ISIAS

"La ruée vers les terres fertiles constitue une menace pour la sécurité alimentaire qu’il faut, au contraire, consolider" par Dr. Mae-Wan Ho

Traduction et compléments de Jacques Hallard
mercredi 28 avril 2010 par Ho Dr Mae-Wan

Land Rush’ as Threats to Food Security Intensify
Au niveau mondial, les politiques conduites en faveur des biocarburants et les crises de 2008, à la fois financière et alimentaire, ont déclenché une “ruée vers les terres agricoles fertiles“ qui augmente la faim dans le monde, sans tenir compte des menaces sous-jacentes à long terme pour la sécurité alimentaire mondiale
Dr. Mae-Wan Ho


Rapport de l’ISIS en date du 28/04/2010
La version originale complète, en angalis et avec les références, est intitulée ’Land Rush’ as Threats to Food Security Intensify ; elle est accessible sur le site suivant : www.i-sis.org.uk/landRush.php
Le matériel du présent site ne peut être reproduit sous aucune forme sans autorisation explicite. FOR PERMISSION, AND REPRODUCTION REQUIREMENTS, PLEASE CONTACT ISIS . POUR OBTENIR SON APPROBATION et les EXIGENCES DE REPRODUCTION, ISIS CONTACT S’IL VOUS PLAÎT. WHERE PERMISSION IS GRANTED ALL LINKS MUST REMAIN UNCHANGED Lorsqu’une autorisation est accordée TOUS LES LIENS doivent rester inchangés

  Main basse sur les terres en friche à travers le monde

Au cours des trois dernières années, les gouvernements étrangers et les sociétés d’investissement ont procédé à l’achat ou à la location de vastes étendues de terres agricoles en Afrique et ailleurs, pour la production de biocarburants, ou mieux, agrocarburants, ou de denrées alimentaires pour leur propre usage [1].

Cette ruée sur les terres agricoles a été déclenchée par la demande de biocarburants, et elle s’est accélérée [2] avec les crises financières et des produits alimentaires de 2007-2008, voir [3] Financing World Hunger , SiS 46).

Les politiques gouvernementales de promotion des biocarburants sont basées sur la croyance erronée que les combustibles et les carburants à base de plantes sont « neutres » vis-à-vis du bilan carbone, que leur combustion suffit pour relâcher le dioxyde de carbone fixé par la photosynthèse et sans augmentation des gaz à effet de serre dans l’atmosphère.

L’Union européenne vise 10 pour cent de ses transports alimentés avec des biocarburants d’ici à 2020 [4] Europe Unveils 2020 Plan for Reducing C Emissions , SiS 37). George W. Bush, pour sa part, a proposé de sortir les Etats-Unis de leur "dépendance au pétrole" en augmentant le budget fédéral de 22 pour cent pour la recherche sur les technologies des combustibles et des carburants propres, notamment les biocarburants comme substitution au pétrole pour alimenter les véhicules du pays [5] ( Biofuels for Oil Addicts , SiS 30). L’espoir est de remplacer plus de 70 pour cent des importations de pétrole qui proviennent de "régions instables du monde - le Moyen-Orient - en 2025.

Pendant ce temps, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture a utilement identifié des zones immenses de ”terres de rechange” dans les pays en développement, qui pourraient être utilisées pour la mise en place de cultures ”bio-énergétiques” destinées à être transformées en biocarburants. Le récent rapport de la Banque Mondiale consacré aux prix des produits de base en 2008 comprend un diagramme intitulé [6] « Le stock de terres arables inutilisées, mais potentiellement utilisables est énorme » : il représente plus de 700 millions d’hectares de terres "inutilisées" en Afrique sub-saharienne, et plus de 800 millions d’hectares en Amérique latine et dans les Caraïbes.

  Une agriculture d’entreprise pour les riches

Les agro-industries internationales, les banques d’investissement, les fonds d’investissements ou hedge funds, les commerçants et les négociants des produits de base, les fonds souverains, les fonds de pension du Royaume-Uni, les fondations et les particuliers ont été amenés à happer certaines des terres les moins chères du monde, au Soudan, au Kenya, au Nigeria, en Tanzanie, au Malawi, en Éthiopie, au Congo, en Zambie, en Ouganda, à Madagascar, au Zimbabwe, au Mali, en Sierra Leone, au Ghana et ailleurs.

A elle seule, l’Ethiopie a autorisé 815 projets agricoles financés par des étrangers depuis 2007. Pour les investisseurs qui ne peuvent pas acheter de terres, ces dernières leur sont louées pour environ 1 $ par an et par hectare. Dans de nombreux cas, les contrats ont conduit à des expulsions, des troubles civils et des plaintes pour “accaparement des terres“, rapporte John Vidal dans le journal britannique Guardian [1].

Nyikaw Ochalla, un autochtone Anuak de la région de Gambella en Éthiopie et qui vit maintenant en Grande-Bretagne, mais qui reste en contact régulier avec les agriculteurs de sa région, a déclaré d’après Vidal [1] : « Toutes les terres dans la région de Gambella sont utilisées. Chaque communauté possède et s’occupe de son propre territoire, ainsi que des rivières et des terres agricoles qui s’y trouvent. C’est un mythe, un mensonge propagé par le gouvernement et les investisseurs de laisser dire qu’il y a des terres incultes ou des terres qui ne sont pas utilisées à Gambella ».

« Les entreprises étrangères sont arrivées en grand nombre, ce qui prive les populations de la terre qu’ils ont utilisée pendant des siècles. Il n’y a pas de consultations avec la population autochtone. L’accord se fait en secret. La seule chose que les populations locales constatent, ce sont les gens qui viennent avec beaucoup de tracteurs pour envahir leurs terres ... Les gens ne peuvent pas croire ce qui se passe. Des milliers de personnes seront touchées et les populations vont souffrir de la faim ».

Des sociétés indiennes, appuyées par des prêts du gouvernement, ont acheté ou loué des centaines de milliers d’hectares en Éthiopie, au Kenya, à Madagascar, au Sénégal et au Mozambique, où elles font des cultures de riz, de canne à sucre, de maïs et de lentilles pour alimenter leurs marchés domestiques, en Inde.
Le gouvernement éthiopien a nié que l’accord était à l’origine de la famine et il a déclaré que l’entente trouvée pour les terres avait attiré des centaines de millions de dollars d’investissements étrangers et créé des dizaines de milliers d’emplois. Un porte-parole a déclaré que l’Ethiopie dispose de 74 millions d’hectares de terres fertiles, dont seulement 15 pour cent sont actuellement en cours d’utilisation. Sur les terres restantes, seulement 3 à 4 pour cent sont offertes aux investisseurs étrangers.

Les agents des collectivités locales en Éthiopie ont déclaré que les sociétés étrangères n’ont pas été facturées pour l’eau, et à Awassa, la ferme Amouni mise en place par un milliardaire saoudien des milieux d’affaires, le cheikh d’origine éthiopienne Modhammed al-Amoudi, utilise autant d’eau par an que 100.000 Ethiopiens.

L’Arabie saoudite et d’autres pays du Moyen-Orient : les Emirats Arabes Unis, le Qatar, le Koweït et Abou Dhabi, sont considérés comme les plus gros acheteurs de terres africaines. En 2008, l’Arabie saoudite, qui est l’un des plus grands producteurs de blé parmi les pays du Moyen-Orient, a annoncé qu’elle allait réduire sa production céréalière intérieure de 12 pour cent par an, afin d’économiser et de conserver l’eau. Le gouvernement a réservé 5 milliards de dollars US pour fournir des prêts à des taux préférentiels aux entreprises saoudiennes qui viennent investir dans les pays à forte potentialité agricole.

L’Arabie saoudite loue également des terres dans d’autres pays comme le Pakistan [7], déjà en situation de stress hydrique, avec un appauvrissement des réserves en eau. Ayesha Siddiqa, un analyste politique et stratégique, a émis l’idée que les propriétaires fonciers individuels louent aux investisseurs, ouvrant ainsi la porte à des entreprises agricoles à grande échelle. « Les grands propriétaires terriens qui avaient mis leurs terres en location à de petits agriculteurs, seront obligés de renvoyer ceux-ci et de mettre leurs terres à disposition du soumissionnaire étranger le plus offrant », dit-elle, prédisant que les petits exploitants agricoles, possédant de 5 à 10 acres, seraient rachetés, et que « les paysans sans terre et la pauvreté dans les milieux ruraux vont augmenter ».

 L’augmentation de la faim, de la malnutrition et la privation de terres cultivables

L’accaparement des terres s’est en effet intensifié depuis la crise des produits alimentaires de base en 2007-2008. L’organisation internationale sans but lucratif ‘Grain’ a sorti un rapport complet d’avertissement qui dit [2] : « Si rien n’est fait, cet accaparement des terres à l’échelle planétaire pourrait sonner la fin de l’agriculture à petite échelle et des moyens d’existence dans les milieux ruraux ».

L’organisation Asian Peasant Coalition (APC), la ‘Coalition des paysans d’Asie’, forte de ses 15 millions de membres répartis dans 26 organisations paysannes et 6 autres organisations non gouvernementale soutenant des ONG du Bangladesh, de l’Inde, de Malaisie, du Népal, des Philippines, du Sri Lanka et du Pakistan, ont lancé une protestation à l’échelle de l’Asie contre l’accaparement des terres de la planète, en Juillet 2009 [8]. Il a été déclaré que le “terrorisme d’Etat“ et la saisie généralisée des terres dans les pays pauvres d’Asie s’est déroulée à l’occasion de la crise financière.

L’APC représente des agriculteurs, des paysans sans terre, des intouchables ou dalits, des peuples des forêts, des populations autochtones, des travailleurs agricoles, des éleveurs, des pasteurs, ainsi que des femmes et des jeunes dans ces secteurs géographiques [9].

En Asie, environ 365 millions de personnes tirent leur subsistance de la terre, mais, le manque de terres en Asie s’est détérioré à un rythme alarmant au cours des dix dernières années, en raison [8] « du plus grand degré d’intégration des pays d’Asie dans le marché mondial, et de la demande croissante des terres par les grands intérêts entrepreneuriaux ». Les paysans sans terre parmi les paysans d’Asie sont très nombreux : 49,6 pour cent au Bangladesh, 22 pour cent en Inde, 10 pour cent au Népal et près de 75 pour cent au Pakistan et aux Philippines, et c’est une tendance qui s’accroît, selon Danilo Ramos, secrétaire général de l’APC.

  L’appropriation des terres fertiles cultivables est encouragée par les gouvernements et par la Banque mondiale

Plus de 100 cas de saisies de terres ont été dénombrés par l’ONG ‘GRAIN’. Les "voleurs de terre" sont actionnés par deux programmes différents, mais qui finissent par converger.

Le premier programme est d’abord la sécurité alimentaire. Un certain nombre de pays qui dépendent des importations alimentaires voient une externalisation de la production alimentaire dans des pays étrangers en tant que stratégie à long terme pour nourrir leur propre population à moindre coût, au lieu d’avoir à payer des prix élevés sur les marchés mondiaux des matières premières.

L’Arabie saoudite, le Japon, la Chine, l’Inde, la Corée, la Libye et l’Egypte entrent dans cette catégorie. Ces gouvernements étrangers achètent des terres agricoles dans des pays comme le Soudan, le Cambodge et les Philippines qui dépendent de l’aide alimentaire fournie par le Programme alimentaire mondial des Nations Unies.

Le second programme a comme but le rendement financier, le retour sur investissement en particulier, à la suite de l’effondrement financier du logement et des marchés boursiers en 2007 et 2008 : les gestionnaires de fonds d’investissement se sont tournés vers les produits alimentaires et agricoles et les produits dérivés [3], et par pure coïncidence, les terres agricoles et leurs produits sont également considérés comme de bonnes sources de revenus.

Lorsque ces deux voies se rejoignent [2], c’est que dans les deux cas, c’est bien le secteur privé qui sera aux commandes. Dans la conduite et la stratégie pour la sécurité alimentaire, les gouvernements prennent les devants grâce à un programme de politiques publiques. Mais tandis que les fonctionnaires publics négocient et concluent l’accord pour les marchés concernant les terres, le secteur privé est explicitement sollicité, et même encouragé, pour prendre en charge les opérations. C’est effectivement un « nouveau colonialisme » qui s’exerce par les sociétés transnationales.

La Chine, par exemple, a réalisé de façon remarquable son auto-suffisance alimentaire, mais à la condition d’utiliser beaucoup plus d’engrais pour ses sols, qui se trouvent maintenant ruinés, et avec des voies d’eau putride à cause des pollutions [10, 11] ] ( China’s Soils Ruined by Overuse of Chemical Fertilizers *, China’s Pollution Census Triggers Green Five-Year Plan **, SiS 46).
La version en français est intitulée "L’écologisation de la Chine - En Chine, les sols sont ruinés par l’utilisation excessive des engrais chimiques.

Le gouvernement chinois a été amené peu à peu à l’externalisation de sa production alimentaire, bien avant que la crise alimentaire mondiale ne se manifeste. Quelque 30 accords de coopération agricole ont été scellés pour donner l’accès des entreprises chinoises à des terres agricoles à l’étranger, en échange de technologies chinoises, de fonds de développement des infrastructures et pour la formation, non seulement en Asie mais dans toute l’Afrique.

L’ONG ‘GRAIN’ rapporte que « Du Kazakhstan au Queensland, et du Mozambique aux Philippines, un processus régulier et commun est en cours, avec des entreprises chinoises qui louent ou achètent des terres, avec la mise en place de grandes exploitations, l’arrivée d’agriculteurs, de scientifiques et d’agents de vulgarisation, ainsi que des gens qui se mettent aux travaux de production agricole » [2]. La plupart du temps, l’agriculture menée à l’extérieur de la Chine est dédiée à la culture du riz, du soja et du maïs, ainsi qu’à des cultures destinées aux biocarburants, comme la canne à sucre, le manioc ou le sorgho.

Les Etats du Golfe, Bahreïn, Koweït, Oman, Qatar, Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, n’ont ni l’eau ni les sols fertiles pour produire de la nourriture. Mais ils disposent de beaucoup de pétrole et de beaucoup d’argent.

Parce qu’ils dépendent de produits alimentaires importés principalement d’Europe, et que leurs monnaies sont rattachées au dollar américain, la hausse simultanée des prix des denrées alimentaires sur le marché mondial et la chute du dollar des États-Unis ont renforcé leur facture d’importation, passée de 8 milliards de dollars US à 20 milliards de $ US au cours des cinq dernières années. Étant donné que l’eau est déjà rare, le gouvernement saoudien a décidé d’arrêter la culture du blé, leur aliment de base, en 2016, afin de le faire cultiver ailleurs et de l’expédier dans leur pays.

Les Émirats arabes unis, de même, sous l’égide du Conseil de coopération du Golfe (CCG), se sont regroupés avec Bahreïn et d’autres pays du golfe pour élaborer une stratégie collective d’externalisation de la production alimentaire, en particulier dans les pays islamiques, auxquels ils fourniront contractuellement des capitaux et du pétrole en échange de garanties pour que leurs sociétés puissent avoir accès à des terres agricoles et à des exportations des produits chez eux. La plupart des Etats fortement ciblés sont le Soudan et le Pakistan, suivis par un certain nombre de pays du Sud-Est asiatique - Birmanie, Cambodge, Indonésie, Laos, Philippines, Thaïlande et Vietnam - ainsi que la Turquie, le Kazakhstan, l’Ouganda, l’Ukraine, la Géorgie, le Brésil, etx …

Dans les milieux de l’industrie alimentaire, les sociétés de transformation et de commerce arabes et japonaises sont parmi les plus impliquées.

Les entreprises japonaises possèdent déjà 12 millions d’hectares de terres agricoles à l’étranger pour la production d’aliments et de cultures fourragères, dont certaines sont localisées en Chine, où, en 2006, Asahi, Itochu et Sumitomo ont commencé à louer des centaines d’hectares de terres agricoles pour la production d’aliments biologiques pour fournir les marchés chinois et coréen. En 2007, Asahi s’est agrandi pour établir la première ferme laitière japonaise en Chine. Un an plus tard, en septembre 2008, Asahi a profité de la tragédie de la mélamine dans le lait pour lancer son premier produit liquide laitier avec une majoration de 50 pour cent. Les entreprises japonaises ont également ciblé le Brésil.

L’industrie financière s’est invitée pour passer à l’action. Tout au long de l’année 2008, une armée de sociétés d’investissement, les fonds d’équité privés, les fonds d’investissement ou hedge funds et autres, ont ciblé des terres agricoles à travers le monde [2], avec la Banque mondiale et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement afin de "fluidifier la voie pour ce flux d’investissement" et "convaincre" les gouvernements concernés afin de les amener à modifier les lois de la propriété foncière afin de faciliter les transactions. En conséquence, les prix des terrains ont commencé à grimper.
Les banques Deutsche Bank et Goldman Sachs ont pris le contrôle de l’industrie du bétail de la Chine : ses plus grandes porcheries, ses élevages de volailles et des usines de transformation de la viande, y compris les droits sur les terres agricoles.

Basé à New York, l’un des plus grands gestionnaires financiers au monde, BlackRock Inc, avec près de 1.500 milliards de dollars US dans ses livres de comptes, a mis en place un fonds américain d’investissements agricoles (ou hedge funds), de 200 millions de $ US, dont 30 millions de dollards US seront utilisés pour acquérir des terres dans le monde entier.

Morgan Stanley, qui a récemmment rejoint la file d’attente pour un renflouement financier de la part de l’US Treasury Department, le Minstère du trésor des Etats-Unis, a acheté 40.000 ha de terres agricoles en Ukraine, où ’Renaissance Capital’, une société d’investissement russe, a acquis des droits sur 300.000 ha.
Pendant ce temps, Black Earth Farming, un groupe d’investissement suédois, a acquis le contrôle de 331.000 ha de terres agricoles dans la région des terres noires de Russie, où Alpcot-Agro, une autre entreprise d’investissement suédois, a également acheté des droits pour 12.000 ha.

Landkom, le groupe d’investissement britannique, a acheté 100.000 ha de terres agricoles en Ukraine et il a des intentions de s’étendre jusqu’à 350.000 ha en 2011. Toutes ces acquisitions de terres sont destinées à la production de céréales, d’huiles, de viandes et de produits laitiers pour les personnes solvables, qui peuvent payer sur le marché mondial.

  La crise alimentaire mondiale va en s’aggravant

Il n’est pas surprenant que la crise alimentaire aggrave la situation pour les pauvres. À la fin de 2009, plus d’un milliard de la population mondiale est victime de malnitrition, voire de faim : on estime que 24.000 personnes meurent de faim chaque jour, et plus de la moitié sont des enfants. Le Programme alimentaire de l’Organisation des Nations Unies est confronté à un déficit budgétaire de 4,1 milliards de dollars US [12, 13]. Les prix des aliments sont restés élevés malgré le ralentissement économique et des conditions météorologiques extrêmes, qui ont affecté les productions, sont à l’origine de davantage de famines.

De nombreux commentateurs accusent à juste titre, la spéculation financière dérégulée sur les marchés mondiaux des matières premières agricoles qui a précipité la crise alimentaire mondiale de 2007-2008 [3], et l’accaparement des terres qui a suivi et qui a certainement fait quasiment pire.

Cependant, d’autres menaces plus graves, à plus long terme et touchant à la sécurité alimentaire, sont en voie d’être négligées, et, en particulier, aucune somme consacrée à l’accaparement des terres ne peut prémunir n’importe quelque pays que ce soit ou n’importe quels individus contre ces menaces.
Le vétéran observateur de notre monde, Lester Brown nous rappelle que de nombreuses civilisations se sont effondrées dans le passé en raison de l’amenuisement des réserves alimentaires, et nous pourrions aussi bien connaître le même sort qu’eux, à partir de [14] « notre incapacité à faire face aux tendances environnementales qui minent l’économie alimentaire dans le monde – surtout l’abaissement des nappes phréatiques, l’érosion des sols et la hausse des températures ».

  Le système alimentaire actuel s’effondre à cause des pratiques agricoles industrielles qui ne sont pas durables

Notre système agricole et alimentaire a montré des signes d’effondrement [14, 15], avec des rendements mondiaux des céréales qui ne peuvent pas répondre à la demande au cours de la plupart des années depuis 2000, et les réserves ont atteint leur plus bas niveau depuis 50 ans. La croissance des rendements a ralenti en dépit des quantités record d’engrais qui ont été appliquées [16].

Sur les principales terres cultivées du monde – en Chine, en Inde et aux États-Unis, qui abritent la moitié de la population mondiale – les pratiques agricoles industrielles ont gravement appauvri les eaux souterraines, desséché les rivières et les lacs, érodé la couche superficelle des sols et décimé la vie sauvage avec des engrais et des pesticides dans les eaux de ruissellement. Le plus inquiétant est la récente disparition des abeilles et d’autres pollinisateurs (voir [17] Mystery of Disappearing Honeybees et autres articles de la série, SiS 34) *
"Le mystère de la disparition des abeilles" par le Dr. Mae-Wan Ho, traduit par Jacques Hallard ; site : http://yonne.lautre.net/spip.php?ar...
"Sauvons les abeilles ! Définitions et compléments" par l’ISIS, traduit par Jacques Hallard ; site : http://yonne.lautre.net/spip.php?ar...
"Sauvons les abeilles grâce à l’agriculture biologique" par le Professeur Joe Cummins, traduction de Jacques Hallard, site : http://yonne.lautre.net/spip.php?ar... .

"L’agriculture et l’alimentation biologiques au secours des abeilles" par le Professeur Joe Cummins, traduction de Jacques Hallard ; site http://yonne.lautre.net/spip.php?ar...
"Les téléphones portables et la disparition des abeilles" par le Dr. Mae-Wan Ho, traduction de Jacques Hallard ; site http://yonne.lautre.net/spip.php?ar...
"Requiem pour les abeilles" par le Professeur Joe Cummins, traduction de Jacques Hallard ; site http://yonne.lautre.net/spip.php?ar...
"Sauvons les abeilles d’urgence en interdisant les pesticides néonicotinoïdes" par le Professeur Joe Cummins, traduction de Jacques Hallard ; site http://www.i-sis.org.uk/pdf/honeybe...
"Sauvons les abeilles !" Introduction à une série d’articles de l’ISIS, traduit par Jacques Hallard ; site http://yonne.lautre.net/spip.php?ar...
"Un champignon parasite et le déclin des ruches d’abeilles" par le Professeur Joe Cummins, traduction de Jacques Hallard ; site http://yonne.lautre.net/spip.php?ar...
"Les champignons parasites et les pesticides agissent-ils conjointement et en synergie pour tuer les abeilles ?" par le Professeur Joe Cummins, traduction de Jacques Hallard ; site http://yonne.lautre.net/spip.php?ar...
Dans le même temps, la production mondiale de pétrole a dépassé son pic [18] Oil Running Out (SiS 25) ** et le pic du gaz naturel n’est pas loin derrière [19]. L’agriculture conventionnelle industrielle est fortement dépendante des combustibles et des carburants fossiles (en particulier pour la fabrication des engrais azotés), ainsi que de l’eau.
** Version en français intitulée ‘Energie - Le tarissement des réserves en pétrole’ accessible sur le site http://www.i-sis.org.uk/OilRunningO...

  Le changement climatique va affecter la productivité agricole

En outre, le changement climatique est devenu une menace majeure pour la productivité agricole. Une surveillance directe sur le terrain a montré que les rendements des cultures ont régressé de 10 pour cent pour chaque augmentation de la température nocturne d’un degré centigrade au cours de la période de croissance [20]. L’International Food Policy Research Institute, l’Institut de Recherche International sur les Politiques Alimentaires, prévoit que les récoltes de blé dans les pays en développement vont diminuer de 30 pour cent d’ici à 2050, tandis que les rendements du riz irrigué seront en baisse de 15 pour cent [21].

Le changement climatique pourrait frapper les pays en développement plus durement, mais le monde développé n’est pas à l’abri. L’augmentation des fréquences des périodes de sécheresse, des inondations et des tempêtes liées aux changements climatiques vont dévaster les récoltes et le bétail ; des périodes de chaleur extrême vont également être dommageables lorsque les plantes vont commencer à souffrir à partir d’environ 32˚C.

Les rendements du maïs, du soja et du coton pourraient chuter de 30 à 46 pour cent dans le cadre du scénario de réchauffement planétaire le plus lent, et encore de 63 à 82 pour cent dans le cadre du scénario du réchauffement le plus rapide.

  Il faut effectivement choisir entre les carburants et la nourriture

La ruée vers les biocarburants par les pays développés a été un facteur majeur dans le déclenchement de la crise alimentaire de 2007-2008 [3] ainsi que la ruée vers les terres agricoles fertiles qui a suivi, comme cela est décrit ici. Les politiques de soutien aux biocarburants, telles que celles de l’Union Européenne et des États-Unis, sont erronées.

Les États-Unis ont importé 19,5 millions de barils de pétrole par jour en 2008, ce qui représentait 57 pour cent de la consommation totale du pays [22]. En 2008, 9 milliards de gallons d’éthanol ont été produits à partir de 33 pour cent de la récolte de maïs subventionné aux États-Unis, à raison de 6-7 milliards de dollars, pour fournir 1,3 pour cent de la consommation de pétrole du pays. Il faut 1.700 litres d’eau pour produire un gallon d’éthanol [23]. Même si la totalité des 341 millions de tonnes de maïs des États-Unis devaient être convertis en éthanol, ce serait assurer seulement 5 pour cent de la consommation totale de pétrole dans le pays, ne laissant vraiment plus rien pour nourrir le bétail ou fournir les denrées alimentaires pour les êtres humains [24].

Les États-Unis sont un important exportateur de maïs comptant pour plus de 60 pour cent des exportations du monde. Globalement, la lutte pour l’éthanol de maïs et de canne à sucre et pour le biodiesel de soja, à partir des graines oléagineuses, de l’huile de palme et de jatropha, ont entraîné une déforestation accélérée (avec de grandes émissions de CO2) ainsi que des expulsions forcées [des populations vivant sur ces terres] [25, 26] ( Food Without Fossil Fuels Now , SiS 42) et un accaparement des terres cultivables. .

Les biocarburants issus des palntes cultivées vont non seulement mettre en péril les productions alimentaires, mais ils ne s’inscrivent pas dans la durabilité : ils nécessitant des apports énormes d’engrais et de pesticides ainsi que de l’eau, ils appauvrissent les sols en éléments nutritifs pour les véégtaux, ils accélèrent l’érosion des sols et ils génèrent beaucoup de déchets polluants.

Une comptabilité énergétique réaliste montre que tous les biocarburants, sauf un, ont besoin de plus d’énergie présente dans les combustibles fossiles d’entrée, que l’énergie qui est produite par ces biocarburants. En d’autres termes, les biocarburants présentent des bilans nets d’énergie négatifs et, partant de là, ils donnent lieu à plus d’émissions de CO2 que la simple utilisation des combustibles fossiles [24].

Les rendements énergétiques pour les principaux biocarburants sont les suiivants : l’éthanol de maïs -46 pour cent, de panic érigé -68 pour cent, le biodiesel de soja -63 pour cent, et le biodiesel de colza -58 pour cent. Même l’huile de palme produite en Thaïlande a un rendement énergétique de -8 pour cent. La seule exception est l’éthanol de canne à sucre au Brésil, avec un rendement énergétique positif de 128 pour cent [27], bien qu’il soit encore insoutenable, et non durable à d’autres égards.

  Les OGM, Organismes Génétiquement Modifies, ne sont certainement pas la réponse qui convient

A-t-on finalement besoin des plantes génétiquement modifiées (OGM) pour nourrir le monde et sauver le climat, comme tant de partisans des OGM le proclament ?

Une évaluation menée sur trois ans par 400 scientifiques, décideurs et représentants de gouvernements, a été faite sous l’égide de l’organisation non gouvernementale IAASTD (évaluation internationale des connaissances agricoles, de la science et de la technologie pour le développement) [28] ; il a été conclu que les cultures de plantes OGM sont, au mieux, sans pertinence pour la sécurité alimentaire et la réduction de la pauvreté, et que les modes d’exploitation agricole de petite dimension, paysanne, constituent la voie à suivre [29] ( “GM-Free Organic Agriculture to Feed the World” , SiS 38). *
* “Une agriculture biologique et sans OGM pour nourrir le monde” par le Dr. Mae-Wan Ho, traduction de Jacques Hallard, site http://yonne.lautre.net/spip.php?ar...

Les cultures de plantes génétiquement modifiées sont en fait bien pires que les variétés de la révolution verte qu’elles sont censées remplacer, comme cela a été bien explicité et démontré dans le dossier important, avec des preuves, que nous avons accumulées au fil des années [30, 31] ( The Case for A-Free Sustainable World GM , ‘GM Science Exposed’ accessible sur http://www.i-sis.org.uk/GM_Science_... publications de l’ ISIS).

Les cultures de plantes OGM sont moins résistantes aux contraintes environnementales, aux ravageurs et aux maladies : elles sont donc très vulnérables aux changements climatiques. Mais, en outre, elles coûtent plus cher en semences en raison du monopole que les sociétés ont développé autour de la brevetabilité des gènes [32] US Farmers Oppose ’Big Ag’ in Anti-Trust Hearing ( SiS 46) .

Version en français : Les agriculteurs des Etats-Unis s’opposent à l’agrobusiness au cours d’une audition ‘Anti-Trust’ ; accessible sur le site yonne.lautre.net/spip.php ?article4146
Après 15 ans d’utilisation des variétés génétiquement modifiées dans les grandes cultures principales, les États-Unis sont maintenant confrontés à un effondrement écologique [33] ( GM Crops Facing Meltdown in the USA , SiS 46). *
Version en français : Les cultures de plantes génétiquement modifiées sont techniquement en perte de vitesse aux Etats-Unis ; accessible sur le site yonne.lautre.net/spip.php ?article3959

Le même phénomène s’est produit avec l’introduction du coton transgénique en Inde, où, en outre, il a engendré et accéléré les suicides de nombreux paysans du fait d’un endettement croissant des agriculteurs [34] ( Farmer Suicides and Bt Cotton Nightmare Unfolding in India , SiS 45).

Et par-dessus tout, les modifications génétiques introduisent des risques spécifiques, comme je l’ai indiqué et répété depuis plus de dix ans [35] ( Genetic Engineering Dream or Nightmare , ISIS publication).

De nombreux chercheurs scientifiques reconnaissent maintenant ces risques, certains ayant conduit leurs propres études pour le savoir [36] ( GM is Dangerous and Futile , SiS 40).

Il n’y a pas d’autre solution, pour faire face aux graves menaces à long terme pour la sécurité alimentaire, que d’un changement complet et décisif dans le monde entier en faveur de l’agriculture biologique et d’une relocalisation de la production alimentaire, ainsi que des systèmes de productions énergétiques (voir [37, 38] Food Futures Now : *Organic *Sustainable *Fossil Fuel Free , Green Energies - 100% Renewable by 2050 * , ISIS/TWN publications) ( GM is Dangerous and Futile , SiS 40).

"Le pouvoir aux populations : 100% d’énergies renouvelables d’ici 2050" par le Dr. Mae-Wan Ho, traduction et compléments de Jacques Hallard ; site http://yonne.lautre.net/spip.php?ar...

The Institute of Science in Society, 29 Tytherton Road, London N19 4PZ
telephone : [44 20 8452 2729]
Contact the Institute of Science in Society www.i-sis.org.uk/

 Définitions et compléments en français

voir PDF à demander à Yonne.lautre@laposte.net (bien spécifier le titre ou le numéro de l’article)

 Traduction, définitions et compléments :


Jacques Hallard, Ing. CNAM, consultant indépendant.
Relecture et corrections : Christiane Hallard-Lauffenburger, professeur des écoles
honoraire.
Adresse : 19 Chemin du Malpas 13940 Mollégès France
Courriel : jacques.hallard921@orange.fr
Fichier : ISIS Agriculture Alimentation Economie ’Land Rush’ as Threats to Food Security Intensify French version.2


Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 152 / 322359

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Pour en savoir plus  Suivre la vie du site Nourrir l’Humanité   ?    |    titre sites syndiques OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 3.2.1 + AHUNTSIC

Creative Commons License