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"L’atténuation des changements climatiques est possible grâce à l’agriculture biologique et à la relocalisation des productions alimentaires" par Dr.Mae-Wan Ho & Lim Li Ching

Traduction et compléments de Jacques Hallard
jeudi 31 janvier 2008 par Ching Lim Li , Ho Dr Mae-Wan

Un mode d’agriculture biologique et durable, ainsi qu’une relocalisation des chaînes de production et d’approvisionnement alimentaires, offrent beaucoup de possibilités pour atténuer les changements climatiques, par le biais d’une réduction de l’ordre de 30% des émissions de gaz à effet de serre et d’une réduction d’environ un sixième de l’utilisation mondiale des combustibles et des carburants fossiles, selon Dr.Mae-Wan Ho and Lim Li Ching

Communiqué de presse de l’Institut ISIS en date du 31/01/2008

Une version entièrement référencée de cet article est mentionnée sur le site et elle est accessible par les membres d’ISIS. L’article original intitulé Mitigating Climate Change through Organic Agriculture est accessible sur le site suivant :
www.i-sis.org.uk/mitigatingClimateChange.php

Une version électronique de ce rapport, ou tout autre rapport d’ISIS, avec les références complètes, peut vous être envoyé par e-mail moyennant un don de £ 3,50.
S’il vous plaît, demandez par e-mail avec le titre du rapport au site : report@i-sis.org.uk

L’agriculture industrielle moderne de la "révolution verte" contribue beaucoup au changement climatique. Elle est la principale source de gaz à effet de serre puissants comme le protoxyde d’azote et le méthane ; elle est fortement tributaire de l’utilisation de combustibles fossiles et elle contribue à la sortie de carbone du sol vers l’atmosphère [1] (Feeding the World under Climate Change, SiS 24), particulièrement par la déforestation, afin de dégager davantage de terres disponibles pour les cultures et les plantations. Il est prévu d’accélérer la déforestation alors que les cultures de plantes énergétiques sont en concurrence sur les terres cultivables avec des cultures vivrières. [2] (Biofuels : Biodevastation, Hunger & False Carbon Credits, SiS 33).

Mais ce qui rend notre système alimentaire vraiment insoutenable, ou non durable, c’est bien la prédominance de la mondialisation du commerce des produits qui a abouti à l’intégration de la chaîne d’approvisionnement alimentaire et sa concentration entre les mains de quelques sociétés transnationales. Ceci augmente grandement l’empreinte du carbone et l’intensité énergétique de notre consommation alimentaire ; cela induit de formidables coûts sociaux et d’autres coûts environnementaux.

Un rapport du gouvernement britannique sur le kilométrage lié à l’alimentation directe a estimé que les coûts directs sociaux, environnementaux et économiques du transport des produits alimentaires, à plus 9 milliards de £ par an, soit 34 pour cent des 26,2 milliards de £ qui concernent le marché des denrées alimentaires et des boissons au Royaume-Uni [3] ] (Food Miles and Sustainability, SiS 28).

Par conséquent, il y a beaucoup de moyens pour atténuer le changement climatique et pour inverser les dégâts en cours, grâce à la possibilité de rendre l’agriculture et le système alimentaire durables dans leur ensemble ; cela est corroboré par des preuves à la fois scientifiques et empiriques (voir ci-dessous).

Il est donc assez étonnant que le Groupe d’experts intergouvernemental sur les changements climatiques, le GIEC, n’a pas fait mention de l’agriculture biologique comme un moyen d’atténuer les changements climatiques, dans son dernier rapport de 2007 [4] ; il n’a pas non plus fait mention de la relocalisation du système des productions alimentaires ni de la réduction des transports des aliments sur de longues distances [5].

  Réduire l’utilisation directe et indirecte de l’énergie en agriculture

Il ne fait pourtant aucun doute que les pratiques agricoles biologiques et durables, peuvent offrir des avantages synergiques qui incluent l’atténuation des changements climatiques.

Comme cela est indiqué dans le rapport de 2002 publié par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’agriculture biologique permet aux écosystèmes de mieux s’adapter aux effets des changements climatiques ; ce mode d’agriculture dispose d’un grand potentiel pour la réduction les émissions de gaz à effet de serre provenant des activités agricoles [6].

Le rapport de la FAO a constaté que, "L’agriculture biologique a de meilleures performances que l’agriculture conventionnelle, sur la base d’une même unité de surface, pour ce qui est à la fois de la consommation d’énergie directe (carburants, combustibles et pétrole) et de la consommation indirecte (engrais et pesticides de synthèse)", le tout associé à une grande efficacité dans l’utilisation de l’énergie.

Depuis 1999, les expérimentations conduites sur de longues durées à l’Institut Rodale (Rodale Institute) aux Etats-Unis, ont indiqué que l’utilisation de l’énergie dans le système conventionnel était 200 pour cent plus élevée que dans l’un de ces deux systèmes biologiques - l’un avec le fumier animal et les engrais verts, l’autre avec des engrais verts uniquement - avec très peu de différences pour les rendements [7].

Des travaux de recherche menés en Finlande ont montré qu’alors que l’agriculture biologique utilise plus d’heures de machinisme que l’agriculture traditionnelle, la consommation totale d’énergie est malgré plus faible que dans les systèmes biologiques [8] ; et ceci pour la simple raison que, dans les systèmes conventionnels, plus de la moitié de l’énergie totale consommée dans la production de seigle a été consacrée à la fabrication des pesticides.

L’agriculture biologique s’est montrée plus efficace que l’agriculture conventionnelle traditionnelle, sur le plan énergétique, dans les systèmes de production des pommes [9, 10].

Des études ont été réalisées au Danemark et elles portaient sur une comparaison des modes d’agriculture biologique et conventionnelle, pour la production de lait et d’orge [11].

L’énergie utilisée par kilogramme de lait produit était plus faible dans le bio que dans la ferme laitière conventionnelle ; il a également été montré qu’il fallait 35 pour cent de moins d’énergie pour cultiver un hectare d’orge de printemps en agriculture biologique, qu’il en fallait pour la même surface en agriculture conventionnelle.

Toutefois, la production en bio ayant donné un plus faible rendement, l’énergie utilisée par kg d’orge n’a été que légèrement inférieure pour la culture biologique par rapport à la culture conventionnelle.

L’énergie totale utilisée dans l’agriculture représente environ 2,7 pour cent de l’utilisation de l’énergie au Royaume-Uni [12], soit environ 1,8 pour cent des émissions nationales des gaz à effet de serre [13] sur la base de chiffres de 2002, dernière année pour laquelle des estimations sont disponibles.

La plupart des intrants énergétiques (76,2 pour cent) sont indirects et proviennent de l’énergie dépensée pour la fabrication et le transport des engrais, des pesticides, des machines agricoles, des aliments et des médicaments pour les animaux.

Les 23,8 pour cent restant sont utilisés directement sur les exploitations agricoles pour faire fonctionner les tracteurs et les moissonneuses-batteuses, pour le séchage, le chauffage et l’éclairage des serres, ainsi que pour le chauffage et la ventilation des bâtiments d’élevage pour les porcs et les poulets.

Les engrais azotés constituent la plus forte mise en oeuvre énergétique parmi les intrants agricoles, ce qui représente 53,7 pour cent de l’énergie totale utilisée.

Ainsi, la suppression progressive des engrais azotés permettrait d’économiser 1,5 pour cent de l’utilisation de l’énergie au niveau du pays et un pour cent des émissions nationales de gaz à effet de serre, sans compter le protoxyde d’azote provenant des engrais azotés qui sont appliqués sur les cultures dans les champs (voir ci-dessous).

Globalement, les économies dans l’utilisation de l’énergie fossile et dans les émissions des gaz à effet de serre pourraient aisément faire doubler ces chiffres.

Il faut en moyenne 35,3 MJ d’énergie pour produire chaque kg d’azote dans les engrais [14]. UK farmers use about 1 million tonnes of N fertilisers each year. Les agriculteurs du Royaume-Uni utilisent environ 1 million de tonnes d’engrais azotés par an.

L’agriculture biologique présente un meilleur rendement énergétique, principalement parce qu’elle n’utilise pas d’engrais chimiques [15].

La Soil Association [l’Organisation britannique pour la culture biologique] a constaté que l’agriculture biologique au Royaume-Uni est globalement environ 26 pour cent plus efficace dans l’utilisation de l’énergie par tonne de production, par rapport à l’agriculture traditionnelle, à l’exclusion des tomates cultivées dans les serres chauffées [15].

Les économies constatées diffèrent selon les différentes cultures et les secteurs d’activités : l’économie est la plus grande dans les productions laitières et de la viande bovine, qui utilisent respectivement 28 et 41 pour cent de moins d’énergie que leurs homologues classiques conventionnelles.

Devant la hausse rapide du prix du pétrole constatée en 2006 et face à l’inquiétude profonde des agriculteurs à travers tout le pays à propos de l’augmentation de leurs coûts de production, David Pimentel à l’Université Cornell, dans l’Etat de New York aux Etats-Unis, est retourné a son thème favori [16] : l’agriculture biologique peut réduire la dépendance énergétique des modes d’agriculture et augmenter l’efficacité de l’utilisation de l’énergie par unité de production, en basant son analyse sur de nouvelles données.

En moyenne, aux États-Unis, environ 2 unités d’énergie fossile sont investies pour la production d’une unité d’énergie dans les cultures.

Cela signifie que les États-Unis utilisent plus de deux fois plus d’énergie fossile que la quantité l’énergie solaire qui est captée par les plantes ; c’est en fin de compte pourquoi son agriculture ne peut pas maintenir de manière durable quelque chose comme la production des agrocarburants qui sont promus par le Président George W. Bush [17] ] (Biofuels for Oil Addicts, SiS 30).

Le maïs est une culture à haut rendement et il fournit plus de calories d’énergie dans le grain récolté, par kilocalorie d’énergie fossile investi, que les autres cultures [16].

En comptant tous les apports énergétiques en combustibles et carburants fossiles équivalents dans un système de maïs biologique, le rapport des sorties [produits] sur les entrées [ou intrants] est de 5,79 : c’est-à-dire que l’on obtient 5,79 unités d’énergie avec le maïs biologique, pour chaque unité d’énergie qui a été utilisée, comparativement à 3,99 unités dans le système conventionnel de production.

Le système de culture biologique collecte 180 pour cent de plus d’énergie solaire que la culture classique ou conventionnelle.

Il a aussi été noté une réduction des apports énergétiques totaux de 31 pour cent, soit encore 64 gallons de combustible fossile d’économisés à l’hectare.

Si 10 pour cent de tous les maïs étaient cultivés en agriculture biologique aux Etats-Unis, la nation pourrait ainsi économiser environ 200 millions de litres d’équivalents pétrole. [1 gallon = 3,785 litres aux Etats-Unis et 1 gallon = 4,543 litres en Grande Bretagne]

Le soja de l’agriculture biologique produit 3,84 calories d’énergie alimentaire par kilo d’énergie fossile investi, comparativement à 3,19 calories dans le système conventionnel et l’apport d’énergie est 17 pour cent inférieur en bio.
Pour la production bovine, le mode de production biologique demande 50 pour cent de moins d’énergie provenant des combustibles et des carburants fossiles, qu’il en est nécessaire en production conventionnelle.

 Abaisser les émissions de gaz à effet de serre

Globalement au niveau mondial, on estime que l’agriculture contribue directement pour 11 pour cent du total des gaz à effet de serre (Données 2005 du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat) [18].

Les émissions totales étaient de 6.1 Gt d’équivalents CO2, constitués presque exclusivement de méthane CH4 (3,3 Gt) et de protoxyde d’azote N2 O (2.8 Gt).

Les contributions varient d’un pays à l’autre, surtout entre les pays du Nord industrialisés par rapport aux pays dont l’économie est à prédominance agricole.

Aux États-Unis, l’agriculture contribue pour 7,4 pour cent aux émissions nationales des gaz à effet de serre [19].

La fermentation dans le système digestif du bétail et la gestion des fumiers comptent pour 21 pour cent et 8 pour cent, respectivement, des émissions nationales de méthane.

La gestion des sols agricoles, relative aux applications d’engrais et à d’autres pratiques culturales, compte pour 78 pour cent des émissions de protoxyde d’azote

Au Royaume-Uni, on estime que l’agriculture contribue directement à 7,4 pour cent des émissions nationales des gaz à effet de serre, tandis que la fabrication des engrais contribue pour 1 pour cent supplémentaire [20], et ces émissions sont composées essentiellement de méthane, à raison de 37,5 pour cent du total national [21] et de protoxyde d’azote (N2O) pour environ 95 pour cent du total national [22].

La fermentation dans le tube digestif du bétail est responsable de 86 pour cent de la contribution du méthane en provenance de l’agriculture, le reste provenant des fumiers, tandis que les émissions de protoxyde d’azote ou oxyde nitreux proviennent de façon dominante des engrais de synthèse (28 pour cent) et du lessivage, vers les eaux souterraines et de surface, des engrais azotés et des fumiers animaux qui sont appliqués sur les cultures (27 pour cent) [23].

La FAO a déjà estimé que l’agriculture biologique est susceptible d’émettre moins de protoxyde d’azote (N2 O) [6].

Ceci est dû à une baisse des apports azotés, à moins d’azote organique des fumiers par une diminution de la densité de bétail ; également à un rapport C / N des matières organiques appliquées, donnant moins facilement de l’azote minéral dans le sol, comme source de dénitrification, d’une part, et une absorption efficace de l’azote mobile dans les sols en faisant appel à des plantes de couverture, d’autre part.

On a calculé que les gaz à effet de serre émis sont de 48 à 66 pour cent inférieurs à l’hectare dans l’agriculture biologique en Europe, par rapport à l’agriculture conventionnelle [24] ; ceci a été attribué aux facteurs suivants : aucun apport d’engrais azoté chimique, diminution de l’utilisation d’aliments qui exigent beaucoup d’énergie, faibles apports d’engrais minéraux phosphatés et potassiques, ainsi que l’élimination des pesticides, qui sont autant de caractéristiques typiques de l’agriculture biologique.

De nombreuses expériences ont mis en évidence une réduction du lessivage des nitrates provenant de sols cultivés en agriculture biologique, vers les eaux souterraines et de surface, et qui sont une source importante d’émissions de protoxyde d’azote ou oxyde nitreux (voir ci-dessus).

Une étude publiée en 2006 a également permis de constater une réduction des émissions de protoxyde d’azote provenant du sol après épandage de l’engrais à l’automne, et plus d’activité de dénitrification dans les sols cultivés en agriculture biologique, par le mécanisme qui transforme les nitrates en d’azote gazeux N2 - cette dernière forme d’azote gazeux est une forme inoffensive pour l’environnement - au lieu d’émettre du protoxyde d’azote et d’autres oxydes d’azote [25] (voir Cleaner Healthier Environment for All, SiS 37).

Il est également possible que le passage d’une nourriture à base de grains, vers une nourriture avec une prédominance de fourrages verts, dans un mode d’élevage biologique, puisse réduire le niveau de méthane produit par le bétail, bien que cela n’ait pas encore été expérimenté de façon formelle.

Mike Abberton, chercheur à l’Institut de recherche sur l’environnement et sur les prairies à Aberystwyth, a souligné que face à des nourritures du bétail avec des graminées fourragères sélectionnées pour avoir un taux de sucre élevé, le trèfle blanc et le lotier [deux légumineuses vivaces] comme alternative pour l’alimentation du bétail, pourraient réduire la quantité de méthane produit et émis dans l’atmosphère [26].

Une étude réalisée en Nouvelle-Zélande a suggéré que le changement de régime alimentaire pouvait aboutir à une réduction de 50 pour cent de la production de méthane par les moutons.

Dans la petite étude britannique, on n’a pas pu atteindre ce niveau de réduction, mais on a néanmoins constaté que l’on pourrait empêcher "des quantités importantes" de méthane d’être émises dans l’atmosphère.

Les cultures de trèfle et de lotier pourraient aider à fixer naturellement l’azote de l’air au niveau des sols cultivés en agriculture biologique, réduisant ainsi les quantités de méthane produites.

 Une plus grande séquestration du carbone

Les sols constituent un important puits pour le CO2 atmosphérique, mais ce dissipateur est de plus en plus appauvri par l’utilisation des terres agricoles conventionnelles et surtout la transformation des forêts tropicales en terres agricoles.

Le rapport Stern sur l’économie du changement climatique, commandé par le trésor britannique et publié en 2007 [27], souligne le fait que 18 pour cent des émissions mondiales totales de gaz à effet de serre (estimation de 2002) proviennent de la déforestation et que porter un coup d’arrêt à la déforestation est de loin le moyen le plus efficace pour atténuer le changement climatique, pour un montant de simplement 1 $US par tonne de CO2 [28] (voir The Economics of Climate Change, SiS 33).

Il y a aussi beaucoup de possibilités pour la conversion des plantations existantes en un mode d’agroforesterie durable et pour encourager les meilleures pratiques d’exploitation du bois et les multiples usages des plantations forestières [29, 30] (Multiple Uses of Forests, Sustainable Multi-cultures for Asia & Europe, SiS 26)

Une agriculture durable permet de compenser le changement climatique en rétablissant la teneur en matière organique des sols, ainsi qu’en réduisant l’érosion des sols et en améliorant la structure physique de ceux-ci.

Les sols cultivés en agriculture biologique ont également une meilleure capacité de rétention en eau, ce qui explique que les productions biologiques sont beaucoup plus résistantes aux conditions climatiques extrêmes telles que les sécheresses et les inondations [31] (Organic Agriculture Enters Mainstream, Organic Yields on Par with Conventional & Ahead during Drought Years, SiS 28) ; la bonne gestion et la conservation de l’eau grâce à des modes l’agriculture appropriés seront de plus en plus importantes pour l’atténuation du changement climatique.

La preuve de l’augmentation de la séquestration ou piégeage du carbone dans les sols cultivés en agriculture biologique semble évidente.
La matière organique est restaurée grâce à l’ajout des fumiers, des composts, des paillages et des plantes de couverture.

Le projet de développement agricole durable des systèmes de production agricole (ou Sustainable Agriculture Farming Systems SAFS) établi à l’Université de Californie à Davis aux Etats-Unis [32], a estimé que le carbone organique du sol a augmenté à la fois dans les systèmes d’agriculture biologique et dans ceux à intrants limités, comparativement aux systèmes conventionnels, avec de plus grandes possibilités de stockage des éléments nutritifs.

De même, une étude portant sur 20 exploitations agricoles en Californie a permis de constater que les champs cultivés en agriculture biologique contenaient 28 pour cent de plus de carbone organique [33].

Cela est également vrai dans les expérimentations réalisées à l’Institut Rodale, où les niveaux de carbone du sol ont augmenté dans les deux systèmes conduits en biologique au bout de 15 ans, mais pas dans le système conventionnel [34].

Après 22 années, les systèmes d’agriculture biologique ont en moyenne 30 pour cent de plus de matière organique dans le sol que dans les systèmes conventionnels [31].

D’après les plus anciennes expérimentations menées sur une durée record de plus de 160 ans, dans le cadre de l’expérience Broadbalk à la Station Expérimentale de Rothamsted, les systèmes agricoles de fertilisation avec du fumier ont été comparés avec les systèmes agricoles qui emploient des fertilisants chimiques de synthèse [35].

Le système fertilisé avec du fumier pour les cultures d’avoine et de maïs fourrage ont toujours donné des rendements supérieurs à l’ensemble des systèmes fertilisés chimiquement.

Le carbone organique des sols a montré une augmentation impressionnante à partir d’une base d’un peu plus de 0,1 pour cent d’azote (un marqueur du carbone organique) au début de l’expérience en 1843, doublant largement pour passer à plus de 0,28 pour cent en 2000, alors que les teneurs en matières organiques dans les parcelles expérimentales non fertilisées ou fertilisées chimiquement, n’ont guère changé au cours de la même période.

Il se trouvait donc dans les sols fertilisés avec du fumier, plus du double de la biomasse microbienne par rapport à celle qui était observée dans les sols fertilisés chimiquement.

Il a été estimé que jusqu’à 4 tonnes de CO2 pouvaient être séquestrées chaque année et par hectare de sols cultivés en agriculture biologique [36]. Sur cette base, si le Royaume-Uni passait complètement à ce mode d’agriculture, ce sont 68 millions de tonnes de CO2 et 10,35 pour cent des émissions de gaz à effet de serre qui seraient évités.

De façon similaire, si les Etats-Unis venaient à convertir la totalité de leurs 65 millions d’hectares de terres cultivées en agriculture biologique, ce serait 260 millions de tonnes de CO2 qui seraient épargnées chaque année [37].

Globalement au niveau mondial, avec 1,5335 milliards d’hectares de terres cultivées qui seraient complètement exploitées en agriculture biologique [38], on estime à 6.134 Gt de CO2, la quantité qui pourrait être séquestrée annuellement.

Comme l’a déclaré Pimentel [16] : "un niveau élevé de matière organique dans les sols des systèmes biologiques est directement lié à l’efficacité énergétique élevée qui est observée dans les systèmes d’agriculture biologique : la matière organique améliore l’infiltration de l’eau, réduit l’érosion des sols causée par le ruissellement de surface ; elle diversifie également les filières entre les sols et les aliments disponibles et elle contribue davantage au cycle de l’azote à partir des activités microbiologiques dans le sol."

 Réduire la consommation d’énergie et les émissions de gaz à effet de serre grâce à des systèmes alimentaires durables

L’agriculture représente seulement une petite fraction de la consommation d’énergie et des émissions de gaz à effet de serre parmi l’ensemble du système alimentaire.

Pimentel [16] a estimé que le système alimentaire américain utilise environ 19 pour cent de l’énergie totale qui provient des combustibles et des carburants fossiles : 7 pour cent pour la production agricole, 7 pour cent pour la transformation et l’emballage et 5 pour cent pour la distribution et la préparation des produits.

Ceci est déjà sous-estimé et inférieur à la réalité, car ce décompte n’inclut pas l’énergie incorporée dans les bâtiments et les infrastructures, l’énergie gaspillée avec les déchets alimentaires et pour le traitement et le conditionnement des déchets, ce qui serait indispensable pour tenir compte d’un cycle de vie complet en terme comptable.

De même, lorsque les émissions provenant du transport, de la distribution, du stockage et de la transformation des produits alimentaires sont ajoutées, le système alimentaire du Royaume-Uni est alors responsable d’au moins 18,4 pour cent des émissions totales de gaz à effet de serre au niveau national [36] ; là encore, sans compter les bâtiments et les infrastructures qui sont nécessaires a la distribution des produits alimentaires, ainsi qu’aux déchets et à leurs traitements.

Voici une estimation des émissions de gaz à effet de serre concernant l’alimentation fondée sur un décompte qui prend en considération le cycle de vie complet, de la ferme à l’assiette et aux déchets, à partir des données fournies par le CITEPA (Centre Interprofessionnel Technique d’Eudes de la Pollution Atmosphérique) pour la France [37].

Emission des gaz à effet de serre dans les secteurs de l’alimentation en France

Les émissions directes de l’agriculture:42,0 Mt C

Les engrais (l’industrie des engrais en France uniquement, plus de la moitié est importée.):0,8 Mt C

Le transport routier de marchandises (à l’intérieur en France, sans compter les transports pour les exportations et le importations):4,0 Mt C

Le transport routier de personnes concernées:1,0 Mt C

La fabrication des camions et les carburants : 0,8 Mt C

Le chauffage des entrepôts et magasins (20% du total national) : 0,4 Mt C

L’électricité (l’énergie nucléaire en France, à multiplier par 5 dans d’autres pays) : 0,7 Mt C

Les emballages et le conditionnement : 1,5 Mt C

La fin de vie des emballages (les émissions totales de déchets sont de de 4 millions de tonnes) : 1,0 Mt C

Total des émissions des gaz à effet de serre A : 52,0 Mt C

Estimation des émissions totales en France B : 171,0 Mt C

Proportion liée au système alimentaire A/B : 30,4%

Ce chiffre de 30,4 pour cent est encore inférieur à la réalité, car il laisse de côté les émissions provenant de l’importation des engrais, les pesticides, ainsi que les transports liés aux importations et aux exportations des produits alimentaires. A

Aussi, l’émission d’électricité à partir de centrales nucléaires établies en France est d’un cinquième des sources d’énergie qui ne font pas appel au nucléaire.

D’autres font valoir que l’on doit inclure les coûts d’infrastructure, tels que les bâtiments et les routes, ainsi que la construction des centrales nucléaires, qui doivent être pris en compte.

  L’histoire d’une bouteille de ketchup

On estime que la transformation des produits alimentaires est responsable de 2,2% et le conditionnement de 0,9% des émissions de gaz à effet de serre au Royaume-Uni [20] tandis qu’aux Etats-Unis, 7% des utilisations énergétiques sont imputables à la transformation et au conditionnement des produits alimentaires.

Une idée de la façon dont le transport, la transformation et le conditionnement des aliments contribuent à la comptabilité de l’énergie et des gaz à effet de serre, dans le système alimentaire, peut être donnée par l’analyse du cycle de vie typique d’une bouteille de ketchup.

L’Institut suédois pour l’alimentation et les biotechnologies a fait une analyse du cycle de vie du ketchup, afin de travailler sur l’efficacité énergétique et des impacts, y compris les effets environnementaux du réchauffement de la planète, la diminution de la couche d’ozone, l’acidification, l’eutrophisation, l’oxydation photochimique, la toxicité pour les êtres humains et l’écotoxicité [38].

Le produit étudié est l’une des marques les plus courantes de ketchup vendues en Suède, commercialisées dans des bouteilles rouges en plastique d’un kg.

La tomate est cultivée et transformée en purée ou pâte de tomate en Italie ; elle est conditionnée et transportée vers la Suède, avec d’autres ingrédients pour faire le ketchup.

Les sacs aseptiques utilisés pour l’emballage de tomates ont été produits aux Pays-Bas et transportés en Italie ; les sacs de tomate sont placés dans des bidons en acier et ils voyagent vers la Suède.

Les contenants pour cinq couches de bouteilles rouges on été fabriquées en Grande-Bretagne ou en Suède avec des matériaux en provenance du Japon, d’Italie, de Belgique, des Etats-Unis et du Danemark.

Le système de fermeture à vis et en polypropylène de la bouteille, ainsi que le bouchon ont été produits au Danemark et transportés en Suède.

Des films supplémentaires en matière plastique de faible densité, en polyéthylène rétractable, et du carton ondulé sont en outre utilisés pour distribuer le produit final.

D’autres ingrédients comme le sucre, le vinaigre, les épices et le sel ont également été importés.

La bouteille produite est ensuite expédiée à travers la chaîne des magasins de gros vers les magasins des détaillants où elle est achetée par les ménages ; le produit y est placé en stockage réfrigéré pour une durée qui varie d’un mois à un an.

L’élimination des déchets d’emballage et le traitement des eaux usées pour la production du ketchup et de la solution de sucre (obtenue à partir de betteraves sucrières) ont également été inclus dans la comptabilité.

La comptabilité de l’ensemble du système a été divisée en six sous-systèmes : l’agriculture, la transformation, le conditionnement, le transport, la commercialisation et la consommation des ménages.

Beaucoup d’autres éléments ont été écartés, de sorte que la comptabilité n’est pas tout à fait complète : la production de biens d’équipement (machines et bâtiments), la production d’acide citrique, la part du transport du grossiste jusqu’au détaillant, ainsi que la part du marchand détaillant.

De même, pour la bouteille de plastique, des ingrédients tels que les adhésifs, l’éthylène-alcool-vinyl, les pigments, les étiquettes, la colle et l’encre ont été omis. Pour les ménages, les fuites des fluides frigorigènes ont été laissées de côté.

Dans la partie qui concerne l’agriculture, l’assimilation de dioxyde de carbone par les cultures n’a pas été prise en considération, pas davantage que les pertes par lixiviation des d’éléments nutritifs et les émissions de gaz comme l’ammoniac et le protoxyde d’azote provenant des champs cultivés. No account was taken of pesticides. Il n’a pas été tenu compte non plus des pesticides appliqués sur les cultures.

Nous avons estimé la consommation d’énergie et les émissions de carbone pour chacun des six sous-systèmes à partir des diagrammes fournis dans les documents de recherche.

Nous avons également pris le contenu énergétique d’un ketchup d’une autre marque afin de présenter les données correspondantes d’une autre manière (tableaux 1 et 2), en prenant toujours les valeurs minimales pour l’énergie et pour les coûts des émissions.

Tableau 1.
Comptabilité de l’énergie utilisée pour 1 kg de Ketchup de tomate

Sous-système
Energie exprimée en GJ

Agriculture
1,3

Transformation
7,2

Emballage 7.8 (sans incinération des déchets)
6.0 (avec l’incinération des déchets)

Transports
1,0

Commercialisation
1,2

Ménages
1.4 (réfrigération pendant un mois)
14.8 (réfrigération pendant un an)

Total (minimum) Total (au minimum)
18,1

Énergie dans 1 kg de tomate en purée
0,00432 GJ

Energie utilisée par GJ de tomate
4 190

Tableau 2. Comptabilité du CO2 émis pour 1 kg de Ketchup de tomate

Sous-système
Kg d’équivalents de dioxyde de carbone CO2

Agriculture
190

Traitement
500

Emballage
1.275 (sans incinération)
2.315 (avec incinération)

Transports
130

Commercialisation
195

Ménages
0

Total (au minimum)
2.290

Comme on peut le constater, il faut au moins 4.190 unités d’énergie pour fournir 1 unité d’énergie dans le ketchup rendu sur notre table, avec au moins 2.290 kg d’émissions de dioxyde de carbone CO2 par kg de ce même ketchup.

Le conditionnement et la transformation des aliments ont été les points critiques avec de nombreuses répercussions.

Mais une partie au moins de l’emballage est due à la nécessité des transports à longue distance.

Au niveau des ménages consommateurs, le temps de stockage dans le réfrigérateur constitue une contribution non négligeable.

De toute évidence, le système agricole constitue une pierre d’achoppement cruciale pour l‘eutrophisation.

Pour les émissions de protoxyde d’azote, le transport est une autre contribution majeure.

Du point de vue de la toxicité, l’agriculture, la transformation alimentaire et l’emballage ont été les segments les plus concernés, en raison des émissions de dioxyde de soufre, d’oxydes d’azote et de monoxyde de carbone, ainsi que les métaux lourds, le pétrole brut et le phénol.

Si la dispersion des pesticides dans la nature, leurs produits intermédiaires et leurs produits de dégradation, avaient été examinés et pris en compte, les résultats auraient été pire et le segment agriculture encore plus dommageable au plan toxicologique.

En ce qui concerne, les coûts financiers pour la culture des tomates ont été écartés de l’étude, mais une étude publiée en France a donné une valeur de 0.180 GJ/kg.

En ce qui concerne le commerce de gros et de détail, une étape qui a aussi été exclue de l’étude, les données de la littérature indiquent 0.00143 GJ/kg de bière pour le stockage chez le grossiste en Suisse et 0.00166 GJ/kg de pain aux Pays-Bas.

Il est évident que l’on peut réduire beaucoup d’éléments tels que le transport, la transformation et le conditionnement, ainsi que le stockage dans notre système alimentaire : autant d’éléments qui penchent fermement en faveur de la production alimentaire pour la consommation locale, en plus de l’adoption des pratiques agricoles biologiques et durables.

Un type de ferme qui intègrerait la production d’aliments biologiques et un dispositif énergétique capable de transformer les déchets agricoles en ressources énergétiques, pourrait constituer la solution idéale pour réduire les émissions de gaz à effet de serre à la source, avec une diminution de la pollution de l’environnement, en réduisant les transports et en accroissant l’efficacité énergétique au point de ne pas avoir du tout à utiliser les combustibles et les carburants fossiles [39] ] (How to Beat Climate Change & Be Food and Energy Rich - Dream Farm 2, ISIS Report).

En supposant qu’il soit possible de réduire la consommation d’énergie et les émissions de carbone de 50 pour cent, au moins en partie par la relocalisation des systèmes alimentaires [près des lieux de consommation des produits], cela pourrait éviter 3,5 pour cent de l’utilisation mondiale d’énergie et 1,5 pour cent des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

 Potentiel mondial d’atténuation du réchauffement planétaire par l’adoption de systèmes alimentaires biologiques et durables

Les estimations préliminaires du potentiel des systèmes alimentaires biologiques et durables pour atténuer les changements climatiques, reposent sur le travail présenté dans le présent document et elles sont synthétisées dans l’encadré 2 ci-après.

Encadré 2
Potentiel mondial des systèmes alimentaires biologiques durables pour l’atténuation des changements climatiques

Émissions des gaz à effet de serre

Séquestration du carbone dans les sols cultivés en bio
11,0%

Relocalisation des systèmes alimentaires
Réduction des transports
10,0%

Réduction de la transformation et du conditionnement
1,5%

Exclusion des engrais azotés
Réduction des émissions de protoxyde d’azote
5,0%

Pas de combustibles fossiles utilisés dans la fabrication
2,0%

Total 29,5%

Energie
Relocalisation du système alimentaire
Réduction des transports
10,0%

Réduction de la transformation et de conditionnement
3,5%

Exclusion des engrais azotés
Pas de combustibles fossiles utilisés pour leur fabrication
3,0%

Total
16,5%

Le montant total du potentiel de l’atténuation du réchauffement planétaire par les systèmes alimentaires biologiques et durables est de 29,5 pour cent des émissions mondiales des gaz à effet de serre et de 16,5 pour cent de l’utilisation mondiale de l’énergie [soit un sixième] ; le plus important de ces composants provient de la séquestration du carbone et de la réduction des transports par une relocalisation des systèmes de productions alimentaires au plus près des lieux de consommation.

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 Définitions et compléments

Traduction en français :

Jacques Hallard, Ing. CNAM, consultant indépendant.
Relecture et corrections : Christiane Hallard-Lauffenburger, professeur des écoles honoraire
Adresse : 19 Chemin du Malpas 13940 Mollégès France
Courriel : jacques.hallard921@orange.fr


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