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"La diminution des teneurs en oxygène O2 est plus rapide que l’augmentation des émissions de CO2" par la Dr Mae-Wan Ho

Traduction et compléments de Jacques Hallard
samedi 27 février 2016 par Ho Dr Mae-Wan

ISIS Climat

La diminution des teneurs en oxygène O2 est plus rapide que l’augmentation des émissions de CO2
Implications pour les politiques sur les changements climatiques
Les nouvellaux rédultats de recherches montrent que l’appauvrissement en oxygène dans l’atmosphère s’accélère depuis 2003 et qu’il coïncide avec l’essor des biocarburants ; concernant le climat, les orientations politiques, lesquelles se concentrent exclusivement sur la séquestration du carbone, pourraient être désastreuses pour l’ensemble des organismes vivants, y compris pour les êtres humains, qui ont besoin d’oxygène pour leur respiration.Dr.Mae-Wan Ho

Rapport de l’ISIS en date du 19/08/2009

Ajout d’une annexe sur l’oxygène - Accès à des articles actualisés sur ce sujet

Une version complète de cet article, avec toutes les références, intitulé O2 Dropping Faster than CO2 Rising est accessible par les membres de l’ISIS sur le site www.i-sis.org.uk/O2DroppingFasterThanCO2Rising.php Une version électronique du rapport complet peut être téléchargée à partir du magasin en ligne d’ISIS. Télécharger maintenant

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Les menaces d’un appauvrissement en oxygène

Si l’on évoque les changements climatiques, beaucoup d’entre nous pensent aux émissions de CO2 dans l’atmosphère, un gaz à effet de serre qui provoque le réchauffement planétaire, la fonte des glaciers, l’élévation du niveau de la mer, les inondations, les ouragans, les sécheresses et une foule d’autres catastrophes environnementales. Les politiques visent presque toutes à atténuer ces changements climatiques en réduisant par tous les moyens les émissions de CO2.

Cependant, au cours des dernières années, des scientifiques ont constaté que l’oxygène (O2) de l’atmosphère a diminué à des taux bien plus élevés que si l’on considérait seulement l’augmentation de la quantité de CO2 qui est produite par la consommation des combustibles et des carburants d’origine fossile : il s’agit d’environ 2 à 4 fois plus et l’accélération est manifeste depuis 2002-2003 [1-3]. Simultanément, les niveaux d’oxygène dans les océans de la planète ont également chuté [4] (voir Warming Oceans Starved of Oxygen, SiS 44) *.

* Version en français :A cause du réchauffement, les océans sont en manque d’oxygène’ par le Dr. Mae-Wan Ho. Traduction et compléments de Jacques Hallard, lundi 10 août 2009. « Le réchauffement planétaire provoque une diminution de l’oxygène dans les eaux océaniques : la survie des activités de pêches et l’ensemble des
écosystèmes marins sont menacés… » Article à lire sur le site : http://www.isias.lautre.net/spip.php?article97&amp ;lang=fr

Il devient clair que se débarrasser du problème de CO2 ne suffit pas : l’oxygène a sa propre dynamique et le déclin rapide de l’oxygène O2 atmosphérique doit aussi être abordé. Bien qu’il y ait beaucoup plus d’O2 que de CO2 dans l’atmosphère - 20,95 pour cent, ou encore 209 ppm d’O2 par rapport à environ 380-460 ppm de CO2 - les êtres humains, tous les mammifères, les oiseaux, les batraciens, les papillons, les abeilles et d’autres espèces à respiration aérienne, constituent des formes vivantes qui dépendent toutes pour leur bien-être de ce haut niveau d’oxygène [5] Living with Oxygen (SiS 43).

Chez les humains, l’insuffisance du métabolisme énergétique de l’oxygène est le facteur de risque le plus important pour les maladies chroniques, dont le cancer et la mort. Le ‘manque d’oxygène’ est actuellement fixé à 19,5 pour cent dans les espaces clos pour une bonne santé et une vie en sécurité [6]. Au-dessous de ce seuil, il peut en résulter l’évanouissement et la mort.

Non seulement la diminution de l’oxygène des océans menace la survie des organismes marins aérobies, mais elle est simultanément symptomatique du ralentissement du système de circulation thermohaline de l’océan, une sorte de « courroie d’entraînement » qui transporte la chaleur des régions tropicales vers les pôles terrestres, inversant les couches superficielles des océans vers les couches plus profondes et vice versa ; il en résulte une redistribution des nutriments et des gaz au profit de la biosphère des océans, une régulation de la pluviométrie et des températures sur les terres émergées. Ce système dynamique est fortement non linéaire, et de petits changements pourraient avoir des incidences catastrophiques, avec des effets désastreux sur l’emballement du réchauffement planétaire et des dérèglements climatiques [7] (Global Warming & then the Big Freeze, SiS 20).

Plus important encore, il pourrait en résulter un anéantissement du phytoplancton des océans qui est ultimement responsable de la dissociation des molécules d’eau qui sert à régénérer les teneurs en oxygène pour les besoins de l’ensemble des êtres vivants aérobies de la biosphère, aussi bien sur terre et que dans les mers et dans tous les milieux aquatiques [4].

Les mesures des teneurs en oxygène O2 permettent de mieux comprendre le bilan du carbone planétaire

Les mesures et les enregistrements mondiaux du CO2 remontent à plus de 50 ans [8], mais les mesures combinées de l’oxygène O2 et du CO2 remontent à peine à deux décennies [9] toutefois, ces données donnent déjà des informations importantes sur la taille du puits de carbone dans les océans par rapport aux puits de carbone de la terre.

Propriétés importantes : l’O2 et le CO2 ont une solubilité très différente dans l’eau de mer : tandis que 99 pour cent de l’O2 reste dans l’atmosphère terrestre, 98 pour cent du CO2 se trouve dans l’eau de mer.

O2 et CO2 sont échangés dans différents processus sur la terre, chacun ayant un rapport d’échange molaire O2 : CO2 différent ; il convient donc de les distinguer les uns des autres. La combustion des combustibles et des carburants fossiles a un rapport d’échange molaire O2 : CO2 global d’environ 1,4 moles d’oxygène O2 consommé par mole de CO2 produite, alors que la photosynthèse des plantes chlorophylliennes sur la terre génère un taux net d’environ 1,1 mole d’O2 pour chaque mole de CO2 fixée.

Ces ratios peuvent varier sur des échelles spatiales et temporelles, selon que la photosynthèse produit plus d’oxygène que ce qui est consommé par la respiration, et aussi selon le combustible ou le carburant fossile qui est consommé (voir plus loin). Cependant, le lien entre le CO2 et l’O2 n’existe plus à l’interface air-mer, où d’importants flux d’O2 peuvent être accompagnés par des flux de CO2 et vice versa.

En connaissant les émissions des combustibles et des carburants fossiles, d’une part, et la valeur exacte des rapports d’échange, d’autre part, on peut séparer l’absorption totale du CO2 dans les composants terrestres et océaniques sur des échelles de temps de quelques années. Cela a conduit à des estimations des puits terrestres et des puits océaniques de 0,5 et 2,2 GtC / an respectivement pour la période de 1993 à 2003, avec un taux d’augmentation des combustibles et des carburants fossiles de 6,5 GtC / an [10]. (Voir l’encadré 1 pour plus de détails sur les calculs).

Une nouvelle station atmosphérique a été établie sur la plate-forme F3 de production de pétrole et le gaz de la Mer du Nord, à 200 km au nord de la côte néerlandaise ; on y mesure à la fois le CO2 et l’O2 en continu, en utilisant la dernière pile à combustible et des technologies infrarouges [11], et les données sur les échanges air-mer sont plus précises que celles qui avaient été estimées auparavant.

Les mesures de l’oxygène O2 et le calcul des puits de carbone terrestres et océaniquesIl est difficile de mesurer les changements concernant l’oxygène O2, car il y en a beaucoup dans l’atmosphère terrestre par rapport au CO2. Dans la pratique, on utilise un proxy * à la place des mesures. [* D’après Wikipédia, « un proxy est un composant logiciel informatique qui joue le rôle d’intermédiaire en se plaçant entre deux hôtes pour faciliter ou surveiller leurs échanges. Dans le cadre plus précis des réseaux informatiques, un proxy est alors un programme servant d’intermédiaire pour accéder à un autre réseau, généralement internet. Par extension, on appelle aussi proxy un matériel (un serveur par exemple) mis en place pour assurer le fonctionnement de tels services… » Article à lire sur le site suivant : http://fr.wikipedia.org/wiki/Proxy ]Les changements sont mesurés comme des différences dans le rapport O2 / N2 qui est exprimé en unités ’par meg’, d’une part, et le mélange standard qui est conservé à l’Institut océanographique Scripps, à La Jolla en Californie, aux États-Unis, qui est à l’origine des mesures. D(O2 / N2) par meg = 106 [(O2 / N2) de l’échantillon - (O2 / N2) de la référence] / le rapport (O2 / N2) de la référence] (1) Cette différence est utilisée pour définir la concentration en oxygène O2 : 4,8 ‘per meg’ sont équivalents à 1 ppm (soit 1 mmole d’O2 par mole d’air sec). En émettant l’hypothèse que les concentrations atmosphériques N2 sont constantes, cette définition de la concentration en O2 peut être appliquée pour obtenir les flux d’O2 de la manière suivante [9, 10] : Un atome d’oxygène atmosphérique potentiel [on utilise le terme anglais ‘Atmospheric Potential Oxygen’ ou APO] est défini également par unités ‘per meg’, comme la somme de l’oxygène tel que déterminé en n éq. (1) et de l’oxygène qui est entré dans la production de CO2 dans l’atmosphère. APO per meg = D(O2/N2) + aB 4.8[CO2] (2)où B représente le rapport d’échange O2 : CO2 pour la photosynthèse et la respiration sur la terre ; et [CO2] est la concentration de CO2 dans l’atmosphère. Cela suppose que les variations en APO peuvent être provoquées seulement par des échanges air-mer de O2, N2 et CO2, et par la combustion de combustibles fossiles. Cependant, l’absorption océanique de CO2 atmosphérique réduit la tendance observée de la hausse des concentrations de CO2 dans l’atmosphère, mais n’a aucun effet sur ​​la tendance à la baisse observée dans le ratio O2 / N2. Ainsi, les bilans globaux pour le CO2 et l’O2 atmosphérique peuvent être représentés respectivement par les équations (3) et (4). DCO2 = F – O – B (3)DO2 = aFF + aBB + Z (4)où DCO2 est le changement moyen observé à l’échelle mondiale dans la concentration atmosphérique de CO2 , DO2 est le changement moyen observé à l’échelle mondiale dans la concentration atmosphérique, F est la source de CO2 émis par la combustion des combustibles et des carburants fossiles (et la fabrication du ciment), O est le puits de CO2 océanique, B est le puits biotique net de CO2 de la terre, (y compris la combustion de la biomasse, le changement de l’utilisation des sols et des biota terrestres) ; aF et aB sont les ratios d’échange moyens mondiaux O2 : CO 2 pour les combustibles et carburants fossiles et le biote terrestre, respectivement, et Z est l’échange net de l’O2 atmosphérique avec l’océan. A l’exception des ratios d’échange, les données sont exprimées en unités de moles par an. En combinant les équations 2, 3 et 4, on obtient donc : DAPO = (-aF+ aB)F – aBO + Z (5) où DAPO est le changement moyen observé au niveau mondial dans les APO. L’équation 5 est utilisée pour obtenir le puits océanique, puis l’équation 3 est utilisée pour obtenir le puits biotique des terres. Cela donne moins d’incertitude, car APO est moins variable que les ratios O2 / N2.

De fortes baisses de l’oxygène atmosphérique ont été détectées

La diminution des teneurs en O2 atmosphérique a été détectée dans les stations réparties à travers le monde pendant la dernière décennie : une tendance constante à la baisse qui s’est accélérée au cours des dernières années.

La plus forte baisse en oxygène O2 été observée lors de l’étude de l’équipe de recherche suisse dirigée par Francesco Valentino de l’Université de Berne en Suisse, à partir des données recueillies dans les stations de recherche de haute altitude situées en Suisse et en France. La station du Jungfraujoch (JFJ) en Suisse (3.580 m au dessus du niveau de la mer, 46o 33’ N, 7o 50’ E) est située sur une crête de montagne sur la bordure nord des Alpes suisses. La station du Puy de Dôme (1.480 m au dessus du niveau de la mer, 45o 46’ N, 2o 58’ E) est située à l’ouest des Alpes [Massif Central], au sommet du Puy de Dôme.

L’équipe de recherche a confirmé la tendance générale à la hausse pour le CO2 atmosphérique et une tendance à la baisse pour l’O2 atmosphérique. Mais depuis 2003 pour Jungfraujoch (JFJ), et le milieu de l’année 2002 au Puy de Dôme, il y a une amélioration significative des tendances pour O2 et CO2 , par rapport aux années précédentes.

Sur le site suisse JFJ, l’augmentation des taux de CO2 s’est décalée vers le haut de 1,08 ppm (parties par million) pour les années 2001-2002 et de 2,41 ppm / an pour la période 2003-2006. Tandis que l’augmentation D(O2 / N2) et APO (mesures de la concentration d’oxygène, voir encadré 1) sont décalées vers le bas de façon plus importante, passant de -2,4 ppm / an et -1,5 ppm / an, à -9,5 ppm / an et -6.9 ppm / an, respectivement.

Pour le site du Puy de Dôme, l’augmentation des teneurs en CO2 a changé en passant de de 2,43 ppm / an pour la période 2001-2002 à 1,07 ppm / an pour la période 2003-2004, suivie par 2,4 ppm / an pour les années 2005-2006 ; tandis que les changements pour D(O2 / N2) et APO étaient de -6,1 ppm / an et -3,7 ppm / an pour la période 2001-2002, elles sont passées à -10,4 ppm / an et -7,6 ppm / an pour les années 2002-2006.

En moyenne sur toutes les années, (en supprimant les tendances et le regroupement des corrélations entre le CO2 et l’O2), le rapport d’échange O2 : CO2 a été observé à -1,9 + 0,7 pour le site suisse JFJ, et -1,8 + 0,5 au Puy de Dôme ; ces valeurs sont toutes deux significativement différentes de la valeur 1.1 assumée pour la photosynthèse et la respiration sur les terres, soit 1,1 mole de O2 générée par mole de CO2 fixé, et -1,4 pour la combustion des combustibles et des carburants fossiles, soit 1,4 mole d’O2 utilisée quand une mole de CO2 est produite.

Au fil du temps, le ratio d’échange O2 : CO2 pour le site suisse JFJ, qui est beaucoup moins exposé à l’influence anthropique locale ou régionale en raison de son élévation et de son emplacement, était de -2,1 + 0,1 pour les années 2001-2002 et de -4,1 + 0,1 pour le années 2003-2006. Au Puy de Dôme, le ratio était de -4,2 + 0,1 pour la période 2001-2003, et de -7,3 + 0,1 pour la période 2003-2006. Ces ratios sont donc complètement hors de proportion avec ce qui pourrait être prévu à partir des combustibles et des carburants fossiles, et d’autres données indiquent qu’il n’y a eu aucun changement significatif dans les taux d’émission des combustibles et des carburants fossiles au cours de la période 2003-2006.

Les chercheurs ont émis l’hypothèse que la forte diminution de l’oxygène atmosphérique depuis 2003 avait pu être le résultat d’une reprise de l’oxygène par l’océan, soit en raison d’un refroidissement de l’eau dans l’Atlantique Nord, soit en raison du déplacement de l’eau se déplaçant vers le nord, depuis le refroidissement des tropiques, tout ceci augmentant la capacité de l’eau à prendre plus d’oxygène. Toutefois, cela nécessiterait un refroidissement irréaliste pour tenir compte de la variation de la concentration en O2. En fait, toutes les indications indiquent que les eaux des océans se sont réchauffées depuis le début des enregistrements effectués [4].

Dans une deuxième étude, les données recueillies sur les teneurs en O2 et CO2 atmosphériques à partir de deux stations côtières européennes entre 2000 et 2005 ont été analysées [2] : Mace Head en Irlande (53o 20’ N, 9o 54’ O, 35 mètres au dessus du niveau de la mer), qui sert de base marine, un site relativement peu impacté par la consommation locale des combustibles et des carburants fossiles, d’une part, et la station de Lutjewad (53o 24’ N, 6o 21 ’ E) sur la côte nord des Pays-Bas, à 30 km au nord-ouest de la ville de Groningen, qui sert de station continentale et reçoit de l’air continental avec les vents du nord.

Dans ces deux sites, des tendances similaires ont été détectées. Pendant toute la période à Lutjewad, le CO2 a augmenté de 1,7 + 0,2 ppm / an, tandis que l’oxygène a diminué de -4,2 + 0,3 ppm / an ; les chiffres correspondants pour Mace Head étaient de 1,7 + 0,1 ppm / an et -4,0 + 0,3 ppm / an. L’oxygène O2 est en baisse plus rapide que peut l’expliquer par la hausse du CO2. En outre, la diminution n’est pas uniforme tout au long de la période ; à la place, elle a été beaucoup plus raide entre 2002 et 2005 dans les deux stations, et elle n’est accompagnée d’aucun changement dans la tendance de l’augmentation du CO2.

Cette forte accélération de la tendance à la baisse de l’oxygène O2 atmosphérique à partir de 2002-2003 en Irlande et aux Pays-Bas est en accord avec les conclusions formulées à partir des analyses des données enregistrées en Suisse et en France [1].

Cela ne peut pas être expliqué par une augmentation réaliste dans l’utilisation des combustibles et des carburants fossiles, ni par la consommation d’oxygène par les eaux froides de l’océan ; il faut aussi remarquer que les teneurs en oxygène dans les océans ont également été en baisse [4]. La question en suspens est la suivante : quel est ce puits d’oxygène qui absorbe l’oxygène et où se trouve-t-il ?

Le mystère des puits d’oxygène

Une autre possibilité qui a été considérée est celle d’un puits supplémentaire d’oxygène qui se serait ouvert sur la terre en tant que résultat des activités humaines.

Une possibilité distincte qui a été considérée est celle d’un puits supplémentaire d’oxygène qui se serait ouvert sur la terre en tant que résultat des activités humaines.

James Randerson, travaillant à l’Université de Californie à Irvine, est l’auteur principal d’un rapport publié en 2006 [12] dans lequel il soulignait qu’une diminution de l’oxygène O2 atmosphérique pourrait survenir si le carbone dans la biosphère terrestre devenait plus oxydé (donc plus apte à séquestrer davantage d’oxygène) du fait de la perturbation des écosystèmes naturels.

Ceci s’est effectivement produit par le changement de la couverture des sols naturels : les végétaux d’origine ont été remplacés par des plantes qui retirent plus efficacement dd l’oxygène de l’atmosphère.

L’échange atmosphérique de l’oxygène O2 avec les écosystèmes terrestres est communément exprimé en termes de flux net de carbone de l’atmosphère vers l’écosystème (Finet) et le ratio d’échange O2 : CO2 (R net).

dO2/dt = - Rnet Fnet (6)

Par convention, un signe positif indique le rejet dans l’atmosphère et un signe négatif indique la séquestration dans la biosphère terrestre. Le taux net est réellement une différence entre deux processus : l’un résulte du mouvement de l’atmosphère vers la biosphère, et l’autre mouvement se produit dans le sens inverse, à partir de la biosphère vers l’atmosphère, de sorte que l’équation (6) peut être écrite de la manière suivante : .

dO2/dt = - (Rab Fab + RbaFba) (7)

où Fab est le flux de carbone de l’atmosphère vers la biosphère (le même que la productivité primaire nette, NPP), Rab est le rapport oxydatif lié à NPP (moles d’O2 libérées par mole de CO2 fixée), Fba est la flux de retour de la biosphère vers l’atmosphère (qui résulte d’une combinaison de la respiration, des combustions et incendies et d’autres pertes), et Rba est le rapport oxydatif lié au flux de retour (moles O2 consommées par mole de CO2 libérée).

Dans un écosystème à l’état d’équilibre (en équilibre dynamique), Fab et Fba auront la même grandeur. Mais le carbone dans Fba est toujours décalé dans le temps à partir du carbone nouvellement assimilé en Fab , en raison de stockage du carbone dans les plantes, en fonction de la durée de vie des tissus végétaux, des taux de décomposition des litières et de la matière organique dans les sols, et ainsi de suite...

Des changements au niveau de Rab et Rba ont le potentiel de causer des changements relativement importants dans l’oxygène O2 atmosphérique, essentiellement en raison des délais de temps qui se déroulent entre la fixation du carbone et son flux de retour, du fait du stockage du carbone. Plus le temps de stockage du carbone est élevé (turnover ou taux de renouvellement), plus est marqué le décalage effectif entre Fab et Fba . Ainsi, l’oxygène O2 est consommé à une vitesse plus lente et une grande partie est retenue dans l’atmosphère.

Randerson et ses collègues émettent l’hypothèse que l’augmentation des niveaux de perturbation dans les écosystèmes naturels au cours des dernières décennies a diminué Rab.

Cela comprend la déforestation sur de vastes étendues et le remplacement de la végétation ligneuse par des pâturages et des plantes cultivées sous les tropiques, une augmentation des actions de brûlage et la mortalité des arbres, ainsi qu’une augmentation de l’abondance des espèces d’arbres à feuilles caduques et des plantes herbacées dans les régions boréales (dans le nord).

Globalement, tout ceci inclut une augmentation des espèces envahissantes et une augmentation de la perturbation des sols agricoles par les labours et les pâturages pratiqués au cours du 20ème siècle. Toutes ces actions et activités augmentent l’état d’oxydation du carbone dans les plantes et dans la matière organique des sols. Les augmentations de la teneur en oxygène de la biomasse résultante provoquent un petit puits pour l’oxygène O2 atmosphérique qui n’a pas été pris en compte dans les bilans atmosphériques effectués.

Dans une plante, les lipides et les composés de lignine ont du carbone présent sous une forme qui est plus réduite, à savoir, avec plus d’hydrogène et moins d’oxygène ; ces composés ont des valeurs de R plus grandes, s’étalant de 1,37 et 1,14, respectivement, et ils sont énergétiquement plus coûteux à construire que des composés tels que la cellulose et l’amidon, qui ont moins d’hydrogène et plus d’oxygène, avec une valeur R de 1,0.

Ainsi, l’expansion des modes d’agriculture et des pâturages pendant le 20ème siècle a probablement provoqué une baisse du ratio d’oxydation de la biomasse végétale au sein de ces écosystèmes perturbés. Avec l’utilisation de plusieurs modèles simples, les chercheurs ont montré, qu’en effet, de petits changements dans Rab pourraient conduire à des baisses substantielles de l’oxygène O2 atmosphérique.

Une autre équipe de recherche a évoqué la possibilité que l’azote réactif, produit dans la fabrication des engrais chimiques artificiels destinés à l’agriculture, pourrait également être mobilisé et retenir plus d’oxygène dans les tissus des végétaux, dans les matières organiques contenues dans les sols, ainsi que dans les océans, sous la forme de nitrates [13].

{{}}Il est important de prendre en compte la comptabilité de l’oxygène dans les politiques climatiques

Les changements dans l’utilisation des terres agricoles cultivées et l’augmentation de l’oxydation de l’azote pourraient expliquer la baisse constante à long terme des teneurs en oxygène O2 atmosphérique : ces éléments peuvent ainsi intervenir également dans la forte accélération de la tendance à la baisse depuis 2002 et 2003.

En outre, ces années à coïncident avec des taux records dans des pratiques de déforestation. Au Brésil, 10.000 miles carrés ont été perdus principalement pour y installer des pâturages, des cultures intensives de soja et une forme d’exploitation forestière illégale, avec une hausse de 40 pour cent sur l’année précédente [14]. La déforestation massive a continué en Amazonie et ailleurs, stimulée par le boom des biocarburants [15] ; il est estimé que près de 40.000 ha de forêts dans le monde sont en train de disparaître chaque jour.

Le rôle crucial des forêts et du phytoplancton dans les océans [4], pour l’oxygénation de la terre, montre combien il est urgent de prendre au sérieux ce que l’oxygène représente pour élaborer des politiques climatiques. Une prise en compte réductionniste des seules teneurs en CO2 est insuffisante, et même grossièrement mensongère et dangereuse.

Un exemple en est la proposition de l’International Biochar Initiative (IBI). « Biochar » est du charbon de bois produit pour être enterré dans le sol, dont l’ICI a fait la promotion dans le monde entier au cours des dernières années [16], comme un moyen de séquestrer le carbone de l’atmosphère pour sauver le climat et améliorer la fertilité des sols.

Cette technologie consiste à planter des arbres à croissance rapide et à mettre en place diverses autres plantes sur des centaines de millions d’hectares de « terres de réserve », principalement dans les pays en développement, qui seront récoltés et transformés en charbon de bois dans un processus qui pourrait produire du carburant brut et du gaz comme combustibles et carburants de faible qualité.

Il y a beaucoup d’excellents arguments contre cette initiative [17], mais le plus décisif est que cela ne fera certainement qu’accélérer la déforestation et la destruction d’autres écosystèmes naturels (dans des territoires identifiés comme « terres de réserve »). Au cours de ce processus, cela pourrait précipiter une crise de l’oxygène à partir de laquelle nous ne serions plus jamais en capacité de récupérer [18] (Beware the Biochar Initiative, SiS 44)*.

[* On peut également se reporter à l’article suivant en français : ’‘Zéro émission de carbone’ ou tempête de sable en Grande Bretagne ?’ par Patrick Noble. Traduction et compléments de Jacques Hallard, lundi 28 juin 2010. Article à lire sur le site : http://www.isias.lautre.net/spip.php?page=forum&amp ;id_article=56 ].

Références

1. Valentino FL, Leuenberger M, Uglietti C and Staburm P. Measurements and trend analysis of O2, CO2 and D13C of CO2 from high altitude research station Junfgraujoch, Switzerlnd – a comparison with the observations from the remote site Puy de Dôme, France. Science of the Total Environment 2008, 203-10.

2. Sirignano C, Neubert REM, Jeijer HAJ and Rődenbeck C. Atmospheric oxygen and carbon dioxide observations from two European coastal stations 2000-2005 : continental influence trend changes and APO climatology. Atmos Chem Phy Discuss 2008, 8, 20113-54.

3. Tohjima Y, Muai H, Machida T, Nojiri Y. Gas-chromatographic measurements of the atmospheric oxygen/nitrogen ratio at haterumna island and Cape Ochi-ishi, Japan. Geophys Res Lett 2003, 30, 1653, doi:10.1029/2003FLO17282

4. Joos F. Trends in Marine Dissolved Oxygen : Implications for Ocean Circulation Changes and the Carbon Budget. EOS 2003, 84, 197-204.

5. Stramma L, Johnson GC, Sprintal J and Mohrholz V. Expanding oxygen-minimum zones in the tropical oceans. Science 2008, 320, 655-8.

6. Ho MW. Living with oxygen. Science in Society 43 (in press).

7. Oxygen deficiency hazards (ODH) Manual 5064, Fermilab, Revised 05/2009, http://www-esh.fnal.gov/FESHM/5000/5064.pdf

8. Ho MW. Global warming & then the big freeze. Science in Society 20, 28-29, 2003.

9. 50th anniversity of the global carbon dioxide record symposium and celebration, Kona, Hawaii, 28-30 November 2007, http://www.esrl.noaa.gov/gmd/co2conference/background.html

10. Manning AC, Keelilng RF, Paplawsky WJ, Katz LE, McEvoy EM and Atwood CG. Atmospheric oxygen in the 1990s from a global flask sampling network : trends and variability pertaining to the carbon cycle. Draft 29 January 2003, http://bluemoon.ucsd.edu/publications/mip/manning.pdf

11. Battle M, Fletcher SM, Bender ML, Keeling RF, et al. Atmospheric potential oxygen : new observations and their implications for some atmospheric and oceanic models. Global Biogeochemical Cycles 2006, GB1010.

12. Randerson J T, Masiello C A, Still C J, Rahn T, Poorter H and Field C B. Is carbon within the global terrestrial biosphere becoming more oxidized ? Implications for trends in atmospheric O2, Glob Change Biol 2006. 12, 260–71.

13. Ciais P, Manning A C, Reichstein M, Zaehle S, and Bopp L. Nitrification amplifies the decreasing trends of atmospheric oxygen and implies a larger land carbon uptake, Global Biogeochem Cy 2007, 21, GB2030, doi:10.1029/2006GB002799, 2007.

14. Rain Forest is losing ground faster in Amazon, photos show”, Tony Smith, The New York Times, 27 June 2003, http://www.mongabay.com/external/record_amazon_deforestation_2002.htm#1

15. “Environment : Biofuels boom spurring deforestation”, Stephen Leahy, IPS, 21 May 2007, http://ipsnews.net/news.asp?idnews=37035

16. IBI Programs and Projects, International Biochar Initiative, accessed 3 August 2009, http://www.biochar-international.org/

17. Ernsting A and Rughani D. Climate geo-engineering with ‘carbon negative’ bioenergy, climate saviour or climate endgame ? Biofuelwatch, November 2008, http://www.biofuelwatch.org.uk/docs/cnbe/cnbe.html

18. Ho MW. Beware the Biochar Initiative. Science in Society 44 (to appear).


[Il a été ajouté de nombreux commentaries à l’issue de la parution de cet article original en anglais] There are 60 comments on this article so far [26/02/2016]. Add your comment
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Sélection à partir d’une recherche à l’aide de Google le 26/02/2016

L’excès de CO2 menace-t-il le taux d’oxygène dans l’air ? Science et Vie-29 août 2015. Les destins du dioxygène (O2) et du dioxyde de carbone (CO2), qui, avec le diazote (N2), composent l’atmosphère terrestre, sont effectivement ...

Il y a deux milliards d’années, l’oxygène atmosphérique s’écroulait ! Futura Sciences-11 sept. 2009. Non seulement il y a avait déjà de l’oxygène dans l’atmosphère de la Terre il y a 2,8 milliards d’années mais la teneur en O2 a fluctué de façon ...

Au Précambrien, l’oxygène atmosphérique a eu des hauts et des bas Futura Sciences-27 oct. 2013. Voici deux milliards d’années, la concentration en oxygène dans l’atmosphère était pour le moins… fluctuante. Cette confirmation est tirée de ..

La composition de l’atmosphère eduscol.education.fr/obter/appliped/circula/theme/atmos22.htm

La composition chimique de l’atmosphère comprend pour l’essentiel, de l’azote (78%), de l’oxygène (21%), des gaz rares (Argon, Néon, Hélium...) ...

Cycle de l’oxygene libre et couplage CO2 - O2 www2.ggl.ulaval.ca/personnel/bourque/s3/cycle.oxygene.html

Même si le rayonnement UV brise les molécules de vapeur d’eau (H2O) et de dioxyde de carbone (CO2) atmosphériques et produit ainsi de l’oxygène libre (O2) ...

Pourquoi l’atmosphère contient-elle 21% d’oxygène ? www.linternaute.com › Science

Quelques centaines de millions d’années après la formation de la Terre, il y a donc environ quatre milliards d’années, la composition de l’atmosphère était très ...

l’oxygène et son histoire - Volodalen.com www.volodalen.com/13physiologie/oxy...

Présentation du chapitre. Ce chapitre est dédié à l’oxygène. Nous y parlons de : son histoire vieille de 4 milliards d’années de son transport de l’atmosphère à ...

L’apparition du dioxygène atmosphérique - Evolution ... www.evolution-biologique.org/histoi...

Les gisements de fer, les paléosols et les isotopes du soufre permettent de suivre les variations de la teneur en dioxygène de l’atmosphère au cours du ...

L’excès de CO2 menace-t-il le taux d’oxygène dans l’air www.science-et-vie.com › Questions-Réponses

29 août 2015 - Les destins du dioxygène (O2) et du dioxyde de carbone (CO2), qui, avec le diazote (N2), composent l’atmosphère terrestre, sont effectivement ...

Dioxygène — Wikipédia https://fr.wikipedia.org/wiki/Dioxygène

Les variations atmosphériques du CO2 et de l’O2 — Acces acces.ens-lyon.fr/acces/terre/CCCIC/ccc/atmosphere/atm_synth

5 janv. 2010 - Une démarche proposée par Ralph Keeling permet d’évaluer l’intensité des puits biosphérique et océanique...

Retour au début de l’article original traduit

Traduction en français, compléments entre […], annexe sur l’oxygène et inclusion de liens hypertextes donnant accès à des informations plus détaillées :

Jacques Hallard, Ing. CNAM, consultant indépendant.

Relecture : Bernard Degioanni www.auteursdumidi.fr

Adresse : 585 Chemin du Malpas 13940 Mollégès France

Courriel : jacques.hallard921@orange.fr

Fichier : ISIS Climat O2 Dropping Faster than CO2 Rising French version.3

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