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"La culture est la pierre angulaire d’une société démocratique" Mise en perspective de Jacques Attali – Partie 3. Par Jacques Hallard

dimanche 21 août 2016 par Hallard Jacques


ISIAS Culture Politique
La culture est la pierre angulaire d’une société démocratiqueMise en perspective de Jacques Attali – Partie 3
Jacques HALLARD, Ing. CNAM – Site ISIAS – 21 août 2016

Le titre de cet article est emprunté au chapitre 3 de l’ouvrage ’100 jours pour que la France réussisse’ de Jacques Attali et al, publié par les éditions Fayard 2016, page 49. Définition - Pierre angulaire : pièce fondamentale d’une construction logique ou principe - essentiel - d’un système.

Ce texte fait suite au document ’L’identité et les arts à la rescousse des cultures, des civilisations et de la paix ?’ par Jacques Hallard, posté le mardi 16 août 2016 sur ISIAS

Ce dossier constitue une somme d’informations diverses à usage didactique et il comprend une mosaïque d’une vingtaine de documents abordant à la fois la culture et la démocratie et qui proviennent de différentes sources francophones, notamment d’Algérie, de Belgique, du Burkina Faso, du Canada Québec et de la République française. Sont abordés aussi bien les aspects humanistes, philosophiques et scientifiques de la culture, que les fondamentaux culturels issus de l’UNESCO, de l’Union Européenne et du Conseil de l’Europe. Ladémocratie et les politiques culturelles sont exprimées de plusieurs manières, y compris à travers des prises de positions gouvernementales, sans négliger des faits historiques. Ces derniers montrent que les notions de culture et de démocratie traversent le temps et qu’elles ont sans cesse besoin d’être reformulées, enseignées, partagées et mises en œuvre, aussi bien par des administrations publiques et des organisations internationales, que par des initiatives privées et émanant des organisations non gouvernementales de la société civile, au moins dans les pays qui bénéficient d’un état de droit en vigueur et respecté. Sera aussi introduite la contribution sur le chapitre culturel du groupe de Jacques Attali, visant à ouvrir une réflexion citoyenne à l’occasion des prochaines élections du Président de la République en France, programmées en 2017. Sont citées les actions éducatives, tenant compte de la mixité sociale et de la diversité culturelle des enfants et des adolescents, à partir de réalisations théâtrales d’une compagnie d’Ile-de-France, accessibles sous forme de vidéos ; cette troupe va jusqu’à conseiller « un état d’urgence culturelle », ouvrant la voie à des projets pédagogiques auprès de jeunes issus de familles plus ou moins défavorisées, comme cela a été monté en particulier auprès de celles qui vivent dans des quartiers défavorisés de la périphérie de la capitale française. Enfin les recommandations et les projets conduits dans le cadre de la Francophonie sont rappelés : ils font référence à la citoyenneté et aux droits humains et ils concernent la prévention des conflits au sein de l’espace francophone ; cette organisation vise également à favoriser la consolidation de l’état de droit et de la démocratie, et à agir pour la promotion et l’effectivité des droits de l’homme dans l’espace francophone. L’Organisation Internationale de la Francophonie affirme également sa volonté de promouvoir la diversité culturelle dans les territoires qui ont une pratique habituelle ou récente de la langue française.

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Sommaire

« La culture est le fondement de la fraternité qui est elle-même la seule réponse de long terme à la violence ». Audrey Azoulay. Source

’ La culture est l’âme de la démocratie ’. De Lionel Jospin / Déclaration de politique générale - 19 Juin 1997. Source

’La démocratie est un mauvais système, mais elle est le moins mauvais de tous les systèmes’. Winston Churchill

« La culture : le domaine où se déroule l’activité spirituelle et créatrice de l’homme ». Alain Finkielkraut, La Défaite de la pensée, 1989.

« Dans sa riche diversité, la culture a une valeur intrinsèque aussi bien pour le développement que pour la cohésion sociale et la paix ». UNESCO

« L’homme est la seule créature qui soit susceptible d’éducation. Par éducation l’on entend les soins (le traitement, l’entretien) que réclame son enfance, la discipline qui le fait homme, enfin l’instruction avec la culture. Sous ce triple rapport, il est enfant, élève et écolier ». In Traité de pédagogie de Kant. Source : http://dicocitations.lemonde.fr/citations-mot-culture.php#jriYrdVwocLOyoPg.99

« L’homme sans Histoire, sans culture, sans patrie, sans famille et sans civilisation n’est pas libre : il est nu et condamné au désespoir. (Mathieu Bock-Côté, canadien du Québec).

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  • La culture dans une société démocratique selon Cornélius Castoriadis Origine du document : ‘Passant Ordinaire’, une revue indépendante qui existe avant tout par le soutien de ses abonnés et par leur participation à sa diffusion.
    Né en 1922, décédé le 26 décembre 1997, Cornélius Castoriadis, philosophe et analyste, était l’une des figures de la vie intellectuelle européenne. Grec de naissance, il est arrivé en 1945 à Paris, où il anime le groupe et la revue ‘Socialisme ou Barbarie’. En 1968, il publie, avec Edgar Morin et Claude Lefort, Mai 68, la brèche. A la fin des années 70, il participe à la revue ‘Libre’. A côté de son maître ouvrage, ‘L’Institution imaginaire de la société’ (1975), il est l’auteur d’autres livres fondamentaux regroupés en une série de quatre tomes, commencés en 1978 : ‘Les Carrefours du Labyrinthe’. Tous ces ouvrages sont publiés aux éditions du Seuil. Cet homme et son œuvre ont une place toute particulière dans les différents travaux du ‘Passant’ depuis ses débuts.

Texte

Rien de plus évident, en apparence, que la question impliquée par ce titre. Quoi de plus immédiat, en effet, pour ceux qui se pensent vivre dans une société démocratique, que de s’interroger sur la place de la culture dans leur société - et ce d’autant plus que nous assistons, apparemment, à une diffusion sans précédent de ce qu’on appelle culture, en même temps qu’à l’intensification des questions et des critiques portant sur ce qui est ainsi diffusé et sur ses modes de diffusion ?

Il y a une manière de répondre à cette interrogation, qui est en vérité une manière d’y échapper. Elle a consisté, depuis bientôt deux siècles, à affirmer que la spécificité de la place de la culture dans une société démocratique - par opposition à ce qui était le cas dans les sociétés non démocratiques - consiste uniquement en ceci, qu’ici la culture est pour tous et non pas pour une élite définie ainsi ou autrement. Ce « pour tous », à son tour, peut être pris dans un sens simplement quantitatif : la culture chaque fois existante doit être mise à la disposition de tous, non seulement « juridiquement » (ce qui n’était pas, par exemple, le cas en Égypte pharaonique), mais sociologiquement, au sens de son accessibilité effective - ce à quoi sont supposés servir aussi aujourd’hui l’instruction universelle, gratuite et obligatoire, comme encore les musées, concerts publics, etc…

Mais on peut aussi prendre ce « pour tous » sociologique dans un autre sens, plus fort : considérer que la culture existante est un produit de classe, fait par et/ou pour les couches dominantes de la société et exiger une « culture pour les masses ». Cela a été, on le sait, la théorie et la pratique du ‘proletkult’ en Russie lors des premières années après la révolution de 1917 et, dans la mystification et l’horreur, la théorie et la pratique stalinienne et jdanovienne du « réalisme socialiste » quelques décennies plus tard.

Je ne discuterai pas ici cette dernière conception, ressuscitée aujourd’hui par différents mouvements (féministe, noir, etc.) qui condamnent la totalité de l’héritage gréco-européen comme produit de « mâles blancs morts ». Je me demande pourquoi ne condamne-t-on pas, sur le même principe, l’héritage chinois, islamique ou aztèque, produits par des mâles morts, respectivement jaunes, blancs ou « rouges ». Le fond de la question se ramène à une vieille interrogation philosophique : est-ce que les conditions effectives de genèse d’une œuvre (d’une idée, d’un raisonnement, etc…) décident, sans plus, de sa validité ? Répondre oui, c’est tomber dans la vieille contradiction autoréférentielle, puisque cela revient à porter implicitement un jugement de validité sur ce même énoncé, jugement qui se veut indépendant des conditions effectives de sa genèse - à moins de se placer arbitrairement en position prophétique ou messianique, ce que faisaient effectivement, pour le compte du « prolétariat » et en se mettant à sa place avec une honnête naïveté, les partisans du ‘proletkult’, et avec une infâme effronterie, les staliniens.

Que l’ »assignation à l’origine » n’est pas simplement absurde est évident. Mais les attitudes du ‘proletkult’, des féministes fanatiques, etc..., ou simplement la « généalogie à la Nietzsche », retraitée à la sauce parisienne en « archéologie » un siècle plus tard, veulent éliminer la question inéliminable de la validité de droit (Que Jefferson ait possédé des esclaves n’invalide pas ipso facto la Déclaration d’indépendance.) Et dans leur insondable confusion, elles « oublient » purement et simplement la question abyssale : comment des phrases et des œuvres d’autrefois et d’ailleurs peuvent-elles nous parler et, parfois, nous faire trembler ?

Aussi bien le terme culture que celui de démocratie soulèvent immédiatement des questions interminables. Contentons-nous ici d’un repérage provisoire. Appelons culture tout ce qui, dans le domaine public d’une société, va au-delà du simplement fonctionnel ou instrumental et qui présente une dimension invisible, ou mieux ‘impercevable’, positivement investie par les individus de cette société. Autrement dit, ce qui, dans cette société, a trait à l’imaginaire stricto sensu, à l’imaginaire poétique, tel que celui-ci s’incarne dans des œuvres et des conduites dépassant le fonctionnel. Il va sans dire que la distinction du fonctionnel et du poétique n’est pas matérielle [n’est pas dans les « choses »].

Le terme de démocratie se prête évidemment à infiniment plus de discussion, par sa nature même et parce qu’il a été depuis longtemps l’enjeu de débats et de luttes politiques. Dans notre siècle, tout le monde, y compris les tyrans les plus sanglants, nazis et fascistes exceptés, s’en réclame. Nous pouvons tenter de sortir de cette cacophonie en revenant à l’étymologie : démocratie, le kratos du démos, le pouvoir du peuple. Certes la philologie ne peut pas trancher des conflits politiques. Qu’elle nous incite au moins à nous demander : où, dans quel pays, voit-on aujourd’hui réalisé le pouvoir du peuple ?

Ce pouvoir, nous le voyons pourtant affirmé, sous le titre de souveraineté du peuple, dans les constitutions contemporaines de tous les pays dits « démocratiques ». Laissant pour l’instant de côté l’éventuelle duplicité de cette affirmation, prenons appui sur sa lettre pour dégager une signification que peu de gens oseraient contester : dans une démocratie, le peuple est souverain, à savoir il fait les lois et la loi, à savoir encore la société fait ses institutions et son institution, elle est autonome, elle s’auto-institue. Mais, comme toute société en fait s’auto-institue, nous devons ajouter : elle s’auto-institue, du moins en partie, explicitement et réflexivement. Je reviendrai sur ce dernier terme. En tout cas, elle reconnaît ses propres créations, délibérées ou non, dans ses règles, ses normes, ses valeurs, ses significations.

Cette autonomie, cette liberté, implique à la fois et présuppose l’autonomie, la liberté des individus, elle est impossible sans cette dernière. Mais celle-ci, affirmée et assurée par la loi, la constitution, les déclarations des droits de l’homme et du citoyen, repose en dernière analyse, de jure et de facto, sur la loi collective, formelle aussi bien qu’informelle. La liberté individuelle effective - je ne parle pas de la liberté philosophique ou psychique - doit être décidée par une loi - même si celle-ci s’appelle « Déclaration des droits » - qu’aucun individu ne saurait poser ou sanctionner. Et dans le cadre de cette loi, l’individu peut à son tour définir pour lui-même les normes, les valeurs, les significations moyennant lesquelles il essaiera d’ordonner sa vie propre et de lui donner un sens.

Cette autonomie, ou auto-institution explicite, qui émerge pour la première fois dans les cités démocratiques grecques et reémerge, beaucoup plus amplement, dans le monde occidental moderne, marque la rupture qu’entraîne la création de la démocratie avec tous les régimes social-historiques antérieurs1. Dans ceux-ci, régimes d’hétéronomie instituée, la source et le fondement de la loi, comme toute norme, valeur et signification, sont posés comme transcendants à la société ; transcendants dans l’absolu, comme dans les sociétés monothéistes, transcendants en tout cas relativement à l’actualité effective de la société vivante, comme dans les sociétés archaïques. L’assignation de cette source et de ce fondement vont de pair avec une clôture de la signification ; la parole de Dieu, les dispositions établies par les ancêtres sont indiscutables et établies une fois pour toutes.

Cela vaut aussi pour les individus : le sens de leur vie est donné, réglé d’avance, de ce fait assuré. Pas de discussion possible sur les institutions - donc aussi, pas de discussion possible sur les croyances sociales, sur ce qui vaut ou ne vaut pas, sur le bien et le mal. Dans une société hétéronome - ou simplement traditionnelle - la clôture de la signification fait que non seulement la question politique comme la question philosophique sont fermées d’avance, mais que le sont tout aussi bien les questions éthiques ou esthétiques. En toute circonstance, ce que l’on doit faire est dicté sans appel par la loi et les mœurs collectives ; rien n’y change lorsque apparaissent des commentaires interminables ou une casuistique subtile, comme avec le Talmud, les docteurs chrétiens ou les théologiens islamiques. Il en va de même pour la culture. Aucun doute, les sociétés hétéronomes ont créé des œuvres immortelles ou tout simplement une foule innombrable de beaux objets. Et déjà cette constatation montre le caractère intenable, dans une perspective démocratique précisément, des proscriptions historiques auxquelles veulent se livrer les nouveaux fanatiques d’aujourd’hui. (Suivant la logique de certains féministes, par exemple, je devrais jeter aux orties La Passion selon saint Jean non seulement en tant que produit mâle blanc et mort, mais en tant qu’expression d’une foi religieuse à mes yeux aliénante.)

Mais ces œuvres immortelles restent toujours inscrites dans un contexte et un horizon social-historiques donnés. Elles incarnent toujours aussi les significations imaginaires chaque fois instituées. C’est pourquoi les œuvres sont, dans leur immense majorité, coordonnées au sacré tout court, ou au sacré politique, elles confortent les significations instituées : adoration du divin, culte des héros, éloge des grands rois, exaltation de la bravoure guerrière, de la piété, des autres vertus consacrées par la tradition. Je brosse, évidemment, à très gros traits. Mais telle est la source où puisent les grandes œuvres que nous ont léguées les sociétés archaïques, les grandes monarchies traditionnelles, le vrai Moyen-Age européen du Ve au XIe siècle, ou l’Islam.

Si les œuvres et leurs créateurs sont, pour ainsi dire, au service des significations instituées, le public de ces sociétés y retrouve la confirmation et l’illustration des significations et des valeurs collectives et traditionnelles. Et cela consonne avec le mode spécifique de la temporalité culturelle dans ces sociétés - à savoir, l’extrême lenteur et le caractère enfoui, souterrain de l’altération des styles et des contenus, parallèle et presque synchrone à celle de la langue elle-même comme aussi avec l’impossibilité d’individuer, ex post, les créateurs, impossibilité nullement due à notre information insuffisante.

C’est ainsi et pas autrement que l’on peint sous les Tang ou que l’on sculpte ou bâtit sous la XXe dynastie pharaonique, et il faut être un spécialiste pour pouvoir distinguer ces œuvres de celles qui les précèdent ou les suivent de quelques siècles. De sorte, par exemple, qu’il y a une forme canonique ecclésiastiquement réglée, jusqu’aux moindres détails, d’une icône byzantine de tel saint ou de tel moment de la vie de la Vierge. Alors que, disons-le par anticipation, il est impossible de confondre un fragment de Sapho avec un fragment d’Archiloque, un morceau de Bach avec un morceau de Haendel, et que l’on peut s’écrier, en écoutant certains passages de Mozart, « mais c’est déjà du Beethoven ! ».

La création de la démocratie, même comme simple germe fragile, altère radicalement cette situation. Une brève digression philosophique est ici indispensable, digression qui élucidera, j’espère, la question de la validité transhistorique laissée ouverte plus haut2.

De même que, lorsque tout a été considéré et dit, l’être est Chaos, Abîme, Sans Fond - mais aussi création, vis formandi non prédéterminée qui superpose au Chaos un Cosmos, un Monde tant bien que mal organisé et ordonné, de même l’humain est Abîme, Chaos, Sans Fond non seulement en tant qu’il participe de l’être en général (par exemple, en tant qu’il est matière et matière vivante) mais en tant qu’être d’imagination et d’imaginaire, déterminations dont l’émergence manifeste elle-même la création et la vis formandi appartenant à l’être comme tel, mais qui réalisent aussi le mode d’être de la création et de la vis formandi spécifique à l’humain. Nous pouvons ici seulement constater que cette vis formandi s’accompagne chez l’humain d’une libido formandi : à la puissance de création caractéristique de l’être en général, l’humain ajoute un désir de formation. J’appelle cette puissance et ce désir l’élément poiétique de l’humain, dont la raison elle-même, en tant que raison spécifiquement humaine (et non pas rationalité animale, par exemple), est un rejeton.

Le « sens » dont l’humain veut, et doit, toujours investir le monde, sa société, sa personne et sa propre vie n’est rien d’autre que cette formation, cette Bildung, cette mise en ordre, essai perpétuel, et perpétuellement en danger, de prendre ensemble dans un ordre, une organisation, un Cosmos, tout ce qui se présente et tout ce qu’il fait lui-même surgir. Lorsque l’homme organise rationnellement – ensidiquement -, il ne fait que reproduire, répéter ou prolonger des formes déjà existantes. Mais lorsqu’il organise poiétiquement, il donne forme au Chaos, et ce donner forme au Chaos (de ce qui est et de lui-même), qui est, peut-être, la meilleure définition de la culture, se manifeste avec une clarté éclatante dans le cas de l’art3. Cette forme est le sens ou la signification. Signification qui n’est pas simple affaire d’idées ou de représentations, mais qui doit prendre ensemble, lier dans une forme, représentation, désir et affect.

C’est évidemment ce qu’a merveilleusement réussi, aussi longtemps qu’elle a tenu, la religion - toute religion. Par parenthèse, nous trouvons ici le plein sens du fameux religere : lier non seulement les membres de la collectivité, mais tout, absolument tout ce qui se présente, et celui-ci avec ceux-là.

Mais la religion ne réussit ce stupéfiant tour de force qu’en accouplant les significations qu’elle crée avec une garantie transcendante - garantie dont les humains ont, de toute évidence, un besoin éperdu - et avec une clôture, qui semble, mais semble seulement, consubstantielle à l’idée même de sens, mais en vérité résulte de cette garantie transcendante elle-même. Garantie et clôture qu’elle établit en déniant à l’humanité vivante la possibilité de création du sens : tout sens et tout non-sens, a été créé une fois pour toutes. La vis formandi est ainsi réduite et strictement canalisée, et la libido formandi ramenée à jouir de ses produits passés sans savoir qu’ils sont les siens.

Or, la création démocratique abolit toute source transcendante de la signification, en tout cas dans le domaine public, mais en fait aussi, si elle est poussée à ses conséquences, pour l’individu « privé ». Car la création démocratique est la création d’une interrogation illimitée dans tous les domaines : qu’est-ce que le vrai et le faux, le juste et l’injuste, le bien et le mal, le beau et le laid ? C’est en cela que réside sa réflexivité. Elle rompt la clôture de la signification et restaure ainsi à la société vivante sa vis formandi et sa libido formandi. Elle fait, en réalité, la même chose dans la vie privée, puisqu’elle prétend donner à chacun la possibilité de créer le sens de sa vie. Cela présuppose l’acceptation de ce fait qu’il n’y a pas, comme trésor caché et à trouver, de « signification » dans l’être, le monde, l’histoire, notre vie : que nous créons la signification sur fond de sans fond, le sens sur fond de a-sens, que nous aussi nous donnons forme au Chaos par notre pensée, notre action, notre travail, nos œuvres, que donc cette signification n’a aucune « garantie » extérieure à elle.

Cela signifie que nous sommes seuls dans l’être - seuls, mais non solipsistes. Seuls, déjà du fait que nous parlons et nous nous parlons - alors que l’être ne parle pas, même pas pour énoncer l’énigme du Sphinx. Mais non solipsistes, puisque notre création et déjà notre parole s’étaie sur l’être, qu’elle est constamment relancée par notre confrontation avec lui, et maintenue dans son mouvement par l’effort de donner forme à ce qui ne s’y prête que partiellement et fugitivement - que ce soit le monde visible ou audible, notre être en commun ou notre vie la plus intime -, et qu’ainsi cette création est généralement éphémère, parfois durable, toujours risquée et, à la fin des fins, prise dans l’horizon de la destruction qui est l’autre face de la création de l’être.

Mais les conditions de la création culturelle apparaissent alors changées du tout au tout - et nous arrivons au fond de notre question. Brièvement parlant, dans une société démocratique, l’œuvre de culture ne s’inscrit pas nécessairement dans un champ de significations instituées et collectivement acceptées. Elle n’y trouve pas ses canons de forme et de contenu, pas plus que l’auteur ne peut y puiser sa matière et les procédés de son travail, ou le public l’étayage de son adhésion. La collectivité crée elle-même, ouvertement, ses normes et ses significations - et l’individu est appelé, du moins en droit, à créer dans des cadres formellement amples le sens de sa vie et, par exemple, à juger vraiment par lui-même des œuvres de culture qu’on lui présente.

Certes, il faut se garder de présenter ce passage de façon absolue. Il y a toujours un champ social de la signification, qui est loin d’être simplement formel, et auquel personne, fût-il l’artiste le plus original, ne peut échapper : il peut simplement contribuer à son altération. Nous sommes des êtres essentiellement sociaux et historiques ; la tradition est toujours présente, même si elle n’est pas explicitement contraignante, et la création et la sanction des significations sont toujours sociales, même lorsque celles-ci, comme dans le cas de la culture proprement dite, ne sont pas formellement instituées.

Ce sont les caractères essentiels de ce champ qui s’altèrent lors de l’instauration de la société démocratique. On peut le constater dans le cas de la Grèce antique, dont je ne parlerai pas, comme dans le cas de l’Europe moderne.

Considérons la phase proprement moderne du monde occidental, à partir des grandes révolutions de la fin du XVIIIe siècle, démocratiques et en fait déchristianisatrices, jusqu’à environ 1950, date approximative à partir de laquelle je crois constater une situation nouvelle. Quel est le champ de significations qui sous-tendent la création culturelle inouïe qui a lieu pendant ce siècle et demi ? Répondre à cette question exigerait certes une immense enquête social-historique, à laquelle il n’est pas question de se livrer ici. Je me bornerai à quelques notations, concernant essentiellement la face subjective, la traduction personnelle de ces significations nouvelles.

Du côté du créateur, on peut sans doute parler d’un sentiment intense de liberté et d’une ivresse lucide l’accompagnant. Ivresse de l’exploration de nouvelles formes, de la liberté de les créer. Ces formes nouvelles sont désormais recherchées explicitement pour elles-mêmes, elles ne surgissent pas par surcroît comme toutes les périodes précédentes. Mais cette liberté reste liée à un objet ; elle est recherche et instauration d’un sens dans la forme, ou mieux recherche explicite d’une forme pouvant porter un sens nouveau. Certes, il y a aussi un retour du kleos et du kudos anciens - de la gloire et de la renommée. Mais Proust a déjà dit ce qu’il en est : l’acte lui-même nous modifie assez profondément pour que nous n’attachions plus d’importance à ses mobiles, comme l’artiste « qui s’est mis au travail pour la gloire et s’est du même coup détaché du désir de la gloire 4 ». L’actualisation de la liberté ici est la liberté de création de normes, création exemplaire (comme le dit Kant dans la Critique de la faculté de juger), et, de ce fait, destinée à durer. C’est par excellence le cas de l’art moderne (au sens de la période désignée plus haut), qui explore et crée des formes au sens fort. Par là, même s’il est accepté avec difficulté par ses destinataires, et même s’il ne correspond pas au « goût populaire », il est démocratique, c’est-à-dire libérateur. Et il est démocratique alors même que ses représentants peuvent être politiquement réactionnaires, comme l’ont été Chateaubriand, Balzac, Dostoïevski, Degas et tant d’autres.

Mais, surtout, il reste lié à un objet. S’il a cessé d’être religieux, l’art moderne est « philo-sophique » - il est exploration de couches toujours nouvelles du psychique et du social, du visible et de l’audible, pour, dans et par cette exploration, et à sa façon unique, donner forme au Chaos. Cela ne veut pas dire qu’il est philosophie ; mais qu’il ne peut être qu’en mettant en question le sens chaque fois établi et en en créant d’autres formes. On peut rappeler ici que c’est là le thème de la longue méditation que constitue Le Temps retrouvé, où finalement Proust se propose comme objet de « trouver l’essence des choses ».

Ici encore Kant avait vu la chose, bien qu’il l’ait travestie, lorsqu’il disait que l’œuvre d’art est « présentation dans l’intuition des Idées de la Raison ». Car ce que l’art présente, ce ne sont pas les Idées de la Raison, mais le Chaos, l’Abîme, le Sans Fond, à quoi il donne forme. Et par cette présentation, il est fenêtre sur le Chaos, il abolit l’assurance tranquillement stupide de notre vie quotidienne, il nous rappelle que nous vivons toujours au bord de l’Abîme - ce qui est le principal savoir d’un être autonome et qui ne l’empêche pas de vivre, comme, pour citer encore une fois Proust, « l’artiste athée... [qui] se croit obligé de recommencer vingt fois un morceau dont l’admiration qu’il excitera importera peu à son corps rongé par les vers, comme le pan de mur jaune que peignit avec tant de science et de raffinement un artiste à jamais inconnu, à peine identifié sous le nom de Ver Meer5 ».

Le public de son côté participe « par procuration », de manière vicariante, par le truchement de l’artiste, à cette liberté. Surtout, il est pris par le sens nouveau de l’œuvre - et ne peut l’être que parce que, malgré les inerties, les retards, les résistances et les réactions, c’est un public lui-même créateur. La réception d’une grande œuvre nouvelle n’est jamais et ne peut jamais être simple acceptation passive, elle est toujours aussi re-création. Et les publics occidentaux, de la fin du XVIIIe siècle jusqu’au milieu du XXe, ont été des publics authentiquement créateurs. Autrement dit, la liberté du créateur et ses produits sont, en eux-mêmes, socialement investis.

Vivons-nous encore cette situation ? Question risquée, dangereuse, à laquelle je n’essaierai pas cependant de me soustraire. Je pense que, malgré les apparences, la rupture de la clôture du sens instaurée par les grands mouvements démocratiques est en danger de recouvrement6. Sur le plan du fonctionnement social réel, le « pouvoir du peuple » sert de paravent au pouvoir de l’argent, de la technoscience, de la bureaucratie des partis et de l’État, des médias. Sur le plan des individus, une nouvelle clôture est en train de s’établir, prenant la forme d’un conformisme généralisé7. Je prétends que nous vivons la phase la plus conformiste de l’histoire moderne. On dit : chaque individu est « libre » - mais, en fait, tous reçoivent passivement le seul sens que l’institution et le champ sociaux leur proposent et leur imposent : la télé-consommation, faite de consommation, de télévision, de consommation simulée via la télévision.

Je m’attarderai brièvement sur le « plaisir » du télé-consommateur contemporain. À l’opposé de celui du spectateur, auditeur ou lecteur d’une œuvre d’art, ce plaisir ne comporte qu’un minimum de subli-mation : il est satisfaction vicariante des pulsions par un avatar de voyeurisme, « plaisir d’organe » bidimensionnel, accompagné d’un maximum de passivité. Que ce que présente la télévision soit en lui-même « beau » ou « laid », il est reçu dans la passivité, dans l’inertie et le conformisme. Si je lis un grand roman comme un roman policier de médiocre qualité, traversant les pages en diagonale pour voir « comment ça va finir », à la fin de la soirée j’ai mal à la tête. Si je le lis comme un grand roman, attentif au temps propre des phrases et de la narration, je suis dans une étrange et multiple activité psychique et mentale qui me stimule sans me fatiguer.

On a proclamé le triomphe de la démocratie comme triomphe de l’ « individualisme ». Mais cet « individualisme » n’est pas et ne peut pas être forme vide où les individus « font ce qu’ils veulent » - pas plus que la « démocratie » ne peut être simplement procédurale. Les « procédures démocratiques » sont chaque fois remplies par le caractère oligarchique de la structure sociale contemporaine - comme la forme « individualiste » est remplie par l’imaginaire social dominant, imaginaire capitaliste de l’expansion illimitée de la production et de la consommation.

Sur le plan de la création culturelle, où certes les jugements sont les plus incertains et les plus contestables, impossible de sous-estimer la montée de l’éclectisme, du collage, du syncrétisme invertébré, et, surtout, la perte de l’objet et la perte du sens, allant de pair avec l’abandon de la recherche de la forme, la forme qui est toujours infiniment plus que forme puisque, comme le disait Hugo, elle est le fond qui monte à la surface.

Sont en train d’être réalisées les prophéties les plus pessimistes - depuis Tocqueville et la « médiocrité » de l’individu « démocratique », en passant par Nietzsche et le nihilisme (« Que signifie le nihilisme ? Que les valeurs supérieures se dévalorisent. Il manque le but ; il manque la réponse à la question ’pourquoi ?’ 8 ») jusqu’à Spengler et Heidegger et après. Elles sont même en train d’être théorisées dans un contentement de soi arrogant autant que stupide dans le « post-modernisme ».

Si ces constatations sont, ne serait-ce que partiellement, exactes, la culture dans une telle société « démocratique » court les plus grands dangers - non pas, certes, sous sa forme érudite, muséique ou touristique, mais dans son essence créatrice. Et, la société formant un tout, certes morcelé, certes hypercomplexe, certes énigmatique, de même que l’évolution actuelle de la culture n’est pas sans rapport avec l’inertie et la passivité sociale et politique qui caractérisent notre monde, de même la renaissance de sa vitalité, si elle doit avoir lieu, sera indissociable d’un nouveau grand mouvement social-historique, qui réactivera la démocratie et lui donnera à la fois la forme et les contenus que le projet d’autonomie exige.

Nous sommes troublés par l’impossibilité d’imaginer concrètement le contenu d’une telle création - alors que c’est là le propre même d’une création. Clisthène et ses compagnons ne pouvaient ni ne devaient « prévoir » la tragédie et le Parthénon - pas plus que les Constituants ou les Pères fondateurs n’auraient pu imaginer Stendhal, Balzac, Flaubert, Rimbaud, Manet, Proust ou Poe, Melville, Whitman et Faulkner.

La philosophie nous montre qu’il serait absurde de croire que nous aurons jamais épuisé le pensable, le faisable, le formable, de même qu’il serait absurde de poser des limites à la puissance de formation qui gît toujours dans l’imagination psychique et l’imaginaire collectif social-historique. Mais elle ne nous empêche pas de constater que l’humanité a traversé des périodes d’affaissement et de léthargie, d’autant plus insidieuses qu’elles ont été accompagnées de ce qu’il est convenu d’appeler un « bien-être matériel ». Dans la mesure, faible ou pas, où cela dépend de ceux qui ont un rapport direct et actif à la culture, si leur travail reste fidèle à la liberté et à la responsabilité, ils pourront contribuer à ce que cette phase de léthargie soit la plus courte possible.

Cornélius Castoriadis*

Les idées de ce texte ont été exposées lors de plusieurs conférences, notamment à Paris (1991), à Ankara (1992), à Alexandroupolis (1993) et à Madrid (1994). La version donnée ici correspond à la conférence tenue à Madrid le 3 mars 1994, dans le cadre d’un colloque organisé par la Fondation Ortega y Gasset, en collaboration avec le service culturel de l’ambassade de France, sur la pensée politique française aujourd’hui. Il a été publié aux éditions du Seuil dans le T. IV des Carrefours du labyrinthe. Un grand merci à Zoé Castoriadis et Jean-Claude Guillebaud qui ont permis à celui-ci de figurer dans le Passant.

Notes
(1) Voir par exemple « Pouvoir, politique, autonomie », Revue de métaphysique et de morale, 1988, n°1 ; repris dans Le Monde morcelé, op. cit., p. 113-140.
(2) Sur ce qui suit, voir par exemple « Institution de la société et religion », Esprit, mai 1982 ; repris dans Les Carrefours du labyrinthe, II : Domaines de l’homme, op. cit., p. 364-384.
(3) Voir par exemple Devant la guerre, Paris, Fayard, 1981, p. 238-242 ; aussi, « Transformation sociale et création culturelle », Sociologie et Sociétés, Montréal, janvier 1979 ; repris dans Le Contenu du socialisme, Paris, 10/18, 1979, p. 413-439.
(4) La Pléiade, III, 575-576.
(5) Idem, 188.
(6) J’ai abondamment écrit sur ce sujet depuis 1959. Par exemple, « Le mouvement révolutionnaire sous le capitalisme moderne », Socialisme ou Barbarie, nos 31-33, décembre 1960-décembre 1961 ; repris dans Capitalisme moderne et Révolution, Paris, 10-18, 1979, vol. 2. - « La crise des sociétés occidentales », Politique internationale, n°15, printemps 1982, p. 131-148 ; repris ici, p.11 à 26. - « Le délabrement de l’Occident », Esprit, décembre 1991 ; repris ici, p.58 à 81.
(7) Voir « L’époque du conformisme généralisé », conférence à la Boston University, septembre 1989 ; repris dans Le Monde morcelé, op. cit., p. 11 -24.
(8) Wille zur Macht, § 2. Cf aussi ibid., § 12 : « Un but [Ziel] est toujours un sens [Sinn] ». Cornélius Castoriadis

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Sortie du DVD de Notre Monde - Notre Monde (2013, 119’) un film de Thomas Lacoste
Rassemblant plus de 35 intervenants, philosophes, sociologues, économistes, magistrats, médecins, universitaires et écrivains, Notre Monde propose un espace d’expression pour travailler, comme nous y enjoint Jean–Luc Nancy à « une pensée commune ». Plus encore qu’un libre espace de parole, Notre Monde s’appuie sur un ensemble foisonnant de propositions concrètes pour agir comme un rappel essentiel, individuel et collectif : « faites de la politique » et de préférence autrement.

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  • Culture scientifique, culture et démocratie selon l’Union Rationaliste Document ‘Union Rationaliste’
    D’après Wikipédia, « L’Union rationaliste est une association française à but non lucratif fondée en 1930, sous l’impulsion, en particulier, du physicien Paul Langevin. Elle promeut le rôle fondamental de la raison dans les capacités d’adaptation, d’organisation, d’expérimentation et de critique propres à l’espèce humaine, et de faire reconnaître que les avancées techniques, scientifiques, politiques et culturelles de l’homme sont principalement dues à la raison. Elle lutte contre les différentes formes de dogmatisme ainsi que contre le recours au surnaturel, et promeut une éducation laïque et républicaine. Elle anime des colloques, des conférences, une émission radio sur France Culture (un dimanche matin par mois), une autre émission radio sur Radio libertaire (chaque deuxième vendredi du mois de 19 h à 21 h) et publie deux revues (une bimestrielle et une trimestrielle), et distribue un prix annuel récompensant une œuvre d’inspiration rationaliste. L’Union rationaliste compte parmi ses membres des scientifiques de renom, professeurs au Collège de France ou prix Nobel, des membres de l’Institut de France, ainsi que des écrivains célèbres. La brève présidence de l’historien Prosper Alfaric en 1955 entraina avant son décès une grave crise dans l’association qui perdit un temps son image de sérieux rationaliste, qu’elle retrouva avec Albert Châtelet. Au début du XXIe siècle l’Union fait l’objet de critiques sur ses positions relatives à diverses thèses du courant écologique.[réf. nécessaire]

Article complet sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Union_rationaliste - Voir aussi le site de l’association Afficher l’image d’origine sur http://www.union-rationaliste.org/

Texte - La science est malheureusement aujourd’hui, pour l’essentiel, un domaine extérieur à la culture y compris celle des « élites » intellectuelles et politiques. Cette situation, qui n’est certes pas entièrement nouvelle, interroge en ce début de xxie siècle. Elle a de quoi inquiéter alors que la science et la technologie jouent un rôle plus grand que jamais. Les sociétés modernes affichent des besoins croissants de chercheurs, d’ingénieurs et de techniciens. Or, de nombreux rapports pointent depuis quelques temps une désaffection des jeunes pour les métiers scientifiques, en France, mais aussi en Europe et aux États-Unis. Ces contradictions, la trop faible pénétration de la culture scientifique dans les différentes couches de la population ont de multiples causes, parmi lesquelles il faut mentionner des attitudes de méfiance envers la science, jugée « responsable » d’un mode de développement économique déstabilisateur.

Les progrès scientifiques ont incontestablement contribué à rendre possible l’allongement considérable de l’espérance de vie et l’amélioration du niveau de vie moyen que nous connaissons dans les pays développés, et dans une moindre mesure dans le reste du monde. Mais dans le même temps, le développement de l’économie que ces progrès ont permis s’est accompagné d’un gaspillage des ressources, d’atteintes graves à l’environnement qui concernent l’ensemble de la planète et mettent en cause son avenir, de tensions dans les sociétés sommées de se moderniser sans trop d’égards pour les individus. Le rôle de la science et la notion même de progrès s’en trouvent contestés.

La nécessité de débats démocratiques sur les grands choix scientifiques et technologiques s’est à juste titre imposée dans la dernière partie du siècle dernier. La rapidité des évolutions fait que le sentiment que plus rien n’est maîtrisé, tend à prévaloir et il y a beaucoup à faire pour créer les conditions de débats constructifs. Une de ces conditions est d’inscrire ces débats dans une analyse réaliste des éléments qu’il faut impérativement modifier dans notre mode de développement, si nous voulons préserver l’avenir. Une autre est de tout faire pour combler le fossé d’incompréhension qui se creuse entre les « experts scientifiques » et les citoyens. Il en va de la démocratie. Développer la culture scientifique est alors sans nul doute un objectif aussi nécessaire en ce début du xxie siècle que le fut l’alphabétisation en d’autres temps.

A la question : quelle culture scientifique ? Pourquoi et pour qui ? On voit bien déjà qu’on ne saurait répondre en s’en tenant aux seules considérations relatives aux métiers scientifiques.

Une définition de la culture

Les réflexions qui suivent s’inscrivent dans les préoccupations constantes de l’Union rationaliste depuis sa création en 1930. Des hommes comme le doyen de la faculté de médecine Henri Roger, le physicien Paul Langevin ou le grammairien Albert Bayet se proposent alors de « faire connaître dans le grand public l’esprit et les méthodes de la science ». Ils sont rejoints pour défendre la science et la culture par des femmes et des hommes de lettres fort connus, comme Anna de Noailles ou Philippe Soupault. La nouvelle association organise des conférences, certaines mémorables sur la relativité, les questions posées par la mécanique quantique, les percées récentes dans le monde de l’atome et du noyau. Ces conférences sur la science moderne sont l’occasion d’illustrer les méthodes de la science et l’évolution des concepts. Pour Paul Langevin, elles s’inscrivent dans les réflexions plus larges qu’il développe depuis longtemps sur l’enseignement scientifique, sur l’histoire des sciences et sur la culture.

Le terme de « culture » est d’une grande ambition. La culture de notre temps peine à intégrer dans son ampleur l’héritage des civilisations qui se sont succédé au fil des siècles. Appréhender, ne serait-ce que superficiellement l’œuvre du passé pour mieux comprendre l’œuvre du présent, dépasse les capacités d’un individu. L’époque des philosophes-savants est révolue et même celle de « l’honnête homme » au fait des connaissances et des idées de son époque. On est donc tenté de s’intéresser seulement à certaines composantes de la culture, en excluant généralement la science. La culture générale, écrivait Langevin, « c’est ce qui permet à l’individu de sentir pleinement sa solidarité avec les autres hommes dans l’espace et dans le temps, avec ceux de sa génération comme avec les générations qui l’ont précédé et celles qui le suivront. Être cultivé, c’est donc avoir reçu et développer constamment une initiation aux différentes formes d’activité humaine… » [1]).

La culture scientifique prend toute sa signification dans ce cadre, avec la culture littéraire ou artistique. Une telle définition de la culture générale peut paraître très ambitieuse, elle est plus réaliste qu’il n’y paraît. Il s’agit de la construction de repères et d’initiation, pas de l’accumulation de connaissances spécialisées, a fortiori de compétences, qui prend sens dans une conception « dynamique » de la culture. Cette construction implique très certainement que les connaissances de base, à commencer par le « lire, écrire compter » soient solidement acquises. Au-delà, « L’enseignement ne peut donner, en réalité, qu’un commencement de culture, qui met l’individu à même de désirer et de goûter celle-ci ».

On peut douter que tous les élèves obtenant leur baccalauréat aujourd’hui, aient acquis ce goût et ce désir de culture, notamment de culture scientifique. Qu’en était-il pour les élèves de familles généralement aisées terminant leurs études dans les lycées des années 1930, alors que la majeure partie des jeunes passait directement de l’école primaire à l’usine ? La situation ne devait pas être excellente, si l’on en juge par les critiques et les propositions avancées par Langevin, alors président de la Société française de Pédagogie. Nombre d’entre elles restent aujourd’hui sources d’inspiration : rôle de l’apprentissage de l’observation et de l’expérimentation, lutte contre le dogmatisme, appel à l’histoire des sciences et des civilisations.

Culture scientifique et enseignement

La prise de conscience de la trop faible pénétration de la culture scientifique dans les différentes couches de notre société moderne auxquelles elle est pourtant si nécessaire, a suscité de très nombreuses initiatives au cours des dernières années. Les organismes de recherches et les Universités en sont des partenaires essentiels, mais aussi des collectivités locales, des sociétés savantes et des associations qui apportent leur concours enthousiaste. Les bars des sciences se sont multipliés, ainsi que les expositions et l’offre de conférences. Le succès des Fêtes de la science qui se tiennent chaque automne, principalement en direction des jeunes, ne se dément pas. Toutes ces initiatives contribuent sans nul doute à rendre la science plus proche et plus vivante pour les jeunes et aussi les moins jeunes, et à l’inclure dans une culture partagée.

Il reste que l’enseignement, depuis le primaire jusqu’à l’université, joue un rôle majeur dans la manière de concevoir la science dans la culture ou à côté d’elle. Or, tout se passe comme si le rôle « utilitaire » de la science tendait à masquer sa valeur culturelle. La conception de l’enseignement s’en ressent. L’enseignement scientifique est souvent décrit de l’intérieur comme trop difficile, pas assez stimulant pour les élèves auxquels les mathématiques font peur, trop touffu et/ou trop dogmatique en ce qui concerne les sciences expérimentales, tout particulièrement la physique, trop coupé des autres enseignements. Son rôle déterminant dans la « sélection des élites », qui s’opère dans les classes de première et terminale scientifiques, contribue à décourager des élèves peut être moins classiquement brillants, mais aptes à enrichir ensuite le « commencement de culture » reçu au collège et au lycée.

L’initiation à la science est en cours de rénovation dans le primaire avec le programme « La Main à la Pâte ». Cette aventure passionnante repose sur le questionnement, la sollicitation de l’imagination, de la curiosité et de l’intelligence des enfants, sur la combinaison de la pratique de l’expérimentation et de la réflexion. Sa réussite se mesure à l’implication généralement forte des enfants, les progrès s’étendant aussi à leur expression orale et écrite. L’extension de ce type d’approche à l’enseignement au collège commence à être expérimentée. Il doit prendre en compte les contraintes de l’organisation de l’enseignement, délivré par des professeurs de disciplines différentes.
Il ne s’agit pas de gommer leurs spécificités.

La maîtrise par chaque professeur du domaine couvert par sa discipline, est certainement un avantage croissant au fur et à mesure que les programmes des classes successives deviennent plus ambitieux. Le cloisonnement excessif entre disciplines et la lourdeur des contraintes font obstacle cependant au développement d’un enseignement préparant tous les jeunes à un monde où la science et la technologie sont omniprésentes. Alléger les programmes est probablement le prix à payer pour développer les contacts entre les enseignants des différentes disciplines scientifiques, littéraires, artistiques, pour établir sur certains thèmes d’intérêt commun un enseignement croisant les approches.

Chacun reconnaît que l’enseignement scientifique doit avoir une ambition plus large que l’énoncé des faits d’observation ou d’expérimentations, les explications relatives aux lois qui permettent de décrire le réel, l’introduction des concepts. Un peu d’histoire des sciences devrait y trouver place. Les élèves, certes, ne pourront jamais redécouvrir par eux-mêmes ce que des générations de chercheurs ont découvert. Mais il doit être possible de leur faire approcher sur des exemples le processus de la découverte scientifique, fut-elle de faible importance : un processus de remise en question des idées établies, que des intuitions issues de faits nouveaux, de rapprochements inattendus ou simplement des mesures plus précises, bousculent… Un nouveau domaine qui s’ouvre à la curiosité du chercheur.

Ce processus ne remplace pas une « vérité » par une autre, comme cela est souvent affirmé. Il s’agît d’une adaptation au réel, ce qui est fort différent. Le chercheur, qui est curieux, travaille à acquérir des connaissances nouvelles, en imaginant des expériences, en croisant des observations entre elles, en remplaçant des explications anciennes par des explications plus puissantes, éventuellement totalement surprenantes.

Les livres d’enseignement sont certes parsemés ici où là d’indications sur les dates de découvertes et les noms des découvreurs : ces indications sont trop sèches pour susciter l’enthousiasme des élèves et éventuellement des vocations. Une collaboration autour de tels sujets, entre professeurs de sciences et d’histoire serait de nature à motiver les élèves et… les professeurs. Un thème tel que « La science et l’évolution de la société » avancé dans un appel à propositions relève aussi bien des disciplines scientifiques que d’autres disciplines, notamment l’histoire, les sciences économiques et sociales et la philosophie. On peut imaginer, pour susciter l’intérêt des élèves (et des professeurs), utiliser tel ou tel exemple sur le rôle de la science à l’époque considérée, sur la façon dont l’organisation de la société interagit avec le développement des sciences et des techniques. Une approche de ce type peut apporter aux élèves un début de culture fort utile pour appréhender les nouveaux rapports entre la science et la société aujourd’hui.

Il est possible et nécessaire de « désenclaver la science », en la montrant sans l’idéaliser, en relation avec la société, dans l’histoire et dans l’actualité. Privilégier la compréhension de l’esprit et les méthodes de la science, plus que la somme des connaissances scientifiques en progression rapide, est une voie d’accès à la culture scientifique de nature à faciliter son intégration dans la culture générale. L’histoire des hommes et aussi des femmes qui ont contribué à faire avancer la science fait apparaître des rapports multiples et souvent inattendus avec les activités de leurs contemporains.

Les frontières entre la science et les métiers, mais aussi l’histoire, l’art, la philosophie ou la littérature, ne sont pas infranchissables. Il ne manque pas, en particulier de grands textes, de récits ou même de poèmes évoquant la science. Le texte de Victor Hugo sur l’art et la science en est un exemple, plus significatif sur le fond qu’il n’y paraît : « La science va sans cesse se raturant elle-même. Ratures fécondes. La science est une échelle… La poésie est un coup d’aile… Un chef-d’œuvre artistique est une fois pour toutes. Dante n’efface pas Homère  » [2]). Victor Hugo, évoquant la science progressant par ratures fécondes, la qualifiant d’échelle, est plus près de la vérité que ceux qui développent aujourd’hui l’idée que la science « efface » ses acquis précédents, que la science est relative dans l’espace et dans le temps.

Non, Einstein n’efface pas Newton. Du haut d’un barreau plus élevé de l’échelle, il ne le contredit pas s’il se limite au même champ d’observation que lui. Mais il voit plus loin et plus profond et la théorie qu’il élabore permet de comprendre un monde nouveau.

Culture scientifique et culture humaniste

L’acquisition de connaissances nouvelles qui balisent l’histoire de l’humanité, a contribué au développement technique et à l’évolution des conditions de vie. Plus important peut-être encore, elle a joué un rôle majeur dans l’évolution des modes de pensée et le développement des exigences morales. Mettre en valeur les rapports entre l’histoire des idées et les progrès de la science, c’est prémunir la société contre les tentations obscurantistes qui fleurissent sur le terreau des frustrations et des impatiences. Notre potentiel biologique n’a guère eu le temps d’évoluer beaucoup depuis la fin de la préhistoire, mais chacun de nous apprend à développer ce potentiel dans le contexte d’un réel autrement plus vaste. Les conditions culturelles permettent un enrichissement des relations des hommes entre eux qui se traduit par de nouvelles règles qui acquièrent au fil des siècles la force de l’évidence.

Le socle commun de connaissances et de compétences récemment adopté fixe les objectifs de la scolarité obligatoire en visant à dépasser les clivages disciplinaires. Il est positif qu’il accorde une large place à la culture scientifique et recommande de faire appel à l’histoire des sciences. La conception qui sous-tend le catalogue des exigences avancées et la hiérarchie entre celles-ci restent cependant très réductrices. Comment peut on écrire que «  les compétences acquises en mathématiques conditionnent l’acquisition d’une culture scientifique  » sans voir qu’une telle formule renforce l’idée trop répandue qu’il n’y a qu’une voie d’accès vers la science ? On sait bien pourtant que de nombreux enfants, curieux et observateurs, peuvent s’enthousiasmer pour les sciences expérimentales plus concrètes, et comprendre ensuite l’intérêt des mathématiques.

Force est de constater que le dépassement des clivages disciplinaires, objectif louable, s’opère au prix de déséquilibres et d’omissions qui font perdre de vue l’unité de la culture qu’il s’agit de faire acquérir aux élèves. Le socle commun se contente de juxtaposer, quand il ne les oppose pas, une culture scientifique et une culture humaniste. La première apparaît quelque peu hégémonique à en juger par la faible place accordée par exemple à la littérature française au-delà de l’apprentissage strict de la langue. Le contenu donné à la seconde est, par ailleurs, surprenant. On y trouve l’enseignement du fait religieux, et même celui d’extraits de textes de la Bible ou du Coran, mais pas celui des mouvements de critique des religions. Les lois de la production et des échanges, mais rien sur l’apport des Lumières ni sur le caractère émancipateur du développement des connaissances, pour s’en tenir aux omissions les plus choquantes. Évoquer la culture humaniste, en ce début de xxie siècle, sans y intégrer la science est au moins inconséquent, au pire dangereux. C’est préparer les esprits à opposer la science et l’homme.

La culture scientifique sera d’autant mieux reçue par les jeunes et la société qu’elle s’inscrira dans un effort ambitieux de développement de l’ensemble de la culture. Les vocations scientifiques naîtront d’autant mieux que la science prendra toute sa place dans les aspirations profondes de la société.

Les interrogations sur la science

On a reproché à des scientifiques de la fin du xixe siècle ou des premières années du xxe, des scientifiques rationalistes, d’avoir rêvé que le progrès de la science apporterait le bonheur aux hommes, ou tout au moins que l’abondance des biens matériels attendue de ce progrès, réglerait « la question sociale ». Ces mêmes scientifiques associaient le progrès de la science et celui de la paix. On sait ce qu’il en a été de ces espoirs au cours du dernier siècle. Il ne s’ensuit pas pourtant que l’aspiration à ce que la science serve les besoins de la société et la paix soit devenue caduque pour autant. On a le droit de rêver cela et même le devoir, particulièrement lorsque l’on est scientifique, de tout faire pour avancer dans cette direction. La culture scientifique enrichira la culture de chacun en intégrant ces objectifs.

Le terme de science peut renvoyer à des activités dont les objectifs et/ou les pratiques sont fort différents. La terminologie utilisée pendant une large partie du xxe siècle distinguait, l’une découlant de l’autre, la recherche fondamentale, la recherche appliquée et la recherche de développement, la première constituant le principal moteur du progrès de la science dans une vision à long terme, mais le plus imprévisible. La découverte ne se programme pas. Dans son principe, la recherche fondamentale est recherche délibérée de connaissances nouvelles, selon une logique interne au processus de recherche lui-même. « La sainte curiosité » nécessaire au chercheur va de pair avec sa liberté. Les connaissances nouvelles se sont échangées et diffusées par-delà les frontières depuis des siècles, contribuant à un patrimoine commun de l’humanité. A l’autre bout de la chaîne, la recherche de développement vise à l’introduction concrète dans la production de techniques nouvelles.

On parle plutôt aujourd’hui, alors que la science a connu un développement considérable, de recherche (fondamentale), d’innovation et de technologie. L’Europe souhaite construire une société de la connaissance et de l’innovation. Certains pensent que nous avons atteint un stade où les différents modes de recherche se sont fondus entre eux et avec l’économie, au point qu’il n’existerait plus qu’une technoscience (qu’il faudrait combattre ou au moins tenir en lisière).

Cette vision ne correspond heureusement pas à la réalité de la recherche. Mais il est vrai que les limites entre connaissances et innovations deviennent plus floues. Les risques d’appropriation de connaissances fondamentales au prétexte de leur utilité pour des innovations monnayables sont réels. On peut s’inquiéter des choix effectués dans la récente loi de programmation de la recherche, qui privilégie des objectifs à court terme plutôt que la recherche fondamentale. L’histoire montre que c’est de celle-ci que surgissent les avancées les plus novatrices. On peut s’inquiéter aussi des entraves à la recherche suscitées par une crainte obscurantiste de l’inconnu et/ou le poids de tabous religieux.

La science est aujourd’hui largement utilisée dans le cadre d’un mode de développement qui privilégie le service d’intérêts particuliers à court terme et qui laisse trop d’hommes et de femmes sur le bord du chemin : on ne saurait s’étonner, dans ces conditions, du pessimisme sur l’avenir qui marque les interrogations de la société sur les conséquences des avancées rapides de la science et de la technologie.

Entre espoirs et craintes, les secondes ont tendance à l’emporter, comme c’est aussi le cas sur d’autres sujets. Des affirmations, contradictoires et faussement évidentes, freinent la prise de conscience par tous de la nécessité de débats démocratiques. La première consiste à se résigner à l’attentisme, au motif que « tout ce qui est possible sera fait », et donc que les citoyens n’ont pas de choix possible entre les technologies à développer. L’autre proclame qu’il est urgent d’arrêter la recherche, au motif que ses résultats induiraient des risques inacceptables pour la société. Il est vrai que les mêmes connaissances peuvent être utilisées à des fins très différentes, les unes utiles, les autres subtilement ou directement destructrices. La tentation « d’enchaîner le Prométhée de la science » n’est pas nouvelle.

Culture scientifique et développement durable

Un effort de clarification, et même de refondation des rapports de la science et de la société est nécessaire. Cet effort est d’autant plus indispensable que des questions d’ampleur planétaire ne peuvent déjà plus être esquivées. Nous savons que le mode de développement qui sert actuellement de référence, n’est pas extrapolable à une population de six et bientôt neuf milliards d’hommes sans mettre en danger l’équilibre de la planète. L’absolue nécessité de limiter l’émission des gaz à effet de serre pour freiner le réchauffement climatique impose d’engager sans attendre les changements à apporter à ce mode de développement. Il faut réduire des déséquilibres inacceptables et dangereux.

Les problèmes à affronter sont d’abord économiques et politiques, mais les solutions à rechercher mettent aussi en jeu des choix scientifiques et technologiques. Les débats engagés au fil des années sur des technologies particulières considérées séparément, devront nécessairement être reconsidérés dans une perspective plus globale. Les politiques de chacun pour soi, sur fond de concurrence sans limite, seront remises en cause par des besoins vitaux de coopération internationale. On sait bien aussi que les comportements individuels devront être modifiés. Pour que pareille révolution n’entraîne pas des conséquences désastreuses sur le niveau de vie d’une très grande partie de la population, l’humanité doit mobiliser tous ses atouts, et en particulier les possibilités de solutions qu’offre une recherche basée sur les connaissances accumulées par la science, l’imagination et le travail de la raison de millions et de millions d’hommes et de femmes de par le monde, conscients des enjeux.

L’intégration de la culture scientifique dans la culture de tous devient essentielle dans ce contexte. Il faudra développer très fortement la recherche. Il faudra débattre, de manière rationnelle, des meilleurs moyens d’utiliser la science pour un développement durable. Les débats d’aujourd’hui, pour limités et peu constructifs qu’ils soient souvent, permettent déjà de définir quelques-unes des conditions à respecter pour atteindre ce but. Il est certainement nécessaire de garantir la transparence des informations et d’utiliser un langage compréhensible par tous. Il est sûrement nécessaire de sortir de la seule évaluation de risques particuliers, pour comparer des risques entre eux, d’évaluer le rapport entre risques et bénéfices attendus, ce qui signifie abandonner les a priori pour la confrontation fondée sur l’analyse de l’expérience. La première condition d’une approche rationnelle est en effet de dire la vérité, qui se résume rarement à un oui ou un non. Il faut délimiter dans les questions posées, la part qui relève d’appréciations que les scientifiques devraient pouvoir donner collectivement (sans omettre les marges d’incertitude) et celle tout aussi importante, qui relève d’autres rationalités économiques ou sociales notamment. Les débats actuels ont déjà montré qu’il n’y a pas seulement dans la société une attente d’explications scientifiques ou techniques compréhensibles. Il y a le souhait de contribuer aux débats engagés par des propositions.

Pour ceux qui s’y investissent sans a priori, c’est l’occasion d’une approche concrète de la culture scientifique. Mieux vaut cependant ne pas attendre et mieux et plus intégrer « l’esprit et les méthodes de la science » dans la culture générale.

1. Conférence faite le 11 juin 1931 au Musée pédagogique, sous les auspices de la Société française de Pédagogie. La Pensée et l’action, EFR 1950, p. 212.
2. Victor Hugo : William Shakespeare, III, 4, Tome Critique, p. 297.

© 2016 Union rationaliste – Source : http://www.union-rationaliste.org/index.php/rationalisme-scientifique/publications/articles-des-cahiers-rationalistes/117-culture-scientifique-culture-et-democratie

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  • Education, Science et Diversité culturelle à l’UNESCO depuis 1945
    UNESCO : Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture - 23 août 2013 | Organismes de l’ONU, Travail de l’ONU

L’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) est née le 16 Novembre 1945. L’UNESCO compte 195 membres et 8 membres associés et est régie par la Conférence générale et le Conseil exécutif. Le Secrétariat, dirigé par le Directeur général, met en œuvre les décisions de ces deux organes. L’Organisation a plus de 50 bureaux sur le terrain partout dans le monde et son siège est situé à Paris.

La mission de l’UNESCO est de contribuer à l’édification d’une culture de la paix, à l’éradication de la pauvreté, au développement durable et au dialogue interculturel par l’éducation, les sciences, la culture, la communication et l’information.

L’UNESCO s’emploie à créer les conditions d’un dialogue entre les civilisations, les cultures et les peuples, fondé sur le respect de valeurs partagées par tous. C’est par ce dialogue que le monde peut parvenir à des conceptions globales du développement durable intégrant le respect des droits de l’homme, le respect mutuel et la réduction de la pauvreté, tous ces points étant au cœur de la mission de l’UNESCO et de son action.

L’UNESCO met l’accent deux priorités globales :

• l’Afrique

• l’égalité entre les sexes.

Et plusieurs objectifs primordiaux :

. assurer une éducation de qualité pour tous et l’apprentissage tout au long de la vie

• mobiliser le savoir et la politique scientifiques au service du développement durable

• faire face aux nouveaux défis sociaux et éthiques

• promouvoir la diversité culturellele dialogue interculturel et une culture de la paix

• édifier des sociétés du savoir inclusives grâce à l’information et à la communication

Source : http://www.un.org/youthenvoy/fr/2013/08/unesco-organisation-nations-unies-leducation-science-culture/

L’UNESCO (Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture), créée en 1945, a pour objectif de construire la paix dans l’esprit des hommes à travers l’éducation, la science, la culture et la communication. L’UNESCO est au service de la communauté internationale à travers une large gamme d’activités et de programmes éducatifs, culturels et scientifiques.

L’une des priorités de l’UNESCO dans le domaine de la culture porte sur l’encouragement aux formes de création traditionnelles et novatrices. La Convention de 2003 de l’UNESCO pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, et celle de 2005 sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles constituent les piliers de la préservation et du développement de la diversité créatrice. Les actions de l’UNESCO relatives à l’artisanat et au design s’inscrivent dans l’Axe d’action du Programme de l’Organisation relatif à cette Convention de 2005, et au développement des industries culturelles et créatives.

Source http://www.fondationcultureetdiversite.org/partenaires/lunesco

Déclaration universelle de l’Unesco sur la diversité culturelle

Cet article est une ébauche concernant l’Organisation des Nations unies et un élément culturel. Vous pouvez partager vos connaissances en l’améliorant (comment  ?) selon les recommandations des projets correspondants.

La Déclaration universelle de l’Unesco sur la diversité culturelle est une déclaration pour protéger la diversité culturelle comme héritage humain avec la protection de la diversité de média de masse et le multilinguisme adoptée en 2 novembre 2001. Elle est écrite dans les six langues officielles de l’ONU : le français, l’anglais, l’espagnol, le russe, le chinois et l’arabe.

Voir aussi - Articles connexes

Diversité culturelle - Dans sa riche diversité, la culture a une valeur intrinsèque aussi bien pour le développement que pour la cohésion sociale et la paix.

La diversité culturelle est une force motrice du développement, pour ce qui est de la croissance économique et comme moyen de mener une vie intellectuelle, affective, morale et spirituelle plus satisfaisante. Elle représente un atout indispensable pour atténuer la pauvreté et parvenir au développement durable, grâce notamment au dispositif normatif, aujourd’hui complet, élaboré dans le domaine culturel.

Parallèlement, la reconnaissance de la diversité culturelle - par une utilisation novatrice des médias et des TIC en particulier - est propice au dialogue entre les civilisations et les cultures, au respect et à la compréhension mutuelle.

Promouvoir la diversité culturelle - « patrimoine commun de l’humanité » (Déclaration universelle de l’UNESCO sur la diversité culturelle, 2001) - et son corollaire, le dialogue, constitue un véritable enjeu dans le monde d’aujourd’hui, et se trouve au cœur du mandat de l’UNESCO.

    • Chaire UNESCO ’Culture, Tourisme, Développement’ à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
      C’est dans un esprit de partage de savoir et d’humanisme que l’Université Paris 1 Panthéon- Sorbonne a créé en 1998, en coopération avec l’UNESCO et en étroite collaboration avec son Institut de Recherche et d’Etudes Supérieures du Tourisme (I.R.E.S.T.), une Chaire UNESCO dans le domaine de la Culture, du Tourisme et du Développement.

Parmi les objectifs d’action recommandée par l’Organisation, figurent ceux de s’assurer que le tourisme est respectueux des cultures, de l’environnement, et que les revenus qu’il génère, sont aussi utilisés pour préserver, équitablement, les ressources du patrimoine, et pour renforcer le développement culturel, favoriser la mobilité académique et le transfert rapide des connaissances, grâce au jumelage, à l’établissement de réseaux et à d’autres mécanismes de liaison, notamment de type électronique.

L’objectif de la Chaire est de promouvoir un système complet d’activités de recherche, de formation, d’information et de documentation pouvant contribuer à la formulation de stratégies de tourisme culturel, pour le développement durable, en assurant la conservation à long terme des sites, la participation des populations locales aux projets ainsi qu’aux bénéfices du tourisme, tout en facilitant le dialogue entre les cultures. Les activités de la Chaire contribuent, par ailleurs, à la coopération sub-régionale, régionale et interrégionale entre des chercheurs et professeurs de haut niveau, reconnus internationalement, et les enseignants chercheurs de l’Université.

L’attractivité de la Chaire et son rayonnement se sont concrétisés par un nombre toujours plus grand de demandes de partenariats émanant d’universités étrangères et d’ambassades de France, comme en témoigne au début de l’année 2002, un bilan de 21 projets intéressant 26 pays et 41 universités. Une première conséquence de ces résultats est la création à la demande de l’Unesco du ’ Réseau UNITWIN Culture - tourisme - développement ’ dont Paris 1 est l’université coordonnatrice, la seconde étant la délivrance par la Chaire d’un ’ label d’excellence ’. Ce label est destiné à valoriser dans chacun des pays partenaires les Doctorats, Maîtrises et Centres de Recherches et d’études Expérimentales et Professionnelles, impliquant les acteurs locaux (populations, organisations publiques, entreprises privées) et conduisant à un développement reposant sur la ’ mise en tourisme durable ’ du patrimoine naturel et culturel.

Objectifs généraux

Favoriser un développement touristique respectueux des cultures et de leur diversité ainsi que de l’environnement ;

S’assurer que les revenus générés par le tourisme sont aussi utilisés pour préserver équitablement les ressources du patrimoine et pour renforcer le développement culturel, favoriser la mobilité académique et le transfert rapide de connaissance.

L’objectif général de la Chaire est de promouvoir un système complet d’activités de recherches, de formation, d’information et de documentation pouvant contribuer à la formulation de stratégies de tourisme culturel pour le développement durable, c’est à dire assurant la conservation à long terme des sites, la participation des populations locales aux projets ainsi qu’aux bénéfices du tourisme tout en facilitant le dialogue entre les cultures.

Objectifs spécifiques

Promouvoir un système intégré d’activités de recherche, de formation, d’information et de documentation en matière de culture, tourisme et développement.

Fournir avis et expertise pour aider les pays, particulièrement les moins développés d’entre eux, à mettre en place des programmes de formation,des centres de recherche professionnalisée, des projets de développement touristique durable, des systèmes d’information informatisés.

Favoriser et développer la mise en réseau des Universités partenaires et leur permettre notamment d’être en liaison électronique permanente.

L’accord de création de la Chaire

Les projets constituent la base et le noyau dur des activités et du fonctionnement de la Chaire. Ils sont animés au sein de l’Université Paris 1 car c’est le plus souvent à partir d’eux que s’établissent des programmes de recherche (études professionnelles et thèses) et la création (ou le renforcement) de formations de niveau post-gradué, portant bien entendu sur les thèmes constitutifs de la Chaire. Celle ci comporte, comme le rappelle son Accord de création, 5 volets principaux :

https://www.univ-paris1.fr/fileadmi...

Le développement de cet ensemble d’activités est facilité par le recours aux moyens informatiques : Intranet, serveur et veille stratégique.

Source : https://www.univ-paris1.fr/ufr/institut-de-recherche-et-detudes-superieures-du-tourisme-homepage/chaire-unesco-culture-tourisme-developpement/editorial/

Les droits de l’homme et les sociétés multiculturelles dans les années 1980 et 1990 – Document historique de l’UNESCO

Le rapport du Directeur général pour 1979-1980 exprimait une inquiétude, à savoir que ’le décalage entre les concepts et leur application restait trop grand’ (p. 60). Il soulignait que les relations entre le développement culturel, les politiques culturelles et la responsabilité des gouvernements avaient encore besoin d’être précisées. En ce qui concernait les droits culturels, le rapport du Directeur général pour 1981-1983 faisait référence à la résolution 4/0.1 et encourageait la ’mise en œuvre de la Recommandation concernant la participation et la contribution des masses populaires à la vie culturelle et les études sur les législations culturelles nationales’ (p. XXII). Comme on l’a indiqué plus haut, la gestion du pluralisme culturel était reconnue comme une question qui se posait autant à l’intérieur des sociétés qu’entre celles-ci. D’où la référence du rapport de 1981-1983 aux études sur ’les personnes et les groupes en situation pluriculturelle’ (p. 58) et l’idée de travailleurs migrants ’vivant dans deux cultures’. Les droits culturels pouvaient être revendiqués par des individus ou des groupes dans les pays développés et dans les pays en développement et non pas simplement par les Etats les moins puissants. La Conférence MONDIACULT, tenue à Mexico en juillet-août 1982, marqua une date importante dans l’activité menée par l’UNESCO au cours des années 1980 dans le domaine de la culture. La Déclaration de Mexico sur les politiques culturelles contenait une définition de la culture et une explication de son rôle, montrant l’évolution de ces concepts depuis la création de l’UNESCO. La Déclaration affirmait que ’dans son sens le plus large, la culture peut aujourd’hui être considérée comme l’ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle englobe, outre les arts et les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l’être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances’ (p. 39). Selon cette définition, le concept de culture lui-même contient à la fois l’universel et le particulier : l’idée universelle des droits fondamentaux de l’homme et les traits particuliers, les croyances et les modes de vie qui permettent aux membres d’un groupe de ressentir un lien spécial et unique avec les autres membres.

La Déclaration de Mexico définissait également le rôle de la culture de façon large et globale : ’[…] la culture donne à l’homme la capacité de réflexion sur lui-même. C’est elle qui fait de nous des êtres spécifiquement humains, rationnels, critiques et éthiquement engagés. C’est par elle que nous discernons des valeurs et effectuons des choix. C’est par elle que l’homme s’exprime, prend conscience de lui-même, se reconnaît comme un projet inachevé, remet en question ses propres réalisations, recherche inlassablement de nouvelles significations et crée des œuvres qui le transcendent’ (p. 39). Cette vue de la culture, conçue comme une faculté universelle plutôt que comme un ensemble rigide de pratiques, laisse la plus grande place à la souplesse et à la transcendance. Elle introduit les idées de renouveau, de réévaluation et de choix critique dans la définition même de la culture, répondant par avance au reproche selon lequel le pluralisme culturel peut faire obstacle au partage et à la solidarité interculturels. D’autres parties de la Déclaration traduisent la conception plus traditionnelle qui veut que la culture soit hautement spécifique. Cela permettait d’éviter que l’idée de la culture considérée comme évaluation critique ne soit si ouverte et dépourvue de spécificité qu’elle en aurait perdu sa pertinence et sa force. Cet effort constant pour équilibrer affirmation et ouverture, pilier central de l’approche de la culture qui s’exprime dans le document, représente un contrepoids important à la politisation excessive de l’identité culturelle au détriment d’une recherche de valeurs communes. Enfin, deux idées sous-tendent la Déclaration et ses principes, à savoir que la diversité culturelle doit être gérée à l’intérieur des sociétés elles-mêmes et qu’aucune culture ne saurait vivre isolée dans le monde interdépendant d’aujourd’hui.

Le Plan à moyen terme pour 1984-1989 prolongeait le thème de la spécificité et de l’universalité. Il affirmait que ’chaque patrimoine culturel est un bien commun à l’humanité’ (p. 232), impliquant qu’il est important pour toutes les cultures de préserver et de respecter chacune d’entre elles. Une étude plus détaillée était aussi envisagée sur ce sujet général : ’le cinquième sous-programme (Etudes sur la spécificité et l’universalité des valeurs culturelles) comprend des études et des recherches visant à approfondir les notions de valeur culturelle et de spécificité des valeurs culturelles ; à éclairer les conditions d’un équilibre entre l’affirmation de l’identité et les impératifs d’une cohabitation harmonieuse et d’un enrichissement mutuel des cultures ; à préciser sur le plan méthodologique la définition d’un ensemble de valeurs communes, d’ordre esthétique et éthique, largement partagées, et à dégager les conditions de leur reconnaissance par les individus, les sociétés et la communauté internationale’ (p. 235). Reconnaître l’importance de ces questions constituait le premier pas vers l’élaboration de méthodes plus réfléchies et plus efficaces pour les aborder.

Très concrètement, la situation de l’apartheid a attiré l’attention sur la question de la diversité et de l’égalité. Comme l’observait le Plan à moyen terme, la Déclaration sur la race adoptée en juillet 1950 ’montrait que l’enjeu du racisme n’était pas seulement le déni d’égalité à l’égard de certaines populations, mais la mise en question de l’unité de l’espèce humaine’ (p. 245). Le Plan soulignait que ’ce que la politique délibérée de l’apartheid met fondamentalement en jeu est un choix entre l’image de l’être humain que l’UNESCO a reçu mandat de défendre au nom de la communauté internationale et l’image qui résulte de cette politique’ (p. 246) et encore que ’l’apartheid représente l’aboutissement logique et le stade ultime du colonialisme’ (p. 255). La politisation de l’identité culturelle en tant que facteur potentiel de libération au sein des sociétés elles-mêmes était clairement et spectaculairement illustrée par ces condamnations des politiques d’apartheid, mettant en lumière le rapport existant entre identité et droits de l’homme qui avait été théorisé dans les documents de l’UNESCO.

La libération demeurait un impératif pour les groupes à l’intérieur de la société et pour les sociétés elles-mêmes, longtemps après la première vague de décolonisation : ’la négation des droits des peuples à l’autodétermination entraîne la négation des autres droits de l’homme et des libertés fondamentales’ (p. 263). Le Plan à moyen terme reconnaissait ’la multiplicité des conditions – non seulement politiques et juridiques, mais économiques, sociales, culturelles – qui sont indispensables à la jouissance et à l’exercice par tous les peuples d’une indépendance véritable, c’est-à-dire de la capacité de forger leur devenir conformément à leurs aspirations’ (p. 263). Le lien entre culture et politique, qui remontait à plusieurs décennies auparavant, était renforcé par l’accent mis sur la démocratie et la promotion des droits économiques, sociaux et culturels tant au sein des sociétés que dans l’arène internationale. Comme toujours, cette affirmation de la spécificité était tempérée par la question : ’est-il possible de dégager un ensemble significatif de valeurs partagées par toute l’humanité ?’ (p. 234). Même si beaucoup de modèles conceptuels et de priorités pratiques de l’UNESCO ont évolué avec les années, certaines questions fondamentales et persistantes restent au cœur de son discours et de ses programmes.

Le 8 décembre 1986, à sa centième séance plénière, l’Assemblée générale des Nations Unies proclamait la Décennie mondiale du développement culturel. Celle-ci avait pour objectifs la prise en considération de la dimension culturelle du développement, l’affirmation et l’enrichissement des identités culturelles, l’élargissement de la participation à la vie culturelle et la promotion de la coopération culturelle internationale. Les liens entre la culture et la politique, le développement et la démocratie étaient évidents dans ces quatre objectifs et, là encore, implicitement, à la fois sur le plan international et sur le plan intranational. Le rapport du Directeur général pour 1988-1989 mettait en lumière ce rapport entre le domaine interne et le domaine international, déclarant que ’l’exercice effectif des droits culturels et linguistiques devient de plus en plus important pour la résolution des conflits nationaux et internationaux et la protection des droits de l’homme’ (p. 83). Une réunion internationale d’experts s’est tenue en novembre 1989 au Siège de l’UNESCO afin d’approfondir la réflexion sur le concept de droits des peuples, notamment sur les relations entre droits des peuples et droits de l’homme, tels que ces derniers sont définis dans les instruments internationaux universels (p. 82). Un colloque international organisé en collaboration avec la Société française de philosophie a été consacré à ’La philosophie et la Révolution française – L’idéal universel et ses limites’ cependant qu’un autre colloque étudiait ’Les trois Déclarations des droits de l’homme : 1776, 1789 et 1948’. Toutes ces initiatives attestaient le désir de réaliser l’universalité sans imposer l’uniformité, puisque les droits de l’homme, même ’universels’, ont été mis en question comme étant propres à certaines cultures et comme comportant des visées impérialistes par des sociétés qui se sentent menacées par des normes extérieures, sous quelque forme qu’elles se présentent.

Le Plan à moyen terme pour 1990-1995 réaffirmait le rôle unique de l’UNESCO et l’importance ’[des] travaux que seule l’Organisation peut mener à bien, c’est-à-dire des projets interculturels requérant une coopération culturelle internationale’ (p. 85). Tout en déplorant une grave insuffisance des ressources financières allouées à l’étude des cultures et aux études interculturelles (p. 84), le Plan faisait montre d’une conscience aiguë de la situation contemporaine dans le monde, qu’il résumait comme suit :

’*l’interdépendance accrue des cultures et des économies, accélérée par le développement des moyens de transport et de communication modernes, qui favorise le sentiment d’appartenance à une culture universelle ;

* l’affirmation également croissante des spécificités et des identités culturelles ;

* la persistance, voire la recrudescence, de tendances au repli sur soi et de préjugés culturels s’opposant à la coopération internationale ;

* le développement de sociétés pluriculturelles, qui rend plus complexe, tout en l’enrichissant, l’affirmation des identités culturelles’ (p. 83).

Dans ce contexte, la conception d’un ’civisme international’ semble aussi pertinente dans les années 1990 qu’elle pouvait l’être en 1952, puisqu’elle combine des loyautés particulières enracinées dans des cultures avec des obligations plus larges et plus universelles découlant de l’appartenance à une humanité commune. L’une des tâches primordiales qui incomberont à l’UNESCO dans les décennies à venir sera de contribuer à l’élaboration théorique et à l’application pratique de ces concepts complexes plus dynamiques.

Le rapport du Directeur général pour 1990-1991 a commencé à accorder plus d’attention à ces questions, en insistant davantage sur la démocratie et sur l’expansion dans le monde d’une culture de paix et d’un dialogue interculturel (p. X). Le Forum international organisé à Prague en septembre 1991 sur le thème ’Culture et démocratie’ a exploré ’les moyens de bâtir une nouvelle citoyenneté, plus consciente et plus responsable, en en développant les dimensions civiques à côté de son caractère proprement politique’. En rapport avec ce projet, l’UNESCO a poursuivi ses efforts dans le domaine des droits des peuples, de l’autodétermination et de l’identité culturelle avec un plan visant à préparer une étude spécifique sur l’autonomie et les nouveaux arrangements politiques, ainsi que sur le multiculturalisme considéré comme un modèle pouvant se substituer à l’assimilation et à l’intégration pour prendre en compte les droits des minorités nationales. Très éloigné de l’époque où l’assimilation était considérée comme l’objectif à atteindre pour les travailleurs migrants – seule manière pour eux de jouir de droits en tant que membres de la société d’accueil – ce nouveau modèle de multiculturalisme permettait une meilleure préservation de la diversité et de l’autonomie culturelles au sein des sociétés, avec l’espoir que les liens de la citoyenneté maintiendraient ensemble des personnes de cultures différentes au sein d’un même Etat. Les questions de savoir comment cette conception de la citoyenneté pouvait aller à l’encontre de certaines valeurs, quel était le degré de similitude ou de consensus requis pour créer un minimum de lien social dans une société donnée, et comment le multiculturalisme pouvait opérer pour maintenir unies des sociétés tout en laissant librement s’exprimer ce qui pourrait autrement menacer de les faire éclater, demeurent toutes extrêmement pertinentes et restent largement sans réponse aujourd’hui encore.

La priorité donnée à ’la promotion des expressions culturelles des minorités dans le cadre du pluralisme culturel’ est demeurée essentielle au début des années 1990. C’est le cas, par exemple, dans le rapport du Directeur général pour 1992-1993 (p. XIII), à la réunion internationale de Séoul sur ’Démocratie et tolérance’ en 1994 et dans la proclamation de 1995 comme Année des Nations Unies pour la tolérance, que le Directeur général présentait dans son rapport de 1994-1995 comme une initiative visant à ’promouvoir l’idée, et surtout la pratique d’une tolérance ’active’’. Mais ce nouvel éclairage ne se substituait pas aux priorités précédentes, et, en particulier, ne remettait pas en cause le rapport persistant entre culture et développement. Un séminaire sur l’identité culturelle et le développement s’est tenu à New Delhi en avril 1993 et un autre séminaire a eu lieu à Hanoi sur la dimension culturelle du développement. Le 21 mai a été proclamé en 1993 Journée mondiale du développement culturel et, dans son rapport intitulé ’Notre diversité créatrice’, la Commission mondiale de la culture et du développement a souligné que le développement était inséparable de la culture à tous les égards, même dans un contexte postcolonial.

Où en est donc l’UNESCO à présent ? La Stratégie à moyen terme pour 1996-2001 continue à insister sur les conflits intra-étatiques, ’dont les sociétés pluri-ethniques, pluriculturelles ou multiconfessionnelles constituent le terrain de prédilection’ (p. 6). Ces conflits, nés de ’la peur de la différence’, menacent la sécurité mondiale et la cohésion sociétale. L’idée que ’le nouveau monde qui se dessine est sans doute beaucoup moins homogène et, partant, beaucoup moins ’gouvernable’, qu’il n’y paraît’ (p. 7) met en évidence un besoin urgent de concepts et de stratégies pour faire face à ces forces et les contenir. L’hypothèse selon laquelle les populations homogènes sont plus faciles à gouverner que les populations plurielles n’est peut-être pas aussi évidente que sa formulation le laisse entendre, mais on ne peut faire fi de l’observation que des conflits peuvent éclater sur des lignes de clivages visibles entre populations. Selon la Stratégie à moyen terme, la tâche des Nations Unies est de s’efforcer ’d’ordonner une société internationale qui tout à la fois se mondialise et se fragmente’ (p. 7), notamment en édifiant et en maintenant la paix sur les bases d’un développement fondé sur ’l’équité, la justice et la liberté’. Le problème est de trouver des définitions de l’équité, de la justice et de la liberté que tous les peuples puissent accepter et avec lesquelles ils puissent vivre ou, en d’autres termes, d’identifier des valeurs communes qui pourraient constituer ’la base d’un vouloir-vivre en commun’ (p. 48). L’objectif premier, maintes fois réaffirmé, de la Stratégie à moyen terme, à savoir d’élaborer ’les politiques publiques permettant de renforcer la cohésion sociale au sein des sociétés multi-ethniques ou multiculturelles (p. 49) et l’attention particulière accordée à la nécessité de se pencher sur ’la gestion des rapports intercommunautaires’ (p. 49) représentent l’aboutissement d’une tendance qui avait commencé dans les années 1980 et dont la prééminence et l’importance n’ont cessé de croître jusqu’à ce jour.

Comme on l’a vu plus haut, le lien entre la culture et le savoir a donné à l’UNESCO une place centrale dans la poursuite de l’idéal de paix ; le lien entre la culture et la politique a fait de l’identité culturelle un élément crucial dans la quête de l’indépendance politique ; le lien entre la culture et le développement a permis à de nouveaux pays d’édifier un pouvoir économique et de s’affirmer sur la scène mondiale ; enfin, le lien entre la culture et la démocratie a attiré l’attention sur les relations culturelles intra-étatiques aussi bien qu’interétatiques. Au XXIe siècle, le lien implicite entre la culture et la sécurité servira peut-être aussi à mettre encore plus en lumière l’importance de relations interculturelles positives comme pierre angulaire de la paix internationale, avec tout le soutien administratif et financier que cette priorité exige.

Discutant de la sécurité internationale dans la Stratégie à moyen terme, le Directeur général prend soin de se limiter à la mission constitutionnelle spécifique de l’UNESCO qui est de ’bâtir la paix dans l’esprit des hommes – en aidant à construire les bases, intellectuelles et morales, de la réconciliation entre des parties en conflit’ (p. 50). En fait, sa prudence était peut-être un peu excessive : depuis des décennies, il existe un précédent historique concernant le rôle de l’UNESCO en matière de construction de la paix. Dans son rapport de 1952, le Directeur général notait que les fondements théoriques d’une participation de l’UNESCO à des activités de maintien de la paix existaient (bien qu’aucune demande ne lui eût encore été faite à cet effet) : ’pour la première fois, le programme de 1952 comprend une résolution m’autorisant ’à collaborer, sur la demande du Conseil économique et social des Nations Unies et avec l’approbation du Conseil exécutif, par des études, des enquêtes ou des conseils d’experts en matière de sciences sociales, à l’action des Nations Unies, soit pour maintenir la paix dans des régions où des conflits risquent d’éclater, soit pour restaurer la vie normale des communautés nationales, après cessation des hostilités, dans des régions troublées par des conflits’’ (p. 208). Il s’agit là précisément du type d’action qui pourrait être extrêmement utile sur la scène mondiale actuelle, si cette action était soigneusement préparée et coordonnée avec l’ONU et d’autres organismes internationaux.

L’UNESCO a fait du chemin depuis un demi-siècle mais, malgré certains changements, la continuité de son mandat et de sa mission est indubitable. La sécurité internationale est inséparable de l ’évolution des relations interculturelles. Comme l’histoire de l’UNESCO en a apporté la preuve, la nécessité d’étudier et de traiter des situations de pluralisme culturel à tous les échelons de la société restera un point d’ancrage vital et incontournable des activités de l’Organisation. Cette attention portée au pluralisme culturel permettra à l’UNESCO de conserver sa capacité d’anticipation et sa pertinence pour les questions les plus pressantes que soulèvent aujourd’hui les relations internationales.

En même temps que l’on prend note de cette continuité, il convient de reconnaître que de nouveaux enjeux ont surgi au cours de ces dernières années en rapport avec l’extension du processus de mondialisation. Ce mouvement est porteur à la fois de potentialités d’expression et d’innovation inédites et de risques de marginalisation des cultures les plus vulnérables. Tout en tirant parti des nouvelles possibilités offertes par la mondialisation, il est essentiel de réguler celle-ci afin que toutes les cultures puissent être pleinement reconnues et ne fassent pas l’objet d’une exclusion au sein du marché global qui se met en place.

Dans cette perspective, l’UNESCO souligne la nécessité de préserver le patrimoine matériel et immatériel dans la pluralité de ses composantes, ainsi que la diversité de la création intellectuelle et artistique contemporaine. Les biens culturels ne sont pas, en effet, de simples biens de consommation ; ils expriment une vision du monde et l’identité la plus profonde des individus et des peuples. Une attention particulière est donc accordée à l’exploitation commerciale de ces biens culturels qui représentent en même temps des symboles identitaires. Cela suppose la prise en compte des droits des auteurs et des créateurs, la vigilance par rapport au respect de la propriété intellectuelle et à la constitution de nouveaux marchés globaux. L’UNESCO accorde également une grande importance à ce que le développement des nouvelles technologies ne s’opère pas au détriment de la diversité culturelle. Dans ce cadre, elle insiste sur le respect du pluralisme des médias, de la diversité linguistique et des contenus locaux dans le cyberespace. C’est en intégrant dans la définition des stratégies la nouvelle donne économique et technologique induite par la mondialisation que l’UNESCO s’est engagée, sans sombrer dans le relativisme et le fondamentalisme culturels, dans la défense de la diversité culturelle, à l’heure où celle-ci est confrontée à de nouveaux défis.
© UNESCO |Responsabilité | Rubrique ID : 2945 | guest (Lire) Ajouté le : 2002-09-10 2:37 pm | Mise à jour : 2002-09-10 2:38 pm -
Source : http://portal.unesco.org/culture/fr/ev.php-URL_ID=2945&URL_DO=DO_TOPIC&URL_SECTION=201.html

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  • La culture dans l’Union Européenne et au Conseil de l’Europe
    • Politique culturelle de l’Union européenne
      Afficher l’image d’origine

La politique européenne pour la culture a été développée en parallèle de la construction de l’Union européenne. Son processus d’unification économique et politique aboutit à la signature du traité de Maastricht le 7 février 1992 et à la mise en place d’une monnaie commune en 2002. Un ensemble de dispositifs communautaires orientés autour de la coopération culturelle au niveau européen et en vue de favoriser l’émergence d’une citoyenneté européenne ont alors été développés en s’appuyant sur les acteurs locaux dans l’ensemble des pays de l’UE1.

Cela se traduit par diverses actions et projets menés sur le terrain tels qu’Europeana, un projet de bibliothèque numérique européenne, l’attribution du titre de capitale européenne de la culture pour une ou plusieurs villes chaque année ou encore des programmes-cadre en la matière (2000-2006 et 2007-2013)2,3.

Liste de programmes culturels européens

Dans le Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE), l’article 167 confère à l’Union européenne une compétence culturelle qui doit être exercée en respectant le principe de subsidiarité et en complément de l’action des États membres.

Mario d’Angelo, dans un article paru dans La Tribune : « Ainsi corsetée, il est difficile à l’UE d’agir directement pour le renforcement de l’identité culturelle européenne. La stratégie adoptée dans ses programmes vient en appui des niveaux nationaux, régionaux et locaux. Les principaux programmes sont orientés sur des projets, à durée limitée, ancrés dans des réseaux professionnels, mais avec peu de visibilité populaire et un impact symbolique faible. Une action réussie comme « Capitales européennes de la culture » a surtout permis aux villes partenaires concernées d’en endosser les bénéfices symboliques »4. Dans ce même article, Mario d’Angelo remarque que le nouveau programme « Europe créative » prévoit pour 7 ans (2014-2020), un budget de 1,5 milliard d’euros, soit à peu près l’équivalent du budget de la culture et des médias des régions espagnoles pour la seule année 20115.

Dans une perspective de compréhension de la gouvernance publique des politiques de la culture en Europe, les niveaux nationaux et infranationaux (local, régional) utilisent les programmes de l’UE comme ressources dans leurs propres stratégies culturelles (investissements dans des équipements et le patrimoine, projets de coopérations culturelles transfrontalières, projets de coopérations des institutions culturelles et des acteurs culturels de terrain)6.

Sources

Références

Articles connexes

La culture européenne pour tous - Quelques dates clés

  • 1992 Avec le traité de Maastricht, la culture devient une compétence de l’Union européenne
  • 2000 Création du programme Culture 2000 qui a pour objectif de favoriser la coopération entre les créateurs, les acteurs culturels et les institutions culturelles des États membres
  • 2008 Année européenne du dialogue interculturel
  • 2010 Année européenne de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale
  • 2011 Année européenne du volontariat
  • 2012 Année européenne du vieillissement actif et de la solidarité entre les générations
  • 2013 Année européenne des citoyens
    Comment ça fonctionne ?Ce n’est que depuis 1992 avec le traité de Maastricht que l’Union européenne est compétente pour mener des actions culturelles. Celles-ci doivent participer à l’épanouissement des cultures des États membres dans le respect de leur diversité nationale, tout en mettant en évidence l’héritage culturel commun. Cette nouvelle compétence s’inscrit dans le principe de subsidiarité et implique que l’Union n’intervient en matière culturelle que si les objectifs fixés ne peuvent être atteints de façon suffisante par les seuls États. L’action de l’Union doit ici compléter celle des États afin d’encourager la coopération culturelle entre eux mais aussi avec les pays tiers et organisations internationales.

Des exemples concrets

Le film ’La vie des autres’ financé par l’Union européenneL’Union européenne encourage la diversité culturelle et notamment au cinéma en apportant une aide financière à l’industrie audiovisuelle européenne par le biais du programme MEDIA. Ce programme cofinance la formation continue des professionnels du secteur audiovisuel, le développement de projets de production ainsi que la distribution et la promotion des œuvres européennes. En 2006, le film français ’La marche de l’empereur’, soutenu par le programme MEDIA (1.13M d’euros d’aide pour sa distribution) a gagné l’Oscar du meilleur film documentaire. En 2007, le film allemand ’La vie des autres’ a remporté l’Oscar du meilleur film étranger. Ce film a aussi été soutenu par le programme MEDIA pour sa distribution hors Allemagne. 9 films sur 10 qui s’exportent sont cofinancés par ce programme !

En 2012, deux films soutenus par le programme MEDIA - ’The Artist’ (17000€ d’aide pour la distribution) et ’The Iron lady’ (1.5 millions d’€) ont gagné des oscars. ’The Artist’ a été couronné de 5 oscars et ’The Iron lady’ de 2. En tout, 9 films nominés cette année ont bénéficié de l’aide du Programme MEDIA. 6 millions de livres sur le netL’Union européenne a participé à la création de la Bibliothèque Européenne Numérique, Europeana, lancée sur le net en novembre 2008. Europeana est une mise en commun de plus de 6 millions des ressources numériques des bibliothèques nationales des 28 Etats membres. On entend par ressources : livres, matériaux audiovisuels, photographies, documents d’archives, etc… La bibliothèque offre un accès multilingue et gratuit à l’ensemble des collections libres de droits. Pour plus d’informations, visitez le site de la bibliothèque européenne numérique.Des capitales européennes de la cultureChaque année depuis 1985, une ou deux villes sont choisies pour être les capitales européennes de la culture. Les villes retenues bénéficient d’une aide financière de l’Union européenne pouvant atteindre 1 million d’euros pour réaliser des expositions et des manifestations qui mettent en valeur le patrimoine culturel de la ville et qui rassemblent des artistes de toute l’Europe.

Après Tallinn (Estonie) et Turku (Finlande) en 2011 les capitales européennes de la culture de l’année 2012 étaient Guimarães (Portugal) et Maribor (Slovénie) . En 2013, on profite de Kosice (Slovaquie) et Marseille (France) avant que les villes d’Umea (Suède) et Riga (Lettonie) ne prennent le relais en 2014. En 2015, on retrouve Mons (Belgique) et Plzen (République Tchèque). Voir aussi « [Les capitales européennes de la culture »].Les Jeux Olympiques de Londres en clair à la télé ?La directive ’Télévision sans frontières’ permet d’imposer la diffusion en clair de certains évènements sportifs majeurs comme la Coupe du monde de football, les Jeux Olympiques ou le Tour de France. Aussi, afin de promouvoir la diversité culturelle européenne, cette directive oblige également les chaînes de télévision européennes à inclure dans leurs programmes quotidiens plus de 50% d’œuvres d’origine européenne.Le Programme ‘Europe Créative’, c’est quoi ?Validé en décembre 2013 par le Parlement européen et le Conseil de l’Union européenne, le programme Europe Créative 2014-2020 vise à renforcer les secteurs européens de la culture et de la création. Ce programme bénéficie d’un budget de 1.46 milliards d’euros (soit une augmentation de 9% par rapport au programme précédent) pour soutenir la culture européenne à travers e cinéma, la télévision, la musique, la littérature, les arts du spectacles, le patrimoine,etc. Le programme Europe Créative, qui englobe 38 pays, financera quelques 250 000 artistes et professionnels de la culture.

De façon plus précise, on retrouve parmi les domaines d’actions : les projets internationaux de coopération entre organisations culturelles et créatives, au sein de l’UE et au-delà ; les réseaux permettant aux secteurs culturels et créatifs de se développer sur un plan transnational et de renforcer leur compétitivité ; la traduction et la promotion d’œuvres littéraires sur les différents marchés européens ; les plateformes d’opérateurs culturels assurant la promotion d’artistes émergents et favorisant une programmation véritablement européenne d’œuvres culturelles et artistiques ; le développement des compétences et la formation des professionnels de l’audiovisuel ; le développement d’œuvres de fiction, d’animation, de documentaires et de jeux vidéo créatifs pour les marchés de la télévision et du cinéma européens, et autres plateformes ; la distribution et la commercialisation d’œuvres audiovisuelles en Europe et en dehors ; les festivals destinés à la coproduction internationale de films ; le développement du public, de la culture cinématographique et de l’intérêt pour les films européens à travers un vaste éventail d’événements.

Le saviez- vous ?

  • Les industries culturelles sont nombreuses dans l’Union européenne et emploient approximativement 6 millions de personnes
  • La moitié des films européens diffusés en salles sont soutenus par le programme MEDIA de l’Union européenne
  • Le 26 septembre est la journée européenne des langues
  • La culture contribue à hauteur de 2.6% du PIB de l’Union européenne
  • Les journées européennes du patrimoine sont célébrées dans une cinquantaine de pays tous les ans au mois de septembre. Depuis 1999, le slogan commun à toutes les manifestations est ’L’Europe, un patrimoine commun’. Chaque année des sites d’habitude rarement ouverts au public ouvrent leur portes à 20 millions de visiteurs.
  • En 2014, 7 des 18 films en compétitions pour la palme du festival de Cannes étaient soutenus par le programme européen pour la culture ’Media’ dont Deux jours, une nuit, des frères Dardenne, ainsi que la palme d’or Winter Sleep, du turc Nuri bilge Ceylan. Depuis, le début des années 2000, 10 films financés par l’UE ont reçu la palme d’or du festival de Canne.
     Source : http://www.strasbourg-europe.eu/culture,23845,fr.html

C’est auprès de cette Cour que tous les individus, ressortissants ou non des États parties à la Convention, peuvent introduire des requêtes s’ils estiment qu’un État partie à la Convention a enfreint leurs droits. Les activités du Conseil de l’Europe intéressent tous les domaines de la vie courante (sauf les questions de défense) et ont abouti à l’élaboration d’un large éventail de normes, chartes et conventions destinées à faciliter la coopération entre les pays membres du Conseil et à renforcer la construction européenne. Il a également pour but de favoriser un progrès économique et social.Le français et l’anglais en sont les deux langues officielles. Ses organes statutaires, le Comité des ministres et l’Assemblée parlementaire, forment un quadrilogue avec le Congrès des pouvoirs locaux et régionaux et la Conférence des organisations internationales non gouvernementales ; ils travaillent également en allemand, italien et russe… » - Article complet sur https://fr.wikipedia.org/wiki/Conseil_de_l%27Europe PNG - 11.4 koAu Conseil de l’Europe « Nous croyons en la diversité en tant que force pour la démocratie et le dialogue comme moyen de construire la paix.

Notre vision reflète les valeurs d’une société européenne démocratique, dynamique, intégrée et créative. Nous aspirons à une Europe où la diversité des cultures, les arts, le patrimoine culturel et naturel sont essentiels au développement d’une véritable ouverture d’esprit et des droits fondamentaux, et où les processus ouverts et interactifs et les pratiques de la culture regroupent différents éléments qui concourent à nous aider dans la gestion de la complexité à vivre les uns avec les autres. (suite...)

Clause de non-responsabilité - ©Conseil de l’Europe - ©Crédit photos| Accéder à nos locaux| http://www.coe.int/t/dg4/cultureher...Nous contacter | Plan du site – Source |
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  • Culture et démocratie seraient-elles incompatibles ? Par Paul Villach, vendredi 20 juin 2008
    Le mot qu’invente Renaud Camus, est aussi laid que ce qu’il désigne : « La grande déculturation » (1). Mais il dit bien ce qu’il veut dire. La culture, dit-on, s’est répandue. Ne voit-on pas en première de couverture de son livre, une foule se presser dans l’escalier hélicoïdal de la pyramide du Louvre pour « faire le musée » ? Oui, mais, selon le jeu de mot de l’auteur, la culture s’est répandue… comme le lait de Perrette, le personnage de La Fontaine qui rêvait monts et merveilles avec le fruit de sa vente : « Adieu, veau, vache, cochon, couvée ! »

Inutile de rêver non plus ! La démocratisation de la culture est un échec. Pis, les tentatives pour rendre la culture accessible au plus grand nombre ont même entamé son socle et menace la pérennité de sa transmission : les classes moyennes se détournent d’elle. Comment est-ce Dieu possible ?

Les indices d’un diagnostic

Il est pourtant difficile de récuser les indices que l’auteur réunit.

1- L’École a évidemment sa part de responsabilité. Quand presque 80 % d’une classe d’âge tendent à accéder au baccalauréat, c’est forcément au prix d’une dévaluation de l’examen. C’est d’ailleurs toute l’échelle des diplômes universitaires qui en est affectée. D’autre part, l’humanitarisme suspect qui fait de « l’élève en difficulté » une appellation fort peu contrôlée en englobant indistinctement voyous et élèves méritants, a fini par rendre l’acte d’enseigner impossible.

Dans l’attente de la sortie du film qui vient de recevoir la palme d’or au Festival de Cannes, Entre les murs de Laurent Cantet, il n’est que de voir la bande-annonce. Combien de thuriféraires de cette récompense enverraient leur enfant de préférence dans une classe telle que la bande-annonce la montre ? Un rapport que paraît cacher le ministre vient ces jours-ci de confirmer la ghettoïsation que renforce l’assouplissement de la carte scolaire promise par le président de la République : moins d’« élèves favorisés » dans les « établissements défavorisés », moins d’« élèves défavorisés » dans les « établissements favorisés ».

2- Mais l’École n’est pas seule en cause. Un esprit du temps a prétendu tout niveler : les créations sont devenues des produits jusqu’à dénier toute hiérarchie entre elles : une pop star se donne en « concert » tout comme un orchestre philharmonique. Or, est-ce la même chose ?

3- La notion d’auteur, déjà étrangère à l’inculture, a été évacuée également par des études prétendument savantes comme « les femmes » de Molière : ne surtout pas confondre, par exemple « l’auteur » et « le narrateur » ! On a assisté à ce que nomme l’auteur d’un autre mot très laid « la désautorisation ». L’expression « cinéma d’auteur » montre bien qu’il est un autre cinéma, le plus répandu, qui se retrouve orphelin de père. C’est l’acteur qui le remplace et dont on se souvient.

4- La langue française, quant à elle, est violentée quotidiennement par ceux-là mêmes qui occupent les postes les plus élevés et devraient donner l’exemple : « Avec Carla, c’est du sérieux ! » a-t-on pu entendre de la bouche même du président de la République au cours de sa conférence de presse du 8 janvier 2008. L’auteur a placé la formule en exergue à son livre. Un chirurgien expliquera de son côté à la radio qu’il a quitté le public pour le privé afin de « pouvoir faire toute la recherche qu’il avait envie  ». Tel autre expert, interviewé demande de « réfléchir à justement le moyen de leur donner c’qu’i z’ont envie, les gamins  ». On est tenté d’y ajouter l’ignorance crasse d’un chef d’établissement scolaire écrivant par deux fois « il va s’en dire », dans une lettre secrète adressée à une fédération de parents pour dénigrer un professeur.

5- Les médias et la télévision en particulier ont leurs responsabilités eux aussi. À force de courir après l’audience maximale pour offrir, selon le mot du sieur Le Lay, ex-patron de TF1 « le temps de cerveau disponible » aux annonceurs publicitaires, ils ont réduit la culture à sa plus simple expression. Elle n’est plus une confrontation de la personne avec ce que l’humanité a créé de plus grand pour s’élever et grandir soi-même, mais elle se dissout dans les usages et les divertissements les plus vils qui stimulent les réflexes primaires et rivent les hommes au sol et à leurs instincts comme les bêtes.

6- Soumis à la même loi du marché, les livres connaissent un sort identique. Puisque l’éditeur doit vendre ou disparaître, seules des recettes éprouvées garantissent… les recettes. Ce n’est pas parce qu’on est publié qu’on peut être connu, mais c’est parce qu’on est connu qu’on sera de préférence publié ! Le résultat en termes de culture ne se fait pas attendre !

En somme, « donnez -moi vos enfants, dit le système aux parents de tous les milieux, selon l’auteur. Peu importe qu’ils soient riches ou pauvres, que vous soyez vous-mêmes cultivés ou incultes : j’en ferai des petits-bourgeois prolétarisés comme tout le monde, ignorants, sans usage, sans syntaxe, bien-pensants, anti-racistes et bien intégrés. »

Des hypothèses pour expliquer un désastre

Pourquoi un élan aussi noble qui prétendait ouvrir à tous l’accès à la culture a-t-il ouvert sur un tel désastre ? Que l’on songe, après la Seconde Guerre mondiale, à l’entreprise enthousiasmante du TNP avec Jean Vilar ! Les raisons qu’avance Renaud Camus sont dérangeantes et l’une d’elles est même critiquable. Mais y être confronté oblige à réviser ses idées reçues, ne serait-ce que pour en vérifier la validité.

L’auteur use de deux métaphores pour faire comprendre que la culture malheureusement résisterait à toute démocratisation ou du moins à sa conception égalitariste. La première est celle du parc de la Villa Médicis dont, il y a peu, dix candidats se sont disputé la direction à Rome. Ils n’avaient pas tort. Car qui s’est déjà promené dans ce parc en lisière de celui de la Villa Borghese, à deux pas des somptueux escaliers de la Piazza d’Espagne, en plein cœur de Rome, sait quel bonheur on y respire devant les lignes Renaissance de la loggia de son palais. Mais voilà, si le parc est ouvert à la foule, c’en est fini de cette jouissance, tout comme il est bien difficile de goûter une toile dans la cohue qui se presse et défile en procession à une exposition qu’il est de bon goût « de faire ».

L’autre métaphore est la scène biblique où deux femmes se disputent un enfant devant le roi Salomon : celui-ci menace de trancher en découpant en deux l’enfant pour en remettre par souci d’égalitarisme un morceau à chacune. Seulement, il n’y aurait plus d’enfant.

Renaud Camus rappelle toutefois que la culture est d’abord un patrimoine transmissible : selon le mot d’Hugo à propos de l’amour d’une mère, « chacun en a sa part et tous l’ont tout entier  ». Mais qu’on le veuille ou non, il faut en hériter pour se l’approprier. Ne peuvent y prétendre que ceux qui ont des titres à faire valoir. Or, ces titres, sans être réservés à une classe sociale particulière, demandent beaucoup de temps à qui veut les acquérir, car c’est à un long travail personnel qu’il convient de consentir, et le plus souvent solitaire : apprendre à goûter, à déguster, nécessite une longue éducation. Rien à voir avec le fast-food qu’on engloutit, qu’il s’agisse d’alimentation ou de divertissement !

Culture et démocratie, le paradoxe

Et Renaud Camus d’en venir à dénoncer ce qu’il nomme d’un autre mot bien laid : « l’hyperdémocratie ». Il désigne ainsi une application de la démocratie à des domaines où elle ne saurait s’exercer. L’égalité en droits, explique-t-il, qui caractérise la démocratie, ne signifie pas une égalisation de responsabilités entre parents enfants, ou entre professeurs et élèves. De même, une égalité de chances d’accès à la culture n’est pas la promesse d’un même niveau pour tous. On l’admet volontiers.

En revanche, sa dénonciation de « l’idéologie antiraciste », qu’il rend responsable d’un nivellement par le bas, est trop parasitée pour être admise sans inventaire. Puisque la notion de race, selon la génétique, n’est pas opérationnelle à propos de l’espèce humaine, mieux vaut parler d’ethnie. Il n’est pas douteux, cependant, qu’une stratégie dite « antiraciste » s’est développée et qu’elle en est venue à frapper d’interdit toute critique envers un membre d’une communauté ethnique, comme si c’était s’en prendre à la communauté tout entière. Qui a vécu aux Antilles a pu en faire les frais surtout de la part de ceux qui sont les premiers à mépriser leurs propres compatriotes insulaires.

Ces réserves n’empêchent pas, cependant, que la réflexion de Renaud Camus soit salutaire. Une démocratie où les incultes sont dominants ne peut être que confisquée par ceux qui savent les manipuler. Or, ce livre conduit à prendre conscience d’un paradoxe qui se pose aux démocrates : la culture conditionne la qualité de la démocratie d’un pays, mais une démocratie pourrait par le seul égalitarisme ne pas promouvoir l’accès du plus grand nombre à la culture, voire le contrarierait.

Sans illusion sur une solution prochaine du problème, Renaud Camus fait référence aux monastères du Haut Moyen Âge qui, par temps de barbarie, sauvèrent ce qu’ils purent de la culture antique. Il voit, en effet, dans internet un moyen prodigieux pour édifier des niches de sauvegarde comparables dans ce temps de « grande déculturation » et « d’ensauvagement » en attendant des jours meilleurs. N’est-ce pas d’ailleurs ce à quoi travaille déjà Agoravox ?

(1) Renaud Camus, « La Grande Déculturation  », Éditions Fayard, Paris, 2008, 151 pages.

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Source : http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/culture-et-democratie-seraient-41240

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  • La politique culturelle à la recherche d’un second souffle - Politique culturelle, fin de partie ou nouvelle saison ?Document ‘Idées’
    NOTE DE LECTURE par Louis WIART - Publié le 23.09.2015 - Mis à jour le 28.09.2015 – Document diffusé par ‘Les sites de l’Institut National de l’audiovisuel’

Selon quelles logiques la politique culturelle française fonctionne-t-elle ? Comment les formes de son action devraient-elles être adaptées au contexte contemporain ?

Titre : Politique culturelle, fin de partie ou nouvelle saison ? Parution : 24.06.2015. Auteur(s) : Françoise Benhamou - Éditeur(s) : La documentation française

L’intervention publique en matière culturelle est soumise aux mouvements de la mondialisation, de la conjoncture économique et de l’alternance politique, mais également aux mutations sociales, industrielles et technologiques qui ne manquent pas d’affecter les modalités de création, de diffusion et de consommation des œuvres. Autant dire qu’il s’agit d’une question complexe, qui appelle des réponses adaptées à un monde qui évolue rapidement et emprunte des directions échappant en partie au contrôle de l’autorité publique.

Professeur à l’université Paris XIII, Françoise Benhamou consacre à ce sujet son dernier essai, qui s’inscrit dans une démarche de synthèse. L’économiste y souligne à quel point la politique culturelle paraît aujourd’hui traversée par des objectifs contradictoires, parfois difficiles à faire tenir ensemble. L’essentiel de sa réflexion, qui n’embrasse pas tout le champ de l’action publique dans le domaine culturel mais s’articule autour de quelques enjeux centraux, montre qu’il est nécessaire d’opérer des arbitrages entre un certain nombre de buts à atteindre, dont la mise en tension pose régulièrement problème, tout en envisageant des pistes de réformes à mettre en place dans l’avenir.

Perspective globale, nationale et locale

L’articulation entre l’échelle globale, nationale et locale constitue actuellement l’un des aspects décisifs de la politique culturelle. Selon Françoise Benhamou, « tandis que la référence à une exception française demeure au cœur de la politique culturelle, les cartes sont rebattues au niveau international comme au niveau des relations entre le ministère de la Culture et les acteurs locaux de l’intervention publique ».
_ La politique européenne en faveur de la culture est marquée par la faiblesse de son budget D’un point de vue international, le retour de la notion d’« exception culturelle », longtemps relayé au second plan au profit de celle de « diversité culturelle », est observé sous l’égide d’Aurélie Filippetti à partir de 2013. À l’heure où sont entamées les négociations entourant le TTIP (Traité de libre-échange transatlantique)[+], à propos duquel le Gouvernement français est intervenu afin d’exclure de ce cadre les services audiovisuels, la thématique de l’ « exception » est apparue comme un moyen de défendre la production culturelle nationale et européenne face aux géants d’Internet et à la toute-puissance américaine. En dehors de ce traité en cours d’élaboration, la politique européenne en faveur de la culture est marquée par la faiblesse de son budget[+] et par une fiscalité parfois inadaptée[+].

L’échelle nationale, quant à elle, est d’abord prise en charge par les services du ministère de la Culture et de la Communication, dont le budget, en baisse en 2013 et en 2014, s’élève en 2015 à 3,4 milliards d’euros, auxquels s’ajoutent 1,8 milliard en dépenses fiscales et 0,8 milliard en taxes dont le montant est alloué à diverses institutions culturelles (CNC, CNL, CNV, Inrap). D’autres ministères, comme ceux de l’Enseignement Supérieur, de l’Éducation nationale et des Affaires étrangères, organisent également des actions en faveur de la culture, pour un montant d’une valeur de 3,6 milliards d’euros. Afin de justifier les dépenses engagées, l’argument des retombées économiques est de plus en plus avancé, mais Françoise Benhamou nous invite à nous méfier de cet « exercice à la mode qui s’attelle à montrer que la culture rapporte bien plus qu’elle ne coûte » et qui aboutit généralement à des résultats surestimés.

Au niveau local, les collectivités territoriales apparaissent comme des acteurs fortement impliqués, avec une enveloppe de 7,7 milliards d’euros en 2010, mais la tendance est aux économies et de nombreuses structures sont touchées par les réductions budgétaires, contraintes de revoir les dimensions de leur projet ou de fermer leurs portes. Au moment où la réforme territoriale s’apprête à redéfinir notre paysage institutionnel, Françoise Benhamou rappelle qu’il est prévu que la culture reste une compétence partagée entre les différents types de collectivités et propose d’en profiter pour valoriser des projets de participation citoyenne et pour revoir le périmètre d’action des DRAC (Direction des Affaires Culturelles), relais du ministère en région.

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Composer avec de multiples paradoxes

L’irruption du numérique, qui bouleverse aussi bien les pratiques des consommateurs que les modèles économiques, tend à remettre en cause les catégories antérieurement établies et « questionne l’organisation de la politique culturelle qui repose encore aujourd’hui sur une architecture en silos », c’est-à-dire sur une séparation entre les différents domaines d’intervention culturels. Face au poids des géants du numérique, le ministère de la Culture est amené à coopérer avec d’autres ministères afin de définir une politique plus globale qui intègre notamment les problématiques relatives aux données personnelles, aux pratiques d’optimisation fiscale, aux situations de monopoles et de concurrence déloyale.

À l’heure actuelle, les autres difficultés rencontrées par la politique culturelle tiennent largement à la confrontation de l’action publique à un ensemble de paradoxes : il s’agit d’accompagner le mouvement de transition vers le numérique sans pour autant abandonner le monde physique ; de continuer à soutenir la création et à aider les acteurs de la culture, tout en évitant l’éparpillement des aides et en recentrant les soutiens publics ; d’œuvrer en faveur de la démocratisation culturelle et de la diversité, dans un contexte où l’industrialisation du secteur et les technologies numériques tendent à favoriser les phénomènes de vedettariat ; d’équilibrer la gestion d’objectifs à court terme avec la nécessité d’obtenir des résultats sur le temps long. À l’arrivée, l’impression qui domine est celle d’être face à la quadrature du cercle, à un problème aux multiples facettes, auquel il paraît particulièrement épineux d’apporter des réponses durables et efficaces.

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De nouveaux horizons d’intervention

Tout au long de sa démonstration, Françoise Benhamou délivre des idées de réformes et dessine des perspectives de changements pour les politiques culturelles. Dans le nouvel horizon qu’elle envisage, quelques lignes de force se dégagent.

En premier lieu, il convient de privilégier une vision de long terme afin de redéfinir en profondeur le champ d’intervention des pouvoirs publics en prenant en compte les multiples transformations à l’œuvre dans la société et en se concentrant sur les dimensions essentielles de la politique culturelle (« le soutien à l’excellence », « le travail en direction de tous les publics », « la coopération avec d’autres acteurs »).
_ Le mécénat présente un coût non négligeable pour la collectivité Ensuite, l’économiste insiste sur la nécessité de revoir les rapports public-privé, à travers la question du mécénat, qui constitue une ressource complémentaire intéressante pour la politique culturelle, mais qui ne doit pas se substituer aux autres modes de financements et dont l’inconvénient est de présenter un coût non négligeable pour la collectivité (sous la forme d’avantages fiscaux), de créer une dépendance vis-à-vis des partenaires privés qui peut être lourde de conséquences lorsque ceux-ci se désengagent, et d’accroître les inégalités en se concentrant sur les institutions culturelles les plus prestigieuses.

Troisièmement, Françoise Benhamou plaide en faveur d’une nouvelle gouvernance. L’idée est d’aller dans le sens d’un ministère de la Culture au périmètre allégé, dont le rôle serait à rapprocher de celui d’un « passeur » ou d’un « facilitateur ». Une telle mise en retrait passerait par une diminution des lourdeurs administratives, une délégation de prérogatives à des commissions ou à des organismes indépendants, un accroissement des coopérations entre institutions culturelles, mais aussi un rapprochement avec les services d’autres ministères également impliqués dans le domaine de la culture et une revalorisation de l’action menée dans les territoires.

Également souligné, l’enjeu du rayonnement international et de la diplomatie culturelle s’exprime tant au niveau des établissements qui mènent des stratégies de développement à l’étranger (Centre Pompidou provisoire à Malaga, Louvre à Abou Dhabi, expositions « clé en main » organisées par le musée d’Orsay), qu’à celui de la régulation d’Internet, où il apparaît important de renforcer le poids de la France dans les instances de contrôle comme l’Icann[+].

Enfin, il s’agit de donner à la politique culturelle une tournure plus participative, en faisant porter une partie du processus décisionnel aux citoyens, dont la sollicitation à partir de sondages pourrait s’inscrire tout à la fois dans une logique de prise en charge de certaines décisions, comme à Détroit en 2014 lorsque les habitants ont dû se prononcer sur la vente éventuelle des collection muséales de la ville pour rembourser ses dettes, et de « remontée des idées et des propositions ». Tout en se recentrant sur ses domaines d’intervention privilégiés, « la gouvernance de la politique culturelle devient plus modeste, collaborative, sensible à ses résultats mais prête à assumer la nécessité de respecter les rythmes et les temps longs des projets culturels ». Voilà tout un programme, esquissé à grands traits par Françoise Benhamou, pour faire entrer la politique de la culture dans une nouvelle ère et lui donner un second souffle.

Titre du livre : Politique culturelle, fin de partie ou nouvelle saison ?
Auteur(s) : Françoise Benhamou
Éditeur(s) : La documentation française
Parution : 24/06/2015

Source : http://www.inaglobal.fr/idees/note-de-lecture/francoise-benhamou/politique-culturelle-fin-de-partie-ou-nouvelle-saison/la-po

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  • « La culture pour tous, c’est la démocratie tout court » - Par Ivan Renar - 12 avr. 2013 – Origine : Ecole supérieure d’art du Nord-Pas de Calais - Blog : Identité(s) de l’Art
    Ivan Renar, né en 1937, Sénateur honoraire, préside l’Ecole Supérieure d’Art du Nord-Pas de Calais / Dunkerque-Tourcoing depuis septembre 2011. Il est intervenu devant les étudiants de l’école, les 3 et 11 avril 2013, à Tourcoing et Dunkerque, sur le thème de la politique culturelle dont il fut toujours un ardent promoteur. Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Ivan_Renar

En ce début de siècle tourmenté où « personne ne sait plus parler à la foule et quel but lui donner et que lui dire demain » comme disait le poète Louis ARAGON

et par ces temps de barbarie ordinaire, où l’on a parfois l’impression de tâter l’avenir avec une canne blanche, avec ces « terrifiants pépins de la réalité », dont parlait le Jacques PREVERT de notre enfance, comment ne pas percevoir à quel point l’art et la culture sont déterminants pour construire nos vies.

 Aux militants du partage, du Beau, du Sensible, de l’Emotion et de l’Imaginaire, que vous êtes ou que vous serez, je n’ai pas besoin de dire que la culture, n’est ni un luxe, ni un superflu, elle est de première nécessité.

Dans un monde où l’on assiste à l’offensive de l’ « argent absolu », comme on disait monarchie absolue, l’enjeu de la culture, de la création artistique, comme de l’enseignement artistique, c’est bien d’éclairer la richesse des hommes et des femmes. Et l’homme est notre patrimoine le plus précieux.

Investir dans la culture, comme dans toute la « matière grise », est donc une décision éminemment politique au meilleur sens du terme : la politique qui fait qu’on assume son destin au lieu de le subir. C’est pourquoi, la puissance publique à tous les niveaux se doit de faire preuve de courage, à la création, mais aussi dans son action à l’égard des publics afin que tous, et chacun, puissent trouver dans l’art et la culture les moyens d’épanouissement personnel mais aussi l’émancipation citoyenne.

J’aime à citer l’auteur et metteur en scène Jean-Luc LAGARCE trop tôt disparu :

« Une société, une cité, une civilisation qui renonce à l’Art, qui s’en éloigne, au nom de la lâcheté, la fainéantise inavouée, le recul sur soi, qui s’endort sur elle-même, qui renonce au patrimoine en devenir pour se contenter, dans l’autosatisfaction béate, des valeurs qu’elle croit s’être forgées et dont elle se contenta d’hériter, cette société-là renonce au risque, elle oublie par avance de se construire un avenir, elle renonce à sa force, à sa parole, elle ne dit plus rien aux autres et à elle-même »

Au-delà des débats sur la définition de la culture, il est indiscutable qu’elle agit sur le réel, la relation à autrui, innove le rapport social et cimente les raisons du « vivre-ensemble » et de l’en-commun des hommes. Pour autant, je ne confonds pas art et culture. Comme disait Jean-Luc GODART : « la culture, c’est la règle, l’art : l’exception » !

En ce qui me concerne, si j’avais un message à délivrer aujourd’hui, ce serait : n’ayons pas peur de la création, du neuf, de l’invention, de l’imagination. Les artistes travaillent avec des mains d’avenir !

Je pense à ces mots vibrants de Guillaume Apollinaire qui en une phrase nous fait comprendre toute la merveilleuse profondeur de la création contemporaine : « Quand l’homme a voulu imiter la marche, il a créé la roue qui ne ressemble pas à une jambe ».

Il faut replacer la culture au centre de la vie, au cœur de la cité, car quand le capitalisme invente l’homme-jetable, quand tout va mal, l’art et la culture permettent aux hommes et aux femmes de rester debout, de continuer à inventer demain quand l’avenir semble interdit. L’Art, ça change la vie ! Et en cette période de crise profonde, on ne rappellera jamais assez que le temps de l’art, c’est la longue durée et que dans les Re-naissances, les artistes, les créateurs jouent un rôle fondamental.

Comment ne pas voir que les œuvres des artistes, qu’ils soient poètes, acteurs, danseurs, chanteurs, peintres ou musiciens, sont à la fois le reflet et le projet de cette époque tourmentée, de ce monde en transition, d’un monde qui marche sur la tête et qu’ils contribuent à remettre sur pieds. Comme le disait si bien le chanteur Jacques BREL : « L’artiste est celui qui a mal aux autres ».

La culture doit être vue sous l’angle du développement humain. Elle transmet aux descendants tout ce que l’hérédité ne fait pas. Elle n’est donc pas une pièce rapportée, un ornement, une décoration que l’on porte à la boutonnière. Il n’y a pas de citoyenneté sans accès aux savoirs, sans partage des connaissances, sans émergence des capacités à créer du symbolique. Elle est aussi un élément déterminant pour humaniser la mondialisation libérale qui uniformise l’imaginaire, abolit les singularités, standardise la pensée.

Et c’est parce que la culture est aussi nécessaire à l’’homme que le travail, la nourriture, le logement, la santé, qu’elle est une dimension capitale de l’intervention publique.

C’est pourquoi je l’avoue, je suis de parti pris. Une pétition de principe m’a toujours guidé, inspirée de la philosophie des Lumières, la même inspiration qui faisait stipuler dans le préambule de la Constitution de l’An I, jamais appliquée ! « Le pain et l’’éducation sont les deux premiers besoins du peuple ». Le pain à notre époque, c’est bien entendu l’emploi et l’éducation : la formation et la culture.

On ne rappellera jamais assez que la culture est un droit et un droit fondamental : elle apporte les outils critiques indispensables du libre arbitre.

Le préambule de la constitution de 1946 repris dans celle de 1958 affirme : « la Nation garantit l’égal accès de l’enfant et de l’adulte à l’instruction, la formation et à la culture » ; La République, décentralisée depuis la réforme de la Constitution, fait que l’Etat, comme l’ensemble des collectivités, portent la responsabilité conjointe de l’application de ce principe. Et la culture n’est pas une compétence comme une autre. Comme pour les droits de l’homme, elle est de la responsabilité de tous et de chacun, et de chaque niveau de collectivités. C’est le partage même de cette responsabilité qui a permis le succès de la décentralisation culturelle et la vitalité impressionnante de la vie culturelle de notre pays, malgré les coups portés ces dernières années.

En cette période de crise financière, économique et sociale majeure, c’est trop souvent le budget de la culture qu’on sacrifie. « On pousse à de bien maigres économies pour de bien grands dégâts ! » comme le disait Victor HUGO ;

Reconnaître le rôle de la culture dans la société reste bien un combat ! A ceux qui déclarent qu’il y a trop de théâtres, de compagnies, d’orchestre, de musées, etc… pour trop peu de public, je réponds : imagine-t-on quelqu’un trouvant qu’il y a trop de suffrage universel parce qu’il y aurait trop d’abstentions ?

L’art et la culture se portent bien à condition qu’on les sauve !

Pourquoi ne pas nous appuyer résolument sur le rapport de Joseph Stiglitz, Prix Nobel d’économie, qui montre combien la seule prise en compte du Produit intérieur brut, de la productivité, le culte de l’argent, du chiffre et de la performance n’ont pas beaucoup de sens pour évaluer la richesse et le bien-être d’un pays. Par contre les services publics, le niveau d’éducation, les critères sociaux et environnementaux, la culture et le lien social qu’elle génère, constituent de véritables richesses essentielles à la qualité de la vie et du vivre ensemble ! Voilà qui pourrait ouvrir des perspectives. Même si ce rapport est hélas abandonné à la critique rongeuse des souris.

Et plus que jamais l’art et la culture pour tous restent une urgence et une priorité. C’est pourquoi il est indispensable d’en faire une grande cause nationale, européenne et mondiale. Qu’on le veuille ou pas, ce sont les idées qui mènent le monde.

Le non partage de l’art, c’est comme une bombe « antipersonnel », ça fait des mutilations terribles ! L’inégalité face aux richesses de l’esprit devrait être éradiquée de la même façon que, dans notre histoire, a été mis fin à l’esclavage. Comme le disait Condorcet, « il n’y a pas de liberté pour l’ignorant » ! L’art est le champ de tous les possibles. Or même si les salles de spectacles sont pleines, si on fait la queue pour certaines expositions dans les musées, la démocratisation et la démocratie culturelle demeurent un grand défi.

Je m’explique :Roger PLANCHON disait que les ouvriers ne vont dans les théâtres que pour les construire. Il ne proposait pas pour autant de fermer les théâtres, mais il posait là, il y a plus de quarante ans, le grand problème de la ségrégation sociale dans le domaine de la culture. La plaie reste ouverte. Si l’on veut vraiment s’attaquer aux inégalités culturelles, il faut évidemment commencer par s’attaquer aux inégalités sociales et économiques qui ne font que s’accentuer.

Certains s’appuient sur la persistance des inégalités culturelles pour mettre en cause la démocratisation culturelle lui reprochant d’être un échec. Le terme même de démocratisation semble être devenu un « gros mot ». Les crédits dévolus à l’action culturelle sont en baisse constante. Et « la culture pour chacun » qui exacerbe l’individualisme essaye de se substituer à la « culture pour tous ». On n’arrête pas de forger de nouvelles armes contre le collectif. Plutôt que la culture du « chacun pour soi », cultivons l’option d’autrui ! N’opposons pas, mais réconcilions culture populaire et culture savante, culture de masse et culture cultivée. Plus que jamais nous devons renouer avec l’éducation populaire ! C’est le non-partage qui crée le non-public. Si le Ministère de la culture a fait marche arrière sur cette mise en avant de la « culture pour chacun » et évoque dorénavant la culture pour tous et la culture partagée, les crédits affectés à cette mission n’en sont pas moins en baisse.

Les associations culturelles sont sommées de faire toujours plus avec moins. Et l’innovation technique dissimule trop souvent une culture au rabais. Une visite virtuelle de musée sur Internet ne remplacera jamais la confrontation directe avec l’œuvre vivante, plastique, patrimoniale ou monumentale ! Pour autant il faut tout faire pour que toutes les familles puissent avoir accès à Internet et également accès aux outils critiques pour s’approprier les nouvelles technologies, sans en être dupe. En quelque sorte comme le disait malicieusement Jean VILAR / « Eau, gaz, électricité et culture à tous les étages »

 L’Art disait Pablo Picasso, c’est comme le chinois : ça s’apprend. Et nous devons lutter contre tous les analphabétismes. Et c’est mépriser le peuple que de croire qu’il n’a pas soif de culture, de savoir, de découverte.

Et nous vivons hélas dans une société qui fait plutôt la guerre aux pauvres au lieu de faire la guerre à la pauvreté ! Je veux évoquer devant vous ces exclus, que certains artisans de la société multi-vitesse osent appeler « hommes à part », « hommes dépréciés ». A leur égard, les pouvoirs publics agissent le plus souvent à partir de leur malheur et non du mal, c’est-à-dire qu’ils soignent le pauvre dans l’homme et non l’homme dans le pauvre.

Tout exclu est alors « victimisé », l’exclusion n’a pas de cause, pas de responsabilité identifiée ; elle est « fatalisée »… Et l’exclusion se banalise et parfois l’indifférence s’installe… et l’on ne propose que des réponses « a minima » : une allocation, un emploi précaire, un savoir et une culture au rabais.

Or le droit, comme le respect, ne se divise pas. Et vous savez bien que le monde du peu se satisfait finalement de la démocratie du petit : un petit peu de sous, un petit peu de bonheur, un petit peu d’égalité, un petit peu de liberté ! Un RMI/RSA de vie quoi !

Et je ne parle là que de l’aspect « monnaie ». L’exclusion, c’est aussi la mise à l’écart de l’échange social, de l’échange symbolique sans lequel la vie n’est plus la vie.

De ce point de vue, la place de l’Art, dans la lutte contre l’exclusion, toutes les exclusions est à plus d’un titre essentiel parce que l’Art est le champ de tous les possibles et de toutes les différences. Chaque homme, chaque femme, chaque enfant doit avoir une « piste d’envol » ! C’est pourquoi, je dis Non ! et résolument Non ! à une culture de deuxième classe !

Et l’enjeu de la culture pour tous est l’enjeu de la démocratie tout court. Plus que jamais, face à la montée des intégrismes religieux, politiques, idéologiques ou nationalistes, nous avons à lutter contre tous les analphabétismes. Apprendre l’art comme on apprend à lire et à compter. L’art n’a pas à être optionnel si on souhaite n’en éloigner personne. C’est à l’épreuve du feu qu’on se brûle, c’est à l’épreuve de l’art qu’on en suscite le désir. D’où l’importance de la place de l’art et des artistes à l’école, dès le plus jeune âge. Comme le formule si bien le philosophe Edgar MORIN : « la culture, c’est ce qui relie les savoirs et les féconde ». Elle est indispensable pour comprendre le monde mais aussi développer l’esprit critique et forger son libre-arbitre.

L’œuvre ne rencontre pas mécaniquement son public. L’accès à la culture aujourd’hui devrait marcher sur deux pieds : l’école (de la maternelle à l’université) et le service public de la télévision. Pour réussir la démocratisation de la culture, il est nécessaire d’intervenir sur ces deux vecteurs.

Pour l’école, ne faut-il pas modifier en profondeur et durablement une réalité qui a trop perduré d’une éducation artistique minimisée et marginale, pour ne pas dire en souffrance en dépit de son importance dans le développement des potentialités de la personne comme l’ont confirmé toutes les études ? Soyons « élitaires pour tous » comme le préconisait avec chaleur Antoine VITEZ ! Le service public de la culture doit enfin pouvoir s’appuyer sur le service public de l’éducation et réciproquement ! C’est une question de justice sociale, de solidarité, d’égalité des citoyens et de respect du droit à la culture pour tous. Or, l’éducation artistique et culturelle est perçue comme secondaire et se trouve condamnée à ne constituer que la variable d’ajustement des politiques éducatives, alors qu’elle est au centre de la vie, de l’humain.

En ce qui concerne la télévision, il n’est pas besoin de faire la démonstration qu’elle pourrait être un outil pédagogique capital d’accès à la culture et aux savoirs et générer une formidable appétence. Tout le monde la regarde et de plus en plus longtemps. En se spécialisant, les chaînes ont contribué à fabriquer des ghettos. Pire : les magazines culturels de plus en plus rares sont relégués à des heures tardives, les sujets culturels ont quasiment disparus des journaux télévisés, pourtant le rendez-vous le plus fréquenté du petit écran.

Enfin, nous assistons à une véritable colonisation du culturel par le marché qui menace la liberté de création artistique et son indispensable pluralisme. Et ne nous y trompons pas, la course effrénée à l’audience est synonyme de censure. L’art n’existe pas pour faire l’unanimité. Au contraire et c’est aussi l’une de ses raisons d’être, il invite au débat, à la confrontation, suscite un espace de partage qui s’oppose à la fusion « uniformisante » et s’enrichit des diversités et du pluralisme.

La question, qui en fait est fondamentale, cruciale : la société en 2013 est-elle prête à accueillir l’art contemporain, se l’approprier, s’en faire une force de réflexion pour tous quelle que soit sa situation géographique ou sociale ?

C’est pourquoi, je n’accepte pas qu’on nous dise que la culture coûte cher. Certains experts, certains comptables supérieurs, arrogants et glacés nous parlent toujours du coût de la culture, mais se gardent bien de se poser la question du coût de l’absence de culture. On le voit dans nos quartiers en difficulté.

Il y a ceux qui disent qu’ils aiment l’art, la culture, les artistes et dans le même temps, ils leur coupent les vivres. Cela nous renvoie à Jacques PREVERT, dont vous connaissez l’insolence et l’impertinence, qui sont d’ailleurs des valeurs de la démocratie qui disait à la femme aimée : « Tu dis que tu aimes les fleurs et tu leur coupes la queue, alors quand tu dis que tu m’aimes, j’ai un peu peur » !

Face à la mondialisation libérale, comment ne pas voir que la diversité culturelle est de plus en plus menacée par les lois du marché, d’un marché « sans conscience ni miséricorde » pour reprendre l’expression du Prix Nobel Octavio PAZ.

Nous avons aujourd’hui une impression de choix, mais l’abondance de l’offre ne signifie pas pour autant « diversité ». Et il n’est pas de diversité sans politique de la diversité.

C’est fondamental, car la diversité culturelle est un véritable patrimoine commun de l’humanité aussi nécessaire pour le genre humain que la biodiversité dans l’ordre du vivant. Sa défense est un impératif éthique, inséparable du respect de la dignité de la personne. Elle est un élément déterminant pour humaniser la mondialisation.

L’art et la culture sont le socle pour mieux construire le monde de demain. L’art, la création, l’imaginaire, l’émotion n’ont pas de frontières. Face à la mondialisation libérale qui désespère les hommes et les femmes, je plaide pour une « mondialité » en forme d’échanges dont la loi ne serait plus « le profit le plus profitable » mais les « équilibres du donner-recevoir ». La planète est devenue un gros village et il est essentiel aujourd’hui à la fois d’ « Agir dans son lieu, et de Penser avec le monde ! ». Le destin des peuples est désormais inextricablement lié comme en témoigne les effets néfastes de la crise financière ou les conséquences du réchauffement climatique qui frappent tout le monde sur tous les continents.

En un mot, l’art et la culture sont plus que jamais de véritables enjeux de civilisation et la condition même de notre civilisation. Face au communautarisme, au repli identitaire, l’art ne nous rappelle-t-il pas en permanence que nous faisons partie d’une communauté qui s’appelle l’Humanité ?

Le XXIème siècle a été à la fois celui de tous les tourments, de tous les espoirs et idéaux bien souvent bafoués, de toutes les tempêtes et de toutes les aspirations, où le meilleur de l’homme a côtoyé les pires horreurs.

 Le XXIème siècle a débuté en portant les mêmes contradictions. Les artistes ont contribué à maintenir debout un monde qui a beaucoup titubé. Ils aident, parfois « avec une vitalité désespérée » pour reprendre la belle expression du poète et cinéaste italien Pasolini, les hommes à se dépasser.

La culture et les arts sont des armes de construction massive !

Il faudra bien un jour sortir de la démarche trop répandue, qu’il est fatal qu’il soit fatal que la culture soit toujours traitée après, que ce soit au niveau local, national ou européen, avec son budget timbre-poste ou plutôt confetti alors qu’elle est au centre de la vie, qu’elle est la réponse de civilisation aux difficultés et aux crises. Pour reprendre André Malraux, « l’art est le plus court chemin qui mène de l’homme vers l’homme ».

Et l’intelligence est la première ressource de notre planète qui l’oublie trop souvent.

Les artistes nous disent en permanence que la création est une mémoire en avant.

Et heureusement qu’ils sont là les artistes, les créateurs, dans leur diversité. Ils nous aident à vivre, à aimer, à ne pas mépriser les rêves, à poser la seule question qui vaille : dans quel monde voulons-nous vivre demain ? Ils nous rappellent également que le bonheur reste une idée neuve.

Je vous remercie et souhaite vous avoir apporté de nouvelles raisons de construire, non pas le meilleur des mondes qui débouche sur le totalitarisme, mais un monde meilleur. Et c’est déjà pas mal. » 

Source : https://blogs.mediapart.fr/ecole-superieure-dart-du-nord-pas-de-calais/blog/120413/la-culture-pour-tous-cest-la-democratie-tout-court

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Malgré ses difficultés croissantes, le modèle d’intégration républicain auquel la France est profondément attachée conserve une force d’attraction considérable. Ne représente-t-il pas l’unique alternative au chaos et à la barbarie qu’entraînerait un multiculturalisme débridé, dont la formule serait importée des États-Unis ? Pourtant, cette opposition extrême entre deux modèles exclusifs pourrait être mortifère pour la démocratie. Car elle ne laisse le choix qu’entre deux options inacceptables : ou bien l’universalisme abstrait de la République, de plus en plus inadapté, souvent incantatoire dans ses formulations intellectuelles et répressif dans ses expressions politiques ; ou bien un multiculturalisme sans frontière, facteur de tribalisme et de déstructuration politique, et négation, à terme, de toute autonomie individuelle.

Effort collectif pour sortir de ce faux débat et proposer des choix plus cohérents, ce livre part de la différence culturelle telle que la société la reproduit, l’accueille ou la produit, et non pas telle qu’elle est trop souvent représentée, soit par excès (démonisation), soit par défaut (négligence).

Pour ce faire, les chercheurs du CADIS ont mobilisé des connaissances qui portent aussi bien sur l’expérience concrète de la différence culturelle que sur les débats qu’elle suscite, en France et à l’étranger. Depuis des années, ils étudient les mouvements sociaux, l’islam, le genre, l’ethnicité, le racisme, la dérive des quartiers en difficulté, la violence, la crise du système scolaire, et s’interrogent sur la modernité et la démocratie. Ils livrent ici le meilleur de leur réflexion en réponse à la question essentielle : comment vivre ensemble avec nos différences ?

Fondé en 1981 par Alain Touraine et dirigé par Michel Wieviorka, le CADIS (Centre d’analyse et d’intervention sociologiques) est un laboratoire de l’École des hautes études en sciences sociales associé au CNRS. Textes de François Dubet, Françoise Gaspard, Farhad Khosrokhavar, Didier Lapeyronnie, Yvon Le Bot, Danilo Martuccelli, Simonetta Tabboni, Alain Touraine, Sylvaine Trinh, Michel Wieviorka.

ISBN 2-7071-2597-0 

Table des matières

Introduction. Un débat nécessaire — Michel Wieviorka

I. Pluralisme culturel et démocratie

Culture, société et démocratie - Michel Wieviorka

Un ensemble hétérogène

Exception française ?

Le malaise français

Une réponse inadaptée

Deux tentations inquiétantes

Le choix de la différence

Retour au conflit

Les contradictions politiques du multiculturalisme - Danilo Martuccelli

Multiculturalisme et démocratie

Les débats politiques du multiculturalisme

La dialectique identitaire du multiculturalisme

II. Les impasses de l’universalisme abstrait

La laïcité dans les mutations de l’école - François Dubet

L’école républicaine, entre le mythe et l’histoire

L’école de masse

L’école et la formation des sujets

La laïcité dans une école de masse

L’universel abstrait, le politique et la construction de l’islamisme comme forme d’austérité - Farhad Khosrokhavar

L’ethnicisation selon l’universel abstrait

Islam et islamisme

Conclusion. La nécessité d’un nouveau compromis républicain

La République et les femmes - Françoise Gaspard

Domination structurelle ou historicité des rapports de genre

L’universel sans les femmes

La langue et le pouvoir

III. La guerre des cultures

Le temps des guerres communautaires - Yvon Le Bot

Quelques réflexions sur le nouveau désordre belliqueux

Un monde unifié

Guerres des cultures ?

Des guerres communautaires modernes

États communautaristes et guerres civiles

Modernité, décomposition des États et nouvelles violences

Guerres au sein des cultures

La guerre pour la reconnaissance : l’expérience du Chiapas

Conclusions

L’asiatisme - Sylvaine Trinh

L’Autre, occidental

Transformations et construction d’une région supranationale

Etre asiatique

L’asiatique

Asiatisme et nationalisme

IV. L’étranger

Le multiculturalisme et l’ambivalence de l’étranger - Simonetta Tabboni

A la recherche d’une conciliation entre des fronts opposés

Les interrogations insolubles

L’étranger, l’outsider et l’ambivalence

Conclusions

Les deux figures de l’immigré - Didier Lapeyronnie

Le Juif, figure de l’étranger - Michel Wieviorka

L’étrangeté créatrice du Juif

Diaspora, diasporas

La figure classique de la diaspora juive

Changements dans la diaspora. L’expérience française

V. Les conditions de la communication interculturelle

Faux et vrais problèmes - Alain Touraine

La décomposition de l’ordre politique

Le Sujet personnel entre l’instrumentalité et l’identité

L’ethnicité

La recomposition du monde

Majorités et minorités

La laïcité aujourd’hui

Conclusion

Source : http://www.unige.ch/fapse/life/archives/livres/alpha/W/Wieviorka_1996_a.html

Voir aussi : Culture, société et démocratie - Cairn.info

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Cet article est une contribution d’historien à l’analyse de la situation dans l’Algérie contemporaine. La culture démocratique encore à trouver, entre défi politique et question de société, est là-bas fille d’une histoire violente et complexe, celle de la guerre d’indépendance, mais elle est aussi à élaborer à partir d’une histoire plus longue et d’héritages ottomans et coraniques.

English abstract on Cairn International Edition

Plan de l’article

Reconstruire une identité collective jusqu’alors conçue à partir d’une négation de la dignité humaine, tel est le défi auquel sont confrontés les Algériens. Des observateurs s’interrogent sur leur capacité à le relever et se demandent si dans un pays où les mots ont déjà exercé tous les métiers l’usage inflationniste de la phraséologie démocratique ne masque pas la volonté de limiter le changement annoncé à un simple réaménagement du système autoritaire. Pour répondre à leur interrogation, j’ai choisi de mettre en perspective le problème démocratique. Loin de moi l’ambition de livrer des certitudes, je ne propose qu’un balisage de la question. Chacun des problèmes soulevés reste à étudier pour lui-même.

Fondamentalement, la pensée dogmatique, qui introduit une rupture brutale entre les séquences précoloniale, coloniale et nationale de l’histoire, ne permet pas de cerner les relations de pouvoir. En effet, les pratiques politiques n’innovent jamais totalement. L’Algérie moderne est le produit d’une accumulation d’influences. Pour y traiter avec un minimum de sérieux la question démocratique, il faut admettre que, dans des contextes socio-politiques différents, les pouvoirs qui s’y sont succédé se sont affirmés sur la base du principe autoritaire.

Une culture politique autoritaire : socles ottomans

Du XVIe au XIXe siècle, la formation étatique établie par les Ottomans peut se définir comme une domination patrimoniale de type militaire. Les traits particuliers du modèle nous sont connus. Leur énumération est utile pour établir le fonctionnement du système politique.

L’élément clé dans ce fonctionnement est incarné par le Dey. Le principe de la collégialité qui préside à sa cooptation ne l’empêche pas de gouverner comme un autocrate tout en déléguant ses pouvoirs.

De ce fait, la sphère politique se présente à la manière des poupées russes comme une imbrication de groupements d’intérêts clientélistes. La caste dirigeante, formée par une agrégation d’individus éduqués en vue de l’administration et de la guerre et recrutés dans l’Empire sur la base du mercenariat, représente le Sultan-Calife et bénéficie de sa légitimité.

L’enchâssement de l’économie dans la politique ne facilite pas une claire séparation entre le patrimoine de l’État et les biens des dirigeants. L’engagement des janissaires dans les affaires a beau être mal vu, il n’en est pas moins multiforme.

Les tribus, les corporations et les communautés religieuses qui constituent l’assise du pouvoir s’autogouvernent. Pour peu qu’elles s’acquittent de l’impôt et qu’elles ne troublent pas la sécurité, celui-ci les protège. Il intervient néanmoins dans la désignation de leurs représentants, en fait des alliés en combinant avantages et pressions et n’hésite pas à les diviser et à les mettre en concurrence à son profit. La règle est d’empêcher, sans y parvenir toujours, l’existence de groupements trop puissants à la base et l’émergence de factions stables au sommet. Une précision : un des aspects essentiels des alliances est leur fluidité.

Autre trait et non des moindres : structurée verticalement, la société est une société d’ordres. Tempérée par le devoir d’assistance, caractéristique des sociétés traditionnelles, l’inégalité entre riches et pauvres, puissants et faibles, gouvernants (ru’ât) et gouvernés (raîya) est la règle.

La théorie conçoit la société comme un ensemble hiérarchisé voulu par Dieu. Sa codification s’appuie sur « une philosophie préférentialiste construite sur plusieurs versets coraniques »  [3][3] Y. BEN ACHOUR, Politique, religion et droit dans le.... Comme dans la France du Moyen Âge, la religion envahit toutes les activités. L’islam algérien se caractérise par l’importance du rôle des confréries, institutions sociales, religieuses, politiques et à l’occasion militaires, car le pouvoir central n’a pas le monopole des armes. Les liens qui se nouent entre les chefs sprirituels et leurs disciples sont de type autoritaire. Cela ne doit pas étonner. Les vertus prônées par la tradition islamique : respect, obéissance aux gouvernants, aux supérieurs en rang, aux parents conviennent à tous les pouvoirs, qu’ils soient de caractère spirituel ou temporel. Selon Khalid Muhammed Khalid, le « le verset “obéissez à Dieu, obéissez au Prophète et à ceux d’entre vous qui détiennent l’autorité” (4,59) a été interprété par des centaines de dirigeants musulmans pendant quatorze siècles pour opprimer les gens »  [4][4] K. M. KHALID, Al-difâ’ ‘an al-dimuqrâtiyya (Défense....

L’autoritarisme n’est pas simplement une caractéristique du pouvoir. Il est aussi celle de la société. Le devoir de chacun de ses membres – de prendre en charge la censure des mœurs (hisba) et de faire respecter les interdits – crée une atmosphère de surveillance mutuelle, préjudiciable à l’émergence de l’individu. Dans cette société où l’instruction est d’abord confessionnelle, les vents du renouveau endogène n’ont pas prise. « Quelques Algériens, surtout des commerçants, avaient reçu quelques lumières. Mais s’ils avaient voulu répandre autour d’eux leurs connaissances, de quels moyens eussent-ils disposé ? », fait remarquer Xavier Yacono  [5][5] X. YACONO, Histoire de l’Algérie de la fin de la régence....

L’ambiance de routine et d’immobilisme qui fait de l’innovation une initiative blâmable (bidâ’)  [6] [6] « Croyance ou coutume qui ne s’appuie pas sur un précédent... est peu propice au progrès. L’autocratie ne dissout pas la société dans l’État et ne l’incorpore pas. Contre paiement d’un impôt de plus en plus lourd à partir du déclin de la Course, elle se contente de l’absence de résistance ouverte de la part des sujets et ne persécute pas ceux qui ne s’opposent pas à elle. Le changement va emprunter alors le visage de la colonisation, qui fait entrer la modernité par une porte que les chantres de la démocratie n’avaient pas envisagée.

L’impact de la colonisation

Avec la colonisation disparaît l’ancienne organisation étatique. Massacres, expropriations, épidémies rythment la construction d’un nouveau système appuyé par un peuplement qui concentre entre ses mains tous les pouvoirs et impose par la violence une autre culture. Certes, l’Algérie précoloniale n’était exempte ni d’abus de pouvoir ni d’atteintes à la dignité humaine, mais elle vivait depuis un millénaire, tant au niveau religieux que politique, selon une vision du monde forgée dans le cadre de la civilisation arabo-musulmane et n’envisageait pas d’alternative à l’ordre existant. Cette vision était attaquée de toutes parts par un conquérant de religion différente. Or, malgré de multiples ruptures, des continuités sur le plan social et culturel témoignent de la résistance des Algériens à la domination française.

Tandis que s’éteint la génération qui vécut la conquête, le refus de l’oppression coloniale se traduit par des réponses successives.

La première manifeste une fidélité têtue au passé de ceux que le répertoire colonial désignait comme les « vieux turbans ». Jusqu’à l’intrusion coloniale, dans le cadre de l’imaginaire islamique, la société ne possédait pour les Algériens aucune immanence à partir de laquelle elle pouvait apparaître d’elle-même. Pour tous, sa finalité et son sens lui étaient donnés par Dieu. Aussi l’ordre social devait-il être accepté par un acte de foi. Le capitalisme colonial intègre les Algériens au monde et les met en présence d’un nouveau système de références fondées sur un concept individuel et égalitaire de l’homme et sur la croyance au progrès, grâce à la raison, à la liberté et à l’instruction. « La meilleure des sociétés », élue de Dieu, protégée des vents froids, voit ses repères menacés. Attaqué, le passé se défend et se crispe sur ses certitudes. « Immunisez-vous en vous unissant autour de Dieu et ne vous éparpillez pas » car « Qui dévie dévie vers l’enfer »  [7][7] Y. BEN ACHOUR, Politique..., op. cit., p. 161..

Mais le refus ne dure qu’un temps. Devant la force vive du capitalisme en marche, le blocage mental assure Des Algériens formés dans les écoles françaises, une mince frange, partent à la découverte de la société et réalisent que l’homme existe pour soi, qu’il est le maître de sa destinée. La circulation des idées nouvelles, notamment l’idéal démocratique et jacobin, imprègne leur esprit. Or tout ce qui caractérise la vie politique moderne : les droits de l’homme et du citoyen, la souveraineté du peuple, le suffrage universel est hors de portée des Algériens. Exclus de la gestion de leur pays, ils subissent le paternalisme européen autoritaire et répressif ainsi que la discrimination. Mais les idées du siècle des Lumières et de la Révolution française qui inspirent la doctrine de l’assimilation reposent sur l’égalité des personnes, une égalité qui n’exclut pas une inégalité provisoire dans l’attente de l’accession, grâce à l’instruction, à la « civilisation ». Ce leurre exerce une grande séduction sur les élites francophones qui cherchent l’assimilation à la France comme but suprême. Leur mouvement prend son essor au lendemain de la Première Guerre mondiale et se manifeste sous différentes appellations. Il connaît son apogée en 1936 et reflue progressivement après l’échec de ses visées.

Le renversement de perspectives commence dans les années 1920 avec des personnalités (Emir Khaled, Ben Badis, Messali) et des mouvements (Ulamas, islamo-nationalistes) qui mettent la problématique de l’identité au centre de leurs préoccupations. L’idéal démocratique leur sert contre le colonialisme, mais ils ne s’interrogent pas sur les droits de l’individu dans une société libérée du colonialisme, comme le fait Ferhat Abbas après son ralliement au nationalisme en 1942. Il est vrai que les assimilationnistes français, les socialistes tout particulièrement, qui rejettent l’idée de nation algérienne et lui opposent les droits de l’individu, ne facilitent pas leur prise en considération. De ce fait, la formation d’un champ politique compris comme « lieu où s’engendrent, dans la concurrence entre les agents qui s’y trouvent engagés, des produits politiques »  [8] [8] P. BOURDIEU, « La représentation politique. Éléments... se heurte à de sérieux obstacles. La construction d’une arène politique et la formation d’une opinion publique s’en ressentent gravement.

Comme tout État colonisateur, l’État français a recours à des méthodes on ne peut plus autoritaires pour affirmer sa domination. Si on ajoute à ce constat les entorses à la liberté religieuse et la politique de contrôle des écoles privées musulmanes, on comprend mieux le processus chaotique qui caractérise la sédimentation socio-politique dans le mouvement national.

Contre la Tabula rasa coloniale, des explications endogènes

Faut-il pour autant envoyer tous les facteurs explicatifs de l’autoritarisme au colonialisme ? L’intégration de l’Algérie à l’Empire français n’a pas supprimé totalement les dynamiques qui, avant 1830, modèlent le devenir de la société. La fascination des élites nouvelles pour le modèle français n’étouffe pas l’intérêt des Algériens pour leur passé : bien au contraire, la langue et la religion tiennent une place centrale dans le débat identitaire, comme en témoigne la controverse entre Ben Badis et Ferhat Abbas sur l’idée de nation. Une reprise des facteurs de culture propres aux colonies sert à articuler un projet de sortie de la servitude. Le langage des clercs islamiques a perdu le privilège de l’exclusivité mais non sa position dominante. Face aux idéologues de la colonisation, ces clercs s’initient à l’histoire délaissée par les modernistes. Pour eux, l’histoire fait partie de l’apologétique. Ne nous trompons pas, leur conception se forge au cours d’un débat qui n’est pas seulement intellectuel ou académique. C’est que l’histoire qui se fait se répercute sur l’histoire qui s’écrit. Elle est une partie des revendications nationales contre les prétentions coloniales. Ce n’est pas sans raison que les Algériens l’adoptent, mais c’est une mémoire manipulée qui procède par effacement et qui idéalise l’Algérie précoloniale, donne à son État des traits modernes, tronque les fondements de l’identité algérienne en occultant la diversité culturelle et en taisant la part de la religion dans les racines de l’autoritarisme.

Ces trous de mémoire évacuent les responsabilités des anciennes élites dans la tragédie algérienne et nuisent au civisme car les continuités de notre histoire ont des effets contradictoires. Si elles aident à réagir contre la domination coloniale, elles servent aussi d’instrument aux futurs maîtres qui appuient sur elles leur domination et sacralisent l’imaginaire des siècles précédant la conquête coloniale. Conséquence : les pesanteurs du passé hypothèquent la construction d’un État moderne.

Par exemple, l’État colonial a bâti une « fonction publique » à deux vitesses. Dans les villes et les villages de la colonisation, l’administration correspond à la constitution d’intérêts publics au sens moderne. Dans les zones rurales, le colonisateur implique dans sa domination des acteurs algériens, des fonctionnaires anciens relais du pouvoir ottoman (caïds, aghas, bachaghas), les associe à son entreprise. Le plus souvent, ces fonctionnaires ne se contentent pas de leurs émoluments et se comportent avec les administrés comme si la vénalité des offices était toujours en vigueur. Bureaucratisée, la domination connaît une métamorphose et devient plus efficace et plus oppressive. Le style des relations sociales demeure répressif. Les notables nouveaux et anciens tiennent en main des réseaux d’obligés en usant de procédés multiples : les services rendus, les prêts, les avantages divers et, en dernier ressort, la violence. L’opposition entre la société rurale, où les troubles mettent parfois aux prises les opprimés entre eux, et le monde urbain, où cohabitent dominants et dominés, est profonde. Le seul paysage familier aux ruraux est celui de la communauté familiale et de la communauté religieuse. L’espace public s’arrête aux portes de la ville. Aussi, quand les élites positivistes et scientistes algériennes, qui veulent libérer l’individu de la pesante contrainte communautaire, séculariser la société et la faire accéder à une société contractuelle où règne la raison instrumentale, rallièrent le nationalisme en 1942, la cire qu’elles prétendaient modeler avait durci. Elles rêvaient d’une Algérie à l’image de la France et, à l’instar d’un Ferhat Abbas ou d’un Saïd Lechani, ne croyaient pas avoir manqué en quoi que ce soit à l’attachement aux leurs en empruntant au colonisateur ses mythes émancipateurs de la modernité.

Acteur et témoin de son époque, Ferhat Abbas s’explique sur ses vaines espérances :

Il était difficile à l’âge des illusions de ne pas subir le mirage. Personnellement, je me suis mis à penser que l’Algérie était à la veille d’un 1789. Nos paysans étaient semblables aux paysans français décrits par La Bruyère. L’Européen, entouré de ses mandarins arabes (caïds, aghas, bachaghas et marabouts) était le féodal. La France était le Roy. « Ah, si le Roy savait ! » Cet appel pathétique et confiant des serfs de l’Ancien Régime me paraissait valable pour nous. L’essentiel était que la France libérale l’entendît  [9] [9] F. ABBAS, La nuit coloniale, Paris, Julliard, 1962,....

La professionnalisation politique : élaboration d’une culture commune ?

Abbas a une conscience aiguë des forces d’inertie qui entravent la modernisation de la société. La « nuit coloniale » lui apparaît, par certains aspects, comme une entreprise soutenue par des forces sociales autochtones. Et il ne se fait pas faute de les dénoncer dans les institutions entièrement dominées par les Européens. C’est à partir d’elles que naquit « un forum de discussion » à allure publique. La politique, en tant qu’activité spécialisée, commence à se différencier des autres pratiques sociales. On assiste à l’apparition de professionnels de la politique et d’une société politique à partir d’entités régionales et sociales qui s’ignorent. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, les associations et la presse militante fleurissent. Le champ politique, tel qu’il est construit par les programmes, les proclamations et les discours, manque encore de consistance et de relais sociaux. La mouvance regroupée autour de l’Emir Khaled nous apparaît, les sources historiques aidant, comme un réseau de relations complexes entre des personnalités qui cherchent à émerger et à s’affirmer aux yeux d’une opinion encore balbutiante. Leur seul point commun est la recherche de l’égalité. Ils la défendent en s’appropriant les techniques politiques modernes, mais leurs pratiques ne se conforment pas encore aux règles du jeu démocratique.

Les affrontements violents entre les clientèles de ces notables heurtent de front le sentiment communautaire. Les conditions d’une confrontation loyale font encore défaut. Les luttes sociales et politiques revêtent des aspects sectaires. A peine créée en 1931, l’Association des Ulamas renvendique, au nom de l’islam, le monopole de l’expression de l’Umma (communauté des musulmans). L’autoritarisme est dans la nature de sa demande. Pour les clercs islamiques qui l’ont fondée, la nation algérienne est avant tout une communauté de langue arabe et de religion musulmane. Cette définition profondément antidémocratique est donnée comme constitutive de l’identité algérienne. Messali Hadj s’en démarque en apparence en mettant en avant la souveraineté du peuple, mais cette souveraineté n’est pas conçue comme contractuelle. Sa définition de la nation repose sur une conception unanimiste du corps social et s’oppose, comme chez les Ulamas, à tout processus politique tenant compte de la diversité des langues et des cultures et de l’émancipation des femmes. Désormais tout renouvellement du regard sur un sujet où l’a priori l’emporte sur le désir d’analyse est assimilé à une hérésie.

C’est en étudiant les itinéraires des cadres et des militants du mouvement nationaliste entre 1928 et 1954 que nous apparaissent les types de populisme qu’il a réussi à amalgamer. Schématiquement, on y retrouve quatre variétés d’importance inégale :

  • Le populisme de l’émigration algérienne en France : ouverte à l’évolution du monde moderne, elle était moins dégagée de la tradition patriarcale que ne l’ont cru ses analystes. Son radicalisme a sa source dans sa situation sociale, dans les souffrances de l’exil auxquelles elle espère mettre fin par le retour dans la patrie. Son encadrement ne cesse d’en appeler au peuple contre les intellectuels qui l’auraient trahi et exprime une demande contradictoire d’ordre et de changement.
  • Le populisme des clercs islamiques : antioccidentalistes, ceux-ci vivent leur marginalisation et leur abaissement par rapport aux nouvelles élites sur un mode traumatique. Leur attirance pour le nationalisme populaire, surtout après la disparition en 1940 du cheikh Ben Badis, se fonde sur la convergence entre l’identité religieuse et l’identité nationale. Les valeurs du salafisme les rapprochent des Ulamas mais leur position politique les en éloigne.
  • Le populisme de l’intelligentsia moderne (enseignants, étudiants, professions libérales, fonctionnaires subalternes, élite du prolétariat) : cette catégorie sociologique est porteuse d’une culture politique imprégnée des valeurs républicaines diffusées par l’école française et se vit comme l’avant-garde du mouvement. L’identification à un chef lui paraît aliénante. Désireuse de greffer le changement à la continuité, ses éléments les plus proches de la plèbe affichent un pseudo-traditionalisme et participent avec les clercs islamiques à des croisades morales (campagnes contre l’alcool, défense des mœurs et des idées reçues, éloge du patriarcat, etc.), nourrissant dans l’intelligentsia une véritable schizophrénie. L’intelligentsia populiste, après avoir longtemps anathémisé les nationalistes qui, avec Ferhat Abbas, prônent une Algérie autonome fédérée à la France, mise en 1954 sur une alliance avec eux. Or ces nationalistes se veulent libéraux et constitutionnalistes, selon une logique élitiste proche des conceptions de la hiérarchie sociale traditionnelle qui fait des gens des ordres supérieurs des guides. Ces libéraux sont, en fait, les interprètes d’une « démocratie tutélaire » et s’arrogent le droit d’apprécier souverainement le niveau de maturité politique des masses pour limiter les règles du jeu d’une démocratie normale.
  • Le populisme de la masse flottante et instable de la plèbe urbaine et rurale et des éléments déclassés : c’est, avec l’émigration, la force de frappe du messalisme. Condamnée à un mode de vie archaïque, elle est porteuse d’une conception patriarcale de la vie et ne possède pour toute culture qu’une vague morale sociale et religieuse. Au fur et à mesure que s’accroît la misère morale et matérielle, elle adhère à une mystique du salut et rêve de retrouver le « paradis perdu » que lui promettent les dirigeants populistes.
    Rivalités et luttes de pouvoir

Le nombre des Algériens qui ont fait leur expérience dans les partis politiques reste très limité et cantonné pour l’essentiel dans les villes. La grande masse, elle, vit dans l’attente du sauveur (Moul Essa’a).

Deux hommes semblaient destinés à ce rôle : cheikh Ben Badis et Messali Hadj. Après la mort de Ben Badis en 1940, Messali Hadj sera le maître d’œuvre d’une pratique politique populaire. Son influence s’explique par l’usage de thèmes qui s’inspirent des idées reçues et des mots d’ordre d’action directe. La génération de l’intelligentsia qui entre en scène dans les années 1940 le rejoint. Mais entre elle et lui, il y a un profond malentendu. Les idées reçues qui séduisent les plus pauvres, les plus opprimés ne sont pas à son goût. Vague après vague, les intellectuels contestent Messali ou s’en détournent, les uns sur la base d’interprétations doctrinaires et stratégiques, les autres par crainte des débordements de la vague populaire ou par rejet du culte du chef.

De 1949 à 1954, les crises se succèdent dans son mouvement. L’amalgame de divers groupes sociaux aux intérêts et aux pratiques différentes n’est pas une réussite. La dernière crise, la scission du MTLD  [10] [10] Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiq..., sera fatale. La faiblesse des structures politiques modernes ouvre une voie au langage de la force dans les rapports entre Algériens. Resurgissent alors les comportements punitifs qui en 1945 et jusqu’en 1949 ont caractérisé l’éclatement des Amis du manifeste et des libertés. La séparation entre nationalistes modérés (UDMA  [11] [11] Union démocratique du manifeste algérien. et Ulamas) et radicaux (MTLD) s’est accompagnée de violences sans nombre lors des meetings et des campagnes électorales. Une violence de moindre intensité met aux prises les trois tendances du MTLD (messalistes, activistes et centralistes). Dans cette situation, une marge d’initiative considérable est laissée à une petite minorité qui a été capable d’exprimer les tendances profondes du peuple et les contradictions essentielles du pays en abandonnant la voie « légale » pour la lutte armée. Le FLN naît dans ces circonstances.

L’absence de consensus entre la France et le mouvement national algérien, toutes tendances confondues, sur le statut de l’Algérie, l’impossibilité de faire avancer les demandes politiques par la voie électorale, enfin les divergences entre forces politiques et sociales, favorables à la naissance d’un État algérien, sur les voies et moyens d’y parvenir, déterminent ses caractères généraux : exclusivisme (dévalorisation du pluralisme politique et revendication de monopole), militarisation et mobilisation autoritaire, incorporation de la société dans l’État algérien en voie de formation dont le Front de libération nationale (FLN) s’arroge tous les attributs. Dans ce contexte, la violence n’est jamais exclue et plus le FLN et sa frange armée, l’ALN, rencontrent de résistance, plus il y ont recours. De là, la brutalité de leurs coups contre tous les opposants qui contestent leur monopole. Opportunité est alors donnée, dans le contexte d’un mouvement aux structures lâches et mal commandé, pour que surgissent des pratiques d’un autre âge : égorgements, émasculations, usage du principe de la responsabilité collective.

L’État FLN

La trajectoire du FLN dans son évolution et ses dynamiques est révélatrice d’indices qui rendent compréhensible la configuration prise par la société post-coloniale. L’historien doit cependant s’évertuer à ne pas substituer des théories aux faits. Des auteurs pressés de réhabiliter la colonisation affirment que le FLN est un parti de type totalitaire, en jouant sur la confusion entre les partis politiques des pays de l’Est européen et les rassemblements nationaux des pays du Tiers monde.

Le concept de totalitarisme est discutable, surtout après la chute du mur de Berlin et l’évolution de la Russie, mais il est utile de lever l’assimilation entre le parti unique comme « expression ontologique » du prolétariat qui émerge pour des raisons théoriques, au nom de la construction du communisme, et les rassemblements nationaux du Tiers monde constitués de groupes politiques hétéroclites sans véritable colonne vertébrale.

Le recours du FLN à la violence contre d’autres patriotes à l’intérieur et à l’extérieur du mouvement, condamnable en soi, ne doit pas occulter une donnée incontournable pour tout analyste objectif : le passage d’une compétition politique ouverte au monopole a été fait pour l’essentiel par voie de négociation et par absorption des entreprises politiques concurrentes (UDMA, Ulamas, courant centraliste du MTLD et communistes). Par certains aspects, le FLN est le produit à la fois d’une crise du MTLD et d’une crise des élites politiques à l’échelle du pays. Ses fondateurs projettent de se substituer à la classe politique en place avant 1954 afin de construire un contre-État, tout en menant la révolution. Le contre-État, si fragile soit-il, est le fruit d’une entreprise guerrière.

Par la ruralisation du mouvement politique et sa militarisation, la dimension fondamentale de la révolution algérienne est celle d’un dirigisme volontariste. La vigueur des rapports de parenté, de clan et de clientèle empêche l’appareil du FLN de se construire en acteur autonome et d’inscrire sur le terrain son idéal jacobin. L’incorporation de la société rurale au projet de création d’une nation, par le biais d’une armée, force sociale fondamentale du processus de libération, incite le FLN à transiger avec la réalité et à arbitrer entre deux logiques. L’une exprime une culture étatique soutenue par des cadres politiques et militaires acquis au modèle d’organisation occidentale. L’autre, dérivée d’une tradition ancrée dans la culture, est de type patrimonial. On ne comprendrait rien aux conflits qui ont jalonné la formation de l’armée extérieure entre 1957 et 1960  [12] [12] On distingue en général la résistance intérieure, opérée... si on ne prenait pas en considération l’opposition entre ces deux cultures. Le FLN repose sur une société majoritairement rurale. Intégrer cette société à un mode d’organisation qui lui était étranger, sans se l’aliéner, a nécessité des concessions. Mais composer avec la société, ce n’est pas la suivre. Connaître les ressorts de sa dynamique permet de lui ouvrir d’autres horizons et de travailler à sa cohésion. On ne peut l’assurer avec la culture du vieux monde.

En définitive, pour l’historien, une des fonctions du FLN aura été de délimiter un cadre à la compétition politique, de réguler les luttes factionnelles et de canaliser les mécanismes sociaux à l’intérieur d’un appareil. Tout au long de la guerre, une marge de pluralisme a existé à l’intérieur du CNRA  [13] [13] Conseil national de la révolution algérienne. et du GPRA  [14] [14] Gouvernement provisoire de la république algérienn.... Quand bien même certains appareils du FLN se seraient transformés sous l’égide de leurs chefs en centres de constitution de clientèles, les luttes de factions ont bloqué toute possibilité de patrimonialisation. Il faudra attendre l’implosion du FLN au cours de l’été 1962 pour voir Ben Bella, porté au pouvoir par l’armée extérieure, détourner provisoirement à son profit la logique factionnaliste. Quoi qu’en disent nombre d’acteurs, les conflits qui ont opposé les dirigeants du FLN entre 1962 et 1965 portent moins sur la question de la démocratie et de l’autoritarisme que sur les formes institutionnelles (conflit Abbas-Ben Bella), la distribution du pouvoir et le style de direction (conflit Ben Bella-Boudiaf, Aït Ahmed, Boumediene) et l’orientation pro-occidentale et capitaliste ou socialisante et neutraliste. Dans tous les débats, il n’y a aucun bilan sérieux de l’expérience du FLN entre 1954 et 1962. Les thèmes démocratiques n’ont servi que de faire-valoir dans les luttes pour le pouvoir. Seuls le Parti communiste algérien et le MNA (le parti de Messali Hadj), le premier marginalisé, le second diabolisé, ont affiché leur préférence pour le pluralisme politique mais les chemins qui y mènent ne sont pas bien explorés.

L’armée arbitre et vainqueur

La prééminence du populisme en Algérie sur le libéralisme et sur le communisme était inscrite dans le rapport entre classes. Celles-ci n’existaient pas avec l’homogénéité et la capacité politique indispensables pour devenir les principaux acteurs d’un projet national. La prééminence de l’armée s’explique par la militarisation du contexte politique qui a fait de la formation de l’État une entreprise guerrière. Toutes les tentatives pour la mettre sous l’autorité d’un pouvoir civil ont échoué faute d’un support dans la société. Aucune position de pouvoir ne pouvait être conquise sans l’aval de ses chefs : Abbane comme Ben Bella l’ont appris à leurs dépens, l’un en y laissant sa vie, l’autre en perdant un pouvoir acquis au terme d’un coup de force. Pour le FLN, prête-nom de l’Armée-État, l’essentiel était de prendre le pouvoir. Une fois le pouvoir pris, il serait temps de faire la révolution par le haut. Malgré les conflits, les convulsions qu’il connaît entre 1962 et 1965, le rétrécissement de l’arène politique conforte le pouvoir de l’armée, seule organisation nationale en l’absence d’un parti.

La mise en place du régime s’est faite au sein d’une société en effervescence, traversée par des dynamiques riches au point que Ben Bella est amené à se placer sous l’hégémonie de concepts socialisants et à se prononcer pour l’autogestion, réduite sur le terrain à une cogestion dépendante d’organisations étatiques.

Après le renversement de Ben Bella le 19 juin 1965, le colonel Boumediene parachève l’indépendance politique et donne au pays l’assise économique et sociale qui lui fait défaut. Son projet est d’inscrire la modernisation dans la continuité d’une histoire interrompue par l’irruption coloniale. Sa vision s’appuie sur une conception réductrice du politique. Pour lui, la révolution a pour sujet l’État et non le peuple, un État inséparable du secteur militaire. Le lien entre le politique et le social est donc évacué. Dès lors, la « démocratie participative » à laquelle il croit œuvrer se confond avec la clientélisation de la société et son enrôlement, y compris par la corruption. L’État devient le lieu par excellence d’engendrement d’une nouvelle stratification sociale. La mobilité sociale, le renouvellement massif des élites, l’allocation de ressources, autant de phénomènes qui ont permis d’occulter ce processus. Y contribua également la diffusion massive d’un langage socialiste vague, sans rigueur conceptuelle, qui désorienta le monde du travail.

Le FLN n’était pas l’avant-garde qu’il se targuait d’être. C’est en son sein ou avec sa connivence que commença la dérive intégriste. Le critère de la conviction politique n’était pas nécessaire pour militer en son sein. L’adhésion est surtout une stratégie d’accès aux positions de pouvoir et aux avantages qu’elles procurent. Les éléments dont la fonction est de compléter les tâches des services de sécurité, pivot fondamental des institutions du régime et instrument de sélection de l’encadrement du pays, y sont en grand nombre.

En définitive, l’absence de démocratie a abouti à l’émergence de groupes privilégiés, d’abord en termes de pouvoir politique, ensuite en termes de privilèges matériels et d’accumulation de richesses.

L’échec du modèle de développement et l’essoufflement des capacités redistributives de l’État dans les années 1980 portent un coup sévère au rôle unificateur de l’État. La cohésion sociale se fissure progressivement sous les effets de la crise. On assiste alors à la réapparition de logiques ethnolinguistiques, à un retour du mode occidental de développement, au recours à la privatisation qui est présentée comme la panacée. Avec le passage du populisme socialisant au libéralisme mafieux, la langue du socialisme s’effondre. Le pluralisme est alors accepté comme la concession inévitable face à la crise économique. Mais cette acceptation est conjoncturelle et non principielle. Les ralliements au pluralisme ne s’accompagnent pas d’un vrai débat sur les fondements de l’autoritarisme, et ce processus démocratique ne s’accompagne pas de l’ouverture d’espaces de contre-pouvoir pour la société mais il se contente de l’aménagement d’espaces dépendant de l’État sous la forme de partis et d’associations, contribuant ainsi à l’émiettement du champ politique.

Comme l’a souligné Ghassan Salamé, « le clivage politique fondamental [...] n’oppose pas les forces démocratiques à d’autres qui ne le seraient pas, mais des forces qui sont souvent aussi étrangères les unes que les autres à un régime démocratique ou du moins aussi peu soucieuses de l’établir »  [15] [15] G. SALAMÉ (dir.), Démocraties sans démocrates. Politiques....

La « décompression autoritaire » en cours en Algérie n’est pas à dédaigner, mais le monde du travail et la grande masse des exclus n’en bénéficient pas encore. Les chemins de la démocratie restent à inventer. Elle sera sociale ou ne sera pas.

Notes

[(1)]

Ce texte est la reprise (légèrement modifiée) d’une allocution donnée dans le cadre d’un hommage à Mustapha Lachraf les 18,19 et 20 décembre 2004 à Alger, édité en bilingue à Alger, Kasba, 2006 : article p. 137-148.

[(2)]

R. GALLISSOT (dir.), Algérie : engagements sociaux et question nationale. De la colonisation à l’indépendance. Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier, Maghreb, Ivry-sur-Seine, Éditions de l’Atelier, Le Maitron, 2007,605 p. On s’y reportera pour les biographies des personnalités citées ici.

[(3)]

Y. BEN ACHOUR, Politique, religion et droit dans le monde musulman, Tunis, Cérès Éditions, 1992, p. 155.

[(4)]

K. M. KHALID, Al-difâ’ ‘an al-dimuqrâtiyya (Défense de la démocratie), Le Caire, Dar Thabit, 1985, cité par S. A. ALDEEB ABU-SAHLIEH, Les musulmans face aux droits de l’Homme. Religion, droit et politique, Bochum, Winkler Verlag, 1994.

[(5)]

X. YACONO, Histoire de l’Algérie de la fin de la régence turque à l’insurrection de 1954, Paris, Éditions de l’Atlanthrope, 1993, p. 46.

[(6)]

« Croyance ou coutume qui ne s’appuie pas sur un précédent datant de l’époque du prophète », in H. A. R. GIBB et alii (dir.), Encyclopédie de l’Islam, t. I, 2e éd., Leyde, E. J. Brill – Paris, Maisonneuve et Larose, 1991.

[(7)]

Y. BEN ACHOUR, Politique..., op. cit., p. 161.

[(8)]

P. BOURDIEU, « La représentation politique. Éléments pour une théorie du champ politique », Actes de la Recherche en Sciences sociales, no 36-37, février-mars 1981, p. 3-24.

[(9)]

F. ABBAS, La nuit coloniale, Paris, Julliard, 1962, p. 114-115.

[(10)]

Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques.

[(11)]

Union démocratique du manifeste algérien.

[(12)]

On distingue en général la résistance intérieure, opérée depuis les wilaya, et l’armée extérieure, plus professionnelle et formée dans les arrières, en Tunisie et au Maroc.

[(13)]

Conseil national de la révolution algérienne.

[(14)]

Gouvernement provisoire de la république algérienne.

[(15)]

G. SALAMÉ (dir.), Démocraties sans démocrates. Politiques d’ouverture dans le monde islamique, Paris, Fayard, 1994.

Source :https://www.cairn.info/revue-le-mouvement-social-2007-2-page-25.htm

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    De nouvelles orientations cultuelles au Québec, Canada
    Reouvellement de la politique culturelle - Le ministre Luc Fortin reprend les travaux de consultation publique


QUÉBEC, le 1er août 2016 /CNW Telbec/ - C’est le 8 août à 13 h 30 au Centre culturel du Mont-Jacob, à Saguenay, que reprendra la tournée de consultation publique en vue du renouvellement de la politique culturelle. La tournée de consultation sera clôturée le 29 août prochain au Centre culturel de l’Université de Sherbrooke. Entre-temps, le ministre de la Culture et des Communications et ministre responsable de la Protection et de la Promotion de la langue française, M. Luc Fortin, s’arrêtera à Joliette, Rimouski, Gaspé, Baie-Comeau, Gatineau et Montréal.

« Les présentations et témoignages reçus lors des séances de consultation contribueront sans conteste à écrire ce nouveau chapitre pour la culture au Québec. Je suis très heureux des échanges que nous avons eus sur des enjeux qui me tiennent à cœur, car ils enrichiront non seulement la nouvelle politique culturelle, mais aussi les différents secteurs d’intervention du ministère de la Culture et des Communications. J’amorce cette dernière étape de la tournée de consultation avec enthousiasme. J’ai hâte d’entendre les points de vue et les propositions des autres régions du Québec », a mentionné le ministre Fortin.

Rappelons qu’un comité-conseil a été formé afin de donner des avis au ministre tout au long de cette démarche. Il est composé de huit membres influents du milieu : Mmes Liza Frulla, Louise Sicuro, Nadine St-Louis et Sylvie Gamache, et MM. Ian Gailer, Gabriel Bran Lopez, Hugues Sweeney et Sandy Boutin. M. Gabriel Bran Lopez accompagnera le ministre Fortin pour la dernière partie de la tournée ; il agira à titre de conseiller spécial et rendra compte des discussions au comité-conseil.

Toutes les séances sont ouvertes au public. Ceux et celles qui souhaitent participer aux réflexions ont jusqu’au 26 août pour remplir le questionnaire en ligne ou déposer un mémoire.

Notre culture, notre avenir
La politique culturelle lancée en 1992, intitulée Notre culture, notre avenir, a été élaborée en fonction de trois axes : l’affirmation de notre identité ; le soutien aux créateurs et à la création artistique ; et l’accès et la participation des citoyens à la vie culturelle. La future politique pourra s’appuyer sur les acquis de cette politique en tenant toutefois compte des nouvelles réalités, dont l’évolution des pratiques culturelles, la mondialisation, les changements démographiques, la diversité culturelle et le développement des technologies.

Pour obtenir davantage de renseignements sur les travaux entourant le renouvellement de la politique culturelle, la population est invitée à consulter le site Internet du Ministère à l’adresse suivante : www.mcc.gouv.qc.ca/Politiqueculturelle.

Suivez le Ministère dans les médias sociaux  @MCCQuebec  #PolculturelleQC

ANNEXE

CONSULTATION PUBLIQUE À VENIR
SUR LE RENOUVELLEMENT DE LA POLITIQUE CULTURELLE

Date

Ville / Région

8 août Saguenay / Saguenay-Lac-Saint-Jean
10 août Joliette / Lanaudière
15 août Rimouski / Bas-Saint-Laurent
16 août Gaspé / Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine
17 août Baie-Comeau / Côte-Nord
22 août Gatineau / Outaouais
25-26 août Montréal / Montréal
29 août Sherbrooke / Estrie

SOURCE Cabinet du ministre de la Culture et des Communications et ministre responsable de la Protection et de la Promotion de la langue française

Renseignements : Source : Karl Filion, Attaché de presse, Cabinet du ministre de la Culture et des Communications et ministre responsable de la Protection et de la Promotion de la langue française, 418 380-2310 ; Information : Anne-Sophie Lacroix, Responsable des relations avec les médias, Ministère de la Culture et des Communications, 418 380-2363, poste 7239 – Source : http://www.newswire.ca/fr/news-releases/renouvellement-de-la-politique-culturelle---le-ministre-luc-fortin-reprend-les-travaux-de-consultation-publique-588835641.html

Canada - Vers une nouvelle politique culturelle québécoise - Publié le mardi 9 août 2016

Le ministre de la Culture et des Communications du Québec, Luc Fortin, et le député de Dubuc, Serge Simard, lors de la consultation publique à Saguenay, le 8 août 2016. Photo à la source : Radio-Canada

Les consultations publiques en vue du renouvellement de la politique culturelle du Québec ont repris lundi à Saguenay. Une cinquantaine de personnes étaient réunies au Centre culturel du Mont-Jacob.

Cette tournée du ministre de la Culture et des Communications Luc Fortin s’est amorcée en juin. L’objectif est de revoir la politique nationale qui date de 1992 en tenant compte, entre autres choses, des nouvelles pratiques culturelles et des avancées technologiques.

« Beaucoup de choses ont changé depuis 1992, notamment le numérique, qui est venu bousculer nos habitudes de consommation en matière de produits culturels. Alors ce sont des choses que l’on doit prendre en considération », explique le ministre Fortin.

En tout, sept organismes du Saguenay-Lac-Saint-Jean ont déposé un mémoire, soit le Conseil régional de la Culture Saguenay-Lac-Saint-Jean, l’École Florence Fourcaudot, la Société d’histoire du Lac-Saint-Jean (Service d’aide-conseil à la rénovation patrimoniale), Caravane Film, Yves Lacourcière, le Réseau muséal et patrimonial du Saguenay-Lac-Saint-Jean, et le Ciné-club de Chicoutimi.

Le processus de consultations publiques se poursuit jusqu’au 29 août. Un comité-conseil composé de Liza Frulla, Louise Sicuro, Nadine St-Louis, Sylvie Gamache, Ian Gailer, Gabriel Bran Lopez, Hugues Sweeney et Sandy Boutin a été formé afin de donner des avis au ministre Fortin lors de cette démarche.

Vers une nouvelle politique culturelle québécoise

Il faut reconnaître l’apport économique de la culture

Jocelyn Robert, président du CA, Culture Saguenay-Lac-Saint-Jean

Il est nécessaire d’augmenter le financement des organismes de formation en danse. Je crois aussi qu’il pourrait y avoir la mise en place d’un programme de formation en danse au niveau collégial dans la région.

Julie Morin, directrice générale, École Florence Fourcaudot

Il est impératif que Caravane Films, comme les autres organismes qui mettent en valeur une cinématographie nichée, puisse compter sur un appui important du ministère, via l’implantation des créneaux d’excellence.

Marie-Élaine Riou, directrice générale Festival Regard – Source :

http://ici.radio-canada.ca/regions/saguenay-lac/2016/08/08/004-nouvelle-politique-culturelle-quebecoise-consultations-publiques-saguenay.shtml

Québec - Une nouvelle politique culturelle : quels sont les enjeux pour la Gaspésie ? - Publié le vendredi 12 août 2016 | Mis à jour le dimanche 14 août 2016 à 15 h 03

La culture s’exprime de diverses façons en Gaspésie. Photo à la source : Courtoisie Steven Melanson Festi Plage/Radio-Canada

Jusqu’au 26 août, le ministère de la Culture et des Communications du Québec mène des consultations en vue de se doter d’une nouvelle politique culturelle en 2017. Celle qui prévaut actuellement aura alors 25 ans.

Un texte de Brigitte Dubé Twitter Courriel

Le ministre de la Culture, Luc Fortin, effectue une tournée de consultation dans les régions et s’arrêtera au Musée de la Gaspésie le 16 août. Voici, en prévision de son passage, les points de vue de huit intervenants culturels sur les enjeux spécifiques à la Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine.

ANNIE CHÉNIER, CONSULTANTE EN CULTURE 

NB. Pour des raisons techniques, les photos ont été effacées dans le texte mais elles sont accessibles la source.

Annie Chénier, consultante en culture Photo : Courtoisie - Cette consultante en culture insiste sur l’importance du renouvellement de la politique culturelle.

« C’est une étape déterminante, dit-elle, un cadre de référence où on établit les priorités d’action pour l’avenir ; un texte fondateur. On ne refait pas ça souvent. »

Les trois Accords et la chorale des enfants au Festival en chanson de Petite-Vallée. Photo : Radio-Canada

Elle explique que le portrait a changé en Gaspésie depuis 25 ans. « Des événements culturels majeurs sont apparus. Plusieurs artistes sont maintenant reconnus comme professionnels et peuvent vivre de leur métier. Les conférences régionales des élus (CRÉ), dont l’importance était majeure en culture, sont disparues.

Il est important de donner à la Gaspésie son droit de parole. C’est le moyen d’intervenir, de poser les bonnes questions.

Annie Chénier, consultante en culture

Même s’il est trop tard pour déposer un mémoire, il est toujours possible de remplir un questionnaire disponible en ligne. Un événement Facebook a été créé en lien avec le renouvellement de la politique culturelle en Gaspésie.

ANIK LOISEL, CONSEIL DE LA CULTURE

Anik Loisel, directrice générale du Conseil de la culture Photo : Courtoisie

La directrice générale du Conseil de la culture remarque que la Gaspésie a pris de l’avance dans sa réflexion. « En 2013, on a fait des consultations et des réflexions. On s’assure que c’est toujours pertinent », mentionne-t-elle.

Installation photographique à New Richmond de l’artiste Dina Goldstein dans le cadre des Rencontres internationales de la photographie en Gaspésie Photo : http://www.photogaspesie.ca/

« La disparition de la CRÉ a fait une grosse différence, ajoute-t-elle. Beaucoup d’organismes ont vu leur financement diminuer. La CRÉ gérait certains budgets qu’on n’a plus. »

« On sentait une meilleure concertation dans le milieu pour pouvoir aller chercher de l’argent neuf, poursuit-elle. Maintenant, c’est difficile. On sent un essoufflement. Il faut trouver des moyens pour survivre. »

Manifestez-vous si vous ne voulez pas que ce soit une politique culturelle de ville. Parlez-en !

Anik Loisel, directrice générale du Conseil de la culture de la Gaspésie

Les organismes qui présenteront des mémoires. Photo : Radio-Canada

MICHEL DESJARDINS, DIFFUSEUR DE SPECTACLES 

Michel Desjardins, président du conseil d’administration de CD Spectacles de Gaspé Photo : Courtoisie

Le président du conseil d’administration de CD Spectacles de Gaspé estime qu’on met beaucoup l’accent sur les créateurs, mais que la diffusion est le parent pauvre de la culture.

« Les temps sont durs et on est souvent à la merci de nos partenaires », déplore Michel Desjardins. 

Quand l’économie va mal, on coupe dans le gras, donc dans la culture. Peu importe qui est au pouvoir, la nouvelle politique culturelle devrait faire en sorte que notre financement soit assuré pour nous mettre à l’abri des variations politiques.

Michel Desjardins

Prestation de Martha Wainwright au lever du soleil, au parc Forillon, à l’occasion de Festivale Musique du bout du monde. Photo : Radio-Canada

Il suggère aussi que les liens entre les ministères de l’Éducation et de la Culture soient plus formels pour permettre des activités culturelles mieux financées.

Selon lui, la culture a des effets positifs sur la santé globale des gens.

« Plus les gens vont être exposés à la culture, plus ils deviendront de meilleures personnes. Ils seront plus créatifs et plus ouverts », estime-t-il.

MONIQUE CAMPION, REPRÉSENTANTE

Monique Campion, administratrice du LEG (Les organismes gaspésiens) Photo : Courtoisie

Pour Monique Campion, administratrice du LEG (Les organismes gaspésiens), il faut bouger pour s’assurer de ne pas se retrouver avec une politique mur à mur qui ne reflète pas la réalité des régions. « Depuis les dernières années, constate-t-elle, on perd beaucoup nos acquis régionaux. »

Nos événements gaspésiens, c’est plus que quelques jours de festivités. C’est une vie, une économie qu’on met en action. Leur particularité, c’est le côté humain, les liens qu’on tisse. On crée des partenariats impossibles. Il y a tellement d’énergie, de maillage !

Monique Campion, administratrice du LEG (Les organismes gaspésiens)

La Fête du Bois flotté à Sainte-Anne-des-Monts. Photo : Courtoisie Maison de la culture

L’événement devient l’identité du citoyen et suscite le sentiment d’appartenance. « La Fête du bois flotté, à Sainte-Anne-des-Monts, attire entre 15 000 et 18 000 visiteurs, rappelle Monique Campion. Des gens de l’extérieur nous disent qu’ils vivent une chimie énergétique pas possible. Ils se sentent comme intégrés dans une communauté. »

PASCAL ALAIN, RESPONSABLE DES LOISIRS MUNICIPAUX

Pascal Alain, responsable des loisirs municipaux à la Ville de Carleton-sur-Mer Photo : Courtoisie

Pour Pascal Alain, responsable des loisirs municipaux de Carleton-sur-Mer, le rôle des municipalités a considérablement changé en 25 ans. « Elles sont devenues de véritables ambassadrices de la culture », constate-t-il.

Il rappelle que deux villes gaspésiennes ont déjà adopté leur politique culturelle, soit New Richmond en 1998 et Carleton en 1999. Depuis, plusieurs autres ont suivi.

Si une municipalité adopte une politique culturelle, c’est qu’elle considère que la culture est une priorité.

Pascal Alain

Un conteur à Carleton-sur-Mer. Photo : Courtoisie Ville de Carleton

Pascal Alain reconnaît l’importance, pour les villes, de la Loi sur patrimoine culturel revue et corrigée en 2012. « C’est un outil qui permet aux villes de mettre en valeur et de conserver leur patrimoine, de protéger un paysage, un bâtiment historique et le patrimoine immatériel, comme les contes, les chansons ou les légendes ou de perpétuer la mémoire d’un personnage marquant », précise-t-il.

LOUBA-CHRISTINA MICHEL, ARTISTE

Louba-Christina Michel, peintre et auteure Photo : Courtoisie

Louba-Christina Michel de Percé, peintre et auteure, croit qu’une nouvelle politique culturelle devrait tenir compte du caractère englobant de la culture.

Selon elle, il faudrait par exemple laisser plus de place aux jeunes et aux aînés, voir le temps comme dans la culture autochtone. « Ils laissent le présent, le passé et le futur vivre ensemble plutôt que d’aller toujours vers l’avant », remarque-t-elle.

Danse vertigineuse, acrylique sur toile de Louba Christina Michel Photo : Courtoisie Louba Christina Michel

Ainsi, la notion d’héritage culturel amène celle de la transmission. Louba dit s’impliquer elle-même auprès de jeunes et, en tant qu’artiste près de la trentaine, bénéficier en même temps de l’appui d’artistes un peu plus vieux.

Pour elle, l’art amène la réalisation de soi.

L’art est omniprésent dans la vie. Les gens ne sont pas conscients à quel point ça leur fait du bien.

Louba-Christina Michel de Percé, peintre et auteure

Louba incite les artistes à se manifester quand le ministre Fortin sera de passage à Gaspé.

« C’est une occasion de parler de notre place dans notre société, explique-t-elle. C’est encore tabou d’être artiste et c’est dommage. »

MATHIEU LAROCHELLE, ACTIVISTE CULTUREL

Mathieu Larochelle, fervent consommateur de culture et activiste culturel Photo : Courtoisie

Fervents consommateurs de culture et activistes culturels abitibiens, Mathieu Larochelle et Geneviève Béland font valoir l’importance des salles alternatives dans le mémoire qu’ils ont présenté. Ils le considèrent pertinent pour l’ensemble du Québec.

« Les diffuseurs alternatifs ne font pas ça pour l’argent, mais pour diversifier l’offre et dynamiser leur milieu de vie », précise-t-il.

Un spectacle à l’auberge festive Sea Shack en Haute-Gaspésie. Photo : Page Facebook

Il demande que les cafés et les bars-spectacles soient reconnus comme diffuseurs spécialisés, complémentaires. « Les petites salles proposent un contact plus intimiste, un contact plus rapproché. Elles ont leur importance parce qu’elles sont des lieux de découverte. Les artistes émergents sont souvent diffusés d’abord dans les bars. »

Deux organismes madelinots participeront à la consultation sur la politique culturelle. Photo : Radio-Canada

ANNE-MARIE BOUDREAU, DIRECTRICE D’ARRIMAGE

La directrice d’Arrimage, corporation culturelle des Îles-de-la-Madeleine, Anne-Marie-Boudreau. Photo : Courtoisie Arrimage

Aux Îles-de-la-Madeleine, la directrice de la corporation Arrimage, Anne-Marie Boudreau, souligne que le domaine culturel s’est détérioré depuis les débuts de l’organisme qui a 26 ans.

Beaucoup d’artistes viennent s’installer aux îles de la Madeleine, inspirés par la beauté des lieux. Photo : Courtoisie Arrimage

« Nous avions le bonheur de participer à la professionnalisation et au développement culture partout au Québec, mais depuis quelques années, on assiste à l’appauvrissement et à la détérioration de la chaîne culturelle », déplore-t-elle.

Le démantèlement des CRÉ et des CLD a fragilisé le domaine culturel, ajoute-t-elle. Ici, ça nous a fait perdre 30 000 dollars. Notre financement n’a pas été augmenté depuis dix ans, mais les artistes eux, ont toujours besoin de nos services. »

Le renouvellement de la politique culturelle c’est l’occasion, pour le Ministère et le gouvernement, d’affirmer haut et fort la place qu’ils entendent donner aux arts et à la culture dans la société et dans toutes les régions du Québec.

Anne-Marie Boudreau

Anne-Marie Boudreau veut aussi rappeler au ministre Fortin que le gouvernement du Québec a reconnu les contraintes liées à l’insularité et que celles-ci sont vécues quotidiennement par les artistes madelinots.

Vous êtes témoin d’un événement ? Cliquez ici »

Source : http://ici.radio-canada.ca/regions/est-quebec/2016/08/12/012-nouvelle-politique-culturelle-enjeux-gaspesie.shtml

Canada - La démocratie culturelle : un autre modèle de politique culturelle

Document : Carnet de recherches du Comité d’histoire du Ministère de la culture et de la communication sur les politiques, les institutions et les pratiques culturelles. Québec, Canada. Par chmcc · Publié le 15 septembre 2014· Mis à jour le 20 juin 2016.

Article d’Alice Chatzimanassis, 2013. « Démocratisation de la culture et démocratie culturelle à partir de l’exemple québécois » [en ligne]. In : Comité d’histoire du ministère de la Culture et de la Communication, Centre d’histoire de Sciences-Po Paris, La démocratisation culturelle au fil de l’histoire contemporaine, Paris, 2012-2014. Disponible sur : http://chmcc.hypotheses.org/675. [mis en ligne le 15 septembre 2014] Copyright Tous droits réservés – Ce texte ne doit pas être reproduit (sauf pour un usage strictement privé), traduit ou diffusé. Le principe de la courte citation doit être respecté.

« J’aimerais vous proposer une réflexion sur l’orientation des politiques culturelles et les principes qui en guident l’action. Ma communication s’articulera en 3 parties. Je commencerai par discuter le concept de démocratisation de la culture. Je présenterai ensuite la notion de démocratie culturelle comme contre-modèle au paradigme de la démocratisation. Enfin, un regard sur la politique culturelle québécoise adoptée en 1992 et encore en vigueur aujourd’hui permettra d’illustrer la façon dont est mis en œuvre, au niveau de la planification gouvernementale, l’objectif de démocratie culturelle... »

Article complet à lire sur le site : http://chmcc.hypotheses.org/675

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  • Burkina Faso - Démocratisation culturelle et démocratie culturelle. Quelle approche pour le Burkina Faso ? Publié le 2 février 2016 par Adamou L. KANTAGBA
    Introduction

Le champ culturel et artistique a été administré au Burkina Faso sous des régimes politiques d’obédience et de tendances politiques et sociales différentes. Au total, trois régimes militaires et quatre républiques ont administrée la culture et les arts.

Le traitement et la prise en charge de la culture et des arts par ces différents régimes ont été différenciés. Des études et des auteurs s’accordent pour situer l’intérêt grandissant accordé par les pouvoirs publiques à la culture et aux arts à partir de 1971, avec la création d’un ministère en charge de la Culture, ce qui fait dire au professeur Jean-Pierre Guingané, cité par le professeur Yves Dakuo que jamais auparavant un programme gouvernemental n’a fait allusion à des problèmes culturelles 
[1], et de 1983 sous la Révolution démocratique et populaire, période qui consacre la pérennisation de grands évènements et manifestations culturelles et artistiques notamment la Semaine nationale de la culture.

Dans le cadre de la présente conférence relative à la démocratisation de la culture et des arts au Burkina Faso, nous prenons principalement pour point de référence de départ de notre réflexion, la gouvernance culturelle publique à partir de la 4e République. Cela ne limite pas le champ des interrogations qui se référeront, le cas échant, aux pratiques publiques antérieures à cette période.

La question de la démocratisation de la culture et des arts est peu fréquente dans la littérature des pouvoirs publics et des acteurs culturels du Burkina Faso contrairement en Belgique, en France ou au Canada ou les instances universitaires et politiques se sont saisies de la question
[2].

Cependant, la terminologie n’est pas totalement absente du vocabulaire national. Des auteurs comme Yves Dakouo
[3] dans l’analyse de la politique culturelle sous la révolution de 1983 font ressortir qu’un des objectifs de l’action culturelle était de démocratiser la création, la consommation culturelle en vue de rompre avec une certaine conception élitiste de l’art.

Les questions culturelles et artistiques dans un contexte démocratique comme celui du Burkina Faso ne peuvent être marginalisées et soutirées des critères d’appréciation des avancées démocratiques. De ce fait, l’appréciation de la liberté des citoyens et des communautés, leur participation à la gestion et à la conduite de la chose publique, leur protection sont aussi à apprécier sous l’angle de la culture et des arts. Il apparaît fort légitime de soulever les questions de démocratisation de la culture et des arts au même titre que les questions et préoccupations portées par la société politique, militaire et civile.

Depuis l’avènement de la 4e République en 1991, le Burkina Faso est administré sous un modèle démocratique largement partagé par l’ensemble des nations avec une volonté des autorités politiques d’assoir de manière progressive un Etat libre et démocratique. Dans ce sens, le pays a proclamé un certain nombre de droits et libertés dans sa Constitution et adhéré à de nombreuses conventions et accords internationaux en lien avec les droits et libertés culturelles et artistiques
[4].

Quel est l’état des lieux du processus de démocratisation en matière de culture et des arts et de quelles manières est-il conduit ?

Assurément toutes formes de gouvernance culturelle et artistique publique comportent des insuffisances. Ce qui nous conduit à entrevoir les pistes de solutions éventuelles en vue d’une démocratisation réussies de la culture et des arts.

Nous traiterons les questions soulevées par la thématique de la manière suivantes :

I. Des notions clefs

II. Des fondements de la politique de démocratisation de la culture et des arts

III. De la mise en œuvre du processus de démocratisation de la culture et des arts

IV. Des insuffisances et des pistes de solutions

I. Des notions clefs

Des notions techniques essentielles sont à cerner. Il s’agit de la culture, de la démocratisation de la culture et de la démocratie culturelle.

I.1. La culture

Le concept de culture reçoit une multitude de définitions. Il n’existe pas moins de 180 définitions différentes selon le rapport sur l’étude des impacts du secteur de la culture sur le développement social et économique Burkina Faso
[5].

La définition de la culture consacrée formellement à travers la politique nationale de la culture
[6] est celle donnée par l’Unesco qui définit la culture en ces termes : « Ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle englobe, outre les arts et les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l’être humain, les systèmes de valeur, les traditions et les croyances ».

Cette conception large de la culture cadre avec les réalités et le contexte africain en ce sens qu’elle prend en compte l’ensemble des dimensions de la culture qui ne se résume pas strictement aux arts.

I.2. La démocratisation de la culture

Le concept est né selon les auteurs au début des années 1960 en Europe et André Malraux alors ministre d’Etat chargé des Affaires culturelles en France en 1959, est reconnu comme l’un des promoteurs des politiques de démocratisation
[7]. Elle vise à donner accès à tous à la culture et aux arts. Elle est fondée sur une politique volontariste des pouvoirs publics en terme de mesures et actions publiques en faveur de la création des institutions de promotion et de diffusion des biens et services culturels (infrastructures culturelles et artistiques (théâtre national, mussées, bibliothèques, centre culturels, etc.).

I.3. La démocratie culturelle

Née en réaction à la démocratisation de la culture notamment en France à partir de mai 1968
[8], elle vise à ce que chacun puisse élaborer sa propre culture et son propre rapport à la culture. Elle reproche à la démocratisation de la culture de concourir à l’émergence d’une culture dominante, élitiste et à la reproduction des inégalités sociales. Elle met un accent sur toutes les cultures en particulier, celles populaires.

II. Des fondements de la politique de démocratisation de la culture et des arts

Les mesures et actions publiques en faveur du développement culturel et artistique et prise comme entrant dans le champ de la démocratisation culturelle tirent leur fondement sur le plan juridique et politique.

II.1. Les fondements juridiques

La démocratisation de la culture se fonde du point de vue juridique sur la Constitution qui reconnait en son article 1er l’égalité entre les Burkinabè et condamne toutes les formes de discrimination. Mis en relation avec la culture et les arts, tous les citoyens devront théoriquement avoir un égal accès aux biens et services culturels. Par ailleurs, l’article 7 garantit la libre exercice des coutumes, des pratiques culturelles ce qui fonderait une politique de démocratie culturelle.

A son chapitre 4 consacré aux droits et devoirs sociaux et culturel, la Constitution reconnait la création artistique comme un droit social et culturel protégé et à promouvoir. Ce qui est en faveur de l’ancrage de la démocratie culturelle. Elle protège également les manifestations de l’activité culturelle et artistique, la liberté de création et les œuvres artistiques.

Les dispositions à caractère culturel et artistique de la Constitution traitent des aspects à mettre plus en lien avec la démocratie culturelle que la démocratisation de la culture.

En plus de la Constitution, un autre texte juridique important impacte sur le processus de la démocratisation culturelle et celui de la démocratie culturelle. Il s’agit de la loi 0-2004/AN du 21 décembre 2004 portant Code général des collectivités territoriales. Cette loi consacre une autonomisation de certaines matières culturelles qui entrent dans le champ de la compétence de gestion des collectivités locales, communes et régions.

Celles-ci ont compétence en matière :

  • de construction et de gestion d’infrastructures culturelles ;
  • de promotion d’activités culturelles ;
  • de construction et de gestion de musées et bibliothèques régionaux et communaux ;
  • de promotion de l’artisanat ;
  • de valorisation des potentialités culturelles et artistiques traditionnelles des régions et des communes ;
  • de gestion et conservation des archives régionales et communales ;
  • de suivi de la restauration et de la réhabilitation des sites et monuments historiques communaux.
    La consécration des matières culturelles et artistiques dans les affaires locales participe à l’émergence d’une politique de démocratie culturelle plus que d’une politique de démocratisation.

Ses deux instruments majeurs sont à combiner avec les importantes conventions ratifiées par le Burkina Faso à savoir les Pactes de 1966 sur les droits culturels et la Convention de 2005 sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles.

Si le pacte de 1966 crée les conditions favorables à la démocratie culturelle en termes de garantie des droits et libertés culturelles et artistiques, la Convention de 2005, par contre, incite à favoriser la démocratisation et la démocratie culturelle en ce sens qu’elle exige une intervention volontariste de l’Etat en termes de soutien à la diffusion et à la promotion d’une part, et d’autre part, qu’elle veille à l’expression de toutes les disciplines culturelles ainsi qu’à leur pratique.

II.2. Les fondements politiques de la démocratisation culturelle

Le processus de démocratisation de la culture et des arts en cours au Burkina Faso tire sa source politique de la Politique nationale de la culture adoptée en novembre 2009 par le Gouvernement. La politique est déclinée en quatre objectifs stratégiques : préserver la diversité culturelle en vue de promouvoir l’inculturation et de consolider la cohésion sociale, renforcer les capacités institutionnelles du secteur de la culture ; structurer et développer l’économie de la culture et renforcer la coopération culturelle et soutenir la diffusion extérieure des produits culturels burkinabè.

Le document de politique culturelle qui traduit la vision du gouvernement comporte également des mesures et actions en lien avec la démocratie culturelle.

III. De la mise en œuvre de la politique de démocratisation de la culture et des arts

Le processus de démocratisation culturelle actuel est concrétisé dans une approche de facilitation de l’accès à la culture à travers les institutions et infrastructures culturelles étatique, le soutien technique et financier à la création, à la promotion et à la diffusion des biens et services culturels.

III.1. En matière d’institutions et d’infrastructures culturelles et artistiques

En vue de favoriser l’accès à la culture et aux arts et la diffusion des biens et services culturels, l’Etat a entrepris une politique volontariste qui conduit à la mise en place de structures publiques. L’institution du Musée national, de la Bibliothèque nationale, du Théâtre national et de la Maison de la culture s’inscrivent dans cette approche.

En outre, la construction des salles polyvalentes lors des célébrations de la fête tournante de l’indépendance répond à cet esprit de démocratisation de la culture à travers les infrastructures de diffusion.

III.2. En matière de soutien aux projets des opérateurs culturels

Les acteurs culturels privés, constitués en associations en entreprises privées ou à titre individuel, reçoivent des appuis financiers du ministère de la Culture, du Tourisme et des Arts sous forme de subvention pour la réalisation de leurs projets culturels.

Les subventions octroyées s’inscrivent dans l’esprit que ces acteurs non étatiques participent à une mission de service public culturel et artistique qui incombe à l’Etat. Les projets culturels et artistiques portent généralement sur la diffusion, la création et la promotion. Ce sont de projets initiés par leurs auteurs auxquels les pouvoirs publics ne prennent pas part à la conception.

III.3. L’organisation de manifestations culturelles publiques et l’institution de prix

De manière régulière l’Etat organise des festivals, salons et foires qui constituent des espaces de diffusion, de promotion. Ces espaces populaires rapprochent la culture et les arts des populations qui sont invitées à y prendre part.

Les pouvoirs publics facilitent l’accès des populations par de mesures administratives notamment les journées continues et la mise à disposition de tickets gratuitement, par moment.

Ces grandes manifestations sont : le Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO), la Foire internationale du livre de Ouagadougou (FILO), la Semaine nationale de la culture (SNC), le Salon international de l’artisanat de Ouagadougou (SIAO).

Des prix littéraires et artistique sont institués et octroyés aux artistes par ces évènements et manifestations. Il s’agit du Grand prix national des arts et des lettres (GPNAL) de la Semaine national de la culture, des Prix littéraires de la Foire internationale du livre de Ouagadougou, des Étalons du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou, etc.

IV. Des insuffisances de la démocratisation culturelle et des pistes de solutions

Le processus de démocratisation de la culture et des arts qui est plus mis en exergue de nos jours comporte des insuffisances et limites. Il ne parviendra pas à instaurer un développement culturel véritable, qui soit englobant et global, prenant en compte l’ensemble des expressions culturelles et artistiques car il n’est pas conduit sur la base de référentiel spécifique comme une stratégie cohérente de démocratisation de la culture et des arts.

Il faudrait donc réfléchir à une telle stratégie qui intègrera les conditions de soutiens aux opérateurs privés et aux collectivités territoriales qui ont en charge le développement culturel local d’une part, et d’autre part, les modalités de développement des différentes filières artistiques et des formes et expressions culturelles nationales.

Par ailleurs, le processus souffre des critiques qui lui sont formulées à savoir : favoriser des arts et des expressions culturelles et conforter l’homogénéisation au détriment de la pluralité et de l’égale valeur des formes d’expressions culturelles et artistiques.

Il faudrait donc en ce qui concerne le contexte burkinabè renforcer l’approche de démocratie culturelle contenue dans la politique culturelle et la Constitution à travers les mesures et actions suivantes :

  • accroissement des moyens et des ressources aux collectivités territoriales en vue du développement des formes d’expressions culturelles et artistique locales ;
  • renforcement de la formation et de l’éducation artistique à travers sa généralisation dans le système d’enseignement obligatoire. Ce qui suscitera l’éveil artistique et le goût de l’art et de la culture ;
  • élaboration d’une politique de bénévolat culturel et artistique en vue de renforcer davantage le processus de l’éducation artistique populaire ;
  • ancrage du développement sur les valeurs et référentiels endogènes conformément au but de la politique culturelle qui est de fonder l’avenir de la nation sur les valeurs et réalités endogènes ;
  • promouvoir davantage la créativité culturelle et artistique en vue d’assoir une véritable diversité culturelle.
    Conclusion

La démocratisation de la culture et des arts constitue l’approche marquée des politiques publiques culturelles et artistiques au Burkina Faso. Cette approche a produit des effets tangibles en termes de promotion des biens et services et d’accès à la culture pour une frange importante de la population. Cependant, l’approche mérite d’être mieux planifiée pour atteindre des résultats plus structurants d’une part, et d’autre part, équilibrée avec la combinaison de la démocratie culturelle. Idrissa Zorom

Références bibliographiques

Ouvrages spécifiques

Ministère de la culture, du tourisme et de la communication, Politique nationale la culture, Ouagadougou, 2009.

Ministère de la Culture et du tourisme, Rapport de l’étude sur les impacts de la culture sur le développement social et économique du Burkina Faso, 2012.

Ministère de la Culture et de la Communication française, Histoire des politiques « de démocratisation culturelle, Paris, 2012.

DAKUO (Y), Émergences des pratiques littéraires modernes en Afrique francophone…, Harmattan Burkina, Ouagadougou, 2011.

GATTINGER (M), Démocratisation de la culture, démocratie culturelle et gouvernance, Whitehorse « Yukon », 2011.

Fédération de Wallonie Bruxelles, Enjeux et questions dans le secteur de l’éducation permanente en matière culturelle, analyse n1 : le monde socio-culturel en fédération de Wallonie Bruxelles : entre démocratisation de la culture et démocratie culturelle, analyse 2012, Bruxelles, 2012


[1] Yves Dakouo, Émergence des pratiques littéraires modernes en Afrique francophone…, Harmattan Burkina, Ouagadougou, p.72.


[2] Se référer notamment aux réflexions du professeure Monica Gattinger, École d’étude politique, Université d’Ottawa et des publications des services de l’éducation permanente de la Fédération de Wallonie Bruxelles dans la revue action et recherche culturelle « analyse de l’année 2012 » sur la démocratisation de la culture et la démocratie culturelle.


[3] Émergences des pratiques littéraires modernes en Afrique francophone…, Harmattan Burkina, Ouagadougou, p.76.


[4] Nous citons notamment, les Pactes de 1966 sur les droits culturels et la Convention de 2005 sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles.


[5] Rapport sur les impacts du secteur de la culture sur le développement social et économique du Burkina Faso, Ouagadougou, 2012, p.23.


[6] Cf. Politique nationale de la culture, p.6.


[7] Enjeux et questions dans le secteur de l’éducation permanente en matière culturelle, analyse n1 : le monde socio-culturel en fédération de Wallonie Bruxelles : entre démocratisation de la culture et démocratie culturelle, analyse 2012, Bruxelles, p.1.


[8] Enjeux et questions dans le secteur de l’éducation permanente en matière culturelle, Ibidem.

Publié dans Société - Source : http://kantadamoul.over-blog.com/2016/02/democratisation-culturelle-et-democratie-culturelle-quelle-approche-pour-le-burkina-faso.html

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    Belgique - Démocratisation de la culture et/ou démocratie culturelle ? Comment repenser aujourd’hui une politique de démocratisation de la culture ? Par Jean-Louis Genard, Université libre de Bruxelles
    Jean-Louis Genard est philosophe et docteur en sociologie. Professeur ordinaire à la Faculté d’architecture « La Cambre Horta » de l’Université libre de Bruxelles, il est également chargé de cours aux Facultés universitaires Saint-Louis. Il a publié de nombreux ouvrages, parmi lesquels Sociologie de l’éthique (L’Harmattan, 1992), La Grammaire de la responsabilité (Cerf, 2000), Les pouvoirs de la culture (Labor, 2001), Enclaves ou la ville privatisée (avec P. Burniat, La Lettre volée, 2003), Qui a peur de l’architecture ? Livre blanc de l’architecture contemporaine en Communauté française de Belgique (avec P. Lhoas, La Lettre Volée, La Cambre, 2004), L’évaluation des politiques publiques au niveau régional (avec S. Jacob et F. Varone, Peter Lang, 2007), Action publique et subjectivité (avec F. Cantelli, LGDJ, 2007) ... ainsi que de très nombreux articles. Ses travaux portent principalement sur l’éthique, la responsabilité, les politiques publiques, en particulier les politiques sociales, les politiques de la ville, la culture et les politiques culturelles, l’art et l’architecture.

Résumé

La Communauté française de Belgique a développé, dès les années 60 du siècle dernier, des politiques culturelles spécifiques sous l’horizon de la tension entre démocratisation de la culture et démocratie culturelle. Ce choix, très innovateur pour l’époque, contrastait fortement avec les politiques de démocratisation de la culture initiées en France par Malraux. Le texte s’interroge sur les avancées mais aussi les impasses auxquelles a mené cette politique en particulier en raison des interprétations sous-jacentes qui étaient données à l’époque du mot des termes « culture » et « art ». Au regard de ce bilan, il réfléchit ensuite à ce que pourrait ou devrait être aujourd’hui une politique de démocratisation de la culture, suggérant une réécriture profonde des relations entre culture et éducation, ainsi que le développement de politiques culturelles assumant les exigences liées à la conception de la culture héritée de la modernité, et centrée sur les exigences d’expressivité et d’émancipation.

Mots clés : Démocratisation de la culture, démocratie culturelle, politique culturelle, éducation, expression, émancipation.

Source : https://www.gestiondesarts.com/media/wysiwyg/documents/Genard.pdf

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Culture et démocratie

Fondée en 1993, constituée en 1994, cette association d’éducation permanente depuis 2010, ‘Culture & Démocratie’, est une plateforme de réflexion, d’observation, d’échange et de sensibilisation à ce qui lie la culture et la démocratie. Cette articulation nourrit l’association depuis son origine.

‘Culture & Démocratie’ développe une approche critique du concept de culture, explore les questions de l’accès à la vie culturelle, de la participation culturelle, de la dimension culturelle des politiques publiques et des droits culturels.

Ces dossiers sont explorés en chantiers thématiques – art et santé, culture et enseignement, culture et prison, culture et travail social, et transversalement, droit de participer à la vie culturelle – qui donnent lieu à des échanges et publications.

Source : http://www.cultureetdemocratie.be/

Les chantiers de ‘Culture & Démocratie’ sont liés à l’enseignement – « Sauf à confondre l’éducation avec une mise en condition spécifiquement dédiée à des fonctions sociales ou professionnelles, sauf à renoncer à toute véritable éthique éducative, l’école ne peut écarter une réflexion fondamentale sur la dimension culturelle et patrimoniale de ses objectifs. Dans ce cadre, le développement de l’éducation artistique sous toutes ses formes doit devenir une priorité de l’école ». Philippe MEIRIEU.

Source : http://www.cultureetdemocratie.be/chantiers/culture-enseignement

© 2016 Culture & Démocratie – Rue Emile Féron, 70 - 1060 Bruxelles
Tél : 02/502 12 15 - info@cultureetdemocratie.be

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Le constat d’une exception française

Photo à la source - Siège du Ministère de la Culture, au Palais-Royal, symbole du volontarisme culturel de l’État

Selon Jean-Michel Djian, « la politique culturelle est une invention française », née « d’une préoccupation constante des pouvoirs monarchiques, impériaux ou républicains de s’accaparer, au nom d’une mystique nationale, la protection d’un patrimoine artistique et par extension d’encourager ce qui le deviendra »1.

La politique culturelle française se distingue en effet par sa longue histoire, la forte présence de l’État, et la continuité des institutions au fil des siècles. « Ni la volonté politique, ni les moyens financiers, ni l’armature administrative », souligne Jacques Rigaud, n’atteignent un tel niveau dans aucun autre pays2. Et si ce « volontarisme culturel à la française » est vu d’un œil parfois sceptique par les observateurs étrangers, en raison des risques de l’émergence d’une culture étatique et conformiste, du centralisme des prises de décisions, et de la survivance de pratiques quasi-monarchiques, il n’en reste pas moins envié par ses voisins2.

Les premières décisions se prennent en parallèle à l’avènement de l’État et son affirmation face au pouvoir religieux. Les actions actuelles et l’administration dont elles émanent, résultent d’une succession de ruptures politiques et institutionnelles, mêlées à la continuité des soutiens des dirigeants à travers les siècles, et largement façonnées par quelques hommes et femmes.

La conception d’un devoir d’intervention des autorités dans l’art et la création, dont l’émergence est datée par Djian au XVIIesiècle1, paraît aujourd’hui encore légitimée par la place prépondérante que donnent à la culture les Français dans les priorités politiques3.

Selon les régimes, ces actions s’inscrivent dans divers enjeux : constitution d’une culture nationale et défense de la diversité culturelle, opposition entre culture savante et arts populaires, sauvegarde du patrimoine culturel et soutien aux créateurs contemporains, grandeur de la France et socle démocratique, industrialisation culturelle et non marchandisation de l’art.

En 2003, l’Union européenne comptait 5,8 millions d’employés dans la culture et investissait 2,6 % de son PIB pour la culture4.

Une spécificité historique

Les premières politiques culturelles se prennent en parallèle à l’avènement de l’État et son affirmation face au pouvoir religieux. Les actions actuelles et l’administration dont elles émanent résultent d’une succession de ruptures politiques et institutionnelles, mêlées à la continuité des soutiens des dirigeants à travers les siècles, et largement façonnées par quelques hommes et femmes

François Ier, qui met en place les fondements de la monarchie absolue, donne au royaume une langue officielle, puis Louis XIV, incarnation de l’absolutisme monarchique, fait de la France une puissance culturelle par le soutien aux arts du siècle d’or. Les républicains édictent, dans un difficile processus de libéralisation, les premières lois visant la protection du patrimoine national, l’éducation du peuple, la diffusion de la culture et l’organisation des arts tandis que les romantiques font du patrimoine bâti une question d’État.

Après plusieurs tentatives, la politique culturelle française a réellement pris son envol avec la création du ministère des Affaires culturelles en 1959 par André Malraux. La culture prend une part entière dans l’action gouvernementale, et le nouveau ministère centralise les différentes administrations créées depuis 500 ans. Puis, à partir des années 1970, le secteur culturel se développe, la notion de diversité émerge, le provincialisme culturel est combattu en même temps que la culture est décentralisée, et le modèle culturel français tente de se protéger de la mondialisation.

Les origines

Institutionnalisation du français et mécénat royal

Photo à la source - Une des pages de l’ordonnance de Villers-Cotterêts

Charlemagne et les princes carolingiens qui lui succèdent mènent une politique culturelle qui, à travers la restauration scolaire, le soutien à la copie des manuscrits et la constitution d’une cour intellectuelle autour d’eux, stimule l’activité culturelle de l’Empire d’Occident durant une période qu’on qualifie de renaissance carolingienne5.

Si, en 1257, saint Louis soutient la fondation de la Sorbonne par Robert de Sorbon, il faut attendre le règne de Charles V pour retrouver dans la volonté d’un monarque une forte aspiration au développement culturel du royaume. Tandis que l’Église perd son monopole culturel, le roi engage la traduction en français d’importants ouvrages scientifiques, techniques, historiques, littéraires et religieux, pour permettre leur diffusion. Il fonde la librairie du roi, et accroît dans le domaine architectural et intellectuel le mécénat, destiné « à glorifier sa richesse et sa sagesse, mais également à servir, d’une façon concrète et utilitaire, le bien du roi, de sa famille et de l’État ». À son image, les princes se forgent eux-mêmes des bibliothèques où le français domine et des cours composés d’artistes et d’intellectuels6.

Les premiers actes culturels étatiques sont signés par François Ier. L’ordonnance de Montpellier institue le dépôt légal, en 1537, et l’ordonnance de Villers-Cotterêts officialise en 1539, la constitution de la langue française, qui devient obligatoire dans les actes officiels. Il fonde le Collège des lecteurs du royaume, première institution d’État, et finance les arts de la Renaissance à travers les châteaux de la Loire et Léonard de Vinci.

Le royaume se dote ainsi d’une langue officielle, celle du roi, et aucun document ne lui échappe et l’action culturelle royale se concrétisant également dans la censure. À son tour, Henri IV fonde l’administration des Bâtiments du Roi et fait de la Grande galerie du Louvre un lieu de résidences et d’expositions pour les artistes. En 1635, le cardinal Richelieu fonde l’Académie française.

Le roi mécène par excellence est Louis XIV. Si ses prédécesseurs ont déjà pensionné des artistes, la cour de Versailles accueille les plus grands artistes du siècle d’or, qu’il s’agisse d’art lyrique, dramatique, ou littéraire. En 1669, est édifié l’Opéra de Paris, suivi de la Comédie-Française en 1680. Louis XIV s’attache aussi au développement de l’artisanat d’art, en instituant sous l’impulsion de Colbert, les manufactures royales, comme celle des Gobelins pour la tapisserie, et celle de Sèvres pour la céramique, ou à travers les costumes de la « maison Molière » et de l’Opéra. Tandis que la valorisation du français, qui s’étudie dans les collèges que les Jésuites fondent dans le royaume et à travers le monde, a pour objet d’unifier les terroirs français, le soutien aux arts permet au Roi soleil de mettre en avant le prestige de la France à l’étranger. La France est ainsi une force militaire et un modèle de culture, le royaume est à la fois craint et admiré. Bien sûr, les princes de toutes les cours d’Europe finançaient à l’époque eux aussi les arts, mais jamais avec une telle ampleur institutionnelle2

Ainsi, qu’il s’agisse du Collège de France, des académies ou des grandes manufactures, la majorité des institutions françaises, héritées de la royauté, sont à vocation culturelle2. En revanche, à cette époque, le concept de patrimoine n’existe pas. Seuls quelques vestiges de l’Antiquité, trouvent intérêt aux yeux du pouvoir durant la Renaissance. Ainsi on détruit sur ordre royal des constructions ajoutées à la Maison Carrée de Nîmes, « dont les beautés se trouvoient par là comme anéanties et ensevelies dans un tas de mauvaise maçonnerie qui le défiguroit »7. En revanche, le pouvoir fait peu de cas des châteaux médiévaux, amputant le Louvre de sa tour maîtresse et autorisant la démolition des château de Saint-Germain-en-Laye, de la Muette et de Madrid8.

Création d’un statut de l’auteur et émergence du patrimoine national

Beaumarchais, fondateur de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques en 1777 et initiateur du droit d’auteur français

Les années succédant à la Révolution française voient cohabiter une inspiration libérale, issue des Lumières et centrée sur la libre création, une tradition monarchique, mécène de l’académisme et régulateur des arts et une aspiration démocratique, autour de la diffusion d’une culture nationale.

Les révolutionnaires prêtent une grande importance à la culture, à travers l’instruction et les arts. L’idéal démocratique passe par la diffusion du savoir. Aussi ouvrent les premiers muséums publics des beaux-arts, la Commission des monuments envisageant en 1791, qu’il en existe un par département. Parmi eux, le Muséum des arts qui ouvre en 1793 dans le palais royal du Louvre. Les grandes écoles ouvrent leurs portes : l’École nationale supérieure des beaux-arts, le Conservatoire national des arts et métiers, le Conservatoire de musique, le Muséum national d’histoire naturelle…

Les réformes libèrent les activités artistiques, avec le décret de janvier 1791 sur la liberté théâtrale, celui supprimant les corporations et celui fermant les académies. L’Assemblée constituante institue la propriété intellectuelle voulue par Beaumarchais, par le décret Lakanal en 1793, tandis que Condorcet prônait une libre circulation des œuvres de l’esprit. Mais cette libéralisation de la création connaît ses limites avec la Terreur, par l’interdiction en 1793 des œuvres non conformes aux idées révolutionnaires qui conduit la politique en faveur de la création à l’échec.

La chute de l’Ancien Régime se traduit par le transfert de propriété des biens de la Couronne, de la noblesse et de l’Église à l’État et aux municipalités, dont les musées, et notamment celui du Louvre, doivent permettre la collection et l’exposition2. Alors que la Convention appelle à la destruction systématique des symboles royaux et religieux, elle définit parallèlement le principe de conservation par le biais de la création le 13 octobre 1790 de la Commission des monuments, le vote du décret conservateur du 3 brumaire an II (1793), et la mise en place du musée des monuments français (1795) sous la direction d’Alexandre Lenoir. La France est le premier pays à légiférer sur son patrimoine, au nom de l’intérêt général. La Nation est donc à cette époque schizophrène, entre l’épuration de l’ancien temps, qualifié de vandalisme par l’Abbé Grégoire mais encouragé par les sans-culottes, et la volonté de préservation9.

Le souci de sauvegarde du patrimoine écrit apparaît également et les institutions royales deviennent nationales comme la Bibliothèque et les Archives. Les biens confisqués à l’Église et aux nobles émigrés rejoignent le patrimoine national.

Ainsi naît, en même temps que la Nation révolutionnaire le concept de patrimoine national, héritage des siècles, témoin de l’histoire nationale, au delà des aspirations politiques et de la propriété privée. La culture ne se limite plus aux arts, mais acquiert une dimension de transmission comme témoin du génie national. Le patrimoine passe du cercle familial à la sphère publique, de la logique de collection (rassembler des objets pour soi et ses descendants) à celle de protection (sauvegarder au nom de la société un bien qui devient collectif par son histoire)9.

La diffusion de la culture démocratique

Les deux empires et la Restauration ne reviennent pas sur les décrets de la Révolution. Malgré l’instabilité du pouvoir au cours du XIXesiècle, les régimes successifs confirment même l’implication de l’État dans les Arts.

Si sous Napoléon Ier, l’art se fait encore en partie à la gloire de l’Empereur, à l’instar de l’académisme de David, les Bourbons créent le secrétariat des Beaux-Arts. Dès lors, les administrations et les artistes eux-mêmes prennent peu à peu la place du Prince dans le soutien aux arts. Un circuit diffusant les normes de l’art académique se met en place, depuis la formation des artistes à l’École des Beaux-Arts, jusqu’à leur financement par les commandes publiques, en passant par leur légitimation par l’Académie, leur sélection à travers le Prix de Rome et leur diffusion par le Salon, créé en 1725.

Photo à la source - Notre-Dame de Paris, vandalisée à la Révolution, popularisé par Victor Hugo, restauré par Viollet-le-Duc

Alors que le musée des monuments français est fermé par Louis XVIII en 1816, le mouvement romantique prend la défense des vieilles pierres, tandis qu’émergent les théories hygiénistes préconisant la percée de grandes avenues dans le cœur de Paris10 qui portent l’urbanisme parisien de Rambuteau puis du baron Haussmann. En 1820, Charles Nodier fait ses Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France. Victor Hugo publie un article pamphlétaire dans la Revue des deux Mondes d’octobre 1825, Guerre aux démolisseurs, où il prend parti, au nom de l’histoire et de l’art, pour la sauvegarde des monuments médiévaux11, rarement restaurés par leur propriétaire, parfois détruits par des promoteurs. Il réitère son souhait de voir une loi en faveur de la protection de l’architecture en 1832. C’est dans cette atmosphère que la Monarchie de Juillet créé une administration des monuments historiques. Le ministre de l’Intérieur Guizot crée en 1830 la fonction d’inspecteur général des Monuments historiques qu’occupe Ludovic Vitet, à qui succède en 1834, Prosper Mérimée. À ce poste, il défend le patrimoine bâti à l’aide des architectes en chef des monuments historiques, dont Eugène Viollet-le-Duc, partisan de la restauration médiéval, lui-même en rupture avec les préceptes antiques de l’École des Beaux-Arts. La notion de monument historique est constituée, leur inventaire, initié en 1810 par le ministre de l’Intérieur, Alexandre de Laborde, est généralisé et l’entretien ajouté aux charges de l’État. Elle se construit au nom de la Patrie, contre les intérêts individuels et locaux. Le classement comme monument historique, visant à conserver les bâtiments qui ont, artistiquement ou historiquement un « intérêt national », est institué sous la Troisième République, par la loi du 30 mars 1887 sur la protection des monuments historiques, élargie par le vote du 21 avril 1906 sur la protection des monuments et des sites naturels d’intérêt artistique.

Le XIXesiècle est celui démocratisation de la société (Parlementarisme, suffrage universel direct, République) et de la libéralisation des arts, sans que ne soit entièrement abandonné le contrôle sur la création. Avec le Conseil supérieur des Beaux-Arts, à partir de 1875, les choix artistiques et législatifs ne sont plus le seul fait du Prince, mais issues d’un collège de professionnels, hauts-fonctionnaires et artistes. Ainsi, l’art soutenu n’est plus seulement académique et le Second Empire est celui du Salon des Refusés en 1863.

La Troisième République abandonne la gouvernance esthétique et commerciale des Arts par l’État. Elle favorise la conservation du patrimoine et sa diffusion au grand public, à travers une densification du nombre de bibliothèques et de musées, relayé par les communes. Les municipalités financent les équipements culturels : cirques, théâtres, opéras.

Après la création d’un ministère des Lettres, Sciences et Beaux-Arts entre janvier et août 1870, la Direction des Beaux-arts est intégrée au ministère de l’Instruction publique, et l’éducation artistique éclot, à travers notamment de la pratique du dessin dans une vision créative, à partir de 1909. Simultanément, la création de la Ligue de l’enseignement en 1866 par Jean Macé symbolise la naissance de l’éducation populaire, d’une culture pour le plus grand nombre. Le savoir en effet redevient, comme dans les préceptes de 1789, un enjeu politique et démocratique. Cette fois, il est considéré comme le socle de la nouvelle République, source de stabilité du régime et de la Nation. Ainsi naissent les lois Ferry pour l’enseignement public obligatoire, gratuit et laïque. Pour Djian, « la sacralisation de l’art et du patrimoine a trouvé dans la laïcité une sorte d’exutoire propice à la célébration tranquille d’une nouvelle république plus conforme à l’esprit d’une grande Nation »12.

Les initiatives privées, d’initiatives laïques, ouvrières ou religieuses, complètent l’action gouvernementale : les universités populaires, les théâtres populaires (Théâtre du Peuple de Maurice Pottecher (1895), Théâtre national ambulant (1911-1912) puis le Théâtre national populaire (1920), de Firmin Gémier…), les Orphéons, les patronages, les sociétés savantes et les associations philanthropiques. Les mouvements marxistes et les syndicats jouent, à travers les bourses du Travail, puis plus tard les comités d’entreprise, un rôle important de démocratisation culturelle, dans le but de « conscientiser » la classe ouvrière de leur oppression, car, selon Eugène Varlin, « l’émancipation matérielle des travailleurs ne peut exister sans leur émancipation morale et intellectuelle »13.

La culture de masse

Photo à la source - Affiche de 1902 pour les premières séances de cinéma

À partir de 1850, c’est aussi l’essor des arts industriels, vantés à travers des Expositions universelles, que la France accueille en 1855, 1867, 1878, 1889 et 1900. La culture technique, promue depuis 1792 et la création du Conservatoire national des arts etmétiers par l’abbé Grégoire, deviennent l’occasion de grandes fêtes populaires, éventail du savoir-faire occidental, quand les ingénieurs prennent la place des architectes.

Tandis que les villes se densifient, une industrie du spectacle émerge, avec le théâtre de boulevard, les music-halls, les guinguettes du bord de Marne, les attractions foraines. Le développement de la presse soutient également la diffusion d’une culture de masse, allant dans le sens d’une acculturation républicaine.

Au début du XXesiècle, les techniques modifient fortement les arts. La photographie, la phonographie, l’édition littéraire, la radiophonie et la cinématographie mélangent communication et culture, industrie et création. Ces médias de masse transforment profondément la perception de l’art dans la société. Les gouvernements n’agissent que pour réglementer ses outils de communication, mettant en place des commissions de contrôle pour le cinéma, monopolisant les canaux de diffusion radiophoniques et télévisuelles.

Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Politique_culturelle_fran%C3%A7aise

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    • ’La culture pour faire face’, déclare la ministre Audrey Azoulay Publié le 23.07.2016
      Dans une tribune publiée le 23 juillet 2016 dans le ’Huffington Post’, Audrey Azoulay appelle les Français à ’faire corps’ après l’attentat de Nice. ’Dans l’épreuve que nous traversons, protéger ce qui nous unit, c’est protéger la liberté d’expression, la liberté de pensée, la liberté d’information, la liberté de création’, a assuré la ministre de la Culture et de la Communication.

Photo à la source - Selon Audrey Azoulay, ’nos capacités de résistance s’appuient sur ce bastion irréductible d’une création libre, diverse, forte, qui nous interroge et qui nous rassemble’ © Lionel Bonaventure / AFP

La France est attaquée dans ce qu’elle est, dans sa vocation, dans ses valeurs. Des dessinateurs qui ont marqué des générations massacrés, des juifs assassinés parce que juifs, une jeunesse attablée aux terrasses de Paris et heureuse au Bataclan, décimée. Des forces de l’ordre républicaines meurtries. Et maintenant, ce jour de 14 juillet, fête nationale parce que souvenir des combats pour la liberté, matrice des Lumières, ce sont des familles confiantes brutalement déchirées par une explosion de violence inouïe. La France souffre dans sa chair mais est attaquée dans son âme. Nous sommes collectivement visés, justement dans ce qui nous unit. A chaque fois, ce sont ces valeurs de fraternité, des moments collectifs d’émotion et de partage qui sont pris pour cible.

Parce que le pari de notre société, une société de libertés, implique une vulnérabilité à ce type d’attaque, il est de notre devoir d’œuvrer à défendre l’idée de la France qui est la nôtre. C’est un moment de vérité, où la parole publique doit être responsable. Elle peut soit retisser le fil de la toile qui nous soutient, soit au contraire approfondir les failles créées par ces attentats pour en faire des gouffres dans lesquels nous pourrions rapidement sombrer. 

Il serait indécent de céder au cynisme et à la surenchère qui ne mèneraient qu’à la fragilisation du pays. Comment ne pas voir que ceux qui attisent les divisions font le jeu de ceux qui veulent nous défaire ? Que ceux qui appellent, quelques heures après le drame, à piétiner la Constitution et l’état de droit prennent la responsabilité de légitimer les atteintes, dans les mots et ensuite dans les actes, au pacte républicain ? On oublie trop facilement la fragilité qui est la nôtre, cette peur qui peut faire accepter – et très vite - ce qui, hier, était, sans doute aucun, inacceptable. 

La culture est le fondement de la fraternité qui est elle-même la seule réponse de long terme à la violence

C’est ce renversement des valeurs qui est au cœur du spectacle qui a ouvert le Festival d’Avignon cette année, dans la Cour d’Honneur. Avec les Damnés, inspiré du film du réalisateur italien Luchino Visconti, mis en scène par le belge Ivo Van Hove, brillamment interprété par la formidable troupe de la Comédie-Française, c’est d’abord l’Europe des artistes qui est debout puissamment sur la scène. C’est ensuite la vision implacable d’une société aux prises avec la haine et la veulerie, l’agonie d’une famille d’industriels, abandonnant ses repères et sa dignité, qui nous est proposée. Le théâtre lui aussi nous confronte à la mémoire et au tragique de l’histoire.

Ce miroir tendu dans la Cour d’Honneur a pu déranger, troubler. C’est le rôle des artistes de nous interpeller, de nous questionner. C’est à notre intelligence qu’ils s’adressent, à chacun de nous dans la pénombre, collectivement attentifs, individuellement libres de nos pensées. 

Dans l’épreuve que nous traversons, protéger ce qui nous unit, c’est protéger la liberté d’expression, la liberté de pensée, la liberté d’information, la liberté de création. Ne pas transiger sur ces valeurs, quelles que soient les tentations que le besoin de sécurité fait naître. La plus grande force de notre société est là, sa sécurité à long terme aussi. Et nous savons bien que nos capacités de résistance s’appuient sur ce bastion irréductible d’une création libre, diverse, forte, qui nous interroge et qui nous rassemble. Voilà pourquoi nous devons inlassablement rechercher l’égalité d’accès à la culture, à la beauté et à l’art, pour tous et partout, porter une attention particulière à la fraternité, ce lien qui nous unit aux autres et qui s’enrichit de nos différences.

Nous devons être plus déterminés que jamais à agir chacun à l’endroit où nous sommes pour ouvrir grand nos musées, nos théâtres, nos bibliothèques, nos cinémas, nos monuments et nos galeries et faire déborder l’art dans la rue comme à Chalon-sur-Saône ou à Nantes

Là aussi, la fracture politique se creuse, le consensus républicain se fissure alors que se fait de plus en plus entendre une vision populiste et décomplexée d’une culture instrumentalisée, aux ordres, confinée. Or justement, la culture est un levier d’émancipation, un espace de rencontre, de dialogue, de respect de l’autre, de ses différences. Nous devons être plus déterminés que jamais à agir chacun à l’endroit où nous sommes pour ouvrir grand nos musées, nos théâtres, nos bibliothèques, nos cinémas, nos monuments et nos galeries et faire déborder l’art dans la rue comme à Chalon-sur-Saône ou à Nantes. Pour faire vivre cette fraternité, pour faire corps.

C’est pour cela que nous nous sommes collectivement mobilisés pour que les festivals d’été puissent se tenir. Dans le respect des victimes auxquelles d’émouvants hommages ont été rendus par ces milliers de personnes réunies à La Rochelle comme à Carhaix. Avec des mesures de sécurité adaptées pour lesquelles l’État a apporté tout son soutien, tant financier qu’humain. 

Parce que nous sommes collectivement menacés, nous devons chérir et renforcer la colonne vertébrale qui nous tient. La culture est le fondement de la fraternité qui est elle-même la seule réponse de long terme à la violence. Chacun de nous, en toute lucidité, peut-être l’acteur et le prescripteur de la résilience de notre société.

http://www.culturecommunication.gouv.fr/Actualites/En-continu/Audrey-Azoulay-La-culture-pour-faire-face

Vous trouverez désormais les informations de la rubrique politique culturelle regroupées à l’adresse suivante : http://www.culture.gouv.fr/nav/index-dt.html
accessible dès la page d’accueil

On y trouve également une nouvelle rubrique développée par le centre de ressources de la DDAT (Délégation au développement et à l’action territoriale) intitulée ’Développement culturel’ : http://www.developpementculturel.culture.gouv.fr

Source : http://www.culture.gouv.fr/culture/actualites/index-politique.htm

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Contexte - Les fiches associées - Articles - textes juridiques

La définition d’une politique culturelle implique préalablement de déterminer les besoins et les attentes pour ensuite identifier les acteurs à associer à la démarche. Cette identification exige une véritable investigation, chaque acteur méritant une attention toute particulière au moment de l’élaboration d’une nouvelle politique, que celle-ci soit générale ou sectorielle. Par la notion de politique sectorielle, on entend les champs d’intervention traditionnels dans le domaine de la culture, à savoir :

  • le spectacle vivant ;
  • les musées et le patrimoine ;
  • le livre et la lecture publique ;
  • les enseignements artistiques.
    Cette fiche propose une méthode et des outils pour en identifier les principaux acteurs.

Repères :

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    • Public / privé : quelle politique culturelle pour demain ? Article LE MONDE | 11.07.2016 à 10h24
      Photo à la source  ; Aurélie Filippetti à gauche et Jean-Jacques Aillagon à droite. | GABRIEL BOUYS / AFP, THOMAS SAMSON/AFP

Dans le cadre du « Monde festival », Le Monde organise le samedi 17 septembre 2016 de 10h à 11h30 au Théâtre des Bouffes du Nord, un débat avec Jean-Jacques Aillagon et Aurélie Filippetti, animé par Michel Guerrin. Réservations en ligne.

L’État définit les grandes lignes d’une politique culturelle ambitieuse et collective : favoriser la création, son accès par le plus grand nombre, nouer des liens sociaux là où il en manque.

A côté, un secteur privé monte en puissance par le biais de fondations, manifestations diverses, subventions de Google ou d’autres entreprises. Les musées ou théâtres qui dépendent de l’État fonctionnent avec toujours plus de ressources propres et de mécénat. Le mot rentabilité n’est plus un vilain mot.

Lire aussi : le blog de Jean-Jacques Aillagon.

Un modèle public-privé se dessine dans la culture, dont le Théâtre des Bouffes du Nord est une illustration. Quels sont les atouts et dangers d’un tel modèle mixte ? Ces deux champs ont-ils des intérêts convergents ou divergents ? Les enjeux économiques de la culture ne sont-ils pas contradictoires avec les missions de service public de l’État ?

Comment agir (thème du festival) pour que l’Etat puisse continuer à mener une politique cohérente ?

Lire aussi : « La question de la suppression du ministère de la culture peut se poser »

Les intervenants :

Jean-Jacques Aillagon - Né en 1946 à Metz, il commence son parcours professionnel comme enseignant, avant de rejoindre Paris et de poursuivre une carrière dans l’administration culturelle. Proche de Jacques Chirac à la mairie de Paris, il est nommé ministre de la culture entre 2002 et 2004, dans le premier et le deuxième gouvernements Raffarin. Il est à l’origine de la « loi Aillagon » sur le mécénat.

Lire aussi : Aurélie Filippetti : « Refusons le déni de défaite »

Aurélie Filippetti - Née le 17 juin 1973 à Villerupt en Meurthe-et-Moselle, Aurélie Filippetti est élue dépu­tée socia­liste de Moselle une première fois en 2007, à seule­ment 34 ans, puis en 2012. Après avoir milité chez les Verts entre 1999 et 2006, elle décide d’adhé­rer au Parti socia­liste pour soute­nir Ségo­lène Royal en 2007. François Hollande la nomme ministre de la culture et de la communication en 2012, poste qu’elle occupera jusqu’en 2014.

Lire aussi : « Je ne serai pas, cher François, candidate à un nouveau poste ministériel »

Source : http://mobile.lemonde.fr/festival/article/2016/07/11/public-prive-quelle-politique-culturelle-pour-demain_4967502_4415198.html?xtref=https://www.google.com

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    • Séminaire Démocratie et culture, entre pratiques et critique - Democracy and culture - Between practices and criticism - Annonce d’un séminaire. Publié le mardi 21 juillet 2015 par João Fernandes
      Résumé

La question culturelle ou la mise en question de la culture implique un déplacement de la question de son champ ontologique vers le champ des politiques qui en ont déterminé et qui en déterminent encore les formes directes, sous-jacentes ou réactionnelles. Les politiques de développement culturel sont souvent le reflet d’une politique de gouvernance plus globale, dont l’objectif est de garantir une unité sociale homogène, contrôlable et uniforme.

Argumentaire

De là, se poser la question de la culture en tant qu’un enjeux de conceptions et de choix politiques (gouvernementaux) et leurs implications institutionnelles et sociétales, appelle un impératif de distinctions conceptuelle et pratique, entre une culture dite de masse (le mainstream), une politique populiste de la culture, une culture populaire et une quatrième idée de culture alternative. Une telle distinction nous permettrait de préciser l’endroit de la parole que nous tentons d’engager quant aux rapports potentiels entre ’culture’ et ’démocratie’, un endroit désaffecté des modèles pouvant prétendre à un déterminisme de l’un ou l’autre de nos deux termes de réflexion.

Dès 1972, la ’démocratisation de la culture’, en tant que politique culturelle, a subi critiques et mises en échec en raison de son caractère élitiste et globalisant. La ’démocratie culturelle’ venait contrer cette politique en se proposant comme une alternative qui laissait plus d’espace à la diversité de cultures et à leur caractère individuel. Ce dernier modèle de politique culturelle n’a pas manqué à son tour d’induire moult polémiques et controverses.

Aujourd’hui, en Tunisie l’action politique est décrite en terme sde ’processus de démocratisation’. Dans ce processus, nous aimerions nous pencher sur la question culturelle. Il ne s’agit pas pour nous de discuter de politiques culturelles, mais de porter l’attention sur ce qu’il y a dans la culture de singulier et de propre.

Nous partons du postulat que dans un même pays, il n’y a pas la culture mais des cultures et que la notion de ’local’ est déterminante dans toute action culturelle. Une culture locale qui ne soit pas synonyme de folklore est-elle encore possible ? Comment définir ’le local’ dans un monde globalisé et dans quelle mesure engager cette notion de local en tant qu’une valeur non réactionnaire et non traditionnaliste ?

Étant artistes, enseignants d’art, chercheurs, travailleurs de la culture, comment penser la fonction culturelle ? S’agit-t-il d’éduquer, d’éveiller, de sensibiliser les peuples ? Quelle serait la fonction des arts dans un tel processus ? Cultiver est-ce rendre possible l’action expressive par les peuples qui ne mènera qu’à leur émancipation interne ou est-ce l’adoption d’un modèle de politique sans regard aux spécificités sociales et économiques ? La culture est-elle un dictat modélisé ou est-ce la garantie d’une ouverture permanente des êtres aux pratiques et aux idées du monde ? 

Axes thématiques

À cet égard, nous soumettons le concept de culture et ses déploiements sur la scène mondiale à un examen critique axé sur ces quelques questions problématiques qui sont d’ordre suggestif et non limitatif.

  •  Le rapport entre la culture et la politique naguère et aujourd’hui.
  •  L’action publique dans le champ culturel
  •  L’Institution, le marché culturel et leurs rapports au concept de « la démocratie culturelle ».
  •  La « démocratie culturelle » du singulier au pluriel.
  •  La Révolution, la culture alternative et la démocratie.
    Source : http://calenda.org/335551

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    • Culture : mise en perspective de Jacques Attali - Partie 3
      Pour introduire ce chapitre, nous avons sélectionné quatre documents, audiovisuels et écrits, afin d’entrer dans un travail collectif, ordonné et présenté par Jacques Attali et al.

L’Invité des Matins – Une émission de France Culture

Écouter : « 2017 : le programme de Jacques Attali » - 11.04.2016 - 16 min

L’économiste Jacques Attali est notre invité ce lundi 11 avril 2016. Sans être officiellement candidat à la présidentielle, il publie un livre en forme de programme intitulé ’100 jours pour que la France réussisse : tout peut changer en 2017 !’.

Jacques Attali Jacques Attali - Crédits : Charles Platiau - Reuters

Ce programme repose sur 10.000 contributions faites par 250 experts, sans aucun politique. De ces contributions naissent 300 propositions qui on pour ambition le déblocage de notre société. Comment éviter un naufrage électoral lors de la prochaine élection présidentielle ? Quelles réformes sont à mener en priorité ? Peut-on transformer la France en 100 jours ? De quoi se compose le « pacte national de confiance » proposé par Jacques Attali ?

« L’économiste Jacques Attali est notre invité ce lundi 11 avril. Sans être officiellement candidat à la présidentielle, il publie un livre en forme de programme intitulé ’100 jours pour que la France réussisse : tout peut changer en 2017 !’ ».

Ecoutez la deuxième partie ici

Intervenant : Jacques Attali : économiste et écrivain

Bibliographie : 100 jours pour que la France réussisse : tout peut changer en 2017 ! Fayard, 2016

Source : http://www.franceculture.fr/emissions/l-invite-des-matins/2017-le-programme-de-jacques-attali

Avant la présidentielle, attelez-vous donc à un projet pour la France ! - LE MONDE ECONOMIE | 21.04.2016 à 11h25 • Mis à jour le 21.04.2016 à 11h43 - Par Claire Guélaud

« 100 jours pour que la France réussisse. Tout peut changer en 2017 ! », de Jacques Attali (avec la collaboration d’Angélique Delorme). Fayard, 304 pages, 20 euros. | DR

« Curieux pays, étonnante précampagne. A un an de l’élection présidentielle, les prétendants déclarés ou officieux à la magistrature suprême se gardent bien de se prononcer sur les mesures susceptibles de remettre la société et l’économie françaises sur les rails. Ou de redonner confiance en sa démocratie… »

Article à lire sur : http://mobile.lemonde.fr/economie/article/2016/04/21/attelez-vous-donc-a-un-projet_4906217_3234.html?xtref=https://www.google.fr

Communiqué de ‘leslibraires.fr’ - PrésentationInformations

« Depuis plus de vingt ans, les rares tentatives de transformation du pays, initiées par les trois chefs de l’État successifs, ont échoué. Le chômage, l’insécurité, le pessimisme se sont installés. Nous sommes convaincus qu’il est possible de rendre à la France confiance en son avenir. Pour y parvenir, nous pensons que le prochain président devra mettre en œuvre, en cent jours, un programme ambitieux, sans autre souci que l’efficacité, l’équité, la protection des libertés, la défense des plus faibles, l’accès général au savoir et à la culture, la protection de l’environnement, l’enrichissement du travail, l’ouverture aux autres et au monde, et l’intérêt des générations à venir. Ce programme a été préparé, librement, avec des milliers de Français. Pendant plus d’un an, sans l’appui ni le financement d’aucun groupe de pression, ni d’un parti, par des personnes de tous âges, de toutes origines, de toutes histoires, de toutes compétences, sans ambition personnelle. À chaque Français désormais de s’en saisir, d’en débattre, de se l’approprier, pour faire en sorte que l’élection présidentielle à venir ne se résume pas à choisir une personne, mais permette de sauver le pays. C’est possible. C’est urgent ! ».

Source : https://www.leslibraires.fr/livre/9209670-100-jours-pour-que-la-france-reussisse-tout-pe--jacques-attali-fayard

Il a déjà été fait référence à l’ouvrage cité ci-dessus dans les deux publications suivantes qui ont été postées sur le site ISIAS :

’Vers une agriculture biologique et durable, avec moins de pesticides, en préservant l’espace et la biodiversité et en développant les pleines capacités de l’économie circulaire’ Mise en perspective de Jacques Attali – Partie 1, par Jacques Hallard, samedi 23 juillet 2016 - français

’Retour sur les changements ou dérèglements climatiques. Révision des fondamentaux et aperçu des actions engagées. Mise en perspective d’après Jacques Attali – Partie 2’, par Jacques Hallard, mercredi 27 juillet 2016 - français

Nous présentons ici quelques extraits de ce livre qui peuvent servir à une réflexion citoyenne et à l’usage des élus et des militants de la vie publique et partisane. Dans le chapitre trois de l’ouvrage cité, la culture est annoncée comme la pierre angulaire d’une société démocratique. Nous avons sélectionné les quelques extraits suivants.

« La place qu’occupe la culture dans notre société a toujours constitué le reflet de celle que nous y accordions à l’Homme. Parce ce qu’elle véhicule valeurs et savoirs, elle constitue un ciment culturel sur lequel se fonde notre nation. Elle incarne, tout à la fois notre identité, nos racines et notre avenir. Elle participe à la construction de l’histoire nationale qui offre un sens de lecture. Elle doit se nourrir de la diversité des cultures des Français. Sa promotion, sa valorisation doivent être au cœur du projet politique de notre pays… ».

« Grâce au numérique, une grande partie des œuvres de l’esprit sont, littéralement, à portée de doigts. Pourtant, aujourd’hui encore, un tiers des Français n’est jamais entré dans le musée. Seuls 15 % de nos concitoyens ont assisté à un concert dans les 12 derniers mois. La culture reste trop souvent l’apanage des catégories socioprofessionnelles les plus favorisées. Si l’aménagement culturel a progressé, il reste encore trop de déserts culturels. Inégalités culturelles entre villes et zones rurales, inégalités culturelles entre territoires, il reste encore beaucoup à faire. Cette situation nourrit un sentiment de relégation de la part d’une France périphérique, qui nourrit le populisme… ».

« Si la vie culturelle française reste extrêmement vivante, et s’il y a en France plus de créateurs que jamais, notre pays n’est plus le premier lieu d’attraction des artistes monde et la politique culturelle française d’aujourd’hui, conduite par la gauche ou la droite, n’en est plus le support. De ces constats, quatre enjeux se distinguent :

  • Un enjeu social d’abord. La culture participe de la cohésion de l’animation de la société. Elle en constitue tout à la fois son âme et sa colonne vertébrale. Elle permet des moments de partage collectif qui rythment la vie d’une société. Elle peut être aussi discriminante socialement - d’où l’importance de la démocratiser et d’en faire un ciment social.
  • Un enjeu d’identité ensuite. Face une société française divisée, la culture doit de nouveau constituer ce ciment qui participe à la définition de notre identité. Un ciment pluriculturel et ouvert aux cultures de France et aux cultures du monde.
  • Un enjeu économique aussi. La culture constitue un secteur stratégique pour l’économie française par ses spécificités et son rôle moteur dans l’avenir de l’économie de la connaissance, par sa puissance d’exportation aussi.
  • L’enjeu diplomatique enfin. Notre exception culturelle a toujours joué un rôle déterminant. Cela passe en particulier par une politique réaliste et concrète en faveur de la francophonie, totalement négligée par tous les pouvoirs successifs.
    Pour répondre à ces quatre enjeux, ‘France 2022’ formule les propositions suivantes ». Nous en extrayons seulement quelques-unes.

L’axe numéro 1 se propose notamment « de revaloriser la place de la culture dans la société » ; en particulier il est proposé « de créer à l’intérieur du service civique, un service civique culturel pour qu’au moins 20.000 jeunes chaque année puisse réaliser un projet culturel ou intégrer une structure à vocation culturelle ». Ou encore « de permettre, voir imposer l’ouverture des établissements publics et privés (musées, bibliothèques, médiathèques, théâtres, etc…) sept jours sur sept et en soirée ; cette mesure doit être également offerte aux établissements privés à vocation culturelle (musées, librairies, etc…). Des dérogations doivent être dispensées pour permettre l’ouverture de ces lieux dans la semaine et en soirée, a l’image de ce qui est fait pour le cinéma ou les théâtres ». .

L’axe numéro deux, de faire de la culture un enjeu d’identité. En particulier, « faire de l’apprentissage du français par les Français une priorité. Selon l’institut national INSEE, 7 % de la population française est considérée comme illettrée, soir 2,5 millions de personnes ; entre 1 à 2% des Français sont même considérés comme analphabètes… » De nombreuses propositions sont formulées à cet endroit.

L’axe numéro trois envisage de faire de la culture un enjeu économique, c’est-à-dire faire de la France un territoire créatif de dimension mondiale. Enfin, l’axe numéro quatre traite de la culture comme un enjeu de développement et des propositions sont décrites pour faire en sorte que la culture soit considérée comme un véritable enjeu d’influence.

© France 2022 – Tous droits réservés – 2015 – mentions-légales

Nous recommandons une lecture complète et attentive de toutes les autres propositions faites et des autres sujets qui sont abordés dans cet ouvrage.

Toutefois, cette contribution à la vie politique française ne plait pas à tout le monde et sous le titre « La nouvelle arnaque de Jacques Attali », Gérard Le Puill exprimait son avis le jeudi 21 mai 2015 par le biais du média ‘Humanite.fr’ – Photo à la source : attali.jpg (afp).

« Tandis que le Parti communiste français appelait mercredi dernier les militants et les citoyens à « écrire la société de demain » en prévision d’une « convention nationale du projet » d’ici le printemps 2016, un homme qui dit ne pas faire de politique lançait un appel similaire ». Article complet sur http://www.humanite.fr/la-nouvelle-arnaque-de-jacques-attali-574678

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    • {{}}
      Doit-il y avoir un état d’urgence culturelle ? - Emission de France Culture {{}}Du Grain à moudre d’été- Vidéo du 15.08.2016 - 44 min
      ’Occupation Bastille’, ’Préavis de rêve’, ’Réveillons-nous !’... fidèles à leur histoire, les arts vivants s’engagent. Dans le contexte marqué par les attentats, l’état d’urgence et les contestations, quel élan portent-ils ? Jusqu’où leur action peut-elle accompagner et toucher un public plus large ?

Photo à la source - Christine Pellicane et Gerty Dambury - Crédits : E. Chaudet - Radio France.

’A quoi servons-nous ?’

La question est posée par Jean-Marie Hordé, dans l’édito du programme 2016-2017 de son théâtre, celui de la Bastille, à Paris. Ce lieu qui a été pendant 68 jours, d’avril à juin, le terrain d’une nouvelle expérience, observation à la loupe des liens qui peuvent unir le personnel et les artistes d’un théâtre, à son public. L’opération s’est appelée Occupation Bastille et elle reflète de par sa rhétorique symbolique, cette volonté de certains théâtre publics d’être plus les accompagnateurs, que les simples témoins, d’un nouveau projet de société. Les grands mots sont lâchés. Ainsi La Colline lance son préavis de rêve, le théâtre des Arts de Rouen « fait sa révolution », et le théâtre national de Nice lance quant à lui un festival en forme d’appel : Réveillons-nous !

Alors certes, cette tendance des arts vivants à se mêler du politique, et à vouloir se faire une place au sein de la cité, n’a rien de nouveau, ça fait même partie, à vrai dire, de son histoire. Mais quel élan portent-t-ils aujourd’hui alors que la question de la diversité des publics et celle du discours qui manque se posent plus que jamais ?

’On ne peut pas demander au théâtre de résoudre la fracture sociale’ disait le metteur en scène Olivier Py, il y a de cela 10 ans. Mais alors peut-on au moins lui demander de s’adresser une bonne fois pour toute à tout le monde sans passer pour le naïf de service ? Et surtout cette année, plus que jamais marquée en France par la violence des attentats, puis une forte et longue contestation sociale, quel discours les arts vivants prétendent-ils produire pour nous accompagner ? Doit-il y avoir un état d’urgence culturel ?

Intervenants :

Christine Pellicane : metteuse en scène -Troupe Tamèrantong

Gerty Dambury dramaturge écrivain, membre du collectif Décoloniser les Arts

Hortense Archambault, directrice de la MC 93 à Bobigny

René Solis, critique de théâtre cofondateur et rédacteur en chef de la revue en ligne ‘Delibere.fr

Source :http://www.franceculture.fr/emissions/du-grain-moudre-dete/doit-il-y-avoir-un-etat-durgence-culturelle

De la même veine : un travail concret et exceptionnel d’éducation populaire par le théâtre dans les quartiers dans certains quartiers défavorisés en Ile-de-France et une représentation au Mexique – ‘TAMÈRANTONG ! ZAPATISTA - Zorro el Zapato’ – Une réalisation de la {{}}Compagnie TAMÈRANTONG ! - Une Vidéo à suivre sur le site suivant : https://www.youtube.com/watch?v=gD3rtmXcBHw

Et puis encore prenez le temps de découvrir les réalisations artistiques suivantes montées avec des enfants et adolescents d’Ile-de-France. :

TAMÈRANTONG ! - La Tsigane de Lord Stanley - reportage de la Fondation de France 1/2 : à voir sur https://www.youtube.com/watch?v=yOs0-RIw9pk

TAMÈRANTONG ! - La Tsigane de Lord Stanley - reportage de la Fondation de France 2/2 : consulter sur https://www.youtube.com/watch?v=x_MUnb3kRlM

TAMÈRANTONG ! - Les Bons, les Brutes et les Truands - Répétitions : allez les rencontrer sur https://www.youtube.com/watch?v=kk3ETyGmCKE

Tout savoir sur la Compagnie TAMÈRANTONG ! (Diversité culturelle et éducation populaire des enfants et adolescents par le théâtre).

Accès à des articles d’actualités sur ces initiatives culturelles :

Tamèrantong ! : les ados font leur comédie - Francetv info-8 mars 2016

Christine Pellicane dirige la compagnie ’Tamèrantong !’ et ses jeunes comédiens de banlieue parisienne pour le spectacle ’La Tsigane de ...

Hugo Reyne, dossier du jour : la compagnie Tamèrantong, session ... France Musique-20 mars 2016

Cécile de Kervasdoué consacre le dossier du jour à la compagnie Tamèrantong. Enfin, le Quatuor Bedrich est invité dans la session musicale.

Théâtre : comment Tamèrantong ! réveille les planches The Dissident-25 sept. 2015

Revigorant cocktail que celui de Tamèrantong !. Depuis plus de vingt ans, cette compagnie à l’énergie punk conjugue théâtre et éducation ...

Tamèrantong ! joue et vit le bien vivre-ensemble Respectmag-2 oct. 2015

Christine Pellicane est « tombée amoureuse des enfants et des quartiers ». Depuis 25 ans, à travers Tamèrantong, la compagnie de théâtre ...

SPECTACLE « Tamerantong » décoiffe Briançon Le Dauphiné Libéré-19 févr. 2015

La compagnie Tamerantong, reçue par la MJC de Briancon, a donné trois superbes représentations de son spectacle « La Tsigane de Lord ...

Une web-série qui parle des quartiers oubliés Respectmag-27 mai 2016

Le collectif Tribudom réalise depuis quatre ans un feuilleton participatif avec des habitants de quartiers dits « sensibles » du nord-est parisien ...

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    • {{}}
      Promotion de la culture démocratique par la Francophonie – Document de L’Organisation Internationale de la Francophonie
      D’après Wikipédia, « L’Organisation internationale de la francophonie (OIF) est une institution dont les membres (des États ou gouvernements participants) partagent ou ont en commun la langue française et certaines valeurs (comme, notamment, la diversité culturelle, la paix, la gouvernance démocratique, la consolidation de l’état de droit, la protection de l’environnement). Selon son site web, en décembre 2014, elle regroupe 80 États ou gouvernements (54 membres de plein droitNotes 1, 3 membres associés et 23 observateurs)2, soit plus de 900 millions d’habitants répartis sur les cinq continents représentant 14 % de la population mondiale, 14 % du revenu national brut mondial et 20 % des échanges mondiaux de marchandises. En 2050, leur population devrait atteindre 1,5 à 2 milliards de personnes, dont 700 millions de locuteurs de français. À cette échéance, 85 % des francophones et 90 % des jeunes locuteurs âgés de 15 à 29 ans vivront en Afrique »3.

« Le 20 mars de chaque année est célébrée dans le monde la Journée internationale de la francophonie ; Michaëlle Jean, ancienne gouverneur général du Canada, d’origine haïtienne, est secrétaire générale depuis le 1er janvier 2015 ».

« Elle s’appuie sur quatre opérateurs directs (l’Agence universitaire de la francophonie, TV5, l’Université Senghor d’Alexandrie, l’Association internationale des maires francophones) et une assemblée consultative. Elle coopère avec de nombreuses associations comme l’Association francophone d’amitié et de liaison (AFAL), la Fédération internationale des professeurs de français (FIPF), l’Union internationale de la presse francophone (UPF), Association pour la diffusion internationale francophone de livres, ouvrages et revues (ADIFLOR), etc... »

« L’OIF contribue à la prévention des conflits au sein de l’espace francophone, favoriser la consolidation de l’état de droit et de la démocratie, et agir pour la promotion et l’effectivité des droits de l’homme dans l’espace francophone. Elle a la volonté de promouvoir la diversité culturelle. Elle est au service de l’éducation et intervient à toutes les étapes de la formation. Elle est aussi au service de l’économie et du développement.

Pour enraciner les valeurs de la démocratie dans la vie politique et dans la société, des programmes d’éducation citoyenne sont développés à l’intention des écoliers comme des responsables gouvernementaux ou de la société civile… » - Article complet à lire sur le site : https://fr.wikipedia.org/wiki/Organisation_internationale_de_la_francophonie

Contribution aux efforts internationaux - Texte émanant de l’OIF - {{}}

Les échanges et la coopération avec les autres organisations régionales et internationales qui oeuvrent pour la promotion et la sauvegarde de la démocratie permettent d’harmoniser les efforts pour la mise en œuvre des instruments internationaux. La participation et l’organisation de sessions de partage et de diffusion des informations avec ces organisations intergouvernementales ou non-gouvernementales sont l’occasion d’une mise en commun et d’une coordination des approches dans les pays francophones. Des études et des rapports sont produits sur l’état de la démocratie, avec un accent particulier sur les menaces à la démocratie et les moyens de la renforcer dans certaines situations.

Sensibilisation au niveau national

Les responsables gouvernementaux, les cadres administratifs, les partis politiques, les membres des structures de dialogues et de concertation et les organisations de la société civile, en particulier de femmes et de jeunes doivent être conscients de l’importance des instruments de la démocratie. Des sessions de formation et de sensibilisation sont organisées à leur intention pour la promotion de ces mécanismes et des outils didactiques sont publiés et diffusés.

Programmes d’éducation citoyenne

Le développement d’une culture démocratique dans les sociétés francophones appelle une éducation aux valeurs et aux principes des droits de l’Homme et de la démocratie. Expertise et conseils sont apportés pour la mise en œuvre de stratégies d’éducation citoyenne à la démocratie dans les pays francophones. Des programmes de formation adaptés aux niveaux des écoles primaires et secondaires sont élaborés de façon concertée avec les ministères de l’Education nationale des pays concernés.

Le Fonds francophone des droits de l’Homme « Martine ANSTETT » (FFDH)

Ce Fonds encourage les efforts déployés par les ONG nationales, les syndicats, les médias ou tout organisme compétent en matière de formation, de production d’ouvrages didactiques et de vulgarisation. Il contribue ainsi à la consolidation du rôle actif des organisations de la société civile dans le domaine de l’éducation aux droits de l’Homme, de la démocratie et de la paix. Il fonctionne sur la base d’une procédure d’appel à propositions et il est ouvert aux projets concrets pour lesquels l’organisme demandeur dispose d’une capacité de financement couvrant au moins 30 % du coût du projet en fonds propres.
Tout savoir sur le Fonds francophone des droits de l’Homme « Martine ANSTETT » (FFDH) – Source : http://www.francophonie.org/Promotion-de-la-culture.html

http://www.francophonie.org/IMG/sit...

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Auteur : Jacques HALLARD, Ingénieur CNAM, consultant indépendant – 21/08/2016

Site ISIAS = Introduire les Sciences et les Intégrer dans des Alternatives Sociétales

http://www.isias.lautre.net/

Adresse : 585 Chemin du Malpas 13940 Mollégès France

Courriel : jacques.hallard921@orange.fr

Fichier : ISIAS Culture Politique La culture est la pierre angulaire d’une société démocratique.3

Mis en ligne par Pascal Paquin de Yonne Lautre, un site d’information, associatif et solidaire(Vie du site & Liens), un site inter-associatif, coopératif, gratuit, sans publicité, indépendant de tout parti,


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