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"Téléphones sans fil et cancers du cerveau" par le Dr Mae-Wan Ho

Traduction et compléments de Jacques Hallard
samedi 10 septembre 2011 par Ho Dr Mae-Wan

ISIS Santé Champs électromagnétiques
Téléphones sans fil et cancers du cerveau
Wireless Phones and Brain Cancer
Les téléphones sans fil sont similaires aux téléphones mobiles pour les risques accrus de provoquer des cancers ou tumeurs cérébrales, en particulier chez les jeunes utilisateurs, chez lesquels les risques sont cinq fois supérieurs, par rapport aux témoins qui n’utilisent pas ces appareils. Dr Mae-Wan Ho

Rapport de l’ISIS en date du 22/06/2011
L’article original en anglais, avec toutes les références, est intitulé Wireless Phones and Brain Cancer ; il est accessible par les membres de l’SISI sur le site www.i-sis.org.uk/Wireless_Phones_an...
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  Emanant de Suède, une preuve récente confirme les risques des téléphones sans fil

Le groupe de Lennart Hardell du centre hospitalier universitaire d’Orebro, en Suède, a étudié les risques d’apparition de cancer du cerveau en relation avec les téléphones portables, depuis la fin des années 1990, et il a mené plusieurs études de cas avec témoins dans lesquels les cas de cancers ont été comparés à des témoins appariés, en termes d’exposition aux micro-ondes émises par les téléphones mobiles, et plus récemment, aussi par les téléphones sans fil. Le groupe a toujours constaté que les téléphones sans fil augmentent les risques de tumeurs du cerveau, tant malignes que bénignes, surtout du côté de la tête où le téléphone mobile est utilisé.

Les résultats les plus convaincants proviennent de deux grandes études de cas sur des personnes atteintes de tumeurs cérébrales, en évaluant l’utilisation des téléphones portables et des téléphones sans fil. Ces études ont été conduites à l’aide d’un questionnaire standardisé envoyé à un certain nombre de personnes, et elles ont porté sur un total de 905 individus (90 pour cent) ayant des cas de tumeurs cérébrales malignes, 1.254 personnes (88 pour cent) avec des cas de tumeurs bénignes et 2.162 personnes (89 pour cent) sur des individus témoins pris dans la population. Une analyse groupée des données de ces deux études a confirmé l’association entre l’utilisation du téléphone mobile et du téléphone sans fil, d’une part, et avec des tumeurs au cerveau, d’autre part.

Le risque le plus élevé pour les tumeurs cérébrales malignes et bénignes a été trouvé chez les personnes qui avaient utilisé, sur le même côté de la tête, des téléphones sans fil pendant plus de 10 ans.

De manière significative, les risques sont plusieurs fois plus importants chez les individus du groupe le plus jeune : c’est-à-dire les personnes qui ont commencé à utiliser les téléphones portables quand elles avaient moins de 20 ans.

  La Suède est l’un des premiers pays à avoir utilisé des téléphones mobiles

La Suède est l’un des premiers pays au monde à avoir adopté les téléphones mobiles, en commençant par les téléphones analogiques au début des années 1980. De 1981 à la fin de 2007, les téléphones NMT (Norvège téléphone mobile) 450 MHz ont été utilisés ; par ailleurs, les téléphones NMT de 900 MHz ont fonctionné pendant les années 1986-2000. Le téléphone numérique GSM (Global System for Mobile Communication) a fonctionné à partir de 1991 avec une double bande de 900 et 1.800 MHz. La troisième génération de téléphones mobiles, 3G ou UMTS (Universal Mobile Telecommunication System), utilisant la bande de 1.900 MHz, a été introduite dans le monde entier il y a quelques années, mais en Suède déjà dès 2003. La quatrième génération (4G) est le système qui est maintenant dans une phase de planification.

Les téléphones sans fil DECT (Digital Enhanced Cordless Telecommunication) ont été utilisés en Suède depuis 1988, tout d’abord sur la bande de 800-900 MHz en analogique, mais depuis le début des années 1990, le système numérique de 1.900 MHz est utilisé.

La plupart des études sur l’association entre l’utilisation des téléphones sans fil et les tumeurs cérébrales sont entravées par l’insuffisance du nombre d’années d’utilisation, car la période de latence pour la manifestation des cancers est comparativement plus longue.

Comme la Suède a été l’un des premiers pays à adopter la technologie, ce pays offre la meilleure opportunité pour trouver une association en matière de dangerosité. Jusqu’ici, les principaux résultats proviennent du groupe Hardell, d’une part, et du groupe de l’étude Interphone, d’autre part.

L’étude Interphone est un programme de recherche mis en place en 2000, impliquant 13 pays, pour étudier l’association entre l’utilisation du téléphone mobile et les risques de cancer, notamment du cerveau, de la tête ou du cou ; elle a été coordonnée par l’Agence internationale de recherche sur le cancer (CIRC), l’une des parties de l’Organisation Mondiale de la Santé [1].

  Des études de cas avec témoins non exposés

Le groupe Hardell a réalisé trois études de cas-témoins, tous les questionnaires étant envoyés par la poste. La première étude portait sur la période 1994-1996, et incluait 209 cas (90 pour cent) et 425 témoins de contrôle (91 pour cent) qui ont répondu au questionnaire. Ceci a été suivi par deux grandes études utilisant les mêmes méthodes, sur la période 1997-2003.

Ces études incluaient les téléphones sans fil et davantage de questions portant, par exemple, sur les expositions professionnelles. L’information a été complétée à l’aide d’appels au téléphone, lorsque cela était nécessaire. Le côté de la tête qui avait été le plus utilisé lors des appels téléphoniques a été évalué par des questions distinctes : plus de 50 pour cent du temps d’un côté, ou même des deux côtés de la tête.

Cette information a été vérifiée lors des appels téléphoniques complémentaires. La localisation des tumeurs a été basée sur l’information figurant dans les dossiers médicaux et tous les types de tumeurs ont été définis en utilisant des rapports d’histopathologie.

L’utilisation du téléphone sans fil a été définie comme homolatérale (tumeur du même côté que l’utilisation du téléphone plus de 50 pour cent du temps) et controlatéral (moins de 50 pour cent du temps). Elle a été calculée à partir de l’information sur la période d’utilisation et le nombre moyen de minutes par jour pendant cette période, le temps de latence (pour le développement des tumeurs), et l’utilisation cumulée en heures au fil des ans. L’utilisation dans une voiture avec antenne externe a été écartée, ainsi que l’utilisation d’un kit mains libres. La période de latence minimale pour les tumeurs a été fixée à un an. Seuls les sujets vivants ont été inclus dans les études.

J’ai rapporté les résultats de la deuxième étude de cas-témoins du groupe de Hardell, qui couvrait la période du 1er Janvier 1997 au 10 Juin 2000, dans un article [2](Cordless Phones and Malignant Brain Tumours, SiS 37).

Il y a été souligné ensuite que les stations de base des téléphones sans fil, se trouvant dans la maison, exposent généralement les résidents à des intensités beaucoup plus élevées de micro-ondes, que tout émetteur de téléphone portable à proximité.

Une troisième étude de cas-témoins a été réalisée en utilisant un questionnaire identique à celui de la seconde étude, et elle couvrait la période allant du 1er Juillet 2000 au 31 Décembre 2003. Au total 729 cas (89 pour cent) et 692 témoins de contrôles (91 pour cent) avaient été pris en compte.

 L’analyse des regroupements de données

L’analyse des études de cas regroupés (études 2 et 3) ont clairement montré un risque accru à la fois pour les astrocytomes malins que pour les tumeurs cérébrales bénignes, surtout sur le même côté de la tête, lorsque le téléphone avait été utilisé plus de 50 pour cent du temps. Le tableau 1 récapitule les résultats sur les tumeurs malignes.

Tableau 1 - Odds ratio (OR) et intervalles de confiance à 95% (IC) pour les tumeurs malignes dans études regroupées des cas-témoins de 1997 à 2003

Ca / Co indique respectivement le nombre de cas exposés et les témoins non exposés.

Pour les astrocytomes, l’utilisation du téléphone mobile pendant plus d’un an (latence > 1 an), on obtient un odds ratio de 1,4 dans l’ensemble, à savoir, les utilisateurs de téléphones mobiles pendant une durée supérieure à un an, ont une probabilité 1,4 fois plus grande de manifester un astrocytome malin que les témoins non exposés. Ce risque relatif est accru de 2,0 pour les cas ipsilatéraux, du même côté de la tête où le téléphone est utilisé.

Pour ceux qui ont utilisé des téléphones portables pendant plus de 10 ans (temps de latence supérieur à 10 ans), le risque a encore augmenté, pour atteindre globalement 2,7 et 3,3 dans les cas d’homolatéralité. Pour les utilisateurs de téléphone sans fil de plus d’un an, le critère stastistique OR [Odds Ratio] est de 1.4 pour l’ensemble et de 1,8 pour les cas d’homolatéralité.

Pour les utilisateurs de téléphone sans fil pendant une période de plus de 10 ans, le critère stastitique OR [Odds Ratio] augmente globalement à 2,5 et à 5,0 pour les cas d’homolatéralité.

Les autres tumeurs malignes ont suivi les mêmes tendances chez les utilisateurs de téléphone mobile, mais pour les utilisateurs de téléphone sans fil, l’OR [Odds Ratio] pour les cas d’ipsilatéralité est plus petit que pour les cas de controlatéralité, une déviation résultant probablement du faible nombre de cas examinés.

Des tendances similaires sont trouvées pour les tumeurs bénignes, telles que le neurinome de l’acoustique, les méningiomes et les autres tumeurs cérébrales, pour les utilisateurs de téléphones mobiles, comme pour les utilisateurs de téléphones sans fil.

Tableau 2 - Odds ratio (OR) et 95% intervalle de confiance (IC) pour un neurinome acoustique et l’astrocytome de différents groupes d’âge

Ca / Co indique respectivement le nombre de cas exposés et les témoins non exposés.

Les tendances sont plus prononcées chez les jeunes utilisateurs de téléphones mobiles et de téléphones sans fil, comme on peut le voir lorsque les données sont séparées par groupes d’âge (voir tableau 2).

Le groupe qui a commencé à utiliser les téléphones mobiles et sans fil avant l’âge de 20 ans, a un critère stastistique OR [Odds Ratio] de 5,2 et de 4,4, respectivement pour la manifestation d’un astrocytome malin après un an d’utilisation (< 20, une latence d’une année), comparativement à une valeur OR de 1,4 pour tous les âges. Ceci souligne la vulnérabilité particulière des jeunes à des rayonnements MW de la téléphonie sans fil.

  Les problèmes méthodologiques soulevés dans l’étude ‘Interphone’

Le groupe de Hardell a également analysé les données de l’étude Interphone [3], un programme de recherche impliquant 13 pays et mis en place en 2000 pour étudier l’association entre l’utilisation du téléphone mobile et le risque de cancer, notamment du cerveau, de la tête ou du cou.

L’étude Interphone a utilisé des méthodes assez différentes : par exemple on n’a pas considéré dans Interphone l’utilisation du téléphone sans fil, et au lieu d’un questionnaire standardisé, une entrevue personnelle guidée par ordinateur a été utilisée pour tous les cas et les témoins non exposés, au cours de laquelle l’intervieweur connaissait à l’avance si c’était un cas médical ou un témoin de contrôle.

Au lieu de tabler sur les cas du registre du cancer, l’étude Interphone a utilisé les dossiers de l’hôpital, alors que les témoins de contrôle dans les études de Hardell avaient été non exposés, à savoir, qu’ils étaient de personnes qui n’utilisaient pas du tout de téléphone mobile ou de téléphone sans fil, ou qui les avaient utilisés pendant moins d’un an ; dans l’étude Interphone, le groupe des individus non exposés comprenait ceux qui avait utilisé les téléphones sans fil.

De même, alors que les études de Hardell incluent comme cas de personnes exposées les individus qui avaient utilisé à tout moment les téléphones mobiles ou les téléphones sans fil, l’étude Interphone définit l’utilisation du téléphone portable comme "l’utilisation régulière", en moyenne une fois par semaine pendant au moins 6 mois ; une utilisation inférieure a été considérée comme des cas non exposés. Le taux de réponse, à la fois pour les cas médicaux et les témoins de contrôle, ont été nettement inférieurs dans l’étude Interphone.
Pour ces raisons et pour d’autres, l’étude Interphone souffre de nombreuses faiblesses, comme l’a signalé le groupe de Hardell [4], qui a suggéré que les observations avaient été biaisées et qu’elles étaient donc peu fiables.

En effet, un article publié [5]. par deux participants (l’un d’eux étant le coordinateur) de l’étude Interphone, a examiné à la fois les résultats d’Interphone et ceux du groupe de Hardell et ils ont conclu que, globalement, que les résultats suggèrent « l’existence d’une association possible » entre l’utilisation de téléphone mobile et les cancers de la tête, et ils ont recommandé des mesures simples et peu coûteuses pour réduire les expositions, à titre de précaution, en particulier chez les jeunes.

Dans une publication plus récente, le groupe de Hardell a présenté une autre analyse groupée des études de cas-témoins sur les tumeurs cérébrales malignes et l’utilisation des téléphones mobiles et des téléphones sans fil, qui comprenait à la fois des individus vivants et des sujets décédés, et les mêmes résultats ont été trouvés [6].

Les risques de tumeurs du cerveau augmentent avec le temps de latence (au cours de plusieurs années d’utilisation) et avec une utilisation cumulative en heures, et les risques sont les plus élevés chez les sujets utilisant les téléphones mobiles ou des téléphones sans fil avant l’âge de 20 ans.

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  Définitions et compléments

Téléphones sans fil et cancers du cerveau

 Traduction, définitions et compléments :

Jacques Hallard, Ing. CNAM, consultant indépendant.
Relecture et corrections : Christiane Hallard-Lauffenburger, professeur des écoles
honoraire.
Adresse : 19 Chemin du Malpas 13940 Mollégès France
Courriel : jacques.hallard921@orange.fr
Fichier : ISIS Santé Champs électromagnétiques Wireless Phones and Brain Cancer French version.3 allégée

[1The Interphone Study, Health Protection Agency, topics, accessed 7 May 2011, http://www.hpa.org.uk/Topics/Radiat...
ElectromagneticFields/MobilePhones/info_INTERPHONE/

[2Ho MW. Cordless phones & malignant brain tumours. Science in Society 37, 18-19, 2008.

[3The Interphone Study, Health Protection Agency, topics, accessed 7 May 2011, http://www.hpa.org.uk/Topics/Radiat...
ElectromagneticFields/MobilePhones/info_INTERPHONE/

[4Hardell L. Wireless phone use and brain tumour risk. In Giuliani L and Soffritti M. eds. Non-thermal Effects and Mechanisms of Interaction between electromagnetic Fields and Living Matter, an ICEMS Monograph, Ramazzini Institute, European Journal of Oncology Library vol.5, pp. 363-78, Bologna, Italy, 2010.

[5Cardis E and Sadetzki S. Indications of possible brain tumour risk in mobile phone studies : should we be concerned ? Occup Environ Med 2011, 68, 169-71

[6Hardell L, Carlberg M and Mild KH. Pooled analysis of case-control studies on malignant brain tumours and the use of mobile and cordless phones including living and deceased subjects. International Journal of Oncology 2011, 38, 1465-74.


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