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"La matière active à effet herbicide glyphosate et sa spécialité commerciale ‘Roundup’ perturbent le microbiome intestinal en inhibant la voie biochimique du shikimate" par Claire Robinson

Traduction et compléments de Jacques Hallard

mercredi 18 décembre 2019, par Robinson Claire



ISIAS Pesticides Santé

La matière active à effet herbicide glyphosate et sa spécialité commerciale ‘Roundup’ perturbent le microbiome intestinal en inhibant la voie biochimique du shikimate

Information préliminaire ajoutée par le traducteur : Glyphosate : 36 produits ne seront pas réautorisés en France - Ces formulations commerciales représentaient, en 2018, entre la moitié et les trois quarts des tonnages de pesticides à base de glyphosate vendus en France. Par Stéphane Foucart - Publié le 09 décembre 2019 à 14h31 - Mis à jour le 10 décembre 2019 à 09h52.

Le rapport original de Claire Robinson, traduit ci-dessous, a été publié le 11 décembre 2019 par GMWatch sous le titre « Glyphosate and Roundup proven to disrupt gut microbiome by inhibiting shikimate pathway » et il est disponible sur ce site : https://www.gmwatch.org/en/news/latest-news/19261-glyphosate-and-roundup-proven-to-disrupt-gut-microbiome-by-inhibiting-shikimate-pathway

Gut Biome and Roundup

La stéatose hépatique et la mort des tissus hépatiques ont également été observées et confirmées chez des rats nourris avec des doses réglementairement autorisées et donc présumées sûres du désherbant en question.

[D’après Wikipédia, « La stéatose hépatique est une lésion du foie correspondant à la surcharge de graisse dans le cytoplasme des hépatocytes. La prévalence de la stéatose hépatique est estimée entre 20 % 1 et 30 % 2 dans les pays développés. Il s’agit donc d’une pathologie extrêmement fréquente. Sa prévalence tend de plus à augmenter 2 parallèlement à l’accroissement de la population obèse ou diabétique… » - Article complet ici https://fr.wikipedia.org/wiki/St%C3%A9atose_h%C3%A9patique ].

Le principal mécanisme de destruction des plantes par les herbicides à base de glyphosate consiste à inhiber une enzyme appelée EPSPS, qui fait partie d’une voie biochimique connue sous le nom de voie shikimate. La voie shikimate est responsable de la synthèse de certains acides aminés aromatiques qui sont vitaux pour la production de protéines, les éléments constitutifs de la vie. Ainsi, lorsque la synthèse des acides aminés aromatiques est bloquée par l’inhibition du glyphosate d’EPSPS, la plante meurt.

[Selon Wikipédia, « CP4 EPSPS » : il s’agit alors du nom d’un gène utilisé par l’industrie des biotechnologies. Ce gène code une enzyme d’origine bactérienne (CP4 désigne ici la souche de bactérie du genre Agrobacterium ; Agrobacterium tumefaciens d’où a été tiré ce gène qui a permis une fois injecté dans les plantes par transgénèse d’y neutraliser les effets phytotoxiques du glyphosate ; la matière active des herbicides totaux les plus vendus au monde, dont le Roundup est le plus connu) ; cette enzyme 5-énolpyruvylshikimate-3-phosphate synthase (EPSPS) confère à la plante une tolérance au glyphosate, par la modification d’un acide aminé 2. Ce gène a été inséré dans le maïs par la méthode du bombardement des cellules végétales par des microparticules d’ADN purifié (biolistique) ; c’est le cas par exemple dans le maïs génétiquement modifié NK 603 de Monsanto ; l’EPSP synthase est la cible de la matière active de certains herbicides tels que le glyphosate (N-phosphono méthyl-glycine, qui a néanmoins besoin d’un surfactant pour bien pénétrer la plante)… » - Article cité].

[D’après Wikipédia, « La voie du shikimate, ou voie de l’acide shikimique, est une voie métabolique aboutissant à la biosynthèse de certains acides aminés aromatiques. Elle est présente chez des bactéries, des mycètes, des algues, des protistes et des plantes, mais est absente chez les animaux. Pour cette raison, les acides aminés produits par ces réactions sont dits essentiels chez les animaux, c’est-à-dire que ces derniers doivent se les procurer à partir de leur alimentation car ils ne peuvent les produire eux-mêmes par leur métabolisme. Il s’agit d’une série de réactions convertissant le phosphoénolpyruvate et l’érythrose-4-phosphate en chorismate, précurseur commun d’acides aminés aromatiques tels que la phénylalanine, le tryptophane et la tyrosine. Si les grandes lignes de cette voie métabolique sont communes aux organismes qui l’utilisent, chacun d’entre eux la met en œuvre d’une manière qui lui est propre, de sorte qu’il en existe de nombreuses variantes… » – Article complet sur ce site : https://fr.wikipedia.org/wiki/Voie_du_shikimate ].

Les humains et les animaux n’ont pas la voie du shikimate, donc les industriels et les autorités chargées de la régulation ont affirmé que le glyphosate n’est pas toxique pour l’homme [1]. Cependant, certaines souches de bactéries intestinales ont la voie shikimate, ce qui conduit à beaucoup de débats sur la question de savoir si le Roundup et le glyphosate pourraient affecter le microbiome intestinal (populations bactériennes). Les déséquilibres des bactéries intestinales sont liés à de nombreuses maladies, dont le cancer, le diabète de type 2, l’obésité et la dépression.

[Voir le dossier INSERM Microbiote intestinal (flore intestinale) - Une piste sérieuse pour comprendre l’origine de nombreuses maladies - Notre tube digestif abrite pas moins de 1012 à 1014 micro-organismes, soit 2 à 10 fois plus que le nombre de cellules qui constituent notre corps. Cet ensemble de bactéries, virus, parasites et champignons non pathogènes constitue notre microbiote intestinal (ou flore intestinale). Son rôle est de mieux en mieux connu et les chercheurs tentent aujourd’hui de comprendre les liens entre les déséquilibres du microbiote et certaines pathologies, en particulier les maladies auto-immunes et inflammatoires].

[D’après Wikipédia, « Le microbiote intestinal humain, anciennement appelé flore intestinale humaine, est l’ensemble des micro-organismes (archées, bactéries, fungi et aussi virus) qui se trouvent dans le tractus digestif humain (c’est-à-dire le microbiome intestinal). Il ne s’agit pas uniquement de bactéries intestinales, mais celles de tout le système gastro-intestinal (estomac, selles). Ce microbiote constitue le plus grand réservoir du microbiote de l’organisme humain. Le microbiote intestinal et son hôte humain sont un exemple de symbiose mutualiste, c’est-à-dire une coopération entre différentes sortes d’organismes impliquant un avantage pour chacun, à distinguer du commensalisme. Le microbiote se montre même capable de réguler l’expression de certains gènes de l’hôte, ce qui pourrait évoquer des relations symbiotiques avancées1,2. Chez un individu en bonne santé, les activités métaboliques du microbiote intestinal humain en font un organe à part entière dans la physiologie humaine. Il est impliqué dans la maturation du système immunitaire de l’hôte et la maturation de son épithéliumintestinal3. Il intervient dans de nombreuses voies métaboliques fondamentales comme la fermentation des sucres et des protéines ainsi que le métabolisme des acides biliaires et des xénobiotiques4. De plus, du point de vue de la nutrition, il permet aux systèmes digestifs de fermenter les fibres alimentaires et de synthétiser les vitamines dites essentielles5,6. En cas de dysbiose c’est‐à‐dire un changement dans la composition ou la stabilité des populations bactériennes de l’intestin, le microbiote peut être associé à des troubles métaboliques tel que le diabète de type 2, l’obésité ou bien les maladies cardiovasculaires. Par ailleurs, certaines composantes du microbiote ont été associées aux maladies inflammatoires chroniques de l’intestin telles que la maladie de Crohn ou la rectocolite hémorragique7,8,9, mais aussi au développement d’allergies10 et au cancer colorectal11. Cependant, la plupart des recherches datent des années 2000 grâce aux techniques de séquençage haut débit du matériel génétique et n’ont pas dépassé le stade exploratoire si bien que les connaissances dans ce domaines ne sont pas scientifiquement établies. Si ces hypothèses scientifiques ouvrent des pistes prometteuses, elles font flamber l’imaginaire de chacun sur le ventre dans la mesure où il est essentiellement valorisé et approprié dans le circuit de la vulgarisation sans plus de nuances comme étant « le deuxième cerveau »12… - Rôles du microbiote intestinal : il protège contre des pathogènes, synthétise des vitamines, participe au développement et à la maturation du système immunitaire, promeut l’angiogenèse, participe à la prise de poids, fermente les fibres en AGCC (Acides Gras à Chaînes Courtes), module le SNC (Système Nerveux Central). Voir le schéma explicatifArticle cité accessible ici.

Comme de nombreuses espèces de bactéries intestinales ont la voie du shikimate, les scientifiques ont émis l’hypothèse que les herbicides à base de glyphosate pourraient inhiber l’enzyme EPSPS de la voie du shikimate dans ces organismes, conduisant à un déséquilibre dans le microbiome, avec des conséquences potentiellement négatives pour la santé. Certains ont proposé que si les herbicides à base de glyphosate perturbent le microbiome intestinal, l’inhibition de l’EPSPS serait le principal mécanisme par lequel cela se produit.

Cependant, la preuve que les herbicides à base de glyphosate peuvent inhiber l’enzyme EPSPS et la voie shikimate chez les bactéries intestinales faisait jusque-là défaut. Mais une nouvelle étude a prouvé, hors de tout doute possible, que cela se produit bien effectivement ainsi.

[Voir l’article Shotgun metagenomics and metabolomics reveal glyphosate alters the gut microbiome of Sprague-Dawley rats by inhibiting the shikimate pathway - View ORCID Profile Robin Mesnage, Maxime Teixeira, Daniele Mandrioli, Laura Falcioni, Quinten Raymond Ducarmon, Romy Daniëlle Zwittink, Caroline Amiel, Jean-Michel Panoff, View ORCID ProfileFiorella Belpoggi, Michael N Antoniou - doi : https://doi.org/10.1101/870105 - This article is a preprint and has not been certified by peer review [what does this mean ?]. Abstract - Full Text - Info/History - Metrics - Preview PDF ].

L’étude chez les rats de laboratoire conduite par une équipe internationale de scientifiques basée à Londres, en France, en Italie et aux Pays-Bas, dirigée par le Dr Michael Antoniou du King’s College de Londres et publiée sur le site de pré-évaluation révisée par les pairs, BioRxiv, a révélé que l’herbicide Roundup et sa matière active glyphosate, provoquent une augmentation spectaculaire des niveaux de deux substances, l’acide shikimique et l’acide 3-déshydroshikimique, dans l’intestin, qui indiquent directement que l’enzyme EPSPS de la voie de l’acide shikimique a été sévèrement inhibée.

De plus, les chercheurs ont découvert que le Roundup et le glyphosate affectaient le microbiome à toutes les doses testées, provoquant des changements dans les populations bactériennes.

Les niveaux testés étaient auparavant supposés n’avoir aucun effet négatif

Pour cette étude, des rats femelles (12 par groupe) ont reçu une dose quotidienne de glyphosate ou d’une formulation Roundup approuvée par les autorités chargées de la réglementation en Europe, appelée MON 52276. Le glyphosate et le Roundup ont été administrés par l’eau potable pour donner un apport quotidien de 0,5 mg, 50 de glyphosate mg et 175 mg / kg de poids corporel par jour (mg / kg pc / jour), qui représentent respectivement l’apport quotidien acceptable (DJA) dans l’Union Européenne, le niveau d’effet indésirable non observé (NOAEL) de l’UE et le NOAEL américain.

[Pour mémoire, selon Wikipédia, « La dose sans effet observable (NOEL, de l’anglais no observed effect level) est l’acronyme qui désigne une unité de mesure utilisée en toxicologie et radiotoxicologie et plus particulièrement dans le domaine des faibles doses. Cette unité désigne la dose sans aucun effet1, c’est-à-dire la dose la plus élevée d’une substance qui ne provoque pas de modifications distinctes de celles observées chez les animaux contrôlés. Attention, elle est établie pour un produit chimique ou une molécule ou un cocktail de molécules, mais ne tient pas compte des effets de potentialisation ou d’éventuelles synergies positives ou négatives avec d’autres molécules, conditions (par exemple température, rayonnement, etc.) ou substances (toxiques ou non). La dose sans effet observable sert de base au calcul de la première dose d’exposition chez l’homme plutôt que l’exposition obtenue à la dose sans effet toxique observable. La FDA, dans ses recommandations, ne considère que la dose sans effet toxique observable 1… » - Source de l’article avec références].

L’étude a révélé certains effets indésirables à toutes les doses testées, réfutant les hypothèses des autorités de réglementation selon lesquelles ces niveaux n’ont aucun effet négatif.

Certaines études antérieures ont également signalé des changements dans le microbiome intestinal des animaux de laboratoire exposés au glyphosate et / ou au Roundup. Cependant, comme ils n’ont pas utilisé les techniques de profilage moléculaire plus approfondies (multi-omiques) utilisées dans la dernière recherche, ils n’ont pas observé l’inhibition de la voie shikimate.

Une analyse complète exceptionnelle

L’aspect unique de la nouvelle étude est qu’une analyse plus complète qui n’avait jamais a été réalisée pour voir si les changements du microbiome intestinal pouvaient affecter la santé des rats.

Les chercheurs ont appliqué deux niveaux d’analyse pour étudier les changements :

1) une analyse métagénomique, qui a examiné la totalité de l’ADN dans l’intestin et ainsi identifié tous les organismes présents.

2) une analyse métabolomique, qui a examiné les altérations de la biochimie de l’environnement du microbiome intestinal.

Définitions utiles

Selon Wikipédia, « La métagénomique est une méthode d’étude du contenu génétique d’échantillons issus d’environnements complexes (ex : intestin, océan, sols, air, etc.) prélevés dans la nature (par opposition à des échantillons cultivés en laboratoire)1. Cette approche, via le séquençage direct de l’ADN présent dans l’échantillon, permet une description génomique du contenu de l’échantillon, mais aussi un aperçu du potentiel fonctionnel d’un environnement. L’utilisation du préfixe « méta » fait référence à « ce qui vient après » ; ici, la métagénomique vient après la génomique en étudiant les organismes directement dans leur environnement sans passer par une étape de culture en laboratoire… » - Article complet ici. ]

Selon Wikipédia, « La métabolomique est une science très récente qui étudie l’ensemble des métabolites primaires (sucres, acides aminés, acides gras, etc.) et des métabolites secondaires dans le cas des plantes (polyphénols, flavonoïdes, alcaloïdes, etc.) présents dans une cellule, un organe, un organisme. C’est l’équivalent de la génomique pour l’ADN. Elle utilise la spectrométrie de masse et la résonance magnétique nucléaire… » - Article complet ici.

Le Dr Antoniou a déclaré : « Nous sommes les premiers à utiliser cette combinaison de profilage par métagénomique et métabolomique pour rechercher les effets des herbicides à base de glyphosate sur le microbiome intestinal. Grâce à cette analyse multi-omique complète, nous avons obtenu des résultats définitifs démontrant l’impact à la fois du glyphosate et du ‘Roundup’ sur les populations bactériennes et la biochimie du microbiome intestinal ».

[Analyse multi-omique : voir par exemple le dossier INSERM [PDF] Approches « omiques - iPubli-Inserm– Site : : http://www.ipubli.inserm.fr/bitstream/handle/10608/222/?sequence=30 ].

L’analyse métagénomique a révélé que le Roundup et le glyphosate affectaient le microbiome à toutes les doses, provoquant des changements dans les populations bactériennes.

La métabolomique a révélé que les niveaux de deux substances, l’acide shikimique et l’acide 3-déshydroshikimique, ont considérablement augmenté aux deux doses plus élevées dans l’intestin des rats nourris à la fois au glyphosate et au Roundup. Ces deux substances étaient indétectables dans l’intestin des animaux témoins. Ceci indique clairement que l’enzyme EPSPS de la voie de l’acide shikimate a été inhibée par le glyphosate et le Roundup, car s’il était actif, il convertirait rapidement l’acide shikimique en la substance suivante de la voie - mais cela ne s’est pas produit.

Le Dr Antoniou a déclaré que cet effet avait été précédemment supposé mais non prouvé : « Notre étude fournit la première preuve que le glyphosate et le Roundup, à ces doses réglementaires autorisées et donc présumées sûres, (non toxiques) inhibent bien la voie de l’acide shikimique dans les bactéries intestinales ».

Manifestation d’un stress oxydatif

Les chercheurs ont également observé d’autres changements dans le métabolome intestinal qui étaient révélateurs du stress oxydatif, un type de déséquilibre pouvant entraîner des mutations de l’ADN, des dommages aux cellules et aux tissus et des maladies telles que le cancer. Les bactéries intestinales réagissent au stress oxydatif en produisant certaines substances qui le combattent [2].

[Selon Wikipédia, « Le stress oxydant, appelé aussi stress oxydatif (ou pression oxydative) est un type d’agression des constituants de la cellule. Il apparait quand des espèces réactives oxygénées 1 (ou radicaux libres) et/ou des espèces réactives oxygénées et azotées oxydant pénètrent la cellule ou s’y forment ; ces molécules sont instables et très cytotoxiques car elles ’oxydent’ d’autres molécules en leur ’ volant ’ un électron ce qui les rend à leur tour instables2. Ces espèces peuvent être ou non des radicaux. Les trois plus connues sont l’anion superoxyde (O2•–), le radical hydroxyle (HO• et le peroxyde d’hydrogène (H2O2) ; ce peroxyde d’hydrogène naturellement produit par le métabolise cellulaire, en présence de fer (sous forme ionique, fer ferreux Fe2+) produit des radicaux hydroxyle (réaction de Fenton) intracellulaires très toxiques, mais dans une cellule saine il est neutralisé presque en temps réel par du glutathion (qui le transforme en eau)2…] – Article complet ici.

Biomarqueurs d’exposition au glyphosate

Le Dr Antoniou a déclaré que l’étude a ouvert de nouvelles voies en identifiant le tout premier biomarqueur d’exposition au glyphosate, qui pourrait être pertinent pour les êtres humains. « Nos résultats suggèrent que des recherches et enquêtes sur les populations humaines devraient être entreprises de toute urgence pour montrer s’il existe un corrélation entre les niveaux de glyphosate et de shikimate. Si une telle corrélation existait, les niveaux de shikimate pourraient être utilisés comme mesure des effets biologiques de l’exposition au glyphosate ».

Cela signifie qu’il est possible de voir si une certaine maladie chez une personne est associée à une exposition au glyphosate en examinant son microbiome fécal, bien qu’un lien de causalité entre la maladie et le glyphosate n’ait pas encore pu être établi.

De plus, les résultats ont montré des changements distincts dans le profil des populations bactériennes intestinales. Le glyphosate et le MON 52276 ont augmenté les niveaux d’Eggerthella spp. et Homeothermacea spp, tandis que MON 52276 a également augmenté les niveaux de Shinella zoogleoides. Ces changements dans les espèces bactériennes, s’ils sont confirmés par d’autres études, pourraient également agir comme biomarqueurs supplémentaires de l’exposition au glyphosate et au Roundup.

Le Dr Antoniou a déclaré : « Nous constatons des changements définitifs et cohérents à toutes les doses de MON 52276 et de glyphosate. Ainsi, même au niveau de l’ADI (apport quotidien acceptable, les régulateurs croient pouvoir être ingérés quotidiennement sur le long terme sans effet indésirable), nous constatons ces changements dans les populations bactériennes. À long terme, il peut y avoir des conséquences sur la santé des êtres vivants. Actuellement, la science ne comprend pas suffisamment les conséquences biologiques et sanitaires de ces changements, mais les modifications sont en elles-mêmes une source majeure de préoccupation ».

Des dommages au foie chez les rats nourris au Roundup et au glyphosate

L’étude a également révélé que le Roundup et, dans une moindre mesure, le glyphosate, avaient endommagé le foie et les reins des rats, même pendant la période d’étude relativement courte de 90 jours. Un examen histopathologique (microscopique) du foie a montré que les deux doses plus élevées de Roundup provoquaient une augmentation statistiquement significative et dose-dépendante des lésions, des modifications de la stéatose hépatique et une nécrose (mort des tissus).

Dans la nouvelle étude, dans le groupe de traitement au glyphosate, il y avait également une augmentation de l’incidence de ces lésions hépatiques, mais ce n’était pas à un niveau statistiquement significatif. En revanche, aucun des animaux témoins n’a montré les mêmes effets sur le foie, de sorte que les changements chez les animaux nourris au glyphosate peuvent être biologiquement significatifs. Comme le déclarent les auteurs, il est possible qu’ils n’aient pas atteint une signification statistique car le nombre d’animaux était trop faible et la durée d’exposition trop courte. Un autre mois ou deux ajoutés à la durée de l’étude aurait pu entraîner une signification statistique pour le glyphosate ainsi que les effets du Roundup.

Les résultats de la stéatose hépatique confirment et étendent les observations d’une étude antérieure de l’équipe du Dr Antoniou. Dans cette étude précédente, les rats ont reçu une dose de Roundup qui était 125.000 fois inférieure, sur la base de la dose de glyphosate, au groupe de dose le plus faible de la nouvelle recherche. Cependant, ils ont reçu cette dose sur une période à plus long terme de deux ans. Cette dose plus faible a également provoqué une stéatose hépatique. « Nous savons maintenant qu’une dose plus faible de Roundup sur une période plus longue ou une dose plus élevée sur une période plus courte, produisent le même résultat », a déclaré le Dr Antoniou.

Une dysfonction rénale

Il y a eu également une nette augmentation de la dysfonction rénale - lésions, minéralisation et nécrose - dans les groupes d’animaux de laboratoire soumis aux Roundup et glyphosate, mais la plupart du temps, elles n’étaient pas statistiquement significatives. Cela peut être dû au fait qu’il y avait trop peu d’animaux ou que l’étude était d’une durée trop courte. Quiconque souhaite reproduire ces effets dans d’autres études devrait prolonger la durée de l’étude et utiliser un plus grand nombre d’animaux pour voir si des dommages graves aux reins se produisent à long terme.

Effets sur la biochimie sanguine

Les chercheurs s’attendaient à ce que les signes d’atteinte de la fonction hépatique et rénale dans les groupes Roundup et, dans une moindre mesure, dans les groupes soumis au glyphosate, se reflètent dans la biochimie sanguine. Étonnamment, cependant, ils ont vu peu de changement à ce niveau. Le Dr Antoniou a commenté : « Bien que les mesures biochimiques du sang soient couramment utilisées pour évaluer le dysfonctionnement hépatique ou rénal chez l’homme, ce sont des méthodes relativement grossières qui pourraient manquer pour juger les effets des pesticides. Et cela a été prouvé dans notre étude.

« Mais en utilisant des « approches omiques » qui analysent des centaines de mesures, nous avons observé une toxicité hépatique due au glyphosate et au Roundup. Nous avons constaté tous ces changements après seulement 90 jours d’alimentation à des niveaux qui, selon les autorités de réglementation, ne produisent aucun effet indésirable ».

« Notre étude montre que les mesures physiologiques et biochimiques plus superficielles ne vont pas assez loin. Nous devons utiliser des méthodes d’analyse multi-omiques de pointe dans le cadre du processus d’évaluation des risques, pour nous assurer de ne rien manquer d’important pour la santé publique ». Voir à ce sujet une thèse sur l’[Apprentissage statistique pour l’intégration de données omiques ].

Jusqu’à présent, les personnels chargés de la réglementation et de la sécurité en santé publique n’ont pas encore intégré ces méthodes dans leur processus d’évaluation des risques.

Un nouveau mécanisme de liaison glyphosate-cancer ?

En 2015, le glyphosate a été classé comme cancérogène probable par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). Les experts de l’agence ont identifié le stress oxydatif et la génotoxicité (dommages à l’ADN) comme des mécanismes possibles.

La nouvelle étude propose un nouveau mécanisme par lequel l’exposition aux herbicides à base de glyphosate peut provoquer le cancer. Les animaux nourris au Roundup et au glyphosate ont montré des niveaux élevés d’acide shikimique dans leur intestin. L’acide shikimique peut avoir de nombreux effets biologiques différents, y compris la protection du corps contre le stress oxydatif. Mais il a également été proposé comme promoteur du cancer, et une étude récente a révélé que le shikimate peut stimuler la prolifération des cellules cancéreuses du sein chez les êtres humains. Les auteurs déclarent dans leur article : « Le nouveau mécanisme d’action du glyphosate sur le microbiome intestinal que nous décrivons dans l’étude présentée ici, pourrait être pertinent dans le débat sur la capacité du glyphosate à agir comme agent cancérigène ».

La puissance de l’analyse multi-omique

Dans leur article, les auteurs expliquent que leur étude « démontre le pouvoir d’utiliser le profilage moléculaire multi-omique pour révéler des changements dans le microbiome intestinal suite à une exposition à des polluants chimiques qui seraient autrement manqués, en utilisant des méthodes analytiques plus standard et moins complètes ».

Les chercheurs ont identifié le premier biomarqueur des effets du glyphosate sur le microbiome intestinal du rat, à savoir une augmentation marquée du shikimate et du 3-déshydroshikimate, ce qui indique une inhibition de l’enzyme EPSPS de la voie du shikimate. De plus, ils ont trouvé des niveaux accrus de certaines substances suggérant une réponse au stress oxydatif. Ils ont également montré que le Roundup et le glyphosate provoquaient des changements distincts dans le profil des populations bactériennes intestinales, qui pourraient également agir comme biomarqueurs supplémentaires de l’exposition au glyphosate et au Roundup.

Les chercheurs ont conclu : « Bien que davantage d’études soient nécessaires pour comprendre les implications pour la santé publique et individuelle de l’inhibition du glyphosate de la voie shikimate dans le microbiome intestinal, nos résultats peuvent être utilisés dans des études épidémiologiques environnementales pour comprendre si le glyphosate peut avoir des effets biologiques sur les populations humaines ».

Remarques

1. Dans l’addendum final au rapport d’évaluation du renouvellement du glyphosate (octobre 2015), p. 23, [voir Final addendum to the Renewal Assessment Report on glyphosate], l’État membre rapporteur (Allemagne) et l’État membre co-rapporteur (Slovaquie) déclarent, sur la base des allégations de l’industrie, que « l’action sur la voie de l’acide shikimique est unique au glyphosate et l’absence de cette voie chez les animaux est un facteur important de sa faible toxicité pour les vertébrés ».

2. Des niveaux accrus de γ-glutamylglutamine, de cystéinylglycine et de valylglycine ont été trouvés dans l’intestin.

MISE À JOUR du 12 décembre 2019 : On nous a demandé si les effets trouvés pouvaient également résulter d’un apport alimentaire quotidien typique de glyphosate. La réponse est que les niveaux testés dans cette expérience sont plus élevés que ceux généralement trouvés dans le régime alimentaire et nous ne savons pas si les mêmes effets sur le microbiome seraient observés à des niveaux d’apport alimentaire typiques. Cependant, une étude précédente mentionnée dans l’article ci-dessus, dirigée par le Dr Antoniou, a testé de très faibles doses de Roundup comparables à celles auxquelles les gens pourraient être exposés via un régime alimentaire ou avec de l’eau potable contaminée, et il a été constaté que même ces faibles niveaux provoquaient une stéatose hépatique chez le rat. Il est donc probable que l’effet de la stéatose hépatique soit une préoccupation réelle avec un apport alimentaire typique de la présence de glyphosate.

Image de Roundup par Mike Mozart (CC BY 2.0) - GMWatch

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Traduction avec ajout de compléments d’informations et intégration de liens hypertextes : Jacques HALLARD, Ingénieur CNAM, consultant indépendant 16/12/2019

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Fichier : ISIAS Pesticides Santé Glyphosate and Roundup proven to disrupt gut microbiome by inhibiting shikimate pathway French version.2

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