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"Bien qu’encore controversés, les apports des neurosciences à la pédagogie sont pourtant féconds " par Jacques Hallard

lundi 22 janvier 2018 par Hallard Jacques


ISIAS Education Enseignement Pédagogie
Bien qu’encore controversés, les apports des neurosciences à la pédagogie sont pourtant féconds
Ils modifient notre compréhension des apprentissages chez les enfants et transforment les modes d’enseignement, comme le démontrent les chercheurs Céline Alvarez et Stanislas Dehaene
Jacques Hallard , Ing. CNAM – site ISIAS – 20/01/2018

Plan  : Introduction Sommaire Auteurs


Introduction

Céline Alvarez s’est fait une large réputation médiatique nourrie par une expérience pédagogique de terrain dans une classe maternelle à Gennevilliersau début des années 2010, ainsi que par la sortie de son ouvrage, reposant sur environ 200 références scientifiques et intitulé « Les Lois naturelles de l’enfant », lequel a ensuite servi à bâtir une plate-forme mise à la disposition des enseignants.

Ce dossier à vocation didactique rassemble une sélection de documents et de vidéos sur la démarche et la personnalité de cette auteure Céline Alvarez, ainsi que des avis contrastés et quelquefois très critiques sur cette expérience à la fois pédagogique, culturelle et sociologique. En parallèle, est introduite, dans le sommaire qui suit, la personnalité et un aperçu des travaux scientifiques de Stanislas Dehaene, un spécialiste de la psychologie cognitive expérimentale, professeur au Collège de France , travaillant dans le secteur des Neurosciences et qui a recours à l’imagerie cérébrale, comme d’autres chercheurs aux Etats-Unis ; voir par exemple les deux articles suivants : ’L’apprentissage procède par des acrobaties cérébrales. Lorsque les zones neurales changent plus facilement de partenaire de communication, l’apprentissage s’améliore ’ par Laura Sanders - Traduction et compléments de Jacques Hallard, vendredi 13 octobre 2017.

’Les méthodes d’enseignement passent du laboratoire à la classe. Les chercheurs testent des approches pour améliorer les apprentissages’ par Susan Gaidos - Traduction et compléments de Jacques Hallard, mercredi 4 octobre 2017.

Des réorganisations dans l’administration publique et des nominations rendues publiques au cours du mois de janvier 2018, à la tête du Ministère de l’Education Nationale en France, ont fait rebondir l’intérêt médiatique porté à l’éducation, à l’enseignement et à la pédagogie, comme le démontrent quelques articles choisis que nous citons à la suite.

Stanislas Dehaene, un touche-à-tout des neurosciences - Denis Sergent , le 10/01/2018 à 18h14 – Document diffusé par ‘La Croix’.

« Homme discret, Stanislas Dehaene, à la fois psychologue et neurobiologiste, vient d’être installé à tête du Conseil scientifique de l’éducation nationale afin d’apporter aux enseignants une base plus scientifique du processus d’apprentissage. Un homme doté d’une grande culture scientifique… » Lire l’article complet sur ce site : https://www.la-croix.com/Sciences-et-ethique/Sciences/Stanislas-Dehaene-touche-tout-neurosciences-2018-01-10-1200904900

Comment Jean-Michel Blanquer travaille et s’entoure pour repenser l’école - Laïcité, intelligence artificielle, programmes... sur tous ces sujets, le ministre de l’éducation fait travailler des experts, souvent issus de la société civile.

LE MONDE | 15.01.2018 à 10h59 • Mis à jour le 15.01.2018 à 16h04 | Par Mattea Battaglia - @matteabattaglia- Journaliste éducation au Monde. Contributrice @LeMondeEduc A lire ici : http://www.lemonde.fr/education/article/2018/01/15/jean-michel-blanquer-favorise-un-mode-de-gouvernance-qui-valorise-les-experts_5241814_1473685.html

Ne tirez pas sur l’école - Sylvie Blanchet – Document diffusé par ‘La Croix’ - Publié le 16 janvier 2018 à 15h53

« J’ai évoqué dans mon précédent billet deux ouvrages sur l’école et l’éducation aussi antagonistes qu’il est possible. Et j’ai dit que je ne me retrouvais ni dans l’un ni dans l’autre. Un autre ouvrage en revanche m’est apparu nettement plus convaincant, ou en tout cas plus conforme à ce que j’ai pu observer et comprendre de notre système éducatif. Il est signé de quelqu’un dont on ne peut pas dire qu’il ne connaît pas son sujet puisque il a été tour à tour éducateur, enseignant, chercheur et délégué ministériel en charge de la prévention des violences à l’école. Il s’agit d’Eric Debarbieux (https://www.ozp.fr/spip.php?article20972)... » Lire l’article complet sur http://aide-a-l-ecole.blogs.la-croix.com/ne-tirez-pas-sur-lecole/2018/01/16/ ].

Conseil scientifique de l’Education nationale : quels résultats pratiques attendus ? Par Jean-Pierre VERAN - Blog : Le blog de Jean-Pierre VERAN - 17 janv. 2018

« Les recherches les plus exigeantes tendent à monter qu’il n’y a pas d’effet mécanique sur les résultats des élèves de la formation des enseignants à une méthode fondée scientifiquement. Loin d’être désespérant, cet acquis permet de mieux penser l’articulation de la recherche aux pratiques pédagogiques. .. » Lire l’article complet sur https://blogs.mediapart.fr/jean-pierre-veran/blog/170118/conseil-scientifique-de-l-education-nationale-quels-resultats-pratiques-attendus ].

Stanislas Morel : « Les neurosciences illustrent la dépolitisation actuelle de la question scolaire » - Par Erwan Cario, Dessin André Derainne — 19 janvier 2018 à 18:56 - Dessin André Derainne.

Pour le sociologue Stanislas Morel, Maître de Conférences à l’Université de Saint-Etienne, spécialiste de l’échec scolaire, la domination des neuroscientifiques dans l’éducation, actée par la composition du nouveau Conseil scientifique, témoigne d’une obsession de la performance. Au détriment d’une approche sociale des inégalités à l’école.

« Le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, a présenté le 10 janvier 2018 les membres du tout nouveau Conseil scientifique de l’éducation nationale (CSEN) présidé par Stanislas Dehaene, psychologue cognitiviste et figure française des neurosciences. « Au plus près des besoins des professeurs, explique le ministre, le Conseil fera des recommandations pour aider notre institution et les professeurs à mieux saisir les mécanismes d’apprentissage des élèves. » L’initiative a été reçue assez froidement par les syndicats d’enseignants, qui redoutent une prise de pouvoir des sciences du cerveau sur les méthodes pédagogiques. Le sociologue Stanislas Morel, auteur en 2014 de la Médicalisation de l’échec scolaire (La Dispute), revient sur la position aujourd’hui dominante des neurosciences cognitives dans le domaine de l’apprentissage… » Lire la totalité de l’entretien ici : http://www.liberation.fr/debats/2018/01/19/stanislas-morel-les-neurosciences-illustrent-la-depolitisation-actuelle-de-la-question-scolaire_1623801 ].

Pour une information encore plus approfondie, nous suggérons aussi de prendre le temps et de faire connaissance de ceci « En quoi mieux connaître le cerveau peut-il nous aider à mieux enseigner ? » Par Caroline · Published 13 August 2016 · Updated 14 October 2016 – « Steeve Masson, chercheur canadien en neuro-éducation, propose de répondre dans la vidéo à la question : en quoi mieux connaître le cerveau peut-il nous aider à mieux enseigner ? » Cette vidéo dure 1 heure et 15 minutes. Elle relate sobrement les points suivants : la plasticité du cerveau – l’architecture et la localisation fonctionnelle – l’influence de l’enseignant sur le développement du cerveau, etc...

Cette contribution est résumée sur le site suivant : http://apprendre-reviser-memoriser.fr/connaitre-cerveau-pour-enseigner/ ].

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Sommaire

1. Céline Alvarez à travers Wikipédia et discussion sur cet article

2. Présentation du livre « Les Lois naturelles de l’enfant » de Céline Alvarez

3. Vidéo ‘You Tube’ : Les lois naturelles de l’enfant avec Céline Alvarez

4. Vidéo ‘You Tube’ - Céline Alvarez : Quelle école pour demain ?- La Maison des Maternelles – Introduction à la méthode Maria Montessori

5. Vidéo ‘You Tube’ - Pour une refondation de l’école guidée par les enfants : Céline Alvarez at TEDxIsèreRiver

6. Vidéo ‘You Tube’ - De Maria Montessori à Céline Alvarez

7. Vidéo ‘You Tube’ - Montessori en Avignon : ’Aide moi à faire seul’ Perrine Jean

8. Des sciences cognitives à la salle de classe 04/09/2017 - Document ‘France Culture’ - Pour une autre école (1/4)

9. Les vérités de Céline Alvarez Par Paul DEVIN 01 sept. 2016

10. Pourquoi Céline Alvarez divise-t-elle tant les profs ? Par Lucien Marboeuf le 11 septembre 2016

11. Pourquoi tant de profs ne supportent plus Céline Alvarez ? Par Louise Tourret 12.10.2016

12. Céline Alvarez : ’Un vent nouveau souffle dans nos écoles’ Par Dalila Kerchouche Le 07 mars 2017

13. Méthode Montessori : la fabrique du crétin libéral par Françoise Dauliat - 20 avril 2017

14. Céline Alvarez, une pédagogie « business compatible » Par Laurence De Cock 27 mai 2017

15. “Les Lois naturelles de l’enfant” gâté, de Céline Alvarez Par Marine Landrot Publié le 04/07/2017

16. Pourquoi Céline Alvarez n’a-t-elle pas réussi son expérience à l’école ? par Marjolaine Koch 06/09/2017

17. Science et pédagogie : déformations et impostures (1) l’expérimentation Alvarez Par Paul DEVIN 7 sept. 2017

18. La sociologie face aux neurosciences : l’enfant au cœur d’une bataille de disciplines Par Chloé Leprince 04/09/2017

19. La pédagogie selon Céline Alvarez [1/4] Entre sciences cognitives et méthode Montessori - Présentée par Bénédicte Draillard 29 août

20. La pédagogie selon Céline Alvarez [2/4] L’enfant a besoin d’amour - Présentée par Bénédicte Draillard - Mercredi 30 août

21. La pédagogie selon Céline Alvarez [3/4] Soutenir le développement de l’intelligence Présentée par Bénédicte Draillard -

22. La pédagogie selon Céline Alvarez [4/4] Affiner ses perceptions sensorielles Présentée par Bénédicte Draillard - lundi 6 février

23. En savoir plus sur Stanislas Dehaene et ses travaux scientifiques

24. Autres vidéos sur les neurosciences et apprentissages

25. Céline Alvarez, Stanislas Dehaene. La révolution de l’éducation - Propos recueillis par Cécilia Bognon-Küss et Alexandre Lacroix, Directeur de la rédaction Philomag.com par Philosophie Magazine 22/03/2017

ACTUALITES – Accès à une sélection d’articles concernant l’éducation

ACTUALITES -Jean-Michel Blanquer : « L’éducation nationale crée trop d’inégalités » LE MONDE ECONOMIE

Actualités - Cinq idées que défend Stanislas Dehaene, l’éminence grise de Jean-Michel Blanquer, Pierre Ropert Document France Culture 12/01/2018.

Sélection d’articles sur l’éducation, l’enseignement et la pédagogie qui ont été postés sur le site ISIAS

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1.
Céline Alvarez à travers Wikipédia et discussion sur cet article

Céline Alvarez, auteur et conférencière française, linguiste de formation1,2, est née en 1983 à Argenteuil3. Elle s’est fait connaître en 2016 en faisant paraître Les Lois naturelles de l’enfant, livre où elle relate une expérimentation qui, menée entre septembre 2011 et juin 2014 dans une école maternelle de Gennevilliers placée en « zone d’éducation prioritaire », aurait abouti à un développement impressionnant de la personnalité et des compétences cognitives des enfants.

Sommaire

Née en 1983, Céline Alvarez grandit à Argenteuil, dans le Val-d’Oise3. Après le baccalauréat, elle donna des cours de français en Espagne, pays d’origine de son père, et s’intéressa au bilinguisme chez les enfants3. Depuis Madrid, elle s’inscrivit en master de sciences du langage par correspondance à l’université de Grenoble. De retour en région parisienne, elle se forma en pédagogie Montessori, puis passa le concours de professeur des écoles en 2009 en candidat libre. Approchée par Jean-Michel Blanquer, directeur général de l’enseignement scolaire (Dgesco) au ministère de l’Éducation nationale alors occupé par Luc Chatel, elle obtint de lui une carte blanche pédagogique4.

La bibliothèque des expérimentations pédagogiques Expérithèque précise qu’à l’origine de cette carte blanche figurent « les chiffres alarmants du nombre d’enfants en très grandes difficultés scolaires à la sortie du CM2 – plus d’un enfant sur trois est en grande difficulté ou n’a que des acquis fragiles en lecture, écriture et calcul – ainsi que le taux élevé d’illettrisme en 6e, et le déterminisme social pointé par le dernier rapport PISA. »5 L’objectif est de « montrer une réduction possible significative de l’échec scolaire et une augmentation du bien-être des enfants à l’école, en offrant un environnement qui réponde aux besoins et aux vifs intérêts de l’enfant âgé de 3 à 6 ans. »5

Affectée à Neuilly-sur-Seine après l’obtention du concours, Céline Alvarez l’est à l’école maternelle Jean-Lurçat de Gennevilliers à la rentrée 2011, pour entamer l’expérimentation. En septembre 2014, elle explique au journal Le Monde qu’elle a passé le concours pour « infiltrer le système et parvenir à le changer, pas pour enseigner. Je me laissais trois ans pour proposer un environnement de classe faisant l’effet d’une bombe pédagogique. »3 Elle bénéficie du soutien financier de l’association « Agir pour l’école », liée à l’Institut Montaigne auquel est lié Jean-Michel Blanquer6,4. « Agir pour l’école » rémunère une Atsem elle-même formée en pédagogie Montessori, Anna Bisch, pour assister Alvarez dans son travail quotidien, et leur fournit un matériel pédagogique de qualité (à hauteur de 10 000 euros par an6) afin que l’expérimentation puisse se dérouler dans les meilleures conditions possibles.

Au bout de 3 ans, l’Éducation nationale ne reconduit pas l’expérience et Céline Alvarez présente sa démission de l’Éducation nationale. Dans les premiers temps de la médiatisation (rétrospective) de l’expérimentation de Gennevilliers, cet arrêt est parfois présenté comme une interruption inattendue de la part de ministère. Par la suite, Céline Alvarez expliquera que la durée de trois ans était prévue dès le départ avec le Dgesco et « Agir pour l’école » et qu’elle avait d’autres projets : à partir de 2014, elle partage son expérience via son site Internet7, des vidéos pédagogiques et des conférences, et en septembre 2016, elle fait paraître Les lois naturelles de l’enfant (éditions Les Arènes), qui lui vaut d’être lauréate du Prix Psychologies-Fnac 20178.

L’expérience pédagogique de Gennevilliers

Lors de cette expérience de 2011 à 2014, le cadre pédagogique mis en œuvre comprenait la mise à disposition progressive d’un matériel pédagogique qualifié de « varié et de qualité » (matériel essentiellement développé par les docteurs Édouard Seguin et Maria Montessori), et l’adoption d’une approche pédagogique revendiquée comme étant à la fois humaine, structurante et bienveillante. Alvarez a bénéficié, lors de cette expérience, de conditions tout à fait particulières : un emploi du temps différent des autres membres de l’équipe pédagogique, une Atsem supplémentaire (payée par l’association « Agir pour l’école »), des élèves gardés dans une même classe trois années durant, et la mise à disposition d’un matériel spécifique coûteux. Autant de moyens qui ne sont pas à la portée des classes françaises « classiques » 9.

Devant les progrès des enfants observés au sein de cette classe expérimentale [réf. nécessaire]10 (composée la première année d’enfants de petite et de moyenne section, puis des trois niveaux de maternelle les deux années suivantes), Céline Alvarez met notamment en place une collaboration avec l’équipe du neuroscientifique Stanislas Dehaene afin d’explorer empiriquement les mécanismes cérébraux impliqués dans les évolutions tant scolaires qu’humaines dont elle est témoin11.

Base théorique

L’approche pédagogique de Céline Alvarez se fonde au départ sur les travaux scientifiques et pédagogiques des docteurs Séguin et Montessori. Cette base a ensuite été enrichie, précisée et actualisée par cette dernière grâce à l’apport actuel des neurosciences. Céline Alvarez a également apporté des modifications aux théories de Maria Montessori consacrées au langage (pensées à l’époque à partir de la langue italienne), afin que ces dernières puissent être adaptées à la langue française12,13.

Plusieurs principes sont valorisés dans cette approche pédagogique d’un point de vue théorique :

  • La valorisation de la plasticité cérébrale du jeune être humain dès la naissance : importance des deux premières années de vie, environnement aimant et sécurisant, apprentissage par l’expérience sensible…
  • La reconnaissance et l’optimisation des périodes sensibles en matière d’apprentissage chez l’enfant (de la naissance à 5 ans).
  • Le développement des compétences exécutives : mémoire de travail (mémoire à court terme, capacité à retenir une consigne), contrôle inhibiteur (maîtrise des émotions, développement de l’empathie) et flexibilité cognitive (capacité à trouver des solutions par soi-même, capacité d’autocorrection et créativité)14.
  • Le développement optimal de l’autonomie chez l’enfant : structurer son besoin d’autonomie sans l’entraver, l’aider à s’exprimer, à se maîtriser, l’aider et l’encourager à faire seul, l’intégrer pleinement dans les activités pratiques réalisées au quotidien (la cuisine, le ménage, le jardinage, le soin des animaux…), lui fournir un environnement riche, ordonné et sécurisé appelant lui-même à l’ordre et à la découverte…
  • L’exploration de la nature, la connaissance de ce qu’elle apporte et de la façon d’en prendre soin.
  • La préservation de l’enfant vis-à-vis du stress dit « toxique » ou destructeur de neurones (causé entre autres par les violences, les insultes, les humiliations répétées…).
  • Le bien-être et l’équilibre de l’adulte comme impératif préalable à l’accompagnement constructif et bienveillant de l’enfant quel qu’il soit.
    Approche pédagogique défendue

Cette approche, revendiquée comme étant tournée essentiellement vers l’humain et le respect de son fonctionnement naturel (tant émotionnel que cognitif), est valorisée comme le cœur de la stratégie pédagogique proposée par Céline Alvarez12,13. Elle se fonde elle-même sur de nombreuses valeurs et principes éducatifs précis, applicables dans le cadre scolaire :

  • Mise en place de rapports horizontaux adultes-enfants : absence de notation, suppression du système global de validation par l’adulte, valorisation de l’enfant fondée sur la satisfaction personnelle exprimée par ce dernier face à son travail, encouragement de son envie d’apprendre, de sa capacité d’autodiscipline…
  • Assainissement des rapports enfants-enfants : absence de compétition, travail sur la compréhension et la verbalisation des émotions, dynamique de groupe valorisée, acceptation des différences de chacun…
  • Développement prioritaire de l’autonomie et valorisation des échanges inter-âges/inter-niveaux (apprentissage par les pairs).
  • Exemplarité des comportements de chacun, adulte comme enfant : au niveau du langage notamment, mais aussi rejet de tout comportement destructeur tel que la violence ou l’humiliation.
  • Respect du travail et de la concentration de l’autre, sécurisation de l’apprentissage (seule règle commune et immuable appliquée au sein de la classe expérimentale de Céline Alvarez).
  • Valorisation naturelle des principes de « reliance », d’entraide et de vivre ensemble.
    Des outils d’aide à l’apprentissage

En complément de cette approche relationnelle, considérée comme primordiale pour faciliter et encourager les apprentissages des enfants, Céline Alvarez s’est également appuyée sur une sélection de matériels didactiques déjà utilisés pour la plupart dans le cadre des écoles labellisées Montessori (privées)12,13.

Cependant, Céline Alvarez défend l’idée selon laquelle ce matériel ne reste qu’un support pédagogique. Il peut donc être décliné à l’infini, à l’aide de n’importe quel objet du quotidien, le label attribué n’étant pas seul gage de son efficacité.

Aussi, dans sa classe expérimentale de Gennevilliers, Céline Alvarez, épaulée par son ATSEM Anna Bisch, a tenté de mettre en place un environnement optimisé pour favoriser et faciliter l’apprentissage des enfants reçus. Pour l’enseignante, cet environnement devait obligatoirement être : « riche » (dans les contenus pédagogiques proposés), « ordonné », « varié » et « propre ».

Comme il est précisé dans son ouvrage, cet environnement a par ailleurs fait l’objet de nombreuses modifications au cours de l’expérience afin de « répondre au mieux aux besoins des enfants et aux impératifs de leurs déplacements dans la salle de classe ». Le matériel didactique a quant à lui également été trié au fur et à mesure, et ce en fonction de sa pertinence (évaluée en fonction de son utilisation par les enfants et de ce qu’il leur apportait en matière d’apprentissage).

Enfin, la salle de classe était organisée par secteurs, correspondants aux différents types d’activités proposés :

  • activités pratiques,
  • activités sensorielles,
  • activités plastiques et artistiques,
  • langage (complété d’un coin bibliothèque),
  • mathématiques.
    Les activités disponibles dans la classe étaient présentées de façon individuelle, au moment jugé le plus opportun pour chaque enfant.

Chaque nouvelle activité proposée, chaque contenu éducatif présenté, devait dans ce cadre respecter l’impératif suivant : être accessible au niveau de l’enfant pour ne pas le décourager, tout en représentant un défi suffisant pour attiser sa curiosité et encourager son envie de découvrir et d’apprendre.

Néanmoins, Céline Alvarez indique que le co-apprentissage et la présentation de matériel entre pairs (des plus grands pour les plus petits par exemple) demeurait une réalité quotidienne, presque automatique, aussi utile qu’efficace.

Des temps de regroupements étaient également et enfin proposés à différents moments de la journée (temps de lecture, de relaxation, d’échanges…).

Critiques

Il n’existe de l’expérimentation de Gennevilliers aucun compte-rendu scientifique indépendant. Le journaliste Xavier Molénat remarque que Céline Alvarez présente ses résultats comme étant validés par le « CNRS de Grenoble » sans plus de précision quant au laboratoire et aux chercheurs impliqués, et que le seul « rapport de tests » auquel elle renvoie est en fait rédigé par le groupe « Agir pour l’école » promoteur de l’expérimentation15.

L’inspecteur de l’Éducation nationale Paul Devin critique la manière dont elle tend à naturaliser des réalités sociales fruits d’une construction, comme le désir d’apprendre. Il critique également la façon dont le propos de Céline Alvarez entend fonder sur la neurologie les méthodes pédagogiques et l’évaluation de leur efficacité, alors que la problématisation des questions de l’apprentissage ne peut s’y réduire16.

Publications

Articles connexes

Le ton de cet article ou de cette section est trop promotionnel ou publicitaire. (indiquez la date de pose grâce au paramètre date). Modifiez l’article pour adopter un ton neutre (aide quant au style) ou discutez-en. Cet article ne cite pas suffisamment ses sources (octobre 2016). Si vous disposez d’ouvrages ou d’articles de référence ou si vous connaissez des sites web de qualité traitant du thème abordé ici, merci de compléter l’article en donnant les références utiles à sa vérifiabilité et en les liant à la section « Notes et références » (modifier l’article, comment ajouter mes sources ?). Cet article ou cette section a trop de liens externes. (indiquez la date de pose grâce au paramètre date). Les liens externes doivent être des sites de référence dans le domaine du sujet. Il est souhaitable — si cela présente un intérêt — de citer ces liens comme source et de les enlever du corps de l’article ou de la section « Liens externes ».

Discussion : Céline Alvarez

Après avoir été proposée à la suppression, cette page a été conservée.
Vous pouvez consulter le débat d’admissibilité à présent clos et archivé.

Le fait qu’une proposition de suppression a déjà été rejetée n’empêche pas de faire une nouvelle proposition pour d’autres motifs. Si vous avez des commentaires, vous pouvez les faire ci-dessous.

Sommaire

Bonjour, Je demande la relecture de cette article, car en le lisant, j’ai ressenti dans sa formulation comme un biais contre Céline Alvarez, une volonté à peine voilée de discréditer son travail, plutôt qu’un article présentant objectivement sa recherche, et pouvant en faire la critique, comme c’est le cas dans d’autres articles, de façon découverte plutôt que par des sous-entendus mesquins, et ignorants des témoignages et résultats comme ceux rapportés dans ce reportage : http://mobile.francetvinfo.fr/societe/education/ecole-enseigner-autrement_1830815.html#xtref=acc_dir.

Discussions et commentaires

Toutes les discussions vont ci-dessous.

Bonjour,

Vous présentez Céline Alvarez ainsi :<> C’est un fait qu’elle l’a été mais elle était à la base linguiste. A ma connaissance, elle s’est formée comme professeure des écoles de l’Éducation Nationale après avoir effectué des recherches de façon à tester sur le terrain le résultat de ses recherches. Je vous met le lien de la page de son site où elle se présente :https://www.celinealvarez.org/lequipe

Cordialement Philippe Rault

Neutralité

L’article a été modifié ce jour (quelques ajustements en matière de ’neutralité’). Aussi, y-a-t-il encore des éléments qui vous interpellent ?

Je tiens à préciser que l’ensemble des informations qui y figurent sont quasiment toutes issues du site ou de l’ouvrage de Céline Alvarez. Oui. Étant donné qu’il s’agissait ici de parler uniquement de cette personne et de la ’méthode’ qu’elle a souhaité expérimenter, utiliser d’autres sources n’est en effet pas pertinent pour le moment. D’autres sources impliqueraient forcément un biais d’interprétation (médias, blogs...) et il n’existe a priori pas encore de retours sur expérience à la fois scientifiques et neutres (la restitution publique de cette expérience est trop récente). Enfin, personnellement, je n’ai pas encore trouvé de sources ’neutres’ revenant uniquement sur cette expérimentation et son contenu...

Par ailleurs, une section apports critiques extérieurs pourrait bien évidemment être ajoutée si nécessaire. Néanmoins, ces derniers n’apporteraient rien de plus par rapport à l’expérience telle qu’elle s’est déroulée concrètement. Et l’idée était de présenter la théorie telle qu’elle est décrite par l’intéressée, pas de juger de son contenu. Après si cela permet à l’article de gagner en ’neutralité’ pourquoi pas.

Enfin, je vous propose de consulter deux liens menant à des articles engagés et clairement partiaux, sur la même thématique (la non neutralité prend ainsi une nouvelle dimension...) :

http://fcahen.neowordpress.fr/2016/10/01/desoles-nous-ne-sommes-pas-celine-alvarez-nous-ne-sommes-que-des-profs/

http://avotrebonsens.over-blog.com/2016/10/bon-sens-et-celine-alvarez.html

— Léa Daygues (discuter) 10 décembre 2016 à 14:42 (CET)

besoin de sources discordantes

Je trouve très choquant que les sources majoritaires de cette pages soient issues du site d’Alvarez. Si on se penche sur le sujet sur d’autres site, on se rend compte qu’Alvarez masque certains éléments importants qui discréditent grandement ses théories. Comme les conditions extrêmement favorable de son expérimentation, empêchant de reproduire ces méthode dans une classe classique.

Gilles FRANCOIS.

Ajouter un sujet Catégorie : Wikipédia:Archives PàV

Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Discussion:C%C3%A9line_Alvarez

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2.
Présentation du livre « Les Lois naturelles de l’enfant » de Céline Alvarez

Communiqué de l’éditeur « Les arènes » - Photo du livre ‘première de couverture’

« L’enfant naît câblé pour apprendre et pour aimer. Chaque jour, les neurosciences nous révèlent son incroyable potentiel. Pourtant, par manque d’information, nous lui imposons un système éducatif inadapté qui freine son apprentissage et n’encourage pas sa bienveillance innée. Plus de 40 % de nos enfants sortent du primaire avec des lacunes qui les empêcheront de poursuivre une scolarité normale ».

« Céline Alvarez a mené une expérience dans une maternelle en zone d’éducation prioritaire et « plan violence », à Gennevilliers. Elle a respecté les « lois naturelles de l’enfant » et les résultats ont été exceptionnels. À la fin de la deuxième année, tous les enfants de grande section et 90 % de moyenne section étaient lecteurs et affichaient d’excellentes compétences en arithmétique. Ils avaient par ailleurs développé de grandes qualités morales et sociales ».

« Ce livre fondateur révèle une autre façon de voir l’enfant et de concevoir son éducation à la maison et à l’école. Céline Alvarez explique de manière limpide les grands principes scientifiques qui sous-tendent l’apprentissage et l’épanouissement. Elle partage son expérience, les activités qui peuvent aider les enfants à développer leur potentiel, ainsi que la posture appropriée de l’adulte. La révolution de l’éducation est possible ».

« Plus d’un millier d’enseignants de maternelle s’inspirent déjà de Céline Alvarez et 1,7 million d’internautes ont consulté son blog. Retrouvez les vidéos et les fiches pédagogiques des activités ainsi que l’actualité autour de ce livre sur le site www.celinealvarez.org « 


L’auteure ! Céline Alvarez

2009 : Formée en linguistique et passionnée par les sciences du développement humain, Céline Alvarez passe le concours de professeur des écoles en candidate libre avec l’idée de tester une démarche éducative plus adaptée.

2011 : Elle obtient une carte blanche pédagogique auprès du Cabinet du ministre.

2011-2014 : Elle mène une expérimentation à l’école maternelle de Gennevilliers, s’appuyant sur les travaux du Dr Montessori et l’enrichissant des apports des sciences cognitives et de la linguistique. Les progrès des enfants constatés par les parents et les scientifiques sont stupéfiants.

Rentrée 2014 : L’Éducation nationale ne souhaite pas poursuivre l’expérience.

2014-2016 : Elle se consacre au partage des connaissances qui lui ont permis d’avoir un impact si positif auprès des enfants, à l’aide de textes et de vidéos pédagogiques.

Site de l’auteure : http://www.celinealvarez.org

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3.
Vidéo ‘You Tube’ : Les lois naturelles de l’enfant avec Céline Alvarez

Ajoutée le 13 sept. 2016 – « Le 9 septembre 2016, Céline Alvarez, auteure, était l’invitée de l’émission ’7 jours sur la planète’. Elle revient sur les recherches scientifiques de ces dernières années prouvant l’obsolescence du système éducatif français et nous explique que l’être humain, dans ses premières années de vie, possède une plasticité cérébrale incroyable le rendant avide de connaissances ».

Source : https://www.youtube.com/watch?v=f1rSemgSZTo

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4.
Vidéo ‘You Tube’ - Céline Alvarez : Quelle école pour demain ?- La Maison des Maternelles – Introduction à la méthode Maria Montessori

Ajoutée le 15 déc. 2016 - Comment repenser notre école, dès la maternelle ? De quelles expériences menées dans notre pays et dans le monde pourrions-nous nous inspirer à plus large échelle ?

EN SAVOIR PLUS SUR MONTESSORI ET LES PÉDAGOGIES ALTERNATIVES ✘ • DIY Comment fabriquer son matériel Montessori ➤ https://youtu.be/pNLeDAC2suM • Ecole Montessori : comment apprendre à compter ➤ https://youtu.be/yq-S2gJA0j0 • Montessori : les bases de la pédagogie ➤ https://youtu.be/2wvxaCAIZ38 • Quelle école pour demain ? Avec Céline Alvarez ➤ https://youtu.be/RZ3WKjC-maU

SUIVEZ NOUS - SITE : www.france5.fr/emissions/la-maison-... - Source : https://www.youtube.com/watch?v=RZ3WKjC-maU

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5.
Vidéo ‘You Tube’ - Pour une refondation de l’école guidée par les enfants : Céline Alvarez at TEDxIsèreRiver

Ajoutée le 6 avr. 2014 – « Céline Alvarez, formée en linguistique, décide de rentrer dans le système éducatif national afin de faire bouger les lignes de l’intérieur. Elle passe le concours de professeur des écoles en 2009 et débute en 2011 une expérimentation pionnière au sein de l’Education Nationale. L’objectif ? Proposer un nouvel environnement pour l’école maternelle, scientifiquement fondé et validé, permettant de solliciter de façon optimale les mécanismes d’apprentissages et d’épanouissement de l’être humain. Pour cela, elle reprend les travaux du Dr Montessori, qu’elle enrichit et adapte à la lumière des sciences cognitives et de la linguistique ». Rapport exceptionnel

Source : https://www.youtube.com/watch?v=nwVgsaNQ-Hw

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6.
Vidéo ‘You Tube’ - De Maria Montessori à Céline Alvarez

Ajoutée le 31 août 2016 – « Ce montage est une synthèse des journées de conférences données par Céline Alvarez les 24 et 25 août 2015. Il a été réalisé pour permettre aux enseignants d’avoir une vision globale et rapide des idées développées et mises en oeuvre par Céline Alvarez depuis son expérience à Gennevilliers. Il peut aussi être utilisé par ceux qui souhaitent présenter à leurs collègues une nouvelle façon d’envisager la pédagogie et permettre ainsi aux élèves de mieux réussir. Tous les points abordés peuvent être approfondis en regardant les vidéos originales sur le site www.celinealvarez.org ».

Source : https://www.youtube.com/watch?v=Q8rO_FPzt8g

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7.
Vidéo ‘You Tube’ - Montessori en Avignon : ’Aide moi à faire seul’ Perrine Jean

Ajoutée le 13 sept. 2015 – « A Avignon se trouve une école alternative utilisant la pédagogie Montessori. Ce reportage réalisé par Jean-Fabien Darotte et Perrine Jean vous propose de la découvrir »

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8.
Des sciences cognitives à la salle de classe 04/09/2017 - Document ‘France Culture’ - Pour une autre école (1/4)- Dans le cadre de l’émission Les Chemins de la philosophiepar Adèle Van Reeth du lundi au vendredi de 10h00 à 10h55 : 4 épisodes disponibles

Photo Le kid’s Lab • Crédits : Ghislaine Dehaene

Comment faire dialoguer les sciences cognitives avec les sciences de l’éducation ?

Stanislas Dehaene est docteur en psychologie cognitive. Ses recherches visent à élucider les bases cérébrales des opérations les plus fondamentales du cerveau humain : lecture, calcul, raisonnement, prise de conscience. Il va nous expliquer aujourd’hui sa démarche qui vise à un enseignement structuré et cohérent- parce que le cerveau de l’enfant est structuré depuis la naissance – et l’école doit fournir à ce « super-ordinateur » un environnement enrichi, un enseignement structuré et exigeant, tout en étant accueillante, généreuse et tolérante à l’erreur.

à lire aussi La sociologie face aux neurosciences : l’enfant au cœur d’une bataille de disciplines

Le texte du jour

« Je désire que vous considériez (…) que toutes les fonctions que j’ai attribuées à cette machine, comme la digestion des viandes, le battement du cœur et des artères, la nourriture et la croissance des membres, la respiration, la veille et le sommeil ; la réception de la lumière, des sons, des odeurs, des goûts, de la chaleur, et de telles autres qualités dans les organes des sens extérieurs ; l’impression de leurs idées dans l’organe du sens commun et de l’imagination ; la rétention ou l’empreinte de ces idées dans la mémoire ; les mouvements intérieurs des appétits et des passions ; et, enfin, les mouvements extérieurs de tous les membres, qui suivent si à propos tant des actions des objets qui se présentent aux sens que des passions et des impressions qui se rencontrent dans la mémoire, qu’ils imitent le plus parfaitement qu’il est possible ceux d’un vrai homme ; je désire, dis-je, que vous considériez que ces fonctions suivent tout naturellement en cette machine de la seule disposition de ses organes, ni plus ni moins que font les mouvements d’une horloge, ou autre automate, de celle de ses contrepoids et de ses roues ; en sorte qu’il ne faut point, à leur occasion, concevoir en elle aucune autre âme végétative ni sensitive, ni aucun autre principe de mouvement et de vie, que son sang et ses esprits agités par la chaleur du feu qui brûle continuellement dans son cœur, et qui n’est point d’autre nature que tous les feux qui sont dans les corps inanimés. »

Descartes, Traité de l’Homme, Partie Philosophique, 1662, p.44.

Extraits

- La Gloire de mon père, film d’Yves Robert (1990)

- Le péril jeune, film de Cédric Klapisch (1994)

Références musicales : - John Zorn, Miramar (for Terry Riley) ; Pierre Henry, Continuo 2ème partie ; Bourvil, Bonjour Mr le maître d’école

Bibliographie

La bosse des maths Stanislas Dehaene Odile Jacob, 2003

Les neurones de la lectureStanislas Dehaene Odile Jacob, 2007

Source : [https://www.franceculture.fr/emissi...LaLettre04092017

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9.
Les vérités de Céline Alvarez Par Paul DEVIN 01 sept. 2016 Blog : Le blog de Paul DEVIN

Ce matin sur France Inter, Céline Alvarez en appelle à la révolution pédagogique, affirme que l’éducation n ’est pas une question de moyens et continue à décrire son expérience en termes de réussite de tous les élèves ...

A en croire Céline Alvarez, sa pédagogie est capable des meilleurs résultats (’une petite fille de quatre ans qui avait 28 mois de retard d’apprentissage a rattrapé ce retard en 6 mois et l’a même dépassé de 8 mois de plus’). Son expérience n’ayant pas encore donné lieu à une publication qui permette d’en apprécier les effets et les résultats, nous ne pouvons qu’en examiner les principes. 

Nature 

« Le système scolaire entrave le fonctionnement naturel de l’enfant ». L’idée n’est pas nouvelle de vouloir fonder une pédagogie sur la nature de l’enfant. En son temps, Rousseau contribua à modifier la représentation culturelle de l’enfance au nom d’une « nature » dont il voulait qu’elle prescrive toute action éducative. Pour ce faire, Rousseau inventa Émile, enfant idéal, vivant à l’abri des influences perverses de la société. Car cette idée d’éducation naturelle nécessite à la fois de modéliser une nature enfantine universelle et de l’opposer aux constructions culturelles au travers desquelles la société a progressivement construit l’organisation d’une éducation assumée collectivement. 

La première question est évidemment celle de la réalité de cette nature enfantine, ce que Céline Alvarez appelle le « fonctionnement naturel de l’enfant » car il n’aura échappé à personne que l’enfant scolarisé à l’école maternelle a déjà construit, au travers de ses relations sociales, une représentation de l’école, du savoir, de l’apprentissage. Et, il n’y a pas besoin d’être un spécialiste de la sociologie, pour constater que cette construction s’inscrit dans une forte dépendance des environnements sociaux, culturels et familiaux et que le « fonctionnement naturel » de l’enfant est déjà largement différencié dès son plus jeune âge. De ce fait, nous ne pourrons jamais affirmer une nature enfantine unique et donc nous devrons renoncer à l’universalité d’une méthode pédagogique. Les certitudes de Céline Alvarez ont oublié que la diversité sociale et culturelle des enfants nous contraignait à ne penser la pédagogie que dans la complexité, les incertitudes, le doute et la contradiction. 

On peut toujours rêver d’avoir construit la méthode idéale et s’étonner de ne pas recueillir l’immédiate adhésion de tous. On peut suspecter que la résistance à une vérité qu’on pense inscrite dans l’évidence du fonctionnement humain, ne puisse obéir qu’à de vils intérêts ou d’imbéciles résistances. Mais si Céline Alvarez s’était intéressée à l’histoire des idées éducatives, elle aurait perçu la relativité des vérités qu’elle énonce, car elle n’est pas la première à penser avoir découvert les principes d’une réussite éducative systématique. Se rend-elle compte, qu’en réalité, ce qu’elle considère comme une intangible certitude, est lié à un contexte particulier et que ses idées sont en réalité le produit d’une société qui en permet l’émergence pour un ensemble de raisons qui n’ont pas toujours une relation directe avec les enjeux qu’elle croit défendre ? Céline Alvarez, que certains journalistes qualifient de pédagogue révolutionnaire, produit en définitive de l’idéologie, au sens marxiste du terme, c’est-à-dire qu’elle transforme des réalités contingentes, sociales et économiques, en caractéristiques universelles et naturelles de l’être humain. Et cela n’est pas sans lien avec une société qui préfère ignorer l’influence de ces realités économiques et sociales pour se réfugier dans l’idéologie d’une égalité naturelle que la bienveillance suffirait à faire naitre. 

A ceux qui pourraient penser que ce lien entre la pédagogie défendue par Celine Alvarez et les idées libérales relèverait d’une exagération de ma part, je rappelle juste que d’autres ont fait le lien : le poste d’ATSEM supplémentaire qu’elle avait exigé et que la mairie de Genevilliers avait refusé de financer avait été pris en charge par l’association ’Agir pour l’Ecole’, association présidée par le directeur de l’Institut Montaigne, think tank clairement dédié à la défense du libéralisme. 

Motivation 

C’est sur un postulat de fondement naturel que fonctionne, dans les écrits de Céline Alvarez, la notion de motivation pour laquelle elle affirme que « l’être humain n’apprend pas ce qui ne le motive pas et que tant qu’on impose les sujets, l’enfant ne peut pas apprendre ». 

Voilà ressurgir le diktat de la motivation comme condition incontournable de l’apprentissage, considérée ici comme une donnée intrinsèque de la personnalité alors qu’elle est d’évidence une construction sociale, une résultante de l’action de l’enseignant, de l’interaction entre enseignant et élèves et entre élèves. Le travail de l’enseignant n’est pas de répondre aux seules motivations « naturelles » mais de construire les motivations nécessaires pour permettre des apprentissages. Et cela procède d’équilibres complexes dans lesquelles l’enseignant ne peut contenter des dynamiques motivationnelles parce que l’enjeu fondamental n’est pas de motiver à une activité mais de construire une volonté d’apprendre, de permettre à un enfant de découvrir les enjeux émancipateurs du savoir. Le travail intellectuel qui, à partir de l’activité, construit les savoirs, permet la conceptualisation, développe le jugement, acquiert les connaissances est loin de pouvoir se résumer à une dynamique de la motivation. Il demandera même le recours à l’exigence et peut-être à la contrainte. Entendons-nous bien, il ne s’agit ici ni de défendre une école de l’asservissement à l’adulte, ni de justifier des pratiques qui substituent la violence, fut-elle verbale, à une conception de l’exigence qui doit se fonder sur le respect de l’enfant, la prise en compte de ses difficultés et qui ne méprise aucunement le plaisir de l’apprentissage et de la connaissance. 

Mais à défaut de poser la question des contraintes, en considérant la motivation comme une donnée nécessaire a priori, l’école contribuera à renforcer les écarts entre ceux qui construisent, hors de l’école, les motivations nécessaires à la réussite et ceux qui n’y parviennent pas. Quant à supposer que la richesse d’un environnement scolaire suffira à compenser ces différences, c’est ¨revenir à la naive conception que l’apprentissage pourrait se suffire d’une immersion dans les activités. Le fait d’agir suffirait pour apprendre aux conditions que l’adulte montre à l’enfant et lui fournisse des encouragements bienveillants. C’est peut-êre vrai quand il s’agit des quelques apprentissages moteurs élémentaires qu’affectionne particulièrement Céline Alvarez : apprendre à boutonner, à fermer une fermeture éclair, à boucher un flacon ou à faire le ménage ...(voir sur You Tube). Mais cette richesse de l’environnement suffira-t-elle pour des tâches plus complexes ? 

Sciences 

 « On peut penser une éducation sur des bases scientifiques qu’aujourd’hui on connaît »

Nul ne peut nier l’apport des sciences à l’éducation mais la question est de poser les conditions pour que la relation entre la recherche scientifique et la pratique enseignante puisse aider à améliorer la qualité de l’enseignement et faciliter les apprentissages.

La première de ces conditions est de ne pas oublier que dans la connaissance scientifique des activités humaines intellectuelles, nous sommes loin d’une unanimité qui permettrait de fonder scientifiquement une méthode pédagogique. Je ne veux pas faire preuve ici d’un relativisme absolu qui douterait de toute découverte scientifique mais affirmer la nécessité préalable de rechercher des consensus entre chercheurs, à l’instar de ce que le CNESCO a organisé en mars 2016 sur l’apprentissage de la lecture. 

La seconde condition est de considérer que ces consensus permettent, tout au plus, de dégager des recommandations mais ne peuvent aucunement suffire à prôner une méthode universelle, capable de résoudre l’ensemble des problèmes. Il ne faut pas oublier que ce qui constitue le frein majeur à la prise en compte de ces recommandations et donc à la construction d’une relation entre savoirs scientifiques et pratiques enseignantes, c’est justement l’existence de certitudes méthodologiques et les stériles querelles qu’elles génèrent. Le grand paradoxe des propos de Céline Alvarez, c’est de fustiger les querelles de méthodes pour en défendre une nouvelle. Mais c’est que les méthodes précédentes étaient dans l’erreur. Là aussi un peu d’histoire des idées éducatives montrerait que c’est souvent en fustigeant le caractère fermé des méthodes en cours, que s’organise la défense de celle qui justement pourra les remplacer toutes ! 

La troisième de ces conditions est de percevoir la problématique d’apprentissage dans l’ensemble des questions qu’elle pose. Vouloir chercher les réponses dans le champ d’une seule discipline est une impasse assurée : les questions de l’apprentissage ne peuvent se résoudre dans les seuls savoirs de la neurologie. 

Céline Alvarez a choisi de renoncer à enseigner au bout de quelques années pour devenir le chantre de ce qu’elle considère comme une vision nouvelle de l’éducation. Heureusement plus nombreux sont les enseignants qui font un tout autre choix, celui de poursuivre leur mission compliquée, parfois hésitante, souvent contrainte par la complexité de la réalité. Ceux-là ne se contentent jamais de l’idéalité des principes et lui préfèrent un travail quotidien porté par la volonté déterminée d’améliorer, au jour le jour, le service public pour qu’il permette une plus grande égalité et une véritable émancipation intellectuelle, culturelle et sociale. 

Médiapart - Le Journal Le Studio Le Club - Blog Médiapart ‘Le Club’ est l’espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n’engagent pas la rédaction. Mentions légales Charte éditoriale CGVConfidentialité – Source : https://blogs.mediapart.fr/paul-devin/blog/010916/les-verites-de-celine-alvarez-0

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10.
Pourquoi Céline Alvarez divise-t-elle tant les profs ? Par Lucien Marboeuf le 11 septembre 2016 – Document ‘L’instit humeurs’ « La vie de l’école L’actualité de l’éducation » - Photo - Avec de nombreux commentaires à lire à la source.

Impossible de la louper, en cette rentrée. Déjà très médiatisée ces derniers mois, l’ex-instit Céline Alvarez est omniprésente dans les médias, où elle promeut son bouquin « Les lois naturelles de l’enfant » (Les Arènes). Sur les réseaux sociaux, on parle aussi beaucoup de Céline Alvarez, notamment dans les milieux enseignants, où les pro-Alvarez, très enthousiastes, et les Alvarez-sceptiques, sourcils froncés, s’opposent dans des débats assez intenses.

La météore Alvarez

Pour ceux qui seraient passés à côté d’Alvarez, on renverra à cet article de Télérama paru il y a quelques mois et retraçant son « expérience » : trois années en maternelle en ZEP à Gennevilliers dans le cadre d’un projet validé par l’Education Nationale, où Alvarez garde la même classe dans le but de tester une méthode pédagogique fondée sur les principes de Maria Montessori enrichis des apports des neurosciences. Le bilan présenté est impressionnant, l’évolution des enfants considérable. Alvarez démissionne pourtant dans la foulée en 2014, l’Education Nationale ne donne pas suite à son expérience, mais de toute façon Alvarez avait d’autres projets, d’autres ambitions : s’appuyer sur son expérience pour changer l’école, non plus de l’intérieur mais de l’extérieur.

Alvarez enchaîne les conférences : en mai 2015 elle intervient dans le cadre du colloque européen contre le décrochage ; en août elle expose sa méthode et propose un accompagnement théorique devant 200 enseignants venus de toute la France ; en décembre elle donne une conférence pour l’Education Nationale devant 500 enseignants parisiens ; en juillet 2016, ce sont trois journées de rencontres où elle partage les ressources didactiques utilisées à Gennevilliers avec 700 personnes venues du monde entier.

Enfin quelqu’un qui fait bouger les choses

Dans ces conférences, beaucoup d’enseignants, notamment de maternelle, qui sont séduits par le travail d’Alvarez et souhaitent s’inspirer de son expérience.

Pour de nombreux instits, Céline Alvarez est celle qui dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas, celle qui a le courage de prendre la parole afin de faire changer les choses. Le constat que l’école ne fonctionne plus est largement partagé par ces enseignants qui jugent l’école figée, sclérosée, incapable de lutter contre les inégalités et d’offrir aux élèves les conditions d’un plein épanouissement. Ces instits sont sensibles au message de bienveillance et de respect des rythmes naturels de l’enfant, ils sont à la recherche de nouvelles voies et n’hésitent pas à remettre en cause le système éducatif, attirés par les pédagogies dites alternatives : Céline Alvarez est pour eux une figure de l’enseignante innovante inspirante, son refus de l’immobilisme et sa capacité à se donner les moyens de parvenir à ses fins, une source de motivation. « Ce serait chouette qu’enfin les collègues qui bossent bien sortent de l’ombre  », peut-on lire.

Certains en feraient presque une passionaria : si elle a claqué les portes de l’Education Nationale, c’est parce qu’on ne lui donnait pas la possibilité de poursuivre, partir était la seule cohérence possible. D’une certaine façon, le fait qu’elle ait du démissionner est une preuve qu’elle est révolutionnaire : l’EN est une machine impossible à réformer, rigide, qui rejette les initiatives originales, où on n’aime pas les têtes qui dépassent, les donneurs de leçon.

Une assise théorique moderne

Au-delà de l’énergie du personnage Alvarez, bien des enseignants se reconnaissent dans le fondement théorique de sa démarche. Les pédagogies alternatives ont toujours retenu l’attention d’une partie des enseignants, particulièrement la méthode Freinet, et la poussée Montessori très sensible depuis plusieurs années séduit aussi à l’intérieur même de l’école publique, notamment en maternelle.

Nombreux sont également ceux à ne pas comprendre pourquoi les neurosciences, en plein essor depuis deux décennies et dont les travaux permettent de comprendre enfin comment fonctionne le cerveau, donc comment l’enfant apprend, ne sont pas présentes à l’école, ni dans la formation initiale, ni dans la formation continue. Dans la foulée d’un Stanislas Dehaene, auteur de « Les neurones de la lecture » et proche de Céline Alvarez, plein d’instits pensent que les sciences cognitives permettraient d’objectiver l’enseignement qui, comme le dit Alvarez, « est un art, mais surtout une science »

Les profs agacés ? Des jaloux.

Pour ces profs séduits par la méthode Alvarez, le scepticisme voire le rejet des autres enseignants est à mettre sur le compte de leur immobilisme. « Trop d’enseignants demeurent héritiers d’un système scolaire dont la première mission reste trop souvent de classer, sélectionner, dégager une élite » peut-on lire. Les enseignants qu’Alvarez énerve sont des jaloux, agacés qu’elle ait réussi là où les autres ont échoué et qui ne savent pas se remettre en cause. Cette méfiance envers Alvarez ne fait que renforcer l’adhésion de ses laudateurs, qui voient y la confirmation qu’elle appuie là où ça fait mal.

Ce qu’Alvarez fait n’a rien de révolutionnaire et discrédite les autres profs innovants

Parmi les Alvarez-sceptiques, beaucoup regrettent qu’elle soit présentée par les médias comme une enseignante révolutionnaire : bien d’autres enseignants en font autant tous les jours dans leur classe depuis des années sans tambour ni trompette et la plupart de ses propositions relèvent du simple bon sens. « Beaucoup d’enseignants cherchent à impliquer et motiver leurs élèves, développer les interactions entre les élèves, les projets, la construction des outils d’apprentissages... On n’a pas attendu Céline Alvarez », peut-on lire.

En enfonçant des portes ouvertes, Alvarez jette également le discrédit sur l’ensemble de l’école, y compris ceux qui font bouger les choses en silence : ’L’enfant apprend en étant actif et pas passif, quand il est aimé et pas jugé’ parait une lapalissade à bien des enseignants, mais en l’énonçant ainsi, Alvarez sous-entend que la norme à l’école, c’est la passivité de l’élève et le jugement de l’enseignant ; de même quand elle écrit sur son site « nous avons tout fait pour que les enfants puissent réellement être connectés, rire, échanger, s’exprimer, s’entraider, travailler et vivre ensemble », cela parait chose exceptionnelle, quand des milliers de profs peuvent en dirent autant. Et eux sont toujours dans leurs classes, à tenter de faire changer les choses au jour le jour, dans l’anonymat et loin de l’autopromotion.

Trois petits tours et puis s’en va

Certains enseignants reprochent également à Alvarez de n’avoir enseigné en tout et pour tout que trois années, dans un contexte unique et particulier puis d’avoir quitté le navire, pour ensuite prendre la parole en experte d’un système qu’elle n’a pour ainsi dire que peu fréquenté – d’où une présentation de l’école jugée caricaturale et manichéenne. Manque d’humilité, méconnaissance de la diversité des pratiques et des contextes : comment peut-on penser ainsi avoir fait le tour de la question éducative quand des années de pratiques sont indispensables pour comprendre les subtilités de ce métier ?

Alvarez n’est pas une véritable enseignante et n’a jamais voulu l’être, tout dans son projet était écrit à l’avance, l’école n’était qu’une courte étape, nécessaire : d’ailleurs elle ne s’en cache pas, énonce très clairement qu’elle n’a passé le concours de professeur des écoles que pour infiltrer le système ponctuellement et tester sa méthode.

Une expérience très particulière

On reproche aussi à Alvarez d’avoir bénéficié, lors de son expérience à Gennevilliers, de conditions tout à fait particulières : un emploi du temps en marge de l’école (pas de services pour Alvarez), une Atsem supplémentaire (« payée par l’association « Agir pour l’école », présidée par le directeur de l’Institut Montaigne, think tank clairement dédié à la défense du libéralisme », note Paul Devin dans un billet de blog très critique), élèves gardés dans une même classe trois années durant, mise à disposition d’un matériel spécifique coûteux. On comprend que l’école Jean-Lurçat n’ait « pas spécialement gardé bon souvenir des moyens privilégiés et du statut particulier dont a pu bénéficier Céline Alvarez pendant trois ans ».

« Imaginez demain en entreprise un collègue qui fait le même métier que vous arrive et demande un assistant, du matériel spécifique hors de prix, un aménagement du temps de travail qui ne concerne que lui… ». Ces conditions d’exercice et ce statut privilégiés ne sont pas reprochés à Alvarez par jalousie, mais pour insister sur le caractère très spécifique de son expérience et en nuancer la portée universaliste : de telles conditions ne pouvant être mises en place à l’échelle du pays (trop cher en moyens humains et matériels), l’expérience Alvarez ne peut valoir pour l’école dans son ensemble. Ce qui s’y épanouit en marge ne peut par définition se développer en son cœur. D’où le soupçon de servir la soupe à l’école privée, qui seule pourrait mettre en place la méthode Alvarez.

Autre reproche : si l’expérience Alvarez peut être pertinente en maternelle, quid de l’élémentaire, où elle n’a jamais enseigné ? Plonger l’enfant dans l’agir et dans l’expérience a davantage de sens quand il s’agit d’apprendre à boutonner que lorsqu’il doit identifier le complément du nom.

Une base théorique contestée

Si pour les enseignants séduits par Alvarez l’alliance Montessori – neurosciences représente le ticket gagnant, pour les autres au contraire cela constitue plutôt deux raisons de se méfier davantage. D’une part, le grand effet de mode des méthodes Montessori en vogue dans les écoles hors contrat à 600 € par mois peut facilement susciter la crispation, voire le sourire narquois. Même ceux initialement attirés par la pédagogie Montessori peuvent à l’occasion s’en détourner (une enseignante raconte cela de manière très intéressante sur son blog maitressepatate... qu’elle a préféré fermer devant l’avalanche de commentaires agressifs...). Signalons qu’Alvarez elle-même, si elle dit s’inspirer de Montessori, se désolidarise du mouvement pédagogique actuel.

D’autre part, les neurosciences sont perçues avec méfiance par nombre d’enseignants : non parce que les sciences cognitives n’auraient rien à apporter à l’éducation et à l’enseignement, mais en raison de la propension de leurs promoteurs à se croire détenteur de la seule et définitive vérité, au détriment d’autres approches.

Comme le résume Paul Devin : loin d’une unanimité scientifique, il faut « affirmer la nécessité préalable de rechercher un consensus entre chercheurs » et « considérer que ces consensus permettent, tout au plus, de dégager des recommandations mais ne peuvent suffire à prôner une méthode universelle, capable de résoudre l’ensemble des problèmes » ; « vouloir chercher les réponses dans le champ d’une seule discipline est une impasse assurée ».

Dans le même ordre d’idées, Alvarez peut facilement donner l’impression de se présenter en détentrice du Grand Savoir : or, comme le note Devin, « le grand paradoxe des propos de Céline Alvarez, c’est de fustiger les querelles de méthode pour en défendre une nouvelle »

On pourrait croire que ce scepticisme est porté par les enseignants enclins à l’immobilisme, or c’est l’inverse : c’est précisément d’une frange novatrice des profs que vient le doute. Il y a bien des manières d’être innovant dans l’enseignement, et pour beaucoup Céline Alvarez donne l’impression d’être la seule et unique.

Au fond, il est rassurant de voir que, promoteurs ou détracteurs de Céline Alvarez, tous ces profs sont déterminés et investis dans leur travail, chacun à leur façon...

‘L’instit humeurs’ - Suivez l’instit’humeurs sur Facebook et sur Twitter @LucienMarboeuf. – Source : http://blog.francetvinfo.fr/l-instit-humeurs/2016/09/11/pourquoi-celine-alvarez-divise-t-elle-autant-les-profs.html

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11.
Pourquoi tant de profs ne supportent plus Céline Alvarez ? Par Louise Tourret Journaliste Photo — 12.10.2016 - 7 h 20, mis à jour le 12.10.2016 à 11 h 21 – Document ‘Slate’

Que s’est-il passé pour que l’enseignante chouchou des médias, la fameuse Céline Alvarez, portée aux nues par France inter ou Télérama, subisse aujourd’hui autant de critiques ? Photo - Ecole primaire Paul Lapie à Bordeaux, dans le Sud Ouest de la France, le 1er septembre 2016 | MEHDI FEDOUACH / AFP

Il est une heure du matin et objectivement j’ai bu un verre de trop, j’ai plutôt envie de danser ou de raconter des trucs rigolos. Et là quelqu’un me pose la question. La question de la rentrée 2016 :

« Dis moi, au fait, toi, Louise, t’en penses quoi de Céline Alvarez ? »

(Bienvenue dans ma vie de spécialiste éducation)

« Hips, euh elle est sympa, enfin je veux dire oui oui très intéressant, tu veux vraiment qu’on en discute maintenant ? »

Visiblement oui. Dix personnes qui ont entendu cette ancienne professeures des écoles en maternelle sur France Inter, auteure d’un désormais best-seller (Les Lois naturelles de l’enfant, se mettent à avoir envie d’en discuter maintenant. (Oui beaucoup de mes copains du samedi soir écoutent Radio France.) Ils sont enthousiastes :

« Tu crois vraiment qu’elle peut transformer l’école ? Je l’ai entendue l’autre jour, je trouve ça vraiment super, ce rapport aux enfants, la façon dont elle veut prendre en compte les spécificités de chacun »

Le mode d’apprentissage d’Alvarez, le type de méthode qui séduit c’est par exemple :

« L’enfant apprend en étant actif et pas passif, quand il est aimé et pas jugé ».

Or, qui ne veut pas que son enfant soit aimé plutôt que jugé ? 

Quelques jours plus tard au téléphone :

« Ça va Louise ? Tu sais que Célestin* rentre à la maternelle ? Tu vois, dans son école il y a une classe multi âge où l’institutrice applique la pédagogie Montessori. Un peu comme cette instit heu… Céline Alvarez oui. Bon Célestin n’est pas dans cette classe, je suis vert. Qu’est-ce que tu me conseilles ? Je le change d’école ? »

L’imposante révolution

Dans les milieux favorisés, on ne jure que par elle, nouvelle papesse de la pédagogie, « institutrice révolutionnaire » qui a « croisé la pédagogie Montessori avec la recherche en sciences cognitives »

Et c’est bien pour ça qu’elle agace… et de plus en plus. 

Le Monde s’étonne du ton « docte et excessivement assuré de l’auteure » (je serai prête à supposer que son jeune âge et son sexe ne sont pas pour rien dans cet agacement) et du fait que les idées qu’elle propose dans son ouvrage sont présentées comme des solutions miracle. Mais surtout, beaucoup de professeurs sont frustrés de constater qu’elle accède à tous les plateaux télé pour une méthode qu’elle a pu mettre en place grâce à des moyens.

Les parents de toute la France (et notamment ceux qui écoutent France Inter) semblent désormais trouver normal que les pédagogies alternatives soient la norme, que leurs enfants aient droit aux même résultats que ceux de la classe d’Alvarez. Car ceux dont les enfants allaient dans la fameuse classe expérimentale de Gennevilliers ont témoigné des réjouissances. Dans Télérama par exemple :

« J’ai vu, en quelques mois, ma fille reprendre confiance en elle, entreprendre des choses qu’elle n’aurait jamais faites, avant », témoigne Christelle Letourneur, la mère de Clarisse, petite fille « introvertie » au départ, qui bégayait, présentait des retards importants de langage. A la fin de son année de grande section, « Clarisse était déjà bien entrée dans la lecture, raconte sa mère. Et c’est elle qui venait en aide aux élèves en difficulté ou aux plus petits. » D’autres – la plupart des enfants de 4 et 5 ans – maîtrisaient parfaitement la lecture. Et certains pouvaient compter jusqu’à mille ou faire des additions à quatre chiffres ! Le tout dans la joie, avec facilité et fierté.

Certains enseignants font un bon accueil au livre et à la médiatisation de Céline Alvarez… mais les critiques voire les sarcasmes se sont fait plus nombreux… Le résumé express de son livre par l’enseignante d’histoire-géo en lycée parisien Laurence de Cock montre à quel point le type de discours (« j’ai la solution, la voici ») peut énerver… 

Cette autre plaisanterie signée des rédacteurs d’un blog humoristique sur l’école, JeanJacquesMag, raille l’hyper médiatisation et la solutionnite attribuée à Céline Alvarez :

Et puis en bonus : Cécile Alvarez Céline Dion Ou les deux Burger Quiz

Au-delà de la moquerie sur la personne c’est l’idée d’une pédagogie unique qui est brocardée. Celle qui pourrait d’un coup d’un seul régler tous les problèmes de l’école. Comme si organiser l’éducation nationale pouvait se comparer à la préparation des pâtes à la carbonara : Hey, les gars, il faut pas mettre de lardons et de crème fraiche ok ?

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C’est un peu ce qui arrive, au delà du cas Alvarez, qui s’appuie tout de même sur les neurosciences, avec plein d’idées pédagogiques plus ou moins intéressantes mais parfois présentées comme des solutions magiques : l’utilisation massive du numérique, la classe inversée ou, d’un autre côté, le lever du drapeau quotidien et l’enseignement du récit national.

Mais surtout, c’est la critique faite aux enseignants sur leur manière actuelle d’exercer leur difficile métier qui peut exaspérer, comme le note le chercheur Roland Goigouxdans Le Monde :

« Pour mieux valoriser son expérience, elle incrimine l’école publique et fait passer ses ex-collègues pour des victimes ou des ignorants. »

Sur son excellent blog hébergé par France Télévision, l’Instit’humeur, Lucien Marbeuf résume bien l’ambivalence de cette critique de l’école qui heurte les enseignants qui innovent depuis des années sans disposer des moyens supplémentaires mis à disposition d’Alvarez à Gennevilliers par une fondation privée, Agir pour l’école et de son aura médiatique :

« Alvarez enchaîne les conférences : en mai 2015 elle intervient dans le cadre du colloque européen contre le décrochage ; en août elle expose sa méthode et propose un accompagnement théorique devant 200 enseignants venus de toute la France ; en décembre elle donne une conférence pour l’Education Nationale devant 500 enseignants parisiens ; en juillet 2016, ce sont trois journées de rencontres où elle partage les ressources didactiques utilisées à Gennevilliers avec 700 personnes venues du monde entier. »

Avec ce qui paraît le plus gênant : l’enseignante défend sa méthode comme LA solution. Lucien Marbeuf remarque avec beaucoup de pertinence que c’est bien cela qui fait tiquer : 

« C’est précisément d’une frange novatrice des profs que vient le doute. Il y a bien des manières d’être innovant dans l’enseignement, et pour beaucoup Céline Alvarez donne l’impression d’être la seule et unique. »

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La professeure de lettres Françoise Cahen tient un blog sur lequel elle a publié un billet qui résume avec finesse son agacement : « Désolés… Nous ne sommes pas Céline Alvarez, nous ne sommes QUE des profs ». Le texte a fait plus de 30.000 vues : beaucoup pour un blog. Ce texte montre bien comment une enseignante très investie (ce qu’est Françoise Cahen) reçoit l’emballement médiatique autour d’un individu qui ne fait finalement pas le même métier :

« On avait pourtant le choix de notre carrière. Il y aurait bien eu cette solution : passer trois ans dans l’éducation nationale, et devenir Jésus… je veux dire Céline Alvarez… C’est à dire faire des miracles, (imposer nos mains montessoriennes afin que tous les enfants deviennent Einsten à la sortie du berceau) puis rapidement devenir Martyre – crucifiée par l’éducation nationale- avant la résurrection médiatique sous la forme d’un livre qu’on multiplie comme les petits pains. Mais non. Nous, on a préféré un truc moins glamour, moins paillettes, moins papier glacé, et moins mystique. Au lieu de devenir Jésus-des-écoles, ou Céline Alvarez, on a voulu devenir enseignants. »

Alvarez avait d’ailleurs franchement déclaré au Monde avoir passé le concours de l’enseignement « pour infiltrer le système et parvenir à le changer, pas pour enseigner. Je me laissais trois ans pour proposer un environnement de classe faisant l’effet d’une bombe pédagogique, trouver les bons outils permettant de révéler spontanément tout le potentiel des enfants, et réussir à les diffuser auprès des enseignants. »

[D’après Wikipédia : « Une aporie (en grec aporia, absence de passage, difficulté, embarras) est une difficulté à résoudre un problème. Pour Aristote, c’est une question qui plonge le lecteur ou l’auditeur dans le doute tout en le poussant à trancher entre deux affirmations : « απορία, διαπορια », c’est-à-dire « contradiction, embarras ». Le sens actuel d’aporie est plus fort et concerne tout problème insoluble et inévitable.

Pour prendre une image en relation avec l’étymologie du mot, on peut dire aussi que l’aporie est une impasse dans un raisonnement procédant d’une incompatibilité logique… » Aticle coomplet àlire sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Aporie ].

Mettre l’école face à ses apories 

Sans le vouloir ou sans le dire explicitement Céline Alvarez avec son projet réussi, efficace, désirable, dresse en creux une critique de notre système éducatif et plus particulièrement de la maternelle…Mais elle omet de prendre en compte que le travail des enseignants ne se fait pas de manière totalement isolée et que l’école c’est aussi des équipes pédagogiques, des collègues justement.

Un article de juin 2015 dans La lettre du cadre notait déjà :

« D’un point de vue politique, son projet était très enrichissant, mais tout s’est joué sur des questions complètement annexes. Et l’idée d’envoyer une institutrice isolée dans une école au fonctionnement traditionnel crée des tensions, notamment parce qu’elle ne partageait pas les tâches avec ses collègues, puisqu’elle n’avait pas le même rythme qu’eux, pour les récréations par exemple. (…) L’expérience a finalement été clivante, car les parents sont en demande d’une chose qu’on n’est pas en mesure de leur apporter. L’Éducation nationale n’a pas préparé ce projet proprement, cela ne pouvait que créer des tensions. »

Dans beaucoup d’établissements scolaires les innovateurs peuvent être injustement mal perçus, les témoignages en ce sens sont nombreux, j’en recueille régulièrement et ils viennent d’enseignants parfaitement anonymes. Mais imaginez que quelqu’un arrive dans votre bureau, votre entreprise, votre institution, bénéficie de conditions particulières, de plus de moyens que vous n’en ayez jamais eu et que tout le monde s’extasie sur sa réussite ? Et se demande : franchement ; pourquoi vous ne faites pas aussi bien, depuis tout ce temps ? 

Le changement des organisations est quelque chose d’infiniment compliqué et qui mérite, comme le défend plus ou moins explicitement d’ailleurs Céline Alvarez, de la détermination, une solide formation pédagogique et des moyens conséquents dans les petites classes de toutes les écoles. Une expérience comme la sienne est précieuse mais sa médiatisation et le fait qu’elle soit présentée comme une recette miracle ne permettra pas de passer à l’échelle. La pédagogie Montessori, la méthode Freinet et tant de théories pédagogiques ont pu irriguer l’école mais elles sont restées dans des sortes de niches scolaires… car pour changer un système éducatif il ne s’agit plus vraiment des lois naturelles de l’enfant et ça n’envoie pas du rêve mais il faut faire des choix stratégiques (former les enseignants, prioriser les petites classes) et budgétaires. A l’école on m’a appris que ça s’appelait la politique.

Slate pédagogieEducation nationaleEducationécole Tous droits réservés sur les contenus du site Qui sommes-nous ? – Source : http://www.slate.fr/story/125493/celine-alvarez

D’après Wiipédia : “Slate (littéralement « ardoise » en français) est un magazine en ligne américain lancé en 1996. En 2009, les journalistes Jean-Marie Colombani, Éric Leser et Johan Hufnagel, assistés de l’économiste Jacques Attali, créent une version française du magazine1 à laquelle vient s’ajouter, en 2011, une version africaine. Ces deux versions francophones ont pour principaux actionnaires Benjamin de Rothschild (via sa société Lampsane Investissement SA) et la Financière Viveris… » Article complet sur https://fr.wikipedia.org/wiki/Slate_(magazine)

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12.
Céline Alvarez : ’Un vent nouveau souffle dans nos écoles’ Par Dalila Kerchouche Le 07 mars 2017 – Document’ Le Figaro.fr Madame’

Paroles de femmes. - À l’occasion de la Journée des droits des femmes, la pédagogue Céline Alvarez livre son plaidoyer pour penser l’éducation autrement, vers plus de coopération, de bienveillance et d’autonomie des plus jeunes. Céline Alvarez inspire aussi bien l’école que les familles. Son best-seller, Les Lois naturelles de l’enfant (Éditions les Arènes), s’est écoulé à 200.000 exemplaires. Elle nous donne les clés d’une éducation repensée pour et par l’enfant.

Raccrocher à des programmes

« J’ai eu très jeune le sentiment que l’école nous imposait un fonctionnement inadapté. Je pressentais l’existence de « lois » d’apprentissage et d’épanouissement, et je les sentais bafouées. Nous en souffrions tous. Enfants, enseignants, nous devions tous nous adapter à un système fondé sur des idées, des valeurs, des traditions, et non sur la connaissance de la vie humaine en plein développement. Nos enseignants ne savaient plus quoi inventer pour nous raccrocher à des programmes et des méthodes qui ne faisaient aucun sens pour nous. Ils étaient épuisés. Mes camarades décrochaient, leur lumière individuelle se ternissait, ils perdaient confiance en eux.

>> Notre dossier sur la journée internationale des droits des femmes

Je me suis rapidement posé la question : à quoi ressemblerait un système respectueux du fonctionnement et des besoins de l’être humain en développement ? J’ai fait des études de linguistique, j’ai travaillé auprès d’enfants à l’étranger, en Espagne, au Togo ; je me suis passionnée pour les écrits du Dr Maria Montessori, ainsi que pour la recherche en sciences du développement humain. Mes études m’ont fait comprendre qu’il existait réellement des principes de développement humains universels, dont découlent de grands invariants pédagogiques (que je décris dans mon livre) - qui ont été pressentis par de nombreux pédagogues tel que Freinet, Montessori, Decroly, Séguin, Pestalozzi, Pickler, Tolstoi, et tant d’autres. Ces invariants transcendent l’idée de « méthode » : ils tracent les contours d’un cadre pédagogique « physiologique », c’est-à-dire respectueux, non pas de la méthode d’un tel ou d’une telle, mais de la « méthode de l’enfant ». Au sein de ce cadre, à chacun ensuite de faire des propositions adaptées à sa personnalité, ses moyens, ses rythmes, et ceux des enfants qu’il accompagne.

Rompre avec les codes traditionnels

J’espérais collaborer avec le ministère pour tester un modèle plus ’disruptif’

J’ai rapidement eu en tête un modèle d’école rompant avec les codes actuels, et tendant à respecter en tous points le fonctionnement humain. Je voulais le matérialiser. Mais en 2008, j’ai entendu ceci : chaque année, 40% de nos enfants sortent du CM2 avec des lacunes qui les empêcheront de poursuivre une scolarité normale au collège. Ce fut une gifle extraordinaire. J’ai abandonné l’idée de créer ce modèle, l’urgence était ailleurs. Je voulais montrer que même avec de petites transformations - autonomie des enfants, mélange des âges, lien social positif, et même dans les milieux réputés difficiles, nous pouvions changer la donne. Je suis donc entrée au sein de l’Éducation nationale pour mener une expérience, in situ. Elle a eu lieu pendant trois années à Gennevilliers. Je n’abandonnais toutefois pas le modèle que j’avais en tête : si les résultats de l’expérience étaient positifs, j’espérais ensuite collaborer avec le Ministère pour tester un modèle plus « disruptif ».

Au final, ce ne fut pas possible, et tant mieux, car cela m’a laissé le temps de partager les connaissances qui m’ont permis d’avoir un impact si positif auprès des enfants de Gennevilliers, par l’intermédiaire d’un livre, de vidéos et d’un site internet. Les résultats ont en effet dépassé mes attentes. La plupart des enfants lisaient dès 4 ans et faisaient des opérations mathématiques à quatre chiffres sans difficulté. Mais ce qui m’a le plus surprise fut le développement d’une personnalité lumineuse, généreuse, empathique, altruiste, calme... et pleinement autonome. C’est également ce qui a retenu l’attention des parents.

Mon envie de partage des contenus pédagogiques de l’expérience a rencontré le désir brûlant de très nombreux enseignants qui souhaitaient faire autrement. Ces contenus ont donné confiance à ceux qui n’osaient pas faire le pas. Ils sont aujourd’hui des centaines à se lancer à leur façon, à leur rythme. De plus en plus d’écoles publiques entières ! Et le plus souvent... avec le soutien de leur hiérarchie et de leur commune. Un vent nouveau est en train de souffler au sein de notre école.

Construire avec intelligence une société nouvelle

Les parents s’emparent également de ces informations scientifiques car elles mettent des mots sur ce qu’ils pressentaient déjà intuitivement. Il ne s’agit pas d’offrir des environnements innovants à nos enfants mais bien plus de se recentrer sur l’essentiel : soutenir le besoin de faire seul dès le plus jeune âge, ne pas interférer avec les élans endogènes des enfants, offrir un environnement plus simple, plus épuré, avec un bon niveau de langage oral, moins d’activités, plus de nature, plus de lien humain chaleureux, plus de confiance, et plus de sens.

À la sortie de mon livre, j’ai entendu : « Il n’y a rien de nouveau dans tout ça, on le savait déjà intuitivement ». Tout à fait. Mais tant que ces vérités éducatives, aujourd’hui scientifiquement mises en lumière, ne seront pas massivement appliquées au point de devenir la norme, des générations d’êtres humains se succèderont pour prendre le micro et les rappeler. Car l’enjeu est immense. Si nous nous engageons collectivement à ne plus piétiner les lois biologiques qui conditionnent le développement humain, il est fort probable que nous soyons témoins de quelque chose de grandiose : une levée d’êtres humains aux potentiels cognitifs, sociaux, émotionnels et créatifs pleinement déployés, qui seront en capacité de construire, avec intelligence, discernement et bienveillance, une société nouvelle. »

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Tags : Enfants, parents, éducation, École, journée internationale, droits des femmes

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Source : http://madame.lefigaro.fr/enfants/journee-de-la-femme-celine-alvarez-un-vent-nouveau-souffle-dans-nos-ecoles-070317-130385

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13.
Méthode Montessori : la fabrique du crétin libéral par Françoise Dauliat - 20 avril 2017 – Document ‘Causeur.fr’ « Surtout si vous n’êtes pas d’accord » Accueil Société - Nombreux commentaires à lire à la source. Photos - Ecole Montessori ; Céline Alvarez. Sipa. Numéros de reportage : 00770251_000139 et Numéro de reportage : AP21982952_000002.

« Ces profs du public qui cassent les codes. » L’Express publiait le mois dernier un nouvel article élogieuxsur la méthode Montessori introduite dans l’Éducation nationale. Sur ce sujet, toujours pas de réflexion critique. Pourquoi ? Cette méthode pédagogique n’aurait semble-t-il que des avantages et contre elle que des enseignants qui « refusent de remettre en question des habitudes bien ancrées » – autrement dit des paresseux réactionnaires. En ferais-je donc partie, moi qui, enseignante en maternelle n’ai délibérément pas cédé aux sirènes montessoriennes ?

La vague montessorienne dans l’Éducation Nationale, renforcée par la publicité offerte par nombre de médias, date essentiellement de l’expérience de Céline Alvarez à Gennevilliers que l’article de L’Express retrace en quelques mots. En 2011, Céline Alvarezdevient professeur des écoles avec comme objectif de prouver que la pédagogie Montessori peut être appliquée dans l’Éducation Nationale. Elle obtient, avec la bienveillance du ministère, un poste en maternelle à Gennevilliers et mène son expérience pendant trois ans avant de claquer la porte et de se reconvertir en modèle à suivre/conférencière. Notons qu’elle n’a nullement été suivie par une quelconque commission d’évaluation officielle et impartiale et qu’aucun bilan de son expérience (sur tous les plans : acquis cognitifs, construction de la personnalité de l’enfant, faisabilité budgétaire, concordance avec les programmes, impact sur l’équipe enseignante, satisfaction des attentes de tous les parents, etc.) n’a été établi par le ministère qui, aujourd’hui, la soutient officieusement.

Une méthode très exclusive

Les résultats qu’elle affiche dans ses vidéos sont presque incroyables au niveau des acquis cognitifs (90% des Moyens et 100% des Grands auraient assimilé la lecture, certains atteignant même un niveau CE2 en maths). Résultats, il faut en convenir même si on peut regretter qu’ils n’aient pas subits de contre-expertise, très attractifs pour les parents inquiets de l’avenir de leur progéniture dans un monde où l’accession à un emploi devient de plus en plus problématique.

Seulement voilà, comme le montre parfaitement Céline Alvarez elle-même mais aussi les « maisons d’enfants » (et non « écoles ») appliquant la méthode Montessori, la démarche de la pédagogie jusqu’à présent dominante en école maternelle et la démarche de la méthode Montessori sont totalement exclusives l’une de l’autre. Dans la méthode Montessori, il s’agit fondamentalement de contraindre de facto l’enfant, par l’organisation de la classe et un appauvrissement de son environnement (couleurs qui n’accrochent pas le regard, absence d’affichage, les mêmes ateliers mis à la disposition des élèves de l’entrée à la sortie de la maternelle, etc.), à se tourner spontanément vers les seules activités qui lui sont laissées à disposition en ateliers autonomes. On ne peut donc pas faire du moitié-moitié, moitié méthode « traditionnelle » – pour faire plus simple – moitié méthode Montessori.

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Si l’on mélange les deux – ce que font apparemment mes collègues que L’Express a visitées dans le XIVe arrondissement de Paris – on perd sur les deux tableaux : l’encadrement magistral indispensable au déroulement des activités collectives perdra de sa consistance aux yeux des enfants d’un côté, et de l’autre les élèves risqueront de s’ennuyer dans les moments où on ne leur laissera que l’accès aux ateliers Montessori qui pâtiront alors de la comparaison avec les activités collectives plus entraînantes.

Cette incompatibilité radicale entre les deux démarches pédagogiques fait que l’enseignant qui, aujourd’hui, décide de faire le choix, encore très minoritaire, de bouleverser sa classe en y appliquant les principes d’aménagement de classe liés à la méthode Montessori prend la grave décision de la vider de ses meubles et du matériel accumulé pendant des années et des années, au risque de la laisser considérablement appauvrie au collègue qui lui succéderait en cas de retraite ou de mutation et qui ne désirera pas forcément y appliquer la méthode Montessori.

D’ailleurs, avant d’aborder le fond des critiques que l’on peut adresser à la pédagogie Montessori, parlons donc du côté bassement matériel – puisqu’il en est question dans l’article de L’Express mais de façon trop superficielle – de la mise en place de la pédagogie Montessori dans une classe de l’Éducation nationale.

Des conditions matérielles exceptionnelles

Céline Alvarez a faussé son expérience au départ. Elle l’a entamée dans des conditions matérielles exceptionnelles :

– la classe qu’on lui a attribuée faisait environ 75m2 : rares sont les classes de cette superficie dans les locaux scolaires.

– elle a reçu un don de l’association Agir pour l’école, association loi 1901 financée par des fonds publics et des partenaires privés tels que Dassault, la fondation Bettencourt, AXA et la fondation Total, d’un montant de 2.000€ pour aménager sa classe : l’indigence dans laquelle se trouvent des classes voulant entamer l’expérience fait que le matériel proposé aux élèves sera incomplet, à moins que les enseignants ou les parents ne mettent la main au porte-monnaie.

– une éducatrice formée à la pédagogie Montessori lui a été attachée en permanence : je me demande comment mes collègues ont fait pour suppléer au fait qu’à Paris il n’y a même pas une ATSEM (Agent territorial spécialisé des écoles maternelles, non-formée à la méthode Montessori au demeurant) par classe, sans compter qu’elles ne sont pas en permanence dans les classes et sont chargées de tâches ménagères.

Parlons maintenant du fond des critiques que l’on peut formuler sur la pédagogie Montessori (eh oui, rien n’est parfait) qui feront peut-être comprendre que rejeter cette pédagogie n’est pas forcément signe d’un esprit sclérosé.

Je ne parle ici que d’une classe purement Montessori, c’est-à-dire appliquant ladite méthode sans concession ni mixage pédagogique. Dans une classe réellement Montessori, il n’y a plus – en application de deux principes directeurs que sont la suppression des activités collectives et la suppression de toute distraction risquant de rendre moins attractifs les ateliers autonomes – :

– d’activités sportives collectives

– d’activités artistiques dirigées

– de coin de jeux d’imitation (maison, cuisine, théâtre de marionnettes…)

L’activité sportive est réduite à tenir une balle de ping-pong sur une cuiller en marchant sur une ellipse tracée au sol dans la classe. Plus aucune autre activité sportive collective. Ce qui plonge complètement dans l’incohérence pédagogique les membres de la hiérarchie de l’Éducation nationale qui soutiennent la mise en place de classes Montessori tout en exigeant contradictoirement l’application des programmes officiels de l’École maternelle. On peut d’ailleurs se demander pourquoi la hiérarchie de l’Éducation nationale n’a pas cherché de noises à Céline Alvarez alors qu’elle n’appliquait pas les programmes et qu’elle favorise aujourd’hui sa propagande en faveur de la diffusion de la méthode Montessori en son sein alors que celle-ci s’oppose ouvertement aux programmes que l’Éducation nationale veut que l’on suive scrupuleusement.

Le retour à la normale est-il possible ?

Dans la classe de Céline Alvarez, l’activité artistique est réduite à deux postes de travail : dessin avec des feutres et gouache avec des pinceaux. Exit le développement de l’esprit créatif de l’enfant, l’expérimentation de la matière, des supports et des outils. Plus question non plus de proposer collectivement à la classe un thème directeur sur lequel s’appuyer pour faire utiliser supports, outils et techniques.

Les jeux d’imitation, considérés comme beaucoup trop attractifs pour les enfants dans une classe Montessori (lâchez des enfants dans une classe équipée d’un beau coin maison et vous verrez s’ils se dirigent vers les ateliers autonomes) y sont purement et simplement éliminés. Mais pourquoi ont-ils toujours eu leur place en maternelle ? Voyons, que je me rappelle… N’y avait-il pas de très bonnes raisons pédagogiques visant à la socialisation et à la construction de la personnalité de l’enfant ? Mais ceci s’explique quand on constate qu’avec Céline Alvarez, il n’est plus question de psychologie de l’enfant mais de… neurosciences ! Eh oui, Céline Alvarez et ceux qui l’appuient sont des « scientifiques », pas des rigolos comme nous.

Dans le domaine des jeux d’imitation aussi, on peut noter l’ambiguïté de l’Éducation nationale encensant implicitement un abandon qu’elle sanctionne dans une classe « traditionnelle ».

Parlons enfin de deux points secondaires mais non négligeables questionnant l’intérêt de la submersion de l’Éducation nationale par la vague Montessori.

Il y a d’abord l’inquiétude, à mon sens fondée, exprimée par une mère d’élève dans l’article de L’Express : «  Arrivera-t-elle à s’intégrer ensuite dans une classe de CP « normale » ? » La question doit être posée puisque l’article précise que les enseignants d’élémentaire ne suivent pas le mouvement et que la quasi-totalité des classes de CP restent donc aujourd’hui non-Montessori. Sans compter qu’un enfant qui aura vécu toute sa scolarité de maternelle sans apprendre les règles du travail collectif et les règles de discipline qui y sont liées aura probablement des difficultés à se fondre dans l’attente disciplinaire de l’enseignant. Comment un enfant qui aura atteint les résultats affichés par Céline Alvarez, à savoir la lecture acquise en fin de maternelle et un niveau de CE2 en mathématiques, pourra-t-il s’intéresser à ce qui se passera en CP ? Voire en CE1 ? Non seulement ces élèves n’auront pas intégré les règles du travail collectif, mais ils s’ennuieront, perturberont la classe et auxquels on ne pourra pas faire sauter de classe car leurs acquis seront déséquilibrés et inégaux. On me rétorquera qu’il suffit alors d’appliquer le principe de la loi d’orientation de Jospin de 1991 selon lequel on doit prendre chaque élève au niveau où il en est. Mais les praticiens savent bien que ce sont des vues de l’esprit pédagogistes car il est impossible d’établir un cursus différent pour 30 élèves au sein d’une classe.

L’autre inquiétude concerne le risque de stagnation totale des enfants. Selon la méthode Montessori, l’atelier doit être saisi par l’enfant de son propre chef. Certains enfants peuvent donc se satisfaire toute l’année, voire tout au long de leur scolarité en maternelle, de faire la même activité en boucle… Pourquoi le ministère de l’Éducation nationale, qui avait négligé de suivre avec attention l’expérience de Céline Alvarez, s’en est ensuite emparé et a favorisé les interventions de cette femme dans des conférences organisées par ses soins ?

L’engouement étatique pour Montessori

Peut-être faut-il chercher un début de réponse aux origines de la méthode Montessori et dans ses visées politiques. Elles ont été clairement exposées par Céline Alvarez : il s’agit d’éviter de produire des révoltés en empêchant l’enfant de ressentir de la distance entre lui et son environnement et en faisant du lieu (classe/école/maison d’enfants) un lieu à la disposition de l’enfant. Il s’agit de faire en sorte que l’enfant ne rencontre aucun obstacle, aucune frustration, ne subisse aucun échec qui pourrait être nocif à son épanouissement et le forger dans la confrontation aux autres et aux institutions. La méthode de Madame Montessori, fervente catholique (la seule entorse à ses principes dans ses maisons d’enfants était l’existence de cours de catéchisme très traditionnels), convenait tellement au système en place qu’elle fut soutenue et financée par Benito Mussolini.

Cette méthode donne l’illusion à l’enfant que la société est harmonieuse et à son service afin qu’il ne développe aucun esprit critique à l’encontre de ses défauts et dysfonctionnements. La société serait si bonne et si peu critiquable que se retourner contre elle ne pourrait être produit que par un défaut dans l’éducation de l’enfant. C’est probablement dans cette vérité sur le fondement de la méthode Montessori qu’il faut chercher l’une des raisons de l’engouement étatique à son égard.

L’objectif de l’école de la République, construire le citoyen et son esprit critique, disparaît. Chaque enfant est seul face à l’activité qui doit lui permettre d’acquérir des connaissances et des savoir-faire. On est dans un registre purement cognitif et individuel. Les relations avec les autres n’existent que dans la démonstration silencieuse de la maîtresse dont la place cesse d’être centrale dans le groupe-classe, personnage dont le rôle se confond avec celui de l’autre adulte intervenant, voire avec celui de l’enfant plus grand qui assumera à son tour la démonstration silencieuse. Il n’y a plus d’autre règle sociale que le respect des conditions de travail individuelles des autres enfants. Le groupe classe cesse d’être une société régie par des règles.

La diffusion de la méthode Montessori convient donc parfaitement à l’État libéral. Elle signifie l’abandon de la suprématie des programmes unificateurs et contribue à l’éclatement de l’Éducation nationale. D’abord par la municipalisation (vers laquelle la réforme des rythmes scolaires a été un pas important), puis, in fine, par la privatisation. Cette dernière tendance annonce tout autant des économies budgétaires que l’ouverture d’un marché prometteur.

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Source : https://www.causeur.fr/ecole-methode-montessori-celine-alvarez-143865

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14.
Céline Alvarez, une pédagogie « business compatible » Par Laurence De Cock 27 mai 2017 - Diffusé par Médiapart.

L’expérience menée par Céline Alvarez durant trois ans dans une école primaire d’une banlieue populaire de Paris s’est faite sur la base d’un cocktail inédit de méthode Montessori et de neurosciences. L’enthousiasme suscité par son best-seller, Les Lois naturelles de l’enfant, tient au caractère spectaculaire des résultats affichés. Mais, à regarder de plus près ce projet soutenu alors par Jean-Michel Blanquer, aujourd’hui ministre de l’éducation nationale, tout est loin d’être aussi rose. Une enquête de la Revue du Crieur.

La lecture des articles est réservée aux abonnés.Source : https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/270517/celine-alvarez-une-pedagogie-business-compatible?onglet=full

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15.
“Les Lois naturelles de l’enfant” gâté, de Céline Alvarez Par Marine Landrot Publié le 04/07/2017. Mis à jour le 17/07/2017 à 16h12. Document Télérama

Photo.Dans le bus, une femme au ventre rond comme une pastèque lit un livre de contes pas comme les autres. Elle envoie des ondes littéraires à son futur bébé. Mais pas seulement… Derrière le cabas en cuir blanc de la dame, il y a un imperméable ouvert sur une chemise à petits carreaux, et derrière cette chemise à petits carreaux, il y a une peau du ventre bien tendue, et derrière cette peau du ventre bien tendue, il y a un ventre rond comme une pastèque, et derrière ce ventre rond comme pastèque, il y a un bébé barbotant dans son bain amniotique. Cela ne saute pas aux yeux, d’autant que la progéniture en cours de fabrication est protégée par une armure ultra chic : outre les pans de l’imper maternel de la très reconnaissable marque Borborygme, l’enfant à venir arbore une belle cote de maille composée de sacs de courses hype, et un livre de développement personnel en guise de heaume pointu. Maman a fait les soldes dans le 6e arrondissement, et s’en va faire un tour rue du Faubourg Saint-Honoré, pour être certaine de ne pas laisser passer de bonnes affaires chez le Dieu de la guerre, ou chez la fille de Sido. In utero, la cuillère en argent brille déjà de mille feux dans la bouche du foetus, alors que le carrosse de la famille traverse la Place de la Concorde. 

Pour autant, Bébé ne naîtra pas macrocéphale et n’agitera pas sa gourmette en faisant bling-bling dans son berceau en acajou. Déjà Maman veille à ce qu’il sache que l’argent ne fait pas le bonheur, et pour cela lui lit en télépathie Les Lois naturelles de l’enfant, de Céline Alvarez. Un livre de contes pas comme les autres, où les fées jettent des sorts aux bambins dès leur plus jeune âge, pour augmenter la plasticité de leur cerveau. Il était une fois une institutrice de maternelle dans une école classée REP (Réseau d’éducation prioritaire), qui chaque jour pendant trois ans fit avaler à ses élèves une potion magique composée d’une pincée de Montessori et d’une cuillère de neurosciences, et fut émerveillée des résultats.

« Le matériel, c’est bien, mais le plus important, c’est vous », dit Céline Alvarez à la lectrice du bus « C’est avant tout, vous, à travers votre présence, votre disponibilité et votre intelligence, qui allez pouvoir aider individuellement et collectivement les enfants à être autonomes. » La future mère revoit son programme de l’après-midi : ce n’est finalement peut-être pas la peine de faire un crochet par Bon Poing ou d’aller au Nain Hématome. Mieux vaut se concentrer sur son bien-être à elle, au lieu de couvrir de cadeaux encombrants la chair de sa chair. Derrière ses lunettes d’écailles très mode, elle boit des yeux les paroles de l’éducatrice : « Reposez-vous, mangez sainement, faites du sport, ayez une vie sociale épanouie. Les enfants ont besoin de votre énergie, de votre bienveillance, de votre pleine présence pour développer leur autonomie […] Prenez soin de vous, vous êtes leur chef d’orchestre.’ 

Prendre soin de soi, c’est s’accorder du temps. Pour lire, par exemple. Si la dame tient à rester dans des lectures gestationnelles, on ne saurait trop lui conseiller La Troisième Personne, de Valérie Mrejen. Un petit bijou d’écriture échographique, une préparation à ce qu’on appelle la délivrance, c’est-à-dire au détachement, à l’octroi de liberté, pour que l’enfant couvé quitte le nid en toute confiance. Elle pourra ensuite enchaîner sur La Métaphysique des tubes, d’Amélie Nothomb du temps de sa splendeur, et alors elle ne regardera plus jamais son enfant de la même façon, à travers les barreaux de son lit.

Pour l’instant, le bébé à naître n’est pas terminé. Il doit ressembler à un souriceau ou à un hamster. Mais les ondes que sa mère lui envoie depuis les pages de son livre creusent un sillon cérébral indélébile. D’infimes synapses se dessinent. Une ou deux, sur le million de milliards de connexions synaptiques que le cerveau de l’enfant saura mener à bien. Soit dix fois plus de connexions qu’Internet est capable de produire, d’après Céline Alvarez. L’être humain a de beaux jours devant lui, et c’est pour cela que la dame du bus va en mettre un au monde avant Noël.

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16.
Pourquoi Céline Alvarez n’a-t-elle pas réussi son expérience à l’école ? par Marjolaine Koch 06/09/2017 – Document ‘La Lettre du Cadre.fr’ – Avec de nombreux et longs commentaires à lire à la source.

En s’infiltrant dans le système, Céline Alvarez espérait parvenir à faire bouger les lignes de l’intérieur. L’ex-institutrice a dû, depuis, quitter son poste, quand elle a compris que ses démarches ne seraient pas sérieusement considérées, ni même étudiées par cette grosse machine qu’est l’Éducation nationale.

Article publié le 23 juin 2015

Céline Alvarez est une révoltée, de celles qui ne comprennent pas pourquoi les méthodes d’apprentissage n’intègrent pas les dernières découvertes réalisées dans le domaine des sciences cognitives. Son objectif est clair : explorer une nouvelle méthode sollicitant de façon optimale les mécanismes d’apprentissage et de développement.

Rencontre en haut lieu

En passant le concours de professeur des écoles et en suivant la formation, la jeune femme reçoit un premier choc : elle découvre qu’à aucun moment les enseignants ne sont formés pour travailler avec les enfants. Pour son premier poste, elle demande à être affectée à Neuilly-sur-Seine : Céline Alvarez estime arriver dans un environnement très favorable au développement des enfants. C’est en effet le cas, mais le second choc ne tarde pas : « La majorité de ce qu’ils apprennent ne provient pas de l’école, mais de leur entourage direct, cela m’a mise dans une colère incroyable. »

Une colère qui décuple son énergie pour répandre son message : après de multiples discussions avec les inspecteurs et les conseillers pédagogiques, elle parvient à faire remonter son envie de faire bouger les lignes jusqu’au plus haut de l’État. Un jour, un conseiller de l’Élysée, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, la contacte : on souhaite la rencontrer. C’est un conseiller de Luc Chatel, alors ministre de l’Éducation, qui la reçoit et l’écoute. La jeune femme peut enfin expliquer à un décideur que l’école ne sollicite pas les mécanismes d’apprentissage de l’enfant.

Séduit par son discours, le conseiller décide de lui attribuer une classe dans l’environnement qu’elle souhaite et lui délivre une carte blanche pédagogique.

Lire sur ce sujet : Éducation : place à l’innovation ! 

Des progrès plus rapides

Pour montrer que le déterminisme social n’est pas une fatalité, Céline Alvarez demande à s’installer dans une ZEP. C’est ainsi qu’elle intègre l’école maternelle Jean-Lurçat de Gennevilliers en septembre 2011, sans que quiconque soit averti de son projet, ni au sein de l’école ni au niveau de la ville [lire encadré]. Pour le reste du corps enseignant, c’est la douche froide. Qui est cette femme aux exigences particulières quant à l’aménagement de sa classe, qui demande une Atsem à temps complet et choisit de suivre d’autres rythmes pour la journée de l’enfant ? Les parents eux-mêmes sont surpris, sceptiques, notamment lorsqu’ils découvrent que le matériel utilisé dans la classe exclut les poupées et autres jouets qui meublent habituellement l’espace des plus petits.

« Mon objectif était de proposer un environnement fondé sur les grands principes d’épanouissement de l’être humain, grâce à l’apport des neurosciences et des travaux de Maria Montessori », déclare la nouvelle arrivante. Ainsi, elle aménage sa classe en ateliers d’apprentissage en tout genre, poste pour apprendre à se laver les mains, à laver le linge, cabinet de géographie, lettres rugueuses pour découvrir l’alphabet, etc.

Mon objectif était de proposer un environnement fondé sur les grands principes d’épanouissement de l’être humain, grâce à l’apport des neurosciences et des travaux de Maria Montessori.

Les enfants sont invités à investir ces ateliers à leur guise, avec la possibilité de solliciter l’institutrice lorsqu’ils ne comprennent pas ou désirent évoluer dans leur apprentissage. Proposés de façon sensorielle et progressive, ces ateliers accaparent les enfants, qui peuvent reproduire certains gestes sur plus d’une heure, les peaufiner et ainsi développer leur capacité d’attention.

Autre phénomène : au lieu de solliciter l’adulte, les petits élèves s’entraident spontanément. Les familles sont très vite séduites devant l’évolution de leurs enfants : elles notent une capacité nouvelle à se concentrer, un développement de leur autonomie, des relations sociales apaisées. Ajoutez à cela qu’ils maîtrisent la lecture avec un ou deux ans d’avance, savent compter, maîtrisent le sens des quatre opérations, etc.

Les méthodes déployées par Céline Alvarez sont également validées par les chercheurs du CNRS de Grenoble, qui la suivent dans sa démarche. Le constat est sans appel : ces enfants progressent plus vite que la norme.

Voir aussi notre dossier : Les collectivités, nouveaux acteurs éducatifs

Silence du ministère

Durant trois années, Céline Alvarez mène son projet. Trois ans où elle ne reçoit aucun appel du ministère de l’Éducation et n’est suivie en aucune manière. Au printemps, lorsqu’elle est contactée pour cet article, elle espère parvenir «  à durer jusqu’à trouver la personnalité politique qui aura l’audace de lancer un projet pareil à grande échelle ».

Il lui est difficile de comprendre ce silence du ministère, alors même que son projet remplit point par point chacun des principes des grandes lois de refondation de l’école écrites par Vincent Peillon. Au printemps dernier, elle espérait encore pouvoir essaimer, reproduire son expérience à l’échelle d’une école entière pour lui donner plus de poids.

L’expérimentation s’arrêtera là, sans que quiconque soit vraiment capable de lui expliquer pourquoi, sans avoir d’ailleurs même vraiment pris la peine d’explorer ses résultats.

Mais le couperet est tombé durant l’été : l’expérimentation s’arrêtera là, sans que quiconque soit vraiment capable de lui expliquer pourquoi, sans avoir d’ailleurs même vraiment pris la peine d’explorer ses résultats. Alors la jeune femme rend son tablier, estimant que c’est le meilleur service qu’elle puisse rendre à ce projet.

Aujourd’hui, Céline Alvarez se prépare à mettre à la disposition des enseignants qui le souhaitent les outils pédagogiques qui composaient sa méthode, sur le site qui accompagne son expérimentation depuis ses débuts. Un livre reprenant les grands principes de ses travaux, coécrit avec les chercheurs qui l’ont suivie au long de sa démarche, devrait également voir le jour. Elle poursuit son travail de lobbying auprès du ministère, de l’extérieur, toujours dans l’espoir de parvenir à essaimer ses méthodes révolutionnaires…

Voir aussi notre dossier : Réforme des rythmes scolaires

Quand la collectivité est mise devant le fait accompli

Richard Merra est le 8e adjoint à l’enseignement maternel et primaire de la ville de Gennevilliers. À la rentrée de septembre 2011, il découvre cette institutrice porteuse d’un projet innovant dans une de ses écoles et il n’est pas le seul à avoir la surprise : même l’inspectrice de l’Éducation nationale de la circonscription n’a pas été informée. « Quelle que soit la nature du projet, Céline Alvarez ne pouvait qu’être mal accueillie, le terrain lui était défavorable. Les structures des classes sont composées à la fin de l’année scolaire précédente. »

En débarquant avec ce que l’adjoint nomme son « projet Montessori » – une vision réductrice dont se défend Céline Alvarez, qui inscrit son projet dans une dimension ne consistant pas à reproduire une méthode mais à en développer une, en intégrant les dernières recherches en sciences cognitives –, l’institutrice bouscule un ordre établi. « Sa proposition était brutale et rapide, il fallait aménager la classe, dégager un Atsem [agent spécialisé des écoles maternelles] à temps complet, ce que nous ne pouvions prendre en charge. J’ai pris soin de demander le feu vert à l’inspecteur, qui me l’a donné, avant de tâcher de l’accompagner. »

Le poste d’Atsem a finalement été financé par l’association Agir pour l’école, mais Richard Merra regrette les conditions de son arrivée : « D’un point de vue politique, son projet était très enrichissant, mais tout s’est joué sur des questions complètement annexes. Et l’idée d’envoyer une institutrice isolée dans une école au fonctionnement traditionnel crée des tensions, notamment parce qu’elle ne partageait pas les tâches avec ses collègues, puisqu’elle n’avait pas le même rythme qu’eux, pour les récréations par exemple. »
Aujourd’hui, la collectivité découvre que son départ a laissé des traces qu’il leur faut prendre en considération : les parents, acquis à la cause de Céline Alvarez, ont monté une association afin de faire perdurer son initiative. Pour Richard Merra, « l’expérience a finalement été clivante, car les parents sont en demande d’une chose qu’on n’est pas en mesure de leur apporter. L’Éducation nationale n’a pas préparé ce projet proprement, cela ne pouvait que créer des tensions. »

Mentions légales - Accueil – Source : http://www.lettreducadre.fr/10202/pourquoi-linstitutrice-celine-alvarez-na-t-elle-pas-reussi-son-experience-a-lecole/

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17.
Science et pédagogie : déformations et impostures (1) l’expérimentation Alvarez Par Paul DEVIN 7 sept. 2017 - Blog : Le blog de Paul DEVIN – Diffusé par M&diapart.

Le premier d’une série de billets sur des affirmations scientifiques censées faire la preuve de la pertinence d’un choix pédagogique ; mais déformées ou manipulées par volonté idéologique... Il est consacré à l’expérience de Céline Alvarez à l’école maternelle Lurçat de Gennevilliers ; le prochain s’intéressera aux relations entre l’association « Agir pour l’École » et le programme PARLER, …

La caution scientifique inexistante de Cécile Alvarez 

Une multitude d’articles de presse ont affirmé que l’expérience menée par Céline Alvarez à l’école maternelle Lurçat de Gennevilliers avait donné lieu à une recherche menée par le CNRS de Grenoble. Ces articles affirmèrent que les résultats positifs obtenus par Céline Alvarez étaient confirmés par une évaluation assurée par le même CNRS de Grenoble, garantissant la preuve scientifique des progrès extraordinaires des élèves. La presse(1) avait parlé de résultats probants.

Céline Alvarez n’a cessé d’invoquer cette caution scientifique. Dans la fiche déclarative de son expérimentation publiée par Eduscol(2), elle déclare : « Pour mesurer l’impact de l’expérimentation, deux psychologues du CNRS de Grenoble ont fait passer des tests étalonnés aux enfants, en début d’année et en fin d’année. Les résultats ont révélé des progressions extrêmement intéressantes. Les enfants progressent globalement bien plus vite que la norme. ». Toutes les interviews de Céline Alvarez font état de ces progrès extraordinaires et les affirment comme attestés par le CNRS de Grenoble. 

On peut s’étonner que six ans plus tard rien n’ait jamais été publié de cette étude.
C’est que la réalité est tout autre : sur l’expérimentation Alvarez, il n’y a jamais eu de recherche scientifique menée par le CNRS de Grenoble ou d’ailleurs et faisant la preuve de quoi que ce soit. Mais les formulations de Céline Alvarez ont eu les ambiguïtés nécessaires pour que soit largement diffusée l’idée que les « extraordinaires » progrès de ses élèves, résultant de la mise en œuvre de sa méthode pédagogique, étaient scientifiquement attestés par le CNRS.

Une formule pudique, dans l’exposition des résultats de l’expérimentation sur le site web(3) de Céline Alvarez, nous informe qu’une « formulation erronée s’est glissée dans le livre “Les lois naturelles de l’enfant” (1ère édition, p.18) indiquant que les tests de cette première année ont été réalisés par le CNRS de Grenoble. Cette imprécision sera corrigée lors de la prochaine réimpression.  ».

L’affirmation d’une véracité scientifique des résultats de son expérimentation se serait donc glissée dans les discours de Céline Alvarez, ’à l’insu de son plein gré’ !
Pourtant c’est régulièrement et pendant deux ans qu’elle a répété cette information aux journalistes et qu’elle l’a affirmée comme une preuve lors de ses conférences. Elle figurait dans le déclaratif de l’expérience sur Expérithèque(2).
Difficile de croire que cela puisse relever de la seule imprécision d’une formulation erronée. Non, les progrès « attestés par le CNRS de Grenoble  » ont été si souvent annoncés et avec une telle insistance que ce n’est pas une bévue. C’est une imposture.

Autres tentatives de cautionnement scientifique

L’étude longitudinale annoncée sur l’expérimentation de Gennevilliers à fait long feu et l’évaluation mise en œuvre en 2011 est abandonnée dès l’année suivante. Le suivi de l’expérimentation est confié à l’association ’Agir pour l’école’, qui avait déjà contribué à financer un poste d’ASEM spécialement dédié à la classe de Céline Alvarez. ’Agir pour l’Ecole’ est une association présidée par Laurent Bigorgne, directeur de l’Institut Montaigne. Jusqu’à une date récente, Jean-Michel Blanquer était membre de son comité directeur. 

’Agir pour l’école’ va devenir la nouvelle caution scientifique de Céline Alvarez qui affirme que le rapport de l’association sur son expérimentation atteste de résultats au-dessus de la norme. Mais ce rapport n’a jamais eu de diffusion publique et l’engouement a cédé la place à la discrétion : à ce jour le site de l’association ’Agir pour l’école’ ne fait aucune mention de l’expérimentation de Gennevilliers dans l’état de ses recherches. Aucune explication sur pourquoi elle s’est enthousiasmée pour l’expérience Alvarez, l’a financièrement soutenue puis a décidé de l’abandonner ? Voilà qui aurait pu être passionnant pour comprendre pourquoi il ne suffit pas de prôner une méthode miracle pour transformer l’Éducation nationale. 

La dernière expérimentation évoquée par Céline Alvarez, dans cette recherche éperdue de pouvoir faire état d’une caution scientifique à son expérimentation, est liée aux travaux de Ghislaine Dehaene-Lambertz et Karla Monzalvo(4). Dans l’état actuel des éléments diffusés de cette recherche en cours, une seule certitude : l’imagerie cérébrale identifie les effets de l’apprentissage de la lecture dans le développement de zones cérébrales et ce dès la grande section. Que certains enfants lecteurs de la grande section de Gennevilliers aient participé à cette étude et que leur image cérébrale atteste de transformations ne peut en aucun cas être confondu avec une légitimation scientifique des méthodes Alvarez. D’ailleurs, d’autres enfants, lecteurs en grande section mais issus d’autres écoles, présentent les mêmes caractéristiques d’imagerie cérébrale. Là encore la confusion est volontairement entretenue. Peut-être nous expliquera-t-on dans quelques temps qu’elle est aussi le résultat d’une formulation erronée qui s’est glissée dans les propos de Céline Alvarez !

Résumons-nous : la prétendue assise scientifique de la méthode Alvarez ne repose que sur les ambiguïtés entretenues de ses discours. À un tel degré de persévérance de l’ambiguïté, y compris en constatant ses effets sur les discours journalistiques, on ne peut croire raisonnablement qu’il s’agisse d’une erreur. Il n’est pas exagéré de parler d’imposture.

(1) par exemple, Le Monde, 25 mai 2014
(2) Bibliothèque des expérimentations pédagogiques, Expérithèque, fiche 8638
(3) https://www.celinealvarez.org/les-r...
(4) non publié à ce jour

La suite de la série de billets : ’Science et pédagogie : déformations et impostures ’Agir pour l’école’ et PARLER 

Sur l’expérimentation Alvarez, voir aussi

Un autre billet de ce même blog : ’les vérités de Céline Alvarez’

Une intervention de Laurence de Cock, à l’invitation de l’association N’autre école

Un billet sur le blog de Francoise Cahen

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18.
La sociologie face aux neurosciences : l’enfant au cœur d’une bataille de disciplines Par Chloé Leprince 04/09/2017 (mis à jour à 12:44) – Document ‘France Culture’

Contre l’universalisation hors-sol, une sociologie critique entend penser les inégalités et les classes sociales qui percutent l’enfant dès le plus jeune âge. Illustration - Cerveau de terre cuite, sculpture.• Crédits : Cyrielle Dunajski via Flickr CC

Voilà plusieurs décennies que les neurosciences nous racontent comment notre cerveau fonctionne tous azimuts. Le nôtre, et aussi celui de nos enfants. Parmi d’autres, certains travaux font le pari de distinguer comment l’enfant apprend à l’école. Jusqu’à présent, les enseignements issus de ces recherches n’irriguaient guère la formation des enseignants, qu’on parle de formation initiale, ou continue. Ça devrait changer, à en croire plusieurs déclarations de Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Education nationale depuis le mois de mai.

Le nouveau ministre le dit sans ambages : il compte s’appuyer sur les neurosciences pour “révolutionner l’école”. Une semaine après sa nomination, Jean-Michel Blanquer annonçait par exemple dans Le Point :

On en sait aujourd’hui beaucoup plus sur le cerveau, et il serait aberrant de se priver de ce nouveau champ de connaissances.

Subversif ? Voire : si l’Education nationale ne s’est pas précipitée pour incrémenter les recherches successives en la matière, les neurosciences sont aujourd’hui extrêmement populaires auprès d’un large public. Céline Alvarez, l’ex-professeure des écoles qui fait un tabac avec son livre Les lois naturelles de l’enfant, paru l’an dernier, revendique d’amender par les neurosciences des pédagogies alternatives comme Montessori.

La jeune auteure de ce qui est devenu un bestseller était l’invitée des ’Discussions du soir’ avec Leili Anvar le 1er février 2017 :

à réécouter Une révolution dans l’éducation ?

Objectiver l’enfance

Alvarez a claqué la porte de l’Education nationale après une expérience pilote de trois années en maternelle à Gennevilliers, dans une école défavorisée des Hauts-de-Seine. Elle dénonce depuis l’autisme de l’institution scolaire sourde aux neurosciences, multiplie conférences et séances de dédicaces et revendique, elle aussi, de changer l’école… de l’extérieur.

Pour Céline Alvarez, enseigner est moins un “art” qu’une “science”. Comprenez : il y aurait urgence à objectiver l’enseignement. Sauf que cette approche implique de naturaliser l’enfant, comme si tout élève faisait, par essence, une expérience universelle en découvrant l’apprentissage.

Le 12 décembre 2013, Stanislas Dehaene, neuroscientifique, Professeur au Collège de France et dont les travaux ont nourri Céline Alvarez, expliquait ses travaux dans “La Grande table” :

Les neurosciences montrent par exemple que l’enfant est particulièrement doué pour l’apprentissage des langues. Le même Stanislas Dehaene, invité des Chemins de la philosophie ce lundi 4 septembre à l’occasion de la rentrée, racontait comment un ’algorithme d’apprentissage extrêmement puissant’ est à l’œuvre dans le cerveau d’un enfant ’particulièrement dans les très jeunes années, avant de commencer à baisser à la puberté’ :

Un algorithme en guise de cerveau ? C’est ce qui conditionne l’apprentissage des langues, explique le neuroscientifique qui raconte comment le très jeune enfant est en capacité de retenir certains mots en les entendant à peine une poignée de fois.

Comparé à une machine, le cerveau d’un enfant est ’extraordinairement plus efficace’ : il aura besoin d’un nombre de stimulations (le nombre de fois où on convoque ce mot pour qui l’intègre) infiniment moins nombreuses qu’une machine à qui on confierait le même apprentissage, détaille Stanislas Dehaene, qui précise que ce même algorithme continue à tourner la nuit, dans le cerveau de l’enfant... jusqu’à ’trois fois plus efficacement que dans un cerveau adulte’.

Certains acquis, comme les nuances de la langue chinoise, ne seraient même carrément possibles qu’en tout début de vie :

Certains circuits, comme celui de l’écoute du langage, se figent très précocément. Si vous n’êtes pas exposé dans les premières années de vie aux sons du chinois, par exemple, et aux tons montants et descendants utilisés en chinois, pour que votre cerveau les enregistre. Après, vous ne les entendez plus : on est tout simplement sourd à certains paramètres. De la même manière, les Japonais sont sourds à la distinction entre un L et un R. Pour eux, c’est la même chose.

En objectivant ainsi le parcours d’un enfant dont on souligne les compétences bien spécifiques, les chercheurs en font certes un sujet, mais un sujet dépolitisé, qui n’est plus pris dans un faisceau de chances (ou de malchances) et d’inégalités, mais dans une combinaison d’alchimies cérébrales partagée par tous ses congénères. C’est ’l’Enfant’, indéterminé, qui prime.

à réécouter Pour une autre école (1/4) : Des sciences cognitives à la salle de classe

Bébéologie en apesanteur

En fait, la question des inégalités dans l’enfance se révèle très difficile à penser depuis plusieurs décennies. La lame de fond des neurosciences arrive alors qu’une autre tendance, portée par le modèle anglo-saxon des “childhood studies” et baptisée “sociologie de l’enfance” a beaucoup contribué à dépolitiser l’enfance. Pour le plus jeune âge, émergeait en parallèle une forme de “bébéologie” qui fait le pari que le bébé fait un certain nombre d’apprentissages immuables, sans regarder l’empreinte des disparités sur son évolution. Cette “bébéologie” va aujourd’hui largement puiser dans les neurosciences.

Dès l’apparition des premiers travaux imprégnés des “childhood studies”, débarqués en France un peu avant les années 2000 et d’essence plus anthropologique, des sociologues ont dénoncé le fait qu’en privilégiant la vision d’une trajectoire qui serait inscrite dans le cerveau, programmée, l’enfant finit par apparaître hors-sol. En 1999, dans ’Pour en finir avec l’enfantisme’, Erick Neveu s’en prenait ainsi une vision de l’élève “en apesanteur” sous prétexte que l’enfance serait l’âge d’une série d’apprentissages universels, comme la motricité ou la parole :

A partir du moment où l’enfance est pensée comme processus de développement psychique, moment d’apesanteur sociale, ou état de nature de l’être humain, ces représentations se conjuguent pour disqualifier les interrogations sur des enfances plurielles, pensées comme faisceaux de trajectoires et d’expériences du processus de socialisation.

à réécouter Pour une autre école (1/4) : Des sciences cognitives à la salle de classe

L’enfance, territoire réservé

Ce passage est repris par Martine Court, sociologue qui vient de publier à La Découverte un petit ouvrage sous le titreSociologie des enfants. L’auteur souligne combien les voix susceptibles de porter la controverse face aux tenants des neurosciences sont rares. En effet, les travaux sociologiques sur l’enfance sont très peu nombreux. Une bizarrerie quand on sait la place importante que peut occuper l’enfant dans les travaux de Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron sur la reproduction sociale ou les inégalités, par exemple. Mais cette place est théorique et statistique, puisque Pierre Bourdieu, par exemple, n’a jamais mené d’entretiens auprès d’enfants. A l’époque de Bourdieu et Passeron, et encore longtemps après, l’enfance est apparue en sciences sociales comme un territoire réservé, une chasse gardée des psychologues, résume Martine Court.

Lorsqu’émergent ces premiers travaux, regroupés autour d’un label “sociologie de l’enfance”, ils se mettent plutôt à travailler sur les us et coutumes des enfants : leurs jeux, les comptines qu’ils chantent, la manière dont ils interagissent dans une cour de récréation. L’enfance n’y est pas étudiée comme un univers de frictions. Seuls de rares travaux s’esquissent, chez une poignée de sociologues qui ont biberonné à Bourdieu et Passeron et apparaissent comme des héritiers de cette sociologie critiques. Ce sera le cas, par exemple, avec Bernard Lahire sur les inégalités scolaires ou Bernard Zarca, qui évoque dès 1999 l’idée d’une conscience de classe chez les enfants.

Puis, plus récemment, avec les travaux de Martine Court sur le genre ou de Wilfried Lignier et Julie Pagis. Les deux sociologues CNRS s’inscrivent dans une filiation à Pierre Bourdieu et ont sorti, avant l’été, L’enfance de l’ordre (Seuil), issu de leur terrain d’enquête de deux années en école primaire, à Paris. L’ouvrage commence ainsi :

L’enfance n’est pas l’expérience libre d’un monde à part, mais l’appropriation réglée du monde existant. Chacun d’entre nous, dès ses plus jeunes années, a été d’emblée pris dans un univers achevé bien avant lui, pré-structuré pré-orienté, un monde qu’il fallait apprendre à maîtriser, pour agir au quotidien, et au-delà pour se trouver une place, si possible agréable, légitime.

En interview, Wilfried Lignier, qui a fait sa thèse sur l’identification d’enfants ’surdoués’ au regard du système scolaire et des stratégies sociales des parents, explicite leur démarche :

La question, c’est la politisation et la conflictualisation de l’enfance. Quand on est parent, on le voit bien : regarder les enfants de 2 ou 3 ans en termes de classes sociales n’est pas hyper encourageant. On peut toujours craindre d’assigner l’enfant à la question de la domination. Cette résistance révèle le fait qu’on a du mal à associer enfant et détermination sociale. Evidemment, il serait plus flatteur et plus encourageant d’imaginer que n’importe quel enfant a l’avenir devant lui.

Percutés par les classes sociales dès la crèche

Sauf que Pagis et Lignier montrent que les inégalités impactent le parcours d’un enfant, et sa scolarité. Bourdieu et d’autres l’avaient déjà montré d’un point de vue statistique. Ce que les deux chercheurs tentent de démontrer, c’est que l’enfant co-construit cette perception de lui-même dans la société :

Nous regardons l’enfance comme moment d’incorporation précoce de l’habitus. Aujourd’hui, dans les enquêtes, il arrive qu’on différencie parfois le genre, mais beaucoup moins les classes sociales. L’idée de dépasser les classes sociales reste très valorisée. Alors que, dès la crèche, on voit bien que les apprentissages et leur rythme épousent les classes sociales. Tout le travail de terrain montre que l’habitude des livres, ou de certains jeux, ou encore la simple question de savoir si un enfant demande, sont des pratiques sociales qui sont percutées par les classes sociales. Mais ça reste quelque chose qui n’est pas pensé : on regarde plus volontiers la manière dont les jeux s’installent par rapport à l’espace, par exemple.

Dans les archives de France Culture, vous pouvez retrouver Pierre Bourdieu esquissant une définition de l’habitus dans ’A voix nue’, en 1988, dont vous retrouverez l’intégrale en cinq émissions par ici :

L’habitus ce n’est pas un destin, un fatum, comme on me le fait dire, c’est un système de disposition ouvert qui va être constamment soumis à des expériences et transformé par ces expériences. Cela dit, je vais tout de suite corriger… Il existe une probabilité que les expériences confirmeront l’habitus, autrement dit que les gens auront des expériences conformes aux expériences qui ont formé leur habitus.

à lire aussi Pierre Bourdieu : ’L’habitus, ce n’est pas le destin, le fatum’

Pour faire cette démonstration que l’enfance n’est pas un continent vierge, Lignier et Pagis ont cherché à remettre la recherche sociologique sur l’enfance à une sorte de juste milieu : percevoir l’enfant ni à la micro-échelle du parent ou de l’enseignant, ni à une échelle universelle qui reviendrait à gommer les différences.

Les deux chercheurs, eux, partent de la différence pour observer comment se forment les perceptions enfantines. En 1999, dans un article intitulé “Le sens social des enfants”, Bernard Zarca avait déjà montré comment les enfants ont une conscience de classe. Zarca avait par exemple travaillé sur la perception d’une douzaine de métiers par les enfants, à qui il demandait de classer les métiers du plus au moins riche.

Co-construction

Cette fois, Lignier et Pagis, dont les conclusions de terrain sur la perception des métiers sont proches, entendent aller plus loin. Méthodologiquement, ils revendiquent par exemple dans leur ouvrage de donner une large part à l’entretien, malgré des difficultés de terrain avec certains interviewés et toute la question du niveau de langage des enfants. Wilfried Lignier résume ainsi leur démonstration :

L’idée est de montrer que les subjectivités de ces enfants sont construites par les classes sociales, mais qu’il s’agit aussi d’une co-construction. Non seulement, les enfants naissent dans des milieux sociaux, mais pour l’enfant, sa vie, son paysage, ce qu’il a à manipuler, ce sont aussi des différences sociales. Quand ils verbalisent une conscience de classe, on doit en fait considérer deux formes d’expression des classes sociales : d’un côté, ils regardent la question via des moyens qui leur sont donnés par les classes sociales ; mais de l’autre, ils ont aussi des intérêts différents à regarder les classes sociales.

C’est sur ce point que les deux chercheurs CNRS entendent se distinguer, notamment par rapport aux travaux de Bernard Zarca : quand on leur demande si le métier d’une femme de ménage est plus ou moins valorisé, par rapport à celui d’un médecin ou d’un architecte, ils distinguent en fait deux questions :

  • est-ce que vous connaissez la différence ?
  • est-ce que vous reconnaissez cette différence ? C’est-à-dire : est-ce que vous l’acceptez, vous la faites vôtre ?
    En découle une lecture nouvelle des résultat de leurs enquêtes de terrain, où ce qu’on pourrait traduire par “une question de fierté” est centrale, comme l’explique Wilfried Lignier :

Si c’est honteux, vous n’aurez pas intérêt à dire que ce métier, qui est celui de votre mère, est dévalorisé. C’est finalement une forme de sens de l’honneur. La question n’est donc plus celle du réalisme de la perception d’un enfant, mais celle de son intérêt à dire une réalité qu’il perçoit. Or la fierté est centrale : c’est tout de même ce qui déclenche pas mal de scènes de violences entre enfants.

Pas plus Wilfried Lignier que Martine Court, l’auteur du précis sur l’enfance dans la sociologie, n’affirment que l’heure de la grande réplique serait advenue face aux childhood studies et aux neurosciences, très médiatiques. Les travaux critiques qui penseraient l’enfant dans un écheveau de ’chances de vie’ comme disait Max Weber, sont encore portion congrue et la poignée d’auteurs qui y travaillent peuvent encore passer pour une réserve d’Indiens. Mais Lignier comme Court soulignent qu’un changement pourrait bien se profiler actuellement, avec de plus en plus de jeunes chercheurs décidés à penser l’enfant depuis des subjectivités imprégnées des classes sociales. Martine Court ose même y voir quelque chose d’une attitude ’conquérante’.

À découvrir

Les sept péchés capitaux de la sociologie : une vieille histoire

La sociologie nous rend-elle irresponsables ?

Expliquer la sociologie : est-ce l’excuser ?

La sociologie est-elle « un sport de combat » ?

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Source : https://www.franceculture.fr/sociologie/la-sociologie-face-aux-neurosciences-lenfant-au-coeur-dune-bataille-de-disciplines

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19.
La pédagogie selon Céline Alvarez [1/4] Entre sciences cognitives et méthode Montessori - Présentée par Bénédicte Draillard - S’abonnerà l’émission - RSS La Vie est un Art mardi 29 août à 6h00 - Durée émission : 25 min

Le discours de Céline Alvarez sur notre système scolaire fait le buzz. Le regard qu’elle pose sur la nature humaine est en tout cas résolument positif. Elle répond à Bénédicte Draillard. Cette émission est archivée. Pour l’écouter, inscrivez-vous gratuitementou connectez-vousdirectement si possédez déjà un compte RCF.

Son livre ’Les Lois naturelles de l’enfant’ (éd. Les Arènes) est paru le 31 août 2016. Depuis tout le monde se l’arrache et Céline Alvarez fait le tour des plateaux de télévisions et émissions de radio. Sur les réseaux sociaux aussi on en parle. Et parmi les enseignants, elle fait débat, il y a les pro-Alvarez et les dubitatifs. Le discours que l’ex-institurice tient sur l’éducation est plein d’espoir ; sans concession, par contre, sur notre système scolaire. Céline Alvarez dit haut et fort ce dont elle dit avoir été toujours été convaincue : il est inadapté. Ce que beaucoup d’enseignants pensent aussi tout bas.

On ne connaît peut-être pas la vraie nature humaine puisqu’elle est sans cesse étouffée et entravée par les systèmes éducatifs qu’on lui impose

ÉCOUTER Inégalités scolaires, le numérique en débat

Une classe Expérimentale en ZEP

Formée à la linguistique, passionnée par les sciences du développement humain, Céline Alvarez a mené à Gennevilliers une expérimentation auprès d’enfants de maternelle de 2011 à 2014. Trois ans qui lui ont permis non seulement de vérifier l’exactitude de ses théories. Mais qui l’ont menée au-delà de ce qu’elle espérait. Lire, écrire, compter, ’les savoirs fondamentaux que l’on acquiert à l’école’, sont devenus ’des conquêtes facile, rapides, heureuses, joyeuses’.

Ce qui a émerveillée Céline Alvarez à Gennevilliers, c’est l’épanouissement de la personnalité des enfants. Ils sont devenus extrêmement calmes, apaisés, généreux, emptahiques, altruistes.’ Ce qui lui fait dire avec Maria Montessori : ’On ne connaît peut-être pas la vraie nature humaine puisqu’elle est sans cesse étouffée et entravée par les systèmes éducatifs qu’on lui impose.’ Une conclusion pleine d’espoir mais tout aussi alarmante.

 ÉCOUTERÉcole : la difficile transmission des savoirs

Disciple de Maria Montessori

Depuis toute petite Céline Alvarez a l’intuition que l’école fait fausse route. Depuis toute petite j’avais cette intuition très forte que chaque personne avait quelque chose d’extrêmement particulier et de précieux, et d’unique, mais que le système éducatif ne permettait à cette lumière intérieure de s’épanouir pleinement’. Avant de mener son expérimentation en région parisienne, Céline Alvarez a longuemment étudié les neurosciences affectives et sociales, la psychologie cognitive, et surtout la démarche scientifique de Maria Montessori, une démarche ’éminement scientifique et évolutive’.

’Il faut entrer dans le système et montrer qu’il est possible et absolument nécessaire et urgent qu’il faut agir autrement.’ Céline Alvarez a décidé d’entrer dans ’le système’ et de devenir institutrice quand elle a pris connaissance de ce chiffre-déclic : ’40% des enfants qui sortent chaque année du CM2 sont en échec scolaire.’ Elle qui a grandi ’en milieu défavorisé’, considère qu’elle faisait partie des 60% restants, de ceux ’qui faisaient le minimum à l’école sans être au maximum de leur potentiel’. En 2014, elle a démissionné de l’Education nationale pour cette fois changer le système de l’extérieur et participer à de nombreuses conférences.

RCF s’engage contre l’illettrisme - Du 8 au 15 septembre 2017, l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme (ANLCI) organise les Journées nationales d’action contre l’illettrisme.
Grande cause nationale 2013, l’illettrisme reste un enjeu majeur de cohésion sociale. Il concerne 7% de la population française entre 18 et 65 ans. Et 100.000 jeunes qui sortent chaque année du système scolaire sans avoir acquis les savoirs fondamentaux. RCF, en partenariat avec la fondation du groupe ADP, s’engage contre l’illettrisme. Et vous propose une programmation spéciale.
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Émission enregistrée en septembre 2016 – Invitée : Céline Alvarez , pédagogue -

Bibliographie : Les Lois naturelles de l’enfant Céline Alvarez éd. Les Arènes (2016)

Le Temps de le dire

L’émission - Une émission hebdomadaire de psychologie positive qui ouvre les auditeurs à la bienveillance, la gratitude, l’altruisme et le pardon. Avec ses invités, psychologues, thérapeutes, médecins ou coachs, Bénédicte Draillard défriche des voies de croissance personnelle et de communion fraternelle. Des exemples concrets et simples, un langage ouvert et des suggestions accessibles, pour se mettre en route vers un mieux-être, avec soi-même et avec les autres. S’abonner à l’émission -

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Nous contacter – Source :https://rcf.fr/vie-quotidienne/psychologie/la-pedagogie-selon-celine-alvarez-14-entre-sciences-cognitives-et-method

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20.

La pédagogie selon Céline Alvarez [2/4] L’enfant a besoin d’amour - Présentée par Bénédicte Draillard RCF La Vie est un Art - S’abonnerà l’émission - Mercredi 30 août 2017 à 6h00 - Durée émission : 25 min

Le discours de Céline Alvarez sur notre système scolaire fait le buzz. Le regard qu’elle pose sur la nature humaine est en tout cas résolument positif. Elle répond à Bénédicte Draillard. Cette émission est archivée. Pour l’écouter, inscrivez-vous gratuitementou connectez-vousdirectement si possédez déjà un compte RCF.

Son livre ’Les Lois naturelles de l’enfant’ (éd. Les Arènes) est paru le 31 août 2016. Depuis tout le monde se l’arrache et Céline Alvarez fait le tour des plateaux de télévisions et émissions de radio. Sur les réseaux sociaux aussi on en parle. Et parmi les enseignants, elle fait débat, il y a les pro-Alvarez et les dubitatifs. Le discours que l’ex-institurice tient sur l’éducation est plein d’espoir ; sans concession, par contre, sur notre système scolaire. Céline Alvarez dit haut et fort ce dont elle dit avoir été toujours été convaincue : il est inadapté.

’Je crois vraiment qu’on est bons, qu’on est beaux, qu’on est intelligents et créatifs, qu’on a tellement de choses à donner.’

Contre un système scolaire qui étouffe

Au risque de ’paraître stupide ou naïf’, elle le déclare : ’J’aime profondément l’être humain, je crois profondément en lui.D’où sa révolte devant un système scolaire qui occupe les enfants plus de six à sept heures par jour et ’les étouffe’. Un système qui ’nous éloigne de nous-mêmes’. Or, ’quand on s’éloigne de soi-même et de l’autre, dit-elle, et que le potentiel s’amenuise, on perd confiance en soi, on s’éloigne des autres.’ Un système qui finit selon elle par rendre violent envers soi et les autres. ’Je crois vraiment qu’on est bons, qu’on est beaux, qu’on est intelligents et créatifs, qu’on a tellement de choses à donner.’ Une conviction qui rejoint les méthodes innovantes de l’ex-institutrice dans une Education nationale parfois difficile à bouger.

RCF s’engage contre l’illettrisme - Du 8 au 15 septembre 2017, l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme (ANLCI) organise les Journées nationales d’action contre l’illettrisme.
Grande cause nationale 2013, l’illettrisme reste un enjeu majeur de cohésion sociale. Il concerne 7% de la population française entre 18 et 65 ans. Et 100.000 jeunes qui sortent chaque année du système scolaire sans avoir acquis les savoirs fondamentaux. RCF, en partenariat avec la fondation du groupe ADP, s’engage contre l’illettrisme. Et vous propose une programmation spéciale.
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Émission enregistrée en septembre 2016 - Invitée : Céline Alvarez , pédagogue – Source : https://rcf.fr/vie-quotidienne/psychologie/la-pedagogie-selon-celine-alvarez-24-lenfant-besoin-damour

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21.
La pédagogie selon Céline Alvarez [3/4] Soutenir le développement de l’intelligence Présentée par Bénédicte Draillard - S’abonner à l’émission RCF La Vie est un Art lundi 30 janvier à 22h00 - Durée émission : 25 min

Céline Alvarez s’appuie sur les neurosciences pour montrer que l’enfant est perméable aux émotions. Le stress notamment abime le développement des structures fondamentales de son cerveau. Cette émission est archivée. Pour l’écouter, inscrivez-vous gratuitementou connectez-vousdirectement si possédez déjà un compte RCF.

A l’heure des neurosciences, peut-on continuer à enseigner aux enfants sans tenir compte du fonctionnement de leur cerveau ? Depuis la parution des ’Lois naturelles de l’enfant’ (éd. Les Arènes, 2016), Céline Alvarez a fait le tour des médias. Surnommée par certains ’la nouvelle papesse de la pédagogie’, l’institutrice tient un discours sévère à l’égard du système éducatif français. Dans son livre elle raconte l’expérimentation qu’elle a menée auprès d’une classe de Gennevilliers, en applicant d’une part la méthode Montessori et en s’inspirant d’autre part des dernière découvertes en matière de neurosciences. Elle montre aussi combien la bienveillance est nécessaire à l’enfant, dans son apprentissage des savoirs fondamentaux. Et comment la régulation des émotions est indispensable au développement de son intelligence.

ÉCOUTERhttps://rcf.fr/vie-quotidienne/psyc...La pédagogie selon Céline Alvarez [1/4] Entre sciences cognitives et méthode Montessori

Chez le nourrisson, tous les sens en éveil

Le jeune être humain, dans les premières années de sa vie, va recueillir les informations du monde extérieur par le canal de ses sens pour former les structures fondamentales de son intelligence, dont le langage.Ce à quoi Céline Alvarez nous alerte, en quelque sorte, c’est que le tout-petit ne cesse d’emmagasiner des informations, même si on n’a l’impression que rien ne se passe car il passe la plupart de son temps à dormir ou à se nourrir ! ’Dans l’intimité des fibres neuronales’ s’effectue un patient et lent travail par lequel l’enfant forme et structure son intelligence.

A quoi le tout-petit est attentif

Il ne suffit pas de faire attention de temps en temps à ce que l’on dit ou fait. Ce sont nos façons de parler et de réagir au quotidien que l’enfant emmagasine.’ Notre façon de parler, notre comportement, notre rapport à l’autre... sont autant d’informations que le tout-petit perçoit. Y compris le stress.

ÉCOUTER La pédagogie selon Céline Alvarez [2/4] L’enfant a besoin d’amour

Le tout-petit ne sait pas réguler ses émotions... ... et notamment le stress. Le cortisol, ’la molécule du stress’ abime ’les structures fondamentales cérébrales’ qui sont encore en pleine maturation chez l’enfant. De quoi encourager l’adulte à prendre de la distance avec son propre stress pour ne pas le communiquer à l’enfant. Mais c’est aussi à lui d’apprendre à l’enfant comment mettre des mots sur ses émotions, à lui de rassurer le tout-petit, pour calmer la sécrétion de cortisol.

Invitée : Céline Alvarez , pédagogue. Source : https://rcf.fr/vie-quotidienne/psychologie/la-pedagogie-selon-celine-alvarez-34-soutenir-le-developpement-de-lintel

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22.
La pédagogie selon Céline Alvarez [4/4] Affiner ses perceptions sensorielles

Présentée par Bénédicte Draillard - lundi 6 février à 22h00 - La Vie est un Art - Durée émission : 25 min

A l’heure où les écrans et autres objets connectés envahissent les foyers, Céline Alvarez nous met en garde : c’est de capter le monde réel dont l’enfant a besoin. Cette émission est archivée. Pour l’écouter, inscrivez-vous gratuitementou connectez-vousdirectement si possédez déjà un compte RCF.

La plupart des choses que nous apprennent les neurosciences actuelles, c’est des choses que l’on savait déjà intuitivement.Depuis la parution de son livre ’Les lois naturelles de l’enfant’ (éd. Les Arènes, 2016), Céline Alvarez a fait le tour des médias. Elle raconte l’expérimentation qu’elle a menée auprès d’élèves de Gennevilliers, en applicant d’une part la méthode Montessori et en s’inspirant des dernières découvertes dans le domaine des neurosciences. Riche de cette expérience, la pédagogue adresse aux parents et éducateurs de jeunes enfants un discours qui se veut positif, réconcilié : elle les incite à se faire confiance et à reveni rà l’essentiel.

ÉCOUTERhttps://rcf.fr/vie-quotidienne/psyc...La pédagogie selon Céline Alvarez [1/4] Entre sciences cognitives et méthode Montessori

Halte à la ’sur-stimulation sensorielle’

Grâce à son intelligence plastique, puissante, le jeune enfant emmagasine une grande quantité d’informations par les sens. Si ce sont les informations qu’il capte du monde extérieur qui forment le cerveau du jeune être humain, il faut donc l’aider à bien capter ces informations. Céline Alvarez insiste là-dessus : ’Il faut lui permettre de capter la richesse de l’information extérieure.’

A l’heure où les écrans envahissent les foyers, il est tentant de placer l’enfant devant un objet capable de stimuler ses sens. Mais la pédagogue nous met en garde. ’Il ne s’agit pas de placer l’enfant devant des objets qui brillent de partout.’ Cela risque en effet de produire ’une sur-stimulation sensorielle’, qui peut ’effarer’ l’enfant et entraîner une hyperactivité au moment où il est stimulé. C’est d’informations du monde réel dont l’enfant a besoin.

Mettre l’enfant au contact du monde réel. Ce dont le jeune enfant a besoin...

... C’est d’informations sensorielle ’naturelles’. Le tout-petit se nourrit du contact qu’il a avec ses proches, avec ce qui fait le quotidien des membres de son entourage. Pour la pédagogue il est capital de ’le mettre en contact avec le monde réel, avant de les exposer à des choses qui ne sont pas le monde et qui vont solliciter ses sens hors contexte’.

La posture que l’on a assez naturellement avec nos enfants est juste, il faut qu’on se fasse confiance. Des propos qui devraient aider les jeunes parents qui craignent de mal faire. Offrir des moments de qualité à un enfant c’est être avec lui, échanger avec lui. Ils ressentent cela comme un échange d’amour. ’Une posture chaleureuse et aimante fait maturer leur structure cérébrale.

Invitée Céline Alvarez, pédagogue

L’émission - Une émission hebdomadaire de psychologie positive qui ouvre les auditeurs à la bienveillance, la gratitude, l’altruisme et le pardon. Avec ses invités, psychologues, thérapeutes, médecins ou coachs, Bénédicte Draillard défriche des voies de croissance personnelle et de communion fraternelle. Des exemples concrets et simples, un langage ouvert et des suggestions accessibles, pour se mettre en route vers un mieux-être, avec soi-même et avec les autres. S’abonnerà l’émission

Le présentateur : Nous contacter - RCF, Radio Chrétienne Francophone, un réseau de 64 radios locales - RCF est créé en 1982, à l’initiative de l’archevêque de Lyon, Monseigneur Decourtray, et du Père Emmanuel Payen. Dès l’origine, RCF porte l’ambition de diffuser un message d’espérance et de proposer au plus grand nombre une lecture chrétienne de la société et de l’actualité. Forte de 600.000 auditeurs chaque jour, RCF compte désormais 64 radios locales et 270 fréquences en France et en Belgique. Ces 64 radios associatives reconnues d’intérêt général vivent essentiellement des dons de leurs auditeurs. Information, culture, spiritualité, vie quotidienne : RCF propose un programme grand public, généraliste, de proximité. Le réseau RCF compte 300 salariés et 3.000 bénévoles. En savoir plus - Voir la grille des programmes Trouver ma fréquence

Source : https://rcf.fr/vie-quotidienne/psychologie/la-pedagogie-selon-celine-alvarez-44-affiner-ses-perceptions-sensorielle

Le Temps de le dire

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23.
En savoir plus sur Stanislas Dehaene et ses travaux scientifiques

D’après Wikipédia, « Stanislas Dehaene est un psychologue cognitiviste et neuroscientifique français né le 12 mai 1965 à Roubaix. Ses principaux domaines de recherche concernent les bases cérébrales de l’arithmétique et de la numération, la lecture et la conscience, thématiques qu’il explore au moyen d’expériences de psychologie cognitive et par l’imagerie cérébrale (imagerie par résonance magnétique fonctionnelle, magnéto-encéphalographie et électroencéphalographie)… » Article complet sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Stanislas_Dehaene

Voir plus de détails ici : Stanislas Dehaene - Psychologie cognitive expérimentale Professeur au Collège de France - Chaire Psychologie cognitive expérimentale.

Biographie de Stanislas Dehaene d’après France Culture

Psychologue cognitif et neuroscientifique, professeur au Collège de France, titulaire de la Chaire de psychologie cognitive expérimentale, membre de l’Académie des Sciences . En savoir plus

Les oeuvres de Stanislas Dehaene

Le code de la conscienceStanislas Dehaene O. Jacob, 2014

Apprendre à lire - Des sciences cognitives à la salle de classeStanislas Dehaene Odile Jacob, 2011

Dernières publications sur Stanislas Dehaene selon France Culture

16/11/2017 Conférences Méthode globale : incompatible avec notre cerveau ? École normale supérieure - Stanislas Dehaene aborde le processus de lecture sous l’angle des neurosciences. Une approche qui permet d’éclairer d’un jour nouveau cette activité propre... Photo

06/09/2017 Conférences Les neurones de la lecture École normale supérieure Comment cette invention culturelle, trop récente pour avoir influencé notre évolution, trouve-t-elle sa place dans notre cortex ? L’anatomie du cerveau...58min Photo

04/09/2017 Pour une autre école (1/4) : Des sciences cognitives à la salle de classe Les Chemins de la philosophie Comment faire dialoguer les sciences cognitives avec les sciences de l’éducation ?59min Photo

07/12/2016 Migrations, réfugiés, exil (2/9) : Lluis Quintana Murci, ’Génétique et histoire de l’homme’. Stanislas Dehaene, Plasticité cérébrale et bilinguisme’ Les Cours du Collège de France Quelles sont les forces qui façonnent la diversité génétique ? Que peut-on apprendre des métissages ? Comment les réfugiés, les migrants, adultes et enfants,...58min

20/08/2016 La conscience est-elle devenue une affaire de science ? La Conversation scientifique Quel rôle joue le cerveau dans notre rapport au monde et dans la fabrication de ce que nous appelons une « conscience » ?59min Photo

22/07/2016 Stanislas Dehaene : Vers une science de la vie mentale Collège de France : 40 leçons inaugurales Notre vie mentale pourrait-elle être régie par quelques principes généraux d’architecture cérébrale ? Où se nichent dans notre cerveau la proto-arithmétique,...59min Photo

20/02/2016 La conscience est-elle devenue une affaire de science ? La Conversation scientifique Quel rôle joue le cerveau dans notre rapport au monde et dans la fabrication de ce que nous appelons une « conscience » ?

logo france culture

Retrouvez nous sur Presse et communiqués Papiers, la revue de France Culture - FréquencesApplicationsAide à l’écoute

Voir aussi absolument : Les grands principes de l’apprentissage (Stanislas Dehaene) - YouTube Vidéo 37:16 ajoutée le 19 déc. 2013 - Séminaire Sciences cognitives et éducation (Ministère de l’Education Nationale/Collège de France) ; vidéo téléchargée du site : http://www.fondation-lamap.org/fr/pag... Catégorie People et blogs - Licence Licence YouTube standard – Source : https://www.youtube.com/watch?v=4NYAuRjvMNQ

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24.
Autres vidéos sur les neurosciences et apprentissages

LES NEURONES DE LA LECTURE (Stanislas Dehaene) École normale supérieure1:02:36

Les incontournables d’une gestion de classe efficace STAR38:39

Mémoriser facilement en 3 étapes15:33

Fondements cognitifs des apprentissages scolaires Stanislas Dehaenee vivre tellement mieux1:14:49

La bosse des maths Espace des sciences1:44:39

Apprendre et réussir (1) : comprendre sa mémoire Mathieu Gagnon20:48

Apprendre à apprendre : rentabiliser les formations suivies ! Jean-Jacques Crèvecoeur37:27

Peut-on décoder la conscience ? CEA Paris-Saclay1:35:37

Eric Gaspar - LA NEUROPEDAGOGIE OU COMMENT APPRENDRE A MIEUX APPRENDRE Fcpe Vaison1:07:46

Les Neurosciences éducatives - Documentaire Thomas Jack1:01:08

Qu’est le langage, et en quoi est-ce important ? par Noam Chomsky (VF) Université de Genève1:31:38

Dyslexie, dysorthographie, dyscalculie Inserm21:05

Le code de la conscience Espace des sciences1:47:11

Les 4 Phases de l’Apprentissage - Jean-Guy Perraud Jean-Guy Perraud4:00

Retrouver le plaisir d’apprendre et d’enseigner Philippe Meirieu Canopé Innovation13:37

Conférence Jacques TARDIF ’L’approche par compétences : un changement de paradigme ’ iCAP Université Claude Bernard Lyon 11:34:32

Les ’hémisphères droits’, ces gens doués et qui l’ignorent JahNiels12:15

CM 7 les théories classiques de l’apprentissage Jc Weckerle23:12

Céline Alvarez : Quelle école pour demain ?- La Maison des Maternelles La Maison des Maternelles Recommandée pour vous26:25

Les débuts de l’apprentissage de la lecture Farid Bouzit30 ;49

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25.
Céline Alvarez, Stanislas Dehaene. La revolution de l’éducation - Propos recueillis par Cécilia Bognon-Küss et Alexandre Lacroix, Directeur de la rédaction Philomag.com par Philosophie Magazine - Mis en ligne le 22/03/2017 | Mis à jour le 22/03/2017 - Philomag.com (Abonnement) – PHOTOS. Céline Alvarez et Stanislas Dehaene en 2017 © Patrick Gaillardin / Hans Lucas

Elle a bousculé les conservatismes de l’Éducation nationale avant de connaître un immense succès avec “Les Lois naturelles de l’enfant”. Il est professeur au Collège de France et spécialiste du cerveau. Tous deux s’appuient sur la science pour refonder la pédagogie. Rencontre passionnante sur ce que c’est qu’apprendre.

Céline Alvarez - Après des études de linguistique, elle décide de chambouler le système éducatif français de l’intérieur. Elle a mené durant trois ans une expérience dans une classe multiniveaux de maternelle à Gennevilliers, au sein d’un établissement inscrit dans les réseaux d’éducation prioritaire. Le contenu pédagogique est en ligne sur son site www.celinealvarez.org et dans son livre Les Lois naturelles de l’enfant (Les Arènes, 2016).

Stanislas Dehaene Spécialiste de sciences cognitives, il dirige le laboratoire de Neuroimagerie cognitive (NeuroSpin, au sein du Commissariat à l’énergie atomique, à Saclay, dans les Yvelines). Ses recherches sur les bases cérébrales du calcul et de la lecture ont fait l’objet de nombreuses publications toutes parues chez Odile Jacob, dont La Bosse des maths (1997 ; réactualisé en 2010), Les Neurones de la lecture (2007), Apprendre à lire. Des sciences cognitives à la salle de classe (ouvrage collectif sous sa direction, 2011) et Le Code de la conscience (2014).

Publié dans ‘Philosophie Magazine n°108 Avril 2017 - Tags : Céline Alvarez, Stanislas Dehaene, Éducation, Note, Neurosciences, Pédagogie, Enfant, École, Apprentissage, Éducation nationale

Collège de France, à Paris, un jour de bruine après le déjeuner. Dans le hall étonnamment dépouillé de la prestigieuse institution, Céline Alvarez, fraîche héroïne des pédagogies innovantes, et Stanislas Dehaene, professeur au Collège de France, titulaire de la jeune chaire de Psychologie Cognitive Expérimentale de la maison, s’embrassent familièrement. Leur décontraction contraste agréablement avec la solennité du lieu.

Immense succès de librairie de la rentrée 2016, porté aux nues avant d’être (parfois) vilipendé, Les lois naturelles de l’enfant (Les Arènes, 2016) a valu à Céline Alvarez de devenir une figure incontournable des débats sur l’école. Le livre revient sur l’expérience que cette jeune démissionnaire de l’Education Nationale a mené pendant trois ans dans une classe de maternelle à Gennevilliers. Une bonne dose de culot et un enthousiasme contagieux avaient alors permis à Céline Alvarez de convaincre ses interlocuteurs du Ministère, réputés frileux, de lui donner carte blanche à Gennevilliers. De son propre aveu, celle qui ambitionne de révolutionner l’école n’a jamais souhaité devenir enseignante. Son but ? Infiltrer le mammouth pour y mener une expérience d’un nouveau genre : confronter les intuitions des grands pédagogues – Itard, Séguin, Montessori – aux enseignements de la psychologie cognitive. Bref, extraire la pédagogie de sa gangue idéologique pour en faire une science véritable. Retour sur cette alliance d’un nouveau genre avec deux acteurs inévitables du débat.

Céline Alvarez : Nous nous sommes rencontrés après la conférence « Sciences cognitives et éducation » que vous aviez organisée le 20 novembre 2012 au Collège de France. Au départ, je pensais attendre la fin de l’expérience de Gennevilliers pour vous faire part de mes résultats. Mais, comme le projet commençait à être en difficulté, je suis venue vous rencontrer après votre conférence. Je me suis dit que si vous acceptiez de venir dans la classe voir ce qui s’y passait, si j’avais votre soutien, alors j’aurais peut-être un peu plus de chances d’aller au bout de mes trois années de recherche…

« Ce qui m’a frappé dans votre classe, c’est que des élèves de maternelle n’étaient pas censés en savoir autant ! » Stansilas Dehaene

Stanislas Dehaene : Quand je suis allé rendre visite à votre classe, j’ai été stupéfait des compétences des enfants. Il faut rappeler que vous meniez votre expérimentation dans une zone d’éducation prioritaire, dans une école ayant une diversité sociale importante. La première chose qui m’a frappé, c’est que ces enfants savaient se contrôler, il n’y avait pas de chahut : chacun allait chercher son activité avec beaucoup d’enthousiasme. Surtout, certains enfants commençaient à savoir lire et calculer, même avec des opérations à quatre chiffres ! Ils étaient très lents, cela leur a bien pris cinq minutes pour faire une addition. Mais c’était justement parce qu’ils prêtaient attention au sens de chacune des étapes. Ils avaient compris le principe des nombres à plusieurs chiffres, que l’on appelle la notation positionnelle : dans 222, le même chiffre 2 peut valoir 2, 20, ou 200 selon sa position. Ceux qui lisaient mettaient en œuvre les principes de l’alphabet et de la conversion des graphèmes en phonèmes. Mais c’étaient des enfants de maternelle ! Ils n’étaient pas censés en savoir autant !

C. A. : C’est là qu’a germé l’idée de travailler ensemble…

S. D. : Au laboratoire, l’équipe de mon épouse, Ghislaine Dehaene-Lambertz, menait alors une expérience d’imagerie cérébrale pour voir l’organisation des réseaux de la lecture chez les tout-petits. Nous voulions savoir s’il était possible d’apprendre à lire plus tôt qu’à l’âge normal – au CP – et si cela changeait quelque chose aux réseaux neuronaux de la lecture dans le cerveau de l’enfant. Nous avons donc profité de votre rencontre pour proposer à quelques familles – huit – une séance d’imagerie chez leurs enfants. Nous avons alors vu que les réseaux de la lecture étaient strictement normaux et déjà en place. Il serait incorrect de dire que nous avons validé expérimentalement la méthode qui était utilisée dans votre classe, encore moins de dire que nous avons étudié des cerveaux d’enfants Montessori… Nous n’avons à aucun moment comparé de façon « randomisée » une classe qui aurait eu la méthode « Céline Alvarez » et une classe qui ne l’aurait pas eue. Nous avons simplement étudié un groupe d’enfants qui, grâce à vous, était entré plus tôt que la moyenne dans la lecture, et nous en avons conclu que cela ne posait pas de difficultés particulières. 

C. A. : Certains enfants ont malheureusement un peu trop bougé dans la machine ce qui a empêché d’avoir des images nettes et des résultats pour tous les enfants lecteurs de la classe. Il serait intéressant de reproduire ces tests avec un échantillon d’enfants plus important.

S. D. : Nous travaillons avec une IRM à 3 Teslas, qui est une machine très facile à utiliser. C’est une sorte de grand aimant qui permet de visualiser l’activité cérébrale et l’anatomie du cerveau pendant que le sujet, allongé, réalise une tâche, par exemple lire un mot ou reconnaître un visage. L’IRM fait du bruit, mais les enfants en sont protégés par un casque. Nous nous sommes efforcés de créer un environnement accueillant pour que les enfants se sentent bien : avant l’expérience ils jouent avec un faux scanner en bois afin de se familiariser avec la machine. On profite également de l’occasion pour leur apprendre des choses sur leurs cerveaux, et ils repartent avec leur cerveau en miniature, imprimé avec une imprimante 3D !

« Nous avons fait totalement fausse route : ce sont les fondations de l’école qui ne sont pas bonnes ! » Céline Alvarez

C. A. : Ce que je cherchais, pour ma part, c’était d’avoir une approche scientifique, physiologique de l’éducation. Je voulais tester une démarche pédagogique adaptée au fonctionnement humain. Deux choses m’ont poussée à aller en ce sens. D’abord, j’ai eu la chance de grandir dans un quartier défavorisé – sur la dalle d’Argenteuil. J’ai pu y observer l’impact de l’école. J’ai vu de nombreux enfants décrocher parce qu’ils ne rentraient pas dans le moule de l’Education nationale. Tous ces enfants que j’avais rencontrés en maternelle, étaient lumineux, uniques, précieux, drôles, vifs, intègres. Mais tous, en décrochant du milieu scolaire, se perdaient. Ils perdaient leur singularité, leur belle personnalité. Le lien entre l’école et l’enfant se délitait, entraînant une déconnexion profonde avec le monde, et avec eux-mêmes. Je me souviens avoir ressenti une grande tristesse et une grande indignation. Je devais être en CE2, je trouvais cela révoltant et j’ai pensé qu’il fallait repenser l’école. Plus tard, mon indignation ne tarissait pas. Je protestais dans le bureau du proviseur du lycée : « Nous avons des ambitions bien plus grandes, ce qui nous est proposé au lycée ne nous convient pas ! » J’avais des intuitions pédagogiques fortes : je pressentais bien par exemple que le rôle de la motivation était fort pour activer la mémoire, ou encore que l’activité, l’engagement et la bienveillance étaient fondamentaux pour le bon développement de l’intelligence humaine. Le deuxième élément m’ayant donné envie de réfléchir à un environnement de développement humain plus physiologique, c’est qu’après mes études, j’ai découvert un chiffre qui m’a paru inacceptable : 40% des enfants sortent du CM2 avec des lacunes qui les empêcheront de poursuivre une scolarité normale au collège (selon un rapport 2012 du Haut Conseil de l’Éducation nationale, ndlr). Ce chiffre indique que nous ne nous sommes pas seulement trompés sur quelques détails, mais que nous avons fait totalement fausse route : ce sont les fondations de l’école qui ne sont pas bonnes ! J’ai alors repris l’héritage pédagogique de ceux qui avait déjà ouvert la voie d’une telle réflexion : Jean Itard (1774-1838), Edouard Séguin (1812-1880), Maria Montessori (1870-1952). Ces différentes générations de médecins avaient commencé à dégager des grands principes d’apprentissage humain et proposaient déjà des pistes pratiques. Maria Montessori, notamment, a mis en œuvre une approche s’adaptant au développement naturel de l’enfant et soutenant le déploiement de son potentiel grâce à un environnement matériel et humain adapté. Dans cet environnement, l’autonomie et la responsabilisation de l’enfant sont mis en avant, notamment par la liberté de mouvement et de choix des activités. Il est fondamental en effet que l’enfant soit actif : son intelligence se forme par sa propre activité. Aujourd’hui, il faut récupérer cet héritage et le nourrir des connaissances scientifiques actuelles. En 2009, je me suis dit que nous n’avions plus le temps, qu’il fallait y aller, entrer dans le système et tester. Je voyais les spécialistes de l’éducation se déchirer dans des débats stériles, basés sur des opinions personnelles : d’un côté certains prônaient le retour à la bonne vieille école (mémorisation, systématisation, autorité), de l’autre d’autres voulaient l’enfant au cœur des apprentissages. Le débat était fortement idéologique et non scientifique. Il l’est toujours, et nos enfants continuent de le payer cher.

S. D. : A l’époque, beaucoup pensaient que nous, scientifiques, ne devions pas nous immiscer dans ces débats, qu’il n’y avait pas de règles et qu’il ne fallait rien imposer aux enseignants. C’était faux – la connaissance des mécanismes de la lecture et de son apprentissage avait considérablement progressé. Lorsque le ministre de 2005 à 2007, Gilles de Robien, est arrivé avec un propos utile mais cependant simpliste sur la méthode syllabique, j’ai souhaité réintroduire un peu de science dans tout ça. Il faut être clair, l’apprentissage de la lecture passe d’abord par l’enseignement du principe alphabétique, c’est-à-dire le fait que les lettres, organisées de gauche à droite, dénotent les phonèmes et leurs combinaisons (un phonème est défini comme le plus petit segment du langage qui permet de distinguer deux mots). Les deux livres que j’ai publiés, Les Neurones de la Lecture (2007) et Apprendre à Lire (2011), visaient à expliquer aux enseignants et aux parents ce qu’est la science de la lecture. On commence à comprendre quels algorithmes sont utilisés par le cerveau pour déchiffrer un mot écrit, et quelles régions, quels circuits sont modifiés quand on apprend à lire. Un beau travail de cartographie cognitive nous a permis de comprendre par où passe l’information, depuis la rétine jusqu’aux aires du langage, lorsqu’on identifie un mot. L’apprentissage de la lecture met en place un circuit qui va de la reconnaissance de la chaîne des lettres à la conversion en son. C’est précisément sur ce circuit qu’il faut agir pour faciliter l’apprentissage de la lecture. La rencontre avec l’Éducation nationale me semblait intéressante parce que, précisément, les recherches en sciences cognitives rejoignaient les conclusions des recherches en milieu éducatif : en comparant différentes méthodes d’enseignement, ces dernières montraient que, si l’enseignement se focalise sur la conversion du son en lettres, alors l’enfant apprend plus rapidement à déchiffrer et à comprendre les mots écrits. Ce n’est certes pas le seul circuit présent dans le cerveau, mais c’est, je dirais, le principal et le premier à se mettre en place chez l’enfant.

Plus généralement, l’exemple de la lecture éclaire les relations entre cerveau et culture. Le cerveau naît avec des contraintes, des structures, des circuits organisés : ce n’est pas une ardoise vierge ! Mais il n’est pas figé pour autant : il possède une frange de plasticité qui nous permet d’accommoder des compétences culturelles nouvelles. La culture n’est pas pour autant libérée des contraintes neuronales, bien au contraire. Ma thèse est qu’il existe des marges d’acculturation qui sont étroitement contraintes par les circuits cérébraux : apprendre, c’est recycler une partie de nos anciens circuits. Cette théorie du « recyclage neuronal » m’a amenée à expérimenter chez les petits enfants afin de voir ce que les circuits de la lecture font avant d’apprendre à lire. On a découvert que ces régions interviennent auparavant dans la reconnaissance des objets et des visages : ainsi quand vous apprenez à lire, une compétition entre circuits fait que, progressivement, vous déplacez votre représentation corticale des visages…

C. A. : En reprenant les travaux de Maria Montessori, je me suis aperçue qu’elle avait déjà pressenti tout cela. Elle avait même pensé un matériel didactique soutenant progressivement cette spécialisation neuronale. Elle proposait aux enfants de ’toucher’ les sons, c’est à dire de tracer les lettres en prononçant leur son. Cette approche multi-sensorielle – motrice, tactile, visuelle, auditive – permet d’ancrer plus solidement l’information, ici le rapport entre le signe graphique (la lettre) et le son qu’il code.

S. D. : C’est un domaine où nous avons aujourd’hui beaucoup de données ! Itard et Montessori avaient des intuitions fortes, mais ne disposaient pas de la méthodologie des sciences cognitives. On sait aujourd’hui, grâce à des expériences bien contrôlées, que le simple fait de tracer les lettres avec le doigt aide les enfants, non seulement à écrire, mais aussi à lire.

C. A. : Quand j’ai repris ces travaux, j’ai dû les adapter au français, puisque Maria Montessori avait travaillé à partir de la langue italienne, qui est une langue dite « transparente », c’est à dire qu’elle s’écrit comme elle se prononce, ce qui n’est pas le cas pour le français, qui est une langue dite « opaque ». J’ai aussi beaucoup simplifié son matériel, retiré de nombreuses activités et recentré sur le lien social : il fallait que les enfants continuent de préciser leur spécialisation neuronale, non avec du matériel, mais par leurs échanges, par le plaisir d’être ensemble. L’essentiel, ce n’est pas le matériel, c’est réellement l’envie, la joie, l’enthousiasme, l’envie de communiquer entre eux et avec nous. C’est cette combinaison équilibrée entre les bonnes béquilles didactiques et la « reliance » humaine positive qui a catalysé l’apprentissage de la lecture à Gennevilliers.

S. D. : Mais justement, on ne peut pas exclure qu’il y ait eu un effet maître ! Cela reste, pour moi, un grand point d’interrogation sur l’expérience de Gennevilliers. La question se pose savoir jusqu’où votre personnalité, votre enthousiasme, votre maîtrise des outils ont permis d’aboutir à ce résultat. Est-ce que d’autres enseignants pourraient le reproduire ailleurs ?

C. A. : Bien sûr que cet effet maître est central et bien sûr que nous pouvons le reproduire à grande échelle ! C’est ce que fait notamment la Finlande. Ce n’est pas de la magie, mais une formation professionnelle solide et scientifique. En attendant que notre système éducatif aille en ce sens, je partage toutes mes ressources théoriques et pratiques en ligne pour les enseignants qui souhaitent comprendre comment nous avons fonctionné. Je donne tout ce que j’ai fait, point par point, en toute transparence, en invitant toujours les enseignants à s’approprier ce contenu et non à l’assimiler tel quel. Ces ressources sont déjà très reprises au sein de l’Education Nationale, par les enseignants de maternelle principalement, mais pas qu’eux. Ils sont par ailleurs soutenus pour la plupart par leurs inspecteurs et leurs mairies qui financent l’acquisition de matériel. Un point important cependant : je tiens à préciser qu’il n’y a pas de méthode figée à suivre, ce serait une grande erreur qui mettrait et l’enfant et l’enseignant en grande difficulté, il s’agit plutôt de comprendre ’la méthode de l’Enfant’, c’est à dire les grands principes d’apprentissage et d’épanouissement humain, et de les respecter autant que possible avec ce dont chacun dispose, et en respectant nos rythmes et notre personnalité. Je constate déjà un essaimage viral de cette approche. Les retours des enseignants me remplissent de joie : ils reprennent goût à leur métier et l’exercent avec un enthousiasme retrouvé.

Photo - Céline Alvarez en 2017 © Patrick Gaillardin / Hans Lucas

S. D. : Concrètement, il me semble qu’il règne aujourd’hui une grande confusion entre ce que l’enseignant doit savoir pour enseigner, et ce qu’on enseigne aux enfants. Les maîtres doivent connaître la science de l’apprentissage et des éléments de linguistique comme la distinction entre phonème et graphème, mais il ne s’agit pas de d’imposer ces complexités aux enfants !

C. A. : Je suis tout à fait d’accord ! Alors comment faisions-nous à Gennevilliers ? Nous présentions aux jeunes enfants des petits objets du quotidien afin de leur demander de les nommer. Ils adorent cette activité, car à 3 ans, l’explosion du langage n’est pas loin derrière eux et ils adorent nommer les objets de leur environnement. Prenons le mot « chat ». On demande aux enfants de nommer la figurine, et on les aide à entendre le son d’attaque, c’est à dire le premier phonème /ch /, puis l’autre /a/, en insistant bien sur chaque son (« chhhh-aaaaa »). On ne leur dit jamais « tu vas apprendre à faire la discrimination phonémique ». Ils le font tout simplement. Puis, progressivement les enfants comprennent consciemment que tous les mots qu’ils prononcent sont composés de sons.. On ne passe pas par la syllabe, mais directement par les sons constituants de la langue française. Et ils adorent ça. C’est comme s’ils redécouvraient quelque chose de leur langage qu’ils avaient déjà perçus intuitivement. On sait en effet aujourd’hui que des bébés âgés de quelques mois à peine perçoivent de manière spectaculaire les sons de leur langue (et leur régularité statistique). Une fois qu’un enfant parvient à distinguer consciemment les sons qui composent les mots, nous lui présentons alors les signes graphiques qui les codent, sous la forme d’une grande lettre rugueuse. Nous disons : « Je vais te montrer un grand secret, je vais te montrer comment on écrit “chhh”, et regarde, on le trace comme ceci, etc. ».

S. D. : Vous vous êtes appuyée, il me semble, sur les travaux de Liliane Sprenger-Charolles. Son analyse statistique du français montre que certaines correspondances entre lettres et sons sont plus fréquentes ou plus régulières que d’autres. Elle a servi de base à la progression pédagogique que nous détaillons dans le livre Apprendre à Lire.

C. A. : Oui, il s’agit en effet de commencer par présenter aux enfants les sons et les graphies les plus fréquentes de la langue française. Les travaux de Liliane Sprenger-Charolles permettent en cela de mettre un peu d’ordre dans ces présentations. Par exemple, on sait que le son /o/ est plus fréquemment codé par la graphie « o » plutôt que « au » ou « eau ». Nous présentons alors la graphie « o » pour le son /o/, les autres seront présentées plus tard. Ce qui est important pour commencer c’est que l’enfant comprenne que les sons sont codés par des signes, autrement dit, ce que l’on appelle le principe alphabétique.

S. D. : Au laboratoire, nous avons conçu un algorithme qui extraie automatiquement les mots qui peuvent être utilisés à chaque étape de l’apprentissage de la lecture. Nous recommandons de ne pas introduire des mots dont les graphèmes n’ont pas encore été enseignés aux enfants. Chaque jour, l’enfant apprendre une règle de lecture nouvelle, et chaque nuit, son cerveau va consolider ces acquis. Les neurosciences ont en effet découvert le véritable rôle du sommeil dans les mécanismes d’apprentissage : l’activité neuronale de la veille est rejouée pendant le sommeil, c’est le replay : le cerveau se répète, à notre insu, ce qu’il a appris pendant la journée, et l’apprentissage s’en trouve consolidé.

C. A. : Le sommeil est un paramètre essentiel de la plasticité cérébrale. A Gennevilliers, un enfant fatigué pouvait dormir autant de temps que nécessaire, peu importe son âge. La qualité de son apprentissage en dépendait. Le reste pouvait donc attendre. Ce que je trouve fabuleux avec les neurosciences, c’est qu’elles viennent confirmer de manière objective ce que nous pressentions déjà : l’importance de se sentir en sécurité, de satisfaire son besoin de sommeil, d’être confiant, actif, engagé, motivé, est aujourd’hui confirmé par la recherche.

S. D. : Malheureusement, je ne suis pas tout à fait d’accord avec vous… Il y a beaucoup d’intuitions en matière de pédagogie, et elles sont souvent contradictoires. Et malheureusement tout n’est pas validé scientifiquement.

C. A. : Oui ! Je faisais référence aux intuitions générales sur les besoins humains, et non aux intuitions pédagogiques parfois infondées scientifiquement en effet.

S. D. : Même s’il faut rester prudent… parce que de toute façon le cerveau de l’enfant apprend : c’est une véritable machine à apprendre. Il est, fort heureusement, difficile de « casser » un enfant. L’idée que la pédagogie peut créer de la dyslexie, par exemple, est absurde, car la dyslexie est d’origine biologique. En revanche, il y a des pédagogies plus efficaces que d’autres. On a ainsi invalidé l’idée que l’enfant peut découvrir seul les principes de la lecture, qu’il peut aller immédiatement vers la production d’écrits, de sens, de phrases, de récits... Il faut évidemment respecter la motivation de celui qui veut communiquer, mais on ne peut pas sauter les étapes ! L’enfant doit commencer par maîtriser la correspondance entre le son et le signe graphique. Même un bébé de quelques mois possède une représentation des phonèmes de sa langue maternelle : il a une connaissance implicite, non consciente, des règles de la phonologie. L’apprentissage de la lecture apporte la conscience phonologique, c’est-à-dire le fait de contrôler ces objets, d’y prêter attention, de les détacher les uns des autres. Si vous n’avez pas appris à lire, vous n’entendez pas consciemment qu’il y a le même son dans « bi » et dans « ib ». Notre approche analytique des sons est une conquête de la lecture.

C. A. : Et il me semble surtout capital de commencer l’apprentissage de la lecture dès que les enfants le veulent ! Ce serait une grande erreur de tirer de l’expérience de Gennevilliers l’idée que les enfants doivent tous apprendre à lire à 3 ans. Non. Ce que Gennevilliers montre c’est que s’ils le veulent, même s’ils ont 3 ans, ils le peuvent sans doute. Et il n’y a aucune raison de les en empêcher ! Ce qui est important c’est de ne pas étouffer cet élan de l’enfant. Ce sont des conquérants nés. Ils absorbent avec puissance ce que leur environnement leur offre. C’est d’ailleurs ce qu’il se produit avec les langues.

S. D. : C’est vrai, la recherche chez les bébés bilingues montre qu’il n’y a pas vraiment de coût pour le jeune enfant à absorber une langue de plus. Plus on attend, plus c’est difficile. La phonologie, par exemple, doit s’apprendre très tôt, car dès deux ans, les bébés perdent la discrimination des phonèmes qu’ils n’utilisent pas. Jusqu’à 8-9 ans, les enfants ont des capacités extraordinaires d’absorption du lexique et de la syntaxe. C’est à partir de la puberté que la courbe décroît soudainement.

C. A. : A ce propos, les enfants de Gennevilliers étaient déjà quasiment tous bilingues, comme la plupart des enfants de ces quartiers. Ils parlaient arabe, mandarin, turque, japonais, etc. C’est une chance merveilleuse ! Malheureusement, leurs parents se censuraient souvent de parler leur langue natale à la maison.

S. D. : Mais c’est absurde ! Il faut expliquer aux familles que le multilinguisme n’est pas un problème pour l’enfant, bien au contraire.

« Nous savons que l’enfant ne peut pas apprendre seul derrière un écran. Une interaction humaine est nécessaire » Céline Alvarez

C. A. : Pour aider leur enfant à acquérir un français qu’eux-mêmes ne parlaient pas correctement, certains parents pensaient également bien faire en le plaçant devant la télévision. Or c’est très problématique car nous savons que l’enfant ne peut pas apprendre seul derrière un écran. Une interaction humaine est nécessaire.

S. D. : Vous faites référence à une expérience de Patricia Kuhl, qui a examiné dans quelles conditions des bébés américains âgés entre 10 et 12 mois conservent la capacité de percevoir un contraste entre certaines consonnes du chinois. Ils le font lorsqu’on leur donne une nounou chinoise, qui interagit avec eux pendant plusieurs semaines, mais pas lorsque la même situation est présentée en vidéo. Le point-clé n’est pas vraiment l’écran, mais plutôt l’interaction avec l’enfant : dans la vidéo, l’enseignant ne répond pas aux sollicitations de l’enfant. Peut-être pourrait-on y parvenir avec un logiciel qui émulerait une interaction, un dialogue, voire un jeu.

C. A. : Il faudrait faire l’expérience ! Mais je ne suis pas certaine de cela. Un logiciel peut peut-être parvenir à simuler une interaction, mais arrivera-t-il à égaler la puissance éminemment positive de la chaleur humaine nécessaire à l’apprentissage ? L’élan suscité par l’amour, la confiance, la patience… et la capacité humaine à s’adapter aux personnalités, aux humeurs, aux difficultés de l’autre ? Vous parliez de mon effet maître tout à l’heure qui pourrait avoir été déterminant. Un logiciel n’aurait pas pu avoir cet effet maître. Ce qui a fait levier sur le développement des enfants ce fut cette posture profondément humaine, extrêmement patiente, bienveillante. Ce fut la foi solide et sereine que j’avais en chaque enfant et que les parents lisaient dans mon regard et mon attitude.

« Il y a une grande différence entre la vidéo et le jeu. Ce qui compte, c’est la passivité versus l’inactivité » Stanislas Dehaene

S. D. : Mais il y a une grande différence entre la vidéo et le jeu. La vidéo laisse passif, là où le jeu est interactif : l’ordinateur est sensible à ce que fait l’enfant, il lui donne des récompenses et s’adapte à son niveau. Ceci peut avoir des effets très bénéfiques sur l’apprentissage. Je suis évidemment favorable à l’enseignement humain, mais je trouverais étrange de rejeter par avance l’idée que l’ordinateur puisse apporter un complément essentiel. Ce qui compte c’est la passivité versus l’interactivité.

C. A. : La passivité face aux écrans est en effet hautement délétère pour le cerveau humain en plein développement. Nous le savons scientifiquement et le constatons de manière effrayante auprès des enfants dans les classes. Le débit d’images de la télévision par exemple, que subissent les jeunes enfants parfois plusieurs heures par jour, détraque complètement leur système attentionnel et les prive par ailleurs des interactions humaines qui leur permettent d’apprendre solidement, le langage notamment.

Photo Stanislas Dehaene en 2017 © Patrick Gaillardin / Hans Lucas 

S. D. : Vous avez raison. D’ailleurs, il y a beaucoup de données scientifiques qui vont dans le sens de la notion d’un cerveau social. L’enfant n’est pas seulement un assemblage de compétences pour le traitement des sons, pour le langage, etc. Je crois que les parents sous-estiment leur rôle, et que d’une certaine manière à l’Education Nationale on ne se rend pas compte du levier extraordinaire qu’ils représentent. Il y a beaucoup d’expériences qui ont montré qu’enseigner aux parents peut être extrêmement efficace. Par ailleurs l’enfant est hyper-sensible à ces indices sociaux qu’il est difficile de remplacer par un écran d’ordinateur, même interactif. Ainsi, l’expérience a montré que l’enfant n’apprend pas du tout la même chose si un adulte agit devant de lui sans prêter attention à sa présence, ou s’il le regarde dans les yeux avant d’avoir le même comportement. Il suffit d’une seconde de contact oculaire pour que la situation devienne complètement différente pour l’enfant : il comprend alors qu’on cherche à lui enseigner quelque chose et, dès lors, va mieux retenir et surtout généraliser ce qu’on lui enseigne. Mais je maintiens que l’ordinateur possède des vertus particulières. Autant je suis sceptique sur le fait qu’un ordinateur puisse remplacer un enseignant, autant je lui vois une grande utilité : une fois que vous avez appris à faire des additions, l’ordinateur peut vous présenter des centaines de problèmes à une cadence rapide, en s’adaptant à vos difficultés, toutes choses qui seraient difficiles pour un enseignant qui fait face à 30 élèves. De bons logiciels peuvent permettre de faciliter cette étape cruciale qu’est le passage du conscient à l’automatique.

C. A. : Oui, l’ordinateur est un outil intéressant, mais il ne faudrait pas lui donner une place qu’il n’a pas, parce qu’il perdrait alors tout son intérêt. Ce serait comme si, pour préparer une bonne soupe, sous prétexte que le sel est intéressant parce qu’il relève la saveur des aliments, nous en mettions 100 grammes. La soupe serait immangeable. Il me semble que c’est pareil avec les écrans. Tout ce matériel informatique peut être extrêmement précieux de manière ponctuelle, bien pensée et bien dosée, mais il ne faudrait pas que cela empiète sur ce qui est fondamental. Nous sommes d’abord des êtres sociaux et des êtres de sens. Nous avons besoin de cet étayage humain, de ce retour bienveillant pour apprendre.

S. D. : Vous faites peut-être référence à l’évaluation des élèves ?

« La note malheureuse sanctionne négativement l’erreur. Or celle-ci est nécessaire pour apprendre » Céline Alvarez

C. A. : Par exemple ! La note malheureuse sanctionne négativement l’erreur. Or nous savons que celle-ci est nécessaire pour apprendre. Si l’être humain ne peut plus se tromper sous peine d’être sanctionné, alors on gèle tout le processus d’apprentissage.

S. D. : Oui mais les algorithmes d’apprentissage de notre cerveau ont également besoin d’un retour d’erreur ! Dire à l’enfant que « tout est parfait, tout va bien » serait absurde, il a besoin qu’on corrige ses erreurs. Par contre il est hélas vrai que la note sert trop souvent de sanction. Je milite pour une note qui ne fasse que progresser, parce qu’elle mesure uniquement l’acquisition des compétences, et non pas la différence à la norme.

C. A. : Tout à fait d’accord. On apprend en se trompant, ainsi, comme je l’ai dit, il est regrettable que l’erreur soit sanctionnée. Néanmoins, il nous faut un retour d’information sur notre activité, sinon nous restons sans savoir que nous avons fait une erreur et nous stagnons au même niveau de connaissance. Il faut donc un retour d’information. Mais il est important qu’il soit neutre : « Tiens, là, il y a une erreur. Je t’aide à la comprendre pour aller plus loin. » Ce retour immédiat d’information doit être informatif. Il ne doit pas juger ni négativement, ni positivement d’ailleurs Quand on juge positivement le manque d’erreur, « C’est bien, tu n’as pas fait d’erreur », l’enfant essaie de ne plus en faire et s’accroche à notre jugement. Il finit par faire son travail pour nous faire plaisir plus que pour lui-même. C’est tout aussi catastrophique parce que cela court-circuite la motivation endogène de l’enfant, qui, elle seule, lui permet d’apprendre solidement. La motivation devient extérieure.

« La compétition doit d’abord se jouer contre soi-même : on essaie de faire mieux que la semaine précédente » Stanislas Dehaene

S. D. : Je crois essentiel que la compétition soit en effet avec soi-même avant d’être avec les autres. C’est contre soi-même qu’on se bat : on essaie de faire mieux que la semaine d’avant. Et ça, ça pourrait faire l’objet d’une notation, pourquoi pas ? Mais elle serait très différente de ce qu’on connaît aujourd’hui.

C. A. : Tout à fait. Mais je crois que si nous changeons la notation telle qu’elle existe actuellement, en la rendant plus individuelle, nous devons aussi changer tout l’environnement scolaire. Car si tout l’environnement est basé sur la norme - c’est à dire que les enfants sont classés par âge et doivent atteindre les mêmes compétences en même temps - il y aura forcément une comparaison entre eux.

S. D. : Oui, d’ailleurs dans votre classe, il y avait trois classes d’âge qui étaient mélangées…

C. A. : Oui, car lorsque l’on regroupe les enfants par année de naissance cela produit automatiquement de la comparaison. Alors que si nous offrons un système plus organique, plus humain, plus physiologique, où plusieurs âges interagissent entre eux, la tentation de se comparer les uns aux autres disparaît, et on observe plus d’entraide et d’empathie parmi les enfants. Ils ne se comparent pas puisque la norme devient la différence. Donc à mon sens, pour avoir un impact positif, on ne peut pas uniquement faire varier un paramètre au sein d’un environnement inadapté, il nous faut changer l’environnement dans sa globalité. Repenser les fondations et la qualité de cet écosystème est d’autant plus important aujourd’hui puisque nous savons à quel point le cerveau du jeune enfant est plastique jusqu’à 5 ans et se forme en fonction de son environnement extérieur. 

S. D. : Mais il n’y a pas de couperet ! On ne peut pas dire « tout est fini à 3 ans » ou « à 5 ans ». La plasticité décroît certes dans certains domaines, mais selon une courbe extraordinairement lisse et lente. De plus, elle peut se rouvrir. Nous avons étudié, par exemple, les situations des enfants adoptés, qui sont plongés d’un seul coup dans un nouveau pays avec une langue différente de celle qu’ils parlaient. Ce sont des situations où la plasticité se rouvre et on s’aperçoit alors que le cerveau est capable d’apprentissages extraordinaires. Dans le cas d’enfants coréens adoptés en France, on a pu montrer qu’ils avaient oublié leur première langue. A 18 ans, ils avaient le cerveau d’un petit français : on ne voyait plus de trace du coréen, on ne voyait que la langue française. Le cerveau est donc capable d’une extraordinaire reprise de plasticité. Je soupçonne que vous avez trouvé, à Gennevilliers, des conditions dans lesquelles le cerveau des enfants se remet en capacité de plasticité...

C. A. : Certes, il n’y a pas de couperet, le cerveau humain reste plastique toute la vie, et nous pouvons même créer des conditions qui rouvrent la plasticité cérébrale ! Mais les premières années posent néanmoins des fondations à partir desquelles l’intelligence prendra appui pour se déployer. Et ce qui n’a pas pu être construit dans les premières années demandera ensuite un effort plus important pour s’élaborer. C’est ce qu’indique The Center on the Developing Child de l’Université Harvard : « Earlier is better than later ». Je l’ai clairement observé sur le terrain : les enfants qui n’ont pas bénéficié d’un environnement adapté avant 3 ans – qui n’ont pas bénéficié d’interactions sociales « soutenantes » et riches, d’un environnement langagier correct, d’un contact avec la nature, qui n’ont pas pu suffisamment utiliser leurs mains, être actifs, autonomes, engagés - arrivent à 3 ans en maternelle avec des compétences cognitives, langagières, sociales, ainsi que des fonctions exécutives un peu bancales. Et l’on sent bien avec ces enfants que quelque chose qui aurait dû se mettre en place avant, dans la facilité et la joie, va devoir maintenant se mettre en place dans l’effort, la répétition et parfois la contrainte. Avec ces enfants, cela peut être difficile : on ne fait pas que nourrir l’intelligence en développement, il nous faut déconstruire parfois et réparer souvent. La maternelle est en cela un maillon crucial pour le bon développement de l’intelligence : elle peut combler des lacunes qui se sont installées, dans l’effort certes, mais beaucoup plus facilement qu’à l’école élémentaire puisque les enfants bénéficient encore d’une forte plasticité cérébrale.

S. D. : Ce n’est donc pas que tout se joue à 5 ans, mais plutôt qu’il y a une opportunité particulière à cet âge-là.

C. A. : Il y a une opportunité particulière à cet âge-là et elle fait une grande différence pour de nombreux enfants selon l’environnement dans lequel ils grandissent. J’ai travaillé auprès de jeunes enfants issus de milieux très favorisés (Neuilly-sur-Seine, Madrid) et de milieux défavorisés ou très défavorisés (Gennevilliers, Togo, Argenteuil, banlieue madrilène). La différence est nette. Mieux vaut protéger et nourrir convenablement cette période formatrice précoce, car offrir à 7 ans ce que l’intelligence demandait à 3 ans va exiger un travail, une rigueur - à la fois aux enseignants et aux enfants - dont il n’y avait pas besoin plus tôt ! Et bien que tout soit « rattrapable » ensuite, il faut être clair : quelle rigueur, quelle discipline, quels efforts, quelle patience et combien d’amour, cela peut demander à tous ! Mieux vaut être conscient de l’importance de ces premières années et leur offrir ce qu’elles demandent : un environnement social soutenant, de l’activité, du sommeil, un langage structuré, et le monde réel ! On voit bien comment l’enfant de quelques mois cherche déjà constamment à explorer, parfois en bravant nos interdictions ! Il est poussé à comprendre le monde qui l’entoure, à se nourrir du monde et des expériences qu’il lui offre !

S. D. : Cette curiosité permanente continue d’exister chez les scientifiques, les artistes… il faut cultiver la plasticité cérébrale à tous âges !

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Source : http://www.philomag.com/lactu/dialogues/celine-alvarez-stanislas-dehaene-la-revolution-de-leducation-21958

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Méthode globale : incompatible avec notre cerveau ? France Culture-16 nov. 2017

Stanislas Dehaene aborde le processus de lecture sous l’angle des neurosciences. Une approche qui .... Stanislas Dehaene, psychologue cognitif et neuroscientifique, professeur au Collège de France, titulaire de la Chaire de psychologie cognitive expérimentale, membre de l’Académie des Sciences.

Éducation : Blanquer annonce la création d’un conseil scientifique Le Point-24 nov. 2017

La direction de ce conseil scientifique sera confiée à l’un des neuroscientifiques les plus réputés dans le monde, Stanislas Dehaene. Professeur au Collège de France, ce dernier est convaincu que « nous ne pouvons pas enseigner convenablement » sans comprendre « ce qui se passe dans la tête de ...

A Toulouse, le ministre annonce la création d’un conseil scientifique ...
ladepeche.fr-24 nov. 2017

Éducation : les neurosciences, privilégiées par Blanquer, inquiètent ... RTL.fr-8 déc. 2017

Le syndicat du primaire, le Snuipp-FSU, rejoint par une cinquantaine de chercheurs, s’inquiète de la prédominance des neurosciences dans l’éducation, après l’annonce de la création d’un Conseil scientifique de l’Éducation nationale dirigé par le professeur de psychologie cognitive Stanislas Dehaene.

Le conscient et l’inconscient travaillent de concert pour trier les images Inserm (salle de presse)-6 déc. 2017

Dans cette étude, nous montrons que le cerveau humain est capable de traiter plusieurs images simultanément, et ce de manière inconsciente », explique le chercheur Sébastien Marti, qui signe cette étude avec Stanislas Dehaene, directeur de Neurospin (CEA/Inserm). « L’attention booste l’activité ...

Pour l’école et les résultats scolaires, les neurosciences feront-elles ... The Conversation FR- 12/12/2017

Mais, s’il existe, selon les termes de Stanislas Dehaene (Le Monde des 22 et 23 décembre 2013), « une approche scientifique de l’apprentissage », cela ne permet nullement de conclure avec lui qu’« enseigner est une science » ! L’efficacité éducative ne peut pas être prouvée a priori. L’utilité des pistes ...

Quelle liberté pédagogique pour les enseignants ? La Croix-6 déc. 2017

Et aussi des recommandations formulées par un conseil scientifique, présidé par le spécialiste des neurosciences Stanislas Dehaene, pour aider les enseignants à choisir leurs manuels. Faut-il y voir une atteinte à la liberté pédagogique des enseignants ? « Au-dessus de la liberté pédagogique, il y a ...

Blanquer annonce une dictée quotidienne en primaire
Exhaustif-Le Figaro-5 déc. 2017

Stanislas Dehaene : la psychologie cognitive, les maths et le langage Sciences et Avenir-30 mai 2017

Amoureux des chiffres depuis toujours, Stanislas Dehaene est aujourd’hui professeur au Collège de France, où il est titulaire de la chaire de psychologie cognitive expérimentale. Directeur de l’unité INSERM-CEA de neuro-imagerie cognitive, il est le parrain de cette 18e édition du salon Culture et Jeux ...

Céline Alvarez, la pédagogue qui veut révolutionner l’Éducation ... Le Figaro-12 juil. 2017

Après une expérience d’enseignement à Gennevilliers, Céline Alvarez prône une transformation en profondeur de la manière d’enseigner au ...

“Les Lois naturelles de l’enfant” gâté, de Céline Alvarez Télérama.fr-4 juil. 2017

Dans le bus, une femme au ventre rond comme une pastèque lit un livre de contes pas comme les autres. Elle envoie des ondes littéraires à ...

Céline Alvarez : ’Un vent nouveau souffle dans nos écoles’ Le Figaro-7 mars 2017

Paroles de femmes. - À l’occasion de la Journée des droits des femmes, la pédagogue Céline Alvarez livre son plaidoyer pour penser ...

Céline Alvarez, une pédagogie « business compatible » Mediapart-27 mai 2017

L’expérience menée par Céline Alvarez durant trois ans dans une école primaire d’une banlieue populaire de Paris s’est faite sur la base d’un ...

Brighelli - Céline Alvarez, une imposture ? Le Point-21 nov. 2016

Céline Alvarez, qui a fait des études de linguistique et qui s’y connaît en communication, n’a passé le concours d’instituteur que pour ...

Le succès ambigu de Céline Alvarez, l’institutrice qui veut ... Le Figaro-1 oct. 2016

A regarder les vidéos filmées dans l’ancienne classe de maternelle de Céline Alvarez, on ne peut qu’applaudir à deux mains. La plupart de ...

Céline Alvarez, l’institutrice révolutionnaire Femme Actuelle-30 sept. 2016

Pourquoi le livre de Céline Alvarez, qui veut révolutionner l ... 20minutes.fr-5 oct. 2016

C’est le livre dont tout le monde parle et qui s’arrache en librairie : Les lois naturelles de l’enfant*, de Céline Alvarez, sorti le 31 août dernier.

Céline Alvarez ou le business pédagogique Le Club de Mediapart (Blog)-2 mai 2017

Phénomène médiatique de l’année, l’expérience menée par Céline Alvarez durant trois ans dans une école primaire d’une banlieue populaire ...

Pourquoi tant de profs ne supportent plus Céline Alvarez ? Slate.fr-12 oct. 2016

Que s’est-il passé pour que l’enseignante chouchou des médias, la fameuse Céline Alvarez, portée aux nues par France inter ou Télérama, ...

J’ai lu Céline Alvarez
The Conversation FR-12 oct. 2016

Ecole : « Beaucoup de choses présentées comme nouvelles par ... Le Monde-30 sept. 2016

Dans les milieux enseignants, on parle beaucoup, depuis la rentrée, du livre de Céline Alvarez, Les Lois naturelles de l’enfant (Les Arènes, ...

L’école qui donne envie d’apprendre
Blog Le Monde (Blog)-29 sept. 2016

Céline Alvarez : ascension et disgrâce de la pédago chouchou du ... Arrêt sur images-22 mai 2017

Son livre s’est vendu à plus de 200 000 exemplaires, et son visage est apparu dans toute la presse française, à la rentrée 2016. Céline Alvarez ...

Céline Alvarez : « Le système scolaire entrave le fonctionnement ... Le Parisien-4 sept. 2016

Dans son livre, « Les lois naturelles de l’enfant » paru aux éditions Les Arènes, l’institutrice Céline Alvarez s’appuie sur les neurosciences pour ...

Céline Alvarez : ’Le système scolaire entrave le fonctionnement ... France Inter-1 sept. 2016

Ancienne institutrice devenue pédagogue, Céline Alvarez a expérimenté pendant deux ans une méthode pédagogique en se basant sur les ...

Les vérités de Céline Alvarez
Mediapart-1 sept. 2016

Les héros de 2016. Céline Alvarez : l’instit qui fait rêver les parents Le Parisien-30 déc. 2016

Céline Alvarez s’est inspirée des travaux de la célèbre pédagogue italienne Maria Montessori (1870-1952), qu’elle a croisés avec des ...

L’école selon Céline Alvarez Paris Match-12 sept. 2016

Céline Alvarez s’est inspirée des travaux de Maria Montessori et des neurosciences pour montrer que l’école pouvait réduire les inégalités.

Céline Alvarez ou la pédagogie pressée Le Monde-29 sept. 2016

Céline Alvarez, son auteure – déterminée, énergique, éloquente –, annonce rien moins qu’une « révolution de l’éducation » dont elle serait ...

Céline Alvarez veut révolutionner l’école lalibre.be-4 juin 2017

Quand. Depuis la sortie du livre ’Les lois naturelles de l’enfant’ en août 2016, publié il y a quelques jours en néerlandais, la démarche de ...

La pédagogue Céline Alvarez en conférence mercredi soir à ... La Voix du Nord-1 nov. 2016

Céline Alvarez s’est appuyée sur ce que les neurosciences ont révélé du fonctionnement du cerveau chez l’enfant entre 3 et 6 ans.

La pédagogie active : dernier bidule néo-bobo ou vraie révolution ?
Moustique-2 nov. 2016

Céline Alvarez, une pédagogue qui veut faire bouger l’école La Croix-30 août 2016

Dans un livre qui sort aujourd’hui (1), Céline Alvarez invite à repenser l’école, pour la rendre plus performante et plus épanouissante pour tous.

’L’école entrave le mécanisme d’apprentissage des enfants’
Exhaustif-L’Obs-31 août 2016

La pédagogie selon Céline Alvarez [3/4] Soutenir le développement ... RCF-30 janv. 2017

Céline Alvarez s’appuie sur les neurosciences pour montrer que l’enfant est perméable aux émotions. Le stress notamment abime le ...

Céline Alvarez, la pédagogue qui passe l’école au scanner Télérama.fr-19 févr. 2016

Pendant trois ans, dans une classe unique de maternelle, Céline Alvarez a associé des neurologues à sa démarche pédagogique. Entraide ...

Les pédagogies alternatives en France attirent 60.000 élèves FemininBio-22 août 2017

Montessori : Cette pédagogie, récemment mise en lumière par Céline Alvarez, se fonde sur l’éveil sensoriel de l’enfant et le développement de ...

Céline Alvarez, une institutrice qui révolutionne l’éducation LCI-11 sept. 2016

Céline Alvarez était l’invitée ce matin de notre chronique ’Tous acteurs du changement’. Cette ancienne institutrice a mis au point une ...

Céline Alvarez, une institutrice révolutionnaire Le Monde-4 sept. 2014

D’abord parce que l’année scolaire qui vient de débuter se fera sans elle : Céline Alvarez n’a pas repris, ce 2 septembre, le chemin de l’école 

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ACTUALITES -
Jean-Michel Blanquer : « L’éducation nationale crée trop d’inégalités » LE MONDE ECONOMIE | 13.12.2017 à 12h59 • Mis à jour le 13.12.2017 à 13h41 | Propos recueillis par Gérard Courtois et Philippe Escande

Invité mardi du Club de l’économie, le ministre de l’éducation nationale plaide pour plus d’autonomie des établissements. Une liberté qui doit s’accompagner d’« une attention aux plus fragiles ».

Photo - Jean-Michel Blanquer était, mardi 12 décembre 2017, l’invité du Club de l’économie du Monde. Le ministre de l’éducation nationale a rappelé sa volonté de consolider les savoirs fondamentaux chez les élèves issus des milieux les plus défavorisés.

Qu’est-ce qui fonctionne et ne fonctionne pas aujourd’hui à l’Education nationale ?

D’abord nous sommes un grand service public. Il est souvent étrillé, mais ses procédures, ses habitudes, ses éléments de fonctionnement créent un système éducatif français solide. On le voit à chaque rentrée scolaire.

Lire aussi : L’interdiction du téléphone portable à l’école, une mesure difficilement applicable

Nous avons ensuite des régions, comme la Bretagne, ou des établissements qui ont trouvé des formules qui marchent, avec des équipes stables et motivées.

La situation est donc extrêmement hétérogène, ce qui est paradoxal, puisque la France revendique l’égalité et une certaine uniformité. Je veux renverser ce paradoxe et créer plus d’autonomie des acteurs, plus de liberté, plus de pouvoir d’initiative. Parce que cette liberté pour le million d’acteurs de l’Education nationale doit s’accompagner aussi d’une attention aux plus fragiles.

Lire aussi : Lecture : les lacunes de la formation des enseignants parmi les explications

Ce qui ne va pas, c’est la consolidation des savoirs fondamentaux chez les élèves issus des milieux les plus défavorisés. Une sorte de fragilité éducative s’est additionnée à une fragilité sociale. Face à cette situation, j’avance à partir de trois critères qui sont la science – en pleine révolution dans le domaine cognitif –, l’expérience et les comparaisons internationales. Ce serait complètement fou de ne pas s’inspirer de ce qui fonctionne à l’étranger.

La dernière enquête du Programme international de recherche en lecture scolaire (Pirls) sur la maîtrise de la lecture par les écoliers français confirme une érosion entamée il y a trente ans. Comment redresser la barre ? ….

Lire la totalité de l’article à la source

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Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2017/12/13/jean-michel-blanquer-l-education-nationale-cree-trop-d-inegalites_5229079_3234.html

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Actualités - Cinq idées que défend Stanislas Dehaene, l’éminence grise de Jean-Michel Blanquer, Pierre Ropert Document France Culture 12/01/2018.

« Le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, a annoncé la création d’un Conseil scientifique chargé de s’intéresser au fonctionnement de l’apprentissage chez les élèves. Que préconise le neuroscientifique Stanislas Dehaene, professeur au Collège de France, à la tête de ce conseil ?

Photo -Stanislas Dehaene au Collège de France.• Crédits : Patrick Imbert / Collège de France.

Le ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer a annoncé l’instauration d’un conseil scientifique, chargé d’étudier les disciplines enseignées à l’école, ainsi que le contenu des formations enseignantes ou des manuels scolaires. Il a nommé à sa tête Stanislas Dehaenne, neuroscientifique de renom, devenu incontournable dans le champ de la psychologie cognitive. Globalement bien accueillie, la nouvelle de l’arrivée de ce spécialiste du cerveau à la tête du Conseil scientifique n’en a pas moins inquiété une cinquantaine de chercheurs, préoccupés à l’idée d’une OPA des neurosciences sur la pédagogie dans l’éducation nationale.

à réécouter Stanislas Dehaene : ’On ne va pas tout bouleverser. Mais il va falloir expérimenter, pour trouver de nouvelles solutions’ (Les Matins du samedi)

Psychologue cognitif et neuroscientifique, professeur au Collège de France, titulaire de la Chaire de psychologie cognitive expérimentale, membre de l’Académie des Sciences, chercheur au centre NeuroSpin, Stanislas Dehaene est aujourd’hui considéré comme un des grands spécialistes des neurosciences. Faut-il donc craindre que cette discipline ne surinvestisse le tout nouveau Conseil scientifique ? Les membres du conseil proviennent d’horizons variés, mais le chercheur devrait donner l’orientation générale. L’occasion, donc, de s’intéresser aux idées qui animent l’éminence grise du ministre de l’Education nationale.

1. Comprendre l’humain grâce à la ’science de la conscience’ 

Le gros du travail de recherche de Stanislas Dehaene s’intéresse à la question de la conscience. Pour ce dernier, il existe une ’science de la conscience’. Selon lui, l’émergence de la psychologie cognitive a permis la réhabilitation de l’introspection : interroger quelqu’un sur un sujet donné permet de dégager une réponse qui constitue en elle-même une donnée empirique. Notamment parce que, grâce aux nouvelles techniques d’imagerie (l’I.R.M. ou la magnétoencéphalographie par exemple), les réactions du cerveau liées à des stimuli choisis peuvent être visualisées. Les progrès de l’imagerie médicale permettent d’observer les fonctions cognitives du cerveau et d’ouvrir de nouvelles perspectives à la croisée de la biologie, de la génétique et des innovations technologiques.

Grâce à ces expériences, Stanislas Dehaene a pu s’intéresser à ce qui constitue une des grandes interrogations des neurosciences : l’existence - ou non - de la conscience. 

Comment je peux savoir de quoi vous êtes conscient ? Demandait-il à Etienne Klein en février 2016, dans la Conversation scientifique. Je suis obligé de vous le demander. C’est un phénomène subjectif, la conscience. Pendant longtemps, on a pensé que parce que c’était un phénomène subjectif, personnel, à la première personne, il n’y aurait pas de science de la conscience. Elle échapperait à l’approche objective du scientifique. Je pense que ça n’est absolument pas le cas. Je peux recueillir l’introspection d’une personne, et non pas la prendre pour argent comptant, mais l’introduire dans une théorie, comme une observation fondamentale, au même titre que l’état d’activité de son cerveau.’

Écouter à la source : La conscience est-elle devenue une affaire de science ? (La Conversation scientifique, 10/02/2016)

Pour Stanislas Dehaene, les sciences cognitives ont beaucoup progressé grâce à l’idée que le cerveau est un dispositif de traitement de l’information. Ce qui relève du mental, c’est ce qui relève du traitement de l’information, et les neurosciences cognitives ont pour but de comprendre l’implémentation de cette information, comment elle est physiquement inscrite dans le cerveau, sous forme de réseau.

Comme il l’explique dans son ouvrage Le Code de la conscience, ’le point de départ de la science de la conscience, c’est le fait de se rendre compte qu’une part absolument minuscule du traitement de l’information dans notre cerveau est conscient’.

Pour Stanislas Dehaene, les sciences cognitives ont beaucoup progressé grâce à l’idée que le cerveau est un dispositif de traitement de l’information. Ce qui relève du mental, c’est ce qui relève du traitement de l’information, et les neurosciences cognitives ont pour but de comprendre l’implémentation de cette information, comment elle est physiquement inscrite dans le cerveau, sous forme de réseau.

Comme il l’explique dans son ouvrage Le Code de la conscience, ’le point de départ de la science de la conscience, c’est le fait de se rendre compte qu’une part absolument minuscule du traitement de l’information dans notre cerveau est conscient’. 

2. Enseigner est une science 

Pour Stanislas Dehaene, enseigner est une science. ’Je pense qu’un bon enseignant est un enseignant qui a un bon modèle mental du cerveau des enfants, précisait-il en introduction de sa conférence ’Les grands principes de l’apprentissage’, tenue en 2012. Nous devons essayer de réfléchir ensemble aux connaissances qui sont indispensables pour qu’un enseignant puisse concevoir le programme éducatif dans un contexte qui va maximiser les modifications mentales, cérébrales, et maximiser la vitesse aussi, la quantité d’apprentissage qu’un enfant peut avoir.’

En acceptant de prendre la tête du Conseil scientifique de l’éducation nationale, le neuroscientifique passe dorénavant des sciences cognitives aux sciences de l’éducation. Pour Stanislas Dehaene, le système éducatif français a notamment pour défaut de ne pas former les enseignants aux sciences cognitives. Un apprentissage qui permettrait de mieux comprendre les élèves en difficulté. En 2013, alors qu’il venait de recevoir le grand prix de l’INSERM, Stanislas Dehaene expliquait dans La Grande Table que l’enseignant doit ’prêter attention à ce que l’enfant ne sait pas, être capable de détecter et de réduire cet écart. L’espèce humaine est la seule à enseigner’ : 

Écouter à la source : Qu’est-ce qu’apprendre ? (La Grande Table, 12/12/2013)

Pour le scientifique, nous avons tous une organisation cérébrale similaire qui doit conduire les enseignants à respecter certains principes fondamentaux, qui ne sont pour autant pas incompatibles avec une grande liberté pédagogique.

3. L’enfant a un excellent ’algorithme d’apprentissage’

Pour le président du Conseil scientifique, on a sous-estimé les compétences très précoces des enfants et leur extraordinaire potentiel d’apprentissage, comme il l’expliquait en septembre 2017, dans l’émission ’Les Chemins de la philosophie’ : 

S’il fallait créer une nouvelle école, ce serait une école dans laquelle on prendrait plus au sérieux le point de départ des enfants, c’est-à-dire les compétences qu’ils ont dans le domaine des nombres ou du langage. On serait capable d’enrichir la stimulation qui est fournie à l’enfant. On sait que l’algorithme d’apprentissage qui est présent dans nos cerveaux dans les petites années, dans les jeunes années, est extraordinairement puissant. Malheureusement, on sait aussi, alors que les années passent, en particulier les années de la puberté, que cet algorithme va baisser en capacité, surtout pour les langues. Il y a matière, là, à réfléchir à ce que notre école pourrait être si elle était mieux adaptée au cerveau de l’enfant. 

Écouter à la source : Pour une autre école : des sciences cognitives à la salle de classe (Les Chemins de la philosophie, 04/09/2017)

Aux yeux de Stanislas Dehaene, un petit enfant parvient à extraire une quantité d’informations extraordinaire d’un petit nombre de stimulations. Ainsi, un enfant a besoin d’un nombre de stimulations bien inférieur à celui d’un adulte pour apprendre un mot : son algorithme, précise le chercheur, continue à fonctionner la nuit jusqu’à ’trois fois plus efficacement que dans un cerveau adulte’. A charge pour l’école, donc, de fournir à ce ’super-ordinateur’ qu’est l’enfant, un environnement approprié et un enseignement structuré.

A lire La sociologie face aux neurosciences : l’enfant au cœur d’une bataille de disciplines

4. La lecture sous l’angle des neurosciences : pour une lecture syllabique 

Attentif aux résultats de l’enquête PISA, le scientifique estime en effet que les mauvais résultats de la France tiennent en grande partie de l’apprentissage de la langue. 

en savoir plus : Que nous apprend PISA ?

Stanislas Dehaene a déjà pris fait et cause contre la méthode globale, qui selon lui ’éloigne les enfants de la lecture’, au profit de la méthode dite ’syllabique’, ou ’b.a.-b.a.’, pourtant encore largement contestée. 

Sur France Culture Conférences, lors d’une conférence de 2013 consacrée au rapport entre cerveau et lecture, le neuroscientifique envisageait des ’principes très simples à mettre en oeuvre pour améliorer notre système éducatif’ :

Les mécanismes généraux de la lecture commencent à être connus. Il existe des algorithmes d’apprentissage qui sont suivis par notre cerveau. Il y a des facteurs génériques comme l’attention, le renforcement, le sommeil, qui jouent des rôles absolument essentiels dans la consolidation des apprentissages. Ces principes généraux peuvent être utilisés pour faciliter l’organisation du système éducatif et écarter certaines méthodes tout à fait inappropriées. (Ecouter à la source)

5. Partisan de la méthode Montessori 

En France, la méthode pédagogique Montessori est largement portée par l’enseignante Céline Alvarez, qui l’expérimente à Gennevilliers avec le soutien financier de l’association Agir pour l’école, liée à l’Institut Montaigne, unthink tanklibéral dont est proche Jean-Michel Blanquer. Dans la Grande Table, en décembre 2013, Stanislas Dehaenne revenait sur cette expérience tenue par Céline Alvarez : 

J’ai connaissance d’une expérience magnifique dans l’éducation nationale. Une première classe Montessori s’est ouverte en ZEP, à Gennevilliers. Cette classe a des résultats très étonnants sur la base d’une méthode structuré, exigeante pour les enfants mais aussi pleine d’amusement et de plaisir, des enfants de milieu très défavorisés, savent lire dès la moyenne section maternelle, et en grande section tous les enfants de cette classe savent lire. On peut souhaiter que cet exemple soit suivi, j’espère qu’il sera suivi. 

en savoir plus : Montessori Superstar

La méthode est encore sujette à caution et sérieusement remise en question par bon nombre d’éducateurs, mais aux yeux de Stanislas Dehaenne, qui s’est beaucoup intéressé aux enfants atteints de dyslexie, certains succès sont obtenus grâce à des ’méthodes d’enseignement de la lecture qui reposent au premier chef sur l’activité motrice de l’enfant ’. Au rang de ces méthodes, on retrouve celle de Montessori, qui fait ’ tracer du doigt à l’enfant le contour de grandes lettres en papier de verre’.

En mathématiques, un sujet sur auquel le chercheur s’est également intéressé, on peut ainsi utiliser certains jouets spécifiques, à l’image de puzzles en formes de cubes, pour aider les enfants à penser différemment la discipline. ’Cette dimension concrète des sciences dures est une des faiblesses du système éducatif français, que pointent les comparaisons internationales’, explique ainsi Stanislas Dehaene au journal Le Monde. La pédagogie Montessori pourrait ainsi être une alternative au système traditionnel. Le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, s’est d’ores et déjà dit favorable à ’l’esprit Montessori’ : 

Je suis pour la créativité, la diversité des expériences. Je ne dis pas que Montessori doit être appliqué partout. D’ailleurs c’est plus l’esprit Montessori, qui doit être revisité, dans des modalités qui doivent évoluer. Au-delà du génie pédagogique qu’était Montessori, c’est sa démarche qui est importante. Quand j’étais directeur de l’enseignement secondaire, j’avais encouragé l’expérience Montessori en éducation prioritaire, gratuite, et pour des élèves défavorisés. Cela a eu un certain succès. Au lieu de voir ces expériences menées dans l’école privée comme bizarres, voire inquiétantes, j’aimerais à l’avenir qu’elles puissent être inspirantes pour le service public. En maternelle déjà, beaucoup d’écoles publiques favorisent les manipulations directes par les enfants, des parcours très personnalisés, qui s’adaptent au rythme de chaque enfant, dans un effet de compagnonnage et un esprit de liberté canalisée, avec un objectif pédagogique. Les trois sections - petite, moyenne et grande, sont par exemple mélangées, ce qui permet, comme je l’ai vu dans une classe, qu’un élève de quatre ans lise un livre à ses camarades.

À découvrir

Stanislas Dehaene : ’On ne va pas tout bouleverser. Mais il va falloir expérimenter, pour trouver de nouvelles solutions’

Stanislas Dehaene : Vers une science de la vie mentale

Ce que les nuits des méduses nous apprennent de notre sommeil

Les neurones de la lecture par Stanislas Dehaene

Tags : éducation Education Nationale système éducatif Jean-Michel Blanquer Stanislas Dehaene neurosciences psychologie cognitive sciences cognitives Sciences

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Source : https://www.franceculture.fr/sciences/stanislas-dehaene-en-cinq-idees

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Sélection d’articles sur l’éducation, l’enseignement et la pédagogie qui ont été postés sur le site ISIAS

’(Re) découvrir les différentes méthodes pédagogiques applicables dans l’enseignement et la formation ainsi que l’évaluation de l’enseignement et des élèves’ par Jacques Hallard, jeudi 24 août 2017 par Hallard Jacques - français

’L’éducation nationale est souvent critiquée sur son efficacité.’ par Jacques Hallard, dimanche 20 août 2017 par Hallard Jacques - français

’Rôle de l’éducation pour la formation aux notions d’intérêt général et de bien commun ’ par Jacques Hallard, mercredi 30 novembre 2016 par Hallard Jacques - français

’Les pratiques d’apprentissage à l’école … et ailleurs, à partir de l’observation du cerveau par les neurosciences, et à l’aide des technologies de l’information et de la communication pour l’enseignement (TICE), des formations en ligne ouvertes à tous ou MOOC (de l’anglais ‘massive open online course’) et des ‘classes inversées’’ par Jacques Hallard, samedi 2 décembre 2017 par Hallard Jacques - français

’Regards sur la philosophie sociale de Martin Luther, précurseur de la laïcité ‘à la française’ et au service de l’éducation’ par Jacques Hallard mercredi 4 octobre 2017 par Hallard Jacques - français

’Faut-il se réjouir, s’inquiéter ou se moquer des MOOC qui se répandent dans l’enseignement et les formations ?’ par Jacques Hallard, lundi 18 décembre 2017 par Hallard Jacques - français

’La culture est la pierre angulaire d’une société démocratique’ Mise en perspective de Jacques Attali – Partie 3. Par Jacques Hallard, dimanche 21 août 2016 par Hallard Jacques - français

’L’identité et les arts à la rescousse des cultures, des civilisations et de la paix ?’ par Jacques Hallard, mardi 16 août 2016 par Hallard Jacques - français

’Faisons donc confiance à la jeunesse et encourageons-la à réparer ce qui est cassé, pollué, gaspillé’, par Jacques Hallard, mercredi 28 décembre 2016 par Hallard Jacques - français

’Eléments d’une méthode de travail pour l’innovation, une adaptation au changement et à la transition : Partie 5 : Aptitude et rôle de leader pour entraîner un changement avec une communication bienveillante et non violente’ par Jacques Hallard, jeudi 3 août 2017 par Hallard Jacques - français

’Les méthodes d’enseignement passent du laboratoire à la classe. Les chercheurs testent des approches pour améliorer les apprentissages’ par Susan Gaidos, mercredi 4 octobre 2017 par Gaidos Susan - français

’L’apprentissage procède par des acrobaties cérébrales. Lorsque les zones neurales changent plus facilement de partenaire de communication, l’apprentissage s’améliore ’ par Laura Sanders, vendredi 13 octobre 2017 par Sanders Laura - français

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Auteur : Jacques HALLARD, Ingénieur CNAM, consultant indépendant – 20/01/2017

Site ISIAS = Introduire les Sciences et les Intégrer dans des Alternatives Sociétales

http://www.isias.lautre.net/

Adresse : 585 Chemin du Malpas 13940 Mollégès France

Courriel : jacques.hallard921@orange.fr

Fichier : ISIAS Education Enseignement Pédagogie Bien qu’encore controversés, les apports des neurosciences à la pédagogie sont féconds .4

Mis en ligne par Pascal Paquin de Yonne Lautre, un site d’information, associatif et solidaire(Vie du site & Liens), un site inter-associatif, coopératif, gratuit, sans publicité, indépendant de tout parti,

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