qui transforme en bonnes blagues ce qui nous abattrait. Basées sur l’autodérision, elles nous apprennent à rire de nous-mêmes et de la cruauté de la vie, en reprenant toutes les accusations de l’ennemi : les juifs sont sales, voleurs, ne pensent qu’à l’argent, ont tué Jésus. « Oui, oui, on a tué le Christ, racontait Lenny Bruce, immense humoriste américain des années 1960. Et s’il revient, on le tuera encore. » Des larmes au rire, il n’y a qu’un pas. « Élie se plaint à Shlomo : “Mon fils s’est converti au catholicisme, une vraie catastrophe.” “Le mien rêve de se convertir, quelle honte !” répond Shlomo, lugubre. “Et le mien, vous savez ce qu’il a fait ?” rétorque Dieu, qui écoutait la conversation. » Morale de l’histoire : si l’Éternel lui-même a des problèmes avec son garçon, normal que j’en aie avec le mien.


L’humour libère nos pulsions - Selon la thèse développée par Freud dans Le Mot d’esprit et ses rapports avec l’inconscient (1905), l’humour, exactement comme les rêves, libère impunément nos pulsions les plus inavouables, sans que notre gendarme intérieur, le surmoi, s’en off usque. Il permet d’exprimer, sans se salir les mains, ce qui ne peut être dit ou, pire, mis en actes – nos envies de meurtre, nos fantasmes sadomasochistes, notre mépris de l’autre sexe, etc. « Qu’est ce qui est rouge et qui se tortille ? Un bébé pendu à un crochet de boucher. » Cette petite blague permet aux enfants de fantasmer tranquillement l’assassinat de leur petit frère, de se consoler de ne plus être le (ou la) préféré(e) ; et aux parents d’assassiner symboliquement le nourrisson qui les condamne à l’insomnie depuis sa naissance. « “Bonjour les filles”, lance un aveugle en passant devant une poissonnerie. » Cela revient à dire : les femmes sont des morues. Ce genre d’humour est une façon de satisfaire les pulsions sexuelles agressives et misogynes. Selon Freud, une blague obscène racontée à une femme a la valeur d’une invitation sexuelle détournée mêlée au désir de l’humilier… « Pourquoi les pets sentent-ils ? Pour que les sourds puissent en profiter ! » Voilà un mot d’esprit qui nous autorise à jouir innocemment de la pulsion anale – pipi-caca- boudin – comme seuls les moins de 10 ans en ont le droit. Les histoires drôles ressuscitent le plaisir enfantin, régressif, de jouer avec les sons, les mots, de les triturer en tous sens.


L’humour nous rassemble - « Dans le monde entier, quand un peuple arrive au fond, il remonte. Nous, quand on arrive au fond, on creuse. » Dans son dernier spectacle, l’humoriste kabyle Fellag nous raconte une fois encore les petites misères et mauvais travers du peuple berbère. Nés à Paris, Toulouse, Tizi Ouzou, Cayenne ou Québec, nous sommes immédiatement touchés. Pourquoi ? Tout simplement parce que nous sommes humains. C’est l’effet empathique de l’humour. Notre rire est une façon de dire : « Au-delà de nos différences, nous sommes tous semblables. Moi aussi, je suis comme ça, avec mes préjugés, mes croyances, mes faiblesses. » « L’humour incite à la réflexion sur soi, sur l’existence, sur l’humanité, précise le psychanalyste et psychothérapeute Moussa Nabati. C’est un moyen de communiquer, de désamorcer les conflits. » Dehors, la réalité est restée la même, mais nous, pour un petit moment, nous sommes plus tolérants, plus aimants. Moins égoïstes.


L’humour s’apprend à tout âge - Nous sommes inégaux face à l’humour. À ceux qui en sont dépourvus, les spécialistes des thérapies comportementales et cognitives (TCC) prescrivent des exercices consistant à imaginer des situations cocasses, insolites, là où justement le bât blesse – au bureau, à la maison, dans les relations amoureuses. Il s’agit d’apprendre à interpréter les événements autrement afin de prendre du recul. Le vieux conseil qui consiste à visualiser son patron constipé sur le siège des toilettes entre dans ce type de stratégie. Après un déjeuner familial houleux, au lieu d’ennuyer ses amis en leur narrant la dix-millième scène mélodramatique avec papa ou maman – ou les deux –, il sera par exemple plutôt conseillé de lancer le grand concours de qui a la mère la plus méchante ou le père le plus pervers. Une stratégie pour soulager ses tensions internes et « dénégativer », pour reprendre le mot de Frédéric Fanget, psychiatre et psychothérapeute praticien des TCC.


L’humour soigne le corps et l’esprit - Un bon mot doit produire un bel éclat de rire, sinon il a raté son but. Malheureusement, expliquer le mécanisme du rire est tout sauf amusant. Voici la description qu’en fait Jim Holt, journaliste américain, dans sa Petite Philosophie des blagues et autres facéties  : « Sur le plan physiologique, le rire est la contraction de quelque quinze muscles faciaux, et la stimulation conjointe des muscles de l’inspiration et de l’expiration, ce qui provoque des spasmes respiratoires et une explosion d’ordre phonique. » Nous savons désormais que cette expérience a des effets bénéfiques sur la santé : oxygénation du sang, diminution du stress, renforcement du système immunitaire et, bonne nouvelle, allongement de la durée de vie. « Le seul rival du rire comme pourvoyeur de bien-être et de plaisir est l’amour », assure le journaliste. Et si l’amour est aveugle et rend volontiers stupide, l’humour aiguise l’intelligence en modifiant le fonctionnement cérébral. Réjouis par un bon mot, « nous résolvons plus facilement nos problèmes, car l’hémisphère gauche du cerveau (raison, logique) est plus actif », explique le psychiatre Frédéric Rosenfeld. Mieux, selon Olivier Lockert, psychothérapeute, quand nous avons bien ri, « la plasticité du cerveau augmente, et de nouvelles connexions peuvent se produire ». En clair : l’humour réveille salutairement.


L’humour et la philosophie - Nous rendant plus souples psychiquement, l’humour facilite la communication. Aussi, « en Orient, les sages transmettent souvent leur enseignement en racontant une histoire drôle », nous apprend Moussa Nabati. Le philosophe Ludwig Wittgenstein rêvait d’un livre de philo entièrement composé de blagues. Les Américains Thomas Cathcart et Daniel Klein se sont efforcés de relever le défi . La thèse de ces deux diplômés de l’université Harvard : le mot d’esprit, comme la philosophie, subvertit le sens commun et permet de saisir certains concepts philosophiques. Voyons comment ils l’utilisent pour illustrer la notion aristotélicienne de telos (« finalité »), ce besoin psychologique universel d’imaginer que toute chose a un sens et que nos destinées sont écrites d’avance : « Madame Goldstein est au supermarché avec ses deux enfants. La caissière lui demande leur âge. “Le médecin a 6 ans ; l’avocate, 3 ans et demi.” » Une manière de dire que ses enfants sont nés pour exercer ces professions (et par là même de susciter sa fierté).

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Source : https://www.psychologies.com/Therapies/Developpement-personnel/Epanouissement/Articles-et-Dossiers/L-humour-une-vraie-therapie

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  • Le comique de scène ou ‘Stand-up’ comme thérapie par le rire - Wikipédia
    Le stand-up (abréviation française de l’anglais américain stand-up comedy, comique de scène, ou monologue comique) est un genre comique où un humoriste seul, sans décor, sans accessoire, brise le « quatrième mur » en prenant l’auditoire à témoin des histoires qui lui sont arrivées. Cette forme de numéro, qui se pratique en solo (parfois pour tout le spectacle, on parle alors de one-man-show), est apparue à la fin du XIXe siècle dans les cabarets en France et aux États-Unis.

Historique - Le monologue comique, ou stand-up comedy en anglais, est né à la fin du XIXe siècle. Par exemple, Les Réformes, monologue comique de Georges Feydeau, a été écrit en 18851. Initialement numéro de cabaret et de music-hall, il s’agit de sketches, de histoires drôles à base de situations quotidiennes, qui mettent souvent en scène des situations prétendument vécues.

Le monologue sur scène a peu évolué jusque dans ces années 1950, quand une nouvelle vague de comiques a fait son apparition en rejetant le style convenu de leurs prédécesseurs. Mort Sahl en est le fer de lance ; il se livre sur scène à une satire sociale à partir de sujets d’actualité, en improvisant, avec pour seuls accessoires un tabouret et un journal.

Le genre prend un nouvel essor à New York dans les années 1960-1970, lorsque des comédiens comme Lenny Bruce repoussent les limites de la bienséance en abordant des sujets politiques, raciaux et sexuels. Inspiré par ce style acerbe, Richard Pryor est alors la figure emblématique de la ’stand-up comedy’ et de la contre-culture américaine.

Voir l’article complet sur ce site : https://fr.wikipedia.org/wiki/Stand-up

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  • Le ‘stand-up’ au Liban, thérapie par le rire après une année infernale - Par AFP - Publié le 20/12/2020 à 09:25, mis à jour à 11:31 – Document ‘lexpress.fr’ - Actualité Monde
    Beyrouth - Un dealer qui veut émigrer au Canada, les aléas de la drague à l’ère du coronavirus. Au Liban en crise, le stand-up brise les tabous et offre un rire thérapeutique après une année cauchemardesque.

Photo - La stand-uppeuse Lama Chmayaa lors d’une soirée organisée par ’Awk.word’ à KED à Beyrouth le 15 décembre 2020 afp.com/JOSEPH EID

Dans une salle de spectacle coincée entre une autoroute et des entrepôts, entre deux quartiers ravagés par l’explosion meurtrière du 4 août au port de Beyrouth, les rires fusent et l’humour met du baume au coeur, malgré l’effondrement économique, malgré le Covid-19 et le confinement, malgré les traumatismes. 

La situation est tellement merdique que même le marché aux puces fait 50% de réduction sur tout’, lance l’humoriste Nicolas Tawk. 

En ce soir pluvieux de décembre, une dizaine d’humoristes se succèdent. L’évènement est organisé par Awk.word, comedy club ayant contribué à populariser le stand-up underground ces trois dernières années. 

Accompagné d’une guitare, un duo chante les désillusions des Libanais sur l’air de ’I will survive’, quand il ne raconte pas les aléas de la vie nocturne en pleine pandémie. 

Lève-toi qu’on danse jeune fille, mais attend que je désinfecte mes mains. Ne me fais pas une crise, je vais mettre mon masque’, fredonne le duo devant un public ravi qui a reconnu les notes d’une chanson populaire. 

Salace, délicieusement irrévérencieux et incisif, le stand-up a le vent en poupe au Liban. 

Dans un pays multiconfessionnel toujours profondément divisé après la guerre civile de 1975-1990, les artistes décortiquent le communautarisme, la société et ses hypocrisies, mais aussi les manquements de la classe politique, inchangée depuis des décennies, accusée de corruption et d’incompétence. 

 ’Exutoire’ - 

Même si c’est un exutoire, on rappelle aux gens (...) pourquoi ils sont fâchés’, souligne Nour Hajjar, maître de cérémonie. 

Sur scène, il raconte avec un rire communicatif l’histoire de son dealer qui veut s’installer au Canada. 

Voila à quel point la situation est merdique : quand celui qui vend de la drogue te dit +Mec y’a plus de marché+’, lance le jeune homme de 28 ans aux yeux rieurs, ses cheveux en bataille. 

Car l’année écoulée aura été infernale. 

D’abord avec les espoirs déçus du soulèvement populaire d’octobre 2019, puis la dépréciation historique de la livre libanaise, les licenciements en masse et les restrictions bancaires sur les retraits 

Mario Moubarak, guichetier de banque, a fini par démissionner. Son expérience et la mauvaise réputation des établissements financiers, accusées de recel, nourrissent désormais ses sketchs, à grand renfort d’humour noir. 

Face à une religieuse souhaitant retirer des dollars pour son neveu malade, on ne peut rien faire, sauf lui conseiller une petite prière, raconte-t-il. 

Les gens veulent rire (...) Il faut bien avoir un exutoire. On a traversé des peines, des tragédies et ce n’est pas fini’, confie à l’AFP le jeune homme de 27 ans. 

- ’Du Xanax’ -

C’est comme du Xanax’, renchérit Shaden, véritable phénomène sur les réseaux sociaux, mettant en avant le nécessaire engagement politique et l’obligation d’ouvrir certains débats épineux. 

Généreuse en ironie mordante et en jurons imagés, elle fustige sur scène l’incurie des dirigeants. ’Avec le soulèvement du 17 octobre, il fallait casser l’image divine du système’, explique-t-elle. 

Elle reconnaît que dans un pays miné par la corruption, aux services publics en déliquescence, tout peut être source d’inspiration. ’Au Liban rien ne va. Tout a besoin d’être réparé, il y a un million de trucs, il faut parler de tout.’ 

Militante pour les droits des femmes et de la communauté LGBTQ+ dans une société largement conservatrice, elle tourne en dérision le patriarcat et le machisme. 

La société a mis de nombreuses barrières sur le chemin des femmes, nous devons les briser’, ajoute-t-elle. ’Aujourd’hui, quand on parle de sexe (sur scène), c’est aussi pour dire que la femme a une voix.’ 

Traiter l’explosion traumatisante du 4 août ? Trop tôt, reconnaissent les stand-uppers, même si certains, au détour d’une phrase, font allusion à la charge émotionnelle, non sans humour. 

Pour le reste —sexe, religions ou communautés—, ils jonglent avec les lignes rouges. 

C’est du défoulement pur, ils disent ce qui ne se dit pas normalement’, se réjouit dans le public Joëlle Jabbour. 

Ca fait partie de leur quotidien et du nôtre’, poursuit cette architecte d’intérieur de 24 ans. ’C’est drôle, donc facile à écouter. Mais dur en même temps, car ce sont d’amères vérités au sujet du Liban’, ajoute-t-elle, pendant la pause clope de ses amis. 

Rire de ce qui rend triste, ça allège un peu.’ 

L’Express - Actualités Politique, Monde, Economie et Culture

Alain Weill défend son projet pour L’Express | Offremedia

Source : https://www.lexpress.fr/actualites/1/monde/le-stand-up-au-liban-therapie-par-le-rire-apres-une-annee-infernale_2141176.html

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  • Liban - A Beyrouth, le rire comme thérapie - ParHélène Sallon (Beyrouth, correspondante) Publié le 28/08/2022 à 06h00, mis à jour à 06h00 – Article complet réservé aux abonnés ‘Le Monde’
    Reportage - Une génération montante de ‘stand-upeur’s libanais apporte chaque soir un peu de légèreté dans un pays rongé par les tragédies, où le temps s’est arrêté en août 2020 avec la double explosion du port de Beyrouth. Corruption, sexualité, ils s’attaquent aux tabous d’une société corsetée, dans la foulée du soulèvement populaire de 2019.

Les mots fusent, claquent, sans compromission et sans filtre, sur la scène de KED, une salle de spectacle dans la zone industrielle de la Quarantaine, à Beyrouth. Seule en piste, Shaden Fakih tient l’assistance, forte en gueule, imposante. Rien ne résiste à son regard critique, à sa langue acérée : les luttes intestines entre politiciens, le communautarisme étriqué, le conservatisme religieux et le patriarcat, les tabous de l’homosexualité ou de la sexualité féminine.

Avec un humour décapant, volontairement choquant, la jeune femme déballe ses histoires et ses luttes personnelles pour mieux épingler les travers et les hypocrisies de la société libanaise et de ses dirigeants. Tout le monde en prend pour son grade. Les spectateurs sont pris à partie. Ils ont été prévenus : « Si vous êtes facilement offensé, ce spectacle n’est pas pour vous », assène un carton posé sur les tables.

Lire aussi Article réservé à nos abonnés « Les dirigeants politiques se contentent de gérer une crise à laquelle s’adaptent les Libanais sans vraie volonté de changement »

Le public est justement venu pour cela, déjà conquis ou simplement curieux du phénomène Shaden. Quatre amis dans la vingtaine ont fait deux heures de route depuis Tripoli, au nord. Une table de jeunes quadras de Beyrouth, toutes apprêtées, rit aux avances que leur fait la comédienne. Les hommes de la table voisine ont mis un peu plus de temps à se dérider. Les éclats de rire montent crescendo, comme les applaudissements.

Un exutoire pour les jeunes

A 30 ans, Shaden Fakih est l’une des stars de la jeune scène du stand-up au Liban. « C’est une scène dominée par les hommes, ici comme ailleurs, explique-t-elle. Je ne connais que deux femmes qui font du stand-up au Moyen-Orient : l’une d’elles, c’est moi ! Mais beaucoup de jeunes femmes commencent à monter sur scène, à parler de tout, c’est incroyable de voir ça alors que la majorité de la population libanaise est toujours aussi conservatrice. »

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Photo - Son visage attire les enfants comme un aimant tant elle respire le bonheur. Sabine Choucair joue au clown dans diverses circonstances et excelle en racontant les histoires. Elle connaît parfaitement la thérapie sociale et a fait parler d’elle récemment au Reading Festival de Sharjah. Zoom sur une jeune femme qui croque la vie à pleines dents.
Photo - A l’occasion, des activités culturelles intitulées « Le rire comme guérisseur » : démontrons aux enfants l’importance du rire, la jeune femme a expliqué comment le rire peut jouer un rôle vital dans le développement psychologique de l’enfant. Au sein des communautés marginalisées, il a même des pouvoirs guérisseurs pour les enfants vivant dans des conditions difficiles. Choucair a de l’expérience dans ce domaine. Elle est très impliquée au Liban et dans d’autres pays dans des activités destinées aux enfants vivant dans des camps de réfugiés, dans des villages pauvres…

Elle se déplace ainsi dans des pays comme le Cameroun afin d’aider les gens à surmonter leur dépendance par le rire, ou encore au Maroc, en Jordanie, en Inde, à Chypre. Dans tous ces pays, elle utilise plusieurs techniques. Avec son pseudo « Flower Fairy », elle joue au clown, se déguise, porte des masques, met de la musique, bouge grâce à divers mouvements. Mais ce n’est pas tout puisqu’elle use aussi des jeux de rôle. Elle raconte des histoires sur le thème des valeurs telles que le travail en équipe, le règlement des problèmes et aide à faire les bons choix en matière de santé. Au cours de ce festival organisé dans les Emirats arabes, elle a réalisé des séances de contes, mais elle s’est surtout refusé d’agir d’une manière classique en conférencière. Elle a choisi dans son intervention une approche interactive en demandant au public de se lever et de faire un exercice avec la personne qui se trouve à ses côtés. Elle a voulu précisément que chacun s’exprime à sa façon lorsqu’elle propose des scénarios particuliers, imaginaires. Ce qui a entraîné presque tout le monde à exercer des grimaces. Des rires qui démontrent l’étendue du talent de Sabine Choucair qui n’a pas fini de nous subjuguer qu’on soit petits ou grands.

Autrice : Pauline Mouhanna

Pour plus d’informations sur Sabine Choucair, se rendre sur ce site Internet : http://sabinechoucair.blogspot.com/ Bio en bref - Diplômée en théâtre de l’Université libanaise, Sabine Choucair a également effectué des études à Londres notamment au sein de l’International School of Performing Arts (Lispa) and Desmond Jones School of Mime. Elle est aussi diplômée en thérapie sociale de l’East Side Institute de New York. Choucair est membre de sociétés internationales telles que « Theatre Amoeba » et « Infectious Theatre ». Elle est aussi fondatrice de Clown Me In (www.clownmein.com).

Magazine Le Mensuel

Source : https://magazine.com.lb/2014/05/15/sabine-choucair-et-si-on-riait-pour-se-soigner/

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NB. Voir les photos citées dans cet article > à la source

Photo - Sabine Choucair lors d’une répétition d’une pièce pour inciter les réfugiés syriens à scolariser leurs enfants pour son projet La Caravane - (c) Mélinda Trochu

Beaucoup d’enfants rêvent de devenir clown. Sabine Choucair rêvait d’être actrice. Elle est devenue une clowne engagée. L’un de ses derniers projets de théâtre de rue, ’la caravane’ vise à désamorcer les préjugés que subissent les réfugiés syriens au Liban. Rencontre avec une clowne globe-trotteuse qui a su transformer ses larmes d’enfants en rires pour les grands.

Dans le quartier de Sin El Fil, à Beyrouth, six acteurs se débattent autour d’une grande toile en plastique sous les yeux de trois femmes. L’une d’entre elles, Sabine Choucair, aime à les diriger dans les trois langues, arabe, anglais, français. La pièce raconte des rêves d’enfants et vise à encourager les réfugiés syriens à scolariser leurs jeunes.

A 34 ans,Sabine Choucair enchaîne les projets. Mais c’est sa ’Caravane’, une performance contre les préjugés vis-à-vis des réfugiés syriens, qui emporte tous les suffrages. Début juin 2017, elle recevait une bourse de la Fondation culturelle européenne (un établissement fondé en 1954 par le philosophe Denis de Rougemont), de quoi continuer à faire avancersa petite entreprise, y compris en Europe à la rencontre d’autres réfugiés.

Photo - Clown, une vocation et une thérapie. Sabine Choucair est la deuxième en partant de la gauche - DR Sabina Choucair

Clown, une vocation et une thérapie - La clowne libanaise déroule une histoire peu ordinaire. Découverte à l’âge de sept ans grâce à un concours de déclamation de poésie, la petite libanaise s’épanouit sous les lumières de Télé Liban avec délectation. ’C’était un vrai rêve’ s’émerveille-t-elle encore. D’expériences en expériences, la jeune femme finit par faire des études de théâtre à Beyrouth.

’J’aimais bien le théâtre corporel alors je suis allée à Londres pour faire une école de mime.’ Déception. Cet art l’ennuie. ’Moi je voulais raconter des histoires. C’est un art très beau, oui, mais aussi un langage limitant pour moi.’ Place alors à l’école Lecoq, toujours à Londres, et à la révélation : elle sera clown. ’Le clown c’est quelqu’un de vulnérable, il incarne ton histoire personnelle. Cette découverte a été l’apogée de mes années de recherche. Ça m’a complètement changée, vraiment touchée.’ Son personnage révèle ses souvenirs de la guerre civile, elle qui a changé 13 fois de maison et qui avait des amis imaginaires. ’J’ai été très chanceuse tout de même, je n’étais pas en danger tout le temps.’

Le clown que s’invente Sabine, est militaire, parano et devient une thérapie. ’Je me suis dit si ça m’a fait du bien alors je veux faire ça avec les gens.’ A l’été 2006, elle doit rentrer au Liban mais reste bloquée à Londres à cause du début de la guerre avec Israël. D’une guerre à l’autre. Inlassablement. Depuis cette date, elle fait le clown, dans la vie professionnelle comme personnelle. Mais les débuts ont été difficiles. ’J’ai contacté 70 ONG et écoles à mon retour de Londres et personne ne m’a rappelée sauf Save The Children. Ils m’ont donné une chance. A cette époque, j’étais la seule clown et je galérais toute seule.’

Photo -’Je me suis dit si ça m’a fait du bien alors je veux faire ça avec les gens.’ Sabine Choucair sait qu’elle a réussi, quand les enfants réfugiés rient aux éclats - DR Sabine Choucair

« Je crois beaucoup aux femmes. Pour moi, ce sont elles qui changent la vie » - Sabine Choucair, clown

Petit à petit, elle fait son chemin. Sur les routes du monde, en Inde, au Brésil, au Mexique, aux États-Unis, au Maroc, au Canada, etc. Et auprès des délaissés. Les oubliés des camps palestiniens, les Irakiens, les indigènes du Brésil, les intouchables d’Inde, les femmes libanaises et syriennes. ’Je crois beaucoup aux femmes. Pour moi, ce sont elles qui changent la vie. J’ai beaucoup travaillé avec les syriennes. Elles sont très immobiles au début à cause de leur culture. Mais dès qu’elles se sentent bien, elles bougent librement. Elles parlent de tout même du très intime, elles s’en foutent carrément.’

Au camp de Zaatari, en Jordanie, Sabine a passé neuf mois avec douze groupes de femmes pour les aider à identifier des solutions à leurs problèmes. Un groupe a trouvé une tente pour en faire une salle de gym. Un autre a organisé des séances hebdomadaires pour que les maris jouent au backgammon ou au ping-pong afin de relâcher la pression dans leur vie de réfugié. ’Les femmes trouvent des solutions et les exécutent. C’est ce qui est beau. Elles agissent.’

Photo - Répétition d’une pièce dans laquelle Sabine Choucair veut inciter les réfugiés syriens à scolariser leurs enfants - (c) Melinda Trochu

Avec son dernier projet, ’la caravane’, Sabine a voulu permettre aux Syriens de raconter leurs histoires. ’Le Liban et la Syrie ont une histoire en commun, on s’aime, on se déteste. La moitié des Libanais aiment les Syriens et l’autre moitié non. Aujourd’hui, même la moitié qui aime les Syriens n’en peut plus. On a 1,7 million de réfugiés syriens c’est énorme...’ La clown sent les discriminations monter et décide alors d’embarquer six acteurs sur les routes pour plus de quarante représentations au Liban. Les acteurs : des réfugiés syriens mais aussi des professionnels qui eux peuvent se produire à l’étranger (ils se sont rendus notamment en Tunisie). Sabine Choucair espère maintenant emmener sa caravane en Europe.

« Dans le spectacle, une femme explique également comment sa vie sexuelle a changé depuis son exil » - Sabine Choucair

’Pendant les représentations, j’ai senti que personne ne veut que la guerre revienne au Liban. La mémoire de la guerre civile est encore là. Beaucoup de spectateurs pleurent pendant le spectacle car il se souviennent de ce que veut dire vivre la guerre.’ Les histoires vraies collectées, bien que personnelles ont une résonance universelle. ’Il y a une histoire qui parle d’un bébé syrien décédé qui n’a pas pu être enterré légalement faute de place ici au Liban... Ses parents ont dû l’enterrer au milieu de la nuit, en cachette. Dans le spectacle, une femme explique également comment sa vie sexuelle a changé depuis son exil. Elle passe son temps à trouver des astuces pour pouvoir faire l’amour avec son mari. Cela touche les gens. Car les réfugiés sont des êtres humains comme les autres qui ont des envies sexuelles.’

Photo - Avec son dernier projet, ’la caravane’, Sabine a voulu permettre aux Syriens de raconter leurs histoires - (c) Melinda Trochu

Le rejet des réfugiés syriens bousculé par La Caravane

Mais au passage de la caravane, les réactions sont parfois négatives. ’Honnêtement je m’attendais à en avoir plus. J’ai été agréablement surprise. On a fait des spectacles dans des villages qui détestent les Syriens et pourtant ils sont touchés. Cela ouvre un espace de communication plus doux. Une fois tout de même, dans un souk de la Bekaa, un homme m’a demandé rudement qui leur avait donné la permission d’être là...’

Chaque matin, la clown se balade sur la corniche de Beyrouth, cinq à six hula hoop à la main. Un hobby improbable pour une femme qui ne dort que cinq heures par nuit. ’C’est le seul moment de la journée où je suis pas sur mon téléphone, ou en répét. Je regarde les gens, la mer et les idées me viennent. C’est très important pour moi.’ Constamment en voyage, en mouvement, Sabine Choucair assume son rythme effréné et savoure chaque instant de son rêve. ’Partout, je reste la même clown, mais les gens me reçoivent de manière différente. Aux États-Unis, ils ont peur des clowns. Au Mexique, ils sont ouverts, isl connaissent cet art. Au Liban, c’est un peu plus difficile car on a beaucoup de tabous.’

La jeune femme conclut : ’Pour trouver son clown, il faut accepter d’être vulnérable. Quand tu es clown, tu stresses sur des choses moches et tu dois les exposer. Ça prend du temps pour accepter ses failles.’ La liberté par le clown, un chemin exigeant mais qui en vaut ses peines.

Pour avoir une idée du travail de Sabine Choucair in situ, avec les réfugiés syriens, vous pouvez regarder la vidéo ci-dessous (en arabe)...

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Source : https://information.tv5monde.com/terriennes/la-libanaise-sabine-choucair-fait-la-clown-pour-les-refugies-syriens-177101

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  • Liban - Shaden Fakih brise les tabous avec le rire – Vidéo 2:04 - 22 janvier 2022 - TV5MONDE Info
    [Reportage / Liban] - L’art du stand-up au Liban dispose de sa chaîne YouTube : Awkword Comedy. Les humoristes s’inspirent du chaos général (chute de la monnaie, pénuries, coupures d’électricité et crise politique) et des tabous de la société pour leurs sketches. Rencontre avec l’une d’elles : Shaden Fakih. Reportage à Beyrouth de Wissam Charaf. TV5 Monde est une chaîne du service public français.

Source : https://www.youtube.com/watch?v=cR0Dtn6Nqfc

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  • Liban - Pour Nour Hajjar, la scène est un « pur bonheur  » - OLJ / Patricia KHODER, le 30 juin 2022 à 00h00 – Document ‘lorientlejour.com’
    Comédien de stand-up et auteur satirique, son dernier spectacle a déjà rassemblé 10.000 spectateurs.

Photo - Nour Hajjar, une bonne bouille et un beau sourire. Photo DR

Il a une bonne bouille et un beau sourire. Nour Hajjar, trente ans, a commencé la stand-up comedy quand il était à l’université. « Depuis tout petit, je voulais faire ce métier. C’était un rêve, jusqu’au jour où j’ai découvert le club de comédie de la ville où j’habitais. Pour moi, c’était du pur bonheur », confie le comique.

C’était en 2015, et Nour était alors étudiant à Wageningen, aux Pays-Bas, où il préparait un master en sciences alimentaires, après avoir décroché un diplôme en sciences environnementales de l’Université américaine de Beyrouth.

Se souvenant de cette première soirée sur les planches, il raconte : « Je suis monté sur scène et j’ai réussi à faire rire l’audience. Je parlais de ma vie d’étudiant, de mes racines arabes, de mon quotidien aux Pays-Bas, du clash culturel. Parmi les spectateurs, il y avait des chercheurs de talents qui m’ont invité à me produire dans plusieurs endroits à Amsterdam. » Son diplôme en poche, il rentre au Liban en 2017 où il commence à travailler dans sa spécialisation, décrochant des contrats de courte durée. Parallèlement, il monte sur les planches avec d’autres comédiens de stand-up. « Il fallait que je me mette à écrire mes sketches en arabe », dit-il. Nour Hajjar se fait vite connaître dans les milieux des comédiens libanais, et dans le domaine de l’écriture et de l’humour satiriques. L’année suivante, il découvre l’initiative Awk Word et rencontre d’autres comédiens qui partagent un même sens de l’humour. « Le groupe, qui rassemble aujourd’hui de nombreux comédiens, donne la chance aux jeunes talents de se produire devant un public une fois par semaine en les invitant à monter sur scène. » Et c’est « carton plein » à chaque spectacle.

Le spectacle que Nour Hajjar présente aujourd’hui à Metro el-Madina et à KED fait toujours salle comble et a déjà rassemblé 10 000 spectateurs. Intitulé Serpents et échelles, comme le fameux jeu de société, il est divisé en trois thèmes : la famille et les amis, la situation socio-économique, et la religion et les extraterrestres.

Photo - Nour Hajjar, une bonne bouille et un beau sourire. Photo DR

Veste et soucoupe volante - Sur scène, il déclare, le sourire aux lèvres : « Si les extraterrestres venaient au Liban, j’espère qu’ils n’atterriront pas à Chiyah. La première question que les habitants leurs poseraient : “Est-elle à vendre ? Est-ce que la soucoupe volante est à vendre ?” »

Nour Hajjar imagine ensuite qu’ils la donnent à un voiturier qui ne saurait pas comment garer un véhicule rond. Dans ses sketches, sa mère occupe une place importante aussi. Il raconte ainsi l’attachement qu’elle a au port d’une veste. « Elle veut à tout prix que je mette une veste. Elle n’arrête jamais de répéter : “Mets ta veste”, même si je veux prendre ma douche, même s’il fait 40 degrés dehors et qu’on peut faire frire des œufs sur l’asphalte tellement il fait chaud. » Il enchaîne : « Quand j’étais petit, je détestais recevoir mes amis à la maison car je ne reconnaissais plus ma mère, elle changeait de voix et cela me terrorisait ! » Parlant de ses voyages, il évoque aéroports et avions : « Les enfants sont inutiles à bord des avions, le capitaine a besoin en cas d’urgence d’un médecin, il ne dira par exemple jamais : j’ai besoin de quelqu’un qui puisse vomir trois fois d’affilée ». Nour Hajjar veut vivre de ses ‘stand-up comedies et de sa plume. Il a écrit pour plusieurs programmes satiriques, dont BBCHI, conçu par le cinéaste et photographe Salam Zaatari et présenté sur la LBCI. « Écrire pour quelqu’un d’autre est un exercice difficile, un véritable défi, surtout quand on monte aussi son propre spectacle. Il faut faire en sorte de préserver l’identité de ses propres comédies. Pour la télévision, si c’est pour un programme satirique, il y a un format à suivre.

Pour la ‘stand-up comedy’, nous parlons de nous-mêmes, de notre propre expérience, et, surtout, il faut préserver la spontanéité sur scène et garder notre particularité, notre signature. Quand on écrit pour les autres, on leur sert ce qu’ils veulent, ce qu’ils aiment. Tout à fait comme si on faisait la cuisine pour quelqu’un d’autre et pas pour soi », explique Nour Hajjar. « Pour la ‘stand-up comedy’, on n’apprend pas l’écriture comme pour une pièce de théâtre. On apprend sur le tas, en regardant les autres et nos propres erreurs surtout », ajoute-t-il, se souvenant de certains sketches où il n’a pas réussi à faire rire le public. « Cela arrive parfois quand je fais de nouvelles anecdotes et qu’il n’arrive pas à s’y identifier », observe-t-il modestement et confiant qu’en ces moments là, il quitte le théâtre triste. « Le pire sentiment est de ne pas faire rire les gens. On se sent fondre sur scène. C’est comme si quelqu’un a chassé le bonheur de la salle », regrette-t-il.

Perfectionniste et talentueux, Nour Hajjar n’a heureusement pas dû faire souvent face à cette situation. Aujourd’hui, il vit de son art, de l’écriture et de ses spectacles. « Au Liban, il y a des tonnes de sujets et de situations qu’on peut exploiter pour la stand-up comedy. Et puis, je ne peux pas m’imaginer faire autre chose, je serai malheureux. » Et c’est ce que son public ne souhaite pas.

L’Orient-Le Jour

Littéraire - L’Orient-Le Jour

Source : https://www.lorientlejour.com/article/1304284/pour-nour-hajjar-la-scene-est-un-pur-bonheur-.html

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Introduction

Si peu d’auteurs contestent l’utilité de l’observation de l’humour du patient au niveau de l’évaluation diagnostique par le psychiatre et le psychothérapeute, il y a en revanche une controverse au niveau de son utilisation dans un but psychothérapeutique. Pourtant l’humour est utilisé entre autres au niveau de la prise en charge des patients cancéreux (Joshua et al., 2005), mais aussi en pédiatrie, où l’on a vu apparaître les fameux « cliniclowns » depuis quelques années (Martin, 2004, p. 2). Si l’humour est utile pour alléger la souffrance de ces patients-là, pourquoi ne le serait-il pas dans le cadre de la psychothérapie ?

En étudiant les mécanismes de développement de l’humour, plusieurs points communs nous sont apparus avec le recadrage, l’un des outils psychothérapeutiques systémiques, considéré par Elkaïm (2001, p. 212) comme « l’un des outils les plus fréquemment utilisés par les thérapeutes systémiques ». Janne et Dessoy (1999, p. 276) en font eux aussi l’« une des clés de voûte de l’intervention systémique clinique ». Cade (1992, p. 163) va même plus loin en disant que le recadrage est « la seule opération la plus basique et nécessaire dans le processus de changement et donc de toute thérapie. » Nous postulons ici que l’humour est une forme de recadrage, et qu’il a donc sa place à ce titre au sein de l’entretien psychothérapeutique.

D’abord, nous allons définir humour et recadrage. Ensuite, les points communs entre ces deux notions seront analysés. Nous tenterons d’établir les particularités propres à l’humour, permettant d’en faire un outil différent du recadrage. Enfin, nous discuterons plusieurs points de détail permettant d’éclaircir l’utilisation potentielle de l’humour dans l’entretien avec les patients.

Définitions

Définition de l’humour

Le lecteur qui aborde le thème de l’humour est rapidement confronté à la multiplicité des sous-types d’humour, ce qui peut provoquer une certaine désorientation quant à sa définition. Notons d’emblée, sans classification et dans le désordre : l’humour de situation, d’autodérision, de second degré, de jeux de mots ; l’humour pince-sans-rire, absurde, décapant, noir, grinçant, hostile, sarcastique, méprisant, féroce ; l’humour de mauvais goût, touchant aux tabous sexuel, scatologique ; l’humour verbal et non verbal…

Chacun peut en outre remarquer les différences parfois subtiles entre les types d’humour attribués aux différentes nationalités : l’humour anglais, juif, belge,… et noter que chaque pays, chaque société, comme, à une autre échelle, chaque famille (et, probablement, chaque système, tout simplement) a sa manière spécifique de faire de l’humour, de rire des choses et de soi. L’humour, comme il est un trait de la personnalité de chacun au niveau individuel (Martin, 2004, p. 2), ferait donc partie des éléments qui constituent la personnalité de chaque système.

Le premier problème posé est donc celui de sa définition, comme le notent de nombreux auteurs (entre autres Marci, 2004, p. 690 ; Martin, 2004, p. 3). Qu’entend-on précisément par « humour » ? Nous allons dès lors reprendre les définitions du dictionnaire Le Nouveau Petit Robert (Rey-Debove J., Rey A., 2004), en différenciant l’humour de la moquerie, de l’ironie, de la dérision et du sarcasme. Ensuite, nous rappellerons la définition de l’humour en tant que mécanisme de défense individuel contre les facteurs de stress, tel que décrit dans le DSM IV.

Selon le Petit Robert (2004), l’humour est cette « forme d’esprit qui consiste à présenter la réalité de manière à en dégager les aspects plaisants et insolites ». L’humour est donc ce point de vue particulier sur le monde qui nous entoure [2]. Le dictionnaire renvoie au mot esprit, dont l’une des significations est en relation avec le mot humour : « Vivacité piquante de l’esprit ; ingéniosité dans la façon de concevoir et d’exposer quelque chose. ». Le mot d’esprit est une « parole drôle et spirituelle » et est « fondé sur des jeux de mots » (Szafran, 1994, p. 78). L’adjectif comique signifie « qui provoque le rire » (Petit Robert). Une blague est une « […] histoire imaginée à laquelle on essaie de faire croire ».

Citons toujours le dictionnaire : se moquer correspond à « 1° tourner en ridicule, […] voir rire (de) […] ; 2° Ne pas se soucier, ne pas faire cas de (quelqu’un, quelque chose) […] voir dédaigner, se désintéresser, mépriser […] ; 3° tromper ou essayer de tromper quelqu’un avec désinvolture ». Pour plus de clarté encore : l’ironie est cette « manière de se moquer (de quelqu’un ou de quelque chose) en disant le contraire de ce qu’on veut faire entendre ». La dérision est un « mépris qui incite à rire, à se moquer de (quelque chose, quelqu’un) ». Le sarcasme est une « ironie, raillerie insultante ».

Au niveau de l’entretien psychothérapeutique, il est essentiel de différencier l’humour (tel que défini par le Petit Robert) de tout ce qui se rapproche de l’agression. Cela consiste à séparer ce qui correspond à rire avec le patient/la famille, humour joyeux, qui se réjouit d’un moment partagé ensemble, de ce qui correspond à rire du patient/de la famille, dans une attitude agressive qui tient du manque de respect, du mépris, etc.

Afin d’illustrer ce point, nous pouvons enfin citer le philosophe A. Comte-Sponville (1995, pp. 290,279 et 282), qui rassemble ces comportements agressifs sous le terme d’ironie : « Quand [l’esprit] se moque de ce qu’il déteste ou méprise, c’est de l’ironie. Quand il se moque de ce qu’il aime ou estime, c’est de l’humour. » ; « L’ironie n’est pas une vertu, c’est une arme – tournée, presque toujours, contre autrui. C’est le rire mauvais, sarcastique, destructeur, le rire de la moquerie, […] », et : « L’ironie blesse ; l’humour guérit. L’ironie peut tuer ; l’humour aide à vivre. L’ironie veut dominer ; l’humour libère. L’ironie est impitoyable ; l’humour est miséricordieux. L’ironie est humiliante ; l’humour est humble. »

Le DSM IV (1996, p. 880) définit l’humour en tant que mécanisme de défense individuel de la manière suivante : « Humour : mécanisme par lequel le sujet répond aux conflits émotionnels ou aux facteurs de stress internes ou externes en faisant ressortir les aspects amusants ou ironiques du conflit ou des facteurs de stress. » Il place ce mécanisme de défense parmi les plus efficaces, au niveau « adaptatif élevé », « assurant une adaptation optimale aux facteurs de stress », où « les défenses habituellement impliquées accroissent la gratification et autorisent la perception consciente des sentiments, des idées, ainsi que leurs conséquences. Elles réalisent ainsi un équilibre optimal entre les différents motifs conflictuels » (ibidem, pp. 875-876). L’humour se situe ainsi dans le groupe des mécanismes de défense qui comprend l’anticipation, la capacité de recours à autrui, l’altruisme, l’affirmation de soi, l’auto-observa-tion, la sublimation et la répression.

Définition du recadrage

Nous proposons la définition suivante : le recadrage est la transmission d’un point de vue différent entre deux personnes à propos d’une situation clinique [3]. Elle emprunte les voies verbale et non verbale, et inclut la qualité spécifique de la relation établie entre les protagonistes. Son efficacité est déterminée par le vécu, par la manière dont les personnes font l’expérience de leur situation. Cette intervention a pour but de permettre à celui qui la reçoit de choisir le sens qu’il désire attribuer aux événements, afin qu’il puisse envisager la plus grande diversité de comportements possibles à leur apporter comme suite, et faire un choix plus libre du comportement qui lui convient. [4]

Watzlawick, Weakland et Fisch (1975, cités par Elkaïm, 2001, pp. 63-64) proposent quant à eux que : Recadrer signifie donc modifier le contexte conceptuel et/ou émotionnel d’une situation, ou le point de vue selon lequel elle est vécue, en la plaçant dans un autre cadre, qui correspond aussi bien, ou même mieux, aux « faits » de cette situation concrète, dont le sens, par conséquent, change complètement.

Elkaïm (2001) en précise quant à lui les objectifs, tout en reprenant le concept de point de vue, sous la forme de vision ou de lecture de la situation. Il insiste sur le vécu que les patients ont de leur situation, qui peut être modifié par un recadrage : « Pour moi, il est important que le thérapeute ne donne au recadrage qu’une valeur opératoire. Le saut que permet ce type d’intervention n’a d’utilité que s’il offre une autre lecture de la situation, ouvre d’autres possibles » (p. 213). Plus loin : « … je ne cherche qu’à offrir un vécu différent : j’espère simplement que ce vécu libérera de nouveaux possibles qui permettront à l’ensemble des membres du système thérapeutique de changer ; si cela se produit, l’intervention aura été opératoire, mais ce qui aura été dit n’en sera pas “vrai” pour autant » (p. 213). En résumé : « Quand je rencontre un couple ou une famille, mon objectif principal n’est pas tant de comprendre ce qui se passe dans la réalité que d’élaborer une vision des problèmes qui permette aux personnes avec lesquelles je travaille d’élargir le champ de leurs possibles. C’est grâce aux intersections entre différentes constructions du réel qu’un changement peut survenir » (p. 27).

Elkaïm est ici rejoint par Ausloos (1995, p. 74) quand il dit que « “Les raisons du problème avancées par la famille sont par définition non pertinentes”, puisque ces raisons, bien qu’identifiées, n’ont pas permis de déboucher sur d’autres solutions que le symptôme avancé. Le thérapeute n’aura donc rien à gagner à retravailler avec la famille sur ce qu’on peut considérer comme une voie sans issue. »

Ausloos insiste sur la nécessité pour le thérapeute de ne pas adopter la vision du problème qu’a la famille : Ce qu’ils croient être la cause, la raison, le motif du problème correspond à la vision qu’ils en ont. Et c’est précisément cette vision – les Américains diraient leur épistémologie – qui les empêche de résoudre le problème. Si le thérapeute se laisse allécher par le sujet proposé, il risque lui aussi de se perdre dans une voie sans issue, aussi séduisante soit-elle (p. 77).

Andolfi et al. (1982) se situent dans la même optique puisqu’ils y consacrent un chapitre entier, intitulé « La redéfinition, matrice du changement. » Ils disent que « c’est parce que le thérapeute fait une lecture différente des rôles qui ont été attribués à chacun qu’il peut redéfinir le problème qui a amené la famille en thérapie » (p. 40) et que « le changement s’effectue dans ce travail incessant accompli par chacun pour se situer par rapport à la définition que le thérapeute a pu donner » (p. 34). Car « ce qui importe ce ne sont pas les événements en eux-mêmes, ni l’ordre chronologique dans lequel ils s’insèrent, c’est l’interprétation que chacun en donne, ses propres besoins, les fonctions qu’il assume, la signification de certains de ces événements dans le cycle vital de la famille » (p. 24). La prise de perspective, modifiant le vécu de la situation, permet un changement dans les positions respectives des membres du système (Minuchin, 2002, p. 30).

Napier et Whitaker (1980, p. 51) tentent, dès les premiers entretiens, de « comprendre ce qui se passe dans la famille et de lui communiquer quelques-unes de nos idées, essayant en fait de lui faire adopter notre “réinterprétation” de son dilemme ». La redéfinition est pour eux un moyen de mobiliser le système familial à participer dans son ensemble à la thérapie. Ils disent alors par exemple à la famille : « Ça, c’est votre définition initiale du problème. Nous pensons qu’il est beaucoup plus complexe et plus vaste que Claudia [5]. Et c’est toute la famille qui doit participer » (p. 21). Andolfi et al. (1982, p. 37) s’associent à cette idée :

D’abord considéré comme le problème d’un individu, le comportement symptomatique du patient doit ainsi devenir le problème de tous les membres de la famille, il doit être perçu au sein d’une réalité relationnelle plus complexe. Il va sans dire qu’on n’y parviendra pas en expliquant le concept de causalité circulaire à la famille, mais en redéfinissant au cours de l’action thérapeutique les relations et leur contexte. Il est possible d’œuvrer avec la famille à une décomposition et à une restructuration des éléments constitutifs du problème et de le considérer alors sous un angle différent.

Tout ceci confirme la nécessité pour le thérapeute de disposer d’outils lui permettant d’introduire cette nouvelle vision, lecture, définition ou interprétation des situations cliniques apportées par les patients. Cade (1992, p. 166) emploie la « métaphore des lunettes » : le thérapeute propose à la famille qui porte ses lunettes bleues habituelles de regarder le monde au travers de lunettes d’une autre couleur. Revenons-en donc au recadrage : pour Janne et Dessoy (1999, p. 278), le recadrage est cette « action consistant, de la part du thérapeute, à redéfinir une situation, à redéfinir un comportement ou une situation en “mettant d’autres mots dessus” que ceux issus du discours familial initial à propos de la problématique en cours. Il s’agit donc d’une modification “du sens” attribué à une situation ou à une problématique. » Il ajoute que « l’objectif est de réorienter la famille, par un recadrage de la réalité, vers une nouvelle manière de voir leurs interactions de façon plus positive, de leur communiquer quelque chose à ce propos, et de les laisser ainsi plus ouverts au changement » (p. 279). Le recadrage est ainsi « voisin de la connotation positive, mais comprend en plus une surcharge de sens, émanant de l’analyse que le thérapeute a faite du fonctionnement de la famille et du ou des sens que les symptômes prennent dans cette organisation » (p. 279). Melchior (1998, p. 323) compacte ces notions en disant : « C’est le “recadrage” ou changement d’attribution de sens, qui est, comme l’a montré l’école de Palo Alto, une des opérations majeures de la thérapie. »

Une définition simple nous est encore donnée par Flaskas (1992, p. 145), qui met ici l’accent sur le processus en cours chez le patient et non pas sur la technique utilisée par le thérapeute : « Le recadrage est le processus par lequel les gens en viennent à penser et à faire l’expérience de leur situation autrement. ». Flaskas ajoute : « Le recadrage n’est pas uniquement ce que nous pensons et disons en tant que thérapeutes, il implique également l’expérience qu’ont nos clients de nous en tant que personnes en relation à eux » (p. 158). Cet auteur argumente le fait qu’il s’agit d’un phénomène central en thérapie, en disant qu’un des aspects essentiels en est la relation du patient avec son thérapeute et la sensation qu’a le patient que son thérapeute cherche à le comprendre. Ainsi : « Le recadrage, bien sûr, est une voie majeure par laquelle les thérapeutes transmettent non seulement des compréhensions différentes, mais aussi leur habileté et leur disponibilité à essayer de comprendre » (p. 157).

En conclusion, le recadrage est un outil de choix pour le thérapeute qui se place dans une optique constructiviste. Comme le dit Neuburger (1995, p. 25), celle-ci définit la pathologie comme « le fait d’être aliéné dans une lecture unique du monde ». Ceci fixe alors l’objet du traitement qui devient : « éclairer les choix des familles en proposant des lectures “oubliées”, ou méconnues ou interdites de leur réalité » (p. 27).

L’humour dans l’entretien individuel et systémique

Points communs entre l’humour et le recadrage

La position d’observation

Dans toutes les définitions proposées, on remarquera la fréquence de termes renvoyant à la notion de point de vue : vision, lecture, redéfinition, ré-orienter, manière de voir, etc. Le recadrage cherche donc d’abord à amener le patient à une position d’observation. Le but en est de décaler le patient de son vécu immédiat afin qu’il puisse prendre le temps de s’interroger sur le processus en cours. Le changement de perspective qui s’ensuit doit alors permettre plus de liberté dans les choix possibles.

L’humour amène également le patient à une position d’observation, comme le définit d’emblée le Petit Robert en parlant de « présenter la réalité ». De nombreux auteurs en font autant.

Martin (2004, p. 4), dans sa recherche des effets potentiels de l’humour sur la santé physique, explique qu’ « un regard humoristique sur la vie […] peut permettre aux individus de faire face au stress de manière plus efficace en leur permettant de gagner de la perspective et de se distancer des situations anxiogènes, augmentant leur sentiment de maîtrise et de bien-être vis-à-vis de l’adversité. ». Rosenheim (1974, p. 585) pense que l’humour « invite le patient à avoir un regard différent sur ses manières de percevoir ou de réagir, ou les deux ». Minden (2003) signale que l’un des avantages rapportés par les participants à son groupe d’humour (Humor group) est précisément la prise de nouvelles perspectives. Melchior (2003, p. 291) dit que rire est « une activité qui […], par la créativité qui la suscite, nous permet souvent de découvrir aussi d’autres points de vue, d’autres perspectives. » Schnarch (1990, p. 77) conclut quant à lui, que, « à partir du moment où l’humour offre la caractéristique de niveaux simultanés et multiples de signification et d’impact, c’est un candidat naturel pour l’utilisation clinique ».

Andolfi et al. (1987) évoquent eux aussi l’utilisation de l’humour par le thérapeute, dans le but spécifique d’« ébranler les règles fonctionnelles » du système rencontré, et la place de ces phénomènes dans le processus de changement :

Quand on réussit à retrouver le langage du quotidien et l’optimisme qu’il faut pour affronter avec succès des problèmes souvent graves, pouvoir en rire permet de contempler ces difficultés comme de l’extérieur et plus les participants sont enfoncés « jusqu’au cou » dans leurs problèmes, plus c’est nécessaire.
Considérer la situation de l’extérieur et en rire est un moyen très puissant pour favoriser l’empathie dans le travail thérapeutique. Lorsque l’humour réussit à ébranler les règles fonctionnelles les plus enracinées, et à les situer à un autre niveau, on assiste à une croissance de la tension interpersonnelle qui est indispensable au déclenchement d’un processus de changement (p. 91).

C’est une sorte de chute fracassante de tension et, en apparence, un moment de détente pendant laquelle le système thérapeutique s’accorde une pause.
En réalité, l’interruption a pour but de déplacer à l’intérieur des individus la tension qui s’est accumulée dans les relations interpersonnelles. Chaque membre du groupe, parce qu’il se défend moins, est en effet plus vulnérable.
La suspension de l’action qui suit l’éclat de rire crée un vide, un instant de silence extrêmement fécond, car il permet à chacun de s’interroger sur soi et de se poser de nouvelles questions (p. 93).

L’humour et le recadrage partagent donc cette propriété d’amener l’individu à une position d’observation qui permet, comme le mentionnent Andolfi et al., de s’interroger sur soi, démarche essentielle en psychothérapie.

L’étonnement

Le recadrage d’une situation ou d’un comportement par le thérapeute, pour être efficace, doit surprendre le patient. Cet étonnement est probablement l’ingrédient nécessaire pour amener le patient à prendre du recul et adopter cette position d’observation qui permettra par la suite d’avoir accès à d’autres sens possibles des situations vécues.

Ausloos (1995, p. 90) note ainsi l’importance de l’étonnement en thérapie : « L’étonnement est un des meilleurs activateurs du processus que je connaisse. » Napier et Whitaker (1980, p. 105) situent également son utilité dans le processus thérapeutique même, lorsqu’ils disent à la famille que « le désarroi est le début de la créativité et si vous voulez créer quelque chose de nouveau dans cette famille, il est presque indispensable que vous soyez désemparés ». Elkaïm (2001, p. 200) considère la surprise comme nécessaire (mais non suffisante) pour qu’une intervention soit réussie [6] : « Pour qu’une hypothèse puisse déboucher sur une intervention réussie, elle doit non seulement surprendre, mais permettre de vivre autrement la même situation. » Il s’agit ici de l’étonnement classique de la personne qui répond : « Tiens, je n’avais jamais vu les choses comme cela ! » [7] lorsque le thérapeute propose de considérer les choses sous un angle différent.

Or l’humour est efficace pour susciter l’étonnement. Comme le disent Lerot et al. (2000) : « Générer de l’humour requiert donc de reconnaître l’aspect incongru, surprenant de certaines situations. » Cette propriété d’étonnement est même au centre de l’intérêt de certains théoriciens de l’humour verbal, qui ont développé la théorie de l’incongruité-résolution (Ritchie 1999). Elle repose sur l’apparition d’un élément surprenant dans le texte humoristique, appelé l’incongruité. Cet élément rend le texte incompréhensible pour le lecteur, et le laisse dans l’étonnement. Pour terminer le processus humoristique, il faudra d’autres éléments permettant la résolution de l’incompréhension. Fortin (2004) résume ainsi cette théorie : « Nous rions aux choses qui nous amènent une surprise inattendue mais agréable. » Rosten, cité par Reynes et Allen (1987, p. 265), nous dit : « Une histoire drôle est une narration structurée compacte qui marque un point avec force, généralement par surprise » et il ajoute : « Une bonne histoire est excessivement difficile à oublier. »

La réinterprétation forcée

Mais l’essentiel du recadrage réside dans le fait qu’il propose une réinterprétation de la réalité, attribuant un autre sens à une situation. Comme le disent Janne et Dessoy (1999, p. 278), un recadrage crée une « irréversibilité de sens » en ceci qu’il n’est plus possible pour celui qui l’entend de voir la réalité de la même manière après avoir entendu le sens différent qu’il propose. Lorsque l’on attire l’attention d’un patient sur le fait que la bouteille à moitié vide qu’il nous montre est aussi à moitié pleine, il ne pourra plus voir la bouteille uniquement comme à moitié vide. L’image de la bouteille à moitié pleine restera présente à ses yeux et influencera son comportement ultérieur. Il en va de même avec certaines images issues de la psychologie gestaltiste [8] : si au départ, le spectateur ne voit que la femme âgée, dès le moment où il aura réinterprété les lignes du dessin comme contenant également la femme jeune, il ne pourra plus regarder le dessin sans la voir. A partir de ce moment précis, l’image de la jeune femme se superposera à celle de la femme âgée, et il sera forcé de jongler sans cesse entre les deux [9]. Il s’agit probablement du mécanisme fondamental de l’efficacité du recadrage en pratique clinique.

L’étonnement induit par l’humour peut aussi mener à une réinterprétation des données de départ. Dans les « histoires drôles », la chute force l’auditeur à réinterpréter le corps de l’histoire (Ritchie 2002, p. 49). Ritchie (2000) constate ainsi que « de nombreux auteurs ont remarqué la manière dont certaines blagues utilisent la dernière ligne (la chute) pour révéler une signification inattendue du texte initial ».

Le texte initial, au fur et à mesure de son audition, est interprété selon le sens le plus probable, sélectionné par l’auditeur. La chute contient un élément inattendu (l’incongruité) qui force alors l’auditeur à revoir sa copie et à choisir l’un des autres sens possibles du texte entendu. Le recadrage poursuit précisément ce but et l’on peut retranscrire la phrase quasi telle quelle : le recadrage contient un élément inattendu (qui pourrait être une incongruité) qui force alors le patient à revoir sa copie et à choisir l’un des autres sens possibles de la situation qui provoque sa souffrance. Selon Andolfi et al. (1987, p. 33), on touche là à l’essence même de la thérapie, puisqu’ils disent que « la demande implicite en toute thérapie, [est] de recevoir une réponse différente à ses problèmes existentiels ».

Dans ce type d’« histoires drôles », la chute provoquant l’incongruité semblera absurde si on ne trouve pas la règle cognitive permettant de réinterpréter le tout (modèle de Suls, in Ritchie 1999, p. 83). Selon Suls, c’est cette réinterprétation qui délivre l’effet humoristique, sans quoi l’auditeur reste dans l’étonnement (puzzlement). Selon le modèle « surprise-disambiguation » (p. 79), proche du modèle de Suls, la surprise de la chute incongrue force l’auditeur à considérer le sens alternatif, caché dans le début de l’histoire drôle et présent en elle dès le départ. Il est ainsi amené à réinterpréter les données reçues dès le commencement. C’est ce phénomène que Ritchie appelle la réinterprétation forcée [10]. Ce phénomène peut être provoqué par l’intervention de l’un des acteurs de l’histoire : « La fin de la blague implique un autre personnage qui impose une interprétation des éléments linguistiques, qui n’est pas l’interprétation évidente, et qui est d’une certaine manière inappropriée » (Ritchie, 2000).

Cette réinterprétation, cette recherche de sens alternatif peut donc être comparée à la redéfinition du problème qui a lieu dans un recadrage. Burbridge (1978) dit même que « l’humour entraîne dans ce processus de recadrage, en faisant prendre conscience au patient de la grande variété des alternatives potentielles » (cité par Reynes et Allen, p. 265).

Il semble que cette capacité de se distancer des problèmes puisse même être préjudiciable, notamment en ce qui concerne la santé physique. Martin (2004, p. 14) dit ainsi que « Les personnes ayant beaucoup d’humour peuvent se croire en meilleure santé même si elles ne le sont pas ». Ceci aurait un effet pervers car ces patients se préoccuperaient moins de leur santé, en sous-estimant le danger de certains risques (Friedman et al. 1993). Le processus de soin de leurs symptômes physiques est alors compromis. Martin (2004, p. 13) ajoute que certaines études montrent que « l’humour est lié à une plus grande satisfaction subjective à propos de la santé mais pas à des indicateurs plus objectifs de santé. ». Il propose d’ailleurs que ceci expliquerait la croyance très puissante selon laquelle l’humour est bénéfique pour la santé, alors qu’aucune preuve tangible ne justifie cette croyance jusqu’ici.

Mais si cette particularité de l’humour peut nuire à la santé physique, elle pourrait au contraire être utilisée au niveau psychothérapeutique pour adopter un regard différent sur la situation problématique, et en retirer alors une plus grande satisfaction subjective qu’au départ. Ceci rejoindrait alors la « réponse différente » aux problèmes existentiels proposée par Andolfi. Quand l’individu qui a un grand sens de l’humour se croit en meilleure santé qu’il ne l’est réellement, il redéfinit sa réalité (ici, sa santé concrète, objective, parfois mauvaise ou menacée) pour lui donner un autre sens (que la qualité de sa santé est bonne). C’est cette démarche qui peut être néfaste au niveau de la santé. Or, cette même démarche est celle que nous recherchons dans un recadrage psychothérapeutique. « […] Une nouvelle perspective et voir sa situation et le monde en des termes nouveaux ou diamétralement différents […] est non seulement un ingrédient de l’humour, mais souvent l’un des objectifs majeurs de la psychothérapie » dit Richman (1996).

Nous voyons donc que la réinterprétation des données de départ, à la manière de celle des lignes du dessin gestaltiste femme jeune/femme âgée, est un processus commun à l’humour et au recadrage.

Notion de « recadrage humoristique »

Ces trois points communs, qui concernent trois éléments-clés de l’outil psychothérapeutique qu’est le recadrage, nous amènent à considérer l’utilisation de l’humour en situation de psychothérapie comme un outil qui peut être très proche, voire un sous-type de recadrage. Pour plus de clarté dans la suite de cet article, nous proposons d’utiliser le terme de « recadrage humoristique » pour désigner une intervention clinique possédant les propriétés du recadrage citées ci-dessus, mais utilisant l’humour pour les développer.

Nous allons à présent examiner les particularités de ce type d’intervention, qui en font un outil différent du recadrage habituel.

Figure 1 à voir à la source : https://www.cairn.info/revue-therapie-familiale-2006-4-page-399.htm

L’humour et le recadrage : deux points de vue sur le monde permettant de s’interroger sur soi, comme l’illustre ici Mafalda, l’héroïne du dessinateur argentin Quino (Joaquin Salvador Lavado (Quino) 1997 : Mafalda 9, Ediciones de la Flor, Buenos Aires).

Figure 1 :

Particularités du recadrage humoristique

Une manière différente de surprendre

L’étonnement provoqué par l’introduction de l’humour dans le dialogue est de nature différente que celui d’un recadrage « classique », dépourvu de tonalité humoristique, que celui-ci soit sérieux, persuasif, détaché, ou autre encore. « Sur le plan de la relation psychothérapeute-patient, il y a plus d’empathie, de chaleur, d’humanité » dit Szafran (1994, p. 85). La tonalité joyeuse que l’humour donne au recadrage favorise un regard positif sur la réalité. Le discours humoristique est en outre proche du jeu, ce qui permet de recadrer la situation de manière plus douce, moins frontale. L’aspect ludique du signifiant du recadrage humoristique offre une option complémentaire au recadrage habituel. Ceci peut aider à combattre une résistance de type intellectualisation excessive chez le patient, susceptible de perturber le processus thérapeutique, et peu mise à mal par un recadrage classique [11]. Nous pensons que ces particularités de l’humour sont utilisables dans certaines circonstances et qu’il peut être précieux de mettre à profit leur potentiel thérapeutique spécifique en matière de recadrage.

La présence soudaine et, nous le croyons, le plus souvent inhabituelle d’humour dans le discours du thérapeute manifeste une rupture non seulement dans son discours, mais aussi dans le fonctionnement du système thérapeutique. Le mot « chute [12] » lui-même, utilisé pour désigner la fin d’une histoire drôle, marque bien cette discontinuité dans la manière dont il faut écouter et interpréter l’histoire. Cette rupture permet au thérapeute d’envoyer l’information à tous les membres du système thérapeutique qu’il est possible de penser, de parler et d’agir autrement. La surprise induite chez les patients peut ainsi les amener plus facilement à envisager d’autres possibles de pensée, de parole et d’action. La transmission de cette information aura d’autant plus de poids qu’elle est réalisée sur le mode non verbal, agie pendant la séance, et qu’elle ne sera donc pas accessible aux argumentations, rationalisations ou intellectualisations des patients.

Citons en exemple une intervention d’Ausloos (1995, p. 32), en réponse à « cette demande que nous font souvent les patients ou leur famille : “J’aimerais redevenir comme avant”. Lorsque l’on me dit cela, je réponds que je suis très ennuyé parce que je ne pourrai pas les faire redevenir comme avant, mais “comme après”. La formule est inhabituelle mais dit bien ce qu’elle veut dire. » Le jeu de mots contenu dans la formule, qui la rend surprenante, contribue ici au changement de perspective amené par le thérapeute de manière bien plus percutante et joyeuse qu’une longue explication.

La dimension de l’affiliation

L’humour, au contraire de l’impulsion agressive, permet de rester dans l’affiliation avec le système rencontré. Reprenons la citation du philosophe A. Comte-Sponville (1995, p. 290) : « Quand [l’esprit] se moque de ce qu’il aime ou estime, c’est de l’humour. » Par conséquent, si l’humour du thérapeute s’accompagne toujours d’estime et de respect, on peut alors dire que l’humour est par définition une opération de « joining [13] ». A condition de parvenir à transmettre cette estime, ce respect, ce « joining » au patient, l’humour se situerait alors toujours dans une démarche d’affiliation. A notre sens, ceci apporte une dimension supplémentaire au recadrage classique.

Un exemple de ce type d’intervention peut être emprunté à Napier et Whitaker (1980, p. 132), dans une interaction qui implique David, le père de la famille en thérapie, et Carl (Whitaker) :

David s’agita comme s’il hésitait à dire quelque chose et se demandait s’il allait intervenir ou non. Il se lança. « Carolyn, tu te rebiffes dès que quelqu’un dit la moindre chose au sujet de ta mère. Je pense qu’en dépit des années qui passent, tu t’efforces encore de ne pas lui déplaire. »
Carl se tourna vers David avec un large sourire. « Dites donc vous, le psychiatre, c’est moi le thérapeute ici. Ne vous mêlez pas de tout cela ! » Ceci fut dit si gentiment que David ne put s’empêcher de sourire, bien qu’il fût un peu embarrassé d’avoir été de nouveau surpris en train d’analyser la conduite de sa femme.

Comme pour la provocation [14], un outil thérapeutique développé par Andolfi, le « joining » contenu dans l’humour doit être visible et évident pour le patient, sans quoi l’humour risque d’être pris pour de la moquerie ou de l’ironie sans but constructif. Andolfi (1987, pp. 51-52) disent ainsi de la provocation qu’elle doit être :

[…] toujours accompagnée d’une action de soutien. La personne qui, dans le système, est attaquée dans ses défenses et sa fonction peut en même temps sentir que l’on a compris son problème et que l’on n’ignore pas les difficultés qu’il implique. Pour être thérapeutique, la provocation doit s’accompagner d’une opération de « joining » : le thérapeute doit réussir à communiquer qu’il est « aux côtés » du système au moment même où il l’attaque.

Ceci peut être fait lorsque le thérapeute marque une différence entre son comportement verbal et non verbal. Comme dit Rosenheim (1974, p. 586) : « Le contenu verbal peut être critique tandis que le contenu non verbal peut exprimer soutien et encouragement. » Ainsi, le contenu verbal des interventions du thérapeute peut être humoristique, tandis que le contenu non verbal de son attitude peut exprimer compréhension, estime et respect.

On trouve un autre exemple de ce décalage entre le niveau verbal et non verbal dans le même ouvrage de Napier et Whitaker (1980, pp. 143-144), dans une scène impliquant cette fois Carolyn, la mère de famille, et encore une fois Carl (Whitaker). L’intervention très habile du thérapeute fait monter la tension dans un premier temps par une question ouvertement provocatrice, captant l’attention de chacun, et la fait chuter dans un second temps par un message au contenu verbal fort, qui recadre la notion de « liaison », tout en étant détendu sur le plan non verbal :

« Vous pensez que vous avez chacun une liaison ? » demanda Carl de son ton énigmatique.
Carolyn avait appris à être plus forte et à mieux se défendre vis-à-vis de Carl. Elle leva légèrement un sourcil. « Pas que je sache. »
Carl se mit à rire. « Ce qui se passe en général, c’est que le mari a une liaison avec son travail et la femme une liaison avec ses enfants. Et chacun est persuadé que c’est l’autre qui lui fait des infidélités. »
Carolyn était partagée : le ton désinvolte de Carl lui plaisait mais certaines des choses qu’il lui faisait entrevoir l’irritaient. Elle essaya de sourire mais l’amertume l’emporta. « Je réagis certainement vis-à-vis du travail de David comme je pourrais réagir vis-à-vis d’une autre femme. C’est exactement comme s’il me trompait continuellement. »

Responsabiliser le patient

Une autre propriété de l’humour est le fait qu’il mette le patient sur le même pied que le thérapeute, comme le dit Jolley (1982) : « Une personne qui rit avec une autre partage, et un thérapeute qui fait cela donne une partie de son pouvoir, mettant l’autre plus ou moins au même niveau » (cité par Franzini 2001, p. 173). Considérons ici toutes les situations où l’humour surprend autant le patient que le thérapeute, les rapprochant dans un étonnement partagé. Afin que l’humour du thérapeute garde cette propriété d’étonnement du thérapeute lui-même, il devra d’ailleurs garder une certaine spontanéité, et ne pourra pas être préparé à l’avance à la manière d’une « recette » : il devra émerger de la relation thérapeutique, des thèmes abordés, et de l’analyse que le thérapeute aura faite des fonctions remplies par les comportements et les individus.

Dans un recadrage humoristique, le thérapeute apporte non seulement une autre interprétation de la situation, mais il permet aussi au patient de se retrouver « d’égal à égal » avec son thérapeute face aux difficultés existentielles. Le thérapeute vient momentanément se placer au même niveau que le patient. Ce mouvement, ce changement transitoire de position de la part du thérapeute envers le patient n’a pas lieu dans un recadrage classique, démarche dans laquelle le thérapeute reste en position « méta ». Et le « plus ou moins » mentionné par Jolley serait la nuance qui doit permettre au thérapeute de rester leader dans le système thérapeutique. Ceci envoie un second message non verbal au patient, impliquant que le processus en cours est bien « nous (patient et thérapeute) allons observer et penser ensemble, et vous patient ferez vos choix » et pas « je (thérapeute seul) vais observer et penser pour vous guider et vous conseiller ».

Ce mouvement de transfert de pouvoir à la famille est aussi l’un des éléments à mettre en oeuvre lors d’une fin de thérapie, ici de manière progressive et bien plus durable, comme le mentionnent Andolfi (1982, p. 151) : « Le thérapeute ne doit pas agir trop hâtivement, il doit favoriser une séparation progressive, et abandonner peu à peu le pouvoir qui lui était nécessaire pour intervenir. »

Discussion

Maintenir l’alliance thérapeutique

Certaines circonstances d’apparition de l’humour chez le patient vont permettre de développer l’alliance thérapeutique. L’une des manières d’entrer en affiliation avec un patient ou un système étant le mimétisme (Minuchin, 2002, pp. 148-149), rire avec le patient à propos des traits d’humour du patient lui-même correspond donc à une démarche d’affiliation. Pour autant que ce rire soit spontané et vrai, cette situation de « rire ensemble » d’un détail ou d’une situation drôle amenée par le patient ou la famille permet de consolider l’alliance thérapeutique. Le thérapeute peut aussi contribuer à créer un climat où il devient possible de rire ensemble des choses douloureuses, non pas pour éviter d’aborder les sujets importants, mais dans le but d’en offrir une lecture différente qui peut être commentée dans la suite de l’entretien, à distance du moment humoristique. L’humour peut ainsi présenter l’opportunité de parler des choses autrement, et en accédant au niveau émotionnel.

Par contre, toute apparition de mépris ou d’agressivité de la part du thérapeute risque de mettre à mal l’alliance thérapeutique. Or ces attitudes peuvent parfois être teintées d’humour afin de ne pas être détectées comme telles et de ne pas être menacées de sanction. Il est en effet facile de répliquer : « Vous n’avez pas d’humour, c’était pour rire » comme justification d’une telle agression. A la suite d’une telle intervention, le patient pourra se sentir ridiculisé, humilié, blessé, et considérer le thérapeute comme insensible ou non concerné par sa souffrance (Franzini, 2001, p. 174). Et ceci d’autant que le patient en psychothérapie est dans une situation plus vulnérable que dans la vie de tous les jours. Poland (1971) nous met ainsi en garde contre le risque de se laisser prendre au piège par ses propres impulsions agressives par rapport au patient. Il est donc nécessaire d’être conscient de ses sentiments envers le patient avant de faire de l’humour, comme le mentionne Heuscher (1980, p. 1548).

La situation est différente en ce qui concerne l’ironie, la moquerie, ou la minimisation du problème par le thérapeute. Ces trois attitudes, qui peuvent comprendre un certain degré d’humour, ne seraient pas nocives en elles-mêmes. Par exemple, dédramatiser certains problèmes définis comme graves par les patients comme l’étant peu (« ce n’est pas grave ») est dans certains cas utile, autant que la situation inverse, comme le signale Melchior (1998, pp. 427-428). Un certain degré de moquerie pourrait éventuellement aussi être utile, dans le but de permettre au patient de pouvoir rire de lui-même, ou de ses réactions, et se remettre en question.

La minimisation du problème, l’ironie ou la moquerie du thérapeute ne porteraient atteinte à l’alliance avec le patient que dans la mesure où celui-ci peut les interpréter comme une négation de sa souffrance, ou une négation de sa perception du problème comme pouvant produire de la souffrance chez lui. En d’autres mots, ces interventions comporteraient un risque plus élevé de manquer de « joining ».

Le thérapeute est aussi parfois le seul à rire, comme l’étude de Marci et al. (2004, p. 693) le met en évidence dans les situations psychothérapeutiques étudiées. Cela pourrait correspondre à des situations où le thérapeute utilise l’humour pour se protéger de l’angoisse générée par le système thérapeutique. L’humour jouerait alors le rôle d’abaisser l’anxiété du thérapeute à ce moment, dans le cadre de ses mécanismes de défense individuels de gestion de l’anxiété (Kubie, 1971). Dans ces conditions, cet humour garde-t-il une quelconque efficacité thérapeutique pour le patient ? Chaperot (2004) signale ainsi, dans le cas de moqueries apparaissant en présence de patients psychotiques, ce qui serait « une moquerie défensive de soignant qui se protégerait ainsi de l’angoisse contaminée par la psychose ».

Un indicateur du processus thérapeutique

L’humour des patients peut donner des indications au thérapeute sur le processus thérapeutique en cours [15]. Kohut (1974) note que « l’humour croissant [des patients narcissiques est] souvent mis en évidence à la fin d’une analyse réussie » et qu’il montre que « des progrès solides ont été faits ».

Mais l’humour du patient peut aussi entraver le processus thérapeutique. De nombreux auteurs mentionnent le risque de son utilisation comme mécanisme d’évitement (entre autres Overholser, 1992 ; Richman, 1996 ; Fortin, 2004 ; Joshua, 2005). Ceci serait particulièrement fréquent chez les adolescents, et le rôle du thérapeute est alors de « contrer “l’humorisation” [16] lorsqu’elle est destinée à éviter la reconnaissance de réalités internes ou externes » (Rosenheim, 1974, p. 589). Le patient ou la famille peut faire usage de son sens de l’humour pour diminuer la portée des éléments amenés en thérapie (Marcus, 1990). Les patients peuvent également utiliser l’humour afin de détourner la conversation des sujets importants, comme le dit Schnarch (1990, p. 78) : « L’humour peut être exploité par les patients pour tester si le thérapeute peut être séduit et entraîné loin des sujets cruciaux approchés. » Ce procédé « séduit le thérapeute en dehors de son rôle thérapeutique », comme le mentionne Kubie (1971).

Nous avons pu observer un exemple de ce type de situation au cours d’un entretien de couple :

Le thérapeute, s’adressant au couple après un échange de vues tendu : « Est-ce que vous vous rendez compte à quel point votre perception respective de la même situation est différente l’un de l’autre ? »
L’épouse : « Ben oui je ne sais plus de quelle planète on vient, les hommes de la planète des singes et nous, on descend des arbres ! » [17] … déclenchant les rires de chacun.

Le trait d’humour de la patiente, en faisant chuter la tension ambiante, révèle celle-ci et provoque une sensation de soulagement tant pour le couple que pour le thérapeute. Ceci aurait pu dévier la conversation et permettre d’éviter le sujet anxiogène. Le thérapeute a ici pu garder une attitude soutenante, mais sobre, relançant l’entretien « sérieusement », et n’a pas embrayé dans une surenchère humoristique sans intérêt thérapeutique. L’entretien s’est dès lors poursuivi dans une optique constructive, abordant les difficultés rencontrées, tout en ayant bénéficié d’une « trêve » dans la mise sous tension du système.

Le thérapeute se doit aussi d’être attentif à sa propre manière d’utiliser l’humour afin de ne pas encourager ce mécanisme d’évitement. Il pourrait être tenté, par exemple, d’abaisser la tension présente dans le système au moyen de traits d’humour, sans aucun but de recadrage, qui aboutiraient finalement à consolider l’homéostasie du système, et à maintenir le non-changement. Il est donc nécessaire que les objectifs thérapeutiques soient clairement définis avec le patient avant d’introduire l’humour en tant qu’outil thérapeutique (Joshua et al., 2005).

L’émergence spontanée d’humour (exprimé ou non) chez le thérapeute peut donc l’informer sur son propre état de tension dans le système thérapeutique, et sur l’état de tension relationnelle dans le système à ce moment précis de la thérapie. Il pourrait agir comme une sorte de baromètre du système thérapeutique. En cela, il peut être un outil important pour le thérapeute, au service du processus thérapeutique.

Le type d’humour utilisé par le thérapeute

Pour atteindre cet objectif de recadrage d’une situation clinique au moyen d’humour, tous les types d’humour ne seront pas adéquats. Un humour qui vise la prise de perspective et qui tient compte d’aspects laissés de côté jusque-là sera le plus utile, afin d’amener le patient à reconsidérer le sens qu’il donne aux événements. Par contre, d’autres types d’humour comme l’humour absurde ou l’humour d’autodépréciation semblent au contraire contre-productifs dans ce cas précis.

Il faut également différencier les interventions qui déclenchent le sourire des patients de celles qui déclenchent un véritable éclat de rire. Nous postulons ici que le sourire serait le témoin d’un changement de perspective, accompagnant la réaction d’arrêt du recadrage réussi, le patient ayant été sensible à son contenu humoristique. L’éclat de rire, signe d’une décharge de tension, comprendrait le risque de ne pas offrir ce changement de perspective, si le patient reste focalisé sur l’humour présent sans le relier à sa situation personnelle. Il est alors impératif que le thérapeute commente cet échange et ce rire en mettant l’accent sur le sens qu’ils peuvent avoir pour le patient, et sur la lecture différente de sa réalité qu’ils offrent [18]. Comme dit Heuscher (1980, p. 1547) : « Lorsque l’humour ou un thème folklorique est introduit en psychothérapie, il est important que le thérapeute souligne son côté sérieux en le paraphrasant et en pointant sa pertinence, en relation avec la manière actuelle du patient d’être dans le monde. » En l’absence de ce commentaire, l’intervention humoristique du thérapeute pourrait aussi correspondre à un passage à l’acte de séduction envers le patient, surtout en situation de thérapie individuelle, s’écartant alors totalement de toute utilité thérapeutique.

Le thérapeute devra donc veiller à s’assurer que le sens porté par ses traits d’humour a bien été compris par le patient, l’incompréhension pouvant mener le patient à interpréter ses paroles ou son attitude non verbale comme du mépris, un manque de respect ou une agression. Dans le cas où le patient ne saisit pas le sens de l’intervention thérapeutique humoristique, ce risque augmente de façon importante, parce que le thérapeute peut ne pas avoir adopté une attitude non verbale (soutenante) complémentaire au contenu verbal (critique, ici involontaire) de son intervention.

Le risque d’incompréhension est probablement plus élevé chez les patients psychotiques, en raison de troubles de la symbolisation et d’abstraction (DSM IV, 1996, p. 329) présents chez ce type de patient. L’utilisation de l’humour pourrait ne pas être efficace chez les patients paranoïaques, ceux-ci étant eux aussi plus à risque de mauvaise interprétation [19]. La même remarque s’applique à tous les patients présentant une surdité, ou encore une détérioration cognitive (Schnarch, 1990, p. 80). Il est donc nécessaire pour le thérapeute de vérifier la compréhension de ses interventions, et de rester au maximum dans un état de « joining » pendant et après le recadrage humoristique.

Conclusion

Trois notions-clés sont donc partagées par l’humour et le recadrage : amener le patient à une position d’observation, provoquer chez lui l’étonnement, et réinterpréter les données de départ. Ceci permet de considérer l’humour comme un outil thérapeutique proche du recadrage, et même comme un sous-type de recadrage. Nous proposons le terme de « recadrage humoristique » pour définir ce type d’intervention clinique. Celui-ci possède ses spécificités propres, qui en font un outil distinct du recadrage habituel.

Il n’est bien entendu pas question d’introduire l’humour dans n’importe quelles circonstances. Une attention soutenue doit être accordée notamment au type de patient traité, et au type d’humour utilisé par le thérapeute. A partir du moment où l’humour apparaît dans le discours du thérapeute, ce dernier devra rester spécialement attentif à maintenir l’alliance avec le patient. Pour cela, l’adoption d’une attitude de « joining » sera particulièrement précieuse. Il devra également veiller à soutenir le processus thérapeutique en cours.

L’ensemble de ces propriétés, comportant des bénéfices et des risques, doit être connu du thérapeute qui projette d’utiliser l’humour avec ses patients. Ainsi l’humour, manié de façon ponctuelle et adéquate, pourra être l’« un des ingrédients de la relation thérapeutique » (Szafran, 1994, p. 85), permettant que celle-ci reste avant tout humaine, tout en étant efficace.

Remerciements

L’auteur tient à remercier Mmes Valérie Foucart et Geneviève Platteau, le Pr A. Willy Szafran, ainsi que les Drs François Charon, Jean-Paul Matot, Alain Quinet et Michel Schittecatte pour leur relecture attentive du manuscrit aux divers stades de son élaboration, Mme Stéphanie Batalla-Panichelli pour ses précieux conseils de rédaction, et Mme Martine Ackermans pour son aide efficace dans les recherches bibliographiques.

Notes

  • [2]
    Cette notion de point de vue sur le monde est déjà mentionnée par Freud quand il décrit « l’intention que l’humour met en acte, […]. Il veut dire : “Regarde, voilà donc le monde qui paraît si dangereux. Un jeu d’enfant, tout juste bon à faire l’objet d’une plaisanterie !” » In Freud, 1927.
  • [3]
    Il s’agira le plus souvent d’un thérapeute et de son patient, mais de multiples autres possibilités existent : thérapeute-famille, superviseur-thérapeute, superviseur-équipe de soins,…
  • [4]
    Cette définition se rapproche fortement du point de vue de Cade (1992, p. 165), mais en y ajoutant la question du choix du sens par la personne qui reçoit le recadrage, ainsi que du choix du comportement réponse à apporter aux événements.
  • [5]
    Claudia était bien entendu la patiente-désignée du système décrit.
  • [6]
    Un parallèle peut ici être fait avec Freud, mais à propos du mot d’esprit : « le mot d’esprit […] ne manifeste son plein effet sur l’auditeur que lorsqu’il est nouveau pour lui, que lorsqu’il se présente à lui comme une surprise. » In Freud, 1912, p. 280.
  • [7]
    On trouvera plusieurs exemples de réactions de ce type dans le livre d’Augustus Napier et Carl Whitaker, 1980, notamment aux pages 81,101 et 174.
  • [8]
    « Figures ambiguës », notamment la figure du vase de Rubin.
  • [9]
    « L’œil hésite », comme le décrivent Elkaïm et Stengers en prenant un exemple chez Picasso : « Lorsque Picasso crée une tête de taureau avec un guidon et une selle de vélo, il marie deux composantes […] l’œuvre d’art surréaliste crée ici un présent porteur de son instabilité ; le “mariage” des pièces ne crée pas un nouveau monde disponible, il ne se double pas de mots d’ordre ; il reste réversible, le taureau pourrait redevenir vélo. L’œil hésite. » Elkaïm et Stengers, 1994, in Szafran et Nysenlolc, 1994, p. 116-117.
  • [10]
    Exemple d’histoire drôle de type « réinterprétation forcée » (Raskin, 1985 : Semantic mechanisms of humour, Reidel, Dordrecht, cité par Ritchie, 2002, p. 48, notre traduction) : « Un patient bronchitique sonne à la porte et demande en chuchotant : “Le docteur est-il chez lui ?” La femme du docteur, très jolie, répond en chuchotant elle aussi : – Non, entrez ! » La chute force ici l’auditeur à se poser la question de l’intention de départ du patient : vient-il pour se faire soigner, ce qui semble le plus plausible au vu des informations reçues à ce stade, ou pour rendre visite à la femme du médecin ? Il est intéressant de constater que d’autres interprétations sont encore possibles : le patient peut aussi être venu avec l’intention de se faire soigner et être surpris lui-même par la réponse de l’épouse, se demandant où elle veut en venir… Autre type d’histoire drôle (Ritchie, 2002, p. 55) : « Pourquoi les oiseaux volent-ils vers le Sud en hiver ? Réponse : c’est trop loin à pied ! » Ici, la chute ne force pas à trouver un sens caché ou une interprétation moins plausible dans le début de la blague, mais demande tout de même à l’auditeur de reconsidérer la question en comprenant qu’elle ne portait pas sur la direction des oiseaux, mais sur leur mode de déplacement.
  • [11]
    Cette propriété est déjà notée par Freud à propos du mot d’esprit quand il dit que celui-ci « poursuit une seconde intention, qui est de promouvoir la pensée en la grossissant et de la mettre à l’abri de la raison critique » et « Là où l’argument cherche à mettre de son côté la raison critique de l’auditeur, le mot d’esprit s’efforce d’écarter cette raison critique. Il ne fait aucun doute que le mot d’esprit a choisi la voie la plus efficace du point de vue psychologique » (Freud, 1912, p. 247 et 248).
  • [12]
    La traduction anglaise révèle aussi bien cette notion de rupture dans le mot « punchline ».
  • [13]
    Le « joining » est la démarche par laquelle le thérapeute réussit à rejoindre chacun des patients dans leur souffrance propre, en reconnaissant celle-ci et en renvoyant sa considération pour l’histoire et le système de croyances du patient et/ou de la famille. Ceux-ci peuvent en effet lui donner des indications précieuses quant à la raison pour laquelle cette situation donnée provoque cette souffrance chez ce patient/cette famille donné(e). Il s’agit « de “pénétrer” dans le monde de ses interlocuteurs, de voir la réalité à travers leurs yeux et leurs sentiments présumés ». Le joining est « une démarche fondamentale pour le succès de la thérapie. C’en est même le présupposé, car on peut l’identifier à la capacité à saisir la situation psychologique actuelle des membres du système et à remonter aux problèmes et aux conditionnements qui la déterminent » (Andolfi, 1987, pp. 30-31).
  • [14]
    Provocation (Andolfi, 1987, pp. 51 et 57) : « On entend ordinairement par provocation un comportement, verbal ou non, le plus souvent intentionnel, de défi à l’égard du système, avec lequel une sorte d’épreuve de force est engagée pour modifier ses règles de fonctionnement » et « Pour nous, une intervention est provocatrice si elle “touche” des aspects émotionnellement significatifs des relations familiales et/ou si elle remet en cause des images ou des schèmes perceptifs qui, au fil du temps, se sont progressivement congelés, et que le système et ses membres tentent de conserver inaltérés parce qu’ils se sentent sur ce point particulièrement vulnérables. »
  • [15]
    Pour de multiples exemples sur l’opportunité d’y être attentif, voir entre autres Schnarch, 1990, p. 78.
  • [16]
    Nous avons choisi de laisser tel quel le terme anglais « humorization » du texte de Rosenheim.
  • [17]
    En référence au livre de John Gray (1997) : Les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vénus, J’ai Lu, no 7133.
  • [18]
    Cf. cette conclusion d’un petit dialogue dans Melchior, 2003, p. 292 : « Mais on ne peut quand même pas rire de tout ! – Oh que si ! Mais, peut-être, à condition de ne pas seulement en rire. »
  • [19]
    Lire les critères de la personnalité paranoïaque du DSM IV, 1996, p. 745 : « Ils discernent des sens cachés, menaçants ou humiliants dans des commentaires ou des événements anodins […]. Par exemple, une personne paranoïaque peut penser que […] le commentaire humoristique d’un collègue est une critique grave de sa personne. »

Mis en ligne sur Cairn.info le 01/12/2006

https://doi.org/10.3917/tf.064.0399

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La psychothérapie s’adresse à la souffrance, ou à tout le moins, à l’inconfort. C’est un processus d’accompagnement des patients qui ne se borne pas à introduire un thérapeute comme observateur et soutien. La participation active de ce dernier dans l’instauration d’un changement de perspective et donc de vécu chez ceux qui le consultent est un facteur essentiel. Cette démarche s’organise à partir de différentes grilles de lecture qui varient en fonction des orientations théoriques de l’intervenant. Si ses manières d’écouter les patients, de les entendre et de leur ouvrir ensuite l’accès à d’autres pistes pour comprendre leurs difficultés, trouvent un écho chez ces derniers, elles pourront les conduire à organiser différemment leur rapport au monde et de là, à améliorer leur bien-être. Ceci constitue donc un outil important de la psychothérapie. C’est dans le contexte de ce type d’intervention que l’humour et la surprise trouvent leur place. Rien en effet n’interdit qu’une démarche thérapeutique soit étonnante, bousculante ou qu’il y soit introduit plus de légèreté voire qu’on y suscite le rire.

On représente souvent le psychothérapeute comme un être distant, neutre et froid, ou au contraire chaleureux et soutenant, mais on oublie que la surprise et l’humour peuvent faire partie de ses outils thérapeutiques. Pourtant, certaines formes de thérapie issues du champ de l’approche systémique ont encouragé leur recours. On constate aussi que bien souvent, le patient et la famille en souffrance sont non seulement réceptifs au comique et à la surprise, mais encore, arrivent même à les exploiter pour leur plus grand bien.

Nous avons donc voulu présenter ici les points de vue de différents thérapeutes à propos de leurs manières de considérer l’humour et la surprise et d’y faire appel au cours des psychothérapies dont ils sont responsables.

Rodolfo de Bernart & Daniela Gommi ouvrent le dossier avec le texte de l’exposé qu’ils ont présenté au congrès de l’EAP qui s’est tenu à Florence en juin 2007 et dont le thème était précisément « L’humour et autres stratégies pour survivre aux crises émotionnelles ». Ils insistent sur les ressources de l’usage de l’humour sur la scène psychothérapeutique en se référant non seulement à Freud ou à Bateson, mais en faisant également appel à la littérature et à la filmographie.

Le sujet de ce dossier étant dès lors posé, il est utile de s’interroger sur le sens du comique et de l’étrangeté. Jean-Luc Giribone aborde ces questions sur un plan philosophique en se référant aussi bien à Bergson qu’à Freud ou Bateson. Il relève que le comique nous conduit presque au fantastique, ce qui n’est pas sans susciter chez nous de l’inquiétude. Il pointe la composante de reconstruction inhérente à la sensation du comique d’une situation et déplore l’image négative de l’art comique considéré comme un art mineur à côté des « grands arts ».

Christophe Panichelli nous ramène vers la scène clinique en s’interrogeant sur les différents effets de l’humour, qu’il vienne des patients, du personnel hospitalier ou du thérapeute. Il décrit différentes utilisations bénéfiques de l’humour comme mécanisme de défense ou comme moyen de faciliter les relations, et du côté du thérapeute, comme moyen de développer l’alliance thérapeutique et de faire baisser la tension. Il attire aussi notre attention sur le fait que l’humour peut être utilisé à mauvais escient comme procédé pour éviter certaines situations difficiles qui dès lors, risquent de ne jamais se résoudre.

Edith Goldbeter évoque ensuite différentes approches thérapeutiques faisant appel à l’humour ou à la surprise. Elle relève que cette dernière est inhérente à tout processus thérapeutique dans la mesure ou dès le départ, la rencontre thérapeutique se construit sur la base de l’instauration tacite de la surprise générée par la rencontre avec un inconnu – le thérapeute. Ce dernier aura à se distancer de la logique historique et explicative de la famille après avoir tenté de la comprendre, et dès lors, son « décadrage » apparaîtra surprenant. Elle souligne que le renversement qui survient alors au sein de la thérapie ressemble au renversement brusque, typique de l’issue des blagues.

L’humour est très proche du paradoxe dont, en particulier, les thérapeutes de Palo Alto ont fait un usage très fréquent. Irène Bouaziz s’y intéresse et remarque qu’un recadrage proposé par un thérapeute, qu’il soit humoristique ou paradoxal, est toujours destiné à modifier la vision du monde du patient, mais n’aboutit pas toujours là où on le voudrait. Il peut surprendre, voire déstabiliser, mais une même plaisanterie comme une même intervention paradoxale aura des effets très différents selon le patient à qui elle s’adresse, et court même parfois le risque de devenir une arme destructrice. Elle conclut que paradoxe et humour relèvent d’une même capacité de percevoir les différents niveaux logiques et de surfer de l’un à l’autre.

Giorgio Nardone et Claudette Portelli poursuivent cette réflexion de thérapeutes stratégiques en soulignant que le paradoxe est particulièrement utile pour créer une relation et un climat thérapeutiques adéquats avec des patients très résistants, en particulier les patients obsessionnels compulsifs ; en effet, en prescrivant un comportement opposé à ce qu’ils attendent, leurs défenses et résistances sont désarmées. Ces thérapeutes soulignent la richesse apportée en thérapie par l’usage d’actes créatifs ou de langages comme l’humour, la fantaisie, les métaphores et le jeu, afin de déclancher des moments de changements thérapeutiques réels.

L’utilisation de l’humour en thérapie ne se réduit pas à l’évocation d’histoires drôles ou à la prescription de tâches humoristiques. Il est aussi fait de l’utilisation de termes humoristiques pour désigner des expériences dramatiques ou des personnes vécues comme dangereuses et malfaisantes ; ceci permet d’acquérir une certaine distance, de reprendre plus d’assurance voire de ressentir une revanche ou une protection vis-à-vis des faits traumatiques. Ainsi, Martine Nisse qui travaille avec des enfants ayant subis des maltraitances diverses, organise son approche thérapeutique en « autorisant » la victime à éprouver une haine légitime à l’encontre de son agresseur par le biais de l’humour, dans le but de provoquer des émotions nouvelles essentielles au développement de la résilience. Elle propose donc à ces enfants de choisir un surnom caricatural pour désigner les personnes maltraitantes de leur entourage, plutôt que d’employer des termes confusionnant comme « papa » ou « maman » qui sont porteurs de charges affectives trop complexes. Elle souligne combien ce surnom aide l’enfant à opérer le dé-confusionnement nécessaire des registres émotionnels et à sortir de ses conflits de loyautés.

L’adolescence est une période remplie de surprise : l’enfant qui grandit s’étonne et s’inquiète de se voir changer en profondeur, les parents ne reconnaissent plus leur poussin, les revirements sont fréquents. Sabine Claus, Gabriel da Costa Correia, Laetitia De Blauwe et Laurence Flahaut abordent précisément ces irruptions d’inattendu dans leurs interventions auprès d’adolescentes en difficulté et de leurs familles. Cette équipe constate que même lorsqu’un projet d’orientation a été élaboré minutieusement par tous les partenaires impliqués, il arrive que l’adolescente ou la famille propose en dernière minute une tout autre direction jamais envisagée jusque-là. Ces auteurs abordent également la manière dont leur mode de travail peut surprendre les familles et relèvent que dans une équipe de co-intervention, la non prévisibilité des attitudes d’un collègue, au contraire d’être un frein, peut constituer une ressource.

L’évocation de l’humour et de la surprise entraîne certains thérapeutes à s’interroger non seulement sur le processus thérapeutique mais aussi sur la formation.

Ainsi, Jacques Pluymaekers et Chantal Nève relèvent que le recours à la surprise pendant la thérapie s’organise en un processus semblable à celui qui survient dans le contexte de la formation : un déclic apparaît chez les personnes en présence, d’autant plus facilement que le système thérapeutique ou de formation à été éloigné de son état d’équilibre. De là l’importance d’acquérir des outils favorisant ces mises à l’écart de l’équilibre où l’effet de crise flexibilise le système et où l’émergence de changements est possible. Les auteurs illustrent leur propos en s’appuyant sur le génogramme paysager, outil qu’ils ont conçu.

Wendel A. Ray et Matthew F. Borer se préoccupent eux aussi des manières de former à la thérapie et pointent l’importance de revenir aux prémisses développées au début de la thérapie familiale systémique : il s’agissait alors de surtout se centrer sur la nature de la relation entre les personnes plutôt que sur la nature de l’individu. Ils proposent douze cartes relationnelles qui aideront les apprentis thérapeutes (systémiques ou stratégiques) à faire ce passage surprenant d’une orientation individuelle à une vision relationnelle.

Les réflexions sur la thérapie se clôturent par un texte de Jean Cassanas qui se penche sur les actions et les changements surprenants qui surviennent dans le processus thérapeutique et qui lui apparaissent indissociables. Il propose le concept d’embrayeur d’action – questions circulaires et réflexives formulées par le thérapeute – pour désigner ce processus qui, partant d’une intervention du thérapeute, engage la famille ou le couple dans l’utilisation de ressources qui leur sont spécifiques et ouvre de nouveaux champs de possible.

Nous avions déjà évoqué dans le Cahier (n°38) précédent la disparition de thérapeutes de renom dans notre champ. Catherine Ducommun-Nagy et Genenviève Platteau consacrent chacune une note, respectivement à Ivan Boszormenyi-Nagy, fondateur de la thérapie contextuelle, et à Etienne Dessoy qui a formé de nombreux thérapeutes familiaux en Belgique.

Nous espérons que la lecture de ce Cahier contribuera à restaurer l’image de l’humour et de la surprise aux yeux des psychothérapeutes et qu’ils oseront dès lors en faire usage plus souvent !

Mis en ligne sur Cairn.info le 01/01/2008 - https://doi.org/10.3917/ctf.039.0005

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  • La santé mentale au Québec - Santé mentale au Québec - Perspectives sur l’usage de l’humour en psychothérapie - The Use of Humor in Psychotherapy : a View - Guillaume Chaloult et Claude Blondeau - Volume 42, numéro 1, printemps 2017 - URI : https://id.erudit.org/iderudit/1040263ar - DOI : https://doi.org/10.7202/1040263ar

    Document PDF 20 pages - Éditeur(s) Revue Santé mentale au Québec ISSN 0383-6320 (imprimé) 1708-3923 (numérique)… - Citer cet article :
    Chaloult, G. & Blondeau, C. (2017). Perspectives sur l’usage de l’humour en
    psychothérapie. Santé mentale au Québec, 42(1), 425–443.
    https://doi.org/10.7202/1040263ar
    Résumé de l’article
    Cet article vise à exposer les différentes facettes liées à l’usage de l’humour en thérapie. Nous espérons ainsi favoriser l’émergence d’une démarche réflexive qui guidera le clinicien dans l’utilisation créative de ses propres interventions humoristiques. Un survol historique du sujet ainsi qu’une définition pratique de l’humour thérapeutique seront présentés. Puis, les principales théories sur l’humour seront révisées. Nous énoncerons également les mécanismes d’action qui pourraient expliquer l’efficacité de l’humour dans le cadre d’une thérapie.

Les bénéfices et les écueils potentiels de l’usage de l’humour thérapeutique seront ensuite explorés. Nous tenterons aussi de déterminer les principaux facteurs influençant la réceptivité du patient à l’humour, en plus de proposer une typologie fonctionnelle de l’humour. Enfin, nous décrirons quelques formes d’humour souvent utilisées en thérapie, avec quelques vignettes cliniques à l’appui.

Source : https://www.erudit.org/fr/revues/smq/2017-v42-n1-smq03101/1040263ar.pdf

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Rubrique B concernant la Psychanalyse


Préambule / Psychanalyse

« La psychanalyse consiste en l’élucidation de certains actes, pensées ou symptômes en termes psychiques à partir du postulat de l’existence du déterminisme psychique : une idée qui se présente à l’esprit ou un acte ne sont pas arbitraires, ils ont un sens, une cause que l’exploration de l’inconscient permet de mettre au jour. La psychanalyse fait l’objet, depuis son origine, de critiques et de discussions à la fois internes au mouvement psychanalytique et extérieures à ce mouvement, qui remettent en question sa scientificité, la pertinence de sa description du psychisme, et son efficacité thérapeutique… - Source

Qu’est-ce que la psychanalyse ? - Dix questions-réponses - Rétrospective de ‘lexpress.fr‘ - Par Elvira Masson - Publié le 20/04/2013 à 07:00

Concurrencée par d’autres types de thérapies, accusée d’être trop longue, trop chère, voire inutile, la psychanalyse continue de diviser. Et de fasciner.

Photo - La psychanalyse est souvent mal comprise et critiquée. Voici 10 questions-réponses pour tenter de mieux comprendre ce qu’est ce travail sur soi. Getty Images/Wavebreak Media/thinkstock

Pourquoi s’aventurer dans un processus à deux, qu’on dit interminable et coûteux, quand tout semble faire croire que la solution à nos petits et grands problèmes est en nous, et qu’ils peuvent se régler rapidement en prenant du temps pour soi ou en méditant ? Parce que la psychanalyse est une démarche unique en son genre. Qu’elle propose un travail de découverte de soi à nul autre pareil, à condition de le débarrasser de certains travers qui l’ont polluée au fil du temps, nous disent les spécialistes, Serge Tisseron en tête. 

Ce dernier est l’auteur de Fragments d’une psychanalyse empathique (1), ouvrage dans lequel il milite pour une psychanalyse ouverte d’esprit. Grâce à son aide et à celle d’autres professionnels et de patients, nous avons mis la psychanalyse sur le divan. En dix questions. 

1. Qu’est-ce qu’une analyse ? - ’Faire une analyse, c’est chercher l’enfant qu’on a été et celui qu’on ne veut plus être’, nous dit une jeune femme qui a fait un ’travail’ pendant deux ans et demi. Pour Serge Tisseron, cette définition est juste, mais elle ne recoupe que le deuxième temps de ce travail. ’Le premier consiste à découvrir que notre manière de réagir au monde nous est vraiment propre. La psychanalyse est la seule méthode qui invite à trouver ce qu’il y a de plus personnel et spécifique en vous. C’est pour cela qu’elle n’a jamais été acceptée par aucun gouvernement totalitaire.’ 

2. Comment la distinguer d’autres types de thérapies ? - Quand elle est apparue, au début du xxe siècle, il n’existait aucun moyen de soulager ni de soigner la souffrance psychique, hormis la religion. Avec le développementdes autres méthodes thérapeutiques, du comportementalisme et du cognitivisme (voir l’encadré en bas de page), il est plus aisé de définir la spécificité de la psychanalyse. Pour Serge Tisseron, ’c’est un espace où on a la possibilité de mettre des mots et des images sur son expérience personnelle du monde. Où l’on peut se découvrir’. On ne peut le faire qu’en analyse, parce que le thérapeute accompagne sans s’imposer, sans en référer à sa propre histoire. Parce qu’il a lui-même déjà suffisamment parlé, au cours de son analyse de formation. 

Qu’est-ce que la psychanalyse nous apprend ? ’Deux choses essentielles, selon Maud Sauvageot, psychanalyste. D’abord, que ce que vous vivez vous appartient. Un patient vous dit par exemple : ’J’ai perdu ma mère il y a trois ans, je suis triste tous les jours, mais c’est normal.’ Votre rôle de psychanalyste consiste à lui faire comprendre que le lien de cause à effet ne justifie pas tout, qu’il existe sûrement d’autres causes à cette tristesse. Car la réalité du monde qui appartient à chacun -la réalité psychique- est dépendante de l’environnement, mais pas seulement. La deuxième chose, c’est que la représentation que chacun se fait de sa vie est liée au présent, mais aussi à la persistance du passé. ’Nous avons des zones de fragilité malgré les forteresses que nous avons édifiées. Et nous réagissons souvent à des situations actuelles comme nous l’avons fait dans le passé.’ C’est ce que l’analyse propose de dénouer. 

3. Pourquoi la psychanalyse a-t-elle (eu) mauvaise réputation ? - L’image d’un Freudau visage sévère (ravagé par un cancer de la mâchoire) est devenue le symbole de la psychanalyse, déplorent certains praticiens, comme Serge Tisseron. ’Après-guerre, elle a connu un essor comme phénomène culturel, explique-t-il. Elle a été développée en partie par des praticiens juifs traumatisés par la Shoah. Rien ne prédestinait la psychanalyse à cette rencontre avec l’Histoire, mais celle-ci a eu de lourdes conséquences, invitant les psychanalystes à cultiver cette figure tragique. Que l’on retrouve dans le choix du silence.’ 

S’est ajouté à ces raisons historiques le fait que nombre de psychanalystes ont mis en avant la difficulté de leur travail et la souffrance que celui-ci pouvait charrier. Ils ont ainsi véhiculé l’image d’un thérapeute qui gratte ses propres plaies pour rester en empathie avec le patient. Par ailleurs, les psys ’modernes’ sont sévères à l’égard d’une forte tendance, dans les années 1950 jusqu’aux années 1980-1990, à ne pas se soucier du bien-être du patient, à ne penser qu’à son inconscient et pas à son conscient, à ignorer sa réalité familiale. La discipline est tombée dans une foule d’ornières, disent-ils. Pour Serge Tisseron, ’il est important de débarrasser la psychanalyse de ses scories pour retrouver ce qui en fait son essence : l’émergence de la force vitale du patient, le coeur du message originel de Freud’. 

4. Y a-t-il un danger à faire une analyse ? - On a entendu des patients nous faire part de leur crainte de se retrouver ’perdus au milieu du gué’. D’autres encore reconnaître : ’Ça peut être violent, une séance qui s’arrête comme ça, tout net’ ; ou : ’Il faut beaucoup de courage, car on se retrouve parfois en plein désarroi’... La réponse des psys est unanime. Dès que vous acceptez de confier une partie de votre corps ou de votre esprit, vous courez un risque. ’Mais la vie est composée de risques. Faire confiance, c’est courir le risque d’être déçu. Mais ne pas faire confiance, c’est être déçu quoi qu’il arrive. Car aucune porte ne s’ouvrira’, affirme Jean-Pierre Winter, psychanalyste et auteur de Transmettre (ou pas) (Albin Michel, 2012). 

5. A trop fouiller en soi-même, ne risque-t-on pas de devenir narcissique ? - Au début du travail, il y a un moment où le patient est plus centré sur lui et il revendique davantage ses propres désirs. Réprimés dans l’enfance, ceux-ci refont surface. Une fois qu’il les a nommés et qu’il a pris conscience du fait qu’il ne pourra jamais les satisfaire, il apprend à les laisser filer. C’est ce que l’on appelle, ’sous un nom horrible’, selon Serge Tisseron, la castration symbolique. ’Accepter que le passé ne se reproduira plus et que l’avenir ne pourra pas le réparer. Mais que, dans le présent, on peut apprendre à vivre en paix.’ Une des grandes vertus de la psychanalyse est de nous amener à ne pas répéter toujours les mêmes choses. 

6. Est-il possible d’entamer une analyse quand on va très mal ? - Ce n’est pas le fait d’aller mal qui est déterminant, mais celui de présenter un symptôme que l’on peut précisément décrire ou non. Si le patient est sujet à des crises d’angoisse ou à des accès de colère récurrents, c’est un psychiatre qu’il faut consulter, pour qu’il prescrive le médicament adapté. Peut-être y a-t-il une thérapie comportementale et cognitive (TCC) adaptée à ce symptôme. 

La psychanalyse intervient soit quand on a déjà consulté un psychiatre ou un comportementaliste et que ça n’a pas marché, soit parce qu’on éprouve le désir de mieux se connaître. Certains font une analyse parce qu’ils ont le sentiment qu’une partie d’eux-mêmes ne parvient pas à s’exprimer. Ils n’arrivent pas à communiquer avec leurs proches, par exemple. ’On peut vivre sans se soigner de cela, bien sûr, ce n’est pas une maladie, mais c’est un confort. La psychanalyse s’occupe de patients qui ont une vraie souffrance, mais aussi de ceux qui souhaitent, simplement, mieux vivre’, résume Serge Tisseron. 

7. Comment savoir si on est tombé sur le bon psy ? - Trouver qu’un psy est mauvais fait-il de lui un mauvais psy ? Pas si simple. ’La relation entre un thérapeute et son patient est éminemment subjective’, observe Mickael Benyamin, psychologue clinicien et psychothérapeute. ’Un patient peut être frustré par le silence d’un thérapeute, quand son voisin trouvera intrusifs les conseils et les paroles d’un autre’, précise-t-il. Trouver le bon, c’est avant tout trouver celui avec lequel on se sent bien. Mais la réciproque a ses limites : ne pas avoir le feeling avec l’un n’en fait pas un mauvais professionnel. En revanche, ce n’est pas parce qu’un analyste est empathique que c’est un bon analyste. Plus prosaïquement, selon Serge Tisseron, il vaut mieux choisir un psychanalyste d’un certain âge, car ’les jeunes psys ont besoin d’argent, donc, ils acceptent trop de patients... Traditionnellement, les psychanalystes recevaient trois fois avant de démarrer ou non l’analyse. Ça ne se fait plus et c’est dommage’. 

8. Peut-on émettre des doutes quant à la parole du psychanalyste ? - Il arrive, lorsque vous manifestez votre désaccord, surtout au début, que l’analyste vous dise : ’Si ça doit se passer ainsi, le travail va être impossible.’ Comment peut-on savoir à ce moment-là si l’on a raison et si l’analyste n’est pas le bon, ou si ce qu’il dit est une manière de vous signifier quelque chose ? ’Il est important de comprendre qu’une bonne analyse est une succession de moments malheureux -parce qu’il y a de la souffrance- et heureux. S’il n’y a que de la souffrance, changez d’analyste’, résume Serge Tisseron. 

9. Faut-il absolument s’allonger ? - La plupart des patients que nous avons questionnés en sont convaincus, la position allongée leur a permis de débloquer des choses, d’oser prononcer des phrases qu’ils ne se seraient pas permises s’ils avaient été en face à face. Pourtant, certains thérapeutes pensent que le fait de pouvoir voir, interagir, permet aux patients d’avancer en souffrant moins. 

Didier Anzieu, auprès de qui Serge Tisseron suivait une analyse, ’faisait en sorte que je le voie me regarder, me permettant ainsi de mieux me voir moi-même’, dit-il. Mais la doxa dans les écoles de psychanalyse, c’était : allongé ou rien ! Or, pour Serge Tisseron et d’autres, de plus en plus nombreux, le patient allongé surévalue le moindre bruit de gorge ou de lime à ongles. 

Aujourd’hui, beaucoup de psys qui pratiquent le face-à- face ne s’en vantent pas, car ils craignent toujours de passer pour des antifreudiens ne respectant pas le ’principe de neutralité’. Le respect de ce même principe conduit une grande partie des psys à adopter le plus grand silence. 

10. Comment sait-on qu’on est arrivé au terme d’une analyse ? - C’est une décision qui se prend à deux, mais dont le patient sent souvent l’imminence. Parce qu’il se sent tout simplement mieux dans sa vie amoureuse, affective, sociale. Face à cela, il y a deux types d’analystes : ceux qui veulent continuer, parce qu’ils estiment qu’il y a encore du travail à faire, et ceux qui reconnaissent qu’un chemin important a été parcouru, que leur patient a évolué et qu’il est prêt pour une pause, temporaire, ou un arrêt. ’J’ai des patients avec qui nous avons fait un travail formidable pendant un, deux ou trois ans et qui reviennent des années plus tard parce qu’ils traversent une épreuve, raconte Serge Tisseron. C’est très sain et ce n’est pas le signe que le travail a été mal fait. Des analyses qui durent dix ans sont pour moi une ineptie. On ne va quand même pas s’embarquer en CDI avec son psy, surtout à notre époque !’ En somme, on fait une analyse pour vivre, on ne vit pas pour faire une analyse. 

La TCC aussi fait débat - La fameuse thérapie comportementale et cognitive (TCC) est une thérapie brève, qui vise à remplacer les idées négatives et les comportements inadaptés par des pensées et des réactions en adéquation avec la réalité. Elle a été vivement critiquée par les freudiens purs et durs comme la psychanalyste et historienne de la psychanalyse Elisabeth Roudinesco, pour qui ’c’est un mélange de dressage des corps, de techniques de persuasion et de conditionnement des consciences’. La TCC prétend, elle, aider à progressivement dépasser les symptômes invalidants, tels les rites, les vérifications, le stress, les évitements, les inhibitions, les réactions agressives, ou la détresse à l’origine de souffrance psychique. 

[Les thérapies comportementales et cognitives (TCC) sont un éventail de différentes approches thérapeutiques qui combinent l’exposition, la mise à distance des pensées par des techniques de relaxation ou de pleine conscience, le travail sur les obsessions, l’affirmation de soi, etc… - 14 septembre 2020]. Voir aussi l’annexe dans ce dossier

(1) Fragments d’une psychanalyse empathique, par Serge Tisseron, Albin Michel, 224 p., 17 euros. A lire aussi Les Fantômes du passé, psychanalyse transgénérationnelle, par Bruno Clavier, Payot, 224 p., 18,50 euros. 

Source : https://www.lexpress.fr/styles/psycho/qu-est-ce-que-la-psychanalyse-dix-questions-reponses_1242576.html

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Introduction sur la Psychanalyse en forme de résumé

Plusieurs articles reviennent sur les définitions de la psychanalyse, sur son utilité et les recommandations en la matière, avec une orientation vers les questions qu’elle pose, notamment sur des sujets comme le féminisme, le genre et les types de sexualités, afin que cette méthode de psychologie clinique et d’investigation des processus psychiques profonds, de l’inconscient, issue de l’ensemble des travaux de Freud et de ses continuateurs, reste « en phase avec son temps »…

D’autres articles choisis se réfèrent essentiellement à des travaux, des directions de thèses, de nombreuses publications et des communications dans les médias modernes, etc…, de la psychanalyste Laurie Laufer : cette dernière a notamment exposé sa notion de « psychanalyse é/aimancipée », interrogeant un possible « féminisme manqué » qui aurait « du mal à inventer un autre langage, à penser au-delà de Freud et Lacan »…

« Laurie Laufer est psychanalyste et professeure des universités et elle compte parmi ceux qui œuvrent de l’intérieur pour que la psychanalyse renoue avec sa subversivité. Dans son passionnant livre ‘Vers une psychanalyse émancipée’, elle nous aide à mieux comprendre l’histoire et l’importance des liens entre la psychanalyse, les théories féministes, les mouvements ‘LGBT+’ et les études de genre. Pour en savoir plus tout de suite, > voir ce site https://www.heteroclite.org/2022/08/psychanalyse-grand-entretien-avec-laurie-laufer-65965

Toutes les contributions de Laure Laufer sont loin d’être partagées par tout le monde sans cette discipline, à l’instar de Jean-Pierre Winter qui s’emporte dans un article du magazine d’actualité en ligne ‘Causeur’.

Selon Wikipédia, « Jean-Pierre Winter est un psychanalyste français et un écrivain… Jean-Pierre Winter est né en 1951 à Paris de parents hongrois. Après avoir enseigné l’hébreu et la pensée juive, il s’est engagé politiquement comme président d’amphi en médecine et président de l’UEJF à Nancy en 1970-1971, alors qu’il y était étudiant. Revenu à Paris, il participe comme rédacteur à la revue Garde-fous animée par Jacques Hassoun1. L’histoire de son père qui a survécu à la Shoah a marqué définitivement l’orientation de ses intérêts politiques, judaïques, artistiques et sociétaux 2… ».

Il peut d’ailleurs être utile, à cette occasion, d’approfondir ce magazine d’actualité en ligne ‘Causeur’ qui se présente comme un « salon de réflexions ». « Ce magazine est classé à droite ou à l’extrême droite selon les médias, et se revendique pluraliste, anticonformiste, réactionnaire mais plutôt social-libéral sur le plan économique… », selon Wikipédia !

Ce dossier comprend finalement en addenda, deux sources d’information sur la thérapie comportementale cognitive (souvent appelée TCC).

Voici, pour ce faire une idée sur tout cela, à partir des documents sélectionnés pour ce dossier et qui sont indiqués avec leur accès dans le sommaire ci-après.

Pour sur l’humour, une dédicace est ajoutée in fine en hommage au Professeur Jean Fourastié, humaniste, économiste, sociologue, écrivain et philosophe (1907-1990).

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Sommaire des documents choisis sur la Psychanalyse

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  • 1.Bas du formulaire

  • Qu’est-ce que la psychanalyse ? Par Christine Franckx – Document ‘psychanalyse.be’ Sommaire - La psychanalyse
    La psychanalyse se réfère à une forme précise de traitement de la souffrance psychique et s’appuie sur une méthode qui cherche à traduire la signification des conflits restés inconscients. A côté de cela, la psychanalyse représente un ensemble de conceptualisations théoriques basées sur la vie interne inconsciente.

Sigmund Freud, un neurologue autrichien, a développé à partir de 1895-1900 une méthode d’investigation particulière, nommée association libre, qui permet d’avoir accès au monde interne encore inconnu de patients en souffrance psychique. Il découvre en effet que les symptômes psychiques et/ou psychosomatiques sont souvent l’expression de conflits refoulés devenus inconscients qui remontent à nos vécus infantiles les plus anciens et qui sont liés à des tensions entre le désir et l’interdit. Puisque les conflits demeurent irrésolus et sont toujours actifs, ils se font sentir ultérieurement sous la forme de comportements irrationnels, de sensations et pensées dérangeantes, de phénomènes corporels, tous suscités par des pulsions inconscientes, qui peuvent être de nature aussi bien sexuelle qu’agressive.

Au cours du développement personnel, nous avons appris tant bien que mal à nous défendre contre cela. C’est précisément cette interaction de pulsions et de défenses qui a occasionné un conflit, donnant plus tard forme à la souffrance psychique, mais qui nous a aussi amené à être la personne que nous sommes devenue.

Bien que le monde interne, inconscient, semble parfois bien loin de notre quotidien, différentes voies y donnent pourtant accès : rêves, imaginaire, lapsus, actes manqués… L’art aussi, dans toutes ses formes d’expression, nous rapproche des secrets de l’âme.

Depuis sa découverte il y a plus de 100 ans (cfr. Histoire), la psychanalyse s’est fort étendue et ses idées contribuent aujourd’hui à l’élaboration du champ de la santé mentale et de la société dans son ensemble.

Son champ d’application s’est aussi élargi au domaine de la psychose et des troubles de la personnalité, le traitement psychanalytique de jeunes enfants et adolescents est désormais possible et d’autres techniques que la cure type sur le divan (cfr. Formes de pratiques psychanalytiques) ont été développées. Cette évolution va de pair avec un approfondissement théorique important et un ‘étoffement’ grâce au travail d’auteurs sur la théorisation desquels nous pouvons nous appuyer, et qui ont élargi les bases de la psychanalyse précédemment développée par Sigmund Freud.

Ainsi, chaque forme de thérapie reste-t-elle fondée sur le travail de Freud : la libération des effets de l’inconscient sur la vie émotionnelle, l’importance d’un cadre au sein duquel le processus thérapeutique peut se développer tout comme la relation entre patient et psychanalyste sont ici essentiels.

A travers le transfert de l’amour, de la haine et de la dépendance sur la personne de l’analyste, la reviviscence des conflits du passé devient possible et le patient va pouvoir progressivement changer structurellement.

C’est la formation à la psychanalyse qui prépare le psychothérapeute à manier non seulement le transfert, mais aussi son propre contre-transfert et évidemment à intégrer l’importance du cadre. Plus que la mise au jour du symptôme, c’est la souffrance psychique du sujet que vise toujours à atteindre le traitement psychanalytique, ainsi que le blocage interne au développement de soi.

Prescrire une psychanalyse comme traitement médical n’a donc pas de sens ; c’est seulement la rencontre entre l’analyste et le patient qui permet d’évaluer la faisabilité d’un traitement psychanalytique, de même que la forme de traitement la plus adaptée au besoin du patient. (cfr.Formes de pratiques analytiques).

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2.
Une définition de la psychanalyse par le Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales ‘ (CNRTL)

A.− MÉD., PSYCH., PSYCHOL.

1. Méthode de psychologie clinique fondée sur l’investigation des processus psychiques inconscients, mise au point par Freud : cette investigation. Données, découvertes de la psychanalyse. Une doctrine qui s’appelle la psychanalyse et qui explique les rêves (Queneau, Enf. du limon, 1938, p. 157) :

1. Mais se passe ceci de curieux et que seule la psychanalyse pourrait sans doute expliquer : il m’arrive de me tromper entre 16 et 18, de douter si je n’ai pas sauté le 17, de ne plus savoir précisément où j’en suis... Gide, Journal,1943, p. 190.

P. ext. Méthode d’investigation des processus psychiques conscients et inconscients développée à partir des découvertes de Freud ou de celles d’autres écoles. Sur les derniers progrès de la psychanalyse américaine j’avais tout à apprendre (Beauvoir, Mandarins,1954, p. 302).Du recoupement entre les trois grandes psychanalyses, celles de Freud, d’Adler et de Jung, il était possible de tirer des lumières infiniment pénétrantes sur l’inconscient de l’artiste (Huyghe, Dialog. avec visible,1955, p. 437).V. adlérien ex. 1.

2. P. méton. Examen, analyse de la personnalité ou traitement thérapeutique de certains troubles psychiques par cette méthode. Synon. analyse.Commencer, entreprendre, se soumettre à une psychanalyse. La psychanalyse (...) est (...) un moyen d’étendre le champ de conscience d’une volonté possible par dissolution des contractures affectives. Elle guérit par une victoire de la mémoire sur l’inconscient (Ricœur, Philos. volonté,1949, p. 361). Dans la psychanalyse classique l’analysé est couché sur le divan et il parle seul. L’analyste derrière lui est invisible et muet (Choisy, Psychanal.,1950, p. 205).

Psychanalyse contrôlée. Psychanalyse conduite par un analyste en cours de formation et dont il rend compte périodiquement à un analyse expérimenté`` (Lapl.-Pont. 1967).

Psychanalyse didactique. Analyse à laquelle on se soumet pour acquérir une meilleure connaissance de la méthode, et d’ordinaire en vue de la pratiquer`` (Foulq. 1971).

Psychanalyse dramatique de groupe. Méthode de psychodrame qui s’adresse à plusieurs patients`` (March. 1970, Méd. Biol. t. 3 1972).

Psychanalyse de/en groupe. Synon. de psychothérapie* de groupe. (Ds Thinès-Lemp. 1975).

Psychanalyse institutionnelle. Psychanalyse des institutions. Le CEPREG, organisme autogéré, met en œuvre de façon critique, la psychanalyse institutionnelle, la bio-énergie dans ses sessions (Le Sauvage, 1erjuill. 1977, p. 121, col. 2).

Psychanalyse sauvage, Type d’interventions d’« analystes » amateurs ou inexpérimentés`` (Lapl.-Pont. 1967). En partic. Psychanalyse sauvage. Interprétation qui méconnaît une situation analytique déterminée`` (Lapl.-Pont. 1967). P. anal. Ce n’est pas ce qui est important même si les drogues douces ont renforcé notre humour et notre tendresse et que les hallucinogènes nous ont servi de psychanalyse sauvage (Le Point, 6 déc. 1976, p. 195, col. 1).

B.−

1. P. ext. Théorie générale psychologique fondée sur la méthode d’investigation et la méthode thérapeutique, qui veut expliquer les fonctions psychiques et le comportement normal et pathologique de la personnalité. Je ne sais pas ce que vaut la psychanalyse en tant que science, mais je sais bien qu’elle est le pire des prétextes littéraires (Aymé, Confort, 1949, p. 96).Georges Bataille, Paul Éluard applaudissent cet étrange Dali de la psychanalyse [Lacan]. Un médecin qui pirouette avec les mots, qui joue avec les dieux, qui parle comme un mage (L’Express,19 janv. 1980, p. 98, col. 1).

2. Application de cette théorie à l’étude d’une question ou d’une notion dans le domaine des sciences humaines. Psychanalyse des textes littéraires :

2. Jung l’a dit d’ailleurs très nettement : en suivant les habitudes de jugement de la psychanalyse, « (...) la psychanalyse de l’œuvre d’art s’est éloignée de son objet, a transporté le débat sur un domaine généralement humain... » Bachelard, Poét. espace, 1957, p. 14…

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3.
Qu’est-ce que la psychanalyse et pourquoi en faire une ? - Auteurs : Claire Thibaultet Christine Baudry- Expert : Bernard Chervet, président de la société psychanalytique de Paris. Article mis à jour le 24 janv. 2022 par Mathilde Pujol, Journaliste santé– Document ‘santemagazine.fr’

La psychanalyse désigne un traitement du psychisme par le psychisme d’un autre. C’est une forme de psychothérapie qui passe par le langage et l’exercice d’une méthode au sein d’un protocole précis. Quelle sont les principales méthodes de psychanalyse ? Les différentes phases ? Combien coûte une séance et comment bien choisir son psychanalyste ?  

Photo - © PeopleImages

Sommaire :

•Qu’est-ce que la psychanalyse freudienne ?

•À quoi sert une psychanalyse ? Pourquoi la choisir ?

•Quelles sont les différentes méthodes de psychanalyse ?

•Quelles sont les différentes phases d’une psychanalyse ?

La psychanalyse est un long cheminement à la rencontre de son inconscient qui permet de verbaliser les refoulements et les conflits intérieurs. Sigmund Freud est le fondateur de la psychanalyse.

Qu’est-ce que la psychanalyse freudienne ?

La psychanalyse est à la fois la science qui étudie les processus psychiques inconscients à l’œuvre dans notre vie et une méthode de traitement des troubles psychiques qui en découlent. En d’autres termes, cette forme de psychothérapie est un traitement du psychisme par le psychisme d’un autre, passant par le langage et l’exercice d’une méthode au sein d’un protocole précis.

La psychanalyse est une analyse du ’moi’ pour en renforcer la puissance et se donner plus de maîtrise sur sa vie. La psychanalyse est un procédé pour l’investigation de son inconscient à travers l’interprétation des rêves, actes manqués, négligences, oublis, lapsus... mais pour cela le patient doit ’lâcher prise’ et apprendre peu à peu à surmonter des réticences, des blocages, des protections psychologiques..

La règle fondamentale de dire tout ce qui vient à l’esprit en séance a pour contrepartie la stricte confidentialité à laquelle s’engage l’analyste.

Freud, père de la psychanalyse

Sigmund Freud, neurologue autrichien, est considéré comme le père et le théoricien de la psychanalyse. Dès la fin du XIXè siècle, ses recherches sur l’hystérie l’ont conduit vers l’analyse des processus psychiques inconscients s’exprimant dans les rêves ou dans les souvenirs infantiles. Son but : comprendre, analyser et soigner la souffrance mentale en s’intéressant de près à la vie psychique inconsciente des individus. Il est aussi l’inventeur du complexe d’Oedipe.

Depuis, les idées et théories de la psychanalyse ont été enrichies par d’autres grands noms ; en Angleterre, Mélanie Klein, Donald Winnicott, etc. ; en France, entre autres, Pierre Marty, Jacques Lacan, puis André Green. Tous font encore référence dans le monde de la psychanalyse et des thérapies psychanalytiques.

Il faut savoir que la psychanalyse a fait l’objet de critiques et de discussions dès sa création ; que ce soit de la part du mouvement psychanalytique lui-même ou de détracteurs extérieurs, qui remettent en cause sa pertinence.

À quoi sert une psychanalyse ? Pourquoi la choisir ?

Cette méthode de traitement est indiquée dans certains troubles psychiques. Elle s’adresse avant tout aux troubles névrotiques, des troubles psychiatriques mineurs que nous partageons tous, mais dont nous nous accommodons plus ou moins bien selon notre personnalité, leur intensité ou les circonstances. Il s’agit d’angoisses, d’inhibitions, de tendances dépressives, de troubles sexuels, etc.

Le patient, appelé l’analysé ou l’analysant, n’est pas forcément atteint de maladie ou de névrose. Il emprunte souvent la voie de la psychanalyse afin de soigner un mal-être diffus, de se réaliser, et d’effectuer un réel travail de prise de conscience. Son champ d’application s’est aussi élargi au domaine de la psychose et des troubles de la personnalité.

Ce besoin de comprendre, mais surtout de se transformer, peut intervenir lorsqu’une personne se retrouve dans sa vie en situation d’échec ou de répétition néfaste sans en connaître les tenants et les aboutissants. Face à une situation mentale inhibée ou immobilisée qui empêche l’individu d’évoluer, la psychanalyse rend possible une modification du rapport à sa vie psychique inconsciente, ainsi qu’une nouvelle perception de la réalité ; d’où la possibilité de trouver et créer de nouvelles solutions.

L’intérêt de la psychanalyse, c’est aussi d’entreprendre une démarche de découverte personnelle, une recherche d’épanouissement. Une telle aventure n’est pas donnée à tout le monde. Il faut d’abord la souhaiter sincèrement et être prêt à se découvrir sous un nouveau jour. Il faut aussi disposer d’une aptitude à l’introspection, à l’expression verbale de ses pensées, réactions, émotions, sensations… Certaines personnes retireront un plus grand bénéfice d’une thérapie analytique que d’une authentique psychanalyse.

Psychanalyse, psychiatre ou psychologue ?

Vous n’êtes pas obligé de choisir. Un psychanalyste travaille à la guérison du patient grâce à une cure par la parole : psychologues comme psychiatres peuvent être psychanalystes, s’ils s’y sont formés. La psychanalyse est une spécialité que chacun peut décider d’acquérir. Par contre, tous les psychologues ou psychiatres ne sont pas psychanalystes.

À lire aussi : Comment bien choisir un psychologue ?

Quelles sont les différentes méthodes de psychanalyse ?

Cette forme de psychothérapie se pratique lors de séances individuelles qui suivent quelques consultations préliminaires, dans le cabinet d’un psychanalyste. Elle se déroule selon un protocole défini à l’avance entre l’analysé et le psychanalyste.

La psychanalyse s’adapte aux différents besoins des individus grâce à plusieurs méthodes de travail.

La cure analytique - C’est le modèle premier de la psychanalyse. Elle est strictement verbale entre l’analysant et le psychanalyste. L’analysant est généralement sur un divan, l’analyste assis derrière lui. C’est le dispositif divan-fauteuil. Lors d’une cure analytique classique, les séances durent chacune 45 à 50 minutes. Elles se déroulent trois, quatre, voire cinq fois par semaine sur une durée de quelques mois à quelques années, mais cela dépend bien sûr des difficultés et du vécu de l’analysant. La longueur de la thérapie dépend notamment de sa capacité et de son souhait à avancer dans son analyse.

La thérapie psychanalytique - Elle est très proche par sa méthode, mais utilise le face-à-face entre le patient et l’analyste ;

Le psychodrame psychanalytique - Il utilise le jeu de la mise en scène, il fait donc intervenir l’action des corps. Il permet de traiter certains troubles psychiques dont les processus sont difficilement accessibles par la seule expression verbale du patient.

Le travail avec les enfants - La prise en charge thérapeutique en psychanalyse est possible pour les enfants. Les moyens d’expression sont alors adaptés : dessins et jeux deviennent des voies pour aborder le monde interne de l’enfant et les besoins psychiques nécessaires à son développement.

Le travail avec les psychotiques - Il nécessite souvent la présence d’un tiers institutionnel dans le travail thérapeutique. Ce tiers (une équipe, un superviseur, etc.) empêche la mise en place d’une relation duelle et close entre l’analysant et le psychanalyste, qui risquerait de ne faire que reproduire et entretenir les schémas à l’origine des difficultés du psychotique.

Le travail psychosomatique – Il consiste à chercher à faire émerger la vie psychique, elle-même souvent réduite à des schémas opératoires. Ce travail exige la prise en compte de la réalité de la maladie, de ses facteurs étiologiques, biologiques et/ou psychiques.

À lire aussi : Une psychothérapie, qu’est-ce que c’est ?

Quelles sont les différentes phases d’une psychanalyse ?

S’il existe différentes phases dans une psychanalyse, la consultation peut être très différente d’un patient à l’autre et d’un psychanalyste à l’autre. Les modalités peuvent varier selon la formation et l’école psychanalytique à laquelle l’analyste se réfère (Freud, Jung, Adler..). 

La rencontre ’de psyché à psyché’ (face-à-face ou divan) - Lors du premier rendez-vous, le patient explique les raisons de sa venue au psychanalyste, et laisse poindre sa souffrance. Cette première rencontre ’de psyché à psyché’ permet de déterminer si le psychanalyste peut apporter à cette personne l’aide dont elle a besoin. Si c’est le cas, l’analyste explique au consultant l’ensemble du protocole de la psychanalyse, notamment la règle du traitement, la nécessité de devoir dire tout ce qui se passe en soi.

L’analysé peut commencer ses séances sous forme de face-à-face avec le psychanalyste ou décider de s’allonger sur le divan, le psychanalyste se tenant alors à proximité hors de sa perception visuelle immédiate. Cette distinction entre face-à-face et divan-fauteuil est liée à des aspects du fonctionnement mental. La majorité des personnes s’installe sur le divan mais certaines ont un besoin impérieux du regard de l’autre comme d’un support nécessaire à leur vie mentale.

Le déroulement de l’histoire du patient

Au fur et à mesure des séances, une certaine confiance s’installe. Le psychanalyste est en position d’écoute et tente de découvrir ce qui, de l’inconscient, se transmet par le langage de l’analysé. La façon de parler du patient, sa manière d’employer tel mot plus souvent qu’un autre, sa façon de se comporter lorsqu’il aborde tel ou tel thème sont autant d’éléments qui peuvent être porteurs de sens. Quelqu’un qui parle en dit toujours plus que ce qu’il croit, à qui veut bien entendre entre les lignes.

Cette étape est la partie centrale de la psychanalyse. Elle permet de déployer sur des mois, voire des années, l’histoire du patient et sa vie psychique proprement dite. Ce travail de longue haleine est un mal nécessaire si l’analysé et le psychanalyste veulent découvrir les nœuds du passé qui posent problème dans l’ici et le maintenant.

Le transfert

Le phénomène de transfert est une des spécificités de la psychanalyse, et un des mécanismes essentiels de l’analyse, qui permet d’identifier et de dépasser les conflits intérieurs.

Au cours de la psychanalyse, il est inévitable que s’opère un transfert entre l’analysé et le psychanalyste. Le psychanalyste attire en effet sur lui les sentiments, positifs et/ou négatifs, que le patient découvre en lui. Certains diront qu’il est nécessaire à la réussite de la psychanalyse. En fait, il est inéluctable et intervient déjà dans toutes les relations de la vie. En analyse, il devient l’objet de l’attention et du travail. L’analysé éprouve alors des sentiments divers et multiples, souvent contradictoires vis-à-vis du psychanalyste, par exemple haine ou amour. 

De son côté, l’analyste élaborera son contre-transfert (sa propre réaction au transfert du patient sur lui).

En réalité, l’analysé répète toutes sortes de modes de relations anachroniques, déjà vécues dans le passé ou bien restées virtuelles jusque-là. Il revit ainsi avec le psychanalyste les désirs et affects qu’il a éprouvés auprès de ses parents, mais aussi ceux qu’il n’a pas éprouvés. À ce moment-là, l’analysé est capable de revivre, du moins symboliquement, des pans de son enfance, des souvenirs enfouis et des parts de sa vie psychique restées en souffrance. Cette remémoration et cette réminiscence sont des éléments essentiels dans le processus de guérison car elles permettent de saisir les résurgences du passé qui provoquent aujourd’hui un blocage dans la situation privée ou professionnelle du patient.

La guérison

En déployant, en comprenant et en modifiant son rapport à son histoire, l’analysé devient capable d’y puiser les ressources nécessaires pour sortir de l’impasse dans laquelle il était. Selon les préceptes de la psychanalyste, la peur ou l’angoisse de ne pas atteindre son but ne peut se soigner par les médicaments ou l’activité physique. Cela passe par d’abord par l’étude et la compréhension de la vie mentale.

Quelles sont les contre-indications à la psychanalyse ?

Il n’y a pas vraiment de contre-indication stricte à la psychanalyse. Parfois, elle n’est tout simplement pas adaptée, par exemple dans le cas d’un patient qui serait dans l’exigence et l’immédiateté du résultat et ne ferait preuve d’aucune patience, d’aucune capacité à supporter la moindre mentalisation au sein du protocole. Ou encore, dans le cas d’un patient incapable de rentrer en contact avec son monde interne, de laisser venir ses émotions, de les laisser s’épanouir et se révéler.

Il est alors préférable d’orienter le patient vers une méthode thérapeutique plus adaptée, le psychodrame psychanalytique pouvant donner de très bons résultats.

À lire aussi : À quoi sert une thérapie familiale ?

Comment bien choisir son psychanalyste ? - Avant d’entreprendre une psychanalyse, il est nécessaire de demander des informations détaillées auprès des institutions qui représentent le métier et garantissent un minimum de sérieux. En effet, il serait dangereux de livrer sa vie mentale sans précaution, d’autant que les mouvements sectaires s’intéressent toujours aux personnes fragiles psychologiquement. Le bon sens, la réputation et le bouche-à-oreille sont autant d’éléments qui permettent aussi de choisir son psychanalyste. Le principal critère de choix d’un psychanalyste est donc le contact : le patient doit se sentir clairement informé sur la démarche qui lui est proposée dès la première rencontre, et très vite se sentir à l’aise quand il se rend chez son psy. Le psychanalyste doit théoriquement se faire superviser, durant plusieurs années, par un collègue qui l’aide à garder une distance thérapeutique avec ses patients. L’intérêt : l’aider à garder une distance thérapeutique avec ses patients lors de la psychanalyse.

Existe-t-il des écoles de psychanalyse ? - Aucun diplôme n’est demandé pour poser une plaque de psychanalyste sur sa porte, même si de nombreux praticiens ont suivi des études de médecine ou de psychologie. Il n’existe pas d’école, d’université ou de diplôme de psychanalyste. La formation est assurée par des instituts privés gérés par les sociétés de psychanalystes. Le métier de psychanalyste s’acquiert par transmission, c’est-à-dire que les professionnels sont des personnes qui doivent avoir suivi auparavant une cure analytique pendant de longues années, ainsi qu’une formation pratique auprès d’un institut spécialisé.

Psychanalyse : combien coûte une séance et quelle durée ? - La psychanalyse est un engagement au long cours, sur plusieurs années, au rythme d’un à plusieurs rendez-vous par semaine, qui doit procéder de la seule volonté, du seul désir du patient. Les séances se répètent très régulièrement, plusieurs fois par semaine parfois. Et cette périodicité est essentielle. En moyenne, une séance de psychanalyse coûte 50 euros pour une séance d’environ 45 minutes, parfois 30 ; en tout cas, un temps suffisant prédéfini et stable. Mais il ne faut pas s’étonner de la disparité des tarifs, car rien n’est fixé par la loi. La psychanalyse n’est remboursée ni par l’Assurance-maladie ni par les mutuelles. Certains psychanalystes s’interrogent aujourd’hui sur le fait que le prix d’une psychanalyse en interdit l’accès aux patients qui n’en ont pas les moyens. Mais la majorité reste fidèle à l’adage freudien selon lequel le patient donne du prix à sa parole en payant pour sa psychanalyse.

Livres sur la psychanalyse

Ouvrages à livre : 

  • Chronologie de la psychanalyse du temps de Freud, Olivier Douville, éd. Dunod, 2009 : ce livre met en lumière l’histoire de la psychanalyse et les débats qu’elle a provoqués du temps de Freud ;
  • Dictionnaire international de la psychanalyse, Alain de Mijolla, éd. Hachette, 2005 : un dictionnaire complet sur les notions, les œuvres, les institutions et les événements marquants de la psychanalyse.
    Pour plus de livres, voirla bibliothèque Sigmund Freud de la Société psychanalytique de Paris.

Sites internet consacrés à la psychanalyse

U1253 - [MEDIA] Santé, Anxiété, Charge Mentale... comment les surmonter ?

Source : https://www.santemagazine.fr/psycho-sexo/psycho/psychotherapie/psychanalyse-177033

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4.
Vidéos à consulter sur la psyachnalyse

APERÇU40:22 POUR UNE PSYCHANALYSE É/AIMANCIPÉEYouTube· Le Média -25 juin 2022

APERÇU32:25 La psychanalyse doit-elle être en phase avec l’époque ?YouTube· France Culture -1 avr. 2022

APERÇU11:21 09-Laurie Laufer : Ce que le genre fait à la psychanalyseYouTube· Institut Emilie du Châtelet14 déc. 2017

APERÇU2:44:41 alon de lecture. Laurie Laufer, Roland Gori & Patrick de Neuter YouTube · Espace analytique - 12 déc. 2021

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5.
Féminisme, sexualités... Pour une psychanalyse en phase avec son temps - Juliette Cerf- Publié le 29/05/22, mise à jour le 30/05/22 - Article complet réservé aux abonnés de Télérama

Il est temps de réveiller le divan ! Pendant que le monde bouge, la psychanalyse a tendance à demeurer figée dans ses schémas théoriques. La psy Laurie Laufer, spécialiste du genre et autrice de “Vers une psychanalyse émancipée”, l’appelle à se secouer.

La psychanalyse doit-elle se remettre en cause à l’aune du féminisme ? Les études de genre sont-elles une possible voie, ou voix, d’émancipation ? Mais de quoi la psychanalyse devrait-elle au juste s’émanciper ? Ces questions secoueront les lectrices et lecteurs de Vers une psychanalyse émancipée. Renouer avec la subversion. Dans cet essai documenté qui sait aussi manier l’ironie, la psychanalyste Laurie Laufer, professeure à l’Université Paris Cité, orchestre, sur le divan, une rencontre fertile entre l’inconscient et le genre.

Position courageuse, alors même que la psychanalyse est attaquée de toutes parts, autant par les théories cognitives et comportementales que par les féminismes contemporains qui ne voient souvent en elle, comme l’avance Laufer, qu’une « vieille dame straight et mal fagotée  » nous rabâchant ses « radotages d’un autre temps  » — « l’envie de pénis », par exemple, à laquelle Freud réduisait la sexualité féminine… Dans son cabinet studieux et chaleureux, situé dans le 13e arrondissement parisien, où elle reçoit ses patients, et écrit ses articles et ses livres — les deux espaces de travail étant séparés par un simple rideau —, Laurie Laufer s’attelle à ce que la psychanalyse circule toujours, vive et vivante, et ne devienne jamais « une langue morte, fossilisée  ».

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Source : https://www.telerama.fr/debats-reportages/feminisme-sexualites-pour-une-psychanalyse-en-phase-avec-son-temps-7010642.php

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6.
Entretien avec la psychanalyste Laurie Laufer - Publié le vendredi 20 Mai 2022 par Nicolas Mathey – Document ‘l’Humanité’ - psychanalyse - Photo - Charlotte Krebs

Essai - Dans son dernier ouvrage, la praticienne invite à rouvrir le discours psychanalytique aux évolutions des pratiques de genre et de sexualité. Avec humour et en se jouant des normes.

Largement disqualifiée par les discours dominants des politiques publiques néolibérales, supplantée par les psychologies cognitive et comportementale, la psychanalyse n’en demeure pas moins vivante et alerte, souligne Laurie Laufer dans Vers une psychanalyse émancipée. Renouer avec la subversion  (1). Professeure à l’université Paris Cité, elle invite la théorie psychanalytique à retrouver l’inspiration freudienne pour sortir des discours de morale publique et de la «  morale d’état civil  », afin de s’ouvrir à nouveau au monde en adaptant ses concepts aux évolutions sociales, notamment de genre et de sexualité. Avec humour et en se jouant des normes.

En quoi la psychanalyse, prise selon vous entre répétition et dogmatisme, est-elle devenue «  inaudible  »  ?

L’âge d’or de la psychanalyse, durant les années 1980 en France, est passé, mis à part en Amérique du Sud, peut-être. Aux États-Unis, la psychanalyse verse plutôt du côté de l’egopsychologie, de la psychologie cognitive et comportementale, pour des raisons historiques et d’adaptation au pragmatisme états-unien. En France, si on prend pour mesure les recrutements de jeunes psychologues dans les centres médico-psychologiques et les structures hospitalières, l’état de la psychanalyse est misérable. Les fiches de postes demandent une formation en psychologie cognitive et en neurosciences. Pour autant, il y a encore du monde pour consulter les psychanalystes. Il y existe une drôle de tension entre l’espace public et politique, qui rejette la psychanalyse, faisant entendre une hégémonie de la psychologie cognitive, et l’espace de la consultation analytique.

Ce n’est pas seulement une question épistémologique. C’est très en lien avec le néolibéralisme des structures hospitalières : il faut que ça aille vite, que ce soit efficace, rentable, évaluable. La question du temps long exigé par la psychanalyse, la question différente du symptôme et de l’inconscient la rendent inaudible dans l’espace politique de santé. N’empêche qu’elle représente, peut-être dans l’espace de l’analyse, une forme de micro-politique de résistance au discours néolibéral.

Peut-on même parler de «  la  » psychanalyse  ?

En effet, il y a plutôt des psychanalystes et non LA psychanalyse, comme le disait déjà Jacques Derrida. Il y a des psychanalystes, qui s’inscrivent dans le champ social. Mais Moustapha Safouan parlait des églises de et dans la psychanalyse. Et il y a en effet des dogmes, des textes sacrés, des chapelles. Après la mort de Lacan, ses héritiers se sont bagarrés. J’espère m’inscrire en dehors de tout ça. Je suis pour une forme d’athéisme dégagé de ces chapelles. Les textes doivent pouvoir être lus avec les yeux de notre époque. On ne peut pas penser que la psychanalyse est universelle et anhistorique.

Il ne s’agit pas « de sauver Freud, mais de revenir au tranchant subversif de l’invention de la psychanalyse ». Est-ce ce qui a motivé votre essai Vers une psychanalyse émancipée ?

Deux ressorts ont provoqué ce livre : l’ennui d’écouter certains de mes collègues psychanalystes, avec leurs ritournelles, leurs répétitions, leurs commentaires des textes sans inventivité. Le second ressort est la colère vis-à-vis de certains discours concernant lesdites « minorités », notamment sexuelles. La philosophe féministe Colette Guillaumin invite à toujours «  prendre en compte les effets théoriques de la colère des opprimés  ». À partir des années 1970, homosexuels et ‘trans’ sont devenus sujets de leur propre discours, mais la doxa psychanalytique ne l’a pas forcément entendu. Ces questions de genre ont abouti au paradoxe suivant : comment une pratique telle que la psychanalyse, dont le propre est de créer les conditions d’une parole subjective, peut-elle persister à parler pour les autres ?

Pourtant, vous rappelez que Freud qualifiait sa propre invention d’« open to revision », dans son ouvrage de 1926, c’est-à-dire une analyse toujours à revoir et réinventer…

À l’époque, seuls les médecins peuvent pratiquer la psychanalyse. Freud s’y oppose en soutenant que les psychanalystes ne sont pas des techniciens de la santé mentale, pour le dire de façon anachronique, comme on tend à les ramener aujourd’hui. De manière invraisemblable comme dans la récente proposition de Macron, qui dit qu’on peut avoir huit séances prescrites par an prises en charge par la Sécurité sociale. Ce ridicule provoque chez moi un grand éclat de rire.

La psychanalyse a pourtant voulu s’émanciper de cette soumission à la médecine, sortir de sa houlette. Quand Freud invente la psychanalyse, il s’émancipe des discours médicaux de pathologisation de son époque. Lacan, en 1953, dans son premier séminaire sur les Écrits techniques de Freud, dit que «  cet enseignement est un refus de tout système  ». La pensée de Freud est en effet toujours ouverte à la révision. Ce qui compte, c’est de toujours resituer les notions freudiennes dans leur contexte.

Que pensez-vous des limites des positions freudiennes  ? Comment entendre certaines de ses expressions aujourd’hui  ?

Beaucoup de démonstrations théoriques nécessitent un peu de mauvaise foi… Freud dit aussi qu’il faut faire attention à ne pas sous-estimer les organisations et les dispositifs sociaux qui acculent les femmes à une certaine passivité. La question de la psychanalyse au fond est : comment faire pour que le sujet de l’inconscient, sujet divisé, puisse rencontrer des ressources subjectives susceptibles de le faire agir sur lui-même, en somme, devenir un agent politique ? Certaines théoriciennes féministes comme Judith Butler ont assez tôt insisté sur cette ‘agentivité’, sur la puissance d’agir depuis soi-même, « l’empowerment ». Les expressions comme «  envie de pénis  » ont par exemple servi, dans un contexte historique donné, aux féministes à remettre en question les rapports de pouvoir, la domination patriarcale, l’essentialisme de la femme.

La psychanalyse aurait été successivement ébranlée par les mouvements féministes, puis par le travail de Michel Foucault et enfin par les penseuses « queers » comme Judith Butler…

Ces trois corpus ont en effet désarticulé puis réarticulé ­politique, psychanalyse et sexualité. Dans les années 1970, des féministes se mettent à retravailler la psychanalyse, comme Monique Wittig et Antoinette Fouque. En 1976, la Volonté de savoir, de Michel Foucault, s’inscrit dans la critique du discours psychanalytique comme étant un discours disciplinaire sur la sexualité. Foucault ouvre la voie de la pensée queer sur la critique des dispositifs de pouvoir. Le corps est pensé comme capital à contrôler, dans sa pluralité révolutionnaire, ses sexualités multiples.

Contestée dans l’opinion, reléguée par les sciences cognitives, la psychanalyse n’apparaît-elle pas, dans le discours public, comme une pratique du passé  ?

Il y a des raisons endogènes et exogènes à cette opinion. Il y a eu un affolement, une panique de certains psychanalystes face à certaines évolutions de la société, et une rigidification des discours de certains psychanalystes à l’époque du Pacs, dans lesquels ils parlaient de «  catastrophe anthropologique  » pour qualifier l’union civile possible entre homosexuels. Le ciel allait tomber sur la tête de la famille traditionnelle. De même, en 2013, avec le « mariage pour tous » et surtout la dénonciation de l’homoparentalité.

D’abord, j’ai été étonnée devant cette position d’expertise, puis j’ai été en colère, comme si ces faits sociaux permettaient à la psychanalyse de prescrire et de prévoir des catastrophes « psychiques ». Comme si elle était une météorologie sociale, universalisante et totalisante. Certains psychanalystes se sont sentis investis de la nécessité d’avoir de tels discours. Cela n’a pas aidé au rapprochement entre psychanalyse et militants féministes, ou LGBTQI+…

Que pensez-vous de la critique d’ethnocentrisme qu’Hervé Mazurel adresse à la conception non historique de l’inconscient freudien  ?

Là encore, je pense qu’il a en partie raison pour certains psychanalystes, pour ceux qui pensent en termes d’universel découplés de l’histoire. Depuis une vingtaine d’années, en revanche, de jeunes psychanalystes commencent à articuler psychanalyse et pensée décoloniale, comme Thamy Ayouch, Livio Boni, Sophie Mendelsohn. Quand on a un ministre de l’Éducation nationale qui ouvre un colloque sur la déconstruction en parlant de Foucault et Derrida comme de virus, on marche sur la tête, on se rapproche dangereusement du ‘bolsonarisme’.

Si on continue à penser l’anhistoricité de la psychanalyse, on s’inscrit dans une tradition d’universalisme béat. Tout le monde souhaite l’égalité, mais l’égalité formelle n’empêche pas des formes d’inégalité réelles, matérielles. À une personne qui vient me voir en disant souffrir d’être dominée, discriminée, je ne vais pas répondre seulement en termes de fantasmes. Quels sont les effets subjectifs de la rencontre entre une disposition psychique et un dispositif social ?

Comment expliquer le succès de la série En thérapie, sur Arte  ? Montre-t-il que la psychanalyse reste vivante en tant que lieu de libération de la parole  ?

La psychanalyse bouge encore… elle est encore vivante. Freud l’a inventée comme pratique mineure dans son époque. Il opère une forme de rupture avec la psychiatrie et la psychologie. Il part des marges : écouter les fous, les femmes, les homosexuels, tous ceux qui étaient considérés alors comme « dégénérés », et il écoute une parole subjective et donne un sens à des symptômes qui sont alors la marque d’une singularité. D’un point de vue institutionnel, c’est toujours compliqué quand la psychanalyse veut devenir un discours officiel et gagner en visibilité dans les médias. Je ne peux pas parler de ma pratique de psychanalyste.

Il y a une tension entre visibilité et abstention pour la psychanalyse. Comme lorsque David Halperin parle de l’identité gay comme politiquement nécessaire, parce que cela rend visibles les oppressions, et politiquement catastrophique, car cela l’expose à un contrôle. Il y a une nécessité catastrophique de visibilité de la psychanalyse : cela fait parler d’elle mais cela produit aussi des opinions parfois désastreuses. En fait, on ne sait jamais ce qui se passe dans le cabinet de l’analyste. C’est sans doute pourquoi la série a autant de succès.

Vous invitez à «  émanciper  », que vous écrivez aussi «  aimanciper  ». De quelle mainmise la psychanalyse doit-elle, selon vous, se libérer  ?

On ne peut s’émanciper de quelqu’un que parce qu’on aime cette personne. Aimer quelqu’un, c’est vivre avec une certaine liberté. Aimer, c’est se sentir libre par rapport à l’autre. L’émancipation, consiste à s’adresser à la liberté de l’autre. Je suis moi-même mordue de psychanalyse, de ce métier et de cette expérience de liberté. De quoi m’a-t-elle permis de m’émanciper ? Des dogmes, des phrases toutes faites, des inhibitions à penser la psychanalyse au-delà des grandes figures et de tant d’autres choses encore.

Comment relancer la psychanalyse  ? Sagit-il de repolitiser la psychanalyse  ?

Une politisation de la psychanalyse consisterait à travailler à une réflexivité critique sur sa pratique, à une déconstruction de ses propres normes, de ses propres préjugés. Une réflexivité critique sur les discours courants et les discours dominants, telle serait sans doute une repolitisation de la psychanalyse, comme le dit Michel de Certeau. Le geste de Paul B. Preciado, en philosophe « queer », va dans ce sens lorsqu’il appelle à une mutation de la psychanalyse. Ce que je tente dans mon propre ouvrage, c’est de voir depuis ma pratique analytique ce qu’on peut penser concernant les genres et les sexualités. Je ne sais pas si cet appel va être entendu.

Qu’appelez-vous «  la psychanalyse désopilée  »  ?

Butler dit que «  face aux catégories sérieuses, le rire est nécessaire aux féministes  ». D’autant plus face au ridicule, face à la mythologie du sérieux qui s’attache au psychanalyste et à ses borborygmes. J’ai lu dans un manuel de médecine du XVIIIe siècle que la rate obstruée et ‘opilée’ conduit à la mélancolie. Il faut donc désopiler la rate, l’ouvrir à autre chose. Le rire peut permettre d’ouvrir la rate. Quand je parle de «  psychanalyse désopilée  », il s’agit d’une psychanalyse ouverte sur le monde, critique sur ses pratiques, capable de dérision sur elle-même. Je rappelle que Freud a écrit les trois essais sur la sexualité en même temps que son essai sur le mot d’esprit et son rapport à l’inconscient. Un éclat de rire est aussi une certaine position subjective et politique.

(1) Vers une psychanalyse émancipée. Renouer avec la subversion, de Laurie Laufer, éditions la Découverte, 240 pages, 18,50 euros.

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L’Humanité

L’Humanité — La chronique cinéma d’Émile Breton. Belfort : un festival à domicile - Le blog de Tënk

Source : https://www.humanite.fr/en-debat/psychanalyse/laurie-laufer-750981

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7.
Pour une psychanalyse é/aimancipée - 25 juin 2022 - 11H00 - Par Julien Théry – Historien qui contribue au Média depuis septembre 2018. Document ‘lemediatv.fr’ - On s’autorise à penser

Parce qu’il n’est plus possible que seuls “les milieux autorisés” soient autorisés à penser notre monde, ses réalités et ses combats. Cette émission se veut le carrefour des intellectuels, penseurs et acteurs des luttes sociales dissidents et/ou invisibilisés.

Si l’on s’en tient au rôle le plus souvent joué par les psychanalystes dans le débat public ces dernières décennies, on peut aisément avoir le sentiment que leur savoir et leur pratique sont orientés vers le conservatisme et vers le maintien de l’ordre symbolique et social, en opposition aux avancées pour l’égalité des droits obtenues de haute lutte ou encore objets des combats féministes et LGBTI+. Bien au contraire, montre Laurie Laufer dans un livre récent pour lequel Julien Théry l’a reçue, la psychanalyse a vocation à se réinventer pour intégrer les formes contemporaines d’existence et d’éros.

Dans son livre paru chez La Découverte, « Vers une psychanalyse émancipée. Renouer avec la subversion », Laurie Laufer (qui est non seulement psychanalyste, mais aussi professeuse à l’Université Paris-Cité et directrice du directrice du CRPMS, Centre de recherche psychanalyse, médecine et société) renoue avec ce qui fut la vocation première de la psychanalyse chez son fondateur, Freud, tout comme, par la suite chez Lacan : la subversion des préjugés dominants, la réinvention par l’ouverture au contemporain. 

Trois moments de l’histoire intellectuelle et militante offrent à la psychanalyse, selon Laurie Laufer, les moyens de dépasser la sclérose de l’enfermement dans une expertise rétrograde de la « vie psychique » : le mouvement féministe, avec ses deux branches fondatrices, différentialiste et radicale (Antoinette Fouque, Monique Wittig), apparues à partir des années 60, la révolution post-moderniste due non seulement à Foucault et au foucaldisme (avec les 4 volumes de « L’histoire de la sexualité » parus à partir de 1976) ainsi qu’à Deleuze et Guattari, mais aussi à des penseuses et militantes états-uniennes comme Gayle Rubin, enfin la pensée queer et trans élaborée aujourd’hui par des figures comme Paul B. Preciado ou Sam Bourcier.

Rien, souligne Laurie Laufer, ne justifie une opposition systématique de la psychanalyse à l’égalité des droits, à la remise en cause des rôles de genre au nom d’une différence des sexes naturalisée, ou à l’accueil du mouvement transgenre. C’est en retravaillant en permanence l’héritage freudo-lacanien en fonction des formes contemporaines d’éros et d’existence que la psychanalyse peut s’émanciper d’une tradition figée ‒ tel Picasso reprenant, en y restant fidèle (en l’aimant) tout en le transformant profondément, le célèbre tableau des Ménines par Velasquez

Pour une psychanalyse é/aimancipée

On s’autorise à penser - Parce qu’il n’est plus possible que seuls “les milieux autorisés” soient autorisés à penser notre monde, ses réalités et ses combats. Cette émission se veut le carrefour des intellectuels, penseurs et acteurs des luttes sociales dissidents et/ou invisibilisés. En voir +

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Source : https://www.lemediatv.fr/emissions/2022/pour-une-psychanalyse-e-aimancipee-MFw9TrXxTQGNKDAHoPeLBw

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8.
La psychanalyse est-elle un féminisme manqué ? – Par Laurie Laufer - Dans Nouvelle revue de psychosociologie 2014/1 (n° 17), pages 17 à 29

Freud naturaliste ?

En 1932, face à un public de médecins et de disciples psychanalystes, Freud donne une conférence sur la féminité. « On estime que les femmes ont apporté peu de contributions aux découvertes et aux inventions de l’histoire de la culture, lance Freud d’emblée, mais peut-être ont-elles quand même inventé une technique, celle du tressage et du tissage. S’il en est ainsi, on serait tenté de deviner le motif inconscient de cette réalisation. C’est la nature elle-même qui aurait fourni le modèle de cette imitation en faisant pousser, au moment de la puberté, la toison pubienne qui cache les organes génitaux » (Freud, 1932, p. 177). Il s’agit de comprendre, sous la plume de Freud, que ce tressage vient à cacher une absence d’organe pénien. Cette conférence a fait couler beaucoup d’encre et a suscité de longs et nombreux commentaires de la part des féministes analystes comme Luce Irigaray, Sarah Kofman ou Juliet Mitchell, pour ne citer qu’elles, à propos de ce « continent noir » qu’est La femme, pour Freud, de cette « énigme » par essence. À la lecture de ce texte, les féministes, analystes ou non, se sont esclaffées de rire. Comme l’écrit Judith Butler (1990, p. 52) : « Face aux catégories sérieuses le rire est nécessaire aux féministes. »

Mais dans les textes de Freud, comme souvent, il y a des torsions qui peuvent faire comprendre une chose et son contraire – preuve d’une pensée dialectique sans cesse en mouvement – ; en effet, dans cette même conférence, alors qu’on peut le considérer comme naturaliste, il se fait plus « matérialiste » et il écrit : « Ce faisant, il nous faut prendre garde de ne pas sous-estimer l’influence des organisations sociales qui acculent également la femme à des situations passives. Tout cela est encore loin d’être tiré au clair. […] La répression de son agressivité, constitutionnellement prescrite et socialement imposée à la femme, favorise le développement de fortes motions masochistes qui parviennent à lier érotiquement les tendances destructrices tournées vers le dedans […] » (Freud, 2002, p. 178).

Freud admet combien l’énigme de la féminité ne sera pas résolue par la psychanalyse, « cette élucidation devra sans doute venir d’ailleurs », écrit-il. Il n’est pas dans la « nature même de la psychanalyse » de décrire ce qu’est la femme. Cette énigme est d’abord soumise à la compréhension de la constitution de la différenciation des êtres vivants en deux sexes. « Nous ne savons rien là-dessus et la bisexualité est pourtant un caractère extrêmement frappant de la vie organique » (ibid.). Pour Freud, la question n’est donc pas de savoir ce qu’est une femme, mais « d’examiner comment elle le devient, comment la femme se développe à partir de l’enfant aux dispositions bisexuelles » (ibid.). On ne naît pas femme, dit Freud en substance, on le devient, devançant de quelques années la célèbre formule beauvoirienne.

Une lecture attentive de Freud peut parfois désorienter le lecteur. Certes, les féministes ont été très critiques à son égard, parfois à juste titre, relevant les apories de « l’envie de pénis » ou du « complexe de virilité ». Certaines féministes ont rejeté radicalement une psychanalyse considérée comme un discours idéologique essentialisant la différence des sexes, une théorie bourgeoise qui serait articulée à une pratique patriarcale perpétuant la domination des femmes et les stéréotypes de genre, mais la pensée dialectique de Freud rend plus complexes certaines de ses propositions. « Homo », « hétéro », « masculin », « féminin », telles sont les catégories construites socialement qui oublient ce que l’invention de la sexualité infantile freudienne a de subversif. Jean Laplanche écrit ainsi : « Masculin et féminin est la première différenciation que vous faites quand vous rencontrez un autre être humain, et vous êtes habitués à faire cette différenciation avec une certitude exempte d’hésitation. […]

En psychanalyse, en clinique d’une façon générale, l’immense majorité, voire la totalité des “observations”, pose de façon irréfléchie au départ : “Il s’agit d’un homme de 30 ans ; ou d’une femme de 25, etc.” Le genre serait-il vraiment a-conflictuel au point d’être un impensé de départ ? » (Laplanche, 2003, p. 162-163).

C’est précisément l’outil du genre qui peut redonner un nouvel élan à une psychanalyse prise dans les discours courants de son époque, une psychanalyse oublieuse de l’infantile, du polymorphe, de l’inventivité inconsciente de l’enfant. Comme l’indique Joan Scott (1986, p. 13), « le genre est l’étude des relations entre le normatif et le psychique ». Les stéréotypes de genre (masculin/féminin) sont des constructions sociales qui sont tellement intégrées psychiquement qu’elles en deviennent « naturelles ».

C’est pourquoi repenser les catégories qui apparaissent immuables et anhistoriques est l’intérêt même de la méthode du genre (gender). L’outil d’analyse des catégories qu’est le genre permet de remettre du conflit, de l’instable, de l’hésitation, de l’intranquillité dans les façons d’appréhender les différences homme/femme, les polarités féminin/masculin, les hiérarchisations sociales, les identités figées, les faits dits « naturels ».

Une psychanalyse mise en mouvement par les critiques

Les réactions antipsychanalytiques dans le champ des sciences sociales ont été fort nombreuses et souvent rudes. Gayle Rubin, anthropologue américaine, a tenté, tout en critiquant une certaine psychanalyse normative, la rencontre entre les gender studies et la psychanalyse freudienne (Rubin, 2010). C’est en 1975 que Gayle Rubin s’est fait connaître grâce au « Marché aux femmes », un texte majeur paru dans un ouvrage collectif inaugurant l’anthropologie féministe. À partir de la lecture des textes de Marx et de Freud, de Lévi-Strauss et de Lacan, elle a théorisé une « économie politique du sexe » (Rubin, 1975, p. 62). Gayle Rubin a publié une série d’articles qui mettent en perspective son projet de « créer une éthique sexuelle pluraliste » et qui l’ont confirmée dans son statut de représentante la plus éminente de ce qu’elle a elle-même appelé une « théorie radicale de la politique de la sexualité ». « La bataille entre la psychanalyse et le mouvement des femmes et le mouvement gay est devenue légendaire.

Cette confrontation entre les révolutionnaires sexuels et l’establishment des cliniciens a été provoquée en partie par l’évolution de la psychanalyse aux États-Unis, où la tradition clinique a fétichisé l’anatomie » (Rubin, 1975, p. 53). Gayle Rubin rappelle le trajet que l’enfant doit parcourir de stade en stade jusqu’à atteindre le stade génital et « la position du missionnaire », selon son expression toute ironique. Ainsi, selon elle, la pratique clinique a une mission : celle de rectifier les trajectoires de ceux qui « en sont venus à dérailler sur la voie de leur but “biologique” ». La pratique clinique impose la norme sexuelle, selon Rubin, « transformant la loi morale en loi scientifique ».

C’est pourquoi les mouvements gays et féministes ont considéré la psychanalyse comme l’un des dispositifs normatifs. Une critique de la psychanalyse s’imposait donc. Gayle Rubin rappelle cependant que « la psychanalyse présente un ensemble unique de concepts permettant de comprendre les hommes, les femmes et la sexualité. Et le plus important est que la psychanalyse fournit une description des mécanismes par lesquels les sexes sont divisés et déformés, une description de la manière dont des petits enfants bisexuels et androgynes, sont transformés en garçons et en filles. La psychanalyse est une théorie féministe manquée » (Rubin, 1975, p. 54). Elle ajoute : « Comme la psychanalyse est une théorie du genre, l’écarter serait suicidaire pour un mouvement politique qui se consacre à éradiquer la hiérarchie de genre (ou le genre lui-même) » (ibid., p. 68).

Il s’agirait alors de puiser dans les gender studies les critiques faites à la psychanalyse afin de mettre en mouvement la psychanalyse elle-même, qui ne peut s’exclure de l’histoire dans laquelle elle s’inscrit [1]. Une approche épistémologique de la psychanalyse a pu montrer que là où elle a été le plus souvent dogmatique et le moins plastique (notamment dans certaines positions visant la femme et les homosexualités), on a pu assister à l’émergence d’une pensée inventive et vivante en dehors de son domaine et le plus souvent très critique à son endroit. Dans cette démarche, il s’agit d’interroger dans quelle mesure la pratique analytique peut se trouver éclairée ou infléchie par d’autres discours sans perdre sa spécificité.

La psychanalyse a, semble-t-il, abandonné son propre terrain au profit des « théories de la construction sociale de la sexualité » depuis les années 1970. En s’érigeant comme expert de la santé mentale, devenant de plus en plus psychiatrisante ou médicalisante, la psychanalyse, du moins certains psychanalystes qui se considèrent porte-voix de la psychanalyse, ont produit, parfois à juste titre, une certaine défiance dans le champ des sciences sociales à l’égard des théories étiologiques qui normalisent des comportements en les médicalisant. Cette défiance pour la psychanalyse est fabriquée par le praticien lui-même qui s’est constitué en expert des règles et des conduites à tenir dans le domaine de la sexualité. Comme l’indique Jean Allouch (2010, p. 12) : « C’est à ce titre qu’il est consulté par les tribunaux, par les médias, par les organismes éducatifs, par le législateur, etc…

Et certains psychanalystes répondent à cette demande, se prononcent sur le mariage homosexuel, sur la possibilité pour les homosexuels d’élever des enfants, sur les mères porteuses. Comme s’ils pouvaient tenir un discours général sur de telles questions de société. Mais aussi comme s’ils savaient la norme, et comme si cette norme faisait l’unanimité dans “la profession”. Ce dérapage est dû à l’emprise du médical sur l’analytique, une emprise que Freud a combattue largement, en vain. »

Pourtant, l’une des ruptures épistémologiques introduite par la théorie freudienne consiste en la dépathologisation du fait sexuel humain dans toutes ses dimensions. Freud n’a eu de cesse de démontrer que le développement libidinal n’est pas stable, qu’il n’y a pas de stade, que la génitalité est un mythe et le graal développemental de la « maturité sexuelle », une illusion. La question freudienne n’est pas celle d’une identité sexuelle, mais davantage celle des constellations identificatoires de la vie psychique. Ce qui caractérise les pulsions sexuelles, dit-il encore, c’est leur immense plasticité et non pas l’objet de la pulsion elle-même.

Freud aura conservé comme une boussole l’idée d’une polymorphie de la sexualité infantile. En effet, Freud n’a eu de cesse de montrer que, dans l’expérience de la sexualité humaine, il y a des différences et des genres multiples, des conduites et des pratiques sexuelles diversifiées presque à l’infini, bref, des différenciations complexes et subtiles dans une polysexualité soumise, selon les temps et les lieux, à une variété de normes elles-mêmes plus ou moins contraignantes et plus ou moins nécessaires. Freud disait que les normes sont arbitraires et conventionnelles, qu’elles relèvent d’une fiction et donc de l’imaginaire social.

Lacan, reprenant cette idée, dit lors d’une interview en 1973 sur France Culture, publiée dans la revue Le coq héron en 1974 : « Il y a des normes sociales faute de toute norme sexuelle, voilà ce que dit Freud. » Et c’est encore Lacan qui, le premier, avait mis en garde les analystes dès les années 1960 au sujet d’Œdipe dont il disait qu’il « ne saurait tenir indéfiniment l’affiche dans les formes de société où se perd de plus en plus le sens de la tragédie » (Lacan, 1966, p. 813). Et, en 1967, Lacan parlait même de « l’attachement spécifié de l’analyse aux coordonnées de la famille [qui] est un fait qui est à estimer sur plusieurs plans. Il est extrêmement remarquable dans le contexte social. Il semble lié à un mode d’interrogation de la sexualité, qui risque fort de manquer une conversion sexuelle qui s’opère sous nos yeux » (Lacan, 1967, p. 587).

Malgré ces avertissements, une certaine psychanalyse a « manqué une conversion sexuelle qui s’opère sous nos yeux » et a produit un discours normalisant. Il existe, par conséquent, plusieurs grandes critiques faites notamment par les féministes et les gender studies à la théorie psychanalytique freudo-lacanienne :

– La naturalisation et la biologisation de la différence homme/femme, une essentialisation ou une ontologie de ces catégories. La différence des sexes serait pour certains la capacité même de penser, ce qui est relayé désormais par certains psychanalystes qui s’expriment comme experts sur le mariage dit « pour tous ». Il y a pourtant chez Freud le constat de la grande énigme que constitue la différence des sexes. À la fin de son parcours théorique, en 1938, Freud avance que la psychanalyse ne peut rien dire de la différence des sexes et de la bisexualité psychologique. Il écrit dans L’abrégé de psychanalyse : « Nous nous trouvons en face d’une grande énigme, d’un problème posé par un fait biologique, celui de l’existence de deux sexes. Là finissent nos connaissances et ce fait, nous n’arrivons pas à le ramener à autre chose. La psychanalyse n’a contribué en rien à résoudre ce problème qui est sans doute tout entier d’ordre biologique. Nous ne découvrons dans le psychisme que des reflets de cette grande opposition et nos explications se heurtent à une difficulté dont nous soupçonnions depuis longtemps le motif […].

Le fait de la bisexualité psychologique pèse sur nos recherches et rend difficile toute description » (Freud, 1938, p. 58-59). Il constate la « mobilité de la libido, c’est-à-dire la facilité avec laquelle elle passe d’un objet à l’autre », ou encore le fait que le corps tout entier est érogène (ibid.). Lacan, dans son retour à Freud, prolongera cette idée en disant, notamment dans le séminaire Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse : « Dans le psychisme, il n’y a rien par quoi le sujet puisse se situer comme être de mâle ni être de femelle » (Lacan, 1973, p. 228).

Donc la différence des sexes et la bisexualité psychologique ne sont pas des repères si fiables pour Freud. Le corps, le sexe, la sexualité restent trop indisciplinés. Ils ne relèvent pas si simplement de bicatégories. C’est le propos d’ailleurs de la biologiste féministe Anne Fausto-Sterling dont l’article de 1993 « Les cinq sexes » avait fait scandale, dans lequel elle évoquait un continuum des sexes et qu’elle reprend en 2000 dans « Les cinq sexes revisités » : « Il est plus juste de conceptualiser le sexe et le genre comme différents points dans un espace multidimentionnel » (Fausto-Sterling, 2000, p. 85). Car penser le continuum, c’est toujours penser entre deux pôles ;

  • Une autre grande critique revient souvent contre une certaine psychanalyse : l’anhistoricisation qui entraîne une forme d’apolitisme de la psychanalyse et une dépolitisation de son écoute. Concernant cet apolitisme, Monique Wittig, une des critiques les plus virulentes de la psychanalyse, écrit : « Notre refus de l’interprétation totalisante de la psychanalyse fait dire que nous négligeons la dimension symbolique. Ces discours parlent de nous (les femmes et les homosexuels) et prétendent dire la vérité sur nous dans un champ apolitique comme si rien de ce qui signifie pouvait échapper au politique et comme s’il pouvait exister en ce qui nous concerne des signes politiquement insignifiants » (Wittig, 1992, p. 69) ;
  • L’universalisme interprétatif et l’invariant des concepts sont aussi des critiques importantes. Wittig écrit encore : « La pensée straight se livre à une interprétation totalisante à la fois de l’histoire, de la réalité sociale, de la culture et des sociétés, du langage et de tous les phénomènes subjectifs. Je ne peux que souligner ici le caractère oppressif que revêt la pensée straight dans sa tendance à immédiatement universaliser sa production de concept, à former des lois générales qui valent pour toutes les sociétés, toutes les époques, tous les individus. C’est ainsi qu’on parle de l’échange des femmes, de la différence des sexes, de l’ordre symbolique, de l’inconscient, du désir, de la jouissance, de la culture, de l’histoire » (Wittig, 1992, p. 71) ;
  • Enfin : l’obsession de l’étiologie psychosexuelle et pathologisante. Ces contours fabriquent ce que Foucault a qualifié de dispositif disciplinaire bionormatif qui tend à « gouverner et à dresser les corps » – ce qu’il a appelé le « biopouvoir ». À la fin des années 1970, Foucault étudie les transformations des formes de pouvoir à la fin du xviiie siècle et il désigne par le terme de « biopolitique » une nouvelle forme de gouvernementalité, la manière dont le pouvoir se transforme afin de gouverner non seulement des individus à travers un certain nombre de procédés disciplinaires, mais également l’ensemble des vivants constitués en population. Dans la mesure où la santé, l’hygiène, l’alimentation, la sexualité, la natalité sont devenues des enjeux économiques et politiques, la biopolitique s’occupe de la gestion de ces pratiques. L’apparition de la biopolitique et de l’homo psychologicus est coextensive avec les discours médicaux et l’inflation discursive scientifique des xviiie et xixe siècles. À ce moment-là émergent les identités et les catégories psychologico-médicales qui identifie un sujet pour mieux le contrôler. On parle du « pervers », de « l’homosexuel ». Le corps devient « dressable », assujetti à une discipline que le pouvoir contrôle par la médecine, la psychologie et la psychiatrie.
    Dans ses travaux, Foucault analyse l’invention de la psychanalyse en la replaçant dans un contexte historique, politique, économique et moral. La psychanalyse, à l’instar des discours psychiatriques et sexologiques de la fin du xixe siècle, est étudiée comme un discours situé historiquement. Pour Foucault, la psychanalyse a été rattrapée par les instruments de contrôle biopolitique que sont la psychologie et la psychiatrie.

La rupture épistémologique freudienne : une sexualité hors norme

Or, il y a cependant un irréductible du sujet de la psychanalyse, c’est la pulsion et la variabilité de son objet, son excès, la compulsion de répétition, la jouissance. Le sujet auquel a affaire la pratique analytique se confronte à une réalité qui l’excède, à une réalité qui excède l’ordre du normatif et du biologique, à une excédence dont l’insistance, la persistance marque l’irréductibilité de l’être de langage à la norme et aux coordonnées biologiques.

L’inconscient, la pulsion rompent avec le cours « normal » et « naturel » des choses, c’est à cet endroit que les biopouvoirs ne veulent rien savoir. La psychanalyse prolifère sur l’excès, sur les restes irréductibles de la norme – à savoir la jouissance. Jouissance liée au fait qu’il n’y a pas simplement des organismes ou des corps régulés par le plaisir ou le déplaisir, mais aussi des corps confrontés aux pulsions, aux ratages du langage, à l’inconscient et à ses formations (actes manqués, lapsus, oublis…).

Il ne s’agit pas, selon moi, de sauver Freud, mais simplement de revenir à ce qui a fait le tranchant subversif de l’invention de la psychanalyse comme méthode et comme pratique. La psychanalyse s’est fondée notamment sur trois points importants :

  • Foucault le rappelle en écrivant dans L’histoire de la folie à l’âge classique (1972) qu’« il faut être juste avec Freud ». Foucault a reconnu chez Freud le geste essentiel qui a consisté à être « le premier à avoir entrepris d’effacer radicalement le partage du positif et du négatif (du normal et du pathologique, du compréhensible et de l’incommunicable, du signifiant et de l’insignifiant) » (Foucault, 1975, p. 1627), notamment concernant la folie. C’est une nouvelle façon d’appréhender un continuum entre le normal et le pathologique. Freud considère le délire comme une construction de la vie psychique ;
  • Ce premier temps produit corrélativement un deuxième point essentiel à l’époque de Freud. C’est la rupture avec une idéologie de la dégénérescence qui présidait alors à la conception des phénomènes pathologiques, notamment de l’hystérie et de l’homosexualité. Krafft Ebing en Allemagne et Magnan en France en étaient à l’époque les fermes représentants ;
  • Le troisième point essentiel concerne la méthode et la pratique elle-même, c’est-à-dire sa dimension technique. Un petit épisode dans les Études sur l’hystérie est d’une grande importance pour l’invention de la psychanalyse, non seulement en tant que méthode mais aussi en tant que rupture avec ce qui se pratiquait à l’époque de Charcot et de ses patientes hystériques. Freud est avec Emmy von N. qui souffre, entre autres symptômes, de douleurs gastriques qui l’empêchent de dormir, il écrit : « Par un détour quelconque, j’arrive à lui demander comment ses douleurs gastriques sont survenues et d’où elles proviennent… Avec assez de réticences, elle me répond qu’elle n’en sait rien. Je lui donne jusqu’au lendemain pour s’en souvenir. Elle me dit alors d’un ton très bourru qu’il ne faut pas lui demander toujours d’où provient ceci ou cela, mais la laisser raconter ce qu’elle a à dire. J’y consens et elle poursuit sans préambule » (Freud, 1895, p. 48). Ce consentement renverse les positions entre le médecin sachant et savant et la patiente. Le savoir n’est plus du même côté.
    Libérer la parole allait donc de pair avec un élargissement de la sexualité, un élargissement du concept du sexuel, par-delà les normes qui, à tel moment de l’histoire, prescrivent telle ou telle organisation dominante et condamnent toutes les autres. Cet épisode est majeur parce qu’il met en place ce qui est le levier de la technique analytique : le transfert, ce que Lacan reprendra en critiquant la notion de contretransfert. « Le contretransfert n’est rien d’autre que la fonction de l’ego de l’analyste, ce que j’ai appelé “la somme des préjugés de l’analyste” » (Lacan, 1975, p. 31).

La position technique et non seulement éthique de l’analyste serait de se défaire de ces préjugés, ce qu’il exprimera dans une autre formule : « Si l’analyste essaye d’occuper cette place […] qui détermine son discours [celle de l’objet a], c’est justement de n’être absolument pas là pour lui-même » (Lacan, 1969, p. 59). C’est précisément sa dimension sociale et politique.

Alors, que s’est-il passé pour que la charge soit aussi violente ? En 1966, Lacan écrivait déjà : « La psychologie est véhicule d’idéaux. La psyché n’y représente plus que le parrainage qui la fait qualifier d’académique. L’idéal est serf de la société. Un certain progrès de la nôtre illustre la chose, quand la psychologie ne fournit pas seulement aux voies, mais défère aux vœux de l’étude de marché » (Lacan, 1966, p. 832).

Les sirènes du marché et du discours de la science ont rendu sourde la psychanalyse. Les discours du capitaliste et celui de la science ont rendu muet celui de la psychanalyse : déférant aux vœux du marché, elle s’est pliée à la séduction des bionormes ; les experts d’Œdipe ont proliféré, les Torquemada de la sexualité se sont lâchés. Il y a un retour vers les théories de la dégénérescence maquillé en catastrophisme devant l’expression et la visibilité des « nouveaux modes de jouissance », selon l’expression consacrée, aussitôt pathologisés, catégorisés en perversion sociale ou en psychose ordinaire.

Pour certains psychanalystes, il n’y a plus de révolutionnaires, il n’y a que des malades. Rappelons que pour Freud les hystériques n’étaient pas malades mais inventaient la possibilité de faire des symptômes corporels un langage. Or, l’ordre médical érigé en ordre symbolique a gommé les désordres du désir. La méthode et la pratique ont été érigées en discours qui n’a pas échappé à son institutionnalisation, à son officialisation, qui a donc produit des « professionnels de la profession », qui se répandent en experts sur les ondes. Pour un certain nombre de penseurs des gender studies, la psychanalyse est un produit dérivé de la pensée dominante et straight, hétéronormative et totalisante dont la nature est oppressive, inquisitrice et manipulatrice.

Une repolitisation de la psychanalyse

Le praticien aujourd’hui ne peut pas rester sourd à ces critiques, il en va de sa position et de sa pratique : la psychanalyse est un savoir situé et constitué historiquement. Afin de mettre en jeu une réplique au pouvoir normalisant, il s’agit pour l’analyste de défaire sans cesse son rapport au savoir et aux normes qu’il institue. « Le discours de l’analyste doit se trouver à l’opposé de toute volonté, au moins avouée, de maîtriser. Je dis “au moins avouée” non pas qu’il ait à la dissimuler, mais puisque, après tout, il est facile de redéraper toujours dans le discours de la maîtrise » (Lacan, 1969, p. 79).

La psychanalyse, en tant que méthode, théorie et pratique, peut-elle se passer de sa propre réflexivité ? Qu’est-ce qu’un dispositif qui ne met pas en perspective son propre mode de fabrication, ses propres conditions d’apparition ? Qu’est-ce qu’un discours qui ne se confronte pas à ce qu’il a voulu oublier de lui-même ou exclure de lui-même ? Le dispositif de pouvoir reviendrait-il comme refoulé de la psychanalyse ? La psychanalyse a une histoire et a produit une histoire, mais, comme l’écrit Michel de Certeau (1987, p. 98) : « Là où la psychanalyse “oublie” sa propre historicité, c’est-à-dire son rapport interne à des conflits de pouvoir et de place, elle devient ou un mécanisme de pulsions, ou un dogmatisme du discours, ou une gnose de symboles. » L’auteur propose une « repolitisation » (Certeau, 1987, p. 75) des pratiques et des discours institués : repolitisation à l’intérieur de la psychanalyse elle-même et repolitisation de la psychanalyse au regard de l’histoire dans laquelle elle s’inscrit et qui la transforme. N’être dupe ni du discours qu’il tient, ni du discours qui le tient, tel est le travail d’analyse transférentielle du clinicien vis-à-vis de son propre savoir. La pensée critique et éthique est sans doute de s’expliquer avec soi-même : d’où vient le discours que je tiens et qui me tient ? Le « psy » devrait-il faire l’économie de cette désaliénation à son propre discours ?

Pourquoi la psychanalyse aujourd’hui est-elle inaudible ? Parce qu’elle n’a plus rien à dire ? Plus rien à inventer ? On rit doucement devant la vieille dame straight et mal fagotée qu’elle est devenue, petite bourgeoise dépassée par les hordes de ceux qui en veulent plus et plus vite, qui préfèrent le plaisir des corps au désir amarré à son manque de l’Autre, qui crie à la perversion sociale parce qu’elle ne comprend plus rien à ces techniques de reproduction assistée, à ses couples homoparentaux qui veulent maintenant se marier, à ces transsexuels qui choisissent leur genre, aux « tapettes mystiques, fantasmeurs, drag queens et drag kings, clones, cuirs, femmes en smoking, femmes féministes ou hommes féministes, masturbateurs, folles, divas, snap !, virils soumis, mythomanes, wannabe, tantes, camionneuses, hommes qui se définissent comme lesbiens, lesbiennes qui couchent avec des hommes », pour reprendre la liste non exhaustive d’Eve Kosofsky Sedgwick (1998, p. 112).

On se moque d’elle gentiment ou plus violemment devant ses radotages d’un autre temps. On lui laisse encore une parole médiatique où elle ressasse ses vieilles manies. Le symbolique, la castration, le désir et le manque, le déclin du père sont des notions ramollies. Elle est prise entre la séduction de l’egopsychologie adaptative versant dans le comportementalisme et l’appareillage dogmatique du discours médicalisant et psychopathologisant qui, quoi que l’on dise, trouvera toujours une catégorie qui vous épingle. Devant ces armées, la vieille trébuche et radote. Elle n’est plus subversive, la vieille dame, même pas indigne. Rien de ce qui a fait son allure scandaleuse, sa folle idée de la pulsion excessive et de sa sexualité polymorphe n’a résisté à son moralisme bien-pensant. Elle s’est rangée des voitures, ou peut-être est-elle dans le placard !

Alors, si elle est dans le placard, il y a un espoir – si elle redevenait indigne ? La psychanalyse, aujourd’hui, dans la transmission de ses discours courants, dans sa pratique même, court un grand risque. Elle court le risque de ce rendez-vous manqué avec les théories féministes, elle court le risque d’un ratage avec les gender studies, les queer studies. La chance épistémologique aujourd’hui pour revivifier la psychanalyse dans sa pratique et sa transmission est de ne pas négliger le débat avec les gays et lesbian studies, peut-être évitera-t-elle d’étouffer par congestion de moralisme et asphyxie de normativité.

Lacan écrit en 1979, à la fin de son enseignement : « Telle que maintenant j’en arrive à la penser, la psychanalyse est intransmissible. C’est bien ennuyeux. C’est bien ennuyeux que chaque psychanalyste soit forcé – puisqu’il faut bien qu’il y soit forcé – de réinventer la psychanalyse » (Lacan, 1979, p. 220). C’est sans doute par l’invention d’un certain style échappant à chaque fois à toute normalisation que la psychanalyse peut trouver les voies de sa transmission. Alors quel serait le style de cette invention incessante ?

Lorsqu’il présentait la psychanalyse comme « une érotologie de passage », Jean Allouch (1998, p. 164) disait que « la psychanalyse sera foucaldienne ou ne sera plus ». Peut-être pourrions-nous dire aujourd’hui : la psychanalyse sera féministe ou ne pensera plus. Elle sera engluée dans la pensée straight que dénoncent Wittig et les féministes. Que serait alors une psychanalyse féministe ?

Une pratique déconstruisant les conditions de production d’un discours dominant, forant les trous dans la langue et créant le brouillage des genres, polymorphe et politique, excessive et érotologique. Une pratique qui ne cesse de maintenir un rapport critique à son savoir. Cette démarche trouve un point de rencontre avec ce que Jean Allouch dit d’une pratique possible de l’analyste : « À vrai dire, la définition stricte du sujet par le signifiant […] suffit à exiger du psychanalyste, dans sa fraternité avec l’analysant, qu’il n’accueille celui-ci qu’en écartant quelque catégorisation que ce soit : nosographique, sexiste, raciale, communautariste. Que sais-je de qui pénètre dans mon consultoire pour me demander une psychanalyse ?

Vais-je, à son aspect, juger en phénoménologue qu’il est homme, femme, homosexuel, religieux, pauvre, intelligent, noir, jeune ou quoi que ce soit ? Précisément pas. Une psychanalyse, côté psychanalyse, ne s’engage qu’avec cette abstention-là. Si Freud, en un geste aussi inaugural que le doute méthodique de Descartes, n’avait su et pu mettre son savoir au vestiaire, faire un pas de côté par rapport à cette pseudo-maîtrise que Charcot exerçait, un mouvement freudien n’aurait tout simplement jamais eu lieu » (Allouch, 2007, p. 77).

Ne pas savoir, telle est la position critique de l’analyste ; ne pas savoir, c’est-à-dire s’abstenir de toute catégorisation. Ainsi il s’agit d’inventer, sans cesse, dans la pratique freudienne, ce qui déloge une norme de son pouvoir de normalisation et de catégorisation et de lui donner sa puissance d’agir. Se situer à la marge, dans un écart permanent qui évite le chant des sirènes du pouvoir, les illusions d’un idéal, de l’ordre moral et de leurs attributs imaginaires : telle serait la position éthique, technique et politique de la pratique freudienne. Un pari.

Notes

  • [1]
    Lorsque je dis « la » psychanalyse, c’est une facilité de langage, je ne parle pas au nom de la psychanalyse, mais en tant qu’analyste.

Mis en ligne sur Cairn.info le 22/04/2014

https://doi.org/10.3917/nrp.017.0017

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Les Princes du rire : une histoire de...

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9.
Entretien avec Laurie Laufer : « La psychanalyse a du mal à inventer un autre langage, à penser au-delà de Freud et Lacan » - Propos recueillis par Lilas Pepy - Publié le 14 août 2022 à 05h30 - Mis à jour le 14 août 2022 à 09h12 - Article complet réservé aux abonnés ‘Le Monde’ - DébatsEntretiens idées

Alors que les études de genre, les savoirs et les théories ‘LGBTQI +’ ont inventé d’autres perspectives en matière de sexualité, la discipline s’est quelque peu refermée sur elle-même et doit intégrer les changements sociétaux, explique la psychanalyste dans un entretien au « Monde ».

Dans son ouvrage Vers une psychanalyse émancipée. Renouer avec la subversion (La Découverte, 240 pages, 18,50 euros), la psychanalyste Laurie Laufer dresse une critique sévère de sa discipline. Repliée sur elle-même, cette dernière serait dépassée, voire à contre-courant de notre société, certains psychanalystes n’hésitant pas à afficher leurs opinions contre le mariage pour tous ou contre la PMA pour les couples de femmes. Alors, la psychanalyse a-t-elle encore des choses à dire, et si oui, lesquelles ?

Laurie Laufer, également professeure des universités à Paris-Cité et directrice de l’UFR Institut humanités, sciences et sociétés, invite à une relecture des principes fondateurs de sa discipline en replaçant le sujet – qu’il soit hétérosexuel, bi, homo, trans ou intersexe – au cœur de son travail analytique, sans négliger le contexte social et politique dans lequel s’inscrit sa démarche.

Des grands concepts psychanalytiques sont aujourd’hui rejetés par les mouvements ‘LGBTQI +’, quels sont-ils ?

Il me semble que ce qui est plutôt rejeté, ce ne sont pas tant les concepts qu’a développés Freud, mais la façon dont certains psychanalystes les utilisent. Si des praticiens considèrent que la différence des sexes – l’un des principes fondateurs de la psychanalyse – revient à dire que l’anatomie fait le destin, cela produit une position normée et normative. Je pense que ce qui est rejeté, à juste titre, c’est la hiérarchisation, ce sont les discriminations et les oppressions que produit l’idée de la différenciation binaire. L’hétéro-normativité – et la binarité qui va avec – participe d’un discours dominant, issu de ceux qui ont le privilège de ne pas être inquiétés par cette différenciation.

De même, la notion de « femme phallique », ou de femme « puissante », est toujours considérée de manière péjorative ou dénigrante par la doxa. Mais pourquoi serait-il pathologique pour une femme de souhaiter obtenir ce que les hommes ont comme privilèges ? On associe souvent les termes « femme », « passive », « soumise » et « masochiste ».

Mais à force de répéter cette association, on l’intègre. C’est notamment ce que souligne la philosophe américaine Judith Butler : nous jouons et rejouons dans le champ social les normes de genre que nous avons intériorisées ; si je veux me faire reconnaître comme femme, alors je dois jouer la passivité, la soumission, etc…

Ce qui est intéressant, c’est de voir comment la psychanalyse peut créer les conditions pour défaire cette chaîne de mots socialement intégrée.

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Source : https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/08/14/laurie-laufer-la-psychanalyse-a-du-mal-a-inventer-un-autre-langage-a-penser-au-dela-de-freud-et-lacan_6137992_3232.html

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10.
Le divan dévoyé – Par Jean-Pierre Winter 20 août 2022 – Article ‘Causeur’ été 2022 Féminisme - Photo - Le psychanalyste Jean-Pierre Winter © Hannah Assouline

Le divan dévoyé

« Selon le professeur Laurie Laufer, interrogée avec complaisance dans Libération, questionner la mode transgenre traduit une offensive réactionnaire, voire d’extrême droite. Dévoyant l’enseignement de Freud et de Lacan, elle défend une vision militante de la psychanalyse. Des propos qui ne peuvent rester sans réponse ».

Au pays rimbaldien du « Je est un autre », une étonnante offensive régressive se déploie dans quelques sphères universitaires françaises dans le sillage de certaines universités américaines qui tentent d’imposer une vision purement idéologique de l’Histoire, de la littérature, de la poésie et avant tout de la psychanalyse.

En ce sens, l’interview de Laurie Laufer, professeur à Paris-VII, dans Libération du samedi 4 juin 2022, représente parfaitement le dévoiement de la psychanalyse par celles et ceux qui se réclament de Freud et de Lacan pour détruire la psychanalyse à coups d’arguties démagogiques et d’insultes à l’égard des collègues qui ne partagent pas leurs affirmations régressives.

Sous prétexte de rendre compte d’un ouvrage intitulé Vers une psychanalyse émancipée : renouer avec la subversion (La Découverte, avril 2022), la journaliste Cécile Daumas, qui ne cache pas son adhésion aux thèses de l’auteur, nous offre un florilège des propos de Laurie Laufer, qui nous dispense de lire plus avant son livre.

Mêlant quelques vérités premières sur la psychanalyse à de sérieux détournements du sens des travaux de Freud et Lacan qu’elle invoque, Laurie Laufer commence par se créer un adversaire imaginaire qu’elle combat vigoureusement. Ainsi, invente-t-elle des psychanalystes paniqués, apeurés, « franchement affolés face à la question des transidentités ».

En réalité, il s’agit seulement de collègues et de chercheurs qui interrogent la pertinence et les effets des nouvelles doctrines dont elle se fait le héraut trompetant. Tout lecteur de bonne foi des travaux qu’elle incrimine, sans les nommer, se convaincra rapidement qu’ils ne recèlent ni peur ni panique tout en assumant une fonction de lanceurs d’alerte. On ne trouvera dans ces écrits ni insultes ni tentatives phobiques d’éviter un débat plus clinique qu’idéologique.

Toutefois, le plus grave n’est pas la pratique éhontée de l’amalgame pour faire croire à quelques lecteurs peu informés par ce quotidien que seuls les tenants de la Manif pour tous, des groupes réactionnaires et des dictateurs de droite participent à ces travaux.

Des hommes et des femmes de toutes tendances politiques, des associations féministes, des scientifiques de disciplines concernées, des philosophes s’associent à ces recherches avec pour seul souci, celui d’une plus juste appréhension de la réalité clinique. En ce sens la réflexion est anthropologique. Ainsi, par exemple, un appel initié par des scientifiques allemands (1) a-t-il réuni une centaine de chercheurs, médecins et universitaires de renom pour appeler à « une rupture avec l’approche idéologique de la transsexualité » et à une « présentation factuelle des faits biologiques selon l’état de la recherche et de la science ». Ces médecins rappellent fermement que, quand des « revendications psychologiques et surtout sociologiques » mettent en question « la notion tranchée de sexe qui permet la reproduction anisogame de la reproduction » (l’anisogamie est la forme de reproduction mettant en présence des gamètes mâles et des gamètes femelles différentes par leurs fonctions et leur taille), la confusion règne.

L’entreprise militante qui s’exprime par la voix médiatisée de Laurie Laufer prétend renouer avec une pratique que les psychanalystes qui ne sont pas de ses adeptes auraient oubliée : écouter les patients ! Là serait son subversif retour à Freud.

Certes, la psychanalyse est née de l’écoute des patientes et des patients ; certes, c’est le patient qui « sait », mais l’hypothèse de l’inconscient, sans laquelle il n’y a pas de psychanalyse, est que l’analysant (le patient ainsi nommé depuis Lacan) à l’orée de la cure et jusqu’à son dénouement ne sait pas ce qu’il sait. Il l’apprendra en s’adressant à un autre qu’il institue fictionnellement et provisoirement comme sachant ce qu’il vient découvrir sans avoir su ce qu’il cherchait, mais en demandant à être soulagé de ce qui l’embarrasse dans sa vie sociale, sexuelle et laborieuse. Un tel travail suppose, en effet, de ne pas parler à la place du patient, de le laisser s’aventurer dans sa parole jusqu’à ce qu’il puisse surprendre son désir inconscient. Dire que le patient « sait », c’est redorer le blason du moi là où Freud découvrait comme une blessure narcissique, infligée aux humains par sa découverte, que « le moi n’est plus maître en sa demeure ». Depuis, renforcer les privilèges du moi a toujours été le levier principal de la résistance américaine à la psychanalyse. Résistance qui s’ébat de nos jours dans tous les ouvrages de développement personnel. Aussi est-il pour le moins insolite de trouver un tel appel au « c’est moi qui sais » sous la plume d’une psychanalyste… énonçant de façon péremptoire que « des psychanalystes sont aussi pris dans cette droitisation au nom de la défense de la famille et des enfants ». L’amalgame est grossier ; je ne connais pas de psychanalystes parlant au nom de la défense de la famille, en revanche, c’est l’option politique de militants, par exemple, ceux de la Manif pour tous. Mais, a contrario, en effet des psychanalystes se penchent sur les questions de filiation et sur la défense des droits des enfants à ne pas être immédiatement identifiés à leurs explorations identitaires et à leurs paroles en mouvement. Si de telles interrogations sont de droite, doit-on en déduire que l’ultra-individualisme libéral à l’américaine est de gauche ? Et cette façon de classifier les collègues est-elle autre chose qu’une forme actualisée de lyssenkisme ?

Certes Freud et Lacan enseignaient, chacun à sa façon, qu’on ne s’autorise que de soi-même pour se dire homme ou femme, mais c’était du point de vue psychique et relationnel et non du point de vue physique. L’un et l’autre se préoccupaient, en cliniciens, de différencier les névroses, les perversions et les psychoses. Simplement ils montraient que la frontière entre le normal et le pathologique était sans cesse à reconsidérer et qu’il n’y avait pas lieu d’exclure qui que ce soit de notre humanité commune. Ils apprenaient, en écoutant leurs patients, que s’adonner totalement à une réalité de substitution parce que la réalité est parfois insupportable est un délire. Sauf que, pour Freud, un délire est une tentative de guérison soutenant un noyau de vérité historique ! Et un délire peut être collectif. C’est ainsi que Freud pouvait par exemple mettre en garde contre le délire bolchevique et annoncer que cela se terminerait mal. Dont acte ! Il apprenait, en écoutant patiemment et avec bienveillance, que tout sujet est divisé, que ce qu’il demande n’est pas ce qu’il désire ni ce dont il a besoin et que ce dont il jouit, à son insu, peut le détruire. C’est l’inconscient, connu depuis la nuit des temps, lisible chez Platon, chez Sophocle, Shakespeare, Baudelaire… dont Freud a systématisé les dires épars. Inconscient qui n’apparaît nulle part dans les propos haineux de cette psychanalyste qui « pense » que, de nos jours, « la sexualité devient anodine selon le mot juste de Gayle Rubin ». Réflexion insensée de la part d’une clinicienne plus jungienne que freudienne quand elle étend le sexuel « au désir d’accomplir des choses » ! Plus de sexuel, plus d’inconscient : c’est la psychanalyse émancipée telle qu’elle est enseignée dans un département de psychologie d’une grande université parisienne.

Enfin, et c’est en l’occurrence le plus important, les travaux mis en cause par Laufer, ceux notamment de Caroline Eliacheff et Céline Masson, portent sur les enfants embarqués dans des transitions précoces, et non sur la question des trans adultes. Ces travaux s’appuient sur des études et des témoignages internationaux qui interrogent un volontarisme idéologique que les pays les plus avancés dans ce domaine mettent aujourd’hui en question. Ce questionnement respectueux des choix des adultes n’est ni de gauche ni de droite : il part de l’expérience clinique et rencontre, je le répète, l’assentiment d’associations de lesbiennes, de trans adultes et de personnalités du monde médical sensibles aux aspects violemment sectaires de ceux qui refusent la controverse par la censure. Dorénavant aussi par la violence physique comme à l’université de Genève où des auteurs comme Éric Marty (2), Caroline Eliacheff et Céline Masson, qui informent dans leur ouvrage des traitements prématurés de transition sur des enfants et des adolescents, ont subi les assauts de militants trans.

Faire croire aux lecteurs non avertis, comme le fait Cécile Daumas, qu’il s’agit d’une offensive d’extrême droite est une manœuvre politicienne de type stalinien qu’on a bien connue en son temps quand il ne fallait pas parler du goulag ou des millions de morts engendrés par le maoïsme.

Rappelons pour conclure que Freud n’a pas attendu la « psychanalyse émancipée » pour étudier, avec une étonnante précision clinique pour l’époque, les questions liées au transsexualisme et à l’homosexualité et ce, dès les premières pages des Trois essais sur la théorie sexuelle où il écrit, entre autres : « On ne doit pas se représenter un rapport si intime entre l’hermaphrodisme psychique supposé et l’hermaphrodisme anatomique démontrable… Remplacer le problème psychologique (la bisexualité psychique) par un problème anatomique est aussi oiseux qu’injustifié. »

  • « Aufruf : Schluss mit der Falschberichterstattung des öffentlich-rechtlichen Rundfunks ! », evaengelken.de, 1er juin 2022, également relayé dans le journal Die Welt : « Wie ARD und ZDF unsere Kinder indoktrinieren ».
  • Auteur d’un travail universitaire strictement historique sur les théories du genre intitulé Le Sexe des modernes, par ailleurs diffamé dans l’ouvrage de Laurie Laufer
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Source à consulter : Le divan dévoyé - Causeur

Causeur - Surtout si vous n’êtes pas d’accord https://www.causeur.fr ‘ « Site et mensuel de débat sur l’actualité animé par Elisabeth Lévy ».

Causeur — Wikipédia

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11.
Le magazine d’actualité en ligne ‘Causeur’ d’après un article Wikipédia

Causeur est un créé le 15 novembre 2007 par la journaliste Élisabeth Lévy et l’historien Gil Mihaely ainsi que les philosophes Alain Finkielkraut, Paul Thibaud et Peter Sloterdijk. Il se présente comme un « salon de réflexions ». Le magazine est classé à droite ou à l’extrême droite selon les médias, et se revendique pluraliste, anticonformiste, réactionnaire mais plutôt social-libéral sur le plan économique. Une version mensuelle sur papier est publiée depuis juin 2008, et distribuée chez les marchands de journaux depuis le 4 avril 2013.

Histoire - Le site web Causeur est créé le 15 novembre 2007 par la journaliste Élisabeth Lévy, l’historien Gil Mihaely, les philosophes Alain Finkielkraut, Paul Thibaud et Peter Sloterdijk2. Causeur héberge également plusieurs blogs. Une version mensuelle sur papier est publiée depuis juin 2008, et distribuée chez les marchands de journaux depuis le 4 avril 20133,1. Durant la campagne précédant l’élection présidentielle française de 2012, une « battle » (bataille) hebdomadaire opposait un journaliste de Causeur à un représentant de Rue89, en partenariat avec Yahoo4.

Le média

Ligne éditoriale - Causeur se présente comme un « salon de réflexions »5 et se veut opposé au « prêt-à-penser médiatique »6. Il suscite régulièrement la polémique7,6,8, avec par exemple tout un dossier publié en 2015 jugé antiféministe par L’Express6,8. Pour la directrice de la rédaction de Causeur, Élisabeth Lévy, le magazine est « un espace de confrontation et de liberté, avec une pluralité des points de vue »1.

Selon l’ouvrage Le Discours « néo-réactionnaire », le magazine papier Causeur traite de sujets d’actualités, de culture, et de société, par exemple : « La dictature du politiquement correct ». Souvent, l’un des deux animateurs de Causeur, la journaliste Élisabeth Levy et l’historien Gil Mihaely, signent l’éditorial, mais d’autres individualités sont « fortement » mises en avant : Alain Finkielkraut chaque mois peut y importer ses chroniques publiées dans la Radio de la communauté juive ; Basile de Koch y joue le rôle d’un « humoriste dandy », et Roland Jaccard y intervient avec ses « Carnets » comme Mauriac dans L’Express par le passé. Dans les premiers numéros du magazine, la rubrique « Viens l’dire ici si t’es un homme ! » permettait à un contradicteur du magazine de s’y exprimer9.

Ligne réactionnaire - Pour Le Monde c’est « une revue vendue à 10 000 exemplaires volontiers réactionnaire et ouverte aux infréquentables jusque dans son capital », avec Gérald Penciolelli, personnalité d’extrême droite la finançant de 44%8. Politis qualifie Causeur de « réactionnaire »10.

Le politologue Olivier Roy estime que les « réactionnaires » viennent de traditions très différentes, et que, s’ils se retrouvent chez Causeur, ils n’ont pas pour autant le même programme politique, par exemple en ce qui concerne le mariage homosexuel. Ils se rejoignent cependant tous « sur la critique du temps présent et de l’essence même de cette modernité contemporaine »11.

En 2016, le magazine Causeur fait partie des études de cas réalisées par un collectif de chercheurs venus de l’ensemble de la francophonie dans l’ouvrage Le Discours « néo-réactionnaire ». Ils affirment notamment que Causeur s’est fait connaître « pour ses positions très affirmées sur la question de l’identité nationale, mais aussi pour son opposition au mariage homosexuel, ou son europhobie – et plus précisément sa germanophobie – déclarée. » D’après Le Discours « néo-réactionnaire », « l’une des grandes obsessions » de Causeur est de critiquer le niveau du journalisme d’idées en France, qui aurait « une adhésion bornée aux diktats du progressisme ». Causeur a pour cibles privilégiées Le Grand Journal de Canal+, Libération, Le Nouvel Observateur.

Causeur critique également la gauche, estimant qu’elle n’est pas réellement progressiste et qu’elle n’est plus en lien avec les classes populaires et leurs souffrances. Les pages « Culture » du magazine servent « une autre obsession du journal » : le prophétisme. Les grands auteurs servent à justifier par leurs prédictions la peinture morose du présent réalisée par Causeur. Le Discours « néo-réactionnaire » affirme de plus que Causeur use fréquemment de techniques rhétoriques lui permettant de disqualifier ses adversaires idéologiques, multiplie les références hétérogènes, varie abruptement les genres de langage, passant par exemple de l’argot à une rédaction « la plus soutenue, la plus exigeante », ce qui lui permet d’assurer une réversibilité des interprétations et « l’inversion permanente des pôles légitimes et illégitimes ». L’ouvrage estime que ce qui est perçu comme le plus insupportable chez Causeur est qu’il s’engage sur le terrain de la critique radicale mais sans y mettre le sérieux qui y serait normalement attendu : Causeur alterne « la radicalité et la rigolade ». Causeur se réfère à des codes de comportements qui sont ceux du « salon mondain », usant d’une rhétorique définissant les conditions mêmes du débat d’idées et lui permettant de ringardiser les expressions de positionnement hors-cadre9,12.

En janvier 2018, Acrimed parle d’une « parole réactionnaire en roue libre », estimant que Causeur vient de publier de nombreuses tribunes hostiles à #MeToo. Par exemple, Élisabeth Lévy critique ce qu’elle appelle un « harcèlement féministe » et affirme que « les magistrates de #balancetonporc » ont « condamné la gent masculine »13. Acrimed présente Causeur comme faisant partie des « médias de la droite décomplexée »14.

Classement à l’extrême droite - En 2009, Hugues Serraf sur le site Rue89, en réponse à la mention de Causeur « sur une liste compilée par le MRAP et recensant la plupart des sites d’extrême droite de l’Internet francophone » , estime que si Causeur est parfois « un peu réac », le magazine « n’est pas plus extrémiste de droite que le Mrap n’est une organisation antiraciste crédible. » Hugues Serraf affirme que Causeur rassemble des « profils surprenants », entre autres Jérôme Leroy, qualifié de « poète stalinien non-reconstruit », Cyril Bennasar, « menuisier réac », Basile de Koch, « ex-ghost-writer de Charles Pasqua », Luc Rosenzweig, « rédacteur en chef du Monde retraité »15.

En septembre 2012, L’Obs cite Élisabeth Lévy et Causeur, dans un dossier sur les « nouveaux fachos et leurs amis » avec Alain Soral, Robert Ménard ou encore Éric Zemmour, Renaud Camus et Richard Millet16. Cela provoque plusieurs réponses sur Causeur17. Et pour Christian Millau dans Atlantico « Le Nouvel Observateur ne fait pas tant du journalisme que de la propagande18. »

En 2013, Libération, classe à droite le journal, lequel « se revendique réac et anticonformiste »1, mais en 2019 considère Causeur comme un média d’extrême droite, au même titre que Valeurs actuelles19,20. Télérama qualifie le site de « réactionnaire » et d’« extrême droite »21. Le journaliste René Monzat étudie le cas de Causeur dans un dossier sur les « soutiens financiers de la presse d’extrême droite » et il soutient que même si des « cadres de l’extrême droite », actionnaires du magazine, ont soutenu Causeur, ce dernier n’est pas un nouveau Minute, qui « sortait des scoops », tandis que Causeur se contente selon lui « de news « people » dévalorisantes sur des militant·es antiracistes »22.

Selon Les Inrocks en 2015, la ligne éditoriale de Causeur « plus proche d’Éric Zemmour que de « Causette » est « spécialiste de la provoc’ réac ». Selon Les Inrocks, la « théorie d’un Big Brother féministe à l’œuvre est une vieille martingale des réacs »5.

Actionnariat - Le magazine en ligne compte parmi ses sources de financement Charles Beigbeder, le milliardaire Xavier Niel et Arnaud Dassier1. Gérald Penciolelli, actionnaire de référence de Causeur avec 44 % des parts, est l’ancien repreneur de l’hebdomadaire d’extrême droite Minute8 et ancien membre de la direction d’Ordre Nouveau et du Parti des Forces Nouvelles22 (groupes néofascistes). D’après Le Monde, Gérald Penciolelli a été présenté à Causeur par deux actionnaires fondateurs et collaborateurs du journal : « Basile de Koch, l’ex-plume de Charles Pasqua, marié à Frigide Barjot, et Marc Cohen, l’ancien communiste de L’Idiot international »8. La femme d’affaires Anne Meaux, également ancienne membre dirigeante du Parti des forces nouvelles, compte parmi les actionnaires22. Selon Libération, Charles Gave renfloue le magazine à hauteur de 976 000 euros en 201823.

Équipe de rédaction - La direction est composée d’Élisabeth Lévy (directrice de la rédaction)24, Gil Mihaely (président et directeur de la publication)24, Jeremy Stubbs (directeur adjoint de la rédaction et rédacteur en chef)24, Martin Pimentel (rédacteur en chef du site causeur.fr) et Jérôme Leroy8,25, poète et romancier (membre de la rédaction)26.

Causeur compte parmi ses collaborateurs réguliers : Alain Finkielkraut, Basile de Koch, Bruno Maillé, Cyril Bennasar, David Desgouilles, Eugénie Bastié, François-Xavier Ajavon, Hadrien Desuin, l’écrivain Roland Jaccard, l’essayiste et journaliste catholique Jacques de Guillebon, Luc Rosenzweig ancien journaliste du Monde, Patrick Mandon, Emmanuel Legeard, le philosophe Paul Thibaud, Renaud Chenu, le politologue Philippe Raynaud, l’avocat Régis de Castelnau, l’essayiste québécois Jérôme Blanchet-Gravel.

Causeur donne régulièrement la parole à des personnalités telles qu’Alain Finkielkraut, Jean-Claude Michéa, Marcel Gauchet, Paul Thibaud, Philippe Raynaud, ou l’économiste Jean-Luc Gréau. François Taillandier et Roland Jaccard y tiennent des chroniques régulières. Parmi ses contributeurs occasionnels, on trouve Benoît Duteurtre, Chantal Delsol, le romancier David di Nota, Malika Sorel, Natacha Polony ou encore Pascal Bruckner. Causeur magazine est constitué de trois parties : un tour d’horizon de l’actualité politique et internationale, un dossier central sur un grand sujet d’actualité, et des pages « humeurs » consacrées à la culture, que coordonne Jérôme Leroy.

Audience, ventes et résultats financiers - Selon l’étude publiée par Médiamétrie-Netratings en mars 2009, Causeur a réuni 250 000 visiteurs uniques et le nombre de pages vues s’est élevé à 3 017 000[réf. à confirmer]27. En 2018, Causeur revendique 7 800 abonnés ; ses ventes en kiosque varient entre 6 500 et 9 000 exemplaires « pour les bons numéros » selon Élisabeth Lévy28. Élisabeth Lévy indique en 2018 que Causeur perd 120 000 euros par an28

Source de l’article complet : https://fr.wikipedia.org/wiki/Causeur

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12.Addenda sur les Thérapies cognitivo-comportementales

Pour les articles homonymes, voir TCC et CBT.

Les thérapies comportementales et cognitives ou TCC1 (en anglais, cognitive behavioral therapy ou CBT) regroupent un ensemble de traitements des troubles psychiatriques (notamment addictions, psychoses2, dépressions et troubles anxieux) qui partagent une approche selon laquelle la technique thérapeutique doit être fondée sur les connaissances issues de la psychologie scientifique.

Elles doivent obéir à des protocoles relativement standardisés. Elles évaluent souvent l’évolution du patient au cours de la thérapie. Elles acceptent la démarche de médecine fondée sur les faits.

Les TCC ont pour particularité de s’attaquer aux difficultés du patient dans « l’ici et maintenant » par des exercices pratiques centrés sur les symptômes observables au travers du comportement et par l’accompagnement par le thérapeute qui vise à intervenir sur les processus mentaux dits aussi processus cognitifs, conscients ou non, considérés comme à l’origine des émotions et de leurs désordres. La standardisation de la pratique des TCC a contribué à la reconnaissance de leur efficacité par leur caractère reproductible qui est une des exigences de la démarche scientifique. Elles sont particulièrement indiquées pour les troubles anxieux (notamment les phobies) et les addictions.

Dans l’histoire de la psychologie clinique, les courants dits comportementalistes (visant d’abord à intervenir sur le comportement) et cognitifs (cherchant à intervenir sur les croyances, les représentations, et leurs processus de construction) sont apparus parallèlement au milieu du XXe siècle, parfois en compétition l’un avec l’autre. Depuis les années 1980, ce clivage historique entre comportementalisme et cognitivisme tend à disparaître dans la pratique thérapeutique3… - Article complet sur https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9rapie_cognitivo-comportementale

Cinq bienfaits de la thérapie cognitive et comportementale

therapie

Illustration numérique- Avec une dose quotidienne de 50 antidépresseurs par jour pour 1.000 habitants (source : http://www.passeportsante.net/fr/Actualites/Nouvelles/Fiche.aspx?doc=panorama-consommation-antidepre...), La France, contrairement à la croyance populaire, ne fait pas partie des pays les plus consommateurs d’anti dépresseurs en Europe.

Cependant le chiffre reste toutefois élevé et marque une tendance de fond : Les médecins ont peut-être trop facilement tendance à prescrire des antidépresseurs. Et ces produits chimiques présentent bien souvent des effets secondaires assez marqués et indésirables. 

Heureusement, il existe une meilleure façon de gérer et de traiter le stress, les angoisses, le mal être et les troubles mentaux. Nous parlons bien entendu de la thérapie cognitivo-comportementale.

La thérapie comportementale cognitive (souvent appelée TCC) est une forme populaire de psychothérapie qui met l’accent sur l’importance des pensées sous-jacentes pour déterminer comment nous nous sentons et comment nous agissons. Considérée comme l’une des formes de psychothérapie les plus efficaces, la thérapie cognitivo-comportementale est devenue l’objet de centaines d’études de recherche. (1)

Les spécialistes de la TCC travaillent avec les patients pour les aider à découvrir, à approfondir et modifier leurs propres schémas de pensée et leurs réactions : ce sont elles qui déterminent nos perceptions et nos comportements. L’utilisation de la thérapie cognitive et comportementale offre aux patients une perspective précieuse, qui contribue à améliorer leur qualité de vie et à mieux gérer leur stress, notamment dans des situations difficiles où il faut résoudre des problèmes.

L’un des principes fondamentaux est que les situations externes, les interactions avec d’autres personnes et les événements négatifs ne sont pas responsables de nos mauvaises humeurs et de notre problème dans la plupart des cas. 

En fait, les spécialistes de la TCC considèrent que c’est tout le contraire. En fait, ce sont nos propres réactions aux événements, nos « interprétations » des événements qui sont sous notre contrôle – et qui finissent par affecter notre qualité de vie.

C’est une excellente nouvelle, car cela signifie que nous avons le pouvoir de changer. 

Grâce à la thérapie cognitive comportementale, nous pouvons apprendre à changer la façon dont nous pensons, ce qui modifie notre façon de sentir, et modifie à son tour la façon dont nous envisageons et traitons les situations difficiles lorsqu’elles surviennent. Nous pouvons améliorer les pensées perturbatrices qui nous rendent anxieux, isolés, déprimés, enclins à manger « émotionnellement ».

Lorsque nous pouvons examiner avec précision et calme les situations sans distorsion de la réalité, de jugements ou de craintes supplémentaires, nous sommes davantage en mesure de savoir comment réagir de manière appropriée afin de nous sentir plus heureux à plus long terme.

Cinq bienfaits de la thérapie cognitivo-comportementale

Une méta-analyse de 2012 publiée dans Journal of Cognitive Therapy and Research a identifié 269 études qui ont soutenu l’utilisation de la TCC pour les problèmes suivants : (2)

  • Troubles de la toxicomanie
  • La schizophrénie et d’autres troubles psychotiques
  • Dépression et dysthymie
  • Dépression maniaque / trouble bipolaire
  • Troubles anxieux
  • Troubles somatoformes
  • Troubles de l’alimentation
  • Troubles du sommeil, y compris l’insomnie
  • Troubles de la personnalité
  • Colère 
  • Comportements criminels
  • Stress général et détresse en raison de conditions médicales générales
  • Syndrome de fatigue chronique
  • Douleurs musculaires et tension
  • Complications de grossesse et troubles hormonaux féminins
    Les chercheurs ont identifié l’efficacité de la TCC dans le traitement des troubles anxieux, des troubles somatoformes, de la boulimie, des problèmes de contrôle de la colère et du stress en général. Après avoir examiné 11 études d’étude comparant les taux d’amélioration entre la TCC et d’autres traitements thérapeutiques, ils ont constaté que la TCC affichait des taux de réponse plus élevés que les autres formes de traitements dans sept des 11 examens (plus de 60%). 

Voici quelques-unes des principales façons dont la thérapie comportementale cognitive peut profiter aux patients à différents niveaux :

Cinq bienfaits de la thérapie cognitive et comportementale

1. Réduit l’anxiété

Selon le travail publié dans ‘Dialogues in Clinical Neuroscience’, les études autour de la TCC conclut à son efficacité incontestable pour les troubles liés à l’anxiété, notamment les troubles paniques, les troubles anxieux généralisés, les troubles d’anxiété sociale, les troubles obsessionnels compulsifs et le syndrome de stress post-traumatique. Dans l’ensemble, la TCC démontre à la fois son efficacité dans les essais contrôlés randomisés et son efficacité dans des milieux naturalistes entre les patients atteints d’angoisse et les thérapeutes. (4)

Les chercheurs ont constaté que la TCC fonctionne bien comme un remède naturel pour l’anxiété, car elle comprend diverses combinaisons des techniques suivantes : psychoéducation sur la nature de la peur et de l’anxiété, auto-surveillance des symptômes, exercices somatiques, restructuration cognitive (par exemple déconfirmation) , L’image et l’exposition in vivo aux stimuli craints (traitement de l’exposition), le sevrage des signaux de sécurité inefficaces et la prévention des rechutes.

2. Diminue les symptômes de la dépression

La thérapie cognitivo-comportementale est l’un des traitements les plus efficaces pour la dépression. Des études montrent que la TCC aide les patients à surmonter les symptômes de la dépression, comme le désespoir, la colère et le manque de motivation, et réduit leur risque de rechute dans le futur.

On pense que la TCC fonctionne très efficacement notamment du fait des changements dans la cognition (pensées) qui alimentent des cycles vicieux de sentiments négatifs et de ruminations. La recherche publiée dans le journal Cognitive Behavioral Therapy for Mood Disorders a révélé que la TCC agit également tellement bien en prévention contre les épisodes aigus de dépression qu’elle peut être utilisée en complément ou même en substitut des médicaments antidépresseurs. La TCC s’est également révélée prometteuse comme approche pour aider à lutter contre la dépression post-partum et en complément du traitement médicamenteux pour les patients bipolaires. (3)

3. Aide à traiter les troubles de l’alimentation

Le Journal of Psychiatric Clinics of North America rapporte que les troubles de l’alimentation sont l’une des difficultés où la TCC peut se montrer la plus efficace. La TCC peut aider à résoudre la psychopathologie sous-jacente des troubles de l’alimentation et remet en question la surévaluation de la forme et du poids. Cela permet aussi d’améliorer le contrôle des impulsions afin de prévenir la frénésie ou la purge, réduire les sentiments d’isolement et aider les patients à se sentir plus à l’aise autour des « aliments déclencheurs ». (5)

La thérapie cognitive est devenue le traitement de choix pour traiter la boulimie nerveuse et les ’troubles de l’alimentation non spécifiés’, les deux diagnostics les plus courants du trouble de l’alimentation. Il est également prouvé qu’elle sera utile pour traiter environ 60 pour cent des patients atteints d’anorexie, considérée comme l’une des maladies mentales les plus difficiles à traiter.

4. Aide à améliorer l’estime de soi et la confiance

Même si vous ne souffrez pas de problèmes mentaux graves, la TCC peut vous aider à remplacer des pensées négatives et destructives qui conduisent à une faible estime de soi avec des affirmations positives et des attentes positives. Cela peut ouvrir de nouvelles perspectives pour gérer le stress, améliorer les relations et accroître la motivation pour essayer de nouvelles choses. (4)

5. Réduit les comportements addictifs et la toxicomanie

La recherche a montré que la TCC est efficace pour aider à traiter l’addiction au cannabis et d’autres dépendances aux drogues, comme la dépendance aux opioïdes et l’alcool, ainsi que d’aider les gens à cesser de fumer des cigarettes et des jeux de hasard. Les études publiées dans l’Oxford Journal of Public Health impliquant des traitements pour cesser de fumer ont révélé que les compétences d’adaptation acquises au cours des sessions de TCC étaient très efficaces pour réduire les rechutes chez les personnes en sevrage tabagique et semblent être supérieures aux autres approches thérapeutiques. (6) La TCC est également efficace dans le traitement des dépendances problématiques liées au jeu (VS autres traitements témoins). (7)

Comment se déroule une séance de thérapie cognitive et comportementale ?

Votre psychologue ou votre psychothérapeute spécialisé en thérapie cognitive et comportementale aura reçu une formation spéciale et continue à se former en permanence. 

Bien que les sessions puissent varier bien évidemment d’un thérapeute à un autre, elles suivent le plus souvent un schéma commun : 

La session commence par une vérification de votre état/de votre humeur et de vos symptômes. Ensemble, vous et votre thérapeute fixeront un ordre du jour pour la séance. Une fois l’ordre du jour fixé, vous passez en revue la session précédente afin de pouvoir passer à la nouvelle. Vous examinez vos « devoirs » et discutez des problèmes rencontrés et de vos réussites. Ensuite, vous vous tournez vers les questions de l’ordre du jour. Les nouveaux devoirs sont fixés. La session se termine avec le thérapeute en résumant la session et en recueillant les commentaires. du patient. Une session typique dure 50 minutes à une heure.

Qu’est-ce que la restructuration cognitive ?

La restructuration cognitive se réfère au processus de la TCC qui consiste à identifier et modifier les pensées négatives qui contribuent au développement de la dépression. Cela se fait en collaboration avec le patient et le thérapeute, souvent sous la forme d’un dialogue. Par exemple, un étudiant a peut-être échoué à son test de maths et conclut : ’Cela me prouve que je suis stupide’. 

Le thérapeute pourrait demander si c’est vraiment ce que signifie le test. Afin d’aider l’élève à reconnaître l’inexactitude de la réponse, le thérapeute pourrait demander quelle est la note générale de l’élève en mathématiques. 

Si l’élève répond : ’C’est un B’, le thérapeute peut alors souligner que sa réponse montre qu’il n’est pas stupide car il ne peut pas être stupide et avoir un B. 

Ensuite, ils peuvent explorer des façons de refléter quelle est sa performance réelle sur le test.

La réponse « Je suis stupide » est un exemple de pensée automatique. Les patients souffrant de dépression peuvent avoir des pensées automatiques en réponse à certaines situations. Ces pensées sont automatiques dans la mesure où elles sont spontanées, négatives et ne sortent pas d’une pensée ou d’une logique délibérée. Elles sont souvent étayées par une hypothèse négative ou dysfonctionnelle qui guide la façon dont les patients se voient, la situation ou le monde qui les entoure.

Informations complémentaires sur la thérapie cognitivo-comportementale

La CBT a été créée pour aider les personnes souffrant de dépression, mais aujourd’hui elle sert à améliorer et à gérer différents types de troubles et symptômes mentaux, y compris : l’anxiété, le trouble bipolaire, le syndrome de stress post-traumatique, le trouble obsessionnel compulsif, les dépendances et les troubles de l’alimentation. (9)

Les techniques de la TCC sont également bénéfiques pour de nombreuses autres situations, et notamment aussi pour les personnes qui n’ont aucune forme de maladie mentale, mais qui souffrent de stress chronique, de mauvaises humeurs et d’habitudes sur lesquelles ils souhaitent travailler.

Le terme thérapie cognitive comportementale est considéré comme un terme général pour une classification des approches thérapeutiques qui ont des similitudes, notamment : la thérapie comportementale émotive rationnelle, la thérapie comportementale rationnelle, la thérapie vivante rationnelle, la thérapie cognitive et la thérapie comportementale dialectique.

À ce jour, plus de 332 études médicales et 16 examens quantitatifs ont examiné les effets de la TCC. Plus de 80% de ces études ont été menées après 2004. (10)

Des études ont révélé que chez les personnes qui ont terminé des programmes de TCC et ensuite subi des scans cérébraux, la TCC est en fait capable de modifier positivement les structures physiques dans le cerveau. (11)

La TCC peut fonctionner rapidement, aider les patients à se sentir mieux et ressentir une diminution des symptômes dans un court laps de temps (quelques mois, par exemple). 

Bien que de nombreuses formes de thérapie puissent prendre plusieurs mois ou même des années pour devenir très utiles, le nombre moyen de sessions de TCC pour montrer des résultats probants est de seulement 16.

Psychologue à la une >

Florence Chopard , Psychologie à Paris, FranceFlorence ChopardPsychologue exerçant depuis 25 ans - Durée : 45 minutesAdresse : 8 Rue Greneta, 75002, Paris

Source : https://www.therapeutes.com/ma-sante/th%C3%A9rapie-cognitive-comportementale

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Document dédié - par l’un de ses auditeurs, passionné par les leçons données au Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM) à Paris -, au Professeur Jean Fourastié (Économiste, sociologue, écrivain - 1907-1990), qui prenait l’humour très au sérieux, lui aussi !

Voir « Recherches et réflexions sur le rire, le risible, le comique et l’humour par Jean FourastiÉ - Société Française de Philosophie, Bulletin 78 (3):65 (1984). Référence : https://philpapers.org/rec/FOURER

« Jean Fourastié est un économiste français né le 15 avril 1907 à Saint-Benin-d’Azy (Nièvre) et mort 25 juillet 1990 à Douelle (Lot), auteur1 prolifique d’une quarantaine d’ouvrages, connu notamment pour avoir été à l’origine de l’expression les « Trente Glorieuses », désignant la période prospère qu’ont connue la France et la plupart des pays industrialisés de la fin de la Seconde Guerre mondiale au premier choc pétrolier (1947-1973). Jean Fourastié est connu aussi pour ses travaux sur les prix, la productivité et surtout le progrès technique. Selon lui, c’est là que réside la clef des mécanismes fondamentaux de l’économie (évolution des prix et de la rente, explication des crises et du chômage, ressort du commerce extérieur, évolution de la production et de la population active…).

Son optimisme technologique (Le Grand Espoir du XXe siècle, PUF 1949 ; Machinisme et Bien-Être, éditions de Minuit 1951 ; Les 40000 heures, 1965), le conduit à annoncer dès 1945 pour des temps futurs, la semaine de 30 heures et une durée de vie active d’environ 35 années, et à prévoir que la société évoluera implacablement vers une civilisation de type tertiaire, dominée par les services, mais où il espérait que le comportement moral des hommes progresserait également (Essais de morale prospective, 1966)… -

Humaniste] - Jean Fourastié s’intéressait à l’Homme davantage encore qu’à l’économie. Il a écrit quelques ouvrages de réflexion philosophique : La grande métamorphose, Comment mon cerveau s’informe, Ce que je crois, Essais de morale prospective...

Fourastié1.jpg{{}}Professeurhttps://upload.wikimedia.org/wikipe...Jean Fourastié

Source pour en savoir plus : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Fourasti%C3%A9

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Collecte de documents et agencement, [compléments] et intégration de liens hypertextes par Jacques HALLARD, Ingénieur CNAM, consultant indépendant – 01/09/2022

Site ISIAS = Introduire les Sciences et les Intégrer dans des Alternatives Sociétales

http://www.isias.lautre.net/

Adresse : 585 Chemin du Malpas 13940 Mollégès France

Courriel : jacques.hallard921@orange.fr

Fichier : ISIAS Psychothérapies Thérapie par le rire Psychanalyse Thérapie comportementale et cognitive.12.docx

Mis en ligne par le co-rédacteur Pascal Paquin du site inter-associatif, coopératif, gratuit, sans publicité, indépendant de tout parti, un site sans Facebook, Google+ ou autres GAFA, sans mouchard, sans cookie tracker, sans fichage, un site entièrement géré sous Linux et avec l’électricité d’Énercoop , géré par Yonne Lautre : https://yonnelautre.fr - Pour s’inscrire à nos lettres d’info > https://yonnelautre.fr/spip.php?breve103

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