ISIAS

"Les cultures d’OGM continuent leur déclin " par Dr Eva Sirinathsinghji & Dr Mae-Wan Ho

Traduction et compléments de Jacques Hallard
dimanche 17 janvier 2016 par Ho Dr Mae-Wan, Sirinathsinghji Eva

ISIS OGM

Les cultures d’OGM continuent leur déclin

Plus des deux tiers des pays de l’Union Européenne ont opté pour l’interdiction des cultures de plantes génétiquement modifiées (OGM). La valeur des actions de Monsanto a chuté de 25%, les pertes financières s’alourdissent et 12% des effectifs vont être sabrés. Dr Eva Sirinathsinghji et Dr Mae-Wan Ho

Rapport de l’ISIS en date du 14/10/2015

L’article original est intitulée Continuing Demise of GMOs et il est accessible sur ce site http://www.i-sis.org.uk/Continuing_Demise_of_GMOs.php

 Les interdictions des cultures d’OGM ont déferlé dans l’Union Européenne

La majorité des Etats membres de l’Union Européenne (les deux tiers) ont décidé de se prononcer pour une option de retrait par rapport aux aliments issus de plantes génétiquement modifiées (OGM), après que la nouvelle législation qui est entrée en vigueur au printemps 2015, donne à chaque Etat membre de l’UE le pouvoir de restreindre la culture des plantes OGM sur son territoire.

Après la date limite du 3 octobre 2015, le porte-parole de la Commission européenne Enrico Brivio a confirmé que 19 des 28 membres qui appartiennent au bloc de l’UE, ont demandé la solution « opt-out » ou option de retrait [1] : l’Autriche, la Belgique pour la région wallonne constituant plus de la moitié du territoire de la Belgique), la Grande-Bretagne (dont l’Ecosse, le Pays de Galles et l’Irlande du Nord), la Bulgarie, la Croatie, Chypre, le Danemark, la France, l’Allemagne, la Grèce, la Hongrie, l’Italie, la Lettonie, la Lituanie, le Luxembourg, Malte, les Pays-Bas, la Pologne et la Slovénie. L’Allemagne a choisi un ‘opt-out’ ou option de retrait partiel qui permettra toujours de s’adonner aux travaux de recherches sur les plantes génétiquement modifiées, mais à l’exclusion de toute culture d’OGM au stade commercial. Au total, ces pays représentent environ 70% de la population de l’Union Européenne et plus des deux tiers de ses terres arables.

La Serbie et la Russie, non membres de l’UE, ont également fait un point pour rejeter la technologie des OGM, et la Serbie maintient à présent la commercialisation en tant que producteur de soja exclusivement non-OGM [2-4]. La Suisse, non membre de l’UE, dispose déjà d’un moratoire sur les cultures de plantes génétiquement modifiées (OGM).

Des propositions similaires d’option de retrait ou ‘opt out’ sont à l’étude pour les importations d’OGM destinés à l’alimentation humaine et animale, mais elles doivent encore être finalisées.

 Les inquiétudes sur la sécurité, les conflits d’intérêts, la réglementation corrompue et l’absence de demande pour des semences d’OGM

L’Ecosse a été le premier pays européen à annoncer son option de retrait ou ‘opt-out’, et le secrétaire d’état à l’environnement Richard Lochhead a déclaré qu’ils ont l’intention de faire respecter le principe de précaution - qui stipule que quand il y a soupçon raisonnable de préjudice, l’absence de certitude ou de consensus scientifique - ne doit pas être utilisé pour retarder l’action préventive ; il a ajouté [5] : « Il n’y a aucune preuve d’une demande importante pour les produits issus d’OGM par les consommateurs écossais et je crains que l’autorisation des cultures d’OGM en Ecosse ne nuise à notre image de marque propre et verte, et ne vienne perturber l’avenir du secteur alimentaire et des boissons en Ecosse, qui est d’un montant de 14 milliards de livres sterling. Le gouvernement écossais a depuis longtemps exprimé des préoccupations concernant les cultures de plantes OGM - préoccupations qui sont partagées par d’autres pays européens et leurs consommateurs - et qui ne doivent pas être écartées à la légère ». Il a ajouté : « Je crois fermement que la politique concernant les OGM en Ecosse devrait être guidée par ce qui est le plus favorable et le plus recommandable pour notre économie et notre propre secteur agricole, plutôt que de suivre les priorités des autres parties prenantes ».

Au Royaume-Uni, le groupement lobbyiste pro-OGM ‘Sense about Science’ a orchestré une lettre signée par un certain nombre d’organisations, y compris certaines universités qui prétendent que l’Ecosse sera absente sur les innovations futures telles que la farine de poisson d’OGM enrichie ou les pommes de terre OGM [6], en dépit du fait que l’Ecosse dispose d’une grande partie des activités liées aux saumons sauvages et des stocks de poissons qui ont une renommée mondiale. Ces organisations ont complètement ignoré l’absence de consensus scientifique sur la sécurité des cultures des plantes génétiquement modifiées OGM. 

Les risques ont été résumés dans la réponse que l’ISIS a formulée au groupement lobbyiste pro-OGM ‘Sense about Science’ [7] (Open Letter in Support of Scotland’s Ban on GMOs, SiS 68), conjointement avec une autre lettre ouverte publiée à l’appui de la décision de l’Ecosse ; cette lettre, signée par des dizaines de scientifiques indépendants, se réfère au conflit d’intérêt généralisé qui touche beaucoup de personnes cautionnant les cultures d’OGM, et elle souligne que les cultures de plantes génétiquement modifiées OGM sont associées à une hausse de l’utilisation des pesticides, à un manque d’augmentation des rendements agricoles, ainsi qu’à des problèmes de sécurité qui sont posés pour l’environnement et pour la santé des populations [8].

Les mesures réglementaires sont pour le moins très permissives. Les plantes génétiquement modifiées ne sont jamais testées avec leurs pesticides associés, comme dans le cas des plantes OGM tolérantes au glyphosate [9]. Au pire, le système de réglementation et de contrôle est corrompu, par le fait que l’évaluation des risques est essentiellement laissé à l’initiative de la seule industrie chimique (voir [10] Scandal of Glyphosate Re-assessment in Europe, SiS63) *.

* Version en français ’Le scandale de la réévaluation de la matière active herbicide glyphosate en Europe’ par le Dr. Mae Wan Ho, dimanche 21 juin 2015 par Ho Dr Mae-Wan. Traduction de Jacques Hallard.

Les nombreuses preuves d’effets néfastes pour la santé et l’environnement se trouvent dans une récente lettre signée par 300 scientifiques et publiée dans une revue avec un comité de lecture et une évaluation par des pairs (voir [11] Scientists Declare No Consensus on GMO Safety, SiS 60)* et un document émanant de l’ISIS [12] Ban GMOS Now ** (Rapport spécial ISIS).

* Version en français : ’Des scientifiques déclarent qu’il n’y a aucun consensus sur la sécurité des OGM ’ par un groupe de 93 chercheurs scientifiques, samedi 25 juillet 2015 par ISIS / ISIAS – français.

** Version en français : ’ Il faut interdire les herbicides à base de glyphosate dès maintenant’, par le Dr. Mae-Wan Ho, traduction de Jacques Hallard, mercredi 15 juillet 2009 – français.

La prévention de la contamination des cultures de plantes non-OGM est également un enjeu majeur. Les préoccupations de l’Allemagne ont été formulées dans leur requête, signée par le Dr Robert Kloos, le vice-ministre de l’alimentation et de l’agriculture [13] : « La culture du maïs génétiquement modifié est incompatible avec l’utilisation des terres agricoles habituelles en Allemagne. Elle aurait des effets négatifs sur la culture du maïs conventionnel et biologique et elle augmenterait le risque que les produits agricoles domestiques, y compris les semences de maïs conventionnelles et biologiques puissent être contaminées avec des éléments de maïs génétiquement modifiés (OGM) ... Cette demande est également due à la nécessité de maintenir la biodiversité locale, certains types de caractéristiques paysagères et naturelles des territoires, ainsi que des fonctions spécifiques assurées par les écosystèmes... »

Ces interdictions sont réapparues, avec des retombées nouvelles, lorsque la matière active à effet herbicide glyphosate a été reclassée comme « cancérogène probable » par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) en mars 2015 [14] (Fallout from WHO Classification of Glyphosate as Probable Carcinogen, SiS 67).

Des campagnes visant à interdire et à éliminer ce produit chimique à travers le monde se sont intensifiées avec de grands succès, et des poursuites judiciaires sont en cours contre Monsanto, amplifiées à cause des fausses allégations en matière de sécurité. Tout ceci est lié et porte un préjudice aux ventes de ce produit phare et toxique de Monsanto.

 Le déclin de Monsanto, signalé depuis 2014, tourne maintenant au pire

Les niveaux de succès des géants de la biotechnologie agricole, y compris chez Monsanto, ont été en perte de vitesse depuis au moins 2014, lorsque la Chine, le plus grand importateur mondial de blé et de produits issus d’OGM, a commencé à rejeter des importations majeures de maïs, en raison de la contamination des lots livrés par des OGM non approuvés ni autorisés en Chine.

Dans le même temps, la popularité croissante des produits non-OGM et des aliments biologiques, ainsi que l’augmentation des problèmes causés par des mauvaises herbes devenues résistantes au glyphosate, d’une part, et les parasites devenus résistants au Bt, d’autre part, ont incité un nombre record d’agriculteurs américains à revenir à des produits non-OGM et à des productions dans le cadre de l’agriculture biologique.

La réévaluation du glyphosate par l’OMS sera peut-être le dernier évènement décisif (voir [15] Ending GMOs Now, SiS 66)*

* Voir aussi en français ’Il faut interdire les OGM dès maintenant à cause des risques sanitaires et environnementaux et surtout à la lumière des connaissances actuelles en génétique’ par le Dr. Mae-Wan Ho et le Dr. Eva Sirinathsinghji,vendredi 7 juin 2013. Traduction de Jacques Hallard - français

En janvier 2015, Monsanto a annoncé ses résultats financiers qui ont baissé de 34% au premier trimestre de l’exercice ; une perte supplémentaire de 15% a été annoncée pour le deuxième trimestre de l’exercice en avril 2015. Le vice-président de Monsanto a vendu 27.580 de ses parts de Monsanto, juste un peu plus des 40% de sa participation.

[Actualités - Monsanto : en pertes sur son 1er trimestre - 06/01/2016 | 15:05 - Monsanto a dévoilé pour son premier trimestre comptable une perte des opérations poursuivies de 52 millions de dollars, à comparer à un bénéfice de 227 millions un an auparavant…. Lire la suite sur http://www.zonebourse.com/MONSANTO-COMPANY-13589/actualite/Monsanto-en-pertes-sur-son-1er-trimestre-21642387/].

Le 7 octobre 2015, Monsanto a annoncé que la société allait supprimer 2.600 emplois (soit 12% de ses effectifs), afin de restructurer et d’économiser sur les coûts au cours des prochains 18 à 24 mois [16].

Le projet initial est d’économiser 275 à 300.000.000 de $ d’ici la fin de l’exercice fiscal 2017, pour des montants totaux d’environ 850 à 900.000.000 de $. La société élabore des plans pour économiser un montant supplémentaire de 100 millions de $. Au quatrième trimestre 2015, Monsanto avait annoncé une perte de 495 millions de $, comparativement à une perte de 156 millions de $ au cours du même trimestre de l’année précédente.

Pour ajouter à ses déboires, l’action de Monsanto avait plongé de 25% au printemps 2015 [17] tandis que les prix du marché pour les semences de maïs et de soja avaient chuté en dessous des coûts de production [18]. La longue tentative de l’entreprise Monsanto, visant à racheter son rival dans le secteur des pesticides, l’autre géant Syngenta, s’est effondrée en août 2015 [19]. L’avenir ne semble pas très brillant. « Il ne fait aucun doute que 2016 sera une année difficile pour l’entreprise industrielle », a déclaré le directeur financier Pierre Courduroux, lors d’une téléconférence avec des investisseurs [20].

Monsanto prévoit désormais un bénéfice par action pour le nouvel exercice de l’ordrede 5,10 $ à 5,60 $, bien en deçà des prévisions des analystes qui les avaient établies à 6,19 $. En dehors des suppressions d’emplois, il a été annoncé un nouveau programme accéléré de rachat d’actions de 3 milliards de $.

Tom Philpott, de ‘Mother Jones’ explique [17] : « Les rachats d’actions sont une forme d’ingénierie financière (par opposition à la génétique) : ils augmentent comme par magie le ratio des bénéfices par action d’une entreprise (une métrique étroitement surveillée par l’investisseur) simplement en enlevant des actions sur le marché ». Philpott résume aussi la situation [17] : « les investissements pour la recherche et le développement dans les secteurs de l’agrochimie et des agro-biotechnologies ne sont pas payants – il ne sort pas assez de nouveaux produits à succès -, de sorte que les quelques entreprises restantes dans le domaine (il y a encore six) vont commencer à s’avaler les unes les autres ».

 Mise à jour de l’ISIS au 30 octobre 2015

D’autres signes indiquant la disparition des OGM ont été signifiés par la presse. Selon les recherches effectuées par ‘Sustainable Pulse’, un total de 38 pays à travers le monde ont maintenant interdit les cultures d’OGM [21]. En fait, ils ont imité la Zambie, l’un des plus importants pays d’Afrique, qui avait refusé d’accepter les OGM comme aide alimentaire, et qui avait interdit les OGM à partir de 1999 (voir [22] Africa Unites Against GM to Opt forSelf-sufficiency, SiS 16). Cela aboutit à 39 pays qui interdisent les cultures d’OGM, par rapport à 28 pays qui acceptent de cultiver des plantes génétiquement modifiées (OGM).

Dans les pays qui cultivent des OGM, les agriculteurs font un retour à des variétés non-OGM conventionnelles, à commencer par les Etats-Unis (voir ci-dessus), puisque des caractères portés par les OGM sont devenus inutiles du fait de l’apparition des parasites devenus résistants au Bt, d’une part, et des ‘mauvaises herbes’, ou adventices, qui sont apparues comme résistantes aux herbicides, d’autre part.

La même chose se passe actuellement en Inde, où une étude a permis de constater que le coton Bt est lié à des suicides d’agriculteurs dans les zones pluviales (voir [23] Bt Cotton Directly Linked to Indian Farmer Suicides in Rain-Fed Areas, SiS 67).

L’échec du coton Bt au Burkina Faso a déjà incité le secteur privé à éliminer sa culture en faveur des variétés non GM classiques. Le ver rose a maintenant développé une résistance au coton Bollgard II de Monsanto [24] en Inde ; les producteurs de coton ont maintenant la possibilité de passer à des semences d’hybrides de coton non-Bt qui leur donnent satisfaction en produisant autant que le coton Bt, mais avec des coûts inférieurs : ils ont été divisés par deux [25].

La pression des consommateurs est également un puissant moyen de dissuasion. Par exemple, les agriculteurs américains cultivant des betteraves à sucre OGM - beaucoup de cultures sont faites dans les états du Minnesota, du Dakota du Nord, du Michigan et de l’Idaho - ont vu leur part du marché américain du sucre se rétrécir, alors que l’augmentation des importations du sucre de canne donne une réponse à la demande croissante des consommateurs pour des produits non-OGM [26].

Des sociétés telles que Hershey, Chopotle, Ben & Jerry et General Mills se sont engagées à remplacer les ingrédients à base d’OGM dans certains produits. Les agriculteurs de la Floride, de la Louisiane, du Texas et de Hawaï cultivent de la canne à sucre.

Le groupe ASR, le plus grand raffineur au monde de sucre de canne verticalement intégré, a mis en vente du sucre garanti sans OGM à travers un projet de produits non-OGM, comme l’ont fait les sociétés ‘AMCane Sugar Refining LLC’ et ‘Cumberland Packing Corp’, dont les paquets de ‘sucre à l’état brut »’ sont utilisés et commercialisés dans des milliers de magasins Starbucks qui sont répartis à travers l’Amérique.

Le Parlement européen a rejeté l’interdiction au niveau national des OGM pour la vente et l’importation de nourritures contenant des OGM, interdiction qui avait été approuvée par l’Union Européenne [27]. Des militants anti-OGM se félicitent de cette décision, car la proposition de la Commission européenne de permettre des interdictions nationales, ne serait pas en état de fonctionner convenablement, car elle aboutirait à ’une contamination rampante par les OGM’. Cette position aurait également encouragé l’Union Européenne à approuver ’une inondation’ avec les OGM, parce que les Etats membres individuels pourraient imposer leurs propres interdictions.

Enfin, la structure de la société Monsanto se rétrécit encore. Cette société géante prévoit de fermer trois centres de recherche et de développement en 2016, amenant une perte de 90 emplois [28]. Deux de ces centres sont situés à Middleton dans le Wisconsin et à Mystic dans le Connecticut, respectivement ; tous les deux étaient engagés dans le développement des semences avec certains caractères d’OGM ; le troisième centre de R&D est le ‘Research Triangle Park’, basé en Caroline du Nord, qui fait la sélection des plantes OGM et la caractérisation des phénotypes OGM ou ‘phénotypage’. Monsanto est propriétaire d’autres installations dans le Wisconsin et dans le Connecticut et la société est à la recherche d’acheteurs pour ces installations et d’un locataire de remplacement pour sa propriété située en Caroline.

Références

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Traduction : Jacques Hallard, Ing. CNAM, consultant indépendant. Relecture et corrections : Christiane Hallard-Lauffenburger, ex professeure des écoles.

Adresse : 585 Chemin du Malpas 13940 Mollégès France

Courriel : jacques.hallard921@orange.fr

Fichier : ISIS OGM Continuing Demise of GMOs French version.2

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