ISIAS

"L’engouement pour les plantes génétiquement modifiées tourne court en Chine avec le coton bt’ par le Professeur Peter Saunders

Traduction et compléments de Jacques Hallard
mercredi 7 juillet 2010 par Saunders Professeur Peter

ISIS OGM
L’engouement pour les plantes génétiquement modifiées tourne court en Chine avec le coton bt
GM-Spin Meltdown in China
En Chine, le coton Bt est souvent cité comme un exemple de culture de plantes génétiquement modifiées qui marchent bien. En fait, son usage généralisé a simplement remplacé un ravageur du coton [une pyrale] par un autre ravageur important [une punaise miridès] qui attaque non seulement le coton, mais aussi de nombreuses autres plantes cultivées.
Prof. Peter Saunders


Rapport ISIS 07/07/10
L’article original en anglais contient toutes les figures et références bibliographiques. Il s’intitule GM-Spin Meltdown in China et il est accessible par les membres de l’ISIS sur le site suivant www.i-sis.org.uk/gmSpinMeltdownInCh...
Le matériel du présent site ne peut être reproduit sous aucune forme sans autorisation explicite. FOR PERMISSION, AND REPRODUCTION REQUIREMENTS, PLEASE CONTACT ISIS . POUR OBTENIR SON APPROBATION et les EXIGENCES DE REPRODUCTION, ISIS CONTACT S’IL VOUS PLAÎT. WHERE PERMISSION IS GRANTED ALL LINKS MUST REMAIN UNCHANGED Lorsqu’une autorisation est accordée TOUS LES LIENS doivent rester inchangés
http://www.i-sis.org.uk/foodFutures.php
Food Futures Now - *Organic *Sustainable *Fossil Fuel Free Par Mae-Wan Ho
Sam Burcher, Lim Li Ching & autres auteurs.

 Le « succès » du coton Bt fut de courte durée en Chine

Les plantes cultivées génétiquement modifiés (OGM) présentent non seulement des dangers graves pour la santé et pour l’environnement (voir [1] GM Food Angel or Devil,* le rapport de l’ISIS pour un récent résumé succinct et les toutes références) ; mais encore les OGM en question n’ont pas tenu leurs promesses.
- Version en français intitulée "Les aliments génétiquement modifiés sont-ils un bien ou un mal ?" par le Dr. Mae-Wan Ho, traduction de Jacques Hallard.

Avec tous les investissements et les efforts qui ont été consacrés au développement de ces OGM et à leur promotion, il n’y a vraiment que les industriels des biotechnologies qui en ont profité, surtout maintenant que les cultures de plantes OGM conduisent à de graves problèmes aux Etats-Unis qui sont le premier producteur au monde de plantes génétiquement modifiées : d’une part, l’apparition de mauvaises herbes devenues résistantes à l’herbicide et, d’autre part, des insectes nuisibles qui étaient jusque là secondaires, mais qui posent maintenant des problèmes dans les cultures [2] ( GM Crops Facing Meltdown in the USA , SiS 46)*.
- Version en français intitulée "Après les déboires dans les cultures des plantes génétiqement modifées de Monsanto aux Etats-Unis …" par le Prof Joe Cummins, traduction & compléments de Jacques Hallard.

Une étude détaillée sur les producteurs de coton dans l’État américain de Géorgie, publiée en 2008 avait révélé qu’aucun système faisant appel à la technologie transgénique n’avait fourni un meilleur rendement qu’un système agronomique sans plantes transgéniques, et ceci quel que soit l’année ou le lieu. [3, 4] ( Transgenic Cotton Offers No Advantage , SiS 38)*.
- Version en français intitulée ‘OGM Le coton transgénique n’offre aucun avantage. Il peut diminuer le revenu des agriculteurs d’au moins 40%’. Par le Dr. Mae-Wan Ho, traduction de Jacques Hallard.

Le rédacteur en chef de la revue scientifique Nature Biotechnology, résume ainsi [5] : « Ce journal est champion des recherches en biotechnologie, nous ne sommes pas pessimistes sur les perspectives qui permettront un jour de générer des produits qui guérissent, des carburants et des denrées alimentaires pour nourrir le monde… C’est, néanmoins, un acte scandaleux d’une mauvaise foi qui s’apparente à une croyance ».

Pour appuyer leur affirmation selon laquelle les plantes génétiquement modifiées sont la voie à suivre, les partisans des OGM citent souvent l’exemple de ce qu’ils prétendent être un succès : le coton Bt en Inde et en Chine.

Le coton Bt est génétiquement modifié pour produire une toxine provenant du Bacillus thuringiensis, une bactérie du sol qui tue le ver de la capsule du coton Helicoverpa armigera. On nous dit que les rendements ont fortement augmenté depuis que le coton Bt a été introduit et que « les bénéfices des agriculteurs ont augmenté en conséquence. Parce que les agriculteurs n’ont plus à utiliser des pesticides contre ce ravageur du cotonnier, à la fois leur santé et l’environnement se sont améliorés [6].

Si le coton Bt est vraiment un exemple de ce que les cultures d’OGM ont à offrir, alors il est un avertissement plutôt qu’une promesse, parce que ce qui s’est réellement passé est assez différent. Le coton Bt a été catastrophique en Inde. Il a accéléré les cas de suicides des paysans, du fait de l’augmentation du fardeau de la dette des agriculteurs.

[Observations]. Des accidents dans les cultures et de mauvaises récoltes, un coût exorbitant des semences génétiquement modifiées, l’apparition de nouveaux ravageurs secondaires et de ravageurs résistants à la toxine Bt, de nouvelles maladies et, le pire de tous ces méfaits, des sols appauvris en éléments nutritifs qui réduisent considérablement la productivité des cultures subséquentes mises en place après les récoltes du coton Bt [7,8] ] ( Farmer Suicides and Bt Cotton Nightmare Unfolding in India , Mealy Bug Plagues Bt Cotton in India and Pakistan , SiS 45).

Le coton Bt a été introduit en Chine en 1999 et son usage s’est répandu rapidement ; à l’heure actuelle, il a atteint 95 pour cent d’adoption dans le nord de la Chine [9]. Au début, il semblait tenir ses promesses et réaliser ce qui était mentionné sur les emballages. Au bout de la troisième année de cultures de coton Bt, les agriculteurs ont réduit l’utilisation des pesticides de plus de 70 pour cent et ils gagnaient 35 pour cent de plus que les agriculteurs qui cultivaient des cotons non OGM [6].

Mais il existe d’autres ravageurs des cultures, comme la punaise miridès (Apolygus lucorum qui est sensible aux mêmes insecticides que ceux qui sont utilisés pour contrôler le ver de la capsule chez le cotonnnier, mais qui est résistante à la toxine Bt synthétisée dans le coton génétiquement modifié.
Lorsque les agriculteurs ont cessé de pulvériser leurs champs de coton, le nombre de punaises miridès a augmenté de façon exponentielle, présentant alors une grave menace, non seulement pour le coton, mais aussi pour d’autres cultures comme les productions de pommes, de raisins, de pêches, de poires et de dattes chinoises, chez lesquelles les punaises mirideè n’avaient jamais été un ravageur important jusqu’à présent.

Les données provenant de 38 sites pour le coton et de 77 sites pour d’autres cultures dans le nord de la Chine au cours de la période 1997-2008 sont représentées sur la figure 1 ; pour le niveau d’infestation, il a été attribué une note comprise entre 1 (pas d’infestation) et 5 (infestation extrême) [9]. Les champs de coton Bt sont devenus des refuges dans lesquels les populations de punaises miridès peuvent s’accumuler, puis se répandre pour ravager les cultures voisines.

 On y pulverise toujours autant après trois ans de culture du coton Bt

Les agriculteurs cultivant du coton Bt] ont dû recommencer à pulvériser comme avant, et, en 2004, ils ont utilisé autant de pesticides que les agriculteurs conventionnels. Parce qu’ils avaient payé trois fois plus cher pour leurs semences, ils obtenaient alors des revenus nets qui étaient en moyenne 8 pour cent inférieurs à ceux perçus par les agriculteurs conventionnels. [10, 11]

On peut difficilement rencontrer un meilleur exemple de la façon dont les bénéficiaires des OGM ne sont ni les paysans ni les consommateurs, mais bien les industriels des biotechnologies.

  La même histoire partout ressassée

Cette histoire nous donne également un aperçu de l’utilisation d’une intense communication continue dans les domaines scientifiques, par le lobby pro-OGM, ainsi que dans la plus prestigieuse des revues scientifiques grand public des deux côtés de l’Atlantique.

En 2008, l’Association américaine pour l’avancement des sciences (AAAS) a tenu une séance d’information à Pékin pour faire connaître un document qui avait été récemment publié dans leur revue Science. Selon le communiqué de presse, cette rencontre était le premier événement du genre à se tenir en Chine [12]. Quelqu’un voulait de toute évidence faire grand bruit autour de cet article.

Le document en question [13], écrit par quatre chercheurs chinois, était intitulé "Suppression du ver de la capsule du cotonnier dans plusieurs secteurs en Chine, avec le coton synthétisant la toxine Bt". Les auteurs affirment que leurs données « suggèrent que le coton Bt ne contrôle pas seulement H. armigera sur le coton transgénique conçu pour résister à ce ravageur, mais qu’il peut aussi réduire sa présence sur d’autres cultures hôtes et qu’il peut enfin réduire la nécessité d’effectuer des pulvérisations d’insecticides en général ».

Mais vers cette période, le problème des punaises miridès se montrait grave et généralisé. En outre, les auteurs étaient certainement au courant [de ces faits], car ils écrivirent à la fin de leur publication :
« Néanmoins, en raison de la diminution de la pulvérisation de pesticides à large spectre pour le ver du cotonnier, afin de contrôler ce dernier dans les champs de coton Bt, les punaises miridès sont récemment devenues les principaux ravageurs du coton en Chine. Par conséquent, malgré son coût élevé, le coton Bt ne doit être considéré que comme l’un des éléments dans la gestion globale des insectes nuisibles dans les systèmes de cultures diversifiées qui sont communes dans toute la Chine ».

Strictement parlant, cela ne contredit pas ce que prétend le titre. En effet, le coton Bt semble supprimer la pyrale du coton, comme on pouvait s’y attendre. Cependant, ce qu’il ne fait pas, c’est d’aider les agriculteurs à avoir une vie meilleure. Il paraît à peine utile de tenir une conférence de presse, la première du genre à se tenir dans l’ensemble de la Chine, pour annoncer un résultat aussi modeste. Ainsi, afin de ne pas gâcher une si belle histoire, les organisateurs ont perdu en cours de route la petite histoire des punaises miridès.

Au lieu de cela, ils ont écrit à la place dans le communiqué de presse que : « Wu et l’équipe de chercheurs, cependant, reconnaîssent que le défi majeur pour le succès du coton Bt est le potentiel que présentent les insectes d’évoluer vers une résistance à l’insecticide. Ils insistent pour que, malgré sa grande valeur, le coton Bt devrait toujours n’être considéré que comme l’une de composantes dans la gestion globale des ravageurs ».

Les scientifiques eux-mêmes ont été clairement préoccupés par le problème des punaises miridès et conduisirent cependant leurs recherches. Ils ont rapporté leurs résultats dans un deuxième article paru dans la revue scientifique Science, intitulé « Apparition des foyers de punaises miridès dans les cultures diversifiées en corrélation avec l’adoption à grande échelle du coton Bt en Chine » [9]. Ce document décrit précisément ce que son titre prédit. Mais personne ne semble avoir organisé une conférence de presse pour faire connaître ces résultats complémentaires.

En Chine, les chercheurs scientifiques devraient tenir compte des découvertes les plus récentes, publiées par des écologistes et qui indiquent que la solution à la lutte antiparasitaire ne réside pas dans un retour aux pulvérisations [de pesticides] tout en continuant à cultiver des plantes produisant la toxine Bt, mais que la solution consiste à adopter une agriculture biologique et sans OGM (voir [14] Organic Agriculture for Biodiversity and Pest Control, SiS 47) *.
- Version en français intitulée "L’agriculture biologique est favorable à la biodiversité ainsi qu’à la lutte antiparasitaire" par le Dr. Mae-Wan Ho, traduction, définitions et compléments de Jacques Hallard.

The Institute of Science in Society, The Old House 39-41 North Road, London N7 9DP
telephone : [44 20 7700 5948] [44 20 8452 2729]
Contact the Institute of Science in Society www.i-sis.org.uk/

 Définitions et compléments en français et anglais

Fichier PDF à demander à yonne.lautre@laposte.net en spécifiant le titre de l’article (service bénévole et gratuit)

  Traduction en français, définitions et compléments :


Jacques Hallard, Ing. CNAM, consultant indépendant.
Relecture et corrections : Christiane Hallard-Lauffenburger, professeur des écoles
honoraire
Adresse : 19 Chemin du Malpas 13940 Mollégès France
Courriel : jacques.hallard921@orange.fr
Fichier : ISIS OGM GM-Spin Meltdown in China French version.2