"Maladies dues aux pesticides et aux sojas génétiquement modifiés (OGM) Appel pour une interdiction de l’épandage aérien des pesticides en Argentine" par le Dr Eva Sirinathsinghji

Traduction et compléments de Jacques Hallard

ISIS OGM Santé
Maladies dues aux pesticides et aux sojas génétiquement modifiés (OGM)
Appel pour une interdiction de l’épandage aérien des pesticides en Argentine
Pesticide Illnesses and GM Soybeans
Une coalition de médecins, de professionnels de santé et de chercheurs scientifiques demandent l’interdiction des pulvérisations aériennes de pesticides, sur la base des preuves apportées d’une augmentation des maladies qui sont liées aux pesticides depuis l’introduction des sojas génétiquement modifiés [OGM]. Dr Eva Sirinathsinghji

Rapport de l’ISIS en date du 18/01/2012
L’article original en anglais, avec toutes les références, s’intitule Pesticide Illnesses and GM Soybeans ; il est accessible par les membres de l’ISIS sur le site http://www.i-sis.org.uk/Pesticide_i...
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En Argentine, par la mise en place d’un réseau, 160 médecins, travailleurs du secteur de la santé et chercheurs scientifiques lancent un appel et exigent une interdiction des pulvérisations aériennes des pesticides, en prenant en considération les augmentations des cas de cancers et toute une série de maladies qui sont liées aux pesticides, depuis l’introduction des sojas génétiquement modifiés (OGM). Ces maladies touchent le développement et la reproduction des êtres humains, ainsi que l’épiderme et les systèmes immunitaire, respiratoire, neurologique et endocrinien.

Une réunion du réseau s’est tenue en août 2010 [1], puis à nouveau en 2011 [2]. Suite à la réunion de 2010 un important rapport a été rédigé : il lie l’exposition aux produits agrochimiques à une augmentation significative de maladies, y compris des malformations congénitales et des cancers, au sein et autour des zones où les produits agrochimiques sont utilisés. L’accroissement des cas de maladies s’est fait parallèlement à l’introduction et la propagation des semences de sojas OGM de Monsanto qui sont tolérants à la matière active herbicide glyphosate, contenue dans les spécialités commerciales de ‘Roundup’.

Le lien frappant entre les maladies et l’utilisation des pesticides avait été présenté à la première réunion, conduite par le Réseau des médecins des villes touchées par les retombées des pulvérisations ; il avait été proposé une interdiction complète de toutes les pulvérisations aériennes des pesticides, une interdiction complète des pesticides de types toxicologiques Ia (définis comme extrêmement dangereux) et Ib (très dangereux), et une interdiction de l’utilisation des autres pesticides, à moins de 1 km des zones résidentielles. Ils avaient également remis en question le modèle de production agro-industrielle actuel avec des cultivars transgéniques [OGM], affirmant que d’autres options, telles que les productions de l’agriculture agro-écologique, et que ces dernières devaient être encouragées et développées par l’Université d’État.

La deuxième réunion de 2011 a appelé le gouvernement local et national à garantir le droit des gens à une bonne santé, plutôt que les droits des opérateurs économiques de l’agroalimentaire et les propriétaires privés qui prévalent actuellement ; ils ont aussi réitéré leur appel en vue d’une interdiction complète des pulvérisations aériennes.

La lutte des communautés argentines pour la reconnaissance gouvernementale, juridique et sanitaire concernant les problèmes de santé qui sont associés à l’utilisation de pesticides, remonte à 10 ans. Un résumé établi par des organisations non gouvernementales et les résidents des communautés est contenu dans la « Déclaration de Caroya ».

Ce document rapporte [3] « une réduction de l’âge moyen et de la taille des individus » des habitants des lieux d’habitations dans les zones qui ont été pulvérisées », « à cause de la malnutrition », et « une baisse des défenses naturelles de l’organisme des êtres humains ». En outre sont citées les affections suivantes : « anomalies à la naissance, mutagenèse, fausses couches, dépressions et suicides, troubles du système nerveux central et d’autres pathologies neurologiques, des handicaps, le spina bifida, le lupus, des types de leucémie et d’autres cancers », ainsi que « le chloracné et d’autres problèmes de peau, l’asthme, les allergies et d’autres maladies respiratoires et pulmonaires, une stérilité masculine et une impuissance, des perturbations hormonales et d’autres troubles hormonaux, une diminuation du développement chez les enfants, des syndromes fébriles prolongés sans foyer infectieux apparent, une vulnérabilité accrue des enfants aux polluants, des anémies, de multiples scléroses en plaques, des cas d’ischémie cérébrale, et des décès ... » 

  On observe une augmentation alarmante des malformations congénitales, des cancers et d’autres maladies

Les autorités responsables de la santé publique ont ignoré les « notes alarmantes en provenance de responsables de la santé » et, par conséquent, très peu d’études épidémiologiques ont été réalisées. Toutefois, les médecins (dont la plupart ont été au service des mêmes populations pendant plus de 25 ans) ont été frappés par les données d’observation qui sont en corrélation avec les présentations et les histoires de gens vivant dans les communautés concernées, avec une gamme de maladies associées à l’exposition à des produits agrochimiques. Ils ont souligné un lien systématique entre les observations pathologiques inhabituelles de ces dernières années avec cette exposition.
La province du Chaco, où le Dr Maria del Carmen Serveso dirige une unité de soins intensifs en milieu hospitalier, a présenté un aperçu des maladies dévastatrices qui sont en hausse dans de nombreuses villes.

Les maladies comprennent l’insuffisance rénale, des anomalies congénitales chez les enfants de jeunes mères, des cancers, même chez des personnes très jeunes, des fausses couches, des difficultés rencontrées pour devenir enceinte, des problèmes respiratoires et des allergies aiguës, toutes ces maladies étant reliées, selon les équipes de santé, à la contamination chimique provenant de l’agriculture agro-industrielle qui a récemment imposée sur la zone géographique pour remplacer la culture du coton à petite échelle et les forêts indigènes. Les maladies respiratoires ont été trouvées en corrélation avec l’exposition à la matière active paraquat.

Une des rares études épidémiologiques réalisées par le Dr. Gladys Trombotto, une généticienne de l’Université de l’unité néonatale et maternité de Cordoba, en Argentine, a permis d’évaluer 110.000 naissances sur une période de plus de 10 ans : il a été trouvé une augmentation de 2 fois et de 3 fois respectivement pour les cas de malformations congénitales et pour les troubles musculosquelettiques, entre 1971 et 2003 [4].

Les données sur les cancers des enfants, présentées par le Dr Otaño ont confirmé ce que les autres médecins ont trouvé au cours de leurs propres observations : l’incidence des taux d’anomalies à la naissance a considérablement augmenté. Il a été enregistré 15,7 cas sur 100.000 en 2007, par rapport au niveau pré-existant qui était de 10,5 cas sur 100.000 en 1985.
La forte corrélation entre l’exposition aux pesticides et l’incidence des maladies a été illustrée par l’observation faite en 2005 par des habitants d’Ituzaingo, dans la banlieue de Cordoba, montrant un taux plus élevé des cancers chez les résidents qui vivent près des champs qui avaient été pulvérisés.

Les médecins soupçonnent que l’ampleur des dommages pour la santé humaine, causés par les produits agrochimiques, n’est pas pleinement reconnue. Le dénombrement des fausses couches peut être en réalité supérieur aux nombres effectivement enregistrés et d’autres problèmes neurologiques et psychologiques ne sont pas actuellement évalués. Des tests préliminaires et à petite échelle, effectués sur des enfants de moins d’un an, suggèrent l’existence de ces maladies dans les zones d’utilisation des produits agrochimiques.

  Des études épidémiologiques ont été conduites à l’extérieur du pays

Des études menées dans d’autres pays ont également été discutées lors de la réunion. Une étude réalisée par l’Environmental Protection Agency (EPA) aux États-Unis a constaté 5 fois plus de malformations congénitales lorsque les mères, qui vivaient près des cultures de blé traité avec du 2,4-D, étaient tombées enceintes [5].

Dans une autre étude, on a trouvé un lien entre l’application d’atrazine et des malformations à la naissance [6] ; 9 des 11 études ont montré une association nette entre l’exposition aux pesticides et les fausses couches, la mort fœtale, la mortalité à la naissance, les morts néonatales et ont permis d’identifier des exemples critiques d’expositions aux pesticides, associées à des avortements précoces ou tardifs.

  Les résultats de la recherche scientifique sont corrélés par les témoignages cliniques

Les analyses sur les dommages au niveau de l’ADN, - une cause sous-jacente des cancers -, ont été effectuées sur des échantillons de sang des habitants du Río de los Sauces, Saira, Gigena, Marcos Juárez et Las Vertientes, une région où 19% des femmes ont déclaré au moins un avortement spontané [7] . Il a été trouvé une augmentation significative des dommages de l’ADN dans les communautés concernées par les produits agrochimiques. Les pesticides les plus couramment utilisés sont le glyphosate, la cyperméthrine, le 2,4-D, l’endosulfan, l’atrazine et le chlorpyrifos.

Les données des études qui relient le glyphosate à des anomalies congénitales dans les grenouilles et les embryons de poulet avaient soulevé des préoccupations au sujet des résultats cliniques similaires qui avaient été observés chez les enfants de parents exposés, comme cela a été attesté par les médecins lors de la conférence. (Pour plus de détails sur cette étude de recherche et d’autres, voir [8] Lab Study Establishes Glyphosate Link to Birth Defects, SiS 48 *
* Version en français "Une étude de laboratoire établit un lien entre le glyphosate et des anomalies congénitales" par le Dr. Mae-Wan Ho, traduction, définitions et compléments de Jacques Hallard ; accessible sur le site suivanthttp://isias.transition89.la...
et [9] EU Regulators and Monsanto Exposed for Hiding Glyphosate Toxicity, SiS 51) *
* Version en français "Pour avoir caché la toxicité du glyphosate, les autorités chargées de la règlementation auprès de l’Union Européenne, ainsi que Monsanto, sont démasqués et dénoncés" par le Dr Eva Sirinathsinghji et le Dr Mae-Wan Ho, traduction et compléments de Jacques Hallard ; accessible sur le site suivant http://isias.transition89.lautre.ne...

  Une utilisation énorme et toujours croissante des pesticides et des pulvérisations aériennes en Argentine

Les géographes de l’Université de Cordoba, en Argentine, estiment que, dans ce pays, 12 millions de personnes sont directement exposées à la seule matière active glyphosate, et ce chiffre n’inclut pas la population des grandes villes dans les zones qui ont subi des pulvérisations.

L’utilisation des pesticides aurait augmenté, passant de 35 millions de litres en 1990 à 285 millions de litres en 2009, principalement en raison de l’augmentation énorme des usages sur les cultures des sojas génétiquements modifiés [OGM], couvrant environ 22 millions d’hectares répartis dans de nombreuses régions du pays. En plus d’une augmentation de la superficie cultivée avec du soja OGM, il faut noter une augmentation de la quantité de glyphosate qui est pulvérisée sur les cultures. Les pulvérisations de glyphosate sont passées de moins de 2 litres par hectare en 1996 à 20 litres par hectare en 2010, probablement en raison du développement de la résistance des plantes adventices (‘mauvaises herbes’) vis-à-vis de cet herbicide.

D’autres pays d’Amérique du Sud font également des pulvérisations aériennes de pesticides sur de vastes superficies. Le Paraguay a été récemment cité dans les nouvelles à propos d’une pulvérisation de pesticides qui avait entraîné la mort instantanée de 50 vaches à l’état adulte, ainsi que des reptiles, des poissons et différentes espèces d’oiseaux. Il est probable que toutes les usines de traitement de l’eau ont également été contaminées [10].

  Pour conclure

Plus de 12 millions de personnes en Argentine sont actuellement exposées à des produits agrochimiquesou pesticides, pendant que les cas de cancers, des malformations congénitales et d’autres maladies graves sont en hausse.
Les médecins ont accumulé les renseignements reliant ces maladies aux pesticides, et ils appellent leur gouvernement à interdire toutes les pulvérisations aériennes, jusqu’à ce que l’absecence de nocivité et leur sécurité soient prouvées de façon adéquate.

Les effets dévastateurs du glyphosate et des cultures de plantes génétiquement modifiées (OGM) tolérantes au glyphosate, sur les sols, sur les plantes cultivées et sur le bétail, ont été bien décrits aux États-Unis [11] (voir notamment USDA Scientist Reveals All - Glyphosate zards to Crops, Soils, Animals, and Consumers, SiS 53) *
* On peut lire sur ce sujet : "Des chercheurs scientifiques révèlent que le glyphosate empoisonne les plantes cultivées et les sols" par le Dr. Mae-Wan Ho, traduction, définitions & compléments de Jacques Hallard, sur le site http://yonne.lautre.net/spip.php?ar...

Sur la base de ces effets et impacts très négatifs, l’interdiction totale des herbicides à base de glyphosate est pleinement justifiée et elle a déjà été prononcée depuis longtemps [12] (Ban Glyphosate Herbicides Now, SiS 43) *.
* Voir la version en français " Il faut interdire les herbicides à base de glyphosate dès maintenant", par le Dr. Mae-Wan Ho, traduction et compléments de Hallard Jacques ; accessible sur le site http://yonne.lautre.net/spip.php?ar...
[On peut lt lire également l’article suivant : ‘Stop aux OGM et stop aux recherches sur les modifications génétiques !’ Dr. Mae-WAN Ho, traduction par Jacques Hallard sur http://www.i-sis.org.uk/NoToGMOsfr.php

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 Définitions et compléments

Maladies dues aux pesticides et aux sojas génétiquement modifié

 Traduction, définitions et compléments :

Jacques Hallard, Ing. CNAM, consultant indépendant.
Relecture et corrections : Christiane Hallard-Lauffenburger, professeur des écoles
honoraire.
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