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"Des groupes de citoyens britanniques fonctionnent comme un jury travaillant sur le réchauffement climatique et ils aident à résoudre le puzzle des actions politiques en faveur du climat" par Cathleen O’Grady

Traduction et compléments de Jacques Hallard
dimanche 1er novembre 2020 par O’Grady Cathleen


ISIAS Climat Démocratie participative

Des groupes de citoyens britanniques fonctionnent comme un jury travaillant sur le réchauffement climatique et ils aident à résoudre le puzzle des actions politiques en faveur du climat

Ajout de compléments sur les assemblées citoyennes, les mini-publics, la démocratie participative et les sondages délibératifs

L’article d’origine de Cathleen O’Grady a été publié le 20 octobre 2020 par Sciencehttps://www.google.fr/url?sa=t&...sous le titre « Jury duty for global warming : citizen groups help solve the puzzle of climate action » et il est accessible sur ce site : https://www.sciencemag.org/news/2020/10/jury-duty-global-warming-citizen-groups-help-solve-puzzle-climate-action

https://www.sciencemag.org/sites/de...

Photo - Les 110 membres de l’Assemblée sur le climat du Royaume-Uni (U.K. Climate Assembly) ont été choisis au hasard. FABIO DE PAOLA/PA WIRE


Contenu des compléments ajoutés par le traducteur Jacques Hallard sur les assemblées citoyennes, les mini-publics, la démocratie participative et les sondages délibératifs :

A. Introduction d’un article de Wikipédia intitulé « Citizens’ assembly” (Assemblée des citoyens)

B. Compléments sur la sélection des mini-publics entre tirage au sort, motivation et disponibilité – Par Jean-Michel Fourniau – Document ‘cairn.info’ - Dans Participations 2019/HS (Hors Série),

C. Démocratie participative – Travaux mis en ligne sur le site ISIAS

D. Le sondage d’opinion délibératif (S.O.D.) - Núria FONT - Universitat Autonoma de Barcelona – 1998

E. Le sondage délibératif - Éthique et politique de la discussion – Enregistrement de France Culture 4 minutes - Le 23/02/2017

F. Enquête / Sondages délibératifs - James Fishkin, architecte de la démocratie pure - Par Laure Andrillon, Envoyée spéciale en Californie — 22 février 2017 à 17:06 – Document ‘liberation.fr/debats’

Traduction de l’article d’origine par Jacques Hallard

Jusqu’à récemment, Sue Peachey, gestionnaire d’immeuble à Bath, au Royaume-Uni, ne pensait pas beaucoup au changement climatique. « Je me suis recyclée ! », dit-elle. « Je ne savais tout simplement pas à quel point c’était grave ». Elle n’avait jamais imaginé que le Parlement britannique puisse venir lui demander son avis sur la politique climatique. Mais l’année dernière, une lettre est arrivée dans sa boîte à lettres, l’invitant à s’exprimer en se joignant à la toute première assemblée climatique du Royaume-Uni. « Je n’ai jamais fait cette fonction de juré - je n’avais jamais rien fait de tel auparavant », dit Sue Peachey. Elle pensa à ses enfants et à ses beaux-enfants et à la situation et aux problèmes dont ils hériteraient. « C’est la raison principale pour laquelle je me suis dit :« Eh bien, si quelqu’un peut avoir son mot à dire, pourquoi ne serait-ce pas moi ? ».

Ainsi, Sue Peachey s’est inscrite pour passer quatre week-ends, allant en voiture à Birmingham pour écouter des experts, délibérer avec 109 concitoyens et recommander des politiques climatiques. L’assemblée était plus qu’un groupe de discussion ou une réunion publique : c’était une expérience de transfert du pouvoir politique à un ensemble aléatoire de personnes, mais représentatif des citoyens. Le mois dernier, il a produit son rapport final et ses recommandations façonneront les débats au Parlement britannique.

L’Assemblée du Royaume-Uni sur le climat (U.K. Climate Assembly) est l’un des nombreux rassemblements similaires qui se déroulent un peu partout en Europe, dont beaucoup sont chargés de lutter contre le changement climatique et et de travailler sur d’autres questions à forte dimension scientifique. Une assemblée de citoyens en Irlande, qui a délibéré de 2016 à 2018, a conduit à un référendum légalisant l’avortement et à un projet du gouvernement pour quadrupler la taxe carbone d’ici 2030.

Cette année en France, une assemblée de citoyens [aussi tirés au sort] a permis de formuler 149 recommandations en matière de politique climatique, et le président Emmanuel Macron a accepté de faire pression pour considérer 146 d’entre elles, y compris faire de « l’écocide », un crime, et inclure des objectifs climatiques dans la constitution française. L’Espagne, le Danemark et l’Écosse ont annoncé leurs propres assemblées climatiques à venir, bien qu’elles aient été retardées par la pandémie de COVID-10. Et aux niveaux régional et local, des dizaines de jurys et conseils de citoyens ont élaboré des politiques d’adaptation au climat, de qualité de l’air et de protection de l’environnement.

Les partisans disent que ces « mini-publics » soigneusement conçus peuvent sortir des impasses politiques en rassemblant les citoyens pour entendre des preuves et délibérer. Ils mettent en évidence des politiques de haute qualité, créées par des perspectives nouvelles et diverses, et des recherches comportementales montrent le pouvoir de la délibération guidée pour changer les esprits et réduire la polarisation. Ce qui a commencé comme un modèle académique abstrait, a pris son envol dans le monde réel, déclare David Van Reybrouck, historien belge, auteur et défenseur des « minipublics ». « Nous avons vraiment vu une vague, une poussée, de démocratie délibérative ». [Voir David Grégoire Van Reybrouck, né à Bruges le 11 septembre 1971, est un scientifique, historien de la culture, archéologue et écrivain belge d’expression néerlandaise. Il a obtenu plusieurs grands prix littéraires1…]

Claudia Chwalisz, une analyste politique qui a suivi la vague croissante de « minipublics » l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), un club de pays économiquement développés, affirme que ces organes délibérants sont bien adaptés pour s’attaquer aux problèmes à long terme parce que les citoyens n’ont pas besoin s’inquiéter des incitations à court terme des cycles électoraux, qui leur donnent plus de liberté que les élus. Un « minipublics » peut également incarner un large éventail de perspectives, un avantage pour les problèmes avec des compromis complexes et des dilemmes basés sur la valeur. La politique climatique, ajoute-t-elle, coche les deux cases.

[Voir aussi Claudia Chwalisz : Consultante à Populus et fellow au ‘Crick Centre’ à l’Université de Sheffield ; experte du populisme, des innovations démocratiques et d’économie politique, elle est l’auteur de The people’s verdict : Adding informed citizen voices to public decision-making (2017) et The populist signal : Why politics and democracy need to change (2015)… » - Source : https://jean-jaures.org/auteurs/claudia-chwalisz ].

Surtension délibérative

Le nombre de « mini-publics » nationaux et locaux - des assemblées dont les membres sont choisis au hasard et qui délibèrent sur les recommandations politiques - a augmenté au cours de la dernière décennie. Beaucoup traitaient de questions scientifiques.

Attribuer au hasard des citoyens à des postes de pouvoir politique a une histoire qui remonte à la Grèce antique, où les Athéniens ont utilisé cette pratique pour sélectionner des magistrats et des membres de leur Conseil représentatif des cinq cents. Mais les architectes des systèmes électoraux post-révolutionnaires, la France et les États-Unis ont préféré un système républicain d’hommes politiques professionnels - une « aristocratie élue » - à la domination pure et simple des masses, dit Van Reybrouck. « Ils avaient alors autant peur de la démocratie que nous le serions de l’anarchie aujourd’hui ».

[Informations sur ’Conseil des Cinq-Cents’ :

Le Conseil des Cinq-Cents d’après ‘eduscol.education.fr’

Le terme de ’ Βουλή’ (Boulè) se traduit par généralement ’Conseil’ ou ’Conseil des Cinq-Cents’. Le nombre initial de 400 membres dans la période pré démocratique fut en effet porté à 500 par Clisthène, à raison de cinquante bouleutes (οἱ βουλευταί) par tribu. Ce ’ Conseil’ siègeait dans le Bouleuterion (τὸ βουλευτήριον), situé sur l’Agora. Contrairement à l’assemblée générale des citoyens (ἡ ἐκκλησία), le Conseil des 500 est, comme son nom l’indique, un organe représentatif. Pour cette raison, on pourrait être tenté de le comparer à notre ’Assemblée nationale’ ou à notre ’Sénat’, ce dernier terme étant d’ailleurs souvent employé par les traducteurs du XIX° siècle. Il existe pourtant des différences fondamentales qui interdisent ce rapprochement.

1. La démocratie athénienne est directe et le Conseil n’a pas de réel pouvoir législatif. Il peut proposer des décrets, les promulguer, mais en aucun cas les discuter ou les voter. Ce pouvoir appartient exclusivement à l’Ecclesia.

2. Les’ bouleutes’ ne sont pas élus. Ils sont tirés au sort parmi les citoyens âgés de plus de trente ans qui font acte de candidature dans leur dème.

3. Les bouleutes ne constituent pas une élite. Tous les citoyens peuvent en faire partie (et cela leur arrive nécessairement un jour ou l’autre s’ils respectent leurs obligations civiques), indépendamment de toute distinction sociale ou critère de fortune.

L’isonomie, l’isogonie et l’iségorie s’appliquent ici aussi.

4. Les seules restrictions d’accès sont l’honorabilité et la limite d’âge. Si cette dernière garantit une meilleure connaissance de la vie politique, elle ne fait pour autant de la Boulè un ’conseil des anciens’ ni un ’comité des sages’, le recrutement par tirage au sort laissant entrevoir de grandes disparités dans les compétences et les enthousiasmes de ses membres.

En réalité, il faut plutôt voir la Boulè comme l’organe permanent du gouvernement. Contrairement à l’Ecclesia qui ne siège que périodiquement, elle fonctionne sans interruption, jour et nuit, toute l’année, le système de la prytanie permettant une rotation mensuelle entre ses membres.

Voir le Sommaire du dossier « La citoyenneté à Athènes » avec tous les détails sur ce site : https://eduscol.education.fr/odysseum/le-conseil-des-cinq-cents - © Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse].

[La Révolution française - Le Conseil des Cinq-cents - Le Conseil des Cinq-Cents était une assemblée créée par la constitution de l’an III et qui succéda immédiatement à la Convention : elle siégea du 6 brumaire an IV au 19 brumaire an VIII (28 octobre 1795 - 10 novembre 1799). Elle formait, avec le Conseil des Anciens le Corps législatif. Elle se composait de 500 membres, élus pour 3 ans. Ils devaient être âgés de plus de 30 ans et domiciliés depuis 10 ans sur le territoire de la République. Cette assemblée proposait les lois. Le Conseil des Cinq-Cents siégeait dans la salle du Manège http://www.cosmovisions.com/monu.gif (située dans ce qui est aujourd’hui la rue de Rivoli). Dans la journée du 18 fructidor an V, les Directeurs expulsèrent 42 de ses membres, qui tendaient à la contre-révolution. Le 18 brumaire an VIII, ce Conseil, transféré à Saint-Cloud, fut violemment dissous, en même temps que le Conseil des Anciens, par le général Bonaparte

Lire la suite sur ce site : http://www.cosmovisions.com/ChronoRevolutionCinqCents.htm ]. Autre source sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Conseil_des_Anciens ].

Suite de l’article traduit

Aujourd’hui, cependant, les démocraties électorales se débattent face à la « partisanerie » et au populisme. En novembre 2018, Van Reybrouck a assisté à un déjeuner lors d’une visite d’État française en Belgique et ilna été entraîné dans une conversation avec le Président Macron. À l’époque, la France était en feu : des milliers de manifestants, furieux à la perspective d’une hausse de la taxe sur les carburants, exprimaient leur rage dans les rues. « Qu’est-ce qu’ils voulaient que je fasse ? » Van Reybrouck se souvient que le Président Macron avait demandé avec frustration. « Ils veulent que je sauve l’environnement et en même temps que je maintienne les prix de l’essence à un bas niveau ».

Faire participer les citoyens à la discussion aiderait, a déclaré Van Reybrouck au président français. Tout le monde en France n’a pas accès aux transports en commun, et ceux qui sont déjà aux prises avec les coûts d’une voiture, seraient désormais encore plus désavantagés. Lorsque Van Reybrouck a commencé à parler de « minipublics », il dit : « [Macron] pose alors sa fourchette, prend un stylo à bille et commence à prendre des notes ».

Le mois suivant, en France, l’administration Macron a annulé la hausse des impôts et a annoncé une série de réunions publiques pour que les citoyens expriment leurs griefs. En avril 2019, Macron a annoncé la création de la Convention des citoyens sur le climat. Parmi les nombreuses propositions éventuelles de l’assemblée figuraient une taxe sur les carburants pour l’aviation de loisir, une taxe d’assurance basée sur les émissions des véhicules et une taxe sur le poids des véhicules, mais pas de taxe sur les carburants pour les conducteurs.

[Voir Site officiel de la Convention Citoyenne pour le ClimatetLa Convention citoyenne pour le climat qui est une convention française, constituée en octobre 2019 par le Conseil économique, social et environnemental sur demande du Premier ministre Édouard Philippe. Elle regroupe 150 citoyens tirés au sort parmi la population française, et a pour objectif de « définir les mesures structurantes pour parvenir, dans un esprit de justice sociale, à réduire les émissions de gaz à effet de serre d’au moins 40 % d’ici 2030 par rapport à 1990 ». Le dispositif est annoncé par le président de la République Emmanuel Macron en avril 2019, à l’issue du grand débat national, reprenant une proposition émise durant le mouvement des Gilets jaunes par le collectif des Gilets citoyens qui regroupe diverses personnalités militantes et universitaires. Dans son rapport publié en juillet 2020, la Convention formule 149 propositions. Emmanuel Macron s’engage dans la foulée à ce qu’elles soient appliquées à l’exception de trois d’entre elles- Lire en entier sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Convention_citoyenne_pour_le_climat ].

Suite de l’article traduit

La situation de Macron n’était guère unique. Les gouvernements sont paralysés par le problème de l’action climatique, déclare Rebecca Willis, spécialiste en sciences sociales de l’environnement à l’Université de Lancaster qui a aidé à choisir des conférenciers experts pour l’Assemblée sur le climat du Royaume-Uni. Elle a interviewé des politiciens britanniques et étudié leurs discours et elle a constaté qu’ils sous-estimaient le soutien du public à l’action climatique. « Ils ne se sont sentis soumis à aucune pression pour agir », dit-elle. Les politiciens ont également tendance à surestimer l’opposition d’une minorité vocale à certaines mesures climatiques - comme les parcs éoliens terrestres, dit-elle. Et ils craignent d’être punis au niveau des urnes, où les citoyens expriment leurs opinions sur une multitude de politiques en même temps : « Le vote est un instrument tellement brutal ».

Mi-2019, le Royaume-Uni s’est fixé un objectif d’émissions nettes de carbone qui soient nulles d’ici 2050, une première étape vers le respect de ses engagements envers l’accord de Paris de 2016. Mais depuis lors, aucune action n’a été menée pour atteindre l’objectif, déclare Darren Jones, un politicien du parti travailliste. « Nous avons légiféré sur cet objectif, et c’est formidable », dit-il. « Mais maintenant, comment allons-nous y arriver ? Les politiques climatiques ont besoin du soutien du public, dit Willis, ce qui signifie que le public devrait être impliqué dans leur création ». Et donc, comme Macron, Jones et d’autres membres du Parlement britannique ont demandé au public de les aider.

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L’Assemblée du Royaume-Uni sur le climat a délibéré à Birmingham, après avoir entendu des climatologues et des groupes de défense des droits. FIL FABIO DE PAOLA / PA

Peachey était l’une des 30.000 personnes dont le code postal a été tiré au hasard dans une loterie pour choisir des participants potentiels, et l’une des 1.748 personnes qui ont répondu à l’invitation. Un algorithme a réduit l’échantillon à 110 personnes qui correspondaient au sexe, à l’âge, à l’origine ethnique, au niveau d’éducation, à la région géographique de la population du Royaume-Uni - et, surtout, à leur degré de préoccupation concernant le changement climatique. Ce processus en deux étapes limite l’influence de l’auto-sélection, qui penche vers les personnes qui ont déjà de forts intérêts pour un sujet et conduit à la polarisation, dit Stephen Elstub, politologue à l’Université de Newcastle qui étudie le fonctionnement de l’Assemblée climatique du Royaume-Uni.

L’organisation à but non lucratif ‘Involve’, engagée par le Parlement pour diriger l’assemblée, a tenté d’éliminer les barrières à l’entrée, a déclaré Sarah Allan, responsable de l’engagement d’Involve. L’équipe a choisi Birmingham comme ville géographiquement centrale et elle a organisé des adaptations de voyage, d’hébergement, de garde d’enfants et d’accessibilité, comme des documents de lecture en gros caractères. Ils couvraient tous les frais des membres, payant d’avance si nécessaire, afin de ne pas exclure les membres qui ne pouvaient pas payer cela de leur poche. Et ils ont versé à tous les membres des honoraires de 150 £ pour chaque week-end, un attrait pour ceux qui ne s’intéressent guère au sujet. « Il est vraiment important d’essayer d’obtenir des personnes qui ne participeraient pas normalement », déclare Stephen Elstub.

Par un vendredi soir sombre, à la fin du mois de janvier, les membres de l’Assemblée se sont réunis pour la première fois au dernier étage de l’hôtel brillant et gratte-ciel Park Regis. Le célèbre naturaliste David Attenborough a fait une apparition pour saluer les membres et animer une séance de questions-réponses sur son travail. Lors des premières sessions, des universitaires britanniques ont expliqué les bases de la science du climat : l’effet de serre, les effets de la hausse des températures. La compréhension de Peachey est montée en flèche. « Je pensais juste que ça devenait plus chaud, mais que ce serait bien », dit-elle. « Je vous parie qu’il y a beaucoup de gens qui pensent la même chose ».

Pendant trois week-ends - et un quatrième week-end forcé en ligne et s’étalant sur trois week-ends à cause de la pandémie - l’assemblée a écouté non seulement des scientifiques, mais aussi des représentants de groupes d’intérêt tels que Greenpeace et l’organisme industriel Energy UK. L’objectif était de fournir à la fois des informations impartiales et des opinions explicitement étiquetées des avocats, explique Chris Stark, directeur général du Comité sur le changement climatique, un organe indépendant qui conseille le gouvernement. Le membre de l’Assemblée, Ibrahim Wali, médecin d’Epsom, a déclaré que même si certains membres ne croyaient pas les scientifiques ou ne pensaient pas que l’action climatique en valait la peine, il était clair pour tout le monde qu’ils n’étaient pas là « pour se demander si le changement climatique est réel ». La tâche claire de l’assemblée est d’identifier les politiques pour atteindre le zéro net d’ici 2050 et les discussions ont été maintenues sur la bonne voie », ajoute-t-il.

Les sessions ont alterné entre les présentations des conférenciers et les discussions en petits groupes, au cours desquelles les membres ont délibéré sur les recommandations politiques, puis les ont votées au scrutin secret. Les bulletins de vote combinaient des suggestions politiques prédéterminées - comme une interdiction de la vente de voitures à essence, diesel et hybrides d’ici 2035 - avec des idées et des amendements suggérés par les membres.

Les animateurs faisant de la place pour que tout le monde puisse intervenir, Ibrahim Wali dit que personne n’a dominé les discussions dans les petits groupes. Un sondage auprès des membres a révélé que 94% estimaient que leurs opinions étaient respectées, même lorsque d’autres n’étaient pas d’accord, et 95% estimaient avoir eu « amplement l’occasion » d’exprimer leurs opinions. À une époque de polarisation, la volonté d’entendre respectueusement les autres points de vue et les raisons pour lesquelles les gens les détiennent, modifient complètement la dynamique hostile de la politique, déclare Alice Siu, politologue à l’Université de Stanford : « Quelque chose de magique se produit ». [Voir [People - Center for Deliberative Democracy - Stanford University ].->https://www.google.fr/url?sa=t&...;;rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=&cad=rja&uact=8&ved=2ahUKEwijtP6C59_sAhWrA2MBHWkdBT8QFjAAegQIBRAC&url=https%3A%2F%2Fcdd.stanford.edu%2Fpeople%2F&usg=AOvVaw3FtyFo1cISuL8JCLjpGavO]

Certains chercheurs affirment qu’il est risqué de confier l’élaboration des politiques à des citoyens ordinaires. Cass Sunstein, juriste à la ‘Harvard Law School’, a fait valoir que les groupes délibérants peuvent être un terrain fertile pour la polarisation, soulignant des preuves d’expériences montrant que des groupes tels que les fidèles ou les membres du jury peuvent aboutir à des conclusions polarisées.

Mais une longue tradition de recherche suggère que les discussions sont souvent constructives. En 1994, le politologue de Stanford, James Fishkin, avait interrogé 869 personnes - sélectionnées au hasard dans les listes électorales du Royaume-Uni - sur leurs attitudes face à l’augmentation du taux de criminalité, posant des questions telles que celles-ci : si davantage de personnes devraient être envoyées en prison et si les peines devraient être plus sévères. Ensuite, 301 d’entre eux avaient accepté de se rencontrer pendant 2 jours à Manchester, où ils avaient entendu des politiciens, des avocats et des policiers. Ils avaient posé des questions et discuté des propositions politiques en petits groupes avant d’être à nouveau interrogés. Les résultats ont montré que les participants avaient changé d’avis, dans certains cas de façon spectaculaire : pour chaque question du sondage, au moins un tiers des délibérants avait changé d’avis dans une certaine mesure, et sur certaines questions, pas moins des deux tiers avaient changé leurs pensées.

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Une manifestation climatique du mouvement ‘Extinction Rebellion’ à Londres en septembre. Les spécialistes des sciences sociales ont constaté que les politiciens sous-estiment le soutien public à l’action climatique. DAN KITWOOD / GETTY IMAGES

James Fishkin et ses collaborateurs du monde entier ont mené plus de 100 de ces expériences, qu’ils appellent des sondages délibératifs. Ils ont exploré les opinions sur la gestion des inondations en Ouganda, la réforme constitutionnelle en Mongolie et la réforme de l’éducation en Irlande du Nord. Un sondage délibératif, tenu à Dallas l’année dernière, a vu les républicains et les démocrates se diriger vers un terrain d’entente sur des questions susceptibles de division, telles que la réinstallation des réfugiés et un salaire minimum. Dans l’ensemble, les chercheurs ont constaté que les participants pouvaient étayer leurs opinions par un raisonnement clair. Alice Siu, en analysant les transcriptions de ces expériences, a découvert que les hommes et les femmes contribuaient également aux discussions, contrairement aux attentes selon lesquelles les hommes domineraient.

Ces bons résultats ne sont pas garantis, déclare Sander van der Linden, psychologue social de l’Université de Cambridge qui étudie la prise de décision. Dans certains cas, les participants deviennent plus polarisés, plutôt que moins, face à un désaccord ; cela s’est produit lors de discussions de groupe sur les droits des homosexuels en Pologne - et non pas dans l’une des expériences de Fishkin - qui avaient recruté des participants issus de pools aux opinions bien arrêtées. Et dans les groupes avec une opinion majoritaire et minoritaire, les « cascades de polarisation » peuvent prendre le pas sur la minorité, les amenant à changer d’avis pour des raisons qui n’ont rien à voir avec des preuves et de bons arguments.

Mais avec des informations de haute qualité, des facilitateurs pour maintenir les discussions sur la bonne voie et des règles pour faire respecter la civilité, il est possible de détourner les gens des préjugés du groupe, dit van der Linden. En 2017, Kim Strandberg, un spécialiste du comportement à l’Université Åbo Akademi en Finlande, et ses collègues, ont constaté que de telles mesures empêchaient la polarisation dans les discussions sur le statut de la langue suédoise, parlée par une minorité en Finlande. « Les gens qui sont polarisés et tribaux sont en fait une minorité », dit Dryzek. Une bonne assemblée peut inclure certains membres de cette minorité, dit-il. « Mais la plupart des gens, dans un mini-public, n’ont pas d’antécédents d’activisme ou d’implication dans un problème, et ils sont donc bien placés pour réfléchir à ce qu’ils entendent ».

Ce qui rend la délibération si puissante et si positive, c’est encore un peu une boîte noire, déclare André Bächtiger, politologue à l’Université de Stuttgart. Des expériences récentes comme celle de Strandberg semblent démontrer les effets de la délibération et d’une bonne conception. Mais une expérience délibérative est composée d’innombrables parties mobiles de l’interaction humaine, et « nous n’avons tout simplement pas tout sous contrôle », dit Bächtiger. « Nous n’en sommes encore qu’aux balbutiements de tout cela ».

Et la popularité croissante des mini-publics comporte un autre risque : certains seront constitués en imitations à bon marché, sans les éléments de conception cruciaux. Fishkin a déposé le terme « sondage délibératif », en partie pour maintenir le contrôle de la qualité, et Chwalisz et ses collègues ont publié des conseils sur les meilleures pratiques.

Mais des panels de citoyens, des jurys et des conférences qui reposent sur des participants auto-sélectionnés surgissent encore. « Beaucoup de gens appellent maintenant beaucoup de choses différentes des assemblées de citoyens, parce que c’est une sorte de méthode à la mode », déclare Graham Smith, politologue à l’université de Westminster.

Le rapport final de l’Assemblée sur le climat du Royaume-Uni, publié le 10 septembre 2020, indique que l’action pour le climat doit être basée sur un leadership multipartite et des principes d’équité envers différents groupes de personnes. Ses recommandations politiques, soutenues par une majorité de membres de l’Assemblée, incluent le rétablissement de la propriété publique des transports en commun - largement privatisés au Royaume-Uni -, l’introduction de taxes sur le transport aérien qui augmentent à mesure que les gens voyagent plus souvent, et l’ajout d’un étiquetage aux aliments indiquant leur empreinte carbone.

Ces recommandations seront-elles finalement adoptées ? Alors que l’assemblée française a été mise en place par Macron lui-même, l’assemblée du Royaume-Uni était dirigée indépendamment du gouvernement conservateur du premier ministre Boris Johnson, ce qui signifie que son impact sera moins direct, dit Smith. Les comités parlementaires qui l’ont créé utiliseront le rapport pour lancer des débats, informer de leurs propres recommandations et examiner les lois émanant de Johnson et de son gouvernement, mais « nous n’avons pas encore vu comment le gouvernement va réagir », dit Smith.

Même si les recommandations d’un mini-public sont débattues par les politiciens, il est difficile de dire à quel point elles influenceront les politiques ultérieures, déclare Émilien Paulis, politologue à l’Université libre francophone de Bruxelles. Mais dans une analyse des données sur l’impact politique de 55 mini-publics, Chwalisz et ses collègues ont constaté que, dans 75% du temps, les autorités publiques mettaient en œuvre plus de la moitié des suggestions des citoyens. Seuls six mini-publics de l’échantillon n’ont vu aucune de leurs recommandations mise en œuvre.

Certains partisans ont suggéré de doter les mini-publics de pouvoirs législatifs officiels, mais ce serait antidémocratique, car ils n’ont jamais reçu le consentement pour gouverner, dit Cristina Lafont, philosophe politique à l’Université Northwestern qui se décrit comme une « frénétique » des organes délibérants. Garder les mini-publics dans un rôle consultatif, plutôt que de leur permettre de produire des recommandations contraignantes, est vraiment plus démocratique, dit-elle. Bien qu’elle souhaite que le public s’engage dans des délibérations réfléchies, elle craint que les participants du mini-public ne puissent être tenus pour responsables par le grand public. Et être trop captivé par les résultats des mini-publics « lottocratiques » [par tirage au hasard], risque d’encourager un raccourci paresseux vers la bonne gouvernance, dit-elle : « Pourquoi ne pas laisser les mini-publics réfléchir et décider à notre place ? »

Dryzek convient que les démocraties ne devraient pas s’en remettre aveuglément aux décisions des mini-publics. Mais ils offrent toujours une information critique pour les décideurs que les experts ne peuvent pas fournir, soutient-il : une jauge significative des valeurs publiques.

Pour Sue Peachey, l’assemblée du climat a clairement tracé la bonne voie. Sa nouvelle prise de conscience du changement climatique et de ses impacts l’a galvanisée au nom de ses beaux-enfants. « Nous n’allons pas en profiter », dit-elle. « Mais les générations futures le feront ». Depuis la réunion finale de l’assemblée du Royaume-Uni, Peachey a rejoint le conseil de sa paroisse locale et a travaillé avec ses collègues conseillers pour déclarer une urgence climatique - un geste symbolique qui a conduit à des mini-publics climatiques locaux ailleurs dans le pays. Elle rêve d’amener un parc éolien dans un ancien aérodrome militaire près de Bath. Ses propres habitudes ont également changé. Elle fait maintenant ses courses au marché de son fermier local et prévoit d’acheter des panneaux solaires pour sa maison. Sa nouvelle voiture électrique est une excellente source de conversation, une chance pour elle de déballer ce qu’elle a appris lors de l’assemblée, dit-elle. « J’ai reçu cette information. Cela semble dommage de ne pas l’utiliser ».

Posted in : Climate Policy - doi:10.1126/science.abf4699 – Auteure : Cathleen O’Grady (photo).

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Source : https://www.sciencemag.org/news/2020/10/jury-duty-global-warming-citizen-groups-help-solve-puzzle-climate-action

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Compléments sur les assemblées citoyennes, les mini-publics, la démocratie participative et les sondages

A.
Introduction d’un article de Wikipédia intitulé « Citizens’ assembly” (Assemblée des citoyens)

Traduction de Jacques Hallard – « Assemblée des citoyens - Un article de Wikipédia, l’encyclopédie libre. Il a été suggéré que le jury politique soit fusionné dans cet article. (Discuter) Proposé depuis octobre 2020. Pour d’autres utilisations, voir Assemblée des citoyens (homonymie). À ne pas confondre avec l’assemblée populaire ».

« Une assemblée de citoyens (également appelée jury de citoyens ou jury populaire) est un organe formé de citoyens ou généralement de personnes pour délibérer sur une ou des questions d’importance locale ou nationale ou internationale. Les membres d’une assemblée de citoyens sont choisis au hasard, comme dans d’autres formes de tri. Il s’agit d’un mécanisme de recherche-action participative (PAR) qui s’appuie sur le symbolisme et certaines des pratiques d’un procès juridique par jury. Le but est d’employer un échantillon représentatif du public pour étudier les options qui s’offrent à l’État sur certaines questions et proposer des réponses à ces questions par une discussion rationnelle et raisonnée et l’utilisation de diverses méthodes d’enquête telles que l’interrogation directe d’experts. Dans de nombreux cas, l’Etat exigera que ces propositions soient acceptées par le grand public par référendum avant de devenir loi.

L’assemblée des citoyens vise à rétablir la confiance dans le processus politique en s’appropriant directement la prise de décision [7]. À cette fin, les assemblées de citoyens entendent remédier à la « divergence d’intérêts » qui surgit entre les élus et l’électorat, ainsi qu’à « l’absence de délibération dans les législatures » [8].

Le recours aux assemblées de citoyens pour prendre des décisions de cette manière est lié aux traditions de démocratie délibérative et de souveraineté populaire en théorie politique. Alors que ces traditions remontent aux origines de la démocratie athénienne antique, elles sont devenues de nouveau pertinentes pour les théoriciens et les politiciens dans le cadre d’un tournant délibératif de la théorie démocratique. Des années 1980 au début des années 1990, ce virage délibératif a commencé, passant du cadre théorique prédominant de la démocratie participative à la démocratie délibérative, initialement dans les travaux de Jane Mansbridge et Joseph M. Bessette. [9] Depuis, des assemblées de citoyens ont été utilisées dans des pays comme le Canada et les Pays-Bas pour délibérer sur la réforme du système utilisé pour élire les politiciens dans ces pays.

D’ordinaire, les assemblées de citoyens sont des initiatives de l’État. Cependant, il existe également des exemples d’assemblées de citoyens indépendantes, comme le G1000 en cours en Belgique ou l’initiative 2011 ‘We the Citizens’ en Irlande.

Les assemblées de citoyens ont été proposées comme une solution potentielle pour faire face à des problèmes de division et hautement politisés tels que le mariage homosexuel, l’avortement et les mesures de décarbonisation… ».

Article complet à lire sur ce site : https://en.wikipedia.org/wiki/Citizens%27_assembly#Mini-publics

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B.
Compléments sur la sélection des mini-publics entre tirage au sort, motivation et disponibilité – Par Jean-Michel Fourniau – Document ‘cairn.info’ - Dans Participations 2019/HS (Hors Série), pages 373 à 400

Article Résumé Plan Bibliographie Auteur Sur un sujet proche

1 La littérature internationale sur la participation différencie les dispositifs de délibération démocratique en fonction des modalités par lesquelles ils sélectionnent leur public, qu’il n’y ait pas de procédure spécifique comme dans le débat public en amont des grands projets en France (Fourniau, 2014), ou qu’il y en ait comme dans les assemblées citoyennes (Warren, Pearse, 2008), les sondages délibératifs (Fishkin, 2009), les jurys (Röcke, Sintomer, 2005 ; Barbier, Bedu, Buclet, 2009) et conférences de citoyens (Bourg, Boy, 2005), qui tous reposent sur le tirage au sort.

[1][1]Terme générique proposé notamment par Archon Fung (2003) pour…

2 Dans ce cas, la procédure précise de sélection conduisant du tirage d’un échantillon à la présence effective de participants à un « mini-public »  est rarement décrite, la référence au tirage au sort semblant se suffire à elle-même. Or dans des dispositifs reposant sur le volontariat (contrairement aux jurys d’assises, la participation aux mini-publics n’est pas obligatoire), le processus de recrutement conduit toujours à mixer le hasard avec la motivation et la disponibilité des participants. Les mini-publics mêlent ainsi différentes logiques les rendant difficilement qualifiables au regard des catégories des théories de la représentation et des propriétés attendues du tirage au sort. Cet article se propose d’éclairer le mixage entre hasard, motivation et disponibilité des participants en s’appuyant sur l’observation intégrale, depuis le recrutement du groupe des participants jusqu’à sa délibération, d’une conférence de citoyens en France.

Nous rappelons dans une première section la conception du tirage au sort qui justifie son usage actuel pour constituer des mini-publics inclusifs et délibératifs. Une deuxième section décrit comment s’opère, lors du processus de recrutement observé, le mixage entre hasard, motivation et disponibilité qui empêche de considérer la composition finale du mini-public comme résultant d’une sélection aléatoire des participants. La troisième section constate qu’aucun processus de sélection de volontaires ne peut être considéré comme impartial, et s’interroge sur les divers biais de sélection qui peuvent influencer la délibération. La conclusion énonce l’hypothèse selon laquelle le mixage entre hasard, motivation et disponibilité favorise la sélection de personnes aux dispositions plus délibératives que celles qui ne participent pas.

Les propriétés du tirage au sort des mini-publics

3 Instrument se référant à la démocratie athénienne, le tirage au sort est aujourd’hui la technique de recrutement des citoyens généralement utilisée pour maximiser le caractère inclusif d’un mini-public, c’est-à-dire garantir que les participants sont des citoyens quelconques. Pour « la sélection d’un groupe précis de personnes pour une tâche bien définie (…) le processus est impartial parce que la compétence de tous les participants a été reconnue (ou égalisée), que les chances sont égales et que le résultat, étant imprévisible, échappe à tout type d’influence ou de pression » (Delannoi, 2013).

Cette définition met en avant trois propriétés associées au tirage au sort depuis l’Antiquité : l’égalité, l’impartialité et l’imprévisibilité. Les caractéristiques attendues aujourd’hui du tirage au sort pour assurer l’inclusivité des mini-publics délibératifs sont d’offrir, en outre, une meilleure représentativité que d’autres mécanismes de sélection. Les travaux d’Yves Sintomer (2011) ont montré l’évolution qu’a connue l’idée de tirage au sort en politique depuis l’Antiquité, en particulier depuis la fin du xixe siècle avec la diffusion de la notion d’échantillon représentatif. On peut résumer ces travaux avec le tableau suivant :

Tableau 1

Évolution des conceptions du tirage au sort en politique

Tableau 1

4 Nous n’avons pas fait figurer dans le tableau les usages du tirage au sort en politique observés dans les Républiques italiennes de Venise et Florence du xiiie au xve siècles qu’Yves Sintomer rattache plutôt à l’idée de résolution des conflits, ses propriétés d’impartialité lui ayant permis de s’imposer face aux conflits divisant les oligarchies régnant au Moyen Âge, ainsi que dans les villes de la Couronne d’Aragon durant le Siècle d’or espagnol (mi xive – début xvie siècles).

En Italie, pendant l’âge des communes, le tirage au sort concrétise fonctionnellement l’idée d’autogouvernement du peuple par lui-même parce qu’il est associé à une rapide rotation des fonctions (même si celle-ci ne s’appliquait alors qu’à la fraction, assez large à Florence, des citoyens politiquement actifs). Mais il n’est associé à aucune dynamique délibérative, contrairement à l’usage actuel. Le tirage au sort en politique disparaît à la Renaissance, puis est systématiquement rejeté à l’époque révolutionnaire, du fait de l’échelle des sociétés modernes qui ne permet plus de réunir tous les citoyens dans une même délibération collective, époque qui invente au contraire le gouvernement représentatif fondé sur l’élection de représentants, contre la démocratie directe (Manin, 1996).

Des mini-publics inclusifs et délibératifs

5 Le tirage au sort en politique ne réapparaît qu’à la fin du xxe siècle, toujours parce qu’il concrétise fonctionnellement l’idéal normatif d’autogouvernement du peuple. Mais l’idéal démocratique de la liberté du peuple comme auto-législation s’est lui-même profondément transformé, et pose dorénavant comme fondement de la légitimité démocratique la délibération de tous : « la décision légitime n’est pas la volonté de tous, mais celle qui résulte de la délibération de tous » (Manin, 1985, p. 82).

Si l’inclusion de tous dans la délibération politique peut s’envisager de diverses manières – reposer sur des critères substantiels de justice sociale ou sur des critères uniquement procéduraux de qualité de la discussion —, elle est au fondement de la légitimité des décisions. Le tirage au sort apparaît être l’instrument fonctionnel de l’inclusion parce qu’il est censé éliminer l’auto-sélection des seules personnes déjà impliquées dans la vie politique, et assurer au contraire que les participants n’auront pas de compétence politique particulière. Ainsi, le rôle fonctionnel du tirage au sort est aujourd’hui de permettre, selon l’expression de Jacques Rancière (2003), « l’égalité de n’importe qui avec n’importe qui » comme fondement de l’exercice des droits politiques.

6 Mais le tirage au sort lui-même a profondément changé de sens avec le développement du calcul des probabilités et des statistiques sociales. Depuis la fin du xixe siècle, il s’est étroitement lié à la notion d’échantillon représentatif, dont l’usage routinier en science, dans les enquêtes statistiques ou dans les sondages, a généralisé son appréhension comme microcosme de la cité : « La participation n’est plus pensée comme soutenant le gouvernement de tous. Il s’agit plutôt de construire une représentation en miniature du peuple, un “mini-populus”, pour reprendre les termes pionniers de Robert Dahl (1989, p. 340). Ce “mini-public”, pour employer l’expression la plus fréquente aujourd’hui, pense, discute et donne son avis comme le peuple pourrait le faire s’il était convenablement informé et s’il pouvait délibérer dans de bonnes conditions. » (Sintomer, 2011, p. 149).

7 Cependant, contrairement à ce que réalisent les sondages d’opinions, c’est-à-dire agréger des préférences données, le tirage au sort de mini-publics vise à en faire des dispositifs de « délibération démocratique ». Cet idéal normatif considère à l’inverse des présupposés des sondages que, sur la plupart des questions et des problèmes, la majorité des personnes n’ont pas d’opinion et de préférence politique définies jusqu’à ce que qu’elles soient amenées à en former (par exemple en réaction spontanée à une question posée dans un sondage, pour lequel l’attente implicite est que l’on « doit normalement » avoir une idée sur la question).

Les opinions et les préférences prennent toujours place dans la communication et le dialogue avec les autres plutôt qu’elles ne se forment dans des processus exclusivement internes ou monologiques. Les préférences ne sont donc jamais strictement « individuelles », leur libre formation suppose au contraire des situations ouvertes et égalitaires de communication afin de pouvoir rationnellement considérer, connaître et pondérer ce que les autres tiennent pour vrai et souhaitable, quelles croyances et préférences ils choisissent de former et d’adopter, et pourquoi (Manin, 1985 ; Offe, 2015). Hélène Landemore (2013) met également l’accent sur la délibération inclusive, plutôt que sur la logique agrégative de la loi des grands nombres, pour souligner le lien entre inclusivité et diversité cognitive, et avancer l’idée que l’intelligence collective est l’une des raisons qui rendent la démocratie désirable.

Des assemblées délibératives démocratiques maximisent, parce qu’elles sont inclusives, la diversité des manières de réfléchir et d’aborder un problème, ce que les théoriciens de la démocratie délibérative considèrent comme un ingrédient matériel de la capacité d’un groupe à résoudre des problèmes communs.

[2][2]Les sondages délibératifs ou les assemblées citoyennes….

8 La réalisation de cet idéal de délibération démocratique repose donc sur des exigences procédurales fortes – l’ouverture d’esprit et la diversité (Barabas, 2004) – pour permettre un échange discursif supposé se distinguer de la discussion ordinaire (Urfalino, 2005) et d’autres processus de changement d’opinion par son caractère égalitaire, inclusif et contradictoire, ainsi que par son insertion dans un processus effectif de décision ou de résolution de problèmes communs (Girard, 2013). Ces exigences sont potentiellement contraires : une large inclusion des citoyens s’oppose à la qualité des débats, selon un vieil adage voulant que cette dernière soit inversement proportionnelle à la taille du groupe Leur mise en œuvre donne lieu à différents types de mini-publics, selon que l’accent est mis sur la représentativité, ce qui implique des groupes suffisamment grands, ou sur la diversité cognitive dans les petits groupes, soit grâce au mixage d’acteurs « parties prenantes » et de « profanes » (Rip, Shot, Misa, 1995 ; Klüver et al., 2000), soit plutôt grâce à la place accordée à l’apprentissage, au travail collectif, et au caractère contradictoire de la délibération entre simples citoyens (Hermitte, 2014).

Les conférences de citoyens : un dispositif d’intelligence collective

9 Les conférences de citoyens se situent à ce dernier pôle en visant, sur des enjeux d’action publique complexes et disputés, à sortir des controverses entre experts en donnant la parole aux citoyens ordinaires, un groupe de 15 à 25 personnes « tirées au sort » et dépourvues d’intérêts propres par rapport aux enjeux en débat. Après une période de formation sur ces enjeux, les participants interrogent des experts au cours des tables rondes qu’ils ont définies puis délibèrent entre eux pour rédiger un avis où est consigné ce qu’ils retiennent des réponses données à leurs questions ainsi que les préconisations qu’ils en tirent. Pour situer les conférences de citoyens dans l’ensemble des dispositifs de délibération démocratique, il faut y différencier l’appréhension de l’inclusion selon la réponse donnée à la question : que s’agit-il de représenter par l’inclusion dans un mini-public ?

[3][3]Des minorités peuvent cependant ne pas se trouver représentées….

10 S’agit-il de représenter les préférences des citoyens potentiellement affectés par la décision ? Alors, seule la représentativité statistique du mini-public semble garantir l’égale prise en compte des opinions dans la discussion Le mini-public doit être un échantillon aléatoire pour que l’évolution des préférences individuelles dans la délibération soit significative du processus de formation de la volonté collective qu’exprimerait l’ensemble de la population dans les mêmes conditions d’information et de discussion. Cette approche est au cœur des sondages délibératifs proposés par James Fishkin (2009), dont la fonction est précisément de montrer que les opinions des citoyens informés qui ont participé à une discussion sont différentes des opinions brutes recueillies dans les sondages classiques.

[4][4]L’évolution des opinions individuelles constatées dans les….

11 S’agit-il au contraire de représenter les arguments ou les discours par lesquels les citoyens expriment en quoi ils sont ou pourraient être affectés par la décision ? Alors, une bonne diversité du mini-public, garantissant une réelle dynamique délibérative en son sein, lui suffira pour examiner les arguments disponibles à un moment donné dans la population potentiellement affectée par la décision à prendre, pour explorer leur formation, leur circulation et leur résistance à la critique qui s’inscrivent dans des processus de longue durée (Chateauraynaud, 2011).

En effet, les arguments et les discours dont il s’agit de faire le tour forment un répertoire nécessairement assez limité (Dryzek, Niemeyer, 2008 ; Rennes, 2011) et relativement stable dans le temps (Hirschman, 1991 ; Angenot, 2008). La délibération d’un groupe suffisamment divers permettra leur égale prise en compte 

[5][5]Pour Dryzek et Niemeyer (2008), c’est parce que le nombre de….

12 Sur des sujets complexes, lorsque des incertitudes subsistent sur la connaissance des causes et des controverses scientifiques demeurent sur les conséquences des décisions qui seront prises, lorsque l’éthique et les valeurs morales sont fortement engagées, le dispositif des conférences de citoyens est spécifiquement conçu pour permettre une telle exploration des arguments et des discours. Il s’agit pour le groupe de les actualiser et de les recombiner en fonction de la situation soumise à examen, d’indiquer ce qu’il retient des diverses réponses apportées par les protagonistes, et non de trancher une question qui est, par nature, controversée. Le travail du groupe permet de relier en fonction de valeurs partagées dans la société des thèmes que les experts séparent, de dégager par la discussion une synthèse équilibrée de toutes les informations qu’il aura pu acquérir, de hiérarchiser l’acceptabilité des diverses conséquences envisagées (Hermitte, 2013a).

Le recrutement d’un mini-public : un processus mixte plutôt qu’un tirage au sort

13 La conférence de citoyens sur les déchets radioactifs et le projet Cigéo, le centre industriel de stockage réversible profond de déchets radioactifs à haute activité et à vie longue en Meuse et Haute-Marne, porté par l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs, a été organisée entre décembre 2013 et février 2014 par la Commission nationale du débat public (CNDP, 2014). Le débat public sur ce projet, engagé par la CNDP à partir de mai 2013, a été fortement perturbé par des associations locales mobilisées contre un devenir de « poubelle nucléaire » des deux départements ruraux, depuis la création, en 2000, d’un laboratoire souterrain destiné à préparer le projet industriel.

La vive opposition manifestée dans les salles à la tenue des assemblées, dont les premières avaient rapidement été interrompues, a conduit la CNDP à définir début juillet d’autres modalités que les réunions publiques. La conférence de citoyens était l’une des modalités prévues pour poursuivre le débat autrement. Un comité de pilotage a été formé en septembre 2013 pour l’organiser. L’observation intégrale de ce mini-public nous permet de décrire les modalités de recrutement des 17 citoyens qui y ont participé (Fourniau, Bobbio, 2014). À partir de ce cas particulier, il est possible de dégager des éléments plus généraux sur le mixage entre hasard, motivation et disponibilité des participants qui caractérise la sélection de tous les mini-publics et de s’interroger sur les rapports de tels processus de sélection avec le tirage au sort.

[6][6]Le dispositif d’organisation de la conférence de citoyens…

Les modalités de recrutement de la conférence de citoyens sur les déchets radioactifs et le projet Cigéo

14 Le cahier des charges de la conférence de citoyens sur les déchets radioactifs et le projet Cigéo défini par la CNDP stipulait le recrutement de 15 à 20 personnes « dont les principaux traits sociodémographiques seront homologues de ceux de la population concernée par le débat (égalité hommes/femmes ; répartition des classes d’âge ; niveau culturel ; professions, sans croisement de ces critères) ». Le principal mode de recrutement mis en œuvre par l’institut de sondage choisi pour opérer la sélection du mini-public reposait sur « une enquête d’opinion/recrutement nationale » auprès d’un échantillon tiré de la base de 600.000 panélistes en France que l’institut interroge régulièrement par Internet (Access panel[7][7]Panel qualifié (respectant des quotas représentatifs de la…).

À partir de cette enquête d’opinion auprès de 400 internautes, le recrutement a été réalisé dans des délais très tendus, dans les trois semaines précédant la première réunion du mini-public. La participation à la conférence de plusieurs des 17 citoyens n’a d’ailleurs été confirmée que la veille du premier week-end de formation, plusieurs désistements intervenant quelques jours auparavant. Pour l’institut de sondage, ce recrutement s’est avéré particulièrement difficile et a nécessité des recrutements complémentaires dans les dix jours précédant ce premier week-end.

15 Nous précisons dans le tableau 2 les différentes phases du recrutement. Ce déroulement se rencontre très généralement dans la sélection des mini-publics, que ce soit pour les groupes de quelques centaines de personnes des sondages délibératifs (Hansen et Andersen, 2004) ou pour les groupes d’une vingtaine de personnes des jurys ou conférences de citoyens.

Tableau 2

Le processus de recrutement d’un mini-public (processus communément désigné comme relevant du tirage au sort)

Tableau 2

16 Dans le cas Cigéo, l’échantillon respectait des quotas raisonnés en termes de sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle, catégorie d’agglomération et type de résidence : 400 personnes habitant pour moitié dans les deux départements où se situe l’actuel laboratoire souterrain et où est envisagée l’implantation du centre industriel de stockage souterrain Cigéo, et pour moitié dans six grandes agglomérations françaises. Dans la première phase de recrutement, l’institut a proposé par courriel à l’échantillon de répondre à une interview auto-administrée en ligne portant sur « le nucléaire et la question des déchets produits par l’énergie nucléaire en France » et sur l’utilité du débat public sur le projet Cigéo. Le formulaire sur Internet expliquait qu’en plus du débat public sur Cigéo, « une conférence de citoyens [était] en préparation. Elle doit permettre à 20 citoyens non spécialistes de formuler un avis collectif au gouvernement, au parlement et au porteur du projet Cigéo sur la question des déchets radioactifs. ».

17 Il était demandé aux répondants, s’ils accepteraient « a priori » d’y participer et, dans ce cas, si l’institut de sondage pouvait les contacter par téléphone. 71 des 400 répondants sur Internet ont acquiescé à cette étape, et laissé leur numéro de téléphone pour être rappelés. Commence alors ce que l’on nomme souvent le processus d’enrôlement du mini-public (Baker et al., 2010).

Le questionnaire de prise de contact téléphonique précisait les dates de la conférence de citoyens et les modalités de participation (en particulier l’absence de rémunération). L’entretien permettait à l’institut de sondage de vérifier la motivation et la disponibilité aux dates arrêtées des personnes ayant donné un accord de principe, et de repérer d’éventuels conflits d’intérêt, en particulier pour ceux qui avaient déclaré « avoir participé au débat », de contrôler leur engagement militant ou non sur les questions du nucléaire. À l’issue de la vague d’appels personnalisés, le 2 décembre, seuls 16 accords fermes de participation aux 3 week-ends avaient été obtenus avec un déséquilibre en faveur du recrutement national par rapport au « local », et une forte distorsion de la répartition par âge, en faveur des plus âgés. Un recrutement complémentaire devenait nécessaire pour pallier ces déséquilibres et faire face à d’éventuels désistements. De fait, 5 annulations sont intervenues dans la semaine précédant le premier week-end de la conférence de citoyens.

Cette première phase de recrutement (étapes t1 à t3 du tableau 2), combinant tirage au sort et enrôlement personnalisé, est comparable à ce que l’on observe pour tous les mini-publics. Elle n’a finalement fourni que 10 participants à la conférence de citoyens Cigéo.

18 La seconde phase (étape t4), plus spécifique aux mini-publics de taille restreinte, est celle des recrutements complémentaires pour atteindre les objectifs fixés sur la taille du groupe et sa composition sociodémographique. Une première modalité visait à renforcer la composante locale des participants, par contacts téléphoniques auprès d’une centaine de personnes d’un échantillon aléatoire tiré des annuaires téléphoniques des deux départements et de quelques villes les plus concernées géographiquement. Il a débouché sur un seul recrutement supplémentaire. Une autre modalité visait à rajeunir le groupe à partir de près de 350 contacts téléphoniques obtenus dans un fichier qualifié (en termes de sexe, âge, CSP, catégorie d’agglomération et lieu de résidence) de personnes susceptibles de participer à des enquêtes. Il a permis 5 recrutements supplémentaires. Enfin, des contacts directs avec un groupe de jeunes avec lequel les animateurs de la conférence de citoyens avaient déjà travaillé ont abouti à un dernier recrutement. Ces modalités de recrutement ont finalement permis la participation de 7 personnes supplémentaires au mini-public. Le groupe de 17 personnes a ainsi été définitivement constitué la veille de l’ouverture de la conférence de citoyen (étape t5).

19 La difficulté du recrutement se traduit par un rapport entre le nombre de citoyens participant effectivement au mini-public et le nombre total de personnes contactées (un « taux de réalisation ») inférieur à 2 % dans le cas Cigéo, alors que ce taux peut dépasser 10 %, voire atteindre 15 %, dans des situations moins contraignantes. Elle s’explique, selon l’institut de sondage, par le très gros effort demandé aux participants – consacrer 3 week-ends complets, du vendredi après-midi au dimanche soir tard, à la conférence – mais surtout par l’absence de rémunération, contrairement à ce qui se pratique couramment.

[8][8]Taux généralement rapportés dans la littérature (ce qui est….

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C. Démocratie participative – Travaux mis en ligne sur le site ISIAS

Des articles sur la démocratie participative ont été postés sur ISIAS et ils sont accessibles sur ce site : http://isias.lautre.net/spip.php?page=recherche&amp ;recherche=d%C3%A9mocratie+participative

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Voir aussi :


D. Le sondage d’opinion délibératif (S.O.D.) - Núria FONT - Universitat Autonoma de Barcelona – 1998 - Source : Núria Font, ’New instruments of citizenship participation’, Working Papers, Institut de Ciències Polítiques i Socials, Universitat Autonoma de Barcelona, 1998. Les références bibliographiques ont été supprimées. Traduction de O.P. - Extrait

« Le sondage d’opinion délibératif est une méthode de construction d’une opinion publique, qui consiste à soumettre un échantillon représentatif de la population à un processus assez intense d’information et de délibération puis de mesurer l’évolution des manières de voir des participants sur le thème abordé ».

« Le sondage d’opinion délibératif (SOD) est un instrument innovant de participation citoyenne qui tente d’encourager la délibération entre citoyens tout en respectant le principe d’égalité politique. Il a été conçu par le professeur James Fishkin de l’Université d’Austin (Texas). Le SOD consiste à réunir un échantillon sélectionné au hasard parmi l’électorat national pendant quelques jours pour le soumettre à un processus de discussion de certaines questions politiques. Ainsi, il donne à tous les citoyens l’opportunité d’être représenté dans l’échantillon sélectionné, et permet aux participants de prendre part à un processus d’intense discussion sur des enjeux politiques. Pendant le processus de SOD, les participants délibèrent en petits groupes et ont la possibilité de poser des questions à des experts et à des hommes politiques. Le processus de SOD peut être diffusé sur une télévision nationale, de telle sorte que le citoyens puissent suivre les délibérations de l’échantillon représentatif qui prend part au SOD. Les participants sont interrogés deux fois, avant et après le processus, sur les questions politiques qui ont fait l’objet de la discussion. L’hypothèse sous-jacente du SOD est que les opinions politiques des citoyen changent lorsqu’ils sont engagés dans un processus d’information et de délibération. Par conséquent, comme les participants au SOD sont considérés comme représentatifs de la population, tous les citoyens, s’ils étaient immergés dans un processus informatif et délibératif, en arriveraient aux mêmes conclusions que celles de l’échantillon. Ainsi, le but du SOD est plus ambitieux que celui des sondages d’opinion traditionnels, où les citoyens expriment des opinions irréfléchies. Le SOD permet à un microcosme du pays d’émettre des recommandations, après avoir été soumis à un processus délibératif…. » - Lire la suite à la source – Contenu :

PrésentationSommaire détaillé
I -Les aspects fondamentaux des conférences de Consensus XI - Grande Synthe : la participation à l’échelle du projet urbain
II - Débats publics sur les choix technologiques : l’expérience danoise XII - Les expériences participatives dans la région de Bâle
III - L’impact des conférences de consensus au Danemark XIII - De la nécessité d’une participation citoyenne
IV - Publiforum : une manière d’évaluer avec les citoyens XIV - Fabriquer du consensus ?
V - Les contraintes du discours technocratique XV - L’épreuve de la discussion
VI - Le modèle NIP (Noyaux d’Intervention Participative) XVI - L’argumentation dans la délibération politique
VII - La méthode du Panel de Citoyens XVII - Les Conférences de consensus, un avenir pour la démocratie ?
VIII - Écolo : conférences de citoyens & NIP XVIII - Des Conférences de Citoyens
IX - Le sondage d’opinion délibératif . XIX - De l’organisation des Conférences de Citoyens
X - Les forums de discussion XX - Dossier de lecture

Source : http://adonnart.free.fr/doc/citoy/confcit9.htm

http://adonnart.free.fr/img/egep.gif

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E. Le sondage délibératif - Éthique et politique de la discussion – Enregistrement de France Culture 4 minutes - Le 23/02/2017

Dans le cadre des émissions de France Culture Le Journal des idées par Jacques Munier

Le sondage délibératif, pièce maîtresse d’une démocratie participative et non plus seulement représentative

Les sondages font l’objet de nombreuses critiques, notamment pour leurs défaillances en matière de prévision lors des élections récentes

Un « artefact », dénonçait déjà Bourdieu, pour « dissimuler que l’état de l’opinion à un moment donné est un système de forces, de tensions » qu’il n’est rien de plus inadéquat pour représenter qu’un pourcentage. Et on peut ajouter : une cote mal taillée, avec ses formules biaisées où l’on demande à des gens de répondre à des questions qu’ils ne se posaient pas… C’est ce qui fait tout l’intérêt de ce qu’on appelle les sondages délibératifs, dont un universitaire américain s’est fait une spécialité : James Fishkin a testé la formule plus de 70 fois dans 26 pays du monde, notamment en 2007 au Parlement européen à la suite du rejet du traité constitutionnel : 362 citoyens des 27 pays membres, « casques aux oreilles et défilant au pupitre, pour discuter agrandissement de l’Union, politique étrangère ou système de retraite ». La plupart des participants n’avaient jamais parlé de l’UE avec un Européen d’un autre pays auparavant. « Même les gens qui s’intéressent vraiment à la politique conversent rarement avec des gens différents d’eux, s’agace James Fishkin. » Laure Andrillon est allé le voir à l’université Stanford pour Libération, et il lui a fait part de son regret que l’expérience n’ait pas été menée en France, « loin d’être épargnée par les fléaux qui mettent à mal la démocratie. Comme ailleurs, les élections y deviennent vite le monopole des élites ou des militants ; et comme ailleurs, les jugements hâtifs, ces opinions fantômes formulées par imitation ou par paresse, s’amplifient à mesure qu’ils sont médiatisés par les sondages classiques. » Le principe du sondage délibératif consiste à former un échantillon représentatif de l’électorat, à le réunir et à l’informer sérieusement sur la question débattue, laquelle est ensuite discutée, puis soumise au vote. Le résultat ainsi légitimé acquiert une forte représentativité, que les médias peuvent répercuter. L’économiste Anthony Downs estimait « que les citoyens de grands Etats-nation ont toutes les raisons d’être rationnellement ignorants : « Si je ne suis qu’une voix parmi des millions, pourquoi prendre le temps de réfléchir ? explique Fishkin. Mais si je suis une voix au sein d’un échantillon de 300 personnes, je vais y réfléchir à deux fois avant de me prononcer. » Si un tel sondage avait été organisé en amont du Brexit, peut-être que les gens auraient quand même voté pour. « Mais on aurait davantage la certitude qu’il s’agit d’un choix raisonné, plutôt que d’une décision sous-informée, manipulée ou impulsive » estime la politologue Hélène Landemore. Et Fishkin d’ajouter qu’un sondage délibératif « au tout début de la campagne américaine, avant les sondages faits à la va-vite, et avant que les opinions ne s’affolent », aurait fourni « un moyen terme entre la voix des élites d’un côté et celle des masses en colère de l’autre ».

Comme son nom l’indique, le sondage délibératif repose sur la discussion argumentée, et donc sur l’usage politique de la parole

Le grand linguiste Noam Chomsky était de passage à Paris et Martin Legros a recueilli la sienne pour Philosophie magazine. Il rappelle que la post-vérité et le mensonge en politique n’ont rien de nouveau, même s’ils ont pris une forme caricaturale et quasiment hystérique avec Trump. Mais surtout il revient sur la nature du langage, littéralement consubstantielle à la condition humaine. « Il y a une propriété fondamentale du langage qui jaillit dès que l’on se penche sur le phénomène de la parole. Tout locuteur a intégré un ensemble fini de règles qui lui permet de produire une infinité d’expressions signifiantes. » Contrairement à l’hypothèse déictique, où l’origine de la parole viendrait de son pouvoir de désigner les choses, le langage évoluerait d’emblée dans l’élément du sens et de la pensée. On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve, disait Héraclite. Et pourtant nous employons le même terme, preuve qu’il n’est pas strictement référentiel. C’est ce pouvoir d’abstraction, commun à toutes les langues, qui permet de faire le lien entre elles. Car elles ont toutes en commun le mot fleuve.

Et c’est pourquoi le gamin d’une tribu d’Amazonie n’ayant eu aucun contact avec le monde durant 20.000 ans parlera très vite le français s’il grandit à Paris, affirme Noam Chomsky

Ce qui renvoie à la question tellement disputée des origines du langage, qu’il aborde dans son dernier livre. Le paléoanthropologue Ian Tattersall en rend compte dans le mensuel Books. Selon toute hypothèse, l’événement serait subit et relativement récent dans l’histoire longue de l’humanité. Dès qu’Homo sapiens commence à usiner des coquillages pour orner son corps – des objets explicitement symboliques et donc riches de sens. « Dans un coin poussiéreux d’Afrique, un groupe d’enfants chasseurs-cueilleurs a commencé à associer des mots parlés à des objets et à des émotions, ouvrant ainsi une boucle rétroactive entre langage et pensée. »

Par Jacques Munier - Bibliographie - Livre 1èrede couverture  : La démocratie Flammarion, 2012

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Tags : Idées Politique

L’équipe – Production : Jacques Munier

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Source : https://www.franceculture.fr/emissions/le-journal-des-idees/ethique-et-politique-de-la-discussion

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F. Enquête / Sondages délibératifs - James Fishkin, architecte de la démocratie pure - Par Laure Andrillon, Envoyée spéciale en Californie — 22 février 2017 à 17:06 – Document ‘liberation.fr/debats’ - Photo Plainpicture

Ce professeur de l’Université de Stanford, James Fishkin, expérimente une méthode de sondages délibératifs : il sélectionne des centaines de personnes représentatives de la population pour débattre de la gestion du surplus de neige au Japon ou de l’adhésion du Danemark à la zone euro. Et ainsi être au plus près de la parole citoyenne.

James Fishkin, architecte de la démocratie pure

« Que penseraient les citoyens s’ils pensaient vraiment ? » C’est sur cette question, d’une simplicité désarmante, que travaille le professeur James Fishkin depuis plus de trente ans. Coup sur coup, le référendum sur le Brexit et l’élection présidentielle américaine sont venus lui rappeler que son obsession était plus que jamais d’actualité.

Au cœur de l’université Stanford, son bureau, tapissé de feuilles et de livres, est tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Mais pour les étudiants croisés dans le couloir, c’est un véritable « laboratoire de la démocratie ». Ce professeur en science politique est l’inventeur d’une méthode de sondage de l’opinion publique, devenue marque déposée : le deliberative polling, ou « sondage délibératif ». La recette est très simple sur le principe : sélectionner au hasard un échantillon de citoyens de générations, sexes, milieux géographiques et sociaux divers, les informer et les faire débattre contre rémunération sur une question politique précise. En créant ce microcosme éphémère à partir de citoyens ordinaires, James Fishkin a pour ambition de restaurer l’idée la plus fondamentale de la démocratie : celle que chaque voix compte.

L’expérience a été menée plus de 70 fois dans 26 pays du monde depuis 1994. Mais elle n’a pas encore été testée en France, précise Fishkin, l’air songeur. La campagne présidentielle française a l’air de lui donner des idées : le débat sur la légitimité des primaires ou la décision en janvier du quotidien le Parisien de ne plus publier de sondages pour un temps sont des signes supplémentaires de ce que les méthodes actuelles de consultation démocratique ne sont plus vraiment adaptées. La France est loin d’être épargnée par les fléaux qui mettent à mal la démocratie. Comme ailleurs, les élections y deviennent vite le monopole des élites ou des militants ; et comme ailleurs, les jugements hâtifs, ces « opinions fantômes » formulées par imitation ou par paresse, s’amplifient à mesure qu’ils sont médiatisés par les sondages classiques.

« Curiosité » ou « récompense »

Le sondage délibératif rêve d’une démocratie toute pure, et conforme à sa définition première : un système égalitaire, représentatif et délibératif. « La clé, c’est d’obtenir un bon échantillon et de le mettre à un même niveau d’information », explique Fishkin à Libération. Afin de s’assurer que les participants viennent délibérer malgré les contraintes matérielles, le centre et ses institutions partenaires paient tous les frais de déplacement et promettent même une compensation financière. « Certains viennent par curiosité ou pour la récompense, d’autres parce qu’ils veulent passer à la télé, explique le chercheur. Peu importe, tant que nous réussissons à faire venir notre échantillon sans avoir recours à des remplaçants. » James Fishkin semble prêt à tous les efforts. Il raconte dans son livre The Voice of the People que lors d’un débat national avant l’élection présidentielle américaine de 1996, son équipe est allée jusqu’à envoyer quelqu’un pour traire les vaches d’une fermière de l’Alabama trop inquiète de s’absenter pour le week-end.

Le sondage délibératif s’attaque à tout type de question, de la plus anecdotique à la plus massive : « Nous n’avons pas besoin d’un échantillon plus grand pour représenter une entité plus grande », précise James Fishkin. Sa méthode a ainsi été utilisée pour repenser la gestion des surplus de neige à Sapporo au Japon, décider de l’avenir de stade de foot après l’Euro 2012 en Pologne ou encore trouver des parades aux inondations en Ouganda.

Mais on a aussi délibéré à l’occasion des élections présidentielles américaines en 1996 et 2000, lors du référendum australien sur le statut de République en 1999, ou quand le Danemark envisageait de rejoindre la zone euro en 2000. En 2007 a même eu lieu le premier sondage délibératif européen, à la suite du rejet du traité constitutionnel : 362 citoyens des 27 pays membres ont occupé le Parlement européen à Bruxelles, casques aux oreilles et défilant au pupitre, pour discuter agrandissement de l’Union, politique étrangère ou système de retraite. L’expérience a coûté un million et demi d’euros, financés principalement par la Commission européenne et le groupe d’assurances Allianz. « Il nous a fallu un an et demi pour trouver les fonds, convaincre les institutions, élaborer les supports explicatifs et organiser la délibération », se souvient Stephen Boucher, lanceur de l’initiative au nom de l’institut de recherche Notre Europe. Selon les équipes de James Fishkin, 89 % des participants n’avaient jamais parlé de l’UE avec un Européen d’un autre pays auparavant.

« Même les gens qui s’intéressent vraiment à la politique conversent rarement avec des gens différents d’eux, s’agace James Fishkin. Et même les gens qui s’informent consultent rarement des médias avec qui ils sont en désaccord. » Lors des délibérations organisées par son Centre de démocratie délibérative, des modérateurs formés ont pour mission de veiller à ce que la discussion soit équilibrée. Les temps de parole sont soigneusement mesurés et tous les questionnaires remplis avant et après le débat restent confidentiels. « Nous voulons du désaccord, précise le chercheur. Il n’y a pas de pression pour arriver à un consensus, comme lorsqu’un jury doit rendre une décision. »

« Poids du peuple »

Pour James Fishkin, mettre les citoyens sous les spots et sur la scène suffit à se garantir de tout jugement hâtif ou désinvolte de leur part. Il aime raconter l’intrigue de Magic Town, une comédie réalisée par William Wellman en 1947. Dans le film, une petite ville du Midwest appelée Grandview se trouve être la version miniature de l’opinion publique américaine. Cet échantillon parfait devient prisé des médias qui viennent y prendre le pouls de la nation, jusqu’à ce que les opinions se fassent de plus en plus originales - au point que 79 % des habitants déclarent un jour être prêts à voter pour une femme à la présidentielle ! La ville devient alors la risée du pays. « Il y a une sorte de force de recommandation dans ces nouvelles opinions de Grandview, commente James Fishkin. Peut-être que le pays entier, et non juste le microcosme, penserait exactement la même chose s’il y réfléchissait davantage ! » Il s’appuie sur les travaux de l’économiste Anthony Downs, qui affirmait en 1956 que les citoyens de grands Etats-nations ont toutes les raisons d’être « rationnellement ignorants » : « Si je ne suis qu’une voix parmi des millions, pourquoi prendre le temps de réfléchir ? demande James Fishkin. Mais si je suis une voix au sein d’un échantillon de 300 personnes, je vais y réfléchir à deux fois avant de me prononcer. »

La médiatisation des sondages délibératifs peut infléchir le cours d’une élection, et James Fishkin ne le nie pas : « Les institutions ont tout intérêt à prendre en compte les résultats du sondage, parce qu’ils portent en eux le poids du peuple. » L’exemple de la France, qui vient de traverser deux élections primaires majeures, est éloquent. Pour le chercheur, ces élections sont un huis-clos qui mobilise seulement les plus impliqués, donc un échantillon non représentatif des citoyens ordinaires. C’est cette impression qu’a voulu déjouer Georges Papandréou en 2006, lorsqu’il était à la tête du Pasok, le parti socialiste grec. Ce dernier a préféré utiliser le sondage délibératif pour que 160 citoyens de toutes convictions politiques choisissent leur candidat à la mairie de Marousi, ville des Jeux olympiques. Il disait vouloir renouer avec le système d’Athènes au Ve siècle av. J-C, lorsque les assemblées réunies sur la colline de la Pnyx étaient constituées de citoyens tirés au sort pour représenter leurs pairs.

Mais la méthode délibérative est loin de ne faire que des adeptes. « Science défectueuse », « démocratie douteuse » : dès 1996, peu après le premier sondage délibératif, le politologue Everett Carll Ladd déclare être plus que sceptique. Selon lui, les supports explicatifs fournis pour le débat ne peuvent être neutres et le panel des participants échoue forcément à inclure les personnes que la politique révulse ou n’intéresse pas. Il est persuadé que les citoyens, une fois mis sur la « scène », ne font plus part de leurs convictions profondes, biaisant ainsi les résultats. Et il est impossible selon lui d’empêcher que, parmi les participants, une voix plus forte ne s’impose dans la conversation et fasse taire le reste du groupe. Stephen Boucher, à l’origine du sondage délibératif paneuropéen, n’est pas très impressionné par ces arguments, qu’il connaît par ailleurs par cœur : « Cela consiste simplement à rejeter le mieux, faute d’atteindre la perfection », résume-t-il.

« Prix de la démocratie ? »

Adeptes et défenseurs du sondage délibératif s’accordent en tout cas sur un point : la méthode coûte extrêmement cher. James Fishkin en est bien conscient, puisque c’est souvent pour des raisons financières que ses propositions n’aboutissent pas. Mais Hélène Landemore, professeure de science politique à l’université Yale et spécialiste de la théorie démocratique, rappelle que des sondages délibératifs peu coûteux peuvent aussi être organisés en ligne. Et que les débats semblent de toute façon bon marché en comparaison des élections. « Hillary Clinton aurait dépensé 700 millions de dollars [660 millions d’euros] pour sa campagne, Donald Trump ? 300 millions, argumente-t-elle. Il faut voir le coût du sondage délibératif comme un investissement dans l’éducation du public, à contraster avec l’argent improductif dépensé pour payer des armées de propagandistes, de conseillers en images et autres conseillers du prince. » Large sourire, James Fishkin rétorque, ses mains en suspens : « Je vous retourne la question, quel est le prix de la démocratie ? »

« La démocratie délibérative est plus pertinente que jamais en 2016, estime Landemore. Surtout à l’heure où les élections produisent tant d’insatisfaction. » Elle regrette par exemple qu’un sondage délibératif ou une assemblée citoyenne n’aient pas été organisés en amont du référendum sur le Brexit : « Il est tout à fait concevable que les gens auraient quand même voté pour le Brexit, précise-t-elle. Mais on aurait davantage la certitude qu’il s’agit d’un choix raisonné, plutôt que d’une décision sous-informée, manipulée ou impulsive. » Fishkin aurait aimé organiser un sondage délibératif au tout début de la campagne américaine, avant les sondages faits à la va-vite, et avant que les opinions ne s’affolent, pour « fournir un moyen terme entre la voix des élites d’un côté et celle des masses en colère de l’autre ».

James Fishkin pourrait parler de sa méthode pendant des heures, mais il lui faut surveiller l’heure jusqu’à sa prochaine visioconférence. Il doit appeler la Belgique, peaufiner des données fraîchement rapportées de Croatie et piloter son prochain projet au Malawi. Avec le politologue Bruce Ackerman, il a aussi mis au point un concept ambitieux, sorte de point culminant pour sa méthode. Ils rêvent de mettre en place, dans toute démocratie, un jour férié de délibération rémunéré par l’Etat, dont la neutralité serait garantie par une commission et des experts indépendants. « Ce serait le Deliberation Day, s’enthousiasme James Fishkin. Un autre D-Day ! »

Laure Andrillon Envoyée spéciale en Californie

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Libération.fr : « Les collègiens de Seine-Saint-Denis découvrent le film La Marche ». | Le blog de Stéphane Troussel

Source : https://www.liberation.fr/debats/2017/02/22/james-fishkin-architecte-de-la-democratie-pure_1550301

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Jacques Testart : La covid, la science et le citoyen - 29 octobre 2020, parYonne Lautre

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Traduction, compléments et intégration de liens hypertextes par Jacques HALLARD, Ingénieur CNAM, consultant indépendant – 01/11/2020

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