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"Méfions-nous de la toile de la ‘chèvre-araignée’" par le Dr. Mae-Wan Ho

Traduction et compléments de Jacques Hallard

lundi 27 février 2012, par Ho Dr Mae-Wan

ISIS OGM Animaux transgéniques
Méfions-nous de la toile de la ‘chèvre-araignée’
Unspinning the Web of Spider-Goat
L’élevage des chèvres transgéniques [OGM] pour fournir de la soie d’araignée est contraire à l’éthique, et il est dangereux de faire passer les chèvres excédentaires dans la chaîne alimentaire publique ; le projet n’a jamais été soumis à aucune évaluation du risque réglementaire et il n’y a pas un seul rapport qui permet de caractériser les séquences transgéniques qui sont présentes dans le génome de la ‘chèvre-araignée’. Dr. Mae-Wan Ho

ISIS Report 20/02/12
La version originale en anglais, avec toutes les références s’intitule ‘Unspinning the Web of Spider-Goat ; elle est accessible par les membres de l’ISIS sur le site http://www.i-sis.org.uk/Unspinning_the_Web_of_Spider-Goat.php
S’il vous plaît, diffusez largement et rediffusez, mais SVP veuillez donner l’URL de l’original et conserver tous les liens vers des articles sur notre site ISIS

Une campagne concertée de relations publiques

Au cours des deux dernières années, une campagne médiatique concertée a été lancée pour promouvoir la « chèvre-araignée », une chèvre génétiquement modifiée [OGM] pour produire des protéines de la soie d’araignée dans son lait. Beaucoup d’entre nous ont été pris par surprise, parce que les animaux transgéniques et le clonage par transfert nucléaire de cellule somatique qui lui est associé, ont commencé à faire parler d’eux vers la fin des années 1990 [1] (Why Clone At All ?, ISIS report).

Ces travaux ont été pratiquement abandonnés une décennie plus tard en raison du faible taux de réussite par rapport aux taux excessivement élevés de décès et d’anomalies, ainsi que des souffrances infligées à la fois aux animaux clonés et aux mères porteuses (voir [2] Unacceptable Death Rates End Cloning Trials in New Zealand, SiS 50) *
* "Des taux de mortalité inacceptables mettent fin aux expérimentations sur le clonage animal en Nouvelle-Zélande" par le Dr. Mae-Wan Ho Ho Dr Mae-Wan. Traduction et compléments de Jacques Hallard. 28 mars 2011 - Dernier ajout 15 juillet 2011. Accessible sur le site http://isias.transition89.lautre.net/spip.php?article5

La campagne actuelle de relations publiques a commencé en mai 2010 avec un rapport et une présentation vidéo de la National Science Foundation américaine dans le magazine interne Science Nation [3]. Sept mignons petits chevreaux étaient exposés. Trois d’entre eux étaient transgéniques pour le gène qui code pour la soie d’araignée, nous a-t-on dit, mais pas les autres : le message clair est qu’il n’y avait pas de différences perceptibles entre les ‘chèvres-araignées’ et les chèvres normales.

Un an et demi plus tard, la ‘chèvre araignée’ est annoncée comme une merveille de la « biologie synthétique » qui va au-delà du génie génétique [4]. Une autre séquence vidéo met en scène un journaliste de la BBC, un peu hébété, invité dans une ferme ordinaire pour y rencontrer d’amicales ‘chèvres-araignées’ « absolument normales », qu’il est encore une fois impossible de distinguer de chèvres ordinaires, afin de dissiper toute image négative qu’on peut avoir à propos "d’animaux Frankenstein" [5].

À peu près au même moment, l’artiste hollandais Jalila Essaidi, conjointement avec Forensic Genomics Consortium Netherlands (Consortium néerlandais de la génomique judiciaire), a reçu un prix de 25.000 € pour son idée de créer une peau humaine à l’épreuve des balles - une place sur le gilet pare-balles de soie d’araignée - en incorporant la soie d’araignée dans des cultures de peau humaine ; ou peut-être de modifier génétiquement des êtres humains pour produire la protéine de soie d’araignée dans l’épiderme [6-8] ?

Une séquence de la troisième vidéo montre comment la peau humaine mise en cultures cellulaires au Leiden University Medical Centre, le Centre Médical de l’Université de Leiden, et imprégnée de la soie d’araignée provenant de ‘chèvres-araignées’ et de vers produits à l’Université de l’Utah aux États-Unis, ont pû arrêter une balle envoyée spécialement au ralenti, mais pas un coup à la vitesse normale. Une exposition a été montée au Musée National d’Histoire Naturelle de Leiden, aux Pays-Bas.

Pourquoi était-ce une idée révoltante qui mérite d’être poursuivie ? Dans son communiqué de presse, Essaidi a déclaré [8] : « Je veux explorer les enjeux sociaux, politiques, éthiques et culturels autour de la sécurité » Par sécurité, je pense qu’elle voulait dire la sécurité des personnes qui se font tirer dessus. « Le projet conduit à une esthétique très impressionnante et à des résultats fascinants », a-t-elle conclu.

La soie d’araignée est en effet une merveille, et la ‘chèvre-araignée’ est certainement un instrument digne d’être portée sur soi, n’est-ce pas ?

Aucune évaluation n’a été réalisée et publiée dans un article scientifique validé par des pairs et disponible

J’ai essayé de localiser l’article scientifique décrivant la création de la chèvre transgénique, mais ce fut un blanc total. La revue scientifique Science Nation m’a mise en contact avec le scientifique qui a fait le travail, Randolph Lewis à l’Université du Wyoming, à Laramie aux Etats-Unis. Lewis a écrit dans un message e-mail [9] : « La meilleure information sur les chèvres elles-mêmes est le brevet déposé par Nexia Biotechnologies et ils n’ont jamais publié un document à partir de ce brevet ». Mais le brevet [9], que j’ai vite découvert, portait sur la production du polypeptide de la soie, mais ne signalait rien sur la ‘création’ des chèvres transgéniques.

En fait, la ‘chèvre-araignée’ faisait les gros titres de la presse il y a près de 10 ans. Nexia Biotechnologies était la société de biotechnologie canadienne qui avait tenté de vendre de la soie d’araignée à partir des chèvres transgéniques. Mais l’entreprise avait échoué parce que la soie d’araignée élaborée par modification génétique était d’une qualité bien inférieure à celle de la soie naturelle [10] ; la société avait cessé ses activités par la suite.

En réponse à ma question de savoir si ses chèvres avaient été clonées, Lewis a déclaré [11] qu’ils ne disposent que d’un couple de chèvres clonées ‘fabriquées’ par transfert nucléaire de cellules somatiques. Et celles-ci avaient elles-mêmes été clonées à partir des chèvres initiales ‘créées’ par la transformation des embryons avec le transgène codant pour la synthèse de la soie d’araignée.
« Tout le reste provient de l’élevage à la fois d’individus transgéniques pour mâles normaux, et de boucs transgéniques pour individus normaux. Nous ne maintenons le troupeau qu’à l’état hémi-zygote [avec une seule copie du transgène] pour maintenir un niveau raisonnable de protéines de soie d’araignée dans le lait » a-t-il dit. « Il est certain qu’avec des chèvres transgéniques élevées depuis près de 10 ans, il n’y a rien qui permette de distinguer les chèvres normales des chèvres transgéniques qui composent actuellement notre troupeau ».

Ainsi, les ‘chèvres-araignées’ vues sur la vidéo ont toutes été élevées à partir du couple de chèvres clonées, et tous les individus étaient hémizygotes, ce qui évite au moins les décès, les anomalies et les souffrances impliquées aux animaux. Cependant, la question éthique demeure. Il est difficilement acceptable d’exploiter les animaux de cette façon, d’autant plus que des alternatives plus efficaces et acceptables existent déjà (voir plus loin). C’est pire que d’élever des animaux pour leur fourrure, car le lait de la femelle ne sera pas disponible ni adapté pour nourrir les jeunes animaux.

En outre, la dimension prévention des risques biotechnologiques ne peut pas être balayée d’un revers de main. Les animaux transgéniques portent non seulement les gènes déclarés étrangers (dans le cas des chèvres transgéniques, les gènes codant pour la soie d’araignée), les gènes sont délivrés, transférés dans des vecteurs qui contiennent souvent d’autres séquences de virus et de bactéries y compris les gènes de résistance aux antibiotiques, qui restent souvent dans les animaux transgéniques, mais nous ne savons pas de quoi il s’agit. Il n’y a pas de rapport dans la littérature scientifique ou n’importe où ailleurs qui relève de la caractérisation des séquences transgéniques dans le génome de la ‘chèvre-araignée’.

Lewis est clairement conscient des autres façons de produire de la soie d’araignée, comme il me l’indique dans un autre e-mail : « Actuellement, nous produisons de la protéine de soie d’araignée dans E. coli, dans les chèvres et dans des vers à soie. Nous poursuivons tous les trois axes en tant que systèmes de production avec des applications spécifiques ciblées pour chaque système, car ils ont chacun des avantages et des inconvénients ». Mais il n’a pas précisé quels étaient les avantages et les inconvénients.

Combien de protéines d’araignée sont produites dans le lait de chèvre ? Lewis nous a répondu par écrit [12] : « Pour nos chèvres, les quantités vont de 1 à 4 g / litre et les meilleures chèvres produisent 4 à 5 litres par jour. Nous ne trayons le lait que pendant 180 jours par lactation, bien que les chèvres laitières soient nombreuses à aller jusqu’à 300 jours par lactation. Donc, chaque chèvre peut produire environ 1,5 kg de protéines de soie d’araignée par an ».

Presque rien de ce dont Lewis m’a parlé sur la ‘chèvre-araignée’ ne se trouve dans la littérature scientifique, ni dans ancun autre rapport accessible au public. J’ai fait un e-mail à la revue Science Nation via leur site web, avec copie à la National Science Foundation - qui finance le projet ‘chèvre-araignée’ – en leur demandant si la promotion inédite et l’information scientifique passées par des revues avec comité de pairs, pour validation, était leur politique ; mais aucune réponse n’a été reçue jusqu’à présent.

Les chèvres en surplus sont-elles destinées à notre table ?

Lewis et ses collègues sont bien conscients de la question de la biosécurité. Dans un article publié en ligne en octobre 2011 [13], ils ont remarqué que les règlements concernant l’élimination des animaux génétiquement modifiés sont très stricts en raison de la préoccupation que représente leur introduction inappropriée dans la chaîne alimentaire.

« Les animaux non transgéniques qui donnent naissance à des descendants transgéniques sont traités comme s’ils étaient transgéniques en raison des inquiétudes portant sur les cellules foetales qui traversent la barrière placentaire et résident dans l’autre compartiment (microchimérisme materno-fœtal). Il faut déterminer si oui ou non le transfert fœto-fœtal ou materno-fœtal de l’ADN ou des cellules se produisent pendant la gestation : c’est essentiel pour protéger efficacement le public, sans abattage des animaux qui ne présentent aucun risque ».

Dans ce document, Lewis et ses collègues ont examiné le sang de 5 chèvres non transgéniques qui ont porté des descendants transgéniques, en utilisant une technique PCR suffisamment sensible pour détecter la présence du transgène codant pour la soie d’araignée à une dilution de 1 à 100.000 (environ 90 cellules par millilitre de sang) : on ne pouvait pas détecter de signal. De même, les transferts entre les fœtus transgéniques et non-transgéniques étaient indétectables. En outre, ils n’ont trouvé aucune expression extra-utérine (sur place) des gènes de soie d’araignée dans le cœur, les poumons, le foie et le cerveau. Néanmoins, ils admettent que les résultats n’excluent pas l’expression ectopique du gène de soie d’araignée dans d’autres tissus ou fluides non testés ou le transfert de l’ADN et de cellules entre le fœtus et la mère, ou encore entre les fœtus. Et d’autres études doivent être effectuées avec un échantillon plus large.

Ce que le document ne révèle pas, c’est l’intention de passer le surplus, l’excédent des animaux dans la chaîne alimentaire humaine, ce qui n’est ni éthique ni sûr en termes de sécurité alimentaire [14] ( Cloned Meat and Milk Coming, SiS 50) *.
* "De la viande et du lait provenant d’animaux clonés : il y a de quoi s’inquiéter" par le Dr. Mae-Wan Ho Ho Dr Mae-Wan. Traduction et compléments de Jacques Hallard. 16 mars 2011 - Dernier ajout 16 juillet 2011. Accessible sur le site http://isias.transition89.lautre.net/spip.php?article14

Notamment parce que nous ne savons pas encore, en termes généraux, ce que sont les séquences étrangères présentes dans les animaux transgéniques en dehors du gène codant pour la soie d’araignée. Toutes les séquences transgéniques, y compris le gène d’araignée, sont potentiellement dangereuses, surtout si elles se retrouvent dans le génome de nos cellules. Le transfert horizontal d’ADN transgénique est le risque le plus sous-estimé du génie génétique, mais il peut en effet bel et bien se produire ([15] Scientists Discover New Route for GM-gene ’Escape’, SiS 50) *.
* "Des chercheurs scientifiques découvrent une nouvelle voie par laquelle les gènes génétiquement modifiés peuvent s’échapper" par le Dr. Mae-Wan Ho Ho Dr Mae-Wan. 2 mars 2011 - Dernier ajout 16 juillet 2011. Accessible sur le site http://isias.transition89.lautre.net/spip.php?article18

Les chèvres transgéniques n’ont jamais été caractérisées à quelque niveau que se soit, et les risques pris pour la production d’un troupeau transgénique n’ont pas été évalués. La légalité du troupeau transgénique lui-même est sûrement en cause.

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Définitions et compléments

Méfions-nous de la toile de la ‘chèvre-araignée’

Traduction, définitions et compléments :

Jacques Hallard, Ing. CNAM, consultant indépendant.
Relecture et corrections : Christiane Hallard-Lauffenburger, professeur des écoles
honoraire.
Adresse : 585 19 Chemin du Malpas 13940 Mollégès France
Courriel : jacques.hallard921@orange.fr
Fichier : ISIS OGM Animaux transgéniques Unspinning the Web of Spider-Goat French version.2