ISIAS

"Lorsque les tourbières brûlent, l’environnement en prend un coup" par Laurel Hamers

Traduction et compléments par Jacques Hallard
dimanche 6 mai 2018 par Hamers Laurel



ISIAS Climat Sols
Lorsque les tourbières brûlent, l’environnement en prend un coup : la tourbe séquestrée dans le sol humide maintient une grande partie du carbone de la Terre hors de l’atmosphère
Ajout d’accès à des articles concernant des incendies de tourbières dans le monde
L’article d’origine de Laurel Hamers a été publié le 06 mars 2018 par Science Newshttps://www.sciencenews.org/Ecosystems, Climate, Agriculture sous le titre « When bogs burn, the environment takes a hit » ; il est accessible sur ce site : https://www.sciencenews.org/article/bogs-peatlands-fire-climate-change?utm_source=editorspicks031118&amp ;utm_medium=email&utm_campaign=Editors_Picks

peatland fire in Indonesia

SIGNAUX DE FUMEE - Les incendies de tourbières dans la province de Riau, en Indonésie, ont brûlé en août 2016, libérant dans l’atmosphère du carbone stocké dans les sols. Le changement climatique et l’agriculture mettent en péril les tourbières.
Zuma Press Inc./Alamy Photo - Numéro de magazine : Vol. 193, n° 5, 17 mars 2018, p. 20

En 2015, des feux de forêt massifs ont traversé l’Indonésie, envoyant de la fumée et de la brume jusqu’en Thaïlande.

Ces feux ont été « la pire catastrophe environnementale de l’histoire moderne », dit Thomas Smith, un expert des incendies de forêt au King’s College de Londres. Smith estime que les incendies et la fumée ont tué 100.000 personnes en Indonésie et dans les pays voisins et causé des milliards de dollars de dégâts. Les incendies ont également coûté cher au reste de la planète : à leur apogée, les flammes ont craché chaque jour davantage de dioxyde de carbone dans l’atmosphère que toute l’activité économique américaine n’en déverse..

Deux ans plus tard et à 13.000 kilomètres de là, un feu couvait à la lisière d’un paysage aride et septentrional. A distance, l’incendie aurait pu passer inaperçu. Mais Jessica McCarty et d’autres chercheurs travaillant sur les incendies, surveillent activement l’imagerie satellitaire de la Terre, comme certaines personnes consultent Facebook. Un dimanche d’août, McCarty, de l’Université de Miami en Ohio, fut surprise de voir des panaches massifs de ce qui semblait être de la fumée blanche sur une bande du Groenland.

La masse géante n’avait pas été sur son radar d’observation : c’est surtout de la glace et des parties du territoire qui n’ont qu’une végétation clairsemée.

Les paramètres de ces deux flammes de feux ne pouvaient pas être plus différents, mais les scientifiques soupçonnent que les deux avaient quelque chose d’important en commun : beaucoup de matière organique en décomposition connue sous le nom de tourbe.

[Pour Wikipédia, « La tourbe est une matière organique fossile formée par accumulation sur de longues périodes de temps de matière organique morte, essentiellement des végétaux, dans un milieu saturé en eau. La tourbe forme la majeure partie des sols des tourbières. Séchée, elle donne un combustible brun à noirâtre qui chauffe moins que le bois et le charbon. L’extraction de la tourbe a été l’une des causes de disparition ou dégradation de nombreuses zones humides, laissant parfois place à de vastes étangs (comme dans le marais audomarois)… » Article complet sur ce site : https://fr.wikipedia.org/wiki/Tourbe ].

Les tourbières au sens large - qui comprennent les vraies tourbières, plus d’autres zones humides marécageuses et bien sûr le sol glacé du Groenland - sont des écosystèmes riches en matière organique décomposée.

Dans leur état sain et détrempé, les tourbières résistent bien au feu. Donc, quand il s’agit de risque d’incendie, les paysages tourbeux n’ont pas toujours reçu la même attention que, disons, les forêts sèches de pins de l’ouest des États-Unis. Mais avec ces feux de tourbe dévastateurs en Indonésie, les autres tourbières de la planète ont aussi été mises en lumière.

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Les rues de Palangka Raya, en Indonésie, sont obscurcies par la fumée des feux de tourbe sur cette photo prise le 16 octobre 2015. Aulia Erlangga / CIFOR

Dans le monde entier, les tourbières stockent des quantités massives de carbone dans des épaisses couvertures de matière organique humide accumulées dans le sol au cours des siècles. Et bien qu’ils ne couvrent que 3 à 5% de la surface terrestre, les tourbières stockent un quart du carbone total du sol. Cela représente plus de carbone que toutes les forêts du monde combinées.

Mais les changements dans l’utilisation des terres – le drainage de l’eau pour planter des hectares de cultures qui exigent un sol plus sec, une pratique courante dans les régions tropicales, ou la construction d’une route à travers une zone - peuvent dessécher la tourbe. Et puis, une seule cigarette jetée négligemment ou un coup de foudre subi peut enflammer un feu qui brûle t fume pendant des mois, libérant des milliers d’années de carbone stocké sous forme de dioxyde de carbone dans l’atmosphère.

Ou encore, les feux destinés à défricher la terre pour l’agriculture peuvent devenir incontrôlables, comme ils l’ont fait en Indonésie : Au cours des dernières décennies, le pays a asséché beaucoup de ses tourbières pour cultiver des palmiers à huile et d’autres cultures. Maintenant, le pays voit le pire scénario de ce qui peut arriver quand les tourbières sont perturbées et desséchées.

Sous les latitudes septentrionales, le dégel du pergélisol expose également la tourbe qui a été enfouie pendant des années, ce qui peut alimenter des feux comme ceux qui ont été observés au Groenland l’été dernier.

À court terme, les feux de tourbe bouchent l’air avec de la fumée et du smog mortels. Dans les zones densément peuplées comme l’Indonésie, les incendies peuvent dévorer les maisons et les entreprises et faire des victimes. Mais l’impact des feux persiste longtemps après que les flammes ne s’éteignent. Les feux de tourbe remodèlent des écosystèmes entiers. Une fois que la tourbe brûle, cela peut prendre des milliers d’années pour se reconstituer. Et tout le carbone qui était jadis stocké est dispersé dans l’atmosphère, contribuant au changement climatique comme la combustion du charbon.

Maintenant, les scientifiques essaient d’avoir une meilleure idée des tourbières et des effets de l’agriculture, du développement et d’un climat qui devient plus chaud et plus sec. Les récentes découvertes de tourbières cachées en Afrique et en Amérique du Sud augmentent l’étendue de la tourbe dans le monde et augmentent les enjeux pour protéger ces réserves de carbone. De nouvelles recherches montrent de plus en plus clairement que, sans un changement d’approche, les humains pourraient éliminer les tourbières saines et obtenir, en retour, beaucoup d’émissions de dioxyde de carbone dans l’atmosphère qui réchauffe le climat.

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Les tourbières indonésiennes sont en difficulté si l’agriculture continue de drainer las sols, augmentant les risques d’incendie. Nanang Sujana / CIFOR (CC BY-NC-ND 2.0).

Faire connaissance avec la tourbe

Les tourbières ne créent pas de sentiments particuliers pour la plupart des gens. Les paysages sont souvent associés à la culture populaire avec les sorcières, les « corps de tourbières » momifiés d’Europe et le temps maussade. Il est peut-être dit que ’bourbier’ - un autre mot pour une tourbière - est également utilisé pour désigner une situation difficile. Mais pour les scientifiques qui les étudient, les tourbières sont loin d’être sombres.

« La plupart des gens marchent loin, très loin de leur chemin, pour éviter de marcher à travers ces choses humides, mais si je les aime », explique Merritt Turetsky, chercheure en tourbière à l’Université de Guelph au Canada. Les tourbières qu’elle étudie au Canada et en Alaska ressemblent à des « écosystèmes de hobbit », dit-elle, avec toutes les actions qui se déroulent au ras du sol : des arbres rabougris chevauchant un tapis coloré de mousses et de lichens. Et, souligne-t-elle, les tourbières jouent un rôle crucial pour garder notre planète en santé.

[Hobbit : one of an imaginary race of half-size people living in holes].

Le carbone est constamment recyclé dans le monde entier : il est absorbé par les plantes sous forme de dioxyde de carbone, par exemple, et dissous dans les océans. Mais l’excès de carbone circulant peut jeter les écosystèmes hors de contrôle. Trop de dioxyde de carbone dans l’atmosphère fait réchauffer la planète ; trop de dioxyde de carbone dissous dans l’océan rend l’eau plus acide. Les réserves de carbone à long terme dans les sédiments océaniques et les roches telles que le calcaire, tirent le carbone du cycle à court terme, le fixant là où il ne peut pas nuire. La même chose vaut pour les tourbières : si vous creusez plusieurs mètres dans une tourbière, vous êtes en contact avec du carbone qui a été enterré là il y a des milliers d’années.

Et tandis que l’œil inexpérimenté peut regarder une tourbière et ne rien voir, seulement un marais détrempé qui attire des échassiers imperméables, les tourbières peuvent être étonnamment diversifiées. Sous les tropiques, où les forêts marécageuses sont remplies de grands arbres feuillus, les couvertures de tourbe sont généralement constituées de plantes ligneuses pourries. Les tourbières des zones tempérées, comme celles du nord des États-Unis et du Canada, arborent une végétation arbustive et sont principalement constituées de mousses de sphaigne pourries.

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Les tourbières des zones septentrionales, comme cette tourbière du parc provincialAlgonquin, en Ontario, au Canada, sont dominées par des mousses colorées et des plantes basses, plutôt que par les feuillus luxuriants qui sont observés dans les tourbières tropicales. Orchidpoet / iStockphoto

La tourbe n’est « pas exactement non renouvelable, mais elle s’accumule très llentement », dit Turetsky. « Un feu peut brûler dans une tourbière sèche et libérer littéralement des milliers d’années de carbone accumulé en quelques minutes de combustion ». Elle a appris cela de première main, en tant qu’étudiante diplômée.

Il y a près de 20 ans, elle a enterré de petits sacs de tourbe dans une tourbière canadienne pour étudier leur décomposition. Quand elle est revenue deux ans plus tard pour déterrer les échantillons, son site entier était parti en fumée. Ses précieuses données avaient du coup disparu.

’J’ai été atterrée pendant environ une journée’, dit Turetsky. ’Mais alors j’ai commencé à y pense r : nous avons été choqués par le fait que cet écosystème ait brûlé.’

Le jour suivant, elle a commencé à collecter de nouvelles données, observant cette fois comment la tourbière avait pu s’enflammer. À l’époque, dit-elle, les gens supposaient que la seule chose qui ralentissait l’accumulation de la tourbe était sa décomposition naturelle inévitable au fil du temps. « C’était la première fois que je réalisais que la décomposition n’était pas le seul processus menant à la perte de la tourbe », dit Turetsky. ’Le feu réduit aussi la tourbe en le brûlant.’

Des dépôts cachés

Avec une sensibilisation accrue devant les menaces qui pèsent sur les tourbières, une plus grande pression a été exercée pour identifier et protéger les ressources contenues dans ces écosystèmes. Récemment, de nouveaux endroits riches en tourbe ont été découverts dans le monde entier. En janvier 2017, des scientifiques britanniques et congolais ont annoncé que, dans la nature, d’immenses étendues de tourbe se cachaient dans une forêt luxuriante à cheval sur l’équateur dans le bassin central du Congo. La région abrite des groupes de populations indigènes, mais il est difficile pour les étrangers d’y avoir accès, de sorte que personne n’a enquêté sur ces ressources en tourbe jusqu’à tout récemment.

Augmentation soudaine de la tourbe tropicale lorsque de nouvelles zones en Afrique, en Amérique du Sud et en Asie sont incluses dans les observations

Les chercheurs, menés par Simon Lewis et Greta Dargie de l’University College London et de l’Université de Leeds en Angleterre, ont fait une randonnée dans le bassin pour extraire des « noyaux », des échantillons, afin de mesurer la profondeur de la tourbe dans des dizaines d’endroits. Sur la base de ces longues sections cylindriques du sol, les chercheurs ont calculé que les dépôts de tourbe trouvés dans la jungle, certains étant aussi profonds que 5,9 mètres, augmentent de 36% la quantité estimée de tourbe dans les régions tropicales. Ensuite, l’équipe a utilisé des données satellitaires pour mesurer les limites des zones concernées par la tourbe. À partir de là, les chercheurs ont estimé que le carbone stocké dans la tourbe du centre du Congo équivaut à environ 20 ans d’émissions de combustibles fossiles en provenance des États-Unis, au rythme actuel.

D’autres groupes de chercheurs ont quantifié à distance les tourbières existantes. Une étude publiée en août 2017 dans ‘Global Change Biology’ a utilisé des données sur l’endroit où l’eau s’accumule et comment elle circule dans le paysage pour prédire où la tourbe pourrait se cacher dans les régions tropicales.

Les analyses suggèrent que l’Amérique du Sud pourrait abriter beaucoup plus de tourbe que ce que l’on savait auparavant. Selon le coauteur de l’étude, Louis Verchot *, du Centre international d’agriculture tropicale de Cali (Colombie), un réseau de tourbières plus petites dans le bassin de l’Amazone représente 629.000 kilomètres carrés, une superficie encore plus grande que celle du Congo. Cette nouvelle tourbe sud-américaine ainsi que la région du Congo et quelques nouvelles découvertes en Asie ont propulsé les tourbières tropicales connues de 440.000 kilomètres carrés à 1,5 million.

[* Louis Verchot – Autres informations : Soils and climate change : Interview with Louis Verchot - YouTube  8:34 https://www.youtube.com/watch?v=zu_EALZz-lI - 28 nov. 2017 - Ajouté par CGIAR

Measuring carbon in tropical forests : Q and A with Louis Verchot ...  10:14 https://www.youtube.com/watch?v=xFkG8d8id7s - 20 mai 2012 - Ajouté par Center for International Forestry Research (CIFOR)

Louis Verchot at GLF : Climate-resilient agriculture - Global ...  5:48 www.globallandscapesforum.org/.../louis-verchot-glf-climate-resilien... - Ajouté par Global Landscapes Forum - Louis Verchot, Director of the Soils Research Area at the International Center for Tropical Agriculture

Louis Verchot – The Conversation https://theconversation.com/profiles/louis-verchot-6975 - 7 févr. 2012 - Louis Verchot is a principal scientist at the Center for International Forestry Research, which is a member center of the Consultative Group for International Agricultural Research. His research focuses on biogeochemistry and the effects between deforestation and other land use changes in the tropics ... ].

L’exploitation forestière et minière menace déjà le carbone stocké dans les arbres des forêts tropicales. Le sol riche en tourbe a aussi de la valeur.

Mais où se trouve donc la tourbe ?

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Les tourbières se trouvent partout dans le monde. Cette carte indique les pays connus pour avoir des tourbières (zones grises), en 2017, et les emplacements de ces terres remplies de tourbe (en vert).
Levi Westerveld / GRID-Arendal.

Hors de l’équilibre

Lorsqu’elle est déterrée, la tourbe est intrinsèquement inflammable et est utilisée dans certains endroits comme source de combustible. Mais dans leur état naturel et humide, les tourbières résistent aux incendies. Même après des mois de sécheresse, les tourbières saines restent humides. Les scientifiques essaient donc de comprendre quels facteurs modifient cette dynamique - et ce que cela signifie pour les incendies et le stockage du carbone.

Il peut être difficile de tester l’effet de l’assèchement au fil du temps de manière contrôlée, mais dans un cas, Turetsky a eu de la chance. En 1983, une partie d’un fen, ou marais, en Alberta, au Canada, a été drainée pour un projet de gestion forestière. La nappe phréatique a chuté d’environ un quart de mètre, une quantité modérée. Dix-huit ans plus tard, un feu de forêt a brûlé dans la région.

Turetsky et ses collègues ont vu l’opportunité d’une expérience naturelle pour répondre à quelques questions ouvertes. Les chercheurs ont observé comment le drainage, suivi par le feu, a affecté la tourbière au fil du temps, comparé aux zones qui ont brûlé mais n’ont pas été drainées ou aux parties qui ont été drainées mais qui n’ont pas brûlé.

La zone drainée était beaucoup plus vulnérable que la zone non drainée à de grands changements après un incendie, comme l’on rapporté les chercheurs en 2015 dans des rapports scientifiques. La combinaison du drainage et des incendies a invité différentes espèces de plantes à se déplacer au cours de la décennie suivante. Les nouvelles plantes ont changé l’écosystème de résistance au feu, à celui qui était susceptible de brûler encore et encore. Et la canopée feuillue des arbres feuillus qui ont élu domicile à la place des épinettes noires autrefois dominantes, a bloqué la lumière du soleil nécessaire au retour des mousses productrices de tourbe.

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Zone brûlée - Ces zones tourbeuses du Minnesota aux Etats-Unis, sont régulièrement brûlées dans le cadre de la gestion des terres cultivées. La combustion laisse de grosses marques : des sortes de pustules (pocks), montrées ici sur cette photo. Jessica L. McCarty, Université de Miami, et David Banach et Erik Boren, Michigan Tech Research Institute.

Le changement que Turetsky a vu, d’une perturbation assez modeste, était beaucoup plus grand que prévu. Elle savait que l’assèchement complet d’un tel paysage le rendrait extrêmement vulnérable au feu, avec des changements dramatiques comme ceux qui ont été observés en Asie du Sud-Est. Les changements dans la tourbière minérotrophe de l’Alberta au Canada étaient beaucoup plus faibles, mais il a quand même eu un effet important.

Par rapport aux zones qui n’avaient pas été drainées, les zones qui avaient été drainées ont perdu près de 500 années de tourbe accumulées, dit-elle. (Elle a calculé ce chiffre en fonction de la quantité brûlée et de la vitesse à laquelle la tourbe s’accumule.) Ce sont 500 années supplémentaires de carbone enfermé qui est ainsi rejeté dans l’atmosphère en quelques semaines.

L’avenir de l’agriculture

Selon Alexander Cobb, spécialiste de l’environnement à l’Alliance Singapour-MIT pour la recherche et la technologie, le drainage des terres et l’utilisation des techniques de brûlis pour nettoyer les zones agricoles sont les principales raisons pour lesquelles les tourbières tropicales prennent feu. Pour faire de la place aux plantations de palmiers à huile et à d’autres cultures, les entreprises vont raser les arbres existants (source de la future tourbe) et drainer l’eau pour assécher le sol.

En 2017, 139 scientifiques ont signé une lettre à l’éditeur de ‘Global Change Biology’ affirmant que l’épuisement des tourbières tropicales pour laisser de la place à l’agriculture est intenable. Nier les effets de l’agriculture sur ces paysages aura des conséquences à long terme, telles que des incendies plus fréquents et plus dévastateurs, ont écrit les chercheurs.

Maintenant, l’Indonésie travaille à restaurer ses tourbières. Cependant, ce n’est pas aussi simple que d’interdire les cultures dans les régions riches en tourbe. Selon Susan Page, une spécialiste des tourbières tropicales de l’Université de Leicester en Angleterre et l’une des signataires de la lettre, les gens ont encore besoin de manger dans les pays insulaires densément peuplés. Résoudre le problème pourrait nécessiter de trouver des plantes cultivés qui peuvent pousser dans un sol plus ‘’ramoll’ (soggier), plus humide, afin que les tourbières ne soient pas drainées. Mais les solutions sont encore loin.

’Une grande partie du soutien économique pour les cultures alternatives n’existe pas encore vraiment’, dit Page. ’Nous sommes dans l’entre-deux de savoir que nous voulons des plantes cultivées, mais nous n’avons pas encore une liste appropriée d’espèces à notre disposition’.

Même dans les endroits où les tourbières sont protégées de l’agriculture, il existe d’autres menaces potentielles. Cobb et ses collègues ont passé des mois à essayer de traverser des forêts d’arbres denses, avec des racines exposées aussi hautes qu’un être humain, pour atteindre une tourbière rare et intacte au Brunei, un petit pays riche d’Asie du Sud-Est que Cobb dit plus proactive pour ses tourbières que dans les pays voisins. Les chercheurs ont plongé des appareils de mesure dans le sol pour déterminer la profondeur de la tourbe et son degré d’humidité. Avec ces données, l’équipe a créé un modèle sur la façon dont les précipitations affectent la quantité de tourbe qui peut s’accumuler dans un endroit particulier, comme cela a été publié en juin 2017 dans les Actes de la ‘National Academy of Sciences’.

En conclusion, avec les précipitations totales, le calendrier de ces précipitations est important. Si les précipitations deviennent plus irrégulières, comme cela est prévu dans le futur, ’alors avec les mêmes précipitations moyennes, les tourbières pourraient supporter moins de tourbe’, dit Cobb.

Terre de glace et de feu

Un feu inhabituel qui a fait rage en août 2017 au Groenland a fait monter les émissions de dioxyde de carbone des feux de forêt du pays arctique par rapport aux années précédentes. Voir l’animation Haut du formulaire

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Source : Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme

Les tourbières situées dans les régions froides sont également confrontées à des défis dans un climat changeant. Sous les latitudes septentrionales, y compris dans l’Arctique, la tourbe a été ensevelie pendant des siècles dans le pergélisol. Le réchauffement de l’Arctique expose maintenant cette tourbe, ce qui augmente le risque d’incendies qui étaient autrefois rares.

L’incendie du Groenland de l’été 2017 en est un exemple. Lorsque McCarty a repéré ce qu’elle pensait être un incendie, elle a posté les données satellites sur Twitter. Au cours des semaines suivantes, elle et d’autres scientifiques ont pratiquement vérifié l’incendie plusieurs fois par jour, devenant convaincus que la fumée était alimentée par de la tourbe.

D’une part, il y a très peu de végétation dans la région qui pourrait fournir du carburant. La tourbe dans le sol était l’une des rares options. De plus, le feu a persisté pendant plusieurs semaines, mais il s’est peu déplacé. C’est très caractéristique d’un feu de tourbe, dit McCarty. Si le feu ne bouge pas, il brûle probablement, brûlant lentement à travers la matière organique dense avec beaucoup de fumée et des flammes minimales.

Selon Guillermo Rein, spécialiste des incendies à l’Imperial College de Londres, les scientifiques n’ont pas découvert le site d’incendie du Groenland en particulier. Mais il fait partie d’une équipe qui tente d’organiser une expédition dans cette région éloignée, d’étudier le sol et de confirmer que la tourbe était bien le principal moteur de l’incendie.

La tourbe arctique a ce que Rein appelle « l’inflammabilité dormante ». En d’autres termes, lorsqu’elle est gelée, elle est sûre. Mais si le pergélisol commence à dégeler, ces réserves de carbone longtemps enfouies sont exposées à l’air et elles deviennent soudainement vulnérables à la combustion.

Il serait facile de rejeter le feu du Groenland comme un événement ponctuel, un coup de malchance. Mais vraiment, c’est juste un signe dans un univers plus large. Des foyers de tourbe ont été signalés en Alaska et en Sibérie, ainsi que partout au Canada. Les preuves suggèrent que les incendies comme ceux-ci deviendront plus communs à l’avenir. La fiche annuelle du Bulletin de l’Arctique de l’Administration océanique et atmosphérique nationale publiée le 12 décembre 201, montre que l’air au niveau du sol dans l’Arctique se réchauffe deux fois plus vite que la température moyenne de l’air à la surface du globe. D’après une étude de 2016 publiée dans ‘Environmental Research Letters’, les émissions de carbone provenant de la combustion dans l’Arctique devraient quadrupler d’ici la fin de ce siècle. De plus, les incendies et le dégel du pergélisol peuvent déclencher un cycle de rétroaction qui accélérera le dégel, indique M. McCarty.

Les conséquences précises à long terme d’une telle décongélation sur les tourbières situées dans l’Arctique sont encore floues. Alors si la tourbe qui se dégage du pergélisol gelé sèche et se fissure à l’origine, la zone pourrait éventuellement s’inonder et remuer à mesure que la glace fondrait ailleurs, selon un article publié en 2015 dans ‘Scientific Reports’. Mais jusque-là, la tourbe desséchée est un risque d’incendie.

Ces incendies de tourbe dans l’Arctique et dans les hautes latitudes pourraient ne pas affecter immédiatement autant de personnes que les feux de tourbe tropicaux, car, pour la plupart, les incendies ne se trouvent pas dans les zones agricoles ni dans des centres urbains. Mais les conséquences globales, en termes de libération de carbone, pourraient être tout aussi graves.

Certains chercheurs s’attendent à ce que, à mesure que le changement climatique pousse l’agriculture et les populations humaines plus au nord, « les gens vont davantage entrer en contact avec ces paysages essentiellement vierges » et les perturber de manière à accroître le risque d’incendie. Au Canada, dit-elle, « des décennies plus tard, nous pourrions voir une dynamique de feu similaire à celle que nous voyons en Asie du Sud-Est’ : des incendies incontrôlés causant des dommages irréparables aux réserves de carbone à long terme.

« On parle de plus en plus dans le Nord de l’assèchement des sols de ces territoires », ajoute M. Turetsky. « Nous savons déjà ce qui va se passer ».

Cet article est paru dans le numéro du 17 mars 2018 de ‘Science News’ sous le titre ’Smoke Signals : Burning peatlands have environmental researchers on alert.’

Citations

J. Richter-Menge, J. E. Overland, J. T. Mathis, and E. Osborne, Eds., 2017 : Arctic Report Card.

G. Dargie et al. Age, extent and carbon storage of the central Congo Basin peatland complexNature. Vol. 542, February 2, 2017, p. 86. doi : 10.1038/nature21048.

S.E. Page and A.J. Baird. Peatlands and Global Change : Response and Resilience. Annual Review of Environment and Resources. Volume 41, 2016, p. 35. doi : 10.1146/annurev-environ-110615-085520.

L. Wijedasa et al. Denial of long-term issues with agriculture on tropical peatlands will have devastating consequences. Global Change Biology. Vol. 23, March 2017, p. 977. doi : 10.1111/gcb.13516.

N. Kettridge et al. Moderate drop in water table increases peatland vulnerability to post-fire regime shift. Scientific Reports. Published online January 27, 2015. doi:10.1038/srep08063.

M. Turetsky et al. Global vulnerability of peatlands to fire and carbon loss. Nature Geoscience. Published online December 23, 2014. doi:10.1038/ngeo2325.

T. Gumbricht et al. An expert system model for mapping tropical wetlands and peatlands reveals South America as the largest contributor. Global Change Biology. Vol. 23, September 2017, p. 3581. doi:10.1111/gcb.13689.

WorldBank Staff. The Cost of Fire : An Economic Analysis of Indonesia’s 2015 Fire Crisis. Published online 2016.

A. Cobb et al. How temporal patterns in rainfall determine the geomorphology and carbon fluxes of tropical peatlands. Proceedings of the National Academy of Sciences. Vol. 114, June 12, 2017. doi : 10.1073/pnas.1701090114

Further Reading Lectures complémentires

C. Petit. Soil’s hidden secrets. Science News, Vol. 181, January 28, 2012, p. 16.

C. Gramling. Tropical forests have flipped from sponges to sources of carbon dioxide. Science News, Vol. 192, October 28, 2017, p. 9.

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Les palmiers à huile sur tourbières non viables en Indonésie ...

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11 déc. 2015 - Une tourbière en feu à Kalimantan (Indonésie) Peter van Eijk. Non seulement les plantations de palmiers à huile et de bois de pâte à papier sur les tourbières de la péninsule de Kampar (Indonésie) ne sont pas écologiques, mais elles ne sont pas non plus viables, prédit un nouveau rapport scientifique, ...

10. Pourquoi les tourbières sont-elles menacées ? - Sites

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Or les organismes de la tourbière incorporent et concentrent les produits toxiques (PCB, métaux lourds) et l’excès d’azote eutrophise les eaux et déséquilibre la ... La destruction à la suite d’incendies, parfois gigantesques (jusqu’à 5 000 ha d’un seul tenant) est catastrophique et détruit complètement la tourbière si la tourbe ...

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Traduction, compléments entre […] , ajout d’accès à des articles concernant des incendies de tourbières dans le monde et intégration de liens hypertextes par Jacques HALLARD, Ingénieur CNAM, consultant indépendant – 17/04/2018

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