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"Sélection de personnages féminins de langue germanique à travers les siècles, à l’occasion de la Journée internationale des femmes le 8 mars 2018." par Jacques Hallard

samedi 3 mars 2018 par Hallard Jacques


ISIAS Histoire Culture
Sélection de personnages féminins de langue germanique à travers les siècles, à l’occasion de la Journée internationale des femmes le 8 mars 2018.
Point introductif d’actualités sur le droit de vote des femmes et sur l’égalité hommes-femmes, en particulier pour réduire les inégalités salariales
Série ‘Femmes savantes, oubliées ou célèbres’
Jacques HALLARD, Ing. CNAM – Site ISIAS – 28/02/2018

PLAN : Introduction Sommaire Auteur


Introduction

La Journée internationale des droits des femmes est célébrée chaque année le 8 mars : les Nations-Unies ont retenu pour 2018 le thème suivant : « L’heure est venue : les activistes rurales et urbaines transforment la vie des femmes ». Il en fut ainsi au cours du temps avec certains personnages féminins, grâce à leur action consciente et déterminée, des femmes souvent engagées et parfois résistantes vis-à-vis vis des pouvoirs autoritaires et abusifs de leur temps.

C’est donc un moment propice et de circonstance pour jeter un regard rétrospectif sur le sort des femmes dans l’Histoire, - et spécialement dans ce dossier, dans les pays germanophones -, mais aussi pour faire un point préalable sur le droit de vote des femmes et sur l’égalité sociale et professionnelle de nos jours, entre les hommes et les femmes, en particulier en Allemagne et, en comparaison, en France.

Pendant des siècles, le rôle de la femme dans la société allemande s’est résumé de façon un peu caricaturale et a été marqué dans la culture populaire germanophone par les ’trois mots typiques commençant par K’ : Kinder (enfants), Kirche (église) et Küche (cuisine). Parfois le quatrième ’K’ est également mentionné : Kleider (vêtements). Tout au long du 20ème siècle, cependant, les femmes ont graduellement gagné des victoires dans leur recherche pour l’égalité des droits, notamment le droit de voter ». Voir l’annexe 1 « Les femmes dans la société allemande  ».


Droit de vote et d’éligibilité concernant les femmes

L’obtention du droit de vote et d’éligibilité pour les femmes au niveau national à travers l’Europe a été très variable selon les pays. Si les femmes disposent désormais du droit de vote dans l’ensemble des pays européens, le chemin a été long. Il aura fallu environ un siècle pour que les femmes aient le même droit de vote que celui des hommes sur l’ensemble du continent. Si les Finlandaises ont obtenu des droits politiques égaux à ceux des hommes dès 1906, il faudra en effet attendre 1984 pour que le Liechtenstein fasse de même. C’est dès 1918 (à l’issue de la Première Guerre mondiale) que l’Allemagne et l’Autriche, tout comme l’Estonie, la Lettonie et la Pologne, ont obtenu le droit de vote, alors qu’il a fallu attendre 1945 (à la fin de la Seconde Guerre mondiale) pour que ce droit soit reconnu en France.

« Dans la plupart des pays européens, les femmes ont obtenu le droit de vote de manière progressive, selon des critères variables. Elles l’ont ainsi souvent obtenu au niveau local avant le niveau national. Certains pays ont également fixé d’autres critères, que ce soit un âge supérieur à celui fixé pour les hommes, comme ce fut le cas au Royaume-Uni entre 1918 et 1928 ou un niveau d’éducation minimum exigé. Dans certains cas, des critères de richesse (propriétés terriennes, imposables) et de statuts sociaux (mariées ou non, par exemple) ont également joué… » Voir l’annexe 2 – « Le droit de vote des femmes en Europe  »


En France, c’est donc seulement après la Seconde guerre mondiale que le droit de vote fut accordé aux femmes. Voir l’annexe 3 « Le droit de vote en France fut accordé aux femmes seulement le 21 avril 1944 ».


Egalité sociale et professionnelle

Les inégalités entre les hommes et femmes ont fait tout récemment l’objet d’une attention particulière et des mesures politiques ont été prises, aussi bien en Allemagne qu’en France.

En Allemagne, une nouvelle loi est entrée en vigueur le samedi 6 janvier 2018 pour tenter de réduire les inégalités salariales entre hommes et femmes ». Voir l’annexe 4 : « Allemagne : une loi pour réduire les inégalités salariales entre hommes et femmes  ».


En France, il a été mis en place un Secrétariat d’Etat chargé de l’égalité entre les femmes et les hommes (Voir les actualités sur http://www.egalite-femmes-hommes.gouv.fr/dossiers/ ). L’Egalité entre les femmes et les hommes a été déclarée grande cause nationale par le président de la République française, Emmanuel Macron, le 25 novembre 2017. Parmi les missions de ce Secrétariat d’Etat, on note l’Egalité femmes-hommes et l’Égalité professionnelle.

Plus précisément, « Marlène Schiappa, Secrétaire d’Etat en charge de l’égalité entre les femmes et les hommes, lance un dispositif de consultation publique sur l’égalité femmes-hommes à destination des internautes ». De leur côté, « Muriel Pénicaud, Ministre du Travail, Marlène Schiappa, Secrétaire d’Etat auprès du Premier Ministre chargée de l’Egalité entre les Femmes et les Hommes, Benjamin Griveaux, Secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Economie et des Finances, se sont engagés en faveur de l’égalité salariale, ainsi que pour une sensibilisation à l’entreprenariat qui s’adresse aux femmes.

Plus d’une trentaine de femmes classées dans six périodes historiques

Le sujet du présent dossier à usage didactique est centré sur une sélection – arbitraire et non exhaustive - de personnages féminins de langue germanique répertoriés à travers les siècles et qui méritent une attention particulière.

Ces femmes, que l’on peut qualifier de « savantes, oubliées ou célèbres », ont été classées par ordre chronologique de leur naissance et elles figurent dans le SOMMAIRE de ce dossier : elles ont été réparties dans 6 rubriques historiques : le Moyen-Âge, la Réforme protestante (16-17ème siècle), le Siècle des Lumières (18ème), le Romantisme au 19ème siècle, l’Empire allemand (1871-1918), le 20ème siècle avec l’endoctrinement, les brutalités et les horreurs du régime totalitaire nazi.

C’est surtout à l’intérieur de communautés religieuses que se sont tout d’abord engagées des femmes au Moyen-Âge (en allemand ‘Mittelalter‘, grosso modo entre le 6ème et le 15ème siècle). Pour une découverte de cette époque, deux sources possibles : “L‘Allemagne au Moyen Âge“ (en français) et Mittelalter (en allemand).

Plus tard dans le temps, lors de la Réforme protestante, et spécialement dans la démarche des Luthériens, (en allemand ‘Protestantische Reformation), au cours des 15ème et 16 ème siècles, c’est en tant qu’épouses de pasteurs que des femmes se sont trouvées aux avant-postes d’un courant contestataire mais pragmatique, à la fois religieux et social).

Voir à ce sujet : ’Regards sur la philosophie sociale de Martin Luther, précurseur de la laïcité ‘à la française’ et au service de l’éducation’ par Jacques Hallard, mercredi 4 octobre 2017 et Conférence de Jacques Hallard à l’Association Franco-allemande dimanche 11 février 2018 à 16h30 à la ‘Salle Municipale Mérindol’ 84000 AVIGNON ISIAS Histoire Pédagogie,mardi 9 janvier 2018.

Dans les pays germaniques, des femmes ont aussi fait bouger les lignes à l’époque des Lumières, ‘die Aufklärung’ [en allemand] en Allemagne, au 18ème siècle, et d’autres furent émancipées à partir de la bourgeoise allemande à l’époque du romantisme.

Ces périodes des Lumières et du romantisme mérite une mention spéciale pour rendre compte du parcours osé et original de nombreuses femmes à cette époque qui a été résumée ainsi : « A partir de 1750, à Hambourg, Leipzig puis Berlin, les idées des Lumières allemandes se diffusent : c’est l’Aufklärung, bien mise en relief par Emmanuel Kant (Immanuel en allemand). Mais l’Allemagne se cherche un modèle historique original. Christoph Martin Wieland, s’enthousiasme pour la Grèce antique, alors que Gotthold Ephraim Lessingne ne jure que par Shakespeare. Le mouvement Sturm und Drang (Tempête et Passion), qui apparaît vers 1760, exalte le lyrisme échevelé. Les jeunes Johann Christoph Friedrich (von) Schiller et Johann Wolfgang (von) Goethe y font leurs premières armes. Mais quand Goethe arrive à Weimar, en 1775, il songe déjà à ce qui deviendra le classicisme allemand. C’est l’idéal de « l’honnête homme » que forge l’expérience de la vie… » - Texte arrangé à partir de la source : ‘Routard.com’.

Par la suite, la période dite du romantisme allemand est souvent vue comme une réaction hostile à la modernité, réaction dont l’influence culturelle expliquerait la « voie allemande » du XIXe siècle, et qui aurait favorisé la dérive totalitaire ». L’auteure Rüdiger Safranski a tenté de nuancer cette représentation, notamment en élargissant considérablement le cadre chronologique de son objet. Voir sa contribution à l’annexe 5 parue sous le titre :  » À la recherche du « romantique » allemand ».

La période du romantisme allemand est aussi dépeinte ainsi à grands traits : « À Iéna, vers 1800, on cultive l’ironie (le Witz) mais on se passionne pour le merveilleux, la magie, le magnétisme animal. On redécouvre un Moyen Âge très stylisé. Novalis [de son vrai nom Georg Philipp Friedrich, Freiherr (en français, « baron ») von Hardenberg], ouvre la porte à Nerval, à Lautréamont et aux surréalistes. Terre de contes et légendes, l’Allemagne trouve avec les frères Grimm ses meilleurs illustrateurs. Après la chute de Napoléon, une « seconde génération » romantique apparaît. Sur le Rhin, l’atmosphère est plus mystique qu’à Berlin. Dès 1890, l’agitation sociale va imposer un style naturaliste. Frank Wedekind signe au théâtre de violentes satires. Une première génération expressionniste prophétise l’apocalypse de 1914 : elle y disparaîtra elle-même... » - Source ‘Rourard.com’.


Une belle série de grandes figures féminines, toutes nées sous l’Empire allemand (‘Deutsches Kaiserreich’ [en allemand], ou ‘Reich allemand’, de 1871 à 1918), ont tenu une place importante dans l’histoire et la culture des pays germanophobes.

Ce dossier se termine avec une note tragique, par un ensemble de femmes allemandes, nées au début du 20ème siècle, confrontées au régime totalitaire nazi et dont certaines sont entrées - au péril de leur vie - en résistance face à la montée en puissance de ce régime totalitaire nazi au cours des années 1930-1940.

« L’engagement, certes minoritaire, des femmes allemandes dans la résistance est à mettre en rapport avec leur émancipation et leur politisation qui restèrent faibles. Elles ont bien obtenu le droit de vote dès 1919 et, sous la République de Weimar, environ 50 % d’entre elles ont eu une occupation professionnelle », selon une note intitulée : « Ces allemandes qui résistèrent au régime nazi  », datée du 1e septembre 2009 et publiée dans Le blog de Philippe Poisson [« Articles à votre disposition concernant l’Histoire de la Police, de la Gendarmerie, des Galères, des Bagnes maritimes et coloniaux, des Prisons, des colonies correctionnelles, des maisons de correction, des Hospices, des Hôpitaux… en passant par de nombreux articles consacrés à l’histoire du vêtement, à l’histoire de la vie quotidienne, des portraits de femmes et d’hommes qui ont traversé « l’Histoire » et « la petite Histoire »] - Source : http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-35532888.html

Pour plus de détails sur ce dernier point, consulter « La résistance allemande au nazisme - Figures mythiques de la Résistance allemande - Des héros qui cachent la forêt - Posez la question autour de vous : “Quelle résistance allemande à Hitler” et vous obtiendrez un souvenir hésitant : Stauffenberg ?… La Rose blanche ? Le prisme courant par lequel on pense pouvoir examiner la Résistance est celui du temps de la guerre et de l’Occupation. On retiendra donc essentiellement les événements qui se sont déroulés durant la guerre… la période où les actes de résistance allemande contre le nazisme ont probablement été les moins nombreux, si ce n’est évanescents… » Article complet sur le site FAFA/VDFG (Fédération des Associations Franco-Allemandes pour l’Europe) : https://www.fafapourleurope.fr/memoire/la-resistance-allemande-au-nazisme/

Voir aussi « La résistance allemande au nazisme  » (1933-1945).

Ce panorama historique de ces femmes, toutes de langue germanique – sauf une -, qualifiées ici de ‘savantes, oubliées ou célèbres’, démontre la place importante qu’elles ont tenu, ainsi que leurs contributions spirituelles, culturelles, identitaires et artistiques, qui furent essentielles aux civilisations européennes et à des tentatives toujours renouvelées de pacification des territoires concernés.

Ce travail constitue une suite à nos dossiers antérieurs :

’L’identité et les arts à la rescousse des cultures, des civilisations et de la paix ?’ par Jacques Hallard, mardi 16 août 2016.

’La culture est la pierre angulaire d’une société démocratique’ Mise en perspective de Jacques Attali – Partie 3. Par Jacques Hallard, dimanche 21 août 2016.

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Sommaire

1. Nations Unies - Journée internationale des femmes 8 mars - Thème 2018 — « L’heure est venue : les activistes rurales et urbaines transforment la vie des femmes »

2. Le temps des religieuses engagées au Moyen-Âge (‘Mittelalter‘ en allemand, entre 6ème et 15ème siècle)

Annexe 2 - Le droit de vote des femmes en Europe

Annexe 3 - Le droit de vote en France fut accordé aux femmes seulement le 21 avril 1944.

Annexe 4 - Allemagne : une loi pour réduire les inégalités salariales entre hommes et femmes

Annexe 5 - À la recherche du « romantique » allemand

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1.
Nations Unies - Journée internationale des femmes 8 mars - Thème 2018 — « L’heure est venue : les activistes rurales et urbaines transforment la vie des femmes »

Cette année 2018, la Journée internationale des femmes s’inscrit dans le fil d’un mouvement mondial sans précédent en faveur des droits des femmes, de l’égalité et de la justice. Le harcèlement sexuel, la violence et la discrimination à l’encontre des femmes ont fait la une des médias et ont fortement suscité un débat public stimulé par une détermination affirmée à instaurer un changement. 

Dans le monde entier, des personnes se mobilisent pour un avenir plus équitable. Cette mobilisation a pris la forme de marches et de campagnes mondiales, dont la campagne #MeToo aux États-Unis d’Amérique et les actions équivalentes menées dans d’autres pays, protestant contre le harcèlement sexuel et la violence.

La Journée internationale des femmes 2018 est l’occasion de transformer cette dynamique en action, de favoriser l’autonomisation des femmes dans tous les contextes – ruraux et urbains – et de célébrer les activistes qui travaillent sans relâche à revendiquer les droits des femmes et à réaliser leur plein potentiel. Le 8 mars, joignez-vous aux activistes du monde entier et à ONU Femmes pour saisir cette occasion de célébrer, d’agir et de transformer partout la vie des femmes. L’heure est venue.

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Source : http://www.un.org/fr/events/womensday/

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2.
Le temps des religieuses engagées au Moyen-Âge

A.
Lioba de Tauberbischofsheim, bénédictine missionnaire

Lioba de Tauberbischofsheim, née entre 700 et 710 dans le Wessex, en Angleterre et décédée le 782 à Schornsheim (Hesse rhénane), était une religieuse bénédictine d’origine anglo-saxonne, missionnaire dans les pays germaniques.

Lioba1, en langue germanique veut dire « amour, bonté » (cf. allemand Liebe, anglais love), c’est un surnom que ses parents lui ont donné, en plus du nom anglo-saxon « Truthgeba », parce que tout le monde l’aimait.

Sommaire

Sainte Lioba (ou sainte Liobe), enfant d’une famille noble très croyante, fut une disciple de Saint Boniface, son oncle. Elle entra très tôt dans le monastère de Wimborne (Wimborne Minster), où moines et moniales bénédictins formaient une même communauté, pour son éducation, puis se rendit avec Walburge en Germanie à la demande de Boniface.

Liobe fonda son premier monastère à Tauberbischofsheim, un soutien silencieux pour les missionnaires. Une amitié profonde la lia à Boniface, qu’elle aida à évangéliser les pays germaniques. À la mort de Boniface, elle se retira comme abbesse de Tauberbischofsheim pour mener une vie de solitaire avec quelques compagnes.

Elle passa les dernières années de sa vie dans la prière et la solitude. Elle mourut en 782 et fut enterrée dans le chœur est de la collégiale de l’abbaye de Fulda. Vers 820, Eigil de Fulda fit transférer ses reliques à la basilique de Ratgar (avec l’autorisation de Haistulph, l’archevêque de Mayence), où elles furent placées dans la nef sud à côté de l’autel de saint Ignace.

Article complet sur ce site : https://fr.wikipedia.org/wiki/Lioba_de_Tauberbischofsheim

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B.
Thècle de Kitzingen, abbesse éducatrice des enfants

Sainte Thècle de Kitzingen, née en Angleterre, morte vers 790 à Kitzingen, était une religieuse bénédictine. Elle était de la famille de saint Boniface, évangélisateur des Germains, et quitte selon ses directives l’abbaye de Wimborne (Dorset) avec sainte Lioba de Tauberbischofsheim pour se rendre au royaume carolingien des Francs. Elles fondent l’abbaye de Tauberbischofsheim. Sainte Thècle devient abbesse des abbayes de Kitzingen et d’Ochsenfurt, après la mort vers 750 de l’abbesse Hadeloge de Kitzingen. Elle est invoquée pour l’éducation des enfants. Sa fête locale est le 15 octobre.

Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A8cle_de_Kitzingen

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C.
Hildegarde de Bingen, abbesse compositrice

Hildegarde de Bingen (en allemand : Hildegard von Bingen), née le 16 septembre 1098 à Bermersheim vor der Höhe près d’Alzey (Hesse rhénane) et morte le 17 septembre 1179 à Ruppertsberg (près de Bingen), est une religieuse bénédictine mystique, compositrice et femme de lettres franconienne, sainte de l’Église catholique du XIIe siècle1. Elle est aussi connue sous le nom de Hildegarde de Ruppertsberg.

Le 10 mai 2012, le pape Benoît XVI étend le culte liturgique de sainte Hildegarde à l’Église universelle, dans un processus connu sous le nom de « canonisation équipollente », ou canonisation équivalente. Le 28 mai 2012, Benoît XVI annonce la proclamation d’Hildegarde de Bingen comme docteur de l’Église, qui a eu lieu le 7 octobre 20122,3, faisant d’elle la quatrième femme docteur de l’Église après Catherine de Sienne, Thérèse d’Avila et Thérèse de Lisieux. Cette reconnaissance est la plus haute de l’Église catholique, affirmant par là-même l’exemplarité de la vie mais aussi des écrits d’Hildegarde comme modèle pour tous les catholiques4,5.

Sommaire

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D.
Agnès II de Quedlinbourg, artiste copiste et enlumineuse

Reproduction d’une pièce de monnaie émise par Agnès II

Agnès II de Meissen abbesse de Quedlinbourg (né vers le 19 juin 1145 à Meißen, morte le 22 janvier 1203 (à 57 ans) à l’Abbaye de Quedlinbourg) est une aristocrate allemande, membre de la Maison de Wettin. Elle est abbesse de l’abbaye de Quedlinbourg de 1184 à sa mort en 1203. Elle est aussi connue pour son travail de copiste et d’enlumineur ainsi que pour son encouragement à la création d’œuvres d’art.

On trouve dans sa fratrie les personnages suivants : Adélaide de Wettin Frédéric Ier de Brehna Henri Ier de Wettin Thierry II de Lusace Othon Ier le Riche Dedo III de Lusace

Article complet à lire sur ce site : https://fr.wikipedia.org/wiki/Agn%C3%A8s_II_de_Quedlinbourg

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E.
Herrade de Landsberg, abbesse artiste, encyclopédiste et éducatrice

Reproduction

Herrade de Landsberg (ou Herrade de Hohenbourg ou Herrade dite de Landsberg) née entre 1125 et 1130, morte le 25 juillet 1195 à Hohenbourg / Mont Sainte-Odile, était abbesse, poète, enlumineuse, écrivaine, philosophe et encyclopédiste.

Biographie

On a longtemps pensé qu’elle était issue de la noble famille alsacienne de Landsberg, mais ce n’est pas affirmé et on utilise les termes de Herrade de Hohenbourg (du nom du Mont Sainte Odile à cette époque) ou encore Herrade dite de Landsberg (pour poursuivre l’usage). Herrade succéda à Rélinde à la tête du couvent de Hohenbourg (mont Sainte-Odile en Alsace), dont elle fut abbesse de 1167 à 1195. C’est par Rélinde qu’Herrade fut initiée à la culture des lettres et des beaux-arts1. Cet ancien couvent de bénédictines était devenu une collégiale augustinienne avec observation stricte de la règle pour les 47 moniales. La congrégation comprenait également 13 converses qui n’étaient pas soumises aux mêmes règles que les autres.

Illustration - Autoportrait d’Herrade de Landsberg tenant un parchemin où est écrit un de ses poèmes, vers 1180

Herrade dite de Landsberg achève la restauration du couvent, entamée par l’abbesse Rélinde et le roi Frédéric Ier, et obtient l’installation de prémontrés dans l’abbaye de Niedermunster situé dans un vallon au pied du mont Sainte-Odile.

Herrade dite de Landsberg devint célèbre en tant qu’auteure et illustratrice de l’Hortus deliciarum (Le Jardin des délices), composé entre 1169 et 1175. Première encyclopédie écrite par une femme, c’était un superbe manuscrit à vocation essentiellement didactique et de formation de ces moniales, formant ainsi un tout premier recueil à l’intention exclusive de la formation des femmes.

Herrade écrivait également des poèmes. Dans l’enluminure la représentant, sur le parchemin qu’elle tient dans les mains, on trouve notamment les vers suivants :

Ô vous, fleurs blanches comme la neige, qui répandez le parfum de vos vertus, en dédaignant la poussière terrestre, persistez dans la contemplation des choses célestes, ne cessez pas de vous hâter vers le ciel, où vous verrez, face à face, l’Époux caché à vos regards.

L’image d’Herrade qui se dégage de cet ouvrage est à la fois « une abbesse consciente de l’importance de son rôle, une femme dévote qui a la gaieté d’une jeune fille, une mère qui prend bien soin de ses filles et l’amoureuse fiancée mystique du Christ2 ». La tristesse est bannie de son monde, elle veut être entourée de visages jeunes et beaux3.

L’Hortus deliciarum, codex de 330 folios recto-verso, fut détruit lors du bombardement de la bibliothèque de Strasbourg le 23 août 1870. Fort heureusement, il a été copié à plus de 80% tant pour les textes que les dessins, et il est possible d’accéder à des ouvrages ou des sites Internet présentant tout ou partie de l’ouvrage. Le Directeur du Mont Sainte Odile, le chanoine Augustin Christen, consacra son temps de retraite à faire redessiner et mettre en couleur toutes les images connues par les soins d’une dessinatrice de Colmar Mme Claudia Tisserand-Maurer et cet ouvrage a été publié par les Éditions Coprur à Strasbourg dès 1978. De nombreuses images du codex sont accessibles sur le web et dans différents ouvrages.

Contributions

Pédagogie

L’œuvre principale d’Herrade, l’Hortus deliciarum, était essentiellement à vocation pédagogique. Il a été conçu pour guider les religieuses chargées de l’enseignement des jeunes filles d’Holienburg 4. Il est en effet rédigé en latin, avec quelques notes explicatives en allemand et, surtout, très richement illustré afin d’aider les enseignantes à rendre l’instruction plus ludique. Il ne semble pas avoir été conçu pour les élèves. C’est un ouvrage écrit par une femme, Herrade, pour des femmes, les religieuses enseignant aux jeunes filles de la noblesse d’Holienburg. Parmi son contenu se trouvent de nombreux extraits de textes d’auteurs religieux (dont la Bible) ou profanes5.

Poésie

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Musique

Reproduction - Notation musicale utilisée par Herrade de Landsberg dans l’Hortus deliciarum

Certains poèmes de l’Hortus deliciarum sont accompagnés d’une notation musicale ajoutée par Herrade. Elle utilise pour cela un système de notation sur portées proche de celui élaboré par Guido d’Arezzo, mais le perfectionne, y ajoutant des lignes de manière à pouvoir représenter l’ensemble de la gamme. Elle sépare également les portées utilisées pour les chants polyphoniques. On ignore cependant si cette notation musicale est une invention de sa part6.

Philosophie

Illustration de la Philosophie par Herrade de Landsberg

l’Hortus deliciarum contient une image qui permet de comprendre les inspirations philosophiques d’Herrade, ainsi que la façon dont elle hiérarchisait les savoirs.

Peinture

L’Hortus deliciarum contient 636 illustrations dont environ 9000 figures humaines, ce qui est un parti pris avant tout pédagogique de la part d’Herrade de Landsberg. Ses dessins sont le reflet des techniques et savoirs picturaux de son époque et ne sont pas particulièrement remarquables pour leurs qualités techniques. Ses illustrations comportent des erreurs de proportions, une absence totale de perspective, ce qui est tout à fait courant à cette époque.

Selon Charles Gérard dans Les Artistes de l’Alsace pendant le Moyen Âge7, c’est surtout la représentation des personnages féminins qui souffre de ces lourdeurs techniques, les représentations de visages masculins étant plus variées. Les paysages sont quasi inexistants, ils semblent volontairement écartés de ses miniatures. L’architecture est représentée de manière très conventionnelle. Par contre, elle apporte un soin très particulier au travail des étoffes, des objets du quotidien et à la représentation des mouvements de ses personnages.

En revanche, la force de ses dessins réside dans leur fantaisie. Le recours au fantastique est quelque chose de relativement rare au cours du XIIe siècle dans la peinture occidentale8, en tout cas de la manière dont le fait Herrade.

La conception des dessins d’Herrade ainsi que sa façon de mettre en page est très créative, énergique et innovante.

Sciences

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Histoire

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Iconographie

Médaillon d’Herrade sur la façade de la BNUS

Herrade de Landsberg figure en médaillon sur la façade de la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg (BNUS), construite par les Allemands à la fin du XIXe siècle9.

Annexes

Notes et références

Sur les autres projets Wikimedia :

Une Œuvre de Herrade de Lndsberg : ‘Hortus Deliciarum

Selon Wikipédia : « L’Hortus Deliciarum est un manuscrit, une encyclopédie chrétienne, réalisée entre 1159 et 1175 par Herrade de Landsberg (aussi appelée Herrade de Hohenbourg), et ses moniales au couvent de Hohenbourg (mont Sainte-Odile), dont l’original a été détruit. C’est la première encyclopédie connue qui ait été réalisée par une femme. Cet ouvrage en latin résume les connaissances théologiques et profanes de l’époque.

Le manuscrit original, qui avait été transféré à la bibliothèque de Strasbourg lors de la Révolution française, a été détruit lors de l’incendie de la bibliothèque en 1870, au cours de la guerre franco-prussienne. Les miniatures nous sont connues par des copies partielles effectuées par Christian Moritz Engelhardt et par le comte Auguste de Bastard d’Estang. Dans la plupart des cas, les légendes originales ont été ignorées lors de la copie (voir la section #Reconstruction de l’original) de la miniature… » Article complet à lire sur ce site : https://fr.wikipedia.org/wiki/Hortus_deliciarum

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F.
Edwige d’Andechs et de Silésie ou Jadwiga Śląska, Duchesse de Pologne

Sainte Hedwige de Silésie (1174, Andechs, Bavière -14 octobre 1243, Trebnitz (Silésie), aujourd’hui Trzebnica (Pologne) est née sous le nom d’Edwige d’Andechs et est connue en Pologne sous le nom de Jadwiga Śląska. Elle est la patronne de Berlin, de la Silésie et de sa capitale Wrocław, (l’ancienne Breslau), de Trzebnica (l’ancienne Trebnitz), du diocèse de Görlitz, d’Andechs en Bavière et de Cracovie en Pologne.

Sommaire

Edwige de Silésie est la fille de Berthold IV von Diessen, comte d’Andechs et duc de Méranie, comte de Tyrol et prince de Carinthie et d’Istrie, et de son épouse Agnès de Wettin Misnie. Sa sœur Gertrude a épousé André II, roi de Hongrie. De ce mariage est née Élisabeth de Hongrie. Sa sœur Agnès a épousé Philippe Auguste, roi de France. Sa sœur Mechtilde, est devenue abbesse de Kissingen1.

Edwige est élevée à l’abbaye des Bénédictines de Kitzingen. À 12 ans, elle épouse Henri Ierle Barbu, duc de Silésie, qui deviendra en 1232 duc de Cracovie. De ce mariage sont issus sept enfants, dont Henri II le Pieux qui sera tué à la bataille de Legnica en 12411. Edwige et son époux vécurent d’une manière très pieuse. Elle a une vie exemplaire, aidant les nécessiteux, marchant pieds-nus en toute saison, distribuant sa fortune à l’Église et aux pauvres.

Après la mort de son mari en 1238, Edwige se retire à l’abbaye des cisterciennes de Trebnitz, dont sa fille Gertrude est l’abbesse2, aujourd’hui Trzebnica, fondée par elle en 1202. C’est là qu’elle décède le 14 octobre 1243 et où elle a été inhumée. Certaines de ses reliques sont conservées à l’abbaye d’Andechs1. Edwige est canonisée en 1267 par le pape Clément IV. Sainte Hedwige de Silésie est fêtée le 16 octobre1.

Elle est la patronne de Berlin, de la Silésie et de sa capitale Wrocław, (l’ancienne Breslau), de Trzebnica (l’ancienne Trebnitz), du diocèse de Görlitz, d’Andechs et de Cracovie.

Mariage et descendanceReproduction  : Henri Ier avec sa famille. Assis au centre : Henri et son épouse Edwige. Debout, de gauche à droite : Gertrude, Agnès, Henri et Boleslas. Sophie et Conrad assis au premier plan. Vers 1186, Edwige épouse Henri Ier, dit le barbu. Ils eurent 7 enfants : Agnès (1190 – avant 11 mai 1214) - Boleslas (1191 – 10 septembre 1206/08) - Henri II le Pieux (1196 – mort à la bataille de Legnica, le 9 avril 1241) - Conrad le Frisé (vers 1191/1198 – 4 septembre 1213). - Sophie (1200 – avant le 23 mars 1214) - Gertrude (1200 – 6/30 décembre 1268), abbesse de Trzebnica. - Ladislas (avant le 25 décembre 1208 – 1214/17).

Notes et références

Liens externes

Autres information sur Edwige d’Andechs et de Silésie ou Jadwiga Śląska

Sainte Hedwig von Andechs (Hedwige d’Andechs) Duchesse de Silésie

Hedwige, née vers 1179, est la fille de Berthold IV von Diessen, comte d’Andechs et duc de Méranie, comte de Tyrol et prince de Carinthie et d’Istrie, et de son épouse Agnès de Wettin Misnie. Sa sœur Gertrude a épousé André II, roi de Hongrie : de ce mariage est née Élisabeth de Hongrie. Sa sœur Agnès a épousé Philippe Auguste, roi de France. Sa sœur Mechtilde, est devenue Abbesse de Kissingen. Hedwige est élevée à l’Abbaye des Bénédictines de Kitzingen. À 12 ans, elle épouse Henri Ier le Barbu, duc de Silésie ; la date précise et le lieu de la cérémonie du mariage d’Hedwige avec Henri le Barbu ne sont pas connus. Elle mit au monde sept enfants, dont quatre moururent en bas âge. Après la mort de ses frères et de son père, Henri le Barbu, comme unique successeur, accéda au pouvoir en 1202. Hedwige devint alors duchesse de Silésie. Profondément enracinée dans ce milieu, s’étant familiarisée avec la langue, ayant appris à connaître le pays et ses habitants, elle ne resta pas sans exercer une influence sur l’activité de son mari. Elle prêta son appui à des projets politiques de celui-ci et, par l’intermédiaire de ses frères et sœurs, elle lui facilita des contacts internationaux.

Non sans son initiative, sa fille Gertrude fut fiancée à Otto Wittelsbach, et les filles du roi de Bohême, Anne et Agnès, devinrent ses belles-filles. Des effets durables de sa collaboration avec son mari se manifestent à travers de nombreuses Fondations d’églises, faites dans le cadre du processus d’aménagement de nouvelles bourgades en Silésie.

La plus célèbre Fondation ducale en Silésie fut le Monastère des Cisterciennes de Trzebnica (en allemand, Trebnitz), fondé en 1202 à l’initiative d’Hedwige. Son frère Ekbert, Évêque de Bamberg, y envoya un groupe de Moniales du Monastère de la Vierge Marie et Saint-Théodore à Bamberg, avec Petrissa, ancienne éducatrice d’Hedwige, comme première Abbesse de Trzebnica. Richement dotée par Henri le Barbu, l’Abbaye commença vite à rayonner une intense Vie Religieuse. A partir de 1208, elle se peupla de Religieuses polonaises ; en 1212, la fille d’Hedwige, Gertrude, devint Cistercienne à Trzebnica et, avant 1232, elle en fut nommée Abbesse.

Les démarches d’Hedwige amenèrent en 1218 à faire admettre l’Abbaye de Trzebnica comme premier Monastère féminin dans l`Ordre de Cîteaux.
La dot importante, dont Hedwige disposait librement, lui permirent d’organiser un hôpital ambulant auprès de la cour, destiné aux pauvres, d’entretenir un hôpital pour les lépreux à Sróda, ainsi que d’organiser un hospice. Dans ses domaines, elle réduisit les redevances des paysans, faisant des provisions qui permirent de supporter plus facilement les calamités dues aux inondations et à la famine (1221-1222). Elle influença les décisions de son mari en adoucissant souvent ses jugements, ce qu’elle concevait aussi comme son devoir envers le pays.

Des événements pénibles vécus en 1208-1213 (la succession des décès de ses enfants, des adversités touchant sa lignée, l’exil de ses frères et, surtout, l’assassinat de sa sœur Gertrude, reine de Hongrie), augmentèrent chez Hedwige l’esprit d’expiation et le désir de consacrer sa vie à des actes de charité.

Après vingt années d’union, Hedwige obtint de son mari le consentement à la séparation, confirmée par un vœu solennel. Dès ce moment, elle résida au Monastère de Trzebnica, partageant avec les Religieuses les devoirs résultant de la règle. Elle prit l’habit Cistercien, mais elle ne fit pas de vœux monastiques, même après la mort d’Henri le Barbu, inspirée sûrement par la volonté de disposer librement de ses biens.

La renommée de la sainteté de sa nièce Élisabeth de Thuringe (morte en 1231, Canonisée en 1235) et la spiritualité Franciscaine l’incitaient à multiplier des pratiques expiatoires, à soigner les malades, à entourer de soins les prisonniers et les pauvres. L’invasion des Tartares en 1241, au cours de laquelle périt son fils Henri le Pieux (Henryk Pobozny) dans la bataille de Legnica (Liegnitz), fut vécue par Hedwige à Krosno sur l’Odra, ensemble avec les Moniales et sa belle-fille.

Épuisée par son activité caritative et par une rigoureuse ascèse qui de son vivant déjà lui assurèrent un grand prestige, Hedwige mourut à Trzebnica en Octobre 1243. En se basant sur la date de l’anniversaire célébré au Monastère de Trzebnica encore avant sa Canonisation, on admet comme date précise de sa mort le 14 Octobre.

Après la mort d’Hedwige, son Culte se propagea vite et des foules toujours plus grandes affluèrent auprès de sa tombe à Trzebnica, venant de Silésie, de Grande-Pologne, de Poméranie, de Lusace et de Misnie. La demande de Canoniser Hedwige, présentée par sa fille Gertrude, Abbesse de Trzebnica, et par l’épiscopat polonais, fut appuyée par des princes polonais et par le roi de Bohême.

La mort du Pape Urbain IV (Jacques Pantaleon, 1261-1264) retarda la chose mais déjà son successeur Clément IV (Guy Foulques, 1265-1268) Canonisa Hedwige le 26 Mars 1267, à Viterbe.
Au cours des temps, la Fête liturgique fut célébrée à des jours différents du 14 au 17 Octobre.-

image : http://reflexionchretienne.e-monsit... - http://missel.free.fr/Sanctoral/10/16.php.

Sainte Hedwige : Sa vie

Née vers 1179, sainte Hedwige était l’un des huit enfants [1] du de Berthold IV, comte de Diesseu-Andechs (Bavière) qui, à partir de 1180, fut prince titulaire de Méranie (Istrie) ; elle était née du son second mariage de son père, conclu après 1176 avec Agnès, fille du margrave de Misnie, Dedon V de Rochlitz.

Comme fille aînée, selon la coutume d’alors, elle reçut le nom de sa grand-mère. Son éducation, commencée à Andechs sur le lac Ammer (Ammersee) où se trouvait le château familial, se poursuivit au monastère des Bénédictines de Kitzingen sur le Main (diocèse de Wurtzbourg) où elle reçut une bonne formation intellectuelle pour l’époque, ainsi qu’une éducation religieuse soignée.

Les mœurs et la langue slaves n’étaient pas étrangères à la famille d’Hedwige, étant donné leurs biens situés en territoires slaves, les mariages des souverains de Misnie avec les Piast, et les contacts des Andechs avec des Slaves du Sud.

Par suite des changements politiques dans les Balkans, le mariage projeté d’Hedwige avec Toljen Nemanicz, fils du comes serbe Miroslaw, ne put se réaliser. Vers 1190, Hedwige, alors âgée de 12 ans, fut envoyée à Wroclaw, à la cour de prince Boleslas Wysoki (Boleslas le Haut) dont elle devait épouser le fils, Henryk Brodaty [2] (Henri le Barbu).

Cette union devait procurer à l’Empereur un nouveau partisan et, en même temps, porter les souverains de la Bohême et de la Hongrie, apparentés avec les Piast de la lignée silésienne, à quitter la coalition de Welfowie, hostile à l’Empereur. La date précise et le lieu de la cérémonie du mariage d’Hedwige avec Henri le Barbu ne sont pas connus.

La première dizaine d’années de son séjour en Pologne s’écoula sous le signe de la vie de famille et de cour. Elle mit au monde sept enfants, dont quatre moururent en bas âge [3]. A la cour de Silésie régnaient les coutumes polonaises. Hedwige fut entourée de Polonais, bien qu’il ne manquât sûrement pas de demoiselles d’honneur et d’hommes d’Église venus de sa patrie. Après la mort de ses frères et de son père, Henri le Barbu, comme unique successeur, accéda au pouvoir en 1202. Hedwige devint alors duchesse de Silésie.

Profondément enracinée dans ce milieu, s’étant familiarisée avec la langue, ayant appris à connaître le pays et ses habitants, elle ne resta pas sans exercer une influence sur l’activité de son mari.

Elle prêta son appui à des projets politiques de celui-ci et, par l’intermédiaire de ses frères et sœurs, elle lui facilita des contacts internationaux. On trouve aussi des marques de ses initiatives et d’actions autonomes. En 1229, quand à la suite de la lutte avec Conrad Mazowiecki pour le trône de Cracovie, Henri le Barbu fut fait prisonnier, Hedwige joua le rôle d’intermédiaire et obtint la libération de son mari.

Les négociations furent confirmées par le contrat conjugal prévoyant le mariage de ses deux petites-filles avec les fils de Conrad. Non sans son initiative, sa fille Gertrude fut fiancée à Otto Wittelsbach, et les filles du roi de Bohême, Anne et Agnès, devinrent ses belles-filles.

Des effets durables de sa collaboration avec son mari se manifestent à travers de nombreuses fondations d’églises, faites dans le cadre du processus d’aménagement de nouvelles bourgades en Silesie. La plus célèbre fondation ducale en Silésie fut le Monastère des Cisterciennes de Trzebnica (en allemand, Trebnitz), fondé en 1202 à l’initiative d’Hedwige.

Son frère Ekbert, Évêque de Bamberg, y envoya un groupe de Moniales du Monastère de la Vierge Marie et Saint-Théodore à Bamberg, avec Petrissa, ancienne éducatrice d’Hedwige, comme première Abbesse de Trzebnica.

Richement dotée par Henri le Barbu, l’abbaye commença vite à rayonner une intense Vie Religieuse. A partir de 1208, elle se peupla de Religieuses polonaises ; en 1212, la fille d’Hedwige, Gertrude, devint Cistercienne à Trzebnica et, avant 1232, elle en fut nommée Abbesse.

Les démarches d’Hedwige amenèrent en 1218 à faire admettre l’abbaye de Trzebnica comme premier Monastère féminin dans l`Ordre de Cîteaux.

La dote importante dont Hedwige disposait librement, constituée par les domaines de Zawon et de Jawon et par la châtellenie de Wlen, lui permirent d’organiser un hôpital ambulant auprès de la cour, destiné aux pauvres, d’entretenir un hôpital pour les lépreux à Sróda, ainsi que d’organiser un hospice.

Dans ses domaines, elle réduisit les redevances des paysans, faisant des provisions qui permirent de supporter plus facilement les calamités dues aux inondations et à la famine (1221-1222). Elle influença les décisions de son mari en adoucissant souvent ses jugements, ce qu’elle concevait aussi comme son devoir envers le pays.

Des événements pénibles vécus en 1208-1213 (la succession des décès de ses enfants [4], des adversités touchant sa lignée, l’exil de ses frères et, surtout, l’assassinat de sa sœur Gertrude, reine de Hongrie), augmentèrent chez Hedwige l’esprit d’expiation et le désir de consacrer sa vie à des actes de Charité.

Après vingt années d’union, Hedwige obtint de son mari le consentement à la séparation, confirmée par un vœu solennel. Dès ce moment, elle résida au Monastère de Trzebnica, partageant avec les religieuses les devoirs résultant de la règle. Elle prit l’habit Cistercien, mais elle ne fit pas de vœux Monastiques, même après la mort d’Henri le Barbu, inspirée sûrement par la volonté de disposer librement de ses biens.

La renommée de la sainteté de sa nièce Élisabeth de Thuringe (morte en 1231, Canonisée en 1235) et la spiritualité Franciscaine l’incitaient à multiplier des pratiques expiatoires, à soigner les malades, à entourer de soins les prisonniers et les pauvres. Au-delà de la dévotion pour Le Christ, elle avait un culte particulier pour la Mère de Dieu, ne se séparant jamais de sa petite statuette gothique.

De son goût pour la liturgie témoignent de précieuses reliques : le Psautier de Trzebnica [5], enluminé et les « Offices de Sainte Hedwige [6]. »

L’invasion des Tartares en 1241, au cours de laquelle périt son fils Henri le Pieux (Henryk Pobozny) [7], dans la bataille de Legnica (Liegnitz), fut vécue par Hedwige à Krosno sur l’Odra, ensemble avec les moniales et sa belle-fille.

Epuisée par son activité caritative et par une rigoureuse ascèse qui de son vivant déjà lui assurèrent un grand prestige, Hedwige mourut à Trzebnica en octobre 1243. En se basant sur la date de l’anniversaire célébré au Monastère de Trzebnica encore avant sa Canonisation, on admet comme date précise de sa mort au 14 octobre. Après la mort d’Hedwige, son culte se propagea vite et des foules toujours plus grandes affluèrent auprès de sa tombe à Trzebnica, venant de Silésie, de Grande-Pologne, de Poméranie, de Lusace et de Misnie.

La demande de Canoniser Hedwige, présentée par sa fille Gertrude, abbesse de Trzebnica, et par l’épiscopat Polonais, fut appuyée par des princes Polonais et par le roi de Bohême. La mort du Pape Urbain IV retarda la chose mais déjà son successeur Clément IV Canonisa Hedwige le 26 mars 1267, à Viterbe, en fixant sa Fête patronale au 15 Octobre.

L’ouverture de la tombe et l’élévation des reliques eurent lieu le 17 Août 1267, suivies le 25 Août 1269 par la translation solennelle dans une nouvelle chapelle gothique, fondée par un petit-fils d’Hedwige, Ladislas, Archevêque de Salzbourg et administrateur de l’évêché de Wroclaw.

A la demande du roi de Pologne, Jean Sobieski, le Pape Innocent XI étendit en 1680 le culte d’Hedwige à toute l’Église Catholique. C’est de cette époque-là que date le sarcophage avec la statue d’Hedwige en albâtre, commandé par l’Abbesse Christine Pawlowska de Wierzbno. Sainte Hedwige de Silésie est fêtée le 16 octobre.

Source : http://reflexionchretienne.e-monsite.com/pages/vie-des-saints/octobre/sainte-edwige-religieuse-duchesse-de-silesie-1174-1243-fete-le-16-octobre.html^ù

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3.
Les opposantes aux pouvoirs dominants (papauté et empereur) lors de la réforme protestante

En guise d’introduction à ce chapitre, voir : « Strasbourg et les femmes publicistes du XVIe siècle  », par Anne-Marie Heitz, Historienne. Docteur en théologie protestante, pages 169-193 In « Revue d’Alsace’, Fédération des Sociétés d’Histoire et d’Archéologie d’Alsace. 134 

Résumés {{}}Français English Deutsch - de l’article intégralLa Réformation a apporté de profondes modifications à la vie des femmes au XVIe siècle. A Strasbourg, des femmes ont su à la fois profiter des avantages que leur procurait la Réformation et utiliser les arguments évangéliques pour se créer de nouveaux rôles. Certaines n’ont ainsi pas hésité à intervenir dans la sphère publique, qui leur était pourtant fermée à cette époque.

Citation de l’auteure : « Vous entendrez clairement et publiquement, combien nos femmes sont peu silencieuses » 1.

1 Elles pouvaient s’exprimer dans le cadre privé notamment, mais également lorsque leur titre ou leur fonction sociale leur permettait de s’adresser à des hommes. Voir à ce sujet la belle étude de Claire THIELLET, Femmes, Reines et Saintes (Ve-XIe siècle), Paris, 2004.

Extraits de l’étude

« La prédication et l’enseignement des laïcs, tolérés au haut Moyen Âge dans des cas bien précis, y compris pour certaines femmes 2, furent restreints de manière de plus en plus radicale à partir des XIIe et XIIIe siècles 3. En raison de l’ampleur prise par des mouvements dissidents qui acceptaient – voire encourageaient – les prises de parole laïques, mais aussi de l’émergence croissante de pseudo-prophètes en ces temps de crise d’autorité, l’Église fut amenée à renforcer les interdits concernant les prises de parole publiques. Les laïcs, s’ils ne cessèrent pas tous de prêcher et d’enseigner, furent moins nombreux à oser s’exprimer ouvertement, et ce jusqu’au moment de la Réformation, où de nouvelles perspectives s’ouvrirent à eux ».

2 « Les deux traités de Martin Luther de 1520, De la liberté du chrétien 4 et l’Appel à la Noblesse chrétienne de la Nation allemande 5, jouèrent un rôle primordial dans ce regain des interventions laïques. Le Réformateur de Wittenberg y énonça des principes théologiques fondamentaux, qui contribuèrent à créer un contexte favorable à la prédication des laïcs : chaque chrétien est justifié par la grâce de Dieu, chacun doit entendre la Parole de Dieu, chacun est appelé à une vie sainte et à une vocation chrétienne, que ce soit dans les offices de l’Église ou dans la vie quotidienne6. Luther mit particulièrement en avant l’autorité des Écritures, aux dépens de toute parole d’origine humaine, et rejeta la distinction hiérarchique qui opposait clercs et laïcs7. Cet dernier argument du Réformateur fut largement propagé, alors que ses réserves et ses restrictions relatives aux paroles publiques des laïcs – notamment au sujet de leur caractère exceptionnel – ne furent pas toujours entendues ou acceptées.

  • 8 Nous exclurons ici les interventions des femmes des mouvements dissidents, (...)
    3 Grâce à la large diffusion de ces écrits de Luther, à l’alphabétisation qui touchait de plus en plus de femmes et à l’accès à la Bible pour toutes les bourses, les femmes ressentirent qu’elles n’étaient plus exclues des débats théologiques. Aussi certaines d’entre elles décidèrent de s’exprimer publiquement sur des questions religieuses 8.

4 Nous nous concentrerons, dans cette étude, sur les textes de trois femmes qui vécurent à la même époque, et qui ont eu un lien avec Strasbourg : Catherine Zell, Argula von Grumbach von Stauffen, dont le pamphlet le plus réputé connut une édition dans la cité alsacienne, et la francophone Marie Dentière qui vécut à Strasbourg avant de s’y marier.

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G.
Catherine de Bore ou Katharina von Bora, none cistercienne puis épouse du théologien saxon Martin Luther

Catherine de Bore ou Katharina von Bora, née le 29 janvier 1499 à Lippendorf, décédée le 20 décembre 1552 à Torgau, fut l’épouse de Martin Luther.

Jeunesse

Issue d’une famille de la petite noblesse de Saxe, dès l’âge de cinq ans, Katharina est placée par ses parents dans un couvent de bénédictines. Pour ses parents appauvris, ce placement semble la seule chance d’une éventuelle ascension sociale. Dans cet univers peu familier, Katharina retrouve d’autres fillettes qui, comme elle, sont soumises à la règle bénédictine. Il faut se lever tôt pour participer aux offices et à la vie austère du couvent. En 1508, à la mort de son épouse, Hans von Bora confie sa fille à l’abbaye cistercienne de Nimbschen, au sud de Grimma. Sous la direction de sa tante et abbesse Margaretha von Haubitz, Katharina y apprend à lire et à écrire. Quelques notions de latin lui permettent de parfaire sa formation et en 1515, elle prononce ses vœux de nonne.

Une fuite mémorable

En 1521, Martin Luther1 avait publié le De votis monasticis, déclarant que rien dans les écritures ne justifiait l’existence du monachisme et que les vœux prononcés par les religieux n’avaient aucune valeur. À Pâques 1523, grâce à un voiturier qui vient livrer du poisson à l’abbaye, Katharina et onze de ses consœurs peuvent se dissimuler dans des caques de poisson et franchir en cachette les portes de l’abbaye. Des complices extérieurs attendent les évadées et leur permettent de trouver des refuges. À Wittenberg, Katharina est hébergée par Barbara Brengebier, épouse du peintre LucasCranach l’Ancien depuis 1512. Chez ce dernier qui s’était lié d’amitié avec Philippe Melanchthon et Martin Luther, Katharina va rencontrer son futur époux.

Mariage avec Martin Luther

Illustration - Le 13 juin 1525, Katharina et Martin fêtent leurs fiançailles et deux semaines plus tard leur mariage en présence des témoins Barbara et Lucas Cranach. Johann Friederich von Wittenberg, le prince électeur (Kurfurst) de Saxe, met à la disposition du jeune couple le monastère augustin désaffecté de Wittenberg. Katharina qui n’a rien perdu de son dynamisme et de ses acquis de nonne cistercienne y pratique la pisciculture, l’apiculture, le travail de la terre, l’élevage de volailles, le brassage de la bière … l’entretien et la réfection des bâtiments, l’hébergement des étudiants de son époux qui, quant à lui, gagne sa vie en enseignant et en prêchant.

Elle aura six enfants, trois fils et trois filles :

Après la mort de Martin Luther

Malade mais soigné avec beaucoup de dévouement, Martin Luther meurt en février 1546. Dès lors, Katharina se trouve dans une situation précaire et doit même se battre contre la justice et le droit local de Saxe qui veulent l’obliger à se retirer dans un hospice pour veuves avec comme seul héritage une chaise et une robe. En cette même année 1546, la Guerre de Ligue de Smalkade l’oblige à fuir pour rejoindre Magdebourg.

De retour à Wittenberg, elle doit fuir une seconde fois en 1547 vers Brunswick puis revient au mois de juillet de la même année pour retrouver ses bâtiments délabrés et les terrains en friche. Katharina s’y réinstalle pourtant jusqu’en 1552 lorsqu’une épidémie de peste et la crise économique la font fuir pour rejoindre Torgau. Aux portes de la ville, à la suite d’un incident, les chevaux s’effarouchent et Katharina tombe de la voiture. Relevée avec une fracture du bassin et de nombreuses autres blessures, Katharina décède le 20 décembre.

Notes et références

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H.
Catherine Schütz épouse Zell, religieusement contestataire et charitable

Katharina Schütz Zell (en anglais) ou Catherine Zell, née Schütz en 1497 ou 1498 à Strasbourg et morte le 5 septembre 1562 dans la même ville, était l’épouse de Matthieu Zell. Elle s’est distinguée durant la Réforme protestante strasbourgeoise par sa verve, son non-conformisme religieux et son engagement dans les œuvres charitables.

Sommaire

Reproduction en écriture gothique  : Page de titre de l’apologie de Catherine Zell, qui justifie son mariage avec Matthieu Zell (1524).En écriture gothique.

Catherine Schütz est née entre le 15 juillet 1497 et le 15 août 1498 d’Elisabeth Gerster et d’un menuisier, Jacob Schütz1. Elle passe toute sa jeunesse à l’ombre de la cathédrale, rue du Sanglier. Ses parents l’emmènent régulièrement écouter les sermons de Jean Geiler de Kaysersberg, qui lui font grande impression. Elle a la chance d’apprendre à lire et à écrire et elle se montre tellement intéressée par la Bible imprimée que son père a achetée que, chose exceptionnelle pour une jeune fille de l’époque, elle a le droit de la lire. Elle n’est guère douée en latin, n’ayant jamais suivi de cours, mais elle semble le comprendre1. Très tôt, elle décide de consacrer sa vie à Dieu et pense rester célibataire1.

Elle se convertit à la nouvelle doctrine en 1521 ou 1522, ayant elle-même lu les écrits de Martin Luther et étant passionnée par les sermons de Matthieu Zell, le curé de la cathédrale de Strasbourg. Elle accepte la demande en mariage de ce dernier, bien qu’il soit prêtre. La cérémonie eut lieu le 3 décembre 1523 et le couple est béni par Martin Bucer2.

À partir de ce moment et jusqu’à sa mort, elle accueille dans sa maison des réfugiés de toute sorte, en particulier lors de la Guerre des paysans, mais aussi des personnes de renom, comme Zwingli ou Œcolampade3. Elle prend très souvent la défense des opprimés et se refuse à appartenir à un véritable courant religieux, ce qui lui permet de prêter l’oreille aux membres de la Réforme radicale, comme en témoigne sa grande tolérance vis-à-vis des anabaptistes. Elle se lie d’une amitié durable avec Caspar Schwenckfeld et n’hésite pas à rendre visite à Melchior Hoffman pendant son emprisonnement4. Elle écrit beaucoup et est l’une des rares femmes à avoir publié des livres au XVIe siècle en Alsace, avec Argula von Grumbach et Marie Dentière, qu’elle connait et qu’elle apprécie.

On peut juger de l’importance de Catherine Zell à Strasbourg au fait que près d’une soixantaine de documents d’époque la mentionnent5. Les personnalités de la ville jugent toutefois que Catherine Zell parle trop et qu’elle se mêle souvent de sujets qui ne la regardent pas. Bucer s’était montré particulièrement sévère à ce propos. Il affirme en effet, dans une lettre datée du 16 novembre 1533, que Matthieu Zell est « gouverné par sa femme » et que celle-ci était une personne « déchaînée qui s’aime [trop] elle-même »6. Matthieu, s’il n’était pas toujours de l’avis de sa femme, était effectivement très tolérant envers elle. Sans cet appui, jamais elle n’aurait pu s’exprimer ainsi publiquement.

Lorsque son époux décède en janvier 1548, c’est Martin Bucer qui se charge de prononcer le discours de remise à Dieu. Elle-même prononce un discours devant sa tombe. Comme elle vit très mal son veuvage, Bucer lui organise un séjour à Bâle et à Zurich, la confiant à ses collègues suisses en tant que « veuve de notre [collègue] Zell, une femme pieuse et sainte qui vient à vous, [voir] si peut-être elle peut trouver quelque adoucissement dans sa souffrance ». Lorsque quelques mois plus tard, Bucer est condamné à l’exil du fait de l’Intérim d’Augsbourg, Catherine Zell se charge de lui rendre la pareille : elle lui offre son foyer comme refuge pendant trois semaines avant son départ pour l’Angleterre7, tout comme l’avait fait son époux lors de l’arrivée des Bucer à Strasbourg.

À la mort d’Hédion, elle devient l’une des dernières figures de la première génération de réformateurs et s’efforce, malgré son âge, de contrer la rigueur doctrinale de la seconde génération. Les prédicateurs ne cessent de critiquer ses relations avec les « hérétiques ». Cependant, elle n’hésite pas à prononcer la prédication aux enterrements de deux partisanes de Schwenckfeld, Felicitas (l’épouse du médecin Jean Winther d’Andernach) et sa sœur Elisabeth. Les réformateurs de la seconde génération dénoncèrent ces actes, mais le Magistrat ne réagit pas, invoquant l’état de santé de la veuve6.

Catherine Zell finit par être emportée par la maladie le 5 septembre 1562. Sous l’ordre de Jean Marbach, les autorités religieuses de la ville se disent prêtes à procéder à son enterrement, à condition d’évoquer la part hérétique de sa foi. Les amis de la défunte, outrés, s’adressent alors à Conrad Hubert, ami de longue date des Zell, pour célébrer les funérailles. Devant le refus de ses collègues pasteurs, malgré sa position délicate au sein de l’Église, Hubert célébra l’enterrement de Catherine Zell devant plus de deux cents personnes, le 6 septembre6.

Elle est la seule femme de la Réforme qui ait pu s’exprimer publiquement durant une si longue période, de 1524 à 1562, certainement grâce à l’atmosphère de tolérance qui était caractéristique de Strasbourg pendant la première génération de réformateurs.

Œuvres

Catherine Zell fit paraître en son nom cinq textes, soit plus que son mari8, ce qui est plutôt rare pour l’époque. Ces textes sont de natures diverses, certains sont polémiques sur le plan religieux, d’autres visent plutôt à l’édification des croyants.

Lettres

Elle entretenait de nombreuses correspondances, notamment avec les grands noms de la Réforme, comme Luther. On sait également qu’elle écrivait beaucoup à Ambroise Blaurer, Melchior Ambach, Conrad Pellican, Martin Bucer et Paul Fagius. On a pu conserver plusieurs de ses lettres grâce à leur publication par Zell elle-même. À ce jour, on a recensé en tout trente lettres9.

  • Lettre de consolation adressée aux femmes de Kentzingen [archive], chassées à cause de leur foi, 22 juillet 1524
  • Lettre à Gaspard Schwenckfeld (1553) qui, du fait de sa longueur, ressemble fortement à un traité
  • Correspondance avec Louis Rabus [archive](1557), au caractère largement polémique étant donné que Rabus, surintendant à Ulm, était un représentant engagé de l’orthodoxie luthérienne 4
  • Lettre à Félix Ambruster (1558), proche à la fois du genre de la lettre de réconfort (le destinataire étant condamné à l’isolement du fait de sa maladie) et de celui d’un commentaire purement théologique (avec un commentaire didactique des Psaumes 51 et 130 et du Notre Père).
    Autres écrits
  • Une apologie (Entschuldigung Katharina Schutzinn, für Matthes Zellen,jren Eegemahel) pour justifier son mariage avec Matthieu Zell, adressée à Thomas Murner, Jean Cochlaeus et Conrad Treger (septembre 1524). Elle y écrit « Ils [les évêques et le Magistrat] condamnent les prêtres mariés ; mais aucun ne s’attaque au plus grand de tous les péchés, la sodomie, qu’ils ont protégé d’un commun accord »10.
  • La préface au recueil de cantiques de Michael Weisse (Von Chrsito Jesu [...] Lobgesäng), dont elle adapta également certaines mélodies (1534).
    Article Wikipédia complet à lire sur ce site : https://fr.wikipedia.org/wiki/Catherine_Zell

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A rapprocher d’une documentation sur son époux Matthieu Zell (1477-1548), réformateur et théologien luthérien strasbourgeois.

D’après Anne-Marie Heitz, « Catherine Schütz est née entre 1497 et 1498 dans une famille strasbourgeoise aisée 9. Elle a suivi, dans la maison paternelle, une bonne formation dans la langue vulgaire – elle ne savait en revanche guère le latin – et une éducation religieuse poussée, et ce dès l’âge de sept ans. Elle s’exerçait, selon ses dires, à la lecture de la Bible et aux devoirs pieux : cette première étape de sa vocation religieuse culmina lorsque, à l’âge de dix ans, elle décida de dédier sa vie à Dieu et de se consacrer à son prochain. Catherine raconte qu’elle a ensuite fait tout son possible pour être assurée de l’amour de Dieu, du salut, de la paix de l’âme devant Dieu, mais rien ne la soulagea, jusqu’au jour où elle entendit le message de Luther. Elle devint alors une fervente partisane du mouvement évangélique. Le premier signe de son engagement en faveur de la Réformation fut son mariage avec le prédicateur strasbourgeois Matthieu Zell, le 3 décembre 1523. Elle publia à la suite de cet événement une apologie pour justifier son union et, dès lors, elle ne cessa plus son abondante production écrite, composée d’écrits purement théologiques, mais aussi épistolaires et polémiques. Elle s’éteignit le 5 septembre 1562 ».

Éléments biographiques : Pour la biographie de Catherine Zell, voir tout particulièrement Elsie Anne McKEE, Katharina Schüt (...)

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H2.
Argula von Grumbach (1492-1563) auteure de pamphlets

Selon Anne-Marie Heitz, «  Argula von Grumbach fut, elle aussi, l’auteur de nombreux écrits, en particulier de pamphlets 10. Elle est née en 1492, dans une famille de la haute noblesse bavaroise. Lorsqu’elle eut dix ans, son père, Bernardin von Stauff, choisit de lui donner une éducation digne de son rang : après lui avoir offert une Bible illustrée en langue allemande 11, il la plaça chez une sœur de l’Empereur Maximilien, la duchesse Cunégonde, afin qu’elle y fût formée en tant que dame de cour. C’est sous cette prestigieuse tutelle qu’elle fut instruite, en langue vernaculaire. Peu après son entrée à la cour, elle perdit successivement ses parents dans un intervalle de cinq jours, sans doute en raison d’une épidémie de peste. En 1516, elle épousa Frédéric von Grumbach, qui venait d’être promu au poste de Pfleger à Dietfurt ; elle lui donna une fille et trois fils.

Dès 1520, Argula devint une fervente lectrice des écrits de Luther et, en 1523, elle écrivit son premier pamphlet en faveur des idées évangéliques, texte qui la projeta sur l’avant de la scène publique. Les conséquences de cette publication ne se firent pas attendre : son mari fut démis de ses fonctions dès le mois d’octobre 1523, et perdit de ce fait toute source de revenus. Dès lors, il se révolta contre les interventions publiques de son épouse ; ses inquiétudes financières l’aigrirent, et le rendirent même violent. Il mourut en 1529. Quatre ans plus tard, Argula épousa un comte von Schilck, partisan des idées luthériennes, mais ce mariage ne dura que deux ans, jusqu’à la mort de ce second époux. Veuve, sans héritage, Argula rencontra de nombreuses difficultés, accentuées par la perte de trois de ses enfants, Georges et Apollonia en 1539, et Jean-Georges en 1544. Malgré ces épreuves, elle demeura active et ferme dans ses convictions. Elle mourut après 1563 ».

Selon Wikipédia : « Argula von Grumbach, née von Stauffen en 1492 à Beratzhausen (Bavière) et mort le 23 juin 1568 à Zeilitzheim (de), est une réformatrice et une écrivaine allemande. Elle s’est notamment illustrée par ses pamphlets en 1523, qui sont les premiers écrits féminins en faveur de la Réforme. Reproduction de son portrait.

Biographie

Argula von Stauffen est la fille de Bernardin von Stauffen et de Katharina von Toerring. Elle naît et grandit au sein d’une famille noble dans le château de l’Ehrenfels (de) dans la commune actuelle de Beratzhausen en Bavière1. À l’âge de dix ans, son père lui offre une Bible illustrée en langue allemande2 et l’envoie chez la duchesse Cunégonde, une sœur de l’empereur Maximilien Ier afin de lui garantir une éducation digne de son rang3. Bien qu’elle n’apprit pas le latin, elle apprit ainsi à lire et à écrire en allemand. Malheureusement, peu de temps après son entrée à la cour en 15091, ses deux parents décèdent dans un intervalle de cinq jours, probablement à cause de la peste. Son oncle et protecteur, Hieronymus, est exécuté quelques années plus tard. La jeune Argula se voit donc dans l’obligation de trouver un mari au plus vite. En 1516, elle épouse Frédéric von Grumbach3. Elle lui donne une fille, Apollonia, et trois fils, Georg, Hans Georg et Gottfried4.

Reproduction - Page de titre de Wie ain Christliche Fraw des Adels [...].

Dès 1520, Argula von Grumbach se passionne pour les écrits de Martin Luther. Elle décide officiellement de prendre position en 1523, lorsque le professeur Arsacius Seehofer de l’université d’Ingolstadt est arrêté pour s’être rallié à la Réforme. Il est obligé d’abjurer (et donc de retirer ses propos). Elle écrit alors un violent pamphlet, où elle défie l’Université et propose d’organiser un débat avec ses membres. « Je ne vous ai pas écrit des commérages de femmes », dit-elle5. Elle reproche particulièrement à l’Université de ne s’être appuyée sur aucune citation de la Bible lorsqu’elle a condamné Seehofer. C’est la première fois qu’une femme milite ouvertement pour la nouvelle pensée évangélique. Ce pamphlet a un tel retentissement qu’il est publié un peu partout dans le Saint-Empire. Il est par exemple édité au cours de la même année à Strasbourg par Martin Flach3. Après ce succès, Argula écrit encore deux autres pamphlets. Elle y dénonce les pratiques du clergé et en particulier celles qui ont maintenu les femmes dans l’ignorance, leur proscrivant l’accès au savoir6.

Les conséquences de ces publications ne se font pas attendre : son mari est démis de ses fonctions de Pfleger (un poste de l’administration) à Dietfurt dès octobre 15233. Privée de sources de revenus, la famille Von Grumbach plonge dans une situation précaire. Rongé par les inquiétudes financières, Frédéric von Grumbach devient violent avec sa femme et lui interdit d’écrire. Sa santé se détériore rapidement et il décède en 1529. L’année suivante, Argula rencontre Luther à Cobourg1. En 1533, elle se remarie avec un partisan des idées luthériennes, le comte von Schilck, mais celui-ci décède à son tour deux ans à peine après leur mariage. La situation de l’écrivaine devient d’autant plus difficile qu’elle doit surmonter la perte de trois de ses enfants (Apollonia et Georg en 1539 et Hans Georg en 1544). Elle ne fait plus imprimer de textes, toutefois elle garde ses convictions et reste active, entretenant de nombreuses correspondances.

On ne sait que peu de choses sur la fin de sa vie. Pendant longtemps, on a cru qu’elle était décédée en 1554, mais il semblerait qu’elle ait vécu jusqu’en 1563. Sa tombe se trouve au cimetière luthérien de St-Sigismund à Zeilitzheim. La mémoire d’Argula von Grumbach est célébrée le 23 juin dans le calendrier des saints de l’Église luthérienne (de)1… »

Article complet avec notes et références à retrouver sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Argula_von_Grumbach

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H3.
Marie Dentière, auteure d’écrits polémiques

D’après Anne-Marie Heitz, « Concernant Marie Dentière, on ignore sa date de naissance, mais on sait qu’elle était issue de la petite noblesse 12. La famille de son père, Jérôme d’Ennetières, était établie à Tournai, au moins depuis la fin du XVe siècle. Marie y vécut jusqu’en 1521, puis elle s’engagea dans les ordres et fut nommée prieure du couvent des Augustines de l’abbaye de Près. Mais, gagnée par les idées évangéliques, elle quitta son couvent et rejoint Strasbourg au cours du mois d’octobre 1525 13. C’est là qu’elle épousa Simon Robert, ancien curé devenu pasteur, ami de Farel et connaissance de Bucer, Capiton et Zell. Le couple demeura dans la cité alsacienne jusqu’en mai 1528, avant de s’installer à Bex où Simon Robert fut pasteur jusqu’à sa mort en 1533. Marie épousa alors Antoine Froment, qu’elle alla rejoindre en 1535 à Genève avec ses cinq enfants. C’est dans cette ville qu’elle commença à publier, à partir de 1536, des écrits polémiques. Nous ne possédons en revanche pas de renseignements sur la fin de la vie de Marie ; elle serait décédée en 1561 ».

« Marie Dentière intervint deux fois – bien que plus tardivement – dans des affaires religieuses, et tout d’abord par le moyen d’un pamphlet. Dans cet écrit, La guerre et deslivrance et la ville de Genève 25 publié à Genève en 1536, Marie manifesta sa joie de voir la Réformation triompher à Genève. Son second écrit était une lettre, l’Epistre tresutile 26, adressée à Marguerite de Navarre : l’épouse de Froment souhaitait éclairer la sœur du roi, qui s’interrogeait en 1539 sur les raisons de l’expulsion de Calvin et de Farel de Genève. Cette lettre, longtemps attribuée à Froment alors que lui-même affirmait clairement que son épouse en était l’auteur 27, est aujourd’hui indéniablement reconnue comme une composition propre de Marie Dentière 28. Elle était composée de trois parties clairement distinctes : une lettre d’envoi à la reine de Navarre, un texte intitulé Défense des femmes, et l’Épître proprement dite ».

Source : http://journals.openedition.org/alsace/1008#ftn1

D’après Wikipédia, « Marie Dentière, ou d’Ennetières, née en 1495 à Tournai et morte en 1561 à Genève1, est une théologienne et réformatrice protestante, contemporaine de Calvin. Elle est particulièrement connue pour son Epistre tres utile... publié en 1539. La conviction avec laquelle elle défend la Réforme et sa perspective féministe novatrice la font considérer comme l’une des premières théologiennes laïques féministes… »

Jeunesse catholique

« Marie Dentière, fille de Jérôme d’Ennetières, est née à Tournai dans les Flandres, dans une famille relativement aisée et de petite noblesse. Elle a deux frères plus âgés. En tant que fille aînée, on l’envoie au couvent augustinien de Prés-Porchin, c’est probablement là qu’elle étudie, et elle prononce ses vœux après la mort de sa mère en 15082,3. Dès les années 1520, les nouvelles idées religieuses atteignent Tournai : les écrits de MartinLuther influencent fortement Marie Dentière qui se convertit et fuit vers 1524 à Strasbourg où se trouvaient alors de nombreux réfugiés protestants ».

Vie protestante Reproduction - Epistre tres utile...

Vaud puis Genève

« Marie Dentière épouse à Strasbourg en 1528 Simon Robert, ancien curé augustinien, membre du groupe de Meaux, et originaire de la même région de Tournai. Ils se rendent en Suisse à l’invitation de Guillaume Farel, d’abord à Bex, puis à Aigle où Simon Robert est pasteur. Ils ont au moins deux filles, nommées Marie et Jeanne, mais Simon décède déjà en 1533. Marie épouse en seconde noces le réformateur français Antoine Froment, compagnon de Guillaume Farel et bien plus jeune qu’elle, ils s’établissent à Genève en 1535 et auront au moins une fille, Judith2. »

« Marie Dentière fait partie de la délégation qui se rend au couvent des Clarisses, à la suite de l’interdiction de la messe décidée le 10 août 1535. Une des religieuses, Jeanne de Jussie, la décrira comme « une moinne abbesse, faulce, ridée et de lengue diabolique »2. En 1536, l’armée bernoise libère Genève de la pression exercée par la Savoie et occupe les territoires environnants. Un document longtemps resté anonyme décrit les trente années ayant précédé cette campagne, il est daté de 1536 et s’intitule : La guerre et deslivrance de la ville de Genève....4. Ce texte fut longtemps attribué à Froment2, mais l’éditeur de 1881, Albert Rilliet, compare attentivement les styles de Froment et de sa femme et arrive à la conclusion que l’auteur est Marie Dentière. Cette hypothèse est soutenue en 2003 par Isabelle Graesslé, directrice du Musée de la Réforme5. Froment est nommé diacre à Thonon, dans le Chablais nouvellement occupé. Toute la famille y déménage.

Repoduction - Marguerite de Navarre, ou d’Angoulême, protectrice de Marie Dentière.

Peu après, en 1538, Farel et Calvin sont renvoyés de Genève. C’est à cette époque qu’Antoine Froment se met à vendre divers produits, dont du vin, ce qui fut condamné par les pasteurs de Thonon.

« Epistre tres utile... »

En mars 1539, Marie Dentière fait imprimer à Genève (mais avec Anvers comme faux lieu d’édition) son Epistre tres utile... dédiée à sa protectrice, la reine Marguerite de Navarre6,7. La majeure partie des 1 500 exemplaires du pamphlet sont saisis par les autorités genevoises, Froment est convoqué devant le Conseil et l’imprimeur Jean Gérard est jugé et emprisonné quelques jours. Ce serait le premier texte victime de la censure réformée à Genève8. Le texte est « clairement une attaque contre les autorités genevoises du moment »9, il « dénonce avec une violence extrême l’hypocrisie ambiante et la corruption du clergé genevois »10. Marie Dentière prône dans ce document une participation active des femmes en matière de religion, elle affirme que hommes et femmes sont égaux quant à leur capacité à comprendre les textes sacrés. Une petite grammaire hébraïque accompagne cet ouvrage, rédigée par la fille de Marie, Jeanne.

« [...] affin que désormais [les femmes] ne soyent en elles-mesmes ainsi tormentées et affligées, ains plustost resjouyes, consolées et esmeues à suyvir la vérité, qui est l’Évangile de Jésus-Christ. »

—  Marie Dentière, Espitre tres utile11.

« Avons-nous deux Évangiles, l’un pour les hommes, et l’aultre pour les femmes ? L’un pour les sages, et l’aultre pour les folz ? Ne sommes-nous pas un en nostre Seigneur ? Au nom duquel sommes-nous baptisez, de Pol ou d’Apollo, du Pape ou de Luther. »

—  Marie Dentière, Epistre tres utile12. »

Chablais

« À la suite de cet affront, Froment est muté à Massongy, une paroisse encore plus petite et plus éloignée de Genève2, et Marie Dentière est sévèrement réprimandée. Guillaume Farel écrit à Calvin « notre Froment est le premier qui, à la suite de sa femme, ait dégénéré en ivraie. [...] Cette femme orgueilleuse et vindicative fut, malgré tout son esprit, une mauvaise conseillère à son nouvel époux, qu’elle dominait absolument. »13.

Les Froment donnent une bonne éducation chrétienne à leurs filles, dont des cours d’hébreu. Ils continuent à vendre divers produits. En 1546, de passage à Genève, Marie Dentière critique la robe longue de Calvin (de retour à Genève depuis septembre 1541), associant celui-ci aux faux prophètes annoncés dans le Nouveau Testament14. Puis en 1548, c’est Antoine Froment qui critique le pouvoir bernois dans une série de sermons. Cette fois, il est exclu et perd son travail de pasteur ».

Genève

« Fin 1549, la famille Froment vit à nouveau à Genève, Antoine travaille comme assistant de François Bonivard (nouvellement nommé historien officiel)2, puis il est reçu comme notaire public et bourgeois en 155315. Antoine est élu en 1559 au Conseil des Deux-Cents. Marie Dentière meurt à Genève en 1561 ».

Article complet sur le site suivant : https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie_Denti%C3%A8re

Selon le Musée virtuel du Protestantisme [Accueil > Personnalités], Marie Dentière, ou d’Ennetières (vers 1495-1561), prieure augustinienne, convertie à la Réforme autour de l’année 1524, Marie Dentière a été la première théologienne réformée à Genève.

Biographie

Née vers 1495 dans une famille de petite noblesse établie à Tournai, dans les Flandres, elle est prieure du couvent des augustines de l’abbaye de Saint-Nicolas-des-Prés à Tournai dans les années 1521-1524.

Elle se convertit aux idées de la Réforme luthérienne aux alentours de l’année 1524 et quitte alors son couvent pour s’installer à Strasbourg où elle épouse Simon Robert, ancien curé et membre du groupe de Meaux. Le couple s’installe à Bex, puis à Aigle, en Suisse (1528) où Simon Robert est pasteur jusqu’à sa mort en 1533. Marie Dentière épouse ensuite le pasteur Antoine Froment, originaire du Dauphiné, qu’elle rejoint en 1535 à Genève où elle meurt en 1561. Les femmes théologiennes laïques comme Marie Dentière sont encore plus rares au sein du calvinisme que dans le luthéranisme.

Ses œuvres

L’abécédaire ou grammaire élémentaire en français. Cette grammaire aurait été la première du genre, les précédentes étant en latin.

La guerre et deslivrance de la ville de Genesve (1536). Il s’agit d’une œuvre historique, considérée même comme la première œuvre historique publiée à Genève depuis que la ville a adhéré à la Réforme.

Il est question des trente années qui ont précédé l’instauration de la Réforme à Genève en 1536. C’est l’époque où les relations sont tendues avec le duc de Savoie, où les discussions théologiques sont violentes après l’arrivée de Guillaume Farel à Genève, et où la Réforme finit par triompher. Cette page d’histoire est présentée par Marie Dentière avec un optimisme que d’aucuns ont pu trouver excessif.

L’Epistre très utile, adressée à la reine de Navarre, est un traité théologique qui a été publié en 1539 et qui expose une doctrine proche de celle de l’Eglise genevoise pré-calvinienne influencée par l’esprit de Meaux.

Son point de départ est l’affirmation du sacerdoce universel et de la Bible comme seule source de toute norme théologique. En outre, Marie Dentière souligne l’aspect purement commémoratif de la Cène.

Cette œuvre a été considérée comme l’expression d’un féminisme radical, car elle réclame le droit pour les femmes d’intervenir dans l’Eglise.
Elle plaide en effet pour une égalité de traitement entre homme et femme quant à leur capacité à comprendre les textes sacrés. La Bible doit être la seule référence au détriment des traditions.

Marie Dentière aurait rédigé également une préface au Sermon de Calvin sur les habits des femmes, publié en 1561.

Article complet sur ce site : https://www.museeprotestant.org/notice/marie-dentiere-ou-dennetieres-vers-1495-1561/

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I.
Magdalena Salomé Witter épouse du pasteur luthérien alsacien J.F. Oberlin

Magdalena Salomé Witter, née le 17 décembre 1747 à Strasbourg, 67, Bas-Rhin. Décédée le 17 janvier 1783 à Waldersbach,67, Bas-Rhin, à l’âge de 35 ans. Décès : note de son mari : « mort subite de mon excellente femme, Marie Madeleine Salomé née WITTER à 35 ans, le 21 janvier ; elle fut ensevelie devant la muraille de l’église de Waldersbach. Revenue en pleine forme (de Strasbourg) le 24 décembre, elle fut, suite à ses couches (carnet de son mari) [acte en français p 82,83 AD67 en ligne oraison funèbre, à voir +++], d’un coup d’apoplexie suivi de convulsion, à 35 ans moins 2 jours ».

Ses parents furent : sosaJohann Jacob (Jean Jacques) WITTER 1694-1747, d’une part, et sosaCatharina Salomé LINCK 1712-1748, d’autre part.

Épouse de Jean Frédéric Oberlin, mariée le 6 juillet 1768, à Strasbourg ,67, Bas-Rhin, Sankt Thomas. Voir aussi : sosaJean Fredéric (Johann Friedrich ) OBERLIN 1740-1826

Ils eurent 9 enfants de 1771 à 1782 dont :

Emmanuel-Frédéric 24.12.1769 - 6.2.1771, décédé 14 mois. Frédéric-Jerémie, Waldersbach 2.1.1772 - 28.8.1793, blessé à Bergzatern...et décédé à 21 ans à Weisenbourg, Frédérique-Salomé 6.2.1773 - 6.11.1776, décédée à 3 ans, Fidélité-Caroline, Waldersbach 11.9.1775 - 15.8.1809, à 33 ans, épouse du pasteur WOLFF, Charles Conservé. Strasbourg 27.12.1776 - 28.5.1853, pasteur et médecin à Rothau, Henriette Charité OBERLIN 1779-1839, Henri Gottfried. Strasbourg 11.5.1778 -15.11.1817, vicaire à Wadersbach, Louise Charité, Strasbourg 5.4 (ou 8 ?), 1781-23.8.1856 mariée à Pierre Witz le 13/12/1802, Frédérique Bienvenue. Strasbourg 14.11.1782 - 18.2.1854 épouse de Philippe Louis RAUSCHER le 25/3/1806un temps pasteur à Barr, Bas-Rhin.

Autres informations sur leur descendance : Friedrich Oberlin ; Heinrich Oberlin et Heinrich Gottfried Oberlin.

La famille vécu au ‘Ban-de-la-Roche’, territoire qui regroupe les communes de Waldersbach, Fouday, Belmont, Bellefosse, Solbach, Trouchy, Bambois et La Hutte. Il s’étage sur le versant ouest du massif vosgien, entre la vallée de la Bruche (410 m) et le Champ-du-Feu (1100 m).

Le Ban-de-la-Roche regroupe les territoires de Waldersbach, Fouday, Belmont, Bellefosse, Solbach, Trouchy, Bambois et La Hutte. Il s’étage sur le versant ouest du massif vosgien, entre la vallée de la Bruche (410 m) et le Champ-du-Feu (1100m).

Sources : Personne : familiale, AD 67 en ligne, http://badonpierre.free.fr/salmpierre/tome3l.html

Aperçu de l’arbre généalogique : détails à consulter sur la source suivante : https://gw.geneanet.org/philomene?lang=fr&amp ;p=magdalena+salome&n=witter

Autre source : https://www.geni.com/people/Madeleine-Oberlin/6000000031571589205

Un instrument, le pantographe, fut utilisé notamment par le pasteur Oberlin pour reproduire les silhouettes des personnages (Musée Oberlin de Waldersbach).

Composition au pochoir : les dix membres de la famille du pasteur Oberlin. Isolée en première rangée, son épouse, Salomé Madeleine, [Magdalena Salomé Witter, épouse du pasteur luthérien alsacien J.F. Oberlin], décédée en 1783.

File:Oberlin-Famille.jpg

Source : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Oberlin-Famille.jpg

L’époux de Magdalena Salomé Witter, le pasteur luthérien Jean-Frédéric Oberlin (1740-1826)lui survivra donc pendant 43 ans et aura accompli sa mission localement pendant 58 ans à partir de sa base sur la petite commune vosgiennes de Waldersbach pendant 58 ans !

Pour plus détails, voir aussi le petit ouvrage de Loïc Chalmel « Le Pasteur Oberlin », série ‘Education et formation. Pédagogues et pédagogies’, éditions PUF, juillet 1999.

Les extraits suivants donnent une idée de la personnalité du mari de Magdalena Salomé Witter, épouse Oberlin.

Le Pasteur Jean-Frédéric Oberlin, ou la quête du ‘juste milieu’

« Germanique de naissance et latin d’adoption, Jean-Frédéric Oberlin semble tout à la fois appartenir à l’Aufklärung allemande et aux Lumières françaises, résolument tournées vers l’Europe.

Curieux du développement de la pensée scientifique et rationnelle autant dans que des expériences mystiques de la foi chrétienne, pasteur, pédagogue, mais aussi animateur rural, Jean-Frédéric Oberlin tenta, tout au long de ses 59 ans de ministère au Ban de la Roche, de concilier les différents champs de savoirs et d’activités apparemment très éloignées les uns des autres.

Au-delà des contradictions internes aux systèmes de pensée, il engage une quête de sens dans un questionnement dialectique et naturel qui se révèle fécond entre le référentiel théologique, dont il est l’héritier, et les pensées politiques, philosophiques, scientifiques, économiques émergentes, portées par les idéaux de 1789, au sein d’une société qui tend à se séculariser.

La médiation, telle semble être sa ligne de conduite en toute chose, à la recherche d’un juste milieu, à l’équilibre nécessairement précaire. Dans le domaine pédagogique, Oberlin invente une médiation intellectuelle entre les valeurs religieuses du quiétisme et l’idéal humaniste républicain.

L’intérêt conjugué dont il bénéficie de la part de ses frères Moraves et des élus de la convention nationale (à Paris), montre à quel point l’institution des poêles à tricoter, se situe au confluent de deux mondes, et constitue une étape importante dans l’évolution du piétisme, de la foi protestante.

Héritier de la première révolte humaine contre la toute-puissance d’une église séculaire pervertie, il côtoie un nouveau séisme social qui met en cause l’exercice même d’un pouvoir religieux.

La « petite école », instituée par Oberlin, se présente comme une structure unique, sans équivalent dans l’Europe du XVIIIe siècle. Résultant de la démarche éducative de toute une tradition de théologiens en lutte pour le respect de leurs convictions religieuses et de la dignité humaine, elle éveille l’attention d’une république à la recherche de modèles possibles pour rétablir l’utilité nationale (en France comme en Allemagne et y développer l’instruction populaire. La pédagogie des poêles à tricoter symbolise le compromis entre la première génération de révolutionnaires en Europe et la seconde qui annonce le réveil des peuples.

La meilleure preuve du caractère « progressiste » de l’institution et que l’idée d’Oberlin sera mise entre parenthèses avec le retour en France de pouvoirs de type monarchique et que sa résurgence coïncidera avec le retour au pouvoir de la République.

Dans un siècle où les savoirs et les lumières éclairaient surtout les hautes sphères de la société, le Pasteur Jean Frédéric Oberlin, 1740-1826, a fait le choix de s’installer au fond d’une vallée vosgienne reculée : le Ban de la Roche, et de mettre son savoir multiforme au service de ses paroissiens.

De l’apprentissage de la lecture à l’histoire naturelle, de la musique à la création d’une caisse de secours mutuel, il s’engage pendant 60 ans dans un combat sans repos pour le progrès spirituel, sanitaire, éducatif et économique des hommes, des femmes et des enfants qui lui sont confiés.

Dans un dialogue fécond entre la tradition théologique luthérienne, dont il est l’héritier direct [Luther, Reuchlin, Stuber], d’une part, et les idéaux de la révolution française de 1789, d’autre part, Oberlin allie la science et la foi au service d’une découverte toujours approfondie de l’ordre divin du monde.

Fils à la fois de l’ Auflärung germanique et des lumières françaises, curieux du développement de la démarche scientifique rationnelle de son temps comme des expériences mystiques de la foi chrétienne, il représente un carrefour de la pensée du XVIIIe siècle, attirant dans sa petite vallée de grandes figures intellectuelles et politiques de l’Europe de ce temps, tel que le poète romantique Lenz, le révolutionnaire abbé Grégoire, etc …

(Extrait, arrangé pr Jacques Hallard pour la diction en conférence, de l’auteur de l’ouvrage « Oberlin, le Pasteur des Lumières », Loïc Chalmel, éditions ‘La Nuée Bleue’ 1999).

« Dans un siècle où les savoirs et les lumières éclairaient surtout les hautes sphères de la société, le Pasteur Jean Frédéric Oberlin, 1740-1826, a fait le choix de s’installer au fond d’une vallée vosgienne reculée : le Ban de la Roche, et de mettre son savoir multiforme au service de ses paroissiens.

De l’apprentissage de la lecture à l’histoire naturelle, de la musique à la création d’une caisse de secours mutuel, il s’engage pendant 60 ans dans un combat sans repos pour le progrès spirituel, sanitaire, éducatif et économique des hommes, des femmes et des enfants qui lui sont confiés.

Il est l’héritier direct de ses prédécesseurs :Luther [voir ’Regards sur la philosophie sociale de Martin Luther, précurseur de la laïcité ‘à la française’ et au service de l’éducation’ par Jacques Hallard, mercredi 4 octobre 2017), Reuchlin [voir Friderich Jacob Reuchlin 1695-1788, Buste, face, avec encadrement. Légende et six vers en allemand | Guerin, C.. Illustrateur ; Kugler, Ph. J.. Illustrateur], et Stuber (Stouber) [voir Jean-Georges Stuber (Strasbourg, 1722–1797), dans un dialogue fécond entre la tradition théologique luthérienne, dont ce dernier est un pasteur, pédagogue, piétiste, linguiste et musicien français, prédécesseur de Jean-Frédéric Oberlin au Ban de laRoche.], d’une part, et les idéaux de la révolution française de 1789, d’autre part, Oberlin allie la science et la foi au service d’une découverte toujours approfondie de l’ordre divin du monde.

Fils à la fois de l’ Aufklärung germanique et des Lumières françaises, curieux du développement de la démarche scientifique rationnelle de son temps comme des expériences mystiques de la foi chrétienne, il représente un carrefour de la pensée du XVIIIe siècle, attirant dans sa petite vallée de grandes figures intellectuelles et politiques de l’Europe de ce temps, tel que le poète romantique Lenz, le révolutionnaire abbé Grégoire, etc … »

(Extrait, arrangé pour la diction lors d’une Conférence de Jacques Hallard à l’Association Franco-allemande dimanche 11 février 2018 à 16h30 à la ‘Salle Municipale Mérindol’ 84000 AVIGNON ISIAS Histoire Pédagogie,mardi 9 janvier 2018 par Hallard Jacques, d’un texte de l’éditeur de l’ouvrage en quatrième de couverture (‘La Nuée Bleue’) :« Oberlin, le Pasteur des Lumières », auteur Loïc Chalmel , 1999).

Pour se faire une idée des conditions de vie dans cette contrée reculée des Vosges au 18ème siècle, où vécu Magdalena Salomé Witter, épouse Oberlin, nous reprenons un texte écrit par le pasteur Jean-Georges Stuberqui fut le prédécesseur du pasteur Oberlin à Waldersbach, Bas-Rhin.

La vie au Ban de la Roche, haute vallée de la Bruche (Bas-Rhin) au XVIIIème siècle, décrite par le pasteur luthérien Stuber.

Les habitants du Ban de la Roche sont généralement très pauvres et on appelle riches ceux dont la misère est moindre. Ils habitent dans des chaumières et vont en sabots ; ils subsistent grâce a leurs maigres cultures et à leur modeste élevage.

Leur langue est une sorte de patois ancien (d’origine latine), dénommé le Welche [1]. Leur nourriture est à base de pommes de terre ; ils n’ont que du pain de seigle à manger, et encore pas en abondance ca peu de gens seulement peuvent semer assez de seigle pour couvrir leurs besoins annuels, et ils en manquent la d’ailleurs la plupart du temps. Certains manquent même de pommes de terre mais les autres voisins les secourent fraternellement, de sorte que personne ne va mendier.

Les habitants du Ban de la Roche ne mangent pas de viande tout au long de l’année, sauf lors d’un repas de fête. Il pousse là un peu d’avoine, du chanvre et un peu de blé, ou même pas du tout, et il n’y a pas de vin, bien sûr.

Leur bétail comprend de rares petits chevaux et ils n’ont même pas d’ânes, et puis aussi une espèce mineure de bovins qui se languissent en hiver en raison du manque de foin et qui, en été, montent péniblement dans des pâtures pierreuses et éloignées où ils trouvent plus de mousses que d’herbes à manger et, par-dessus le marché, la bonne saison n’y dure que quatre mois dans l’année.

Le bois de chauffage, de construction et pour les autres besoins, tels que la fabrication de charrettes et de sabots, est à présent presque aussi rare que le pain. Et l’argent l’y est encore bien davantage.

Mais aussi pauvre que soit ce peuple, on peut malgré tout le considérer à cause de sa langue et de sa religion, comme un véritable joyau de notre église évangélique de la Confession d’Ausbourg [2], laquelle, par ailleurs, en dehors de Montbéliard et particulièrement dans les seigneuries françaises, ne compte aucun représentant ou bien si peu dans ce pays, et nous pouvons regarder avec tendresse et une juste compassion cette sœur française, presque unique et abandonnée ».

Cet extrait arrangé pour la diction par Jacques Hallard a été enregistré à partir de ‘L’ Histoire de la paroisse de Waldersbach’ composée par Monsieur Stuber (prononcer Stouber), dans les Annales du Ban de la Roche en 1774.

Ce texte est extrait de divers manuscrits autographes conservés pour la plupart aux archives municipales de Strasbourg et au Musée Oberlin de Waldersbach (Bas-Rhin) à partir de textes dont l’original est écrit en allemand (en lettres gothiques) et qui ont été, sauf indication contraire, traduits par les soins de l’auteur de l’ouvrage « Le pasteur Oberlin », Loïc Chalmel, Docteur de sciences de l’éducation, publié par les Presses Universitaires de France dans la série « Pédagogues et pédagogie », première édition de 1999.

[1] – D’après Wikipédia, « Le welche — ou welsche — est le nom donné par ses propres locuteurs au dialecte lorrain roman parlé en Alsace dans le pays welche, soit dans l’ouest du Haut-Rhin — spécialement dans l’arrondissement de Ribeauvillé — et dans l’extrême sud-ouest du Bas-Rhin… » Voir la carte des dialectes parlés en Alsace au 19ème siècle. Article complet sur ce site : https://fr.wikipedia.org/wiki/Welche

[2] - L’Église protestante de la Confession d’Augsbourg d’Alsace et de Lorraine (EPCAAL et anciennement ECAAL) est l’un des deux cultes protestants reconnus par l’État et implantés géographiquement dans les trois départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle. Depuis 2006, elle fait partie de l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine (UEPAL)1… » Article complet sur ce site : https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89glise_protestante_de_la_Confession_d%27Augsbourg_d%27Alsace_et_de_Lorraine

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4.
Des femmes qui firent bouger les lignes à l’époque des Lumières (‘die Aufklärung’ en Allemagne au 18ème siècle)

J.
Dorothée Christiane Erxleben, femme médecin Portrait peint en médaillon

Dorothea Christiane Erxleben, née Leporin (13 novembre 1715 Quedlinbourg - 13 juin 1762 Quedlinbourg), est un médecin allemand, féministe et la première femme à avoir obtenu dans ce pays un doctorat en médecine. L’exemple de la scientifique italienne Laura Bassi la pousse à se battre pour pratiquer la médecine. En 1742, elle publie un pamphlet pour le droit des femmes à étudier à l’université1.

Portrait sur un timbre de la série Femmes de l’histoire allemande, émis en 1988.

Biographie

Fille de Christian Polycarp Leporin (1689 - 1747), médecin à Quedlinburg en Prusse, Dorothea Erxleben, délicate et maladive, maîtrise le latin très tôt et montre un don certain pour les sciences. Son père lui enseigne la médecine dès son plus jeune âge2.

Elle pratique sur de pauvres gens. Mais l’idée qu’une femme puisse étudier la médecine est choquante à l’époque. On considère que, comme la loi ne les autorise pas à tenir un poste officiel, elles ne doivent pas non plus pratiquer ou étudier la médecine. Trois médecins de Quedlinburg l’accusent de charlatanisme et exigent qu’elle obtienne un diplôme. Le recteur de l’Université de Halle lui permet de passer l’examen qu’elle réussira le 12 juin 17543. Elle aura un fils : le naturaliste Johann Christian Erxleben (1744 - 1777).

Pamphlet - Reproduction en écriture gothique : De Untersuchung warum Frauen nicht studieren. Pamphlet de Dorothea Erlexben 1741.

Dorothea étudie la théorie médicale de Georg Ernst Stahl, liée au piétisme. Ceci va l’influencer pour défier les positions théologiques et philosophiques de l’époque qui placent la femme dans une position subordonnée. En 1742, elle publie un pamphlet pour le droit des femmes à étudier à l’université. Elle s’adresse aux lecteurs tant masculins que féminins. Elle utilise le langage de la pudeur, une méthode fréquente utilisée par les femmes dans la « querelle des femmes », alors qu’elle s’adresse à des hommes. Elle est plus directe et critique face aux excuses que les femmes utilisent pour éviter de s’éduquer et d’améliorer leurs vies4.

Œuvres

  • (en) Offen, K, European Feminisms, 1700-1950 : A Political History, Stanford University Press), 2000
  • (en) Sutherland, M., Women Who Teach in Universities, Trentham Books, 1985
  • (en) The Cambridge Dictionary of Scientists, Cambridge University Press, 2002, Erxleben, Dorothea Christiana Leporin (1715 - 1762)
  • (en) Poeter, Elisabeth, « Gender, Religion, and Medicine in Enlightenment Germany : Dorothea Christiane Leporin’s Treatise on the Education of Women », NWSA Journal 20.1,‎ 2008
    Annexes

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K.
Charlotte von Stein, dame d’honneur proche de Goethe

Charlotte Albertine Ernestine von SteinN 1 (née von Schardt le 25 décembre 1742 à Eisenach, † le 6 janvier 1827 à Weimar) était une dame d’honneur de la duchesse Amélie Anna à la cour ducale de Weimar, une proche confidente de la duchesse Louise de Saxe-Weimar-Eisenach (née de Hesse-Darmstadt), et également une amie proche de Goethe, de la famille de Johann Gottfried von Herder et de Schiller, dont les œuvres et les vies furent fortement influencées par elle. Elle était la sœur cadette de Ernst von Schardt Carl Constantin. Connue comme Dame de compagnie vivant dans le Grand-duché de Saxe-Weimar-Eisenach.

Reproduction - Charlotte von Stein (autoportrait, 1790). D’après Wikipédia

Illustration - Sa maison à Weimar

Photo - La tombe de Charlotte von Stein au cimetière historique de Weimar

Sommaire

Biographie - Enfance

Charlotte Albertine Ernestine von Stein, qui est entrée dans l’histoire littéraire allemande grâce à sa relation avec Goethe, était la fille du maréchal de la cour de Weimar, Johann Wilhelm Christian von Schardt, et de Concordia Elisabeth, son épouse, d’ascendance écossaise2. Ses parents déménagent à Weimar, alors qu’elle est toute jeune. Son éducation, qui la prépare à un rôle de demoiselle d’honneur, correspond à celle des jeunes filles de la bonne société : on lui enseigne la littérature, les beaux-arts, le chant et la danse. Elle se révèle discrète, spirituelle, gracieuse et dévouée à l’image de sa mère.

 Profession : dame d’honneur

En 1758, elle devient demoiselle d’honneur de la duchesse Anna Amalia, qu’elle servira jusqu’à la mort de celle-ci en 1807. Le 8 mai 1764, elle épouse l’écuyer du duc de Saxe-Weimar-Eisenach, Gottlob Ernst Josias Friedrich von Stein (né le 15 mars 1735, mort le 28 décembre 1793 à Großkochberg). La profession de son mari, qui l’oblige à beaucoup se déplacer, la laisse souvent seule. Pourtant de 1764 à 1773, elle donne naissance à sept enfants. Les quatre filles décèdent, tandis que les trois garçons, Karl, Ernst et Fritz, survivent. Physiquement épuisée après la naissance du dernier, elle doit suivre plusieurs cures.

 Rencontre avec Goethe

Admiratrice enthousiaste de Goethe, elle fait sa connaissance en novembre 1775. C’est le commencement d’une relation profonde qui durera près de douze ans. Bien qu’elle ait près de sept ans de plus que lui, qu’elle soit mariée et mère de sept enfants, Goethe ne tarde pas à l’aimer passionnément. L’amour de Goethe pour Charlotte von Stein est exposé dans environ 1700 lettres3 : il se bat désespérément pour gagner les faveurs de la dame qui, malgré sa fascination pour Goethe, reste initialement réservée devant ses assauts. En mai 1783, Goethe accueille chez lui son plus jeune fils, Fritz, alors âgé de onze ans, pour assurer son éducation, à la pleine satisfaction de Charlotte4. Lorsque, en 1786, Goethe entame son voyage de près de deux ans en Italie, sans même la prévenir, leur relation connaît une pause, et elle ne se rétablit pas vraiment après le retour de Goethe. Leur rapprochement est rendu plus difficile par la relation amoureuse de Goethe avec une roturière, Christiane Vulpius, sœur de l’écrivain Christian August Vulpius. Goethe et Christiane vivent maritalement de 1788 jusqu’en 1806, date de leur mariage.

 Solitude et mort

Il faut attendre 1800 pour que la relation entre Charlotte et Goethe se rétablisse, sans pourtant retrouver leur intimité d’avant. Lorsque son mari meurt en 1793, Charlotte se retire de la société et connaît une solitude de plus en plus grande. En 1794, elle écrit un drame inspirée de sa vie, Dido, où elle dépeint sa déception causée par l’attitude de Goethe5. Elle y fait aussi allusion à ses relations avec d’autres membres de la cour, retraçant la situation à Weimar de 1770 à 1790. Cette pièce ne sera publiée qu’après sa mort, par Heinrich Düntzer (de) à Leipzig en 1867. Elle meurt le 6 janvier 1827 à 85 ans.

 Nature de leur relation

Les spéculations sur la nature érotique, sexuelle ou platonique de leur relation sont toutes restées stériles. La seule certitude est que cette histoire d’amour eut une signification biographique énorme tant pour Goethe que pour Charlotte von Stein. Que le mari, Josias von Stein, n’ait probablement pas réagi à cette relation n’a rien d’inhabituel dans le cercle de la noblesse de Weimar, où les mariages se faisaient principalement pour des raisons économiques ou sociales.

Quatre ans après le retour de Goethe d’Italie, leur amitié se renoue, et elle durera alors jusqu’à la mort de Charlotte. Goethe mentionne son nom, même dans sa correspondance avec sa femme, et leur fils unique, August, est souvent envoyé chez elle, soit pour des leçons, soit pour des jeux.

De leur abondante correspondance, il ne reste que les lettres de Goethe. En effet, peu de temps avant sa mort, Charlotte lui demande de lui restituer ses lettres, qu’elle brûle. Il manque aussi les lettres écrites par Goethe en Italie, qu’il a dû lui réclamer pour s’en servir dans la composition de son Voyage en Italie6.

On peut trouver certaines lettres de Charlotte von Stein dans :

Quelques références en allemand concernant Charlotte von Stein :

Charlotte von Stein und ihr Verhältnis zu Goethe - Weimarpedia www.weimarpedia.de/index.php?tx_wpj...12244&amp ;tx... - Wie wir in unserem Rundgang erfahren haben, stand Goethe im platonischen Verhältnis zu Charlotte von Stein. Unter platonischer Beziehung versteht man, dass die Beziehung auf rein geistiger Ebene basiert und es dabei zu keinerlei körperlicher Nähe kommt. Zur Geschichte von Charlotte und Goethe...

Charlotte von Stein und ihr antiromantischer Einfluss auf Goethe ... https://archive.org/details/charlottevonstei00seiluoft - Charlotte von Stein und ihr antiromantischer Einfluss auf Goethe. by Seillière, Ernest Antoine Aimé Léon, baron, 1866-1955. Publication date 1914.

Goethes Gedichtbriefe für Charlotte von Stein https://blog.klassik-stiftung.de/goethes-gedichtbriefe-fuer-charlotte...

Goethes Freundin : Weimarer Schau zu Charlotte von Stein - Buch ... www.wn.de › Startseite › Welt › Kultur - 18 janv. 2017.

Goethe und die Frauen : Wer liebte wen am Weimarer Hof ? www.zeit.de › DIE ZEIT Archiv › Jahrgang 2010 › Ausgabe : 11 - 11 mars 2010.

Goethe : Oh, Anna ! Ach, Charlotte ! www.zeit.de › Kultur 25 juil. 2008.

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L.
Louise de Mecklembourg-Strelitz, adversaire de Napoléon

Louise Augusta Wilhelmine Amélie de Mecklembourg-Strelitz (17761810) est une souveraine de l’ancien Royaume de Prusse, connue en particulier pour son opposition à Napoléon.

La princesse et le prince

Photo - Louise de Prusse par Elisabeth Vigée-Lebrun

Née le 10 mars 1776, Louise est la fille de Frédérique Caroline Louise, princesse de Hesse-Darmstadt, et de Charles II de Mecklembourg-Strelitz, prince héritier du Mecklembourg-Strelitz, et la sixième de neuf enfants. Sa mère meurt lorsqu’elle n’a que six ans et, en 1784, son père se remarie avec sa belle-sœur, Charlotte, qui mourra elle-même un an plus tard en laissant un fils.

A dix ans, Louise et sa sœur cadette, Frédérique, sont envoyés à Darmstadt, auprès de leur grand-mère Marie-Louise, surnommée « la princesse Georges », qui fait élever les fillettes par une gouvernante. Louise apprend le français, le clavecin, la harpe, et reçoit une instruction religieuse protestante.

En 1793, Marie-Louise emmène ses deux petites filles présenter leurs respects au roi Frédéric-Guillaume II et y rencontre son fils, Frédéric-Guillaume de Prusse. Louise plait immédiatement au jeune prince et, le 24 décembre 1793, Frédéric-Guillaume et Louise se marient. Le même jour, Frédérique épouse Louis-Charles, jeune frère du prince. Réputée pour sa grâce et sa générosité, Louise devient très populaire dès son arrivée à Berlin, avant même les noces. Le mariage est heureux et le couple aura dix enfants, dont trois n’atteindront pas l’âge adulte.

La guerre contre Napoléon

Le 16 novembre 1797, le roi Frédéric-Guillaume II décède et son fils lui succède sur le trône ; Louise devient alors reine de Prusse. Son mari et elle commencent alors un tour du royaume pour rencontrer leurs sujets et la popularité de la reine grandit encore. Sa présence aux côtés du roi lors de ce voyage montre le rôle important qu’elle joue auprès de lui. Louise s’investit en politique, se lie avec les ministres et conseille son mari.

En 1805, l’Angleterre, la Russie et l’Autriche commencent la guerre contre la France et, en octobre, les troupes françaises pénètrent en territoire prussien. Avec d’autres conseillers du roi, Louise conseille à son mari de se lancer dans la guerre contre Napoléon. En 1806, les armées de Prusse sont mobilisées et Louise et Frédéric-Guillaume se rendent au front. A la bataille d’Iéna, ils doivent fuir devant les troupes françaises. La reine contracte alors le typhus, mais doit malgré tout affronter les rigueurs de l’hiver pour se réfugier à l’est du pays.

Rencontre avec Napoléon

En 1807, Napoléon rencontre les souverains prussiens et leur fait une offre de paix à la Prusse en promettant de laisser la moitié du territoire intact. Frédéric-Guillaume demande à son épouse, enceinte, d’essayer de le convaincre d’offrir un arrangement plus favorable au royaume. Bien qu’elle méprise Napoléon, Louise le rencontre en privé et tente d’user de ses charmes pour sauver « sa Prusse », mais échoue. L’empereur, qui dit d’elle qu’elle est « le seul vrai homme en Prusse », en conçoit du respect pour elle mais ne se laisse pas amadouer.

Pendant les quelques années suivantes, Louise se consacre à préparer son fils aîné au pouvoir. Atteinte d’une infection pulmonaire, elle meurt le 19 juillet 1810, pendant une visite à son père au château de Hohenzieritz, à l’âge de 33 ans.

Liens utiles

La fiche Wikipédia de Louise de Mecklembourg-Strelitz
La fiche Wikipédia de Louise de Mecklembourg-Strelitz en anglais (plus complète)
La Reine Louise

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Source : https://histoireparlesfemmes.com/2013/12/21/louise-de-mecklembourg-strelitz-adversaire-de-napoleon/

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5.
Emancipation de la bourgeoise allemande à l’époque du romantisme

M. 
Mathilde Franziska Anneke, journaliste féministe socialiste

Portrait - Mathilde Franziska Anneke

Mathilde Franziska Anneke est une féministe, socialiste et femme de presse allemande née le 3 avril 1817 et morte le 25 novembre 1884. Décédée le 25 novembre 1884 Voir et modifier les données sur Wikidata (à 67 ans) Milwaukee aux Etats-Unis. Nationalités : Allemande, Américaine. Répertoriée comme Journaliste, femme politique, révolutionnaire, écrivaine Voir et modifier les données sur Wikidata - Conjoint : Fritz Anneke (en)

Biographie

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Mathilde Franziska Anneke est née le 3 avril 1817 (d) à Leveringhausen (un lieu à Hiddinghausen (de))1.

Références

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N.
Clara Schumann, pianiste virtuose, fascinée par la musique

Clara Wieck, devenue par le mariage Clara Schumann (1819 – 1896) est une musicienne et compositrice allemande. Jeune prodige, elle a largement été éclipsée par le succès de son mari.

Illustration - Clara Schumann (1878/79) par Franz von Lenbach

Clara Wieck nait à Leipzig, en Allemagne, le 13 septembre 1819, au sein d’une famille de musiciens. Sa mère, Marianne Wieck née Marianne Tromlitz, est une chanteuse célèbre, tandis que son père, Friedrich Wieck, enseigne le piano. Clara a une sœur aînée, qui meurt en bas âge, et trois frères cadets.

Alors qu’elle n’est âgée que de cinq ans, ses parents se séparent et son père l’arrache à sa mère. Traumatisée par cet évènement, Clara en restera mutique jusqu’à l’âge de huit ans. Pourtant, elle est fascinée par la musique et, dès son plus jeune âge, Friedrich l’initie sa fille au piano.

Clara est rapidement retirée de l’école publique pour se consacrer à la musique plusieurs heures par jour. Professeur talentueux, son père enseigne à d’autres élèves parmi lesquels le futur époux de Clara, Robert Schumann, qui séjourne avec la famille pendant quelques mois. Lorsqu’ils se rencontrent, elle a huit ans et lui dix-sept.

Clara, la jeune prodige

A neuf ans, Clara, jeune prodige, donne ses premiers concerts. Elle se produit ainsi dans le Gewandhaus de Leipzig, grande salle de concert de la ville, interprétant dans un premier temps des œuvres classiques et populaires sélectionnées par son père. Elle commence également à composer ses propres œuvres, publiant en 1829, à l’âge de dix ans, Quatre Polonaises. Rencontrant le succès, la fillette, âgée de onze ans à peine, part en 1830 en tournée européenne avec son père. La jeune musicienne poursuit son travail de composition, avec notamment Caprices en forme de Valse pour piano (1831 – 1832), Romance variée pour piano (1833) ou encore Valses romantiques pour piano (1835). En tout, elle composera une quarantaine d’œuvres.

Un procès pour un mariage

A l’âge de seize ans, Clara et Robert Schumann tombent amoureux l’un de l’autre. Robert lui demande sa main à ses dix-huit ans, et la jeune prodige accepte. Désapprouvant le jeune homme, qui n’a pas de revenus et pourrait détourner Clara de sa carrière, Friedrich s’oppose à l’union avec virulence. Interdisant à sa fille de revoir son fiancée, il l’emmène en tournée en Europe mais les amoureux parviennent à rester en contact par correspondance et ne renoncent pas à leur projet.

Finalement, en 1839, ils font appel à la justice en portant plainte contre Friedrich pour refus de consentement de mariage. En août 1840, le jugement leur est favorable et le mariage a lieu en septembre. Robert et Clara auront huit enfants, et leur union marque un coup de frein conséquent dans la carrière musicale de la prodige.

« Le mari de la pianiste »

Dans un premier temps, Robert demande à sa femme de réduire son temps de répétition pour lui permettre de se concentrer, ainsi que ses concerts pour rester auprès de lui. Mais les représentations de la jeune virtuose sont la principale source de revenus du foyer, et Clara continue à se produire. Composant encore ses propres pièces, bien que s’y consacrant moins qu’avant son mariage, elle devient la première interprète des œuvres de son mari. Elle effectue des tournées en Allemagne du nord, au Danemark, en Russie. En 1844, Robert l’accompagne lors d’une de ses tournées mais estime dégradant pour lui de n’être que le « mari de la pianiste ». Déjà atteint de problèmes de santé et de crises d’angoisses, ses symptômes s’aggravent au retour du voyage et il sombre dans la dépression.

Clara et Robert vivent et travaillent quelques temps à Dresde avant de s’installer à Düsseldorf où un poste les attend : la ville propose à Robert la position de directeur de l’orchestre, et à Clara celle de concertiste. Rapidement, cependant, les problèmes de santé de Robert – acouphènes, problèmes d’élocution, hallucinations, fatigue – le rendent inapte à diriger un orchestre. Les critiques se font de plus en plus virulentes, et il doit abandonner son poste pour le laisser à son assistant. En février 1854, il tente de se suicider en se jetant dans le Rhin. Interné, il ne quittera plus l’asile. Deux ans plus tard, comprenant qu’il n’y a plus d’espoir de sortir, il cesse de s’alimenter. En juillet 1856, il meurt de cachexie.

La défense des œuvres de son époux

Veuve à 37 ans, Clara se retrouve seule avec leurs sept enfants survivants, dont le dernier n’a que deux ans. Ses amis, parmi lesquels Johannes Brahms et Joseph Joachim, la soutiennent, mais elle refuse toute charité. Poursuivant les tournées, elle interprète les œuvres de son mari, qu’elle défendra jusqu’à la fin de sa vie. Dans ses dernières années, elle se consacre à éditer l’intégralité de ses travaux. Elle-même ne composera plus. Bonne pédagogue, elle enseigne le piano au Conservatoire de Francfort. En 1891, elle donne son dernier concert.

Le 20 mai 1896, Clara Schumann meurt d’un accident vasculaire cérébral. Elle est enterrée aux côtés de son mari.

Liens utiles

Page Wikipédia de Clara Schumann
Page Wikipédia de Clara Schumann en anglais (plus complète)
Clara Schumann : Pianiste, compositrice et pédagogue allemande
Clara Schumann : biographie
Œuvre de Clara Schumann
Clara Schumann : compositrice et amoureuse (émission France culture)

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Source : https://histoireparlesfemmes.com/2016/07/11/clara-schumann-pianiste-virtuose/

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Autre information

Clara Schumann née Clara Josephine Wieck. Pianiste, compositrice, éditrice – Article Wikipédia

Illustration - Clara Schumann - Lithographie d’Andreas Staub (1838).

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Clara Schumann née Wieck (née à Leipzig le 13 septembre 1819 à Leipzig, Royaume de Saxe et décédée (à 76 ans) le 20 mai 1896 à Francfort-sur-le-Main) Royaume de Prusse est une pianiste, éditrice et compositrice allemande. Elle fut l’épouse du compositeur romantique Robert Schumann et est considérée comme l’une des plus grandes pianistes du XIXe siècle.

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La fille du professeur Wieck

Son père Friedrich Wieck, célèbre professeur de piano, fait d’elle une concertiste prodige dès l’âge de 9 ans.

En 1827, l’année de ses 8 ans, elle a déjà rencontré son futur époux, Robert Schumann, qui étudie auprès de son père : lui est âgé de 17 ans. Clara donne son premier concert au Gewandhaus de Leipzig, où elle est remarquée par Goethe. En tournée à Paris, elle connaît un triomphe. Dès 1829, Clara publie ses premières œuvres, Quatre Polonaises tandis qu’en 1832, Robert publie Papillons ; Clara joue cette œuvre en concert l’année même. Entre 1834 et 1836, elle compose les Soirées musicales, qui connaissent un grand succès notamment auprès de Liszt.

L’épouse du musicien Schumann

À l’âge de 16 ans, elle s’éprend de Robert Schumann. Celui-ci demande sa main à son père lorsque la jeune fille atteint sa 18e année. Mais Wieck s’oppose vigoureusement à leur mariage. Les amoureux sont séparés de force, mais communiquent par le biais d’amis et de messages musicaux dans les concerts de Clara. Le mariage est finalement célébré en 1840 à Schönefeld en exécution d’une décision judiciaire. Huit enfants, dont Felix Schumann, vont naître de leur union, ce qui a pour conséquence de ralentir sérieusement le parcours musical de Clara.

Première interprète des œuvres de son mari, elle fait connaître et apprécier sa musique dont, selon ce dernier, elle est alors la seule à bien comprendre les délicatesses[réf. souhaitée]. Clara est elle-même l’auteur d’une quarantaine d’œuvres, mais elle a en partie négligé la composition au profit du piano et de son rôle d’inspiratrice auprès de son mari. En tant que pianiste, elle est considérée comme l’une des plus grandes pianistes du XIXe siècle1.

En 1854, Robert Schumann est interné. Veuve dès 1856, Clara devient l’amie, la conseillère et l’inspiratrice de Johannes Brahms, mais elle affirme désormais que ses seuls moments de bonheur sont ceux où elle joue ou écoute la musique de son cher disparu[réf. souhaitée].

Une artiste reconnue

Clara se lance à corps perdu dans des tournées en Angleterre, en France, en Russie… jusqu’en 1891, date de son dernier concert. Elle enseigne par ailleurs le piano au conservatoire Hoch de Francfort de 1878 à 1892. Elle est reçue dans le salon de la landgravine de Hesse-Cassel, nièce de l’empereur, mélomane et musicienne au talent reconnu.

De 1881 à 1893, elle établit une édition complète des travaux de son mari, dont elle ne cesse de défendre l’œuvre. C’est précisément en écoutant son petit-fils, Ferdinand, interpréter une œuvre de son célèbre aïeul (Romance en fa majeur, op. 28 no 2)[réf. souhaitée] qu’elle meurt le 20 mai 1896, ayant enduré vers la fin de sa vie des problèmes de surdité. Elle est enterrée aux côtés de son mari au Vieux-Cimetière de Bonn. Elle fait partie des rares femmes compositrices de renom au XIXe siècle, avec Fanny Mendelssohn, Louise Farrenc et Cécile Chaminade.

Article complet à découvrir sur ce site : https://fr.wikipedia.org/wiki/Clara_Schumann

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O.
Bertha Sophie Felicitas ou Bertha von Suttner, pacifiste autrichienne

Photo - Bertha von Suttner en 1906.

D’après Wikipédia, Bertha Sophie Felicitas, comtesse autrichienne, Gräfin Kinský von Wchinitz und Tettau (von Chinic und Tettau), baronne von Suttner, née le 9 juin 1843 à Prague, morte le 21 juin 1914 à Vienne, fut une pacifiste autrichienne radicale, lauréate en 1905 du prix Nobel de la paix. Issue de la haute aristocratie austro-hongroise, elle reçut une éducation assez cosmopolite due à son milieu et apprit dès son plus jeune âge à parler plusieurs langues. Elle a été vice-présidente du Bureau international de la paix de sa création en 1892 à sa mort en 19141.

Elle fut un temps la secrétaire d’Alfred Nobel en 1876 quand celui-ci résida à Paris. Bien que cette période fût très courte, elle est restée une grande amie de Nobel, avec qui elle a continué à correspondre jusqu’au décès du scientifique en 1896. Leur correspondance montre son insistance à promouvoir la cause de la paix, tant et si bien qu’elle est considérée comme ayant pu influencer la décision de Nobel de demander la création d’un prix de la paix.

Elle fut l’auteur en 1889 de Die Waffen nieder ! (Bas les armes !), que l’on peut considérer comme l’équivalent de La Case de l’oncle Tom pour la cause pacifiste. Elle mourut à Vienne à peine une semaine avant l’attentat de Sarajevo qui, provoquant la mort de l’archiduc-héritier d’Autriche-Hongrie, allait plonger l’Europe dans la Première Guerre mondiale.

DistinctionPrix Nobel de la paix (1905) Voir et modifier les données sur Wikidata

Sommaire

En tant que comtesse Kinsky von Wchinitz und Tettau, Bertha von Suttner descend d’une famille noble de Bohême. Son père Franz Michael Graf Kinsky, mort avant la naissance de sa fille à l’âge de 75 ans2, était général, et son grand-père était capitaine dans la cavalerie. Bertha von Suttner grandit auprès de sa mère Sophie Wilhelmine (née von Körner, une parente éloignée du poète Theodor Körner3) dans un environnement aristocratique au sein du militarisme de la monarchie austro-hongroise.

Elle assiste dans sa prime jeunesse aux horreurs de la guerre en 1866 dans les environs du château de ses ancêtres en Bohême4. Enfant et adolescente, elle apprend à parler, en plus de l’allemand, le français, l’italien et l’anglais2, voyage beaucoup et fait de la musique.

Après la dilapidation de la fortune héritée de son père, en partie à cause de la passion de sa mère pour le jeu2, Bertha occupe le poste de gouvernante à partir de 1873 chez un industriel de Vienne, le baron Karl von Suttner. Sa mère voulait qu’elle fasse un mariage d’argent mais Bertha s’y est refusée en annulant ses fiançailles avec le baron Gustav von Heine-Geldern2. Elle donne aux quatre filles von Suttner des cours de musique et de langues. À cette époque, elle tombe amoureuse du plus jeune fils de la famille, Arthur Gundaccar von Suttner, plus jeune qu’elle de sept ans. En 1876, elle voyage à Paris où elle devient la secrétaire privée d’Alfred Nobel mais pour deux semaines. La mère d’Arthur von Suttner a renvoyé Bertha afin de mettre un terme à la relation de cette dernière avec son fils mais lui a trouvé, pour ne pas la laisser sans moyen, la place chez Nobel, qui fut cependant rappelé en Suède par le roi. Toutefois se développe une forte relation d’amitié qui perdure dans leurs échanges épistolaires5.

Bertha rentre à Vienne où elle épouse secrètement Arthur Gundaccar le 12 juin 1876 à Gumpendorf contre la volonté des parents de ce dernier. Arthur est alors déshérité et le couple part pour plus de huit ans dans le Caucase, en Géorgie auprès de la princesse Ekatarina Dadiani de Mingrélie. Ils y vivent, en grande partie à Tbilissi, difficilement, de petits travaux comme l’écriture de romans de divertissement ou de traductions.

Avec le début de la guerre russo-turque de 1877-1878, Arthur commence avec succès à publier des récits sur la guerre, le pays et les gens dans des hebdomadaires allemands. La même année, en 1877, Bertha von Suttner commence ses activités de journaliste et obtient sous le pseudonyme de B. Oulet de grands succès, tout comme son mari. Elle écrit alors pour des journaux autrichiens des histoires courtes et des essais et son mari des récits de guerre et de voyage. En 1885, ils rentrent à Vienne, se réconcilient avec la famille6 et emménagent dans le château familial à Harmannsdorf en Basse-Autriche.

Journaliste et écrivaine

Reproduction - Timbre émis pour le centenaire du Prix Nobel remis à Bertha von Suttner représentant son livre Die Waffen nieder !

Après son retour, Bertha von Suttner continue à écrire en privilégiant le thème du pacifisme. C’est ainsi qu’elle écrit en 1886 le livre High Life dans lequel elle aborde le respect de l’homme et son libre arbitre. Peu de temps après, elle apprend grâce à une table ronde avec le philosophe français Ernest Renan l’existence de l’International Arbitration and Peace Association fondée par le britannique Hodgson Pratt en 1880. Bertha von Suttner va être influencée dans sa conception du pacifisme par des personnalités telles que Henry Thomas Buckle, Herbert Spencer ou Charles Darwin et sa théorie de l’évolution7. Le pacifisme de Suttner est un pacifisme éthique fondé sur la capacité morale de l’homme à comprendre que la guerre ne doit plus être employée. Elle s’inscrit dans son époque qui porte l’idée d’une foi libérale sans faille dans le progrès de l’homme, se révélant profondément humaniste.

En 1889, à l’âge de 46 ans, elle publie le roman pacifiste Die Waffen nieder ! (le titre de l’édition anglaise publiée en 1892 étant Lay Down Your Arms ! et le titre français Bas les armes !). Le roman a beaucoup de succès et Bertha von Suttner devient l’une des représentantes principales du mouvement pacifiste8. Elle y décrit les horreurs de la guerre du point de vue d’une femme et touche ainsi le cœur de la société où de nombreux débats ont alors lieu sur le militarisme et la guerre. Avec 37 éditions et une traduction en douze langues dont le tchèque en 1896, le livre de Bertha von Suttner remporte un grand succès littéraire. Le livre sera adapté au cinéma en 1914 par Holger-Madsen et Carl Theodor Dreyer.

À l’hiver 1890-1891, le couple von Suttner habite à Venise. Bertha von Suttner impulse la création d’une « société de la paix de Venise » (Friedensgesellschaft Venedig). Elle fait la connaissance du marquis Benjamino Pandolfi grâce auquel elle rencontre d’autres représentants des « conférences interparlementaires ». Les Conférences interparlementaires prennent le nom d’Union interparlementaire à partir de 1910.

Le 3 septembre 1891, Bertha von Suttner annonce la fondation d’une société pacifiste autrichienne, la Österreichische Gesellschaft der Friedensfreunde, dans un article de la Neue Freie Presse. Le succès de cette annonce est immense. Bertha von Suttner en est nommée présidente, poste qu’elle occupera jusqu’à sa mort en 19149. En novembre 1891, à l’occasion du congrès mondial pour la paix à Rome, elle est élue vice-présidente du Bureau international de la paix et fonde conjointement avec Alfred Hermann Fried en 1892 la Deutsche Friedensgesellschaft. L’association compte environ 2 0008 membres en très peu de temps. Par la suite, Berthe von Suttner prend part à plusieurs congrès de paix internationaux comme celui de Berne en 1892, d’Anvers en 1894 ou de Hambourg en 1897. Le 3 juin 1897, elle envoie à l’empereur François-Joseph Ierd’Autriche une pétition rassemblant des signatures en faveur d’un tribunal d’arbitrage international. En 1899, elle prend ainsi part à la préparation de la première conférence de La Haye au cours de laquelle sont abordées des questions portant sur la sécurité nationale et internationale, sur le désarmement et sur l’instauration d’un tribunal d’arbitrage international. Les initiateurs de la conférence n’obtiennent cependant pas les résultats escomptés. Les conflits militaires peuvent certes être arrangés mais l’idée de mettre fin à toutes les actions militaires, de réduire l’armement ou d’instituer des tribunaux d’arbitrage internationaux ne s’impose pas.

Son mari étant malade et ne pouvant voyager, Bertha von Suttner se rend seule en 1902 au congrès de paix de Monaco. Par la suite, elle se rend avec lui en Bohême pour se reposer. Le 10 décembre 1902, Artur Gundaccar von Suttner meurt à Harmannsdorf. Endettée, Bertha von Suttner doit mettre aux enchères la propriété du couple et part s’installer à Vienne où elle continue à publier, entre autres dans le journal hongrois de langue allemande Pester Lloyd. En 1903, elle se rend de nouveau à Monaco et participe à l’ouverture de l’Institut international de la paix fondé par le prince Albert Ier.

Photo - Urne de Bertha von Suttner à Gotha

En juin 1904, Bertha von Suttner est l’une des participantes les plus importantes de la Conférence internationale des femmes à Berlin. Cette conférence se termine par une manifestation pour la paix à la Philharmonie de Berlin où Bertha von Suttner tient un exposé. La même année, elle part aux États-Unis en raison du congrès mondial pour la paix qui se tient à Boston. Elle voyage alors de ville en ville et tient jusqu’à trois exposés par jour. Sa réputation la précède, et elle est invitée à la Maison Blanche pour s’entretenir avec le président Theodore Roosevelt. La Friedens-Bertha10, comme on l’appelle péjorativement dans les cercles nationalistes allemands, rentre pleine d’enthousiasme des États-Unis. Son voyage de sept mois a été un triomphe, et elle a pu constater que le mouvement pacifiste était bien plus en avance qu’en Europe et était même étonnée de l’effort pour transmettre les idées pacifistes dans les écoles.

Le 10 décembre 1905, Bertha von Suttner est la première femme à obtenir le Prix Nobel de la paix11 qu’elle reçoit le 18 avril 1906 à Oslo. Même si Alfred Nobel avait tout de suite pensé à Bertha von Suttner en instituant son prix pour la paix, elle ne l’obtient qu’à la cinquième édition. En 1907, elle est absente lors de la seconde conférence de La Haye qui cette fois est davantage axée sur le droit de la guerre que sur une pacification stable. Par la suite, elle essaie à plusieurs reprises d’informer sur les dangers du réarmement international et sur les intérêts de l’industrie de l’armement. À partir de 1912, elle met également en garde contre le danger de la guerre d’anéantissement internationale et se rend de nouveau aux États-Unis où elle discourt de la côte Est jusqu’à la côte Ouest dans plus de cinquante villes.

Bertha von Suttner meurt d’un cancer le 21 juin 1914, quelques semaines avant le début de la Première Guerre mondiale dont elle avait prévenu des dangers. Le congrès international pour la paix suivant, prévu pour l’automne 1914, devait se tenir à Vienne.

Elle était membre de l’association autrichienne Die Flamme qui militait pour l’incinération. Elle avait soutenu la construction du premier crématorium allemand à Gotha et avait inscrit dans son testament que son corps devait être amené à Gotha pour y être incinéré12. L’urne qui contient ses cendres est toujours conservée dans le colombarium.

Hommages – Reproduction : Bertha von Suttner sur le billet de 1 000 schilling (1966)

Stefan Zweig honore sa mémoire en 1917 lors du Congrès international des femmes pour la compréhension entre les peuples à Berne.

De nombreuses villes d’Autriche et d’Allemagne ont baptisé des écoles, des places ou des rues du nom de Bertha von Suttner. La pacifiste apparaît également sur le billet de 1 000 schilling en 1966 ainsi que sur la pièce de 2 euros autrichienne. Un astéroïde, le (12799) von Suttner, a été nommé ainsi à sa mémoire.

Œuvres

  • Ein schlechter Mensch, Munich 1885
  • Daniela Dormes, Munich 1886
  • Das Maschinenalter entsteht, 1889
  • Die Waffen nieder !, 1889
  • Die Waffen nieder ! (Éd.), Monatszeitschrift 1892-1899, En ligne [archive]
  • Vor dem Gewitter, Vienne 1894
  • Einsam und arm, Dresde 1896
  • Die Haager Friedenskonferenz, Leipzig 1900
  • Marthas Kinder (Die Waffen nieder -Partie II ) 1902
  • Franzl und Mirzl, Leipzig 1905
  • Die Entwicklung der Friedensbewegung, Leipzig 1907
  • Randglossen zur Zeitgeschichte, 1892-1900 et 1907-1914
  • Rüstung und Überrüstung, Berlin 1909
  • Der Menschheit Hochgedanken, Berlin 1911
  • Die Barbarisierung der Luft, Berlin 1912
  • Chère Baronne et Amie, cher monsieur et ami : der Briefwechsel zwischen Alfred Nobel und Bertha von Suttner, herausgegeben, eingeleitet und kommentiert von Edelgard, Hildesheim, 2001
    Traductions françaises
  • Bas les armes !, préface de Gaston Moch, Paris, Fasquelle, 1899
  • Souvenirs de guerre suivi de Une ville où l’on s’amuse, nouvelles, Paris, Giard et Brière, 1904
  • Armements et surarmements, traduction par Edmond Duméril, Toulouse, E. Privat, 1910
  • Bertha Von Suttner- Une vie pour la paix. Brigitte Hamann, traduction par Jean-Paul Vienne, éditions Turquoise, Levallois-Perret, 2014, (ISBN 978-2-918823-09-4)
  • Bas les armes. Avant-propos Marie-Antoinette Marteil, préface Gaston Moch, éditions Turquoise Levallois-Perret, 2015, (ISBN 978-2-918823-08-7)
  • Correspondance entre Alfred Nobel et Bertha von Suttner, Chère Baronne et Amie, Cher monsieur et ami. Traduction par Claudine Layre, éditions Turquoise, Levallois-Perret, 2015, (ISBN 978-2-918823-07-0)
    Article complet avec notes et références sur ce site : https://fr.wikipedia.org/wiki/Bertha_von_Suttner

Publication en allemand de Bertha von Suttner : « Ein Leben für den Frieden » - Früh hatte die Österreicherin Bertha von Suttner vor den Folgen des sich abzeichnenden Ersten Weltkriegs gewarnt. Die Historikerin Brigitte Hamann verdeutlicht in einer neuen Biografie nun, wie visionär die Vorstellungen der ’Friedensbertha’ damals waren. Source : http://www.deutschlandfunk.de/bertha-von-suttner-ein-leben-fuer-den-frieden.1310.de.html?dram:article_id=273836

Voir également ceci : l’ouvrage de Brigitte Hamann : « Bertha von Suttner. Ein Leben für den Frieden (wissenschaftliche Biografie) ».

Résumé traduit en français par JH :

La préface de Brigitte Hamann commence comme suit :

Telle est l’histoire de la vie d’une femme du 19ème siècle, qui était utopique comme la plupart de ses contemporains, un peu fous, et dont les préoccupations, en fin de compte, n’ont rencontré que des personnes sourdes. Son cri célèbre et de plus en plus désespéré, ’A bas les armes !’ fut sans effet dans un temps où le nationalisme incitait l’Europe à faire la grande guerre et se moquait des avertissements de « Bertha la Pacificatrice », considérés comme une expression d’exaltation féminine et désignée par « Gschaftlhuberei », une activité démesurée et inutile qui n’aboutit à rien.

L’auteur cite Stefan Zweig, qui a écrit à propos de Bertha von Suttner dans la ’Neue Freie Presse’ le 21 juin 1918 :

Mais cette femme juste, qui ne pensait avoir que ses trois mots à dire au monde [...] n’a pas hésité à exiger ce qui semblait inaccessible. Elle a fait encore mieux que quiconque face à la tragédie profonde et dévastatrice avec l’idée qu’elle représentait : face à la tragédie, le pacifisme qui ne semble pas opportun, même inutile en temps de paix ; mais lors de la folie vécue en temps de guerre, la paix est impuissante et sans défense à ce moment. Néanmoins, elle a passé toute sa vie à travailler pour la paix dans le monde, comme un Don Quichotte, qui se bat contre les moulins à vent.

Brigitte Hamann poursuit :

La biographie de Bertha von Suttner, bien sûr, a beaucoup d’autres facettes en plus de l’engagement en faveur de la paix, y compris un fort élan d’aventurisme. Sa vie de comtesse insouciante entourée de gouvernantes, puis l’extrême pauvreté de son premier succès littéraire en Russie, allait s’écouler jusqu’à ce qu’elle trouve enfin le travail de sa vie dans le mouvement en faveur de la paix, sa vie reflète aussi la réalité sociale et culturelle du tournant du siècle (19-20ème) et la mise en place des monarchies des pays au bord du Danube. En particulier, le large éventail de sujets abordés : la politique, le pacifisme, la littérature, le journalisme, le mouvement des femmes, le libéralisme, l’aristocratie autrichienne et le mécénat international, ont été ,selon moi, l’incitation pour éclairer la vie de Bertha von Suttner dans son époque. Source : http://www.dieterwunderlich.de/Hamann_Suttner.htm

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P.
Clara Zetkin, journaliste militante pour l’égalité des droits entre les femmes et les hommes

Clara Eissner (1857 – 1933) devenue Clara Zetkin est une journaliste, femme politique et figure féministe allemande. Elle est notamment à l’origine de la journée internationale du droit des femmes le 8 mars.

Photo - Née le 5 juillet 1857, Clara Eissner est la fille d’un instituteur et se destine, elle aussi, à l’enseignement. Rapidement, elle s’intéresse à la politique, fréquentant les milieux féministes et socialistes. En 1878, elle adhère au parti socialiste mais il est interdit par le chancelier impérial Bismarck et elle doit s’exiler à Zurich.

A Zurich, Clara rencontre Ossip Zetkin, révolutionnaire russe. Ils ne se marient pas mais auront deux fils, Kostja et Maxim, et elle prend son nom. En 1882, ils partent à Paris et Clara y participe activement à la création de l’Internationale Socialiste, militant pour l’égalité complète des droits entre les femmes et les hommes. Elle lutte notamment pour le droit de vote des femmes, pour le droit au divorce et à l’union libre et pour l’égalité des sexes.

Création de la Journée internationale des femmes

Ossip Zetkin meurt en 1889. De retour en Allemagne, elle fonde en 1891 Die Gleichheit (L’égalité), revue des femmes socialistes, qu’elle publie jusqu’en 1917. Clara convoque la première conférence internationale des femmes socialistes à Stuttgart en 1907, et est nommée présidente du secrétariat international des femmes socialistes. En 1910, elle convoque la deuxième conférence internationale des femmes socialistes à Copenhague où elle propose la création de la « Journée internationale des femmes », notamment pour militer pour le droit de vote des femmes. La proposition, à l’origine de la journée internationale des droits des femmes le 8 mars, est immédiatement adoptée.

Création du parti communiste allemand

Clara s’investit au sein du SPD, le parti socialiste, et devient proche de Rosa Luxemburg. Toutes deux opposées à la Première Guerre mondiale, elles participent à la création de la ligue spartakiste et organise de nombreuses actions pacifiques, pour lesquelles elle est arrêtée en 1915. En 1916, Rosa Luxembourg et elle jouent un rôle actif dans la création du parti communiste allemand.

En novembre 1918, les femmes allemandes obtiennent le droit de voter et d’être élues. En 1920, Clara Zetkin devient députée pour le KPD, le parti communiste d’Allemagne. De 1921 à 1933, elle fait partie de la direction de l’Internationale communiste. Entre 1927 et 1929, elle est membre du comité central du pays. En 1932, en tant que doyenne de l’Assemblée, elle appelle le peuple à combattre le nazisme. Après l’arrivée des nazis au pouvoir et l’interdiction du parti communiste, elle est contrainte à un nouvel exil. Clara Zetkin meurt le 20 juin 1933 près de Moscou.

Liens utiles

La fiche Wikipedia de Clara Zetkin
Le 8 mars de Clara Zetkin et Rosa Luxemburg

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Source : https://histoireparlesfemmes.com/2013/02/06/clara-zetkin-journaliste-feministe/

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6.
Grandes figures féminines nées sous l’Empire allemand (Deutsches Kaiserreich, ou Reich allemand de 1871 à 1918)

Q.
Alice Salomon, professeur d’université, écrivaine, militante socialiste

Photo - Alice Salomon

Alice Salomon (19 avril 1872, à Berlin – 30 août 1948 (à 76 ans) à New York) - est une réformatrice sociale allemande et une pionnière du travail social en tant que discipline académique. Elle est une figure du mouvement féministe allemand et une des rares femmes qui ont accès aux études supérieures au début du vingtième siècle.

Nationalités : Allemande, Américaine – Formation : Université Humboldt de Berlin.

Activités : Réformateur social, professeure d’université, écrivaine

Un timbre, l’université Alice Salomon (en), un parc et une place ont été nommés en son honneur, en Allemagne.

Publications

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  • (de) Charakter ist Schicksal, Lebenserinnerungen, herausgegeben von Rüdiger Baron und Rolf Landwehr, Beltz Verlag, Weinheim und Basel, 1983 (ISBN 3-407-85036-0) (Auszug in : Lixl-Purcell (Hg) : Erinnerungen deutsch-jüdischer Frauen 1900 - 1990 Reclam, Lpz. 1992 u.ö. (ISBN 3-379-01423-0) S. 120 - 125)
    Liens externes

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R.
Cécile Vogt-Mugnier, scientifique en neurologie et pathologie

Cécile Vogt-Mugnier, née le 27 mars 1875 à Annecy et morte le 4 mai 1962 à Cambridge (Angleterre), est une neurologue et neuropathologiste franco-allemande, épouse d’Oskar Vogt. Nationalité : Française. Formation en neurologie : Bicêtre

Distinction : Prix national de la République démocratique allemande Voir et modifier les données sur Wikidata

Biographie

Sa famille était originaire de Haute-Savoie. Elle perdit son père à l’âge de deux ans et dès son jeune âge, elle fit preuve d’un caractère indépendant et non conventionnel, ce qui s’était déjà vu dans sa famille puisque sa mère qui avait rompu avec l’église, avait refusé d’être son témoin de confirmation, se contentant de l’escorter jusqu’à la porte de la cathédrale.

Cécile Mugnier devait faire partie du groupe restreint des premières étudiantes à être admises en faculté de médecine au début du XXe siècle. Elle fut l’élève de Pierre Marie à Bicêtre où elle fit la connaissance de son futur mari, Oskar Vogt. Ce dernier était venu travailler à Paris avec Jules et Augusta Dejerine. En 1899 elle épousa Oskar Vogt et le couple déménagea à Berlin pour y fonder un institut de recherches neurologiques, la Neurologische Zentralstation qu’ils financèrent grâce à leur pratique privée. Très vite, Cécile Vogt-Mugnier s’imposa comme une scientifique de premier plan, au même titre que ses contemporaines Marie Curie (1867-1934), Augusta Dejerine-Klumpke(1859-1927), et Marie Nageotte-Wilbouchewitch (l’épouse de l’anatomiste Jean Nageotte).

Voir aussi

Lien externe

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S.
Paula Modersohn-Becker, peintre du mouvement epressioniste

Illustration - Autoportrait aux camélias (Die Malerin mit Kamelienzweig) 1907 (62 × 31 cm). Musée Folkwang, Essen.

Paula Modersohn-Becker, née le 8 février 1876 à Dresde et morte le 21 novembre 1907 à Worpswede, est une artiste peintre allemande et l’une des représentantes les plus précoces du mouvement expressionniste dans son pays.

Originaire de Dresde, Paula Becker s’engage dans des études de peinture et rejoint les artistes indépendants réunis dans le village de Worpswede, non loin de Brême, qui prônent un retour à la nature et aux valeurs simples de la paysannerie. Elle y épouse le peintre Otto Modersohn. Le manque d’audace des peintres worpswediens, toutefois, la pousse à s’ouvrir aux inspirations extérieures et à effectuer des séjours répétés à Paris, auprès de l’avant-garde artistique.

Au cours des quatorze courtes années durant lesquelles elle exerce son art, elle réalise pas moins de sept cent cinquante toiles, treize estampes et environ un millier de dessins. Son style, particulièrement original, est le fruit d’influences multiples, aux confins de la tradition et de la modernité. Sa peinture présente des aspects mêlant l’impressionnisme de Cézanne, van Gogh ou Gauguin, le cubisme de Picasso, le fauvisme, l’art japonais ou encore l’art de la Renaissance allemande. La force expressive de son œuvre résume à elle seule les principaux aspects de l’art au début du XXe siècle. Elle meurt prématurément à 31 ans, des suites d’un accouchement. Jusqu’à l’exposition que lui consacre le musée d’art moderne de la ville de Paris en 20161, elle restait assez peu connue au-delà des pays germanophones.

Sommaire

Famille

Paula Becker est le troisième enfant venu au monde au sein d’une fratrie qui compta en tout sept frères et sœurs. Son père, Carl Woldemar Becker, était ingénieur de métier, et sa mère Mathilde descendait d’une illustre famille de la noblesse de Thuringe, les von Bültzingslöwen. Les lettres que Carl Woldemar Becker envoya plus tard à sa fille donnent de lui l’image d’un homme cultivé et ouvert sur le monde : familier de Paris comme de Londres, il maîtrisait le russe, le français et l’anglais. La famille maternelle de Paula présentait les mêmes dispositions au voyage : le grand-père von Bültzingslöwen avait commandé une garnison à l’étranger, et plusieurs frères de Mathilde émigrèrent en Indonésie, en Nouvelle-Zélande et en Australie.

L’art, la littérature et la musique occupaient une place essentielle dans l’éducation des enfants Becker. Paula, tout comme ses sœurs, reçut des cours de piano. La sœur la plus âgée de Paula, qui avait un très beau timbre de voix, eut même droit à des cours de chant. La famille appréciait beaucoup l’œuvre de Richard Wagner, à l’exception notable de Paula qui le jugeait « non-allemand » (undeutsch). Quant à Goethe, il était considéré dans le foyer comme le plus grand de tous les poètes. Selon les biographes de Paula, les Becker appartenaient aux classes moyennes et à la petite bourgeoisie, et n’étaient donc pas particulièrement aisés.

Les premières années

Dresde et Brême

Paula Becker passa les douze premières années de sa vie à Dresde, une période au sujet de laquelle très peu d’éléments sont connus. On retrouve néanmoins la trace d’un drame survenu lors de la dixième année de Paula, alors qu’elle et ses deux cousines Cora et Maidli Parizot jouaient dans une carrière de sable. Enfouies sous un éboulement, seules Paula et Maidli purent être rescapées à temps, alors que la jeune Cora Parizot, âgée de onze ans, s’étouffa et trouva la mort sous les gravats. Dans une lettre écrite bien des années plus tard à Rainer Maria Rilke, Paula Modersohn-Becker révéla à quel point cette expérience l’avait marquée. Sa biographe, Lieselotte von Renken, y voit même la raison de la détermination dont la peintre fit preuve pour s’engager dans une carrière artistique.

En 1888, Carl Woldemar Becker obtint un poste à Brême dans le secteur du bâtiment, ce qui poussa la famille à quitter la ville de Dresde. La vie culturelle de Brême était très effervescente à cette époque, et la mère de Paula cultiva de nombreuses amitiés dans les cercles artistiques, si bien que la famille Becker put jouir constamment de relations privilégiées avec ce milieu.

Photo - Dresde-Friedrichstadt : Après la naissance de Paula, maison familiale dans le « Friedrichstrasse 29 » (aujourd’hui, le « Friedrichstrasse 29 » porte le « no 46 »)2.

Photo - Dresde-Friedrichstadt : Après la naissance de Paula, maison familiale dans le « Friedrichstrasse 29 » (aujourd’hui, le « Friedrichstrasse 29 » porte le « no 46 »)2.

Photo : Brême : La maison de la famille Becker dans la « Schwachhauser Chaussée 23 » (aujourd’hui, le « Schwachhauser Heerstrasse » )

Photo d’époque  : La famille Becker dont les parents, Carl Woldemar Becker et Mathilde Becker, née de Bültzingslöwen, sont assis dans le jardin d’hiver dans la « Schwachhauser Chaussée 23 ».

L’Angleterre et les premiers cours de dessin

Au début de l’été 1892, Paula Becker fut envoyée par ses parents en Angleterre afin d’y effectuer un séjour linguistique. Une demi-sœur de son père vivait aux environs de Londres, et Paula devait la rejoindre quelque temps, pour apprendre à parler l’anglais et, par la même occasion, à tenir un ménage. Grâce au soutien de son oncle, la jeune fille put également recevoir des cours artistiques. Après quelques études préliminaires de croquis, elle commença à fréquenter une école privée des Beaux-Arts, où elle passait six heures par jour pour y être initiée à la technique du dessin. Ces cours furent cependant bien vite abandonnés : la durée du séjour londonien de Paula avait été initialement fixée à un an par ses parents, mais le mal du pays, la nostalgie du foyer et la discipline autoritaire que lui imposait sa tante poussèrent Paula à repartir pour l’Allemagne à peine six mois plus tard.

L’école d’institutrices

Reproduction : Tête d’enfant au voile blanc (Kinderkopf mit weißem Tuch) 1900 (45,3 × 66,2 cm), coll. part.

C’est avant tout en raison de l’influence de son père et du respect qu’il lui inspirait que Paula Becker suivit les cours d’une école de formation d’institutrices à partir de 1893, à Brême. Elle suivait en cela à contrecœur les pas de sa sœur la plus âgée, qui avait poursuivi le même cursus. Toutefois elle put obtenir de son père, en contrepartie, le droit d’assister à des cours de peinture.

Ces cours chez le peintre Bernhard Wiegandt constituèrent notamment pour Paula la première occasion de travailler d’après de vrais modèles. De cette époque datent par exemple une série de portraits de ses frères et sœurs, ainsi que son premier autoportrait, réalisé vers 1893. Cette activité artistique ne la conduisit pas à négliger ses études principales : en septembre 1895, Paula Becker passa l’examen d’institutrice et obtint le diplôme avec de bons résultats.

Au début de l’année 1893, Paula avait pu par ailleurs admirer pour la première fois les réalisations du cercle artistique de Worpswede, lorsque Fritz Mackensen, Otto Modersohn, Fritz Overbeck, Hans am Ende et Heinrich Vogeler exposèrent leurs toiles à la Kunsthalle de Brême. La jeune femme fut certes charmée, mais rien dans son journal ne permet d’affirmer qu’elle fut vraiment impressionnée. Elle y confie néanmoins avoir beaucoup apprécié une toile de son futur mari, Otto Modersohn, qui resplendissait de couleurs étranges et donnait une saveur très particulière à un paysage de bruyères.

Cours de peinture à Berlin

Reproduction - Nu féminin étendu dans l’herbe.

Grâce à la branche maternelle de sa famille, Paula put se rendre à Berlin au début de l’année 1896 afin d’y suivre pendant six semaines des cours de dessin et de peinture auprès de l’Association des Artistes Berlinoises (Verein der Berliner Künstlerinnen). Cette école de peinture était très en vue : à peine onze années plus tôt, Käthe Kollwitz y avait par exemple fait ses premières armes. L’existence de ce type d’associations était une nécessité pour les femmes, qui n’avaient pas encore accès aux académies des beaux-arts à l’époque.

Paula fut en mesure de poursuivre sa formation au-delà des six semaines initialement envisagées, car il semble que sa mère ait obtenu auprès de la direction une diminution des droits de scolarité. Pour parvenir à payer des études à sa fille, Mathilde Becker alla même jusqu’à accueillir un pensionnaire dans la maison familiale. Par ailleurs, le frère de Mathilde, Wulf von Bültzingslöwen, tout comme son épouse Cora, s’étaient déclarés prêts à loger Paula à leur domicile et à pourvoir à ses besoins quotidiens.

L’enseignement dispensé à Berlin accordait une place prépondérante au dessin, réalisé à partir de modèles professionnels. Seules les candidates ayant déjà une bonne maîtrise de la matière étaient admises dans la classe. De nombreux dessins de nu réalisés par Paula et datant de cette période ont pu être conservés : les lignes, en règle générale, sont fortement marquées, et l’on est frappé de l’omniprésence des effets de clair-obscur. En 1897, Paula fut admise pour la première fois dans la classe de Jeanne Bauck. Cette artiste, aujourd’hui tombée dans l’oubli, eut une influence profonde sur sa jeune élève, et la persuada plus tard d’aller vivre quelque temps à Paris.

Au cours de son séjour berlinois, Paula Becker passa de nombreuses heures dans les galeries des musées. Tout comme les artistes du mouvement nazaréen qui avait connu son apogée sept décennies plus tôt, Paula aimait par dessus tout les toiles de la Renaissance allemande et italienne. Parmi les peintres qu’elle appréciait particulièrement, on compte Albrecht Dürer, Lucas Cranach, Hans Holbein l’Ancien, Le Titien, Botticelli et Léonard de Vinci. Paula semble donc avoir eu une prédilection pour les artistes ayant tendance à dessiner des formes claires et à appuyer sur le trait.

Worpswede et Paris

Le départ pour Worpswede

Reproduction - Paysage de Worpswede (Worpsweder Landschaft) 1900 (61,5 × 68 cm), musée Ludwig, Cologne.

Reproduction - Canal dans le marais avec bateaux à tourbe (Moorkanal mit Torfkähnen) 1900 (51 × 36 cm), coll. part.

À l’occasion des noces d’argent des parents, la famille Becker entreprit à l’été 1897 une excursion au petit village de Worpswede, situé à quelques encablures de Brême. Paula fut profondément impressionnée par la singularité du lieu, par la diversité des couleurs du paysage et surtout par la « colonie artistique » (Künstlerkolonie) qui y avait été fondée quelques années plus tôt.

Avant même l’automne, elle se rendit à nouveau sur place en compagnie d’une amie, afin de rencontrer les peintres et visiter les lieux avec plus d’attention. Lorsqu’en janvier 1898, Paula hérita de 600 marks et put rembourser une partie des sommes engagées par ses cousins Arthur et Greta Becker pour lui permettre de poursuivre ses études, elle décida en accord avec ses parents de se rendre à Worpswede.

À l’origine, le séjour était envisagé comme de simples vacances de courte durée. Mathilde Becker avait prévu que sa fille y suive pendant seulement deux semaines les cours de peinture et de dessin de Fritz Mackensen, afin qu’elle puisse ensuite partir pour Paris à l’automne et y trouver une place de fille-au-pair. On doit par ailleurs à l’influence du père d’avoir pu convaincre Mackensen de prendre en charge la jeune Paula. Malgré toutes ces précautions familiales, il semble bien que Paula Becker, lorsqu’elle prit finalement la route de Worpswede en septembre 1898, avait l’intention d’y rester plus longtemps que prévu et ambitionnait de devenir une artiste professionnelle.

La colonie artistique de Worpswede

Reproduction - Petite fille au jardin près d’un globe de verre(Mädchen im Garten neben Glaskugel) 1901 / 1902 (35,7 × 35,7 cm), coll. part.

Les artistes qui s’étaient installés à Worpswede en 1889 revendiquaient leur indépendance vis-à-vis des grandes académies artistiques. Ils étaient, pour la plupart, d’anciens élèves de l’Académie des beaux-arts de Düsseldorf, une institution rendue célèbre quelques années auparavant par Wilhelm von Schadow. Comme beaucoup de jeunes artistes du XIXe siècle, ils considéraient toutefois la peinture académique des institutions officielles et leurs anciens maîtres d’un œil très critique. En établissant cette retraite symbolique à Worpswede, ils aspiraient à donner une place renouvelée et régénérée à la nature dans leurs œuvres, tout comme l’avaient fait avant eux Théodore Rousseau et son école de Barbizon. Les peintres de Worpswede désiraient exercer leur art en pleine nature, sans artifice et en toute simplicité, afin notamment de donner une image favorable de la population paysanne, qu’ils jugeaient d’une pureté encore originelle et non corrompue par la civilisation.

Reproduction - Fossé dans le marais (Moorgraben) - Entre 1900 et 1902 (54,1 × 33 cm), coll. part.

Une profonde amitié naquit progressivement entre Paula Becker et Clara Westhoff, une jeune femme qui voulait devenir sculptrice et suivait chez Mackensen des cours de dessin et de modelage. Bien que Paula ait, au départ, adopté une attitude plutôt réservée vis-à-vis des artistes de Worpswede, des liens se nouèrent imperceptiblement à partir de mars 1899, en particulier avec son futur mari Otto Modersohn et avec Heinrich Vogeler. C’est sous leur supervision bienveillante que Paula réalisa plusieurs estampes à l’eau forte au cours de l’été 1899. La stricte discipline qu’imposait ce travail graphique si particulier ne lui a cependant pas spécialement plu, de même que la contrainte liée à l’utilisation des techniques de gravure.

Les cours dispensés par Fritz Mackensen furent au début d’une grande aide pour Paula Becker et pour l’épanouissement de son talent. Dès la fin de 1898, toutefois, la jeune femme commença à avoir le sentiment que ce professeur n’était pas fait pour elle. Son propre style, qui tendait de plus en plus à la simplification des formes et des couleurs, trouvait en effet peu d’écho à Worpswede. Par ailleurs, lorsque Paula se mit à participer à quelques expositions en 1899, les critiques impitoyables dont elle fit l’objet achevèrent de la convaincre que sa peinture restait marginale dans l’évolution de la culture allemande. Dans le Weser-Zeitung daté du 20 décembre 1899, on pouvait lire cette analyse de deux œuvres exposées :

« Pour qualifier ce travail, les ressources d’une langue pure ne suffisent pas, et nous nous refusons à en utiliser une impure. Disons que si une activité créatrice du même ordre s’était illustrée dans les domaines du théâtre ou de la musique, et avait eu l’insolence de s’aventurer sur scène ou dans la salle de concert, les sifflets et les huées auraient eu tôt fait de mettre un terme à une si grossière mascarade. »

Certes, des artistes comme Max Slevogt, Lovis Corinth, Max Liebermann ou Wilhelm Leibl connaissaient alors leurs premiers succès à Munich et à Berlin. Dans l’ensemble, cependant, l’Allemagne était toujours marquée par la domination des salons de peinture et par l’omniprésence de l’art académique, et c’est bien plutôt Paris qui brillait alors par l’ouverture et l’innovation de sa vie artistique. Rien d’étonnant donc à ce que Paula Becker, depuis son séjour à Berlin, désirât par-dessus tout découvrir et visiter la capitale française.

Le premier séjour artistique à Paris

Reproduction Tête d’une petite fille (Kopf eines kleines Mädchens) - Vers 1902 (27 × 31,4 cm), coll. part.

C’est dans la nuit du 31 décembre 1900 que Paula prit la route de la France. Tout comme Rome avait été au début du XIXe siècle un grand centre d’attraction pour tous les artistes allemands, Paris était alors devenu le lieu de rencontre par excellence de tous les courants artistiques européens. Plusieurs artistes allemands réputés, comme Emil Nolde, Bernhard Hoetger ou Käthe Kollwitz y réalisèrent des séjours plus ou moins longs. Quant à Clara Westhoff, l’amie de Paula rencontrée à Worpswede, elle s’y trouvait déjà depuis la fin de l’année 1899, animée par l’espoir de devenir l’élève d’Auguste Rodin.

Paula Becker pouvait se permettre ce voyage sur le plan financier, puisqu’elle continuait à bénéficier de l’aide de ses parents et du reste de sa famille. Elle s’installa au numéro 9 de la rue Campagne-Première, dans le quartier du Montparnasse du 14e arrondissement, et agrémenta sommairement son petit studio de caisses et de quelques meubles dénichés au marché aux puces. Paula alla suivre les cours de l’académie Colarossi (toujours à Montparnasse, mais dans le quartier Notre-Dame-des-Champs), car cette dernière offrait l’avantage d’accepter les femmes, et se remit à arpenter les musées comme elle l’avait fait à Berlin. Seule ou en compagnie de Clara, elle fréquenta en outre les expositions et les galeries artistiques pour se familiariser avec la peinture moderne française.

Clara Westhoff rapporta plus tard certaines anecdotes liées à cette période, comme la visite rendue au marchand d’art Ambroise Vollard, ou encore la fascination profonde ressentie par Paula pour l’œuvre de Paul Cézanne, alors totalement inconnu. Selon l’historienne de l’art Christa Murken Altrogge, Paula Becker est la première artiste allemande à avoir perçu le talent révolutionnaire de ce peintre. Dans une lettre datée du 21 octobre 1907 adressée à Clara, Paula écrivait bien des années plus tard que :

« [Cézanne] est l’un des trois ou quatre grands maîtres qui eurent sur moi l’effet d’une tempête. »

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Reproduction - Nature morte avec citron, orange et tomate (Stilleben mit Zitrone, Apfelsine und Tomate) - Vers 1906/1907 (26,5 × 17,3 cm), coll. part.

Nul doute également que Paula Becker, lors de son séjour à Paris, ait visité la grande exposition organisée par le mouvement nabi. Ce groupe artistique, profondément influencé par les estampes de l’art japonais, mettait l’accent sur les surfaces et sur des couleurs fantaisistes, dont le but n’était pas de retranscrire fidèlement la réalité mais de renfermer une signification propre.

Depuis le mois d’avril 1900 se tenait par ailleurs la grande exposition universelle destinée à célébrer l’entrée dans le nouveau siècle. Cet événement fut l’occasion de venir à Paris pour Fritz Overbeck et le paysagiste Otto Modersohn, qui arrivèrent en juin. Paula Becker connaissait déjà Otto et, pour avoir pu admirer son travail à Worpswede, appréciait beaucoup cet homme plus âgé qu’elle de onze ans. Modersohn était alors marié à Hélène, que sa santé précaire avait retenu à Worpswede : elle trouva la mort pendant le court séjour parisien d’Otto. La tragédie précipita le retour de Modersohn et Overbeck en Allemagne.

Retour à Worpswede

À peine deux semaines après le départ en catastrophe des deux amis, ce fut au tour de Paula et Clara de reprendre le chemin de Worpswede : étant donné que l’héritage et les sommes concédées par ses proches étaient épuisées, son père lui suggéra en effet de se trouver temporairement une place de gouvernante. Le mauvais état de santé dans lequel elle se trouvait alors ne le permettait cependant pas dans l’immédiat. La jeune femme s’était imposée à Paris un tel travail et un mode de vie si spartiate que son médecin lui prescrivit du repos. À cette époque, Paula écrivait chaque jour dans son journal, une ressource aujourd’hui amplement utilisée par ses biographes. Son état de fatigue semble lui avoir donné le pressentiment de sa disparition prématurée :

« Je sais que je ne vivrai pas très longtemps. Mais est-ce si triste ? Une fête est-elle meilleure parce qu’elle est plus longue ? Ma vie est une fête, une fête courte et intense. […] Et si l’amour me fleurit encore un peu avant de s’envoler, et me fait réaliser trois bonnes peintures dans ma vie, je partirai volontiers, des fleurs aux mains et aux cheveux. »

—  (26 juillet 1900)

Reproduction - Petite fille avec un chat dans un bois de bouleaux (Mädchen mit Katze im Birkenwald) - 1904 (99 × 81,5 cm) - Musée Paula Modersohn-Becker, Brême.

Plusieurs semaines plus tard, Paula fit une correction à cette date de son journal, en ajoutant les mots : « Et que cela dure encore longtemps. Je suis forte, pleine de vie et en bonne santé. » — (3 septembre 1900)

Tandis qu’elle récupérait lentement de son séjour à Paris, son bon ami Otto Modersohn lui rendit visite occasionnellement. Leur relation gagna en profondeur et en intensité : le 12 septembre 1900, à peine trois mois après la mort d’Hélène Modersohn, le couple annonça ses fiançailles.

De cette époque date également la rencontre avec le poète Rainer Maria Rilke. Ce dernier s’était lié d’amitié avec Heinrich Vogeler lors d’un séjour à Florence, en 1898. C’est donc en tant qu’invité de Vogeler qu’il accomplit une visite à Worpswede, au moment même où Carl Hauptmann, le frère de Gerhart Hauptmann, était de passage chez Modersohn. La joyeuse assemblée se réunissait régulièrement dans la résidence Barkenhof, où habitaient les Vogeler. Rilke, face à Clara Westhoff et Paula Becker, crut un instant avoir affaire à deux sœurs : dans son journal, il se réfère aux deux amies en les appelant respectivement « la peintre blonde » et « la peintre brune ». Rilke était très lié aux deux femmes : tandis qu’il éprouvait beaucoup de mal à voir en Clara une artiste du fait de son attirance pour elle (il l’épousa peu après), il considéra toujours Paula Becker comme « la plus chère des amies ». Il lui dédia même un poème, publié plus tard dans son recueil Buch der Bilder :

Du blasses Kind, an jedem Abend soll (Toi, blême enfant, dois chaque soir)

der Sänger dunkel stehn vor deinen Dingen (Chanter à l’ombre loin de ton objet)

Dans la monographie qu’il réalise sur les peintres de Worpswede, Rilke ne fait pourtant aucune mention de Paula. Par ailleurs, lorsqu’il lui fallut l’introduire auprès d’Auguste Rodin, il ne la présenta que comme l’épouse d’un peintre célèbre. Rilke finit néanmoins par admettre que Paula Modersohn-Becker était une véritable artiste, peu avant que la mort emporte cette dernière et que l’histoire de l’art donne à son travail une portée bien plus grande qu’à celui de son mari.

Mariage avec Otto Modersohn

Reproduction - Nature morte avec soucoupe de lait (Stilleben mit Milchsatte)
1905 (55x 71,8 cm) - musée Paula Modersohn-Becker, Brême.

Otto Modersohn et Paula Becker se marièrent le 25 mai 1901. À cet effet, et sous la pression de ses parents, Paula accepta même de suivre un cours de cuisine à Berlin, qu’elle abandonna cependant assez rapidement. Elle s’en explique dans une lettre du 8 mars 1901, et la raison qu’elle évoque révèle non seulement sa personnalité profonde, mais aussi l’état d’esprit qui sera le sien durant sa première année de vie conjugale :

« Il est bon de se libérer des situations qui nous prennent de l’air. »

Le couple effectua une courte lune de miel, au cours de laquelle il fut notamment invité par Gerhart Hauptmann près de Hirschberg en Silésie, aujourd’hui un territoire polonais. S’ouvre ensuite une période de la vie de Paula Modersohn-Becker où cette dernière tenta de concilier ses ambitions artistiques avec sa nouvelle vie d’épouse, de femme au foyer et de belle-mère de la petite Elsbeth, issue de la première union d’Otto Modersohn. Paula, pour tout atelier, ne disposait alors que d’une petite cellule située dans la cour d’une ferme. Otto entreprit de faire construire un vasistas sur le toit du bâtiment principal, afin que son épouse puisse y travailler. La jeune mariée était aidée dans l’accomplissement des tâches quotidiennes par une domestique. De neuf heures du matin à environ une heure de l’après-midi, Paula pouvait ainsi peindre dans son atelier, sortait pour déjeuner puis revenait à son œuvre vers quinze heures, pour y rester souvent jusqu’au soir, lorsque dix-neuf heures sonnaient. Elle essayait néanmoins d’être une mère attentive et consciencieuse pour sa belle-fille Elsbeth. Cette dernière servit d’ailleurs de modèle à toute une série de portraits d’enfant, tels que la Petite fille au jardin près d’un globe de verre, qui date de 1901 ou 1902, et la Tête d’une petite fille.

Reproduction - Nature morte avec plante verte, citron et orange (Stilleben mit Blattpflanze, Zitrone und Apfelsine) - 1906 (31 × 37,2 cm), coll. part., Worpswede.

Otto semble avoir été très heureux au cours des trois premières années de sa nouvelle vie de couple. Son journal indique alors régulièrement à quel point il était persuadé de partager l’existence d’une artiste hors du commun, chose que personne d’autre ne semblait encore réaliser à l’époque. Paula avait trouvé en Otto Modersohn un homme aimant et qui, bien loin de s’ériger en obstacle au développement de sa sensibilité artistique, savait au contraire accompagner cette évolution d’un regard critique et appréciateur. Comme beaucoup de ses contemporains, cependant, il manquait à Otto une compréhension vraiment profonde de l’œuvre de son épouse. Par ailleurs, l’intensité avec laquelle Paula réagissait aux moindres soubresauts de la vie artistique parisienne le laissait quelque peu perplexe.

Le mariage eut aussi le mérite de délivrer définitivement Paula de la perspective d’exercer un métier qu’elle n’aurait pas aimé afin d’assurer sa subsistance. De toute sa vie, la jeune femme ne réussit à vendre que deux de ses toiles, respectivement à ses amis Rilke et Vogeler : sans son union avec Otto, il est donc évident qu’elle aurait dû se résoudre à suivre l’avis de son père et à prendre une place de gouvernante. La situation, toutefois, avait également de mauvais côtés. Tandis qu’Otto, dans son journal, affirme que la vie de couple se déroulait mieux qu’il ne l’aurait cru, on trouve dans celui de Paula, à la date de Pâques 1902, une attitude plus critique et teintée de dérision :

« L’expérience m’a enseigné que le mariage ne rend pas plus heureuse. Il ôte l’illusion, autrefois omniprésente dans tout l’espace, qu’il existe une âme sœur. Le sentiment d’incompréhension est doublé, car toute la vie antérieure au mariage avait consisté à trouver un espace de compréhension. J’écris ceci dans mon livre de cuisine, le dimanche de Pâques 1902. Je suis assise dans ma cuisine et je prépare un rôti de veau. »

Contrairement à son mari, qui recherchait le calme et la solitude de Worpswede pour exercer tout son art, Paula Modersohn avait besoin d’une certaine variété et de contact avec le monde extérieur.

Paris, 1903

Reproduction - Landschaft unter Bäumen, vers 1902, impression chez Otto Felsing à Berlin.

Paula, au début de l’année 1903, s’accorda une escapade de deux mois à Paris, loin de son mari et de sa belle-fille. Elle retrouva là-bas Rainer Maria Rilke et son épouse, Clara Westhoff, et ressentit sans mal la tension grandissante qui s’installait dans ce couple.

La jeune femme passa le plus clair de son temps au musée du Louvre, où elle fit de nombreux croquis d’après des antiquités grecques ou égyptiennes. Dans les autoportraits qu’elle réalisa par la suite, en particulier l’Autoportrait aux camélias, l’influence des célèbres portraits funéraires du Fayoum et de leurs visages intensément expressifs ressort d’ailleurs d’une manière très frappante. Paula se remit à fréquenter quelques expositions en compagnie du couple Rilke, lequel put également s’arranger pour l’introduire auprès du sculpteur Auguste Rodin, dont la renommée avait atteint son apogée. Il semble enfin, à cette période de sa vie, que Paula ait été prise d’une passion croissante pour les estampes traditionnelles de l’art japonais : toutes ces influences, diverses et contrastées, devaient grandement peser sur l’évolution et l’originalité de son style.

Les historiens de l’art estiment assez vraisemblable que Paula ait pu en outre découvrir quelques toiles de Paul Gauguin à l’époque, bien que rien ne le laisse supposer dans son journal. Les natures mortes réalisées après son retour à Worpswede, de par leurs couleurs vives, tranchées et isolées les unes des autres, rappellent en effet certains aspects de la peinture de Gauguin.

Worpswede (1903–1905)

Reproduction - Enfant de paysan sur un coussin à carreaux rouges (Bauernkind auf rotgewürfeltem Kissen) - 1904 (66,5 × 58 cm) - musée Paula Modersohn-Becker, Brême.

Rassasiée par son voyage, l’esprit rempli d’innombrables influences artistiques, Paula Modersohn revint à Worpswede en mars 1903 pour y retrouver son mari et sa belle-fille. Son séjour en France, en réalité, lui avait même fait ressentir de façon plus marquée qu’auparavant le lien affectif qui l’unissait à son foyer. Elle-même rêvait souvent d’un enfant, et se prit à regretter que cela lui ait été refusé pour l’instant. Parmi les quelque 130 toiles de peinture produites jusqu’à la fin de l’année 1904, on trouve d’ailleurs aux côtés des natures mortes de nombreux portraits de nourrissons ou de jeunes enfants, que l’artiste représente désormais sans leurs mères. L’évolution du style de Paula laissait son mari dans une certaine incompréhension. Ainsi trouve-t-on cette appréciation dans le journal d’Otto Modersohn, datée du 26 septembre 1903 :

« [Elle tombe] désormais dans le travers de tout rendre grossier, hideux, bizarre, lourd. Les couleurs sont fameuses — mais la forme ? Mais l’expression ! Des mains comme des cuillères, des nez comme des massues, des bouches comme des plaies ouvertes, des expressions de crétins… Deux têtes, quatre mains sur une surface minuscule, rien de plus pour des enfants. Et il est difficile de vouloir la conseiller, comme souvent. »

—  D’après Lieselotte von Reinken, p. 88

Certains portraits d’enfants montrent comment Paula a su intégrer et développer les techniques du mouvement nabi, notamment avec l’Enfant de paysan sur un coussin à carreaux rouges de 1904 : les carrés de couleurs reliés par des bandes blanches cherchent à y donner l’effet d’un tapis. Paula a volontairement vêtu son jeune modèle d’habits aux teintes rougeâtres, si bien qu’une véritable quadrichromie de rouge s’installe et confère une certaine harmonie à la toile. Le soin apporté ici aux détails du visage est assez peu coutumier chez Paula Modersohn. Dans d’autres portraits d’enfants datant de la même période, l’artiste opère une simplification autrement plus radicale de la forme et des couleurs, et réduit les traits du visage au plus strict nécessaire.

Paris, 1905

Reproduction - Autoportrait (Selbstporträt) 1906 (62,2 × 48,2 cm) - musée Paula Modersohn-Becker, Brême.

Dès 1903, année de son second séjour à Paris, Paula Modersohn-Becker avait annoncé à sa famille qu’elle ne pourrait s’empêcher d’y retourner un jour ou l’autre. Otto Modersohn, qui se considérait comme un peintre profondément allemand, prit très mal ce besoin incessant de voyager. L’homme avait tendance à rejeter l’art moderne français, lequel s’installait pourtant de plus en plus dans les galeries et les expositions allemandes. Paula parvint malgré tout à imposer son souhait, et sous le prétexte fort opportun d’aller passer quelque temps avec sa sœur Herma, la jeune femme put reprendre la route de Paris le 14 février 1905. Elle profita à nouveau de son passage dans la capitale française pour prendre quelques cours de dessin dans des académies privées, mais se rendit compte progressivement de l’inutilité de cette démarche : elle avait, au fil des années, déjà développé un style personnel entièrement libre et autonome. Paula put par ailleurs rendre visite à certaines vieilles connaissances du mouvement nabi, dont Maurice Denis.

Otto Modersohn se résolut finalement à accomplir lui aussi un voyage à Paris en compagnie du couple Vogeler, bien que son épouse lui ait clairement signifié qu’elle préférait rester seule au cours de son séjour. Les amis, comme autrefois, allèrent arpenter les expositions artistiques de l’avant-garde. Des tensions ne tardèrent cependant pas à voir le jour au sein du petit groupe. Otto, notamment, ne pouvait dissimuler une certaine rancœur du fait de l’intensité avec laquelle Paula semblait apprécier la vie parisienne et admirer l’art français. Son épouse en était consciente, comme le prouve son journal au 21 avril 1905 :

« Il se figurait que je préférais rester à Paris et que je ne faisais aucun cas de Worpswede. »

Tandis que les biographes peuvent seulement supposer que Paula Modersohn-Becker ait découvert des toiles de Paul Gauguin dès sa deuxième visite à Paris, cela ne fait en revanche aucun doute pour son troisième séjour grâce à quelques notes prises par son mari sur le sujet. Dès son retour à Worpswede, Paula se concentra avec passion sur le travail de ce peintre, et veilla en particulier à ce que sa sœur installée à Paris lui envoie toutes les études critiques le concernant.

Les dernières années

Retour à Worpswede (été 1905–février 1906)

Reproduction - Enfant nu avec un bocal de poissons rouges (Kinderakt mit Goldfischglas) - 1906/1907 (105,5 × 54,5 cm) - Neue Pinakothek, Munich.

Reproduction - Otto Modersohn endormi (1906/1907).

Le troisième séjour à Paris incita Paula Modersohn-Becker à se consacrer davantage à l’art de la nature morte. Alors que seuls dix tableaux de ce type sont recensés avant 1905, les deux années qui la séparent de la mort en comptent pas moins d’une cinquantaine. De manière générale, ces œuvres tendent à réduire toujours davantage les choses représentées à leurs formes primitives, qu’il s’agisse de cercles, d’ellipses ou de trapèzes.

Cette époque regorge en outre de nouveaux portraits d’enfants, dont la Jeune paysanne assise sur une chaise3, qui se caractérise par la renonciation totale aux lignes et aux formes prononcées. La Souffleuse de Birkenwald4, quant à elle, est considérée par la biographe Lieselotte von Renken comme la plus réussie de toutes les tentatives de la peintre visant à exprimer dans une symbolique simple l’union de l’enfant et de la nature : une petite fille représentée de profil y souffle dans un cornet coloré, et marche à grands pas devant un enchevêtrement d’arbres aux couleurs de l’automne.

De son côté, le mari de Paula se fit de plus en plus critique au sujet de l’évolution du style de son épouse. Le 11 décembre 1905, il écrivait ainsi dans son journal :

« Peindre des nus en grandeur nature, elle ne le peut pas, pas plus même que des têtes en grandeur nature […] Ses plus belles études, elle les laisse tomber. Faire des dessins et apprendre la technique lui suffisent. Elle adore la couleur — mais avec une rudesse contraire à la peinture, en particulier pour les personnages. Elle vénère l’art primitif, et c’est bien dommage — elle devrait surtout penser à la peinture. Elle veut unir la forme et la couleur — sans trop savoir comment. »

—  D’après Günter Busch, p. 427

Paula Modersohn-Becker nourrissait par ailleurs le désir de retourner à Paris une nouvelle fois. Clara Westhoff, qui s’était séparée temporairement de Rainer Maria Rilke, vivait à Worpswede depuis l’été 1905 : Paula lui confia son projet, dont elle n’avait parlé à personne à part sa mère. Elle avoua à cette dernière, dans une lettre, économiser déjà de l’argent en prévision. Lorsque Rilke arriva à Worpswede en décembre pour y fêter Noël avec sa femme et son enfant, il fut mis à son tour dans la confidence. Pour Rilke, ce fut l’occasion de considérer enfin le travail de Paula Modersohn-Becker avec sérieux et attention. Dans une lettre adressée en janvier 1906 à son protecteur et mécène, August von der Heydt, il écrivait :

« La peinture la plus digne d’intérêt était celle de l’épouse de Modersohn, qui a développé un art à la fois très personnel et très worpswedien, direct et sans ambages, représentant les choses comme personne d’autre ne pourrait les voir et les peindre. Et cet itinéraire personnel l’amène à des similitudes singulières avec Van Gogh. »

—  D’après Lieselotte von Reinken, p. 109

Rilke encouragea Paula dans son souhait de quitter Worpswede et, par conséquent, son mari. Afin de la soutenir, il fit l’acquisition de la toile du Nourrisson avec la main de la mère5. Un peu plus tard, il lui conseillerait d’exposer et de mettre en vente certains de ses tableaux dans les galeries parisiennes. Paula, cependant, qui ne montrait ses toiles qu’avec de nombreuses réticences, choisit de ne pas s’engager dans cette voie, car elle n’estimait pas avoir une envergure artistique suffisante.

La rupture avec Otto

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Reproduction - Portrait de Rainer Maria Rilke (Porträt des Rainer Maria Rilke) 1906 (32,3 × 25,4 cm) - musée Paula Modersohn-Becker, Brême.

Paula Modersohn-Becker quitta Worpswede le 23 février 1906. Elle indique clairement dans son journal que ce geste équivaut à une rupture avec Otto. Ce dernier fut d’ailleurs pris au dépourvu, et envoya à Paris des lettres la conjurant de revenir auprès de lui. Paula le pria en retour de s’accoutumer à l’idée qu’elle poursuivrait désormais sa propre voie dans la vie. Son mari alla jusqu’à faire un saut d’une semaine à Paris en juin, mais le dialogue entre eux resta infructueux. Otto Modersohn continua malgré tout à l’entretenir financièrement et à recevoir le soutien moral de la propre famille de Paula, qui reprochait à cette dernière son égoïsme.

La jeune femme s’installa dans un atelier particulièrement spartiate de l’avenue du Maine, dans le 14e arrondissement. Elle se remit à fréquenter les cours de dessin, les expositions de l’avant-garde et alla même assister à un cours d’anatomie aux Beaux-Arts, car son style la laissait insatisfaite. Très intriguée par une sculpture exposée au Salon des indépendants, elle rendit visite au sculpteur Bernhard Hoetger dans son atelier. Lorsqu’une remarque fortuite de Paula indiqua à Hoetger qu’il avait affaire à une artiste, il insista pour examiner ses toiles, et fut stupéfait. Pour Paula Modersohn-Becker, qui n’avait jusqu’alors trouvé de soutien dans sa vocation artistique qu’à Worpswede auprès de son mari et de Rainer Maria Rilke, les éloges qu’elle reçut valaient de l’or. Le 5 mai 1906, elle écrivait :

« Vous m’avez fait des miracles. Vous m’avez restituée à moi-même. J’ai pris du courage. Mon courage se trouvait toujours derrière des portes condamnées et ne savait comment sortir. Vous avez ouvert ces portes. Vous m’êtes d’un grand secours. Je commence maintenant à croire que quelque chose restera de moi. Et lorsque j’y pense, me viennent les larmes de la félicité… Vous m’avez rendue si heureuse. J’étais un peu seule. »

L’appréciation de Hoetger encouragea ensuite Paula à déployer sans crainte toute la force de sa peinture. Le nombre de toiles réalisées entre 1906 et 1907 est estimé à environ quatre-vingt-dix. Sa biographe Lieselotte von Reinken fait d’ailleurs la remarque qu’il serait douteux de pouvoir physiquement attribuer tant de travail à une seule et même personne, si les lettres et le journal de l’artiste n’étaient là pour l’attester.

Paula dédia principalement son temps aux peintures de nu. Outre ces dernières et quelques natures mortes, cette époque compte également de nombreux autoportraits tels que l’Autoportrait au citron, où l’artiste apparaît le plus souvent à moitié nue. Elle alla jusqu’à inaugurer un genre inédit dans l’histoire de l’art, à savoir l’autoportrait entièrement nu. (voir ci-dessus)

Dernier séjour à Worpswede

Reproduction - Vieille domestique au jardin (Alte Armenhäuslerin im Garten) 1906 (96 × 80,2 cm) - musée Paula Modersohn-Becker, Brême.

Le 3 septembre 1906, Paula Modersohn-Becker fit savoir à son mari qu’elle comprendrait qu’il veuille divorcer, et lui demanda une toute dernière somme de 500 marks. Par la suite, elle s’engagerait à subvenir elle-même à ses besoins. Elle revint cependant sur sa décision à peine quelques jours plus tard, le 9 septembre, et se résolut à rentrer à Worpswede. Ce changement d’attitude doit être principalement imputé à Bernhard Hoetger, qui avait entre-temps fait valoir à la jeune femme à quel point sa situation se dégraderait s’il lui fallait assurer elle-même sa subsistance. Elle écrivait à ce sujet à Clara Westhoff, le 17 novembre :

« J’ai remarqué cet été que je n’étais pas femme à savoir rester seule […] Si j’ai tort ou raison, seul l’avenir pourra en décider. Le principal pour mon travail, c’est la tranquillité, et je ne risque certes pas d’en manquer aux côtés d’Otto Modersohn. »

Otto Modersohn était arrivé à Paris dès le mois d’octobre pour y passer l’hiver avec elle. Il s’installa dans un atelier situé dans le même immeuble que celui de son épouse. En mars 1907, le couple repartit pour Worpswede. Peu de toiles datent de la période qui suit : Paula avait finalement eu la joie de tomber enceinte, mais souffrait en même temps de ne plus être en mesure de passer chaque jour autant d’heures qu’auparavant devant son chevalet. Parmi les dernières œuvres qu’elle put achever, on compte la Vieille domestique au jardin : la vieille femme, entourée d’un champ de coquelicots sauvages, tient une tige de digitale dans sa main. L’artiste, dans cette toile, assimile et adapte des thèmes chers à l’art naïf. L’œuvre fut suivie d’un dernier autoportrait, l’Autoportrait aux camélias (voir en tête d’article).

Le 2 novembre, lors d’un accouchement extrêmement difficile, Paula mit au monde une fille, Mathilde. Le médecin prescrivit à la jeune mère éprouvée de garder le lit pendant plusieurs jours. Le 20 novembre, alors qu’on l’autorisait pour la première fois à se lever, Paula Modersohn-Becker fut victime d’une embolie pulmonaire, et mourut dans sa trente-deuxième année.

Œuvre

Reproduction - Mère et Enfant (Mutter und Kind) 1906/1907 (124,7 × 82 cm) musée Paula Modersohn-Becker, Brême.

L’œuvre de Paula Modersohn-Becker est essentiellement constituée de natures mortes, de paysages et de portraits d’adultes ou d’enfants évoquant la vie paysanne à Worpswede. Quant aux autoportraits, l’artiste en réalisa tout au long de sa vie. Elle est ainsi comparable à Käthe Kollwitz, en ce sens que ses autoportraits successifs reflètent fidèlement l’évolution de son style.

Reproduction - Nu féminin.

Dans ses mémoires, Heinrich Vogeler revient sur cette particularité de la jeune femme :

« Paula Becker se peignait fréquemment elle-même. À l’exception des toiles les plus précoces et les plus simples, ces autoportraits sont ceux d’une femme prenant peu à peu pleine conscience de son art. La lèvre supérieure perd de sa douceur, et le regard clair et observateur des yeux est souligné avec énergie. »

—  D’après l’historienne de l’art Christa Murken-Altrogge, p. 72

L’année 1906 fut très prolifique en autoportraits, dans lesquels Paula Modersohn-Becker tâchait de marquer son indépendance par rapport à son mari. C’est également de cette époque que datent ses autoportraits nus, les premiers du genre dans l’histoire de l’art. Cette démarche audacieuse allait à l’encontre de toutes les conventions artistiques antérieures.

Reproduction - Trois enfants avec une chèvre dans un bois de bouleaux (Drei Kinder mit Ziege im Birkenwald) 1904 (57 × 46 cm), galerie Cohrs-Zirus, Worpswede.

Les paysages occupent une place centrale dans l’œuvre de l’artiste, et trouvent leur inspiration principale dans la région marécageuse s’étendant au nord-est de Brême, autour de Worpswede. Cette contrée très dépouillée, faite de landes humides, de cours d’eau, de canaux, de dunes et de tourbières, est rendue avec une grande poésie par Paula Modersohn-Becker, qui sait en souligner la mélancolie extrême et jouer sur les effets d’ombre.

Les scènes rurales sont d’un antiromantisme assumé. On n’y décèle par ailleurs aucune idéologie sociale particulière, contrairement aux toiles plus engagées de Käthe Kollwitz. Les tableaux de Paula Modersohn-Becker sont plutôt dominés par un sentiment diffus de sympathie pour l’être humain, sans message particulier. Cette représentation sans artifice de la vie paysanne marque une rupture avec les peintres précédents, qui tendaient à héroïser cette vie au plus près de la nature. L’univers pictural de l’artiste a également peu en commun avec les illustrations plus conventionnelles du monde paysan véhiculées par le cercle artistique de Worpswede.

Les portraits d’enfants brillent eux aussi par leur originalité. Dénuées de tout sentimentalisme, de tout aspect ludique ou anecdotique, ces toiles offrent une vision sérieuse et non embellie de l’enfance. Paula Modersohn-Becker se détache ainsi nettement des portraits d’enfants du XIXe siècle, réalisés par des artistes tels que Hans Thoma ou Ferdinand Waldmüller. Cette représentation très personnelle de l’univers enfantin n’a pas été sans susciter certaines incompréhensions. L’historienne de l’art Christa Murken-Altrogge a souligné les similitudes stylistiques entre ces toiles et les premières compositions du jeune Pablo Picasso, qui connaissait alors sa période bleue et sa période rose. D’autres tableaux de Modersohn-Becker trahissent d’ailleurs l’influence du mouvement cubiste.

Contrairement aux règles académiques les plus élémentaires, les œuvres sont bien souvent d’un format très réduit : de ce fait, Paula Modersohn-Becker tendait à peindre sur tout l’espace de toile disponible, et il n’est pas rare que le cadre du tableau dissimule une partie de la composition.

Postérité

Reproduction - Enfant nu avec une cigogne (Kinderakt mit Storch)
1906 (73 × 59 cm), coll. part.

On doit avant tout à l’engagement actif de Heinrich Vogeler que les toiles de Paula Modersohn-Becker aient pu être présentées dans plusieurs expositions au cours des années suivant sa mort. Vogeler fut en effet le premier à réaliser toute la portée de l’artiste et de son œuvre. La plupart des biographes de Paula voient dans ce comportement la marque d’un certain remords, chez cet homme qui n’avait jusque-là considéré la jeune femme que comme l’épouse de son ami Otto Modersohn. Paula, au cours de sa vie, semble n’avoir vendu qu’environ cinq toiles. Par la suite, en revanche, et grâce aux diverses expositions organisées par Vogeler, quelques collectionneurs avertis remarquèrent l’originalité des tableaux et en acquirent davantage. On compte parmi eux Herbert von Garvens et August von der Heydt, lequel acheta pas moins de vingt-huit toiles sous l’impulsion de Rilke. Le mécène Ludwig Roselius, quant à lui, finança l’ouverture du musée Paula Modersohn-Becker, à Brême (voir ci-dessous). En 1913, 129 toiles furent exposées à la Kunsthalle de Brême, et s’attirèrent des admirateurs de plus en plus nombreux en raison de leur originalité formelle et de leur symbolique puissante.

En 1917, à l’occasion du dixième anniversaire de la mort de Paula Modersohn-Becker, l’association Kestner de Hanovre organisa une grande exposition de son œuvre et publia un extrait de ses lettres et de son journal. Le recueil, paru sous le titre Une artiste : Paula Becker-Modersohn — Lettres et Journal, remporta un grand succès et fit connaître la peintre. Ces textes furent réédités plusieurs fois, y compris en livre de poche après la Seconde Guerre mondiale. Ils ont contribué à diffuser un portrait assez sentimentaliste de leur auteur, en réduisant cette dernière à quelques traits caricaturaux : une jeune femme, rêvant de devenir une artiste, réussit à surmonter tous les obstacles, se garantit contre une possible destinée de gouvernante en épousant un artiste reconnu, se sent prisonnière au bout de quelques années passées en couple et tente d’en briser le carcan pour finalement mourir peu après en enfantant.

Paradoxalement, cette admiration pour la détermination avec laquelle Paula a cherché sa propre voie artistique a conduit à fausser le regard porté sur son œuvre. Les écrits très personnels de Paula Modersohn-Becker, qui n’avaient bien évidemment jamais été conçus pour être publiés, renferment un ton romantique et exalté qui entre en contradiction avec le langage pictural de l’artiste. Dans sa préface à l’édition complète parue en 1979, Günter Busch déplore ainsi que Paula Modersohn-Becker soit prise pour un « personnage fantastique et illuminé ». À cela s’ajoute que les extraits choisis en 1917, bien souvent, n’étaient pas accompagnés des nombreuses corrections qui leur correspondaient. Par exemple l’on pouvait y lire la prémonition ressentie par la jeune femme de sa mort précoce, lors de la maladie suivant son premier séjour parisien, mais pas le « Et que cela dure encore longtemps » qu’elle ajouta avec soulagement par la suite, après avoir retrouvé sa bonne santé.

Reproduction - Le Bon Samaritain (Der barmherzige Samariter)
1907 (31,3 × 37 cm) - Musée Paula Modersohn-Becker, Brême

Le premier catalogue recensant l’œuvre de l’artiste fut achevé en 1919 par Gustav Pauli, historien d’art et directeur de la Kunsthalle de Brême. L’ouvrage ne contenait alors que 259 références, et fut peu à peu étendu au cours des années qui suivirent. Paula Modersohn-Becker y était classée dans le groupe des artistes de Worpswede, bien qu’elle s’en distingue par bien des aspects stylistiques. Ses paysages, par exemple, montrent davantage de parenté spirituelle avec les toiles d’un Max Pechstein ou d’une Gabriele Münter.

De nombreuses expositions suivirent jusqu’en 1933. À l’avènement du nazisme, l’œuvre fut, comme tant d’autres, qualifiée d’« art dégénéré ». Les toiles furent sorties des musées, et certaines d’entre elles furent vendues à l’étranger. Jusque-là, Paula Modersohn-Becker était très largement inconnue hors d’Allemagne : la dissémination de ses tableaux eut pour effet de la faire également apprécier ailleurs dans le monde. L’artiste n’en reste pas moins assez méconnue : son importance dans l’histoire de l’art, que certains avaient perçue au début du XXe siècle, est aujourd’hui surtout admise dans les régions germanophones. Contrairement à Gauguin, Cézanne ou Van Gogh, Paula Modersohn-Becker n’est pas devenue elle-même la source d’inspiration d’artistes majeurs et n’a pas eu le temps de développer suffisamment son style pour en faire une « école » à part entière, ce qui explique sans doute en grande partie l’isolement relatif de son œuvre.

L’étude systématique des toiles de Paula Modersohn-Becker dans leur ensemble fut engagée pour la première fois après la Seconde Guerre mondiale, à l’occasion de grandes rétrospectives et de journées de mémoire. L’appréciation portée par Rainer Maria Rilke, peu après la mort de la jeune femme, fut ainsi reprise et consacrée par la critique : on redécouvrit que l’artiste nourrissait une étroite parenté avec les nouveaux courants stylistiques du début du XXe siècle. Enthousiasmée par le travail des artistes français de l’avant-garde, qu’elle eut l’occasion de rencontrer à plusieurs reprises, Paula Modersohn-Becker put développer son propre langage pictural, dans lequel transparaissent des éléments d’expressionnisme, de fauvisme, de cubisme et même des inspirations bien plus anciennes.

En 1978, sa fille Mathilde (1907-1998) fonda la Fondation Paula Modersohn-Becker (Paula Modersohn-Becker-Stiftung).

Le musée Paula Modersohn-Becker à Brême

Reproduction - Autoportrait aux arbres en fleurs (Selbstporträt vor blühenden Bäumen)
1902 (33 × 45,5 cm) - Museum am Ostwall, Dortmund.

Le musée Paula Modersohn-Becker, situé à Brême dans la célèbre rue Böttcherstraße, propose une sélection de quelques-uns des chefs-d’œuvre de l’artiste. Le musée et son bâtiment de style expressionniste doivent leur existence à une initiative du mécène local Ludwig Roselius, qui chargea Bernhard Hoetger d’en tracer les plans et y installa sa collection personnelle de toiles. Le musée ouvrit ses portes le 2 juin 1927 sous le nom de « Maison Paula Becker-Modersohn » (Paula-Becker-Modersohn-Haus). Roselius avait en effet manifesté le désir de faire figurer le nom de jeune fille de Paula en premier. La collection de Ludwig Roselius put ensuite s’étendre régulièrement par le biais de nouvelles acquisitions et, à partir de 1978, grâce au soutien financier de la Fondation Paula Modersohn-Becker.

Le musée contient par ailleurs un ensemble de sculptures, de tableaux et de dessins de Bernhard Hoetger, et un espace est réservé aux expositions temporaires.

Cote de l’artiste : Une peinture datée de 1902, attribuée à l’artiste et intitulée Junge mit Ziege (taille 35,5 cm × 23 cm) a été vendue pour 140 000 euros frais compris à Cologne en Allemagne6.

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Reproduction - Portrait d’une fille, 1906. Institut Courtauld, Londres

En allemand

  • Paula Modersohn-Becker & Sophie Dorothee Gallwitz, Eine Künstlerin : Paula Becker-Modersohn. Briefe und Tagebuchblätter Kestner-Gesellschaft, Hanovre, 1917
  • Günter Busch & Liselotte von Reinken, Paula Modersohn-Becker in Briefen und Tagebüchern, Éditions Fischer, Francfort-sur-le-Main, 1979 (ISBN 3-10-050601-4) Ouvrage dont sont tirées toutes les citations des lettres et du journal de l’artiste.
  • Liselotte von Reinken, Paula Modersohn-Becker mit Selbstzeugnissen und Bilddokumenten, Éditions Rowohlt Taschenbuch, 1983 (ISBN 3-499-50317-4) Une courte biographie intéressante et bien écrite sur l’artiste
  • Christa Murken-Altrogge, Paula Modersohn-Becker DuMont Buchverlag, Cologne, 1991 (ISBN 3-7701-2677-7)
  • Marina Bohlmann-Modersohn, Paula Modersohn-Becker. Eine Biographie mit Briefen, 3e édition, Knaus, Berlin, 1997 (ISBN 3-8135-2594-5)
  • Norbert Weiss & Jens Wonneberger, Dichter Denker Literaten aus sechs Jahrhunderten in Dresden, Dresde, 1997
  • Gabriele Gorgas, Eine der Großen dieses Jahrhunderts. Erstes umfassendes Werkverzeichnis der Gemälde von Paula Modersohn-Becker erschienen, in DNN, 2 août 1999
  • Dieter Sell, « Ein kurzes, intensives Fest. Vor 125 Jahren wurde die Malerin Paula Modersohn-Becker in Dresden geboren », in Sonntag, 11 février 2001
  • Siegfried Merker, Nachtrag zu Paula Modersohn (correspondance), in DNN 24 février 2001
  • Monika Keuthen, “…und ich male doch !” Paula Modersohn-Becker, Éditions List, 2001
  • Peter Elze, Göttertage. Paula Modersohn-Becker in Bildern, Briefen und Tagebuchaufzeichnungen aus Worpswede, Éditions Beste Zeiten, 2003
  • Rainer Stamm, Ein kurzes intensives Fest - Paula Modersohn-Becker, Reclam-Verlag, 2007 (ISBN 3-15-010627-3) Une biographie récente, parue à l’occasion du centenaire de la mort de l’artiste, mettant un accent particulier sur ses séjours à Paris et les inspirations que Modersohn-Becker eut dans cette ville.
    Source de ce long article avec reproductions : : https://fr.wikipedia.org/wiki/Paula_Modersohn-Becker

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T.
Gabriele Münter, éminente et prolifique peintre expressionniste

Gabriele Münter (1877 – 1962) est une peintre expressionniste allemande, membre éminente avec entre autres Vassily Kandinsky du groupe d’artistes Le Cavalier bleu.

L’école de Vassily Kandinsky

Née à Berlin le 19 février 1877 dans une famille bourgeoise, Gabriele s’intéresse rapidement à l’art et dessine dès sa petite enfance. Elle apprend le piano, mais ce sont les arts graphiques qui l’attirent réellement et ses parents soutiennent sa passion. Ne pouvant intégrer l’Académie des beaux-arts du fait de sa qualité de femme, Gabriele apprend d’abord auprès d’un tuteur privé puis dans l’Ecole d’art pour femmes de Düsseldorf. Déçue par l’enseignement qu’elle y reçoit, elle décide de changer de lieu d’enseignement. Orpheline à 21 ans, Gabriele hérite d’une grosse somme d’argent et en profite pour voyager aux Etats-Unis, où elle vit avec sa soeur en toute indépendance et liberté pendant deux ans.

De retour en Allemagne, elle intègre l’école d’art Phalanx de Munich dirigée par Vassily Kandinsky. Elle y apprend la peinture, la sculpture, la gravure. Kandinsky repère le talent de la jeune femme et, à l’été 1902, l’invite à suivre ses cours d’été en Bavière, dans les Alpes. Leur relation amoureuse démarre au cours de ce séjour. Gabriele suit encore ses enseignements pendant un an, jusqu’à la fermeture de l’école. Bien que Vassily soit marié, ils affichent alors publiquement leur liaison et s’installent ensemble.

Reproduction - Gabriele Münter par Vassily Kandisky

Le Cavalier bleu

Vassily et Gabriele entreprennent ensemble plusieurs voyages en Europe et tissent des liens amicaux avec de nombreux artistes de l’époque ; Gabriele tient un journal de ces voyages et les documente à l’aide de croquis et de photos. A Paris, en 1906-1907, elle découvre les oeuvres d’Henri Matisse et le courant naissant du fauvisme, qui vont bouleverser son art. Influencée également par Gauguin, elle peint parfois au couteau et réalise des gravures, des lithographies, des peintures. Elle s’attache particulièrement à la représentation de paysages aux couleurs vives et expressives.

En 1909, Gabriele achète une maison dans la petite ville de Bavière de Murnau am Staffelsee où elle passe ses étés avec son compagnon et reçoit des artistes de l’avant-garde munichoise. Avec Vassily, elle crée la Nouvelle Association des artistes munichois, un groupe d’artistes en rupture avec l’impressionnisme. Des dissensions au sein du groupe le font cependant éclater rapidement et, dès 1911, Gabriele et Vassily le quittent pour fonder le groupe expressionniste Le Cavalier bleu, dont Paul Klee fera également partie.

Reproduction - Paysage près de Paris, par Gabriele Münter

Les deux guerres mondiales

Pendant la Première guerre mondiale, Vassily retourne vivre en Russie et Gabriele s’installe quelques années en Scandinavie. En 1917, leur relation s’achève définitivement. Pendant quelques années, Gabriele cesse de peindre. Souffrant de dépressions chroniques, elle est obligée de s’éloigner de son art quelques temps. En 1925, elle s’installe à Berlin et reprend ses crayons pour esquisser non plus des paysages mais des portraits de femmes. Son style évolue, et elle se remet réellement à peindre après un séjour à Paris en 1929-1930 puis en s’installant à Murnau avec son nouveau compagnon Johannes Eichner. A côté de ses portraits de femmes, elle réalise également des natures mortes et des oeuvres abstraites.

Pendant la Seconde guerre mondiale, les oeuvres de Gabriele comme celles de nombreux autres artistes de l’époque sont qualifiées d’art dégénéré par les nazis et interdites d’exposition. Gabriele cache des dizaines de tableaux et des centaines de dessins, des membres du Cavalier bleu notamment, dans sa maison de Murnau et parvient à les dissimuler dans son sous-sol malgré les fouilles. A la fin de la guerre, elle organise à Munich une rétrospective des oeuvres du Cavalier bleu et ses propres oeuvres sont largement présentées en Allemagne. Lors de son 80ème anniversaire, en 1957, Gabriele offre sa collection à la ville de Munich.

Gabriele Münter meurt dans sa maison de Murnau le 19 mai 1962. La résidence a depuis été transformée en musée, abritant des oeuvres de Gabriele Münter et de Vassily Kandinsky.

Reproductions des oeuvres de Gabriele Münter et de Vassily Kandinsky

12345 - 6

Liens utiles

La page Wikipédia de Gabriele Münter
La page Wikipédia de Gabriele Münter en anglais
Gabriele Münter – Universalis
Vassily Kandinsky et Gabriele Münter, le jardin de l’abstraction

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Source : https://histoireparlesfemmes.com/2017/06/19/gabriele-munter-eminente-peintre-expressionniste/

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U.
Lise Meitner, la physicienne autrichienne oubliée du prix Nobel

Lise Meitner est une physicienne autrichienne devenue suédoise, connue pour ses travaux en physique nucléaire et pour avoir joué un rôle majeur dans la découverte de la fission nucléaire. Oubliée du prix Nobel, elle fait partie de ces nombreux femmes scientifiques dont les travaux n’ont pas été reconnus à leur juste valeur.

Les premières étudiantes de l’université autrichienne

Photo dans son laboratoire - Elise Meitner naît à Vienne (en Autriche), de famille juive, le 7 novembre 1878. Ses parents, Hedwig Skovran et Philipp Meitner, avocat, ont sept autres enfants, quatre filles et trois garçons. Toute la fratrie reçoit une éducation intellectuelle et des encouragements à poursuivre de hautes études ; les filles Meitner bénéficient ainsi d’une scolarité plus avancée que la moyenne des jeunes filles autrichiennes de l’époque.

L’université autrichienne s’ouvre aux femmes en 1897 ; pendant les premières années, pour y être admises, les candidates doivent être reçues à la Matura (équivalent du baccalauréat) en tant que candidates libres, le lycée leur étant fermé jusqu’alors. Après deux ans de préparation dans un petit groupe de femmes, Lise est reçue en 1901 et entre la même année à l’Université de Vienne. Elle y apprend la physique, la chimie, les mathématiques et la botanique avant de se spécialiser en physique en deuxième année.

En décembre 1905, Lise obtient avec la plus haute mention son doctorat, qu’elle effectue sur la conduction de la chaleur dans les solides inhomogènes. En tant que femme, elle peut difficilement prétendre à une carrière académique mais, soutenue par son père, elle poursuit malgré tout ses activités de recherche et s’initie à l’étude de la radioactivité et de l’absorption dans les métaux des rayonnements alpha et bêta. En 1907, elle part à Berlin pour suivre les cours de Max Planck, avec l’accord du professeur – l’université n’étant pas ouverte aux femmes. Max Planck deviendra par la suite un soutien important pour la jeune femme, bien qu’il soit de manière générale plutôt opposée à l’éducation des femmes.

Le « projet uranium »

Lise se fait rapidement remarquer et reçoit plusieurs offres d’emploi. Elle accepte une proposition de collaboration sur la radioactivité du chimiste Otto Hahn, dans un institut dirigé par Emil Fischer. Ce dernier ne voit pas d’un bon œil l’arrivée d’une femme et ne leur facilite pas cette collaboration, reléguant Lise et Otto dans un laboratoire au sous-sol. En 1912, Otto Hahn est embauché au nouvellement créé Institut Kaiser Wilhelm de Chimie, et Lise l’y rejoint, d’abord sans salaire puis en tant qu’assistante de Max Planck. Il faut qu’elle reçoive une offre d’emploi à Prague pour être promue associée l’année suivante.

Pendant les deux premières années de la Première Guerre mondiale, Lise s’engage comme manipulatrice d’équipements à rayons X pour les blessés du front avant de reprendre ses recherches. En 1917, elle devient directrice du département de physique de son institut et poursuit sa collaboration avec Otto. Ensemble, ils découvrent plusieurs isotopes, notamment le protactinium en 1918. En parallèle, Lise étudie également les spectres de rayonnements bêta et gamma. En 1923, elle découvre la transition non-radiative, qui prendra par la suite le nom d’effet Auger, en l’honneur du scientifique qui découvre cet effet de son côté… deux ans après Lise. En 1934, avec Otto Hahn et le chimiste Fritz Strassmann, elle s’implique dans le « projet uranium », qui découvrira la fission nucléaire quelques années plus tard.

La découverte de la fission nucléaire

Après l’arrivée au pouvoir d’Adolf Hitler, juive mais relativement protégée par sa nationalité autrichienne, Lise parvient à conserver son poste jusqu’en 1938, tandis que de nombreux scientifiques juifs quittent l’Allemagne. Par la suite, pour des questions morales, elle exprimera son grand regret d’être restée en Allemagne. Lors de l’Anschluss (annexion de l’Autriche) en mars 1938, sa nationalité ne la protège plus et elle décide de fuir l’Allemagne. En juillet 1938, elle gagne la Suède et poursuit ses recherches dans un laboratoire de Stockholm.

Lise poursuit clandestinement ses collaborations avec des scientifiques allemands, parmi lesquels Otto Hahn, avec lequel elle travaille, comme de nombreuses autres équipes, sur la production en laboratoire d’éléments plus lourds que l’uranium. C’est Otto Hahn et Fritz Strassmann qui réalisent, à Berlin, les expériences planifiées avec Lise, et qui découvrent les effets du bombardement de l’uranium avec des neutrons. En pleine Seconde Guerre mondiale, la physicienne ne peut figurer parmi les coauteurs de la publication, et son rôle majeur dans la découverte est écarté. Rapidement, la communauté scientifique réalise que la fission nucléaire peut avoir des usages militaires. Le projet Manhattan, qui aboutira à la mise au point de l’arme nucléaire, est lancé à Los Alamos ; Lise refuse, de son coté, de participer à la création d’une bombe.

En 1944, Otto Hahn reçoit le prix Nobel de chimie. Nommée trois fois pour le prix Nobel, Lise ne le recevra jamais, mais obtiendra de nombreuses autres distinctions. En 1949, elle prend la nationalité suédoise. En 1960, elle part s’installer en Angleterre, où elle meurt huit ans plus tard, le 27 octobre 1968.

Liens utiles

La fiche Wikipédia de Lise Meitner
Biographie de Lise Meitner sur Futura Sciences

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Source : https://histoireparlesfemmes.com/2015/03/19/lise-meitner-oubliee-du-prix-nobel/

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V.
Emmy Noether, femme de génie mathématique et physicienne

Amalie Emmy Noether (1882 – 1935) est une mathématicienne allemande de génie, dont les découvertes ont révolutionné plusieurs domaines mathématiques et physiques.

Une enfant brillante

Photo d’époque - Amalie Emmy Noether nait le 23 mars 1882 à Erlangen, en Bavière (Allemagne). Elle est l’aînée des quatre enfants d’Ida Amalia Kaufman et du mathématicien spécialisé en géométrie algébrique Max Noether. Prénommée Amalie comme sa mère et sa grand-mère, elle est rapidement appelée par son deuxième prénom, Emmy.

Dès son enfance, Emmy fait preuve d’intelligence et d’esprit logique. Comme les fillettes de son époque, à côté de ses activités scolaires, on lui enseigne la danse, le piano et les travaux domestiques. Douée en français et en anglais, Emmy passe avec succès un examen pour devenir enseignante dans ces matières et l’obtient avec une mention très bien. Alors qu’elle a la possibilité d’enseigner dans une école de jeunes filles, elle décide de poursuivre des études scientifiques à l’université d’Erlangen.

Son parcours n’est pas facile. Parmi le millier d’étudiants de l’université, elles ne sont que deux femmes ; elles doivent, à l’époque, demander la permission des professeurs pour pouvoir accéder à leurs cours. Après avoir obtenu son examen en 1903, Emmy poursuit à l’université de Göttingen où elle étudie l’astronomie et les mathématiques pendant un an avant de revenir à Erlangen. Sa décision est alors prise : elle se consacrera uniquement aux mathématiques. En 1907, elle passe sa thèse. Jusqu’en 1915, Emmy enseigne à son tour à l’Institut de mathématiques d’Erlangen, mais le fait bénévolement. En parallèle, elle complète les travaux de sa thèse et en publie des compléments.

Le théorème de Noether

La rencontre d’Emmy avec le mathématicien Ernst Sigismund Fischer, qui lui fait découvrir les travaux de David Hilbert, influence sa carrière en marquant le début de son intérêt pour l’algèbre abstraite. Les deux scientifiques prennent l’habitude de discuter longuement de mathématiques, y compris jusqu’à échanger via des cartes postales. En 1915, l’université de Göttingen parvient à recruter Emmy, malgré les réticences de professeurs qui estiment qu’une femme ne doit pas enseigner. Pendant les premières années, hébergée et nourrie par sa famille, elle enseigne sans rémunération ni statut officiel. Elle fait pourtant rapidement preuve de son génie : en 1918, elle démontre ce qui deviendra le « théorème de Noether », très utilisé aujourd’hui en physique théorique et dont Albert Einstein dira qu’il s’agit d’un « monument de la pensée mathématique ».

Le titre de Privatdozent

A l’issue de la Première Guerre mondiale et de la révolution allemande qui s’ensuit, certains droits s’ouvrent aux femmes. Après douze ans à enseigner bénévolement, Emmy passe enfin son habilitation pour donner des cours et obtient le titre de Privatdozent (maître de conférences). Ce titre reconnait enfin ses mérites, mais elle n’obtient de salaire qu’en devenant assistante en algèbre un an plus tard. Professeure passionnée, peu soucieuse des apparences et privilégiant les discussions à bâtons rompus avec ses étudiants aux cours traditionnels et structurés, elle ne fait pas l’unanimité parmi ses étudiants. Ceux qui apprécient ses méthodes d’enseignement lui sont en revanche très dévoués, et Emmy le leur rend bien. Altruiste et patiente, elle favorise par dessus tout les travaux de ses étudiants et n’hésite pas, lors de jours fériés, à donner cours dans des cafés ou même chez elle. Dénuée de vanité, il lui arrive même de laisser à des collègues ou étudiants le crédit de ses propres idées pour les aider à développer leur carrière.

« La plus grande mathématicienne de tous les temps »

Dans les années 1920, Emmy approfondit ses recherches en algèbre abstraite et publie des articles importants sur les idéaux (en mathématiques, un idéal est un sous-ensemble remarquable d’un anneau). Brillants et remarqués, ses travaux et ses publications lui valent de nombreux éloges de la part de confrères mathématiciens. Irving Kaplansky, notamment, qualifie son article de 1921, qui donne naissance au terme d’anneau noethérien, de « révolutionnaire ». Norbert Wiener considère qu’Emmy est « la plus grande mathématicienne qui a jamais vécu, et la plus grande femme scientifique vivante, tous domaines confondus, et une savante du même niveau, au moins, que Madame Curie ». A sa mort enfin, Pavel Alexandrov dira également d’elle qu’elle était « la plus grande mathématicienne de tous les temps », quand Albert Einstein écrit au New York Times : « Fräulein Noether était le génie mathématique créatif le plus considérable produit depuis que les femmes ont eu accès aux études supérieures jusqu’à aujourd’hui. »

En 1928 – 1929, Emmy travaille quelques temps à l’université d’État de Moscou, où elle poursuit son œuvre de recherche et d’enseignement avant de retourner en Allemagne. En 1932, elle reçoit, aux côtés d’Emil Artin reçoivent le prix Alfred Ackermann-Teubner. Malgré la reconnaissance de ses pairs, elle n’obtient toujours pas le rang d’Ordentlicher Professor (professeur à part entière), ni une juste rétribution de son travail. La reconnaissance de ses confrères s’exprime cependant en septembre de la même, lorsque Emmy est sollicitée pour une conférence plénière lors du congrès international des mathématiciens à Zurich.

En 1933, Adolf Hitler devient chancelier. Dès le mois d’avril, il promulgue une loi écartant les fonctionnaires juifs de leur position. Juive, Emmy se voit retirer sa position d’enseignante à l‘université de Göttingen ». Dans un climat délétère, elle accepte la situation et poursuit malgré tout recherche et enseignant, accueillant ses étudiants dans son appartement. Ses collègues juifs licenciés et elle cherchent un emploi à l’étranger, et le Bryn Mawr College (à proximité de Philadelphie) lui propose rapidement un poste qu’elle accepte. Aux Etats-Unis, elle entame des cycles de conférence et poursuit ses recherches auprès de mathématiciens de la région.

En avril 1935, des médecins diagnostiquent une tumeur à Emmy. Elle en meurt quelques jours plus tard, le 14 avril 1935, à l’âge de 53 ans. Pendant les semaines suivantes, les hommages fleurissent dans le monde entier pour celle qui a été l’une des plus grandes mathématiciennes de son temps.

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Les travaux d’Emmy Noether
Emmy Noether, mathématicienne

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Source : https://histoireparlesfemmes.com/2016/09/27/emmy-noether-genie-mathematique/

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W.
Nelly Sachs, poétesse juive allemande et Prix Nobel de littérature

Photo d’époque de Nelly Sachs en 1910

Nelly Sachs, née le 10 décembre 1891 à Schöneberg (aujourd’hui Berlin-Schöneberg) et morte le 12 mai 1970 à Stockholm, est une poétesse juive allemande du XXe siècle. Elle a également traduit des anthologies de poésie suédoise en allemand.

Distinction : Prix Nobel de littérature (1966)

Éléments biographiques

Née au sein d’une famille juive allemande, elle commence à écrire des poèmes à 17 ans. Elle échappe au nazisme en mai 1940, grâce à Selma Lagerlöf, et trouve refuge à Stockholm qu’elle ne quitte plus jusqu’à sa mort. Son œuvre, née de la Shoah, fait d’elle l’une des poétesses majeures du XXe siècle. Elle obtient le Prix Nobel de littérature en 1966 « pour sa remarquable œuvre lyrique et dramatique qui interprète le destin d’Israël avec sensibilité et force. ». Elle partage ce prix avec Shmuel Yosef Agnon. Elle meurt quatre ans plus tard, quelques semaines après Paul Celan dont elle fut l’amie et avec qui elle entretint une riche correspondance, de 1954 à 1969 – dialogue à vif où s’échangent à la fois les tourments de la maladie, les questionnements poétiques, les drames personnels et historiques.

Œuvre

L’œuvre de Nelly Sachs, du romantisme allemand qui trouve autant son inspiration dans la Bible que la kabbale et le hassidisme, s’inscrit dans la rupture provoquée par l’arrivée du nazisme en Europe et les exils, les déchirements et les deuils qu’il a entraînés. Ses dernières années sont marquées par la maladie physique et sa lutte contre la maladie mentale. Cependant même si son écriture, née de la douleur et du drame, affirme la volonté de « donner une stèle de paroles » aux morts dont on a voulu la disparition totale, la poétesse exprime malgré tout une part d’espoir et le besoin de croire à l’avenir, d’être présent au monde, si infernal soit-il. C’est dans la relecture incessante de la Bible, entre autres textes, qu’elle puise cette capacité à croire encore en l’humanité.

En France, on doit la découverte de son œuvre à Maurice Nadeau qui, le premier, publie des textes traduits jusqu’alors par Lionel Richard. La traduction entreprise depuis la fin du siècle dernier par Mireille Gansel et publiée par les éditions Verdier permet un accès en trois volumes à l’ensemble des textes écrits de 1943 jusqu’à sa disparition.

Bibliographie

  • Brasier d’énigmes et autres poèmes, trad. de l’allemand par Lionel Richard, Paris, Denoël, 1967.
  • Présence à la nuit, Paris, Gallimard, trad. de l’allemand par Lionel Richard, 1969.
  • Eli / Lettres / Énigmes en feu, trad. de l’allemand par Martine Broda, Hans Hartje et Claude Mouchard, Paris, Belin, 1990.
  • Correspondance Nelly Sachs-Paul Celan, trad. de l’allemand par Mireille Gansel, Paris, Belin, 1999.
  • Éclipse d’étoile, précédé de Dans les demeures de la mort, trad. de l’allemand par Mireille Gansel, Paris, Verdier, 1999.
  • Exode et métamorphose, précédé de Et personne n’en sait davantage, trad. de l’allemand par Mireille Gansel, Paris, Verdier, 2002.
  • Partage-toi, nuit, précédé de Toute poussière abolie, La mort célèbre encore la vie, Énigmes ardentes et Elle cherche son bien-aimé et ne le trouve pas, trad. de l’allemand par Mireille Gansel, Paris, Verdier, 2005.
    Voir aussi

Article connexe

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X.
Clärenore Stinnes, aventurière exploratrice

Pilote automobile passionnée et aventureuse, Clärenore Stinnes (1901 – 1990) est, avec son caméraman Carl-Axel Söderström, la première personne à faire le tour du monde en voiture, dans un périple rocambolesque.

La course automobile

Photo - Troisième des sept enfants du riche industriel Hugo Stinnes, Clärenore nait le 21 janvier 1901 à Mülheim an der Ruhr en Allemagne. Homme politique influent, son père est à la tête d’un empire industriel, minier et manufacturier. Clärenore reçoit une solide éducation et, proche de son père, travaille quelques temps pour lui au sein de son entreprise. Hugo lui confie le poste de secrétaire personnelle, qui se rapproche alors plus d’une position d’assistante.

Passionnée d’automobile, Clärenore se lance à 24 ans dans la course. Deux ans plus tard, elle a déjà remporté dix-sept compétitions et est devenue l’une des pilotes les plus en vue d’Europe. Rapidement, l’idée de faire le tour du monde en voiture lui trotte dans la tête. L’exploit n’a encore jamais été accompli, l’itinéraire nécessitant de traverser de nombreux endroits complètement inadaptés au passage d’une voiture. Résolue à effectuer ce tour du monde en moins d’un an, Clärenore, alors âgée d’à peine 26 ans, se lance dans une préparation méticuleuse de son voyage, sponsorisé par plusieurs industriels automobiles allemands.

Le début de l’aventure

Photo - Le 25 mai 1927, Clärenore prend la route avec deux mécaniciens et un caméraman, Carl-Axel Söderström. Jeune femme non mariée accompagnée de trois hommes qu’elle connait à peine, elle bouscule ainsi les conventions de la société et de sa classe. Elle conduit une Adler Standard 6, un véhicule à peine sorti de l’usine qui n’est pas passée par le banc d’essai. Un camion transporte le matériel nécessaire à l’expédition, notamment le carburant et une grande quantité de pellicules pour filmer les différentes étapes du voyage. Le petit groupe parcourt les 2 000 premiers km jusqu’à Istanbul en vingt jours, avant de poursuivre vers Beyrouth puis Moscou et Iekaterinbourg. Empruntant de nombreux chemins mal adaptés au passage de véhicules, Clärenore prend cependant du retard et arrive en Sibérie au début de l’hiver. De nombreuses personnes lui conseillent d’attendre le printemps, mais la jeune femme souhaite boucler ce tour du monde en l’espace d’un an et refuse ce délai. Elle est alors quittée successivement par ses deux mécaniciens, et seul Carl-Axel reste à ses côtés.

Les obstacles et dangers du voyage

Clärenore et Carl-Axel poursuivent leur traversée de la Sibérie en plein hiver, traversant notamment le Lac Baïkal, partiellement gelé, en voiture. Alors qu’ils conduisent sur la glace pendant des dizaines de kilomètres, des craquements leur parviennent régulièrement mais ils poursuivent et parviennent de l’autre côté. De nouveaux dangers les attendent par la suite dans le désert de Gobi, entre la Chine et la Mongolie. Alors que des bandits les poursuivent, le camion transportant le carburant et les pellicules hautement inflammables prend feu. Clärenore et Carl-Axel parviennent à s’arrêter, à éteindre le début d’incendie et à repartir avant leurs poursuivants les rattrapent.

Photo - Après avoir atteint le Japon et gravi le mont Fuji, les deux explorateurs traversent le Pacifique, pour arriver à Lima au Pérou. De là, il leur faut franchir les Andes et affrontent de nombreux dangers dans cette chaîne de montagne haute de 4 000 mètres d’altitude en moyenne. Il n’existe aucune route et Clärenore et Carl-Axel doivent parfois se frayer un chemin à la dynamite. Bloqués dans des rochers et à court d’eau, ils doivent parcourir à pieds cinquante km en plein désert pour aller chercher de l’aide et pousser les véhicules là où ils ne peuvent pas rouler. Les deux voyageurs parviennent finalement à Valparaiso et y embarquent pour Los Angeles. Aux Etats-Unis, ils sont accueillis en héros et font la tournée du pays et la visite des usines Ford. Ils sont accueillis par Henry Ford, et par le président Herbert Hoover en personne.

La vie après l’exploit

Après avoir traversé l’Atlantique, ils sont rejoints en France par Marta, la femme de Carl-Axel, pour la dernière étape. Ils arrivent à Berlin en 1928, deux ans après leur départ, après avoir roulé 47 000 km. Par la suite, ils passent plus d’un an à monter un film avec les nombreuses images tournées par Carl-Axel au cours du voyage. La pilote et le caméraman s’était immanquablement rapprochés au cours du voyage, Marta finit par demander le divorce et Carl-Axel et Clärenore se marient. Par la suite, ils vivront en Suède et auront trois enfants.

Progressivement, l’exploit de Clärenore et Carl-Axel, qui avaient été acclamés comme des héros, tombe dans l’oubli. Dans une interview donné à la fin de sa vie, Clärenore déclare que son aventure a été oubliée parce qu’elle est une femme.

Clärenore Stinnes meurt le 7 décembre 1990 en Suède.

Liens utiles

En voiture autour du monde
La fiche Wikipédia de Clärenore Stinnes

Source : https://histoireparlesfemmes.com/2016/01/11/clarenore-stinnes-aventuriere-exploratrice/

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7.
Des femmes confrontées aux horreurs du régime totalitaire nazi

Y.
Hannah Arendt, une théoricienne de la politique

Johanna Arendt, plus connue sous le nom dHannah Arendt (1906 – 1975), est une théoricienne de la politique qui a notamment beaucoup travaillé sur le totalitarisme. Elle est particulièrement connue pour sa réflexion sur le procès d’Adolf Eichmann, ‘Eichmann à Jérusalem, la banalité du mal’.

Heidegger

Photo - Fille de Martha Cohn et Paul Arendt, Johanna nait le 14 octobre 1906 à Hanovre en Allemagne, dans une famille juive. Elle grandit à Kœnigsberg, future Kaliningrad alors allemande, et à Berlin. Son père meurt en 1913 de la syphilis.

En 1924, elle commence à étudier la philosophie, la théologie et la philologie aux universités de Marbourg, Fribourg-en-Brisgau et Heidelberg et y révèle très vite sa grande intelligence et son non-conformisme. En 1925, elle rencontre Heidegger, son professeur de 17 ans son aîné, à qui elle voue immédiatement une grande admiration. Ils commencent une liaison, qu’Hannah interrompra en partant poursuivre ses études à Fribourg. Là-bas, elle devient l’élève d’Husserl puis de Karl Jaspers qui dirige sa thèse sur le Concept d’amour chez Augustin.

Travail sur le totalitarisme

En 1929, Hannah se marie avec Günther Stern, un jeune philosophe allemand rencontré pendant ses études ; ils divorceront en 1937. En tant que juive, elle ne peut enseigner dans les universités allemandes et ses recherches sur l’antisémitisme et sa propagande la conduisent à être interrogée par la Gestapo. En 1933, Hannah s’installe en France où elle travaille à l’accueil des réfugiés qui fuient le nazisme et aide de jeunes Juifs à émigrer vers la Palestine. En 1940, elle se marie avec avec Heinrich Blücher, philosophe et réfugié allemand. La même année, devant l’avancée des armées d’Hitler, elle fuit vers le Portugal avant de pouvoir embarquer pour l’Amérique en 1941.

Photo - Lorsque Hannah arrive à New York, elle se retrouve complètement démunie et trouve un emploi d’aide à domicile. Elle travaille aussi pour plusieurs journaux. A la fin de la guerre, elle regagne l’Allemagne et y travaille pour une association d’aide aux rescapés juifs. En 1951, elle est naturalisée citoyenne américaine et devient conférencière en philosophie politique dans plusieurs universités dont Columbia, Princeton et Berkeley, tout en publiant ses travaux en parallèle. Travaillant sur la pensée politique, elle creuse notamment les concepts de révolution, de totalitarisme, de culture, modernité, tradition et liberté. En 1951, elle publie Les Origines du totalitarisme, Condition de l’homme moderne en 1958, La Crise de la culture en 1961 puis Essai sur la révolution en 1963.

Eichmann à Jérusalem, la banalité du mal

En 1960, Hannah suit pendant dix mois le procès d’Adolf Eichmann, haut fonctionnaire du Troisième Reich et membre du parti nazi, responsable de la logistique de la « solution finale ». Elle écrit de longs articles pour le journal The New Yorker et publie, à l’issue du procès, Eichmann à Jérusalem, la banalité du mal. Elle y décrit Eichmann comme un homme normal, pas spécialement antisémite, obéissant aux ordres, et y analyse les mécanismes du mal. Elle y dénonce également l’attitude de conseils juifs ayant collaboré avec le nazisme pendant la guerre. A l’époque, ses positions, mal comprises, déclenchent une immense controverse et Hannah souffre de l’incompréhension, notamment des siens. Le film Hannah Arendt, de Margarethe Von Trotta, retrace cette période.

En 1963, Hannah devient titulaire de la chaire de science politique à l’université de Chicago, puis elle est nommée professeure à la New School for Social Research de New York en 1967. Elle meurt à New York le 4 décembre 1975.

Liens utiles

La fiche Wikipédia d’Hannah Arendt
La pensée d’Hannah Arendt
Les œuvres d’Hannah Arendt
Le film Hannah Arendt

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Source : https://histoireparlesfemmes.com/2013/04/26/hannah-arendt-theoricienne-de-la-politique/

Voir aussi chez Wikipédia : Hannah Arendt, née Johanna Arendt1 à Hanovre le 14 octobre 1906 et morte le 4 décembre 1975 à New York, est une politologue, philosophe et journaliste allemande naturalisée américaine, connue pour ses travaux sur l’activité politique, le totalitarisme, la modernité et la philosophie de l’histoire.

Elle soulignait toutefois que sa vocation n’était pas la philosophie mais la théorie politique (« Mein Beruf ist politische Theorie »)2. C’est pourquoi elle se disait « politologue » (« political scientist »)3 plutôt que philosophe. Son refus de la philosophie est notamment évoqué dans Condition de l’homme moderne où elle considère que « la majeure partie de la philosophie politique depuis Platon s’interpréterait aisément comme une série d’essais en vue de découvrir les fondements théoriques et les moyens pratiques d’une évasion définitive de la politique »4.

Ses ouvrages sur le phénomène totalitaire sont étudiés dans le monde entier et sa pensée politique et philosophique occupe une place importante dans la réflexion contemporaine. Ses livres les plus célèbres sont Les Origines du totalitarisme (1951), Condition de l’homme moderne (1958) et La Crise de la culture (1961). Son livre Eichmann à Jérusalem, publié en 1963 à la suite du procès d’Adolf Eichmann en 1961, a fait l’objet d’une controverse internationale.

Sommaire

1 Biographie

6 Bibliographie

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Z.
Anne Frank, allemande victime de génocide et de meurtre par le régime nazi

Photo Anne FRANK
Née le 12 juin 1929. Décédée en mars 1945 (approximativement). Annelies Marie Frank, plus connue sous le nom de Anne Frank (12 juin 1929 - début mars 1945), est une adolescente allemande juive née à Francfort-sur-le-Main en Allemagne qui a écrit un journal intime alors qu’elle se cachait avec sa famille et quatre amis à Amsterdam pendant l’occupation allemande de la Seconde Guerre mondiale. Suite à l’arrivée au pouvoir d’Adolf Hitler en janvier 1933, la famille quitta Francfort pour Amsterdam fin 1933 afin d’échapper aux persécutions nazies, mais fut arrêtée après l’invasion des Pays-Bas. Alors que les persécutions à l’encontre des Juifs s’intensifiaient, sa famille se cacha en juillet 1942 dans un appartement secret aménagé dans l’Annexe de l’entreprise Opekta d’Otto Frank, son père. Anne avait alors treize ans environ. Après deux ans passés dans ce refuge, le groupe fut trahi et déporté vers les camps d’extermination nazis. Sept mois après son .

Source : http://www.annuaire-celebrite.com/celebrite/1433/frank/anne_frank.php

Anne Frank ou Annelies Marie Frank – Extraits d’un article Wikipédia

Photo - Anne Frank à l’école Montessori d’Amsterdam en 1940.

Annelies Marie Frank, plus connue sous le nom d’Anne Frank, née le 12 juin 1929 à Francfort-sur-le-Main en Allemagne de Weimar sous la République de Weimar, et morte en février ou mars 1945 à Bergen-Belsen Bergen, Troisième Reich en Allemagne nazie, est une adolescente allemande, connue pour avoir écrit un journal intime. Celui-ci est rapporté dans le livre Le Journal d’Anne Frank, et est écrit pendant deux années alors qu’elle se cachait avec sa famille à Amsterdam aux Pays-Bas pendant l’occupation allemande durant la Seconde Guerre mondiale dans le but d’éviter la Shoah.

La famille quitte Francfort pour Amsterdam à la fin de l’année 1933 afin d’échapper aux persécutions nazies à l’encontre des Juifs qui se multiplient depuis l’arrivée au pouvoir d’Adolf Hitler en janvier. Alors que les dangers s’intensifient à Amsterdam occupé par les Allemands depuis mai 1940, les Frank se cachent en juillet 1942 dans un appartement secret aménagé dans l’Annexe de l’entreprise Opekta d’Otto Frank, le père. Anne a alors treize ans. Après deux ans passés dans ce refuge, où ils sont rejoints par quatre autres personnes, le groupe est trahi et déporté vers les camps d’extermination nazis. Sept mois après son arrestation, Anne meurt du typhus dans le camp de Bergen-Belsen quelques jours après le décès de sa sœur Margot, et quelques semaines avant la libération du camp.

Son père Otto, l’unique survivant du groupe, revient à Amsterdam à la fin de la guerre et apprend que le journal d’Anne dans lequel elle relate sa vision des événements du 12 juin 1942 jusqu’au 1er août 1944 a été préservé. Convaincu du caractère unique de l’œuvre de sa fille, Otto décide de la faire éditer et le texte original en néerlandais est publié en 1947 sous le titre Het Achterhuis : Dagboekbrieven van 12 Juni 1942 – 1 Augustus 1944 (La maison annexe : notes du journal du 12 juin 1942 au 1er août 1944 en français). Décrit comme le travail d’un esprit mûr et perspicace, l’œuvre donne un point de vue intime et particulier sur la vie quotidienne pendant l’occupation par les nazis et ce journal d’une adolescente au destin tragique a fait d’Anne Frank l’une des victimes emblématiques de la Shoah. En effet, ce journal a été traduit du néerlandais en de nombreuses langues et est devenu l’un des livres les plus lus dans le monde et plusieurs films, téléfilms, pièces de théâtre et opéras en ont été tirés. Langue d’écriture : Néerlandais.

Sommaire

Enfance

Photo - Immeuble sur le Merwedeplein où Anne Frank vécut de 1934 à 1942.

Anne Frank, seconde fille d’Otto Heinrich Frank (12 mai 188919 août 1980) et d’Edith Frank-Holländer (16 janvier 19006 janvier 1945), naît le 12 juin 1929 à Francfort-sur-le-Main en Allemagne. Elle a une sœur prénommée Margot (16 février 1926mars 1945). Son nom de naissance est Annelies Marie, mais pour sa famille et ses amis, elle est simplement « Anne ». Son père l’appelle parfois « Annelein » (« petite Anne »). La famille vit dans une communauté mixte de citoyens juifs et non-juifs, et les enfants grandissent en côtoyant des amis de confession catholique, protestante et juive. Les Frank sont juifs réformistes, pratiquant beaucoup des traditions de la foi juive, sans observer l’ensemble des coutumes. Dans la famille, Edith est la plus dévouée à sa foi. Otto Frank, ancien officier allemand décoré pendant la Première Guerre mondiale, veut poursuivre ses études et possède une importante bibliothèque ; les deux parents encouragent leurs filles à lire. En mars 1933, les élections pour renouveler le conseil municipal de Francfort voit le parti nazi d’Adolf Hitler l’emporter. Des manifestations antisémites ont immédiatement lieu, et les Frank commencent à craindre pour leur sécurité s’ils restent en Allemagne. Plus tard la même année, Edith et les enfants se rendent à Aix-la-Chapelle pour habiter avec Rosa Holländer, la mère d’Edith. Otto Frank reste à Francfort, mais après avoir reçu une offre pour démarrer une affaire à Amsterdam, il s’y rend pour organiser la société et préparer la venue de sa famille.

Otto commence à travailler chez Opekta Works, une société qui vend la pectine extraite des fruits, et trouve un appartement à Merwedeplein dans la banlieue d’Amsterdam. En février 1934, Edith et les enfants arrivent à Amsterdam et les deux filles sont inscrites à l’école ; Margot dans une école publique et Anne dans une école montessorienne. Margot montre ses facultés en arithmétique et Anne découvre ses aptitudes à la lecture et l’écriture. Son amie Hannah Goslar se rappellera plus tard que pendant sa tendre enfance, Anne écrivait régulièrement, cachant ses écrits avec sa main et refusant de discuter du contenu de ceux-ci. Ces écrits précoces n’ont pas traversé l’histoire et ont été égarés. Anne et Margot ont deux personnalités bien distinctes ; Margot est maniérée, réservée et studieuse tandis qu’Anne est expressive, énergique et extravertie. En 1938, Otto Frank démarre une seconde affaire en partenariat avec Hermann Van Pels, un boucher qui avait fui Osnabrück en Allemagne avec sa famille. En 1939, la mère d’Edith vient vivre avec les Frank et reste avec eux jusqu’à sa mort en janvier 1942. En mai 1940, l’Allemagne envahit les Pays-Bas. Le gouvernement d’occupation commence à persécuter les Juifs en instaurant des lois répressives et discriminatoires, l’inscription obligatoire et la ségrégation des Juifs s’ensuivent rapidement. Margot et Anne excellent alors dans leurs études et ont de nombreux amis, mais l’application d’un décret statuant que les enfants juifs ne peuvent suivre des cours que dans des écoles juives, elles sont contraintes de s’inscrire au lycée juif.

Période décrite dans le journal

Avant de se rendre dans l’Annexe

Reproduction - Étoile jaune que tous les juifs devaient porter pendant l’occupation des nazis à partir de 1942 en France ou aux Pays-Bas.

Pour son treizième anniversaire le 12 juin 1942, Anne reçoit un carnet qu’elle avait montré à son père dans un magasin quelques jours plus tôt. Lorsqu’elle écrit, elle s’adresse à « Kitty », une amie imaginaire. Bien que ce soit un livre d’autographe, relié avec un morceau de tissu rouge et blanc et muni d’une petite fermeture à l’avant, Anne décide de l’utiliser comme journal. Elle commence à y écrire presque immédiatement, se décrivant personnellement, décrivant sa famille et ses amis, sa vie à l’école, ses « admirateurs » et les endroits du voisinage qu’elle aime visiter. Si ces premiers écrits montrent que sa vie est celle d’une écolière typique, ils abordent également les changements dont Anne est témoin depuis le début de l’occupation allemande. Quelques références sont apparemment occasionnelles et non soulignées. Néanmoins en quelques passages, Anne fournit plus de détails sur l’oppression grandissante. Par exemple, elle écrit à propos de l’étoile jaune que les Juifs sont obligés de porter en public, et liste quelques restrictions et persécutions qui bouleversèrent la vie de la population juive d’Amsterdam.

Le 5 juillet 1942, Margot reçoit un avis de mobilisation du Bureau central de l’immigration juive (Zentralstelle für jüdische Auswanderung) lui ordonnant de se présenter pour être relogée dans un camp de travail. On explique alors à Anne le plan qu’Otto a préparé avec ses employés les plus fidèles et dont Margot avait eu connaissance depuis quelque temps : la famille va se cacher dans des pièces au-dessus et à l’arrière des bureaux de la société Opekta sur le Prinsengracht, une rue le long d’un des canaux d’Amsterdam.

Sa vie dans l’Annexe

Article détaillé : Maison Anne Frank.

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Image 3D de la maison d’Anne Frank ; les parties visibles se trouvaient à l’avant (gauche de l’image), ainsi que le rez-de-chaussée et le premier étage à l’arrière. Les trois niveaux supérieurs del’Annexeétaient cachés. Le passage caché correspond au no 98 sur le plan. [archive]

Photo - Façade de l’immeuble de la société Opekta sur le Prinsengracht en 2002. Les bureaux d’Otto Frank se situaient à l’avant du bâtiment tandis que l’Annexe se trouvait à l’arrière.

Le matin du 6 juillet 19421, la famille va s’installer dans la cachette. Leur appartement est laissé dans un désordre apparent pour donner l’impression qu’ils étaient partis soudainement, et Otto laisse une note indiquant qu’ils s’en étaient allés en Suisse. La nécessité du secret de l’opération les contraint d’abandonner le chat d’Anne, Moortje. Comme les Juifs n’ont pas le droit d’utiliser les transports publics, ils doivent marcher pendant plusieurs kilomètres depuis leur appartement, chacun revêtant plusieurs couches de vêtements pour qu’on ne s’aperçoive pas qu’ils transportent des valises. L’Annexe (Achterhuis) est un espace à trois niveaux à l’arrière du bâtiment auquel on accède par un palier situé au-dessus des bureaux de la société Opekta. Au premier niveau se trouvent deux petites pièces avec une salle de bains et des toilettes adjacentes. Au-dessus il y a un vaste espace ouvert avec une petite pièce adjacente. Depuis cette petite pièce une échelle donne sur le grenier. La porte de l’Annexe fut par la suite cachée par une bibliothèque pour éviter qu’elle ne soit découverte. L’immeuble principal, situé à un bloc de Westerkerk est un vieil immeuble typique des quartiers ouest d’Amsterdam.

Victor Kugler, Johannes Kleiman, Miep Gies et Bep Voskuijl sont les seuls employés qui savent que la famille Frank se cache. Eux quatre, ainsi que Jan Gies, mari de Miep, et Johannes Hendrik Voskuijl, père de Bep, aident les clandestins pendant la durée de leur confinement. Ils sont le seul contact entre les occupants de l’Annexe et le monde extérieur ; ils les tiennent au courant des nouvelles de la guerre et des événements politiques. Ils subviennent à tous leurs besoins, assurent leur sécurité et les ravitaillent en nourriture, une tâche de plus en plus difficile à mesure que le temps passe. Anne évoque dans son journal leur dévouement et leurs efforts pour garder le moral des occupants de l’Annexe pendant les moments les plus dangereux. Ils sont tous conscients du fait qu’ils encourent la peine de mort s’ils sont pris à cacher des Juifs. Dans la journée, les clandestins doivent se montrer très prudents et rester silencieux afin que le personnel des bureaux ne les entende pas. À midi, lorsque les employés rentrent chez eux, les protecteurs se rendent souvent à l’Annexe pour y prendre leur repas. Les clandestins attendent toujours leur visite avec impatience.

Photo - À l’avant-plan, le centre d’accueil du Musée Anne Frank ; l’Annexe est la maison au centre avec un toit en pente. Vue depuis le clocher de l’église Westerkerk.

Photographie prise depuis la lucarne du grenier de l’Annexe. Le marronnier que pouvait voir Anne Frank est tombé en août 20102.

Le 13 juillet 1942, la famille Frank est rejointe par la famille Van Pels (rebaptisée « Van Daan » dans le livre – la plupart des noms ayant été modifiés, hormis la famille Frank) : Hermann, Augusta ou Auguste3 (rebaptisée Petronella), et leur fils Peter âgé de 16 ans, puis en novembre par Fritz Pfeffer, un dentiste et ami de la famille. Anne écrit son plaisir d’avoir de nouvelles personnes à qui parler, mais des tensions surviennent rapidement dans le groupe, forcé de vivre dans un environnement restreint. Après avoir partagé sa chambre avec Pfeffer, elle le trouve insupportable, et elle se dispute avec Augusta, qu’elle considère comme une idiote. Ses relations avec sa mère sont également tendues et Anne écrit qu’elles ont peu de choses en commun, sa mère étant trop distante. Bien qu’elle ait parfois eu des disputes avec Margot, elle écrit à propos du lien inattendu qui se développa entre elles, bien qu’elle reste émotionnellement plus proche de son père. Quelque temps plus tard, après avoir d’abord écarté les avances du timide et maladroit Peter van Pels, elle s’aperçoit de ses sentiments naissants pour lui et ils ont peut-être une liaison4.

Anne passe l’essentiel de son temps à lire et étudier, tout en continuant à écrire son journal. En plus de fournir une description des événements dans leur ordre chronologique, elle écrit également à propos de ses sentiments, sa peur de vivre cachée, ses croyances, ses ambitions parmi lesquelles celle de devenir journaliste et écrivain, des thèmes qu’elle ne pense pouvoir partager avec personne. À mesure que sa confiance dans son style d’écriture grandit et qu’elle devient plus mûre, les sujets qu’elle aborde deviennent plus abstraits, comme sa croyance en Dieu et la manière dont elle définit la nature humaine. Elle développa sa vision de l’avenir du peuple juif4.

Jusqu’au printemps 1944, Anne écrit ses lettres pour elle seule, jusqu’au moment où elle entend, à la radio de Londres, le ministre de l’Éducation du gouvernement néerlandais en exil dire qu’après la guerre il faudrait rassembler et publier tout ce qui avait trait aux souffrances du peuple néerlandais pendant l’occupation allemande. Il cite à titre d’exemple, entre autres, les journaux intimes. Frappée par ce discours, Anne décide de publier un livre après la guerre, son journal devant servir de base. Elle entame alors un travail de réécriture, corrigeant ou supprimant les passages qu’elle juge peu intéressants, et en ajoutant d’autres en puisant dans sa mémoire5. Parallèlement, elle continue à écrire régulièrement son journal original jusqu’à sa dernière lettre qui date du 1er août 1944.

Arrestation et déportation

Photo - Mémorial d’Anne et Margot Frank sur le site de Bergen-Belsen, garni d’hommages sous forme de fleurs et de dessins.

Le 4 août 1944, entre 10 h et 10 h 30, l’Annexe est découverte par les services de sécurité de la police allemande (Grüne Polizei) soit sur l’indication d’un informateur qui n’a jamais pu être identifié formellement6,7, soit suite à une descente de police visant d’autres activités « illicites »8. Mené par le Schutzstaffel Oberscharführer Karl Silberbauer du Sicherheitsdienst, le groupe comprend au moins trois membres hollandais au service de la police allemande, en civil mais armés. Lorsque Silberbauer entre dans la maison, il semble savoir précisément où il doit se rendre. Il se dirige droit vers la « porte-bibliothèque » pivotante qui cache la porte d’accès à l’Annexe et exige qu’on l’ouvre. Silberbauer poste quelques hommes dans l’Annexe en attendant l’arrivée d’un véhicule pour emmener les clandestins. Alors qu’il interroge Otto Frank, Silberbauer voit une sacoche en cuir dont il vide le contenu, sans doute avec l’idée d’y trouver des bijoux. Elle ne contient que des feuilles de papier et divers livres. Parmi eux se trouve le journal d’Anne. Le SS demande alors à Otto, s’il se trouve dans la cachette quelques bijoux ou de la monnaie. Otto lui indique alors de la main les meubles contenant les quelques bijoux et monnaies en leur possession. Silberbauer poursuit son interrogatoire en demandant ensuite depuis quand ils vivaient reclus dans leur cachette. « Deux ans » lui répondit-on. Devant l’incrédulité du nazi face à une telle durée, Otto fait remarquer alors, sur le mur à côté de l’officier, de nombreux traits horizontaux marqués à l’encre violette. Ces diverses lignes étaient datées depuis le début de leur cachette en 1942 et représentaient les poussées de croissance de Margot et d’Anne. Alors que le sous-officier indique à voix haute qu’il octroie cinq minutes aux clandestins pour réunir leurs affaires, il continue de parler avec Otto et fut particulièrement surpris d’apprendre que ce dernier est vétéran de la Grande Guerre, avec le grade d’officier dans l’armée de terre allemande au moment de l’armistice de 1918.

Toutefois, selon une étude publiée en 2016 par la Maison d’Anne Frank, il se pourrait que les personnes dénoncées à la police ne fussent pas les Frank. Il y avait dans l’immeuble des trafiquants de coupons illégaux d’alimentation, qui, d’ailleurs, en fournissaient les Frank. De plus, la compagnie employait du personnel non déclaré. « Une compagnie où des gens travaillaient illégalement et où deux représentants de commerce avaient été arrêtés pour trafic de coupons d’alimentation courait évidemment le risque d’attirer l’attention des autorités », lit-on dans cette étude, qui relève encore que les policiers qui découvrirent la famille Frank n’étaient pas occupés en général à la traque des Juifs, mais à des enquêtes sur des affaires de monnaie, de garanties financières et de bijouterie9.

Les occupants de l’Annexe sont embarqués dans des camions et emmenés pour être interrogés. Victor Kugler et Johannes Kleiman sont emmenés puis emprisonnés, tandis que Miep Gies et Bep Voskuijl ne sont pas interpellées. Plus tard, elles reviennent à l’Annexe où elles trouvent le journal et les écrits d’Anne, plus de 300 pages manuscrites, éparpillées sur le sol. Elles les récupèrent ainsi que plusieurs albums de famille et Miep cache le tout dans le tiroir de son bureau, projetant de les rendre à Anne après la guerre. Les clandestins sont transportés au quartier général de la Gestapo où ils sont interrogés et détenus toute la nuit. Le 5 août, ils sont transférés à la Huis van Bewaring (maison de détention), une prison surpeuplée sur le Weteringschans10. Deux jours plus tard les huit prisonniers sont transportés à Westerbork (camp de regroupement et de transit), situé aux Pays-Bas. À l’époque, plus de 100 000 Juifs y transitent. Ayant été arrêtés alors qu’ils se cachaient, ils sont considérés comme criminels et sont donc envoyés aux baraquements de punition pour réaliser de lourds travaux11. Dans la journée, ils doivent ouvrir des piles et en retirer le métal. C’est un travail salissant et le métal est nocif, mais les prisonniers ont le droit de se parler et Anne et Peter restent la plupart du temps ensemble dès qu’ils en ont la possibilité.

Le 3 septembre 1944, le groupe est déporté avec ce qui fut le dernier convoi de Westerbork pour le camp d’extermination d’Auschwitz, où ils arrivent dans la nuit du 5 au 6 septembre 1944 après un voyage de trois jours. Les prisonniers reçoivent l’ordre de laisser leurs bagages dans le train. Sur place, tous sont séparés selon leur sexe, de sorte que les femmes et les hommes ainsi séparés ne se revirent jamais. Otto Frank est alors séparé de sa femme et de ses filles : « Jamais je n’oublierai le regard de Margot », dira-t-il plus tard. Sur les 1 019 passagers du convoi, 549 personnes dont la totalité des enfants âgés de moins de quinze ans, sont envoyés directement dans les chambres à gaz où ils trouvent la mort. Anne qui a fêté ses quinze ans trois mois plus tôt est épargnée et bien que tous les membres de l’Annexe aient survécu à cette sélection, Anne crut alors que son père avait été tué. Avec d’autres femmes non sélectionnées pour une mort immédiate, Anne est forcée de se dévêtir pour être désinfectée, avoir sa tête rasée au plus court et enfin être tatouée avec un numéro d’identification sur son bras. Edith, Margot et Anne sont ensemble dans la même baraque, tandis qu’Augusta se trouve sans doute dans une autre partie du camp. Bloeme Evers-Emden parle parfois avec elles, qu’elles connaissaient du lycée juif d’Amsterdam. Après la guerre, elle déclare : « Il m’est arrivé de leur parler. Elles étaient toujours ensemble, la mère et ses deux filles. Les irritations que l’on devine dans le Journal avaient complètement disparu par les circonstances. Il fallait survivre. Elles étaient toujours toutes les trois et elles se sont sûrement beaucoup soutenues mutuellement. » Le jour, les femmes sont utilisées comme travailleuses esclaves ; la nuit, elles sont enfermées dans des baraquements bondés et glaciaux. Les maladies foisonnent et Anne devient sérieusement infectée par la gale. Otto, Fritz, Hermann et Peter restent ensemble. Peter a de la chance, il obtient une place au bureau de poste du camp. Les gardes et les prisonniers non-juifs ont le droit de recevoir du courrier. Ce poste lui permet de se procurer un peu de nourriture supplémentaire de temps en temps.

Le 28 octobre 1944, devant l’avancée de l’Armée rouge, les SS décident d’évacuer une partie du camp afin de diriger vers l’Allemagne les prisonniers qui sont encore capables de travailler. De nouvelles sélections commencent alors parmi les femmes pour être relogées à Bergen-Belsen. Plus de 8 000 d’entre elles, dont Anne et Margot, sont ainsi déplacées. Edith reste seule à Auschwitz. Après un voyage en train de trois jours, Margot et Anne arrivent exténuées à Bergen-Belsen. Le nombre de prisonniers venant d’autres camps ne cesse d’augmenter. Le camp est déjà surpeuplé lorsqu’elles arrivent. Elles sont tout d’abord abritées par des tentes dressées pour parer à l’afflux des prisonnières, mais lorsque quelques jours après leur arrivée une tempête éclate, toutes les tentes sont détruites. Elles rejoignent alors les baraques où s’entassent trop de détenues. On les fait travailler au recyclage des vieilles chaussures qui affluent de toute l’Allemagne12. À mesure que la population s’accroît, le taux de mortalité dû aux nombreuses maladies augmente rapidement.

Fin novembre, un nouveau transport arrive d’Auschwitz. Parmi les prisonnières se trouve Augusta. Elle retrouve Margot et Anne. Mais après quelques mois, elle doit quitter le camp pour Raguhn, qui fait partie du camp de concentration de Buchenwald. Puis de Raguhn, elle est transférée à Theresienstadt. Elle meurt quelque part en route, entre l’Allemagne et la Tchécoslovaquie, entre le 9 avril et le 8 mai 1945. À Bergen-Belsen, Anne est brièvement réunie avec deux amies, Hanneli Goslar (surnommée « Lies » dans le journal) et Nanette Blitz, qui survivent toutes deux à la guerre. Blitz décrivit par la suite Anne comme étant chauve, tremblante, les traits émaciés. Goslar dit que bien qu’Anne ait été malade, elle lui dit qu’elle était plus inquiète pour Margot, dont la maladie semblait plus sérieuse et qui restait allongée sur sa couchette, trop faible pour marcher. Anne leur dit également qu’elle pensait que leurs parents étaient morts. Hanneli a déjà passé un an à Bergen-Belsen, mais elle se trouve dans une autre partie du camp. Lorsque Augusta lui apprend qu’Anne est là, elle est étonnée car elle la croyait en Suisse avec sa famille. Elle souhaite vivement rencontrer son amie, mais pour cela elle doit ruser, les différentes parties du camp étant séparées par des bottes de paille, des grilles et des fils barbelés. Les deux amies parviennent finalement à se parler à travers les barrières, mais elles ne peuvent se voir. Elles pleurent beaucoup lors de leur première rencontre. Anne raconte qu’elle est rasée et qu’elle a beaucoup maigri. Elle craint que ses parents ne soient morts. Lorsqu’elles se rencontrent de nouveau, Hanneli a apporté un paquet pour Anne, contenant des vêtements et de la nourriture. Elle le jette par-dessus la grille. Elle entend Anne hurler. Anne lui dit en pleurant qu’une autre détenue s’est emparée du paquet. Hanneli lui promet de lui apporter un autre paquet le lendemain. C’est ce qu’elle fait et cette fois, Anne l’attrape. Elles se rencontrent encore quelques fois, mais vers la fin du mois de février 1945, Anne change de baraque et dès lors elles ne se voient plus.

Durant les premiers mois de 1945, il neige souvent à Bergen-Belsen et Anne et Margot souffrent du froid. Il arrive qu’elles soient privées de nourriture pendant de longues périodes. Dans leur baraque, elles se trouvent près de la porte et sont exposées aux courants d’air. Elles n’ont plus de vêtements chauds et régulièrement, on les entend demander que l’on ferme la porte, étant trop faibles pour se lever. En mars 1945, une épidémie de typhus, une maladie contagieuse propagée par les poux, se propage dans le camp, tuant environ 17 000 prisonniers. La nourriture est insuffisante et les conditions d’hygiène sont dramatiques. Des témoins certifièrent que Margot tomba de sa couchette dans son état de faiblesse extrême et succomba au choc, et que quelques jours plus tard Anne mourut à son tour. Ils estiment que ceci se passa quelques semaines avant que le camp ne soit libéré par les troupes britanniques le 15 avril 1945, et bien que les dates exactes n’aient pas été conservées, il est généralement reconnu que cela eut lieu entre la fin février et le milieu du mois de mars. Les corps des deux jeunes filles se trouvent sûrement dans la fosse commune de Bergen-Belsen.

Après la guerre, il fut estimé que sur les 110 000 Juifs déportés des Pays-Bas pendant l’occupation nazie, seuls 5 000 ont survécu.

Devenir des autres membres de l’annexe

  • Edith, la mère d’Anne et Margot, tomba malade et mourut de faim et d’épuisement à l’infirmerie d’Auschwitz le 6 janvier 1945.
  • Margot Frank, la sœur ainée, meurt fin février 1945 au camp de concentration de Bergen-Belsen.
  • Hermann Van Pels (Van Daan) fut, selon la Croix-Rouge, gazé le jour même de son arrivée le 6 septembre 1944 à Auschwitz13. Selon d’autres sources, il aurait été épargné par la première sélection et aurait été tué plus tard14.
  • Augusta Van Pels (Van Daan) mourut en Allemagne ou en Tchécoslovaquie entre le 9 avril et le 8 mai 1945, soit en route vers le camp de Theresienstadt, soit après y être arrivée15.
  • Fritz Pfeffer (Albert Dussel) fut transféré d’Auschwitz au camp de Neuengamme où il décéda à l’infirmerie le 20 décembre 1944 à l’âge de 55 ans.
  • Peter Van Pels fut transféré d’Auschwitz au camp de Mauthausen en Autriche, où il arriva le 25 janvier après un voyage exténuant. Quatre jours plus tard, il est affecté à un groupe de travailleurs à l’extérieur du camp. Le 11 avril 1945, il est envoyé au baraquement des malades où on perd sa trace. Peter van Pels y est mort entre le 11 avril 1945 et le 5 mai 1945. La Croix-Rouge fixera néanmoins son décès au 5 mai 1945, jour de la libération du camp par la 11e division blindée américaine. Peter avait 18 ans.
  • Otto Frank, le père d’Anne et Margot, survécut au camp d’extermination d’Auschwitz. Il décéda à Bâle (Suisse) en 1980 à l’âge de 91 ans.
    Débat sur la date de sa mort

Une étude réalisée en 2015 par des historiens travaillant pour l’institution Maison Anne Frank avancent d’au moins un mois la date de la mort des deux sœurs. Cette institution déclare que « le jour de leur mort a plus probablement eu lieu en février ». Elles souffraient du typhus dès la fin du mois de janvier. Or la « plupart des décès dus au typhus ont lieu douze jours après l’apparition des premiers symptômes », d’après l’Institut néerlandais pour la santé publique. « Il est donc improbable qu’elles aient survécu jusqu’à la fin du mois de mars », comme on le pensait jusque-là16.

Le Journal d’Anne Frank

Article détaillé : Le Journal d’Anne Frank.

Publication

Otto Frank survit au camp d’Auschwitz et est libéré par l’Armée rouge le 27 janvier 1945. Il revient à Amsterdam et cherche à savoir ce que sont devenues sa femme et ses filles. Il garde espoir de les retrouver. Il est informé que sa femme est morte à Auschwitz et que ses filles avaient été transférées à Bergen-Belsen. Bien qu’il espère qu’elles aient pu survivre, la Croix-Rouge lui apprend en juin 1945 les décès d’Anne et Margot. C’est seulement à ce moment que Miep lui donne le journal d’Anne qu’elle avait réussi à sauver. Otto le lit et expliquera plus tard qu’il ne s’était pas rendu compte qu’Anne avait conservé une trace aussi précise et bien écrite du temps qu’ils avaient passé ensemble. Sachant qu’Anne désirait devenir écrivain, il commence à envisager de le publier. Quand on lui demanda plusieurs années plus tard quelle avait été sa première réaction, il dit simplement : « Je ne savais pas que ma petite Anne était aussi profonde17. »

Le journal d’Anne débute avec l’expression privée de ses pensées et elle y écrit plusieurs fois qu’elle n’autoriserait jamais personne à le lire. Il décrit sa vie de manière candide, ses familles et ses compagnons, leur situation, tout en commençant à reconnaître les ambitions de son auteure d’écrire et publier des œuvres de fiction. Au printemps 1944, à la suite de l’émission de Radio Londres au cours de laquelle elle entendit le ministre de l’Éducation du gouvernement néerlandais en exil dire que lorsque la guerre serait terminée, il rendrait publics les témoignages de l’oppression du peuple néerlandais sous l’occupation allemande, elle commença à corriger ses écrits, supprimant des sections, en réécrivant d’autres, dans le but de les publier. Son journal original fut agrémenté de plusieurs autres carnets de notes et feuilles volantes. Elle créa des pseudonymes pour les membres de l’Annexe et les personnes qui les avaient aidés. La famille van Pels devint Hermann, Petronella, et Peter van Daan, et Fritz Pfeffer devint Albert Düssell. Otto utilisa son journal original, connu sous le nom de « version A », et la version corrigée, connue sous le nom de « version B », pour produire la première publication du journal. Il supprime certains passages, principalement ceux parlant de sa femme dans des termes peu flatteurs, ainsi que des sections décrivant la puberté d’Anne. Bien qu’il ait restauré les identités véritables des membres de sa famille, il ne modifie pas les autres pseudonymes.

Otto donne le journal à l’historienne Annie Romein-Verschoor, qui essaye sans succès de le publier. Elle le donne alors à son mari Jan Romein, qui écrivit un article au sujet du journal intitulé « Kinderstem » (« La Voix d’un Enfant »), publié dans le quotidien Het Parool le 3 avril 1946. Il écrit que le journal « bégayé par la voix d’un enfant, incarne toute la cruauté du fascisme, plus que toutes les preuves que le procès de Nuremberg ait pu réunir18. » Son article attire l’attention d’éditeurs, et le journal est publié en 1947, suivi d’une seconde publication en 1950. La première version américaine est publiée en 1952 sous le titre Anne Frank : The Diary of a Young Girl (Anne Frank : Le Journal d’une jeune fille). Une pièce basée sur le journal, par Frances Goodrich et Albert Hackett, est présentée en première à New York le 5 octobre 1955 avant de gagner plus tard le prix Pulitzer dans la catégorie Drames. Elle est suivie en 1959 par le film The Diary of Anne Frank (Le Journal d’Anne Frank), qui est un succès critique et commercial. Au fil des années la popularité du journal grandit et dans plusieurs écoles, en particulier aux États-Unis, il est intégré dans le programme scolaire, faisant ainsi découvrir Anne Frank à de nouvelles générations de lecteurs.

En 1986, l’Institut national des documents de guerre des Pays-Bas publia une édition critique du journal. Elle incluait des comparaisons de toutes les versions connues, publiées. Il incluait aussi des commentaires certifiant l’authenticité du journal ainsi que des informations historiques supplémentaires sur la famille Frank et le journal lui-même.

En 1999, Cornelis Suijk, un ancien directeur de la fondation Anne-Frank et président du centre américain pour l’éducation sur la Shoah, annonça qu’il était en possession de cinq pages qui avaient été enlevées du journal par M. Frank avant sa publication ; Suijk déclara qu’Otto Frank lui avait donné ces pages avant sa mort en 1980. Les passages manquants du journal contenaient des remarques critiques d’Anne par rapport aux tensions entre ses parents, et montre le peu d’affection d’Anne envers sa mère19.

Une controverse apparut quand Suijk réclama ses droits de publication sur les cinq pages et voulut les vendre pour collecter de l’argent pour sa fondation américaine. L’Institut National des Documents de Guerre des Pays-Bas, le précédent propriétaire du manuscrit, réclama la restitution des pages en question. En 2000, le ministre hollandais de l’Éducation, de la Culture et des Sciences conclut un accord avec la fondation de Suijk en lui versant 300 000 USD et les pages furent rendues en 2001. Depuis lors, elles ont été incluses dans les nouvelles éditions du journal.

Éloges

Reproduction de l’étagère qui cachait l’entrée de l’Annexe, dans la Maison Anne Frank à Amsterdam.

Dans son introduction de la première publication américaine du journal, Eleanor Roosevelt le décrivit comme « un des plus sages et bouleversants témoignages sur la guerre et son impact sur les êtres humains que j’aie jamais lu ». L’écrivain russe Ilya Ehrenbourg dit plus tard : « une voix parle pour six millions d’autres – la voix non pas d’un sage ou d’un poète mais d’une petite fille ordinaire. » À mesure que la stature d’Anne Frank en tant qu’écrivain et humaniste s’affirmait, on parla d’elle de manière spécifique comme de l’un des symboles de la Shoah et plus généralement comme le symbole de la persécution. Hillary Clinton, dans le discours qu’elle prononça lorsqu’elle reçut le prix humanitaire Elie-Wiesel en 1994, lut Le Journal d’Anne Frank et parla d’elle comme « nous éveillant à la folie de l’indifférence et au terrible prix qu’elle faisait peser sur notre jeunesse », que Clinton reliait aux événements alors en cours à Sarajevo en Somalie et au Rwanda20.

Après avoir reçu un prix humanitaire de la Fondation Anne-Frank en 1994, Nelson Mandela, s’adressant à la foule à Johannesburg, déclara qu’il avait lu Le Journal d’Anne Frank pendant son emprisonnement et que celui-ci lui avait donné beaucoup de courage. Il compara la lutte d’Anne Frank contre le nazisme avec sa lutte contre l’Apartheid, décrivant un parallélisme entre les deux philosophies avec le commentaire « parce que ces croyances sont évidemment fausses, et parce qu’elles étaient, et seront toujours, défiées par des personnes semblables à Anne Frank, elles sont vouées à l’échec21 ».

Le journal a aussi été reconnu pour ses qualités littéraires. Commentant le style d’écriture d’Anne Frank, le dramaturge Meyer Levin, qui travailla avec Otto Frank sur la mise au point d’un drame basé sur le journal peu de temps après sa publication22, loua sa capacité à « entretenir la tension d’une nouvelle bien construite », tandis que le poète John Berryman écrivit qu’il s’agissait d’une description unique, non seulement de l’adolescence mais aussi « du processus mystérieux et fondamental d’un enfant devenant adulte comme si cela était en train de se dérouler ». Sa biographe Melissa Müller dit qu’elle écrivait « dans un style précis, économique et confiant époustouflant d’honnêteté ». Son écriture est principalement une étude de caractères et elle examine chaque personne de son cercle avec un regard judicieux et intransigeant. Elle est parfois cruelle et souvent biaisée, en particulier dans sa description de Fritz Pfeffer et de sa propre mère. Müller explique qu’elle canalisa les sautes d’humeur normales de l’adolescence par ses écrits. Son examen personnel et celui de son entourage est soutenu pendant une longue période de manière très critique, analytique et introspective, et dans des moments de frustration elle dépeint la bataille intérieure dont elle fait l’objet entre la « bonne Anne » qu’elle voudrait être, et la « mauvaise Anne » qu’elle pense incarner. Otto Frank rappela plus tard son éditeur pour lui expliquer la raison pour laquelle il pensait que le journal avait été lu par tant de monde ; selon lui « le journal aborde tant d’étapes de la vie que chaque lecteur peut y trouver quelque chose qui l’émouvra personnellement ».

En juin 1999, Time Magazine publia une édition spéciale intitulée TIME 100 : Heroes & Icons of the 20th century ; une liste des politiciens, artistes, innovateurs, scientifiques et personnalités les plus influentes du XXe siècle. Anne Frank fut choisie pour en faire partie. L’écrivain Roger Rosenblatt, auteur de Children of War, écrivit le passage consacré à Anne Frank23 dans lequel il décrit son héritage : « Les passions déchaînées par ce livre suggèrent qu’Anne Frank appartient à tous, qu’elle s’est élevée au-dessus de la Shoah, du judaïsme, de la féminité et du bien, pour devenir une icône du monde moderne - la moralité individuelle assaillie par le mécanisme de la destruction, insistant sur le droit de vivre, questionnant et espérant pour le futur de la condition humaine. »

Controverses et action judiciaire

Son authenticité ayant été contestée par des historiens comme Pierre Vidal-Naquet24 ou Claude Karnoouh (ils n’en contestent pas l’existence, mais affirment que son père l’a réécrit, supprimant les passages intimes et en rajoutant d’autres), le Journal d’Anne Frank est devenu un enjeu politique entre les défenseurs du devoir de mémoire envers la Shoah et les négationnistes, qui incitèrent Teresien da Silva à déclarer en 1999 : « Pour beaucoup de mouvements politiques d’extrême droite, Anne s’avère être un obstacle. Son témoignage personnel de la persécution des Juifs et sa mort dans un camp de concentration empêchent la réhabilitation du national socialisme. »

Depuis les années 1970, la négation de la Shoah constitue un crime dans plusieurs pays d’Europe, dont l’Allemagne, et la loi a été utilisée pour prévenir une recrudescence des activités néo-nazies.

Mais les contestations des négationnistes n’ont pas attendu les doutes des historiens sur l’authenticité du texte : dès 1958, Simon Wiesenthal fut défié par un groupe de manifestants lors de la représentation théâtrale du Journal d’Anne Frank à Vienne, de prouver qu’Anne a bien existé, en retrouvant l’homme qui l’avait arrêtée. Wisenthal commença à chercher Karl Silberbauer et le trouva en 1963. Lors de son interview, Silberbauer admit directement son rôle, et identifia Anne Frank à partir d’une photographie comme étant l’une des personnes arrêtées. Il fournit un compte rendu complet des événements et se rappela qu’il avait vidé une valisette pleine de papiers sur le sol. Ses déclarations corroborèrent la version des événements qui avait précédemment été présentée par des témoins oculaires comme Otto Frank. Aucune charge ne put être retenue contre Silberbauer, qui n’avait fait que suivre les ordres. Les informations qu’il donna ne permirent pas à Wiesenthal de trouver le dénonciateur de la famille Frank, qui reste une énigme pour les historiens7.

À Lübeck en 1959, Otto Frank attaqua en justice Lothar Stielau, un professeur d’école, ancien membre des Jeunesses hitlériennes, qui avait publié un prospectus scolaire décrivant le journal comme une contrefaçon. La Cour de justice examina le journal et, en 1960, le déclara comme étant authentique. Stielau rétracta ses précédentes déclarations et Otto Frank arrêta la procédure judiciaire.

Depuis les années 1970, le négationniste David Irving a affirmé de manière régulière que le journal n’était pas authentique25.

En 1976, M. Frank engagea une autre procédure contre Heinz Roth de Francfort, qui avait également publié des pamphlets proclamant que le journal était une contrefaçon. Le juge statua que s’il publiait de nouveaux écrits de ce type, il serait passible de 500 000 Deutsche Mark d’amende et d’une peine de six mois de prison. Deux autres plaintes furent rejetées par des tribunaux allemands en 1978 et 1979 sur base de la liberté d’expression, car la plainte n’avait pas été déposée par une des parties visées par les écrits. La cour statua dans les deux cas que si la plainte avait été déposée par une partie concernée, comme Otto Frank, une charge pour calomnie aurait pu être retenue.

Expertises des manuscrits

La controverse atteignit son sommet avec, à la suite d’une nouvelle plainte d’Otto Frank, l’arrestation et le jugement de deux néo-nazis, Ernst Römer et Edgar Geiss, qui furent jugés coupables de produire et de distribuer de la littérature dénonçant Le Journal d’Anne Frank comme étant une contrefaçon. Quand ils firent appel de leur condamnation, une équipe d’historiens étudia les documents en collaboration avec Otto Frank, et conclut qu’ils étaient authentiques. En 1978, durant la procédure d’appel des jugements Römer et Geiss, le laboratoire du tribunal criminel allemand (Bundeskriminalamt, BKA) eut pour tâche d’examiner le type de papier et les types d’encres utilisées dans le manuscrit du journal. Bien que ses conclusions aient indiqué que l’encre avec laquelle le journal avait été écrit était utilisée pendant la guerre, le BKA conclut que « les corrections subséquentes appliquées sur les pages volantes ont été écrites avec des stylos à bille noirs, verts et bleus ». Bien que le BKA n’ait pas donné plus de précisions à propos de ces supposées corrections au stylo à billes, les négationnistes dénonçant l’authenticité du journal se sont focalisés sur cette phrase, car les stylos à bille ne sont devenus populaires qu’après la Seconde Guerre mondiale.

Le BKA publia en juillet 2006 un communiqué de presse dans lequel il déclara que les recherches effectuées en 1980 ne peuvent en aucune manière être utilisées pour remettre en cause l’authenticité du Journal d’Anne Frank26.

En 1986, le Laboratoire national de sciences légales néerlandais de Rijswijk exécuta une autre expertise technique exhaustive du manuscrit. Bien que le BKA fût invité par ce laboratoire à indiquer sur quelles pages volantes il avait détecté des corrections au stylo à bille, celui-ci fut incapable de présenter un seul exemple. Le laboratoire lui-même trouva seulement deux pages de manuscrits rédigées avec de l’encre de stylo à bille, qui avaient été ajoutées dans les pages volantes du manuscrit. L’édition critique révisée du Journal d’Anne Frank (publiée en 2003) fournit des images (pages 167-171) de ces deux pages du manuscrit et dans le chapitre résumant les découvertes faites par le Laboratoire national de sciences légales hollandais, H.J.J. Hardy écrit à ce sujet :

« Le seul passage au stylo à bille fut découvert sur deux morceaux de papier inclus parmi les feuilles volantes. Les figures VI-I-I et 3 montrent la manière dont ces morceaux de papier avaient été insérés dans le dossier plastique concerné. En tout état de cause, ces écrits au stylo à bille n’ont aucune influence sur le contenu factuel du journal. De plus, l’écriture observée sur ces morceaux de papier diffère de façon saisissante de celle du journal. »

—  page 167

Une note de bas de page ajoute : « Le psychologue et expert en graphologie d’Hambourg Hans Ockleman déclare dans une lettre à la Fondation Anne Frank datée du 27 septembre 1987 que sa mère, Dorothea Ockleman, est l’auteur de ces morceaux de papier écrits au stylo à bille. Elle les écrivit quand elle collabora à l’étude des journaux avec Minna Becker. »

Avec la mort d’Otto en 1980, le manuscrit original du Journal, ainsi que les lettres et les feuilles volantes, furent réclamés par l’Institut national des documents de guerre des Pays-Bas, qui demanda une étude légale au ministère de la Justice des Pays-Bas en 1986. Ils comparèrent le manuscrit et plusieurs exemplaires connus. Ils conclurent qu’ils concordaient mais aussi que le papier, la colle et l’encre utilisés étaient disponibles à l’époque à laquelle le journal est supposé avoir été écrit. Leur conclusion finale confirma l’authenticité du journal comme le fit également la Cour régionale de Hambourg le 23 mars 1990.

Néanmoins, certains négationnistes ont persisté dans leurs affirmations selon lesquelles le journal est une contrefaçon. En 1991, Robert Faurisson et Siegfried Verbeke produisent un livret intitulé : Le Journal d’Anne Frank : une approche critique. Ils déclarent qu’Otto Frank était l’auteur du journal, basé sur le fait que le journal contient plusieurs contradictions, que se cacher dans l’annexe aurait été impossible et que le style et l’écriture d’Anne Frank ne seraient pas ceux d’une adolescente27.

En décembre 1993, la Maison Anne Frank à Amsterdam et la Fondation Anne-Frank de Bâle déclenchèrent une action au civil de manière à interdire la poursuite de la distribution du livret Le Journal d’Anne Frank : une approche critique aux Pays-Bas. Le 9 décembre 1998, la Cour du District d’Amsterdam statua en faveur des plaignants, rendant hors la loi tout déni concernant l’authenticité du journal, toute distribution des publications de même nature et imposa une amende de 25 000 florins par contravention constatée28.

Héritage

Photo - Statue d’Anne Frank par Mari Andriessen, à l’extérieur de Westerkerk, à Amsterdam.

Le 3 mai 1957, un groupe de citoyens, parmi lesquels Otto Frank, créa la fondation de la Maison d’Anne Frank dans le but initial de sauvegarder l’immeuble Prinsengracht menacé de démolition et de le rendre accessible au public29. Otto Frank insista sur le fait que l’objectif de la fondation serait de promouvoir les contacts et la communication entre les jeunes de différentes origines, cultures et religions, mais aussi de lutter contrer l’intolérance et la discrimination raciale30. La Maison d’Anne Frank ouvrit ses portes le 3 mai 1960. Elle comprend l’entrepôt et les bureaux de la société Opekta ainsi que l’Annexe, le tout non meublé de manière à ce que les visiteurs puissent circuler librement dans les pièces. Certains effets personnels des précédents occupants sont restés, comme une affiche d’une star de cinéma collée au mur par Anne, un morceau de papier peint sur lequel Otto Frank marquait la taille de ses filles à mesure qu’elles grandissaient et une carte sur le mur où il notait l’avance des forces alliées, le tout étant protégé par du papier Perspex (Plexiglas). Depuis la petite pièce qui fut celle de Peter van Pels, une allée relie l’immeuble aux bâtiments voisins, également rachetés par la Fondation. Ces autres immeubles sont utilisés pour héberger le journal mais aussi des expositions qui présentent différents aspects de la Shoah et des études plus contemporaines sur l’intolérance raciale dans différentes parties du globe. La Maison d’Anne Frank est devenue l’attraction touristique la plus fréquentée d’Amsterdam avec plus d’un million et demi de visiteurs chaque année.

En 1963, Otto et sa seconde femme Elfriede Geiringer-Markovits établissent la Fondation Anne-Frank en tant qu’organisation caritative, basée à Bâle en Suisse. La Fondation collecte l’argent pour le donner à des causes qui lui semblent louables. Jusqu’à sa mort, Otto légua ses droits sur le journal à la Fondation, à la condition que les premiers 80 000 francs suisses de revenus annuels soient distribués à ses héritiers, le reste étant crédité à la Fondation à destination des projets que ses administrateurs jugent valables. Cela a permis de soutenir tous les ans le traitement médical des Justes parmi les nations, d’éduquer les jeunes contre le racisme et de prêter certains écrits d’Anne Frank au musée américain dédié au mémorial de l’Holocauste de Washington pour une exposition en 2003. Le rapport annuel de la même année permet de se faire une idée des efforts réalisés pour contribuer à un niveau plus global, avec le support de l’Allemagne, d’Israël, de l’Inde, de la Suisse, de l’Angleterre et des États-Unis31.

Des dizaines d’écoles à travers le monde ont été baptisées « Anne Frank », en souvenir de la jeune fille32. Son nom a également été donné à un astéroïde, peu après la Seconde Guerre mondiale ((5535) Annefrank). La vie et les écrits d’Anne Frank ont inspiré divers groupes d’artistes et commentateurs populaires, faisant référence à elle en littérature, musiques populaires, télévision, et d’autres formes de média. En 1959, son journal a été adapté pour le cinéma par George Stevens ; il a fait l’objet ensuite de plusieurs téléfilms et d’une adaptation japonaise en dessin animé (Anne no nikki, 1995).

Le 30 juillet 2009, le journal est ajouté avec d’autres documents au Registre de la Mémoire du monde de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO)33. Le 30 septembre 2009, le musée Anne Frank annonce la publication des vidéos34 montrant des images de la jeune fille35.

En 2007, le châtaignier situé devant la maison où Anne Frank se cachait, et dont elle parle plusieurs fois dans son fameux journal, est sauvé provisoirement de l’abattage. L’arbre, âgé de 150 ans, était malade et jugé dangereux, mais le conseil municipal décida de surseoir à la décision36. Le châtaignier est finalement renversé par une tempête37 le 23 août 2010 ; les volontaires d’une fondation protégeant l’arbre tenteront de le faire repousser, grâce à l’accord du propriétaire du terrain38.

En France, en 2015, 95 établissements scolaires portent son nom, fait rare pour une personnalité étrangère39

Article complet avec notes et références sur ce site : https://fr.wikipedia.org/wiki/Anne_Frank

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AA.
Une institutrice entrée en résistance : Sophie Scholl et la ’La Rose Blanche’(Die Weiße Rose).

Ecouter une vidéo avec diaporama sur Sophie Magdalena Scholl à la source.

Sophie Magdalena Scholl, née le 9 mai 1921 à Forchtenberg, Allemagne et exécutée le 22 février 1943 à Munich, Allemagne, est une résistante allemande de la Seconde Guerre mondiale et l’un des piliers du réseau La Rose blanche (Die Weiße Rose) avec son frère Hans.

Comme le reste des jeunes Allemands, elle est embrigadée dans les mouvements de jeunesse hitlérienne. Elle y ressent très tôt les restrictions de libertés, en particulier de pensée et de religion. Chrétienne, elle est comme son frère profondément croyante. Après le bac en 1940, elle devient garde d’enfants. Dans les « services du travail » et « service auxiliaire » qu’elle effectue en 1940-41, elle parvient à garder, malgré l’interdiction de posséder des livres, les Confessions de saint Augustin ; elle garde en mémoire cette phrase : « Tu nous as créés pour que nous allions à Toi, et notre coeur est inquiet, jusqu’à ce qu’il repose en Toi. » Elle entame ensuite des études de biologie et de philosophie en mai 1942 à Munich.

Du fait de son éducation protestante, de l’opposition déclarée de son père Robert Scholl au nazisme, et de l’expérience vécue par son frère, militaire étudiant en médecine à Munich, puis infirmier dans les hôpitaux du front de l’Est, qui est témoin de la barbarie nazie à l’encontre des juifs et des populations russes, elle ouvre les yeux sur la situation de l’Allemagne. À partir de juin 1942, elle tient des réunions avec son frère Hans et Carl Muth. Elle les aide à imprimer et à diffuser les tracts hostiles au régime nazi et à la guerre. Sophie Scholl distribue également des tracts dans la rue, glissant des feuillets sur les voitures en stationnement et elle effectue quelques voyages en Allemagne pour promouvoir les idées de la Rose blanche auprès d’étudiants sympathisants.

Après avoir lancé des tracts dans la cour intérieure de l’université de Munich, elle est dénoncée à la Gestapo par le concierge de l’université et est arrêtée avec son frère Hans le 18 février 1943. Elle a résisté héroïquement pendant trois jours aux interrogatoires menés par Robert Mohr de la Gestapo de Munich. Au bout du troisième jour, elle craque enfin et dit : « Oui, j’ai lancé ces tracts, je suis membre de la Rose Blanche, et j’en suis fière ! » Conduite devant le « Volksgerichtshof » (« Tribunal du peuple »), elle est condamnée à mort après un procès mené en trois heures seulement.

C’est Roland Freisler lui-même, le chef du Tribunal du peuple, venu spécialement de Berlin, qui annonce la sentence pour faits de « haute trahison, propagande subversive, complicité avec l’ennemi et démoralisation des forces militaires ». Elle sera guillotinée le jour même le 22 février 1943 à Munich à la prison de Stadelheim par le bourreau Johann Reichhart, et cela malgré la législation allemande qui imposait un délai de 99 jours avant l’exécution d’un condamné. Selon le témoignage des gardiens de la prison, elle fait preuve de beaucoup de courage lors de son exécution.

Elle est ensuite enterrée dans le cimetière proche de la forêt de Perlach, aux côtés de son frère Hans et de Christoph Probst, exécutés le même jour. Quelques jours après sa mort, Thomas Mann lui rend hommage sur les ondes de la BBC. Source : fr.wikipedia.org 

Aidez-nous à localiser la tombe de Sophie Scholl en nous envoyant l’adresse du lieu où se trouve sa sépulture (cimétière...). Facultatif : transmettez-nous également les coordonnées GPS de l’emplacement exact de la sépulture de Sophie Scholl.

© 2004 - 2018 JeSuisMort.com - FAQ - Mentions - Plan du site - Contact - Source : https://www.jesuismort.com/tombe/sophie-scholl#biographie

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Autre information sur Sophie Magdalena Scholl

Sophie Scholl, institutrice entrée en résistance au régime nazi

Sophie Magdalena Scholl (1921 – 1943) est une résistante allemande de la Seconde Guerre mondiale et l’un des piliers du réseau La Rose blanche (Die Weiße Rose).

Enrôlée dans la Ligue des Jeunes Filles Allemandes

Dessin représentant Sophie SchollPortrait - Quatrième de six enfants, Sophie nait le 9 mai 1921 à à Forchtenberg, ville allemande dont son père est bourgmestre. Douée à l’école et très croyante, elle est élevée dans la religion luthérienne et développe un certain talent pour le dessin et la peinture.

A l’âge de 12 ans, comme la plupart des élèves de son école féminine, Sophie rejoint la Ligue des Jeunes Filles Allemandes, branche féminine des Jeunesses Hitlériennes, et devient rapidement critique des valeurs et opinions qui y sont véhiculées. Intéressée par la philosophie et la théologie, attachée à la dignité humaine, elle s’oppose à l’idéologie nazie.

Entrée en résistance

Diplômée en 1940, Sophie devient institutrice à l’école maternelle. Attachée aux enfants, elle espère également que cette profession lui permettra d’échapper au service du travail, mais en vain. Au printemps 1941, elle travaille six mois comme puéricultrice et l’aspect militaire du service du travail la font réfléchir sur la situation politique et la résistance passive. En 1942, elle s’inscrit comme étudiante en biologie et philosophie à l’université de Munich où elle rencontre les amis de son frère Hans, qui y étudie la médecine.

Leur bande d’amis se lie autour d’opinions politiques mais également de goûts partagés pour l’art, la littérature, la philosophie et la théologie. Sophie rencontre de nombreux artistes et philosophes, avec lesquels elle discute notamment de comment des individus doivent agir sous une dictature. A cette époque, son père est emprisonné pour avoir critiqué Hitler et son frère sert en tant qu’infirmier dans les hôpitaux du front de l’Est. Horrifiée par la situation et par la barbarie nazie, elle sent qu’elle doit agir.

La Rose blanche

À partir de juin 1942, Sophie rejoint son frère Hans et Carl Muth dans leur activité de résistance et les aide à diffuser des tracts hostiles au nazisme et à la guerre, en distribuant notamment dans la rue. Elle voyage en Allemagne pour propager les idées de la Rose blanche et convaincre les Allemands de résister au nazisme. Dénoncée à la Gestapo par le concierge de l’université, elle, son frère Hans et Christoph Probst, un de leurs camarades, sont arrêtés le 18 février 1943.

Sophie résiste pendant trois jours aux interrogatoires de la Gestapo puis finit par avouer son appartenance à la Rose Blanche. Le 22 février 1943, Christoph, Hans et elle sont condamnés à mort pour trahison après un procès expédié. Ils sont exécutés le jour même. Faisant preuve de courage jusqu’au bout, d’après les gardiens, Sophie affirme avant de mourir que sa mort importe peu si elle permet le soulèvement de milliers.

Liens utiles

La fiche Wikipédia de Sophie Scholl
La fiche Wikipédia de Sophie Scholl en anglais (plus complète)
Film : Sophie Scholl les derniers jours

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Source : https://histoireparlesfemmes.com/2014/03/17/sophie-scholl-institutrice-resistante/

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AB.
Des femmes allemandes résistantes au régime nazi au 20ème siècle

Auteure : Christine Levisse-Touzé, Directeur du Mémorial Leclerc et de la Libération de Paris et du Musée Jean Moulin de la ville de Paris. Directeur de recherche associé à l’Université Montpellier III – Document repris sur Le blog de l’ULAC de Bagnolet – une réunion de 6 associations d’anciens combattants de la ville de Bagnolet (93). ACPG, ANACR, ARAC, FNDIRP, FNACA et UNC.

Il y a bien eu une autre Allemagne que celle du nazisme. Les Résistances ont regroupé « tous ceux -hommes et femmes- qui, avec désespoir se sont opposés à la tyrannie », suivant la définition de Willy Brandt, de son vrai nom Herbert Fram, lui-même résistant.

Ces oppositions et ces résistances ont été précoces. Elles se sont développées dès 1933 dans des conditions dramatiques compte tenu de la violence de l’Etat. La Résistance allemande a dû affronter douze années de régime totalitaire. C’est long et il y a là de nombreux motifs de découragement, sans compter la sévérité de la répression. Enfin, à la différence des autres mouvements de résistance européens, la Résistance allemande n’a pu compter sur aucun appui extérieur. Si, contrairement aux Françaises, elles sont citoyennes à part entière depuis 1919 par l’obtention du droit de vote, le régime nazi les cantonne dans les trois ’K’ : Kinder, Küche, Kirche (enfant, cuisine, église). Les femmes allemandes « de bon sang » sont sommées de devenir mères.

Des femmes résistent dès 1933.

Toutes les Allemandes ne sont pas nazies. Nombreuses sont celles qui s’opposent au régime hitlérien et qui aident les exclus du régime et les persécutés. L’entraide, ce qu’on appelle la Résistance humanitaire, est un domaine où les femmes ont été particulièrement actives.

Les femmes de l’Association ’Saint-Raphaël’ de l’église catholique, autant que celles de la ’Bekennende Kirche’, l’église confessante fondée par des pasteurs pour s’opposer à la persécution des juifs et préserver leur indépendance spirituelle et intellectuelle, ont aidé les juifs chrétiens en les cachant.

Le fait le plus connu sans doute, est cette manifestation retentissante d’épouses aryennes de Juifs à Berlin fin février 1943, parfois accompagnées de leurs enfants, qui eut pour résultat la libération de leurs mari et père. 

La résistance politique des femmes n’est pas forcément différente de celle des hommes si ce n’est qu’elles ont peut-être une capacité plus grande que les hommes à échapper aux poursuites de la Gestapo. La police, du moins au début, s’en méfie moins. Dans tous les domaines, l’action des femmes contre le nazisme a été réelle et précoce.

Photo - L’exemple de Liselotte Herrmann est significatif. Jeune étudiante communiste et jeune mère, elle proteste ouvertement contre la prise du pouvoir par Hitler, ce qui lui vaut son renvoi de l’université de Berlin. Elle s’installe alors dans le Wurtemberg et participe à différentes actions de résistance. Avec des amis, elle parvient à faire passer à l’étranger des informations sur le réarmement national-socialiste. Photo.

Elle est arrêtée en décembre 1935 et condamnée à mort avec deux de ses amis en été 1937. Elle est exécutée le 20 juin 1938 à la prison de Berlin-Plötzensee, malgré des protestations du monde extérieur. Elle est la première mère exécutée. Elle laisse derrière elle un petit garçon qui sera élevé par les parents de Liselotte.

Le régime ouvre alors des lieux spéciaux pour l’internement des femmes. Un premier camp de concentration est mis sur pied en 1933 à Moringen puis transféré à Lichtenburg en 1938. Le camp de Ravensbrück est ouvert en 1939, puis en 1941, d’autres camps se dotent de leur section de femmes : Auschwitz-Birkenau et Gross Rosen. Le célèbre ’Chant des Marais’ composé par des internés politiques du camp de concentration de Börgemoor, a été transmis en septembre 1939 grâce à vingt femmes de la ville de Düsseldorf, filles et épouses de déportés, qui avaient organisées un voyage au camp pour y voir leurs pères et maris.

Résistance en Allemagne pendant la guerre.

Pendant la guerre, une résistance plus typiquement féminine se développe du fait de la mobilisation des hommes. Chaque groupe, cercle et mouvement a compté de nombreuses femmes qui y ont fait un travail identique aux hommes : information, propagande, renseignement, entraide.

Tel est le cas du ’Cercle de Kreisau’ avec Freya von Moltke, de l’’Orchestre Rouge’ au sein duquel les femmes des deux initiateurs, Mildred Harnack-Fish et Libertas Schulze-Boysen, mères de familles, ont payé de leur vie leur engagement. Photo.

Maria Terwiel, dont la mère est d’origine juive, a dû abandonner ses études. Secrétaire dans une entreprise textile, elle entre en contact avec le groupe du capitaine Schulze-Boysen et fait connaître le sermon de l’évêque de Munster, Clemens von Galen, qui condamne l’extermination des malades mentaux. Elle aide aussi les juifs en danger par l’obtention de passeports. Arrêtée, elle est exécutée le 5 août 1943.

Au sein du mouvement de ’La Rose Blanche’ (Weisse Rose), Sophie Scholl, 20 ans, jeune étudiante en philosophie, est tout autant impliquée dans l’action que l’ensemble du groupe qui rassemble son frère Hans, Alexandre Schorell, Christopher Probst et leur professeur Kurt Hüber. Elle sera exécutée en compagnie de son frère, le 22 février 1943.

Il ne faut pas oublier non plus, le rôle des épouses des conjurés de l’attentat du 20 juillet 1944 contre Hitler, et qui ont payé un lourd tribu à la répression. Environ 600 personnes, auteurs de la conjuration, familles, amis, ont été arrêtées et dont les enfants ont été soustraits de force à leurs parents.

Lutter malgré l’exil.

Des femmes ont choisi l’exil pour poursuivre la lutte. De 1933 à 1939, 500.000 Allemands ont fui à l’étranger. Parmi eux, Dora Schaul, émigrée en France depuis 1934, est internée à Rieucros (Lozère) en octobre 1939 parce qu’elle est étrangère et communiste. Photo.

Elle tombe sous le coup de la législation d’exception mise en place par le gouvernement d’Edouard Daladier. Elle s’est mariée dans le camp avec Alfred Benjamin qui est incorporé dans un groupe de travailleurs étrangers.

Elle réussit à s’évader en juillet 1942, et grâce au réseau clandestin allemand du ’Deutsch-Arbeit’ (Travail allemand), elle opère pour la Résistance au sein de la ’Deutsche-Feldpost’ (Poste allemande) installée dans une aile de l’Ecole de Santé militaire à Lyon. A la fin de la guerre, elle repart s’installer définitivement en Allemagne son pays d’origine.

Hilde Meisel (alias Hilda Monte), d’Angleterre, tente d’organiser une résistance internationale contre le régime nazi dès l’arrivée de Hitler au pouvoir en janvier 1933. Juive, elle connaît les risques qu’elle encourt. Par ses écrits, elle sensibilise grâce à la ’Ligue Internationale du combat socialiste’, des amis politiques de différents pays, y compris en Allemagne. Elle publie un livre : ’The Unity of Europe’.Photo.

Photo - Sous le pseudonyme de Hilda Monte (son vrai nom est Hilda Meisel), elle fait parvenir à ses amis politiques en Allemagne des publications et informations. Elle réussit à pénétrer en Allemagne et en Autriche. Elle est abattue le 17 avril 1945 par une patrouille SS sur le chemin la reconduisant en Suisse.

Anna Freud, fille de Sigmund Freud et elle-même psychanaliste, est réfugiée à Londres. Pour manifester sa reconnaissance, elle ouvre en octobre 1940, peu après les premiers bombardements, les ’Hampstead nurseries’, foyers d’asile où sont accueillis les enfants sinistrés de la guerre.

Selon les rapports de la Gestapo, la participation globale des femmes à la Résistance aurait été de 15%. Si elles ont été une minorité, leur résistance est synonyme d’actes d’héroïsme contre le régime de la terreur, allant souvent jusqu’au sacrifice suprême.

Les formes de résistance ont été multiples : désobéissance civile, résistance humanitaire, résistance religieuse ou politique. Les résistantes allemandes et les résistants allemands ont contribué à reconstruire une autre Allemagne.

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Source : http://ufacbagnolet.over-blog.com/article-les-femmes-allemandes-en-resistance-contre-le-nazisme-49912734.html

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Annexe 1 -
Les femmes dans la société allemande

Reproduction et correction de la traduction en français, d’un document de ‘German Culture’.

Pendant des siècles, le rôle d’une femme dans la société allemande s’est résumé et a été entouré par les trois ’des mots de K’ : Plus aimable (enfants), Kirche (église), et Küche (cuisine). Parfois le quatrième ’K’ est mentionné : Kleider (vêtements). Tout au long du 20ème siècle, cependant, les femmes ont graduellement gagné des victoires à leur recherche pour l’égalité des droits. Dans 1919 elles ont reçu la droite de voter. Des changements profonds également ont été faits par la deuxième guerre mondiale. Pendant la guerre, les femmes ont pris des positions traditionnellement tenues par les hommes. Après la guerre, le prétendu Trümmerfrauen (femmes des décombres) a tendu le blessé, enterré les morts, affaires récupérées, et a commencé le dur chargent de reconstruire l’Allemagne déchirée par la guerre en dégageant simplement loin la blocaille.

[Selon Wikipédia : « Les femmes des décombres (en allemand : die Trümmerfrauen, de Trümmer signifiant « décombres » et Frauen « femmes ») désignent les Allemandes et les Autrichiennes, la plupart veuves ou dont les maris sont absents (soldats prisonniers, disparus ou invalides), qui, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, reprennent les villes en main et entreprennent leur déblaiement et la reconstruction du pays. Le déblaiement de ces ruines de la Bombenkrieg (bombardements stratégiques alliés sur l’Allemagne nazie) conduiront à l’édification des Schuttbergen, véritables « montagnes de gravats », comme le Teufelsberg à Berlin. Le thème de l’Allemagne en ruines et de sa reconstruction a donné naissance à un courant littéraire, la Trümmerliteratur, la « littérature des ruines »… » Article complet sur le site suivant : https://fr.wikipedia.org/wiki/Femmes_des_ruines

En Rép. Féd. d’Allemagne, la loi fondamentale de 1949 a déclaré que les hommes et les femmes étaient égaux, mais ce n’est qu’en 1957 que le code civil a été modifié pour se conformer à ce rapport. Même au début des années 50, des femmes pourraient être écartées de la fonction publique quand elles se sont mariées. Après la deuxième guerre mondiale, en dépit du manque grave de jeunes hommes qui ont rendu le mariage impossible pour beaucoup de femmes, le mariage traditionnel est allé bien de nouveau à la société idéale. Les programmes d’emploi et d’assistance sociale demeurés affirmés sur le modèle masculin de soutien de famille. La Rép. Féd. d’Allemagne s’est tournée vers des millions de migrants ou d’immigrés — comprenant un grand nombre de réfugiés de la RDA — pour satisfaire les besoins de la main-d’œuvre de sa économie éclatante. Les femmes sont devenues des ménagères et des mères encore et se sont en grande partie retirées de l’emploi en dehors de la maison.

Dans l’est, cependant, les femmes sont restées dans la main d’œuvre utilisée. Le système du modèle soviétique exigé la participation des femmes à l’économie, et le gouvernement a mis en application cet objectif en fournissant des possibilités éducatives et professionnelles aux femmes. Dès 1950, le mariage et les lois de la famille également avaient été réécrits pour s’adapter aux mères travailleuses. L’avortement a été légalisé et placé par l’état dans le premier trimestre de la grossesse.

Un système étendu des appuis sociaux, tels qu’un réseau fortement développé de garde pour des enfants, a été également été mis en place pour permettre à des femmes d’être des mères et des ouvrières. Émancipées pour des raisons économiques et idéologiques, des femmes sont entrées dans les instituts … et la main-d’œuvre féminine a atteint des des nombres record, tout en les maintenant toujours dans leurs tâches ménagères. age.

L’Allemagne de l’Est a dû se refonder sur des femmes en raison de sa population opposée, la situation a été rendue plus critique par le fait que les la plupart de celles-ci se sont sauvées en Rép. Féd. d’Allemagne …. En raison de ces développements, environ 90 pour cent de femmes allemandes ont travaillé en dehors de leur maison. Elles ont composé … la moitié de l’adhésion dans les deux organismes de masse les plus importants de l’ancienne RDA — la fédération allemande libre de syndicat (Freier Deutscher Gewerkschaftsbund — FDGB) et la jeunesse allemande libre (Freie Deutsche Jugend — FDJ). En 1988 légèrement plus d’un tiers de l’adhésion du parti socialiste régnant d’unité de l’Allemagne (Sozialistische Einheitspartei Deutschlands - SED) était composé des femmes. En revanche, seulement environ 4,4 pour cent de femmes ouest-allemandes étaient membres d’un parti politique.

Après plusieurs décennies de conformation aux modèles sociaux traditionnels, les femmes ouest-allemandes ont commencé à exiger des changements. Après des modèles se référant à l’Europe et aux Etats-Unis, l’émancipation dans la République fédérale a commencé ’par le dessous’, par les femmes elles-mêmes. Dans les années 1970, le mouvement des femmes a trouvé un élan, ayant émergé comme une conséquence de la protestation étudiante proteste vers la fin des années 1960 (voir les associations de l’initiative des citoyens, ch. 7), se rassemblant autour des causes de l’égalité des droits (droite y compris à l’avortement, qui avait été légèrement limité en Rép. Féd. d’Allemagne), le mouvement a réussi à faire passer la législation en 1977 qui a accordé aux femmes l’égalité des droits dans le mariage. Une femme pouvait alors travailler en dehors de la maison et monter un dossier pour le divorce sans la permission de son mari. Le divorce a été autorisé quand les associés par de mariage ne pouvaient plus être réconciliés.

Les femmes ont également fait des gains dans l’éducation dans les deux Allemagnes. Dans le milieu des années 1960, les femmes allemandes ont représenté environ la moitié de tous les diplômés de l’école secondaire qui avaient disposé d’études dans les instituts supérieurs en RDA ; lors de l’année universitaire 1975-76 elles représentaient une majorité (53 pour cent). Pour aider des femmes à achever leurs études, un système étendu de soutien, y compris des paiements et l’assistance à l’enfance supplémentaire, a ont été fourni. Toutefois les occasions éducatives augmentées pour les femmes ouest-allemandes étaient plus lentes à se mettre en place et n’ont jamais égalé les niveaux atteints dans l’est.

C’est seulement au début des années 1980 que les femmes ouest-allemandes ont été qualifiées pour leur admission dans les universités dans les mêmes proportions que pour les hommes. Bien qu’inférieur, le nombre des femmes ayant fait des études à l’université, entre 1970 et 1989 le pourcentage des étudiantes s’est accru, passant e 31 pour cent à 41 pour cent. On a pensé que deux facteurs sont responsables de l’anomalie entre les taux orientaux et occidentaux de l’assistance dans les instituts supérieurs : les femmes ouest-allemandes ont eu une orientation plus forte vers des relations familiales traditionnelles ; et elles ont eu de plus faibles perspectives pour l’admission dans des départements particuliers universitaires et pour l’emploi professionnel après repèrage.

En dépit des gains significatifs, la discrimination demeure dans l’Allemagne réunifiée. Les inégalités de revenu persistent : la gamme des salaires des femmes se situe entre 65 pour cent et 78 pour cent de celle des hommes pour beaucoup de positions. Dans la plupart des domaines, les femmes ne tiennent pas des positions principales.

Généralement, plus la position est haute, plus on a une une dominance masculine plus puissante. Par exemple, des femmes sont fortement représentées dans les domaines soin-donnants traditionnels de la santé et de l’éducation, mais même dans de tels domaines il y a une disparité large entre le nombre de femmes travaillant dans les hôpitaux (75 pour cent du personnel total) et dans les écoles (plus de 50 pour cent) et le nombre de médecins féminins (4 pour cent) et de directeurs (20 pour cent dans l’ouest et 32 pour cent dans l’est). Vers la fin des années 1980, seulement 5 pour cent de professeurs d’université en Rép. Féd. d’Allemagne étaient des femmes.

Bien que les barrières substantielles à l’égalité des sexes en Allemagne demeurent en raison d’une structure constamment patriarcale de la famille et du fonctionnement dans leur environnement, les femmes sont parvenues à gagner des victoires de haut profil …

Un bureau national séparé pour les affaires des femmes a été créé en Rép. Féd. d’Allemagne en 1980, et des agences semblables ont été établies dans la plupart de Länder dans l’Allemagne réunifiée. Depuis le milieu des années 1980, des bureaux responsables tentent de travailler vers l’égalité des femmes et ont été mis en activité, les premiers en Rép. Féd. d’Allemagne et après l’unification dans le nouveau Länder.

Les bureaux en faveur de l’égalité (Gleichstellungstellen) ont pour mission de veiller à ce que les femmes occupent une part plus équitable des postes dans le secteur public.
Certaines femmes ont réussi à atteindre des positions de pouvoir. Rita Süssmuth, présidente du Bundestag, fut l’une des femmes politiques les plus brillantes des années 1990. Dans le domaine de l’industrie, Birgit Breuel a assumé la direction, après l’assassinat de Detlev Rohwedder en avril 1991, de la Treuhandanstalt (Agence fiduciaire), la puissante agence chargée de privatiser l’ancienne économie est-allemande. Marion von Dönhoff, co-fondatrice de Die Zeit, et Elizabeth Noelle-Neumann, directrice de l’Institut d’opinion publique d’Allensbach, furent d’autres femmes allemandes importantes et influentes au milieu des années quatre-vingt-dix.

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Pourtant en dépit de ce progrès, un article de 1991 paru dans un magazine hebdomadaire influent a indiqué clairement à quelle distance les femmes doivent aller pour réaliser l’égalité. La liste des 100 personnes les plus puissantes en Allemagne a inclus seulement quatre femmes.

Presque tous les segments de la société allemande orientale ont rencontré une difficulté énorme dans le processus d’unification, mais les femmes ont souffert plus. Quelques rapports ont indiqué que deux-tiers de travailleuses actives dans les nouveaux Länder étaient sans emploi, et beaucoup plus ont été transformés en ouvrières à temps partiel en raison de la privatisation, la réduction de la taille des sociétés, et l’élimination des services de support, tels que des centres de garde, cr^ches et garderies après les heures scolaires. Pour améliorer leurs perspectives pour l’emploi, quelques femmes en Allemagne orientale recouraient censément à la stérilisation, un des facteurs contribuant au fort déclin dans les naissances : de 12 pour 1.000 en 1989 à 5.3 par 1.000 en 1993.

Parmi les sujets qui ont démontré des différences entre les femmes des vieux et des nouveaux Länder, l’un des plus controversable était avortement. En 1991 il y avait environ 125.000 avortements enregistrés et exécutés en Allemagne, dont environ 50.000 étaient réalisés dans l’est. Bien que le nombre d’avortements enregistrés dans les deux régions de l’Allemagne aient diminué ces dernières années, le nombre réel d’avortements a été estimé à environ 250.000. Pendant un certain temps suivant l’unification, la législation laxiste et restrictive sur l’avortement a continué à rester en vigueur. En juin 1992, cependant, le Bundestag a voté pour soulager des restrictions d’avortement et pour permettre le procédé pendant les douze premières semaines de la grossesse avec une consultation obligatoire. Recourant à ce qui avait été une politique réussie au début des années 1970, ceux opposés à la nouvelle loi, y compris le chancelier Helmut Kohl, fit appel à la cour constitutionnelle fédérale à Karlsruhe pour annuler la nouvelle loi. Juste avant qu’ielle devait être programmée pour entrer en vigueur, la loi a été bloquée quand la cour a publié une injonction. Plus tard, une nouvelle loi restrictive est venue pour s’appliquer sur toute l’Allemagne.

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Annexe 2 -
Le droit de vote des femmes en Europe – Document Elections en Europe.

Si les femmes disposent désormais du droit de vote dans l’ensemble des pays européens, le chemin a été long. Il aura fallu environ un siècle pour que les femmes aient le même droit de vote que celui des hommes sur l’ensemble du continent. Si les Finlandaises ont obtenu des droits politiques égaux à ceux des hommes dès 1906, il faudra en effet attendre 1984 pour que le Liechtenstein fasse de même.

Dans la plupart des pays européens, les femmes ont obtenu le droit de vote de manière progressive, selon des critères variables. Elles l’ont ainsi souvent obtenu au niveau local avant le niveau national. Certains pays ont également fixé d’autres critères, que ce soit un âge supérieur à celui fixé pour les hommes, comme ce fut le cas au Royaume-Uni entre 1918 et 1928 ou un niveau d’éducation minimum exigé. Dans certains cas, des critères de richesse (propriétés terriennes, imposables) et de statuts sociaux (mariées ou non, par exemple) ont également joué.

Date d’obtention du droit de vote et d’éligibilité pour les femmes au niveau national :

La liste ci-dessous donne la date où les femmes ont obtenu le droit de vote et d’éligibilité au niveau national, sans aucunes restrictions.

  • 1906 : Finlande.
  • 1913 : Norvège.
  • 1915 : Danemark, Islande.
  • 1917 : Russie.
  • 1918 : Allemagne, Autriche, Estonie, Lettonie, Pologne.
  • 1919 : Luxembourg, Pays-Bas.
  • 1920 : Albanie, Tchécoslovaquie.
  • 1921 : Lituanie, Suède.
  • 1928 : Irlande, Royaume-Uni.
  • 1934 : Turquie.
  • 1938 : Roumanie.
  • 1944 : Bulgarie, France.
  • 1945 : Yougoslavie.
  • 1946 : Italie.
  • 1947 : Malte.
  • 1948 : Belgique (dès 1921 au niveau local)
  • 1952 : Grèce.
  • 1958 : Hongrie.
  • 1960 : Chypre.
  • 1962 : Monaco.
  • 1971 : Suisse.
  • 1973 : Andorre et Saint-Marin.
  • 1974 : Portugal.
  • 1975 : Espagne.
  • 1984 : Liechtenstein.
    Source : http://elections-en-europe.net/institutions/droit-de-vote-des-femmes-en-europe/

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Annexe 3 -
Le droit de vote en France fut accordé aux femmes seulement le 21 avril 1944 - Par Alisonne Sinard le 21.04.2017 – Document ‘franceculture.fr’.

C’était le 21 avril 1944. Les femmes devenaient électrices et éligibles, comme les hommes. Un an plus tard, le 29 avril 1945, elles votaient pour la première fois. Souvenir en archives radiophoniques de cette lutte durement menée pour obtenir le droit d’être citoyenne.

Photo - Les femmes votent pour la première fois lors du premier tour des élections municipales le 29 avril 1945. • Crédits : AFP - AFP

’Les femmes sont électrices et éligibles dans les mêmes conditions de l’homme.’ Grâce à cette ordonnance signée le 21 avril 1944, le général De Gaulle a élargi le droit de vote aux femmes. Un an plus tard, le 29 avril 1945, les femmes ont pu voter pour la première fois lors des élections municipales. En janvier 1993, dans un documentaire diffusé dans l’émission L’histoire en direct, Patrice Gélinet retraçait l’histoire de cette lutte ardue, des projets de loi rejetés au Sénat jusqu’à l’émotion du premier vote en 1945. Une histoire que l’on se remémore d’autant plus en cette période électorale :

Écouter à la source « Le premier vote des Françaises : 29 avril 1945 » - Durée : 59’06 • Archive INA - Radio France • Un documentaire de Patrice Gélinet et Christine Bernard-Sugy • Avec : Gilberte Brossolette (Femme politique), Marie-Claude Vaillant-Couturier (femme politique) ; Geneviève de Gaulle Anthonioz (historienne) ; Françoise Giroud (ancienne ministre) ; René Brouillet (historien) ; Yvonne Dornès (féministe) ; Soeur Marie-Thérèse

Une longue lutte

Longtemps évincées des droits civiques, les femmes ont bataillé pour obtenir l’égalité avec les hommes. En réponse à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, ne prenant pas en compte les femmes, Olympes de Gouges rédige la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, dont est extraite la célèbre citation :« La femme a le droit de monter sur l’échafaud, elle doit avoir également le droit de monter à la tribune. »

A LIRE De 1789 à la ’Women’s march’ : quand les femmes battent le pavé

Après la Première Guerre Mondiale, après avoir durement travaillé pour remplacer les hommes partis au front, les femmes réclament le droit de vote. En 1919, un projet est déposé pour accorder le droit de vote aux femmes. Mais les sénateurs le rejettent, malgré l’accord de la Chambre des députés. Un rejet qui n’est pas unique, loin de là. Il se renouvellera en 1925, 1932 et 1935 !

Dans les années 1930, à l’instar des suffragettes anglo-saxonnes, des femmes revendiquent l’accès à la citoyenneté, ne pouvant se résoudre à la résignation. Louise Weiss notamment multiplie les actions féministes. Après s’être présentées aux élections législatives de 1935, bien que n’étant pas éligibles, elles entraînent avec elles des suffragettes à l’hippodrome de Longchamp pour réclamer le droit de vote et ’conquérir un nouveau statut civil et politique’ : à écouter l’enregistrement suivant >

Féminisme en 1936 : les Suffragettes et le Droit de Vote

En 1936, alors même qu’elles ne sont pas électrices, trois femmes entrent au gouvernement de Léon Blum, dont Irène Joliot-Curie, nommée sous-secrétaire d’Etat à la recherche scientifique, et Cécile Brunschvicg, sous-secrétaire d’Etat à l’Education nationale :

C’était un paradoxe extraordinaire de penser qu’elles étaient bonnes pour faire des ministres, et pas pour être des citoyennes à part entière. Yvonne Dornès, femme de lettres et féministe

21 avril 1944 : le droit de vote accordé aux femmes en France

La France, pays de la Déclaration universelle des droits de l’Homme et du citoyen, tarde bien à accorder le droit de vote aux femmes. Après la Finlande, la Norvège, le Danemark, l’Islande, l’Allemagne, l’Estonie, la Lettonie, la Pologne, la Lituanie, le Royaume-Uni ou encore la Bulgarie... Le 21 avril 1944, Charles De Gaulle signe l’ordonnance accordant le droit de vote aux femmes, suite à la décision collégiale prise par l’Assemblée consultative d’Alger, comme le souligne l’historienne Christine Bard dans cet article de Libération.

Les femmes se sont engagées dans la Résistance. ’Il me semblait absolument insupportable de ne pas être mobilisée comme les hommes’ se souvient Geneviève de Gaulle-Anthonioz. Gilberte Brossolette, de son côté, se rappelle avec émotion du courage des femmes engagées dans la Résistance :

Quand on dit que c’est le général de Gaulle qui a donné le droit de vote aux femmes, c’est inexact. C’est la Résistance. Vous savez que les femmes se sont magnifiquement conduites pendant toute la Résistance. J’en ai connu des quantités. Il y en a eu 8 000 ou 10 000 qui ont été déportées pour faits de résistance, sans compter toutes les déportées raciales. Elles se sont acharnées, elles ont travaillé à l’ombre des hommes. Toutes les besognes difficiles, toutes les choses dangereuses, les liaisons, aller chercher ce qu’il y avait dans les boîtes aux lettres de la Résistance, aller repérer des lieux pour des parachutages ou pour que des avions puissent se poser clandestinement, prendre des trains dans des conditions impossibles. Gilberte Brossolette

Photo - 29 avril 1945 : une parisienne dans l’isoloir s’apprête a voter aux élections municipales.• Crédits : USIS / LEEMAGE - AFP

29 avril 1945 : elles votent pour la première fois

Dans ce documentaire radiophonique de Patrice Gélinet, on entend des reportages de 1945 avec les réactions à chaud des votantes. Gilberte Brossolette se souvient de ce jour : “J’ai pensé que, enfin, nous avions le droit de donner notre avis. Enfin, nous étions des êtres humains à part entière.” De son côté, Soeur-Marie-Thérèse se souvient de l’émotion du vote autant que du trajet hors du couvent pour se rendre au bureau de vote.

Françoise Giroud se rappelle également du sentiment qu’avaient certaines femmes se sentant désemparées devant ce nouveau droit. S’adressant à ses consœurs féminines en 1945, elle disait :

Nous voilà électrices, lancées dans la politique. (…). Relayez-vous avec une ou deux amies pour garder les enfants, pour préparer le déjeuner ou le goûter. Et si pour distraire une heure le jour du vote, il vous faut faire quelque effort, pensez que pour vous permettre de voter, des hommes et des femmes luttent depuis un siècle.

Liens

Le féminisme en action : bien avant les Femen (Concordance des temps, 29.06.2013)

À découvrir : Éducation : sortir les femmes de l’ombre

Tags : Droits des femmes droit de vote Politique France Histoire Société

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En Savoir Plus – Source : https://www.franceculture.fr/societe/21-avril-1944-le-droit-de-vote-accorde-aux-femmes

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Annexe 4 -
Allemagne : une loi pour réduire les inégalités salariales entre hommes et femmes - Par RFI Publié le 06-01-2018 Modifié le 06-01-2018 à 18:21 – Avec notre correspondant à Berlin, Pascal Thibaut - Illustration homme-femme en noir sur fond blanc : Le salaire moyen des Allemandes est inférieur d’un cinquième à celui de leurs collègues masculins. Sami Sarkis/Getty Images.

En Allemagne, une nouvelle loi est entrée en vigueur le samedi 6 janvier 2018 avec pour objectif d’instaurer plus de transparence sur les rémunérations dans les entreprises et de lutter contre les discriminations salariales. Le salaire moyen des femmes est en effet inférieur d’un cinquième à celui des salariés masculins. Pas nécessairement pour des postes similaires mais parce que les femmes travaillent plus à temps partiel, exercent des professions moins rémunérées et occupent moins de postes à responsabilité.

Les plus curieux seront déçus. La nouvelle loi ne permet pas de savoir ce que votre collègue de bureau « Monsieur Müller » gagne chaque mois. La transparence s’arrête là où commence la protection des données privées.

En revanche, si au moins six personnes ont les mêmes qualifications et occupent un poste similaire, il est désormais possible de faire demander quel est le salaire moyen de ces personnes. Il est aussi possible de connaître les critères expliquant le niveau de ce salaire. La demande peut être effectuée directement auprès du service du personnel ou via le comité d’entreprise, ce qui a l’avantage de la rendre anonyme.

L’employeur a un délai de trois mois pour répondre. Si sa réponse ne satisfait pas le ou la salarié(e) concerné(e), il lui faudra alors saisir les tribunaux pour obtenir un salaire plus élevé équivalent à celui de ses collègues.

Mais cette nouvelle loi suscite des critiques. Les entreprises dénoncent la lourdeur bureaucratique des procédures et les syndicats le fait que le texte ne s’applique pas pour les sociétés de moins de 200 salariés et qu’aucune sanction n’est prévue.

► A (RE)LIRE : Les inégalités salariales bientôt sanctionnées en France ?

Sur le même sujet

Source : http://www.rfi.fr/europe/20180106-allemagne-une-loi-reduire-inegalites-salariales-entre-hommes-femmes

Autre information

Allemagne : pour lutter contre les inégalités femmes-hommes, la fin du tabou salarial - Par Nathalie Versieux, à Berlin, publié le 10/01/2018 à 11:11 ( Extraits d’un document de ‘esechos.fr’. Illustration - En Allemagne comme partout en Europe, à travail égal, les femmes sont moins bien payées que les hommes. Photo d’illustration. DNY59/Istock

Cette nouvelle loi brise, sous certaines conditions, le tabou des grilles salariales en Allemagne. Avec l’objectif de réduire les écarts entre les femmes et les hommes…

Sous-titres :

Interdiction de parler de sa rémunération avec ses collègues

LIRE AUSSI>> L’égalité salariale entre les femmes et les hommes rapporterait 62 milliards d’euros à l’économie 

Une loi qui va ’perturber la paix sociale au sein des entreprises’ ?

Aucune contrainte légale de ’rattrapage’ pour l’employeur

’Un premier pas’ vers la pénalisation des inégalités de salaires ?

En attendant un jour l’égalité totale, à l’islandaise. Sur l’île, une loi en vigueur depuis le 1er janvier oblige les entreprises de plus de 25 salariés à payer également hommes et femmes, au risque de devoir verser une amende. L’Etat insulaire est ainsi le premier pays au monde à pénaliser les inégalités de salaires. 

+ Plus d’actualité sur : Les inégalités femmes-hommes au travail

Lire l’article complet à la source suivante : https://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/allemagne-pour-lutter-contre-les-inegalites-femmes-hommes-la-fin-du-tabou-salarial_1974648.html

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Annexe 5 -
À la recherche du « romantique » allemand par Daniel Schulz , le 7 décembre 2007 – Document ‘idées.fr’ – Référence : Rüdiger Safranski, » Romantik. Eine deutsche Affäre, » Munich, Hanser, 2007, 24,90 €. Mots-clés

Le romantisme allemand est souvent vu comme une réaction hostile à la modernité, réaction dont l’influence culturelle expliquerait la « voie allemande » du XIXe siècle, et qui aurait favorisé la dérive totalitaire. Rüdiger Safranski tente de nuancer cette représentation, notamment en élargissant considérablement le cadre chronologique de son objet.

À la différence de la production littéraire en langue française ou anglaise, les essais stylistiquement brillants, ouverts à un large public sans être superficiels, sont plutôt rares dans l’espace germanophone. Le philosophe et essayiste Rüdiger Safranski représente une exception constante à cette règle. Ses excellentes monographies sur Heidegger, Nietzsche, Schiller, E.T.A. Hoffmann ou Schopenhauer se sont fait remarquer en Allemagne et certaines ont été traduites en français [1]. Tout en maîtrisant avec art les outils de l’histoire culturelle et intellectuelle, ce qui lui permet de contextualiser l’auteur étudié, Safranski reconstruit l’argumentation philosophique de son sujet de façon précise et comprimée. Dans son nouveau livre, il entreprend la présentation de toute une époque intellectuelle et culturelle : le romantisme allemand.

Depuis les écrits de Madame de Staël et de Benjamin Constant, cette époque a acquis une signification majeure pour la compréhension française de la culture allemande, dans la mesure où ces textes si marquants firent du romantisme l’un de ses caractères essentiels. La relation franco-allemande joue d’ailleurs un rôle particulier chez Safranski qui fait débuter son histoire de l’époque romantique en 1769, avec l’embarquement pour la France de Johann Gottfried von Herder. L’expérience de la rupture, de l’abandon des anciennes convictions, de la rencontre avec l’Autre entraînant la naissance du moi dans un océan d’incertitude, devait devenir un leitmotiv de la pensée romantique, qui résonnerait encore à la fin du siècle dans l’appel programmatique de Nietzsche : « Aux bateaux ! ». Safranski voit dans le mouvement de 1968 l’ultime irruption des motifs romantiques et achève ainsi son histoire avec ce motif de la rencontre franco-allemande dont il s’était servi pour introduire son sujet.

La première partie du livre esquisse les multiples facettes d’une époque qui, vers la fin du XVIIIe siècle, après le triomphe rationaliste des Lumières dans la philosophie, la littérature, les arts, la politique et la religion, recommence à explorer les profondeurs de l’être que l’on croyait perdues. Novalis livre ainsi la définition et le programme de ce courant : « Le Romantisme, c’est donner au commun un sens élevé, à l’ordinaire un air de mystère, au connu la dignité de l’inconnu, au fini l’apparence de l’infini ».

En commençant avec le premier romantisme, celui de Iéna, la première partie présente les auteurs et les idées les plus importants, à l’instar du théoricien de la littérature, Friedrich Schlegel, du philosophe Johann Gottlieb Fichte ou des écrivains Ludwig Tieck, Wilhelm Heinrich Wackenroder et Novalis. Dans ce contexte, Safranski offre une description précise et claire de notions centrales comme l’ironie, l’infini, le caché, l’origine, le lointain, la poésie, qui ont déterminé la pensée de ces auteurs. Reprenant Max Weber, Safranski identifie le projet romantique, dans sa globalité, comme une tentative pour réenchanter un monde désenchanté et redécouvrir le magique. Pourtant, autour de 1800, le motif romantique s’inscrit aussi dans d’autres champs : la théologie protestante de Friedrich Schleiermacher définit ainsi la religion comme « le sens et le goût pour l’infini », et les études philologiques d’un Görres ou d’un Schlegel cherchent les racines de la langue et la vérité de l’origine dans l’Orient et de l’Inde antiques. Ce désir des origines perdues s’exprime non seulement à travers des voyages spirituels dans le lointain, mais aussi dans la reconstitution d’un passé imaginaire. La Grèce de Friedrich Hölderlin illustre cette relation au passé poétiquement condensée, qui confronte une Antiquité mythologiquement sublimée à la dimension profane de sa propre époque.

Avec sa politisation, la pensée romantique devient problématique. Le motif philosophique et poétique se transforme en idéologie nationale, au plus tard au moment de l’occupation napoléonienne : elle trouve son expression la plus accomplie dans le concept de nation chez Fichte, dans l’idée d’un « Etat organique » développée par Adam Müller, dans le populisme artificiel de Ernst Moritz Arndt et de Friedrich Jahn, ou encore dans la haine de Napoléon et des Français transfigurée par la littérature de Heinrich von Kleist. Aussi le romantisme, considéré en tant qu’époque, s’est-il éloigné de ses prémisses philosophiquement très complexes. Cette prise de distance caractérisera également la littérature du romantisme tardif : Josef von Eichendorff et E.T.A. Hoffmann altèrent les idées originelles en les transformant en une jouissance de la mélancolie du Weltschmerz et une fascination pour les horreurs ténébreuses de l’inconnu.

La particularité de l’essai de Safranski réside toutefois dans le dépassement d’une compréhension limitée du romantisme, réduit à un moment philosophique, littéraire ou politique. Prolongeant ses réflexions issues de la première partie, il identifie un style de pensée qu’il nomme « le romantique » et dont il trouve des expressions au-delà d’une époque circonscrite autour des années 1800. Ce phénomène du romantique, conçu comme un esprit qui ne se résume pas à une époque, est traité dans la deuxième partie du livre.

C’est ici que le romantisme est analysé en tant qu’interprétation d’un monde désenchanté opérant à différents niveaux. Après les premières critiques du romantisme formulées très tôt par Hegel et Heinrich Heine, le romantique se développe, selon Safranski, à partir du milieu du XIXe siècle en Allemagne comme un leitmotiv récurrent de ‘mythologisation’, de sacralisation et de transcendance dans le contexte d’une civilisation perçue comme profane, immanente et dépossédée de ses mythes. La fondation, par Richard Wagner, d’une nouvelle mythologie dans l’œuvre d’art totale du Ring constitue l’une des expressions les plus puissantes de la persistance du moment romantique.

Safranski trouve également les traces d’une pensée romantique chez Nietzsche, qui confronte aux profondeurs transcendantes de la volonté créatrice et de la vie un âge contrôlé de manière superficielle par la civilisation, ou encore chez Thomas Mann dans ses écrits politiques avant et pendant la Première Guerre mondiale. À côté de ces expressions de la culture savante, de nombreux mouvements sociaux, dans la suite des mouvements de jeunesse créés au tournant du XIXe siècle, sont interprétés comme des manifestations de l’imaginaire romantique et une fuite du monde désenchanté. Quant à la question du national-socialisme interprété comme phénomène romantique, Safranski en offre une lecture différenciée dans le sillage d’Isaiah Berlin et d’Eric Voegelin [2].

Dans le paysage idéologique très fragmenté et contradictoire du régime se trouvent des éléments comme la sublimation mythologique des Germains chez Alfred Rosenberg, qui peuvent être rattachés à un contexte romantique. Pourtant, ces motifs de l’idéologie nazie n’avaient qu’une importance secondaire par rapport au darwinisme raciste scientifiquement sublimé, qui s’est vite imposé dans l’imaginaire et la pratique du régime.

La dernière expression de l’aspiration romantique à transgresser une société jugée trop rationaliste fut, pour Safranski, le mouvement de 1968. Dans le dépassement des frontières et la transgression, qui imprégnaient la plupart des idées directrice de la révolution étudiante (« L’imagination au pouvoir », « Sous les pavés la plage », « La poésie est dans la rue », etc.) affleurent également des motifs romantiques.

Safranski ne mène pas l’enquête sur le romantique pour y trouver la preuve accusatrice d’une trahison des Lumières. Il comprend bien davantage l’héritage romantique, et surtout celui du premier romantisme, comme une part légitime de la modernité. C’est ici qu’il corrige la perspective de Berlin et implicitement de Fritz Stern, même s’il partage leur analyse sur les conséquences désastreuses de l’esthétisme romantique en politique [3].

Pour l’auteur, la signification du romantique tient précisément à l’ouverture créatrice et imaginaire d’un monde qui se concevait jusqu’alors comme entièrement transparent et identique avec soi-même, et qui échouait ainsi à se comprendre. Dans le monde moderne, le romantique sert de correctif salutaire, dans la mesure où ses aspirations transgressives font apparaître les limites de la rationalité ; aussi contribue-t-il à éclairer la raison moderne sur ses propres tentations absolutistes. En travaillant sur le dépassement des limites de la raison, le romantique permet à la raison de les appréhender. Pourtant, l’illumination des Lumières ne peut aboutir qu’à la condition que l’extension imaginaire de la raison ne se substitue pas à celle-ci. Pour cette raison, Safranski condamne toute alliance du romantique avec le politique, puisque, dans l’histoire, une telle relation annonça toujours une idéologisation dangereuse, car éloignée du monde.

On peut regretter que Safranski ait réduit son champ d’étude au monde germanique, tout comme il est possible de discuter le choix sélectif des œuvres traitées ou encore le fait que l’auteur néglige largement le romantisme dans la musique et la peinture. En outre, le fait d’étendre la notion au concept beaucoup plus large d’un « romantique » transgressant les époques ne va pas sans poser certains problèmes.

Que gagne-t-on à identifier les phénomènes décrits par Safranski comme « romantiques » ? Le romantique s’apparente-t-il à la critique générale de la civilisation moderne et rationalisée ? Son projet montre à quel point de telles tentatives d’élargissement conceptuel contiennent une dimension presque magique : d’éléments que l’on pensait disparates et autonomes émerge soudainement une similitude. Pourtant, la perte de la précision conceptuelle est le prix à payer pour cet élargissement de la connaissance. Malgré ces réflexions critiques, Safranski livre un essai qui mérite d’être recommandé, surtout en France, autre pays de grande tradition romantique.

Pour citer cet article : Daniel Schulz, « À la recherche du « romantique » allemand », La Vie des idées , 7 décembre 2007. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/A-la-re...

Nota bene : Si vous souhaitez critiquer ou développer cet article, vous êtes invité à proposer un texte au comité de rédaction. Nous vous répondrons dans les meilleurs délais.

Source : http://www.laviedesidees.fr/A-la-recherche-du-romantique.html

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Reconnaissance

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Auteur : Jacques HALLARD, Ingénieur CNAM, consultant indépendant – 28/02/2018

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