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"Les moustiques transgéniques ne sont vraiment pas une bonne solution" par le Dr Mae-Wan Ho

Traduction et compléments de Jacques Hallard
samedi 15 décembre 2012 par Ho Dr Mae-Wan

ISIS OGM Insectes
Les moustiques transgéniques ne sont vraiment pas une bonne solution
Transgenic Mosquitoes Not a Solution
Toutes les tentatives de contrôle de la propagation des maladies transmises par les moustiques transgéniques [OGM] sont inefficaces, inutiles, coûteuses et dangereuses à des degrés divers, selon le Dr Mae-Wan Ho

Rapport de l’ISIS en date du 07/03/2012
Une version entièrement référencée de cet article intitulé Transgenic Mosquitoes Not a Solution est accessible par les membres de l’ISIS sur le site http://www.i-sis.org.uk/Transgenic_...
S’il vous plaît diffusez largement et rediffusez, mais veuillez SVP donner l’URL de l’original et conserver tous les liens vers des articles sur notre site ISIS

Une controverse considérable a été suscitée par Oxitec, une société britannique basée à Oxford, au cours de ses lâchers de moustiques transgéniques destinés à contrôler la propagation de la dengue, et qui a, dans le même temps, permis de souligner l’inadéquation flagrante de la réglementation concernant la dissémination des insectes transgéniques dans le monde entier [1 ] (Regulation of Transgenic Insects Highly Inadequate and Unsafe, SiS 54) *.
* Version en français : "La réglementation concernant les insectes transgéniques [OGM] est très insuffisante et présente un danger" par le Dr Mae-Wan Ho. Traduction et compléments de Jacques Hallard. http://isias.transition89.lautre.ne...
Plus important encore que la réglementation qui n’est pas adéquate, il est important de savoir si les insectes transgéniques [OGM] sont une solution au problème de la lutte contre certaines maladies.

  Réduction des populations par l’introduction d’un gène létal dominant

Les moustiques transgéniques, tels que ceux créés par la société Oxitec, sont conçus pour réduire ou éradiquer les populations naturelles qui sont des vecteurs de maladies, tandis que des approches plus récentes sont conçues pour remplacer les populations naturelles d’insectes avec le minimum de perturbation écologique.
Pendant trop longtemps, l’extermination de l’insecte vecteur a été l’option préférée pour contrôler la propagation des maladies infectieuses, en commençant par les applications de DDT et d’autres insecticides toxiques. Sans surprise, les premiers efforts dans la création de moustiques transgéniques ont suivi le même chemin, et Oxitec n’a pas fait exception. Elle a consisté à « lâcher des insectes avec une létalité dominante » (RIDL) afin de réduire les populations naturelles [2] (voir Terminator Mosquitoes to Control Dengue ? SiS 39).

Les moustiques transgéniques de la société Oxitec ont été créés avec le transposon (gène sauteur) piggyBac ; le gène létal dominant incorporé est tTA, codant pour la protéine activatrice de la transcription qui est répressible par la tétracycline : lorsque qu’elle est exprimée à des niveaux élevés, cette protéine tue l’embryon en cours de développement, pour des raisons qui restent encore inconnues ([2 , 3] Can GM Mosquitoes Eradicate Dengue Fever, SiS 50)*.
* Version en français : "Des moustiques génétiquement modifiés peuvent-ils éliminer la dengue ?", par Prof. Joe Cummins. Traduction et compléments de Jacques Hallard. Accessible sur http://isias.transition89.lautre.ne...
Lorsqu’elle est exprimée, la protéine tTA se lie à l’opérateur tetO en amont du transgène tTA et entraîne un accroissement de la synthèse de tTA dans une boucle de rétroaction positive. Cependant, en présence de tétracycline, cette dernière se lie à la protéine tTA, et l’empêche de se lier à tetO, ce qui inactive la synthèse de tTA, et permet alors à l’embryon d’insecte de survivre.
Ainsi, les moustiques transgéniques peuvent être élevés en présence de tétracycline. Les moustiques adultes de sexe masculin (qui ne piquent pas les humains) sont triés et séparés des femelles qui piquent et transmettent la maladie. Les mâles triés sont ensuite relâchés dans la nature et peuvent s’accoupler avec les moustiques femelles de type sauvage, dont la descendance sera tuée en l’absence de tétracycline ; la population sauvage sera ainsi décimée. Telle est la théorie ; voyons donc dans qelle mesure elle peut s’appliquer pratiquement.

  Les moustiques transgéniques d’Oxitec sont inefficaces et dangereux

La société Oxitec affirme que les résultats des essais aux Iles Caïman ont montré une réduction des populations Aedes aegypti de 80% [4], tandis que la revue Nature indique dans un rapport publié sur ​​son News Blog [5] que « la libération contrôlée de moustiques [OGM], mâles génétiquement modifiés afin de les rendre stériles, a réussi à faire disparaître la dengue dans une ville d’environ 3.000 personnes, à Grand Cayman ». Les deux rapports sont inexacts [6], si ce n’est carrément faussés.
Les moustiques ne sont pas stériles et la société Oxitec n’a jamais réussi à éradiquer la dengue dans aucune population ; en outre, la dengue n’est pas endémique dans les îles Caïman.
Les moustiques, conçus pour être dépendants de la tétracycline, ne sont pas complètement tués en son absence, car quelque 3 à 4 % des embryons survivent jusqu’à l’âge adulte des moustiques dans le laboratoire [7].
La tétracycline est un antibiotique qui est très commun dans l’environnement, en particulier dans les égouts, les fosses septiques et les usines de traitement des eaux, des zones qui sont habituellement des zones recherchées par les moustiques A. aegypti. La société Oxitec a admis que les taux de survie pourraient atteindre 15% avec la présence de niveaux significatifs de contamination par la tétracycline [8]. En outre, le système de tri des mâles et des femelles utilisé par la société Oxitec n’est pas parfait et jusqu’à 0,5% des moustiques disséminés pourraient être en fait de sexe femelle [7].
Depuis, une grande partie de cela a été confirmée dans les publications parues dans la revue Nature Biotechnology, centrée sur les biotechnologies de l’environnement.
Le bulletin de nouvelles de la revue présente l’expérience sous un angle positif, si vous ne lisez que le titre [7] : « Les résultats de la première expérimentation avec la dissémination en plein air de moustiques transgéniques sont de bon augure pour des lâchers à grande échelle, afin de lutter contre les maladies infectieuses ».
C’est seulement dans les derniers paragraphes que les problèmes sont plus clairement révélés. Les mâles transgéniques n’étaient efficaces que pour seulement la moitié des cas, par rapport aux accouplements qui ont lieu avec les mâles de type sauvage, avec des femelles de type sauvage ; mais encore, ces moustiques mâles transgéniques seraient plus efficaces que dans les applications avec les mouches méditerranéennes des fruits, dont les mâles sont rendus mâles stériles et utilisés dans le monde entier pour protéger les cultures fruitières.
« Les résultats sont prometteurs, mais ils laissent présager que le succès de lâchers d’insectes stériles contre A. aegypti est encore discutable » [7], comme l’ont avancé des commentateurs. Tout d’abord, ils ont questionné la fiabilité des données sur le terrain où trop peu de pièges ont été installés, et seulement un petit nombre de larves ont été marquées quant à leur paternité pour déterminer si elles provenaient des mâles transgéniques ou des mâles de type sauvage.
Deuxièmement, la mise en œuvre de la lutte contre la dengue, basée sur le technologie RIDL nécessiterait des systèmes à grande échelle pour la production des insectes, pour leur transport et pour leur dissémination. Non seulement la recherche fondamentale a encore des lacunes pour fixer les procédures optimales : il n’y a même pas de normes établies pour évaluer la qualité des insectes pendant le temps de l’élevage, pour définir les moyens disponibles pour les lâchers dans la nature ; par exemple, le tri des mâles et des femelles en fonction de la taille des pupes, ce qui a en particulier laissé passer un taux de femelles de 0,5% dans la population qui a été étudiée.
Et troisièmement, ce qui est encore plus important, la descendance des croisements entre les mâles transgéniques et les femelles de type sauvage dans le laboratoire, a survécu à « un taux anormalement élevé de 3,5% ». Ce qui n’est certainement pas une bonne nouvelle pour la suite des aplications envisagées.
Il n’y avait rien dans le propre rapport de la société Oxitec, publié dans la revue [9] qui puisse contredire l’évaluation exprimée par des commentateurs.
Une préoccupation immédiate [6] réside dans le fait que le déclin dans les populations naturelles d’A.aegypti pourrait laisser une niche écologique qui serait comblée par d’autres organismes nuisibles, peut-être plus nocifs. Par exemple, le moustique tigre, A. albopictus qui est considéré comme l’une des espèces les plus envahissantes et apporte de nombreuses maladies comme la dengue et le virus du Nil occidental. Une autre possibilité est que le virus de la dengue pourrait également évoluer et devenir plus virulent.
De graves dangers potentiels pour la santé sont associés à des niveaux élevés du produit du transgène, la protéine tTA, qui pourrait facilement être injectée dans le sang des humains par les moustiques femelles qui piquent, sans parler de la propension des séquences du transgène du vecteur intégré PiggyBac à remobiliser et à faire l’objet de transferts horizontaux de gènes vers les cellules humaines (voir [1]).
Les problèmes liés aux moustiques transgéniques de la société Oxitec sont, à des degrés divers, génériques et communs à tous les moustiques transgéniques et également à considérer pour d’autres types d’insectes.

  Il y a des problèmes génériques qui sont liés aux technologies concernant les insectes transgéniques [OGM]

Comme cela est mentionné avec les moustiques transgéniques de la société Oxitec, la technologie exige des lâchers répétés et de manière continuelle de moustiques mâles transgéniques après avoir été élevés au laboratoire, afin de maintenir la population naturelle à un faible niveau [8]. Nous verrons que, même avec des stratégies qui prévoient le remplacement de la population initiale, la poursuite des lâchers de ces insectes transgéniques est également nécessaire.
Une étude publiée en 2012, mentionne ceci [10] : « Un sujet majeur de préoccupation particulière pour les applications pratiques de la transgénèse sont les difficultés à définir et à normaliser l’efficacité à long terme des manipulations transgéniques ».
En dehors de son inefficacité relative, l’expression du transgène est variable et peut même être perdue lorsqu’elle a été établie dans des lignées transgéniques. Par exemple, l’activité d’un gène qui supprime le virus de la dengue dans une souche transgénique de A. aegypti, a été perdue après 17 générations [11].
La perte d’activité du transgène pourrait être due à un gène d’inhibition (ou silencing) ou par la perte réelle du transgène par la remobilisation des transgènes intégrés. Des lignées transgéniques créées avec des vecteurs à transposon – qui sont utilisés pour la plupart d’entre elles, y compris pour les moustiques transgéniques d’Oxitec - sont soumis à une instabilité qui est due à la remobilisation des séquences dérivées du transposon.
Cette remobilisation peut aboutir à un transfert horizontal de gènes vers des espèces non apparentées. La première génération de vecteurs à transposons est probablement la pire des solutions, comme je l’ai commenté antérieurement [12] (Terminator insects give wings to genome invaders ISIS rapport) : « Ces transposons artificiels sont déjà des envahisseurs agressifs dans les génomes, et le fait de les intégrer dans des insectes, c’est ‘leur donner des ailes’ [leur permettre] ainsi, au moyen d’un transfert par voie buccale, une distribution et une dispersion efficace vers toutes les plantes et vers tous les animaux, ainsi que vers leurs propres virus ».

  Les options transgéniques attendues plus sûres sont encore inefficaces

Il y a maintenant des mises à jour récentes qui concernent des vecteurs plus sûrs pour la création de moustiques et d’autres insectes transgéniques qui peuvent cibler les transgènes plus précisément dans le génome et accroître la stabilité de leur expression, ainsi que diminuer leur tendance à se remobiliser [10].
Un des meilleurs exemples documentés est le modèle du « gène égoïste » Medea [13], qui vise à remplacer la population naturelle par une autre qui confère la résistance à une maladie ou à un parasite, plutôt que de décimer complètement la population d’origine.
L’objectif est de créer le minimum de perturbation écologique, et si la modification génétique est précise et bien conçue, elle provoque aussi des changements physiologiques et biochimiques minimum chez le moustique vecteur.
Les éléments Medea ont d’abord été identifiés dans le scarabée de la farine Tribolium castaneum par des croisements entre des souches isolées géographiquement. Ils sont situés à une position fixe dans le génome, et lorsqu’ils sont présents chez les femelles, seule la descendance qui hérite du chromosome porteur de l’élément, peut survivre, que le génome soit maternel et /ou paternel.
En revanche, les mâles porteurs des éléments Medea vont donner naissance à une descendance de type sauvage et à une descendance porteuse de Medea, avec une fréquence égale lorsqu’ils sont accouplés à des femelles de type sauvage.
Un gène Medea de Tribolium, désigné par MédéeM1 a été cartographié et il est associé à un transposon Tc1 composite qui comprend un certain nombre de gènes. L’analyse génétique suggère un modèle dans lequel Medea se compose de deux loci étroitement liés : l’un qui code pour une toxine et qui est transmis à toute la descendance par l’intermédiaire de l’œuf, et un deuxième loci qui code pour un antidote qui est actif dans le zygote.
Un élément synthétique de Medea, désigné par MedeaMyD88 a été créé, dans lequel une version modifiée de promoteur maternel spécifique bicoid a été utilisé pour conduire l’expression d’un transcrit codant pour deux microARNs synthétiques conçus pour réduire au silence l’expression de la protéine MyD88 ; cette dernière est exprimée par la femelle et elle est indispendable pour la formation du motif dorso-ventral (en liaison avec des séquences de bases complémentaires sur les transcripts et elle empêche ainsi sa traduction en protéine). Cete protéine tue l’embryon si on la laisse non neutralisée.
Le gène antidote lié code pour une version non photosensible des microARN de la transcription MyD88 qui fait défaut pour les sites cibles présents dans la transcription de la mère, et il est placé sous le contrôle d’un promoteur transitoire et spécifique du zygote. L’expression de l’antidote se produit assez tôt pour que les embryons sauvés se développent normalement. Dans une expérience en laboratoire, l’introduction de MedeaMyD88 dans une population de type sauvage avec un ratio de 1:1 de mâles Medea homozygotes et de mâles de type sauvage, a entraîné l’ensemble de la population à porter au moins une copie de Medea après 10-12 générations.
Les éléments sont conçus de telle sorte que les microARN exprimés par les femelles se trouvent dans un intron de l’antidote ; ils ont également présenté un comportement semblable à l’action de Medea. Cette configuration empêche la recombinaison de la création d’éléments Medea qui n’ont pas l’effecteur de Medea ou seulement les éléments d’antidote : chacun d’eux peut conduire à l’apparition d’individus de type sauvage. D’autres évènements sont aussi possibles et peuvent se mettre en place.
Ainsi, aucune des protéines étrangères n’est introduite dans la population naturelle : il y a seulement un changement d’un gène de la mère vers le zygote. L’utilisation des miARN, afin de générer un état pré-toxique, offre un niveau élevé de redondance, car plusieurs microARN sont traités et fonctionnent comme une unité indépendante, et ils peuvent être liés dans une transcription polycistronique.
Cependant, comme les chercheurs le suspectent, l’inhibition (‘silencing’) du transgène peut encore se produire. Le mieux que l’on puisse faire est d’essayer d’enfermer les transgènes vis-à-vis des effets de la chromatine répressive qui inhiberait l’expression des gènes. Ceci peut être réalisé, au moins dans une certaine mesure, en disposant sur les extrêmités (en « flanquant ») la construction de Medea avec des séquences qui confèrent une fonction de barrière isolante.
Pourtant, comme le font remarquer les chercheurs eux-mêmes, les populations soumises à des remplacements auront toujours besoin d’entretien et de modification au cours du temps. En particulier, il est probable que les transgènes de première génération vont muter vers l’inactivité, en devenant ‘silencieux’ et / ou en perdant de leur efficacité : les agents pathogènes vont alors s’adapter et devenir résistants. D’autres cycles de remplacement de la population, avec de nouvelles combinaisons d’antidote toxiques, seront alors nécessaires.

  Pour conclure

La stratégie qui consiste à utiliser des moustiques transgéniques dans le but de contrôler les vecteurs de maladies infectieuses naturelles, est inefficace, inutile, coûteuse à mettre en œuvre, et elle est dangereuse à des degrés divers.
Plus d’une décennie d’efforts assidus et soutenus n’ont pas abouti à des avancées majeures dans ce domaine. C’est dans un tel contexte que la dernière approche non-transgénique semble être une solution parfaite (voir [14] Non-transgenic Mosquitoes to Combat Dengue, SiS 54).
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 Définitions er compléments

Les moustiques transgéniques ne sont vraiment pas une bonne solution

 Traduction, définitions et compléments :

Jacques Hallard, Ing. CNAM, consultant indépendant.
Relecture et corrections : Christiane Hallard-Lauffenburger, professeur des écoles
honoraire.
Adresse : 585 19 Chemin du Malpas 13940 Mollégès France
Courriel : jacques.hallard921@orange.fr
Fichier : ISIS OGM Insectes Transgenic Mosquitoes Not a Solution French version.3 allégée.


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