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"Les morceaux de plastiques sont 7 fois plus nombreux que les jeunes poissons dans certaines pépinières côtières de l’île d’Hawaï" par Jonathan Lambert

Traduction et compléments de Jacques Hallard
lundi 2 décembre 2019 par Lambert Jonathan



ISIAS Océans

Les morceaux de plastiques sont 7 fois plus nombreux que les jeunes poissons dans certaines pépinières côtières de l’île d’Hawaï : les eaux calmes à la surface de l’océan Pacifique abritent des milliers de petits poissons et elles attirent également en grand nombre de débris de matières plastiques

L’article d’origine de Jonathan Lambert a été publié le 13 novembre 2019 par Science News sous le titre « Plastics outnumber baby fish 7-to-1 in some coastal nurseries  » : il est accessible sur ce site : https://www.sciencenews.org/article/plastics-outnumber-baby-fish-some-coastal-nurseries

filefish

Un filet traînant à travers une nappe océanique au large de l’île d’Hawaï a attrapé ce poisson-limande tacheté, âgé d’environ 50 jours et long de cinq centimètres, et toutes sortes de plastiques. David Liittschwager - Par Jonathan Lambert - 13 novembre 2019 à 6h00

Les plastiques peuvent entrer dans la chaîne alimentaire à un moment inattendu : les poissons larvaires sont aussi petits que la pointe d’un crayon.

Les poissons larvaires se rassemblent dans des nappes océaniques - des rubans d’eau calme qui se forment naturellement à la surface de l’océan - pour se régaler d’une abondance de proies. Les chercheurs rapportent en ligne le 11 novembre 2019 dans les Actes de la ‘National Academy of Sciences’ que les plastiques de la taille des proies s’accumulent également dans ces pépinières marines, dépassant le nombre de poissons présents : 7 fois plus que de poissons, et ces débris de plastiques se retrouvent dans l’estomac de nombreux poisons.

[Voir l’article Prey-size plastics are invading larval fish nurseries - View ORCID Profile amison M. Gove, View ORCID Profile Jonathan L. Whitney, View ORCID Profile Margaret A. McManus, View ORCID Profile Joey Lecky, Felipe C. Carvalho, Jennifer M. Lynch, Jiwei Li, Philipp Neubauer, View ORCID Profile Katharine A. Smith, Jana E. Phipps, Donald R. Kobayashi, Karla B. Balagso, Emily A. Contreras, Mark E. Manuel, Mark A. Merrifield, Jeffrey J. Polovina, View ORCID Profile Gregory P. Asner, Jeffrey A. Maynard, and View ORCID Profile Gareth J. Williams -PNAS first published November 11, 2019 https://doi.org/10.1073/pnas.1907496116 - Edited by James A. Estes, University of California, Santa Cruz, CA, and approved October 2, 2019 (received for review April 30, 2019)].

Suite de l’article traduit

« C’est peut-être le stade de développement le plus vulnérable des poissons pélagiques », déclare Anela Choy, océanographe en biologie à la ‘Scripps Institution of Oceanography ‘à La Jolla, en Californie, qui n’a pas participé à l’étude. Elle a documenté l’accumulation des plastiques dans les profondeurs marines (SN : 06/06/19) et affirme que cette nouvelle étude soulève d’importantes questions sur les effets de l’ingestion de plastique à un stade de vie aussi fragile chez les poissons.

[Les animaux marins pélagiques – Selon l’IFREMER : « Un poisson est appelé pélagique lorsqu’il vit dans les eaux proches de la surface ou entre la surface et le fond. Le hareng, la sardine, l’anchois, le maquereau, le thon… sont des poissons pélagiques. Photo 1Photo 2 - Les poissons pélagiques ont le dos bleu-vert. Cette coloration les protégerait des oiseaux et prédateurs marins. Leur forme oblongue leur permet de se déplacer très facilement. La plupart des poissons pélagiques sont grégaires, ce qui signifie qu’ils vivent en groupe et nagent en bancs. Un banc est constitué de poissons de même taille. Il peut être formé de plusieurs espèces différentes, chaque individu ayant quasiment la même longueur. Photo. Certains poissons pélagiques vivent isolés. En fait, dans leurs premières années les poissons pélagiques se déplacent souvent en groupe. Ils deviennent solitaires lorsqu’ils vieillissent. Le plancton qui se meut au gré des vagues est pélagique. Les larves de poissons font partie du zooplancton. Certaines espèces sont pélagiques au stade larvaire et deviennent benthiques, c’est-à-dire vivant sur le fond, au stade adulte. C’est le cas de nombreux poissons plats, comme la sole. Source : https://wwz.ifremer.fr/peche/Le-monde-de-la-peche/Les-ressources/ou/Les-profondeurs/Pelagique ].

[Voir l’article Tiny plastic debris is accumulating far beneath the ocean surface - Floating trash patches scratch only the surface of the microplastic pollution problem - Marine microplastics : Tiny fragments of trash called microplastics (pictured) are common from the ocean surface to near the seafloor, a study suggests. By Maria Temming - June 6, 2019 at 9:00 am

Notre traduction : ’De minuscules débris de matières plastiques s’accumulent en profondeur sous la surface de l’océan’ par Maria Temming , samedi 15 juin 2019 par Temming Maria - français ].

Les chercheurs ont entrepris d’étudier les larves des poissons, et non pas le plastique, explique Jonathan Whitney, écologiste marin de l’Administration nationale des océans et de l’atmosphère à Honolulu. Après l’éclosion des œufs, de minuscules poissons de quelques millimètres seulement passent leurs premiers jours ou semaines à se nourrir et à grandir à la surface de l’océan avant de retourner dans leur habitat naturel. Mais « nous en savons très peu sur les endroits où ils vont, sur ce qu’ils mangent et comment ils retrouvent leur chemin pour rentrer chez eux », déclare Whitney.

Des recherches antérieures ont suggéré que les nappes océaniques concentrent le plancton et d’autres éléments nutritifs et pourraient servir de pépinières tranquilles pour les jeunes poissons, explique Whitney. Avec ses collègues, il a décidé d’enquêter sur les nappes océaniques situées au large de la côte ouest de l’île d’Hawaï, où convergent les poissons de divers écosystèmes : eaux libres, fonds marins et récifs coralliens.

Les chercheurs ont remorqué un filet spécialisé à l’intérieur et à l’extérieur des nappes océaniques, à raison de 100 fois de 2016 à 2018, pour échantillonner la diversité des poissons larvaires. Mais lorsque les chercheurs ont inspecté leurs traits et caractéristiques, ils ont vite compris que leur étude ne concernerait pas que les poissons.

Après avoir pêché manuellement les captures, les chercheurs ont répertorié plus de 11.000 poissons larvaires, dont des blennies [un poisson semi-terrestre, aux mœurs amphibies, devenu champion du camouflage : voir sur ce site : https://www.maxisciences.com/poisson/la-blennie-un-poisson-semi-terrestre-devenu-champion-du-camouflage_art31495.html ], et des rougets (goatfishs) des récifs coralliens, des ‘mahi mahi’ [dorades ou daurades coriphènes > voir http://gourmetpedia.org/produits/poissons/mahi-mahi/ ] et des espadons [[Xiphias gladius]->https://fr.wikipedia.org/wiki/Espadon] des eaux libres ainsi que des poissons pêchés dans de grandes profondeurs à peine touchées par la lumière. « Cela montre à quel point ces écosystèmes extrêmement différents sont en fait brièvement interconnectés », déclare le co-auteur, Gareth Williams, biologiste marin à la Bangor University d’Anglesey, au Pays de Galles.

larval fish

Illustration - Un poisson larvaire (poisson volant ou exocet, en haut ; baliste, en bas) collectés dans une nappe océanique au large de la côte de l’île d’Hawaï. Dans ce composite, ils sont situés près de fragments de plastique qu’ils ont ingérés. Une pièce est montrée comme échelle. J. Whitney / NOAA Pêche

[Selon Wikipédia, « L’exocet est un poisson des mers chaudes, appelé usuellement poisson volant parce que ses nageoires pectorales, très développées, lui permettent de sauter hors de l’eau et de planer quelques instants…] – Voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Exocoetidae et https://fr.vikidia.org/wiki/Poisson_volant ].

[Selon Wikipédia, « Le baliste cabri (Balistes capriscus) est une espèce de poissons vivant habituellement en milieu récifal sub-tropical. Il colonise également les lagons, les baies et les ports. Avec le réchauffement des températures, le baliste remonte très au nord, et il est devenu commun en septembre dans les filets de pêcheurs d’Audresselles (cap Gris-Nez), au nord du Pas-de-Calais. Il se nourrit de crustacés et de mollusques qu’il broie avec sa puissante mâchoire. Au moment de mourir, il émet des sons semblables à des grognements humains…] – Voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Balistes_capriscus ].

Les filets ont attrapé huit fois plus de poissons dans les nappes océaniques que dans les eaux adjacentes, confirmant le rôle de ces nappes en tant que pépinières au stade précoce de la vie des poissons. Mais à l’intérieur de ces nappes, les minuscules nageurs étaient en infériorité numérique, par rapport aux débris plastiques : 7–1. « Nous avons été choqués », dit Whitney. « Un remorquage de cinq minutes dans une eau qui ressemble à une eau cristalline peut produire 10.000 morceaux de plastique ».

Les chercheurs ont découvert que parmi les poissons assez gros pour être disséqués, 8% avaient mangé des microplastiques de la taille d’une proie. « La grande majorité des poissons larvaires meurent avant d’avoir atteint l’âge adulte, de sorte que la mauvaise alimentation survient à un moment où le poisson est déjà extrêmement vulnérable », explique Williams.

On en sait peu de choses sur les conséquences de l’ingestion des débris de matières plastiques par les poissons larvaires. Mais Jennifer Brandon, océanographe à l‘’Applied Ocean Sciences’ et basée à San Diego en Californie, dit que cela ne peut pas être bon du tout pour eux. L’ingestion de plastique par les poissons adultes a été associée à une toxicité hépatique, à des tumeurs, à une malnutrition, à des problèmes de comportement et à la mort. Sans un foie pleinement développé capable de filtrer les toxines, ces effets pourraient être encore plus graves chez les poissons larvaires.

Elle dit que l’étude a peut-être même sous-estimé l’abondance des plastiques dans les nappes. « Ils ont utilisé un filet qui aurait peut-être manqué de capturer de plus petits fragments de plastique, donc ça pourrait être encore pire en réalité ».

Les poissons larvaires jouent un rôle important dans la chaîne alimentaire océanique. Les oiseaux de mer les écument de la surface de l’eau, tandis que les plus gros poissons, comme le thon, les mangent dans les profondeurs au-dessous. Selon les chercheurs, si les poissons larvaires mangent les débris de plastiques, les prédateurs qui les mangent ensuite pourraient accumuler eux-mêmes des quantités potentiellement dangereuses de matières plastiques. Ensuite, les humains mangent également certains de ces poissons à l’âge adulte, tels que le ‘mahi mahi’ et leurs prédateurs.

Pour Whitney, l’étude souligne à quel point les plastiques sont insidieux dans l’environnement. « Trouver du plastique chez ces petits animaux marins était franchement une sorte de choc émotionnel », dit-il. « Les changements climatiques sont un coup dur pour les poissons de mer. La surpêche est un autre coup de poing qui leur est asséné. Et maintenant, à leur stade le plus vulnérable, il existe un autre impact induit par l’homme avec les résidus de matières plastiques de très petites tailles ou microplastiques ».

Citations

J. Gove et al. Prey-size plastics are invading larval fish nurseries. Proceedings of the National Academy of Sciences. Published online November 11, 2019. doi : 10.1073/pnas.1907496116.

A propos de l’auteur (photo) : Jonathan Lambert – Jonathan Lambert est rédacteur pour les sciences biologiques et couvre tout, de l’origine des espèces à l’écologie microbienne. Il est titulaire d’une maîtrise en biologie évolutive de l’Université Cornell.

Science News

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Traduction avec ajout de compléments d’informations et intégration de liens hypertextes : Jacques HALLARD, Ingénieur CNAM, consultant indépendant

02/12/2019

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