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"De nouvelles études sur les OGM démontrent que « l’équivalence en substance » n’existe pas", par la Dr Eva Sirinathsinghji

Traduction et compléments de Jacques Hallard
dimanche 28 juin 2015 par isias

De nouvelles études sur les OGM démontrent que « l’équivalence en substance » n’existe pas
Des études révèlent des différences importantes entre du maïs OGM et du soja OGM et leurs homologues conventionnels (maïs et soja non-OGM) ; nous sommes exposés à ces différences du fait d’un régime permissif de la réglementation qui a lamentablement échoué pour la protection de la santé publique et de la biodiversité. Dr Eva Sirinathsinghji

Rapport de l’ISIS en date du 19/02/2014

Une version entièrement référencée et illustrée de cet article intitulé New GMO Studies Demonstrate ‘Substantial Non-Equivalence’ est publiée et accessible par les membres de l’ISIS sur le site http://www.i-sis.org.uk/Substantial_Non-Equivalence.php ; elle est par ailleurs disponible en téléchargement ici

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Plusieurs nouvelles études menées par des scientifiques indépendants de l’industrie des biotechnologies font apparaître des différences flagrantes entre les OGM et leurs homologues non-OGM. Cela tourne en dérision le principe réglementaire de la notion appelée « équivalence substantielle » qui a facilité l’autorisation des OGM sans pratiquement aucune protection de la santé publique et de l’environnement [1] (voir [2] The Principle of Substantial equivalence is Unscientific and Arbitrary, ISIS news).

 Le principe de « l’équivalence en substance » ou « équivalence substantielle »

Le concept de « l’équivalence substantielle » a été introduit en 1993 par l’Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE), une organisation économique et du commerce international, et en aucun cas un organisme qui se préoccupe de la santé publique. Ce principe stipule que, si un nouvel aliment se trouve à être sensiblement équivalent à un produit alimentaire déjà existant, il peut être traité de la même manière que le produit existant en matière de sécurité. Ce concept a grandement bénéficié au commerce des produits issus d’OGM, ce qui permet de contourner efficacement les exigences réglementaires qui s’appliquent aux nouveaux aliments et à d’autres produits, y compris de nouveaux composés chimiques, les produits pharmaceutiques, les pesticides et les additifs alimentaires, qui exigent tous une série de tests toxicologiques et qui peuvent être soumis à des restrictions juridiques pour une consommation ou une ingestion en toute sécurité.

Les organismes de réglementation, y compris la Food and Drug Administration aux Etats-Unis, l’Agence canadienne d’inspection des aliments et le Ministère japonais de la Santé et des Affaires sociales, fondent généralement leurs règles de sécurité alimentaire concernant les OGM sur l’équivalence substantielle.

Il y a beaucoup de bonnes raisons pour les consommateurs de se sentir protégés par ces politiques de réglementation, notamment parce que le principe lui-même est conçu pour être flexible et ouvert à l’interprétation en vue de l’autorisation d’un peu tous les OGM qui sont proposés. Dans la pratique, le principe permet la comparaison d’un type d’OGM à une variété existante de la même espèce, et même à une entité abstraite composée d’ingrédients d’une collection d’espèces.

Cela signifie qu’une variété d’OGM peut avoir les pires caractères de nombreuses variétés différentes et être toujours considérée comme substantiellement équivalente [1, 2]. Les caractères utilisés pour les comparaisons sont également basés uniquement sur des tests de composition chimique brute et insensible comme les niveaux de glucides, de protéines et de sucres. Ces processus ne peuvent même pas commencer à aborder les questions de sécurité. Ironiquement, pour que les OGM soient brevetables - car ils le sont - une véritable nouveauté, par exemple une différence ou une équivalence non-équivalence substantielle, est en effet nécessaire.

Des évaluations indépendantes de l’équivalence substantielle ont montré comment cette pratique mal définie est non seulement insuffisante, mais pas du tout digne de confiance [3 - 5], et les nouvelles études confirment tout cela plus clairement.

 Des études conduites en Egypte ont montré la non-équivalence en substance et la toxicité du maïs transgénique

En avril 2013, une publication égyptienne dirigée par le professeur El-Sayed Shaltout de l’Université d’Alexandrie a permis de constater que le maïs 810 de Monsanto (Ajeeb-YG ®), modifié pour exprimer le gène Bt Cry1Ab insecticide, a montré une augmentation des teneurs en protéines, en graisses brutes, en cellulose brute et en saccharides totaux, d’une part, et une diminution de la teneur en amidon par rapport aux maïs Ajeeb non-OGM. Des niveaux anormaux de certains acides aminés, des acides gras et des éléments ont également été enregistrés [6].

Ces différences de composition ne donnaient pas le moindre soupçon de la toxicité du maïs OGM qui a été révélée dans des études antérieures d’alimentation chez le rat mâle, menées par la même équipe et qui ont rapporté un large éventail d’anomalies dans des organes et des tissus (7- 8]. Les cellules du foie présentent une vacuolisation et une dégénérescence graisseuse. Les reins sont encombrés par des vaisseaux sanguins et la dilatation des tubules rénaux. Les testicules ont montré des signes de nécrose et une desquamation des cellules germinales spermatogonales qui tapissent les tubes séminifères. Les rates étaient congestionnées avec une légère diminution lymphocytaire. L’intestin grêle a montré une hyperplasie et une hyper-activation des glandes sécrétrices des muqueuses, avec une nécrose des villosités intestinales. Très certainement, ce maïs OGM n’était pas « substantiellement équivalent » au maïs non-GM. 

 Les sojas OGM et les sojas non-GM ne sont pas « substantiellement équivalents »

Une étude plus récente menée par Thomas Bohn au Centre norvégien pour la prévention des risques biotechnologiques [9] a testé 31 lots de graines entières de soja de l’Iowa, aux États-Unis, à partir de trois catégories : 1) soja OGM tolérant au glyphosate, 2) soja non modifié génétiquement et cultivé en utilisant le régime ’chimique’ classique et 3) soja non modifié génétiquement et cultivé selon les normes de l’agriculture biologique.

Les trois groupes ont été analysés pour leur contamination chimique (organochlorés, organophosphorés, pyréthroïdes, BPC, glyphosate et l’AMPA (acide aminométhylphosponique – qui est le principal produit de dégradation du glyphosate) sur la base de la liste des noms de marque de pesticides utilisés par les agriculteurs), ainsi que le contenu nutritionnel.

Le test des niveaux de pesticides est important car les évaluations d’équivalence substantielle pour les sojas OGM tolérants au glyphosate, n’étaient pas faites auparavant pour les résidus de l’herbicide dans la plante, malgré la connaissance commune selon laquelle le glyphosate est effectivement absorbé par la plante, et qu’il altère également le métabolisme et la biochimie des végétaux, et donc la composition chimique des plantes. Toute évaluation de l’équivalence est évidemment hors de propos quand l’analyse du glyphosate n’est pas incluse dans les protocoles.

Les résultats ne pouvaient pas être plus clairs. Comme le montre la figure 1, le glyphosate et l’AMPA sont seulement présents dans les échantillons de soja OGM et pas du tout dans les variétés non-GM cultivées en agriculture conventionnelle chimique et ni dans les plantes non-GM cultivées en agriculture biologique.

Dans les échantillons de soja génétiquement modifié, la concentration de l’AMPA (concentration moyenne = 5,74 mg / kg) a été en moyenne près de deux fois plus élevée que celle du glyphosate (3,26 mg / kg). D’autres herbicides ont été détectés : fluazifop-P un herbicide ‘phénoxy’ sélectif, a été trouvé à une concentration de 0,078 mg / kg dans l’un des échantillons de soja génétiquement modifié, le malathion a été trouvé à une concentration de 0,02 mg / kg dans l’un des échantillons de soja conventionnel et la dieldrine a été trouvée à une concentration de 0,002 mg / kg dans l’un des échantillons de soja de l’agriculture biologique. D’autres résidus n’ont pas été détectés.

Des tests supplémentaires pour les résidus de pesticides dans les échantillons regroupés de sojas OGM, de sojas conventionnels et de sojas biologiques ont montré des traces de l’Alpha-endosulfane, de Trans-nonachlore et de Trans-chlordane, à des niveaux tout proches de la limite de détection de 0,05 mg / kg et dans tous les types de soja. La dieldrine a également été trouvée dans des niveaux très bas avec 0,51, 0,45 et 0,6 ug / kg dans les sojas OGM, dans les sojas conventionnels et dans les sojas biologiques, respectivement.

Figure 1 - Le glyphosate et son métabolite l’AMPA présents que dans le soja OGM

Les chercheurs ont étudié la composition chimique des échantillons de soja dont la composition en protéines, en matières grasses et en sucre, ainsi que les acides aminés individuels, des vitamines, des acides gras et des éléments chimiques. Les échantillons de sojas biologiques montrent des différences significatives, à la fois par rapport aux sojas OGM et aux sojas conventionnels non-GM, avec des niveaux supérieurs et inférieurs de protéines et de graisses saturées, respectivement, ainsi que des différences importantes dans les teneurs totales et individuelles en acides aminés, en vitamines et en minéraux.

Une autre analyse statistique multivariable des résultats des compositions ont mis en évidence sans exception que chaque échantillon de soja individuel pourrait être différencié statistiquement d’après son milieu agricole de culture respectif, même en excluant les données sur les teneurs en glyphosate / AMPA. Le soja biologique présentait une valeur nutritive supérieure, à la fois en comparaison avec le soja conventionnel non GM et avec le soja génétiquement modifié (OGM).

 Les techniques de profilage pour des analyses en matière de biosécurité

Les technologies de profilage, comme la protéomique, permettent la mesure et la comparaison simultanée des milliers de composants des végétaux, dans ce cas des protéines, sans connaissance préalable de leur identité. Ces méthodes sont maintenant utilisées par des scientifiques indépendants pour fournir un profil plus approfondi, impartial et global de la composition des plantes génétiquement modifiées (OGM) pour l’évaluation des risques.

Une nouvelle étude menée au Brésil par Sarah Zanon Agapito-Tenfen et ses collègues de l’Université fédérale de Santa Catarina est un exemple de ce type d’analyse, avec l’expression globale des protéines analysées chez le maïs MON810 (OGM), par rapport à des témoins de maïs non transgéniques cultivés dans deux conditions environnementales différentes. L’analyse du protéome dérivé des feuilles totales a montré l’existence de 32 protéines exprimées de façon différente (sur une moyenne de 458 et 643 protéines détectées pour chacune des conditions) entre le maïs OGM et le maïs non-GM, avec la plupart d’entre elles qui sont impliquées dans le métabolisme des glucides, la réponse au stress ainsi que des processus d’information génétique telle que la modification post-traductionnelle des protéines nouvellement fabriquées [10].

Seize protéines ont été exprimées de manière différentielle entre le maïs OGM et le maïs non-GM, et à chacun des deux lieux de culture (Campos Novos et Chapecó). A partir du site de Campos Novos, l’expérience a permis de trouver 8 protéines qui sont seulement détectables dans les échantillons d’OGM, les 8 autres étaient absentes dans les échantillons d’OGM. A partir du lieu de culture de Chapecó, il y avait sept protéines exclusivement pour les plantes OGM et sept protéines typiques des plantes non OGM. Deux protéines ont montré des différences quantitatives dans leur expression. Par exemple, la ‘glycéraldéhyde 3-phosphate deshydrogénase’ (GAPDH) et le (fructose-biphosphate, ferrédoxine-NAPD’ étaient des protéines exclusives des plantes génétiquement modifiées cultivées à Campos Novos et elles sont directement liées au métabolisme énergétique.

Quand il s’agit de métabolisme des glucides, ce qui est cohérent avec les études antérieures qui ont trouvé des niveaux accrus de sucre dans les plantes de MON810, il y avait une augmentation allant jusqu’à 14, puis 7 et 1,8 fois pour les teneurs en glucose, en fructose et en saccharose, respectivement [11]. En effet, les plantes de maïs passent par plusieurs stades de développement dans les feuilles qui reposent exclusivement sur le métabolisme des glucides. En outre, les transgènes avec des promoteurs constitutifs élevés ont été observés comme ayant un coût énergétique élevé, par exemple le promoteur 35S du virus de la mosaïque du chou fleur [12, 13], sur lequel spéculent les auteurs quant à sa mise en cause susceptible et de poser un problème pour les plantes transgéniques (OGM).

Les gènes de réponse au stress, par exemple ceux qui sont liés au métabolisme du glutathion (codant pour la glyoxylase 1 et l’IN2-1), les peroxydases et les protéines liées à la pathogenèse, ont été exprimées uniquement dans les plantes non transgéniques. Il a également été révélé que les composés protéiques ‘2-cystéine peroxyrédoxines BAS1’ (2-CP) sont surexprimés dans les plantes OGM cultivées aux deux endroits. Les peroxydases sont d’une grande importance pour l’élimination de H2O2 résultant de la phosphorylation oxydative.

Quatre protéines du traitement de l’information génétique ont été exprimées de manière différentielle. Deux d’entre eux étaient seulement présentes dans les plantes OGM de Campos Novos, l’adénine phosphoribosyle transférase (APT), et la sous-unité ClpA de liaison à l’ATP, une protéase dépendante de l’ATP (CLP-ClpA). L’APT fonctionne sur la récupération de l’adénine dans les plantes, tandis que les protéases Clp-ClpA exercent une activité ‘unfoldase’ [activité d’une enzyme qui catalyse le déroulement ou le déploiement d’une protéine], jouant un rôle clé dans la régulation de la disponibilité de certaines protéines régulatrices de courte durée de vie.

La protéine chapéronine et la ‘S-adénosylméthionine synthétase 1’ ont été régulées à la hausse dans des plantes non transgéniques. La ‘S-adénosylméthionine synthetase’ est impliquée dans une transméthylation de protéines, des acides nucléiques, des polysaccharides et des acides gras. Fait intéressant, la plupart de ces protéines de traitement de l’information génétique sont directement liées au contrôle de l’expression des gènes.

Cette étude est la première du genre à utiliser ces technologies de pointe pour évaluer la façon dont l’environnement et le génotype peuvent influer sur la composition des plantes dans les conditions du Brésil et met en évidence que les analyses de routine par le profilage sont maintenant largement disponibles pour étudier les protéines, les éléments de transcription et les métabolites, études qui ne sont pourtant pas encore prises en compte par les organisations gouvernementales chargées d’accorder les autorisations des OGM, et comme elles devraient l’être.

À noter également dans cette étude, l’effet des conditions environnementales sur la composition des plantes. Les partisans des OGM soutiennent souvent que d’autres facteurs tels que les conditions environnementales ainsi que des variétés hybrides déterminent la composition et la physiologie de la plante, mais la modification génétique peut influencer de telles conditions.

En effet, l’environnement cause bien une variation dans la composition des plantes cultivées, mais il est aussi intéressant de constater qu’il est apparu que le profil d’expression des protéines de maïs transgénique (OGM) a été plus affecté par les conditions de l’environnement.

Pour conclure, les nombreuses différences qui ont été démontrées entre les variétés d’OGM et leurs variétés homologues non GM, peuvent ainsi avoir une influence sur la santé des consommateurs et sur la biodiversité : elles exposent clairement que le principe de l’équivalence substantielle n’est qu’une pseudo-science.

En réalité, les modifications génétiques entraînent des changements très réels et substantiels, imprévisibles et incontrôlables dans le génome de l’hôte, y compris des mutations et des réarrangements, ainsi que de nouveaux éléments de transcriptions et de nouvelles protéines.

En outre, il a déjà été démontré dans de nombreuses études indépendantes que le glyphosate et les cultures de plantes génétiquement modifiées (OGM) causent des dommages, à la fois en matière de santé et d’environnement (voir [14] Ban OGM Maintenant , ISIS rapport spécial). Tout ceci est maintenant une fois de plus pleinement confirmé par la publication de ces nouvelles études scientifiques.


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Traduction et inclusion de liens hypertextes donnant accès à des informations détaillées

Jacques Hallard, Ing. CNAM, consultant indépendant.

Relecture et corrections : Christiane Hallard-Lauffenburger, ex professeure des écoles.

Adresse : 585 Chemin du Malpas 13940 Mollégès France

Courriel : jacques.hallard921@orange.fr

Fichier : ISIS OGM New GMO Studies Demonstrate ‘Substantial Non-Equivalence’ French version.3


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