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"Le rétrécissement de la mer de glace menace les routes naturelles pour le caribou et les plantes" par Susan Milius

Traduction et compléments de Jacques Hallard
dimanche 4 décembre 2016 par Milius Susan


ISIAS Climat

Le rétrécissement de la mer de glace menace les routes naturelles pour le caribou et les plantes
Ces deux voyageurs à fourrure et à fleurs font face à des problèmes dans un environnement plus chaud

L’article original de Susan Milius a été publié le 20 septembre 2016 sous le titre « Shrinking sea ice threatens natural highways for caribou, plants » ; il est accessible sur ce site

Ajourt documentation GLACES ARCTIQUES - BANQUISE : GLACE DE MER

Photos : les voyageurs des glaces – Le rétrécissement de la glace de mer [Voir annexe] pose des problèmes aux voyageurs terrestres également, alors que les ponts de glace et les limitations des déplacements s’amenuisent, pour la migration du caribou de Peary (Photo de gauche) et pour de dispersion des semences des fleurs des cuvettes montagneuses (Photo de droite). L. David Mech / Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0) ; Steinsplitter / Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0).

Alors que le réchauffement brise la glace de mer qui sert de grandes routes gelées pour la faune arctique : le caribou et même des plantes à fleurs sauvages font face à des fermetures de voies, à de longs détours ou à des échouages, ​​purement et simplement.

Déjà, les ponts de glace nécessaires aux besoins des caribous de Peary, pour permettre leurs migrations saisonnières d’île en île, sont de plus en plus rares, et le pire est encore à venir, d’après le rapport d’une équipe internationale de recherche qui a été publié le 21 septembre 2016 dans la revue ‘Biology Letters’.

Dans le même numéro, d’autres chercheurs suggèrent que même certains plantes ont besoin des itinéraires sur la glace : les ancêtres des dizaines de plantes à fleurs sauvages et des espèces d’arbres miniatures ont probablement utilisé la glace de mer pour coloniser l’extrême nord du territoire après la dernière période glaciaire [à la fin du Pléistocène, il y a 110.000 à 10.000 ans].

[Voir des photos de la flore de l’Arctique ainsi qu’un article de l’encyclopédie polaire ].

Les deux études publiées soulignent la possibilité inquiétante que les plantes et les animaux de l’Arctique devront faire face à des difficultés pour maintenir leurs populations au fur et à mesure que de plus en plus que leurs territoires deviendront plus fragmentés. « Nous entendons souvent parler de la perte par fonte de la glace de mer, mais rarement sur les conséquences biologiques », explique Deborah Jenkins de l’Université Trent à Peterborough, dans l’état de l’Ontario au Canada, qui a travaillé sur le projet du caribou.

Les ponts de glace permettent aux renards arctiques [ou Renard polaire ou Renard isatis ou Isatis] de se déplacer sur de très longues distances : par exemple, des études génétiques ont enregistré essentiellement une grande population interconnectée tout autour des archipels du nord de l’Amérique du Nord, jusqu’ àSvalbard, au nord de la Norvège.

La nouvelle étude est la première à faire un rapport décrivant la façon dont la glace de mer affecte la migration chez certains des caribous réputés de l’Arctique, explique le co-auteur du rapport Glenn Yannic de l’Université de Savoie Mont Blanc à Chambéry, en France.

Parmi les trois sous-espèces de caribous, les caribous de Peary (Rangifer tarandus pearyi) dépendent le plus fortement de déplacements sur des voies de la glace de mer. Les animaux vivent principalement dans plus de 36.000 îles de l’archipel arctique canadien  ; ils viennent rarement du sud sur le continent pour se mêler à d’autres sous-espèces. Le caribou a la capacité de nager jusqu’à 380 kilomètres, mais dans la pratique il se meut rarement à plus de 10 kilomètres, dit Yannic. Au lieu de cela, ces caribous effectuent leur promenade printanière à travers les ponts de glace jusqu’à leur aire locale de mise bas ; à la fin de la saison, ils font le voyage inverse.

Le voyage entre ces îles s’est déjà avéré plus difficile, selon les chercheurs : les déplacements nécessitent effectivement des itinéraires avec plus de contournements. En analysant les habitudes de la fluctuation des glaces de mer dans les îles, l’équipe montre que ces paysages sont devenus 15 pour cent plus difficiles à traverser depuis 1979. Si les émissions de dioxyde de carbone * restent élevées, les ponts de glace seront probablement assez rétrécis pour obliger les animaux à se trouver d’autres chemins, rendant leur parcours de 20 à 70 pour cent encore plus difficile, selon les calculs des chercheurs.

[* Selon Wikipédia, « Une émission de dioxyde de carbone est un rejet de ce gaz, quel qu’en soit le moyen. Les émissions de dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère sont en partie naturelles mais aussi anthropiques1, la seconde étant assez régulière et en forte croissance depuis quelques décennies (voir GIEC). Le taux moyen de CO2 dans l’air a atteint 393 ppm en 2012 et 400 ppm en avril 2014 dans tout l’hémisphère Nord, soit 0,04 % de la composition de l’atmosphère terrestre, avec quelques variations jour-nuit, saisonnières (pour partie anthropique) et des pics de pollution localisés. Le taux de CO2 dans l’atmosphère a grandement varié bien avant l’apparition des humains et de la société industrielle (voir Histoire du climat avant 1850), mais jamais à un rythme aussi rapide que celui observé au cours des dernières décennies, dont l’origine anthropique n’est plus en doute… » Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89mission_de_dioxyde_de_carbone .

Bien que les plantes ne marchent pas réellement, les biologistes ont émis l’hypothèse que les graines pourraient aussi se déplacer lors de cheminements sur la glace de mer, en s’accrochant sur les pattes ou sur la fourrure d’un animal en mouvement. Ou le fluage lent de la glace elle-même pourrait pousser une graine intégrée à se déplacer, disons du nord de la Russie à l’Islande au cours de quelques années. La deuxième étude publiée fournit la première preuve empirique pour le transit des plantes par la glace, explique le co-auteur de l’étude Inger Greve Alsos de l’Université de l’Arctique norvégien à Tromsø.

Elle et ses collègues ont reconstitué les routes probables pour les plantes qui auraient recolonisé, depuis la fin de la dernière ère glaciaire, les parties de l’extrême nord : l’Islande, l’archipel norvégien du Svalbard, l’est du Groenland et les îles Féroé [ce territoire est composé de l’archipel subarctique du même nom situé entre la mer de Norvège et l’océan Atlantique nord, à peu près à mi-chemin entre l’Écosse et l’Islande]. Les chercheurs ont étudié les grains de pollen tirés de la substance visqueuse accumulée dans le fond des lacs et ils ont apporté d’autres preuves pour suivre les premières apparitions connues des 102 espèces de la frontière nord.

Les itinéraires les plus courts par la mer, entre les origines et les destinations probables des plantes, ont été exceptionnellement riches en glace de mer à l’époque de la colonisation et les chercheurs affirment que cela suggère que la glace abondante aurait pu être utile pour l’itinéraire suivi par les plantes.

L’étude n’a pas examiné l’impact que les changements de la glace de mer ont actuellement sur ces plantes. Mais le taux de perte de glace de mer depuis 1979 a été à peu près équivalent à une zone correspondant à deux fois la taille de l’état du New Jersey [environ 23.000 km², soit presque la superficie de la Bretagne en France avec ses 27.200 km²] et qui disparait chaque année, dit Eric Poste de l’Université de Californie, à Davis. « Sa perte, en termes écologiques, pourrait être comparée à la coupe à blanc des forêts anciennes, année après année », dit-il.

La difficulté des déplacements pour le caribou et pour les plantes à fleurs est que l’on considère seulement la pointe visible de l’iceberg, en ce qui concerne l’impact des changements provoqués sur la glace de mer (SN Online : 9/19/16).

[Voir l’article ’La banquise arctique s’est rétrécie à son deuxième plus bas niveau depuis que les enregistrements sont faits’ par Thomas Sumner. Traduction et compléments de Jacques Hallard, vendredi 7 octobre 2016].

Par exemple, alors que la glace de mer a diminué, la lumière du soleil supplémentaire atteignant l’océan Arctique a alimenté un accroissement de plus de 30 pour cent de la photosynthèse du plancton marin, dit Kevin Arrigo, de l’Université de Stanford. La glace de mer est si importante pour les êtres vivants de l’Arctique, que ce que ses changements apportent - des gains et des pertes - peuvent être dramatiques.

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Citations

I.G. Alsos et al. The role of sea ice for vascular plant dispersal in the Arctic. Biology Letters. Published September 21, 2016. doi : 10.1098/rsb.2016.0264

D.A. Jenkins et al. Loss of connectivity among island-dwelling Peary caribou following sea ice decline. Biology Letters. Published September 21, 2016. doi : 10.1098/rsb.2016.0264

Lectures complémentaires

T. Sumner. Arctic sea ice shrinks to second-lowest low on record. Science News Online, Sept. 19, 2016.

T. Sumner. Thinning ice leads to winter warming in the Arctic. Science News. Vol. 188, December 26, 2015, p. 8.

T. Sumner. Iceless Arctic summers now expected by 2050s. Science News Online, August 3, 2015.

E. Post et al. Ecological consequences of sea-ice decline. Science. Vol. 341, August 2, 2013, p. 519. doi : 10.1126/science.1235225

http://www.thequantumnetwork.org/wp...

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Annexe

Documentation GLACES ARCTIQUES - BANQUISE : GLACE DE MER

Qu’est-ce que la glace de mer ? Photo – Document ‘Mission Polaire’ août 2006.

La glace de mer est un objet difficile à appréhender : elle évolue sans cesse. Sa composition change avec son âge, son extension varie du simple au double entre l’été et l’hiver, son épaisseur est également extrêmement variable, elle se forme à partir d’eau de mer et retourne à l’eau de mer lorsqu’elle fond... Tous ces éléments combinés aboutissent à une variété plurielle de glaces de mer selon la quantité, la taille, l’âge et la dynamique des glaçons qui la compose.

Des types de glace de mer différents

Les groenlandais utilisent une cinquantaine de mots pour définir la neige et la glace. Cela montre s’il en était besoin la multitude d’aspects différents que peut prendre la glace de mer. Plutôt qu’une classification complète, nous présentons dans le document ci-joint quelques critères qui permettent d’expliquer cette variété de types de glace de mer... ...en étant moins précis cependant que les Groenlandais ! (photo Mike (...) - par Gabriel Picot - Lire cet article

Comment se forme la glace de mer ?

La glace de mer se forme à partir de l’eau de l’océan. Sa formation est soumise à deux principales contraintes qui sont la température et la salinité de l’eau de mer. Le document ci-dessous explique le rôle de chacune de ces variables, et indique la particularité de la formation de la glace à partir de l’eau de mer : la formation d’eaux sursalées qui, de part leur forte densité, plongent en profondeur (photo Alyona Afanasyeva). La formation de la glace de (...) par Gabriel Picot - Lire cet article

Qu’y a-il dans la glace de mer ?

A la place de ’la glace de mer’ on devrait plutôt dire ’les glaces de mer’ tant elles sont différentes selon leur âge. Ce document permet de rentrer à l’intérieur de la glace par un ensemble de photographies et de graphiques et de constater que jeune glace, glace annuelle et glace pluriannuelle sont bien différentes. Photo Alyona Afanasyeva. La constitution de la glace de mer.. par Gabriel Picot - Lire cet article

Brève description de la glace de mer

La glace de mer est tout simplement la glace qui se forme aux dépends de l’eau de mer.
Il ne faut pas la confondre avec la glace continentale qui elle, se forme par accumulation de neige sur un continent. Cette neige se transforme en glace et s’écoule par les glaciers vers la mer. On en retrouve des morceaux qui flottent sur la mer qu’on appelle ’icebergs’. La photo ci-contre montre au premier plan, de la glace de mer et au second plan, beaucoup plus épais, un iceberg provenant de l’archipel (...) par Gabriel Picot - Lire cet article

4 Articles - Mission polaire - 2006

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Les rubriques : Qu’est-ce qu’un milieu polaire ? La glace de mer L’atmosphère L’océan Le monde vivant Journal de bord Des vidéos pour comprendre Des métiers scientifiques Sitographie Appels à projets 2007/2008.

NOUVEAU : Vidéo ’Les dessous d’une expédition polaire’ (15 mn)

Source : http://www.mission-polaire.ac-versailles.fr/spip.php?rubrique8

GLACES ARCTIQUES - BANQUISE : GLACE DE MER – Document ‘.jeanlouisetienne.com

Une couche de glace à la surface de la mer

En fin d’été, le froid polaire s’installe, parfois brutalement (–40°C) ; la surface de l’océan se refroidit. Quand elle atteint –1,8°C, les premiers cristaux de glace se forment. Une fois la surface gelée, l’eau de mer se trouve isolée de l’air froid et le processus se ralentit. La banquise s’épaissit alors lentement, par sa face inférieure, jusqu’à atteindre environ 2 mètres.

Douce ou salée ?

En gelant, l’eau de mer forme une imbrication de cristaux de glace d’eau douce et de gouttelettes de saumure. Durant l’hiver, ces gouttelettes salées se regroupent, dessinent des réseaux plus larges, puis des poches, et migrent vers le bas, avant d’être rejetées en mer. Ainsi, en vieillissant, la banquise s’adoucit.

Ainsi vit la banquise

Au cœur de l’hiver, la banquise s’étend sur près de 15 millions de km2, dont près de la moitié fondra durant l’été. La partie restante persistera 2, 3, 4 ans ou plus et son épaisseur atteindra alors 4 à 5 mètres. Pendant ce temps, cette croûte de glace traversera l’Océan Glacial, emportée par les courants : c’est la dérive arctique.

Un radeau chaotique

La banquise n’est qu’une fine coquille d’œuf comparée aux 4000 mètres d’eau sur lesquels elle flotte ! Emportée par les courants, harcelée par les vents, sans cesse elle se brise, s’ouvre, se chevauche, créant, ici, des chenaux d’eau libre, là des rides de glace dont la crête peut atteindre une dizaine de mètres de haut.

Le début de la prise

La nature de la première glace dépend de l’état de la mer. Par temps calme, de grands cristaux en forme d’aiguilles s’orientent parallèlement et forment une couche de 1 à 2 cm d’épaisseur en surface (une ’ soupe ’ glacée). Si la mer est agitée, de petits cristaux se développent en tous sens sur parfois un mètre de profondeur, constituant une épaisse couche visqueuse : le frasil. C’est ensuite seulement, que la congélation commence en surface. Cette prise peut durer de 9 à 36 jours.

Quand la glace s’épaissit

Tant que la glace est fine, houle et vents la fragmentent en ’ crêpes ’, qui finissent par se souder et former la jeune banquise, capable alors de retenir la neige. Il faut plusieurs semaines pour que la glace atteigne 60 cm d’épaisseur. En chassant lentement bulles d’air et saumures, la glace se compacte, s’adoucit, devient bleue et translucide.

Au cœur de la glace

En arctique, la salinité de la mer varie en surface de 32 à 33 g/l (contre 35 en moyenne pour l’océan mondial). Les premiers cristaux de glace forment de petites lamelles d’1 millimètre d’épaisseur et d’infimes gouttelettes de saumure (une dizaine de micromètres) sont piégées dans ce réseau cristallin. La jeune glace de mer emprisonne ainsi jusqu’à 22 g/l de sels. L’eau de mer contient également des impuretés et des bulles d’air, piégées aussi dans la glace.

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Une agitation permanente

Sous l’effet des vents, des courants, des marées, la banquise de fragmente et se reforme sans cesse. Ici, des chenaux d’eau libre s’ouvrent, ainsi que des sortes de lacs intérieurs (polynies) dus à des remontées locales d’eau moins froide. Là, les fissures se referment.
Les collisions entre les fragments créent des rides de glace comprimée, dont la crête peut atteindre 10 mètres et la quille s’enfoncer jusqu’à une soixantaine de mètres !
Près des côtes, la banquise est aussi façonnée par les marées, les apports d’eau douce, les courants littoraux, l’exposition au vent ou au soleil. Une banquette de glace, posée sur le fond, reste attachée à la côte. Cette ’glace riveraine’ peut être plus épaisse que la banquise elle-même et s’ancrer au fond ; au large, elle se prolonge par une bande de ’glace fixée’ (en anglais fast ice), qui peut survivre plus de 10 ans. On y trouve parfois quelques icebergs prisonniers.

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Lorsque vient la fonte

Fin mai, la neige et les premiers centimètres de glace fondent, formant des mares à la surface de la banquise. Cette eau réfléchit moins l’énergie solaire que la glace nue et se réchauffe plus vite, accélérant localement la fonte. Lorsque la banquise se fracture, de grands pans se libèrent (floes) puis se déplacent au gré des courants C’est la débâcle. Au centre de l’océan Arctique et le long des côtes abritées, la banquise ne dégèlera pas.

Le grand ballet de la dérive arctique

Le puzzle glacé de l’océan Arctique suit, au fil des mois, le mouvement général des eaux qui le portent. C’est la dérive arctique. La banquise se déplace selon deux courants principaux : une large boucle cyclonique, centrée vers 80° N–155° W et une longue dérive qui traverse l’océan, du détroit de Béring à la côte groenlandaise. En moyenne, la glace peut tourner 5 ans dans la boucle arctique, tandis qu’un bloc mettra environ 3 ans pour suivre le courant central trans-arctique.
La dérive arctique a été découverte grâce aux débris de l’épave de La Jeannette (1881) retrouvés 3 ans plus tard à des milliers de kilomètres du lieu de naufrage. Nansen avec le Fram en 1893-1896 et Papanine en 1937 ont utilisé cette dérive.

Étudier la banquise

Chenaux, crêtes de, glaces de salinité et d’âges différents, pulsation saisonnière, dérive : toute la vie de la banquise est suivie par les scientifiques grâce aux stations dérivantes installées sur la glace, aux balises et aux satellites.

Naviguer dans la banquise

La concentration de la glace de mer est exprimée subjectivement en dixièmes de surface marine occupée ; ainsi, un pack de densité 9/10 ou 10/10 est impénétrable - sauf par de puissants brise-glace - , tandis que l’Antarctica pouvait commencer à évoluer dans du 4 ou 5/10.Photo : L’Antarctica pris dans les glaces au Spitzberg. © F. Latreille/Septième continent. {{}}

LE COIN DES PHYSICIENS…

La couche d’eau superficielle de l’océan Arctique est particulièrement favorable à la congélation, car elle est adoucie par l’afflux d’eau relativement peu salée du Pacifique Nord et l’eau douce des grands fleuves boréaux. ’ Alourdie ’ par la baisse de température hivernale en surface, cette eau devrait plonger vers le fond ; or, en Arctique, une couche d’eau beaucoup plus salée – donc plus dense – bloque cette plongée et oblige l’eau de surface à rester plus longtemps en contact avec l’air froid.

’Un phénomène spécifique des hautes latitudes est ’la mer qui fume’, produite, généralement, en hiver par l’arrivée d’un air très froid sur une mer relativement chaude : l’évaporation intense qui en résulte à toutes les apparences de la fumée.’
(Géotratégie de l’Arctique - Economica, 1992).

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Photo : La mer qui fume. © F. Latreille/Septième continent.

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Plus la glace est épaisse, moins la conduction de la chaleur - donc le taux de congélation - est bonne. ’ Dans les chenaux, les taux de congélation sont de quelques centimètres par jour, alors qu’une glace épaisse à un taux de croissance plus proche du millimètre par jour (…) : un effet compensateur de la thermodynamique qui tend, d’un côté, à combler les zones d’eau libre (…) et de l’autre, à limiter la croissance à la base des crêtes de déformation.(l’océan planétaire – Sciences et avenir 1994)

Puisque le gel immobilise des molécules d’eau liquide jusqu’alors en mouvement (agitation thermique), la prise de la banquise libère une quantité d’énergie correspondant à cette agitation initiale ; ce qui réchauffe l’air ambiant ! Cette énergie sera à nouveau nécessaire pour que se réalise la fonte - c’est-à-dire remettre ces molécules d’eau en mouvement.

La fonte d’un gramme de glace à 0° C consomme près de 70 calories (chaleur latente de fusion), soit 8,5 fois moins d’énergie que l’évaporation d’un gramme d’eau liquide vers 20° C (chaleur latente d’évaporation).
Par définition, 1 calorie est ’la quantité de chaleur nécessaire pour augmenter de 1° C la température de 1 gramme d’eau’ ; elle est fournie par un travail de 4,186 joules, et un travail de 1 joule par seconde équivaut à 1 watt.

La densité des glaces de mer se situe dans une fourchette assez large, en fonction des sels et de l’air contenus : entre 0,857 et 0,920. Ce qui assure une flottabilité confortable dans une eau de mer arctique dont de densité 1,024 à 1,026.

Le coefficient de dilatation des glaces de mer joue un rôle important dans l’évolution de la banquise. Contrairement à celui de la glace pure, il varie considérablement avec la température. De plus, chaque sel dissous - au sens chimique du terme - réagit différemment à la congélation. Il résulte de ces phénomènes des tensions, parfois très fortes, au sein de blocs où se juxtaposent des glaces de salinités différentes.

UN PEU DE VOCABULAIRE…

Bourguignons :Nom français des growlers, petits débris de glaces flottantes, indétectables par radar.
Crêpes de glace : Pancakes pour les Anglais et blinis pour les Russes !
Hummocks : Nom inuit des amoncellements de compressions.
Frasil : Première couche de mélange d’eau et de glace ; salo, saindoux, en russe, et grease, graisse, en anglais, à cause de son aspect.
Leads : Chenaux d’eau libre, en anglais.
Floes : Fragments de banquise anguleux, relativement plats, d’au moins quelques mètres de côté, pouvant parfois atteindre plusieurs dizaines de kilomètres.
Pack : Autre nom de la banquise ; ne pas confondre avec les plates-formes de glace flottantes, véritables pans de glacier continental, atteignant la mer.
Polynies : ’ lacs ’ d’eau libre.
Sorbet : Mélange d’eau de mer et de glace, après le frasil ; slush en anglais.
Stamoukhi : Nom inuit des surépaisseurs de glace ancrées au fond
Torros : Nom russe des stamoukhi
Growlers : (voir bourguignons)

JEAN-LOUIS ETIENNE SUR LA BANQUISE

C’est sur cette mer d’obstacles glacés que Jean-Louis Etienne a marché, seul, en tirant son traîneau, pour atteindre le pôle Nord, en 1986. ’ Par moments la banquise se soulève sous mes yeux ; les plaques entrent en collision, s’appuyant les unes contre les autres avec d’inquiétants grincements. Il arrive même qu’elles se dressent comme des murs, pour s’effondrer ensuite dans un vacarme sourd qui se propage sur des kilomètres. Parfois une soudaine explosion et la banquise se lézarde, les plaques s’écartent laissant apparaître un sinistre zigzag noir : c’est l’eau glaciale de l’Océan Arctique ! D’abord, elle s’évapore en un rideau de brouillard et puis, dès que la fissure est stabilisée, elle gèle de nouveau. ’ (Les pôles – Arthaud, 1992) - Lors de la mission antarctique Erebus, en 1994, l’Antarctica est resté de longs jours prisonnier de la banquise, particulièrement compacte en mer de Ross cette année-là. L’équipage recherchait les éventuels passages en épiant la couleur du ciel, localement plus sombre au-dessus des chenaux d’eau libre. Solution inattendue : se faufiler sur les traces d’un brise-glace américain !

Photo : Jean-Louis Etienne tirant son traineau sur la banquise lors de sa marche en solitaire vers le Pôle en 1986.© B. Prudhomme

LE SAVIEZ-VOUS ?
- Un des procédés de dessalement de l’eau de mer utilise le gel. En effet, la congélation de l’eau salée, si elle est suffisamment lente pour éviter les inclusions de gouttelettes de saumure dans la glace, donne de la glace pure.

- Les climats des régions recouvertes de glaciers ou de banquise sont des climats secs, car la glace émet beaucoup moins de vapeur que l’eau, dans une atmosphère à basse température.

- Lors de la prise des glaces, la force de compression est si importante, qu’elle
peut broyer la coque d’un navire (naufrages de la Jeannette en Arctique, de l’Endurance en Antarctique, etc.)… même d’un pétrolier !

- Pour les polaires anglais, l’adoucissement de la banquise s’exprime ainsi : ’la glace de mer d’un an n’est bonne à rien, celle de deux ans est bonne pour la cuisine et celle de trois ans, bonne pour le thé ! ’.

Les pulsations de la banquise

Banquise

Eté

Hiver

Arctique 8 millions de Km2 15 millions de Km2
Antarctique 20 millions de Km2 4 milions de Km2

POUR ALLER PLUS LOIN

Bibliographie :

- L’Arctique et l’environnement boréal (P. Avérous – CNDP, 1995)
- Les Pôles (J.-L. Etienne - Arthaud - La Nouvelle Odyssée,1992)
- Géostratégie de l’Arctique (Amiral Besnault-Economica-1992)
- La géographie de l’océan (J.-R. Vanney-Oceanis-1991)
- L’océan planétaire (Sciences et avenir, Hors série n° 98-1994)
- L’homme et le climat (J. Labeyrie-Denoël-1993)
- Oceanus (Woods Hole Oceanographic Institution-1986)
- The Nordic Seas (Burton G. Hurdle Ed., Springer-Verlag-1986)
- Encyclopedia Universalis

Autres sites à visiter
POLAR SEA-ICE ATLAS de l’Ifremer :
http://www.ifremer.fr/cersat/ACTIVITE/CEO/IMSI/F4I_HTML/E_BROWSE.HTM

Institut Polaire Norvégien (Norsk Polarinstitutt) :
http://www.npolar.no/

Institut de recherche arctique et antarctique de Saint Pétersbourg (en anglais) :
http://www.aari.nw.ru/

Source : http://www.jeanlouisetienne.com/poleairship/images/encyclo/imprimer/14.htm

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Traduction, compléments entre […], ajourt ‘Documentation GLACES ARCTIQUES - BANQUISE : GLACE DE MER’ et intégration de liens hypertextes par Jacques HALLARD, Ingénieur CNAM, consultant indépendant – 04
/12/2016

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