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"Le nucléaire français n’est pas sûr du tout" par Susie Greaves

Traduction et compléments de Jacques Hallard
mardi 6 mars 2012 par Greaves Susie

ISIS Energie Nucléaire
Le nucléaire français n’est pas sûr du tout
French Nuclear Power Not Safe
En France, l’énergie nucléaire est loin d’être sûre et le gouvernement avait dissimulé les effets de la catastrophe de Tchernobyl aux populations françaises. Par Susie Greaves

Rapport de l’ISIS en date du 16/01/12
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  L’histoire d’amour est terminée

Après l’accident de Tchernobyl en 1986, les Français se sont naturellement demandé si quelque chose de semblable pourrait arriver en France. Toutefois, le fait qu’il s’agissait d’un d’accident "soviétique" avait permis aux Français de se rassurer sur le fait que leur propre industrie nucléaire était technologiquement supérieure et que, dans tous les cas, les contrôles démocratiques permettraient d’assurer les plus hauts niveaux de sécurité.

L’accident de Fukushima a démoli ces hypothèses réconfortantes. Dans un sondage effectué après Fukushima par le Journal du Dimanche, 77% des Français ont dit qu’ils aimeraient sortir progressivement du nucléaire [1]. Malgré les efforts de propagande appuyés de l’industrie nucléaire française, il semble que les Français ne sont pas convaincus. Leur confiance dans l’industrie nucléaire et dans les ministères du gouvernement si étroitement associés, à déjà érodée il y a 25 ans à la suite de l’accident de Tchernobyl.

  Le déni du gouvernement et la riposte des citoyens

Dans les jours qui ont suivi l’accident de Tchernobyl, les Français ont dit, plus ou moins, que le nuage radioactif s’était miraculeusement arrêté à la frontière. Alors que les autorités italiennes et allemandes étaient occupées à l’élimination des produits contaminés, les autorités françaises ont dit à leurs concitoyens que les niveaux de radioactivité devraient être 10.000 ou 100.000 fois plus élevés avant qu’ils ne représentent un certain danger [2].

Le 2 mai 1986, à Ajaccio, la capitale de la Corse, des niveaux élevés de radioactivité ont été enregistrés dans les stations d’incendie et un épais brouillard a envahi la ville, amenant les gens à fermer leurs fenêtres, mais les autorités ont affirmé qu’il n’y avait aucun danger [3]. Les cartes qui montrent les progrès du nuage radioactif à travers la France, en avril et mai 1986, ont été trafiquées par le SCPRI (Service central de protection Contre les Rayonnements ionisants). Le pire exemple de désinformation a eu lieu en mai 1986, lorsque SCPRI annonce une moyenne de 8,5 Bq / m3 de Césium 137 sur la France en moyenne. En réalité, même l’Ouest de la France, qui a été le moins touché avec en moyenne 100 Bq / m3, tandis que dans les régions de l’Est et du Sud de la France, 40 000 Bq / m3 ont été mesurés [4].

Outré par la tromperie du gouvernement et son irresponsabilité, un certain nombre d’associations de citoyens indépendantes ont surgi pour contrer la propagande du gouvernement dans le cas de futurs événements nucléaires. La plus importante d’entre elles, la CRIIRAD (Commission de Recherche et d’Information Independante sur la radioactivité), a été formée et rejointe par un certain nombre de scientifiques déterminés à faire le ménage.

La CRIIRAD a commencé par mesurer le rayonnement dans les semaines qui ont suivi la catastrophe de Tchernobyl et elle a produit la carte définitive des niveaux de rayonnement dans toute la France quelques années plus tard. Les membres de la CRIIRAD apparaissent régulièrement dans les médias pour commenter les événements nucléaires, et leurs jugements sont universellement – même à contrecœur - respectés en France. Ses experts travaillent actuellement au Japon, en mesurant les niveaux de radiation et en conseillant sur la radioprotection [5].

Le Dr. Fauconnier de la Balagne, en Corse, est l’un des membres fondateurs de la CRIIRAD ; il a été l’un des premiers à alerter la population à propos des niveaux extrêmement élevés de radioactivité mesurés dans les produits laitiers et dans les légumes feuillus, sur l’île [6, 7]. Quand il a envoyé des échantillons sur le continent pour les tester, ceux qui avaient été prélevés aux dates où la pluie était tombée et alors que la contamination radioactive avait été à son plus haut niveau, ces échantillons ont été commodément « perdus » pendant quelques mois. Mais même les échantillons qui avaient été réexpédiés avaient montré des niveaux d’iode 131 extrêmement élevés.

Au cours de l’année suivante, il a noté dans sa communauté agricole locale de la Haute Balagne, que sur 50 veaux en gestation en mai 1986, il n’en restait que 20 à naître et deux étaient malades.

À l’hiver 1986/1987, les hôpitaux corses avaient noté une augmentation significative des maladies respiratoires chez les bébés nés à l’automne et qui avaient été exposés in utero, en avril et mai 1986. Ces résultats confirment des recherches menées par le Dr Sternglass à l’Université de Pittsburgh, qui montrent que l’Iode 131 est concentrée cent fois plus dans la thyroïde du fœtus que chez les personnes adultes. Le Dr. Fauconnier a lutté depuis contre les autorités qui avaient permis par leur négligence que des aliments contaminés puissent encore être consommés dans les semaines et les mois suivant la catastrophe de Tchernobyl.

  Les victimes françaises accusent le gouvernement de négligence criminelle

L’Association Française de Maladies de la Thyroïde (AFMT) a été créée en Février 1999 par six personnes qui croyaient que leur cancer de la thyroïde avait été causé par l’exposition à l’iode 131 dans les jours suivants Tchernobyl. Aujourd’hui, environ 650 personnes, dont 100 en Corse, sont impliquées dans une bataille juridique avec le gouvernement français, afin de reconnaître la véritable cause de leur maladie. Dans le cas en justice intenté par l’AFMT en 2010, il a été souligné que les prescriptions du médicament Levothyrox comme hormone de remplacement, avaient décuplé en France depuis 1986, montrant clairement l’impact de la catastrophe nucléaire sur la population [8].

Pourtant, le gouvernement français a refusé d’ouvrir un registre des cancers qui pourrait montrer le lien entre la maladie et les zones de contamination. Mais d’autres médecins ont compilé leurs propres chiffres, montrant que le taux de cancer de la thyroïde en Corse entre 1997 et 2002 était de 13,8 à 23 cas pour 100.000 par année, comparativement à une moyenne de 4,5 pour 100.000 dans le reste de l’Europe [9].

  Dans les coulisses, le gouvernement se prépare au pire

Dans son livre sur la sécurité des centrales nucléaires françaises [10], Stéphane Lhomme dit que la meilleure preuve qu’un accident comme Tchernobyl pourrait se produire en France ne vient pas des organisations anti-nucléaires, mais « de personnes qui sont les mieux placées pour évaluer le danger : les administrateurs des organismes gouvernementaux ou d’organismes internationaux, le lobby nucléaire et ses alliés ... ».

Il cite la législation de 2003 donnant des pouvoirs spéciaux au gouvernement français lors de "crises nucléaires". Quiconque donne des informations à ses concitoyens sur les questions nucléaires pourrait faire face à 5 ans de prison et à 75.000 euros d’amende.

Puis en 2004, les gouvernements français et d’autres au sein de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique) ont augmenté le niveau de l’indemnité payable en cas de catastrophe nucléaire.

Enfin en 2005, le programme FARMING (Food and Agriculture Restoration Management Involving Networked Groups) (gestion de la restauration pour l’alimentation et l’agriculture impliquant des groupes en réseau), et financé par la Communauté Européenne, le lobby nucléaire et l’agro-business, a commencé une recherche dans le département de l’Aube, dans le Nord-Est de la France. Le programme a deux objectifs principaux : « ... comment faire face à des aliments contaminés après un accident nucléaire » et « ... l’élaboration de stratégies pour réaffecter les terrains contaminés à la production agricole, tout en minimisant la quantité de produits gaspillés ». Stéphane Lhomme conclut que le gouvernement français est « méthodiquement, rationnellement, en train de se préparer à survivre à la pire des éventualités ».

  Les réacteurs français sont vieux, fatigués, dangereux et coûteux

Il y a d’autres raisons de craindre un accident dans l’industrie nucléaire en France. Tout d’abord, le vieillissement des centrales nucléaires qui atteignent la fin de leur espérance de vie, mais dont les licences ont été renouvelées. Deuxièmement, l’organisme EDF n’appartient plus à l’Etat, mais à une société à responsabilité limitée par actions, cotée à la Bourse de Paris depuis Novembre 2005. EDF s’est préparé à cela dès janvier 2002 avec des réductions drastiques totalisant 300 millions d’euros et une réduction du niveau des effectifs [10].

Le film documentaire "Rien à signaler" réalisé en 2009 a décrit les effets de la privatisation. Par exemple, la maintenance des centrales nucléaires pendant leurs périodes de fermeture régulière est maintenant assurée en sous-traitance et elle emploie une armée de 22.000 personnes mal formées et mal payées, et "nomades" : elles vont d’une centrale nucléaire à l’autre, pour y entreprendre les travaux les plus dangereux. Ils reçoivent 60 euros par jour et dorment dans des tentes, des voitures et des caravanes. 80% des accidents par les radiations impliquent des travailleurs de ce groupe, bien qu’ils ne représentent que 50% de l’effectif total. Il n’y a pas de représentation syndicale, aucun enregistrement fiable des rayonnements reçus et peu ou pas de suivi médical [11].

Enfin, il y a la menace du changement climatique. Stéphane Lhomme, dont le livre a été publié cinq ans avant la catstrophe de Fukushima, note que « ... toutes les installations des centrales électriques peuvent être touchées par la violence des éléments, mais seules les installations nucléaires mettent tout un continent en danger avec des conséquences qui pourraient se faire sentir pendant des siècles, voire des millénaires » [10].

  S’agit-il d’incidents ou d’accidents ?

L’industrie nucléaire française est censée être supervisée par l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) et une visite à leur site Web révèle un étonnant niveau de détail sur des "incidents", sur une base quotidienne dans les 59 réacteurs nucléaires. Entre 10.000 et 12.000 événements sont identifiés dans les usines EDF’ chaque année dont 600 à 800 sont considérés comme des « événements importants » [12].

Cependant, nous devons faire attention à la manière dont nous interprétons cette transparence apparente. L’échelle INES (International Nuclear Event Scale et radiologique) va de 0 à 7. Une cote de niveau 0 indique « déviations », le niveau 1 « anomalies », niveau 2 "incidents", niveau 3 "quasi-accidents », et ainsi de suite jusqu’au niveau 7 pour les accidents majeurs, tels que ceux de Tchernobyl ou de Fukushima. Très peu d’événements nucléaires en France sont classés au-dessus du niveau 1, et la France n’a eu qu’un seul accident nucléaire de niveau 4 (en 1980 à Saint Laurent des Eaux) dans toute son histoire [13].
Le problème avec l’échelle INES est qu’un effondrement évité de justesse peut être classé au même niveau que d’une petite fuite entraînant une contamination locale. C’est comme comparer les dégâts causés par une mauvaise manœuvre vers la voiture de votre voisin et des bosses au pare-chocs, avec le fait de s’endormir en roulant sur l’autoroute et, fort heureusement, de se réveiller avant qu’une collision ne se soit produite.

Ainsi, l’accident du Blayais en Gironde en 1999 a été classé au niveau 2 - "un incident" - sur l’échelle INES pour "défaillances importantes des dispositions de sécurité, mais sans conséquences réelles". Toutefois, un examen détaillé de cet accident montre à quel point la France a frôlé à ce moment là son propre désastre nucléaire. Une tempête très violente a frappé la France sur la nuit du 27 au 28 Décembre 1999. Les défenses contre les inondations ont été endommagées et 100 millions de litres d’eau se sont déversés dans l’usine.
L’électricité du réseau extérieur a été coupée. Deux des quatre réacteurs se sont mis à l’arrêt car les équipements de sécurité clés ont été en diffculté en raison des inondations. Enfin, une moitié du système de refroidissement du circuit d’urgence a été défaillant mais il a tenu assez longtemps pour ramener la situation sous contrôle. Même les responsables locaux ont admis à l’époque qu’ils étaient près d’un effondrement par manque de carburant et les similitudes sont évidentes avec ce qui s’est produit à Fukushima en 2011 [10].

Inondations, séismes, vagues de chaleur et de froid exceptionnelles ont tous causé des problèmes à l’industrie nucléaire française, surtout dans leurs effets sur les systèmes de refroidissement qui sont cruciale en pareille situation. Cependant, bon nombre des menaces à la sécurité impliquent des mécanismes défectueux qui, en raison du niveau élevé de standardisation dans l’industrie française, touchent un grand nombre d’installations. Dans les années 1990 le problème a été le colmatage d’un carter qui pourrait sérieusement compromettre le système de refroidissement d’urgence [14].

Plus récemment, les problèmes ont concerné les ensembles de la tige de commande qui, en cas de panne de courant, devraient automatiquement s’abaisser pour arrêter la réaction. Mais la déformation des tiges à cause des vibrations et du stress mécanique indique que ce n’est pas toujours le cas et qu’en cas d’arrêt d’urgence, elle pourrait avoir des résultats catastrophiques. Dans son propre rapport technique, EDF a déclaré qu’il y avait dans l’industrie nucléaire « des preuves sérieuses et généralisées de dépassement des critères de sécurité » [15].

Ces problèmes, et d’autres, tels que la porosité du béton trouvée dans 34 des structures de confinement des 59 réacteurs français, demandera des années, parfois des décennies pour être résolue.

Encore récemment, en 2008, dans la même semaine, alors que les représentants du G8 et d’autres dirigeants exprimaient leur allégeance à la « renaissance nucléaire » qui était fortement encouragée par l’industrie, une série d’accidents nucléaires ont envoyé des ondes de choc dans toute la France, causant des craquelures à l’image de la compétence et la sécurité que la France avait créée autour d’elle pour la faire connaître à la face du monde ([16] ] Nuclear Renaissance Runs Aground, SiS 40).

Les installations nucléaires du Tricastin dans le sud de la France ont mal fonctionné, entraînant une perte de 30.000 litres d’une solution contenant 12% d’uranium enrichi, avec le débordement d’un réservoir vers les rivières voisines (Faffiere et Lauzon), augmentant d’un millier de fois la concentration en uranium dans les deux rivières. Ce n’était que le premier évènement d’une série de neuf maladresses et des fuites dans les réactions nucléaires en France au cours de trois semaines à partir du 7 Juillet.
Une fois de plus, nous devons nous demander si les Français ont simplement été chanceux de ne pas avoir - encore – eu à connaître une catastrophe dans les proportions de celle de Tchernobyl [10].

  Des chiens de garde édentés

L’ASN et d’autres organismes de réglementation gardent un œil attentif sur les erreurs interminables, les échecs et même les infractions commises par l’industrie nucléaire. Les problèmes surviennent lorsque l’action est nécessaire. La relation entre l’ASN et EDF n’inspire pas confiance. L’ASN est en communication constante avec EDF, mais le ton de ses lettres montre trop clairement qui en assure vraiment le contrôle.

Par exemple, en 2001, soit six ans avant que la plus ancienne usine française de centrale nucléaire de génération d’électricité à Fessenheim n’ait atteint sa limite d’utilisation de trente ans, l’ASN a écrit à plusieurs reprises à l’EDF en leur rappelant la nécessité de contrôles rigoureux avant qu’une décision ne soit prise sur l’extension de sa licence d’exploitation [10]. Dans ce cas, en 2007, EDF a tout simplement annoncé l’extension de la licence dans les médias sans aucune concertation préalable avec l’ASN, en laissant l’ASN rappeler en vain les obligations d’EDF pour mener ses propres inspections de sécurité.
En 1995, l’ASN a recommandé « la fermeture rapide » d’un bâtiment en particulier sur l’immense site nucléaire expérimental à Cadarache, près de Marseille, qui a été construit sur la faille sismique de la rivière Durance. Une période d’une dizaine d’années s’est écoulée avant que ce bâtiment ne soit définitivement fermé en 2005, après des années de menaces sans effet émanant de l’ASN.

En 2003, EDF et l’ASN ont été impliqués dans une querelle interne au sujet du risque de tremblements de terre pour les centrales nucléaires, et EDF a été accusé dans la presse d’avoir falsifié des données sismiques pour au moins douze de ses centrales nucléaires.
Par exemple, à Belleville, dans le Cher, EDF a pris comme référence, un tremblement de terre qui avait eu lieu en 1079, plutôt qu’un autre plus puissant qui avait eu lieu en 1933. Les travaux nécessaires pour améliorer la sécurité dans les zones sismiques auraient coûté à EDF 1,9 milliard d’euros et le problème a mis en évidence, une fois de plus, combien la notion de rentabilité est favorisée par rapport à celle de la sécurité [10].

  Peu de recrues sont prêtes pour s’engager dans l’industrie nucléaire

Que pouvons-nous conclure de tout ce qui concerne la sécurité dans l’industrie nucléaire française ? Personne ne peut se permettre d’ignorer les leçons de Tchernobyl et de Fukushima. Le premier accident a été causé par une défaillance humaine : la seconde, par les forces de la nature hors du contrôle humain.
La France n’est pas à l’abri de cela non plus. Le coût financier pour arriver au meilleur niveau de sécurité est énorme, et c’est peut-être pourquoi nous voyons l’industrie nucléaire française passer d’une position dans laquelle un accident nucléaire est impensable, à celle dans lequelle le gouvernement et le lobby nucléaire se préparent pour une telle éventualité.

Mais les Français vont-ils se mettre en phase avec cette situation ? Le peuple français n’a jamais voté pour le développement de l’industrie nucléaire ou pour sa continuation. Ils se sentent impuissants et manquent de contrôle démocratique. Les gouvernements successifs ont menti aux Français, à propos des victimes algériennes et polynésiennes, suite aux essais nucléaires français [17].

Ils ont menti au sujet des niveaux de rayonnement en France, à la suite de la catastrophe de Tchernobyl (voir ci-dessus) et même maintenant, les autorités gouvernementales refusent de reconnaître les effets sanitaires de cet accident sur leur propre population. Ils sont régulièrement avares de vérité face à des événements nucléaires qui se présentent de façon embarrassante. (La radioactivité impliquée dans l’accident le 12 Septembre 2011 à Marcoule a été 476 fois supérieur à celui qui a été reconnu par l’industrie nucléaire [18]).

Les employés des centrales nucléaires, qui ont été récompensés dans les premières années avec des tarifs préférentiels d’électricité, ne sont plus aussi fidèles maintenant. Les questions de sécurité sont au cœur de leur désaffection. L’industrie est confrontée à d’énormes problèmes dans le remplacement d’une main-d’œuvre qualifiée. « Le renouvellement des compétences est aujourd’hui la première préoccupation dans la gestion », précise l’Inspection générale de la sûreté nucléaire d’EDF [12]. Plusieurs sites des centrales nucléaires ont rapporté que dans le cours d’une année de prospections d’embauches « qu’ils n’ont pas obtenu une seule réponse suite à leurs annonces de postes vacants ».
Pour toutes ces raisons, la sécurité de l’industrie nucléaire française ne peut plus être vantée avec confiance, comme cela était le cas dans les dernières décennies du XXe siècle. Personne ne croit vraiment plus qu’un accident nucléaire est impossible en France, pas plus, au moins comme nous l’avons vu, au sein l’industrie nucléaire elle-même. Les yeux du monde sont braqués sur le Japon où, dans les prochaines décennies, le gouvernement fera face à une crise, en matière de santé et dans son économie, car les victimes de la contamination causée par la catastrophe de Fukushima vont demander des compensations, des indemnisations et des soins médicaux supplémentaires. Les Japonais ne seront pas bénéficiares d’un minimum de soins qui ont été accordés aux victimes de Tchernobyl en Biélorussie, en Ukraine et en Russie [19] (voir aussi [20] The Truth about Chernobyl, SiS 47).

Pourtant, même dans les zones frappées par la pauvreté, le montant dépensé pour atténuer les effets de l’accident de Tchernobyl est stupéfiant. Sur plus de 20 ans, le coût économique direct de cette catastrophe pour la Biélorussie, l’Ukraine et la Russie, dépasse 500 milliards de dollars, ce qui en termes de coût de la vie dans la Communauté européenne représente plus de 2.000 milliards d’euros, autant, sinon plus, que le coût de la construction de l’ensemble des infrastructures nucléaires dans le monde [21]. Ces chiffres font réfléchir et il sera difficile pour les gouvernements, en France et ailleurs, de les ignorer. Comme dit le proverbe « Si vous pensez que la sécurité coûte cher, essayez avec un accident » [22].

L’auteure Susie Greaves vit en France et elle est membre du l’Independent WHO, de ‘Sortir du Nucléaire’ et de la CRIIRAD. Elle traduit du français en anglais le livre ‘Le Crime de Tchernobyl : le goulag nucleaire’ de Wladimir Tchertkoff, publié par les éditions ‘Actes Sud’ en 2006.

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 Complément

Le nucléaire français n’est pas sûr du tout

  Traduction et compléments :

Jacques Hallard, Ing. CNAM, consultant indépendant.
Relecture et corrections : Christiane Hallard-Lauffenburger, professeur des écoles
honoraire.
Adresse : 585 19 Chemin du Malpas 13940 Mollégès France
Courriel : jacques.hallard921@orange.fr
Fichier : ISIS Energie Nucléaire French Nuclear Power Not Safe French version.1


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