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"L’ère de l’utilisation massive des herbicides à base de glyphosate est terminée" par GMWatch

Traduction et compléments de Jacques Hallard
dimanche 12 mars 2017 par GM Watch


ISIAS Pesticides
L’ère de l’utilisation massive des herbicides à base de glyphosate est terminée
L’article d’origine a été publié le 03 février 2017 par GMWatch sous le tite « The time for glyphosate-based herbicides is over  » ; il est accessible sur le site suivant : http://gmwatch.org/news/latest-news/17456-the-time-for-glyphosate-based-herbicides-is-over

Image : Le Dr Ramon Seidler tient en main un bocal de maïs OGM. En 2016, 89% de la superficie des maïs cultivés aux États-Unis l’étaient avec des cultivars tolérants aux herbicides et la plus grande partie de ceux-ci était composée d’herbicides à base de la matière active glyphosate.

Avec la question soulevée à propos du potentiel de perturbation endocrinienne de la spécialité ‘Roundup’ [herbicide à base de glyphosate] à des doses réelles encore non résolues, d’une part, et du glyphosate classé comme cancérogène probable, d’autre part, il est temps de restreindre ou d’interdire les herbicides à base de glyphosate, écrit le Dr Ramon Seidler, PhD (photo ci-dessus).

En février 2016, un groupe de scientifiques internationaux a publié une déclaration de consensus attirant l’attention sur les risques posés par l’augmentation de l’exposition aux herbicides à base de glyphosate (GBH), en particulier à la lumière de la classification du glyphosate comme cancérogène probable par l’IARC, auprès de l’Organisation mondiale de la santé. Les scientifiques ont noté les effets perturbateurs endocriniens (hormonaux) des herbicides à base de glyphosate dans des expériences avec des tubes à essais et ils ont appelé à plus d’études pour clarifier si les niveaux présents dans les aliments et dans l’environnement peuvent causer de tels effets chez les humains vivants.

Les perturbateurs endocriniens ont des effets nocifs sur les mammifères qui sont largement utilisés comme substituts humains dans des dispositifs expérimentaux, à des concentrations aussi faibles que des parties par milliard (ppb) et même en dessous.

Plus tard, au cours de l’année passée, le journal ‘New York Times’ avait signalé que les cultures de plantes OGM tolérantes au glyphosate, avaient augmenté de façon significative l’utilisation des herbicides à base de glyphosate aux États-Unis. Cette nouvelle a été suivie de près par la publication d’un rapport par l’organisation ‘Food Democracy Now’ et le
projet Detox montrant des niveaux élevés de résidus de glyphosate dans les aliments et dans les boissons populaires et largement consommés.

Une inaction en matière de réglementation

Étant donné le risque croissant posés par les perturbateurs endocriniens chez les gens, on s’attend à ce que les autorités chargées de la réglementation soient désireuses de prendre des mesures. Mais malheureusement, c’est le contraire qui se passe. La Commission européenne a été si tardive à les réglementer que la Cour européenne de justice a déclaré que celle-ci s’était « illégalement refusée de fixer des règles ».

Cette question de l’exposition aux herbicides à base de glyphosate a gagné en urgence pour conduire une nouvelle étude chez les rats : elle a montré que le Roundup a causé une maladie du foie, à une concentration aussi faible d’une 0,1 ppb, lorsqu’il est donné dans l’eau à boire sur une période de long terme. Le taux quotidien de glyphosate à partir de cette dose était de 4 nano grammes par kilogramme de poids corporel par jour, ce qui est 75.000 fois inférieur aux niveaux autorisés dans l’Union Européenne, et 43.500 fois inférieur aux niveaux autorisés aux États-Unis. La concentration de glyphosate ajouté dans l’eau à boire (50 parties par trillion), est alors 14.000 fois inférieure à la concentration permise dans l’eau potable aux États-Unis (soit 700 ppb).

Des tests ont montré que la plupart des Américains ont du glyphosate dans leur urine à des niveaux de l’ordre de la partie par milliard (ppb), ce qui suggère une prise quotidienne d’environ 1.000 fois au-dessus du niveau qui a causé la maladie du foie chez les rats en conditions expérimentales. Cependant, d’autres recherches doivent être faites pour établir les niveaux de glyphosate qui sont présents dans les diverses parties et tissus du corps, en particulier dans les organes endocriniens comme le pancréas.

Il n’est pas certain que la maladie du foie causée chez les rats par le Roundup l’ait été par le mécanisme de perturbation endocrinienne. Mais étant donné la dose extrêmement faible de Roundup qui a causé l’effet et l’association connue entre les perturbateurs endocriniens en général, d’une pat, et la maladie hépatique non-alcoolique, d’autre part, la perturbation endocrinienne est un mécanisme plausible. Ces observations appellent à de nouvelles recherches urgentes, visant à confirmer la toxicité induite dans les organes par la spécialité commerciale Roundup et/ou sa matière active glyphosate, aux niveaux réels de l’ingestion, d’une part, et pour fournir un aperçu des mécanismes de toxicité, y compris les effets en tant que perturbateur endocrinien, d’autre part. .

Herbicides à base de glyphosate et perturbation endocrinienne

En 2009, l’International Endocrine Society avait émis son premier avertissement sur les dangers associés aux produits chimiques qui interagissent, remplacent, inhibent ou stimulent l’action des hormones humaines naturelles. Aujourd’hui, sur la base de recherches hautement crédibles et publiées dans des revues scientifiques par des scientifiques du monde entier, il n’y a guère de doute sur le fait que les herbicides à base de glyphosate soient des perturbateurs endocriniens aux doses relativement élevées testées jusqu’à présent. Leur activité endocrinienne à des doses faibles et réalistes est encore incertaine et nécessite des recherches supplémentaires.

Selon l’International Endocrine Society, il existe de fortes preuves mécanistiques et épidémiologiques pour que la perturbation endocrinienne joue un rôle dans un large éventail de maladies, notamment l’obésité, la maladie hépatique non alcoolique associée au diabète, les anomalies de la reproduction chez les femmes et les hommes (stérilité), les cancers sensibles aux hormones chez les femmes, le cancer de la prostate, les maladies thyroïdiennes et les maladies neuro-développementales (perte de QI et comportement hyperactif).

Les scientifiques ont calculé que, rien qu’aux États-Unis, les pesticides, comme perturbateurs endocriniens, causent quelque 7.500 cas annuels d’invalidité grave et génèrent des coûts médicaux annuels en pure perte d’environ 45 milliards de dollars. Une étude couvrant certaines maladies associées à la chimie perturbatrice endocrinienne au sein de l’Union européenne, indique qu’elles coûtent annuellement aux services de santé de ces territoires, 150 milliards d’euros par an et quelque 340 milliards de dollars aux États-Unis.

Ces préoccupations ont été exprimées, entre autres, par toutes ces organisations : l’American Medical Association, l’American Public Health Association, l’American Chemical Society, l’International Endocrine Society, et l’Organisation mondiale de la santé.

L’utilisation des perturbateurs endocriniens devrait être suspendue

En conséquence, je suis fermement convaincu que l’utilisation des perturbateurs endocriniens – qui incluent potentiellement les herbicides à base de glyphosate, devrait être suspendue jusqu’à ce que des analyses toxicologiques et épidémiologiques humaines approfondies, transparentes et mathématiquement robustes, soient effectuées par un panel international d’experts scientifiques respectés. Les membres du panel devraient être choisis par d’autres scientifiques universitaires et ne pas impliquer les participants de l’industrie ou du gouvernement. Une analyse par l’Agence internationale de recherche sur le cancer (CIRC) a déjà lié l’exposition au glyphosate avec le cancer chez les êtres humains. Pourtant, apparemment, ce n’est pas une preuve suffisante pour mettre fin à l’utilisation des herbicides à base de glyphosate.

Je ne connais pas d’études épidémiologiques approfondies sur les effets possibles des expositions aux herbicides à base de glyphosate sur les maladies endocriniennes comme le cancer, sur la perte de QI, sur les perturbations des hormones thyroïdiennes et sur es changements observés au niveau des organes.

Comme il est indiqué dans la déclaration de consensus des scientifiques internationaux sur le glyphosate et ses formulations, il existe de grandes lacunes dans le domaine de nos connaissances sur ces effets et il faut effectuer d’autres études. Bien entendu, l’absence de telles recherches publiées n’est pas un signe que les herbicides à base de glyphosate ne causent pas d’effets endocriniens. Nous avons la technologie et les scientifiques pour faire ce travail - mais ceux-ci manquent apparemment d’appuis financiers et/ou sont inquiets pour la critique et l’intimidation de l’industrie, au cas où les résultats montreraient que ces herbicides à base de glyphosate devraient être interdits.

Le tapis roulant de l’emploi des pesticides

De telles études supplémentaires prendront bien sûr du temps. En attendant, les agriculteurs américains luttent contre les échecs de la technologie du glyphosate pour lutter contre les mauvaises herbes, avec une perte concomitante de rendements agricoles et de profits dans l’agriculture.

La réponse de l’industrie est d’invoquer le concept du tapis roulant pour l’utilisation des pesticides et de dire aux agriculteurs d’utiliser davantage de pesticides, y compris des herbicides à base de glyphosate, ou bien encore d’appliquer en même temps un ou deux autres pesticides lors des traitements. Ces pesticides incluent des produits cancérogènes probables et/ou des perturbateurs endocriniens, comme le 2,4-D, l’isoxaflutole, les néonicotinoïdes et des fongicides comme le triflumizole.

Bien que la vente de plus de pesticides soit une bonne affaire pour l’industrie, pour les agriculteurs et les consommateurs, par contre, cela signifie une augmentation des expositions et des impacts potentiellement graves sur l’environnement et sur la santé. Peu ou pas de données toxicologiques sont disponibles publiquement sur les effets combinés des herbicides à base de glyphosate lorsqu’ils sont mélangés avec ces autres pesticides toxiques connus. Cette situation devrait inquiéter tout le monde.

En l’absence d’une interdiction universelle des herbicides à base de glyphosate, afin de protéger les consommateurs qui sont exposés et consomment du glyphosate dans leur nourriture et leur boisson, les applications du glyphosate doivent être strictement limitées aux seuls applicateurs autorisés, dans des conditions de besoin agricole extrême.

En quoi est-il utile de faire de multiples applications avec des herbicides à base de glyphosate quand la résistance des mauvaises herbes est déjà un problème majeur ? Le seul bénéficiaire est l’industrie qui veut vendre ses produits. Dans ce contexte, les autorités chargées de la régulation, dans le monde entier, ont augmenté régulièrement les niveaux admissibles des résidus de glyphosate dans les plantes cultivées et dans les aliments, apparemment pour tenir compte des niveaux accrus de glyphosate qui sont trouvés dans le soja OGM tolérant au glyphosate.

De telles décisions ne bénéficient pas du soutien du public, en particulier de ceux d’entre nous qui croient que les herbicides à base de glyphosate nuisent, peuvent être des perturbateurs endocriniens et que ces produits sont biologiquement actifs à des niveaux couramment trouvés dans l’urine des êtres humains.

Fumée de cigarette, PCB … et herbicides à base de glyphosate

L’industrie affirme que le glyphosate est « sans danger » et rappelle des allégations similaires faites antérieurement sur la fumée de cigarette, le DDT, les PCB, la thalidomide, le diéthylstilbestrol (DES), l’agent orange, l’atrazine, les ignifugeants, les phtalates, le bisphénol A et les parfums artificiels : donc des perturbateurs endocriniens.

Les consommateurs sont confus et certains sont en colère et frustrés par les décisions réglementaires concernant l’évaluation de la biosécurité de nombreux produits commerciaux. À tout le moins, beaucoup d’entre nous estiment que l’influence de l’industrie a été trop forte dans les décisions réglementaires. Les scientifiques non-industriels devraient tester les produits chimiques à des fins réglementaires.
Aux États-Unis, une série de mauvaises décisions réglementaires - comme permettre l’utilisation continue de l’atrazine, un herbicide toxique interdit en Europe il y a de nombreuses années - ont mis en place l’EPA pour la critique continue, la punition politique et budgétaire …

Le Congrès des États-Unis doit, depuis longtemps, changer les règles qui exigent qu’actuellement, l’industrie étudie et rend compte des évaluations des risques aux autorités chargées de la réglementation, avant la vente de nouveaux produits chimiques. Les réalités dictent que c’est le contraire qui doit être le cas. C’est-à-dire que les organismes chargés de la réglementation et les scientifiques gouvernementaux et universitaires, devraient mener et étudier les paramètres de sécurité chimique et communiquer les résultats des études réalisées de façon indépendante, à destination de l’industrie. Le financement de ces déterminations pourrait provenir d’une taxe d’enregistrement des industriels pour chaque nouveau produit chimique enregistré.

Les consommateurs ont besoin et méritent une meilleure action des organismes chrgés de la réglementation pour protéger la santé de nos enfants et de nos petits-enfants et pour l’environnement qu’ils hériteront.

Aujourd’hui, nous devons savoir pourquoi l’EPA des États-Unis et d’autres organismes de réglementation du monde entier, continuent de faire ce que beaucoup de scientifiques et de membres du public considèrent comme des décisions qui manquent de bon sens. Aux États-Unis, je crois que nous avons besoin d’enquêtes publiquement visibles et politiquement courageuses au sein des organismes de réglementation, peut-être menées par le Bureau de l’Inspecteur général, pour tenter de résoudre ces questions cruciales qui touchent la vie quotidienne des gens, partout dans le monde.

De telles enquêtes judiciaires pourraient constituer le seul espoir de créer des organismes environnementaux solides et stables, dotés de scientifiques courageux et de membres de la réglementation qui obtiennent l’appui de leurs électeurs par la transparence, l’indépendance vis-à-vis de l’industrie et la prise de écisions réglementaires de bon sens.

Le Dr Ramon Seidler, Ph.D., est un chercheur senior à la retraite et chef d’équipe du programme de biosécurité des organismes génétiquement modifiés (OGM) auprès de l’ de l’US EPA, l’agence de protection de l’environnement des Etats-Unis, et ancien professeur de microbiologie à l’Oregon State University, aux Etats-Unis.

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Articles d’actualité

[Glyphosate : l’Agence européenne des produits chimiques soupçonnée de conflits d’intérêts – Document Novéthic. Publié le 08 mars 2017 par Marina Fabre.

Photo - L’herbicide le plus vendu en Europe, classé comme substance cancérogène pour l’Homme par le Centre international de recherche sur le cancer, est toujours autorisé sur le marché européen. iStock

« L’ECHA, l’Agence européenne des produits chimiques, devrait rendre aujourd’hui son avis sur la cancérogénicité du glyphosate. Mais une soixantaine d’ONG pointent des conflits d’intérêts de plusieurs membres du comité d’évaluation des risques (CCR), travaillant à la fois pour l’ECHA et des industriels du secteur… » Article à lire en totalité surhttp://www.novethic.fr/empreinte-terre/sante-environnementale/isr-rse/glyphosate-l-agence-europeenne-des-produits-chimiques-soupconnee-de-conflits-d-interets-144317.html ]

[Glyphosate : et si une initiative européenne faisait bouger les lignes ? - 9 mars 2017Planète

« Une coalition d’ONG a lancé une Initiative citoyenne européenne (ICE), à laquelle tout habitant de l’UE peut participer, pour demander à la Commission européenne l’interdiction des pesticides à base de glyphosate, un composant fortement soupçonné d’être dangereux pour la santé ». Sous-titres :

Objectif : un million de signatures

Un outil peu connu mais innovant

Voici ce qu’il faut savoir sur cette démarche. [et AGIR !] à partir du site suivant : http://www.up-inspirer.fr/33835-glyphosate-initiative-europeenne-faisait-bouger-lignes ]

[D’après Wikipédia : « L’initiative citoyenne européenne (ICE) est une innovation du traité de Lisbonne donnant un droit d’initiative politique à un rassemblement d’au moins un million de citoyens de l’Union européenne, venant d’au moins un quart des pays membres. La Commission européenne peut ainsi être amenée à rédiger de nouvelles propositions d’actes juridiques de l’Union dans les domaines relevant de ses attributions, mais n’y est pas forcée… » Article complet sur le site ! https://fr.wikipedia.org/wiki/Initiative_citoyenne_europ%C3%A9enne ]

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Nous conseillons vivement aux personnes intéressées par les faits, les effets et les méfaits relatifs aux OGM, de se reporter notamment aux dizaines d’articles qui ont été consacrés à ce sujet et qui sont postés sur le site ISIAS, accessibles par ici  : http://www.isias.lautre.net/spip.php?page=recherche&amp ;recherche=ogm

Traduction, compléments entre […] et intégration de liens hypertextes par Jacques HALLARD, Ingénieur CNAM, consultant indépendant – 10//03/2017

Site ISIAS = Introduire les Sciences et les Intégrer dans des Alternatives Sociétales

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Fichier : ISIAS OGM The 750 studies that GMO regulatory bodies often ignore French version.2

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