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"La Chine est la première superpuissance mondiale pour la mise en œuvre des énergies renouvelables " par le Dr Mae-Wan Ho

Traduction et compléments de Jacques Hallard
vendredi 5 juin 2015 par Ho Dr Mae-Wan

ISIS Energies renouvelables
La Chine est la première superpuissance mondiale pour la mise en œuvre des énergies renouvelables
Le pays est en tête pour les investissements réalisés, pour la capacité de ses équipements générateurs d’électricité ou puissance installée, ainsi que pour le niveau actuel de la production dans les secteurs des énergies renouvelables ; par ailleurs, la Chine délaisse l’exploitation des combustibles et des carburants fossiles, contrairement aux options qui ont été prises aux Etats-Unis. Dr Mae-Wan Ho

Rapport de l’ISIS en date du 30/07/2014
L’article original s’intitule China is World’s Leading Renewable Superpower et il est accessible sur le site : http://www.i-sis.org.uk/China_Is_Worlds_Leading_Renewable_Superpower.php
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 La Chine prend le pas sur les États-Unis pour les investissements dans le secteur des énergies renouvelables

Pour la deuxième année, le rapport annuel du ‘Pew Charitable Trusts’ pose la question suivante ; « Qui est en train de gagner la course des énergies propres ? » et indique que la Chine est en tête en 2013 pour les investissements consacrés aux énergies propres avec 54 milliards de dollars investis, ce qui est bien au-dessus des investissements américains qui se situent seulement à 36,7 milliards de dollars, et du Japon qui se place à la troisième place avec 28,6 milliards de $, suivi du Royaume-Uni qui se classe loin derrière avec 12,4 milliards de $ [1].

Mais les investissements dans ce secteur au niveau mondial ont diminué au cours des deux dernières années. Le total des investissements s’élève à 254 milliards de $, soit une baisse de 11% par rapport à 2012, et une diminution de 20% par rapport à 2011 lorsque les investissements avaient atteint un sommet à 318 milliards$ de $.

La Chine a installé 14 GW de puissance installée, ou capacité de production d’électricité, à partir de l’éolien et 12 GW provenant du solaire en 2013, tandis que les États-Unis ont installé moins de 1 GW de puissance dans le secteur de l’éolien, après l’expiration d’une incitation fiscale en faveur de l’énergie éolienne, mais ils ont par ailleurs installé un record de 4,3 GW de capacité de production à partir de l’énergie solaire.

Une autre constatation importante est que pour la première fois, les installations d’énergie solaire ont éclipsé la construction de parc éolien à l’échelle mondiale en 2013. Un tiers de toute l’énergie solaire sur la planète a été installée au cours de l’année, selon Phyllis Cuttino, directeur du programme de l’énergie propre de l’organisation Pew.

Mais beaucoup plus de réalisations dans les secteurs des énergies renouvelables se font jour actuellement à travers la Chine.

 Il s’agit d’une véritable révolution énergétique

À la fin de 2012, Hu Jintao, alors président de la Chine, avait appelé à une vraie « révolution » dans la production et la consommation d’énergie. En mai 2014, l’agence suprême de planification économique du pays a montré ce que cela signifie dans la pratique : une expansion massive dans les énergies renouvelables nationale avec l’éolien, le solaire et l’hydraulique.

Rien qu’en 2013, la Chine a installé autant d’installations nouvelles d’énergie éolienne que le reste du monde réuni, et autant d’équipements pour l’énergie solaire photovoltaïque que les États-Unis en avaient installé au cours de la dernière décennie. De nouveaux objectifs devraient éclipser ces réalisations au cours des prochaines années.

Pour 2017, la Chine prévoit de doubler sa puissance installée * ou capacité de production éolienne de 78 GW à 150 GW, et au moins de tripler sa capacité solaire photovoltaïque de 20 GW à 70 GW. En d’autres termes, au cours des trois prochaines années, la Chine va construire six fois plus que toute la capacité actuelle à partir des éoliennes de la Grande-Bretagne [2].

* Puissance installée (
voir la définition anglaise) - La puissance électrique installée représente la capacité de production électrique d’un équipement. Le plus souvent exprimée en Mégawatts MW, voire en Gigawatts GW, elle peut être d’origine hydraulique, nucléaire, thermique, solaire ou éolienne. Source : http://www.planete-energies.com/fr/glossaire-340.html&Letter=P

Il y a aussi des signes qui montrent que la Chine commence à se sevrer du charbon, qui génère actuellement les trois quarts de l’électricité du pays. Dès le début de 2014, un nombre croissant de provinces chinoises ont introduit des plafonds pour l’utilisation du charbon.

S’agira-t-il de mégaprojets plutôt que d’une approche participative ? Compte tenu de ses performances passées, la Chine pourrait bien s’orienter vers plus de mégaprojets. Mais il y a de plus en plus de prise de conscience que les formes décentralisées avec une production à petits échelle sont tout aussi importants.

Au cours des deux dernières années, les décideurs chinois ont apporté des modifications visant à relancer un déploiement à grande échelle de l’énergie solaire décentralisée et à laisser les gens produire leur propre énergie. Un plan du ‘State Grid Corporation’ (l’agence étatique du réseau électrique) et de nouvelles règles gouvernementales d’action signifient que les installations solaires distribuant moins de 6 MW pourraient se connecter au réseau sans coût supplémentaire.

De plus, de nouveaux objectifs ont été fixés pour que l’énergie solaire totale de la Chine puisse provenir jusqu’à 50% de projets mis en place à une petite échelle dès 2015. Par ailleurs, le gouvernement a mis en place des paiements fixes pour l’énergie produite et il a annoncé qu’il allait encourager le financement à faible coût pour en aider l’adoption. Il semble que ces mesures fonctionnent bien.

On estime que 3 GW d’énergie solaire photovoltaïque dans des installations à petite échelle ont été installés en 2013, et que 8 GW supplémentaires sont attendus en 2014, soit l’équivalent de 32 millions de panneaux solaires classiques, comme ceux que l’on trouve sur des centaines de milliers de foyers britanniques. À ce rythme, la Chine va bientôt dépasser l’Allemagne pour l’énergie solaire.

D’après le rapport ‘Future Generation’ de la Chine, lancé au Wilson Center le 19 février 2014 et produit par le ‘World Wildlife Fund’, le Fonds mondial pour la nature et l’Energy Transition Research Institute, l’Institut de recherche pour la transition énergétique, il est prévu que la Chine pourrait atteindre 80% d’électricité à partir des énergies renouvelables d’ici à 2050, à un coût bien moindre que si le pays continuait à compter sur le charbon pour satisfaire aux besoins, à condition que le pays opte pour une haute efficacité énergétique, avec un scénario futuriste ambitieux axé sur les énergies renouvelables [3].

2013 est un point d’inflexion pour les énergies renouvelables, par rapport aux combustibles fossiles et au nucléaire, ce qui n’est pas le cas des États-Unis

Selon une analyse détaillée coécrite par John Mathews de la ‘Macquarie University’ de Sydney et Hao Tan à l’Université de Newcastle en Australie [4], l’année 2013 marque « un point d’inflexion important lorsque l’équilibre a penché plus vers l’énergie électrique produite à partir de l’eau, le vent et le solaire qu’avec les combustibles fossiles et l’énergie nucléaire ».

La Chine a ajouté en 2013 un total de capacité de génération d’électricité de 94 GW, dont 55,3 GW provenait de sources renouvelables WWS (Water, Wind, Solar), c’est-à-dire de l’hydraulique, de l’éolien et du solaire et 36,5 GW provenant de sources thermiques (principalement du charbon) ; La Chine a également ajouté 2,2 GW à partir du nucléaire Ainsi un peu moins de 60% de la capacité nouvellement ajoutée en Chine provient de sources d’énergies renouvelables, tandis que 40% provient des combustibles fossiles non renouvelables et du nucléaire.

La Chine est largement connue comme le plus grand utilisateur et producteur mondial de charbon, et le plus grand émetteur mondial de gaz à effet de serre. Mais ce pays est aussi entrain de construire le plus grand système d’énergies renouvelables dans le monde - qui s’élevait en 2013 à plus d’un milliards de kilowatts-heures – ce qui déjà presque aussi élevé que l’énergie électrique totale combinée qui est produite par la France et l’Allemagne.

Les États-Unis et la Chine ont maintenant des systèmes électriques qui sont évalués à un peu plus de 1.000 milliards de watts, avec la Chine qui devance légèrement les États-Unis, soit 1,25 TW par rapport à 1,16 TW, respectivement. La Chine est aujourd’hui le pays le plus alimenté électriquement sur la planète, tandis que la consommation d’énergie par habitant demeure quatre fois plus élevée aux États-Unis.

Malgré que l‘emploi du charbon pour l’énergie thermique continue d’augmenter en Chine, la consommation globale de charbon semble être « plafonnée » à 3.500 millions de tonnes, une mesure désespérée qui a été prise en réponse aux pollutions atmosphériques et à l’empoisonnement de l’eau et de l’air.

Le virage, ou la transition énergétique vers l’augmentation des énergies renouvelables peut être localisé avec précision autour de 2005-2006. En l’espace de huit ans, la Chine est devenue le générateur d’électricité le plus important du monde à partir de l’énergie éolienne, avec la plus grande puissance installée au monde et avec l’addition de la plus importante capacité installée au cours de l’année 2013.

Près de 30% de l’énergie électrique est maintenant générée à partir des sources d’énergies renouvelables. L’objectif de 30% d’énergies renouvelables dans le système d’alimentation électrique a été fixé pour 2015 dans le cadre du Douzième Plan Quinquennal et il a été atteint prématurément avec trois ans d’avance.

En revanche, les États-Unis sont entrain d’entrer dans une dépendance plus profonde envers les combustibles fossiles, en particulier avec le gaz de charbon des forages horizontaux et la fracturation hydraulique. Les États-Unis n’ont ajouté que 16 GW en 2013, et le gaz naturel est le principal contributeur avec 7,3 GW. Tout compte fait, les États-Unis ont ajouté 8,8 GW (soit 55%) à partir des combustibles thermiques / fossiles et 5,9 GW à partir de sources d’énergies renouvelables (soit moins de 37%). La principale tendance aux Etats-Unis est clairement de faire appel aux gaz de couche de charbon [Voir complément d’information à l’issue de cet article]. et aux autres combustibles fossiles, plutôt que de s’orienter vers les énergies renouvelables.

 Les énergies renouvelables constituent « une stratégie intelligente pour les affaires »

La motivation immédiate pour la feuille de route établie par le gouvernement chinois en faveur des énergies renouvelables est de limiter le smog du ciel noirci et les ressources en eau qui sont fortement polluées. A moyen terme, les énergies renouvelables seront à même d’offrir une sécurité énergétique par rapport aux approvisionnements en combustibles fossiles, qui sont principalement réalisés à partir des importations. Et les énergies renouvelables pourraient également servir de base pour les industries d’exportation.

Dans son 12ème Plan quinquennal, courant de 2011 à 2015, les industries sobres en carbone et les technologies propres ont été placées au cœur de sa stratégie de croissance. Donc la motivation principale pour le changement de la Chine en faveur les énergies renouvelables est que ces dernières offrent un moyen d’élargir les sources d’approvisionnement en énergie, basé sur l’expansion des activités de fabrication et des chaînes d’approvisionnement pour les énergies renouvelables (comme les panneaux solaires et les éoliennes, par exemple), plutôt que sur [4] « l’expansion des industries extractives pour les combustibles fossiles dans le monde et leur [nécessaire] sécurisation par des forces militaires ».

« L’option qui favorise les sources d’énergies renouvelables est compatible avec une stratégie intelligente qui vise à créer des emplois et des plates-formes d’exportation pour les ‘produits verts’, constituant le noyau de la stratégie du développement futur de la Chine », ont conclu les auteurs du rapport rédigé par Mathews et Tan [4].

Références

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Complément sur le gaz de couche de charbon

Gaz de couche : d’après l’introduction d’un article que Wikipédia consacre à ce sujet, « Le « gaz de couche » parfois dit « gaz de houille » (coalbed Methane ou CBM pour les anglophones) 1 (expression qui a aussi un autre sens pour les francophones) ou gaz de charbon, est un gaz, principalement constitué de méthane, qui est piégé (adsorbé) au cœur de la matrice solide du charbon (charbons bitumineux et anthracite surtout) dans les bassins houillers, dans les micropores du charbon non exploité ou incomplètement exploité. Classé dans la famille des « gaz de roche-mère » et localement extrait de couches de charbon non exploitable car « soit trop profondes, soit de trop mauvaise qualité pour donner lieu à une exploitation minière classique » (comme dans le cas des charbons de bas-rang du bassin de la Powder River), il est (selon un bilan de l’IFP publié en 2013) exploité industriellement « dans plus d’une douzaine de pays dans le monde »2. Son origine géologique est principalement « thermogénique », mais il contient une certaine proportion de « gaz biogénique »3 (d’origine bactérienne, produit par certaines archaeobacteriae dites « méthanogènes » 4). À grande profondeur là où le charbon n’a pas été exploité, ce gaz est présent sous forme quasi-liquide en raison de la pression à laquelle il est soumis, mais il est généralement fortement « adsorbé » dans la matrice charbonneuse ».

« Les caractéristiques physiques et chimiques du charbon, ainsi que sa profondeur (pression/température) conditionnent la plus ou moins grande capacité d’un charbon à adsorber et désorber le méthane5 à un « rythme d’exploitation » plus ou moins rapide (variable dans l’espace et dans le temps). Selon sa nature et son histoire géologique le charbon est en effet plus ou moins saturé en gaz de couche6. Dans les meilleurs gisements (par exemple le bassin houiller de la rivière Powder dans le Wyoming), contrairement à beaucoup de « gaz naturels conventionnels », le méthane de houille contient très peu d’hydrocarbures plus lourds (tels que le propane ou le butane, peu d’azote (moins de 3 %7) et peu de CO2 (moins de 3 %7).

Toutefois, certaines veines de charbon (telles que celles de certaines régions de l’llawarra Coal Measures, dans le NSW, Australie) contiennent naturellement peu de méthane et beaucoup de CO2. Son comportement in situ (en profondeur et sous haute pression) est encore mal compris (il ne peut être dans ces conditions assimilé à un gaz parfait, de plus sa composition varie, de même que celle des charbons dans lesquels il est adsorbé), mais dans certaines conditions, il peut être désorbé et valorisé comme source d’énergie ou de carbone pour la carbochimie, mais c’est aussi un puissant gaz à effet de serre s’il est perdu dans l’atmosphère et, comme toutes les sources d’énergies fossiles, il produit du CO2 quand on le brûle. Article complet à lire sur le site : http://fr.wikipedia.org/wiki/Gaz_de_couche

Traduction, additions entre crochets […] , ainsi qu’un complément sur le gaz de couche et inclusion de liens hypertextes donnant accès à des informations plus détaillées :

Jacques Hallard, Ing. CNAM, consultant indépendant.

Relecture et corrections : Christiane Hallard-Lauffenburger, ex professeure des écoles.

Adresse : 585 Chemin du Malpas 13940 Mollégès France

Courriel : jacques.hallard921@orange.fr

Fichier : ISIS Energies renouvelables China is World’s Leading Renewable Superpower French version.4

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